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Heute — 29. Mai 2026Haupt-Feeds

Tunisie-Italie-Afrique : le triangle prometteur de la coproduction industrielle

29. Mai 2026 um 15:59

Un partenariat industriel tuniso-italien générant un taux de valeur ajoutée locale d’au moins 35 % en Tunisie permet un accès préférentiel aux marchés africains membres du Comesa et de la Zlecaf. C’est ce qu’a affirmé Anis Basti, chef du bureau du Cepex à Milan, lors de l’événement « Afrisiciliana », organisé du 24 au 26 mai 2026 à Monreale, en Sicile, à l’occasion de la Journée mondiale de l’Afrique (25 mai).

Intervenant dans le cadre d’un panel consacré à la Tunisie et inauguré par le consul de Tunisie à Palerme, Mohamed Ali Mahjoub, Basti a souligné les opportunités offertes par le partenariat triangulaire Tunisie-Italie-Afrique subsaharienne. Il a notamment mis en avant les perspectives de la coproduction industrielle destinée aux marchés africains grâce aux accords du Comesa et de la Zlecaf.

Le responsable du Cepex a également insisté sur les avantages comparatifs de la Tunisie, qui en font un partenaire stratégique pour l’Italie. Il a rappelé les performances des exportations tunisiennes, plaçant la Tunisie parmi les principaux fournisseurs de l’Italie en dattes Deglet Nour, artichauts frais, tomates séchées et huile d’olive en vrac. Par ailleurs, la manifestation a été marquée par la présence de stands dédiés à l’artisanat tunisien installés sur le parvis de la mairie de Monreale.

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Gestern — 28. Mai 2026Haupt-Feeds

Plus de 25 milliards de dinars d’avoirs nets en devises ou 105 jours d’importation

Le cumul des recettes touristiques et des revenus du travail ont atteint, au 20 mai 2026, 5,8 milliards de dinars, d’après les chiffres de la Banque centrale de Tunisie (BCT).

Dans les détails, l’institut démission indique que les recettes touristiques ont progressé de 4 %, pour dépasser les 2,4 milliards de dinars, en comparaison avec la même période de 2025. Pour leur part, les revenus du travail ont évolué de 4,9 %, à 3,4 milliards de dinars, contre 3,2 milliards de dinars, une année auparavant.

Du coup, les avoirs nets en devises ont enregistré une forte hausse, passant de 22,5 milliards de dinars (l’équivalent de 98 jours d’importation) au 26 mai 2025, à 25,4 milliards de dinars (soit 105 jours d’importation), actuellement.

Concernant les billets et monnaies en circulation, ils préservent leur tendance haussière, puisqu’ils ont dépassé les 29,4 milliards de dinars, le 25 mai 2026, contre 23,8 milliards de dinars, à la même date de l’année dernière, ce qui représente une augmentation de 23,3%.

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Hajer Chekir : « La mobilité électrique est à la croisée de l’enjeu climatique, économique et de la modernisation du réseau »

28. Mai 2026 um 12:00

Le véhicule électrique ne se limite plus à une mobilité décarbonée : il devient progressivement un maillon du système énergétique. C’est le constat présenté par Hajer Chekir, directrice commerciale de BYD Tunisie, le 21 mai 2026 à Tunis, lors de la 27e édition du Forum de L’Économiste Maghrébin, dans le cadre du panel intitulé « L’impératif stratégique des énergies renouvelables en Tunisie : volatilité des prix des hydrocarbures et transition bas-carbone ».

Pour la responsable de BYD, premier constructeur mondial de véhicules électriques devant Tesla, la mobilité électrique dépasse largement le simple remplacement de la voiture thermique. Elle représente une nouvelle approche de l’énergie. Un véhicule électrique permet de réduire les émissions de CO₂ de 2 à 3 tonnes par an par rapport à un modèle thermique équivalent, tout en diminuant les subventions publiques et la dépendance aux énergies fossiles, dans un contexte marqué par la hausse des prix du pétrole.

Hajer Chekir rappelle surtout qu’un véhicule électrique est avant tout une batterie mobile. Avec le développement massif des énergies renouvelables intermittentes, comme le solaire et l’éolien, la Tunisie aura besoin de capacités de stockage importantes. Les véhicules électriques peuvent ainsi stocker l’électricité lorsqu’elle est abondante puis la restituer au réseau afin d’équilibrer la demande lors des périodes de pointe. Cette technologie n’a plus rien de théorique : des projets pilotes sont déjà en cours en Australie et les expérimentations se multiplient à travers le monde.

Lire aussi : 27e Forum de L’Économiste maghrébin : Le «Dialogue Tunisie-UE n’est jamais clos»

Selon elle, la mobilité électrique répond à trois défis majeurs. Le premier est climatique, avec la décarbonation des transports. Le deuxième est économique, grâce à la réduction de la dépendance aux hydrocarbures importés. Le troisième concerne la modernisation du réseau électrique tunisien. Le véhicule électrique ne servira plus uniquement à se déplacer, il deviendra aussi un outil actif au service du système énergétique.

La fiabilité des véhicules électriques n’est plus ç démontrer

Interrogée sur les difficultés liées à la réglementation et à la tarification, la directrice commerciale a estimé que la technologie ne constituait plus un frein. Les véhicules électriques ont désormais démontré leur fiabilité, leurs performances et leur rentabilité à l’usage. Les principaux défis concernent désormais la sensibilisation et l’accompagnement des consommateurs. Les clients doivent disposer d’informations claires sur les garanties des batteries, BYD propose des garanties dépassant 2 millions de kilomètres, sur l’autonomie et sur le coût total d’utilisation. Il s’agit de démontrer qu’il s’agit d’une solution fiable, simple, ეკონომique, écologique et de plus en plus accessible.

Lire également : Hajer Chekir: « La Tunisie pourrait devenir une vitrine internationale de la transition verte »

Le deuxième défi porte sur l’infrastructure de recharge. Les utilisateurs doivent pouvoir recharger leur véhicule à domicile, ce qui représente 80 % des usages, mais aussi sur les lieux de travail, les grands axes routiers, les centres commerciaux et dans les cafés. Avec la recharge rapide, certains véhicules peuvent désormais récupérer leur autonomie en cinq minutes, soit plus rapidement qu’un plein d’essence classique. La technologie ne constitue donc plus un obstacle.

Le troisième défi, sur lequel Hajer Chekir a salué les avancées de l’État tunisien, concerne le cadre réglementaire. Des incitations fiscales importantes ont déjà été instaurées : exonération des droits de douane et des droits de consommation, TVA réduite à 7 %, identique à celle des véhicules hybrides rechargeables, ainsi qu’exonération de la carte grise.

Ces mesures commencent à produire des résultats concrets. La Tunisie comptait 200 véhicules 100 % électriques en 2024, puis 500 en 2025. Le parc dépasse désormais 750 véhicules électriques. Les parts de marché des véhicules électrifiés ont franchi les 15 % durant les quatre premiers mois de 2026, contre seulement 5 % sur l’ensemble de l’année précédente.

En conclusion, Hajer Chekir appellera à une mobilisation collective pour réussir la transition énergétique. État, banques, constructeurs et entreprises énergétiques doivent agir conjointement afin d’accompagner l’essor de la mobilité électrique. Selon elle, celle-ci entre désormais dans une phase d’adoption de masse : ce n’est plus une perspective lointaine, mais une réalité déjà engagée, porteuse d’un modèle à la fois écologique et économiquement soutenable pour la Tunisie.

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La BAD recommande à la Tunisie de diversifier ses partenaires financiers

Face à la fragmentation mondiale et au resserrement des financements concessionnels, la Tunisie doit diversifier ses partenaires et s’appuyer davantage sur les garanties multilatérales, les financements mixtes et la mobilisation stratégique de la diaspora, a fait ressortir le rapport sur les Perspectives économiques en Afrique 2026 (PEA 2026).

Présenté mardi 26 mai à Brazzaville, en République du Congo, lors des Assemblées annuelles du Groupe de la Banque africaine de développement (BAD), organisées du 25 au 29 mai 2026, le rapport a rappelé des principaux risques auxquels la Tunisie fait face.

Il s’agit notamment de la lenteur des progrès en matière de réformes structurelles, la faiblesse de la demande européenne, le conflit au Moyen-Orient, les pressions sur la dette publique, la volatilité des prix de l’énergie et l’intensification des chocs climatiques.

Pour atténuer ces risques, le rapport a mis l’accent sur la nécessité de mobiliser davantage de financements extérieurs au moyen de garanties partielles, améliorer l’efficacité des dépenses et la gouvernance des entreprises publiques et promouvoir le développement du secteur privé afin de créer des emplois.

