La ministre de la Famille, de la Femme, de l’Enfance et des Personnes âgées, Asma Jabri, a effectué ce jeudi matin une série de visites de terrain dans les gouvernorats de Tunis et d’Ariana. Ces déplacements s’inscrivent dans le cadre du suivi de l’avancement des programmes régionaux du ministère et de la vérification de l’état […]
La Société tunisienne de l’électricité et du gaz (STEG) a annoncé la possibilité de procéder à des coupures périodiques d’électricité ce jeudi 3 septembre 2026, entre 13h et 17h, dans plusieurs régions du pays. Selon les avis publiés par la STEG, ces coupures pourront intervenir à intervalles intermittents, en fonction de l’état du réseau électrique […]
La Société tunisienne de l’électricité et du gaz (STEG) a annoncé la possibilité de procéder à des coupures périodiques d’électricité ce jeudi 3 septembre 2026, dans plusieurs zones du Grand Tunis. Selon la STEG, ces interruptions pourront intervenir entre 13h00 et 17h00, à intervalles intermittents, en fonction de la situation du réseau électrique et des […]
Dans le contexte de déficit énergétique structurel actuel de la Tunisie, l’idée d’utiliser l’uranium contenu dans nos phosphates pour alimenter une centrale nucléaire nationale ne doit pas être vue comme un simple expédient, mais comme une opportunité historique de rupture stratégique.(Photo : Le phosphate, une ressources minière nationale insuffisamment valorisée).
Elyes Kasri *
La Tunisie traverse une crise énergétique structurelle dont les répercussions se traduisent déjà par de graves perturbations de la vie sociale et économique (coupures d’électricité récurrentes, surcoûts industriels, dégradation de la compétitivité et du pouvoir d’achat).
Cette situation menace de s’aggraver sous la pression conjuguée de trois facteurs critiques : les perspectives alarmantes du réchauffement climatique qui accentuent le stress hydrique et les pics de consommation ; la volatilité extrême du marché mondial des hydrocarbures qui fragilise les finances publiques ; et la lenteur préoccupante de la transition vers les énergies renouvelables qui peine à atteindre les objectifs tracés et a peu de chances de combler le déficit actuel.
Dans ce contexte d’urgence, l’idée d’utiliser l’uranium contenu dans nos phosphates pour alimenter une centrale nucléaire nationale ne doit pas être vue comme un simple expédient, mais comme une opportunité historique de rupture stratégique.
Mathématiquement, la ressource est disponible dans notre sous-sol. Bien au-delà de la simple production d’électricité, cette formule pourrait devenir le moteur d’une véritable souveraineté énergétique, hydrique, industrielle et géopolitique à long terme.
Risques des choix énergétiques dogmatiques
L’histoire récente de l’Europe nous offre un cas d’école sur les dangers d’une mauvaise planification à long terme.
L’élan européen vers le démantèlement de la filière nucléaire fait aujourd’hui l’objet de profonds regrets. Ce renoncement, couplé au retard pris par la transition vers les énergies renouvelables, a provoqué une explosion inédite des coûts de l’énergie.
Cette crise est parvenue à fragiliser l’Allemagne, longtemps considérée comme le moteur économique incontesté de l’Europe. La vague inouïe de faillites et de licenciements massifs qui frappe tous les pans de l’industrie allemande — touchant jusqu’aux géants historiques de l’automobile — est désormais analysée comme la résultante directe de choix énergétiques douteux et d’une dépendance totale vis-à-vis du gaz russe qui n’a pas résisté à la volatilité géostratégique.
La question stratégique : face à ces enseignements historiques majeurs, la Tunisie peut-elle se permettre de calquer son avenir sur des modèles qui ont échoué ? Ne devons-nous pas, au contraire, sécuriser notre destin en sanctuarisant une source d’énergie de base stable, pilotable et locale, plutôt que de lier notre survie industrielle à des importations de gaz soumises aux mêmes instabilités mondiales ?
La souveraineté énergétique pour sanctuariser la Tunisie
La dépendance actuelle de la Tunisie vis-à-vis du gaz importé d’Algérie dicte en partie ses marges de manœuvre régionales, dans un environnement marqué par de profondes incertitudes.
Le principal fournisseur de gaz de la Tunisie se trouve aujourd’hui enserré par une ceinture d’instabilité et de feu à ses propres frontières, ce qui fait peser un risque permanent sur la fluidité et la continuité de sa situation politico-sécuritaire interne.
En parallèle, on observe des projets et des velléités de contourner la Tunisie par de nouveaux corridors de distribution de gaz et d’hydrogène vert. Même si la faisabilité technique et financière de ces tracés alternatifs reste hautement aléatoire à court terme, leur simple programmation dessine une volonté d’isolement géo-économique de notre pays qu’une démarche stratégique rigoureuse ne peut feindre d’ignorer.
La question stratégique : en développant une filière nucléaire civile autonome basée sur ses propres phosphates, la Tunisie ne s’offrirait-elle pas un véritable bouclier de souveraineté ? Cette autonomie énergétique absolue n’est-elle pas la condition sine qua non pour sanctuariser le pays face aux velléités hégémoniques régionales, déjouer les stratégies d’isolement infrastructurel et immuniser définitivement notre sécurité nationale contre les secousses politiques de notre voisinage ?
