Normale Ansicht

Es gibt neue verfügbare Artikel. Klicken Sie, um die Seite zu aktualisieren.
Ältere BeiträgeHaupt-Feeds

Les États-Unis veulent-ils mettre un prix sur le Groenland ?

10. Januar 2026 um 11:48

Malgré l’insistance du Danemark sur le fait que le Groenland n’est pas à vendre, le président américain Donald Trump et son équipe « discutent de ce à quoi pourrait ressembler un éventuel achat », a déclaré vendredi 9 janvier la Maison Blanche.

Mais même dans un scénario qui suppose la présence d’un vendeur consentant, la discussion sur la vente hypothétique d’une région autonome, comme le Groenland, se heurte à des paramètres incertains, notamment la manière dont un prix pourrait être déterminé, comme le souligne Reuters, qui s’interroge sur la possibilité même de déterminer un prix de vente pour l’île.

« Il n’existe pas de marché pour l’achat et la vente de pays, ni aucun cadre accepté pour l’évaluation d’un pays », a déclaré Nick Kounis, économiste en chef de la banque néerlandaise ABN AMRO.

Un peu d’histoire. En 1946, les États-Unis proposèrent d’acheter cette vaste île arctique riche en minéraux au Danemark pour 100 millions de dollars – une offre qui fut rejetée à l’époque. En valeur actuelle, cela correspond à environ 1,6 milliard de dollars. Mais ce montant, déjà modeste, ne peut constituer un élément utile compte tenu de la forte croissance des économies américaine et danoise au cours des huit décennies qui ont suivi : il ne reflète aucune « valeur » relative du Groenland et de ses ressources dans l’économie mondiale actuelle.

L’acquisition de la Louisiane par les États-Unis pour 15 millions de dollars en 1803 et l’achat de l’Alaska à la Russie pour 7,2 millions de dollars en 1867 ne constituent pas non plus des exemples historiques pertinents. En effet, la France et la Russie ont toutes deux choisi de vendre ces territoires, et il est évident que leur prix aurait été bien plus élevé en valeur actuelle.

La Banque centrale danoise estimait le PIB du Groenland, basé sur la pêche, à seulement 3,6 milliards de dollars en 2023. Même en prenant ce chiffre comme point de départ pour une éventuelle évaluation, comment déterminer le prix ? De plus, comment tenir compte du fait que les subventions danoises couvrent environ la moitié du budget public groenlandais, finançant les hôpitaux, les écoles et les infrastructures ?

Bien que Trump ait nié que les États-Unis aient jeté leur dévolu sur les ressources minières et énergétiques du Groenland, selon Reuters, son administration a mené des discussions en vue d’acquérir une participation dans Critical Metals, une société qui ambitionne de construire le plus grand projet d’exploitation de terres rares de la région.

Les réserves minérales et énergétiques du Groenland sont estimées à plusieurs centaines de milliards de dollars. Une étude de 2023 a révélé que 25 des 34 minéraux considérés comme « matières premières critiques » par la Commission européenne s’y trouvaient.

Pour l’instant, l’administration Trump affirme que toutes les options sont sur la table – y compris une action militaire – pour prendre le contrôle d’une région qu’elle considère vitale pour la sécurité nationale des États-Unis et où elle maintient déjà une petite présence militaire.

La rencontre prévue durant la semaine du 12 janvier 2026 entre le secrétaire d’État américain Marco Rubio et les dirigeants danois pourrait apporter de nouvelles informations sur les projets américains concernant le Groenland.

Kounis d’ABN AMRO a fait remarquer que Trump pourrait utiliser une stratégie similaire à celle qu’il a employée dans d’autres situations, comme les négociations commerciales sur les droits de douane, où un scénario extrême est mis sur la table, juste pour « passer à l’étape suivante ».

L’article Les États-Unis veulent-ils mettre un prix sur le Groenland ? est apparu en premier sur Leconomiste Maghrebin.

Comment Trump va-t-il avaler le Groenland ?

10. Januar 2026 um 11:39

Le vaste territoire du Grand Nord avec ses énormes réserves de terres rares riches en uranium, fer, or, nickel, pétrole et gaz fait saliver le très gourmand président américain Donald Trump dont la boulimie semble ne connaître aucune limite ces derniers temps. Ses visées sur le Groenland ne datent pas d’hier mais cette fois-ci, il est déterminé à ne pas lâcher le morceau surtout que le Danemark, propriétaire du territoire, est faible face à l’appétit d’ogre de l’Oncle Sam. Quant à la population autochtone qui ne veut ni des Danois ni des Américains mais souhaite une indépendance totale, elle n’a pas droit au chapitre. La prédation trumpienne a donc toutes ces chances d’aboutir. 

Imed Bahri

Suite à la récente intervention militaire de l’administration du président américain Donald Trump au Venezuela, les ambitions de Washington d’annexer le Groenland ne relèvent plus de la simple «fantaisie politique», comme l’ont qualifiées il n’y a pas si longtemps les autorités danoises mais sont devenues une réalité débattue dans les capitales européennes.

Dans une analyse publiée par The Times, Oliver Moody a présenté quatre options possibles pour que Washington étende son contrôle sur cette île bénéficiant d’un statut d’autonomie mais faisant partie du Royaume du Danemark. 

Selon le journal britannique, les récentes déclarations de Trump concernant la nécessité absolue de mettre la main sur le Groenland pour des raisons de sécurité nationale ne sont plus considérées comme de simples chimères politiques.

Le président américain, qui évoque la possibilité d’annexer l’île depuis 2019, a réaffirmé, après les récents événements, que les États-Unis «l’obtiendront d’une manière ou d’une autre», compte tenu de ce qu’il décrit comme la présence croissante de la Russie et de la Chine dans l’Arctique.

Ce changement de ton s’accompagne d’une position plus intransigeante au sein de l’administration américaine. Stephen Miller, conseiller à la sécurité intérieure et chef de cabinet adjoint de la Maison-Blanche chargé des politiques, a remis en question la souveraineté du Danemark sur le territoire, affirmant que personne n’entrera en guerre contre les États-Unis pour l’avenir du Groenland. 

Dans ce contexte, le Times a présenté quatre scénarios principaux d’évolution de la crise…

Premier scénario : invasion militaire

Bien que les États-Unis soient militairement capables d’occuper cette île peu peuplée avec une résistance minimale, cette option comporte des risques importants.

Selon les analystes, l’occupation du territoire d’un État membre de l’Otan pourrait sonner le glas de l’alliance et inciter la Russie et la Chine à prendre des mesures d’escalade dans l’Arctique, compromettant ainsi la sécurité des États-Unis.

Second scénario : coercition et pressions économiques

Ce scénario est jugé le plus probable par le journal car Trump dispose d’un important levier d’influence, principalement financier. Bien que le Danemark rejette l’idée de «vendre» le Groenland, les habitants de l’île pourraient être tentés par les promesses américaines d’investissements de plusieurs milliards de dollars dans leur économie dépendante jusque-là de la pêche et de l’aide danoise.

Washington a déjà lancé une campagne pour gagner les faveurs de la population en ouvrant un consulat dans la capitale Nuuk et en fournissant une aide à l’éducation et au développement, ce qui converge avec les accusations selon lesquelles la Maison-Blanche tenterait d’attiser des sentiments séparatistes au sein de la société insulaire.

Troisième scénario : libre association

Des informations indiquent que l’option de signer un «accord de libre association» avec le Groenland est à l’étude à Washington, similaire aux accords conclus avec les Palaos, la Micronésie et les Îles Marshall dans le Pacifique occidental.

Aux termes d’un tel accord, le Groenland obtiendrait une indépendance nominale vis-à-vis du Danemark en échange du contrôle total de son territoire par l’armée américaine et d’importants privilèges commerciaux.

Le Times cite Elizabeth Buchanan, experte en géopolitique polaire, dans son livre intitulé ‘‘Voudriez-vous posséder le Groenland ?’’, qui affirme que cette option pourrait séduire les dirigeants locaux en quête d’indépendance mais qu’à son avis, elle nécessite l’approbation du parlement danois, ce que Copenhague tente d’éviter à tout prix.

Quatrième scénario : jouer sur les deux tableaux

Dans ce jeu complexe, le Danemark pourrait parvenir à conserver une souveraineté nominale en échange d’un renforcement de la présence militaire américaine et de la conclusion d’accords commerciaux pour l’exploitation des abondantes ressources minérales rares et stratégiques de l’île.

Selon Buchanan, la mentalité pragmatique de Trump le pousse à exiger une «acquisition totale» comme point de départ des négociations, obtenant ainsi ce qu’il souhaite, même si cela ne correspond pas à ses ambitions initiales.

La réalité sur le terrain

Selon Buchanan, le premier élément à prendre en compte pour comprendre la situation est que la logique américaine repose sur des facteurs géographiques et sécuritaires.

La capitale, Nuuk, est plus proche de la côte est des États-Unis que du Danemark et l’île constitue un emplacement idéal pour le déploiement de systèmes d’alerte avancée antimissile et une plateforme potentielle pour des installations nucléaires de «seconde frappe» en cas de futur conflit nucléaire avec la Russie.

Le second élément est la faiblesse du Danemark : ni l’Otan ni l’Union européenne ne devraient mobiliser un soutien militaire concret pour Copenhague si Washington décide d’imposer un fait accompli par la force, compte tenu des répercussions qui pourraient pratiquement signifier la fin de l’Otan sous sa forme actuelle.

Le troisième élément essentiel pour comprendre la situation sur le terrain est que, selon Buchanan, l’objectif principal du peuple groenlandais est l’indépendance totale.

D’après des sondages cités par le Times, 85% des Groenlandais s’opposent à une adhésion directe aux États-Unis. Cependant, leurs opinions sur les ambitions de Trump sont partagées : 43% y voient une opportunité économique, tandis que 45% les perçoivent comme une menace. 

Buchanan estime, comme le rapporte le Times, que l’issue des négociations dépendra de la capacité des dirigeants groenlandais à tirer profit de la situation, en exploitant l’intérêt de Trump pour l’île afin de faire pression sur Copenhague et de la retourner contre Washington, dans le but d’obtenir des concessions plus importantes qui ouvriraient la voie à l’indépendance.

L’article Comment Trump va-t-il avaler le Groenland ? est apparu en premier sur Kapitalis.

Après la capture humiliante de Maduro, Pyongyang montre les crocs

10. Januar 2026 um 11:00

Pour se prémunir du scénario d’un enlèvement à la Maduro, Kim Jong-un vient d’envoyer un message clair aux États-Unis en lançant des missiles balistiques ayant « touché les cibles à 1 000 kilomètres » dans la mer du Japon. Une indication corroborée par Tokyo.

 

A qui le tour ? Après l’enlèvement de Nicolás Maduro, un vent de panique souffle sur Téhéran, La Havane, Mexico ou encore Pyongyang – dont  Donald Trump caresse, semble-t-il, le rêve d’épingler le Lider Maximo à son tableau de chasse.

L’attaque comme meilleure défense

Or, si certaines capitales ont choisi de faire profil bas en attendant le passage de l’ouragan, le président nord-coréen, Kim Jong-un, quant à lui, est passé à l’offensive, étant convaincu que la meilleure défense est l’attaque : ainsi, il est même allé jusqu’à narguer la brutalité américaine en menant des nouveaux tirs de missiles. Officiellement pour mettre progressivement en place « une force de dissuasion nucléaire hautement développée ». Intimement, étant persuadé, à juste titre, que la survie de son régime ne tient qu’à son arsenal nucléaire.

« Même si la Corée du Nord est une cible plus difficile, son gouvernement pourrait subir le même sort. Les États-Unis ont déjà envisagé des frappes contre la Corée du Nord, et Kim le sait », a affirmé Ramón Pacheco Pardo, professeur de relations internationales au King’s College à Londres.

Et c’est dans cet état d’esprit que le dirigeant nord-coréen vient de superviser en personne un nouveau système d’armement « de pointe » utilisant des missiles hypersoniques testés pour la première fois en octobre. L’agence centrale de presse du pays, connue à l’étranger sous son sigle anglophone KCNA, n’a pas précisé combien de missiles avaient été tirés, indiquant néanmoins qu’ils avaient « touché les cibles à 1 000 kilomètres de là » dans la mer du Japon. Une indication corroborée par le Japon, qui a déclaré qu’au moins deux missiles avaient volé sur des distances d’environ 900 et 950 kilomètres.

