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Les États-Unis officialisent le blocus du détroit d’Ormuz

13. April 2026 um 16:31

Les États-Unis ont officiellement mis en œuvre cet après-midi du mardi 13 avril un blocus maritime dans le détroit d’Ormuz. Il marque une nouvelle étape dans l’escalade des tensions avec l’Iran. De même qu’il suscite de vives inquiétudes à l’échelle internationale.

Décision stratégique annoncée par Donald Trump, ce verrouillage partiel de l’un des passages maritimes les plus cruciaux au monde vise à restreindre les capacités de navigation iraniennes et à accentuer la pression sur Téhéran. Le détroit d’Ormuz, par lequel transite une part significative du pétrole mondial, constitue en effet une artère vitale pour le commerce énergétique international. Ce blocus est donc une décision lourde de conséquences.

Situé entre le golfe Persique et le golfe d’Oman, le détroit d’Ormuz est emprunté chaque jour par des dizaines de navires transportant hydrocarbures et marchandises. Toute entrave à la circulation dans cette zone a des répercussions immédiates sur les marchés énergétiques et financiers mondiaux.

Avec ce blocus, Washington entend envoyer un signal fort, dans un contexte de tensions persistantes avec Iran. Les autorités américaines justifient cette décision par des impératifs de sécurité maritime et de contrôle des flux stratégiques dans la région.

Cependant, cette initiative suscite des réactions contrastées à travers le monde. Plusieurs pays redoutent une escalade militaire dans une région déjà instable. Tandis que les acteurs économiques s’inquiètent des conséquences sur les prix de l’énergie et la stabilité des approvisionnements.

Par ailleurs, les marchés pétroliers, particulièrement sensibles à toute perturbation dans le Golfe, pourraient rapidement réagir à cette nouvelle donne. Une hausse des prix du brut est redoutée, si la situation venait à se détériorer davantage.

En instaurant ce blocus, les États-Unis prennent le risque d’un engrenage difficile à maîtriser. L’Iran pourrait répondre par des mesures de rétorsion, accentuant encore la volatilité régionale et internationale.

Dans ce contexte, le détroit d’Ormuz redevient plus que jamais un point de friction majeur, au cœur des rivalités géopolitiques contemporaines et des équilibres énergétiques mondiaux.

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Négociations de marchand de tapis ?

11. April 2026 um 10:48

Après un cessez-le-feu fragile, des discussions cruciales s’ouvrent, ce samedi 11 avril, à Islamabad, au Pakistan, sous haute sécurité. Et ce, sur fond de désaccords notamment sur la proposition en 10 points présentée par Téhéran ; laquelle est considérée par Donald Trump comme une « base viable » pour les négociations.

 

C’est finalement à Islamabad, une ville d’un million d’habitants avec les contreforts de l’Himalaya en décor, que doivent débuter ce samedi 11 avril les discussions sur un plan de paix pour mettre fin à la guerre en Iran. Pourquoi le Pakistan ?

Grand voisin de l’Iran, doté de l’arme nucléaire, ce géant asiatique de 259 millions d’habitants s’est progressivement imposé comme un médiateur incontournable dans ce dossier. Une position qu’il doit à sa capacité rare à dialoguer avec tous les protagonistes, y compris les Chinois et les Iraniens, dont il défend les intérêts à Washington depuis plusieurs années.

Un faucon à la tête de la délégation iranienne

Pourtant, Téhéran a exigé une trêve au Liban et le déblocage des actifs de son pays avant toute négociation de paix avec les États-Unis. Une manière de jeter le doute sur la tenue de ces pourparlers avant l’arrivée jeudi soir de la délégation iranienne dans la capitale pakistanaise. Laquelle est dirigée par Mohammad Bagher Ghalibaf, actuel président du Parlement iranien, et présenté comme le «nouvel homme fort» du régime des mollahs. Ce général des Gardiens de la Révolution a été maire de Téhéran pendant onze ans, et s’était présenté aux élections présidentielles de 2005 et 2024, sans succès.

Il est flanqué du ministre des Affaires étrangères, Abbas Araghtchi, un diplomate de carrière, ancien ambassadeur en Estonie, en Finlande et au Japon. Nommé ministre fin août 2024, il avait participé à l’élaboration, puis la mise en place, de l’“accord de Vienne sur le nucléaire“ signé en 2015 puis dénoncé par Donald Trump.

J.D. Vance, l’homme de la situation ?

En face, la délégation américaine est menée par le vice-président américain, J.D. Vance, qui s’est vu confier par Donald Trump une mission presque impossible : traiter à la fois la question urgente de la réouverture du détroit d’Ormuz, dont la fermeture par l’Iran perturbe l’économie mondiale, mais aussi trouver un compromis sur celle du nucléaire et de ses programmes d’armement.

Or, l’ancien sénateur de l’Ohio va jouer gros, très gros dans les discussions avec les redoutables négociateurs iraniens, tant pour sa crédibilité personnelle que pour les intérêts de Washington.

Connu pour s’être opposé à une intervention militaire en Iran, il apparaît, aux yeux de Téhéran, comme moins aligné sur Israël que certains membres de l’administration. À ses côtés, figurent l’inévitable Jared Kushner, gendre de Donald Trump, et Steve Witkoff, homme d’affaires et proche du président américain. Pour mieux le surveiller, disent les mauvaises langues.

« Comme l’a dit le président des États-Unis, si les Iraniens sont prêts à négocier de bonne foi, nous sommes tout à fait disposés à leur tendre la main, mais s’ils tentent de se jouer de nous, ils verront que notre équipe de négociation ne se montrera pas très réceptive », a-t-il averti vendredi avant d’embarquer à bord d’Air Force Two en direction du Pakistan.

Nœud gordien

Reste à savoir sur quelle base négocier. Là encore, entre la proposition en 15 points que Washington avait soumise à Téhéran, le plan iranien en 10 points et les déclarations contradictoires de Donald Trump, le flou est total.

Car dans son plan de dix points, Téhéran demande la fin des frappes de la coalition israélo-américaine en Iran, l’arrêt des bombardements de Tsahal contre son allié libanais du Hezbollah, et la fin des sanctions imposées par l’ONU, les États-Unis et l’Union européenne qui interdisent notamment le commerce avec Téhéran.

En échange, le blocus de facto du détroit d’Ormuz serait levé. Mais chaque navire y transitant se verrait imposer une taxe, soit jusqu’à 2 millions de dollars par passage. Et ce, afin de reconstruire les infrastructures détruites par la coalition. «Ce n’est pas suffisant. Mais c’est un pas très important», a commenté Donald Trump lundi dont l’administration exige dans son plan de 15 points le démantèlement des capacités nucléaires de l’Iran, ainsi que le renoncement à obtenir l’arme nucléaire.

Son stock d’uranium – estimé à 400 kg – devrait être détruit. Téhéran devrait également renoncer à soutenir ses alliés – souvent qualifiés de proxys -, le Hezbollah au Liban et le Hamas à Gaza. Le détroit d’Ormuz serait déclaré «zone maritime libre» et serait rouvert.

En échange, le président américain propose la levée totale des sanctions et, fait notable, la suppression du mécanisme de rétablissement automatique des sanctions du Conseil de sécurité de l’ONU. De plus, l’Iran, s’il acceptait ces conditions, pourrait obtenir un soutien à son programme nucléaire civil. Des divergences qui semblent insurmontables, à moins d’un miracle.

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Liban-Israël : Nawaf Salam attendu à Washington pour des négociations

11. April 2026 um 08:25

La présidence libanaise annonce qu’une rencontre aura lieu mardi 14 avril avec Israël à Washington afin de discuter d’un cessez-le-feu dans la guerre opposant l’armée israélienne au Hezbollah pro-iranien depuis début mars.

« Sur la base de l’initiative lancée par le président de la République, le général Joseph Aoun, qui repose sur l’action diplomatique à travers l’annonce d’un cessez-le-feu et l’ouverture de négociations directes avec Israël… l’administration américaine a décidé de charger le département d’État de jouer un rôle de médiateur entre le Liban et Israël », affirme la présidence sur X.

Il s’agit du premier contact entre le Liban, représenté par son ambassadrice à Washington, Nada Hamadé Mouawad, et Israël, représenté par son ambassadeur à Washington, Yechiel Leiter, en présence de l’ambassadeur des États-Unis à Beyrouth, Michel Issa, présent à Washington, ajoute le texte.

«Lors de cet échange, un accord a été trouvé pour tenir une première réunion mardi prochain au siège du département d’État américain. Cette réunion portera sur un cessez-le-feu et la fixation de la date du début des négociations entre le Liban et Israël, sous médiation américaine», indique la présidence.

CNN a rapporté vendredi, citant une source gouvernementale libanaise, que le premier ministre libanais, Nawaf Salam, serait désigné pour se rendre à Washington mardi pour ces négociations.

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Les dessous de l’opposition franco-occidentale à l’indépendance de la Tunisie  

10. April 2026 um 07:22

Alors que la Tunisie célèbre le 70e anniversaire de son indépendance, nous avons jugé utile de situer l’évolution des déséquilibres structurels des relations arabo-occidentales dans le prolongement des décolonisations ratées du fait de la négation par l’Occident du droit des pays du tiers-monde à une véritable indépendance, y compris de ceux d’entre eux qui étaient réputés alliés de l’Occident comme la Tunisie, objet de cet article.

Ahmed Ben Mustapha *

La guerre israélo-américaine déclenchée contre l’Iran depuis plus d’un mois est souvent présentée, du point de vue de la géopolitique, comme étant l’étape ultime du processus d’élimination des principales composantes de l’axe de la résistance lequel est perçu comme étant le dernier obstacle à la mise en œuvre du plan messianiste expansionniste israélo-sioniste soutenu par l’Occident en Palestine et au Proche- Orient. En réalité, elle s’inscrit dans une dynamique de reconquête et de recolonisation politique, militaire et économique du monde arabo-musulman qui a démarré avec l’invasion et l’occupation de l’Irak en 2003.

Avec les printemps arabes, ce phénomène s’est accentué visant prioritairement la chute des régimes considérés comme étant hostiles à l’Occident et Israël ainsi que la mainmise sur leurs richesses. Mais, outre les guerres destructrices dirigées contre la Libye, le Yémen et la Syrie, les changements de régime ont également touché ceux réputés alliés de l’Occident notamment en Tunisie et en Egypte.

A l’épreuve des faits, ces changements avaient pour but de favoriser l’accession au pouvoir, en Tunisie et dans les pays ciblés, de pouvoirs d’obédience islamiste considérés comme étant plus accommodants et ouverts à la politique de normalisation des relations arabo-israéliennes.

De même ces nouveaux pouvoirs se sont révélés très coopératifs dans la reconduction des politiques d’ouverture économique, de libre échange inégal et d’insertion dans la globalisation qui servent prioritairement les intérêts occidentaux.

La finalité de cette entreprise était de préserver l’hégémonie occidentale jugée menacée par l’émergence des Brics ainsi que la résurgence des aspirations indépendantistes dans le monde arabo-musulman ainsi qu’en Afrique.

Alors que la Tunisie célèbre le 70e anniversaire de son indépendance, nous avons jugé utile de situer ces évolutions et les déséquilibres structurels des relations arabo-occidentales dans le prolongement des décolonisations ratées du fait de la négation par l’Occident du droit des pays du tiers monde à une véritable indépendance.

Ce premier article a pour point de départ la marginalisation croissante en Tunisie de l’indépendance qui, en tant que tournant historique, n’a pas bénéficié à mon sens de l’intérêt qu’elle mérite auprès des historiens et des économistes.

En effet, le protocole du 20 mars 1956 a été, à mon sens, le premier acte d’insertion de la Tunisie dans la mondialisation laquelle revêtait, dès le départ, une double dimension économique et diplomatique. Sa finalité première, était, du point de vue français, destinée à maintenir la Tunisie dans le giron de la France et l’Occident tant dans le domaine des orientations stratégiques économique qu’en politique étrangère. D’où l’inclusion des conventions sur l’autonomie interne en tant que partie intégrante de ce protocole qui est fondé sur le concept d’«interdépendance».

L’indépendance dans l’interdépendance

Depuis de nombreuses décennies, la fête de l’indépendance de la Tunisie, acquise en vertu du protocole du 20 mars 1956, n’est plus célébrée en tant que moment historique fondateur de l’histoire tunisienne. Cette situation remonte en vérité à l’époque de l’ex-Président Ben Ali qui a laissé cet évènement sombrer dans un quasi oubli au profit du «changement» du 7 novembre 1987, lequel s’était substitué dans le discours officiel à toutes les autres dates clés symbolisant notre lutte de libération nationale.

Il s’agit là d’une des caractéristiques de la classe politique dirigeante tunisienne qui a tendance à marginaliser ou déprécier sans distinction, toute référence aux évènements historiques précédents ainsi qu’aux acquis réalisés par ses prédécesseurs.