Le couplage énergie-eau comme réponse au stress hydrique
Le réchauffement climatique impose une pression sans précédent sur nos ressources en eau douce, faisant du dessalement de l’eau de mer une obligation vitale pour la survie du pays, bien que cette solution soit extrêmement lourde en consommation électrique.
Un programme nucléaire moderne offre la possibilité technique de concevoir des centrales à cogénération, capables de produire simultanément de l’électricité et de l’énergie thermique.
La question stratégique : en couplant directement la centrale nucléaire à des unités de dessalement de l’eau de mer, la Tunisie ne ferait-elle pas d’une pierre deux coups ? Ce programme ne permettrait-il pas de sécuriser l’approvisionnement en eau potable des grands centres urbains et des régions agricoles du pays à un coût de production stable, décarboné et totalement déconnecté des fluctuations des énergies fossiles ?
Un saut industriel inédit pour une ambition technologique
Aujourd’hui, notre industrie des phosphates exporte une part importante de sa production sous forme de produits à faible ou moyenne valeur ajoutée (minerai brut, engrais classiques).
L’intégration d’unités de récupération de l’uranium au sein de nos complexes chimiques modifierait en profondeur l’économie globale du secteur.
La question stratégique : en transformant le Groupe chimique tunisien (GCT) en un producteur de métaux stratégiques de haute technologie, la Tunisie ne donnerait elle pas une impulsion décisive à la modernisation de son industrie minière, tout en générant des coproduits à très forte valeur ajoutée capables de financer la restructuration du bassin minier de Gafsa ?
Le développement d’une filière atomique civile est un projet de nation qui tire vers le haut l’ensemble du système éducatif, scientifique et industriel d’un pays. C’est un accélérateur de compétences pour la Tunisie. Il s’agit d’un domaine de haute technologie qui exige l’excellence dans la recherche, la métallurgie, la chimie de précision et la sécurité.
La question stratégique : en mettant en place un tel cap technologique, la Tunisie ne se donnerait-elle pas les moyens de stopper la fuite de ses cerveaux en offrant des carrières d’excellence à ses jeunes ingénieurs, et en élevant le standard de notre tissu industriel national aux normes de sécurité internationales les plus strictes ?
Le nucléaire comme socle du renouvelable
Par nature, les énergies renouvelables (solaire et éolien) sont intermittentes et nécessitent une énergie de «base» stable pour faire tourner les usines et les stations de dessalement de l’eau, jour et nuit.
La question stratégique : plutôt que d’opposer les technologies, la Tunisie ne gagnerait-elle pas à concevoir la formule «Phosphates-Uranium» comme le socle de base stable et décarboné de son réseau, qui permettrait d’intégrer et de sécuriser un déploiement massif et serein du solaire, de l’éolien et de sa propre filière hydrogène dans tout le pays ?
L’extraction de l’uranium des phosphates et son utilisation nucléaire ne sont pas un saut dans l’inconnu pour la Tunisie, mais une trajectoire d’émancipation énergétique et hydrique éprouvée par d’autres nations émergentes.
La crise industrielle qui frappe actuellement l’Europe nous rappelle brutalement que l’absence de base énergétique souveraine brise les plus grandes puissances économiques.
La question centrale pour les décideurs est de déterminer si la Tunisie doit inscrire sa planification énergétique dans le temps long — celui des grands projets de sécurité nationale — afin de bâtir une infrastructure résiliente face aux crises géopolitiques régionales et d’asseoir sa stabilité future sur sa propre double richesse : ses phosphates et son accès à la mer.
L’approvisionnement en eau potable dans les différentes zones de la banlieue sud du Grand Tunis reprend progressivement après la réparation d’une panne technique survenue à la station de traitement de Ghdir El Golla, a indiqué jeudi 3 septembre 2026 Mounir Dridi, directeur régional de la Société nationale d’exploitation et de distribution des eaux (Sonede) du […]
Trois des quatre composantes du Quartet du dialogue national, prix Nobel de la Paix 2015 * — la Ligue tunisienne des droits de l’homme (LTDH), l’Ordre national des avocats tunisiens (Onat) et l’Union générale Tunisienne du Travail (UGTT) —reprennent la parole ensemble, dans un cadre de coordination commun face à la crise politique, économique et sociale que traverse le pays. Et publient, ce jeudi 3 septembre 2026 le communiqué conjoint suivant sous le titre «La Tunisie d’abord, et le peuple au-dessus de toute considération».
La Tunisie traverse aujourd’hui une crise politique, économique et sociale profonde, résultat de choix et de politiques qui ont prouvé leur incapacité à résoudre les crises accumulées, et qui ont même contribué à aggraver la souffrance des Tunisiens, à affaiblir leur pouvoir d’achat, et à élargir les cercles de la pauvreté, du chômage et de la précarité — au point que le citoyen a perdu confiance dans les institutions de l’État et dans leur capacité à répondre à ses revendications légitimes.
