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Chronique économique – La Tunisie face à son propre basculement

12. Januar 2026 um 05:20

Il y a dans les chiffres secs publiés par la Banque centrale une sorte d’aveu silencieux. Entre les décimales des taux monétaires et le solde mouvant des comptes courants, se lit l’histoire d’un pays qui tente d’inventer sa sortie de crise, sans vraiment savoir encore si le monde lui ouvre la porte ou referme le verrou. Janvier 2026 a la couleur de l’entre-deux : celle d’une accalmie portée presque malgré elle par les vents extérieurs, mais lestée d’incertitudes profondes sur la manière dont la Tunisie saura traduire cette parenthèse en nouveau départ.

Le climat international d’abord. Longtemps écrasée par la poigne des banques centrales occidentales, l’économie mondiale respire timidement. Les hausses de taux successives de la Réserve fédérale américaine et de la Banque centrale européenne ont laissé des traces sur les marchés, les dettes publiques, les devises et les sociétés. Mais voici que les discours se nuancent, les autorités monétaires desserrant doucement l’étau qu’elles avaient imposé pour dompter l’inflation. Ce reflux prudent ouvre des marges de manœuvre aux économies dites périphériques ; la Tunisie est parmi elles. Une baisse du coût de l’argent, un dollar moins dominateur, des sorties de capitaux moins brutales : autant d’oxygène attendu par un pays dont chaque respiration économique dépend encore, trop souvent, de l’étranger.

Pour autant, ce répit international n’est pas pure bienveillance. Il demeure suspendu à une galaxie de risques : tensions persistantes au Moyen-Orient, expansion fragmentée du commerce mondial, volatilité énergétique et fragilité structurelle de la croissance chinoise. Chaque perturbation planétaire, même minuscule, peut traverser les océans, rebondir sur les places financières et venir heurter les côtes tunisiennes avec la brutalité d’une vague inattendue.

À l’intérieur du pays, les indicateurs racontent une histoire plus nuancée, presque paradoxale. Le marché monétaire se détend, reflet fidèle de la réduction du taux directeur décidée par la Banque centrale (BCT). Le taux monétaire glisse sous les 7 %, les banques échangent davantage entre elles, la liquidité remonte à la surface comme une rivière longtemps enfouie. Il serait facile d’y voir le signe d’un renouveau imminent, comme si une simple décision technique suffisait à remettre l’économie en marche. Mais cette détente reste, pour l’heure, largement comptable. Une baisse des taux ne crée pas le crédit productif ; elle en crée seulement la possibilité. La Tunisie demeure confrontée à la même question qui traverse depuis des années ses débats publics, souvent théoriques : l’argent disponible peut-il devenir argent utile ?

Le budget de l’État, lui, continue de porter la marque d’une fatigue chronique. Le compte courant du Trésor diminue, rappel que chaque début d’année est une bataille de trésorerie, surtout lorsque les créanciers extérieurs attendent leur échéance. Le pays a allongé l’échéance de ses dettes, passant des bons à court terme aux émissions assimilables de maturité plus longue : une stratégie rationnelle, mais qui exige sang-froid, crédibilité et discipline fiscale. Derrière les chiffres, c’est la souveraineté financière que l’on entend claquer, comme un drapeau fatigué par le vent.

Dans ce paysage exigeant, le salut vient une fois encore de l’extérieur, mais d’un extérieur particulier : celui qui appartient aux Tunisiens eux-mêmes. Touristes qui reviennent, expatriés qui transfèrent, diaspora qui réinjecte indirectement confiance et devises. Le pays vit encore grâce à son monde parallèle, celui qui s’étend de Paris à Riyad, de Berlin à Montréal. Les recettes touristiques atteignent un record, les transferts familiaux continuent de progresser malgré la morosité internationale. Ce sont eux qui maintiennent les réserves de change à un niveau encore rassurant, autour de cent jours d’importation. Ce sont eux aussi qui évitent que le dinar ne sombre, au moment précis où le dollar cède quelques ailes et permet à la monnaie nationale de regagner centimètre après centimètre une crédibilité mise à mal par des années d’érosion.

 

Lire aussi: Tourisme tunisien : plus de 8 milliards de dinars de recettes en 2025

 

Mais au-delà des chiffres, ce début d’année pose la question essentielle, celle à laquelle chaque gouvernement, chaque institution, chaque citoyen fini par revenir : que faire de cette respiration ? La Tunisie ne manque ni de constats ni de diagnostics. Elle manque de stratégie continue, de volonté stabilisée, de réformes qui ne se brisent pas au premier cycle électoral. Le pays a devant lui une configuration rarement offerte : une conjoncture internationale moins hostile, un système bancaire moins asphyxié, un dinar stabilisé, une activité touristique et migratoire qui remplit les caisses au moment où l’économie locale peine à générer ses propres moteurs.

Reste à décider ce que l’on construit sur ce terrain provisoirement dégagé. Un choix assumé de réorienter le crédit vers l’économie productive et la transformation industrielle. Une politique fiscale qui cesse de fonctionner en mode pompier et commence enfin à penser développement. Un État qui dialogue avec ses banques, non comme débiteur captif mais comme partenaire stratégique. Une diplomatie économique qui cesse de quêter et commence à négocier.

Car au fond, ces chiffres du 09 janvier disent la même chose que les précédents : le pays est au bord d’un possible tournant. Les vents, pour une fois, ne sont pas contraires. Mais ils ne souffleront pas toujours. Et c’est désormais à la Tunisie, non au monde, de décider si elle veut prendre le large ou rester immobile sur ses amarres, à guetter ce que l’horizon lui offrira par hasard.

 

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Références :

(1) Sources principales consultées pour le contexte international : World Bank MENAAP (09 jan. 2026), données prix Brent / marché pétrolier (09 jan. 2026), minutes Fed / prises de position récentes, analyses Reuters sur la réaction des marchés aux tensions régionales. (Banque Mondiale)

(2) (*) https://www.bct.gov.tn/bct/siteprod/indicateurs.jsp

(**) https://www.ins.tn/

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* Dr. Tahar EL ALMI,

Economiste-Economètre.

Ancien Enseignant-Chercheur à l’ISG-TUNIS,

Psd-Fondateur de l’Institut Africain

D’Economie Financière (IAEF-ONG)

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ZOOM – 2010-2025 — L’écho des occasions manquées, entre Washington, Bruxelles… et Tunis

10. Januar 2026 um 12:10

Il est des décisions qui, loin des tribunes, changent la face du monde. Ainsi, la Réserve fédérale américaine (Fed), dans un geste à la fois audacieux et calculé, vient de rouvrir les vannes du quantitative easing. Quarante milliards de dollars par mois, créés ex nihilo, dissous dans les artères du marché américain comme un sérum vital destiné à empêcher la panne du cœur économique. La Fed n’écrit pas l’histoire, elle la fabrique à coups de milliards, assumant que la monnaie est un outil politique, un levier de puissance, et non un monument sacralisé par les orthodoxies.

Pendant ce temps, l’Europe tremble sur le quai de gare, pétrifiée à l’idée d’enfreindre ses dogmes. La Banque centrale européenne demeure immobile, prisonnière d’une interprétation théologique de ses statuts, comme si la monnaie devait être tenue à distance de la volonté humaine. L’abîme se creuse : à l’Ouest, des dirigeants qui acceptent que le financement de l’économie exige audace et responsabilité ; sur le Vieux Continent, des gouvernants qui voient encore dans la banque centrale un organisme suspect, dont la puissance doit être tenue en laisse.

Ce contraste transatlantique dit plus qu’une divergence technique : il révèle une différence de civilisation économique. Aux États-Unis, l’État et sa banque centrale avancent d’un même pas, convaincus que l’injection de liquidités n’est ni une trahison morale ni un risque existentiel; mais une manière d’assurer la continuité du pacte national. En Europe, l’idée même qu’une Banque centrale puisse soutenir la dépense publique provoque l’urticaire des élites politiques, figées entre une morale fiscale d’un autre âge et une compréhension étroite de la stabilité.

 

En Europe, l’idée même qu’une Banque centrale puisse soutenir la dépense publique provoque l’urticaire des élites politiques, figées entre une morale fiscale d’un autre âge et une compréhension étroite de la stabilité.

 

Vu de la Tunisie, ce débat semble se dérouler dans un autre monde. Pourtant, il nous concerne plus que jamais.

Depuis 2011, notre pays a traversé des crises successives, des gouvernements éphémères et des promesses de réformes continuellement reportées. Pendant que la Fed soutenait la croissance et maintenait l’activité, et que la BCE, malgré ses réticences, ouvrait graduellement la voie à des interventions inédites, notre Banque centrale a dû se battre sur une autre scène : celle de l’inflation importée, des déficits chroniques, du dinar assiégé et d’un système bancaire sous-capitalisé. Là où les grandes économies disposent de marges monétaires souveraines, la Tunisie, à peine sortie d’une décennie de bouleversements, se retrouve enfermée dans une logique défensive, le nez collé à la paroi du réel.

Les années 2010-2025 resteront sans doute comme celles des occasions manquées : ni relance concertée, ni vision stratégique; pas de réforme de la dépense publique et encore moins de refonte du financement de l’économie. Alors que d’autres injectaient des centaines de milliards pour soutenir l’entreprise, l’emploi et l’innovation, notre pays s’enfonçait dans l’austérité tacite, les arbitrages hésitants, le manque d’investissement public et l’émiettement budgétaire.