Dans ses mémoires, Hédi Baccouche – ancien  Premier ministre et l’un des artisans du «changement» du 7 novembre 1987 – confirme que la décision d’écarter le Président Bourguiba du pouvoir avait été prise car il n’était plus en mesure d’assumer les responsabilités inhérentes à ses fonctions en raison de sa sénilité et de son âge avancé (1). Mais il est maintenant admis que les principaux partenaires de la Tunisie, notamment les USA et l’Union européenne, ainsi que ses alliés occidentaux membres du G7 – qui ont toujours exercé une influence considérable sur les centres de pouvoir en Tunisie – avaient reçu des assurances préalables quant à la préservation de leurs intérêts ainsi que le respect par la Tunisie de ses engagements internationaux dans le cadre de la continuité de l’Etat.

Rappelons que le Président Bourguiba était par conviction hostile au communisme et avait revendiqué, dès son accession au pouvoir, son attachement aux valeurs politiques et démocratiques associées aux choix économiques libéraux d’insertion dans l’économie de marché qui étaient promues par les USA et l’Occident (2).

Toutefois, il était fermement attaché à l’indépendance de décision de la Tunisie dans la détermination de sa politique étrangère ainsi que le choix de ses partenaires dans le domaine de la coopération internationale.

A cet effet, il avait introduit, la notion de coopération librement consentie entre nations souveraines dans le préambule de la constitution de 1959 au nombre des principes fondateurs de la République tunisienne.

La constitution de 1959 proclamait en effet – dans son préambule qui définissait les orientations stratégiques de la Tunisie indépendante – la volonté du peuple tunisien qui s’est libéré de la domination étrangère grâce à sa puissante cohésion et à la lutte qu’il a livrée à la tyrannie, à l’exploitation et à la régression d’«instaurer une démocratie fondée sur la souveraineté du peuple et caractérisée par un régime politique stable basée sur la séparation des pouvoirs».

En politique intérieure et étrangère, la constitution réaffirme la volonté du peuple de «consolider l’unité nationale et de demeurer fidèle aux valeurs humaines qui constituent le patrimoine commun des peuples attachés à la dignité de l’homme, à la justice et à la liberté et qui œuvrent pour la paix, le progrès et la libre coopération des nations». De même, elle proclame «la volonté du peuple tunisien de demeurer fidèle aux enseignements de l’Islam, à l’unité du Grand Maghreb, à son appartenance à la famille arabe, à la coopération avec les peuples qui combattent pour la justice et la liberté».

Soulignons que la référence, dans le préambule de la constitution, à la «libre coopération des nations» revêtait une importance capitale dans la mesure où elle exprimait le rejet de la notion d’interdépendance introduite dans le protocole d’indépendance sur insistance de la France. Elle traduisait également l’attachement de la Tunisie à sa pleine souveraineté décisionnelle dans le domaine de la coopération économique internationale ainsi que dans les domaines de la diplomatie, de la sécurité et de la défense. D’où son opposition à la volonté affichée par la France, soutenue par ses alliés occidentaux, de maintenir des rapports de dépendance et de domination avec ses anciennes colonies en les empêchant de varier leurs partenariats internationaux et d’acquérir les attributs d’une véritable indépendance politique, économique, diplomatique et financière.

Soulignons toutefois que le Président Bourguiba, n’aura jamais recours à une politique de rupture avec la France même dans les moments de tensions extrêmes notamment lors de la bataille de Bizerte ainsi que celle de la nationalisation des terres agricoles(3).

D’ailleurs, les USA se sont toujours déployés pour empêcher que les divergences tuniso-françaises n’affectent les orientations de la diplomatie tunisienne qui sont demeurées étroitement ancrées à l’Occident(4) .  

Hostilité occidentale à l’indépendance tunisienne

La Tunisie a accédé à l’indépendance en mars 1956 dans un contexte géopolitique régional et international défavorable aux pays arabes et africains qui souhaitaient bâtir des relations équilibrées, respectueuses de leur souveraineté et mutuellement bénéfiques avec les puissances coloniales et en particulier avec la France.

Il importe de rappeler la nature de ces contraintes d’ordre interne et international qui ont lourdement hypothéqué le processus de décolonisation et de construction des édifices d’un Etat national tunisien démocratique et souverain.

Au nombre de ces facteurs, la détermination des responsables français à préserver, sous des formes aménagées, le contrôle de leur empire colonial dont les ressources sont jugées nécessaires à la reconstruction(5) et au maintien de la France au rang de grande puissance dans la nouvelle reconfiguration du monde après la seconde guerre mondiale. Or la France n’avait pas les moyens de cette ambition du fait qu’elle était sortie de ce conflit, ainsi que l’Europe, défaite, sous domination américaine et économiquement sinistrée. Mais ne pouvant résister à la vague de décolonisation d’après-guerre, elle va œuvrer à maintenir sous tutelle ses anciennes colonies en ne leur concédant que des indépendances de façade à l’instar des pays d’Europe de l’Est qui ont été soumis au statut d’Etats à «souveraineté limitée» par l’URSS durant la guerre froide.(6)

Dès lors, la France va œuvrer à mettre en place un nouveau cadre de gestion de ses relations avec l’Afrique lui permettant d’exercer une sorte de tutelle politique, économique et sécuritaire sur ses colonies africaines .

J’ai évoqué cet aspect méconnu de la stratégie française d’après-guerre en ces termes : «En vérité, il est maintenant admis que les responsables français étaient, pour des raisons économiques et stratégiques, déterminés à conserver des liens étroits et indéfectibles avec leurs anciennes colonies. L’historiographie française et contemporaine nous apprend en effet, que la France, sortie dévastée, ruinée et affaiblie des deux conflits mondiaux ne pouvait réussir sa reconstruction et retrouver un statut de grande puissance sans garder le contrôle des marchés et des ressources de son empire. Ce qui a hypothéqué les aspirations à l’indépendance de ses anciennes colonies» (7).

Dans son ouvrage publié en 2015 Pierre Vermeren – professeur d’histoire contemporaine à la Sorbonne, spécialiste des mondes arabes et africains du Nord et de la décolonisation – révèle que la France, considérablement affaiblie par la seconde guerre mondiale avait besoin de conserver le contrôle de son empire colonial pour pouvoir se reconstruire. Je le cite «pour les autorités françaises la France, occupée, détruite et humiliée n’a aucune chance de se relever sans son empire». Il précise qu’en 1945 la France était menacée de révolution car occupée par l’armée américaine, elle était dépourvue de capitaux, de monnaie, d’armée indépendante sans compter ses infrastructures dévastées, son peuple vieillissant, et ses élites majoritairement compromises durant l’occupation. Dès lors, «l’appel à l’empire se révèle donc plus crucial encore que dans les années 1930» (8).

En somme, les responsables français de l’époque estimaient, pour des considérations stratégiques vitales, qu’un désengagement total de ses possessions coloniales, priverait la France de ressources humaines et matérielles nécessaires à sa renaissance économique et à la préservation de son statut de grande puissance au plan régional et mondial.

S’agissant de la Tunisie, cette politique va se traduire par la conclusion en juin 1955 des conventions sur l’autonomie interne qui seront à l’origine de graves dissensions au sein du mouvement national tunisien.

* Diplomate et ancien ambassadeur.

Notes :

1- Hédi Baccouche : ‘‘En toute franchise’’, Sud Editions, 2018 : «Le pays connait une grave instabilité. Le Président, du fait de sa maladie et de sa sénilité, peut prendre des décisions irréfléchies, inopportunes et imprévues, compliquer davantage la situation. La menace islamiste est réelle. Ben Ali pense devoir prendre les devants et écarter Bourguiba du pouvoir. Habib Ammar l’approuve Pour ma part, après beaucoup d’hésitation, et privilégiant la Tunisie sur le Président si grand soit- il, je me solidarise avec eux» (P. 405).

2- Michel Collon et Grégoire Lalieu : ‘‘La stratégie du chaos. Impérialisme et Islam. Entretiens avec Mohamed Hassan, Investig’ Action – Couleur  Livres, 2011 (P. 171 et s.)

3- Abdelaziz  Chenguir : ‘‘La politique extérieure de la Tunisie 1956-1987, L’Harmattan, 2004 (. P. 77- 91).

4- Ibid (P 51-65).

5 – Pierre Vermeren : ‘‘Le choc des décolonisations.  De la guerre d’Algérie aux printemps arabes’’, Odile Jacob, 2015 (P. 17 et S.)    

6- Sophie Guillermin-Golet : ‘‘La doctrine Brejnev, ou doctrine de la souveraineté limitée’’. Voir également l’article publié en date du 5 mai 1980 sur le site du quotidien Le Monde :‘‘La souveraineté limitée’’.

7- Ahmed Ben Mutapha : ‘‘L’histoire méconnue des négociations tuniso-européennes depuis l’indépendance’’, étude parue dans l’ouvrage collectif ‘‘Economie et relations internationales.  Histoire et mutations nouvelles’’, L’Harmattan, 2021 (P. 309).

8- Pierre Vermeren : ‘‘Le choc des décolonisations. De la guerre d’Algérie aux printemps arabes’’, Odile Jacob, 2015 (P. 17 et S.).

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L’Iran a tenu | La fin de l’ère américaine

09. April 2026 um 10:30

Il est des guerres qui rasent des villes. Et il en est d’autres – comme celle que les Etats-Unis et Israël viennent de livrer à l’Iran – qui rasent des hiérarchies. En quelques semaines, cette guerre a pulvérisé l’illusion la plus tenace du XXIe siècle, celle d’une Amérique encore capable de dicter seule ce qui est permis, puni ou toléré. Ce qui s’est joué n’est pas une simple bataille de plus au Moyen-Orient. C’est la fin d’une ère.

Yahya Ould Amar *

Cette guerre a certes ravagé des infrastructures, bouleversé les flux énergétiques et mis en tension tout le Moyen-Orient et l’économie à l’échelle du globe, mais elle a révélé la distribution réelle de la puissance dans cette partie du monde.

Les gagnants ne sont pas ceux que l’on désigne spontanément. Les perdants non plus. Car, dans les guerres modernes, le vainqueur n’est pas celui qui frappe le plus fort, mais celui qui modifie à son avantage la perception du possible, du durable et du coûteux. La victoire n’y est pas seulement militaire. Elle est politique, psychologique et civilisationnelle.

Le premier gagnant

Le premier gagnant est l’Iran – même s’il a payé un prix élevé. Une puissance ne se juge pas seulement à l’étendue des destructions subies, mais à sa capacité à empêcher l’adversaire d’atteindre ses objectifs. Or les objectifs américains n’étaient pas seulement de punir l’Iran. Ils étaient principalement de le faire plier au dictat des Etats-Unis, de reprendre la maîtrise du détroit d’Ormuz, de protéger sans faille ses alliés, d’imposer à Téhéran une capitulation stratégique.

Rien de cela n’a été obtenu. Le cessez-le-feu lui-même a été suspendu à la réouverture du détroit par l’Iran – il avait toujours été ouvert gratuitement à la navigation avant les hostilités – et les discussions ont fait émerger jusqu’à l’acceptation de la question de compensations et de frais de passage pour les réparations des préjudices subis par l’Iran, signe qu’Ormuz n’est pas redevenu un espace organisé par Washington, mais un levier dont Téhéran demeure le seul vrai arbitre.

C’est là le fait majeur. L’Iran confirme qu’une puissance sous sanctions, isolée, visée depuis près d’un demi-siècle par une pression militaire, financière et diplomatique continue, peut encore faire échec à l’entreprise américaine de domination régionale. Il démontre qu’à l’âge des missiles, des drones, des capacités de déni d’accès et de la vulnérabilité des routes énergétiques, la supériorité technologique ne suffit plus à produire la soumission politique. Il suffit de tenir, de durer, d’absorber le choc et de rendre le coût de la victoire adverse supérieur à ses bénéfices. C’est une nouvelle dissuasion qui n’est pas celle des puissants. C’est celle du faible qui a compris que, à l’âge des drones et des missiles hypersoniques, tenir suffit parfois à vaincre.

Sun Tzu l’avait déjà murmuré il y a vingt-cinq siècles : «La victoire suprême est de briser la volonté de l’ennemi sans combattre». L’Iran n’a pas brisé l’Amérique, il a simplement montré qu’elle pouvait être contrainte. Et cela change tout.

La leçon dépasse l’Iran. Elle concerne tous les États qui observent le système international se transformer. La force n’y disparaît pas, elle change de rendement. Elle détruit encore, mais elle convainc moins, elle ouvre des fronts qu’elle ne referme pas.

Le second gagnant

Le second gagnant est Israël, l’initiateur de cette guerre. Vu de Jérusalem, le résultat stratégique de celle-ci est limpide. Israël n’a jamais recherché seulement des trêves. Il a recherché une architecture régionale dans laquelle son utilité sécuritaire deviendrait indispensable aux monarchies arabes et, pourquoi pas au-delà, à une partie du monde sunnite. Or les frappes iraniennes contre des sites du Golfe et l’incapacité du parapluie américain à garantir une invulnérabilité réelle produisent exactement cet effet.

Cette dynamique ne relève pas uniquement du calcul stratégique. Elle s’inscrit aussi dans une vision du monde où la menace iranienne est érigée en péril existentiel. Depuis des décennies, Benjamin Netanyahu porte cette lecture et n’a cessé d’en convaincre Washington, jusqu’à peser décisivement dans l’engagement américain. Cette vision trouve un écho puissant aux États-Unis auprès des milieux évangélistes, pour lesquels le destin d’Israël s’inscrit dans une lecture quasi prophétique de l’histoire.