Par ailleurs, la stabilisation du cadre macroéconomique offre une opportunité de renforcer la mobilisation des ressources, selon le PEA. Dans ce cadre, le rapport a précisé que l’élargissement de la marge de manœuvre budgétaire passe par l’élargissement de l’assiette fiscale, la restructuration des entreprises publiques, l’accélération de l’exécution des investissements publics et l’intensification de la lutte contre la fuite des capitaux. La mobilisation des financements nationaux dépend de la capacité du système bancaire à limiter l’éviction du crédit au secteur privé et à soutenir le développement de la Bourse de Tunis et du marché obligataire national.

Et d’ajouter que la mise en place d’un système financier intégré nécessite de réduire les coûts d’intermédiation et de renforcer la résilience bancaire (gestion des risques et des actifs).

Il a préconisé également, de moderniser la gestion de la dette, de renforcer la supervision financière, développer un marché secondaire des titres d’État et mettre en place des mécanismes concrets de partage des risques avec les partenaires internationaux.

Et de conclure que trois priorités sont à adopter, à savoir l’interconnexion des bases de données fiscales, l’automatisation des contrôles de la TVA et la lutte contre l’économie informelle, la création d’un guichet de financement mixte pour structurer les partenariats public–privé et attirer les capitaux privés ainsi que l’adoption d’une stratégie visant à mobiliser la diaspora en orientant une partie des transferts vers des investissements productifs.

Le tourisme et les exportations industrielles au rendez-vous

Il convient de noter que la croissance de la Tunisie devrait atteindre 2,1 % en 2026 et 2,8 % en 2027, portée par la dynamique du secteur touristique et la reprise des exportations industrielles, selon les prévisions des PEA 2026.

La politique monétaire devrait rester prudente, afin de maintenir l’inflation à 5,7 % en 2026 et à 5,4 % en 2027, tout en gérant la rareté des liquidités intérieures et en préservant la stabilité du dinar tunisien.

Sur le plan budgétaire, les pressions devraient rester fortes, le déficit étant estimé à 6,1 % du PIB en 2026 et à 5,6 % du PIB en 2027. Le déficit courant devrait atteindre 5,3 % du PIB en 2026, a fait ressortir le rapport.

La même source a rappelé le léger redressement de l’économie tunisienne en 2025, avec une croissance du PIB réel de 2,5 %, contre 1,5 % en 2024, portée par l’agriculture, le secteur des phosphates, la construction et le tourisme.

Du côté de la demande, la croissance a été portée par la consommation privée et les exportations, tandis que l’investissement est resté faible en raison de contraintes de financement, liées à une marge de manœuvre budgétaire limitée et à un environnement des affaires peu attractif.

L’inflation a reculé de 7 % à 5,3 %, ce qui a permis à la Banque centrale de Tunisie (BCT) d’abaisser progressivement, son taux directeur à 7 % début 2026, a-t-on rappelé.

Cependant, la dépendance du trésor à l’égard de financements exceptionnels de la BCT accentue la pression sur les équilibres macroéconomiques. Le déficit courant s’est réduit à 5,2 % du PIB en 2025, grâce à l’amélioration du recouvrement des recettes et à la baisse des subventions énergétiques.

Le PEA est le rapport annuel phare du Groupe de la BAD. Il examine de quelle manière l’Afrique peut mobiliser des capitaux à grande échelle pour renforcer sa résilience, accélérer sa transformation structurelle et financer ses ambitions de développement dans un contexte de tensions géopolitiques croissantes, de resserrement des conditions financières mondiales et de besoins croissants en matière de financement du développement.

Son lancement a réuni des dirigeants mondiaux, des décideurs politiques, des partenaires au développement, des investisseurs, des représentants de la société civile et des dirigeants du secteur privé, pour discuter des perspectives économiques et des priorités de financement de l’Afrique.

Il offre une plateforme pour présenter ces conclusions et recommandations à un large public international et façonner le débat politique sur la mobilisation efficace et le déploiement efficient des capitaux, selon la BAD.

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Industrie en Afrique : la Tunisie dans le top 5 manufacturier

La Tunisie a figuré dans le top cinq des principaux pays africains manufacturiers en occupant le quatrième rang de l’Indice de l’industrialisation en Afrique (IAA), dans sa deuxième édition publiée, lundi, par le Groupe de la Banque africaine de développement (BAD) à l’occasion de ses Assemblées annuelles qui se tiennent du 25 au 29 mai 2026, à Brazzaville, en République du Congo.

Selon ce rapport, le Maroc occupe le premier rang, tandis que l’Egypte occupe la troisième place, suivi de la Tunisie et de l’île de Maurice successivement aux quatrième et cinquième places.

L’Afrique du Sud est le seul pays subsaharien à rivaliser avec les pays d’Afrique du Nord, en occupant la deuxième place, a fait ressortir le même rapport.

L’IIA 2025 a fait ressortir que quelque 41 des 54 pays africains ont amélioré leurs scores en matière d’industrialisation et que 26 des 54 pays se situent au-dessus de la moyenne calculée pour l’ensemble du continent. La plupart des pays de la région du Nord de l’Afrique figurent parmi les pays les mieux classés (avec un score supérieur à la moyenne africaine), à l’exception de la Libye et de la Mauritanie.

En effet, l’Afrique de l’Ouest, l’Afrique centrale et l’Afrique de l’Est accusent encore un retard par rapport à l’Afrique du Nord et à l’Afrique australe, où se trouvent les principaux pôles industriels du continent, à savoir l’Afrique du Sud, l’Égypte et les pays du Maghreb.

D’après le rapport, l’industrialisation reste la voie la plus prometteuse pour permettre à l’Afrique de mener à bien sa transformation structurelle, de créer des emplois productifs à grande échelle, de diversifier ses exportations, de renforcer sa résilience économique et d’assurer sa prospérité à long terme.

Et d’ajouter que dans un environnement économique mondial en rapide évolution, marqué par un réalignement géopolitique, des bouleversements technologiques, une transition climatique ainsi qu’une restructuration des chaînes d’approvisionnement, l’urgence pour l’Afrique de s’industrialiser n’a jamais été aussi grande.

Malgré l’intérêt croissant des décideurs politiques et le regain d’intérêt pour la politique industrielle à l’échelle du continent, la transformation industrielle de l’Afrique reste incomplète, a fait remarquer la même source.

Bien que la valeur ajoutée de l’industrie manufacturière ait augmenté régulièrement en termes absolus, passant de 285 milliards de dollars en 2020 à 351 milliards de dollars en 2025, le continent continue de représenter moins de 2 % de la production manufacturière mondiale et seulement 1,4 % des exportations mondiales de produits manufacturés.

La valeur ajoutée de l’industrie manufacturière par habitant de l’Afrique reste inférieure aux niveaux d’avant 2014, ce qui montre que la croissance industrielle ne s’est pas encore traduite par une transformation structurelle généralisé, selon le rapport.

Le défi de l’industrialisation de l’Afrique ne réside plus dans la conception de stratégies, mais dans leur mise en œuvre efficace à plus grande échelle. Le continent recèle des fondements démographiques, géographiques et institutionnels ainsi que des ressources nécessaires à l’industrialisation.

Toutefois, la réalisation de son potentiel dépendra d’une meilleure coordination des politiques, des institutions plus efficaces, d’une coopération régionale plus étroite et des investissements soutenus à long terme.

Le rapport a recommandé de favoriser la transition d’initiatives de production isolées à des écosystèmes industriels intégrés, ancrés dans des chaînes de valeur régionales, des plateformes industrielles stratégiques, des infrastructures de production et une compétitivité fondée sur l’innovation afin de parvenir à l’industrialisation en Afrique.

Cette transition exige une coordination plus forte des politiques, une intégration régionale plus poussée, une participation accrue du secteur privé et des investissements nettement plus importants dans les secteurs productifs, selon la même source.

Publié pour la première fois en novembre 2022, l’Indice de l’industrialisation en Afrique (IIA) vise à suivre les tendances de l’industrialisation à travers l’Afrique.

Cette deuxième édition de l’Indice 2025 de l’IIA fournit une évaluation exhaustive du développement industriel dans les 54 pays africains sur la période 2010-2024.

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L’économie informelle en Tunisie : un manque à gagner de 25 milliards de dinars par an

27. Mai 2026 um 06:00

Entre 35 et 40 % du PIB tunisien, soit 60 à 70 milliards de dinars, échappent chaque année au radar fiscal. Le manque à gagner pour l’État est estimé à 25 milliards de dinars annuels. Derrière ce chiffre vertigineux, un système entretenu par une complicité, mais surtout la pression fiscale et l’absence d’intégration régionale.