 

Les années 2010-2025 resteront sans doute comme celles des occasions manquées : ni relance concertée, ni vision stratégique; pas de réforme de la dépense publique et encore moins de refonte du financement de l’économie.

 

Nous observons l’Europe avec fascination, souvent avec envie, parfois avec agacement, mais nous semblons oublier que l’Union, malgré sa prudence excessive, mobilise des instruments dont nous ne disposons même pas. Notre débat national s’enlise dans des alternatives faussées : faut-il serrer le crédit pour préserver le dinar ou le relâcher pour sauver la croissance ? Faut-il réduire les dépenses au risque de casser la demande ou les soutenir en accroissant un déficit déjà insoutenable ?

Pendant que les économies matures s’autorisent à faire usage de leur système monétaire comme d’un bien collectif, nous, faute de vision, avons cédé à la fatalité. Notre dépendance externe nous prive de marges d’action. Mais cette dépendance n’est pas une fatalité. En effet, elle est la conséquence d’une décennie de gouvernance hésitante, de réformes abandonnées et d’une incapacité persistante à articuler politique budgétaire, monétaire et industrielle dans un récit cohérent.

 

Notre débat national s’enlise dans des alternatives faussées : faut-il serrer le crédit pour préserver le dinar ou le relâcher pour sauver la croissance ? Faut-il réduire les dépenses au risque de casser la demande ou les soutenir en accroissant un déficit déjà insoutenable ?

 

Le vrai drame tunisien n’est pas seulement l’absence d’argent, mais l’absence de volonté d’en créer au sens économique du terme : par l’investissement productif, l’innovation, la montée en gamme des secteurs exportateurs, la restructuration de l’État et la mise en confiance des citoyens et des marchés. La Fed agit parce que l’Amérique croit encore en son avenir. L’Europe hésite parce qu’elle doute d’elle-même. Et la Tunisie se fige parce qu’elle ne sait plus où elle va.

Le vrai drame tunisien n’est pas seulement l’absence d’argent, mais l’absence de volonté d’en créer au sens économique du terme : par l’investissement productif, l’innovation, la montée en gamme des secteurs exportateurs, la restructuration de l’État, et la mise en confiance des citoyens et des marchés.

 

Il est encore temps de reprendre la main. Mais le temps n’attendra pas. Dans un monde où les puissances se financent avec audace pour construire demain, rester immobile revient à choisir le déclin.

 

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* Dr. Tahar EL ALMI,

Economiste-Economètre.

Ancien Enseignant-Chercheur à l’ISG-TUNIS,

Psd-Fondateur de l’Institut Africain D’Economie Financière (IAEF-ONG)

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Tunisie – Soldes : et si on libérait les prix toute l’année ?

10. Januar 2026 um 05:30

Le ministère du Commerce et du Développement des exportations a annoncé que le coup d’envoi des soldes d’hiver sera donné le jeudi 29 janvier. Ils continueront sur 8 semaines.

 

Une question se pose cependant : pourquoi ne pas libéraliser les prix durant toute l’année ? Plusieurs boutiques le font sous la forme de « remise à la caisse » ou profitent des “Black Friday“ pour lancer des campagnes agressives durant quelques jours.

 

La raison d’être des périodes réglementées

Les soldes sont légalement encadrés et limités à des périodes précises, principalement pour réguler la concurrence et protéger les petits commerces. En empêchant une guerre des prix permanente, les autorités évitent que les grandes enseignes n’écrasent les acteurs plus modestes par des remises récurrentes.

 

Cette politique vise également à garantir une loyauté envers le consommateur en distinguant clairement les vraies périodes de déstockage des réductions marketing courantes. Cela permet aussi aux commerçants de gérer leurs stocks de façon cyclique et prévisible.

 

Impact d’une éventuelle libéralisation des prix

Si les prix devenaient libres toute l’année, les consommateurs pourraient effectivement bénéficier, en théorie, d’un coup de pouce immédiat sur leur pouvoir d’achat. La concurrence pourrait générer des promotions continues, offrant davantage de flexibilité pour acheter au bon moment sans attendre des dates officielles. Cela mettrait fin à l’attente semestrielle et rendrait les bonnes affaires potentiellement accessibles en permanence.

 

Cependant, cette libéralisation présenterait des risques à prendre en considération. Sans le cadre légal actuel, le prix de référence pourrait devenir fictif, les enseignes ajustant leurs tarifs initiaux à la hausse pour simuler des promotions permanentes, limitant ainsi le gain réel pour l’acheteur. Elle accélérerait aussi la concentration du marché au profit des grands acteurs capables de soutenir une guerre des prix constante, au détriment de la diversité commerciale. Une pression accrue sur toute la chaîne d’approvisionnement pourrait aussi en résulter, affectant à terme la qualité des produits ou les conditions de travail pour les fabricants locaux.

 

Il s’agit donc de faire le choix entre la liberté des prix et la stabilité régulée. Si l’assouplissement progressif de la loi, comme l’autorisation des promotions hors soldes, répond partiellement à l’envie de prix attractifs, une déréglementation totale pourrait brouiller les repères et avoir des effets indésirables à long terme. Une amélioration durable du pouvoir d’achat passerait plutôt par des mesures ciblées sur les revenus, la fiscalité et la transparence des marges, sans déstabiliser l’écosystème commercial dans son ensemble.

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LF 2026 en Tunisie et en Algérie : deux budgets, deux visions de l’État et de l’économie

09. Januar 2026 um 14:00

Les lois de finances 2026 de l’Algérie et de la Tunisie illustrent de manière frappante les trajectoires économiques divergentes des deux pays du Maghreb. Confrontés à des défis communs – pressions sociales, incertitudes géopolitiques, ralentissement mondial -, Alger et Tunis y répondent par des choix budgétaires profondément différents, révélateurs de leurs modèles économiques respectifs et de leurs marges de manœuvre financières.

Alors, nous avons fourni à ChatGPT les données essentielles des deux lois de finances pour l’exercice 2026 et nous lui avons demandé de faire une analyse comparée. Le rendu est on ne peut plus éloquent.

 

Tout d’abord, ce machin comme l’aurait appelé De Gaulle, qu’on le veuille ou pas “intelligent“, fait état d’“une différence d’échelle qui conditionne l’action publique“ dans les deux pays.

Ainsi, le premier élément de comparaison est sans équivoque : l’ampleur des budgets. Dans ce cadre, l’Algérie a adopté pour 2026 l’un des budgets les plus élevés de son histoire (17 636 milliards DA, ou 135 milliards de dollars américains), avec un niveau de dépenses publiques qui dépasse largement celui des exercices précédents. Cette capacité financière repose essentiellement sur les revenus des hydrocarbures, qui continuent d’offrir à l’État algérien un espace budgétaire significatif.

À l’inverse, la Tunisie évolue dans un cadre beaucoup plus contraint. Son budget de l’État, nettement inférieur en volume (79,6 milliards de dinars, soit environ 22,8 milliards de dollars américains) reflète une économie aux ressources limitées et fortement dépendante de la mobilisation fiscale. « Cette différence d’échelle n’est pas anodine : elle détermine la capacité de chaque État à investir, à soutenir la croissance ou à amortir les chocs sociaux », explique-t-on.

 

Lire aussi : Loi de finances 2026 : l’appel de Brahim Bouderbala à générer richesse, croissance et équité

Recettes publiques : rente énergétique contre effort fiscal

Les lois de finances 2026 des deux pays confirment l’opposition structurelle entre les deux modèles de financement public. En Algérie, malgré les discours récurrents sur la diversification économique, les hydrocarbures demeurent le pilier central des recettes budgétaires. Le budget repose implicitement sur des hypothèses de prix du pétrole et du gaz suffisamment favorables pour soutenir un niveau élevé de dépenses. Les recettes hors hydrocarbures progressent, mais restent insuffisantes pour modifier en profondeur la structure budgétaire du pays.

En Tunisie, l’absence de rente naturelle impose une autre logique. La fiscalité interne représente l’essentiel des ressources de l’État, avec une pression accrue sur les ménages et les entreprises. La loi de finances 2026 confirme cette tendance, au risque d’alourdir le coût de l’activité économique dans un contexte de croissance déjà fragile. D’où l’inquiétude notamment dans les milieux professionnels.

Dépenses : volontarisme algérien, rigidité tunisienne

Un autre point de différence se voit au niveau des dépenses, où les contrastes sont tout aussi marqués. En effet, l’Algérie maintient une “approche volontariste et expansionniste“. Les transferts sociaux, les subventions, les programmes de logement, les investissements publics et les dépenses de souveraineté occupent une place centrale. L’État continue d’assumer un rôle moteur dans l’économie, misant sur la dépense publique pour soutenir la demande interne et préserver la stabilité sociale.

Par contre, la Tunisie fait face à une forte rigidité de ses dépenses publiques. La masse salariale de la fonction publique, les dépenses sociales et le service de la dette absorbent une part importante du budget. L’investissement public reste limité, souvent relégué au second plan. La loi de finances 2026 apparaît ainsi davantage comme un exercice de gestion des contraintes que comme un véritable outil de transformation économique, a-t-on lu récemment dans un article chez nos confrères de L’Economiste Maghrébin.

Déficit et modes de financement : deux vulnérabilités distinctes

Les deux pays affichent des déficits budgétaires, mais leur nature diffère profondément. En Algérie, le déficit demeure élevé en valeur absolue, mais il reste relativement soutenable grâce à un endettement public modéré et à des financements majoritairement internes. Le principal risque est externe : une baisse durable des prix des hydrocarbures pourrait rapidement fragiliser l’équilibre budgétaire.