« Le développement nucléaire et balistique de la Corée du Nord menace la paix et la stabilité de notre pays et de la communauté internationale, et est absolument intolérable », a réagi devant des journalistes le ministre japonais de la Défense, Shinjiro Koizumi.

Pour leur part, les forces américaines pour l’Indo-Pacifique ont affirmé dans un communiqué que les tirs nord-coréens ne constituaient pas « une menace immédiate pour le personnel ou le territoire américain, ni pour (leurs) alliés ».

Cette manœuvre est justifiée par « la récente crise géopolitique et les événements internationaux complexes illustrent la raison pour laquelle c’est nécessaire », a déclaré Kim Jong-un en allusion claire à la capture, il y a une semaine, de Nicolás Maduro par les forces Delta lors d’une opération américaine. Ajoutant que des « avancées importantes avaient été réalisées récemment » pour préparer les forces nucléaires nord-coréennes « à une guerre réelle ».

Pyongyang montre ses muscles

Pyongyang cherche-t-il à dissuader les Etats-Unis de tout interventionnisme ? Toujours est-il que Kim Jong-un se montre très présent ces derniers jours sur le plan militaire. Il a notamment visité un chantier de sous-marins à propulsion nucléaire, ordonné d’augmenter la production de missiles et la construction d’usines, supervisé le test de deux missiles de croisière longue portée capables de voyager à plus de cinq fois la vitesse du son et pouvant manœuvrer en vol, ce qui les rend plus difficiles à suivre et à intercepter.

De même, le président nord-coréen s’était à nouveau rendu samedi 3 janvier dans une usine de matériel militaire, impliquée dans la fabrication d’armes tactiques guidées, a rapporté l’agence officielle KCNA. Le dirigeant a ordonné au site d’augmenter sa capacité de production actuelle de 250%, selon la même source.

Dissuasion autant politique que militaire

Rappelons à ce propos que depuis l’arrivée au pouvoir de Kim-Jong-un en 2011, la Corée du Nord affirme avoir développé plusieurs nouveaux modèles de missiles hypersoniques principalement des missiles balistiques équipés de planeurs capables de manœuvrer à très grande vitesse dont le Hwasong-15 qui serait capable d’atteindre tout le territoire américain.

Toutefois, assurent les experts militaires occidentaux, ces missiles affichent des portées limitées, insuffisantes pour atteindre l’Amérique du Nord, mais susceptibles de viser des bases américaines et alliées en Asie-Pacifique, notamment au Japon, en Corée du Sud ou sur l’île de Guam – un territoire américain stratégique dans le Pacifique.

En revanche, franchir la distance qui sépare la péninsule coréenne du continent américain supposerait la maîtrise complète d’un missile balistique intercontinental doté d’un véhicule hypersonique fiable ; une capacité que la Corée du Nord ne semble pas, pour le moment, posséder de manière opérationnelle.

Bref, pour ces mêmes experts, la menace est donc moins immédiate que progressive. Les programmes nord-coréens avancent par essais successifs, servant autant des objectifs militaires que politiques. S’ils ne permettent pas aujourd’hui de frapper directement les États-Unis, ils renforcent la capacité de dissuasion des Nord-coréens qui envoient ainsi un signal de plus aux Américains que, sur le terrain stratégique, il faut les prendre au sérieux.

L’article Après la capture humiliante de Maduro, Pyongyang montre les crocs est apparu en premier sur Leconomiste Maghrebin.

Trump comme alibi | Quand la fiction remplace l’information

10. Januar 2026 um 09:38

La tribune publiée par Kapitalis sous la signature de Mohamed Sadok Lejri, intitulé «Trump ajoute Tebboune et Macron à son tableau de chasse», ne relève pas du journalisme d’analyse mais d’une construction idéologique reposant sur une déformation manifeste des faits.

Djamal Guettala 

Donald Trump a évoqué Imane Khelif dans un contexte précis : celui de la polémique américaine sur les athlètes transgenres dans le sport, déclaration reprise notamment par L’Équipe au moment de sa diffusion. Cette sortie, aussi contestable soit-elle, ne visait ni l’Algérie comme État ni son président Abdelmadjid Tebboune. Trump n’a cité ni Alger ni Tebboune. Il n’a pas davantage établi le moindre lien avec la politique algérienne. Le reste n’existe que dans l’imagination de ceux qui l’écrivent.

À partir de cette donnée simple, la tribune publiée par Kapitalis opère pourtant un glissement grave : une phrase sur une sportive devient une attaque géopolitique contre l’Algérie, et une polémique américaine est transformée en humiliation infligée à Tebboune et à Macron.

Ce procédé n’est pas de l’interprétation, c’est de la projection. Les mots employés — «vassalité», «servilité», «nif au vestiaire», «infériorité» — relèvent du registre du ressentiment, pas de l’information.

Le cœur du problème est là : Trump n’est pas décrit tel qu’il parle ou agit, mais tel que l’auteur a besoin qu’il soit pour alimenter un discours de dénigrement politique. On fait dire à Trump ce qu’il n’a pas dit, on lui prête des intentions qu’il n’a pas formulées, puis on bâtit sur cette base fictive une charge contre l’Algérie et la France. C’est une falsification narrative.

Il ne s’agit pas ici de défendre Tebboune ni Macron. Ils sont critiquables sur bien des terrains. Mais les critiquer sur la base de propos que Trump n’a jamais tenus revient à fabriquer un procès à partir d’un dossier vide. Cela affaiblit la critique elle-même et décrédibilise celui qui la formule.

En définitive, la tribune publiée par Kapitalis parle moins de Trump que de la vision obsessionnelle de son auteur : une lecture des rapports de force internationaux réduite à une dramaturgie de la soumission et de l’humiliation. Trump devient un personnage de fiction utilisé pour régler des comptes idéologiques. Ce n’est plus de la géopolitique, c’est du théâtre politique.

Or le lecteur n’attend pas d’un média qu’il mette en scène des fantasmes, mais qu’il distingue clairement ce qui relève du fait, de l’analyse et de l’opinion. En brouillant ces trois registres, l’article ne produit pas de l’information : il produit de la confusion.

L’article Trump comme alibi | Quand la fiction remplace l’information est apparu en premier sur Kapitalis.

Le déficit commercial américain au plus bas depuis 2009 

09. Januar 2026 um 11:09

Le déficit commercial américain a chuté à son plus bas niveau depuis 2009, dû à une baisse des importations. Et si cette tendance se poursuit, elle pourrait permettre au commerce de contribuer à nouveau à la croissance économique au quatrième trimestre.

Le déficit commercial s’est réduit de 39,0 % pour atteindre 29,4 milliards de dollars, son niveau le plus bas depuis juin 2009. C’est ce que relève le Bureau d’analyse économique et le Bureau du recensement du département du Commerce.

Les importations ont reculé de 3,2 % pour s’établir à 331,4 milliards de dollars. Les importations de biens ont chuté de 4,5 % à 255 milliards de dollars, leur plus bas niveau depuis juin 2023. Ce recul pourrait être imputable à la politique tarifaire radicale du président Donald Trump. Il témoigne également d’un affaiblissement de la demande intérieure.

Les importations de biens manufacturés ont chuté de 2,7 milliards de dollars, atteignant leur niveau le plus bas depuis février 2021, principalement en raison d’une baisse de 1,4 milliard de dollars des importations d’or non monétaire, qui est exclu du calcul du produit intérieur brut (PIB).

Les importations de biens de consommation ont chuté de 14 milliards de dollars, atteignant leur niveau le plus bas depuis juin 2020, principalement en raison d’une baisse de 14,3 milliards de dollars des importations de préparations pharmaceutiques. À l’inverse, les importations de biens d’équipement ont progressé de 6,8 milliards de dollars, stimulées par les accessoires informatiques, les équipements de télécommunications et les ordinateurs. Une hausse probablement liée aux investissements dans l’intelligence artificielle.

En revanche, les exportations ont progressé de 2,6 % en octobre pour atteindre un niveau record de 302 milliards de dollars. Les exportations de biens ont augmenté de 3,8 % pour s’établir à 195,9 milliards de dollars, un autre record, grâce notamment aux exportations d’or non monétaire et d’autres métaux précieux. En revanche, les exportations de biens de consommation, principalement pharmaceutiques, ont reculé, de même que les exportations d’autres biens.

Par ailleurs, le déficit commercial des biens a diminué de 24,5 %, pour atteindre 59,1 milliards de dollars, son niveau le plus bas depuis mars 2016. Les exportations et les importations de services ont toutes deux atteint des niveaux records.

Les politiques commerciales protectionnistes de Trump ont entraîné d’importantes fluctuations du déficit commercial. Le commerce a contribué à la croissance du PIB au deuxième et au troisième trimestre 2025.

Enfin, la Réserve fédérale d’Atlanta prévoit actuellement une croissance du PIB de 2,7 % en rythme annuel au quatrième trimestre. L’économie a progressé de 4,3 % au cours du trimestre de juillet à septembre.

L’article Le déficit commercial américain au plus bas depuis 2009  est apparu en premier sur Leconomiste Maghrebin.

États-Unis : coup de froid sur l’emploi privé

08. Januar 2026 um 17:17

L’emploi dans le secteur privé américain a progressé en décembre, mais à un rythme inférieur aux prévisions, selon les données publiées mercredi 7 janvier par ADP.

Plus précisément, les entreprises américaines ont créé 41 000 emplois le mois en décembre 2025, après une baisse de 29 000 en novembre. Selon les estimations médianes des analystes interrogés par Reuters, la création d’emplois devrait atteindre 47 000, après une baisse de 32 000 en novembre.

Ces données interviennent avant la publication, vendredi 9 janvier, d’un rapport gouvernemental sur l’évolution de l’emploi dans les secteurs privé et public, qui devrait indiquer que l’économie américaine a créé 60 000 emplois le mois dernier.

L’attention devrait toutefois se porter sur le taux de chômage, qui a atteint son plus haut niveau en quatre ans en novembre. Les analystes prévoient toutefois un ralentissement de sa progression à 4,5 %, contre 4,6 % en novembre.

L’article États-Unis : coup de froid sur l’emploi privé est apparu en premier sur Leconomiste Maghrebin.

Trump : un hors-la-loi internationale

08. Januar 2026 um 17:00

Au-delà des discours diffusés par la Maison Blanche, l’intervention militaire américaine au Venezuela et le « kidnapping » de Nicolas Maduro violent les principes du droit international. Un acte qui signe une logique impérialiste et qui renoue avec la « doctrine Monroe », au nom de laquelle les Etats-Unis estiment que l’Amérique latine relève de sa zone d’influence et de domination naturelle…

Fondé sur l’égalité et la liberté des Etats souverains, le droit international a pour fonction de les protéger. C’est pourquoi il consacre à la fois l’interdiction de principe du recours à la force et le principe de non-ingérence ou de non-intervention.

Violation manifeste du droit international

D’une part, l’acte de guerre est en principe proscrit. Si les procès de Nuremberg (1945) et de Tokyo (1946) posèrent les bases juridiques du crime d’agression, la Charte de l’ONU place la guerre « hors de la légalité internationale », un acte illicite susceptible de faire l’objet de mesures coercitives (adoptées par le Conseil de sécurité). La Charte prévoit néanmoins le droit de légitime défense, individuelle ou collective, dans le cas où un membre des Nations unies est victime d’une agression armée. Il n’empêche, selon le droit international, les différends entre Etats doivent en principe trouver leur résolution par d’autres moyens que la guerre.

La Charte des Nations unies énonce en effet au cœur de son dispositif la prohibition du recours à la force : « Les membres de l’Organisation s’abstiennent, dans leurs relations internationales, de recourir à la menace ou à l’usage de la force (…); contre l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique de tout Etat (…) » (article 2 § 4).