Pour en savoir davantage, L’Economiste maghrébin a sondé un certain nombre d’économistes qui livrent un diagnostic sans complaisance du phénomène et des pistes de sortie concrètes.

Pour planter le décor, l’un de nos vis-vis  rappelle que l’économie informelle existe partout dans le monde, mais « son ampleur tunisienne tient moins à une fatalité culturelle qu’à un contexte économique hérité de longue date sur fond de choix politique assumé ». Et de poursuivre : « Sous Bourguiba comme sous Ben Ali, explique-t-il, le commerce parallèle (notamment transfrontalier avec la Libye et l’Algérie) était délibérément contenu et relativement épargné pour éviter toute explosion sociale ». Les opérateurs informels représentaient souvent un maillon dans la chaîne d’information, remontant des renseignements vers l’administration en échange d’une tranquillité tacitement garantie. « Un clientélisme diffus qui achetait la paix sociale à bon compte ».

 

Lire aussi : Le commerce parallèle : un fléau pour le secteur du prêt-à-porter en Tunisie

 

Un autre invité poursuit dans le même sens en soulignant que cette logique perdure. Pour illustrer ses dires, il cite le marché de Moncef Bey. Chaque dimanche, des files de voitures s’étirent sur quatre à cinq kilomètres. Sous forme de boutade, il déclare : « L’économie informelle tunisienne, qui a pignon sur rue, n’a, en réalité, rien de souterrain ».

De grands opérateurs, pas de petits débrouillards

Les invités de L’Economiste maghrébin poussent leur analyse et soulignent : « Il convient de ne pas se méprendre sur la nature des acteurs qui tiennent les leviers de commande. Derrière les petits revendeurs à la sauvette se dissimulent de grands opérateurs dotés d’une assise financière solide, de réseaux de distribution étendus et d’une parfaite connaissance des failles législatives. Ce sont eux les véritables bénéficiaires du système », affirment-ils.

« Certains acteurs du secteur formel recourent eux-mêmes au marché parallèle pour écouler une partie de leur production, tant la frontière entre les deux sphères est poreuse. Le secteur informel n’est pas le seul en cause. De nombreuses, qui figurent dans les tablettes de l’administration, ne déclarent pas la totalité de leurs revenus, pratiquent la double comptabilité ou règlent leurs transactions en espèces. L’évasion fiscale déborde largement du seul secteur clandestin ».

Les quatre moteurs qui alimentent le système

Une fiscalité confiscatoire. L’impôt sur les sociétés avoisine 25 à 30 %, auquel s’ajoutent des charges sociales proches de 40 % : verser cent dinars nets à un salarié en coûte entre cent vingt et cent quarante à l’employeur, détaillent nos économistes. Mais ce qui semble gêner nos interlocuteurs, ‘est la nouvelle loi sur l’embauche, parce que recruter devient une équation périlleuse en Tunisie. Mais ce n’est pas tant la pression fiscale qui dérange le plus. L’ennui est que «… ce que l’État prélève, il ne le restitue pas en services publics de qualité : routes dégradées, hôpitaux défaillants, école publique en déshérence. Le sentiment d’un impôt sans contrepartie nourrit puissamment chez certains le refus de se conformer », dénoncent nos invités.

 

Lire également : Relance, entre le poids de la dette et le choc de la fiscalité

 

Ensuite, une législation du travail inadaptée. L’obligation de recruter en contrat à durée indéterminée (CDI), y compris pour des activités saisonnières – qui sont du reste nombreuses -, condamne de nombreux petits entrepreneurs à basculer dans l’informel. Les politiques salariales uniformes aggravent le problème : une augmentation généralisée de 6 % appliquée sans discernement peut sonner le glas des plus petites structures, incapables de l’absorber, et les précipiter dans la clandestinité, expliquent les sondés de L’Economiste maghrébin.

Une fiscalité indirecte punitive. Les droits de douane sur les véhicules automobiles atteignent 300 à 400 % : un tel niveau engendre mécaniquement des trafics organisés. Il en va de même pour la TVA et les taxes frappant des produits de consommation courante – café, thé, lait entre autres – qui alimentent des flux transfrontaliers que nulle force de sécurité ne peut endiguer durablement.

Le différentiel de prix avec les voisins. Tant que le carburant algérien ou libyen reste deux fois moins cher qu’en Tunisie, le trafic à la frontière demeurera structurellement rentable. Chaque hausse du prix à la pompe décidée à Tunis élargit l’écart et stimule davantage la contrebande. « Le marché se venge toujours des distorsions tarifaires excessives, et il en va de même pour tous les produits soumis à une fiscalité sans commune mesure avec celle des pays voisins », résume l’un de nos interlocuteurs.

Le piège invisible de l’informalité

En pédagogues, les économistes sondés par L’Economiste maghrébin expliquent que l’opérateur informel lui-même paie un prix élevé pour sa clandestinité. Car, « exclu du circuit bancaire, il ne peut contracter aucun crédit ni présenter la moindre garantie. Il est par ailleurs exposé au racket d’une chaîne d’intermédiaires (agents municipaux, forces de l’ordre, responsables locaux) dont les exigences ne cessent de croître, au gré des changements d’interlocuteurs et des surenchères hiérarchiques. Or s’acquitter de l’impôt lui reviendrait souvent bien moins cher. Une fois en règle, il disposerait d’un accès au financement bancaire qui lui permettrait de développer son activité dans des conditions sans commune mesure avec sa situation actuelle ».

Cela étant, les analystes interrogés par L’Economiste maghrébin soulignent par ailleurs que l’économie informelle pose un problème d’équité jugé inacceptable. Selon eux, le cadre moyen qui s’acquitte scrupuleusement de ses impôts voit son enfant privé d’une bourse d’études au motif que ses revenus déclarés dépassent le plafond requis. Dans le même temps, le grand opérateur de l’informel, officiellement sans revenus mais réellement fortuné, bénéficie des mêmes aides sociales, emprunte les autoroutes financées par les contribuables et scolarise ses enfants dans des établissements publics sans jamais avoir contribué au système. Ce sont les pauvres qui financent les riches. Une telle iniquité mine le consentement à l’impôt de ceux qui s’y soumettent encore, regrettent-ils.

Sortir de l’impasse : progressivité, amnistie, confiance

Cependant, les économistes enquêtés récusent toute approche répressive : la contrainte est vouée à l’échec. La voie de sortie passe d’abord par des arrangements fiscaux, effaçant le passif sans condition, pour restaurer la confiance entre opérateurs et administration. Sans ce préalable, aucune régularisation volontaire ne pourra réussir, affirment-ils. La question ne peut être résolue que lorsque le secteur formel serait perçu plus attractif que l’informel.

Ils préconisent ensuite une intégration graduelle sur dix ans, par paliers progressifs : 5 % la première année, puis une montée en charge régulière jusqu’aux taux de droit commun, à l’image du plongeur qui remonte par paliers pour éviter les accidents de décompression. Ce dispositif permettrait de récupérer environ deux milliards de dinars supplémentaires par an… L’élargissement de l’assiette fiscale qui en résulterait permettrait simultanément de réduire la pression sur les contribuables déjà en règle. En abaissant les charges sociales, l’État perdrait en taux ce qu’il récupérerait en volume, grâce à la création d’emplois supplémentaires et à l’élargissement de la base taxable. Les entreprises, soulagées, pourraient augmenter les salaires nets de leurs employés et stimuler la consommation.

L’intégration maghrébine, levier inexploité

Plus de soixante ans après les indépendances, le Maghreb n’a réussi à instaurer ni zone de libre-échange, ni union douanière, et encore moins un marché commun ni convertibilité mutuelle des monnaies – pourtant réalisable entre pays au développement comparable. Un Tunisien se rendant au Maroc est contraint de convertir ses dinars en euros, puis ses euros en dirhams : une absurdité économique entre voisins. En clair, tant que les écarts de fiscalité et de prix entre pays frontaliers resteront aussi importants, les flux informels transfrontaliers continueront d’alimenter un marché parallèle qu’aucune politique répressive ne pourra durablement tarir. L’intégration par le bas, celle que pratiquent spontanément les populations des régions frontalières, a depuis longtemps devancé l’intégration par le haut que les États n’ont jamais su construire, faute de volonté politique.