Entre stratégie, croyance et projection, la guerre s’est aussi jouée dans cet espace où l’irrationalité se mêle à la conviction.

La nouveauté n’est donc pas seulement militaire, elle est psychologique. Pendant des années, les monarchies ont cru acheter la sécurité en important des armes, en finançant des partenariats occidentaux et en s’abritant sous la bannière américaine. Cette guerre leur révèle qu’on peut acheter des systèmes d’armement sophistiqués, mais on n’achète ni la décision politique de se battre jusqu’au bout pour vous, ni la certitude d’un ciel hermétique.

Entre la richesse et la sécurité, il y a un vide que les gros contrats d’armements et les investissements des recettes pétrolières des monarchies dans l’économie américaine ne comblent pas.

Israël, lui, vend moins une promesse qu’une compétence sur la défense antimissile, le renseignement, la guerre électronique, les frappes préventives, la profondeur stratégique partagée avec les monarchies. Dans le nouvel imaginaire sécuritaire de celles-ci, cela compte davantage que les déclarations solennelles de Washington.

Cette angoisse sécuritaire rencontre un vieux soubassement historique. Dans l’imaginaire politique du Golfe, la rivalité avec la puissance perse n’est jamais tout à fait dissociable de la vieille fracture entre univers chiite et monde sunnite – la guerre Iran/Irak en est un exemple.

Le premier perdant

Les États-Unis, eux, sortent de cette séquence comme le premier grand perdant. Ils ont perdu sur le terrain de la dissuasion. Une puissance dissuade lorsqu’elle persuade l’adversaire que résister est inutile. Or l’Iran a résisté. Il a encaissé, répliqué, tenu le verrou d’Ormuz et imposé la perspective d’une guerre longue, coûteuse, politiquement corrosive.

À partir de là, l’Amérique a cessé d’être une puissance qui impose pour redevenir une puissance qui menace puis négocie.

Le recours à une médiation extérieure, en l’occurrence pakistanaise, dit beaucoup. On n’est plus dans l’âge du commandement, on entre dans celui des transactions sous contrainte.

Les États-Unis ont perdu aussi sur le terrain du leadership. Cette guerre le montre avec force en rappelant la dévaluation ancienne de la parole américaine, de la rupture de tous les traités avec les nations amérindiennes aux retraits contemporains d’accords majeurs, qu’il s’agisse du traité sur les missiles antibalistiques, de l’accord nucléaire iranien, du traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire, de l’accord de Paris ou d’autres encore.

Une puissance qui fait de l’engagement une option finit par transformer sa propre signature en instrument provisoire. Or une signature provisoire ne fonde aucun ordre international. Elle produit de la méfiance, puis de la distance, puis des stratégies de contournement. C’est ainsi que les empires cessent d’être des centres de gravité pour devenir des facteurs d’incertitude.

Aujourd’hui, l’Amérique populiste a accentué dans l’arrogance ce constat, elle ne structure plus l’ordre international, elle l’expose à l’aléa – devenant ainsi une puissance du désordre. Le leadership appartient à celui qui rétablit l’ordre et non le contraire.

Washington n’a pas seulement été incapable de rétablir à lui seul la liberté de navigation, demandant sans succès une aide des puissances alliées – on se rappelle des insultes proférées contre Macron après son refus d’envoyer la marine française dans le détroit d’Ormuz pour ne pas cautionner une guerre illégale.

Washington a dû également constater qu’au Conseil de sécurité, la volonté américaine ne suffisait plus, puisque la Russie et la Chine ont bloqué une résolution, tandis que d’autres acteurs se sont installés dans la médiation et la gestion de crise.

L’ordre international ne répond plus à une seule capitale. Il se fragmente autour de centres de décision concurrents.

À cela s’ajoute une défaite morale. Lorsqu’une grande puissance en vient à menacer l’anéantissement d’une civilisation, à banaliser l’idée de frapper des infrastructures civiles et à laisser prospérer une rhétorique d’éradication, elle détruit le socle de légitimité dont elle avait besoin pour se présenter comme gardienne d’un ordre mondial. La condamnation de ces menaces par des voix internationales de premier plan (à commencer par le Pape) a montré qu’une ligne rouge avait été franchie.

Une puissance qui prétend défendre le droit tout en parlant le langage de l’anéantissement ne fait plus peur seulement à ses ennemis. Elle inquiète le monde entier. Et ce que le monde a entendu du Président Trump, c’est la fin de l’Amérique comme référence éthique. Il ne reste plus qu’une superpuissance… imprévisible, et désormais dangereuse pour tous, y compris pour ses propres alliés.

Le second perdant

Les monarchies du Golfe, elles aussi, comptent parmi les perdants. Leur faiblesse n’est pas seulement militaire. Elle est structurelle. Elles ont découvert que des économies prospères, des infrastructures ultramodernes et des budgets de défense massifs ne suffisent pas à fabriquer une autonomie stratégique. Leurs ports, leurs installations énergétiques, leurs réseaux vitaux et jusqu’à leurs horizons urbains dépendent d’un environnement régional qu’elles ne contrôlent pas. Leur vulnérabilité n’est pas un accident de parcours. Elle tient à leur position même dans le système régional. Elles sont riches, mais exposées. Centrales pour les marchés, mais périphériques dans la décision stratégique. Redoutées pour leur influence financière, mais incapables d’imposer seules une dissuasion crédible à leurs frontières.

Les frappes ayant visé des infrastructures du Golfe (pétrolières, de dessalement d’eau de mer…)  l’ont rendu visible au grand jour. Sachant que le bombardement des installations nucléaires iraniennes par les Etats-Unis et Israël, pourra empoisonner tout le Golfe Persique avec des matériaux radioactifs. Cela mettrait instantanément hors service les usines de dessalement dans les monarchies qui fournissent 100 % de l’eau potable, même si ces usines peuvent éliminer les éléments radioactifs avec une efficacité de 90 %, mais les risques à long terme pour l’approvisionnement alimentaire (poissons) et les sédiments resteront radioactifs pendant au moins un siècle voire plus.

Les monarchies ne peuvent ni rompre avec Washington sans risque, ni continuer à s’en remettre exclusivement à lui sans naïveté. Elles ne peuvent pas davantage ignorer Israël, dès lors que la protection américaine a montré ses limites et que l’Iran s’est affirmé comme menace concrète pour leurs équilibres internes et leurs intérêts vitaux.

Ce que cette guerre installe, c’est moins une alliance sentimentale qu’une convergence de nécessité. Les monarchies du Golfe se rapprochent inexorablement d’Israël non parce qu’elles l’auraient soudainement souhaité, mais parce qu’elles ne peuvent plus penser leur sécurité comme avant.

La marge pour les monarchies est réduite, se soumettre à Israël ou à l’Iran qui était – pour sa survie – obligé de les bombarder.

Cette guerre leur a rappelé la loi implacable de l’histoire que la richesse sans puissance est une invitation au chantage. Et le chantage, Israël et l’Iran le maîtrisent à la perfection.

La fin du pouvoir d’organiser le monde

C’est pourquoi cette guerre marque un basculement. Le passage vers un ordre multipolaire est la traduction politique d’un ensemble de bouleversements déjà à l’œuvre comme la diffusion irréversible des capacités militaires de précision, la montée des puissances intermédiaires, l’érosion du leadership américain, le retour de la géographie contre les empires de projection, l’affaiblissement du monopole occidental sur les normes, la contestation croissante de la centralité du dollar, la fragmentation des chaînes logistiques.

La multipolarité ne signifie pas l’avènement d’un nouvel ordre stable. Elle signifie d’abord qu’aucune puissance ne peut plus convertir seule sa supériorité militaire en obéissance régionale durable. Elle signifie aussi que les médiations se diversifient, que les dépendances monétaires se relativisent, que les routes commerciales deviennent des instruments de négociation, et que la géographie reprend ses droits contre les empires de projection.

Aucune puissance, désormais, n’est assez forte pour organiser seule le monde. Plusieurs le sont assez pour empêcher les autres de l’organiser.

L’équilibre iranien-israélien au Moyen-Orient

Dans cette nouvelle configuration, un équilibre régional se dessine. D’un côté, l’Iran s’impose comme la puissance qui a opposé à l’hégémonie américaine une résistance suffisamment efficace pour imposer le respect de ses lignes rouges et porter à la table des discussions des exigences de non-agression, de compensation et de contrôle politique accru sur Ormuz. De l’autre, Israël consolide sa place comme pivot sécuritaire pour les monarchies du Golfe et, par extension, pour une partie du système sunnite.

Ce face-à-face n’est pas la paix. Mais c’est un équilibre. Or, dans l’histoire du Moyen-Orient, les équilibres comptent souvent davantage que les proclamations, parce que la stabilité n’y naît pas des discours, mais de l’acceptation contrainte, parfois tacite, d’un rapport de forces que nul ne peut abolir sans risquer l’embrasement général.

Paradoxalement, cet équilibre peut rouvrir l’espace d’un règlement de la question palestinienne. Non par générosité soudaine, mais par logique stratégique.

Les monarchies qui se rapprocheront davantage d’Israël auront besoin de présenter à leurs opinions publiques et au monde arabe un dividende politique, et aucun dividende n’est plus structurant que la perspective d’un règlement négocié de la question palestinienne. Car aucune architecture régionale ne sera durable si elle prétend intégrer Israël dans la sécurité du monde arabe tout en laissant en suspens la question qui structure depuis des décennies la conscience politique de la région.

Israël, de son côté, découvrira qu’une intégration régionale durable ne peut reposer sur la seule force militaire, surtout dans un environnement où la profondeur des menaces s’est élargie.

Quant à l’Iran, s’il veut convertir sa résilience en rang durable, il lui faudra montrer qu’il peut être autre chose qu’une puissance de perturbation, et que sa capacité d’empêchement peut aussi servir une stabilisation négociée.

Lorsque les rapports de force se clarifient, les guerres par procuration perdent une partie de leur utilité. Elles ne disparaissent pas par enchantement. Mais elles deviennent plus coûteuses politiquement pour des acteurs désormais contraints de composer dans un espace moins unipolaire, plus interdépendant, plus surveillé par les marchés, les opinions et les puissances rivales.

La vraie lecture de cette guerre est là. Elle ne consacre pas la toute-puissance d’un camp. Elle enterre une illusion. Celle d’une Amérique capable de punir sans limite, de protéger sans faille, de dicter les termes de l’ordre et de rester, malgré tout, le centre moral du système international. Cette illusion s’est brisée sur l’Iran. Et, dans le même mouvement, elle a rapproché Israël du cœur de la sécurité arabe.

Au terme de cette séquence, le bilan est net. L’Iran a gagné en statut et en respect. Israël a gagné en centralité stratégique. Les États-Unis ont perdu en dissuasion, en crédibilité et en autorité morale. Les monarchies du Golfe ont perdu leur dernière illusion d’invulnérabilité.

C’est ainsi que s’achèvent les cycles impériaux. Ils ne se ferment pas dans l’effacement de la puissance, mais dans son incapacité à produire de l’ordre. Les armes peuvent continuer de frapper, elles ne suffisent plus à convaincre, ni à soumettre, ni à stabiliser.

L’Amérique ne disparaît pas ; elle change de nature et glisse d’un centre organisateur vers une force de désordre qui dérègle ce qu’elle prétendait structurer. Car une puissance cesse de dominer lorsque se fissurent les garanties qui fondaient sa légitimité : la sécurité des routes maritimes, le respect du droit, la solidité de la parole donnée, la protection effective des alliés. À cet instant, elle ne façonne plus l’histoire ; elle y prend place, comme l’une de ces puissances qui ont perdu la capacité de l’organiser.

* Economiste, banquier et financier.

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Iran – Etats-Unis | L’improbable pari de la paix en 14 jours

09. April 2026 um 09:50

L’offre iranienne des «10 points» comme socle d’une nouvelle architecture de paix, assortie d’un moratoire de deux semaines, ne constitue pas une simple trêve technique, mais une invitation à sortir de la répétition tragique pour entrer dans une grammaire du réel. Mais la négociation d’une paix acceptable par les deux parties risque d’être longue, ardue et improbable, avec des reprises des agressions mutuelles, dont nous avons déjà eu un avant-goût hier, mercredi 8 avril 2026, avec des raids américains contre l’Iran, iraniens contre les pays du Golfe et israéliens contre le Liban.

Mahjoub Lotfi Belhedi *

Ces quatorze jours ne sont pas un délai de grâce, mais un laboratoire de la confiance, autrement dit, c’est le passage du temps destructeur (Chronos) au temps de l’opportunité saisie (Kairos) où l’Iran propose de suspendre le fracas pour laisser place au silence, un silence qui oblige les USA à écouter l’écho de leur propre politique étrangère, surtout que la guerre qu’ils ont déclenchée contre l’Iran est loin de faire l’unanimité à l’extérieur comme à l’intérieur, y compris dans le camp du président Donald Trump. 

Nous sommes donc en présence d’un test de volonté : qui, de Washington ou de Téhéran, est capable de supporter le poids de la paix qui aurait, pour l’un comme pour l’autre, un goût de défaite acceptée ou d’une victoire couteuse au goût amer ?

