La 21e édition du Rapport sur les risques globaux 2026 du Forum économique mondial met en lumière les principaux risques susceptibles d’affecter les économies et les sociétés à court, moyen et long terme.
En tant que partenaire officiel du Forum économique mondial en Tunisie, l’Institut arabe des chefs d’entreprise (IACE) a mené l’enquête sur le plan national, fournissant une analyse détaillée des risques qui concernent la Tunisie.
Pour notre pays, les résultats ont montré que les risques économiques et sociaux dominaient, tandis que les risques géopolitiques et technologiques ne figuraient plus parmi les principales préoccupations, et que les risques environnementaux disparaissaient du classement en 2026.
Ce rapport de référence est basé sur une enquête mondiale sur les risques menée auprès de 1 300 décideurs et experts internationaux issus des secteurs économique, universitaire, gouvernemental et de la société civile, dans plus de 100 pays.
La ratification par la Tunisie des nouvelles règles d’origine prévues par l’Union européenne constitue une étape déterminante pour ses exportations et son positionnement sur le marché européen, d’après la note “Règles d’origine UE‑Tunisie: enjeux économiques et portée de la ratification”, publiée par l’IACE le 9 janvier 2026. Elle assure la pérennité des avantages obtenus en 2025, particulièrement pour le secteur textile et habillement, déjà confronté à des difficultés structurelles.
Selon les estimations économiques, la ratification permet de préserver près de 150 000 emplois dans le textile et de sécuriser environ 3 milliards de dinars de recettes nettes d’exportation par an. Les quotas spécifiques pour certains produits tels que jeans, T-shirts, robes, et les exonérations de droits de douane sont maintenus. Et ce, en évitant ainsi l’application d’un droit de douane de 12% qui aurait pu s’appliquer sans ratification. Dans un contexte de baisse de 2% de la valeur ajoutée et de recul de 1,8% des exportations en 2025, cette décision apporte un stabilisateur économique pour l’un des secteurs industriels les plus stratégiques du pays.
Les règles d’origine révisées offrent également des avantages structurels. À dire vrai, le cumul d’origine peut désormais inclure des intrants provenant de plusieurs pays méditerranéens, ce qui réduit les contraintes pour les exportateurs et permet de renforcer leur compétitivité face à d’autres pays producteurs. Les procédures administratives pour certifier le statut “originaire” des produits sont simplifiées, facilitant l’accès au marché européen et réduisant les coûts logistiques et réglementaires.
Au-delà des bénéfices sectoriels, la ratification permet de renforcer le rôle de la Tunisie comme partenaire stratégique dans l’espace euro-méditerranéen. Elle sécurise le cadre légal et commercial de l’accord d’association UE-Tunisie, offrant davantage de prévisibilité aux entreprises et encourageant l’intégration dans les chaînes d’approvisionnement régionales.
Cette ratification s’inscrit dans la dynamique d’un partenariat solide, construit sur plus de trois décennies de coopération entre la Tunisie et l’Union européenne. Elle représente un vrai levier pour renforcer la compétitivité de l’économie tunisienne. En résumé, elle protège les exportations déjà établies, contribue à préserver les emplois et à sécuriser les recettes en devises, tout en offrant un cadre stable pour développer d’autres secteurs industriels.
Autour du thème “Loi de finances 2026: analyse économique et mesures fiscales”, les membres de l’IACE et plusieurs experts se sont retrouvés, mardi 6 janvier 2026, au siège de l’Institut arabe des chefs d’entreprises. Au menu de cette rencontre: décortiquer le budget de l’État, en mesurer les risques et interroger la cohérence des choix fiscaux.
L’objectif était d’identifier les risques et d’évaluer la cohérence des mesures fiscales avec les priorités économiques et sociales du pays. Les débats ont principalement porté sur la modernisation de l’appareil fiscal, l’amnistie fiscale et la problématique de la soutenabilité budgétaire.
Un axe majeur de modernisation concerne la généralisation de la facturation électronique. Les experts, dont Fayçal Derbel, Mohamed Triki et Noureddine Friaa, ont rappelé que le cadre légal de l’e-facturation existait déjà, mais qu’il restait largement inappliqué. À partir du 1er janvier 2026, l’obligation devient effective et s’accompagne d’un régime de sanctions plus strict. Des amendes sont prévues par facture non conforme ou non transmise via le système électronique, ainsi qu’une amende globale en cas de non‑respect généralisé des obligations. Cette réforme s’appliquera progressivement à l’ensemble des entreprises prestataires de services et aux commerçants, y compris dans les régions de l’intérieur, avec l’ambition d’élargir l’assiette fiscale et de mieux tracer les transactions.
Les intervenants ont insisté sur la complexité opérationnelle de cette transition numérique: choix des solutions informatiques, intégration des formats, certification des systèmes, adaptation des procédures internes. Ils ont souligné que des prestataires privés sont en mesure d’accompagner les entreprises, mais que la réussite de la réforme dépendra aussi du soutien de l’administration et de la capacité des acteurs économiques, notamment les petites structures, à s’approprier ces outils.
La loi de finances revient également sur la question sensible des paiements en espèces, en particulier pour l’acquisition de voitures et de biens immobiliers.
L’ancienne réglementation imposait la mention obligatoire du mode de paiement dans les contrats dépassant un certain seuil. Dans les faits, de nombreux acteurs contournaient la règle en sous‑évaluant les montants ou en recourant massivement au cash. Les nouvelles dispositions visent à assouplir certaines exigences formelles pour limiter les blocages au moment de l’enregistrement, tout en maintenant la vigilance sur les risques fiscaux liés à l’usage du cash. Les entreprises restent exposées à des sanctions, allant des amendes au rejet de déductions fiscales.