 

A lire aussi: Kamel Habbachi : « Sans intégration, le Maghreb perd 2 points de croissance par an »

 

Les économistes interrogés s’inquiètent par ailleurs du fait que l’économie informelle a, pendant un temps, rendu un service paradoxal aux consommateurs tunisiens : en inondant le marché de produits bon marché en provenance de Chine, elle a contribué à stabiliser les prix dans certains secteurs. Mais cette modération a eu son revers : le pays a été submergé de produits de mauvaise qualité, au détriment des consommateurs comme des industriels locaux. Un bénéfice de court terme, donc, qui a masqué un appauvrissement de fond.

Pour finir, ils affirment, du haut de leur science, que l’économie informelle n’est pas une fatalité : elle est le symptôme d’un État qui taxe trop, administre mal et redistribue peu. Par conséquent, les leviers existent et qui se nomment « meilleure régulation fiscale, progressivité, allègement des charges, intégration régionale, notamment en matière d’harmonisation des taxes et droits de douance. Il faut une volonté politique pour les actionner, avant que le manque à gagner ne devienne une hémorragie irréversible ».

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La Tunisie réalisera une croissance de 2,1% en 2026 et 2,8% en 2027 (BAD)

La croissance du PIB de la Tunisie devrait atteindre 2,1% en 2026 et 2,8% en 2027, selon le rapport sur les « Perspectives économiques en Afrique 2026 » (PEA 2026), présenté mardi 26 mai à Brazzaville au Congo, lors des Assemblées annuelles du Groupe de la Banque africaine de développement (BAD), qui ont lieu du 25 au 29 courant.

Pour sa part, l’inflation devrait se situer à 5,7% en 2026 avant de décroître à 5,4 % en 2027, selon les prévisions de la BAD dans son rapport intitulé « Mobiliser des ressources à grande échelle pour le financement du développement de l’Afrique dans un monde fragmenté ».

A rappeler au passage que l’économie tunisienne a enregistré une croissance de 2,5% en 2025, selon les données de l’Institut national de la statistique (INS). Durant les trois premiers mois de 2026, la Tunisie a réalisé une croissance de 2,6 % en glissement annuel, par rapport à la même période de 2025.

Ceci étant, il est à noter que le budget de l’Etat repose sur une série d’hypothèses, dont un taux de croissance à hauteur de 3,3%, durant toute l’année 2026, s’appuyant sur un prix du baril de pétrole à 63 dollars.

« Perspectives économiques en Afrique » (PEA), rapport annuel phare du Groupe de la Banque, examine de quelle manière l’Afrique peut mobiliser des capitaux à grande échelle pour renforcer sa résilience, accélérer sa transformation structurelle et financer ses ambitions de développement dans un contexte de tensions géopolitiques croissantes, de resserrement des conditions financières mondiales et de besoins croissants en matière de financement du développement.

Son lancement a réuni des dirigeants mondiaux, des décideurs politiques, des partenaires au développement, des investisseurs, des représentants de la société civile et des dirigeants du secteur privé pour discuter des perspectives économiques et des priorités de financement de l’Afrique.

Il offre une plateforme pour présenter ces conclusions et recommandations à un large public international et façonner le débat politique sur la mobilisation efficace et le déploiement efficient des capitaux, selon la BAD.

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Décryptage – Quand les prix montent plus vite que les vies : la Tunisie face à une inflation qui ne dit pas son nom

26. Mai 2026 um 06:36

Le matin, dans les marchés tunisiens, il existe désormais un silence particulier. Un silence lourd, discret, presque invisible. Celui des familles qui calculent avant de remplir un panier. Celui des commerçants qui s’excusent presque en annonçant un nouveau prix. Celui des retraités qui regardent longuement les étals avant de renoncer à certains produits devenus trop chers. L’inflation n’est pas seulement un indicateur publié par les institutions. Elle est devenue une sensation quotidienne. Une fatigue collective. Une inquiétude qui s’installe dans les conversations familiales, dans les taxis, dans les cafés, jusque dans les regards.

Car lorsque les prix augmentent plus vite que les revenus, ce n’est pas uniquement le pouvoir d’achat qui s’effondre. C’est aussi une forme de confiance sociale. La capacité de se projeter dans l’avenir. Le sentiment que le travail permet encore de vivre dignement.

En Tunisie, le débat économique continue pourtant souvent d’être abordé à travers des mécanismes techniques qui donnent parfois l’impression que l’économie se résume à des tableaux Excel et à des courbes statistiques. Or, derrière chaque point d’inflation supplémentaire, il y a des existences concrètes qui se contractent. Des projets différés. Des sacrifices silencieux. Et surtout une vérité que l’on refuse parfois de regarder en face : l’inflation tunisienne ne relève pas uniquement d’un problème monétaire. Elle est devenue le symptôme d’un modèle économique profondément vulnérable.

L’inflation tunisienne : le miroir d’une dépendance ancienne

Pendant des décennies, une grande partie de la pensée économique dominante a défendu l’idée selon laquelle l’inflation était avant tout une question de monnaie. Trop d’argent en circulation provoquerait mécaniquement une hausse généralisée des prix. Cette vision, largement popularisée par Milton Friedman, a profondément influencé les politiques économiques contemporaines. Dans cette logique, la solution semble évidente : augmenter les taux d’intérêt pour freiner le crédit, ralentir la consommation et calmer l’inflation. Mais la Tunisie ne vit pas une inflation classique de surchauffe économique. Elle traverse une inflation enracinée dans ses fragilités structurelles.

Lorsque les prix internationaux du blé augmentent, la Tunisie subit immédiatement le choc. Lorsque le pétrole flambe, l’ensemble de l’économie est contaminé : transport, production, agriculture, logistique, consommation. Lorsque les chaînes d’approvisionnement mondiales se dérèglent, les tensions apparaissent rapidement sur les marchés locaux. La dépendance aux importations transforme chaque turbulence géopolitique internationale en tension sociale intérieure.

Et cette dépendance n’est pas seulement économique ; elle est devenue psychologique. Chaque crise mondiale rappelle brutalement à quel point le pays reste vulnérable aux décisions, aux conflits et aux spéculations qui se jouent ailleurs.

La pandémie mondiale avait déjà révélé cette fragilité. Puis les tensions géopolitiques internationales ont aggravé les déséquilibres énergétiques et alimentaires. Les coûts du transport maritime ont explosé. Les matières premières sont devenues plus chères. Dans un pays importateur net comme la Tunisie, ces chocs extérieurs pénètrent immédiatement dans la vie quotidienne.

Mais réduire l’inflation tunisienne à une simple inflation importée serait encore insuffisant. Car il existe aussi des fractures internes que l’on évoque souvent à demi-mot.

Les chemins invisibles de la spéculation et des dysfonctionnements

Entre le producteur et le consommateur tunisien, les circuits de distribution ressemblent parfois à un labyrinthe opaque. Les intermédiaires se multiplient. Les coûts s’accumulent. Les marges gonflent. Certaines pratiques spéculatives prospèrent sur les pénuries réelles ou artificielles. L’économie informelle brouille davantage les mécanismes de contrôle et de transparence.

Dans certaines régions, des agriculteurs vendent leurs produits à des prix dérisoires pendant que les consommateurs urbains les achètent à des tarifs exorbitants. Entre les deux, une chaîne entière de dysfonctionnements absorbe la valeur.

Cette situation nourrit une forme d’exaspération sociale diffuse. Car le citoyen finit par avoir le sentiment que les prix ne répondent plus à une logique économique compréhensible. L’inflation devient alors une expérience émotionnelle autant qu’économique. Elle produit de la frustration, de la colère, parfois même un sentiment d’injustice.

Et dans ce contexte, la réponse classique consistant à relever les taux directeurs apparaît de plus en plus déconnectée de la réalité vécue.

Quand le remède risque d’affaiblir davantage le malade

La hausse des taux d’intérêt repose sur une idée simple : rendre l’argent plus cher pour ralentir la demande. Mais que se passe-t-il lorsque la demande est déjà fragile ? Lorsque les ménages réduisent déjà leur consommation par contrainte et non par excès ? Lorsque les entreprises hésitent déjà à investir faute de visibilité ?

En Tunisie, la politique monétaire encore restrictive agit parfois comme un frein supplémentaire sur une économie déjà ralentie. Le jeune entrepreneur qui voulait agrandir son activité découvre des conditions de crédit plus difficiles. La PME qui espérait moderniser ses équipements reporte ses investissements. Le ménage qui rêvait d’acquérir un logement abandonne son projet face à l’explosion des mensualités. L’économie se fige progressivement.