Le pays connaît également un recul grave dans le domaine des droits et des libertés, un resserrement continu de l’action politique, syndicale et civile, ainsi qu’une instrumentalisation croissante de la justice dans les conflits politiques, portant atteinte à son indépendance, aux garanties d’un procès équitable et aux droits de la défense — ce qui frappe l’une des garanties les plus importantes de protection du citoyen et menace les fondements de l’État de droit et des institutions.
Les prisons et les centres de rétention connaissent des conditions qui ne répondent pas aux exigences de la dignité humaine ni aux normes internationales.
Dans le même contexte, le pays connaît un recul de la liberté des médias, une répression des voix libres, et une mainmise croissante sur les institutions médiatiques.
Les crises de l’eau et de l’électricité, la pénurie de médicaments et de produits de base, ainsi que la hausse des prix, ne sont plus de simples difficultés conjoncturelles ; elles touchent désormais directement les conditions de vie quotidienne et la dignité des Tunisiens, aggravent leurs souffrances et approfondissent leur sentiment d’impasse.
Le drame de la noyade de jeunes de Ben Guerdane, et les tragédies similaires qui l’ont précédé, confirment que la migration irrégulière n’est pas seulement un dossier sécuritaire, mais bien la conséquence directe du désespoir, de l’impasse et de la perte d’espoir en l’avenir — ce qui fait porter au pouvoir une responsabilité politique et sociale pleine et entière dans le traitement de ses causes profondes, et non la simple gestion de ses conséquences.
Inutile de rejeter la responsabilité sur autrui, car le pouvoir en place porte l’entière responsabilité politique de ses choix, de ses décisions et de leurs conséquences, après des années de gestion des affaires publiques en dehors de toute logique de dialogue et de participation, dans un contexte d’absence de transparence, d’opacité sur les données, et de restriction du droit à exprimer une voix divergente.
La Tunisie ne peut être gouvernée selon une logique de déni, de silence ou de voix unique, tout comme les crises ne peuvent être affrontées en excluant la société et ses forces vives.
On ne peut sortir de la situation actuelle que par une révision globale des choix économiques, sociaux et politiques dont l’échec est avéré, et par l’ouverture d’un véritable processus de dialogue sociétal, menant à des solutions capables de sauver le pays, de préserver son unité, de protéger les droits et les libertés, et de redonner confiance et espoir aux Tunisiens.
Nous, organisations signataires, annonçons le lancement d’un cadre de coordination commun pour la Tunisie et les Tunisiens, animés par notre conviction profonde de la nécessité de la vigilance, de la protection des acquis du peuple, de l’attachement à l’État de droit et des institutions, de la préservation de l’indépendance de la société civile, et de la défense des droits et des libertés.
Ce cadre restera en permanence ouvert à toutes les forces vives et démocratiques, et à tous les acteurs nationaux qui croient en la Tunisie et en son avenir, afin d’œuvrer ensemble à l’ouverture d’un nouvel horizon national, qui redonne sa place au dialogue et à la participation, préserve l’avenir des générations futures, et garantit à la Tunisie son unité, sa place et sa dignité.
Signataires :
Président de la Ligue tunisienne pour la défense des droits de l’homme — Bassem Trifi ;
Bâtonnier de l’Ordre national des avocats de Tunisie — Boubaker Ben Thabet ;
Secrétaire général de l’Union générale tunisienne du travail (UGTT) — Slaheddine Selmi.
* Au célèbre Quartet, il manque l’Union tunisienne de l’industrie, du commerce et de l’Artisanat (patronat). On ne sait pas si l’organisation patronale a été sollicitée et qu’elle a refusé de se joindre à l’initiative. Son absence, en tout cas, pose des questions. Il faut dire que sa direction actuelle est totalement illégale puisque l’organisation n’a pas tenu son congrès depuis plusieurs années.
