Gabès : Sept mois après le rapport sur la pollution, Kaïs Saïed retourne sur le terrain
Kaïs Saïed a effectué, lundi 10 août 2026, une visite inopinée dans le gouvernorat de Gabès afin de constater la situation environnementale et les principales difficultés persistantes dans la région. Le président de la République a appelé à des solutions « urgentes et efficaces » contre la pollution, tout en apportant des précisions sur le devenir des unités industrielles.
Le chef de l’État a souligné la nécessité d’agir sur les sources de pollution et de mettre fin à leurs conséquences. Cette visite intervient dans un dossier suivi directement par la Présidence depuis plusieurs mois.
Sept mois après la remise du rapport final
Kaïs Saïed avait chargé une équipe de travail d’identifier des solutions urgentes à la situation environnementale de Gabès. En janvier 2026, il avait reçu son rapport final et ses recommandations, affirmant que les mesures nécessaires devaient être prises aux niveaux technique, financier et structurel.
La visite du 10 août marque ainsi le retour du chef de l’État sur le terrain sept mois après la remise de ce document.
Face aux habitants qui scandaient « Le peuple veut le démantèlement des unités », Kaïs Saïed a déclaré que les installations qui ne sont plus en état seraient démantelées. Il n’a donc pas annoncé le démantèlement de l’ensemble des unités du Groupe chimique tunisien.
Le président a distingué ces installations de celles qui ont été réparées afin d’éviter les émissions polluantes. Il a également indiqué que les unités qui ne fonctionnent plus mais continuent de produire des émissions seraient mises hors service.
Un démantèlement qui prendra des années
Kaïs Saïed a toutefois prévenu que le démantèlement nécessiterait plusieurs années. Dans l’immédiat, la priorité doit porter sur des solutions urgentes destinées à empêcher de nouveaux rejets.
Le dossier devra ensuite être étudié sous tous ses aspects afin de parvenir à une solution « radicale et définitive », selon le chef de l’État. Celui-ci a évoqué l’existence d’une vision stratégique préparée avec l’équipe chargée du dossier.
Aucune liste des unités concernées, aucun budget et aucun calendrier précis de mise en œuvre n’ont cependant été rendus publics.
Lire aussi: Gabès : Kaïs Saïed reçoit le rapport final de l’équipe chargée du dossier environnemental
Le phosphogypse au cœur de la visite
Lors de son inspection du site industriel, Kaïs Saïed s’est interrogé sur les volumes de phosphogypse encore accumulés, évoquant des quantités très importantes. Il a qualifié les atteintes environnementales subies par la région de « crimes commis contre la Tunisie ».
Le président a assuré que Gabès retrouverait sa mer et ses richesses naturelles. Il a également présenté la pollution comme une question nationale, estimant que d’autres régions tunisiennes étaient elles aussi confrontées à de graves atteintes environnementales.
La crise de Gabès est associée depuis plusieurs décennies aux activités de transformation du phosphate, à la production d’engrais et de produits chimiques ainsi qu’aux rejets industriels accumulés.
Des entreprises publiques « tunisiennes à 100 % »
Au cours de sa rencontre avec des représentantes régionales, Kaïs Saïed a également affirmé que les institutions et entreprises publiques devaient rester « entièrement tunisiennes » et demeurer la propriété du peuple tunisien.
Cette déclaration intervient quelques jours après la publication d’une annonce américaine concernant PhosCo, un projet phosphatier en Tunisie. Washington prévoit un financement initial compris entre 1 et 1,536 million de dollars afin d’accompagner son développement et de contribuer à la mobilisation de plus de 100 millions de dollars d’investissements.
Le montage présenté dans le document américain envisage une participation comprise entre 30 et 40 % dans la future structure PhosCo. L’annonce ne mentionne toutefois pas une prise de participation dans le Groupe chimique tunisien ou dans la Compagnie des phosphates de Gafsa.
Kaïs Saïed n’a cité ni les États-Unis ni PhosCo pendant sa visite. Ses propos ne peuvent donc pas être présentés comme une réponse directe à Washington. Leur proximité dans le temps replace néanmoins la question du contrôle national des entreprises et des projets liés au phosphate au centre du dossier.
La vidéo présidentielle apporte ainsi de premières précisions sur le sort des différentes installations de Gabès. La prochaine étape sera celle de leur traduction en décisions concrètes : identifier les unités à démanteler ou à mettre hors service, publier un calendrier et préciser les financements nécessaires.
Lire aussi :
- Phosphate tunisien : Washington veut mobiliser 100 millions de dollars, avec la Chine en toile de fond
L’article Gabès : Sept mois après le rapport sur la pollution, Kaïs Saïed retourne sur le terrain est apparu en premier sur webdo.