D’autre part, le droit international interdit tout acte d’ingérence, suivant lequel nul Etat ne saurait s’immiscer dans les affaires intérieures ou la compétence nationale, réservée, exclusive d’un autre Etat. L’article 2 § 7 de la Charte des Nations unies dispose qu’« [a]ucune disposition de la présente Charte n’autorise les Nations unies à intervenir dans les affaires qui relèvent essentiellement de la compétence nationale d’un Etat ». Nul Etat ne saurait valablement exercer des actes de contrainte sur le territoire d’un autre Etat. L’acte d’agression constitue ainsi une ingérence caractérisée, l’agression étant définie par l’article 8 bis du Statut de la CPI comme « la planification, la préparation, le lancement ou l’exécution par une personne effectivement en mesure de contrôler ou de diriger l’action politique ou militaire d’un Etat (…) ».

Plus largement, une résolution de l’Assemblée générale des Nations unies a bien souligné « le droit inaliénable [de tout Etat] de choisir son système politique, économique, social et culturel sans aucune forme d’ingérence de la part d’un autre Etat ».

L’interventionnisme des Etats-Unis en Amérique latine

L’histoire des Etats-Unis repose sur la conviction (d’essence religieuse, biblique) d’incarner une forme d’exceptionnalisme. Même si, dans un premier temps, le choix de l’isolationnisme et du développement interne prévaut, une politique étrangère se déploie à travers la « doctrine Monroe » (du nom du président qui l’a formulée lors d’un message au Congrès en 1823), qui fixe pour axe de la politique étrangère la défense du continent (y compris l’Amérique du Sud) contre toute ingérence des puissances européennes. Une doctrine qui prendra, à partir de la fin du XIXe siècle, un caractère plus offensif et interventionniste puisque les Etats-Unis vont développer leur emprise militaire, politique et économique sur la région stratégique (de la mer) des Caraïbes.

La neutralité et l’isolationnisme laissent place à l’expression de velléités expansionnistes (vers l’Amérique du Sud) dès le début du XXe siècle, par le président Theodore Roosevelt (dans le fameux « Corollaire à la doctrine de Monroe »). Une hégémonie régionale à l’origine du développement de la flotte américaine. Celle-ci peut désormais s’appuyer sur un réseau de bases navales et de points d’appui (occupation, puis acquisition de Porto Rico et Guam ; achat des Philippines). Depuis, les Etats-Unis n’ont cessé d’intervenir dans la zone Caraïbes-Amérique centrale pour préserver leurs intérêts nationaux, en invoquant le droit d’exercer un « pouvoir de police international »… Le trumprisme s’inscrit en cela dans une vieille tradition impérialiste. Le Groenland sera-t-elle la nouvelle page de cette histoire ?

L’article Trump : un hors-la-loi internationale est apparu en premier sur Leconomiste Maghrebin.

Minnesota : L’opération migratoire qui a fauché une Américaine et ravivé le spectre des abus fédéraux

08. Januar 2026 um 09:14

Déployée pour traquer des migrants en situation irrégulière, l’opération fédérale menée lundi à Minneapolis n’aurait jamais dû croiser la route de Renee Nicole Good. Pourtant, c’est bien cette citoyenne américaine de 37 ans, mère et artiste, qui a été abattue par un agent de l’immigration. Une morte qui interroge sur l’utilité, la méthode et même la légitimité d’une intervention devenue symbole.

Au lendemain du tir mortel, le récit officiel peine à convaincre. L’agence ICE assure que la victime a tenté de foncer sur ses agents, justifiant des tirs « en légitime défense ». Mais les images circulant en ligne montrent un autre tableau : une voiture avançant lentement, encerclée par des silhouettes armées, avant que les projectiles ne la transpercent.

Dans cette friction entre deux réalités – celle de l’État fédéral et celle du terrain – s’engouffre une colère familière.

Un mandat, un message, un cadavre

L’opération de Minneapolis s’inscrit dans la stratégie actuelle de Washington : multiplier les raids, frapper fort et afficher une réponse “zéro tolérance” à la migration irrégulière.

Mais la mort d’une femme non armée, qui n’avait aucun lien avec les personnes recherchées, casse la narration triomphale. La tragédie suscite un constat glaçant : dans les spectacles de force destinés à rassurer les Américains, ce sont parfois des Américains eux-mêmes qui tombent.

Pour les autorités démocrates du Minnesota, ce dérapage n’est pas un accident isolé, mais la conséquence logique d’un pouvoir fédéral qui s’affranchit des garde-fous locaux. « Mensonges » et « propagande » ont même été évoqués par plusieurs élus face aux premières explications du gouvernement.

La ville qui refuse d’oublier George Floyd

Minneapolis n’est pas un décor neutre. Depuis George Floyd, chaque intervention armée des forces publiques est passée au crible. Le tir de lundi réactive une mémoire douloureuse : celle d’une ville où la vie civile, surtout lorsqu’elle affronte un uniforme, peut basculer en un instant.

Les premières veillées ont rassemblé militants pro-immigration, défenseurs des libertés civiles et simples habitants scandalisés. Tous posent la même question : comment une opération censée faire respecter la loi finit-elle par violer la frontière la plus sacrée – celle qui sépare la force légitime de la brutalité inutile ?

Une enquête, des doutes, et une bataille politique déjà engagée

Une investigation a été ouverte. Mais l’intervention ayant été menée par une agence fédérale, c’est encore l’État fédéral qui tire les premiers fils.
Dans un pays où l’impunité policière reste un spectre bien vivant, beaucoup doutent déjà que la procédure débouche sur autre chose qu’un rapport administratif soigneusement rédigé.

Pendant ce temps, la Maison-Blanche se pose en défenseur des agents « confrontés au danger », tandis que le Gouverneur du Minnesota,
Tim Walz et maire de Minneapolis, Jacob Frey, exigent une restitution de vérité et une redéfinition des rapports de force avec Washington.

Her name was —
RENEE NICOLE GOOD! SAY HER NAME!!!! — She really was a GOOD person. #Rip #Minneapolis #Minnesota #ICE #DefundICE pic.twitter.com/TTWWzKsafG

— Mannwell D. Glenn ♏ (@theclassixjawn) January 7, 2026

Lire aussi:

L’article Minnesota : L’opération migratoire qui a fauché une Américaine et ravivé le spectre des abus fédéraux est apparu en premier sur webdo.

Impérialisme américain | Chassez le naturel, il revient au galop !

08. Januar 2026 um 09:32

L’enlèvement de Nicolás Maduro par les forces américaines, survenue le 3 janvier 2026 lors de l’opération dite «Absolute Resolve» (Détermination absolue), a provoqué une onde de choc mondiale, probablement en raison de son caractère spectaculaire et aventureux. Car il s’agit bien d’une extraction forcée d’un dirigeant en exercice par une puissance étrangère, en dehors de tout cadre légal international classique.

Ridha Ben Slama *

Cet évènement est entouré de fortes suspicions de trahisons internes au sein de l’élite dirigeante et militaire vénézuélienne. Le fils du président enlevé, Nicolás Maduro Guerra, a ouvertement dénoncé une trahison au sein du cercle rapproché de son père. Des rapports suggèrent que la localisation précise de Maduro dans une maison sécurisée a pu être livrée par des membres de sa propre garde ou de son entourage direct.

Pourtant, avant sa chute, Maduro avait multiplié les mesures (en vain) pour prévenir toute défection, notamment en renforçant la surveillance des généraux par des agents de contre-espionnage cubains. Malgré cela, l’efficacité de l’opération américaine laisse supposer un effondrement ou une passivité suspecte d’une partie de la hiérarchie militaire au moment de l’assaut.

Retour de la politique de la canonnière

L’histoire et la géopolitique contemporaine, particulièrement au regard de ce qui se manifeste actuellement, confirment que la cohésion nationale d’un pays demeure le facteur déterminant de la souveraineté d’un État. Lorsqu’un «front intérieur» se fissure, à cause des erreurs et des abus du pouvoir en place, il cesse d’être un bouclier, ce qui favorise toutes sortes d’interventions extérieures.

Néanmoins, cette approche néo-colonialiste, parfois appelée «politique de la canonnière», a suscité une condamnation internationale quasi générale. Les arguments avancés pour justifier cet enlèvement font effectivement l’objet de vives critiques, de nombreux observateurs les qualifiant de prétextes juridiques fragiles ou de motivations cachées. Des points de contestation majeurs sont soulevés par les commentateurs et les juristes. Les griefs avancés de «narcoterrorisme» ne sont pasprouvés. Le président Trump a affirmé que Maduro utilisait des gangs criminels (comme le Tren de Aragua) pour terroriser les communautés américaines. Or, des rapports de renseignement américains d’avril 2025 indiquaient que le régime de Maduro ne dirigeait pas ces opérations vers les États-Unis.Des élus américains ont souligné que si la lutte contre le narcotrafic était le seul motif, des actions similaires auraient dû être menées contre les cartels mexicains, ce qui n’est pas le cas.

Les États-Unis invoquent l’auto-défense contre le trafic de drogue, mais le droit international (malmené sans cesse) ne reconnaît ce droit que face à une attaque armée cinétique. Sans mandat du Conseil de sécurité de l’Onu, l’opération est largement considérée comme une violation de la souveraineté vénézuélienne.

Par ailleurs, bien que Maduro soit contesté dans son pays, il restait le chef d’État de facto et sa destitution concerne les Vénézuéliens seuls. L’idée que cet enlèvement restaurerait la démocratie est fallacieuse, ce qui risque de se passer c’est une fragmentation du pays et une perte de souveraineté. 

En fait, l’argument du narcotrafic masque l’objectif réel : reprendre le contrôle des plus grandes réserves pétrolières au monde. Alors que les administrations précédentes cherchaient souvent un consensus (même minimal) avec le Congrès ou les alliés régionaux, l’opération de 2026 a été menée dans le secret total. Le Secrétaire d’État Marco Rubio (dont la famille est d’origine cubaine) a d’ailleurs justifié l’absence d’information préalable du Congrès par le caractère de «maintien de l’ordre» (law enforcement) plutôt que d’acte de guerre. 

Ce mode d’intervention directe pour enlever un dirigeant étranger sur son propre sol n’est pas une action inédite, elle s’inscrit dans une lignée historique d’actions américaines. Le cas de Nicolás Maduro présente des similitudes frappantes, tout au moins, avec des cas précédents.

Au cours de l’opération «Just Cause», 26 000 soldats américains ont envahi le Panama (1989). Les États-Unis avaient inculpé aussi le général Manuel Noriega pour «narcoterrorisme», il a été jugé et condamné par un tribunal de Miami à 40 ans de prison.

Les prédécesseurs de Trump (comme Bush ou Obama) avaient utilisé des méthodes similaires par l’usage d’opérations extralégales ou secrètes (assassinats ciblés/opérations secrètes) face à des cibles. L’opération en Irak sous la présidence de George W. Bush visait à renverser le régime de Saddam Hussein dans son ensemble, pas seulement à l’éliminer par une frappe ciblée ponctuelle.

L’invasion a débuté en mars 2003 dans le but déclaré de désarmer l’Irak de ses prétendues armes de destruction massive, qui se sont avérées inexistantes. La détention de Saddam Hussein a eu lieu plus tard, lors d’une opération terrestre, suite à une trahison.

Volonté d’expansion et d’intervention directe

L’appétence de Donald Trump charrie avec elle des perspectives inquiétantes, marquée par une volonté d’expansion et d’intervention directe à travers des menaces lancées concernant d’autres pays :

1. Intensification des revendications de Trump sur le Groenland, affirmant le 4 janvier 2026 que les États-Unis en ont «absolument besoin» pour leur sécurité nationale et l’accès aux minéraux critiques. La Première ministre danoise, Mette Frederiksen, a exigé l’arrêt de ces «fantasmes d’annexion», rappelant que le territoire n’est pas à vendre. 

2. Pressions sur le président colombien Gustavo Petro que Trump a qualifié d’«homme malade» impliqué dans la production de cocaïne. Il a déclaré qu’une opération militaire en Colombie lui «semblait une bonne idée» si le flux de stupéfiants vers les États-Unis ne s’arrêtait pas.

3. Guerre commerciale contre le Canada qui fait face à des menaces principalement économiques, mais la rhétorique de Trump touche également à la souveraineté : il a imposé ou menacé d’imposer des tarifs de 25% (voire plus) sur les produits canadiens pour forcer le Canada à durcir le contrôle de sa frontière contre le fentanyl (un analgésique qui interagit principalement sur les récepteurs du cerveau). Des observateurs s’inquiètent de ses références répétées au Canada comme le «51e État» de l’Amérique, suggérant une remise en cause des normes internationales de souveraineté. 