Le réseau de barrages en Tunisie compte actuellement 37 ouvrages achevés et sera renforcé par six nouveaux barrages actuellement en cours de construction, a indiqué Mehrez Rajeb, sous-directeur chargé de l’exploitation et du fonctionnement des barrages au ministère de l’Agriculture, des Ressources hydrauliques et de la Pêche. Dans une récente déclaration à la Radio nationale, […]
Les travaux de terrain pour la réalisation d’une étude stratégique globale sur la filière sucrière en Tunisie ont démarré mardi 1er septembre 2026, à l’issue d’une séance de travail réunissant les différentes parties prenantes du secteur de la production et de l’approvisionnement, au siège de l’Office du commerce de la Tunisie (OCT). Cette étude vise […]
Ils ont tout essayé et, à chaque fois, c’est un échec cuisant ! Spéculation et rétention de produits de première nécessité, manifestations et grèves illégales…le tout pour déstabiliser un pays déjà fragilisé par une récession économique qui touche l’ensemble de l’économie mondiale. Leur objectif est désormais on ne peut plus clair : tous les moyens sont bons […]
Tunis-Carthage s’est classée 8e destination aérienne la plus recherchée au départ de la France durant les mois de juillet et août 2026, enregistrant une progression de 14 % du volume des recherches sur un an, selon le dernier baromètre de Bourse des Vols, relayé par le média spécialisé TourMaG. Ce classement, établi à partir du […]
Image d’illustration Les usines d’eau embouteillée ont repris leur rythme normal de production et de distribution, a affirmé, ce jeudi 03 septembre 2026, le président de la Chambre syndicale des producteurs de boissons non alcoolisées, Lassaâd Mzah. L’approvisionnement du marché avec les quantités nécessaires a d’ores et déjà commencé et concerne l’ensemble des distributeurs et […]
Le secteur avicole fait face à des difficultés accrues sous l’effet des vagues de chaleur exceptionnelles enregistrées récemment en Tunisie, auxquelles se sont ajoutées des perturbations dans l’approvisionnement en électricité et en eau. Une séance de travail consacrée à la situation du secteur a été présidée par le ministre de l’Agriculture, des Ressources hydrauliques et […]
L’ennemi de mon ennemi est mon ami. Entre les Houthis yéménites de confession chiite et les Shabaab somaliens sunnites qui sont affiliés à Al-Qaïda, la rivalité confessionnelle d’autrefois est oubliée, place à une alliance de circonstance. Jirbril Yahya Ali, cheville ouvrière de ce rapprochement, a été tué par les Américains cependant le rapprochement se poursuit, prospère et chacun trouve son compte. Le général Dagvin Anderson, commandant des forces américaines en Afrique (Africom) a fait part de son inquiétude: «Il ne s’agit pas seulement d’un problème régional, ses implications sont mondiales». (Photo : Un porte-conteneurs au mouillage au large des côtes du Yémen, dans le golfe d’Aden.)
Imed Bahri
Dans une enquête publiée par le Wall Street Journal intitulée «L’alliance entre Al-Qaïda et les Houthis, le nouveau casse-tête pour les États-Unis», Michael M. Phillips indique que cette alliance naissante est mutuellement avantageuse pour les deux mouvements. Al-Shabaab, la branche d’Al-Qaïda la plus riche au monde, disposait de fonds mais avait besoin d’armes et d’entraînement. Les Houthis, quant à eux, possédaient un armement sophistiqué et une expertise technique mais ils étaient avides d’argent et d’une nouvelle base pour lancer des attaques contre l’Occident.
Cependant, cette nouvelle donne a fait de Jibril Yahya Ali, l’architecte du rapprochement, une cible.
Le 12 février, quatre mois après son mariage avec Boudour Murshed, Jibril et Boudour faisaient leur promenade habituelle au coucher du soleil dans leur Toyota Corolla. Le téléphone de Boudour sonna, ils s’arrêtèrent et elle sortit pour répondre.
Quelques instants plus tard, un missile américain s’est abattu sur la voiture. Jibril fut tué sur le coup. Un ami se précipita pour éloigner Boudour de l’endroit.
La frappe aérienne a marqué le début des efforts américains pour démanteler l’alliance improbable entre deux des ennemis les plus acharnés des États-Unis : les combattants d’Al-Shabaab, qui opèrent en Somalie depuis vingt ans, et les Houthis, qui bénéficient depuis longtemps d’armes et d’entraînements assurés par le Corps des gardiens de la révolution islamique iranien.
Cependant, pour les États-Unis, la mort de Jibril est intervenue trop tard pour enrayer l’enchaînement d’événements qu’il avait contribué à déclencher.
De part et d’autre du golfe d’Aden
Une rivalité confessionnelle opposait Houthis et Al-Shabaab jusqu’à ce que Jibril et d’autres négocient un partenariat entre eux, qui menace désormais de déstabiliser davantage le Moyen-Orient et les marchés mondiaux de l’énergie. Leurs pays respectifs, le Yémen et la Somalie, sont situés de part et d’autre du golfe d’Aden, par lequel transitait, avant la guerre d’Iran, environ 12% du pétrole transporté par voie maritime dans le monde.
Avec le blocus du détroit d’Ormuz exercé en grande partie par les forces iraniennes, le golfe d’Aden pourrait devenir une voie alternative pour les exportations de pétrole du Moyen-Orient. Cependant, les Houthis se sont précipités au secours de leurs alliés à Téhéran, attaquant des pétroliers liés à l’Arabie saoudite à l’aide de missiles et de drones en mer Rouge.
Depuis au moins 2023, Jibril servait d’intermédiaire entre les deux groupes armés, unis par leur haine des États-Unis et d’Israël, selon des responsables américains, somaliens et yéménites.
Jibril a été tué deux semaines avant le début de la guerre américaine contre l’Iran. Il n’a pas vécu assez longtemps pour constater son legs : deux groupes désignés comme organisations terroristes par les États-Unis, unis par une alliance de circonstance, et se retrouvant à la tête d’un point de passage maritime stratégique leur permettant de menacer le commerce mondial du pétrole en temps de crise.
«D’un côté, vous avez Al-Shabaab, la branche la plus importante et la plus lucrative d’Al-Qaïda, qui se dote d’armes plus sophistiquées et d’un entraînement plus poussé», a déclaré au WSJ le général Anderson, avant d’ajouter : «De l’autre côté, il y a les Houthis qui étendent leur influence géographique et qui ont désormais un nouveau point d’appui ce qui pourrait déstabiliser davantage l’un des points de passage économiques les plus importants au monde. Il ne s’agit pas seulement d’un problème régional, ses implications sont mondiales».