Un autre volet important de la loi de finances 2026 concerne l’amnistie fiscale et la régularisation volontaire. Dans la continuité des dispositifs précédents, ce mécanisme offre aux contribuables la possibilité de régulariser des déclarations non déposées ou incomplètes, des contrats non enregistrés, ou encore des revenus et dividendes non déclarés.
Les discussions ont également porté sur la domiciliation et le rapatriement des recettes d’exportation. Historiquement, le délai de rapatriement des devises est passé de 30 à 60 puis 120 jours.
Les parlementaires proposent d’assouplir ce cadre en privilégiant la preuve bancaire (avis de crédit, messages Swift, etc.) plutôt qu’une approche strictement douanière, et en autorisant une utilisation plus large des comptes en devises ou en dinars convertibles auprès des institutions financières locales.
Selon le directeur exécutif de l’IACE, Majdi Hassen, les entreprises privées, pourtant au cœur de la création de richesse, n’assurent que 53% des recettes fiscales de l’État. La Direction générale des impôts recense environ 103 000 entreprises actives et déclarées, contre près de 800 000 structures informelles non recensées, ce qui limite fortement la diversification et la progression des recettes.
Pour l’IACE, l’ensemble de ces constats plaide pour une meilleure cohérence entre politiques fiscales, objectifs de modernisation économique et attentes sociétales.
La ratification par la Tunisie de la nouvelle convention avec l’Union européenne relative aux règles d’origine constitue un levier important pour l’économie nationale. C’est ce que met en évidence une note de l’Institut arabe des chefs d’entreprises (IACE), publiée le vendredi 9 janvier 2026, intitulée « Règles d’origine UE–Tunisie : enjeux économiques et portée de la ratification ».
Selon l’IACE, cette ratification s’inscrit dans une dynamique de coopération renouvelée entre la Tunisie et l’Union européenne, fondée sur l’évaluation des acquis, l’adaptation des instruments commerciaux et le renforcement de relations économiques et historiques solides. L’Union européenne demeure, à ce titre, le premier partenaire économique de la Tunisie dans l’espace euro-méditerranéen.
La note rappelle que la Tunisie a été le premier pays du bassin méditerranéen à signer un accord d’association avec l’UE en juillet 1995, ouvrant la voie à d’autres pays de la région. Trente ans plus tard, la ratification de la nouvelle convention marque une étape décisive dans l’évolution de ce partenariat.
1er janvier 2026, fin de la période transitoire
L’IACE souligne que la Tunisie a définitivement sécurisé l’application des nouvelles règles d’origine grâce à cette ratification, après les avoir appliquées de manière transitoire depuis mars 2025, sur la base d’une décision du Conseil d’association UE–Tunisie. À compter du 1er janvier 2026, la période transitoire prend fin pour les pays n’ayant pas ratifié la convention, entraînant la perte des avantages liés aux règles d’origine révisées.
Grâce à cette ratification, la Tunisie dépasse le régime des règles Pan-Euro-Méditerranéennes « historiques » de 2012 et bénéficie pleinement des nouvelles règles entrées en vigueur en 2025. Celles-ci prévoient un cumul d’origine élargi avec plusieurs pays du Sud de la Méditerranée, des procédures administratives simplifiées et l’octroi de quotas additionnels, notamment dans le secteur textile.
Les avantages pour les secteurs industriels tunisiens
Les retombées sont particulièrement significatives pour les exportations textiles et, plus largement, pour l’ensemble des secteurs industriels. Les produits concernés par les règles de cumul assouplies et les quotas spécifiques — dont les jeans denim — conservent ainsi les avantages obtenus en 2025 et échappent à l’application d’un droit de douane de 12 % à partir de 2026.
Cette avancée revêt une importance accrue dans un contexte marqué par les difficultés structurelles du secteur textile et habillement. Sa valeur ajoutée a reculé de 2 % au cours des neuf premiers mois de 2025, après une croissance annuelle moyenne de 1,9 % entre 2022 et 2024. Parallèlement, les exportations ont diminué de 1,8 % sur les onze premiers mois de 2025.
Préservation de 150 000 emplois et à sécurisation des recettes d’exportation
Dans ce contexte, la ratification de la convention contribue à soutenir l’activité du secteur, à préserver près de 150 000 emplois et à sécuriser des recettes nettes d’exportation estimées à 3 milliards de dinars par an, soit environ 9 milliards de dinars en valeur brute.
En conclusion, l’IACE estime que l’accord d’association entre la Tunisie et l’Union européenne entre dans une nouvelle phase de son développement. La ratification de la nouvelle convention sur les règles d’origine vient renforcer les effets positifs de cet accord et consolider un partenariat stratégique clé pour l’économie tunisienne.
Dans la note intitulée «Règles d’origine Union européenne-Tunisie : enjeux économiques et portée de la ratification», dont nous reproduisons ci-dessus quelques extraits, l’Institut arabe des chefs d’entreprise (IACE) affirme que cette nouvelle convention avec notre principal partenaire économique présente de nombreux avantages pour l’économie nationale, notamment en renforçant la compétitivité de nos exportations, en facilitant leur accès au marché européen et en accroissant leurs compétitivité et attractivité.
La Tunisie a été le premier pays du bassin méditerranéen à signer un accord d’association avec l’Union européenne, en juillet 1995, suivie par la suite par plusieurs pays de l’Est et du Sud de ce bassin. Il a été préparé par plusieurs mesures qui ont été prises au cours de la période 1991-1994 dont notamment :
● la loi de 1991 sur le commerce intérieur qui instaure les principes de concurrence sur les marchés et de liberté des prix avec l’intervention de l’État pour réguler ces mécanismes;
● la convertibilité courante du dinar qui permet le transfert de devises sans autorisation de la BCT pour les opérations de commerce extérieur de biens et services;
● l’adhésion de la Tunisie à l’OMC en mars 1995 en acceptant les principes de liberté du commerce international et de droits de douane plafonnés de commun accord.
