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Location-vente en Tunisie : 1000 logements par an face à un besoin de 200 000

13. Oktober 2026 um 16:23

Au rythme prévu de 1 000 logements par an, il faudrait 200 ans pour couvrir la demande nationale. C’est ce que relève la Chambre des promoteurs immobiliers, qui propose quatre réformes.

Le projet gouvernemental de location-vente de logements, salué dans son principe pour raviver un mécanisme ayant fait ses preuves dans les années 1970, se heurte à des lacunes légales et opérationnelles majeures. Lesquelles risquent de paralyser son efficacité. C’est le constat de Hechmi Miliani, trésorier de la Chambre nationale des promoteurs immobiliers, dans une déclaration au journal L’Économiste Maghrébin. Il estime que le dispositif actuel ne permettra pas de résoudre la crise structurelle du logement sans une révision législative approfondie, menée en concertation avec les professionnels du secteur.

Pour M. Miliani, le principal frein est l’attribution exclusive du programme à la SNIT et à la SPROLS, qui font déjà face à d’importantes difficultés internes. Le besoin national est estimé à 200 000 logements, mais ces structures prévoient une capacité de production limitée à 1 000 unités par an, soit 5 000 logements sur cinq ans. Selon son calcul, il faudrait donc 200 ans pour absorber la demande actuelle, au point que les candidats, leurs enfants et leurs petits-enfants n’en bénéficieraient pas de leur vivant. Il déplore aussi la démarche du ministère de l’Équipement, qui consiste à réaliser une phase d’essai étalée jusqu’en 2027-2028, et plaide au contraire pour l’adoption immédiate d’une vision stratégique globale.

La Chambre propose d’abord d’ouvrir le programme aux promoteurs privés, sous réserve d’appliquer le même cahier des charges que le secteur public. Cela permettrait de produire de 25 000 à 30 000 logements par an et d’atteindre 90 000 unités en trois ans. Elle suggère ensuite de segmenter l’offre en trois standings, social, intermédiaire et amélioré, afin d’adapter les logements aux différents niveaux de revenus, du SMIG à des salaires de 5 000 dinars. Et ce, tout en garantissant des implantations géographiques adaptées aux attentes de la classe moyenne.

Lire aussi — Immobilier tunisien : Hechmi Miliani démonte le mythe des 800 000 logements invendus

 

Sa troisième proposition consiste à accorder aux ménages de la classe moyenne un prêt direct, au taux préférentiel de 3 % et plafonné à 400 000 dinars. Il serait financé par le fonds FOPROLOS, qui accumule 380 millions de dinars par an grâce aux contributions patronales. M. Miliani rappelle que le coût du crédit bancaire constitue le principal obstacle à l’accès à la propriété : un emprunt de 200 000 dinars coûte au final 484 000 dinars au souscripteur.

Enfin, la Chambre préconise la création d’une interface financière intermédiaire entre les promoteurs et les citoyens pour assurer le recouvrement des loyers. Elle éviterait aux entreprises publiques comme la SNIT de dépêcher des agents pour collecter directement des mensualités de 400 dinars.

Pour étayer son diagnostic sur la crise du secteur, le trésorier détaille l’envolée des coûts de production enregistrée depuis 2010. Le coût de revient du mètre carré bâti est passé de 150 dinars en 2010 à 350 dinars aujourd’hui. Cette augmentation s’explique par le renchérissement des matériaux et de la main-d’œuvre : le sac de ciment est passé de 6,5 à 17 dinars, le prix du fer a été multiplié par cinq ou six, la journée d’un ouvrier qualifié est passée de 25 à 80 dinars, et celle d’un ouvrier non qualifié de 10 dinars à une fourchette de 30 à 35 dinars. Sur le plan foncier, il est désormais impossible de trouver du terrain à bâtir à moins de 2 000 dinars le mètre carré.

Pour appuyer ses mises en garde contre les risques d’échec réglementaire, M. Miliani rappelle l’expérience du programme « Premier Logement », déployé entre 2018 et 2025. Sur l’enveloppe de 200 milliards de millimes allouée par l’État, seuls 65 milliards ont été consommés, et 135 milliards ont été réintégrés au budget public. Le programme s’est soldé par la vente de seulement 2 000 à 2 500 logements en sept ans, en raison de conditions d’emprunt inadaptées aux revenus réels des citoyens.

 

Lire également — Le mécanisme du crédit « Premier logement » n’a pas connu le succès escompté (N. Snoussi)

 

Le trésorier précise que le secteur privé ne redoute aucune concurrence de la part du projet public de location-vente. Les bénéficiaires visés par des loyers publics de l’ordre de 180 dinars par mois constituent, selon lui, un segment de clientèle totalement distinct de celui desservi par les promoteurs privés.

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Les Houthis sèment la panique en Arabie saoudite

13. Oktober 2026 um 11:55

Une série d’attaques de drones, de missiles balistiques et de missiles de croisière menée par les Houthis yéménites a frappé l’aéroport international roi Khaled de Riyad samedi 10 octobre 2026 faisant 13 morts et 309 blessés. L’aéroport est fermé jusqu’à nouvel ordre, les écoles de la capitale ont basculé en enseignement à distance et plusieurs entreprises du centre d’affaires de Riyad ont mis leur personnel en télétravail. Les attaques n’ont pas épargné le reste du Royaume, l’aéroport de Dammam et des installations énergétiques du géant pétrolier Aramco ont aussi été visés. Ces frappes et leurs conséquences écornent l’image de l’Arabie Saoudite et peuvent compromettre la concrétisation des objectifs de diversification et de modernisation de l’économie saoudienne, priorité du prince héritier Mohammed ben Salmane surtout que pour le moment, aucune issue au conflit ne se profile.

Imed Bahri

Selon l’analyse du magazine britannique The Economist intitulée «L’Arabie saoudite est de plus en plus assiégée», le Royaume dispose de peu d’options face aux attaques meurtrières en provenance du Yémen et semble pris au piège. L’attaque visant l’aéroport international de Riyad était la plus sanglante jamais perpétrée par les Houthis.

Samedi, des témoins oculaires ont rapporté que des missiles avaient touché directement le terminal 3, réservé aux vols intérieurs, provoquant l’effondrement d’une partie de sa toiture. Au moins 13 personnes ont été tuées —saoudiens et résidents étrangers— et 309 autres ont été blessées, certaines se trouvant dans un état critique. L’aéroport reste fermé jusqu’à nouvelle ordre et la date de sa réouverture n’a pas encore été précisée.

Le lendemain, dimanche, les Houthis ont lancé une nouvelle attaque contre le terminal 4 cette fois-ci, provoquant un incendie. Cette attaque, la plus grave subie par le Royaume depuis plus d’une décennie, survient à peine deux semaines avant que le pays n’accueille une importante conférence sur l’investissement. Elle soulève des questions quant aux capacités de défense aérienne saoudiennes et à l’avenir de la guerre au Yémen, un conflit qui s’est récemment ravivé après une trêve de plusieurs années.

The Economist affirme que les Houthis contrôlent toujours la majeure partie du Yémen, malgré la campagne aérienne menée par l’Arabie saoudite en 2015 visant à les évincer du pouvoir. Si le cessez-le-feu de 2022 a gelé les lignes de front, la guerre plus large dans le Golfe, déclenchée par les États-Unis et Israël en février, a rendu cette trêve manifestement intenable. À l’approche de l’été, les deux camps se préparaient à reprendre les combats.

Les Houthis contrôlent la côte sud-ouest du Yémen

Le mois dernier, les Houthis ont lancé une offensive leur permettant de prendre rapidement le contrôle d’une grande partie de la côte sud-ouest du Yémen, y compris la ville portuaire de Mokha.

Les Saoudiens et leurs alliés yéménites (forces armées dépendant du gouvernement internationalement reconnu) ont entamé une contre-offensive ce mois-ci mais leur progression a été lente. S’ils ont reconquis une bande côtière, ils semblent marquer le pas aux abords de la localité de Dhubab, située à 40 kilomètres au sud de Mokha.

Comme c’est souvent le cas au Yémen, les campagnes militaires démarrent avec vigueur mais s’enlisent rapidement dans une impasse.

Parallèlement, les Houthis continuent de tenter d’encercler Taëz, la troisième plus grande ville du Yémen et bastion de la résistance anti-houthie. Ils ont également repris leurs attaques de missiles et de drones contre les infrastructures saoudiennes, notamment les raffineries de pétrole et les bases militaires.

Les Houthis ont fait des aéroports une cible privilégiée, avertissant les voyageurs d’éviter l’espace aérien saoudien. Au cours des trois dernières semaines, ils ont multiplié les attaques d’envergure croissante contre l’aéroport de Riyad. Une attaque au missile, survenue le 8 octobre, a fait trois morts —dont un pilote— et a entraîné la destruction d’un avion appartenant à une compagnie aérienne saoudienne publique. Si les compagnies aériennes étrangères ont annulé des centaines de vols, les autorités saoudiennes ont maintenu l’aéroport ouvert jusqu’à l’attaque sanglante de samedi dernier. 

The Economist souligne que l’incapacité des Saoudiens à intercepter les missiles reste inexpliquée alors même qu’ils disposent de systèmes de défense aérienne sophistiqués, notamment des batteries Thaad et Patriot de fabrication américaine.

Toutefois, comme c’est le cas dans de nombreux pays de la région, ils s’inquiètent de l’épuisement de leurs stocks de missiles intercepteurs après près de huit mois de guerre.

Quelques heures avant la dernière attaque, les organisateurs de la conférence annuelle Future Investment Initiative (Initiative pour l’investissement futur), prévue le 26 octobre, ont déclaré qu’ils comptaient toujours maintenir l’événement. Cet événement annuel, organisé par le prince héritier et surnommé le «Davos du désert», attire généralement l’élite du monde de la finance et des affaires, son annulation serait donc source d’embarras.

Cependant, on ignore combien de dirigeants d’entreprises souhaiteront y assister, ni même comment ils rejoindront le Royaume. Les déplacements aériens vers d’autres villes pourraient ne pas être une option envisageable, les Houthis ayant également pris pour cible l’aéroport de Dammam, situé à quatre heures de route à l’est de la capitale, Riyad.

Le gouvernement saoudien confronté à une guerre prolongée

Les Houthis dirigent de main de fer les zones sous leur contrôle. Ils financent leur machine de guerre grâce à des taxes et des redevances exorbitantes qui pèsent lourdement sur une population déjà épuisée. Si une décennie de guerre a appauvri le Yémen, ils restent prêts et capables de poursuivre le combat.

Dans ce contexte, le gouvernement saoudien est confronté à une guerre prolongée, marquée par des attaques répétées contre les aéroports et les infrastructures énergétiques, ce qui compromet ses plans de diversification économique et sape la concrétisation de la vision 2030 de Mohammed ben Salmane.

Pour autant, des analystes politiques sur les réseaux sociaux saoudiens insistent sur le fait que le pays se battra jusqu’à remporter une victoire décisive sur les Houthis. Les sources de The Economist ayant récemment rencontré les dirigeants du Royaume affirment que le prince héritier est déterminé à reconquérir les territoires perdus au profit des Houthis le mois dernier. Un responsable occidental a déclaré : «Je ne sais pas s’ils ont des objectifs clairs au-delà de cela».

L’Arabie saoudite a obtenu un certain soutien international ce mois-ci en activant des accords de défense commune signés en août avec le Pakistan et la Turquie. Le Pakistan a déployé des milliers de soldats en Arabie saoudite, bien qu’il affirme ne pas vouloir participer à la guerre au Yémen. Le Royaume-Uni a envoyé un avion ravitailleur en vol et la France a promis d’envoyer des troupes pour protéger un important terminal pétrolier sur la mer Rouge. Donald Trump a rejeté à plusieurs reprises les demandes du prince Mohammed ben Salmane de mener des frappes aériennes américaines mais le président américain a laissé entendre qu’il pourrait reconsidérer la question après l’attaque de samedi contre l’aéroport de Riyad. Néanmoins, aucune de ces mesures ne s’avérera décisive face aux Houthis.

L’autre option consiste à conclure un accord mais les Houthis en exigeront un prix élevé. Ils s’attendront à des gains économiques, à la levée du blocus saoudien sur l’espace aérien yéménite et à d’autres concessions. Cela créerait un précédent dangereux : les Houthis comprendraient que les attaques contre les infrastructures civiles constituent une forme efficace de chantage. 

Après plus d’une décennie de guerre, les Saoudiens ne disposent clairement plus de bonnes options et il n’y a pas de voie de sortie à l’horizon, du moins pour l’instant.

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Lloyd Assurances : 104 millions de dinars placés dans le groupe Bayahi

13. Oktober 2026 um 10:52

Au 31 décembre 2025, Lloyd Assurances détenait 104 millions de dinars de billets de trésorerie émis par cinq sociétés du groupe Bayahi. Une somme représentant 125 % de ses capitaux propres, qui s’élèvent à 83 millions de dinars. L’essentiel de ces placements est concentré sur la Compagnie financière d’investissement (CFI), qui finance elle-même l’assureur à...

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TRIBUNE – De l’extraction brute à la valeur ajoutée locale : la leçon des matières premières pour la Tunisie (2026-2030)

13. Oktober 2026 um 12:34

L’image récente du Burkina Faso inaugurant ses propres infrastructures de raffinage d’or pour capter la valeur ajoutée sur son sol ne relève pas du simple fait divers ou de la posture politique. Elle incarne une mutation structurelle qui traverse l’ensemble des pays émergents : le refus d’être de simples réservoirs de matières premières brutes et la réappropriation méthodique des chaînes de valeur.