Deux sources américaines proches de l’opération ont confirmé qu’une frappe aérienne américaine avait tué Jibril. Cependant, le Commandement central américain a déclaré que l’opération n’était pas militaire. Un porte-parole de la CIA a refusé de dire si l’agence était responsable de l’assassinat.
L’ambassadeur du Yémen aux États-Unis a refusé une demande d’interview, et les responsables houthis n’ont pas répondu aux questions écrites concernant les liens du groupe avec Al-Shabaab.
Les Houthis, majoritairement musulmans chiites, et Al-Shabaab, musulman sunnite, s’opposent sur un sujet de discorde sectaire datant du VIIe siècle, à savoir la succession légitime du prophète Mohamed. Cette division continue d’alimenter la violence dans des régions s’étendant de l’Afghanistan à l’Irak et à la Syrie.
Cependant, leurs ennemis communs unissent désormais les Houthis et les Shabaab. «Ils haïssent l’Occident et Israël», a déclaré Abdullahi Mohamed Ali, ancien chef des services de renseignement somaliens.
L’agence antiterroriste yéménite décrit Jibril comme «une figure clé du renforcement des liens entre les Houthis et les Shabaab, grâce à l’échange d’expertise et à la coordination, notamment pour faciliter le transfert d’armes et de matériel militaire», selon une note d’évaluation interne consultée par le WSJ.
Jibril se déplaçait clandestinement entre la Somalie et le Yémen, servant d’intermédiaire entre les Shabaab et les Houthis, selon Matt Bryden, ancien fonctionnaire de l’Onu chargé de surveiller les flux d’armes vers la Somalie.
Bryden a présenté des détails sur la vie et la mort de Jibril lors d’une réunion d’information à huis clos en juin, en présence de membres des forces spéciales américaines et de représentants gouvernementaux est-africains.
Jibril avait 38 ans lorsqu’il a été tué. Il avait étudié la médecine vétérinaire au Yémen et dirigeait une organisation caritative à Mogadiscio, la capitale somalienne. Il était également propriétaire d’un bureau de change et d’une société d’import-export.
Il portait des blessures par balle qui lui ont valu le surnom de «Gajami», que l’on pourrait traduire par «manchot», bien qu’il n’était amputé d’aucun bras.
D’après la réunion d’information, les Houthis lui ont fourni un appartement meublé à Sanaa, la capitale yéménite sous leur contrôle, et il a participé à des événements officiels dans cette ville. Les rebelles lui ont également délivré un faux passeport yéménite, sous une fausse identité, selon un document consulté par le WSJ.
En 2024, le mouvement Shabaab a dépêché un émissaire de haut rang, le cheikh Ahmed Elmi Samatar, pour épauler Jibril. Samatar a présenté aux Houthis une longue liste d’armes demandées, que le journal américain a pu consulter. Cette liste comprenait des missiles antiaériens portables, des roquettes Katioucha de 107 mm, des fusils de précision Dragunov, des drones d’attaque chargés d’explosifs, des missiles antichars et du matériel de vision nocturne de fabrication américaine.
Un responsable du renseignement militaire américain a confirmé que les Shabaab recherchaient des armements sophistiqués auprès des Houthis, en plus de fusils, de mitrailleuses et de munitions.
Les autorités yéménites ont arrêté Samatar en janvier 2025 mais il a été libéré ultérieurement lors d’un échange de prisonniers avec les Houthis.
Samatar est retourné en Somalie, laissant Jibril continuer à représenter les intérêts des Shabaab au Yémen.
Jibril a continué à servir d’intermédiaire pour des livraisons d’armes, et les Shabaab ont dépêché deux experts en armement au Yémen pour l’assister. Après sa mort, le groupe a désigné un remplaçant au Yémen pour poursuivre ses opérations, a indiqué Bryden, ajoutant que l’épouse de Jibril est en fuite.
Selon un rapport des services de renseignement yéménites, des sociétés écrans au Yémen sont utilisées pour dissimuler les cargaisons sous l’appellation de marchandises civiles et les acheminer vers Mukalla et d’autres ports.
Les armes traversent ensuite le golfe d’Aden à bord de vedettes rapides ou de bateaux de pêche et sont débarquées dans des zones peu surveillées des côtes du nord de la Somalie, selon un responsable du renseignement militaire américain.
De là, elles sont transférées aux unités combattantes des Shabaab dans le sud de la Somalie, où se concentrent les activités des insurgés.
En avril 2025, les États-Unis ont détruit deux embarcations non identifiées entrant dans les eaux somaliennes en provenance du Yémen, transportant ce que l’Africom a décrit comme des armes conventionnelles sophistiquées.
On ignore quelles armes figurant sur la longue liste de demandes des Shabaab sont effectivement parvenues aux militants en Somalie. Toutefois, la possibilité que le groupe se procure des drones d’attaque ou d’autres armes capables de frapper les bases américaines et somaliennes depuis les airs inquiète les deux armées.