Un partenariat historique
Cet accord, entré en vigueur en mars 1998, vise l’établissement d’une zone de libre-échange, sans droits de douane ni restrictions quantitatives (ou mesures d’effet équivalent), sur une période de 12 ans, avec des listes de «produits originaires définis au protocole n°4* 1» à libérer progressivement, à commencer par les biens industriels d’investissement, puis de consommation pour terminer avec les produits agricoles, avec des exceptions dont le quota sur l’huile d’olive exportée par la Tunisie de 56 700 tonnes/an, le reste étant exporté sous le régime du TPA, ou trafic de perfectionnement actif, où l’huile est transformée et réexportée. Réciproquement, certains produits agricoles importés par la Tunisie sont contingentés. Cet accord prévoit aussi des clauses de coopération dans les domaines politique, économique et financier, social, scientifique et culturel. À titre d’illustration, la coopération dans le domaine scientifique a permis aux enseignants-chercheurs de postuler aux programmes de recherche européens comme Erasmus.
(…) Suivant l’initiative de l’UE, en décembre 2011, pour engager des négociations avec plusieurs pays du Sud pour un accord de libre-échange complet et approfondi (Aleca), la Tunisie a agréé en novembre 2012 d’engager des négociations de cet accord, qui ont débuté en octobre 2015 à Tunis. L’objectif est l’intégration progressive de l’économie tunisienne dans le marché unique de l’UE.
Les règles d’origine préférentielles
(…) Même si l’Aleca est en pause, la relation commerciale UE-Tunisie continue d’évoluer lentement avec l’accord d’application de règles d’origine préférentielles révisées, adoptées en 2023 et mises en application à partir de 2025 dans le cadre pan-euro-méditerranéen (PEM), selon lequel les exportateurs des pays partenaires, dont la Tunisie, peuvent bénéficier de dispositions plus souples pour le statut «originaire» définissant les produits d’origine locale, qui donne droit à une exemption totale des droits de douane.
L’objectif de la révision appliquée en 2025 ne porte pas sur l’accord d’association, qui prévoit l’exemption des «DD» sur les produits exportés vers l’UE qui sont d’origine locale, mais porte sur la définition de la notion d’origine locale, qui est devenue plus souple, notamment pour les produits textiles.
Pour la Tunisie : l’origine locale incluait les achats d’Algérie, du Maroc et de la Communauté européenne (accord d’association TUN-UE de 1995).
(…) Cette convention vise à transposer, dans un cadre multilatéral, les systèmes bilatéraux existants concernant les règles d’origine établies dans les accords bilatéraux de libre-échange conclus entre les parties contractantes à la convention.
De ce fait, le cumul de l’origine est devenu plus large, car il peut englober plusieurs pays du processus de Barcelone : l’origine locale des produits exportés inclut les achats provenant d’autres pays appartenant au processus de Barcelone avec lesquels la Tunisie a un accord de libre-échange (Maroc, Égypte, Jordanie, Turquie, pays Aele). Pour ces produits, les exportations se font au taux nul, sans limite.
La délégation de l’UE en Tunisie a publié un communiqué le 29/07/2025 sur la mise en œuvre des nouvelles dérogations pour certains produits textiles et d’habillement tunisiens exportés vers l’UE, selon lequel les dérogations couvrent notamment les pantalons (4,7 millions en denim), robes, chemises, T-shirts, sous-vêtements, maillots de bain, vêtements de travail, etc., indiquant que la coupe du tissu et la confection seront considérées comme une transformation suffisante.
Des quotas ont été définis et ouverts pour cinq ans, avec une application rétroactive à compter du 22 janvier 2025. Il est précisé que les produits respectant déjà les règles «standard» du protocole 4 des règles d’origine continuent à entrer sans droits et sans limite de quantité. Ces dérogations offrent une flexibilité supplémentaire (avec quota) pour améliorer la compétitivité vis-à-vis d’autres pays de production.
La portée d’une ratification
(…) Au 1er janvier 2026, la période transitoire prévue pour l’application des règles d’origine révisées pan-euro-méditerranéennes a pris fin pour les pays n’ayant pas ratifié la nouvelle convention régissant ces règles. Les règles d’origine plus favorables, appliquées à titre transitoire depuis mars 2025 en Tunisie sur la base d’une décision du Conseil d’association UE-Tunisie, ne sont plus applicables depuis cette date. Dans ce cadre, les règles pan-euro-méditerranéennes dites «historiques» de 2012 continuent de s’appliquer tant que la mise à jour de la convention n’est pas finalisée entre partenaires. La Tunisie conserve ainsi l’exonération des droits de douane prévue par l’accord d’association pour les produits répondant aux règles de 2012, mais ne bénéficie plus des facilités supplémentaires introduites par les règles révisées de 2025, notamment :
● l’élargissement du cumul d’origine avec certains pays méditerranéens du Sud ;
● les simplifications administratives ;
● les quotas additionnels accordés à certains produits textiles.
Cette situation place la Tunisie dans une position moins favorable que celle de plusieurs pays de l’espace euro-méditerranéen, notamment ceux ayant ratifié la convention avant la fin de l’année 2025 (Jordanie, pays européens non membres de l’UE) ou ayant obtenu une période transitoire prolongée lors de l’adoption des nouvelles règles (cas du Maroc).
La Fédération tunisienne du textile et de l’habillement (FTTH) a informé le ministère de l’Industrie des effets directs de cette situation sur les exportations concernées.
Depuis janvier 2026, les produits textiles précédemment couverts par les dérogations appliquées en 2025 sont soumis à un droit de douane de 12% à l’entrée du marché européen, ce qui affecte leur compétitivité, d’autant plus que ces produits avaient bénéficié d’une exonération totale à titre transitoire au cours de l’année 2025.