Le paradoxe devient alors cruel : les prix continuent d’augmenter tandis que l’activité ralentit. Cette situation rappelle les grandes crises de stagflation qui ont marqué plusieurs économies dans l’histoire contemporaine. Une inflation persistante combinée à une croissance faible crée un climat économique profondément anxiogène. Les entreprises vendent moins mais paient plus cher leurs coûts de production. Les ménages gagnent relativement moins mais dépensent davantage pour survivre. L’économie cesse alors d’être un espace de progrès pour devenir un espace de résistance.

Le retour des grands débats économiques oubliés

Ce que vit aujourd’hui la Tunisie réactive en réalité des débats intellectuels anciens mais essentiels. Dans les années 1950 et 1960, plusieurs économistes du courant structuraliste latino-américain avaient déjà critiqué l’idée selon laquelle les pays en développement pouvaient combattre l’inflation uniquement par des politiques monétaires restrictives. Pour des penseurs comme Raúl Prebisch (1), les économies périphériques souffraient surtout de déséquilibres structurels : dépendance extérieure, faiblesse industrielle, vulnérabilité commerciale et rigidités productives.

Le cas tunisien illustre aujourd’hui cette réalité avec une force particulière. Une économie qui dépend massivement des importations énergétiques et alimentaires reste exposée à des formes d’inflation que les taux d’intérêt ne peuvent pas réellement neutraliser. On ne résout pas une pénurie de production par une contraction du crédit. On ne corrige pas des infrastructures défaillantes avec des outils monétaires. On ne combat pas des spéculations logistiques uniquement depuis une banque centrale.

Même au niveau international, les certitudes commencent à vaciller. Après les grandes secousses inflationnistes post-pandémie, plusieurs économistes occidentaux ont reconnu que l’inflation contemporaine provenait largement des chaînes d’approvisionnement mondiales, des tensions géopolitiques et des crises énergétiques plutôt que d’une simple surconsommation.

La Tunisie se trouve ainsi au cœur d’une question fondamentale : peut-on continuer à appliquer mécaniquement des recettes économiques standardisées à une réalité profondément spécifique ?

Une société qui s’épuise lentement

Mais les conséquences les plus profondes de l’inflation sont peut-être ailleurs. Elles se nichent dans l’usure psychologique d’une société qui s’adapte en permanence à la hausse des prix. Les familles modifient leurs habitudes alimentaires. Les classes moyennes réduisent leurs loisirs. Les jeunes retardent leurs mariages ou leurs projets immobiliers. Les parents multiplient les arbitrages douloureux entre santé, éducation et consommation courante. Même les petits plaisirs deviennent des calculs.

L’inflation transforme discrètement la manière de vivre. Et lorsque cette situation dure, elle finit par altérer le lien social lui-même. La confiance dans les institutions s’effrite. Le sentiment d’ascension sociale disparaît. Le travail semble parfois ne plus suffire pour maintenir une stabilité minimale. Une forme de lassitude collective s’installe progressivement. Dans ce climat, la question économique devient aussi une question politique et morale. Car une société qui ne parvient plus à protéger ses classes moyennes fragilise son équilibre profond.

Repenser le développement avant de simplement combattre les prix

La Tunisie se trouve aujourd’hui devant un choix historique. Continuer à traiter l’inflation uniquement comme un problème monétaire reviendrait à s’attaquer aux symptômes sans toucher aux causes profondes.

Le véritable défi est ailleurs : reconstruire une capacité productive nationale plus solide. Réduire les dépendances stratégiques. Moderniser les infrastructures logistiques. Investir dans l’agriculture, les énergies renouvelables et l’industrie locale. Réorganiser les circuits de distribution. Restaurer une forme de souveraineté économique. Cela exige une vision à long terme, à contre-courant des logiques de gestion immédiate. Car au fond, l’inflation tunisienne raconte une histoire plus vaste que celle des prix. Elle raconte les fragilités d’un modèle économique longtemps fondé sur la dépendance, la consommation importée et la vulnérabilité extérieure. Elle révèle aussi les limites d’une époque où l’on croyait que les banques centrales pouvaient, à elles seules, réguler les déséquilibres sociaux et économiques.

Aujourd’hui, la Tunisie ne se confronte pas uniquement à une poussée inflationniste passagère. Elle est surtout placée devant une question fondamentale et historique : quel modèle de développement économique souhaite-t-elle bâtir pour les générations futures et pour les décennies à venir ?

Et peut-être que la véritable réponse à l’inflation ne se trouve pas uniquement dans les taux d’intérêt, mais dans la capacité collective à produire davantage, à dépendre moins, et surtout à redonner aux citoyens une chose devenue rare : la confiance dans demain.

 

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Références :

(1)  Raúl Prebisch (1901–1986) est l’un des grands penseurs du développement économique et le principal représentant du courant structuraliste latino-américain. Il est surtout connu pour la thèse de Singer-Prebisch, élaborée avec Hans Singer, selon laquelle les pays en développement subissent une dégradation progressive des termes de l’échange dans le commerce mondial.

Selon cette théorie, les pays de la « périphérie » exportent principalement des matières premières à faible valeur ajoutée, tandis que les pays du « centre » exportent des produits industriels et technologiques plus coûteux. Avec le temps, les prix des matières premières augmentent moins vite que ceux des produits manufacturés, obligeant les pays en développement à exporter davantage pour importer la même quantité de biens industriels. Cette dynamique entretient une dépendance structurelle et freine le développement économique autonome.

Les travaux de Prebisch ont fortement influencé la théorie de la dépendance et ont servi de fondement aux politiques d’industrialisation par substitution aux importations (ISI), qui visaient à protéger les industries nationales naissantes afin de réduire la dépendance extérieure.

Sur le plan institutionnel, il fut le premier gouverneur de la Banque centrale d’Argentine, directeur de la CEPAL (Commission économique pour l’Amérique latine et les Caraïbes) entre 1950 et 1963, puis premier secrétaire général de la CNUCED entre 1965 et 1969. Son héritage intellectuel demeure central dans les débats contemporains sur les inégalités Nord-Sud, la souveraineté économique et les stratégies de développement des pays émergents.

 

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* Dr. Tahar EL ALMI,

Economiste-Economètre.

Ancien Enseignant-Chercheur à l’ISG-TUNIS,

Psd-Fondateur de l’Institut Africain

D’Economie Financière (IAEF-ONG)

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Assurances en Tunisie : le chiffre d’affaires du secteur dépasse 1,4 milliard de dinars

25. Mai 2026 um 16:04

Le secteur des assurances en Tunisie a enregistré une croissance soutenue au premier trimestre 2026, avec un chiffre d’affaires global en hausse de 10,5 %. Il atteint 1,401 milliard de dinars; contre 1,2685 milliard un an auparavant. C’est ce que révèlent les données du Comité général des assurances (CGA).

Dans le même temps, les indemnisations versées aux assurés ont fortement progressé de 18,4 %, pour s’établir à 585,4 millions de dinars; contre 494,4 millions de dinars au premier trimestre 2025.

L’assurance-vie s’est distinguée comme principal moteur de cette croissance. Son chiffre d’affaires a augmenté de 16,2 %, passant de 282,5 à 328,2 millions de dinars. Cette branche représente désormais 23,4 % des primes nettes du secteur.

L’assurance non-vie demeure toutefois dominante avec 76,6 % du marché et un volume d’affaires de 1,073 milliard de dinars, en progression de 8,8 %. L’assurance automobile conserve la première place avec 553 millions de dinars de primes. Soit 39,5 % du marché total. Suit l’assurance maladie qui atteint 222 millions de dinars (+16,4 %) et porte sa part de marché à 15,8 %.

Les autres segments affichent également des évolutions positives. Ainsi, l’assurance incendie progresse de 5,8 % à 157,6 millions de dinars. Le transport augmente de 8,2 % à 29,7 millions de dinars. Tandis que l’assurance agricole enregistre une hausse de 14,7 %. Bien qu’elle reste marginale avec 2,7 millions de dinars de primes.

De son côté, la Société Tunisienne de Réassurance (Tunis Re) voit son chiffre d’affaires se stabiliser à 77,3 millions de dinars, en légère hausse de 1,2 %.

Sur le volet des indemnisations, l’assurance-vie affiche la plus forte progression avec une hausse de 45,1 %, à 172,3 millions de dinars, représentant près de 29,4 % des indemnisations totales du secteur. Les indemnisations de l’assurance non-vie ont, quant à elles, augmenté de 10 % pour atteindre 413,1 millions de dinars, dont 226,8 millions liés à l’automobile et 139,8 millions à l’assurance maladie, en hausse de 17,6 %.