En Tunisie, le déficit est plus problématique au regard des capacités économiques du pays. Son financement repose sur une combinaison d’endettement intérieur, d’emprunts extérieurs et, fait notable, de recours au financement direct de la Banque centrale. Cette option, bien que présentée comme exceptionnelle, soulève des interrogations sur les risques inflationnistes et la soutenabilité macroéconomique à moyen terme.

Deux visions de l’État et de l’économie

Au-delà des chiffres, les lois de finances 2026 – tunisienne et algérienne – traduisent deux conceptions distinctes du rôle de l’État.

L’Algérie privilégie un “État-protecteur et investisseur, utilisant la dépense publique comme levier de stabilité sociale et de croissance. Ce choix permet de préserver la cohésion sociale, mais reporte à plus tard certaines réformes structurelles, notamment en matière de diversification productive et d’efficacité de la dépense.

La Tunisie s’inscrit dans une logique plus défensive, celle d’un État sous contrainte, cherchant à maintenir ses fonctions essentielles dans un contexte de ressources limitées. Cette loi de finances a également une forte teinte sociale si on se rapporte au total du budget. Cette approche limite les déséquilibres immédiats, mais réduit la capacité de l’économie à générer une croissance suffisante pour desserrer l’étau budgétaire. Pourtant, il est ici aussi question d’État social, l’essence même d’un État protecteur…

Une comparaison révélatrice des défis à venir

La lecture croisée des lois de finances 2026 de l’Algérie et de la Tunisie, opérée par l’IA, met en évidence deux trajectoires budgétaires asymétriques. L’Algérie dispose encore d’un coussin financier qui lui permet de retarder certaines décisions structurelles, mais reste vulnérable aux chocs externes. La Tunisie, quant à elle, fait face à une urgence différente : restaurer la croissance et la confiance pour éviter l’enfermement dans un cycle de déficits et d’endettement.

Dans les deux cas, la loi de finances 2026 apparaît moins comme une réponse définitive que comme un moment charnière, révélant les limites actuelles des modèles économiques et les choix stratégiques qui s’imposeront dans les années à venir.

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Scénario haussier du dollar : le dinar au carrefour des forces invisibles

08. Januar 2026 um 05:23

Il y a dans le mouvement des devises une dramaturgie silencieuse qui ne cesse de façonner les économies, même lorsque les médias n’en font pas leur titre et que les citoyens ne sentent encore qu’un souffle au-dessus de leur portemonnaie. L’histoire récente de l’EUR/USD, avec un euro se redressant au-dessus du seuil de 1,1735 et un dollar qui semble provisoirement desserrer l’étreinte, appartient à cette dramaturgie. Une oscillation, un coup de rein technique sur les marchés, presque imperceptible pour l’œil non averti, mais porteur d’une signification profonde : le monde semble se préparer non pas à un dollar qui faiblit, mais à un dollar qui se redresse, s’affirme, se ressaisit. Ce souffle avant la course dit tout d’un cycle qui ne fait que commencer.

À première vue, la photographie du moment semble contredire ce récit (1). L’euro, ragaillardi, remonte la pente qu’il avait « glissée » ces dernières semaines, comme un marcheur retrouvant son second souffle après une halte. La zone des 1,1660, qui tenait comme un plancher fragile, a suffi à redonner courage aux acheteurs. Les écrans se sont allumés, les algorithmes ont suivi, les investisseurs se sont replacés au-dessus de 1,1710, jusqu’à ce que le fameux 1,1735 soit franchi, comme une porte symbolique qu’il fallait repasser avant d’espérer d’autres horizons.

Les indicateurs techniques racontent avec leur langage mécanique cette scène fugace : un MACD qui vire timidement dans le positif, un RSI qui grimpe encore sans basculer vers l’euphorie, des moyennes mobiles qui se replient l’une derrière l’autre comme des nuages se dispersant. À cet instant précis, tout semble possible : l’euro pourrait prolonger sa remontée jusqu’aux retracements plus ambitieux, retrouver l’envie de se mesurer au-dessus de 1,18, prendre un peu d’air.

Mais derrière cette légère remontée, se cache un paradoxe que seuls ceux qui scrutent l’horizon devinent déjà. Ce n’est pas l’euro qui a véritablement changé de nature ; c’est le dollar qui, l’espace d’un moment, a décidé de se replier, avant d’éventuellement reprendre son galop. Il suffit de tendre l’oreille aux conférences de presse, aux minuties de langage de Jerome Powell ou de Christine Lagarde, pour saisir une vérité plus ample : la Réserve fédérale et la Banque centrale européenne ne marchent pas au même rythme, ne regardent pas les mêmes spectres, ne redoutent pas les mêmes monstres.

Aux États-Unis, le cœur économique bat toujours fort. Bien sûr, des fissures apparaissent par endroits : foyers d’endettement, fragilités bancaires, appétit boursier démesuré pour quelques géants numériques. Mais l’ossature tient. Le marché du travail continue de défier les pronostics, l’inflation recule mais ne cède pas entièrement, et la Fed observe, prudente, presque guetteuse, refusant de baisser trop vite sa garde sur les taux. Les investisseurs le savent : si le rendement demeure attractif, l’Amérique est encore l’endroit où le capital trouve refuge, intérêt et liquidité – ces trois mots qui guident, depuis des décennies, les mouvements invisibles de la finance mondiale.

L’Europe, de son côté, traverse un hiver moral. Sa croissance, timide, peine à retrouver des couleurs. L’industrie vacille comme un arbre fatigué par trop de vents contraires. Les politiques budgétaires demeurent hésitantes, bien trop conscientes des erreurs passées pour oser des relances vigoureuses. La BCE, qui avait entonné la marche arrière sur les taux pour soutenir une économie qui ne parvient pas à s’arracher, a dû ralentir le pas. Le résultat est clair : la monnaie unique retrouve un peu de souffle, mais sans conviction durable, comme un coureur qui accélère avant de se rappeler qu’il est encore très loin du but.

Entre ces deux continents, le dollar reprend alors naturellement son rôle préféré : celui de l’aimant mondial. Peu importe que l’or monte à sa suite, que les investisseurs se diversifient dans les obligations, les métaux, ou même dans d’autres zones monétaires. L’histoire dit qu’à chaque période où la visibilité se brouille, où l’incertitude s’épaissit, le billet vert finit par retrouver sa place au sommet du théâtre.

Pour la Tunisie, dont le dinar se situe à la périphérie de ces forces colossales, la conséquence est immédiate, presque mécanique. Le pays vit, respire et consomme au rythme de deux devises : l’euro pour commercer, l’euro pour exporter, l’euro pour attirer les touristes ; le dollar pour importer, se chauffer, se déplacer, s’alimenter, produire, se soigner. Chaque conteneur de blé, chaque tonne de gaz, chaque litre d’essence porte sur lui l’empreinte verte de la devise américaine.

Alors, lorsque le dollar frémit, le coût de la vie tunisienne réagit. Ce n’est pas une réaction rapide, brutale ou évidente. C’est un lent suintement, un phénomène capillaire. Le carburant pèse sur les transporteurs ; le transport pèse sur les marchandises ; les marchandises pèsent sur les familles. L’État absorbe une partie du choc, à travers les subventions, comme un amortisseur qui se fatigue. Et au bout du parcours, les ménages le sentent : leur panier n’achète plus la même chose qu’hier.

La dette extérieure ajoute une ombre plus lourde encore à ce tableau. La Tunisie rembourse en devises fortes ce qu’elle emprunte : elle ne peut imprimer ni dollars, ni euros. Lorsque la devise américaine se renchérit, le simple fait d’honorer les engagements acquis devient un effort supplémentaire. C’est comme gravir une pente qui se redresse à mesure qu’on avance. Les services de la dette croissent, les marges budgétaires se racornissent, la recherche d’emprunts nouveaux devient plus coûteuse, parfois même plus incertaine. Le dollar, dans ce contexte, n’est pas seulement une monnaie. Il est un pouvoir.

Et pourtant, dans ce paysage heurté, quelque chose de nouveau s’est mis à germer en Tunisie, presque en silence. Les familles « épargnent » autrement. Les entrepreneurs « diversifient ». L’immobilier en berne, alors, l’or, longtemps perçu comme une relique, « retrouve une noblesse ». Le dollar lui-même devient un symbole de prudence et de projection, autant que d’inquiétude. Les marchés parallèles, les réseaux informels, les bureaux de change officiels composent ensemble une fresque qui raconte, sans discours, que le Tunisien ne croit plus aveuglément aux certitudes d’hier. Ce qui, pour d’autres pays, est une option financière, pour la Tunisie devient un réflexe culturel.

Ainsi, le scénario haussier du dollar n’est pas un simple dossier technique réservé aux salles de marché. C’est un récit qui court sous la peau du pays. Il touche le prix du pain, le coût du bus, la facture du port, les marges des petites entreprises, la solvabilité de l’État, la patience du citoyen. Il révèle ce qu’un pays dépendant doit regarder en face : sa fragilité, mais aussi ses potentiels.

Si la montée du dollar est un défi, elle peut devenir aussi un révélateur. Révéler que la Tunisie doit se libérer un peu plus de ses dépendances énergétiques, investir dans son indépendance alimentaire, bâtir une industrie exportatrice, et même réinventer son rapport au financement extérieur. Révéler que les marchés n’ont rien d’abstrait : ils sont le miroir de ce que le pays consomme, de ce qu’il produit, et de ce qu’il aspire à devenir.