 

Pour la Tunisie, engagée dans son cycle stratégique 2026-2030, cette dynamique offre un miroir d’une grande lucidité. Qu’il s’agisse de nos ressources minières, de notre production agricole ou de nos compétences technologiques, l’économie nationale demeure piégée dans une logique d’extraction à faible marge, subissant la volatilité des cours mondiaux au lieu d’imposer son propre prix par la transformation locale.

 

Le piège de la rente brute : dépasser la tentation du rendement immédiat

Les données officielles illustrent la gravité du coût d’opportunité concédé par le pays. Dans le secteur des phosphates, la production nationale de phosphate marchand, qui dépassait 8 millions de tonnes en 2010, s’est effondrée pour osciller ces dernières années autour de 3 à 3,5 millions de tonnes, pénalisant l’approvisionnement des usines de transformation du Groupe Chimique Tunisien. Dans le secteur agricole, près de 80 à 85 % de notre huile d’olive est encore exportée en vrac, abandonnant la marge de conditionnement et le pouvoir de marque aux conditionneurs de la rive nord de la Méditerranée.

Certains analystes soutiennent que l’exportation brute constitue le moyen le plus rapide de procurer des devises liquides à un Trésor public sous tension. C’est un calcul à courte vue : céder de la matière brute pour racheter ensuite des produits dérivés à fort coefficient d’importation aggrave le déficit commercial structurel et détruit l’emploi industriel local. La véritable souveraineté économique n’est ni un autarcisme nostalgique ni une rupture avec le commerce international, mais un repositionnement agressif au sommet de la chaîne de valeur.

 

Capital humain et numérique : stopper la fuite du minerai immatériel

Cette urgence industrielle s’applique avec une acuité accrue à notre ressource la plus précieuse : le capital humain. Avec plus de 3 000 ingénieurs et cadres techniques qui quittent chaque année le territoire national, la Tunisie subit une forme d’extraction à ciel ouvert de sa matière grise. Exportée sous forme de sous-traitance logicielle à faible marge ou par l’émigration directe de compétences formées par l’école publique, notre intelligence technologique enrichit des écosystèmes extérieurs.

Traiter ce phénomène comme une fatalité liée aux écarts salariaux est une erreur d’ingénierie. La rétention des talents ne se fera pas par des décrets restrictifs, mais par la création sur notre sol de projets complexes à forte valeur ajoutée. Bâtir des briques de souveraineté numérique, déployer des infrastructures d’intelligence artificielle appliquées à l’industrie et concevoir des plateformes logicielles nationales permettent de transformer la sous-traitance passive en co-propriété intellectuelle, fiscalisée et valorisée en Tunisie.

 

Financer l’exécution : le rôle souverain du secteur bancaire public

L’objection récurrente face à ces ambitions touche à la disponibilité des capitaux : comment financer des unités de raffinage, des chaînes de conditionnement et des centres de calcul souverains dans un contexte de rigueur budgétaire ? La réponse réside dans la réallocation stratégique du crédit. Le secteur bancaire, et en premier lieu les banques publiques, ne peut plus cantonner son rôle au refinancement passif des dettes d’exploitation ou à la couverture des déficits de gestion des entreprises publiques. Il doit s’imposer comme un banquier de l’exécution industrielle, capable de structurer des financements en Project Finance, d’adosser les crédits à des garanties sur la valeur ajoutée future et d’accompagner l’équipement technologique des filières stratégiques.

La souveraineté économique ne se décrète pas ; elle s’exécute dans les usines, les laboratoires et les réseaux de distribution. Pour le cycle 2026-2030, le choix offert à la Tunisie est binaire : demeurer un sous-traitant vulnérable exposant ses ressources brutes et ses compétences aux chocs extérieurs, ou devenir un hub régional de transformation à haute valeur ajoutée.

C’est en opérant ce saut d’ingénierie industrielle que le pays garantira la stabilité de sa monnaie, la solidité de ses équilibres extérieurs et l’avenir de sa jeunesse.

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Citron pressé | Boualem Sansal ou l’arroseur arrosé

13. Oktober 2026 um 08:00

De la polémique sur l’immigration à la récupération politique de son image, le parcours médiatique de l’écrivain français d’origine algérienne Boualem Sansal interroge les rapports entre littérature, pouvoir et instrumentalisation des figures intellectuelles. Derrière la célébration d’un écrivain présenté comme un symbole absolu de la liberté se dessine une question essentielle : où s’arrête l’admiration sincère d’un auteur et où commence son exploitation politique ? Question que l’écrivain doit du reste se poser à lui-même…

Dr Abderrahmane Cherfouh *

À force de renier ses principes, on finit par se confronter aux conséquences de ses propres choix. Le temps finit parfois par rendre à chacun le fruit de ses actes. Dans un récent entretien, l’écrivain Boualem Sansal se lamentait de l’accueil qui lui est désormais réservé à Paris après son feuilleton éditorial et ses déclarations fracassantes, résumant son quotidien par cette formule : «C’était matin et soir, j’étais l’ingrat et le salaud». L’ironie est le désespoir de ceux que le spectacle du monde a cessé de faire rire.

Voilà un homme qui découvre, feignant la surprise, des qualificatifs que le peuple algérien lui attribue pourtant depuis des années. Sauf que cette fois, ce ne sont pas les Algériens qui le pointent du doigt, mais ses propres soutiens du microcosme parisien.

En se retournant contre le système qui l’a médiatiquement fabriqué après avoir renié la patrie qui l’a nourri et formé, Sansal fait face au miroir de ses propres turpitudes. L’instrument de l’extrême droite française est en train de réaliser, à ses dépens, qu’un mercenaire idéologique n’a pas d’amis : il n’a que des utilisateurs.

La fabrication d’une icône par une droite en manque de symboles

À Paris, le monde politique et les médias confondent trop souvent les enjeux électoraux avec la valeur littéraire d’un écrivain.

Dès qu’un auteur instrumentalise les thèmes incandescents de l’époque — l’autoritarisme, le fanatisme et les fractures géopolitiques —, une partie du complexe médiatique s’empresse de lui tailler un costume sur mesure : celui du «martyr absolu». C’est ainsi que s’est écrite la saga de Boualem Sansal, ou l’histoire stupéfiante d’un esprit aux prophéties apocalyptiques métamorphosé en icône nationale par une droite en quête de symboles.

Invité régulier des plateaux télévisés, l’écrivain n’a jamais hésité à surenchérir sur le lexique de l’extrême droite. Lors d’un entretien diffusé dans l’émission Les Conversations en mai 2024, alors que son interlocuteur évoquait prudemment la question de l’immigration, l’auteur coupait court pour imposer sa vision des choses : «Vous parlez d’immigration, mais c’est une invasion !» En qualifiant les flux migratoires de «colonisation à l’envers» et en affirmant sur CNews ou dans les colonnes du Figaro que la France perdait une guerre culturelle face à un projet de conquête, l’écrivain offrait sur un plateau d’argent la caution rêvée aux tenants du choc des civilisations.

Mais comment en est-on arrivé là ? Comment faire d’un écrivain jusque-là peu connu du grand public une star de dimension mondiale ? Le secret de cette élévation médiatique réside notamment dans la ferveur des campagnes politiques françaises. À l’approche d’échéances électorales majeures, la droite s’est disputé sa présence. Bruno Retailleau affichait fièrement son amitié avec lui et l’invitait à son premier meeting, dans une mise en scène qui a viré au fiasco. En cherchant à ériger une figure au discours si particulier en «faiseur de présidents», ce courant politique a rejoué le mythe de Frankenstein : il a façonné sa propre créature médiatique, un avatar idéologique nourri de surenchères, qui a fini par échapper à ses géniteurs.

Cet affaissement éthique et la dérive du débat public — où la course aux voix et le règne de l’image ont fini par banaliser la xénophobie et ériger des provocateurs en modèles de franc-parler — n’étaient en réalité que les signes avant-coureurs de cette séquence. C’est précisément dans cette brèche que s’engouffre l’intelligence cynique de Boualem Sansal : celle d’un auteur qui a su trouver sa place dans un écosystème médiatique avide de figures clivantes et de symboles politiques, échangeant une caution idéologique contre une visibilité et des dividendes considérables.

De l’intellectuel d’œuvre à l’intellectuel de plateau

Poussé sur le devant de la scène médiatique, Sansal y est resté non pas en raison de la profondeur d’une œuvre — car une simple succession de romans ne compose pas nécessairement une œuvre véritable —, mais parce qu’il s’est installé en symbiose parfaite avec une époque qui a fait de l’exclusion et du discours identitaire son terrain de prédilection. Nous assistons à une perversion des valeurs capable de transformer la moindre posture en événement de première importance.

L’époque est bien révolue où un intellectuel se définissait d’abord par la rigueur de son travail, par une création exigeante qui fondait sa légitimité lorsqu’il intervenait dans les affaires du siècle. Voltaire, Victor Hugo, Émile Zola, André Gide, Jean-Paul Sartre ou Pierre Bourdieu furent tous des créateurs qui ne devaient leur renommée qu’à leur talent, à la force de leurs écrits et à l’indépendance de leur pensée.

Aujourd’hui, peu importe la valeur ou la nullité d’une production : ce sont les médias, et la télévision en premier lieu, qui consacrent les intellectuels, décident qui l’est et qui ne l’est pas, modifiant radicalement leur statut. Il ne s’agit plus d’écrire les livres les plus substantiels pour être reconnu, mais d’être le plus visible possible, d’occuper l’antenne et les unes des journaux comme Le Monde ou Le Figaro. Grâce aux réseaux de connivence parisiens, l’auteur s’assure une place au soleil.

Dans cet échange de bons procédés, Sansal apporte aux médias la caution dont ils ont besoin pour leurs polémiques, tandis que les médias entretiennent sa réputation et le couronnent roi. Mais cette dépendance servile à l’égard de ceux qui l’ont fait roi — et qui peuvent du jour au lendemain le précipiter dans les oubliettes — se répercute sur la nature même de sa production. Tout se fait au détriment de la rigueur, du sérieux et de la vérité historique.

Faute d’innover et de créer, ces figures de plateau se distinguent toutes par un silence assourdissant sur les tragédies réelles du monde contemporain, qu’il s’agisse des massacres en Palestine, du drame du Soudan ou du blocus subi par Cuba. On assiste au contraire à leur alignement inconditionnel sur les politiques d’occupation, à leur soutien inlassable et inconditionnel à Israël et aux États-Unis, à leur dénigrement permanent du Sud Global et à leur obsession anti-immigrés. À chacun son fonds de commerce idéologique : pour peu qu’il soit rentable, son détenteur peut se permettre n’importe quelle fantaisie, jusqu’à soutenir qu’un raciste n’est qu’un humaniste persécuté.

Le prisme colonial : du ressentiment au reniement

Pour comprendre la mécanique de Sansal, il faut analyser le cadre mental dans lequel il s’est enfermé. Nous faisons face à une forme de racisme idéologique, tout aussi pernicieux que le racisme biologique. Il s’agit du logiciel propre aux esprits coloniaux et impérialistes : «Tu dois penser comme moi, adopter mes dogmes, sinon tu es considéré comme l’ennemi.»

Un esprit libre et véritablement universaliste sait travailler sur ce qui rassemble les êtres humains tout en acceptant ce qui les sépare. L’esprit colonial, lui, rejette viscéralement la différence. Si vous ne pensez pas comme lui, si vous ne validez pas ses obsessions, vous ne serez jamais le bienvenu. C’est ce fascisme identitaire qui caractérise aujourd’hui le discours de Sansal et qui est en train de subir un choc violent face au principe de réalité.

On peut légitimement s’interroger sur la trajectoire psychologique de l’écrivain : s’agit-il d’une naïveté politique sidérante, d’un aveuglement tragique sur les signaux et les marqueurs idéologiques qui l’entourent ? Ou alors, plus simplement, faut-il admettre que Sansal est irrémédiablement tombé, par le biais de ses frustrations et de ses ressentiments pathologiques, dans la sphère la plus réactionnaire ? Les notions d’«extrême droite», de neutralité ou de clairvoyance politique semblent désormais frappées d’un flou artistique absolu dans son esprit, masquant à peine un alignement total sur des dogmes xénophobes.

En diabolisant systématiquement les musulmans et les immigrants sous le qualificatif d’«envahisseurs», Sansal a tenté d’appliquer la stratégie classique du bouc émissaire. Mais ce principe politique comporte une règle d’or : il n’est jamais payant à long terme. Il finit toujours par se retourner contre son propre initiateur. En s’attaquant avec la même hargne aux voix laïques et progressistes qui dénonçaient ses amalgames, Sansal s’est définitivement aliéné ses soutiens historiques.

L’imposture du «Voltaire» autoproclamé face au miroir d’Émile Zola

Tant que Sansal servait les intérêts de ses promoteurs, ses courtisans les plus zélés n’hésitaient pas à le parer de vertus philosophiques indues, allant jusqu’à le qualifier grotesquement de «Voltaire algérien». Quelle insulte à l’esprit des Lumières et à l’honnêteté intellectuelle ! Voltaire, Sartre ou Beauvoir ont marqué l’Histoire en choisissant d’écouter leur conscience au détriment de la raison d’État ou des opportunismes de carrière. Sansal, lui, n’est qu’un pamphlétaire aux indignations sélectives.