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Mohamed Ali Toumi élu à la tête de la FTAV

25. Mai 2026 um 11:22

La Liste Verte, présidée par Mohamed Ali Toumi, remporte les élections de la Fédération Tunisienne des Agences de Voyages et de Tourisme (FTAV); et ce, pour le mandat allant de 2026 à 2030. L’annonce officielle de cette victoire a été faite à l’issue des opérations de vote et de dépouillement.

Ce scrutin s’est déroulé le samedi 23 mai 2026 lors de l’Assemblée générale élective de la FTAV. L’événement a enregistré la participation et la présence de 532 votants.

Ainsi, le nouveau bureau de la fédération pour les quatre prochaines années associe, aux côtés du président, Mesdames et Messieurs Kamel Zohra, Nada El Ghozi, Abdelaziz Ben Aissa, Khouloud Khairi, Zied Felfoul, Manel Mheiri, Anis Souissi et Lotfi Braham.

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Attijari Assurance inaugure son nouveau siège à Tunis  

23. Mai 2026 um 13:00

Attijari Assurance a inauguré, le 21 mai 2026 à Tunis, ses nouveaux locaux lors d’une cérémonie officielle en présence de plusieurs responsables du groupe.

L’événement a réuni notamment Boubker Jaï, président de Wafa Assurance, ainsi qu’Adil Bouifrouri, directeur exécutif en charge de l’international, aux côtés des équipes de Casablanca et de Tunis.

Créée en 2012, Attijari Assurance est une société d’assurance vie, filiale de Wafa Assurance et du groupe Attijari Bank Tunisie. Elle a démarré la commercialisation de ses produits en 2013, principalement via le réseau d’agences d’Attijari Bank.

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Lancement du Cercle d’affaires Tunisie-Argentine

23. Mai 2026 um 11:43

Une hirondelle ne fait pas le printemps, mais elle l’annonce. La cérémonie de lancement du « Cercle d’affaires Tunisie-Argentine », qui s’est tenue, vendredi 22 mai 2026, à la résidence argentine à Tunis sous la houlette du maître des céans Son Excellence monsieur l’ambassadeur de José Maria Arbilla constitue un temps fort des relations entre les deux pays.

La composition du groupe, la qualité humaine et professionnelle de ses membres venus d’horizon divers. Un concentré d’actrices et d’acteurs économiques et de talents de la société civile pleinement motivés, engagés et déterminés à hisser le niveau de la coopération sous toutes ses formes entre les deux pays au plus haut niveau. A bien des égards, il est le reflet de la cartographie du nouvel ordre mondial qui se met en place. C’est tout le charme discret et subtil d’une diplomatie en cohérence avec les changements géopolitiques à l’œuvre.

Le “Cercle d’affaires Tunisie-Argentine”, une bonne initiative venue à son heure. Elle est valorisée de surcroît par un choix judicieux, d’une grande pertinence d’un noyau dur des membres actifs qui dénote du degré de connaissance, de familiarité et du désir de l’ambassadeur de jeter un pont de coopération et d’amitié entre les deux pays. Qui -outre le football- ont, en partage énormément d’enjeux et de défis économiques, financiers et environnementaux.

Moment solennel de cette cérémonie très conviviale, le discours de José Maria Arbilla sous le regard radieux de son épouse. Une ode à la gloire des relations Tunisie-Argentine. Une démonstration en temps réel de ce que la diplomatie économique, frappée du sceau de la sincérité et aux couleurs humaines, veut dire.

Les grandes marches, dit-on, commencent toujours par un premier pas. Voilà qui est fait. Sûr qu’avec le lancement du “Cercle d’Affaires Tunisie-Argentine, il y aura un avant et un après dans les relations entre les deux pays. Un grand merci Monsieur l’ambassadeur pour cette louable initiative qui fera date dans l’histoire paisible des relations entre les deux pays.

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Tunisie : Ces chantiers dormants qui pourraient sauver l’économie

22. Mai 2026 um 18:00

Des gisements de phosphates inexploités, des parcs solaires financés mais en attente, des ports à moderniser, des quartiers entiers à bâtir : la Tunisie dispose d’un portefeuille considérable de grands projets planifiés depuis des décennies, dont la réalisation a été sans cesse repoussée. Dans sa note Reprise économique en période d’incertitude pour la Tunisie, l’Institut Arabe des Chefs d’Entreprises (IACE) fait de leur déblocage urgent une condition sine qua non de la reprise économique. La crise peut devenir le déclencheur que le pays attendait.

La Tunisie dispose d’un sous-sol qui n’a jamais été pleinement mis en valeur. Les gisements de phosphates de Sra Ouertane et d’autres sites du sud-ouest du pays constituent des réserves considérables dont l’exploitation génèrerait des emplois, des devises et des recettes fiscales dans des régions parmi les plus défavorisées du pays. Dans le secteur des hydrocarbures, le golfe de Gabès et le champ pétrolier et gazier de Ghdamès, partagé avec les pays voisins, recèlent un potentiel productif qui reste largement sous-exploité faute de décisions d’investissement. Ce sont des projets pour lesquels des études ont été réalisées, des fonds ont été mobilisés, et des emprunts extérieurs ont été contractés et sont encore en cours de remboursement, sans que les chantiers n’aient été véritablement lancés.

Les énergies renouvelables : l’opportunité est déjà là

Le secteur des énergies renouvelables représente peut-être l’opportunité la plus immédiatement saisissable. Une nouvelle dynamique s’installe grâce à des investissements directs étrangers qui ont déjà sécurisé leur marché local par des contrats avec la STEG, la société nationale d’électricité. La perspective d’exporter de l’énergie solaire vers l’Italie via la liaison sous-marine ELMED donne à ces projets une dimension stratégique régionale qui les rend particulièrement attractifs pour les financeurs internationaux. L’IACE souligne que cette filière pourrait à terme permettre à la Tunisie de réduire sa dépendance aux importations d’hydrocarbures tout en générant des recettes en devises, deux objectifs devenus prioritaires dans le contexte de la crise iranienne.

L’urbanisme et la logistique, moteurs d’emploi durables

Au-delà des ressources naturelles, l’IACE identifie plusieurs grands projets d’urbanisme dont la réalisation est depuis longtemps inscrite dans les agendas de planification mais demeure en attente de feux verts définitifs. Les projets Lac Sud à Tunis, Sebkhat Ben Ghayada à Mahdia et Taparura à Sfax, ainsi que les programmes de logements sociaux des jardins de Tunis et de Manouba, représentent un potentiel considérable en matière d’emplois dans la construction et de résorption de la crise du logement urbain. Dans le secteur de la logistique, les projets portuaires d’Enfida, l’extension du port de Radès et les ports secs pour conteneurs constituent des infrastructures structurantes pour l’ensemble de l’appareil exportateur tunisien.

La Commission des Grands Projets, outil dormant à réveiller d’urgence

Pour transformer ces projets en réalité, l’IACE appelle à l’activation immédiate de la Commission des Grands Projets, instituée par le décret 2024-497 mais restée sans activité réelle depuis sa création. Cette commission est conçue pour créer une dynamique d’investissement combinant initiative publique et partenariats public-privé, en surmontant les blocages administratifs et interministériels qui paralysent les grands chantiers depuis des années. De même, la commission de restructuration des entreprises publiques, dotée d’une ligne spécifique de 100 millions de dinars pour 2026, devra adopter un agenda précis pour assainir les entreprises publiques qui constituent souvent un frein plutôt qu’un levier pour les projets d’investissement. La crise, conclut l’IACE, peut être une opportunité à condition que les décideurs transforment l’urgence en impulsion réformatrice plutôt qu’en paralysie.

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Bourse en fête, économie en peine : le paradoxe tunisien qui inquiète

22. Mai 2026 um 17:00

La Bourse de Tunis a progressé de 34 % en 2025, puis de 19 % sur les seuls quatre premiers mois de 2026. Pendant ce temps, la croissance économique s’effondre et les entreprises peinent à accéder au crédit. Ce divorce entre la finance et l’économie réelle est l’un des signaux d’alarme les plus inquiétants que relève l’Institut Arabe des Chefs d’Entreprises dans sa note Reprise économique en période d’incertitude pour la Tunisie : quand les investisseurs fuient vers la spéculation, c’est toute la machine productive qui se grippe.