Le secteur textile et habillement connaît par ailleurs des difficultés structurelles avérées : la valeur ajoutée a reculé de 2% au cours des neuf premiers mois de 2025, contre une croissance annuelle moyenne de 1,9% sur la période 2022-2024, et les exportations ont diminué de 1,8% sur les onze premiers mois de 2025.
Ce secteur emploie environ 150 000 personnes et génère près de 3 milliards de dinars de recettes nettes d’exportation par an, ce qui justifie une attention particulière des autorités publiques.
In fine, au 01/01/2026, la période transitoire se termine pour les pays qui n’ont pas ratifié la nouvelle convention qui régit les règles d’origine locale ; les nouvelles règles favorables ne seront plus appliquées.
La Tunisie, quant à elle, a sécurisé définitivement l’application de ces règles grâce à la ratification de l’accord avec l’Union européenne, après les avoir déjà appliquées depuis mars 2025 sur la base de la décision du Conseil d’association UE-Tunisie.
Dans ce cadre, la ratification permet à la Tunisie de dépasser le régime des règles PEM «historiques» de 2012 et de bénéficier pleinement des nouvelles règles d’origine entrées en vigueur en 2025. Ces règles offrent un cumul d’origine élargi avec plusieurs pays du Sud de la Méditerranée, des facilités administratives renforcées ainsi que des quotas additionnels, notamment pour les produits textiles.
Suite à la ratification, la Tunisie bénéficie de nouvelles mesures favorables, notamment aux exportations textiles, mais aussi aux autres secteurs industriels. Grâce à cette ratification, les produits bénéficiant des règles de cumul plus souples et des quotas spécifiques (notamment les jeans denim) conservent les avantages obtenus en 2025 et évitent l’application d’un droit de douane de 12 % à partir de 2026.
Cette avancée est d’autant plus importante que le secteur textile et habillement connaît des difficultés structurelles. Sa valeur ajoutée a reculé de 2% au cours des neuf premiers mois de 2025, après une croissance annuelle moyenne de 1,9% sur la période 2022-2024, et ses exportations ont diminué de 1,8% sur les onze premiers mois de 2025.
Dans ce contexte, la ratification contribue à maintenir l’activité du secteur, à préserver près de 150 000 emplois et à sécuriser des recettes nettes d’exportation estimées à 3 milliards de dinars par an (soit 9 milliards de dinars en valeur brute).
En conclusion, l’accord d’association entre la Tunisie et l’Union européenne entre dans une nouvelle phase de son évolution après 30 ans d’application.
La ratification de la nouvelle convention renforce les effets positifs de cet accord et consolide le partenariat stratégique entre la Tunisie et l’UE. Elle s’inscrit dans une dynamique de coopération fondée sur l’évaluation des résultats, l’adaptation des instruments commerciaux et le renforcement des liens économiques et historiques entre l’Union européenne et son premier partenaire dans la région euro-méditerranéenne. *
Dans une étude récente intitulée « Règles d’origine UE–Tunisie : enjeux économiques et portée de la ratification », l’Institut Arabe des Chefs d’Entreprises (IACE) analyse les répercussions critiques de l’adoption de la convention révisée sur les règles d’origine préférentielles pan-euro-méditerranéennes (PEM).
Cette ratification, qui vient pérenniser les assouplissements appliqués de manière transitoire depuis mars 2025, est présentée comme le rempart indispensable contre le rétablissement de barrières tarifaires qui menaçaient directement la compétitivité du site Tunisie. En sécurisant ce nouveau cadre juridique, la Tunisie modernise son Accord d’association de 1995 et s’aligne sur les standards de ses concurrents régionaux. Evitant ainsi un décrochage économique majeur sur son principal marché d’exportation.
Une flexibilité accrue pour le cumul d’origine
L’analyse de l’IACE met en lumière une transformation profonde des mécanismes de l’origine locale, désormais régis par une souplesse renforcée pour l’obtention de l’exonération des droits de douane. Le pivot de cette réforme réside dans l’élargissement du cumul de l’origine à un vaste réseau de partenaires du processus de Barcelone, incluant notamment le Maroc, l’Égypte, la Jordanie et la Turquie. Cette évolution permet aux industriels tunisiens d’intégrer des matières premières provenant de ces pays tout en conservant le statut de « produit originaire » lors de l’exportation vers l’Union européenne. Pour le secteur textile, les simplifications sont majeures : des opérations de coupe et de confection sont désormais jugées suffisantes pour garantir l’accès en franchise de droits. Levant ainsi des verrous techniques qui pesaient historiquement sur la fluidité des échanges.
Un bouclier tarifaire pour le secteur textile
L’étude souligne l’urgence de cette stabilisation réglementaire au regard de la fragilité des indicateurs sectoriels observés en 2025. Le secteur du textile et de l’habillement, qui emploie 150 000 personnes et génère 3 milliards de dinars de recettes nettes annuelles, a vu sa valeur ajoutée reculer de 2 % sur les neuf premiers mois de 2025.Tandis que les exportations s’inscrivaient en baisse de 1,8 %. Sans la ratification de cette convention avant l’échéance de la période transitoire au 31 décembre 2025, les produits tunisiens auraient subi de plein fouet un droit de douane de 12 % à l’entrée du marché européen dès le 1er janvier 2026. Cette protection tarifaire retrouvée est d’autant plus cruciale que des pays voisins, comme le Maroc, disposaient déjà d’un avantage compétitif grâce à des périodes de transition prolongées.