Où est la conscience de ce prétendu «Voltaire» face aux tueries de masse perpétrées à Gaza ? Lors de son voyage en Israël en 2012, balayant les critiques relatives à l’occupation, Sansal déclarait toute honte bue : «Ma liberté de penser et de parler passe avant toute chose… Je suis venu avec joie et je reviendrai.» Plus tard, au micro de la radio Kan Reshet Bet, il scellait cette sélectivité morale en affirmant, sans le moindre mot pour la tragédie palestinienne : «Mon amitié avec Israël est ce que le régime algérien ne pouvait pas supporter», réduisant ainsi un conflit d’occupation à une simple «guerre civile». Ce refus de voir la souffrance des opprimés trahit une faillite morale absolue.

Comment ne pas éprouver une vive indignation en songeant, par contraste, au sort d’Émile Zola ? Candidat malheureux à dix-neuf reprises à l’Académie française, le titan du naturalisme et l’auteur de ‘‘J’accuse… !’’ a payé son engagement en faveur d’Alfred Dreyfus au prix de la haine, des menaces et de l’exil. Son combat demeure l’un des exemples les plus marquants du courage intellectuel. Un siècle plus tard, les institutions déroulent le tapis rouge devant un «athée mystique à double visage» dont la seule arme est l’amalgame anti-laïque et la provocation marchande.

La trahison éditoriale et la qualification juridique

Le cynisme marchand a fini par achever le personnage. Après avoir bénéficié de la mobilisation de son éditeur historique Gallimard et de soutiens européens pour sa libération, Sansal a cédé aux sirènes financières en rejoignant les écuries Grasset (groupe Hachette-Bolloré) contre un chèque mirobolant d’un million d’euros. Ce marchandage a suscité la désillusion de ses soutiens, jusque dans les rangs du Parlement belge et de l’Académie royale de Belgique, où ses pairs lui ont infligé un réquisitoire mémorable sur sa déchéance éthique.

Au-delà de la faillite morale, les propos répétés de Sansal relèvent d’une responsabilité civique et légale. Classer les êtres humains, désigner des communautés entières (musulmans, immigrants) sous le sceau de l’«invasion» ou de la menace constitue une forme intolérable de discrimination.

En droit français, de tels dérapages dépassent la simple liberté d’opinion :

  • L’article 24 de la loi du 29 juillet 1881 sanctionne l’incitation à la haine, à la violence ou à la discrimination envers un groupe de personnes en raison de leur origine ou de leur religion.
  • L’article 225-1 du Code pénal définit et réprime sévèrement les discriminations portées aux droits fondamentaux des individus.

Cet homme irresponsable ne saurait se draper plus longtemps dans le manteau de la laïcité. Il s’agit désormais d’informer les esprits éclairés et les vrais défenseurs des libertés que cet auteur n’est qu’un agitateur anti-laïque, dont les amalgames tombent sous le coup des principes civiques les plus élémentaires.

Le syndrome du citron pressé et le verdict de la postérité

Le vent tourne en France et l’autorité usurpée de Boualem Sansal s’émousse irrémédiablement. La dénonciation est désormais lancée, et elle se poursuivra de bouche à oreille, sur la toile et dans les médias indépendants.

Sansal est définitivement devenu semblable à ce citron que l’on presse jusqu’à la dernière goutte pour alimenter les polémiques des plateaux télévisés. Une fois totalement asséché, il sera mis au rebut par ceux-là mêmes qui l’ont instrumentalisé.

Traité de «salaud» et d’«ingrat» par le Tout-Paris littéraire et politique qu’il a tenté de berner, il subit aujourd’hui un juste retour des choses. L’arroseur est arrosé. L’Histoire retiendra qu’à force de nourrir son ego de contrevérités, d’amalgames répréhensibles et de reniements, Boualem Sansal aura fini par s’isoler totalement : rejeté par la patrie qu’il a trahie, méprisé par le système qui l’a utilisé, et condamné par la conscience des hommes libres.

* Médecin algérien au Canada.

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Une guerre nucléaire entre la Russie et l’Otan est-elle inéluctable ?

13. Oktober 2026 um 07:30

Un document envoyé à l’Otan par la Russie, examiné par Reuters, indiquait explicitement que Moscou était prêt à recourir à la guerre nucléaire contre l’Otan si l’Alliance Atlantique tentait d’isoler l’enclave russe de Kaliningrad, située entre la Pologne et la Lituanie, deux États membres de l’Otan.

Habib Glenza, àLödz, Pologne.

Kaliningrad, ville connue jusqu’en 1946 sous le nom de Königsberg en allemand, est une ville importante de l’oblast de Kaliningrad, une enclave russe située entre la Pologne, la Lituanie et la mer Baltique. Située à environ 663 kilomètres à l’ouest du territoire principal de la Russie, Kaliningrad est la deuxième plus grande ville du district fédéral du nord-ouest de la Russie, après Saint-Pétersbourg, la troisième de la région baltique et la septième de la mer Baltique. Sa population s’élevait à 490 449 habitants en 2021. 

Königsberg était, jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, la grande ville la plus orientale d’Allemagne. Elle a été lourdement endommagée par les bombardements alliés en 1944 lors de la bataille de Königsberg en 1945 ; elle fut ensuite annexée par l’Union soviétique le 9 avril 1945 : les accords de Potsdam de 1945 la placèrent sous l’administration de Moscou. La ville a été rebaptisée Kaliningrad en 1946 en l’honneur du dirigeant bolchévique russe Mikhaïl Kalinine.

Depuis la dissolution de l’Union soviétique, elle est gouvernée comme le centre administratif de l’oblast de Kaliningrad, le plus occidental de la Russie que, depuis la chute de l’URSS, la Pologne et l’Allemagne cherchent à récupérer.

Un port russe stratégique sur la mer Baltique

Ville portuaire baltique, elle s’appelait Królewiec et appartenait au royaume de Pologne entre 1454 à 1425. Sous le nom de Königsberg, elle devint successivement capitale de l’Ordre Teutonique, du duché de Prusse (1525-1701) et de la Prusse orientale. Elle resta la ville du couronnement de la monarchie prussienne, même si la capitale fut transférée à Berlin en 1701. 

On comprend que cette ville, désormais appelée Kaliningrad, soit aujourd’hui au centre des tensions entre la Russie et l’Otan, qui n’ont cessé de croître depuis le début du conflit russo-ukrainien en février 2022. Un document récent a révélé que la situation pourrait être bien pire qu’il n’y paraît.

Ce document examiné par Reuters, envoyé à l’Otan par la Russie, indiquait explicitement que Moscou était prêt à recourir à la guerre nucléaire contre l’alliance si l’Otan tentait d’isoler l’enclave russe de Kaliningrad, située entre la Pologne et la Lituanie, deux États membres de l’Otan.

Mark Rutte et Vladimir Poutine jouent à se faire peur.

Le document en question accusait l’Otan de mener une «politique dangereuse et irresponsable» ayant engendré un «risque élevé de déclenchement d’un conflit armé direct». Il avertissait également que la Russie frapperait l’Otan en cas de conflit de ce type.

Selon Reuters, le document affirmait : «La Russie frapperait d’emblée les centres de décision des États membres de l’alliance», ce qui signifie vraisemblablement que la Russie est prête à faire la guerre pour Kaliningrad.

Si un conflit éclatait entre la Russie et l’Otan, Moscou serait prêt à frapper l’Alliance avec toutes les armes de son arsenal. Cela inclut les armes nucléaires, selon un document russe secret. 

Reuters a rapporté que cet avertissement souligne les inquiétudes croissantes en Russie quant à la menace que représente l’Otan pour Kaliningrad. Cependant, le plus haut responsable de l’Alliance ne s’est pas laissé intimider par cette menace russe.

Réponse de l’Otan aux menaces russes

Lors du sommet Défense et Espace d’Euronews à Bruxelles le 30 septembre drnier, le secrétaire général de l’Otan, Mark Rutte, a été interrogé sur la lettre de la Russie et sur la réalité de la menace d’utiliser des armes nucléaires pour défendre Kaliningrad. Il a répondu que, selon lui, cette menace était infondée.

«Poutine sait qu’il ne pourra jamais gagner contre l’Otan, donc je ne prends pas cela très au sérieux, mais bien sûr nous devons répondre et lui faire comprendre que l’Otan est une alliance défensive et qu’il faut arrêter la guerre en Ukraine et mettre fin aux menaces nucléaires, car cela n’est pas utile», a poursuivi Rutte, selon la transcription de ses propos par l’Otan. «L’Otan est bien plus forte que la Russie, il est donc impossible que celle-ci puisse nous vaincre», a poursuivi le secrétaire général de l’Otan.

Cependant, Poutine n’a pas tenu compte de cet avertissement. Le 1er octobre, le président russe a de nouveau mis en garde publiquement l’Occident sur les limites que la Russie était prête à franchir pour défendre Kaliningrad, déclarant devant un auditoire du Club Valdaï à Moscou que la Russie était prête à utiliser toutes les armes de son arsenal.

«Les exercices en mer Baltique se sont enchaînés ainsi que les tentatives d’arraisonnement de nos navires. Tout cela constitue une escalade. Et puis nous avons commencé à entendre des déclarations concernant la région de Kaliningrad», a déclaré Poutine à propos de la situation, selon CNN.

«Si une attaque directe devait avoir lieu contre la Fédération de Russie, en l’occurrence Kaliningrad et éventuellement d’autres territoires, la question de l’utilisation de toutes les armes de notre arsenal serait inévitablement et systématiquement abordée. C’est inévitable», a ajouté Poutine.

La guerre est-elle imminente ? Il est encore difficile de savoir si la situation dans la région baltique continuera de se détériorer, mais il est clair que les tensions entre la Russie et l’Otan semblent atteindre un nouveau point de rupture, et cette situation pourrait éventuellement mener à un conflit. Si les deux parties ne cessent pas de bomber le torse et de jouer à se faire peur mutuellement.

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Le CMF lance sa première revue pour décrypter le marché financier tunisien

12. Oktober 2026 um 17:26

Le Conseil du Marché Financier (CMF) lance la première édition de sa revue, une publication semestrielle qui ambitionne de renforcer la transparence, de consolider l’information financière et d’apporter un éclairage analytique sur les évolutions du marché tunisien. Au programme : des indicateurs chiffrés arrêtés au 30 juin 2026, cinq études thématiques et un bilan de l’activité institutionnelle du régulateur.

Le Conseil du Marché Financier (CMF) enrichit le paysage de l’information financière en Tunisie avec le lancement de la première édition de sa revue. Présentée par Hatem Smiri, président du Collège du Conseil du Marché Financier Délégué, cette nouvelle publication entend mettre à la disposition des investisseurs, des émetteurs, des professionnels du marché et des observateurs une lecture structurée de l’activité financière, combinant données statistiques, analyses thématiques et actualités réglementaires.

Cette initiative intervient dans un contexte marqué par la complexification des instruments financiers, l’évolution des risques et le renouvellement des attentes des investisseurs. Pour le régulateur, l’enjeu ne se limite plus à la surveillance et au contrôle des opérations. Il consiste également à contribuer à la production et à la diffusion d’une information fiable, accessible et pertinente, susceptible d’éclairer les décisions des acteurs du marché et d’alimenter la réflexion sur le développement de la place financière tunisienne.

Dans son avant-propos, Hatem Smiri souligne ainsi la nécessité de rapprocher la rigueur de l’analyse scientifique des réalités de la pratique réglementaire. La revue se veut un espace de réflexion sur les problématiques structurelles du marché financier, tout en assurant un suivi factuel des évolutions réglementaires et institutionnelles.

Une photographie chiffrée du marché au premier semestre 2026

La première partie de la publication, consacrée aux « Indicateurs du marché financier », rassemble les principales données statistiques arrêtées au 30 juin 2026. Elle propose notamment un suivi des indices TUNINDEX et TUNINDEX20, une analyse de la performance boursière et de sa répartition sectorielle, ainsi qu’un examen de la capitalisation boursière et des volumes de transactions.

D’autres indicateurs complètent ce panorama, notamment la participation étrangère, la liquidité et la volatilité du marché. La revue s’intéresse également au marché primaire des actions, au marché obligataire, à la structure des comptes-titres et à l’activité des organismes de placement collectif en valeurs mobilières (OPCVM).

Chaque rubrique associe tableaux statistiques, représentations graphiques et commentaires analytiques. L’objectif est de dépasser la simple présentation des chiffres pour en faciliter la lecture et permettre aux différents intervenants d’appréhender les tendances qui caractérisent le marché financier tunisien.

Cette approche vise à fournir une base d’information consolidée aux investisseurs et aux professionnels, tout en contribuant à une meilleure compréhension du fonctionnement et des évolutions de la place financière.

Cinq études sur les enjeux structurels et réglementaires

Au-delà des statistiques, la revue accorde une place importante à l’analyse des transformations du marché. Sa deuxième partie, intitulée « Études et Analyses », réunit cinq contributions élaborées par les cadres du CMF autour de problématiques financières et réglementaires d’actualité.

Le marché des obligations privées en Tunisie figure parmi les thèmes retenus, dans un contexte où la diversification des sources de financement constitue un enjeu pour les entreprises et pour le développement du marché des capitaux. La revue aborde également le crowdfunding en investissement, un mécanisme qui s’inscrit dans la réflexion sur l’élargissement des modes de financement.

La publication traite par ailleurs du reporting environnemental, social et de gouvernance (ESG) des sociétés faisant appel public à l’épargne. Cette thématique renvoie à la place croissante des informations extra-financières dans l’évaluation des entreprises et à l’évolution des exigences de transparence à l’égard des investisseurs.