Dans une économie en bonne santé, la progression des indices boursiers reflète la hausse des bénéfices des entreprises cotées, l’anticipation d’une croissance future et la confiance des investisseurs dans le tissu productif. Ce n’est pas ce qui se passe en Tunisie. L’IACE est explicite sur ce point : la flambée de l’indice boursier traduit une réorientation des investisseurs vers les opérations de spéculation, au détriment de l’investissement productif. La raison est mécanique : lorsque l’État absorbe la quasi-totalité des liquidités disponibles dans le système bancaire pour financer son déficit de 16 milliards de dinars, les capitaux privés cherchent des placements alternatifs. La bourse, l’immobilier et d’autres actifs spéculatifs deviennent alors les seuls refuges disponibles.

Le même phénomène est observable dans les données de refinancement bancaire publiées par la Banque centrale de Tunisie : le refinancement des banques a baissé de 18 % sur les quatre premiers mois de 2026 par rapport à la même période de 2025, tandis que l’acquisition de bons du Trésor par le système bancaire a augmenté de 26 % sur la même période. Autrement dit, les banques prêtent moins aux entreprises et achètent davantage de dette publique, un arbitrage financièrement rationnel à court terme mais économiquement destructeur à long terme.

La déconnexion qui fragilise le dinar

Cette déconnexion entre finance et économie réelle a une autre conséquence que l’IACE identifie clairement : l’excédent de liquidités qui ne trouve pas à s’investir dans la production ne disparaît pas. Il alimente une vague inflationniste supplémentaire, au-delà de celle directement provoquée par la hausse des prix internationaux. Une partie se dirige vers la consommation de biens importés, ce qui aggrave le déficit commercial et accélère l’érosion des réserves de change. Une autre partie alimente la spéculation immobilière, faisant grimper les prix des logements dans un pays où l’accès à la propriété est déjà hors de portée pour une grande partie de la population.

Ce que cela révèle sur la structure de l’économie

Au fond, ce paradoxe boursier est le symptôme d’un problème plus profond que la crise iranienne n’a pas créé mais qu’elle amplifie : l’absence de projets d’investissement productif suffisamment attractifs et sécurisés pour mobiliser l’épargne privée locale. Le code des changes restrictif, la lenteur des procédures administratives, l’incertitude juridique et la faiblesse du climat des affaires font que les investisseurs tunisiens préfèrent la rente spéculative à l’entrepreneuriat. C’est précisément ce cercle vicieux que l’IACE appelle à briser par des réformes structurelles dont la mise en œuvre ne peut plus attendre.

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Crédit bancaire : l’étau se resserre sur les entreprises et les ménages

22. Mai 2026 um 16:00

L’État va pomper 12 milliards de dinars dans le système bancaire tunisien pour financer son déficit. Ce que cela signifie concrètement pour les entreprises et les ménages, l’IACE le dit sans détour dans sa note « Reprise économique en période d’incertitude pour la Tunisie » : le financement du secteur privé sera sévèrement contraint. Les banques, prises entre les demandes de l’État et un portefeuille de créances classées à 14,5 %, approchent d’un point de tension.

Pour financer un déficit budgétaire qui devrait atteindre 16 milliards de dinars en 2026, l’État tunisien devra lever 12 milliards de dinars sur le marché intérieur, faute d’accès suffisant aux financements extérieurs. Cette ponction sur le système bancaire exige une croissance de la masse monétaire au sens large de 8,3 %. Or, ce niveau correspond exactement au plafond de liquidités nécessaires pour financer l’ensemble des transactions de l’économie sur la base d’une croissance nominale du PIB de 8 %. La conséquence logique est mathématique : il ne reste pratiquement rien pour financer le secteur privé, c’est-à-dire les investissements des entreprises et les crédits des ménages.

L’IACE constate déjà les premiers signaux de ce resserrement. Le ratio crédits sur dépôts est tombé à 60 % pour certaines banques, soit bien en dessous du plafond réglementaire de 120 %. Ce qui traduit non pas une abondance de ressources, mais une frilosité à prêter dans un contexte de risque accru. En parallèle, les opérations d’Open Market de la Banque centrale ont baissé de 23 % et les opérations de refinancement à long terme ont reculé de 15 % sur les quatre premiers mois de 2026. Un signe que l’institution aurait pu faire davantage pour soutenir la liquidité du système.

Un portefeuille de créances préoccupant

La situation est rendue plus délicate encore par l’état du portefeuille de créances classées des banques tunisiennes, qui atteint actuellement 14,5 %. Soit plus du double de l’objectif de 7 % fixé par la Banque centrale de Tunisie. Ce niveau élevé de créances douteuses immobilise des provisions et réduit la capacité des banques à prendre de nouveaux risques. Et ce, au moment précis où l’économie a le plus besoin de financements.

Les banques affichent par ailleurs un ratio de solvabilité de 14,4 % fin 2024 pour un minimum exigé de 10 %. Et un ratio de fonds propres de base Tier 1 de 11,7 % pour un minimum de 7 %. Ce qui constitue un matelas de sécurité, mais que l’IACE juge insuffisant face à l’ampleur des risques à venir.

Ce que l’IACE recommande aux banques et à la BCT

Pour desserrer l’étau, l’IACE formule plusieurs recommandations précises à l’intention de la Banque centrale et du système bancaire. La première consiste à adopter un plan de report des échéances pour les entreprises mises en difficulté par la crise. A l’image de la flexibilité accordée lors de la pandémie de Covid-19.

La deuxième recommandation porte sur l’autorisation de financements exceptionnels de moyen terme, sur sept ans maximum dont deux ans de grâce et sans provisionnement obligatoire, pour couvrir les besoins de trésorerie urgents des entreprises dont les fonds de roulement ont gonflé sous l’effet inflationniste de la crise.

Ces créances exceptionnelles seraient admissibles en garantie pour les opérations de refinancement sur le marché monétaire.

Enfin, l’IACE préconise de renforcer les fonds propres bancaires en limitant la distribution de dividendes et d’accorder un refinancement à taux bonifié pour des secteurs stratégiques comme la construction et l’habitat, afin de relancer une activité porteuse d’emplois.

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2026, pire que 2022 ? La Tunisie a-t-elle encore une marge ?

22. Mai 2026 um 10:42

Une note intitulée Reprise économique en période d’incertitude pour la Tunisie, a été publiée au printemps 2026 par l’Institut Arabe des Chefs d’Entreprises (IACE). Son diagnostic est sans appel : guerre en Iran, guerre commerciale américaine, ralentissement européen — la Tunisie subit un triple choc simultané qui menace de ramener sa croissance à 1 % seulement en 2026. Soit à peine de quoi absorber sa croissance démographique.

Depuis février 2022, le monde traverse une ère de turbulences structurelles sans équivalent récent. L’invasion de l’Ukraine avait d’abord ébranlé les marchés de l’énergie et des céréales à l’échelle planétaire. Le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche en novembre 2024, avec sa politique tarifaire erratique, avait ajouté une couche d’incertitude commerciale inédite. Puis la guerre en Iran, déclenchée fin février 2026, est venue frapper un système mondial déjà sous tension.

Pour la Tunisie, petite économie ouverte dépendante de ses importations d’hydrocarbures et de céréales, la confluence de ces trois chocs représente un défi d’une ampleur comparable à celui de 2022, mais dans un contexte de marges de manœuvre encore plus étroites.

L’IACE souligne que ce contexte n’est pas qu’une succession de crises conjoncturelles. Il traduit une rupture profonde avec l’ordre économique mondial qui prévalait sous l’égide de l’OMC. Les grandes puissances ont toutes renoué avec le protectionnisme industriel : l’Inflation Reduction Act aux États-Unis; les plans de souveraineté industrielle en Europe; les subventions massives aux entreprises publiques chinoises. Le monde se fragmente en deux blocs, le camp occidental d’un côté, les BRICS+ de l’autre, et la Tunisie doit apprendre à naviguer entre les deux.

Une économie déjà fragilisée avant le choc

La croissance tunisienne connaît un ralentissement continu depuis 2011, aggravé successivement par la pandémie de Covid-19 à partir de 2020, puis par les répercussions de la guerre en Ukraine en 2022 et 2023. Un timide rebond s’était amorcé en 2024 avec 1,6 % de croissance, grâce notamment à de bonnes conditions climatiques qui avaient propulsé la valeur ajoutée agricole de 9 %, puis de 10 % en 2025, contribuant à hauteur d’un point de PIB. Ce sursaut agricole avait permis d’atteindre 2,5 % de croissance en 2025. Mais les institutions internationales, qui anticipaient 2,1 % pour 2026 avant la crise iranienne, devront réviser significativement leurs projections.