Un décalogue de souveraineté

Les dix points présentés par l’Iran se veulent comme les piliers d’un temple dont le toit serait la stabilité régionale. Ils ne sont pas négociables, en tout cas de son point de vue, puisqu’ils touchent à l’ontologie même de l’État iranien et du peuple perse :

– la reconnaissance mutuelle : passer du statut de «menace» à celui d’«interlocuteur légitime» ;

– le désenclavement économique : la levée des sanctions n’est plus vue comme une faveur, mais comme la réparation d’un droit naturel au commerce ;

– la sécurité globale : l’offre suggère que la sécurité de l’un ne peut plus se construire sur l’insécurité de l’autre, donc, en d’autres termes, la reconnaissance par les Etats-Unis du droit de l’Iran de disposer des outils nécessaires à sa défense.

En posant ces jalons, l’Iran place les États-Unis face à leur propre paradoxe. Si Washington refuse, il valide l’image de l’hégémon belliqueux, et s’il accepte, il admet l’échec de la guerre qu’il a menée contre l’Iran et la fin de l’unilatéralisme, un second échec s’il en est, puisque cela annoncera le début de la fin de l’Empire américain né au lendemain de la seconde guerre mondiale.

La réponse de l’Empire

La profondeur de cette offre réside dans sa capacité à transformer le rapport de force en un rapport de responsabilité où Téhéran ne demande pas la reddition, mais la cohabitation des puissances, en s’imposant lui-même comme un interlocuteur incontournable.

Cette proposition est la fondation d’un édifice où chaque pierre est un engagement vérifiable marquant la fin de la diplomatie des coulisses pour celle de la clarté solaire.

En 10 points, l’Iran cherche à dessiner une nouvelle carte où les frontières ne sont plus des lignes de front, mais des zones de contact.

In fine, lire l’offre iranienne, c’est comprendre que la paix est un acte de courage supérieur à la guerre. Ces deux semaines sont le seuil d’un monde post-sanction, post-confrontation, un appel à passer de l’ère du soupçon à celle des compromis – ou des deals, un mot cher à Donald Trump, et que le cessez-le-feu n’est pas la fin du conflit, mais plutôt le début de la vérité.

On peut toujours rêver… Mais sans se des illusions sur les intentions des uns et des autres, qui continueront de se regarder comme deux chiens de faïence, en attendant la prochaine confrontation.

* Ceo d’un cabinet spécialisé en transformation IA.

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Donald Trump envoie les migrants en Afrique !

09. April 2026 um 08:30

Une migrante expulsée des États-Unis s’est retrouvée au Cameroun détenue dans un centre de rétention dans ce pays avec lequel elle n’a aucun lien ! Voilà un exemple vivant de ce qu’endurent des milliers de migrants expulsés par l’Amérique de Donald Trump. Après l’Amérique latine, c’est désormais vers l’Afrique que l’administration Trump dirige ses expulsions de masse dans des conditions où la dignité humaine est complètement bafouée. (Photo : Une prison du Salvador où de nombreux Vénézuéliens ont été envoyés après avoir été expulsés des États-Unis.)

Imed Bahri

Alors que le président Trump est à la recherche partout dans le monde de pays disposés à accueillir des milliers de migrants expulsés des États-Unis, il se trouve que certains des dirigeants les plus réceptifs à cette politique sont ceux qui sont à la tête de régimes autoritaires et qui sont connus pour être des auteurs de violations des droits humains. C’est ce qu’indique une enquête du New York Times menée par Eileen Sullivan, Hamed Aleaziz, Megha Rajagopalan et Pranav Baskar.  

Des documents révèlent que les diplomates américains subissent d’intenses pressions de la Maison-Blanche pour conclure des accords, au point qu’ils envisagent pratiquement toutes les options. Les États-Unis pourraient financer des forces de sécurité de ces pays, assouplir les restrictions de visas ou les droits de douane, financer des services de santé publique ou même revoir le classement d’un pays sur les listes de surveillance américaines.

Dans un télégramme datant de février et consulté par le NYT, le bureau du secrétaire d’État Marco Rubio a donné des instructions aux diplomates sur la manière d’obtenir des offres initiales.

«Si vous êtes prêts à accueillir davantage de personnes, nous pouvons vous apporter un soutien accru», stipulait le télégramme. Une autre formule suggérée était : «Sans prendre d’engagements, que pouvez-vous proposer?»

Une liste de «pays préoccupants»

Le télégramme n’imposait aucune restriction quant aux pays avec lesquels les États-Unis pouvaient négocier. Concernant une liste non précisée de «pays préoccupants», les diplomates américains ont été informés que l’accueil de migrants «pourrait contribuer à améliorer les relations de ces pays avec les États-Unis»

Ces négociations illustrent comment Trump a transformé les expulsions massives, l’une de ses initiatives phares en matière de politique intérieure, en un pilier central de la politique étrangère américaine.

L’administration Trump a expulsé des milliers de personnes vers une douzaine de pays, souvent vers des lieux avec lesquels elles n’ont aucun lien. Face à la complexité politique croissante de la question de la détention massive aux États-Unis, l’administration cherche à conclure davantage d’accords d’expulsion.

Ces arrangements sont particulièrement visibles en Afrique, où Trump a lancé une nouvelle approche diplomatique privilégiant la conclusion d’accords au détriment du respect des droits humains et de la promotion de la démocratie, sous le slogan «America First en Afrique».

Des documents montrent que l’administration est en pourparlers pour renvoyer des migrants en République centrafricaine et en République démocratique du Congo, deux pays dont les systèmes judiciaires sont dysfonctionnels et où les forces gouvernementales sont impliquées dans des actes de torture et des disparitions forcées.

Les États-Unis ont déjà conclu des accords avec des dirigeants autoritaires au Cameroun et au Rwanda. Des migrants sont détenus en vertu d’un accord avec la Guinée équatoriale, un État autoritaire où la torture est systématique. D’autres sont détenus en Eswatini, un royaume marqué par un passé de violations des droits humains et au Soudan du Sud qui est au bord de la guerre civile.

Mot d’ordre : plus de migrants expulsés

Nombre de ces migrants vivaient aux États-Unis sous protection légale, ce qui empêchait leur retour dans leur pays d’origine en raison du risque de persécution politique, religieuse ou ethnique.

Le Département d’État a refusé de commenter ses échanges avec d’autres pays. Le NYT a basé son enquête sur des câbles diplomatiques, des documents relatifs au financement, de la correspondance gouvernementale et d’autres documents, ainsi que sur des entretiens avec des responsables américains et des migrants. Certains responsables ont témoigné sous couvert d’anonymat.

Le programme est encore en cours de finalisation mais le Département d’État est sous pression pour accélérer sa mise en œuvre.

Alors que l’administration réduit les expulsions civiles et militaires dans les grandes villes américaines, le chef de cabinet adjoint de la Maison Blanche Stephen Miller a fait part de sa frustration face à la lenteur des accords conclus avec les pays tiers lors de ses échanges avec le Département d’État, selon des sources proches du dossier.

Le message de la Maison Blanche est clair : plus d’accords, plus vite, et plus de migrants expulsés.

Qui est concerné par les expulsions dans le cadre de ce programme ?

Les États-Unis sont confrontés depuis longtemps à un dilemme migratoire : que faire des étrangers sans droit de séjour mais qui ne peuvent être renvoyés dans leur pays d’origine par crainte de persécution ou de mort ?

Au cours de la dernière décennie, marquée par la plus importante vague d’immigration de l’histoire américaine, des milliers de migrants ont affirmé appartenir à cette catégorie. Faute de solution claire, les autorités les ont autorisés à rester sans statut légal.

L’année dernière, l’administration Trump a trouvé une nouvelle option : confier la gestion de ces expulsions à un autre pays. Elle n’a pas divulgué le nombre de personnes renvoyées vers des pays tiers mais le groupe le plus important –environ 14 000– a été envoyé en Amérique latine et dans les Caraïbes, selon Human Rights First.

Les autorités affirment se concentrer sur l’expulsion des personnes ayant un casier judiciaire. «Nous travaillons avec d’autres pays pour leur dire: nous voulons vous envoyer certains des pires criminels, êtes-vous prêts à le faire?», a déclaré Rubio l’année dernière.

Si certaines des personnes expulsées ont un casier judiciaire, beaucoup n’ont pas de condamnation antérieure. Après la diffusion par le président salvadorien Nayib Bukele d’une vidéo montrant des centaines de Vénézuéliens dans une prison de haute sécurité en 2025, il est apparu que nombre d’entre eux n’avaient pas de casier judiciaire.

Des documents judiciaires révèlent que beaucoup de personnes visées par une procédure d’expulsion n’ont pas non plus de casier judiciaire.

Début mars, quelque 560 migrants étaient détenus dans l’attente d’une expulsion vers un pays autre que le leur. Seuls 139 d’entre eux avaient été condamnés, notamment pour des crimes tels que meurtre, viol et agression.

L’administration envisage d’expulser 7 600 migrants supplémentaires qui ne sont pas détenus, dont seulement un sixième environ a un casier judiciaire.

«Je suis venue aux États-Unis chercher protection», a déclaré une femme détenue dans un centre de rétention au Cameroun. Elle a ajouté avoir été appréhendée alors qu’elle tentait d’entrer sur le territoire américain et avoir obtenu une protection judiciaire l’empêchant de retourner dans son pays d’origine.

«Je ne sais pas quoi faire dans ce pays. Je ne sais pas comment je suis arrivée ici», a-t-elle déclaré sous couvert d’anonymat.

Pourquoi des personnes sont-elles emprisonnées à l’étranger ?

L’administration Trump privilégie deux options. Premièrement, envoyer des personnes dans d’autres pays et leur permettre d’y demander l’asile, comme c’est le cas en Ouganda. Deuxièmement – ​et c’est actuellement la priorité– les expulser vers des pays qui n’offrent aucune garantie de sécurité et où ils sont temporairement réinstallés puis de nouveau expulsés, ce qui entraîne leur détention dans des systèmes juridiques défaillants.

Au Cameroun, des migrants sont détenus dans un complexe gouvernemental de la capitale, Yaoundé, où certains ont contracté le paludisme. Au Soudan du Sud, ils sont détenus dans une maison fermée à clé près de Juba, dans des conditions déplorables. En Eswatini, ils sont détenus dans une prison de haute sécurité. En Guinée équatoriale, ils sont détenus dans un hôtel sous la surveillance de gardes armés. Au Ghana, certains ont été placés dans un camp d’entraînement militaire. «Nous sommes comme des prisonniers ici», a déclaré un détenu.

Qu’obtiennent ces pays en retour ?

Chaque accord est différent. Les États-Unis ont versé des millions de dollars au Salvador et ont relevé leur note de voyage. Ils ont temporairement levé les sanctions imposées au vice-président de la Guinée équatoriale et ont transféré 7,5 millions de dollars au pays. Les restrictions de visa imposées au Ghana ont été levées. Les États-Unis ont versé 5,1 millions de dollars à l’Eswatini. Ils travaillent actuellement à un accord de 1,5 million de dollars avec la Sierra Leone. Ils ont octroyé 85 millions de dollars à une organisation internationale pour soutenir un accord avec la République centrafricaine. 50 millions de dollars ont également été alloués à des dispositifs similaires en République démocratique du Congo.

Un contournement des obligations légales

Est-ce légal ? La question la plus controversée demeure la suivante : les États-Unis instrumentalisent-ils d’autres pays pour faire ce qu’ils ne peuvent légalement faire à savoir renvoyer des migrants dans leur pays d’origine malgré leur protection juridique ?

Dans certains cas, cela s’est déjà produit. Selon des témoignages, certains migrants de Guinée équatoriale ont été renvoyés dans leur pays contre leur gré. Au Cameroun, des migrants ont été informés de leur renvoi imminent et certains ont déjà été expulsés.

«L’administration sait pertinemment que ce sont des pays où l’État de droit est faible et où les migrants peuvent être renvoyés dans leur pays d’origine», a déclaré un avocat.

De son côté, le Département de la Justice a déclaré que les États-Unis ne peuvent pas contrôler les actions des autres pays après l’arrivée des migrants. «Cela semble constituer un contournement des obligations des États-Unis», a déclaré la juge fédérale Tanya Chutkan, tout en reconnaissant que son autorité était limitée.

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La guerre ferait-elle de l’Iran la quatrième puissance mondiale ?

08. April 2026 um 08:15

Jusqu’à récemment, la République islamique d’Iran était une puissance régionale mais Robert A. Pape, professeur de sciences politiques à l’Université de Chicago, estime que la guerre que lui livrent depuis plus d’un mois les Etats-Unis et Israël est en train d’en faire la quatrième puissance mondiale non pas par un quelconque poids économique ou militaire comme c’est le cas pour les États-Unis, la Chine et la Russie mais par son énorme capacité à impacter le monde entier, notamment sur les plans énergétique et économique, et par ricochet politiquement. 

Imed Bahri

Dans une analyse publiée dans le New York Times, Pape considère que la guerre menée par le président américain Donald Trump et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu contre l’Iran a transformé ce pays en une puissance mondiale majeure. 