Vers une intégration économique approfondie
En conclusion de ses travaux, l’IACE insiste sur la portée multidimensionnelle de cette ratification qui dépasse la simple gestion des flux de marchandises. Outre la sécurisation des quotas spécifiques, notamment pour le denim, le nouveau cadre introduit des simplifications administratives renforcées et consolide le partenariat stratégique entre la Tunisie et l’Union européenne. En adaptant ses instruments commerciaux aux réalités des chaînes de valeur globales, la Tunisie renforce sa résilience industrielle et pose les jalons d’une intégration économique plus profonde. Ce passage aux règles PEM révisées constitue, selon l’Institut, un levier fondamental pour préserver l’appareil productif national et soutenir la dynamique d’investissement dans un environnement euro-méditerranéen en pleine mutation.
Ahmed El Karm, membre dirigeant de l’Institut arabe des chefs d’entreprise (IACE), a affirmé que la loi de finances 2026 a pris de nombreuses mesures sociales, comme les augmentations salariales, mais n’a pas pensé à en assurer la pérennité. Celle-ci ne saurait être garantie que par la croissance et la productivité, car l’État ne peut fournir un service sans production, a-t-il expliqué.
Le déséquilibre entre les politiques sociales et économiques pourrait contraindre l’État à recourir davantage à l’emprunt extérieur, ce dont il se serait volontiers passé dans la situation actuelle des finances publiques.
Aussi faudrait-il accorder la priorité aux mesures visant à promouvoir l’investissement et l’emploi dans l’élaboration du projet de loi de finances 2027, a-t-il souligné dans une déclaration de presse, ce jeudi 8 janvier 2026, à Tunis, en marge d’une réunion organisée par la Chambre tuniso-française de commerce et d’industrie (CTFCI) sur la loi de finances 2026 et ses répercussions sur l’économie et les entreprises.
Ahmed El Karm a souligné la nécessité de soutenir la productivité afin de renforcer le budget de l’État, garant de la stabilité sociale et du financement des services sociaux.
Il a exhorté l’État à adopter, dans le cadre de la nouvelle loi sur l’investissement, d’autres mesures incitant les investisseurs et les exportateurs, afin que ces derniers puissent accroître leurs ressources en devises étrangères.
Il est encore possible de modifier et de réformer la politique fiscale afin de donner à l’investissement et au développement économique les mêmes chances qui ont été données aux mesures sociales dans la loi de finances de 2026.
Ahmed Karm estime, par ailleurs, que la mise en œuvre de la loi de finances de 2026 incombe à la Chambre des représentants, car toute imperfection dans sa mise en œuvre aggraverait le déséquilibre entre les mesures sociales et les mesures économiques approuvées, même si celles-ci sont relativement limitées et très en-deçà des attentes des acteurs économiques, selon ses termes.
Les derniers rapports du ministère des Finances mettent en lumière plusieurs fragilités structurelles des entreprises publiques tunisiennes, notamment en matière de gestion des ressources humaines, de productivité et de contribution à la création de richesse nationale.
Ces constats sont issus du Rapport national sur l’Entreprise en Tunisie 2025, élaboré par l’Institut arabe des chefs d’entreprises (IACE) sur la base des données du ministère des Finances, portant sur l’analyse de 50 entreprises publiques, y compris les caisses de sécurité sociale et les institutions financières.
Ces données révèlent un paradoxe persistant : une rémunération moyenne élevée par salarié, mais des performances économiques souvent en deçà des attentes.
Une rémunération annuelle moyenne de plus de 45.000 dinars
Selon l’analyse portant sur 50 entreprises publiques, y compris les caisses de sécurité sociale et les institutions financières, le coût annuel moyen par travailleur atteint 45.217 dinars, soit environ 3768 dinars par mois. Un niveau de rémunération supérieur à celui observé dans une grande partie du secteur privé.
Cette donnée, prise isolément, pourrait suggérer une productivité individuelle élevée. Mais elle contraste avec la réalité financière de nombreuses entreprises publiques, souvent marquées par des déficits chroniques et une dépendance accrue au soutien budgétaire de l’État.
Des effectifs importants et une structure jugée lourde
En moyenne, chaque entreprise publique emploie 2017 agents, un chiffre révélateur d’une organisation fortement chargée en personnel. Ce surdimensionnement s’explique en partie par des considérations sociales et politiques, notamment la lutte contre le chômage et la préservation de la stabilité sociale.
Toutefois, cette logique pose des défis majeurs en termes d’efficacité opérationnelle, de maîtrise de la masse salariale et de gestion des compétences, dans un contexte économique de plus en plus contraint.
Une productivité qui interroge
Dans le secteur privé, la productivité demeure un levier central de compétitivité et de survie économique. À l’inverse, dans le secteur public, les priorités semblent davantage orientées vers la continuité du service, la sécurité de l’emploi et les équilibres sociaux, parfois au détriment de la performance économique.
Cette différence de logique contribue à expliquer pourquoi une rémunération relativement élevée dans le secteur public ne se traduit pas nécessairement par une rentabilité ou une efficacité accrue.
La répartition des entreprises publiques par ministère de tutelle révèle également une forte hétérogénéité. Les effectifs et les charges salariales se concentrent notamment dans les ministères du Transport, de l’Industrie, des Finances et de l’Agriculture, qui regroupent à eux seuls une part significative des agents publics.
Cette diversité de situations complique toute approche uniforme de réforme et renforce la nécessité de politiques différenciées, adaptées aux spécificités sectorielles.
Ces constats relancent le débat sur l’avenir des entreprises publiques en Tunisie, au moment où les autorités sont appelées à concilier équilibre financier, efficacité économique et impératifs sociaux. La question de la productivité, de la rationalisation des effectifs et de la gouvernance apparaît désormais comme un enjeu central des réformes structurelles à venir.
Les grandes entreprises font face à des contraintes plus marquées en matière d’accès au financement, de formation de la main-d’œuvre et de réglementation du travail. Les PME, quant à elles, sont davantage confrontées à la corruption, à la concurrence du secteur informel et à certains obstacles administratifs, selon la première édition du Rapport National sur l’Entreprise en Tunisie (année 2025), publié, jeudi, par l’IACE.