Deux autres contributions sont consacrées à la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme. Elles portent, d’une part, sur l’approche fondée sur les risques et, d’autre part, sur la mise en œuvre de ces exigences par les entités assujetties au contrôle du CMF.

À travers ces cinq études, le régulateur entend apporter un éclairage sur des questions qui touchent aussi bien au financement de l’économie qu’à la conformité réglementaire, à la gouvernance et à la protection de l’intégrité du marché. Les analyses sont réalisées par ses équipes internes, dont l’expertise est mobilisée pour rapprocher les problématiques théoriques des réalités opérationnelles.

La transparence et la culture financière au cœur de la démarche

La troisième partie de la revue est consacrée aux « Actualités du Conseil du Marché Financier ». Elle retrace les principaux événements organisés par le Conseil au cours du semestre, ainsi que sa participation à des rencontres et à des instances internationales.

Cette rubrique complète les données de marché et les études thématiques par un suivi de l’action institutionnelle du régulateur. L’ensemble repose ainsi sur une architecture en trois volets : mesurer l’activité du marché, analyser ses enjeux et rendre compte des initiatives du CMF.

Pour Hatem Smiri, cette démarche s’inscrit dans une ambition plus large de consolidation de la transparence, de l’intégrité et du développement du marché financier tunisien. La diffusion d’une information objective et accessible doit également contribuer à élargir la culture financière auprès des investisseurs, des chercheurs, des praticiens et, plus généralement, de toutes les personnes intéressées par le fonctionnement du marché.

La réalisation de cette première édition a bénéficié de la contribution des cadres du CMF, ainsi que de la collaboration de la Bourse des valeurs mobilières de Tunis (BVMT) et de Tunisie Clearing, dont les données et l’appui ont participé à l’élaboration de la publication.

Un nouveau rendez-vous pour la place financière tunisienne

Avec cette première édition, le CMF entend installer une publication appelée à s’inscrire dans la durée. Le défi sera de maintenir la régularité de ce rendez-vous, la qualité des analyses et l’actualité des informations proposées, afin d’en faire un outil de référence pour les professionnels du marché, les investisseurs et la communauté académique.

Au-delà de sa fonction documentaire, cette revue traduit une conception élargie du rôle du régulateur : à la mission de contrôle s’ajoute celle de contribuer à la connaissance du marché, à la diffusion des bonnes pratiques et à l’approfondissement du débat sur son développement.

En réunissant statistiques, analyses spécialisées et informations institutionnelles dans un même support, le CMF pose ainsi les bases d’un dispositif de suivi et de réflexion destiné à accompagner les évolutions du marché financier tunisien et à mieux faire connaître sa contribution au financement de l’économie nationale.

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African ESG Summit : 150 rendez-vous B2B, qui sème les contacts récolte les opportunités

12. Oktober 2026 um 14:23

Plus de 150 rendez-vous d’affaires ont réuni entreprises, experts et prestataires spécialisés en ESG lors de la quatrième édition de l’African ESG Summit. Organisées par Managers, ces rencontres ciblées rapprochent les entreprises des solutions dont elles ont besoin pour développer leurs activités et nouer de nouveaux partenariats.

Qui sème les contacts récolte les opportunités. Le 8 octobre 2026, les sessions « ESG Solutions Providers », organisées par Managers dans le cadre de la quatrième édition de l’African ESG Summit, ont donné corps à cette idée. En une matinée, plus de 150 rendez-vous B2B, programmés à l’avance, ont mis en relation des entreprises en quête de solutions avec des experts et prestataires spécialisés dans les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG).

Le principe : permettre aux participants de rencontrer les bons interlocuteurs, sans perdre de temps dans une recherche de partenaires parfois longue et complexe. Dans un contexte où les exigences de durabilité pèsent de plus en plus sur les relations commerciales et l’accès aux marchés internationaux, ces rencontres offrent aux entreprises un cadre propice pour identifier des solutions adaptées à leurs besoins.

L’intérêt du format se mesure surtout à ce que les participants peuvent en retirer. Pour certains, il s’agit de trouver un fournisseur ou une expertise spécifique. Pour d’autres, de nouer des contacts dans le financement, le conseil ou l’accompagnement stratégique. Les témoignages recueillis illustrent cette diversité de besoins et d’opportunités.

Des besoins précis, des partenaires à portée de main

Pour Syrine Sayah Ghedira, fondatrice des laboratoires Jouvance, marque de cosmétiques biologiques, la participation à ces rencontres répond à un objectif concret : trouver des solutions pour renforcer les dimensions environnementale et sociale de ses produits et améliorer leur attractivité sur les marchés internationaux.

Les échanges directs avec des fournisseurs et des partenaires potentiels lui permettent d’explorer des pistes adaptées à son activité, avec un enjeu de taille : accompagner le développement de la marque et ses ambitions à l’export.

Rania Sakly, consultante en finance et fondatrice de Pathfinder Advisory, cabinet spécialisé dans l’accompagnement des start-up et des PME, est venue, elle aussi, avec des perspectives de coopération en tête.

Ses échanges avec une entreprise et une compagnie d’assurance ont notamment ouvert des pistes de partenariat autour de l’accompagnement des entreprises, de la finance verte et du développement sur les marchés internationaux. Elle souligne également l’intérêt de la diversité des profils présents : experts financiers, juristes, spécialistes ESG et professionnels de terrain peuvent apporter des compétences complémentaires.

Ces expériences illustrent l’intérêt des rendez-vous préprogrammés : en réunissant des interlocuteurs aux expertises et aux besoins compatibles, ils permettent d’aller plus directement à l’essentiel. Les discussions peuvent ensuite se poursuivre au-delà de l’événement, avec l’objectif de concrétiser les pistes identifiées.

Les fournisseurs de solutions profitent eux aussi de ces rencontres pour faire connaître leur expertise et élargir leur réseau. Souha Bejaoui, CEO et fondatrice de ProVerdy, développe des solutions destinées à faciliter la mesure de l’empreinte carbone et à rendre les enjeux de durabilité plus accessibles aux entreprises.

Pour elle, les rendez-vous B2B représentent une occasion de nouer de nouveaux contacts, de retrouver des clients et d’identifier des partenaires potentiels. Elle souligne également l’intérêt des sessions de formation pour sensibiliser les participants aux enjeux de la durabilité et favoriser les échanges entre professionnels. Autant d’occasions de rapprocher les acteurs du secteur et de faire avancer les initiatives en faveur du développement durable.

L’ESG, un enjeu commercial autant que stratégique

La demande de solutions spécialisées s’inscrit dans une évolution plus large des marchés. Les exigences des donneurs d’ordre et des partenaires internationaux poussent les entreprises à accorder davantage d’attention aux critères ESG. Pour les PME tunisiennes, l’enjeu est notamment de trouver les compétences nécessaires pour répondre à ces attentes et préserver leur compétitivité.

Les rencontres organisées dans le cadre de l’African ESG Summit permettent ainsi aux entreprises de découvrir des expertises en gestion des risques, en finance verte ou en accompagnement stratégique. Autant de domaines dans lesquels le choix d’un partenaire adapté peut faciliter l’intégration des critères de durabilité dans les pratiques de l’entreprise.

Pour les prestataires, ces rendez-vous constituent également une occasion de présenter leur savoir-faire à des entreprises susceptibles d’avoir besoin de leurs services. Le dispositif rapproche ainsi deux catégories d’acteurs : ceux qui recherchent des solutions et ceux qui sont en mesure de les proposer.

Des rencontres ciblées, des opportunités à saisir

150 rendez-vous, une matinée et autant d’occasions de faire avancer les affaires. Avec les sessions « ESG Solutions Providers », Managers transforme le networking en un véritable accélérateur de contacts et de partenariats. Grâce à des rencontres programmées à l’avance, les entreprises ne viennent pas simplement échanger des cartes de visite : elles rencontrent des interlocuteurs ciblés, présentent leurs besoins, valorisent leur expertise et identifient des solutions adaptées.

En réunissant, dans un même espace, des entreprises en quête de réponses et des prestataires capables de les accompagner, le dispositif crée un terrain favorable aux synergies commerciales et ouvre de nouvelles perspectives de collaboration. Une approche B2B pensée pour faire gagner du temps, multiplier les connexions utiles et rapprocher les acteurs qui ont de bonnes raisons de travailler ensemble.

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À Marseille, Bourguiba face aux contradictions de son héritage

12. Oktober 2026 um 11:40

Au palais du Pharo, le 9 octobre 2026, un colloque international a interrogé une figure centrale de l’histoire tunisienne : Habib Bourguiba, militant anticolonial emprisonné à Marseille, devenu président d’un État indépendant où la répression a aussi marqué l’exercice du pouvoir. Présents l’après-midi, nous avons suivi les échanges consacrés à cette tension entre émancipation et autorité, au cœur des débats sur la mémoire bourguibienne.

Djamal Guettala, Marseille.

Le lieu donnait à la rencontre une résonance particulière. Au palais du Pharo, à quelques pas du Fort Saint-Nicolas où Habib Bourguiba fut détenu entre 1940 et 1942, l’histoire n’était pas seulement évoquée à distance : elle s’inscrivait dans la géographie même de Marseille. Organisé par La Citadelle et l’Iremam, le colloque intitulé «Bourguiba, leader anticolonial, prisonnier au Fort Saint-Nicolas, 1940-1942» proposait de reprendre cette histoire à partir d’une question moins consensuelle que le récit du combattant de l’indépendance : comment comprendre l’héritage d’un homme qui fut victime de l’enfermement colonial avant d’incarner un pouvoir autoritaire, qui n’hésite pas à enfermer ses opposants ?

L’après-midi, les débats auxquels nous avons assisté ont placé cette contradiction au centre des échanges. Le troisième panel, consacré à Bourguiba comme «émancipateur, autocrate ?», a interrogé la construction de son leadership. L’enfermement, thème récurrent de la journée, ne renvoyait plus seulement à une expérience subie sous la domination coloniale. Il devenait aussi une clé pour comprendre la formation d’une figure politique, son autorité et la place qu’elle allait occuper dans l’histoire tunisienne.

Œuvre d’émancipation et pratiques de pouvoir

La discussion a ensuite déplacé la question vers le présent. Que reste-t-il aujourd’hui de Bourguiba et du bourguibisme ? Posée lors du débat général, cette interrogation engage bien davantage qu’un bilan historique. Elle oblige à distinguer l’œuvre d’émancipation associée à l’indépendance et aux transformations de la société tunisienne des pratiques de pouvoir qui ont accompagné la construction de l’État. L’enjeu n’est ni de sanctifier le «Combattant suprême», ni de réduire son parcours à l’autoritarisme, mais de tenir ensemble ces dimensions sans que l’une efface l’autre.

Cette tension éclaire également la place de Bourguiba dans la mémoire collective. Son nom demeure attaché à la souveraineté nationale et à la fondation de la Tunisie indépendante. Mais la mémoire d’un dirigeant ne peut se limiter aux acquis qui lui sont attribués : elle doit aussi examiner les mécanismes de répression, les rapports aux oppositions et les limites imposées au pluralisme.

Le colloque a ainsi inscrit le débat historique dans une interrogation politique toujours actuelle, sans confondre les contextes ni réduire la complexité d’un parcours à une formule.

Au terme des échanges, Vincent Geisser, directeur de l’Iremam, a souligné dans un message adressé aux participants la richesse intellectuelle de la rencontre, l’intensité des discussions et leur portée humaine. Il a également annoncé deux prolongements envisagés : la valorisation des archives filmées des communications et des débats, puis la préparation d’une publication collective composée de textes courts, accessibles à un large lectorat, notamment aux jeunes générations des deux rives de la Méditerranée.

Un héritage examiné dans ses contradictions

Le choix du Fort Saint-Nicolas comme point d’ancrage de cette réflexion donne à l’entreprise sa portée singulière. Un lieu associé à l’emprisonnement d’un dirigeant anticolonial devient le point de départ d’une interrogation sur les usages du pouvoir après l’indépendance. À Marseille, Bourguiba n’a donc pas été abordé comme une figure figée dans la célébration ou la condamnation, mais comme un héritage à examiner dans ses contradictions. C’est à cette condition que l’histoire cesse d’être un récit officiel pour redevenir une question adressée au présent.

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La Tunisie et le renouvellement de ses compétences scientifiques

12. Oktober 2026 um 11:16

La compétitivité future de la Tunisie dépendra de sa capacité à construire un écosystème permettant de faire émerger, former, transmettre et renouveler durablement ses compétences scientifiques. La préservation du capital scientifique national passe ainsi autant par le renouvellement des talents que par la capacité à accompagner ceux qui existent déjà.

L’Institut arabe des chefs d’entreprise (IACE) basé à Tunis vient de publier, le 8 octobre 2026, sur son site web, une note intitulée «L’exode intérieur : comment la Tunisie perd ses talents scientifiques avant même leur départ», où il pose la problématique de la fuite des cerveaux (ingénieurs, médecins, etc.) dont les flux se sont intensifiés au cours de la dernière décennie en Tunisie faisant perdre au pays une bonne partie des ressources humaines qu’il a dépensé une fortune pour former. Dans ce troisième volet de sa série stratégique consacrée aux mathématiques, l’IACE analyse les mécanismes qui fragilisent progressivement le vivier scientifique tunisien et propose deux orientations stratégiques pour élargir et renouveler durablement ce vivier. Nous en publions ici des extraits…

La fuite des talents scientifiques ne se joue pas uniquement à l’étranger, elle se construit aussi en amont, à travers les choix d’orientation et l’accès aux parcours scientifiques d’excellence. La première fuite des cerveaux ne commence pas à l’aéroport. Elle commence dans le système d’orientation, bien avant l’entrée sur le marché du travail.