4. Il a prédit aussi que le gouvernement cubain était «prêt à tomber» suite à l’action au Vénézuéla.

5. Des frappes militaires ciblées contre les cartels de la drogue sur le sol mexicain restent une option sérieusement envisagée par son administration. 

Un goût démesuré pour le spectacle

Le personnage de Trump, homme d’affaires médiatique devenu un homme politique atypique, témoigne d’un goût démesuré pour le spectacle, les rodomontades, une communication grandiloquente et souvent controversée, s’appuyant sur une image d’anti-establishment, tout en cultivant des positions conservatrices qui divergent parfois du parti républicain classique. Son slogan politique populiste «Make América Great Again» prône un retour à un passé idéalisé.

Outre cet aspect, il ne faut pas omettre qu’il y a des plans déjà «programmés», par les administrations précédentes et les services de renseignements, qui reposent sur une part de réalité institutionnelle de longue date, tout en marquant une rupture radicale dans l’exécution. L’administration Biden avait augmenté la prime pour la capture de Maduro à 25 millions de dollars début janvier 2025. Trump a doublé cette mise à 50 millions en août 2025 après avoir désigné le régime comme organisation terroriste. Le refus de reconnaître la légitimité de Maduro après l’élection de 2024 était une position partagée par l’administration Biden.

Certains analystes notent que la chute de Maduro était «conceptualisée» dans les documents de sécurité nationale de la Maison Blanche depuis des années, prévoyant une reprise en main du continent. 

La nature du système américain est donc fondamentalement le même. Malgré les alternances politiques et les crises apparentes, ses fondements restent constants. Cette approche s’appuie sur plusieurs piliers structurels, les agences fédérales et l’appareil militaire (le «Deep State» pour certains, la «bureaucratie permanente» pour d’autres) assurent une continuité dans les dossiers de sécurité nationale et de politique étrangère. Les simulacres ou les changements d’hommes et de styles, le système américain (politique, militaire, économique ou culturel) demeure constant, souvent lié au pragmatisme, à l’action, au capitalisme libéral, même si des tensions et des conflits internes existent.

Ce qu’il ne faut pas négliger aussi, concernant cet évènement et d’autres à venir, c’est que l’action présidentielle est souvent pré-configurée par des cercles d’influence extérieurs au gouvernement. En 2026, le rôle des think tanks (comme l’Heritage Foundation ou le Center for American Progress) reste central pour rédiger les programmes politiques et fournir les cadres administratifs prêts à l’emploi dès l’entrée en fonction d’une administration. Sans oublier le rôle du lobby pro-israélien aux États-Unis qui reste un pilier central de la politique étrangère américaine. Une constellation d’organisations aux sensibilités diverses s’active, dont l’American Israel Public Affairs Committee, les chrétiens évangéliques, et la Zionist Organization of America qui adopte des positions plus radicales et proches de la droite israélienne. 

En résumé, si les motifs juridiques (narcoterrorisme) étaient effectivement prêts et «programmés» par l’État profond américain depuis des années, le passage à l’acte militaire et l’enlèvement physique de Maduro sont des décisions propres à la doctrine de 2026 «Trump Corollary», à travers un recentrage hémisphérique et une Europe reléguée au rang de zone secondaire. 

L’horizon politique aux États-Unis est dominé par la préparation des élections de novembre 2026. Trump utiliserait des dossiers internationaux pour détourner l’attention des affaires intérieures ou des tensions sociales. Les prochains mois de 2026 s’annoncent marqués par une accélération de la «rupture» trumpiste, tant par des actions unilatérales à l’étranger que par une refonte profonde de la bureaucratie américaine.

* Écrivain.

L’article Impérialisme américain | Chassez le naturel, il revient au galop ! est apparu en premier sur Kapitalis.

De la menace militaire au tapis rouge : Trump invite le président colombien à Washington

08. Januar 2026 um 08:15

Washington et Bogota ont basculé en quelques jours d’une tension maximale à une ouverture diplomatique inattendue. Après avoir accusé la Colombie d’être complice du trafic de drogue et évoqué la possibilité d’une intervention militaire, Donald Trump annonce désormais vouloir recevoir le président colombien Gustavo Petro à la Maison-Blanche.

D’escalade verbale à rapprochement express

La semaine dernière, Trump s’en était pris frontalement au gouvernement colombien, affirmant que son homologue serait lié au narcotrafic — des accusations formulées sans preuves. Le président américain avait même évoqué qu’une action militaire pourrait être envisagée si Bogota « ne reprenait pas le contrôle » de certaines zones du pays.

Ces déclarations ont provoqué une onde de choc dans la région, déjà éprouvée par l’opération militaire américaine au Venezuela qui s’est soldée par la capture de Nicolás Maduro. En Colombie, des rassemblements de protestation ont eu lieu, dénonçant un retour aux logiques d’ingérence du passé et mettant en garde contre une escalade régionale.

Mais la tension est soudainement retombée lundi, lorsque Trump a annoncé avoir eu sa première conversation téléphonique avec Gustavo Petro depuis son arrivée au pouvoir. Le président américain a salué sur les réseaux sociaux un échange « respectueux » au cours duquel le dirigeant colombien aurait expliqué « la situation des drogues et d’autres différends ».

À Bogota, Petro a confirmé l’appel devant ses partisans, affirmant avoir demandé la reprise du dialogue bilatéral, suspendu depuis plusieurs mois, tout en rappelant que la souveraineté nationale « n’est pas négociable ».

Lire aussi: Après le Venezuela, Trump brandit la menace d’une opération militaire contre la Colombie

Une invitation stratégique dans un contexte régional explosif

À la Maison-Blanche, on affirme désormais que des « arrangements sont en cours » pour organiser une visite officielle du président colombien à Washington. Aucune date n’a encore été annoncée, mais les deux chancelleries ont rouvert les canaux diplomatiques.

Ce retournement de situation illustre à quel point la relation entre les deux pays est devenue instable, oscillant entre confrontation verbale et coopération pragmatique. La Colombie demeure un partenaire clé des États-Unis en Amérique latine, notamment dans la lutte contre les cartels transnationaux et dans la gestion des conséquences de la crise vénézuélienne.

Pour Trump, ce changement de ton pourrait s’inscrire dans une méthode désormais assumée : la pression maximale avant l’ouverture diplomatique — une stratégie qu’il a déjà utilisée avec le Mexique, la Corée du Nord ou l’Europe. Pour Petro, la visite représente l’opportunité de transformer un bras de fer risqué en tête-à-tête politique de haut niveau.

Reste une inconnue : cette détente survivra-t-elle au prochain tweet ?
La relation entre Washington et Bogota reste volatile, mais l’invitation à Washington marque un rare moment d’apaisement dans une région sous tension.

Lire aussi:

L’article De la menace militaire au tapis rouge : Trump invite le président colombien à Washington est apparu en premier sur webdo.

Pétrolier saisi : Moscou accuse Washington de franchir une ligne rouge

07. Januar 2026 um 18:16

La Russie a vivement réagi mercredi à la saisie en haute mer d’un pétrolier battant pavillon russe par les forces américaines, dénonçant une « violation flagrante du droit maritime » et un geste « hostile » de Washington.
L’épisode survient quelques jours après la capture du président vénézuélien Nicolas Maduro, alimentant un climat diplomatique explosif entre les deux puissances.

Moscou dénonce une “piraterie d’État”

Dans un communiqué publié, le ministère russe des Affaires étrangères a accusé les États-Unis d’avoir mené « un acte illégal et provocateur » contre le Marinera, intercepté dans l’Atlantique Nord alors qu’il transportait du brut lié au Venezuela.

Des responsables politiques russes ont adopté un ton encore plus ferme, qualifiant l’arraisonnement de « piraterie moderne » et accusant Washington de « franchir une ligne rouge » en s’en prenant à un navire légalement immatriculé.

Selon plusieurs médias russes, la marine avait dépêché un sous-marin et des unités de soutien dans la zone où évoluait le pétrolier afin de dissuader toute intervention.
La présence navale n’a pas empêché les garde-côtes américains d’agir avec mandat d’un tribunal fédéral.

Le Kremlin affirme se réserver le droit de répondre, sans préciser la nature des mesures envisagées, et exige la libération immédiate de l’équipage.

Washington justifie l’opération, Caracas s’insurge

Les autorités américaines confirment que le Marinera faisait partie d’un réseau clandestin d’exportation destiné à financer le gouvernement Maduro en contournement des sanctions.

Washington a annoncé vouloir saisir et écouler jusqu’à 50 millions de barils de pétrole vénézuélien, dont les recettes seraient « redistribuées au peuple vénézuélien ».

À Caracas, les responsables loyalistes dénoncent une « confiscation illégale des ressources nationales » et un contrôle étranger accru.

Au sein du Conseil de sécurité de l’ONU, plusieurs pays — y compris des alliés américains — ont exprimé leurs préoccupations face au risque d’escalade après la capture de Maduro, désormais suivie d’opérations américaines sur mer visant des partenaires du Venezuela.

Lire aussi:

L’article Pétrolier saisi : Moscou accuse Washington de franchir une ligne rouge est apparu en premier sur webdo.

Le pétrole brise la glace entre Caracas et Washington

07. Januar 2026 um 12:10

Des responsables vénézuéliens et américains sont en négociations pour exporter du pétrole brut vénézuélien vers les États-Unis. C’est ce que révèle l’agence de presse Reuters qui cite plusieurs sources.

Les raffineries américaines de la côte du Golfe peuvent traiter le pétrole brut vénézuélien. D’ailleurs elles en ont importé par le passé; avant que les États-Unis n’imposent des sanctions au Venezuela.

En effet, pays d’Amérique latine, le Venezuela dispose de millions de barils de pétrole chargés sur des pétroliers et dans des réservoirs de stockage. Des barils qu’il n’a pas pu transporter en raison du blocus imposé par Donald Trump depuis la mi-décembre.

Lire aussi — Les tensions au Venezuela dopent l’or

Mais un accord de vente de pétrole brut aux raffineries américaines pourrait affecter la Chine, principal acheteur de pétrole vénézuélien (80 %) au cours de la dernière décennie. Et surtout depuis 2020, date à laquelle les États-Unis ont imposé des sanctions.

Ainsi, la compagnie pétrolière nationale vénézuélienne de PDVSA a déjà été contrainte de réduire sa production en raison de l’embargo, ses capacités de stockage étant saturées. Si PDVSA ne trouve pas rapidement une solution pour exporter du pétrole, elle devra réduire davantage sa production, selon une source citée par Reuters.

L’article Le pétrole brise la glace entre Caracas et Washington est apparu en premier sur Leconomiste Maghrebin.

Tunisie | Face à la logique de la force, un front intérieur fort

07. Januar 2026 um 10:55

Ecoutez bien ! Laissons de côté les vaines fanfaronnades et les discours clivants. On peut s’accorder à dire que les États-Unis sont un État voyou, et en parler comme on veut, mais force est de constater que cela ne changera rien, du moins pas pour l’instant. La seule solution pour contrer la logique de la force réside dans une nation forte et unie.

Sami Jallouli *

Qu’on le veuille ou non, nous sommes confrontés à une force irrésistible une fois qu’elle a pris une décision. Qu’on l’appelle arrogance ou démonstration de force, elle n’en demeure pas moins une réalité tangible. Nous avons vu des banques et des multinationales capituler et débourser des centaines de millions de dollars pour se sauver.

Par exemple, la société française Alstom, dont le directeur avait d’abord raillé une amende américaine d’environ 770 millions de dollars, a finalement cédé et payé. Qui plus est, les Américains ont pris le contrôle de l’entreprise.

Pire encore, une équipe du FBI a pénétré dans le siège de l’entreprise, en plein cœur de Paris, et a confisqué tous les documents qu’elle souhaitait sans que personne n’ose l’arrêter, alors même qu’elle se trouvait sur le territoire d’un pays aussi puissant que la France.