Le dollar, comme toutes les forces puissantes, ne transige pas. Mais c’est parfois dans l’adversité que les nations apprennent à regarder au-delà du court terme. Et si 2026 devait être l’année où la Tunisie découvre que sa relation au billet vert ne se subit plus seulement mais peut se comprendre, se maîtriser, s’anticiper, alors le dinar pourrait cesser d’être spectateur de son destin pour devenir, enfin, acteur de sa propre trajectoire.

 

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(1) : Salle des marchés de l’IAEF (ONG) : 07/01/2026 12:25:04

 

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* Dr. Tahar EL ALMI,

Economiste-Economètre.

Ancien Enseignant-Chercheur à l’ISG-TUNIS,

Psd-Fondateur de l’Institut Africain

D’Economie Financière (IAEF-ONG).

L’article Scénario haussier du dollar : le dinar au carrefour des forces invisibles est apparu en premier sur Leconomiste Maghrebin.

La gifle révélatrice : rupture de l’ordre genré et mobilisation sociale

07. Januar 2026 um 16:19

Si la rumeur de la gifle a pu produire un tel choc émotionnel, c’est qu’elle ne se contente pas de dénoncer une injustice : elle met en scène une humiliation masculine publiquement lisible. L’acte supposé devient le symbole d’une défaillance, d’une rupture dans l’ordre genré de la reconnaissance sociale.

Dans le premier article, nous avons montré comment la gifle fonctionne comme un dispositif de traduction morale de la violence structurelle. Cette deuxième partie approfondit l’analyse en se concentrant sur la masculinité hégémonique et sur les raisons pour lesquelles l’humiliation constitue une menace ontologique, capable de transformer une frustration sociale en mobilisation politique massive.

L’humiliation tire sa force de sa publicité. Comme l’a montré Erving Goffman, l’ordre interactionnel repose sur des rituels de reconnaissance qui permettent aux individus de « sauver la face » dans l’espace public. La gifle constitue une rupture brutale de ces rituels : elle expose l’incapacité d’un homme à maintenir la position normative que la masculinité hégémonique lui assigne.

Dans les économies symboliques genrées, la reconnaissance masculine est conditionnée par l’évitement de la disqualification publique. Être humilié, c’est être momentanément exclu de l’ordre social, rendu illisible en tant qu’homme. La menace n’est pas seulement sociale ; elle est ontologique. Elle remet en cause l’intelligibilité même de l’identité masculine.

La gifle condense cette menace avec une efficacité redoutable. Geste corporel immédiatement compréhensible, elle met en scène un corps masculin rendu passif, exposé, vulnérable. Dans une perspective performative du genre, telle que formulée par Judith Butler, cette scène signale une rupture dans la répétition des normes qui rendent la masculinité socialement intelligible.

Lorsque cette humiliation est attribuée à une femme, la scène devient politiquement explosive. Elle révèle la fragilité d’un ordre symbolique fondé sur la hiérarchie des genres, et l’angoisse latente qui accompagne toute masculinité hégémonique.

De l’injustice administrative à la crise de l’honneur

La force politique de la rumeur de la gifle tient aussi à son effet de cadrage. Ce qui relevait initialement d’un rapport de domination administrative (saisie de marchandise, harcèlement bureaucratique, précarité économique ) est reformulé dans un registre moral centré sur l’honneur et la dignité.

Dans des contextes où la violence étatique est diffuse et impersonnelle, elle est souvent difficile à nommer et à politiser. La gifle opère une traduction narrative de cette violence abstraite en une scène incarnée, immédiatement investissable affectivement. Comme l’a montré Didier Fassin, les économies morales déterminent quelles souffrances deviennent visibles, hiérarchisées et jugées légitimes.

Ce cadrage facilite la mobilisation rapide, mais il a un coût politique. En personnalisant l’injustice, il tend à masquer les mécanismes structurels de la domination étatique, au profit d’une dramaturgie morale centrée sur l’offense et la réparation symbolique.

L’honneur comme moteur ambivalent de la révolte

En transformant une violence institutionnelle diffuse en crise publique de l’honneur, la rumeur de la gifle redéfinit le langage de la contestation. L’injustice n’est plus seulement une violation de droits, mais une blessure morale exigeant réparation.

Cependant, cette économie affective repose sur une scène genrée qui n’est pas neutre. Elle prépare le terrain à une redistribution inégale des rôles symboliques, dans laquelle certaines figures sont héroïsées tandis que d’autres sont réduites au silence. C’est précisément ce processus — la place assignée aux femmes dans cette narration et ses effets mémoriels — qu’analyse notre troisième et dernier article.

Sarah Daly, écrivaine tunisienne installée à Paris

 

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Entre honte et mobilisation : la gifle dans l’imaginaire révolutionnaire tunisien

05. Januar 2026 um 17:49

Le 17 décembre 2010, l’immolation de Mohamed Bouazizi à Sidi Bouzid devient l’événement inaugural de la révolution tunisienne. Très rapidement, cet acte est investi d’une charge symbolique qui dépasse largement le fait lui-même. Autour de lui se cristallisent récits, interprétations et affects, destinés à rendre intelligible une violence sociale longtemps vécue comme diffuse et silencieuse.

Parmi ces récits, la rumeur selon laquelle Bouazizi aurait été giflé par une agente municipale occupe une place centrale. Peu importe, au fond, que cette gifle ait eu lieu ou non. Ce qui importe, c’est qu’elle ait été crue, partagée, répétée  et qu’elle ait produit des effets politiques tangibles. La gifle devient un langage, un condensé symbolique capable de transformer une injustice administrative ordinaire en scandale moral collectif.

Cet article est le premier volet d’une série en trois parties consacrée à l’analyse genrée de cette rumeur fondatrice. Il s’attache à comprendre pourquoi et comment cette narration a pu s’imposer comme une évidence morale, en mobilisant des normes de genre, d’honneur et de dignité. Les articles suivants analyseront, d’une part, les effets de cette humiliation sur la construction de la masculinité révolutionnaire, et d’autre part, ses conséquences durables sur la place des femmes dans la mémoire de la révolution.

La rumeur comme fait social et dispositif genré

Dans les moments de crise politique, lorsque les institutions perdent leur crédibilité et que l’ordre social vacille, la rumeur devient un mode privilégié de production du sens. Loin d’être une simple distorsion de l’information, elle constitue un discours situé, révélateur des rapports de pouvoir et des régimes de vérité d’une société donnée. Comme l’a montré Michel Foucault, la vérité n’existe jamais indépendamment des dispositifs sociaux qui la rendent dicible et crédible.

La spécificité de la rumeur de la gifle tient à son inscription profonde dans un imaginaire genré. La gifle n’est pas un geste anodin : elle active un répertoire symbolique où l’honneur, la dignité et la reconnaissance publique sont étroitement associés à la masculinité. Dans cet univers normatif, être giflé publiquement  a fortiori par une femme  constitue une atteinte directe à l’identité masculine.

Comme l’a analysé Pierre Bourdieu, la domination masculine repose sur des schèmes incorporés qui font de l’honneur un capital central de la reconnaissance sociale. La rumeur de la gifle devient alors politiquement intelligible parce qu’elle met en scène la déchéance publique de cet honneur. Elle transforme une violence administrative structurelle , précarité, harcèlement bureaucratique, arbitraire étatique  en humiliation personnelle immédiatement lisible.

En ce sens, la rumeur opère une traduction genrée de la violence sociale. Elle déplace l’injustice du registre abstrait des droits vers celui, profondément affectif, de la honte et de la réparation morale. Ce déplacement constitue la condition même de sa puissance mobilisatrice.

Quand une rumeur devient une évidence politique

La rumeur de la gifle n’est ni un détail anecdotique ni un simple emballement médiatique. Elle fonctionne comme un dispositif symbolique capable de condenser des expériences diffuses de domination en une scène unique, chargée d’émotion et de lisibilité morale. En mobilisant les normes de la virilité et de l’honneur, elle transforme une injustice sociale en scandale politique.

Mais cette première analyse n’épuise pas la portée de la gifle. Car l’humiliation qu’elle met en scène ne touche pas seulement un individu : elle menace un ordre symbolique entier. C’est cette dimension, celle d’une masculinité rendue vulnérable et politiquement explosive  qu’examinera le deuxième article.

Sarah Daly, écrivaine tunisienne installée à Paris

 

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Histoire d’une sordide vraie fake news

05. Januar 2026 um 11:34

Tout a commencé par la soi-disant révélation par une page des réseaux sociaux algériens de la copie d’un document dit « très secret » d’un supposé accord militaire entre la Tunisie et l’Algérie qui autoriserait l’armée algérienne à intervenir jusqu’à 50 km sur le territoire tunisien, au-delà de nos frontières communes, et même plus, quand la présidence tunisienne se trouverait en danger. Ce faux document, une fake news, fût diffusé au même moment ou une rencontre de haut niveau eut lieu entre notre ministre de la défense nationale, et les chefs de l’Etat major de l’armée algérienne, à Alger, ou des vrais accords militaires, relatifs à la coopération et à la sécurité des deux pays, ont été signés.

Le choix de la date de la diffusion de ce faux document est en lui-même significatif de la volonté d’une tierce partie de torpiller le rapprochement entre les deux pays. Mais le faux document est tellement mal conçu, que n’importe quel journaliste débutant aurait pris cela pour une farce médiatique, comme il en existe des milliers chaque jour sur les réseaux sociaux. C’était sans compter sur la politisation tous azimuts, de toute information, fausse ou juste, pour tirer sur l’adversaire. Grâce à l’IA, on peut fabriquer des photos, des vidéos et même imiter des voix et fabriquer des discussions fictives. C’est dire combien cette fake news, ne peut être fabriquée que par des amateurs. Or, nous vivons en pleine époque d’amateurisme, non pas seulement dans les médias; mais surtout chez les hommes et les femmes qui se prétendent politiques.