Le politologue américain remet en question la vision géopolitique dominante de ces dernières années qui supposait que l’ordre mondial évoluait vers trois pôles de puissance : les États-Unis, la Chine et la Russie. Cette vision partait du principe que la puissance découle principalement de la taille économique et des capacités militaires, une hypothèse désormais obsolète.

Un quatrième pôle de puissance

Un quatrième pôle de puissance mondiale émerge rapidement : l’Iran. Bien que ce pays ne possède pas la même force militaire et économique que les trois autres, sa puissance nouvelle provient de son contrôle de la voie maritime la plus importante pour l’énergie dans l’économie mondiale : le détroit d’Ormuz.

Ce détroit est depuis longtemps une voie navigable internationale, empruntée par des navires de toutes les nations. Cependant, la guerre lancée cette année par les États-Unis et Israël contre l’Iran a contraint ce dernier à imposer un blocus militaire sélectif du détroit. Environ un cinquième des approvisionnements mondiaux en pétrole et en gaz naturel liquéfié transitent par le détroit d’Ormuz et aucune alternative viable à ces chaînes d’approvisionnement n’est envisageable à court terme. Si le contrôle iranien du détroit d’Ormuz se prolonge pendant des mois, voire des années, il bouleversera profondément l’ordre mondial au détriment des États-Unis.

Cependant, de nombreux analystes considèrent le contrôle iranien du détroit d’Ormuz comme temporaire. Beaucoup s’attendent à ce que la marine américaine et ses alliés stabilisent rapidement la situation et que les flux pétroliers reprennent leur cours normal.

Cependant, Pape soutient que ces prévisions sont erronées et malavisées. Elles reposent sur l’hypothèse que l’Iran fermerait complètement le détroit pour le contrôler efficacement. Or, le détroit peut être contrôlé sans être fermé. Aujourd’hui, il reste ouvert aux pétroliers même si le trafic maritime a diminué de plus de 90% depuis le début du conflit non pas parce que l’Iran coulait systématiquement tous les navires entrant dans le détroit mais parce que les compagnies d’assurance, confrontées à la menace bien réelle d’une attaque, ont retiré ou revu à la baisse leurs couvertures contre les risques de guerre. Par conséquent, cibler un cargo tous les quelques jours suffirait à rendre le risque inacceptable.

Des marchés plus prudents et plus volatils

Les économies modernes ont besoin non seulement de pétrole, mais aussi d’un approvisionnement régulier, en grande quantité et assorti de risques prévisibles.

Lorsque cette stabilité s’effondre, les marchés de l’assurance deviennent plus volatils et restrictifs, les tarifs du transport maritime augmentent et les gouvernements commencent à considérer la sécurité énergétique comme un enjeu stratégique complexe et non plus comme une simple transaction commerciale.

Comme le souligne Pape, le problème des États-Unis aujourd’hui réside dans le déséquilibre des pouvoirs. Protéger chaque pétrolier transitant par le détroit d’Ormuz contre d’éventuelles attaques, telles que des mines, des drones et des frappes de missiles, est une opération constante qui exige une présence militaire permanente. L’Iran, en revanche, n’a besoin que de frapper un pétrolier occasionnellement pour compromettre la fiabilité des approvisionnements mondiaux en pétrole.

Le président français Emmanuel Macron a fait écho à ce sentiment en déclarant que la réouverture par la force du détroit d’Ormuz était «irréaliste» et que «cela ne peut se faire qu’en coordination avec l’Iran». Il reconnaissait implicitement que l’approvisionnement en pétrole ne pouvait être garanti sans le consentement de l’Iran.

Pape soutient que, pendant des décennies, le Golfe arabique a bénéficié d’un système simple : les producteurs de pétrole exportent, les marchés fixent les prix et les États-Unis sécurisent la voie maritime. Ce système permettait la concurrence sans déstabiliser la région. Or, il est aujourd’hui en train de s’effondrer.

Les États du Golfe dépendent fortement des exportations d’énergie qui constituent leur principale source de revenus. Lorsque les primes d’assurance augmentent et que le transport maritime devient incertain, l’impact financier est immédiat. Les gouvernements s’adaptent, les routes maritimes sont modifiées et les contrats sont renégociés.

Par conséquent, si cette incertitude persiste, la situation dans le Golfe changera inévitablement, remplaçant l’ancien système par un nouvel ordre régional. Dans ce nouvel ordre, les États du Golfe s’aligneront de plus en plus sur l’acteur qui exerce la plus grande influence directe sur la fiabilité de leurs exportations, actuellement l’Iran.

Le politologue américain estime que les répercussions de ce nouvel ordre seront les plus marquées en Asie. Le Japon, la Corée du Sud et l’Inde sont fortement dépendants de l’énergie provenant du Golfe, tandis que la Chine, malgré la diversification de ses sources d’énergie, dépend également de cette région pour une part importante de ses importations énergétiques. Ces dépendances sont ancrées dans des infrastructures telles que les raffineries de pétrole, les lignes maritimes et les systèmes de stockage qui ne peuvent être rapidement reconfigurées.

Si les perturbations de l’approvisionnement énergétique persistent, les conséquences seront considérables. La hausse des coûts d’assurance et de transport entraînera une augmentation des prix, aggravera les déséquilibres commerciaux, affaiblira les monnaies et alimentera l’inflation. La dépendance énergétique commencera à influencer les politiques publiques, les gouvernements privilégiant la sécurité énergétique à un moment où les options diplomatiques se raréfient et où les actions susceptibles de déstabiliser davantage le pays deviendront de plus en plus difficiles à maintenir.

Un basculement mondial vers l’Est  

Le monde des années 1970, où les chocs pétroliers ont engendré des années de stagflation, ne sera plus un lointain souvenir, mais une réalité. Et une fois de plus, l’Iran a tout à gagner. La Chine dépend de l’énergie du Golfe pour alimenter sa croissance, la Russie profite de prix de l’énergie élevés et volatils et l’Iran tire profit de sa position stratégique dans le détroit d’Ormuz.

Robert A. Pape affirme que ces trois pays ont des motivations qui entrent en conflit avec la stabilité économique des États-Unis et de leurs alliés. Ils n’ont pas besoin de se coordonner formellement mais la structure même du système les pousse dans la même direction. Ainsi, un nouvel ordre mondial émerge, non pas par le biais d’une alliance formelle, du moins initialement, mais par une convergence d’incitations qui se renforcent mutuellement au fil du temps.

Pape a également évoqué d’autres scénarios, plus alarmistes, qui pourraient découler de ce nouvel ordre mondial naissant. L’un d’eux est celui où l’Iran contrôlerait environ 20% de la production mondiale de pétrole, la Russie environ 11%, et la Chine serait capable d’en absorber une part importante. Ces pays formeraient un cartel, privant de fait l’Occident de 30% du pétrole mondial. Dès lors, une analyse simple suffit à saisir les conséquences catastrophiques, telles qu’un déclin brutal de l’influence des États-Unis et de l’Europe, et un basculement mondial vers la Chine, la Russie et l’Iran.

Pour le politologue américain, les États-Unis sont confrontés à un choix difficile : soit s’engager dans un effort de longue haleine pour réaffirmer leur contrôle sur le détroit d’Ormuz, soit accepter un nouvel arrangement énergétique mondial qui ne garantit pas leur domination.

Si les États-Unis choisissent cette dernière option, l’issue est claire : l’ordre international sera restructuré et l’Iran deviendra le quatrième centre de puissance mondiale. S’ils choisissent de réaffirmer leur domination militaire, ils s’engageront dans un conflit prolongé qu’ils risquent de perdre.

Une guerre contre l’Iran n’est plus simplement une lutte militaire et politique dont les États-Unis pourraient facilement se retirer pour revenir au statu quo ante. L’Iran exigera sans aucun doute un prix élevé dans tout nouvel accord avec les États-Unis mais ce prix sera certainement inférieur à celui d’un avenir différent.

Pape estime que nous sommes confrontés à une guerre transformatrice et que, si ces changements se poursuivent encore quelques années, l’ordre mondial sera irrévocablement bouleversé.

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Silicon Valley | Le visage caché de la guerre contre l’Iran

07. April 2026 um 07:37

La Silicon Valley est devenue un immense laboratoire balistique, où chaque clic alimente le cerveau d’une IA capable de déclencher le premier conflit mondial dont les généraux ne porteront pas d’uniformes, mais des sweats à capuche.

Mahjoub Lotfi Belhedi *

L’époque où les géants du numérique se contentaient de vendre des téléphones et du stockage en ligne est définitivement révolue. C’est désormais l’ère où le code informatique devient l’arme de précision chirurgicale utilisée par les Etats-Unis et Israël dans leur guerre contre l’Iran.

Le déploiement massif de l’intelligence artificielle (IA) par Palantir permet aujourd’hui de transformer des milliards de données hétérogènes, issues de satellites ou de réseaux sociaux, en une carte thermique des intentions de Téhéran, offrant aux états-majors une vision prédictive qui rend les méthodes d’espionnage traditionnelles totalement obsolètes. 

Parallèlement, l’infrastructure tentaculaire d’Amazon Web Services et la puissance de calcul de Google ne servent plus seulement à héberger des sites de commerce, mais fournissent le squelette numérique indispensable au Pentagone pour traiter, en temps réel, les flux vidéo des drones survolant les zones de tension du Golfe.

Même Apple, sous ses airs de neutralité esthétique, participe à cet écosystème en verrouillant des protocoles qui facilitent l’intégration des technologies de défense américaines, tandis que les modèles de langage d’Anthropic, malgré les barrières éthiques de leurs concepteurs, sont détournés par des contractants militaires pour simuler des scénarios d’attaque ou analyser les communications chiffrées de l’adversaire. 

Cette collusion, documentée par les fuites contractuelles et les enquêtes des grands médias, prouve que la frontière entre le confort de l’utilisateur civil et la létalité du champ de bataille a été définitivement supprimée.

Nous ne sommes plus de simples clients de ces firmes, mais les complices involontaires d’une machine de guerre invisible qui a transformé la Silicon Valley en un immense laboratoire balistique, où chaque clic alimente le cerveau d’une IA capable de déclencher le premier conflit mondial dont les généraux ne porteront pas d’uniformes, mais des sweats à capuche, signant l’arrêt de mort des souverainetés étatiques au profit de la tyrannie du processeur.

* Stratège en réflexion IA, Ceo d’un cabinet spécialisé en transformation IA.

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Guerre d’Iran | Vers une reconfiguration de l’ordre mondial

07. April 2026 um 07:00

La nouvelle guerre contre l’Iran est un remake d’évènements déjà vécus mais cette fois-ci en version plus hard. A priori, Israël ne voulait pas perdre l’opportunité de faire régner définitivement sa Pax Judaïca dans la région du Moyen-Orient, en profitant d’un contexte géopolitique favorable avec un monde arabe en léthargie profonde, une administration américaine acquise aux thèses sionistes et une Europe focalisée sur un conflit ukrainien devant ses portes.

Noureddine Horchani *

Mais la guerre déclenchée contre l’Iran au mépris du droit international et surtout au détriment des principes les plus élémentaires de la diplomatie, dans la mesure où elle a été lancée en pleines négociations que l’intermédiaire omanais annonçait pourtant fructueuses, était prévisible et ne dérogeait pas à la nature du système des relations internationales désormais anarchique donnant raison aux tenants du courant réaliste dans les relations internationales qui ne reconnaissent comme acteurs que les Etats auxquels ils attribuent, comme seul objectif, la quête de la puissance et les intérêts qui vont avec. (1)

Certes, l’ordre juridique international, ainsi que les organisations internationales supposées constituer des enceintes de règlement pacifique des conflits, existent, incarnées par l’Onu, mais l’efficacité de leur action dépend de la bonne volonté des grandes puissances et à leur tête les Etats-Unis.

Par leur gravité, les répercussions de la guerre contre l’Iran interpellent les analystes des relations internationales, les observateurs, les stratèges, les économistes et même les citoyens lambdas inquiets pour leur vie quotidienne.

Ce conflit pose deux types d’interrogations :

– sur le lien de ce conflit avec la configuration du système international actuel (unipolaire ? bipolaire ? multipolaire ? bi-multipolaire ? etc.) et sur son impact sur l’ordre international établi par les alliés au lendemain de la seconde guerre mondiale ;

– sur la pérennité de l’approche trumpiste des relations internationales. Autrement dit, «la doctrine» (mot trop fort pour qualifier les folles agitations de Trump) qui fonde sa gestion de la politique étrangère des Etats-Unis, survivrait-elle à son départ de la Maison blanche ou assisterions-nous au retour à une gestion plus apaisée de la politique étrangère américaine ?

Résilience du système international 

La guerre et les crises en général sont l’expression de la «vitalité» du système international composé d’acteurs étatiques en perpétuelle compétition.

Comme pour les crises économiques que le système capitaliste international transforme en occasions pour se revigorer et pour se réajuster, la guerre permet au système international de prendre en charge et d’intégrer la modification des rapports de force entre acteurs et de s’adapter à une redistribution de la puissance entre les Etats qu’ils soient des puissances régionales émergentes (Iran, Turquie) ou des superpuissances comme les Etats Unis, la Chine et la Russie.