Une autorité transnationale

Cette influence s’étend jusqu’à vous, même si vous n’avez jamais mis les pieds en Amérique. Le simple fait d’utiliser le dollar pour une transaction financière, ou Gmail pour vos communications, suffit à vous placer sous leur juridiction, qui exerce une autorité internationale et transnationale.

Vous pourriez dire que c’est illégal, et je serais d’accord, mais une fois entré sur leur territoire, vous ne pouvez rien y faire…

Le problème, c’est que certaines personnes continuent d’aborder les questions cruciales et stratégiques sous un angle émotionnel, oubliant que diriger des pays est totalement différent de diriger des organisations de défense des droits de l’homme.

Oui, nous rejetons toute ingérence étrangère, mais la souveraineté se consolide en renforçant le front intérieur, et non par des slogans. Ce renforcement ne peut être réalisé que par un véritable dialogue national, une ouverture à tous ceux qui croient en un État civil et démocratique, et en offrant aux jeunes la possibilité d’innover et de travailler sans contraintes juridiques obsolètes.

Il y a quelques mois, dans un article paru dans la revue L’Économiste Maghrébin, j’appelais à la nécessité de s’asseoir à la table du dialogue et à l’avènement d’un examen approfondi des politiques publiques… Je crois que cette opportunité demeure, malgré son retard…

L’édification d’un système économique et politique cohérent, la maîtrise des sciences et la formation d’un front national pour défendre nos intérêts supérieurs constituent le seul rempart imprenable. Autrement, notre rhétorique actuelle ne fera qu’engendrer un populisme fallacieux et opportuniste aux conséquences désastreuses pour tous.

Article traduit de l’arabe.

* Juriste et politologue.

Page Facebook de l’auteur.

L’article Tunisie | Face à la logique de la force, un front intérieur fort est apparu en premier sur Kapitalis.

Groenland : Pourquoi Washington veut l’île la plus stratégique du monde

07. Januar 2026 um 09:33

Entre défense, ressources et rivalités arctiques

La nouvelle crispation entre Washington et Copenhague autour du Groenland ne relève pas d’un simple caprice diplomatique. L’intérêt américain pour cet immense territoire arctique renvoie à des enjeux militaires, économiques et géopolitiques d’une ampleur rarement évoquée. À mesure que la fonte de la banquise ouvre de nouvelles routes maritimes et redistribue les équilibres du Nord, le Groenland apparaît comme une pièce centrale d’un affrontement global entre puissances.

L’Arctique, nouvelle frontière stratégique

Le Groenland, plus grande île du monde avec près de 2,16 millions km² pour seulement 56.600 habitants dont environ 90% d’Inuits, constitue depuis la Guerre froide un pivot de la défense nord-américaine. La base américaine de Pituffik (ex-Thulé), construite en 1943, reste au cœur du système d’alerte avancée face à la Russie. Son personnel actuel d’environ 150 militaires contraste avec les quelque 6000 soldats de la période 1950-80, mais son rôle stratégique demeure intact.

Situé sur la trajectoire la plus courte empruntée par d’éventuels missiles russes, le Groenland contrôle également le GIUK Gap, corridor maritime crucial pour surveiller les sous-marins. Alors que Moscou a réactivé plus de cinquante installations militaires en Arctique, dont sept brise-glaces nucléaires, et que Pékin se définit comme un « État quasi arctique », Washington veut sécuriser sa position avancée dans le Nord.

Ressources critiques et routes maritimes émergentes

L’intérêt américain est aussi minéral. Le Groenland recèle jusqu’à 20% des réserves mondiales non exploitées de terres rares, selon le USGS, ainsi que du nickel, du cobalt, de l’uranium et du graphite. Une douzaine de sites miniers sont en évaluation, dans un contexte où la Chine domine près de 40% de l’extraction mondiale et une part encore plus importante de la transformation industrielle.

La fonte accélérée renforce cet intérêt : les routes polaires émergentes pourraient réduire de 30 à 40% les distances entre Asie et Europe, Shanghai–Rotterdam passant potentiellement de 20.000 km à environ 12.800 km. Pour Washington, contrôler le Groenland revient à sécuriser les futures autoroutes du commerce mondial.

Indépendance groenlandaise et tensions transatlantiques

Autonome depuis 2009 mais dont la défense reste danoise, le Groenland avance progressivement vers davantage de souveraineté politique, alors que la subvention annuelle de Copenhague – environ 700 millions de dollars, soit près d’un quart du PIB local estimé à 3,2 milliards – demeure indispensable au fonctionnement administratif.

Une majorité de Groenlandais soutient à moyen terme un processus d’indépendance, ouvrant la perspective d’un territoire potentiellement libre de redéfinir ses alliances. Cette dynamique inquiète Bruxelles et Copenhague, qui voient poindre le risque d’un basculement stratégique au profit de Washington. Pour plusieurs responsables européens, un transfert de souveraineté, même partiel, mettrait à l’épreuve la cohésion de l’OTAN.

Comment Washington espère obtenir le Groenland

La Maison Blanche n’a pas limité ses ambitions au terrain diplomatique. Selon CNN et plusieurs sources européennes, l’administration américaine examine trois options : un achat négocié avec le Danemark et le gouvernement autonome groenlandais, comme Harry Truman tenta de le faire en 1946 ; un accord de souveraineté partagée ou de présence renforcée, offrant à Washington un contrôle militaire et logistique accru sans transfert formel de territoire ; et, plus controversé, l’usage possible de la force, une hypothèse évoquée par plusieurs membres de l’administration et jamais exclue publiquement par Donald Trump, qui a affirmé à plusieurs reprises qu’il obtiendrait le Groenland « d’une manière ou d’une autre ».

Ces signaux ont provoqué un front uni européen en soutien à Copenhague, alors que des élus américains des deux partis s’opposent ouvertement à toute démarche coercitive. Le Groenland, pour sa part, affirme que son avenir « appartient à son peuple » et demande désormais à être associé à toutes discussions impliquant son statut.

Lire aussi:

L’article Groenland : Pourquoi Washington veut l’île la plus stratégique du monde est apparu en premier sur webdo.

Barbouzerie américaine à Caracas, trouille à Téhéran !

07. Januar 2026 um 09:12

Alors que le monde est en passe de devenir un immense Far West où le shérif Donald Trump souffle le chaud et froid, le régime théocratique en Iran se retrouve confronté à une équation insoluble. Contenir la contestation interne qui se répand dans l’ensemble du pays comme une traînée de poudre et éviter que Trump qui a menacé d’intervenir ne passe à l’acte. La République islamique est entrée en «mode survie». Aujourd’hui, les dirigeants iraniens ne savent plus quoi faire et sont dans une situation de grande inquiétude. 

Imed Bahri

Farnaz Fassihi, actuellement chef du bureau du New York Times auprès des Nations Unies et qui a couvert l’Iran pendant plus de trente ans, observe comment Téhéran se trouve confronté à un dilemme complexe : l’escalade des troubles intérieurs et la menace de frappes extérieures. Son enquête montre que le régime iranien, pris en étau entre une économie en ruine et une colère populaire grandissante, ne dispose d’aucune solution claire permettant à la fois d’apaiser les tensions internes et d’éviter une escalade avec Israël et les États-Unis. 

Le gouvernement dans une impasse

Fassihi note que ces dernières années, le gouvernement iranien s’est habitué à réprimer par la force les vagues successives de manifestations nationales contestant son pouvoir. Toutefois, pour la première fois, les dirigeants du pays sont confrontés à un défi plus complexe à savoir une agitation intérieure croissante qui coïncide avec une menace militaire extérieure. Le gouvernement semble dans une impasse face à la gestion simultanée de ces deux problèmes, sans stratégie claire pour enrayer l’effondrement économique qui alimente les manifestations et sans aucune indication que les dirigeants iraniens soient disposés à faire des concessions suffisantes sur leur programme nucléaire pour apaiser Israël et les États-Unis et éviter le risque d’une nouvelle série de frappes.

Depuis deux semaines, des manifestations secouent l’Iran. Bien qu’elles n’aient pas atteint l’ampleur des deux derniers grands soulèvements –l’un en 2022 mené par des femmes et l’autre en 2019 déclenché par la hausse des prix du carburant– elles ont ébranlé les hauts responsables et suscité des réactions rapides des États-Unis et d’Israël. Le président Trump a menacé d’intervenir, déclarant sur les réseaux sociaux que les États-Unis viendraient en aide au peuple iranien si l’Iran tuait des manifestants pacifiques, ajoutant : «Nous sommes pleinement préparés et prêts à agir».

De leur côté, le ministre israélien des Affaires étrangères et plusieurs responsables gouvernementaux ont publiquement apporté leur soutien aux manifestants. «Israël est à vos côtés et vous soutient de toutes les manières possibles», a déclaré Gila Gamliel, ministre israélien de l’Innovation, des Sciences et des Technologies, dans une vidéo publiée la semaine dernière. Samedi, l’armée américaine a attaqué le Venezuela, l’un des plus proches alliés de l’Iran, et a capturé son dirigeant Nicolás Maduro. Lors d’une conférence de presse où Trump a déclaré que Washington entendait «gérer» ce pays d’Amérique du Sud et le secrétaire d’État Marco Rubio a insisté sur le fait que les autres pays devaient en prendre note.

Les dirigeants et personnalités politiques iraniens semblaient désemparés et choqués. Les conséquences pour Téhéran sont considérables. Les lignes de défense s’effondrent

Ali Gholahki, commentateur iranien aux positions radicales, a déclaré lors d’un entretien téléphonique que la situation économique désastreuse avait joué un rôle déterminant dans la chute des dirigeants vénézuéliens et syriens, en engendrant une spirale de mécontentement populaire et en démoralisant les forces de sécurité. Il a ajouté : «La leçon pour l’Iran est qu’il faut être extrêmement prudent pour éviter que le même scénario ne se reproduise. Lorsque les forces antiémeutes, les forces de sécurité et l’armée peinent à boucler leur budget, les lignes de défense s’effondrent».

Suite à la menace de frappes proférée par Trump vendredi, le Conseil suprême de sécurité nationale –l’organe responsable de la sécurité intérieure et extérieure– a tenu une réunion d’urgence tard dans la nuit pour examiner les moyens de contenir les manifestations avec moins de violence et d’éviter d’attiser davantage la colère populaire.

Selon trois responsables iraniens proches du dossier, ayant requis l’anonymat en raison de la nature sensible des discussions, les préparatifs en vue d’éventuelles frappes militaires ont également été abordés.

Ces responsables ont indiqué que de hauts responsables avaient reconnu, lors de réunions et de conversations privées, alors que les manifestations se poursuivaient, que la République islamique était entrée en «mode survie». Le pays semble démuni face à l’effondrement économique qui alimente les troubles, ou face à la menace d’une nouvelle escalade avec Israël et les États-Unis.

Le président Massoud Pezeshkian l’a déclaré publiquement à plusieurs reprises ces dernières semaines, allant même jusqu’à affirmer une fois qu’il n’avait aucune idée pour résoudre les nombreux problèmes de l’Iran. «Toute politique fondée sur l’injustice est vouée à l’échec», a déclaré M. Pezeshkian jeudi, lors de sa première apparition publique depuis le début des manifestations. «Il faut accepter que le fait que nous devions écouter le peuple», a-t-il martelé.

Les mesures prises jusqu’à présent par le gouvernement pour faire face à la crise économique, telles que le remplacement du gouverneur de la banque centrale et l’annonce de modifications de la politique monétaire, n’ont donné que des résultats limités.

Programme nucléaire et lutte contre la corruption

Une véritable refonte économique exigerait des changements majeurs pouvant mener à un accord nucléaire avec Washington qui lèverait les sanctions et à une lutte acharnée contre la corruption.

Le gouvernement semble soit incapable de prendre ces mesures, soit peu disposé à le faire. Les analystes estiment que les crises du pays sont interdépendantes. L’économie a été gravement affectée par les sanctions américaines sur les ventes de pétrole et les transactions bancaires internationales, imposées en 2018 lorsque Trump s’est retiré de l’accord nucléaire avec Téhéran. Après le rétablissement des sanctions par le Conseil de sécurité de l’Onu en septembre, le rial iranien a encore chuté. La corruption généralisée et la mauvaise gestion ont également aggravé la situation.