Le général de brigade Ahmed Abdullahi Sheikh, ancien commandant des forces spéciales somaliennes, a déclaré : «J’ignore quels sont leurs plans mais il est certain que quelque chose se prépare».
Israël entre dans la danse
À ces préoccupations sécuritaires s’ajoute la décision d’Israël, en décembre, de reconnaître l’indépendance du Somaliland, région située au nord-ouest des frontières internationalement reconnues de la Somalie et qui s’est proclamée État indépendant en 1991.
Le Somaliland pourrait offrir à Israël un accès à Berbera, ville portuaire de la mer Rouge dotée d’une piste d’atterrissage si longue que la Nasa l’avait louée comme site d’atterrissage d’urgence pour la navette spatiale.
Berbera pourrait également fournir aux Israéliens un point d’observation supplémentaire pour surveiller et attaquer les Houthis.
Michael Milstein, ancien haut responsable du renseignement israélien, a déclaré que les Houthis avaient été un facteur déterminant lors de la reconnaissance du Somaliland comme État indépendant par Israël. Il a ajouté : «Une présence militaire au Somaliland confère une position très avantageuse pour contrer les Houthis».
Dans une allocution télévisée datant du mois d’août, le chef houthi, Abdul-Malik, a déclaré que son groupe surveillait de près les mouvements israéliens au Somaliland, qu’il a présentés comme visant à contrôler le golfe d’Aden, le détroit de Bab El-Mandeb et la mer Rouge. Il a ajouté : «Nous agirons à tout moment pour cibler toute activité ou présence de l’ennemi israélien au Somaliland».
En juin, une délégation houthie de quatre personnes a quitté le Yémen par la mer, traversé le golfe d’Aden et accosté sur la côte sud de la Somalie.
Selon une source du renseignement régional, les hommes ont ensuite traversé la jungle pour rejoindre leurs homologues à Jilib, capitale de facto du territoire contrôlé par les Shabaab.
Les Houthis cherchaient à coordonner leurs efforts pour perturber les activités israéliennes à Berbera, craignant que le port ne devienne une plateforme israélienne permanente de surveillance et de lancement d’attaques contre le Yémen. Les Houthis ont promis aux dirigeants des Shabaab des armes plus sophistiquées et un entraînement accru.
Des combattants des Shabaab se rendent régulièrement au Yémen pour recevoir une formation houthie sur la fabrication d’engins explosifs improvisés (EEI) plus meurtriers et l’utilisation d’armes de pointe.
Un responsable du renseignement militaire américain a déclaré qu’au moins 100 combattants Shabaab avaient effectué ce voyage.
L’Onu a rapporté l’année dernière que le groupe envoie des groupes d’une trentaine de combattants se former au tir de précision, aux opérations de défense aérienne et aux techniques de fabrication d’EEI plus meurtriers.
En 2024, le premier groupe envoyé a suivi une formation avant départ comprenant un enseignement religieux et des conseils pour gérer les contacts limités avec leurs familles pendant leur séjour à l’étranger, selon des informations recueillies par une source de renseignement régionale.
Une cérémonie d’adieu a été organisée et des discours de motivation ont été prononcés à l’intention des combattants sur le départ.
Lors de son briefing en juin, Bryden a déclaré qu’un groupe de combattants Shabaab avait passé trois mois cette année à Saada, au Yémen, pour étudier l’assemblage de drones et de systèmes permettant aux opérateurs de visualiser les images des caméras embarquées comme s’ils étaient dans un cockpit.
Des formateurs houthis se rendent également en Somalie pour former les combattants d’Al-Shabaab au pilotage de drones, selon un responsable militaire américain.
Al-Shabaab paie en espèces et est parfaitement en mesure de s’offrir les biens et services des Houthis.
Selon une évaluation des services de renseignement américains, le groupe armé Al-Shabaab perçoit au moins 100 millions de dollars par an en extorquant des entreprises et des voyageurs somaliens aux points de contrôle routiers et dans le port de Mogadiscio.
D’après Abdullahi, un ancien commandant somalien, Al-Shabaab exploite également l’orpaillage artisanal le long des monts Al-Amadow, au nord du pays.
L’armée américaine a mené environ 40 frappes aériennes contre des cibles d’Al-Shabaab en Somalie cette année, contre 41 pour l’ensemble de l’année 2025, selon l’Africom.
Pour les Houthis, s’implanter dans le sud de la Somalie, région qui contrôle le commerce via le golfe d’Aden, est tout aussi important que l’argent versé par Al-Shabaab.
«Traditionnellement, les relations entre les Houthis et Al-Shabaab étaient purement transactionnelles mais cela ne signifie pas que de nouveaux facteurs, potentiellement d’importance stratégique, n’ont pas émergé après la guerre Iran-États-Unis», a déclaré Awes Hagi Yusuf Ahmed, conseiller à la sécurité nationale de la Somalie.
Par ailleurs, les Houthis ambitionnent d’obtenir l’aide du mouvement Al-Shabaab pour déployer des radars afin de surveiller les navires dans les eaux qu’ils partagent.