Propagande à la Goebbels

Cette règle est aussi valable pour les médias qui se rangent dans l’opposition au Président de la République, Kaïs Saïed, que pour les médias et chroniqueurs qui lui sont acquis. C’est la conséquence de la bipolarisation extrême de la vie politique et la radicalisation de l’opposition menée et dirigée par le parti Ennahdha et qui est due essentiellement aux condamnations à de lourdes peines de prison qui ont touché ses dirigeants.

La règle en matière de propagande islamiste étant simple, souffler sur le feu, quitte à ce que ce feu incendie le pays. C’est leur façon de faire de la politique, qu’ils ont pratiquée avant et après 2011. D’ailleurs dans cette affaire de fake news c’est le gendre de Ghannouchi lui-même, à travers sa page Facebook, qui s’est chargé « d’authentifier » le faux document et de crier au scandale. Cela aurait dû suffire normalement à nos journalistes pour faire leur travail d’investigation avant de publier quoique ce soit ou de commenter. Surtout que ce même individu, quand il était ministre des Affaires étrangères s’est illustré par sa profonde connaissance de nos frontières maritimes et même des noms des grandes capitales étrangères. Même les journaux qui se sont spécialisés dans la chasse aux fake news se sont abstenus de la faire et même qu’ils ont tenté de valider l’information.

Cette forme de propagande, qu’on doit à Goebbels, se base sur une règle immuable et dont l’efficacité est vérifiée : « Intoxiquez ! Intoxiquez ! Il en restera toujours quelque chose ! ». Avec l’apparition des fake news, et des réseaux sociaux, cette arme devient redoutable. Il y a deux semaines, le Président de la République Française Emmanuel Macron, a reçu un appel téléphonique d’un chef d’Etat africain le félicitant d’avoir échappé à un attentat !!!!! Macron s’est enquis auprès de ses services pour s’informer. Il s’agissait évidement d’une fake news ! Le malheureux chef d’Etat africain cherchait ses infos sur les réseaux sociaux et il n’est malheureusement pas le seul ! Macron a du faire une déclaration pour clarifier la situation et ordonné de prendre des mesures coercitives contre ce genre de sites.

Même les services spéciaux des grands Etats puissants sont souvent victimes de cette désinformation, quant ils ne recourent pas eux-mêmes aux mêmes méthodes d’intox. Goebbels est mort, il y a longtemps, mais sa méthode et sa théorie sont toujours efficaces et d’une actualité brulante, surtout dans les guerres de Gaza et d’Ukraine.

La Tunisie vient à son tour d’en faire les frais, car il est clair qu’un service étranger est derrière cette intox virale. Le problème pour nous est qu’une grande partie de la classe politique, au pouvoir et dans les différentes oppositions, tombe souvent dans ce travers, qui consiste à utiliser le faux pour confondre l’adversaire. Et c’est symptomatique d’une faiblesse structurelle dans la pensée politique. On appelle cela la mauvaise foi politique.

Nous sommes les alliés stratégiques des USA

En 2015, les USA, par la voix de leur Président, Barak Obama déclarait la Tunisie un allié stratégique majeur des USA, hors membres de l’OTAN. La question était discutée dans l’administration américaine depuis 1995. Un nouveau palier fût donc franchi dans la coopération militaire de notre pays avec les Etats-Unis. Il fût depuis honoré par les deux parties via la commission militaire mixte qui se réunit chaque année. Un compte rendu de ces réunions est systématiquement publié par les deux ministères de la Défense.

La Tunisie a profité de ce statut depuis cette date en développant ses capacités militaires pour la lutte contre le terrorisme, la défense de ses frontières, toutes les frontières y compris la frontière ouest. Des armes, dont des avions, des drones et du matériel de surveillance des frontières ont été achetés aux USA et l’on peut conclure que la sécurité de nos frontières et la lutte contre le terrorisme se sont renforcées.

Comment dès lors imaginer qu’un accord qui mettrait en cause ce processus de coopération militaire et sécuritaire puisse être signé avec un autre Etat, fusse-t-il un Etat ami ? Il est vrai, que la partie algérienne à l’époque sous Bouteflika, avait montré son hostilité à cet accord. Comment imaginer aussi, que les USA ne réagissent pas directement ou indirectement à ce supposé accord ? Il n’y a que les esprits faibles ou malfaisants pour avaler une telle couleuvre.

Pourtant, ce qui est incroyable, c’est que d’anciens ministres ou hauts responsables semblent avoir cru à ce qui est clairement un mensonge. Et ce, par dépit souvent vis-à-vis de Kaïs Saïed qui reste, quoi qu’on dise ou qu’on prétende, le représentant de la légitimité politique de l’Etat; même s’il a été élu par 11 % des électeurs. En aucune façon, on ne peut confondre la question démocratique, qui fait partie des questions de politique intérieure, avec les intérêts supérieurs de la Nation. La confusion est beaucoup plus grave, quand il s’agit de l’utilisation d’un vrai document probablement pour déstabiliser le pays et nuire aux relations avec l’Algérie.

Mais l’affaire a pris un tournant quand un magazine français spécialisé dans les affaires africaines et un prestigieux quotidien français, reprennent l’intox, en s’appuyant sur ces mêmes sites algériens qu’ils abhorrent d’habitude. Les deux articles en question évitent de noter tous les signes et erreurs qui démontrent que ce document ne peut être fait par des diplomates chevronnés puisqu’il y a erreur même sur les noms des personnes qui l’auraient signé. En plus d’erreurs de contenu, comme lorsqu’il précise que les frais des soldats algériens seraient payés par l’Etat tunisien, comme s’il s’agit d’un vulgaire contrat commercial. L’argument de poids utilisé par tous ces médias et tous ceux qui les ont relayés, comme s’il s’agit d’une révélation biblique, est l’absence de réponse de la part du ministère tunisien de la réponse ou du gouvernement.

C’est le comble du cynisme politico-médiatique ! Depuis quand un Etat qui se respecte répond aux mensonges et aux calomnies ? Parce que démentir officiellement, c’est tomber dans le piège de celui qui a créé le faux. Il est vrai qu’une vague allusion à ce document a été faite par Kaïs Saïed et qu’ensuite le chef de l’Etat algérien lui-même a répondu devant son parlement indirectement; tout en rappelant la solidité des liens entre les deux pays. Il est vrai que le ton paternaliste des politiciens algériens a suscité des réactions toujours négatives de la part des élites tunisiennes. C’était d’ailleurs aux Algériens de répondre car l’information est partie de sites algériens probablement hostiles au gouvernement. Mais l’intox a fait des ravages chez nous. Ce qui prouve que le système de communication et d’information gouvernemental n’est pas en bonne santé. Les médias comme m’a dit un ami français sont une arme à double tranchant et celui qui vit avec les médias meurt par ces mêmes médias.

Le meilleur moyen pour un pays de se prémunir contre ce danger qui va en s’aggravant est d’avoir un système médiatique crédible et professionnel. Ce qui est loin d’exister chez nous.

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Analyse économique des indicateurs monétaires et financiers au 02 janvier 2026

05. Januar 2026 um 05:30

Un contexte international encore défavorable aux économies sous contrainte de financement.

L’année 2026 s’ouvre sur un environnement international qui, malgré certains signaux de détente, demeure structurellement défavorable aux économies émergentes fortement dépendantes des flux de capitaux et des importations stratégiques. Les grandes banques centrales ont certes ralenti le rythme du durcissement monétaire, mais les taux directeurs restent élevés, ancrant durablement des conditions financières restrictives.

Cette configuration prolonge un régime mondial caractérisé par une sélectivité accrue du financement, une volatilité persistante des flux de capitaux et un renchérissement durable du coût de la dette souveraine pour les pays à notation fragile. Dans ce contexte, la Tunisie reste exposée à un double choc latent : celui des taux d’intérêt internationaux et celui du dollar, monnaie dominante dans les échanges énergétiques et le service de la dette extérieure.

En Tunisie – Liquidité bancaire : une tension chronique devenue structurelle

Les indicateurs monétaires du 02 janvier 2026 confirment que la tension de liquidité bancaire n’est plus conjoncturelle mais structurelle. Le volume global du refinancement atteint 11,36 milliards de dinars, un niveau élevé qui illustre la dépendance persistante du système bancaire à l’intervention de la Banque centrale de Tunisie.

Les appels d’offres hebdomadaires (5,3 milliards de dinars) demeurent la principale source d’alimentation du marché, complétés par les opérations de refinancement à plus long terme, notamment celles à six mois (2,22 milliards). Ce schéma traduit une difficulté durable des banques à mobiliser des ressources autonomes, conséquence directe de la faiblesse de l’épargne longue, de la concurrence du Trésor sur le marché domestique et de la prudence accrue dans l’octroi du crédit.

Cette situation limite mécaniquement la capacité du système bancaire à jouer pleinement son rôle de financement de l’investissement productif, renforçant un cercle vicieux de croissance molle et de dépendance monétaire.

Politique monétaire : une pause tactique, non un tournant stratégique

Le maintien du taux directeur à 7,50 % confirme que la BCT a atteint un point d’équilibre délicat. La baisse par rapport au niveau de 8 % observé en 2025 traduit une reconnaissance implicite du ralentissement économique, mais ne constitue en aucun cas un signal d’assouplissement.