À ces difficultés s’ajoute le conflit persistant avec Israël, qui a perpétré des assassinats et des bombardements visant des installations nucléaires et militaires, tandis que l’Iran armait et finançait des groupes armés au Liban, à Gaza et en Cisjordanie. En juin, Israël a lancé une attaque surprise contre l’Iran, déclenchant un conflit de douze jours qui s’est soldé par un bombardement américain d’installations nucléaires iraniennes, causant d’importants dégâts.

Selon trois responsables, les inquiétudes se sont accrues cette semaine quant à la possibilité qu’Israël profite de l’instabilité intérieure persistante pour lancer une nouvelle attaque. Ils ont ajouté que les déclarations de Trump et de responsables israéliens ont exacerbé ces craintes. Pezeshkian a tenu deux réunions d’urgence avec son conseil consultatif économique la semaine dernière, demandant des directives écrites et des éléments de langage en cas d’aggravation de la crise, d’après deux responsables au fait du dossier ayant requis l’anonymat. Ces derniers ont indiqué que certains conseillers ont suggéré à Pezeshkian de rejeter la responsabilité, dans ses discours publics, sur la «double structure de pouvoir» en Iran où les décisions clés sont prises par le Guide suprême, l(ayatollah Ali Khamenei.

Samedi, Khamenei a adopté une position plus intransigeante que le président, déclarant publiquement que «les fauteurs de troubles doivent être remis à leur place» et accusant des «ennemis extérieurs» de la chute de la monnaie et d’autres problèmes économiques. Il a toutefois reconnu que les commerçants des bazars de Téhéran étaient en droit de protester contre les fluctuations des prix.

La vague de contestation actuelle a débuté cette semaine après la fermeture des boutiques par ces commerçants en signe de protestation. Alors que les grèves s’étendaient à d’autres villes, le gouvernement a décrété quatre jours fériés nationaux, jusqu’à dimanche, afin de tenter d’endiguer la situation.

Selon des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux et des articles de presse iraniens, la plupart des commerces du bazar de Téhéran sont restés fermés dimanche. Des manifestations sporadiques ont eu lieu et un important dispositif policier anti-émeute a été déployé. Ces derniers jours, les troubles ont dégénéré en violences dans de nombreux quartiers. Des jeunes ont attaqué des bâtiments gouvernementaux, affronté les forces de sécurité et incendié des voitures, des motos et des conteneurs à ordures, d’après des vidéos, des médias iraniens et le service persan de la BBC.

Les forces de sécurité ont réprimé les manifestants à coups de gaz lacrymogène, et des coups de feu ont été entendus dans certaines vidéos en provenance de villes de l’ouest iranien. Au moins huit manifestants et deux membres des forces de sécurité ont été tués, selon des rapports officiels, des organisations de défense des droits humains et des vidéos de funérailles. Mehdi Rahmati, analyste iranien qui conseille les autorités sur la stratégie régionale, a déclaré : «Malheureusement, je pense que le gouvernement n’a ni compréhension ni stratégie face à la situation intérieure ni face à la pression internationale croissante». Il a ajouté : «La colère est palpable. Une hypothèse est qu’ils laissent les manifestants exprimer leur colère car nous sommes au bord de la rupture».

La République islamique joue sa survie  

Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araqchi, a tenu jeudi dernier une réunion privée avec des responsables de médias affiliés à l’État. Selon deux sources proches du dossier, il a décrit l’escalade de la crise comme une «lutte pour la survie» de la République islamique et du pays. Ces sources ont indiqué qu’Araqchi avait déclaré aux représentants des médias que les perspectives de négociations avec Washington étaient actuellement «inexistantes» et que la décision d’engager le dialogue avec les États-Unis ne lui appartenait pas.

Depuis deux semaines, des foules descendent dans la rue pour exprimer leur colère contre le gouvernement et réclamer la fin du régime clérical. Les manifestations se concentrent principalement dans les petites villes, les quartiers défavorisés et les universités, où les manifestants scandent «Mort à Khamenei!» et «Liberté! Liberté!». Des militants et des habitants en Iran ont déclaré que certains slogans ont élargi la condamnation du régime autoritaire, tels que: «Mort à l’oppresseur, qu’il soit roi ou guide suprême».

À Téhéran, hormis le centre-ville, y compris le bazar, le campus universitaire et certains quartiers populaires, la vie semblait globalement normale, selon les habitants. Des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux montraient des stations de ski au nord de la ville bondées de vacanciers aisés. Les manifestations actuelles ne semblent pas atteindre l’ampleur du soulèvement de 2022, qui, porté par un mouvement féministe progressiste exigeant la fin du port obligatoire du hijab, avait duré des mois.

Cependant, cette fois-ci, les manifestations pourraient s’étendre et devenir plus violentes. L’agence de presse Fars, affiliée aux Gardiens de la révolution, a rapporté samedi que certains troubles dans les provinces de l’ouest avaient pris la forme de «cellules organisées» et d’«attaques quasi armées».

L’agence a précisé que les instigateurs dans la province d’Ilam étaient numis d’armes à feu, d’armes lourdes et de grenades à main. Des vidéos montraient des foules masquées tirant en l’air avec des fusils d’assaut tout en scandant «Mort à Khamenei!». Dans une déclaration commune, 17 militants pro-démocratie iraniens, dont Narges Mohammadi, lauréate du prix Nobel de la paix emprisonnée et les cinéastes Jafar Panahi (Palme d’or 2025 au Festival de Cannes) et Mohammad Rasoulof (Ours d’or à la Berlinale 2020), ont appelé les forces de sécurité à cesser toute attaque contre les manifestants. La déclaration affirmait : «Le seul moyen de sauver l’Iran est de se détacher de la République islamique, une revendication qui n’est ni temporaire ni réprimable».

L’article Barbouzerie américaine à Caracas, trouille à Téhéran ! est apparu en premier sur Kapitalis.

Le dollar s’apaise après les tensions sur le Venezuela

06. Januar 2026 um 11:57

Le dollar s’est maintenu près de son plus haut niveau en deux semaines à l’ouverture des marchés asiatiques mardi 6 janvier 2026. Les craintes des marchés concernant l’intervention militaire américaine au Venezuela s’étant apaisées et les commentaires accommodants des responsables de la Réserve fédérale encourageant la prise de risques à Wall Street.

L’indice du dollar, qui mesure sa performance par rapport à un panier de six devises, s’établit à 98,36, en hausse de 0,04 %. « Le marché ne s’inquiète pas vraiment de la situation géopolitique, du moins à court terme », a déclaré Rodrigo Catril, stratégiste en devises à la National Australia Bank de Sydney. Ce contexte « réduit l’attrait des valeurs refuges, et le dollar se trouve dans une situation difficile », ajoute-t-il, relaie Reuters.

Pourtant, les marchés financiers ont connu une forte volatilité suite à la capture spectaculaire du président vénézuélien Nicolas Maduro, samedi 3 janvier. Notons au passage qu’il a plaidé non coupable des accusations de trafic de drogue devant un tribunal fédéral de Manhattan, lundi 5 janvier.

Ainsi, le dollar s’est apprécié de 0,2 % face au yen lors des dernières transactions, pour atteindre 156,72 yens. Il est resté stable face au yuan chinois à 6,983 yuans sur le marché offshore de Hong Kong. Quant à l’euro, il a reculé de 0,1 % à 1,1713 dollar; alors que la livre sterling a perdu elle aussi 0,1 % à 1,3533 dollar.

Enfin, concernant les cryptomonnaies, le Bitcoin a chuté de 0,2 % à 93 900,82 $ et l’Ether a reculé de 0,4 % à 3 226,50 $.

L’article Le dollar s’apaise après les tensions sur le Venezuela est apparu en premier sur Leconomiste Maghrebin.

Etats-Unis – Venezuela : une histoire de pétrole lourd

06. Januar 2026 um 10:19

Ce qui s’est produit au Venezuela est, avant tout, une problématique économique. Le pays, qui s’est enfoncé dans le chaos, abrite pourtant 17 % des réserves mondiales de pétrole. L’oncle Sam, qui se focalise depuis quelques temps sur la sécurisation des différentes ressources naturelles pour se développer, ne peut pas rater une telle opportunité.

 

Un gisement encore peu exploité

Actuellement, le Venezuela possède les plus grandes réserves pétrolières au monde, avec 303 milliards de barils, constituées majoritairement de pétrole extra-lourd non conventionnel provenant de la ceinture pétrolifère de l’Orénoque. Étant donné que les perspectives de croissance de la production du Venezuela sont supérieures à celles de sa demande intérieure, le potentiel d’exportation du pays sera encore plus important à l’avenir.

 

Les données de production récentes révèlent la volatilité caractérisant les schémas de perturbation de l’approvisionnement en pétrole brut vénézuélien. Selon les estimations de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), la production est tombée au-dessous de 1 million de barils par jour fin 2025.

 

Du brut extra-lourd à volonté

Tout tourne effectivement autour de ce qui est appelé des ressources pétrolières non conventionnelles qui sont nécessaires pour compléter l’approvisionnement mondial en pétrole au cours des prochaines décennies.

 

Lire aussi: Venezuela – Adnen Limam : « L’intervention US enterre l’ordre mondial post-1945 »

 

Sont considérés comme conventionnels les pétroles bruts qui peuvent être produits dans les conditions économiques et technologiques actuelles et dans celles attendues dans un avenir proche. Le pétrole non conventionnel comprend les gisements de densité supérieure à celle de l’eau, ou le pétrole lourd.

 

Compte tenu des contraintes liées à la production de ces ressources, le Venezuela peut constituer une source fiable de pétrole extra-lourd non conventionnel pour bien longtemps.

 

Pourquoi les Etats-Unis en ont besoin ?

Les États-Unis ont besoin de pétrole brut lourd car leur infrastructure de raffinage, en particulier le long de la côte du Golfe, a été spécifiquement conçue pour traiter le pétrole dense et à haute teneur en soufre.

 

Des milliards de dollars ont été investis dans des machines complexes conçues pour traiter les importations en provenance du Canada, du Mexique et du Venezuela. Le remplacement ou la réaffectation de ces installations pour traiter le pétrole brut léger produit par la fracturation hydraulique nationale n’est pas réalisable sur le plan économique, car cela coûterait cher et prendrait des années à se concrétiser.

 

De plus, le pétrole brut lourd est essentiel pour produire des produits industriels très demandés comme le diesel, le kérosène et l’asphalte, qui ne sont pas aussi facilement dérivés du pétrole léger. Cela garantit que les États-Unis peuvent produire le mélange spécifique de produits raffinés nécessaire à leurs secteurs du transport et de la construction.

 

Cela crée un équilibre commercial stratégique. Les États-Unis exporteront leur pétrole brut léger de qualité supérieure vers les marchés internationaux à un prix plus élevé tout en important du pétrole brut lourd moins cher pour maximiser les marges bénéficiaires des raffineries et répondre aux besoins nationaux en carburant.

 

C’est pour cette raison que le Groenland, convoité publiquement par le président américain pour ses importantes ressources minières et son emplacement stratégique, doit sérieusement s’inquiéter.

L’article Etats-Unis – Venezuela : une histoire de pétrole lourd est apparu en premier sur Leconomiste Maghrebin.

L’impérialisme du XXIe siècle ou le nouveau primitivisme des puissances

06. Januar 2026 um 10:20

Depuis quelques années, une théorie séduisante mais pernicieuse émerge dans certains cercles stratégiques occidentaux : la «Théorie Donroe» (1), qui postule que certains États ou régions, en raison de facteurs culturels, historiques ou religieux structurels, seraient «incapables» d’accéder à une démocratie stable ou à une souveraineté pleine sans supervision extérieure. Présentée comme un réalisme géopolitique éclairé, cette théorie n’est en réalité qu’un habillage savant d’un vieux réflexe colonial : le «déni d’égalité politique universelle». L’affaire du Venezuela, avec la tentative de renversement reconnu par une partie de la communauté internationale, en est une illustration flagrante, mais on en trouve les prémisses dans les discours sur le Monde arabe, l’Afrique ou l’Asie centrale.