Le temps sera marqué, ce jeudi 3 septembre 2026, par des passages nuageux sur l’ensemble de la Tunisie, accompagnés d’une poursuite de la baisse progressive des températures. Les températures maximales varieront entre 32 et 37 °C au Nord, sur les régions côtières et les hauteurs. Elles oscilleront entre 38 et 42 °C dans le reste […]
Il suffit parfois d’un quart de point pour rappeler que l’économie mondiale n’est jamais aussi lointaine qu’on voudrait le croire.
À Francfort, les gouverneurs de la Banque centrale européenne s’apprêtent à discuter d’une nouvelle hausse de leurs taux d’intérêt. Vingt-cinq petits points de base. Un chiffre qui paraît presque insignifiant lorsqu’on le regarde depuis Tunis. Et pourtant, derrière ces 0,25 %, il y a le prix du crédit, le coût de la dette, la valeur de l’euro, les mouvements de capitaux et, finalement, une partie de notre propre marge de manœuvre économique. Car lorsque la BCE bouge, la Tunisie finit toujours, d’une manière ou d’une autre, par ressentir le mouvement.
L’Europe résiste, mais elle n’est pas tranquille
La situation européenne est pour le moins paradoxale. L’économie de la zone euro montre une résistance que beaucoup n’avaient pas anticipée. Malgré les tensions géopolitiques, les incertitudes énergétiques et les perturbations du commerce international, l’activité tient. Mais cette résistance a son revers : elle donne à la BCE davantage de raisons de maintenir une politique monétaire vigilante.
À cela s’ajoute le retour de l’inflation énergétique. Le pétrole reste cher. Le gaz demeure une source d’inquiétude. Et les tensions autour du détroit d’Ormuz rappellent brutalement une réalité que l’Europe aurait aimé oublier : son économie reste très sensible à ce qui se passe à des milliers de kilomètres de ses frontières.
La BCE se retrouve donc face à un dilemme presque impossible. Elle doit combattre une inflation largement alimentée par un choc extérieur sans étouffer une économie qui, malgré tout, continue de respirer. Augmenter les taux ne fera pas apparaître davantage de pétrole. Cela ne remplira pas les stocks de gaz. Cela ne réparera pas les routes commerciales. Mais cela peut empêcher que la hausse des prix de l’énergie se diffuse partout ailleurs, dans les salaires, les services, les loyers et les anticipations des ménages et des entreprises. C’est toute la difficulté.
Une économie résiliente n’est pas une économie en surchauffe
C’est probablement là que se trouve le cœur du débat. Une économie qui résiste n’est pas nécessairement une économie qui va trop bien. Elle peut simplement être une économie qui encaisse les chocs sans s’effondrer. La nuance est essentielle. Car si la BCE décidait d’aller beaucoup plus loin dans la hausse des taux, elle prendrait le risque de transformer une inflation essentiellement importée en problème de croissance.
Les rendements obligataires européens ont déjà augmenté. Le coût du financement s’est déjà durci. Les États européens eux-mêmes doivent désormais consacrer davantage d’argent au service de leur dette.
Dans ces conditions, la BCE marche sur une ligne étroite. Un pas de trop, et elle pourrait freiner une économie déjà fragile. Un pas de moins, et elle pourrait laisser l’inflation repartir.
C’est cette tension qui explique les divergences au sein même de la BCE. Et c’est aussi ce qui rend la prochaine décision intéressante pour nous, en Tunisie.
Parce que l’Europe, pour nous, ce n’est pas simplement l’Europe
Dans les statistiques, la Tunisie apparaît comme une économie indépendante. Dans la réalité, elle est profondément imbriquée dans l’économie européenne. Nos exportations, nos importations, notre tourisme, une grande partie des transferts des Tunisiens résidant à l’étranger et de nombreux investissements sont liés à cet espace économique.
L’euro est partout. Il est dans les recettes de nos entreprises exportatrices. Il est dans les valises des touristes. Il est dans les transferts familiaux. Il est dans les réserves de change. Et il est aussi, indirectement, dans le coût de notre financement. C’est pourquoi une hausse des taux européens n’est jamais totalement neutre pour Tunis. Elle peut sembler être une décision prise à Francfort pour répondre à une inflation européenne. Mais elle modifie également l’environnement dans lequel la Tunisie doit chercher ses propres financements.
Le prix de l’argent redevient une réalité
Pendant longtemps, le monde s’était habitué à une anomalie : l’argent presque gratuit. Les taux étaient bas. Les liquidités abondantes. Les banques centrales intervenaient massivement sur les marchés. Cette époque nous avait presque fait oublier une vérité aussi vieille que la finance elle-même : l’argent a un prix.
Aujourd’hui, ce prix est de nouveau visible. Et pour un pays fortement endetté comme la Tunisie, cette nouvelle réalité est particulièrement inconfortable. Lorsque les rendements européens montent, les investisseurs deviennent naturellement plus exigeants. Pourquoi prendraient-ils davantage de risques dans un pays émergent si les placements considérés comme plus sûrs offrent eux-mêmes des rémunérations plus intéressantes ?