La fuite des cerveaux est généralement analysée au moment où les compétences quittent le territoire national. Cette lecture, centrée sur l’émigration des diplômés et des chercheurs, ne permet toutefois pas de saisir l’ensemble du phénomène. Une partie déterminante de la perte du potentiel scientifique intervient bien plus tôt, dans les choix d’orientation qui déterminent quels profils pourront développer pleinement leurs capacités scientifiques.

L’exode est d’abord intérieur

Cette note met en évidence un phénomène d’«exode intérieur» : avant même de perdre ses compétences à travers la migration, la Tunisie risque de réduire progressivement son propre vivier scientifique en limitant le nombre de jeunes qui accèdent aux parcours permettant de développer une maîtrise avancée des mathématiques.

L’analyse montre un paradoxe majeur. Alors qu’une part importante des bacheliers tunisiens est orientée vers des filières classées scientifiques, le vivier permettant d’alimenter les parcours scientifiques les plus exigeants s’est progressivement contracté.

Le recul marqué de la section Mathématiques illustre cette évolution. Il ne traduit pas un désintérêt des jeunes pour les sciences, mais une transformation des arbitrages scolaires, influencée par la perception du risque, les perspectives d’orientation et les conditions d’accès aux formations d’excellence. Cette évolution produit des effets différés mais stratégiques.

Les choix effectués au secondaire déterminent, plusieurs années plus tard, la capacité du pays à alimenter ses universités, ses centres de recherche et ses secteurs économiques à forte intensité technologique.

La question de la fuite des cerveaux doit ainsi être repensée. L’enjeu ne consiste pas uniquement à retenir les talents une fois formés, mais à créer les conditions permettant de les identifier, de les accompagner et de les développer. La préservation du capital scientifique tunisien commence donc bien avant le départ : elle commence dans la capacité du système éducatif à faire émerger durablement les talents scientifiques.

L’analyse développée dans cette note élargit ainsi la lecture de l’exode scientifique : la capacité d’un pays à préserver son capital scientifique dépend aussi de sa capacité à en assurer le renouvellement. Pour la Tunisie, cela suppose de préserver les mécanismes qui permettent l’émergence des talents : une orientation capable de révéler les potentiels, des parcours scientifiques accessibles et attractifs, et un environnement permettant aux compétences de se développer pleinement.

Les décisions prises aujourd’hui en matière d’orientation produiront leurs effets plusieurs années plus tard. Les compétences qui porteront demain la recherche, l’innovation et les secteurs technologiques se construisent dès aujourd’hui dans les choix scolaires, les formations et les opportunités offertes aux jeunes générations. Cette perspective complète les enseignements des deux premières notes de cette série. Le capital scientifique constitue un actif stratégique de compétitivité nationale (Note 1). Sa capacité de renouvellement est aujourd’hui fragilisée par l’affaiblissement progressif des parcours qui alimentent la relève scientifique (Note 2).

Cette Note 3 montre que cette fragilisation trouve également son origine en amont, dans les mécanismes d’orientation qui déterminent quels profils auront la possibilité de développer leur potentiel scientifique.

Ces trois dimensions renvoient à une même réalité : la compétitivité future de la Tunisie dépendra de sa capacité à construire un écosystème permettant de faire émerger, former, transmettre et renouveler durablement ses compétences scientifiques. La préservation du capital scientifique national passe ainsi autant par le renouvellement des talents que par la capacité à accompagner ceux qui existent déjà.

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Promouvoir les sociétés d’exercice libéral médical en Tunisie

12. Oktober 2026 um 10:29

En Tunisie, l’exercice médical libéral se fait désormais sous deux formes : le cabinet médical individuel ou  de groupe ou dans le cadre d’une société civile professionnelle. En revanche il n’existe pas de cadre juridique pour la société d’exercice libéral médical.

Dr Abdelmajid Mselmi *

Ces dernière années, l’intérêt de la création de ce genre de société a été largement évoqué et débattu dans les instances de la profession médicale au vu des ses avantages démontrés dans d’autres pays. Il permet de développer l’exercice médical avec plus de transparence et de sérénité.

Pour contribuer à ce débat, nous avons revu ce mode d’exercice tel qu’il est pratiqué en France, pays avec lequel nous avons beaucoup de similitudes au niveau de notre système de santé et notre système d’assurance maladie.

En France, la loi du 31/12/1990 a constitué une rupture majeure en créant les sociétés d’exercice libéral «Sel» permettant aux professions libérales d’exercer en société de capitaux sans perdre ni leur statut civil ni leur déontologie. La «Sel» est réservée aux professions libérales réglementaires telles que les médecins les avocats les médecins dentistes, etc..

Depuis, plusieurs textes réglementaires ont été publiés pour organiser l’exercice libéral notamment médical sous le mode d’une société de capitaux.

En 2011, le conseil national de l’ordre des médecins de France a approuvé les statuts des sociétés d’exercice médical libéral en précisant le cahier de charge pour chaque type de société.

En 2023 il y a eu la publication le l’ordonnance du 8 février sur l’exercice en société des professions libérales réglementaires.

En France, il existe plusieurs formes de «Sel». La plus fréquente est le Selarl ou société d’exercice libéral à responsabilité limitée. Le médecin exerce seul ou à plusieurs, la responsabilité est limitée aux apports. La Selasu (société d’exercice libéral par action simplifiée unipersonnelle) est plus souple dans sa rédaction statutaire et son organisation de gouvernance

Caractéristiques, avantages et contraintes

Contrairement à ce que beaucoup peuvent penser, la Sel médicale peut être unipersonnelle sans besoin de s’associer à d’autres confrères. On décide de son propre gré de transformer son mode d’exercice de cabinet médical en une société unipersonnelle qui peut devenir multi-personnelle selon les besoins.

Ce qui change c’est que dans le cadre de la société, on n’exerce plus en son propre nom. On crée une entreprise dotée de la responsabilité morale qui encaisse les honoraires, supporte les charges et verse au médecin une rémunération. Le médecin est à la fois l’associé qui détient le capital social et le gérant qui dirige la société.

Les sociétés exercent après autorisation du conseil de l’ordre et sous son contrôle. Elles n’exercent que la profession médicale et ne peuvent avoir aucune autre activité commerciale. La responsabilité médicale civile ou pénale du médecin reste toujours personnelle et ne relève aucunement de la société.

Il est le vrai que la Sel est considérée comme un moyen pour atténuer la pression fiscale de façon légale. Ce qui est une bonne cause.

En effet,  en mode de personne physique (cabinet médical), tout le bénéfice subit le barème progressif de l’IR, jusqu’à 45 %. En mode Sel, la société est imposée à 15 % puis 25 %.

L’idée n’est donc pas de ne plus payer d’impôt, mais de piloter la rémunération du médecin. Vous vous versez ce dont vous avez besoin pour vivre et vous laissez le reste dans la société, imposé à 15 ou 25 % au lieu de 45 %. Cette trésorerie capitalisée sert ensuite à investir, à constituer une réserve ou à préparer un projet : acquisition des murs, regroupement…

Ce mode d’exercice permet d’autre part la protection du patrimoine : séparation nette entre le patrimoine personnel du médecin et le patrimoine professionnel de la société. Il facilite l’association et la transmission : cession plus aisée de parts sociales, intégration de jeunes confrères ou création d’une structure de type holding pour préparer l’avenir ou racheter des parts.

En revanche il y a des contraintes telles que le respect de la majorité du capital détenu par les professionnels exerçant au sein de la structure. En plus des coûts de fonctionnement plus élevés (frais de constitution, comptabilité d’entreprise plus complexe, assemblées générales annuelles).

Responsabilité du ministère de la Santé

Le mode d’exercice en société libérale médicale mérite d’être ajouté à la «carte» des modes d’exercice offerts aujourd’hui aux médecins tunisiens. Le praticien choisit ce qu’il lui convient comme mode d’exercice.

La meilleure voie pour faire aboutir ce projet est de sensibiliser et convaincre le ministère de la Santé qui a la tutelle générale sur l’exercice médical public et libéral sur tout le territoire du pays.

Le jour ou  le ministère de la Santé sera convaincu de l’intérêt national d’un tel projet, il a tous les moyens et les prérogatives pour l’élaborer et le finaliser ce projet en partenariat avec le conseil de l’ordre des médecins et les instances représentatives des médecins jusqu’à sa publication dans le journal officiel et  sa mise en application.

Nous pensons que le mode de «SEL» médicale peut représenter une réponse à des soucis de certaines franges des médecins et permet de développer l’exercice médical dans notre pays. Il est temps de passer à l’action.

* Chirurgien, professeur agrégé.

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Terrasses de cafés : après « Winou Ettrottoir ? », bientôt « Winou El Kayess ? »

12. Oktober 2026 um 09:28

Tables, chaises, parasols, banquettes et parfois même gazon synthétique… Les terrasses des cafés et restaurants gagnent du terrain, grignotant les trottoirs et débordant parfois sur les portions de chaussée réservées au stationnement. Une situation qui exaspère les citoyens, contraints de se faufiler entre les installations, de marcher au milieu des voitures ou de chercher désespérément...

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Décès de Habib Bennour, un pionnier du tourisme à Sousse

12. Oktober 2026 um 09:37

Habib Bennour s’est éteint aux premières heures du dimanche 11 octobre 2026, à l’âge de 96 ans. Pionnier du tourisme dans la région du Sahel et co-fondateur du Rotary-Club de Sousse, en 1983, ses funérailles ont eu lieu le jour même, après la prière d’El Asr, au cimetière de Sousse Sud, sur la route de Monastir, en présence des membres de sa famille, de ses proches et de ses amis.

Adel Ben Youssef *

En cette triste circonstance, et compte tenu de l’amitié ancienne qui me lie au défunt depuis 2007, année où je l’ai accompagné dans la rédaction de ses mémoires intitulés «Mélodie d’une vie», parus chez Simpact en décembre 2009, je me suis attelé à la tâche de faire connaître cet homme d’exception au grand public.

Mohamed Habib Ben Abdelkader Ben Ali Bennour est né à Sousse le 30 avril 1930, au sein d’une famille sahélienne modeste, mais jouissant d’une certaine notoriété, originaire de Téboulba et installée dans la Perle du Sahel depuis la fin du XIXe siècle. Sa mère, Khaddouja Bent Ali Brahem était née à Sousse en 1905.

Une carrière toute tracée

Habib Bennour perd son père alors qu’il n’a que dix-sept ans. Il aurait sans doute suivi la voie empruntée par tous ses camarades du Collège de Sousse et serait très probablement devenu l’un des cadres administratifs de la région. Mais grâce à son sens des responsabilités et à son dévouement à sa famille, il a préféré succéder à son père au sein du groupe industriel de Nessime Darmouni (minoterie et usine de conserves, entre autres), où il a gravi rapidement les échelons : employé d’écritures de 1947 à 1950, puis gérant du café de Bab Jedid, qu’il a modernisé.

Grâce à la collaboration de ses nouveaux associés, Abdelhamid Mehdoui et Béchir Dardour, il a ouvert de nouveaux cafés modernes entre 1950 et 1959, et surtout réalisé de nombreuses unités touristiques : le Casino Boujaâfar, inauguré par le président Habib Bourguiba en juillet 1959, et l’Hôtel Justinia, inauguré par ce dernier en août 1968, à une époque où la majorité des acteurs économiques de la région et du pays ne croyaient absolument pas au succès du tourisme dans la région. Le 16 juillet 1984, l’ancien Premier ministre, Mohamed Mzali est venu inaugurer sa nouvelle unité touristique à Boujaâfar, Nour Justinia.

Grâce à son professionnalisme et à son esprit novateur, il a obtenu auprès des autorités le soutien moral et matériel pour passer du statut de cafetier à celui de pionnier de l’hôtellerie dans sa ville natale.

À vrai dire, son lancement dans ce secteur coïncide avec une nouvelle conjoncture économique dans le pays, marquée par le départ des Européens puis des Juifs tunisiens vers la France, ainsi que l’intérêt porté par le nouvel État indépendant pour le tourisme comme moteur de développement économique et social, un choix devenu prioritaire à partir des années 1970 sous l’égide du Premier ministre Hédi Nouira.

Un fervent mélomane

En parallèle de son activité touristique, Habib Bennour a su donner à sa personnalité les moyens de s’épanouir pleinement. Le grand mélomane qu’il était a permis à de nombreux jeunes talents d’émerger, à l’image de Soufia Sadok, mais aussi au niveau national, où certaines de nos chanteurs, comme Raoul Journo, Lotfi Bouchnak et Amina Fakhet se disaient fiers d’être ses enfants spirituels.

Au niveau arabe, il a connu un grand nombre de maîtres de la musique orientale, tels que Mohamed Abdelwaheb, Farid El Atrache et Oum Kalthoum (au cours de ses nombreux voyages au Caire entre 1950 et 1969), Chahrazed (lors de la visite de cette dernière à Sousse en 1959), Mohamed Tharouat, Riadh El Bandak, Wadï Essafi, Melhem Baraket, Sayed Makkaoui, Karem Mahmoud et bien d’autres.