Abdelhamid Larguèche *

I. Les présupposés philosophiques d’une régression 

La Théorie Donroe repose sur trois piliers philosophiques malsains :

1. Le culturalisme déterministe qui essentialise les peuples et les cultures, leur assignant une trajectoire politique fixe. Comme le soulignait déjà Emmanuel Todd dans ‘‘Après l’empire’’, cette tendance à figer les civilisations est un symptôme de l’affaiblissement de l’Occident, qui, ne parvenant plus à imposer son modèle par la simple force, le fait désormais par le discours de l’«incapacité native». Ce déterminisme nie la possibilité de l’événement politique – au sens d’Alain Badiou, c’est-à-dire de la rupture historique par laquelle un peuple invente sa propre forme d’émancipation.

2. L’universalisme asymétrique : sous couvert de défendre des valeurs universelles (démocratie, droits humains), cette théorie en réserve l’application aux seuls peuples «éligibles», jugés selon des critères opaques définis par les puissances dominantes. Badiou y verrait une «trahison de l’idée même d’universalité» : l’universel ne se décrète pas depuis un centre, il se conquiert dans la singularité des luttes.

3. La négation de la souveraineté comme concept vide :  pour les tenants de la Théorie Donroe, la souveraineté des États «faillis» ou «immatures» serait un concept dépassé, justifiant des interventions sous formes variées : ingérences humanitaires, sanctions ciblées, soutien à des oppositions, jusqu’à la reconnaissance de présidents autoproclamés. Cette posture revient à «institutionnaliser l’état d’exception géopolitique».

II- L’application géopolitique : un impérialisme de l’urgence permanente

Sur le terrain, la Théorie Donroe sert à légitimer une gamme d’actions qui violent le droit international tout en prétendant le servir :

– «La délégitimation systématique» : tout régime qui résiste à l’alignement géopolitique occidental est progressivement étiqueté comme «illégitime», «autoritaire» ou «défaillant». Le Venezuela de Maduro, la Syrie d’Assad, ou encore la Biélorussie de Loukachenko deviennent ainsi des cibles désignées, non pas nécessairement pour ce qu’ils font, mais pour ce qu’ils «symbolisent» : une résistance à l’ordre libéral-atlantiste.

– L’ingérence comme norme : le «droit d’ingérence» mute en «devoir d’ingérence» pour les États «responsables». Cette logique a été poussée à son paroxysme dans la tentative de changement de régime au Venezuela en 2019, où les États-Unis et plusieurs alliés ont reconnu un président parallèle sans élection, au nom de la «restauration démocratique».

– La criminalisation de la résistance : tout État qui défend sa souveraineté face à ces pressions est accusé de «nationalisme déviant» ou de «populisme rétrograde». La Théorie Donroe fournit ainsi un lexique commode pour diaboliser la résistance à l’hégémonie.

III- Les conséquences : un monde moins stable, moins libre, moins juste 

L’application de cette théorie produit des effets contraires à ses prétentions :

1. Destabilisation régionale : les interventions menées au nom du «salut démocratique» génèrent souvent du chaos, des guerres civiles et des flux migratoires. L’exemple libyen, après 2011, est une tragique démonstration de ce scénario.

2. Renforcement des régimes autoritaires :  sous la menace permanente d’une ingérence, les régimes ciblés se durcissent, mobilisent le nationalisme comme bouclier et répriment toute opposition interne perçue comme une «cinquième colonne».

3. Érosion de l’ordre international : en sapant le principe de souveraineté, pilier de la Charte de l’Onu, cette théorie ouvre la voie à un monde de puissances rivales où chaque bloc justifiera ses ingérences par sa propre «exception». Nous risquons de basculer dans une «jungle normative», où le droit n’est plus que l’instrument du plus fort.

4. Trahison des peuples :  en niant aux peuples leur capacité à écrire leur propre histoire, on les infantilise et on étouffe dans l’œuf les véritables mouvements d’émancipation locaux, qui ne sauraient être réduits à une imitation du modèle occidental.

IV- Pour un universalisme de l’émancipation, contre un universalisme de la tutelle 

Il est urgent d’opposer à la Théorie Donroe une autre vision du monde, fondée sur :

– L’égalité politique inconditionnelle :  tout peuple, quelle que soit sa culture ou son histoire, est présumé capable de se gouverner et de choisir son destin. C’est le principe de base de l’auto-détermination.

– La non-ingérence comme éthique minimale : le respect scrupuleux de la souveraineté n’est pas un relativisme moral, mais la condition nécessaire pour que les changements soient durables et légitimes.

– La solidarité des luttes singulières : plutôt que d’imposer un modèle, il s’agit de soutenir les forces progressistes et démocratiques «là où elles émergent», à leur rythme et selon leurs modalités propres, comme le suggère une lecture attentive de Badiou sur l’«idée» et de Todd sur la nécessaire «décentralisation du monde».

– «Un multilatéralisme authentique» :  refonder les institutions internationales pour qu’elles ne soient plus le lieu où les puissances légitiment leurs interventions, mais l’espace où se construisent des compromis entre égaux.

V- Refuser le primitivisme savant 

La Théorie Donroe est un retour en arrière masqué en avancée conceptuelle. Sous des atours scientifiques, elle réactive le vieux mythe de la «mission civilisatrice». Face à cela, la tâche de la pensée critique est de démasquer cette fiction et de rappeler, avec force, que «la liberté ne s’exporte pas, elle se conquiert de l’intérieur»

Le Venezuela, comme d’autres pays pris dans l’étau de ces théories, nous rappelle une évidence trop souvent oubliée : un peuple n’a pas besoin de tuteurs pour être libre ; il a besoin de respect, de temps et du droit à l’expérimentation politique – y compris celui de se tromper et de se corriger lui-même. 

C’est seulement en renonçant à cette arrogance théorique que nous pourrons espérer construire un monde commun, où la diversité des chemins ne sera plus perçue comme une menace, mais comme la richesse de l’humanité politique en mouvement.

* Historien.

1- Le terme «Théorie Donroe» est une construction fictive vulgarisée par les médias, utile pour critiquer un courant de pensée réel qui, sous divers noms et formes, a justifié l’ingérence, l’interventionnisme et le déni de souveraineté au nom de la démocratie, de la stabilité ou des droits humains ou tout simplement des intérêts stratégiques. Cette théorie de Monroe née aux USA en 1823, revient en force sous une version nouvelle.

L’article L’impérialisme du XXIe siècle ou le nouveau primitivisme des puissances est apparu en premier sur Kapitalis.

Du Venezuela au reste du monde | L’âge des dominations

06. Januar 2026 um 09:29

Imaginez un instant le fantôme de Simón Bolívar errant dans les rues de Caracas, témoin muet d’un renversement du sens de l’histoire, le libérateur de 1813 contemplant l’extraction du dirigeant qui se proclame son héritier, emporté par une puissance étrangère. La scène dépasse la provocation symbolique. Elle dit la dissonance d’une époque où l’indépendance, conquise au nom de la souveraineté des peuples, se voit réinterprétée à l’aune d’une doctrine de domination qui se dispense des formes. Ce n’est plus seulement une transgression ; c’est le retour d’un impérialisme qui se drape dans les habits du droit pour mieux fragiliser l’architecture normative qu’il prétend défendre. Comme l’avait pressenti Hannah Arendt dans Les Origines du totalitarisme, la banalisation de l’exception finit par transformer la violence en routine administrative — et la routine en horizon politique.

Yahya Ould Amar *

L’extraction du président vénézuélien Nicolás Maduro décrite par Donald Trump, appartient à cette catégorie rare d’événements qui comptent moins par ce qu’ils font que par ce qu’ils autorisent à penser. En rebaptisant la force en droit, les grandes puissances ne se contentent pas d’agir, elles réécrivent la grammaire de l’ordre international. Ce texte interroge ainsi un monde qui apprend à vivre sans l’illusion de l’égalité souveraine, où les hiérarchies s’exercent à visage découvert, et où la puissance cesse de se contenir par les règles pour s’autoriser d’elles. Quand cette frontière se déplace, ce ne sont pas seulement des dirigeants qui tombent, ni des régimes qui changent, ce sont les cartes mentales du monde — et les limites du pensable — qui se redessinent.

Le basculement d’époque

Parler d’«arrestation» pour qualifier l’extraction de Nicolás Maduro hors du Venezuela par les États-Unis n’est pas une simple facilité de langage. Les mots tracent des frontières. Nommer «arrestation» une opération menée sans juridiction locale, sans coopération judiciaire, sans extradition, c’est brouiller la ligne entre police et armée, entre justice et stratégie, entre ordre public et ordre international. C’est ici que commence la gravité morale de l’époque, lorsque la puissance ne se contente plus d’agir, mais de requalifier son acte. Elle ne dit plus «nous avons frappé», elle affirme «nous avons fait respecter la loi». Dans ce glissement, la force perd sa honte — et le précédent naît.

Si l’on accepte qu’une opération coercitive extraterritoriale puisse devenir une opération de «justice», alors le monde entre dans un âge où la guerre se rebaptise police et où l’exception cesse d’être une transgression pour devenir une méthode de gouvernement. Hier les «cas» Noriega, Saddam, Gbagbo ou Kadhafi ; aujourd’hui le «cas Maduro» ; demain un «cas X».

L’acte importe, mais le message est plus lourd encore, la souveraineté n’est plus un droit, elle devient une tolérance conditionnelle. Et lorsque Washington évoque la possibilité de «gérer» le Venezuela, le basculement est total, de la sanction d’un homme à la tutelle d’un pays de 27 millions d’habitants. Quand la frontière entre droit et puissance se déplace, les cartes du monde, elles aussi, finissent toujours par bouger.

Le retour silencieux de la tutelle comme horizon

L’enlèvement de Nicolás Maduro réactive une idée que l’ordre international contemporain croyait avoir reléguée à l’histoire, celle selon laquelle certains États peuvent, au nom d’un bien supérieur qu’ils définissent seuls, suspendre la souveraineté des autres. Le glissement est subtil mais décisif. On ne parle plus de conquête ni même d’intervention, mais de «gestion», de «stabilisation», de «remise en ordre». Le vocabulaire est propre, technique, presque managérial ; il transforme l’État en problème à administrer. Dès lors, la violence cesse d’être tragique pour devenir instrumentale, et la morale se déplace, la responsabilité invoquée remplace la légitimité consentie.

Ainsi la tutelle devient acceptable. On affirme qu’un dirigeant ne représente plus son peuple, que le peuple doit être protégé, que l’économie doit être réparée, que l’État doit être réorganisé.

Chaque étape paraît raisonnable ; ensemble, elles recomposent une hiérarchie où certains décident pour d’autres. Le message envoyé, surtout aux États vulnérables, est limpide, la souveraineté n’est plus un principe égalitaire, mais une permission conditionnelle. Cette «bienveillance» stratégique, comme l’avait averti Amartya Sen dans ‘‘L’Idée de justice’’, risque moins de corriger les injustices que de les perpétuer, en parlant au nom des peuples tout en faisant taire leurs voix.

La doctrine Monroe : l’aveu d’un monde qui régresse

La doctrine Monroe appartient à un siècle prédateur (XIXe), celui où l’ordre international ne se fondait pas sur des règles communes, mais sur la capacité des puissants à réserver des espaces. Elle ne proclamait pas la liberté des peuples ; elle bornait un territoire d’influence. Ce n’était pas une doctrine de droit, mais un acte de possession : «ici, nous déciderons».

Si elle a été abandonnée, ce n’est pas par vertu, mais par intelligence stratégique. Après 1945, les États-Unis ont compris qu’une hégémonie durable se dissimule dans les règles. Le droit, les institutions, l’universalisme imparfait étaient plus efficaces que la tutelle assumée. Gouverner par la norme stabilisait ; gouverner par l’exception exposait. La doctrine Monroe devenait alors un archaïsme nuisible, incompatible avec la crédibilité morale nécessaire pour contenir les autres empires.

Son retour aujourd’hui sonne comme un aveu de déclin. Les puissances véritablement assurées n’ont pas besoin de sanctuariser ; ce sont les puissances inquiètes qui bornent, administrent et prétendent «gérer». La réactivation de la doctrine Monroe n’exprime pas une force retrouvée, mais une légitimité qui s’effrite. Lorsque les règles cessent de servir le plus fort, celui-ci revient à la géographie et à la contrainte. Le coût est immédiat, moralement, la souveraineté devient une permission conditionnelle ; géopolitiquement, la hiérarchie remplace l’ordre, et la stabilité cède la place à la domination assumée.

