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Alger-Tunis : l’axe de la dépendance ?

13. August 2026 um 20:00

Dans une chronique intitulée « Où va le couple algéro-tunisien : vassalisation, subordination ou formation d’un axe anti-Maroc ? », publiée sur le site marocain le360.ma, Boualem Sansal, écrivain algérien naturalisé français (qui a maille à partir avec son pays d’origine, à rappeler en passant), s’interroge sur le rapprochement spectaculaire entre Alger et Tunis et sur ses conséquences pour l’équilibre du Maghreb.

Derrière les discours officiels sur « une coopération exemplaire et responsable », l’écrivain voit se dessiner une relation de dépendance croissante de la Tunisie à l’égard de l’Algérie.

Le tournant, selon lui, remonte à août 2022, lorsque Kaïs Saïed avait reçu officiellement le chef du Front Polisario. Le geste, perçu comme une offense par Rabat, avait provoqué le rappel des ambassadeurs marocain et tunisien. Pour Sansal, cet épisode a révélé un alignement politique de Tunis sur Alger dans le dossier du Sahara occidental, jusqu’à faire émerger l’hypothèse d’un axe algéro-tunisien dirigé, au moins indirectement, contre le Maroc.

 

Sansal va plus loin en dénonçant « une politique algérienne fondée, estime-t-il, sur la recherche d’un statut de puissance régionale et sur l’utilisation de ses ressources comme instruments de pression diplomatique ».

 

L’auteur de la chronique ne conteste pas à la Tunisie sa souveraineté ni sa liberté diplomatique. Sa critique porte plutôt sur les conditions dans lesquelles cette proximité s’est construite. « L’Algérie dispose d’importants leviers – énergie, ressources financières, échanges commerciaux et coopération sécuritaire – qui lui permettent d’exercer une influence considérable sur son voisin oriental. Dans un contexte de fragilité économique tunisienne, cette asymétrie pourrait progressivement transformer la coopération en dépendance, voire en subordination politique », pense l’écrivain franco-algérien.

Sansal va plus loin en dénonçant « une politique algérienne fondée, estime-t-il, sur la recherche d’un statut de puissance régionale et sur l’utilisation de ses ressources comme instruments de pression diplomatique ». A partir de là, il présente le conflit algéro-marocain comme « une vieille rivalité qui risque désormais d’aspirer la Tunisie et d’élargir les fractures du Maghreb ».

Cette lecture est toutefois aussi la principale faiblesse de la chronique : elle tend à réduire une relation complexe à un face-à-face Alger-Rabat. Les choix de Tunis répondent également à ses propres contraintes économiques, sécuritaires et diplomatiques. De ce fait, présenter la Tunisie comme une simple « victime » de l’influence algérienne peut donc apparaître réducteur et sous-estimer la marge de manœuvre du pouvoir tunisien.

En opposant durablement Alger, Tunis et Rabat, les dirigeants risquent de sacrifier les intérêts communs des peuples à des stratégies nationales de puissance…

 

La véritable alerte de Sansal est ailleurs : l’affaiblissement du dialogue maghrébin. En opposant durablement Alger, Tunis et Rabat, les dirigeants risquent de sacrifier les intérêts communs des peuples à des stratégies nationales de puissance. Fermeture des frontières, rivalités diplomatiques et instrumentalisation des questions identitaires nourrissent déjà une fragmentation régionale dont la Libye et le Sahel offrent de préoccupants exemples.

La question posée par Sansal reste ainsi entière : le rapprochement algéro-tunisien constitue-t-il une coopération stratégique librement consentie ou le prélude à une nouvelle logique de blocs au Maghreb ? Sa chronique défend clairement la seconde hypothèse et invite à considérer ses conséquences : une Tunisie durablement alignée sur Alger pourrait transformer une rivalité bilatérale algéro-marocaine en fracture régionale.

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