Un pionnier du mouvement Rotary

Habib Bennour s’est également pris de passion pour la mission du Rotary. Après avoir été l’un des fondateurs du Rotary-Club de Sousse en 1983, il a été élu président de ce club deux années consécutives (1989-1990 et 1990-1991), avant d’accéder aux plus hautes responsabilités du District 9010, en tant que gouverneur pour l’année 1996-1997.

Cet engagement en faveur de la cause rotarienne a été consacré par l’accueil réservé à l’ancien président du Rotary International Luis Vicente Giay par le président Zine El Abidine Ben Ali, au palais de Carthage le 7 décembre 1996.

Habib Bennour a toujours été sensible au sort des autres, et sa générosité est reconnue par tous ceux qui l’ont connu. Il venait en aide à plusieurs associations à caractère social, par des aides matérielles et alimentaires destinées aux familles et aux personnes démunies ou en situation de handicap, entre autres.

De même, il est resté jusqu’à ses derniers jours un grand supporter de l’Étoile Sportive du Sahel depuis la fin des années 1940, et il n’hésitait pas à soutenir moralement et matériellement son équipe préférée lorsqu’on le lui demandait, avant de transmettre le flambeau à ses enfants. Il était également amateur de théâtre et de cinéma arabes, ainsi qu’un grand voyageur qui, de par sa profession, ses activités rotariennes ou sa curiosité, avait eu l’occasion de visiter la plupart des pays du monde.

En dehors des affaires, Habib Bennour est resté fidèle à ses amis, et jusqu’à ses dernières années il éprouvait un immense plaisir à les retrouver. Sa proximité avec les autres, en particulier avec les Juifs et les Chrétiens de Sousse (ses voisins, ses amis d’enfance et de jeunesse et ses anciens patrons de Capaci Piccolo), l’a beaucoup aidé à réaliser ses rêves. Cette proximité avait développé en lui un esprit d’ouverture, de tolérance, de liberté, de respect et de dialogue avec l’autre.  

Que Dieu tout-puissant l’accueille dans son paradis éternel, et nos sincères condoléances à son épouse Latifa Belajouza, à ses filles (Amira, Narjess, Olfa et Yasmine), à ses fils (Yosri, Yassine et Habib Jr.) ainsi qu’à ses petits-fils. Courage, patience et réconfort.

* Historien, université de Sousse.

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Je n’aime pas l’IA, mais la question n’est pas là !

12. Oktober 2026 um 08:33

Ah, cette intelligence artificielle ou IA ! Ces deux lettres si galvaudées ! Que de bouleversements elle impose et que d’efforts elle exige pour ne pas se laisser dévorer par ceux qui en détiennent les clés.

Raouf Laroussi *

Tout le monde est expert en IA ! Tout le monde, ou presque, adopte une posture sérieuse pour parler d’IA ! IA, IA, IA… combien de fois entend-on ces deux lettres prononcées ou écrites dans un sens ou dans l’autre ! Parfois même, pour sacrifier aux anglicismes, cet acronyme est prononcé à l’anglaise («Aïe-Eh»)… Ah, que c’est douloureux !

Et voilà que tout le monde s’improvise expert. Si certains vantent ses bienfaits, d’autres appellent à la méfiance. Certains poussent même la phobie jusqu’à affirmer que cette technologie pourrait conduire à l’extinction de l’humanité ! Jamais une avancée technologique n’a suscité autant d’émoi et de curiosité.

Mais moi, je n’aime pas l’IA !

Comment aimer ces textes qui se déroulent sans la moindre faute d’orthographe, de conjugaison ou de grammaire ? Ces textes au rythme si froidement calculé, dénués d’âme. L’imperfection n’est-elle pas, au fond, une part indéniable du charme humain ? Certes, l’IA génère de belles images et des vidéos superbes à une vitesse fulgurante. Mais ces productions ne sont-elles pas souvent conçues pour tromper ou désinformer ? Il devient difficile de distinguer le vrai du faux, avec tous les dégâts qui en résultent !

Et puis, l’IA s’en prend aux mathématiques, la discipline même qui lui a donné vie ! La voilà devenue concurrente, s’attaquant à des questions ouvertes et parvenant parfois à y apporter des réponses. Mais mesure-t-on les conséquences d’un relâchement de l’esprit mathématique, jadis fondé sur l’effort, l’élaboration de méthodes et la rigueur du raisonnement ? Car l’essence des mathématiques ne se résume pas à résoudre des problèmes, mais bien à concevoir des méthodes pour y parvenir.

L’IA séduit, incontestablement.

Il est vrai qu’une application capable de dialoguer avec un humain dans son propre langage, et de répondre à ses questions en quelques secondes, tient du miracle. Il est fascinant de voir des modèles analyser des images ou des documents avec une acuité dépassant souvent celle des meilleurs experts. Mieux encore, des robots propulsés par l’apprentissage automatique (Machine Learning) ou profond (Deep Learning) accomplissent des tâches à notre place. Alors, oui, l’IA a de quoi séduire.

Toutefois, cette déferlante qui bouleverse toutes les activités humaines reste mal encadrée à bien des égards : sécuritaire, éthique, légal, etc. Un effort colossal reste à fournir pour en tirer le meilleur parti tout en circonscrivant ses effets pervers. Alors oui : je n’aime pas l’IA… du moins tant qu’elle n’est pas entièrement domestiquée !

D’autre part, bien que la production basée sur l’IA se répande à un rythme effréné dans tous les domaines, le cœur de cette technologie — qu’il s’agisse du matériel (hardware), des données (data), de la conception des modèles ou des ressources énergétiques — se concentre dangereusement autour de deux pôles : les géants américains et la puissante Chine, qui se disputent le leadership mondial. S’il n’y prend garde, le reste du monde risque de devenir l’otage technologique de ces deux superpuissances. Et dans cette prise d’otages, tout est en jeu : la performance économique, la santé, l’éducation, la défense et, surtout, la souveraineté.

Voilà un autre facteur qui doit éveiller notre méfiance à l’égard de l’IA et nous pousser à l’action pour ne pas en être les victimes. C’est d’ailleurs une autre raison pour laquelle je n’aime pas l’IA : sa gouvernance n’est pas équitablement partagée.

Je n’aime pas l’IA ? En réalité, aimer ou ne pas aimer n’est pas la bonne question !

L’IA est là, tout comme les avancées technologiques qui l’ont précédée. Face à une telle révolution, la meilleure résolution est de l’adopter au plus vite. Plus que l’adopter, nous devons en acquérir une maîtrise totale. Ce choix s’impose à tous les niveaux : aux individus en tant qu’usagers, aux entreprises en tant qu’utilisateurs avertis et producteurs de modèles adaptés, et aux pouvoirs publics pour élaborer une stratégie nationale et des partenariats garantissant une souveraineté technologique.

Justifions ce verdict quelque peu tranchant.

Prenez le cas d’un parent. Peut-il faire l’impasse sur l’intrusion de l’IA ? Comment vérifier, dès lors, si ses enfants ont réellement fourni un effort pour leurs devoirs ou s’ils se sont contentés de solliciter une IA ? De même pour l’enseignant, qui doit redoubler de vigilance face à l’usage abusif de ces outils. À l’inverse, tout individu peut chercher à en tirer profit pour optimiser ses tâches quotidiennes.

Les exemples foisonnent. La médecine est également bouleversée : l’IA permet d’interpréter des radioscopies avec une précision surpassant parfois celle des meilleurs praticiens. Pourquoi un radiologue se priverait-il de cette assistance, sachant qu’il lui revient toujours de poser le diagnostic final ?

En contrepartie, cette avancée confronte le médecin à de nouveaux défis : les patients arrivent souvent informés, connaissant a priori leur pathologie et les traitements potentiels. C’est au médecin d’offrir ce qu’aucune machine ne peut procurer : l’empathie et la prise en compte du contexte personnel et humain du patient.

Pour l’entreprise, l’introduction de l’IA entraîne des mutations profondes. Dès lors qu’elle permet d’améliorer la productivité et de réduire les coûts de production, son usage devient impératif dans un environnement concurrentiel. L’innovation technologique n’est pas un luxe ni une mode ; son adoption est souvent une condition de survie.

Enfin, à l’échelle d’une nation, il est crucial que les autorités prennent la mesure de cet enjeu. Une stratégie nationale s’impose : élaboration d’une feuille de route, identification des acteurs clés, et mobilisation des ressources humaines et financières pour des projets d’envergure. Une structure de gouvernance dotée de larges prérogatives doit voir le jour. Il est évident qu’une IA pleinement souveraine est difficilement réalisable par un pays de taille modeste seul ; des partenariats régionaux sont indispensables pour espérer concurrencer les modèles dominants.

Ah, cette IA ! Ces deux lettres si galvaudées ! Que de bouleversements elle impose et que d’efforts elle exige pour ne pas se laisser dévorer par ceux qui en détiennent les clés.

Alors, définitivement… Aimer ou ne pas aimer n’est pas la bonne question !

Au travail !

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Tunisie | Faciliter la correction des dossiers Amen  Social

12. Oktober 2026 um 07:40

Amen Social est le système tunisien de protection sociale destiné aux familles pauvres et à faible revenu, créé par la loi organique n° 2019-10 du 30 janvier 2019. Il prévoit des allocations mensuelles pour les ménages les plus nécessiteux, un accès à des soins de santé gratuits ou à tarif réduit via la Caisse nationale d’assurance maladie (Cnam) et une aide financière pour la rentrée scolaire et universitaire des enfants de familles bénéficiaires. Ce programme bénéficie à près de 10 % de la population tunisienne, constituant les ménages pauvres. Raison de plus pour qu’il soit réformé et adapté aux besoins de la population qui en a besoin.

Gustavo Pessoa *

Quand les revenus d’un ménage baissent, son dossier social doit pouvoir suivre. Une information devenue ancienne peut peser sur une décision d’aide, même lorsqu’elle était exacte au moment de son enregistrement. Pour une famille concernée, savoir comment la faire rectifier compte autant que la qualité du registre. La modernisation d’Amen Social doit rendre cette correction plus simple, plus compréhensible et suffisamment rapide pour rester utile.

Le financement supplémentaire de 90 millions de dollars approuvé par la Banque mondiale le 27 mars 2026 offre l’occasion de renforcer cette exigence. L’opération soutient l’élargissement de la protection sociale et la modernisation de son administration, notamment le développement d’un registre intégré des bénéficiaires et l’extension des paiements numériques. Ce chantier devra permettre aux informations de mieux circuler tout en préservant la possibilité, pour chaque ménage, de faire rectifier celles qui le concernent.

La Tunisie dispose déjà d’un cadre pour contester les décisions. Le ministère des Affaires sociales rappelle que le décret gouvernemental 2020-317 encadre l’accès à Amen Social et le règlement des griefs. Le registre du programme et son mécanisme de réclamation ne partent donc pas de zéro. La question est celle de leur efficacité pratique lorsque les données circulent davantage entre administrations et que le programme accueille de nouveaux bénéficiaires.

Améliorer le dispositif et son suivi

L’évaluation publiée par la Banque mondiale en février 2026 décrit un dispositif de réclamation déjà opérationnel, associant le Bureau des relations avec le citoyen et les structures régionales. Plusieurs canaux permettent de déposer une plainte, dont les bureaux locaux, le courrier et le téléphone. Le projet prévoit aussi d’améliorer le dispositif et son suivi. Cette base doit guider la réforme, avec une attention particulière à ce qui se passe après le dépôt d’un recours.

Pour le ménage, l’essentiel est de comprendre quelle information a influencé la décision et comment signaler un changement. Le motif communiqué devrait être assez précis pour permettre une démarche utile, sans exposer des données personnelles. Une explication générale sur l’inéligibilité risque de laisser le demandeur chercher la mauvaise pièce justificative ou retourner au mauvais guichet. Lorsqu’une information doit être vérifiée auprès d’un autre service, l’administration devrait organiser cet échange au lieu d’en faire supporter toute la charge à la famille.

La possibilité de corriger une donnée mérite aussi d’être distinguée du désaccord avec les critères d’attribution. Une erreur sur un revenu, une situation familiale ou un document appelle une vérification factuelle. Une contestation de l’application des règles appelle une réponse motivée. Clarifier ces deux démarches faciliterait le travail des agents et éviterait de transformer chaque rectification en conflit sur l’ensemble du programme. Une correction justifiée peut conduire à réexaminer le dossier sans garantir automatiquement l’octroi d’une prestation.

Les délais observés devraient devenir un indicateur public de la réforme. Dans le suivi déjà prévu, des résultats agrégés pourraient montrer le temps nécessaire pour recevoir une réponse, la proportion de dossiers encore en attente et les principaux motifs de rectification. Ces informations aideraient à repérer un blocage dans une région ou une procédure, sans publier l’identité des familles. Le nombre de plaintes reçues, pris isolément, serait insuffisant : un canal plus accessible peut faire augmenter les demandes tout en améliorant le service.

Les voies physiques et téléphoniques restent importantes. Un changement de situation peut concerner une personne qui ne maîtrise pas les démarches en ligne, dispose d’une connexion irrégulière ou a besoin de l’aide d’un travailleur social. Le numérique devrait faciliter le traitement et le suivi de sa demande. Il devrait également permettre à l’agent qui l’accompagne de retrouver son dossier, pour éviter qu’elle raconte la même situation à chaque déplacement.