Israël agit dans ce cadre restreint de conquête et d’hégémonie propre aux acteurs étatiques dans un monde où prévaut la loi du plus fort, sans égard aux valeurs véhiculées par le droit international. Pourtant les velléités hégémoniques de l’entité sioniste ne correspondent pas nécessairement à ses intérêts à long terme eu égard aux données géopolitiques structurelles de la région, indéniablement favorables aux Etats arabes qui, jusque-là, manquent de volonté pour mobiliser ces données et les ressources dont ils disposent afin d’endiguer la menace que représente pour leur intégrité territoriale la stratégie d’expansion et de conquête israélienne.

Un système international en mutation

Le conflit opposant aujourd’hui Israël et les Etats-Unis l’Iran s’inscrit dans cette logique de l’instabilité et des crises majeures inhérentes aux phases de transition de la configuration internationale dont les caractéristiques ont largement été développées dans la littérature des auteurs réalistes des relations internationales.(3)

Loin de confirmer la suprématie de la puissance américaine, l’étalage par les Américains de la puissance armée contre l’Iran avec l’appui de l’entité sioniste, augure plutôt d’une évolution inéluctable de la configuration du système international de l’unipolarité impériale américaine vers une multipolarité émergente où la Chine, la Russie et l’Inde nucléaire occuperont des positions régaliennes.

Dans la phase de transition d’une configuration à une autre, l’instabilité devient la caractéristique essentielle du système et des relations internationales.

Les entités étatiques en quête de puissance sont en compétition pour améliorer leur positionnement sur l’échiquier mondial ce qui constitue une source de conflit surtout lorsque les institutions internationales échouent à canaliser les ambitions des puissances émergentes.

C’est dans ce contexte de redistribution de la puissance et de remise en cause de l’ordre établi (nucléaire, géopolitique…) par les puissances émergentes, en occurrence l’Iran dans le cas actuel, que l’Etat impérial américain en déclin ne peut se résigner à la déliquescence de sa puissance et à la perte de  son statut hégémonique(4) sans exprimer sa résistance à travers des coups d’éclat et des conflits où elle entend démontrer à ses concurrents qu’elle reste maitresse du système international.

La guerre contre l’Iran et l’action contre le Vénézuéla constituent les derniers sursauts d’une puissance en décadence. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’on peut expliquer la difficulté pour l’administration Trump de fixer des objectifs clairs à sa guerre contre l’Iran ou de la justifier auprès de ses alliés comme auprès de son opinion publique.

C’est dans ce sens également qu’on peut comprendre les multiples déclarations de Trump scandant en toute occasion la suprématie de l’armée des Etats Unis et la grandeur de son pays. Ce discours ne semble pas être adressé à l’Iran qui n’est pas le rival des Etats-Unis pour la suprématie mondiale, mais à ses concurrents directs : la Chine et la Russie.

L’illusion de la suprématie 

Présentée par Donald Trump lors de son déclenchement comme une balade de quelques jours de ses troupes, la campagne militaire américano-israélienne contre l’Iran atteint aujourd’hui son deuxième mois et n’en finit pas de gonfler la facture à payer non seulement par les citoyens américains au niveau du galon d’essence mais également par l’ensemble des pays du monde qui devront affronter une récession générale et une crise qui touche désormais tous les secteurs de l’activité économique en commençant par l’agriculture mondiale privée des engrais avec la fermeture partielle par l’Iran du détroit d’Ormuz par où transitent 20% de la production pétrolière mondiale.

La guerre a provoqué des effets systémiques que le locataire de la Maison blanche n’a pas appréciés à leur juste mesure, aveuglé par une adhésion évangélique aux thèses sionistes étalées par Benjamin Natanyahu à qui «il ne peut rien refuser».

L’enlisement de la plus puissante armée du monde dans le bourbier iranien était pourtant prévisible et ne déroge pas aux précédentes interventions américaines qui avaient toutes échoué : Vietnam, Afghanistan, Irak…

Malgré sa supériorité militaire criante et le soutien de l’aviation israélienne, la plus puissante du Moyen-Orient, les Etats-Unis n’arrivent pas à en découdre avec une armée iranienne de loin moins outillée mais bien préparée et exploitant de manière optimale les atouts dont elle dispose.

Pire encore, l’administration américaine cherche aujourd’hui désespérément une porte de sortie honorable en renonçant aux objectifs qu’elle avait médiocrement exposés tout au long de son agression pour la justifier : provoquer la chute du régime des mollahs, détruire définitivement son projet nucléaire, anéantir son arsenal balistique…

L’hégémon américain est frappé au cœur de son prestige et de sa crédibilité surtout aux yeux de ses concurrents directs, la Chine et la Russie, qui observent avec intérêt ses tactiques de guerre défaillantes et assistent à sa déchéance.

Mais cette vérité s’applique également à la Russie dans sa guerre contre l’Ukraine. C’est le phénomène de l’impuissance de la puissance largement développé par les auteurs de relations internationales de différents horizons. Ces auteurs décrivent l’incapacité endémique des superpuissances à vaincre par les seuls moyens militaires des Etats à moyenne ou faibles capacités.(5)

Une guerre asymétrique comme celle lancée par Israel et les Etats-Unis contre l’Iran est dès le départ vouée à l’échec car ses artisans seront toujours incapables de prédire ses répercussions politiques (internes aux belligérants) économiques et militaires. L’interdépendance des économies, la globalisation des échanges ainsi que la puissance des opinions publiques dans les sociétés «démocratiques» sont autant de facteurs qui réduisent l’efficacité de la suprématie militaire brute.

Ordre international entre instabilité et résilience

L’ordre international issue de la seconde guerre mondiale semble être éprouvé par des guerres transgressant la légalité internationale : contre l’Iran, contre Ukraine, contre Gaza… et menaçant d’effondrement tout l’édifice normatif et structurel construit au lendemain de la seconde guerre mondiale, et qui était fondé sur le multilatéralisme et le règlement pacifique des conflits.

Même les alliances qu’on croyait indéfectibles comme celle atlantique sont battues en brèche. Le président américain menace de se retirer de l’Otan qu’il qualifie de tigre de papier parce que ses membres ont refusé de s’associer à sa campagne guerrière contre l’Iran.

Le camp occidental est définitivement fissuré. Mégalomane comme il est, Trump propose des structures de rechange qu’il contrôlerait pour remplacer les institutions onusiennes «moribondes», fiefs du multilatéralisme, principe ayant fondé la coopération internationale depuis 1945.

Le Comité de la paix créé par Trump dans le sillage de la guerre à Gaza est censé remplacer le Conseil de sécurité. Les traités commerciaux bilatéraux qu’il oblige certains pays à signer après ses décisions unilatérales d’augmentation des tarifs douaniers et des taxes sur l’importation de produits en provenance de ces pays sont censés remplacer les accords du GATT et de l’OMC.  

La guerre contre l’Iran, la prise en otage du président vénézuélien, le blocus de Cuba ainsi que la fronde des taxes et des représailles commerciales que l’administration Trump impose au reste du monde semblent indiquer que la remise en cause de l’ordre international d’après-1945 est bel et bien consommée.

Mais en réalité, l’administration Trump n’est pas plus interventionniste ni plus belliqueuse que ses précédentes surtout républicaines mais elle est plus extravertie, moins discrète et plus chaotique.

Les Etats Unis, toutes administrations confondues, sont intervenus militairement des dizaines de fois depuis 1945. L’intervention actuelle contre l’Iran à l’instigation d’Israel s’inscrit dans la logique de la politique étrangère par essence interventionniste, de la Maison Blanche au cours des 80 dernières années.

Par ailleurs, l’aliénation de la politique étrangère américaine au dictat israélien est aujourd’hui une constante de la stratégie des administrations américaines successives. Cette réalité s’est construite au fil de décennies d’efforts fournis par les groupes de pression juifs et sionistes et notamment la toute puissante American Israelian Public Affairs Commitee (Aipac).

Etats-Unis-Israël : une alliance en mutation ?

Il faut rappeler qu’avant la deuxième guerre mondiale, l’élite politique américaine n’était pas franchement réceptive aux thèses sionistes œuvrant pour la création d’un Etat juif en Palestine. Certaines éminentes personnalités politiques étaient même explicitement qualifiées d’antisémites comme le président Franklin Roosevelt (1933-1945). D’autres étaient plus réservés vis-à-vis des projets sionistes (Woodraw Wilson 1913-1921, Calvin Coolidge 1923-1929).

Rappelons également que ce sont les Etats-Unis qui ont forcé l’Angleterre, la France et Israël à arrêter leur agression tripartite contre l’Egypte suite à la fermeture par le président Nasser du canal de Suez en 1956.

Le soutien inconditionnel américain à la politique israélienne ne s’est transformé en donnée stratégique constante qu’après la guerre des Six jours en 1967. La stratégie de politique étrangère américaine repose, depuis, sur le principe du maintien de la suprématie militaire de l’Etat sioniste sur tous les Etats du Moyen-Orient. Mais la guerre contre Gaza en 2024 a annoncé un effritement stratégique du soutien américain à l’entité sioniste surtout auprès de l’opinion publique. Pour la première fois dans l’histoire récente des Etats-Unis, les sondages d’opinion révèlent un début de basculement du soutien de la société américaine en faveur des Palestiniens et au détriment des Israéliens (41% contre 36%) comme le révèle un sondage Gallup en 2026. Plus inédit encore, les débats au Congrès sur le fondement du soutien américain à l’entité sioniste. Ces débats étaient inimaginables quelques années auparavant et surtout avant la guerre de Gaza, tellement le soutien à l’Etat faisait l’unanimité auprès de l’élite politique américaine et transcendait les clivages partisans entre Républicains et Démocrates. C’est un changement stratégique majeur qui impactera la définition de la politique étrangère américaine à l’avenir.

Mais ce qui est singulier aujourd’hui avec l’actuelle agression américano-israélienne contre l’Iran est qu’elle tranche avec le programme électoral non interventionniste du président Trump et risque de provoquer la défaite électorale de son parti lors des élections du midterm en novembre 2026. Cette défaite est devenue probable surtout avec l’enlisement des Etats-Unis dans une guerre d’usure aggravant le sentiment de dépit et de désaveu de l’électorat républicain américain, et notamment sa composante Maga, désabusée par le non-respect par le candidat Trump de ses engagements électoraux.

Vers un nouvel équilibre mondial

La guerre menée par les Etats-Unis et Israel contre l’Iran met l’ordre international bâti au lendemain de la seconde guerre mondiale sous une tension intenable. Son coût direct pour les belligérants (4 milliards de $ de matériel militaire perdu rien que pour les Etats-Unis) et ses répercussions économiques sur l’ensemble de la planète, suite à la flambée des coûts de l’énergie et des matières premières et la récession qui frappera sans distinction l’ensemble des pays du monde, rappellent l’interdépendance des économies et la fragilité des équilibres mondiaux. Elles révèlent également les limites de la puissance militaire brute dans le cadre de la guerre asymétrique où le déséquilibre des moyens militaires est compensé chez la partie la plus faible par l’exploitation d’atouts inattendus : contrôle du détroit d’Ormuz, armement efficace et peu onéreux qui devrait changer la nature des conflits contemporains (drones, missiles balistiques..). Elles rappellent également que les puissances dominantes ne tirent pas les leçons de leur propre histoire récente et répètent les mêmes erreurs avant même que leurs conséquences ne soient définitivement consommées : intervention américaine en Irak et en Afghanistan, enlisement de la Russie en Ukraine…

En dépit de tout cela, l’effondrement de l’ordre international fondé sur la primauté du droit international et du multipartisme, ne semble pas imminent. En fait, la contestation de l’ordre international par l’administration Trump ne constitue qu’un épisode historique qui prendra fin avec l’alternance prochaine à la Maison blanche. Car tout semble présager – la  popularité du président Trump étant descendue à 33% dans ls derniers sondages – une défaite des Républicains lors des prochaines législatives et présidentielles.

Cependant, la dynamique de changement de la configuration internationale déjà en marche, ainsi que la quête naturelle de puissance entre les acteurs étatiques sur la scène internationale, bousculant la stabilité, la sécurité et la paix internationales, sans pour autant menacer la survie du système.

Notes :

1- Raymond Aron : ‘‘Guerre et paix entre les nations’’. Ed Calman Levy 1962.

2- Mon article : «La politique étrangère des Etats-Unis entre rupture et continuité», Kapitalis du 15 octobre 2025.

3- Robert Gilpin : ‘‘War and change in world Politics’’,Ed Cambridge university press 1981.

4- Robert Keohane & Joseph Nye : ‘‘Power and interdependance : World Politics in Transition’’, Ed Little, Brown, Boston, 1977.

5- Bertrand Badie : ‘‘L’impuissance de la puissance’’, Fayard, 2004.

Stanley Hoffmann : ‘‘Primacy or word order’’,  Mc Graw-Hill, 1978.

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La flambée de l’essence relance l’inflation aux États-Unis

06. April 2026 um 15:28

La hausse des prix de l’essence aux États-Unis devrait se traduire dans les prochaines données sur l’inflation attendues cette semaine.

Selon les prévisions d’économistes interrogés par Bloomberg, l’indice des prix à la consommation pourrait enregistrer une progression mensuelle de 1 % en mars. Il s’agirait alors de la plus forte hausse aux USA depuis 2022. La porte principalement l’envolée des prix du carburant et de l’essence en particulier.