Ces écarts reflètent des priorités différentes selon la taille des entreprises et suggèrent que des politiques de soutien ciblées pourraient être nécessaires pour répondre efficacement à leurs besoins spécifiques.
D’après le rapport, l’accès au financement est une priorité pour les grandes entreprises et les PME, bien que l’obstacle soit légèrement plus important pour les premières (45,4%) que pour les secondes (39,8%).
En ce qui concerne les autres principaux obstacles auxquels sont confrontés les entreprises, les PME se disent beaucoup plus touchées par la corruption (15,55 % contre 9,8% pour les grandes entreprises) et les pratiques informelles (8,8 % pour les PME, aucun obstacle pour les grandes entreprises), montrant une vulnérabilité plus marquée des PME face à ces défis, d’après l’Institut arabe des chefs d’entreprises qui se base une enquête menée par la Banque mondiale.
Par ailleurs, les grandes entreprises voient des obstacles plus importants liés à une main-d’oeuvre insuffisamment formée (7,4 %contre 5,15 % pour les PME) et à la réglementation du travail (9,6 % contre 2,15% ). Ces entreprises semblent ainsi faire face à des besoins plus complexes en termes de compétences et de gestion de la main-d’oeuvre.
Pour ce qui est de la politique et de la fiscalité, ces aspects sont perçus comme un obstacle par les deux types d’entreprises, mais les grandes entreprises expriment des préoccupations légèrement plus prononcées vis-à-vis de l’instabilité politique (11,8 % contre 10,6% et des taux d’imposition (5,2 % contre 2,35%).
Toutefois, les grandes entreprises ne perçoivent pratiquement aucun obstacle dans l’accès au foncier et à l’accès aux tribunaux, contrairement aux PME, qui notent quelques difficultés. Cependant, le transport est un obstacle plus important pour les grandes entreprises (1,6 % contre 0,75% ), probablement en raison de leurs besoins logistiques plus vastes.
Partant de ce constat, l’Institut arabe des chefs d’entreprises a recommandé de renforcer le soutien aux entreprises exportatrices, étant donné que plus de 13 % des entreprises ne réalisent aucun chiffre d’affaires à l’exportation, traduisant une intégration limitée aux marchés internationaux. “Il serait pertinent de leur proposer des formations spécialisées, des aides financières ciblées et un meilleur accès aux opportunités à l’étranger”.
Il s’agit encore de soutenir le secteur industriel, l’IACE indique à ce propos que le taux d’entreprises ayant un impôt nul dans ce secteur est trois fois supérieur à la moyenne générale, ce qui montre un potentiel sous-exploité. Des incitations fiscales et des programmes d’investissement pourraient stimuler la production locale et dynamiser ce secteur stratégique.
L’objectif est, aussi, de réduire l’inactivité dans le secteur des services qui concentre le plus grand nombre d’entreprises sans chiffre d’affaires. “Une étude approfondie des obstacles freinant leur activité permettrait d’identifier des leviers d’action adaptés pour relancer ces entreprises”.
L’Institut préconise de structurer davantage le commerce de gros, relevant que “l’absence de données fiables sur les bénéfices fiscaux et imposables de ce secteur souligne la nécessité d’améliorer la collecte et la transparence des informations comptables et fiscales”.
En outre, une transition numérique permettrait d’améliorer la transparence fiscale, d’optimiser la gestion comptable et de réduire les risques de pertes ou d’irrégularités, tout en renforçant la compétitivité globale des entreprises.
L’IACE a appelé à mettre en place un nouveau pacte productif dans l’objectif de reconstruire un modèle entrepreneurial fondé sur la compétitivité, la transparence et la durabilité.
Dans la première édition du “Rapport National sur l’Entreprise en Tunisie”, publiée jeudi, l’IACE a précisé que ce pacte doit s’articuler sur trois priorités à savoir le renforcement de la productivité et la taille critique du secteur privé, en soutenant la montée en gamme des micro-entreprises vers le statut de PME innovantes, la réforme de la gouvernance et de la performance des entreprises publiques, pour réduire leur charge budgétaire, la stimulation de l’investissement industriel et technologique, condition indispensable d’une croissance inclusive et durable.
Le rapport révèle une économie tunisienne en transition, dominée par la micro-entreprise, soutenue par un secteur privé fiscalement central mais encore fragile, et freinée par un secteur public budgétairement coûteux.
A la fin de 2023, sur un ensemble de 824593 entreprises, près de 87,5% sont des structures sans salariés, traduisant une économie centrée sur le micro-travail indépendant et l’auto-emploi. Les entreprises employeuses sont au nombre de 103518 unités, réparties entre 89 958 micro-entreprises représentant 87% du total des entreprises employeuses, 12 663 PME (12,23%) et 897 grandes entreprises (0,87%).
Ces entreprises privées contribuent à 58,7% de la valeur ajoutée totale de l’économie, contre 10,5 % pour les entreprises publiques. Elles assurent également 79,2% de l’investissement total des entreprises (en moyenne 10513 MD par an) et 43% de l’emploi formel national (environ 1,13 million de salariés).
Sur la période récente, les entreprises privées assurent également en moyenne près de 53% des recettes fiscales totales. En 2024, seules 103756 entreprises ont déclaré un exercice fiscal auprès de la Direction générale des impôts, contre 113137 en 2023, soit une diminution de 8,3% du nombre de déclarants en un an. Cette évolution révèle une érosion de la base imposable et une fragilité de la formalisation, notamment dans le commerce et les services.