Le danger est systémique. Les sphères d’influence obéissent à une loi de conservation, ce qui est toléré ici est reproduit ailleurs. La logique qui s’affirme à Caracas trouve ses échos en mer de Chine méridionale comme en Ukraine. À force d’exceptions, l’universalisme se délite et l’ordre post-1945 se fragmente en un archipel de dominations. Le monde ne devient pas plus pacifique ; il devient plus pensable pour la force. Et dans un tel monde, la stabilité n’est plus garantie par les règles communes, mais par les rapports de puissance.

La tentation de l’urgence stratégique

Il faut pourtant accepter, ne serait-ce qu’un instant, de regarder l’épisode depuis la rationalité de la puissance. Du point de vue des États-Unis, la tentation de l’exception ne procède ni d’un cynisme gratuit ni d’un mépris abstrait du droit, mais d’un sentiment d’urgence stratégique : monde fragmenté, institutions multilatérales paralysées, adversaires qui testent les lignes rouges, alliés jugés hésitants, opinion publique fatiguée de l’impuissance. Dans cette lecture, agir vite, frapper fort et requalifier l’action en «justice» serait une manière de restaurer la dissuasion, de reprendre l’initiative, de montrer que la puissance sait encore décider quand les règles s’enlisent. Cette logique est intelligible — et c’est précisément ce qui la rend dangereuse. Car en substituant l’efficacité immédiate à la légitimité durable, elle confond capacité d’agir et capacité de structurer. L’histoire des grandes puissances est pourtant sans appel, celles qui gouvernent par l’exception finissent par multiplier les coups, mais perdent la maîtrise de l’époque. La rationalité de l’urgence est compréhensible ; son coût stratégique, lui, est systémique. À l’horizon 2030, des simulations du Rand Corporation prévoient une multiplication par trois des conflits hybrides si cette logique persiste.

Les risques s’ordonnent dans le temps

À court terme, la normalisation de l’exception abaisse le seuil d’acceptabilité de l’usage de la force, les crises deviennent plus fréquentes, moins encadrées. À moyen terme, elle fragilise les alliances, politise durablement l’économie mondiale et installe une méfiance structurelle entre partenaires qui ne savent plus si la règle protège encore. À long terme enfin, le risque est civilisationnel, un monde où la souveraineté est conditionnelle, où le droit est sélectif, devient un monde structurellement instable, condamné à gérer par la domination ce qu’il n’a plus la capacité de gouverner par des normes communes. Ce risque civilisationnel évoque la chute de Rome, non par invasion barbare, mais par érosion interne des normes. Dans un monde interconnecté, cette instabilité pourrait accélérer les migrations climatiques et les pandémies, transformant les exceptions en catastrophes globales.

La souveraineté redevient une variable du rapport de force

Pour le Sud global, l’enlèvement de Nicolás Maduro n’est p0as un fait divers géopolitique. Il dit, sans détour, que la souveraineté n’est pas un droit inaliénable garanti par des normes universelles, mais une fonction conditionnelle, elle vaut tant qu’elle ne contrarie pas l’utilité stratégique des puissants.

Pendant des décennies, l’intégration économique, la conformité réglementaire, la reconnaissance diplomatique ont été présentées comme des assurances implicites. L’épisode vénézuélien fissure cette croyance. Il suggère que l’alignement ne protège pas nécessairement, que la vertu normative n’est pas un bouclier, et que l’ordre mondial n’est pas injuste par accident mais hiérarchique par construction. À partir de là, la rationalité dominante change, la question n’est plus «comment être conforme ?», mais «comment survivre politiquement ?».

Les États du Sud global doivent diversifier leurs alliances par calcul existentiel. Ils doivent réduire les dépendances réversibles demain en leviers de contrainte : monnaies, systèmes de paiement, infrastructures critiques, données, approvisionnements stratégiques. Ils doivent durcir leur appareil sécuritaire au nom de la stabilité préventive — non par goût de l’autoritarisme, mais parce qu’un monde où la tutelle est pensable rend la fragilité interne dangereuse. La mondialisation, autrefois promesse de convergence, se reconfigure en espace de vulnérabilité.

L’universalisme occidental cesse d’être une promesse crédible pour devenir un récit parmi d’autres. Cela peut produire deux trajectoires opposées. La première est défensive : repli, fragmentation, cynisme, où la politique devient une gestion permanente du risque d’ingérence. La seconde est celle de l’émergence d’un Sud global plus conscient de lui-même, moins demandeur de reconnaissance, plus soucieux de bâtir des équilibres autonomes — régionaux, financiers, technologiques. Des pays comme le Brésil ou l’Inde, via les Brics+, accélèrent déjà leurs alliances alternatives, avec une augmentation de 25% des échanges intra-Sud en 2025 selon la Banque mondiale, signe d’une multipolarité émergente qui défie l’hégémonie occidentale.

Économie mondiale

Le premier effet de cet épisode vénézuélien est que les investisseurs ne se demandent plus seulement si un projet est rentable, mais s’il est exposable à une requalification juridique, à une sanction, à une tutelle soudaine, à une «gestion» externe. Les chaînes de valeur se régionalisent, la redondance remplace l’optimisation, et la liquidité se concentre dans les juridictions perçues comme«amies». Ce mouvement n’est pas idéologique ; il est prudentiel. Mais la prudence, à l’échelle globale, renchérit le capital et ralentit la productivité.

La finance internationale, elle, réagit par rétrécissement de l’horizon. Le temps long — celui des infrastructures, de l’énergie, de l’éducation, de la transformation productive — devient plus difficile à financer quand la souveraineté peut être suspendue et les actifs requalifiés. Les flux se raccourcissent, les garanties se multiplient, les conditions se durcissent. Les pays perçus comme «exposés» paient plus cher leur dette, voient leurs IDE se raréfier ou se politiser, et apprennent que la discipline macroéconomique ne suffit plus à compenser le risque d’exception.

Le Venezuela devient alors un laboratoire involontaire. Non pas pour ses fondamentaux — déjà fragiles — mais pour ce qu’il autorise à penser ailleurs : que des actifs stratégiques puissent être administrés au nom de la stabilité, que des contrats soient relus à l’aune d’une tutelle, que la gouvernance d’un pays devienne une variable de valorisation. À partir de là, les marchés internalisent un principe simple qui est que la géopolitique n’est plus un choc exogène, c’est une hypothèse permanente.

Ainsi, l’enjeu économique de cette séquence dépasse le cas vénézuélien. Il tient en une phrase : plus la puissance politise l’ordre international, plus le monde devient coûteux. Coûteux en capital, en temps, en croissance potentielle. La stabilité obtenue par l’exception se paie d’une instabilité diffuse, intégrée dans les prix, les contrats et les anticipations. Et cette facture, comme toujours, est d’abord réglée par ceux qui vivent loin du centre de décision — là où la règle était censée compenser l’absence de puissance. Selon le FMI, cette géopolitisation pourrait réduire la croissance mondiale de 1,5% par an, avec les pays émergents supportant 60% du fardeau, exacerbant les inégalités et risquant des soulèvements comme ceux vus en 2024 au Sri Lanka et au Pakistan.

Le droit subsiste, mais il n’arbitre plus l’exception

Face à l’enlèvement de Maduro, l’Onu apparaît dans sa vérité contemporaine structurellement impuissante lorsque l’exception est assumée par les puissants. Les textes existent, les principes sont clairs, l’indignation est possible ; pourtant, quand la coercition est requalifiée en «police» et la tutelle en «gestion», l’Onu ne tranche plus — elle consigne. Le Conseil de sécurité devient un théâtre de récits concurrents où le veto fige le droit au moment précis où il devrait agir. Cette scène n’est pas singulière, elle se répète de Ukraine à Gaza, partout où les intérêts vitaux des grandes puissances se heurtent. Là aussi, les résolutions s’empilent, les condamnations se répondent, mais l’arbitrage se dérobe. Ce n’est pas un effondrement spectaculaire ; c’est une neutralisation silencieuse du droit par saturation politique.

À horizon dix à quinze ans, le monde qui se dessine n’est ni celui du chaos pur, ni celui d’un ordre stabilisé. C’est un monde plus dur, plus cher, plus hiérarchique. Les conflits n’y seront pas nécessairement plus nombreux, mais plus localisés, plus ambigus, plus difficiles à contenir. Le droit continuera d’exister, mais comme ressource argumentative, non comme barrière. Les économies fonctionneront, mais sous prime géopolitique permanente. La paix, quand elle existera, sera moins le produit des règles que de la fatigue des puissants. Ce monde-là ne s’effondre pas, il s’use.

Pourtant, l’Onu pourrait renaître via une réforme élargissant son Conseil de Sécurité et supprimant le droit de véto au sein de celui-ci. Sans cela, elle risque de devenir un vestige, comme la Société des Nations post-1919.

Elections de mi-mandat, novembre 2026

Il faut enfin introduire une variable politique décisive, celle du temps électoral américain. La réactivation d’une doctrine Monroe opérationnelle repose sur une fenêtre politique étroite, fragile, et potentiellement réversible. À l’approche des élections de mi-mandat aux États-Unis, plus de deux cents sondages nationaux et locaux convergent vers un constat défavorable aux Parti républicain : perte de la Chambre, Sénat incertain, et surtout érosion du mandat politique nécessaire pour assumer une doctrine de puissance aussi coûteuse symboliquement. Or la doctrine Monroe n’est pas une politique de consensus ; c’est une doctrine clivante, qui exige continuité, crédibilité et acceptation durable des coûts normatifs. Une alternance — ou même une majorité divisée — suffirait à la fragiliser, car elle expose immédiatement ses contradictions : contradiction entre primauté régionale et alliances globales, entre discours de droit et pratiques d’exception, entre leadership moral revendiqué et tutelle assumée. À cela s’ajoutent d’autres forces de rappel, la fatigue stratégique de l’électorat, la priorité donnée aux enjeux domestiques (inflation, dette, immigration), et la pression des milieux économiques, peu enclins à soutenir une doctrine qui politise les marchés et renchérit durablement le coût du capital. Autrement dit, la doctrine Monroe réactivée pourrait bien être un pari de fin de cycle : spectaculaire à court terme, mais structurellement vulnérable à la sanction démocratique. Dans l’histoire américaine, les doctrines durables sont celles qui survivent aux alternances ; celles qui disparaissent avec les majorités révèlent moins une stratégie qu’un moment politique.

Ces élections pourraient marquer un tournant, similaire à 1974 post-Watergate, où l’Amérique réaffirme son attachement aux normes, ou au contraire accélérer le déclin, comme en 1930 avant l’isolationnisme.

Au terme de cet article, les risques de guerres ne sont pas seulement ceux liés à des enchaînements de crises, mais d’un glissement de civilisation. Un monde où la force se rebaptise droit, est un monde qui abaisse le seuil de la guerre, multiplie les rapports de sujétion et prépare des conflits d’autant plus violents qu’ils auront été longtemps normalisés.

L’enlèvement de Nicolás Maduro n’est pas en soi la cause de ces périls ; il en est le signal. Car lorsque la souveraineté devient conditionnelle, lorsque le droit cesse de contenir la puissance, lorsque les hiérarchies cessent d’être dissimulées, alors la rivalité stratégique se mue en lutte existentielle.

Les guerres ne naissent pas seulement de l’agression, mais de l’échec collectif à maintenir des limites crédibles; les dominations ne durent qu’au prix d’un ressentiment accumulé ; et les civilisations échouent moins par faiblesse que par excès de certitude.

En croyant sécuriser l’ordre international par l’exception, on fragilise ce qui rendait encore la coexistence possible. L’histoire nous enseigne qu’un monde qui accepte facilement la domination finit par découvrir que la paix sans règles n’est jamais qu’une guerre différée.

Sommes-nous prêts à vivre dans un monde où la paix dépend moins du droit que de la patience des puissants ?

* Economiste, banquier et financier.  

L’article Du Venezuela au reste du monde | L’âge des dominations est apparu en premier sur Kapitalis.

❌
❌