En cause, les répercussions de la guerre en Iran, qui ont entraîné une augmentation d’environ 1 dollar par gallon dans les stations-service à travers le pays. Ce qui accentue la pression sur le pouvoir d’achat des ménages américains.

En parallèle, l’inflation sous-jacente (qui exclut les prix volatils de l’alimentation et de l’énergie) devrait rester plus modérée, avec une hausse estimée à 0,3 % sur un mois.

Ce décalage illustre le rôle déterminant de l’énergie dans la dynamique inflationniste actuelle; alors que les tensions géopolitiques continuent d’alimenter la volatilité des marchés.

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Le pétrole recule sur fond d’espoirs de désescalade entre l’Iran et les États-Unis

06. April 2026 um 14:19

Le prix du pétrole chute nettement sur les marchés, en raison des attentes d’un cessez-le-feu entre l’Iran et les États-Unis. Et ce, à quelques heures de l’expiration de l’ultimatum du président Trump.

Le brut WTI cède 1,98% à 109,2 dollars le baril de pétrole. Tandis que le Brent de la mer du Nord perd 1,8% à 106,9 dollars le baril.

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L’arme nucléaire

05. April 2026 um 16:49

La perception de l’Iran comme menace stratégique régionale et internationale est liée à son « programme nucléaire ». Sous couvert d’un programme d’énergie civile, l’Iran est soupçonné de vouloir se doter de l’arme nucléaire. C’est l’une des clefs de l’analyse de la guerre au Moyen-Orient. D’une part, si l’Iran était doté de l’arme nucléaire, cela aurait dissuadé Israël et les Etats-Unis de l’attaquer. D’autre part, si les Occidentaux refusent que l’Iran accède à l’arme nucléaire, c’est aussi parce qu’ils tiennent au monopole d’Israël en la matière, unique puissance nucléaire de la région. L’occasion de mettre en perspective cette question de l’arme nucléaire dans les relations internationales modernes, en sachant que l’irruption de l’arme atomique et de sa capacité dissuasive a introduit une rupture stratégique radicale entre les puissances.

 

L’irruption de l’arme nucléaire dans les relations internationales

L’irruption et la diffusion de l’arme nucléaire sont intimement liées à l’hypothèse d’une Troisième Guerre mondiale. L’ère nucléaire ne fait pas disparaître la guerre, mais son déclenchement devient moins concevable – car plus risqué – contre une puissance qui dispose de l’arme atomique. C’est l’essence même de la dissuasion nucléaire.

Du point de vue de la sécurité d’un Etat, la possession de l’arme nucléaire est un argument décisif dans les rapports avec les autres puissances étatiques. L’arme nucléaire jouit en effet d’un statut particulier, d’exception, lié à sa fonction stratégique de dissuasion. Unique en son genre, la dissuasion nucléaire comme outil de dialogue stratégique entre puissances suppose la combinaison d’une volonté politique et d’une capacité militaire (à savoir l’utilisation de l’arme nucléaire par différents moyens terrestres, maritimes et aériens).

La doctrine défensive de la « dissuasion nucléaire » consiste à prévenir un acte d’agression en signifiant à l’adversaire que les coûts d’une telle décision excéderaient ses bénéfices. Compte tenu du risque de destruction mutuelle, la dissuasion est réciproque en cas de confrontation entre puissances nucléaires : elle procède ici d’une crainte mutuelle des implications de l’emploi en premier de l’arme nucléaire. Le risque de destruction mutuelle vise ainsi à éviter une confrontation nucléaire.

La dissuasion ainsi conçue comme un « équilibre de la terreur » est celle qui a prévalu dans les relations entre l’URSS et les Etats-Unis, pendant la guerre froide.

A l’inverse, dans le cas des guerres en Ukraine et en Iran, quand une puissance nucléaire (la Russie en l’occurrence) menace d’utiliser l’arme nucléaire (même à vocation « tactique ») contre une puissance non dotée, on sort de la dissuasion nucléaire.

Les hypothèses du recours à l’arme nucléaire dépendent de la doctrine de la dissuasion nucléaire définie par chaque puissance concernée, qui peut jouer d’une certaine « ambiguïté stratégique » (au sujet de la ligne rouge ou du seuil au-delà duquel le recours à l’arme nucléaire devient une option). Si celui-ci correspond le plus souvent à l’hypothèse d’une « menace existentielle » assimilable à une atteinte de l’intégrité territoriale, les armes nucléaires « tactiques » ouvrent des possibilités d’usage (sur un terrain d’opération) plus larges.

La dissuasion nucléaire connaît des limites : elle ne protège pas contre les attaques commises par des entités infra-étatiques (cas des attaques terroristes massives qui ont frappé des puissances nucléaires, des Etats-Unis au Pakistan, en passant par la France ou le Royaume-Uni) elle n’empêche pas le déclenchement de conflits armés conventionnels ou infra-étatiques. Elle limite la confrontation directe, frontale, mais accroît le risque de confrontation indirecte.

 

L’arme centrale d’une 3e Guerre mondiale ?

Dès 1945, la peur de l’apocalypse nucléaire et de l’annihilation complète de l’espèce humaine est largement partagée : la Troisième Guerre mondiale est pensée comme la dernière. Cette menace a joué un rôle déterminant dans la reconfiguration de l’ordre international d’après-guerre, notamment dans la formation des blocs américain et soviétique.

L’idée de Troisième Guerre mondiale survit à la guerre froide. Certes, pendant un laps de temps après l’effondrement de l’URSS, certains, comme le politiste américain Francis Fukuyama, imaginent la disparition de toutes les guerres, et donc « la fin de l’histoire ». Mais cette illusion, nourrie par une vision eurocentrée, ne dure pas. Depuis l’attaque de la Russie contre l’Ukraine et l’agression israélo-américaine contre l’Iran, l’ambition de se doter de l’arme nucléaire pour se protéger revient en force en Arabie saoudite, en en Turquie…

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Guerre d’Iran | Le second pilote américain secouru  

05. April 2026 um 09:14

Les forces spéciales américaines ont secouru le second pilote du F-15 abattu au-dessus de l’Iran, ont indiqué, ce dimanche 5 avril 2026, trois responsables américains à Axios.

La destruction de l’appareil a été un véritable cauchemar pour l’armée américaine, d’autant plus que le Corps des gardiens de la révolution islamique iranien avait lancé des recherches dans le sud-ouest du pays au cours des 36 dernières heures pour retrouver le pilote américain disparu.

Grâce à cette annonce, les deux membres de l’équipage du chasseur américain sont désormais libérés des mains des Iraniens.

Un responsable américain a précisé que l’opération avait été menée par une unité commando spécialisée, appuyée par une importante couverture aérienne, et a confirmé que toutes les forces avaient quitté l’Iran.

Le premier pilote a été secouru plusieurs heures après que son avion a été abattu. Il a fallu plus d’une journée pour localiser et secourir le second membre d’équipage.

Des forces spéciales américaines ont été déployées au sol en Iran, vendredi 3 et samedi 4, dans le cadre de la mission de recherche et de sauvetage.

Selon des sources citées par Axios, l’US Air Force a mené des frappes aériennes contre les forces iraniennes afin de les empêcher d’atteindre la zone.

Le New York Times a rapporté qu’après le sauvetage de l’officier, deux avions de transport ont été immobilisés sur une base isolée en Iran. Trois appareils supplémentaires ont été dépêchés pour évacuer tout le personnel militaire américain, et les deux avions immobilisés ont ensuite été détruits.

I. B.

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Iran | Un des deux pilotes de F-15 secouru (sources américaines)

05. April 2026 um 08:59

L’un des deux pilotes du chasseur biplace américain F-15E abattu en Iran a été secouru par les forces américaines. Deux responsables américains l’ont confirmé à CBS News. Les opérations de recherche et de sauvetage se poursuivent pour retrouver le second membre d’équipage, ont indiqué à Axios des sources proches du dossier.

«Au cours des dernières heures, l’armée américaine a mené à bien l’une des opérations de recherche et de sauvetage les plus audacieuses de l’histoire des États-Unis, pour venir en aide à l’un de nos incroyables officiers d’équipage, qui se trouve également être un colonel très respecté», a écrit le président américain sur son réseau Truth Social, précisant que le militaire avait été blessé et que l’opération de sauvetage avait mobilisé «des dizaines d’appareils».

Les Gardiens de la révolution iraniens ont annoncé, samedi 4 avril 2026, avoir abattu un F-35 américain au-dessus du centre de l’Iran, publiant sur Twitter des images du siège du pilote «intact» comme preuve qu’il était vivant.

Cependant, selon une analyse d’expert citée par CNN, la photo du siège «correspond» à celle du F-15E.

La chaîne de télévision iranienne Irib a diffusé un message s’adressant aux habitants de Kohgiluyeh et Boyer-Ahmad : «Capturez le ou les pilotes ennemis et remettez-les vivants aux autorités contre une forte récompense.»

Les États-Unis ont confirmé la destruction d’un avion de chasse américain au-dessus de l’Iran, rapporte le New York Times, citant des responsables américains. Il s’agit du premier incident de ce type contre les États-Unis depuis le début de la guerre contre l’Iran le 28 février.

I. B.

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La Russie veut briser l’isolement énergétique de Cuba

04. April 2026 um 11:37

La Russie prévoit d’envoyer un second navire chargé de pétrole à Cuba, selon l’agence AP, citant le ministre russe de l’Énergie, Sergueï Tsivilyov, réaffirmant la solidarité de son pays avec cette nation caribéenne, malgré les pressions exercées par les États-Unis pour limiter les approvisionnements énergétiques de l’île.

L’annonce de cette livraison intervient après l’arrivée, le 31 mars, d’un premier pétrolier russe transportant 730 000 barils de pétrole, dans un contexte de crise énergétique aiguë à Cuba, marquée par des pénuries de carburant et des coupures d’électricité.

À noter que Washington a renforcé ces derniers mois ses sanctions contre La Havane, ciblant notamment les circuits d’approvisionnement en pétrole. Les autorités américaines cherchent à dissuader les partenaires étrangers de soutenir l’île. Depuis plusieurs mois, Cuba est confrontée à une crise énergétique sévère, caractérisée par des coupures d’électricité prolongées, des pénuries de carburant et une paralysie partielle des infrastructures. Cette situation s’explique en partie par la baisse des livraisons en provenance du Venezuela, partenaire historique fragilisé par ses propres difficultés économiques et politiques.

Face à cette vulnérabilité, Washington a intensifié sa politique de sanctions, visant à dissuader tout acteur international de soutenir La Havane. Mais Moscou semble déterminé à transformer cette contrainte en opportunité stratégique. En multipliant les livraisons de pétrole, la Russie consolide son influence dans la région tout en envoyant un signal clair : elle est prête à défier frontalement la pression américaine.

Ce bras de fer dépasse largement le cadre bilatéral. Il illustre une tendance plus large à la fragmentation du système international, où les ressources énergétiques deviennent des instruments de puissance et d’alignement politique. Dans ce contexte, Cuba apparaît comme un point de cristallisation des rivalités entre grandes puissances, rappelant par certains aspects les tensions de la guerre froide.

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Guerre avec l’Iran : la chute de deux avions américains fait monter la tension

04. April 2026 um 08:46

La destruction d’un chasseur américain F-15E par l’Iran et le crash d’un second appareil près du détroit d’Ormuz marquent un tournant dans le conflit, alors que ces incidents militaires jettent une nouvelle ombre sur les négociations et font craindre une escalade régionale.

Ces derniers développements s’ajoutent aux nouvelles attaques menées par l’Iran vendredi, qui a ciblé des installations énergétiques et industrielles dans la région et au cœur de Tel-Aviv dans la matinée du samedi 4 avril, quelques heures seulement après que le président américain Donald Trump a proféré de nouvelles menaces contre les infrastructures iraniennes.

Les États-Unis ont secouru un membre d’équipage d’un avion de chasse F-15E, a déclaré un responsable américain. Une opération de recherche et de sauvetage est en cours pour retrouver le second membre d’équipage…

Dans une interview accordée à NBC News, Trump a refusé de commenter les opérations de recherche et de sauvetage, mais a indiqué que ces événements n’affecteraient pas les négociations avec l’Iran. En tout cas, les dernières informations indiquent que Téhéran avait rejeté une proposition américaine de cessez-le-feu de 48 heures, ainsi qu’une réunion au Pakistan, les efforts de médiation étant dans l’impasse, selon le Wall Street Journal.

Par ailleurs, un deuxième avion de chasse, un A-10 Warthog, s’est écrasé vendredi dans le Golfe, le pilote, seul à bord, a été secouru sain et sauf, selon le New York Times, citant deux responsables américains.

Les perspectives d’un accord de paix s’éloignent

La première perte connue d’un avion de chasse (américain ou israélien) dans cette guerre est considérée comme un coup dur pour l’alliance américano-israélienne et compromet les perspectives fragiles d’un éventuel accord entre les États-Unis et l’Iran pour mettre fin à la guerre.