Le taux du marché monétaire, à 7,46 %, reste strictement arrimé au taux directeur, preuve d’un pilotage efficace du corridor des taux et d’un contrôle opérationnel du marché interbancaire. Toutefois, cette stabilité est davantage le fruit d’une gestion administrative fine que d’un relâchement spontané des tensions.

En réalité, la politique monétaire tunisienne est désormais enfermée dans un trilemme contraignant : soutenir l’activité, préserver le dinar et contenir l’inflation résiduelle. Dans l’état actuel des équilibres externes, toute détente prématurée des taux exposerait immédiatement la monnaie nationale et les réserves en devises.

Finances publiques : un rééquilibrage de trésorerie sans assainissement structurel

L’amélioration du solde du compte courant du Trésor, qui atteint 1,24 milliard de dinars, traduit une meilleure gestion de trésorerie en fin d’exercice, mais ne saurait masquer les fragilités de fond des finances publiques.

La structure de la dette révèle une inflexion stratégique : la réduction massive des bons du Trésor à court terme au profit des Bons du Trésor assimilables témoigne d’une volonté de réduire le risque de refinancement immédiat. Cependant, cette stratégie alourdit le service de la dette à moyen terme, dans un contexte de taux encore élevés.

Autrement dit, le risque de liquidité est partiellement contenu, mais le risque de soutenabilité budgétaire demeure entier, d’autant plus que les marges fiscales restent limitées et socialement sensibles.

Secteur extérieur : des flux réels solides, mais insuffisants pour desserrer la contrainte en devises

Les performances du tourisme et des transferts des Tunisiens résidant à l’étranger continuent de jouer un rôle central dans la stabilisation macroéconomique. Avec près de 7,9 milliards de dinars de recettes touristiques et 8,47 milliards de dinars de revenus du travail, ces flux constituent un amortisseur essentiel face au déficit commercial structurel.

Toutefois, cette dynamique positive ne suffit pas à inverser la tendance des avoirs nets en devises, qui reculent à 106 jours d’importation. Cette érosion, bien que graduelle, réduit la marge de manœuvre de la BCT et renforce la dépendance à une politique monétaire restrictive.

La Tunisie reste ainsi dans une situation paradoxale : des entrées de devises dynamiques sur certains segments, mais une incapacité structurelle à transformer ces flux en renforcement durable des réserves.

Taux de change : une stabilité administrée, non auto-entretenue

L’évolution du dinar confirme une stabilité relative mais fragile. L’appréciation face à l’euro reflète en partie la composition géographique des flux, tandis que la dépréciation face au dollar souligne la vulnérabilité persistante aux chocs externes.

Cette stabilité repose moins sur des fondamentaux robustes que sur un différentiel de taux d’intérêt élevé, une gestion active de la liquidité et des arbitrages constants de la BCT. Elle demeure donc conditionnelle et réversible, en particulier en cas de choc externe ou de relâchement budgétaire non maîtrisé.

Perspectives 2026 : une année charnière, entre stabilisation défensive et risque d’enlisement

À court terme, la priorité restera clairement orientée vers la préservation des équilibres monétaires et externes, quitte à accepter une croissance modérée et une reprise de l’investissement différée.

À moyen terme, l’année 2026 constitue un point de bascule. Si la stabilisation monétaire actuelle s’accompagne de réformes crédibles – amélioration du climat des affaires, ciblage plus efficace de la dépense publique, relance de l’investissement productif – une détente graduelle des taux pourrait devenir envisageable.

À défaut, la Tunisie risque de s’installer durablement dans un régime de stabilité sans croissance, où la politique monétaire agit comme un mécanisme de défense plutôt que comme un levier de développement.

 

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Références :

(1) Sources principales consultées pour le contexte international : World Bank MENAAP (30 déc. 2025), données prix Brent / marché pétrolier (30 déc. 2025), minutes Fed / prises de position récentes, analyses Reuters sur la réaction des marchés aux tensions régionales. (Banque Mondiale)

(2) (*) https://www.bct.gov.tn/bct/siteprod/indicateurs.jsp

(**) https://www.ins.tn/

 

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* Dr. Tahar EL ALMI,

Economiste-Economètre.

Ancien Enseignant-Chercheur à l’ISG-TUNIS,

Psd-Fondateur de l’Institut Africain

D’Economie Financière (IAEF-ONG)

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Edito: Voeux

04. Januar 2026 um 05:15

Il y a un an, jour pour jour, à l’aube de l’année 2025 qui s’achève, on formulait le vœu de voir le pays se réconcilier avec lui-même, ses problèmes, la croissance et avec son avenir laissé en jachère. On appelait de nos vœux les plus chers l’amorce d’une désescalade politique, la fin d’une dérive sémantique et d’un déballage médiatique, d’ici et de là, pas loin de la faillite morale. Nos espoirs n’ont pas été exaucés. Les rivalités politiques, les tensions économiques et sociales, les litiges juridico-financiers se sont exaspérés et ont atteint leur point culminant de non-retour : le paysage politique et la société civile n’ont jamais été secoués et traversés par autant de fractures.

 

Point d’éclaircie : bien au contraire, l’année s’achève sans que l’on voie la lumière du bout du tunnel. Pis encore, elle se termine, attisée par une nouvelle flambée de polémique comme seul le pays a le secret, dans un épais brouillard et un craquement politico-social dont on n’a pas fini de mesurer l’étendue des dégâts.

 

Qu’avons-nous à gagner d’un tel schisme aux effets dévastateurs sur l’économie, l’harmonie sociale et le vivre-ensemble ? Du début jusqu’à la fin de 2025, les signes de tension, de crispation, de raidissement et de division se répandent comme une traînée de poudre, balayant tout sur leur passage. Point d’éclaircie : bien au contraire, l’année s’achève sans que l’on voie la lumière du bout du tunnel. Pis encore, elle se termine, attisée par une nouvelle flambée de polémique comme seul le pays a le secret, dans un épais brouillard et un craquement politico-social dont on n’a pas fini de mesurer l’étendue des dégâts.

L’année 2025 n’a pas dérogé à la règle. L’adoption du budget de l’Etat et de la loi de finances pour la même année a brouillé les pistes d’action, semé le doute et fait monter de plusieurs crans les tensions et les exacerbations des contribuables, des ménages et des entreprises. Un nouveau rendez-vous manqué dont on espérait qu’il consolide et institutionnalise la culture du dialogue et du consensus. Le pays a besoin d’une vision, d’un cap, d’une boussole, d’un appel d’air, d’une volonté de croissance et d’une fluidité dans la pensée et les textes de lois. Au lieu de quoi, on voit se reproduire le même rituel, fait de cahiers des charges indéchiffrables, de difficultés, d’obstacles et d’entraves qui n’ont pas lieu d’être. Les ménages s’y résignent, les acteurs économiques se lamentent, désespèrent, et certains se voient dans l’obligation de réduire la voilure.

D’une année à l’autre, de nouveaux pans de ce qui reste du sentiment de confiance s’effondrent, provoquant une véritable saignée dans l’investissement, les créations d’emplois et de richesses. Il faut toute la détermination et l’obstination de chefs d’entreprise au patriotisme chevillé au corps pour éviter que l’économie ne sombre dans une dépression sans fin. A l’évidence, ils ne se reconnaissent que dans le mouvement et l’action, quoi qu’ils endurent, quoi qu’il leur en coûte, ne serait-ce que pour préserver et sauvegarder ce qu’ils ont bâti. On ne s’explique pas autrement la résilience de l’économie nationale, en dépit de la déliquescence des entreprises publiques passées maîtres dans l’art de produire du déficit et de détruire valeurs et richesses, plombant ainsi la croissance.

L’économie se maintient à flot, la tête hors de l’eau, par les grands groupes privés qui continuent d’investir et de croire en l’avenir du pays.

Là où l’Etat a failli chute drastique de l’investissement public , le privé, dans ce qu’il a de plus performant, continue de ramer, fût-ce à contre-courant, sans effusion de reconnaissance. Il est à la manœuvre pour protéger notre marché de la déferlante de produits de pays tiers et élargir nos parts de marché à l’international sans les appuis et les soutiens conçus ailleurs à cet effet.

Le paysage industriel tunisien, marqué par la lente agonie des PMI/PME et l’état comateux d’entreprises publiques, n’a pas pour autant perdu toutes ses nuances. Il parvient même, en temps de crise, à se régénérer, à se réinventer, grâce à l’irruption de jeunes pousses qui débordent d’énergie et de créativité. On voit émerger et prendre place de nouvelles startups, portées par un immense goût d’entreprendre, au point qu’elles parviennent à défier les lois de la pesanteur de la bureaucratie administrative.

Elles sont l’illustration de notre génie national et entretiennent la flamme du rêve tunisien, contrarié par tant d’années de déshérence politico-économique. C’est cette Tunisie – loin du vacarme politique de 2025, qui se bat, innove, entreprend, pense global, même si ses racines sont ancrées dans les territoires. Ce sont ces nouveaux éclaireurs de l’économie qui sont à l’œuvre, dans l’idée de façonner, de réinventer le pays. Sans ces ingénieurs du futur, on craindrait pour notre avenir. Le pays retrouvera une forte trajectoire de croissance, en dépit du poids des prélèvements obligatoires et des dépenses improductives de l’Etat, quand s’opérera la jonction entre les grands groupes, les entreprises privées et la nouvelle vague de startups, principal creuset de l’IA. Ces points lumineux dans le ciel chargé du pays n’auront pas suffi à dissiper les nuages et les zones d’ombre. Ils n’en sont pas moins une réelle promesse d’avenir. Il eût fallu qu’ils soient plus nombreux, dotés de plus de moyens, et sans qu’ils aient à subir les restrictions et les difficultés administratives. C’est là que le bât blesse.