// Nécessité de renforcer les passerelles entre PME et grandes structures
L’autre constat tiré des délégations à plus faible IDR ( Indice de développement régional) entre 2021 et 2024 montre que l’impact des entreprises dépend moins du nombre total d’unités que de la présence d’un noyau de PME employeuses et, idéalement, d’une ou deux grandes entreprises structurantes.
Concrètement, des délégations avec 2000-3600 unités de production mais sans PME matures ni grandes entreprises restent en bas du classement, signe que la prolifération de micro-unités peu productives et souvent informelles ne se traduit ni en emploi formel, ni en valeur ajoutée locale. À l’inverse, les délégations disposant d’un noyau de PME avec des paliers d’effectifs critiques (50 à 100+ emplois) améliorent plus rapidement leurs indicateurs, surtout quand une grande entreprise ancre des chaînes de valeur et diffuse standards, marchés et compétences.
S’agissant des micro-entreprises, elles demeurent la base dominante du tissu économique tunisien. Bien que leur nombre ait progressé de 5,2% entre 2021 et 2023, leur poids économique reste limité, avec seulement 17,8% de l’emploi salarié et environ 3% de contribution aux impôts directs. Malgré leur rôle social crucial et leur fonction d’amortisseur du chômage, les micro-entreprises demeurent confrontées à des contraintes de financement, de productivité et de formalisation, limitant leur transition vers des structures plus robustes.
Les PME constituent un maillon stratégique du tissu productif. Elles concentrent 38,3% de l’emploi total et se positionnent comme un moteur intermédiaire entre la micro-activité et les grandes structures. Entre 2021 et 2023, leur progression reste modérée (+3,7%), traduisant une faible mobilité structurelle et des difficultés d’accès au financement et à l’innovation. Toutefois, leur contribution à la stabilité de l’emploi formel et à la diversification économique reste majeure.
Les grandes entreprises, elles, occupent une place stratégique dans l’économie tunisienne. Elles concentrent 44% de l’emploi salarié et dominent la production industrielle, les exportations et la recherche-développement. Leur effectif a progressé de 10,6% entre 2021 et 2023, témoignant d’une résilience économique et d’une capacité d’adaptation post-crise. Si leur rôle reste crucial dans la création d’emplois qualifiés et la compétitivité extérieure, leur rareté souligne la nécessité de renforcer les passerelles entre PME et grandes structures, afin de favoriser une intégration productive et une croissance plus équilibrée entre les régions.
//Entreprises publiques : 22,13% du déficit budgétaire moyen
À l’inverse, les entreprises publiques, bien que stratégiques dans les secteurs de base, ne contribuent qu’à 4% de l’emploi formel et génèrent une charge budgétaire moyenne équivalente à 22,13% du déficit de l’État, avec un déficit annuel de près de 2 981 MD et des subventions publiques moyennes de 9 809 MD.
En 2022, cette part a même culminé à 62,7%, révélant l’impact budgétaire croissant du secteur public. Le rapport souligne également que la rémunération annuelle moyenne d’un travailleur des entreprises publiques atteint 45217 dinars, tandis que les subventions publiques moyennes s’élèvent à 9809 millions de dinars par an, pour un déficit agrégé de près de 2981 millions de dinars.
Ces déséquilibres mettent en évidence la nécessité de repenser la gouvernance et la viabilité financière des entreprises publiques, dont la contribution nette au budget demeure négative, tout en consolidant la base imposable du secteur privé.
Le rapport préconise d’élargir l’assiette de l’IS par la formalisation des micro-entreprises, la digitalisation de la fiscalité et une lutte plus efficace contre la sous-déclaration et la concurrence informelle. La soutenabilité budgétaire du modèle économique tunisien dépend, en définitive, d’un rééquilibrage entre le rendement fiscal du secteur privé et la rationalisation des transferts au secteur public.
Les Petites et moyennes entreprises (PME) font face à des contraintes de crédit totales et partielles légèrement plus élevées que les grandes entreprises en matière de contraintes de crédit, révèle, jeudi, l’Institut arabe des chefs d’entreprises (IACE) dans son rapport national sur l’Entreprise en Tunisie 2025 (première édition).
S’appuyant sur des enquêtes menées en 2024 par la Banque mondiale, l’Institut indique que près de 9,85 % des PME déclarent faire face à des contraintes de crédit totales, contre 8,7 % pour les grandes entreprises.
S’agissant de l’accès aux prêts bancaires, une proportion plus élevée de grandes entreprises dispose d’un prêt bancaire ou d’une ligne de crédit (47,4 %), contre 43,75 % pour les PME. Ces dernières bénéficient toutefois de délais de réponse plus courts, avec une décision de prêt obtenue en moyenne en 5,45 jours, contre 11,4 jours pour les grandes entreprises. Le taux de rejet des demandes de prêt demeure similaire pour les deux catégories, avoisinant 38 %.
Concernant le financement des investissements, une part comparable de PME (46,45 %) et de grandes entreprises (45,6 %) recourt aux banques. Néanmoins, les PME dépendent davantage de leurs financements internes pour soutenir leurs investissements.
Pour le financement du fonds de roulement, le recours aux banques est quasiment identique entre les deux groupes (14,6 % pour les PME et 14,3 % pour les grandes entreprises).
Toutefois, les PME financent une part plus importante de leur fonds de roulement par des crédits bancaires (48,15 %), contre 40,2 % pour les grandes entreprises.
Il ressort de ces données que, si les grandes entreprises bénéficient d’un accès légèrement supérieur aux prêts bancaires, les PME obtiennent des réponses plus rapides et s’appuient davantage sur le financement bancaire pour leur fonds de roulement, traduisant des stratégies de financement distinctes selon la taille des entreprises.
Les PME sont beaucoup plus exposées à la concurrence des entreprises informelles (63,7%), que les grandes entreprises (36,9%), selon la première édition du Rapport National sur l’Entreprise en Tunisie (année 2025), publiée, jeudi, par l’IACE.