Parallèlement, la plus grande usine de traitement de gaz naturel des Émirats arabes unis, Habshan, a suspendu ses activités après un incendie provoqué par des débris d’interception de missile. Quelques heures plus tôt, une attaque de drone avait incendié la raffinerie de pétrole Mina Al Ahmadi au Koweït, le pays signalant également des dégâts sur une centrale électrique et une usine de dessalement d’eau…

Pour leur part, plusieurs grandes villes ont été touchées ces dernières 48 heures, notamment Tel-Aviv, centre économique du pays, Jérusalem, cœur politique et symbolique, la baie de Haïfa, ainsi que Dimona, située à proximité d’installations sensibles dans le sud.

Cette situation survient alors que le détroit d’Ormuz demeure en grande partie fermé. Jeudi 2 avril, l’Iran semblait renforcer son emprise sur la région, les médias internationaux rapportant que le gouvernement travaillait à un protocole avec Oman pour contrôler le trafic maritime. Ce protocole obligerait les transporteurs maritimes à payer des droits de passage à l’Iran, selon le vice-ministre iranien des Affaires étrangères.

Bahreïn, avec le soutien de la Jordanie et des États arabes du Golfe, a proposé une résolution du Conseil de sécurité des Nations unies visant à faciliter l’ouverture du détroit d’Ormuz, qui fournirait « une base juridique claire permettant à tous les États de se mobiliser et de soutenir un passage sûr », y compris par la force.

La Russie, alliée de l’Iran, a rejeté la proposition. Pour le ministre des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, la mesure « légitimerait l’agression contre l’Iran »…

Rappelons enfin que l’armée américaine a confirmé lundi la mort de treize militaires américains : six au Koweït, six dans le crash d’un avion ravitailleur en Irak et un autre en Arabie saoudite.

Elle avait recensé environ 200 militaires blessés, dont 10 « sérieusement », dans sept pays différents depuis le début de la guerre contre l’Iran.

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Guerre d’Iran | La pénurie d’hélium affecte les industries de pointe

04. April 2026 um 08:41

La guerre d’Iran affecte l’approvisionnement en hélium, gaz essentiel pour la fabrication des semi-conducteurs, le bon fonctionnement des appareils d’IRM et dont dépend aussi fortement l’IA. Dans une enquête publiée dans le Wall Street Journal, Georgi Kantchev indique que les acheteurs d’hélium ont été avertis de possibles réductions d’approvisionnement étant donné que les livraisons en provenance du Golfe persique étant fortement réduites par le conflit. (Photo : Les frappes iraniennes contre l’usine de GNL de Ras Laffan au Qatar ont affecté les exportations d’hélium.)

Imed Bahri

Cette crise exerce une pression immense sur un marché où l’offre ne peut être augmentée rapidement, menaçant de perturber la production de nombreux composants, des semi-conducteurs aux pièces détachées pour drones militaires et fusées spatiales.

L’hélium est le deuxième élément le plus abondant de l’univers après l’hydrogène mais il est rare sur Terre où on ne le trouve qu’en petites quantités dans des poches de gaz naturel. Les entreprises énergétiques le séparent du méthane, de l’azote et d’autres gaz puis le transportent sous forme de liquide cryogénique.

Si de nombreux fabricants de puces et entreprises de défense ne seront pas immédiatement touchés, les fournisseurs ont déjà commencé à informer certains clients de possibles réductions d’approvisionnement selon des acteurs du secteur.

Livraisons limitées sur un marché au comptant

Les utilisateurs d’hélium s’appuient généralement sur des contrats à long terme mais se démènent désormais pour obtenir des livraisons limitées sur le marché au comptant*, ce qui a engendré une surenchère et plus que doublé les prix, selon les observateurs. La Corée du Sud, grand fabricant de puces fortement dépendant des approvisionnements qataris s’est tournée vers les producteurs américains pour obtenir des quantités supplémentaires.

«C’est le scénario que nous redoutions depuis toujours», a déclaré Cliff Keane, directeur commercial de Pulsar Helium Exploration qui avertit : «C’est un événement rare et dangereux. Nous allons assister à une escalade progressive de la concurrence pour l’accès à ce gaz».

L’hélium est essentiel à de nombreuses industries modernes en raison de sa conductivité thermique élevée, ce qui le rend idéal pour un refroidissement rapide. Les fabricants de puces l’utilisent pour maintenir des températures stables lors de la fabrication de semi-conducteurs de pointe.

Dans de nombreuses applications de refroidissement de puces, il n’existe pas de substitut facile à l’hélium. Il est également utilisé en médecine pour refroidir les aimants supraconducteurs des appareils d’IRM et soutient les technologies spatiales, notamment les missions de la Nasa où il est utilisé pour nettoyer les réservoirs de carburant des fusées. Il joue également un rôle crucial dans la fabrication des fibres optiques et les applications de défense.

«La pénurie d’hélium révèle une vulnérabilité plus profonde du développement de l’IA: sa forte dépendance à un nombre limité de sites sensibles aux tensions géopolitiques», a déclaré Ralph Gobler, directeur de recherche chez S&P Global.

Essentiel à de nombreuses industries modernes

Ce gaz non renouvelable est produit par la désintégration radioactive dans les profondeurs du sous-sol et s’échappe dans l’espace une fois libéré. ​​La production mondiale l’an dernier s’élevait à environ 190 millions de mètres cubes, soit l’équivalent de 76 000 piscines olympiques.

Les perturbations des livraisons de gaz naturel liquéfié (GNL) en provenance du Qatar ont réduit les approvisionnements en hélium, Doha exportant la majeure partie de sa production via le détroit d’Ormuz dont la navigation est perturbée par le conflit.

Même si la guerre prend fin rapidement et que le détroit rouvre, certaines pertes seront difficiles à compenser. Le Qatar a annoncé que les frappes iraniennes contre son usine de Ras Laffan ont causé d’importants dégâts, réduisant ses exportations d’hélium de 14% et que les réparations pourraient prendre jusqu’à cinq ans.

Certains fournisseurs ont déjà commencé à rationner leurs approvisionnements. La société américaine AirGas a invoqué la force majeure, informant l’un de ses clients qu’elle ne serait en mesure de couvrir que la moitié de ses besoins mensuels habituels, moyennant un supplément de 13,50 $ par tranche de 100 pieds cubes au-delà du prix convenu.

Ken a indiqué que des acheteurs en Inde et au Brésil avaient également reçu des notifications similaires de leurs fournisseurs.

En raison de l’utilisation généralisée de l’hélium, les effets de la pénurie se propagent rapidement à de nombreux secteurs et pays. La Corée du Sud a averti qu’une crise persistante nuirait à sa production de semi-conducteurs car elle a importé environ les deux tiers de ses besoins du Qatar l’année dernière.

Taïwan est confrontée à des risques similaires en raison de sa forte dépendance aux approvisionnements qataris, tandis que l’industrie chimique allemande a mis en garde contre des pénuries de matières premières, notamment d’hélium.

Les États-Unis, premier producteur mondial d’hélium, sont actuellement moins touchés, mais les analystes estiment qu’une crise qatarie persistante aura également des répercussions sur ce pays.

Les fabricants de puces disposent de stocks d’hélium et des cargaisons étaient déjà en route vers l’Asie lorsque le conflit a éclaté, ce qui pourrait retarder le début de la crise. GlobalFoundries a déclaré suivre la situation de près mais ne prévoit pas d’impact immédiat.

Un autre problème réside dans la durée de conservation limitée de l’hélium, notamment sous sa forme liquide cryogénique. Il absorbe progressivement la chaleur et se transforme en gaz, ce qui augmente la pression à l’intérieur des conteneurs et provoque des fuites, un phénomène appelé «ébullition»

Des centaines de conteneurs actuellement bloqués

La durée de conservation effective de la plupart des conteneurs est de 35 à 48 jours avant que des pertes de gaz importantes ne commencent. Des centaines de conteneurs spécialisés, d’une valeur d’environ un million de dollars chacun, sont actuellement bloqués au Moyen-Orient.

Les entreprises se préparent au pire et les principales entreprises asiatiques procèdent à un examen approfondi de leurs stocks d’hélium.

* Le marché au comptant (ou spot market) est un marché financier ou de matières premières où les transactions sont conclues et réglées immédiatement (ou sous 2 jours ouvrables, T+2), avec une livraison immédiate de l’actif au prix actuel.

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Discours de Trump sur l’état de l’Union : de l’art de dissimuler ce qui dérange

03. April 2026 um 11:32

Lors de son discours tant attendu sur l’état de l’Union aux Etats-Unis, Donald Trump a tenu une allocution plate et décousue pour vanter les victoires « rapides, décisives et écrasantes »  de l’armée américaine. Alors que le conflit semble sans issue prévisible.

Et la montagne accoucha d’une souris. Alors que le monde retenait son souffle en attendant le discours du président américain sur l’état de l’Union, Donald Trump s’est présenté d’un air las à son pupitre tard dans la soirée du mercredi 1 avril. Et ce, avant de lire son prompteur pendant vingt minutes sans annoncer quoi que ce soit de neuf. Puis de s’en aller sans prendre de questions.

Pourtant, Donald Trump aura mis un mois avant de s’adresser directement aux Américains pour expliquer la guerre qu’il a lancée en Iran avec Israël. En effet, il s’était contenté le 28 février, le début de l’offensive « Fureur épique », d’une vidéo préenregistrée, diffusée depuis sa résidence privée de Floride, casquette sur la tête et sans cravate.

Cacher ce qui fâche

Lors de son discours, le milliardaire républicain n’a pas parlé de tout ce qui fâche. Pas un mot sur d’éventuelles troupes au sol, une perspective très impopulaire aux Etats-Unis, même au sein du mouvement MAGA. Les derniers sondages démontrent en effet que deux Américains sur trois s’opposent à cette guerre et pensent que le président fait du mauvais boulot à la tête des forces armées du pays.

Pas un mot sur les quelque 1500 civils iraniens qui ont péri depuis le début des frappes israélo-américaines, dont au moins 150 écolières.

Silence total au sujet du million de Libanais, soit le cinquième du pays, qui a été forcé de fuir pour échapper aux attaques israéliennes, ou encore sur la crise humanitaire qui pointe le nez.

Pas un mot non plus sur la question des réserves d’uranium enrichi de l’Iran. Rien sur les objectifs obscurs et changeants de ce conflit armé qui coûte 1 milliard de dollars par jour aux contribuables américains et 300 millions aux citoyens israéliens.

Sur le plan interne, Donald Trump est passé très rapidement sur le sujet qui préoccupe les Américains et qui lui vaut de sombrer dans les sondages depuis un mois : à savoir la flambée du prix de l’essence. Il s’agit d’un phénomène « de court terme » et l’économie américaine n’a « jamais été aussi forte », a-t-il assuré. Tout en soutenant que le pays ne connaissait « aucune inflation ». Du déni total, démenti des réalités par les chiffres qui ne trompent pas.

Flou artistique

Alors, quoi de neuf dans le discours présidentiel ?  La vérité c’est que le locataire de la Maison Blanche cherchait avant tout à vendre l’image du commandant en chef qui maîtrise la situation- alors que tout semble craquer de partout- et à convaincre ses compatriotes que l’intervention américaine en Iran n’est qu’une simple promenade de santé.

La preuve : les forces armées américaines ont, en quatre semaines, « décimé l’Iran économiquement et militairement », oblitéré ses forces navales et aériennes ainsi que son programme nucléaire. Sauf que l’Iran continue de contrôler le goulot d’étranglement qu’est le détroit d’Ormuz, où transite 20 % de la production pétrolière mondiale. Nuance

Et qu’en est-il du calendrier de sortie du conflit ? C’est le flou total car rien n’a été dit de précis sur la suite des opérations : « Au cours des quatre dernières semaines, nos forces armées ont remporté sur le champ de bataille des victoires rapides, décisives et écrasantes » a fanfaronné  le président américain. Tout en assurant qu’après trente-deux jours d’opérations militaires, l’Iran ne constituait « vraiment plus une menace ».

Par conséquent, les États-Unis étaient « en bonne voie » pour atteindre tous leurs objectifs militaires, a-t-il indiqué. Assurant dans le même temps que les États-Unis étaient « proches de remplir » leurs objectifs stratégiques en Iran, notamment en empêchant Téhéran de posséder une arme nucléaire.

Et de marteler sur un ton martial : « Nous allons les frapper extrêmement fort. Au cours des deux à trois prochaines semaines, nous allons les renvoyer à l’âge de pierre d’où ils viennent ».

Terrible méprise du milliardaire républicain. Sait-il que l’ancienne Perse, vieille de 5000 ans d’histoire, forme environ 230 000 à 234 000 ingénieurs par an ? Sait-il encore qu’elle se positionne parmi les leaders mondiaux en nombre de diplômés dans les domaines des sciences, technologie, ingénierie et mathématiques ? Et enfin, a-t-il connaissance qu’une part importante des diplômés en ingénierie en Iran sont des femmes ?

Platitude

Commentaires de la presse internationale sur la teneur du discours présidentiel. « Si l’on copiait-collait ses publications sur Truth Social de ces derniers jours, on n’obtiendrait plus ou moins ce discours à la nation», conclut la BBC. Les journalistes suisses du Temps évoquent tout simplement un « non-événement ». Mais la palme de l’ironie mordante revient au quotidien britannique The Telegraph qui titrait, féroce : «  Fatigué, Donald Trump ne sait plus quoi dire ». Tout est dit.

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