L’administration doit s’émanciper de ses dogmes d’un autre âge. Elle doit se libérer de ses propres hantises, de ses suspicions, de ses préjugés et d’un principe de réalité poussé à l’extrême, au point qu’il confine à l’inaction. Elle doit se convaincre de la nécessité de changer de regard envers les chefs d’entreprise, fervents militants et au cœur de la bataille économique, autrement que par le verbe de la souveraineté nationale. Elle doit y voir des partenaires et des alliés, là où ils sont perçus comme de potentiels suspects. Elle est comptable de leur réussite comme de leur échec. Elle ne peut pas se comporter en 2026 moins bien que l’administration du parti communiste chinois, convaincu assez tôt que le profit d’aujourd’hui, c’est l’investissement et l’innovation de demain et l’emploi d’après-demain. Elle ne saurait mieux réhabiliter les capitaines d’industrie par qui la croissance arrive.

Les lois ne sont pas conçues pour sanctionner, interdire, limiter la liberté d’entreprendre et l’horizon de développement des groupes dans l’agro-business, l’industrie, les services, ou les banques. Bien au contraire. Elles sont d’autant plus légitimes quand elles incitent à l’action, qu’elles libèrent les énergies, ouvrent de nouveaux horizons et dessinent de nouvelles perspectives. Et le cas échéant, en cas de dérive ou de détournement, elles doivent remettre les choses à l’endroit avec la fermeté requise. A cette précision près que plus les lois sont bonnes, appropriées, de leur temps, en phase avec la marche du monde, moins elles poussent au crime.

A quoi faut-il s’attendre et quelles seraient parmi nos attentes celles qui domineraient en 2026 ? S’il ne faut en retenir qu’une seule, ce serait celle d’afficher haut et fort notre attachement à l’unité nationale, à l’union sacrée. Il faut en finir avec cette situation lancinante de paix improbable et de guerre impossible dont on appréhende l’étendue des dégâts sur l’appareil productif et le corps politique et social.

 

Il suffit de regarder ce qui se passe dans le monde pour s’en convaincre. Pour autant, le pire n’est jamais certain. La peur du vide et de l’inconnu pourrait bien réactiver notre instinct de conservation et de survie. La peur est bonne conseillère.

 

Si le souvenir du démon numide remonte à la surface et que le front intérieur vient à se fissurer et à se fracturer, le pire sera à craindre. Il ne faut pas s’attendre à une quelconque et hypothétique aide étrangère, de quelque nature qu’elle soit. Elle risque même de nous porter l’estocade. Il suffit de regarder ce qui se passe dans le monde pour s’en convaincre. Pour autant, le pire n’est jamais certain. La peur du vide et de l’inconnu pourrait bien réactiver notre instinct de conservation et de survie. La peur est bonne conseillère.

En terre tunisienne, pays des paradoxes, le miracle n’est jamais exclu. L’exacerbation des tensions portées à incandescence qui a marqué 2025 pourrait et devrait pousser à davantage de raison en 2026. Les nuages qui planent sur le monde, les bruits de bottes et les préparatifs de guerre qui secouent la planète, les guerres économiques que rien ne semble arrêter, les fractures et le chambardement géopolitique mondial aux issues incertaines, l’irruption de l’IA dont on craint qu’elle va élargir la fracture numérique entre les peuples et les régions, nous contraignent à serrer les rangs, à ressouder le front intérieur. Et à élever en 2026 la réconciliation nationale au rang de priorité absolue avant qu’il ne soit trop tard. C’est notre vœu le plus cher.

Bonne et heureuse année

Cet edito est disponible dans le mag. de l’Economiste Maghrébin n°935 du 31 décembre 2025 au 14 janvier 2026.

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Règles d’origine révisées : un tremplin pour les exportations tunisiennes, sous conditions

03. Januar 2026 um 05:35

L’ARP a fini l’année avec la ratification des modifications des règles d’origine qui régissent ses échanges avec l’Union européenne. Ces changements visent principalement à faciliter et accroître les exportations tunisiennes vers le marché européen, en assouplissant les critères requis pour qu’un produit soit considéré comme « made in Tunisia ».

 

Les opportunités

Parmi les ajustements majeurs, on note une augmentation du seuil de tolérance pour les composants non originaires, une simplification des règles applicables à des secteurs clés tels que le textile et l’agroalimentaire, et un élargissement des possibilités de cumul d’origine avec d’autres pays partenaires de l’UE. Ces aménagements permettent aux entreprises tunisiennes d’intégrer plus facilement des matières premières ou des composants importés sans perdre l’accès aux avantages tarifaires préférentiels.

 

En pratique, ces nouvelles règles encouragent une intégration plus poussée de la Tunisie dans les chaînes de valeur européennes, en particulier dans des industries comme l’automobile, l’électronique et la mécanique. Les producteurs peuvent désormais recourir plus librement à des intrants d’origine européenne ou provenant de pays tiers liés à l’UE, tout en respectant des conditions de transformation substantielle assouplies. Cela rend la Tunisie plus attractive pour les investissements industriels et les partenariats de production, tout en soutenant la compétitivité à l’export.

 

À plus long terme, cette évolution réglementaire devrait contribuer à renforcer la position exportatrice de la Tunisie et à créer des emplois dans les secteurs orientés vers l’export. Si elle est bien exploitée, cette révision constitue une réelle opportunité de croissance et d’ancrage durable de la Tunisie dans l’espace économique européen.

 

Les risques

Bien évidemment, ces nouvelles règles présentent également des risques si elles ne s’adaptent pas rapidement.

 

En premier lieu, il y a la complexité administrative et le coût de la mise en conformité. Bien que les nouvelles règles soient conçues pour simplifier à long terme, leur mise en œuvre immédiate exige une montée en compétence technique et administrative. Les entreprises qui ne parviennent pas à s’organiser en interne ou à obtenir un accompagnement risquent de commettre des erreurs dans leurs déclarations d’origine, ce qui peut entraîner des pénalités douanières, des retards aux frontières, ou la perte du bénéfice tarifaire préférentiel. Par ailleurs, l’investissement initial en formation, en systèmes de traçabilité et en audit des fournisseurs peut peser sur les PME.

 

En second lieu, il y a la concurrence accrue, tant à l’export que sur le marché intérieur. En facilitant l’accès au marché européen, ces règles attirent aussi les investisseurs étrangers qui pourraient voir la Tunisie comme une plateforme de réexportation vers l’Europe. Si cela peut stimuler l’emploi, cela expose aussi les entreprises locales à une concurrence tuniso-tunisienne plus rude pour l’accès aux ressources, aux talents et aux partenariats. De plus, la possibilité d’utiliser davantage de composants importés pourrait fragiliser les fournisseurs locaux si les entreprises tunisiennes se tournent massivement vers des intrants étrangers moins chers ou plus standardisés, au détriment de la chaîne de valeur nationale.

 

Enfin, il y a la dépendance accrue au marché européen et la vulnérabilité aux changements réglementaires. Une intégration plus poussée dans les chaînes de valeur européennes signifie également une exposition plus forte aux fluctuations de la demande européenne et aux modifications futures des règles commerciales, surtout les normes environnementales. Les PME tunisiennes ne sont pas des championnes en la matière.

 

En tout, ces nouvelles règles représentent une opportunité économique majeure pour la Tunisie, à condition que les entreprises s’approprient rapidement les nouvelles règles et adaptent leur sourcing et leurs processus. L’enjeu est de transformer l’accès préférentiel au marché européen en investissements concrets et en emplois durables. Une stratégie proactive d’accompagnement, de formation et de diversification des marchés reste essentielle pour que les entreprises tunisiennes transforment ces risques en leviers de compétitivité.

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ECLAIRAGES – Taux d’intérêt, taux de change : le dinar tunisien face au tournant monétaire de 2026

01. Januar 2026 um 12:12

La décision prise par le Conseil d’Administration de la Banque centrale de Tunisie le 30 décembre 2025 (2) marque un moment charnière dans la conduite de la politique monétaire. En abaissant le taux directeur de 50 points de base pour le ramener à 7 %, la BCT acte officiellement l’entrée dans une nouvelle phase, celle d’un assouplissement prudent après plusieurs années de rigueur monétaire.

Ce choix ne relève ni d’un geste conjoncturel isolé ni d’un changement doctrinal brutal. Il s’inscrit dans une lecture fine des dynamiques inflationnistes, des conditions financières internationales et des fragilités persistantes de l’économie nationale. La Banque centrale cherche à desserrer l’étau monétaire sans compromettre la stabilité du dinar, dans un contexte où la crédibilité reste un actif rare et précieux.

 

Lire aussi: La BCT assouplit sa politique : taux directeur à 7% dès janvier 2026 !

Un environnement international moins contraignant, mais toujours incertain

L’année 2025 a été marquée par une résilience inattendue de l’économie mondiale. Malgré les tensions géopolitiques persistantes et le durcissement des politiques protectionnistes, le reflux des prix internationaux des matières premières, notamment énergétiques, et l’assouplissement progressif des conditions financières globales ont contribué à apaiser les pressions inflationnistes.