Mieux orienter les ressources disponibles

Cette attention aux recours relève aussi d’une bonne gestion financière. Une donnée corrigée aide à orienter les ressources vers les personnes qui répondent effectivement aux conditions du programme. Une décision compréhensible facilite le contrôle et réduit les démarches inutiles. À l’inverse, laisser une erreur se prolonger peut aggraver la difficulté que l’aide devait soulager et multiplier les coûts administratifs nécessaires pour la résoudre.

Le nouveau financement doit donc soutenir une protection sociale capable d’apprendre de ses propres corrections. Les familles ont besoin d’un interlocuteur identifiable, d’une explication utilisable et d’une suite donnée à leur démarche. Rendre ces éléments visibles donnerait un sens concret à la modernisation : un dossier qui évolue avec la situation du ménage, et une administration qui sait reconnaître puis rectifier une information devenue fausse.

* Professeur d’économie et de finance à la Fundação Getulio Vargas, au Brésil.

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‘‘La Mission’’ de Mohamed Benchicou | Derrière Tiguentourine, les questions qui dérangent

12. Oktober 2026 um 07:30

Il faut relire ‘‘La Mission’’ (Koukou Éditions, Algérie, 2014). Pas comme un thriller. Comme un document politique déguisé en roman. Publié en 2014 chez Koukou Éditions, le livre de Mohamed Benchicou revient sur l’attaque du complexe gazier de Tiguentourine, au sud-est de l’Algérie, non loin de la frontière libyenne, en janvier 2013, pour explorer ce que l’événement pourrait dissimuler : intérêts énergétiques, rivalités au sommet de l’État et stratégies étrangères.

Djamal Guettala

L’auteur ne se limite pas au récit de la prise d’otages. Il bâtit une intrigue autour d’une question autrement sensible : les intérêts économiques et les luttes de pouvoir ont-ils pu peser sur le destin de ce site stratégique ? La question nourrit le roman ; elle ne constitue pas, à elle seule, une preuve.

Le 16 janvier 2013, un groupe armé attaque le complexe gazier de Tiguentourine, près d’In Amenas. Des centaines de personnes sont prises en otage. L’intervention des forces algériennes met fin à la crise, au prix de lourdes pertes humaines. L’attaque marque durablement l’industrie gazière algérienne et les relations du pays avec ses partenaires étrangers.

Un an plus tard, Benchicou choisit de déplacer le regard. Dans ‘‘La Mission’’, Tiguentourine n’est pas seulement le théâtre d’une opération terroriste : le site devient le point de rencontre d’intérêts industriels, de convoitises financières et de rivalités politiques. La dimension romanesque lui permet de relier des éléments qui, dans le débat public, restent souvent séparés.

L’auteur donne lui-même la clé de son approche : «Je n’ai été amené à connaître Tatiana que parce que l’attaque de Tiguentourine est une affaire de fric, de luttes d’influence, de rivalités de pouvoirs…»

Cette phrase annonce le parti pris du livre. Les faits historiques sont établis : l’attaque, la prise d’otages et l’intervention militaire. Les connexions politiques et économiques mises en scène par Benchicou relèvent, elles, de sa construction romanesque. Cette frontière doit rester claire, sans pour autant réduire le livre à un simple exercice de fiction.

Les intérêts gaziers et les rivalités du pouvoir

Dans le récit, British Petroleum occupe une place centrale. L’entreprise britannique exploite le site avec ses partenaires. Benchicou imagine qu’après la catastrophe de Deepwater Horizon, BP cherche à céder ses actifs algériens et à revoir le modèle de sécurité de ses installations. La question de la propriété et de la protection du complexe devient alors un ressort majeur de l’intrigue.

Mikhail Fridman, homme d’affaires russe né à Lviv, apparaît sous les traits de Tatiana-Johanna dans les ramifications du récit. Intéressé par le rachat du site, il incarne les convoitises financières qui entourent cette infrastructure stratégique. Sir William Thompson, envoyé en mission par Downing Street, est chargé d’examiner la situation. À travers lui, Benchicou introduit la dimension britannique et les calculs diplomatiques liés aux intérêts énergétiques.

Ces éléments donnent sa cohérence à l’intrigue, mais ne démontrent pas qu’une opération de cession, les manœuvres étrangères et l’attaque terroriste auraient été coordonnées dans la réalité. Le roman construit un scénario politique ; il ne livre pas une démonstration judiciaire.

L’analyse s’étend ensuite aux rapports de force algériens. Mohamed Mediène, dit Toufik, et le DRS occupent une place importante dans la représentation d’un pouvoir traversé par les rivalités. Benchicou suggère que l’attaque pourrait s’inscrire dans une recomposition des équilibres sécuritaires et politiques. Cette lecture doit être attribuée à l’auteur : aucune conclusion judiciaire ne permet d’établir que Toufik ou des acteurs étrangers auraient organisé ou facilité l’attaque.

L’arrière-plan est celui de l’Algérie de 2013-2014, au moment où se prépare le quatrième mandat d’Abdelaziz Bouteflika. Benchicou rapproche intérêts pétroliers, puissances étrangères et continuité du régime dans une formule accusatrice : «la connivence entre des capitales occidentales, la pègre pétrolière internationale et l’autocratie archaïque locale qui ambitionnait de se reconduire pour un quatrième mandat».

Cette formule résume sa charge politique. Elle exprime une interprétation romanesque des rapports entre argent, pouvoir et intérêts étrangers, non une conclusion établie sur les responsabilités dans le drame de Tiguentourine.

Le livre a été accueilli favorablement, mais sa portée politique semble être restée au second plan. Or, au-delà de l’intrigue, son intérêt réside aussi dans les questions qu’il soulève sur la vulnérabilité des infrastructures stratégiques et sur les rapports entre souveraineté nationale et intérêts économiques.

Un livre qui résiste au temps

Depuis la parution de ‘‘La Mission’’, le paysage politique algérien a changé. Bouteflika a obtenu son quatrième mandat, avant de quitter le pouvoir. Mohamed Mediène a été écarté de la tête du DRS, ensuite réorganisé puis dissous. Ces événements éclairent le contexte dans lequel Benchicou écrivait ; ils ne confirment pas rétrospectivement ses hypothèses sur Tiguentourine.

La portée du livre tient ailleurs : dans sa volonté de dépasser le récit immédiat d’un attentat pour interroger les intérêts et les rapports de force qui entourent les lieux stratégiques. On peut discuter ses hypothèses, contester ses rapprochements et rappeler les limites de sa démonstration. On ne peut ignorer la question qui traverse son récit : derrière les événements, quels intérêts se croisent et quelles vérités restent à établir ?

Mohamed Benchicou est mort le 24 septembre 2026. Avec ‘‘La Mission’’, il laisse un texte qui témoigne de sa manière d’interroger le pouvoir et de mettre en cause les récits trop vite refermés. Relire ce livre ne revient pas à transformer ses hypothèses en certitudes, mais à reprendre les questions qu’il a posées. Cette mission n’est pas terminée.

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Énergie et IA : les deux forces qui redéfinissent l’économie mondiale

12. Oktober 2026 um 05:48

Avant le coût d’envoi des Assemblées annuelles du FMI et de la Banque mondiale en Thaïlande, à partir du lundi 12 octobre, la patronne du FMI a mis l’économie mondiale dans son contexte. Pour Kristalina Georgieva, l’économie mondiale est tirée dans deux directions opposées : un choc négatif sur l’offre d’énergie et un choc positif sur la demande lié à l’IA. L’impact combiné de ces deux forces est très inégal à travers les régions.

 

A quelques jours de la publication de la nouvelle version des « Perspectives de l’économie mondiale », les premières conclusions sont là. Les plus grands coups portés à la croissance en 2026 ont touché les économies ravagées par les conflits en cours. Un impact plus modeste sur la croissance est observé dans les pays dépendants des importations d’énergie et manquant d’espace budgétaire suffisant pour amortir les chocs. Mais nous verrons aussi une croissance plus élevée dans quelques zones, grâce à l’IA.

 

L’IA, nouveau moteur de croissance

L’IA est devenue un moteur clé de la croissance. L’investissement mondial en ces technologies rapporté au PIB dépassera probablement les montants investis dans les réseaux électriques ou de télécommunications. Pour le FMI, le matériel d’IA et les produits technologiques connexes représentent désormais plus de 10 % du commerce mondial de biens, et cette part augmente.

La croissance du commerce lié à l’IA est observée dans les économies intégrées à sa chaîne de valeur, comme les États-Unis, la Chine et l’Inde en tant qu’importateurs nets de matériel d’IA. Ces pays sont en train de construire l’infrastructure pour devenir des fournisseurs clés d’IA. Pourtant, si cela fait avancer ces économies, la majorité des autres se retrouvent à la marge, augmentant le risque du creusement des inégalités économiques à travers le monde.

 

L’énergie au cœur de la crise

L’IA accroît aussi la demande d’énergie, dont le coût ne cesse d’augmenter. Si l’on ajoute ceux des engrais, des aliments et des intrants industriels clés, la sécurité alimentaire est mise en péril. L’inflation est poussée à la hausse, la croissance à la baisse.

Le choc des prix de l’énergie a été important mais contenu grâce à l’efficacité énergétique, à la diversification des sources de combustible, aux libérations de réserves, à l’agilité des chaînes d’approvisionnement et à aux mécanismes organiques de l’offre et de la demande. Néanmoins, malgré une reprise fragile des flux sortant du Golfe, les prix du pétrole restent autour de 100 dollars le baril, reflétant les risques et les coûts de transport élevés.

En outre, l’approvisionnement en gaz naturel du Golfe reste perturbé. Les pressions sur les prix pourraient s’accentuer à mesure que les pays reconstituent leurs réserves et que la demande augmente avec l’approche de la saison froide dans l’hémisphère Nord.

Des prix de l’énergie plus élevés poussent à la hausse l’inflation, les taux directeurs et les courbes de rendement de référence. Après avoir fortement augmenté cette année, les rendements souverains à 10 ans des États-Unis, de l’Allemagne et du Japon sont aujourd’hui à leurs plus hauts niveaux depuis respectivement au moins deux décennies.

 

Les politiques budgétaires, urgence de redressement

Le troisième facteur majeur qui affecte l’économie mondiale aujourd’hui est celui des déficits budgétaires excessifs. La dette publique mondiale est proche de ses plus hauts niveaux depuis l’après-Seconde Guerre mondiale et devrait bientôt dépasser 100 % du PIB.

Pour de nombreuses économies de marché émergentes, les effets de la hausse des rendements de base sur les coûts de financement sont encore partiellement compensés, pour l’instant, par des primes de risque resserrés.

Pour les pays fortement endettés de la zone euro, la situation est plus difficile, les écarts de rendement par rapport aux Bunds allemands continuant de se creuser, non seulement pour la France et l’Italie, mais aussi pour l’Irlande, le Portugal et d’autres pays qui avaient réussi à réduire leur dette et leurs déficits après la crise de la zone euro.

L’IA entre dans ce mélange de deux manières. Premièrement, l’émission croissante d’obligations privées à long terme, par les sociétés opérant dans ce secteur, entre en concurrence pour l’épargne. Deuxièmement, une partie de la hausse des rendements de base pourrait refléter l’anticipation d’une croissance plus rapide à l’avenir. Masi est-ce qu’est faisable avec les problèmes budgétaires actuels ?

En rassemblant tout cela, le message du FMI qui sera adressé aux décideurs économiques du monde la semaine prochaine est simple : le monde ne peut pas continuer à retarder les mesures politiques nécessaires.

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7e Congrès du SNJT | La presse tunisienne à la croisée des chemins

11. Oktober 2026 um 07:56

Ouvert samedi 10 octobre 2026 à Tunis, le 7e congrès électif du Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT) se poursuit ce dimanche à un moment charnière où la profession fait face à d’importants défis liés à la liberté de la presse, à l’indépendance des médias et aux conditions difficiles d’exercice dans un contexte économique marqué par la récession.

Latif Belhedi

Ce 29e congrès de la profession doit aboutir au renouvellement du bureau exécutif pour le mandat 2026-2029, mais après avoir abordé les questions relatives à l’avenir du syndicat des journalistes et à sa capacité à accompagner les mutations du secteur, dans un contexte marqué par une accumulation de défis juridiques, professionnels, économiques et sociaux.

Le congrès se tient en présence de journalistes et de représentants de diverses organisations nationales.

Les 14 candidats en lice pour le nouveau bureau exécutif sont censés élaborer des propositions concrètes pour défendre les droits des journalistes, améliorer leurs conditions de travail et préserver l’indépendance de l’organisation ainsi que sa capacité à dialoguer et à négocier avec les autorités.

Les atteintes à la liberté de la presse au cœur des débats

La question des libertés et des garanties juridiques encadrant l’exercice du journalisme a dominé une partie des discours d’ouverture du congrès, dans un contexte marqué par l’incarcération de plusieurs professionnels du secteur, notamment quatre de ses figures les plus en vue : Mourad Zeghidi, Borhen Bsaies, Zied El Hani et Mohamed Yousfi.

Le président sortant du SNJT, Zied Dabbar, a, dans ce contexte, réclamé la libération immédiate des journalistes incarcérés ainsi que l’arrêt des poursuites et des procès visant des dizaines de professionnels du secteur. Selon lui, le paysage médiatique traverse une phase critique, marquée par l’emprisonnement de certains journalistes, les poursuites judiciaires visant d’autres, et l’exil forcé de certains de leurs confrères.

La liberté de la presse ne constitue pas un privilège professionnel réservé à une catégorie spécifique, mais un droit de la société à l’information, a souligné Dabbar, ajoutant que l’indépendance des médias demeure indissociable de celle du journaliste lui-même et de la garantie de ses droits professionnels et sociaux au sein d’entreprises viables et pérennes.