Les Petites et Moyennes Entreprises perçoivent cette concurrence “comme une contrainte sévère (62%). Cette pression sur les petites structures constitue un obstacle significatif à leur rentabilité et à leur croissance. Ce taux est de l’ordre de 43,2%, pour
les grandes entreprises qui bénéficient d’une meilleure protection contre la concurrence informelle, d’une main-d’œuvre plus stable et d’une formation plus systématique”.
Toutefois, “les PME, bien que plus vulnérables face à l’informel, présentent une certaine flexibilité. Les deux types d’entreprises se rapprochent sur la qualification des travailleurs et le profil des dirigeants, mais les grandes entreprises se distinguent par des pratiques RH plus structurées”.
De fait, les dirigeants des grandes entreprises ont plus d’expérience dans leur secteur (27,9 ans contre 23,95 ans pour les PME). La proportion de propriétaires occupant, également, des fonctions de direction est proche pour les deux groupes, légèrement plus élevée pour les grandes entreprises (27,3% contre 25,7%).
C’est ainsi que la majorité des entreprises étaient enregistrées dès le début de leurs activités (95,1% des PME et 99,2% des grandes entreprises). Les PME ont cependant connu une courte période d’exploitation sans enregistrement (0,2 an en moyenne), tandis que les grandes entreprises n’ont pas été concernées.
S’agissant de la main-d’œuvre, les grandes entreprises forment légèrement plus leur personnel (49,6% contre 42,05% pour les PME). La proportion de travailleurs qualifiés dans la production est similaire (38,7% pour les grandes entreprises, 37,95% pour les PME). Les grandes entreprises emploient, aussi, davantage de travailleurs permanents (85,2% contre 75,7%), ce qui renforce la stabilité de leur main-d’œuvre.
Enfin, le processus de licenciement est plus long dans les grandes entreprises (70,4 semaines contre 65,55 pour les PME), qui versent également des indemnités plus importantes (41,9 semaines contre 34,05). Ces pratiques traduisent un encadrement plus formel et protecteur des travailleurs.
On ne peut pas nier, aujourd’hui, l’importance des entreprises dans la création d’emplois et de richesses économiques. Les entreprises, quelle que soit leur forme, évoluent toutefois dans un environnement encore marqué par de nombreux freins.
Comme le révèlent les résultats d’analyses de la première édition du Rapport national sur l’Entreprise en Tunisie, réalisé par l’IACE, le climat des affaires tunisien reste contraignant. Ce rapport, dans sa première publication, montre que ces obstacles n’affectent pas toutes les entreprises de la même manière. La taille, le secteur d’activité et le niveau de formalisation constituent ainsi des facteurs déterminants.
Le financement, talon d’Achille, un défi de longue date…
Le premier obstacle, largement évoqué depuis longtemps et qui persiste jusqu’à aujourd’hui, est l’accès au financement. Il s’agit de l’un des principaux défis auxquels les entreprises sont confrontées, comme le souligne le rapport. Plus précisément, de nombreuses entreprises, principalement les petites et moyennes entreprises, estiment que l’obtention d’un crédit demeure un parcours complexe, marqué par des exigences élevées et des coûts parfois dissuasifs. Ces entreprises considèrent que cette situation est due à des garanties limitées et à une relation souvent fragile avec le système bancaire. Par ailleurs, les grandes entreprises, bien que mieux structurées, ne sont pas épargnées, notamment lorsqu’il s’agit de financer des projets d’envergure.
Un marché inéquitable
Les pratiques informelles et la corruption continuent de fragiliser le tissu économique, en particulier les PME. Elles favorisent une concurrence déloyale et accroissent les coûts cachés pour les entreprises qui respectent les règles. Dans ce contexte, les structures de petite taille apparaissent plus vulnérables, disposant de moins de ressources pour faire face aux pressions administratives ou aux irrégularités du marché.
Pénurie de main-d’œuvre qualifiée
Le manque de main-d’œuvre qualifiée constitue un obstacle important, en particulier pour les grandes entreprises qui ont besoin de compétences spécialisées pour rester compétitives. À cela s’ajoute une réglementation du travail souvent jugée rigide et complexe, ce qui limite la capacité des entreprises à s’adapter rapidement aux changements du marché.
Investissement freiné et fiscalité
L’instabilité politique et fiscale influence fortement les décisions d’investissement. Le manque de visibilité à moyen et long terme décourage l’initiative privée et freine le développement des entreprises. Les taux d’imposition, lorsqu’ils sont élevés ou imprévisibles, renforcent cette incertitude, surtout pour les entreprises formelles.
Autres contraintes?
Les contraintes liées aux infrastructures, en particulier au transport, représentent un obstacle majeur pour les entreprises. Elles affectent surtout celles dont l’activité dépend de chaînes logistiques étendues, entraînant une hausse des coûts et une baisse de compétitivité sur les marchés nationaux et internationaux.
Face à ces constats, les experts soulignent la nécessité de politiques publiques mieux ciblées. Le soutien aux entreprises exportatrices, la relance du secteur industriel et l’accompagnement des entreprises de services apparaissent comme des leviers essentiels. La modernisation des outils de gestion et la digitalisation des procédures peuvent également renforcer la transparence, réduire les pratiques informelles et améliorer l’efficacité globale du tissu entrepreneurial.
L’amélioration du climat des affaires ne peut se limiter à une approche uniforme. Les défis varient selon la taille et le type d’entreprise. Une stratégie différenciée, basée sur des données fiables et des réformes structurelles cohérentes, est essentielle pour stimuler la croissance, l’investissement et l’emploi de manière durable.
Il est à noter que le rapport analyse toutes les formes d’entreprises, microentreprises, PME, grandes entreprises, entreprises publiques et communautaires, et propose un diagnostic clair des défis et des leviers de développement.