La Tunisie doit alors offrir une prime supplémentaire pour convaincre les investisseurs. C’est le fameux risque-pays. Et plus les taux internationaux montent, plus cette prime peut devenir lourde. Voilà pourquoi la décision de la BCE mérite notre attention. Pas parce que la Banque centrale européenne décide de notre politique économique. Mais parce qu’elle contribue à déterminer le monde financier dans lequel nous devons évoluer.
Pour Tunis, la dette devient une affaire de temps
Il y a quelque chose de particulièrement préoccupant dans cette nouvelle configuration. Une dette ne fait pas mal le jour où elle est contractée. Elle fait mal lorsqu’il faut la renouveler. C’est au moment du refinancement que le passé rencontre les conditions financières du présent. Si les taux sont bas, le renouvellement peut rester supportable. S’ils sont élevés, la facture augmente. Et pour la Tunisie, cette mécanique est fondamentale.
Le pays ne doit pas seulement regarder le montant de sa dette. Il doit également regarder sa structure, ses échéances, les monnaies dans lesquelles elle est libellée et surtout les conditions auxquelles il pourra la refinancer.
Dans un monde où le capital est devenu plus cher, chaque nouvelle échéance devient une question stratégique. Cela change complètement la manière de penser la politique budgétaire.
Le problème n’est plus simplement de savoir comment trouver de l’argent pour financer les dépenses de l’État. Il faut commencer à se demander comment réduire progressivement notre dépendance au financement.
La vulnérabilité tunisienne se trouve peut-être là
Il serait pourtant injuste de faire porter à la BCE la responsabilité de nos difficultés. Francfort défend les intérêts de la zone euro. La Banque centrale tunisienne doit défendre les intérêts de la Tunisie. Chaque pays fait avec ses propres contraintes. La véritable question est donc ailleurs.
Pourquoi une hausse de quelques dizaines de points de base en Europe peut-elle avoir autant d’importance pour nous ? Parce que notre économie demeure vulnérable aux conditions financières extérieures. Parce que nous avons besoin de devises. Parce que notre dette extérieure doit être remboursée. Parce que nous importons une partie importante de notre énergie et de nos biens d’équipement.
Parce que notre croissance reste insuffisamment forte pour créer naturellement les ressources dont nous avons besoin. Et surtout parce que nous n’avons pas encore suffisamment développé les moteurs capables de nous donner une véritable autonomie économique.
Le problème n’est pas l’euro. C’est notre dépendance
Cette distinction est essentielle. L’Europe peut augmenter ses taux. Le pétrole peut monter. Le dollar peut se renforcer. Les marchés peuvent devenir nerveux. Nous ne contrôlerons jamais ces variables. Ce que nous pouvons contrôler, en revanche, c’est notre capacité à y résister.
Une économie qui exporte davantage, qui attire des investissements productifs, qui améliore sa productivité et qui réduit son déficit énergétique est moins vulnérable aux décisions prises ailleurs. Une économie qui dépend fortement des importations et du financement extérieur devient, au contraire, très sensible au moindre changement de vent. C’est peut-être cela que la décision de la BCE devrait nous faire comprendre.
Notre véritable problème n’est pas que l’argent devienne cher. C’est que nous avons encore besoin de beaucoup trop d’argent que nous ne produisons pas nous-mêmes.
Le temps des accommodements touche à sa fin
Nous avons vécu pendant des années avec l’idée que les banques centrales finiraient toujours par intervenir. Lorsqu’un marché chutait, elles intervenaient. Lorsqu’une crise apparaissait, elles injectaient des liquidités. Lorsque les États avaient besoin de financer leurs déficits, les conditions monétaires facilitaient les choses.
Cette époque appartient désormais au passé. Les banques centrales doivent aujourd’hui choisir entre plusieurs risques : l’inflation, la croissance, la stabilité financière et la soutenabilité des dettes publiques. Et elles ne peuvent plus promettre de tout sauver en même temps.
Pour la Tunisie, cette nouvelle époque devrait être prise au sérieux. Car si l’argent reste durablement cher, nous ne pourrons plus repousser indéfiniment certaines questions : celle de l’efficacité de la dépense publique, celle de la rentabilité économique de l’endettement, celle de la compétitivité, celle des entreprises publiques, celle de l’énergie et, plus largement, celle de notre modèle de croissance.
Francfort nous envoie peut-être un message
La prochaine décision de la BCE portera officiellement sur 25 points de base. Mais son véritable message sera beaucoup plus large. Elle dira si les banques centrales considèrent que le monde de l’inflation maîtrisée et de l’argent bon marché est définitivement derrière nous. Pour la Tunisie, cette question dépasse largement les salles de réunion de Francfort.
Elle touche directement notre capacité à financer notre économie, à honorer nos engagements et à préserver notre stabilité. Et peut-être faut-il finalement regarder cette hausse annoncée non pas comme une mauvaise nouvelle venue d’Europe, mais comme un rappel.
Un rappel parfois inconfortable, mais salutaire : dans un monde où l’argent a retrouvé un prix, la souveraineté économique ne consiste pas seulement à pouvoir emprunter. Elle consiste surtout à pouvoir vivre avec moins besoin d’emprunter. C’est probablement là que se trouve, pour la Tunisie, le véritable enjeu des années qui viennent.
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