L’indépendance du syndicat ne signifie pas son isolement de son environnement civil et social ; elle exige au contraire l’élargissement des partenariats avec les organisations nationales et les instances de défense des droits, afin de préserver son rôle professionnel et de renforcer sa capacité à défendre ses adhérents, a encore précisé Dabbar.

Tout en appelant à la libération de toutes les personnes détenues pour des affaires d’opinion et à l’arrêt des poursuites liées à la liberté d’expression, à la divergence d’opinions, ainsi qu’à la liberté d’association et d’action syndicale, le Bâtonnier des avocats, Boubaker Bethabet, a estimé, pour sa part, que l’espace dévolu à la presse indépendante connaît un recul qui affecte la vie démocratique dans le pays.

Loin de toute logique de rupture ou d’escalade

Une presse libre et indépendante constitue l’un des piliers de la République fondée sur le respect de la Constitution et des lois, a souligné Bethabet, en réaffirmant la solidarité du barreau tunisien avec les journalistes dans la défense de leurs droits et des garanties nécessaires à l’exercice de leur métier.

C’est dans le contexte de cette solidarité agissante que s’inscrit, selon lui, la marche nationale pour la défense des droits et des libertés, qui sera organisée par une coordination d’organisations nationales, le 17 octobre courant.

Cette action soulève à nouveau la question des relations entre les institutions officielles et les structures professionnelles ; une relation qui, par nature, n’est pas exempte de divergences d’appréciation ou de points de vue, mais qui nécessite des canaux de dialogue réguliers permettant de traiter les problématiques juridiques et professionnelles, loin de toute logique de rupture ou d’escalade.

En effet, la défense de la liberté de la presse ne s’oppose pas, par essence, au respect des institutions de l’État et de l’État de droit ; elle implique plutôt la nécessité d’offrir des garanties claires pour l’exercice du journalisme, tout en respectant la responsabilité professionnelle et la déontologie du métier.

Ce 7e congrès des journalistes se tient dans un contexte où les revendications traditionnelles des journalistes — portant sur les salaires, la stabilité de l’emploi et la couverture sociale — se conjuguent à des problématiques plus vastes liées aux mutations numériques, à l’évolution des modes de consommation de l’information et aux difficultés économiques auxquelles sont confrontées plusieurs entreprises médiatiques.

Si certains au sein de la profession soulignent la nécessité d’une direction syndicale plus présente et plus influente, réduire les défis actuels aux seules personnalités des candidats ou à leur charisme individuel ou encore à leur positionnement politique risque de masquer une problématique plus profonde : celle de la capacité de l’organisation syndicale elle-même à moderniser ses méthodes de travail et à renouveler ses mécanismes de négociation et de communication avec sa base.

En tant qu’institution élue, le syndicat ne saurait voir sa présence dépendre d’une personnalité spécifique, quels que soient le parcours syndical ou l’expérience professionnelle de celle-ci. L’un des enjeux majeurs de ce congrès réside sans doute dans la consolidation d’un syndicat qui tire sa force de ses membres, de ses structures et de ses programmes, plutôt que de la quête permanente d’une figure de référence chargée, à elle seule, de porter le poids de la défense du secteur.

Les enjeux pour le nouveau bureau exécutif

Les discours d’ouverture du congrès ne se sont pas limités aux revendications spécifiques des journalistes ; ils ont également abordé des questions sociales et civiles plus larges, témoignant ainsi de l’ancrage du syndicat au sein d’un réseau de relations unissant diverses organisations professionnelles et nationales.

Le secrétaire général de l’Union générale tunisienne du travail (UGTT), Slaheddine Selmi, a évoqué, lors de son intervention, la marche nationale sociale et pacifique prévue pour le 17 octobre, en soulignant que cette initiative intervient dans un contexte marqué, selon lui, par le refus du pouvoir exécutif d’ouvrir la voie à la négociation, tout en insistant sur l’importance d’unir les efforts des organisations ainsi que des structures civiles et sociales pour défendre les droits, les libertés et les revendications communes.

Selmi a précisé que cette marche se tiendra dans le cadre d’un front civil et social regroupant diverses organisations, instances et associations, en précisant qu’il ne s’agit pas d’un front politique, bien que cela n’exclue pas, selon ses dires, la participation de partis politiques aux actions programmées.

Les revendications syndicales ne se limitent plus aux seuls aspects professionnels et sectoriels, mais englobent désormais des questions d’intérêt général telles que les libertés individuelles et publiques, la liberté d’expression, de presse, d’organisation et de manifestation pacifique, ainsi que le droit à l’emploi et à une vie décente.

Ces déclarations remettent au premier plan une question qui a accompagné le syndicat à diverses étapes de son histoire : comment préserver l’indépendance de ses décisions professionnelles tout en s’inscrivant dans des alliances civiles et sociales partageant certaines de ses revendications ?

Il ne s’agit pas nécessairement de choisir entre ouverture et isolement, mais plutôt d’évaluer la capacité de la future direction à définir ses priorités et à préserver la spécificité de l’action syndicale dans le secteur de la presse, sans pour autant se couper des enjeux d’intérêt général qui affectent, directement ou indirectement, l’exercice de la profession.

Par ailleurs, le volet social demeure l’un des principaux défis qui attendent le nouveau bureau exécutif, notamment en ce qui concerne les conditions de travail au sein des établissements médiatiques publics et privés, la régularité du versement des salaires, l’amélioration de la couverture sociale et la résolution des situations de précarité de l’emploi, sans oublier l’adaptation aux mutations imposées par les médias numériques.

Le futur bureau sera également appelé à développer ses relations avec les différentes institutions et structures officielles du secteur des médias, en privilégiant le dialogue et la clarté des revendications, afin de défendre les intérêts des journalistes tout en tenant compte des difficultés économiques et organisationnelles auxquelles sont confrontées les entreprises employeuses.

Ces responsabilités ne semblent pas liées à un candidat en particulier ; elles exigent plutôt un travail collectif et un programme réalisable, capable de définir les priorités et de distinguer les revendications urgentes des réformes nécessitant un processus de négociation plus long.

En attendant le verdict des urnes ce dimanche, l’enjeu majeur de ce septième congrès réside dans la capacité du syndicat à sortir de cet événement plus soudé et mieux organisé, et à transformer les revendications en acquis concrets et durables pour les journalistes.

 (Avec Diwan).

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Les dessous de l’accord Trump-Poutine sur la livraison du diesel russe 

11. Oktober 2026 um 07:45

Donald Trump a annoncé vendredi 9 octobre 2026 qu’après une discussion très fructueuse avec son homologue russe, Vladimir Poutine s’était engagé à fournir plusieurs millions de tonnes de diesel pour le marché américain et mondial, sur plusieurs mois. L’accord prévoit la fourniture immédiate de 300 000 tonnes de diesel au marché américain et mondial, 500 000 tonnes de plus en novembre et 1 000.000 de tonnes immédiatement après.

Habib Glenza, à Lödz.

«Selon l’état de ses raffineries, la Russie va livrer rapidement 3 000 000 tonnes de diesel», a écrit l président américain sur son réseau Truth Social.

«Les prix du diesel pour les Américains et pour le monde vont baisser rapidement dans des proportions record ! Des prix plus bas pour les Américains et surtout nos formidables paysans, éleveurs et transporteurs routiers, c’est ma plus grande priorité», a ajouté Trump.

Le président américain sait que le prix élevé des carburants est une cause majeure du mécontentement des électeurs avant des législatives très importantes le 3 novembre aux États-Unis, et le Parti républicain, handicapé par le bilan économique mitigé de Trump, redoute de perdre le contrôle du Congrès lors de ces élections.

Les Etats-Unis n’ont pas d’amis mais des intérêts 

L’homme d’État britannique Lord Palmerston avait dit à la Chambre des Communes en 1848 : «Nous n’avons pas d’alliés éternels, ni d’ennemi perpétuel. Seuls nos intérêts sont éternels et perpétuels». Le Général de Gaulle l’a paraphrasé en déclarant, dans les années soixante du siècle dernier, que «les États n’ont pas d’amis, ils n’ont que des intérêts». Et il avait raison dans la mesure où c’étaient les Etats-Unis qui avaient demandé aux pays européens de boycotter les hydrocarbures russes au lendemain de l’intervention militaire russe en Ukraine le 24 février 2022. Aujourd’hui, c’est le président américain qui demande aux Européens et aux Américains d’acheter le diesel russe, pour faire baisser les prix.   

La Russie étant frappée de sanctions sur ses exportations d’hydrocarbures, le ministère des Finances américain a, dans la foulée, précisé avoir donné une autorisation provisoire pour cette mise sur le marché. Le président ukrainien Volodymyr Zelensky, lui, a dénoncé une décision indigne et faible. «Vous savez, cela ressemble à un beau cadeau d’anniversaire pour Poutine. C’est absolument horrible», a déclaré le président ukrainien au média américain Axios, faisant allusion au 74e anniversaire du président russe. «Cela ne fait que renforcer la position de Poutine et lui donne la possibilité de mener une guerre encore plus intense», a-t-il aussi déclaré à la presse, regrettant que l’équipe ukrainienne en déplacement en Floride ait «simplement servi de façade» pour cet accord avec Moscou.

L’annonce de Trump coïncide avec la reprise des discussions en Floride entre Américains et Ukrainiens vendredi et samedi, auxquelles les Européens ont été conviés, sur une résolution du conflit avec la Russie.

«Les discussions à Miami sont constructives», déclare Witkoff

A Miami, la délégation ukrainienne a rencontré Steve Witkoff, l’émissaire spécial de Trump, et Jared Kushner, le gendre du président américain qui agit en qualité de médiateur informel, en présence de représentants européens. Witkoff a évoqué sur X des «discussions constructives».

Les échanges ont notamment porté sur «des mesures à court terme liées à la préparation à l’hiver (résilience énergétique, exportations de céréales), des garanties de sécurité, ainsi que des dispositifs à plus long terme pour la sécurité de l’Ukraine et de l’Europe», a précisé l’émissaire.

Depuis mercredi, des attaques russes ont fait environ 60 morts en Ukraine, dont au moins 30 jeudi dans une frappe qui a touché deux bus à Kramatorsk, dans l’une des attaques les plus meurtrières des dernières semaines.

Les récents bombardements russes ont aussi causé des dommages considérables au réseau électrique ukrainien, a déploré vendredi le président ukrainien. Kiev redoute la répétition du scénario de l’hiver dernier, lorsque la Russie avait pilonné les installations énergétiques du pays, plongeant des millions de foyers dans le froid et l’obscurité.

En effet, «les habitants de Kiev et d’autres grandes villes pourraient être plongés dans l’obscurité et affronter un froid extrême cet hiver si ces attaques ne cessent pas immédiatement», a-t-il prévenu.

C’est là, on l’a compris, le dernier souci de Trump, qui n’a qu’une seule idée en tête : se rapprocher de la Russie pour la neutraliser en perspective d’une confrontation à venir avec la Chine qu’il sait inévitable. Quant à l’Ukraine, et avec elle la stupide Europe, elles iront en enfer !

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Le poème du dimanche | ‘‘ L’honneur des poètes ’’

11. Oktober 2026 um 07:13

Les éditions Minuit, engagées pleinement dans la résistance au nazisme et à l’occupation de la France, pendant la seconde guerre mondiale, se placent du côté de la littérature, voix de liberté et de lutte pour la dignité humaine.

Elles publient une anthologie de poètes en Europe qui ont refusé la soumission à l’ennemi ou la complicité avec lui. «Le volume a été achevé d’imprimer sous l’oppression à Paris, le 1er mai 1944», dit le texte.

Préfacé par Louis Aragon, l’ouvrage contient des écrits en prison, de déportés, des poèmes d’Europe, de Grèce, de Pologne, de Hollande, de Belgique, de Norvège, d’Italie, de Bulgarie, de Yougoslavie, etc. et, bien sûr, de France, où des pseudonymes, des surnoms ont été utilisés.

De nombreux poètes écrivaient et publiaient dans la clandestinité. Parmi eux, Robert Desnos, Louis Aragon, Michel Leiris, Paul Eluard, André Frénaud, Jean Tardieu, Pierre Seghers, Jean Cassou, etc.

Des poèmes ont paru anonymes, aussi. Au moment où un mauvais vent, brun et menaçant souffle sur l’Europe, il nous a semblé bon de le rappeler.

Tahar Bekri

‘‘Avis’’ – Jean de Haut (Paul Eluard

La nuit qui précéda sa mort

Fut la plus courte de sa vie

L’idée qu’il existait encore

Lui brûlait le sang aux poignets

Le poids de son corps l’écoeurait

Sa force le faisait gémir

C’est tout au fond de cette horreur

Qu’il a commencé à sourire

Il n’y avait pas UN camarade

Mais des millions et des millions

Pour le venger il le savait

Et le jour se leva pour lui

1942

Mon pays – Anne (Edith Thomas)

Mon pays, doux pays gris

dont les bois et les prairies

s’enfoncent à l’horizon

mon pays dans la prison

de l’Europe ensevelie :

de l’Europe qui périt

au long des jours et des nuits,

sous le sourd martèlement

des bottes qui pesamment

s’en vont jusqu’à l’infini

mon pays quand donc la vie

reviendra dans les sarments ?

Quand cessera le tourment

de l’Europe ensevelie ?

L’honneur des poètes, Europe, Ed. Minuit, 1944 .

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