La note de l’IACE redoute une stagnation aux alentours de 1 % par an en 2026 et 2027. Trois mécanismes expliquent cette contraction. Tout d’abord la flambée des prix internationaux du pétrole et des céréales pèse directement sur les finances publiques et le pouvoir d’achat. Ensuite, les perturbations des routes maritimes renchérissent les coûts logistiques. Enfin le ralentissement de la croissance européenne pénalise les exportateurs tunisiens qui dépendent massivement de ce marché.

Adapter la stratégie à la nouvelle donne

Face à cette nouvelle donne géopolitique, l’IACE préconise que la Tunisie adopte une stratégie de diversification de ses partenariats commerciaux et politiques.

Concrètement, cela signifie maintenir la coopération historique avec les institutions occidentales comme la Banque mondiale et le FMI. Et ce, tout en exploitant la position géographique du pays pour exporter vers l’Europe de l’énergie solaire et de l’hydrogène vert. En parallèle, la Tunisie devrait renforcer ses partenariats techniques avec des puissances émergentes comme la Turquie et la Corée du Sud. De même qu’il est nécessaire qu’elle s’ouvre davantage à la coopération avec la Chine, via des instruments financiers dédiés aux infrastructures.

Dans un monde fragmenté, la neutralité active et la diversification des alliances constituent la meilleure couverture de risque pour un petit pays ouvert.

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Tarek Cherif : « L’Europe reste une opportunité, mais l’effort doit venir d’abord de nous »

22. Mai 2026 um 09:03

À l’occasion du dîner-débat de la 27ème édition du Forum de L’Économiste Maghrébin, organisé sur le thème des « Soixante-dix ans après l’indépendance de la Tunisie », Tarek Cherif, président de la CONECT International, revient sur l’état du tissu industriel tunisien.

Il rappelle d’emblée que, pour avancer, il faut tenir compte de la réalité quotidienne: “Si l’on ne prend pas en compte cette réalité, je ne vois pas comment nous pourrons progresser ». Tarek Cherif souligne que la Tunisie connaît depuis quelques années un excédent commercial avec ses trois principaux partenaires européens que sont l’Allemagne, la France et l’Italie. C’est le résultat d’efforts soutenus et d’opportunités qu’il convient de garder en mémoire.

Pour autant, beaucoup reste à faire avec l’Europe. S’opposant à ceux qui misent davantage sur la Chine, il estime que le Vieux Continent offre encore d’importantes perspectives. Mais la responsabilité incombe aussi aux acteurs tunisiens : “Il est facile de reprocher aux autres de ne pas faire assez. Chaque opérateur économique doit se demander ‘que puis‑je améliorer pour être plus attractif ?’”. Il se souvient d’un classement de compétitivité suivi il y a vingt‑cinq ans et insiste sur la nécessité de fixer des objectifs annuels gagner dix, quinze ou vingt places en corrigeant chaque année ses points faibles. “Il nous faut un effort continu d’auto‑questionnement pour résoudre les problèmes qui freinent l’investissement et l’emploi”, ajoute‑t‑il.

Quid du secteur l’industriel

Sur l’industrie, domaine auquel il consacre son engagement, Tarek Cherif souligne que celle‑ci crée des richesses et des emplois durables. La Tunisie a le potentiel d’attirer de nombreux acteurs, à condition de remplir des prérequis essentiels. Certaines réformes sont urgentes : l’administration doit se remettre en question, les ports doivent respecter les normes internationales et le système de formation doit mieux répondre aux besoins des entreprises. Autant d’éléments cruciaux pour la compétitivité.

Le patron de la Il estime aussi que le code d’investissement doit rester un outil vivant, régulièrement révisable pour s’adapter à l’évolution du contexte et de la concurrence. “Il n’y a aucune honte à adapter les incitations, y compris en ciblant des régions défavorisées pour attirer des investissements tunisiens et étrangers. C’est du bon sens économique et social”.

Parmi les autres freins majeurs figurent le coût du financement : des taux bancaires souvent compris entre 12 et 15% pour des signatures solides rendent la rentabilité des projets industriels difficile. Il s’agit d’un obstacle pour les investisseurs étrangers comme pour les entrepreneurs tunisiens.

Enfin, M. Cherif plaide pour un recours plus volontaire aux partenariats public‑privé “Pourquoi hésiter ? Le PPP est un instrument utile pour mobiliser des capitaux, partager les risques et accélérer des projets d’infrastructure ou industriels.”

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Plus de 6 milliards de dinars de la BAD investis en Tunisie

22. Mai 2026 um 08:15

« La BAD est un partenaire historique de la Tunisie depuis 1968 ». Ces mots sont ceux de Malinne Blomberg, directrice régionale de la Banque africaine de développement (BAD) en Tunisie, qui s’exprimait sur les ondes d’une radio. En tant que tel, elle a financé et finance encore plusieurs projets dans le pays, entre autres dans les domaines de l’agriculture, du transport et des infrastructures routières, de l’énergie et de la transition énergétique, sans oublier de l’eau et de l’assainissement, avec un portefeuille de 6,2 milliards de dinars.

Par secteur et toujours précise Malinne Blomberg, les financements de la BAD ont contribué à la modernisation de plus de 70 % du réseau routier tunisien. Soit environ 4 000 km d’autoroutes et entre 2 000 et 3 000 km de pistes rurales.

Quant au secteur de l’eau, l’institution financière a participé, aux côtés du gouvernement tunisien, au financement de 268 stations de production d’eau et de 35 stations d’épuration. C’est ainsi que, dans les zones rurales, des dizaines de milliers de personnes ont pu bénéficier d’un meilleur accès aux services d’eau courante.

La directrice régionale de la BAD a promis que l’institution financière africaine poursuivra son accompagnement de la Tunisie à travers de nouveaux projets axés sur le développement durable, la résilience climatique et l’amélioration des infrastructures. Et ce, pour soutenir la croissance économique et renforcer l’inclusion sociale dans les différentes régions du pays.

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Ferid Belhaj : « Former sans offrir de perspective, c’est financer la compétitivité des autres »

21. Mai 2026 um 11:00

Au forum de L’Économiste maghrébin, jeudi 21 mai 2026 à Tunis, l’économiste Ferid Belhaj a présenté depuis Washington un diagnostic structuré : la souveraineté tunisienne, à 70 ans d’indépendance, doit être repensée autour de quatre piliers (humain, alimentaire, financier et énergético-technologique), faute de quoi elle restera une fiction.

Le cadre de l’intervention est mondial. M. Belhaj pose le concept de « polycrise » : un régime où les vulnérabilités économiques, climatiques, énergétiques, technologiques et géopolitiques ne se succèdent plus mais se cumulent et se renforcent mutuellement. Pandémie, guerre en Ukraine, perturbations des routes maritimes, montée de l’intelligence artificielle… Ces chocs ont, selon lui, fracturé les équilibres sur lesquels reposait le modèle tunisien depuis des décennies. « Le monde change très vite, et la Tunisie ne peut plus penser son avenir avec les outils intellectuels des années 1980 », assure-t-il.

Sur le plan géostratégique, M. Belhaj soutient que la Tunisie, positionnée au croisement de l’Europe, de l’Afrique, de la Méditerranée et des grandes routes logistiques, détient un actif distinct de ses voisins disposant de ressources énergétiques. Sa thèse : la géopolitique de l’énergie se mue en géopolitique des réseaux, et la valeur d’un territoire se mesurera désormais à sa capacité à organiser les flux. Il développe des implications concrètes autour du détroit de Sicile et des infrastructures de demain.

Sur le capital humain, il met en évidence un paradoxe : la Tunisie forme des ingénieurs, des médecins et des développeurs sollicités à l’international; tandis que le chômage des jeunes diplômés atteint des niveaux qualifiés d’alarmants et que l’hémorragie des compétences s’accélère.

Sa formulation : « Former sans offrir de perspective, c’est financer la compétitivité des autres ». Il en tire une conclusion de politique publique : former des spécialistes en intelligence artificielle, cybersécurité ou énergie relève d’une politique de souveraineté, pas seulement d’une politique éducative.

Sur la souveraineté financière, Ferid Belhaj s’appuie sur des données chiffrées et des comparaisons internationales pour mettre en lumière un mécanisme structurel liant le comportement du système bancaire tunisien à l’atrophie de l’investissement productif.

Sur le volet agricole et hydrique, il place la question de l’eau au cœur de la résilience alimentaire du pays pour les décennies à venir.

L’intervention se conclut sur une question de long terme : quelle Tunisie en 2056, au centenaire de l’indépendance ? L’intégralité de l’analyse sera publiée dans le numéro 946 de L’Économiste Maghrébin en kiosques, du 3 au 17 juin 2026.

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