Cette normalisation relative a redonné de l’oxygène aux banques centrales des pays émergents, longtemps contraintes de maintenir des taux élevés pour contenir l’inflation importée et préserver leurs monnaies. Pour la Tunisie, cet environnement international moins hostile a créé une fenêtre d’opportunité, certes étroite, mais réelle, pour réajuster l’orientation monétaire sans provoquer de choc sur le marché des changes.

Une croissance en perte de vitesse, révélatrice de tensions structurelles

Sur le plan national, les indicateurs de croissance témoignent d’un essoufflement progressif. Le ralentissement observé au troisième trimestre 2025, avec une croissance limitée à 2,4 %, et surtout à 1,5 % hors agriculture, met en lumière la fragilité du tissu productif. La contreperformance de secteurs clés comme l’énergie, le textile et le cuir souligne les limites d’un modèle encore peu diversifié et fortement exposé aux chocs externes.

Dans ce contexte, le maintien prolongé de taux d’intérêt élevés aurait continué de peser lourdement sur l’investissement, l’accès au crédit et la capacité de reprise de l’activité. La baisse du taux directeur apparaît ainsi comme une tentative de rééquilibrage, visant à soutenir la dynamique économique sans céder à une logique de relance non maîtrisée.

Inflation : un reflux réel, mais inégal et encore fragile

Le processus désinflationniste engagé en 2024 s’est confirmé en 2025, avec une inflation moyenne ramenée à 5,4 %, contre 7 % l’année précédente. En novembre 2025, le taux s’établissait à 4,9 % (3), un niveau inédit depuis plusieurs années. Cette détente résulte principalement du ralentissement marqué des prix administrés, dans un contexte de gel prolongé, et d’un tassement relatif des prix alimentaires frais.

Cependant, la progression continue de l’inflation sous-jacente, désormais à 4,7 %, rappelle que les tensions fondamentales ne sont pas totalement résorbées. Cette composante, plus sensible aux coûts domestiques et aux anticipations, constitue un signal d’alerte pour la Banque centrale. Elle justifie le caractère graduel et conditionnel de l’assouplissement monétaire engagé.

Le dinar tunisien : une résilience sous surveillance

Dans ce paysage contrasté, le dinar tunisien a fait preuve d’une résilience notable. L’appréciation face au dollar et l’ajustement modéré vis-à-vis de l’euro traduisent une combinaison de facteurs favorables : bonne tenue des recettes touristiques, solidité des transferts des Tunisiens à l’étranger et gestion prudente du marché des changes.

Néanmoins, cette stabilité reste fragile. L’aggravation du déficit commercial (4) à plus de 20 milliards de dinars sur onze mois, tirée par la hausse des importations, rappelle la vulnérabilité structurelle de la balance des paiements. Si le déficit courant a pu être contenu à 2,4 % du PIB, c’est davantage grâce à des flux exceptionnels qu’à une amélioration durable de la compétitivité externe.

 

Lire également : Tunisie : le déficit courant contenu à 1,6 % du PIB

 

Les réserves en devises, couvrant 108 jours d’importations, offrent un coussin de sécurité relatif, mais en léger recul par rapport à l’année précédente. Elles imposent une vigilance constante, d’autant plus que toute détente monétaire excessive pourrait rapidement se traduire par une pression accrue sur le taux de change.

Taux d’intérêt et taux de change : un équilibre délicat

La baisse du taux directeur à 7 % modifie subtilement l’équation monétaire. Elle réduit le différentiel de rendement en faveur du dinar, sans toutefois l’annuler. La BCT cherche ainsi à préserver l’attractivité relative de la monnaie nationale tout en allégeant le coût du crédit pour l’économie réelle.

Ce choix illustre la relation ambivalente entre taux d’intérêt et taux de change. Des taux élevés soutiennent le dinar, mais au prix d’un ralentissement économique. Des taux plus bas favorisent l’activité, mais fragilisent la monnaie si les fondamentaux externes ne suivent pas. En 2026, la Tunisie évoluera dans cette zone grise, où chaque ajustement devra être finement calibré pour éviter un déséquilibre cumulatif.

Le risque de l’inflation importée, toujours latent

Dans une économie fortement dépendante des importations, le taux de change demeure un canal majeur de transmission de l’inflation. Un dinar stable permet de contenir les prix de l’énergie, des biens intermédiaires et des produits alimentaires. À l’inverse, une dépréciation, même modérée, pourrait rapidement annuler les gains obtenus sur le front de la désinflation.

La décision de la BCT traduit ainsi une volonté claire : accompagner la baisse de l’inflation sans compromettre la stabilité du change. Cette stratégie suppose une coordination implicite entre politique monétaire, politique budgétaire et gestion du commerce extérieur, faute de quoi l’effort monétaire resterait insuffisant.

2026 : trois trajectoires possibles pour le dinar

L’année 2026 pourrait s’inscrire dans une trajectoire de stabilisation maîtrisée, si la désinflation se poursuit, si les flux de devises se maintiennent et si l’assouplissement monétaire reste graduel. Dans ce scénario, le dinar évoluerait dans une relative stabilité, renforçant la confiance et réduisant l’incertitude pour les agents économiques.

Un scénario plus défavorable émergerait en cas de choc externe, de dérapage budgétaire ou de pression accrue sur les réserves. La Banque centrale serait alors contrainte de suspendre, voire d’inverser, l’assouplissement engagé, au prix d’un nouveau durcissement des conditions financières.

Enfin, un scénario de transformation plus profonde supposerait des réformes structurelles crédibles, une amélioration du climat des affaires et un regain d’investissement productif. Dans cette hypothèse, le dinar cesserait d’être défendu principalement par les taux d’intérêt pour être soutenu par la performance économique et la confiance durable.

Le dinar comme test de crédibilité économique

En 2026, le dinar tunisien ne sera pas seulement une variable monétaire. Il sera le reflet de la cohérence des politiques économiques, de la crédibilité des institutions et de la capacité du pays à sortir d’une gestion défensive pour entrer dans une logique de stabilisation durable.

La baisse du taux directeur à 7 % constitue un signal fort, mais non suffisant. Elle ouvre une séquence nouvelle, où chaque décision future sera scrutée à l’aune de son impact sur l’inflation, la croissance et le taux de change. Dans cette équation complexe, la stabilité du dinar restera conditionnelle, fragile, mais encore maîtrisable, à condition que l’assouplissement monétaire s’accompagne d’une vision économique plus large et plus cohérente.

 

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Références :

(1) Sources principales consultées pour le contexte international : World Bank MENAAP (30 déc. 2025), données prix Brent / marché pétrolier (30 déc. 2025), minutes Fed / prises de position récentes, analyses Reuters sur la réaction des marchés aux tensions régionales. (Banque Mondiale)

(2) https://www.bct.gov.tn/bct/siteprod/actualites.jsp?id=1227

(3) https://www.ins.tn/publication/indice-des-prix-la-consommation-novembre-2025

(4) https://www.ins.tn/publication/commerce-exterieur-aux-prix-courants-novembre-2025

 

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* Dr. Tahar EL ALMI,

Economiste-Economètre.

Ancien Enseignant-Chercheur à l’ISG-TUNIS,

Psd-Fondateur de l’Institut Africain

D’Economie Financière (IAEF-ONG)

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La prospérité ne se décrète pas, elle se construit

31. Dezember 2025 um 05:34

Depuis la révolution de 2011, la Tunisie a traversé des phases politiques variées, d’un régime parlementaire avec le bricolage des consensus à celui présidentiel. Les Tunisiens ont expérimenté plusieurs modèles, sans que l’un d’eux ne réussisse à répondre pleinement aux attentes sociales et économiques. Cette succession de gouvernances a souvent entretenu un espoir de changement rapide, avant de laisser place aux désillusions.

 

Entre attentes élevées et réalités décevantes

Au fil des années, les Tunisiens ont vu de toutes les couleurs, de l’espoir au désenchantement, de la mobilisation à la passivité. Chaque transition politique a suscité l’espoir d’une amélioration immédiate des conditions de vie; mais les problèmes structurels sont restés tenaces.

 

Ces attentes, souvent placées dans des solutions politiques ou des slogans salvateurs, n’ont pas permis de transformations durables, révélant ainsi l’écart entre les promesses et la réalité socio-économique.

 

Un enseignement doit aujourd’hui être tiré de cette trajectoire. Il n’existe pas de remède miracle, ni de programme politique capable, seul, de régénérer l’économie et la société. Les formules simplistes, qu’elles viennent de la scène nationale ou des recommandations externes (FMI), se sont montrées insuffisantes pour répondre aux défis structurels du pays. C’est désormais vers une prise de conscience collective qu’il faut tendre, une conscience que la prospérité ne se décrète pas, mais se construit.

 

Les formules simplistes, qu’elles viennent de la scène nationale ou des recommandations externes (FMI), se sont montrées insuffisantes pour répondre aux défis structurels du pays.

 

Le travail et la productivité comme piliers de la relance

La seule voie réaliste vers la croissance et la richesse collective passe par une valorisation du travail et une hausse durable de la productivité. Cela implique des réformes en profondeur du système éducatif, de la formation professionnelle, de l’environnement des entreprises et des incitations à l’innovation. Une économie ne peut prospérer sans une main-d’œuvre qualifiée, un secteur privé dynamique et une administration efficace. Tous ces facteurs reposent sur l’effort, la compétence et la persévérance.

 

Le véritable défi pour la Tunisie aujourd’hui est de générer cette prise de conscience et de l’ancrer en un projet national partagé. Il s’agit de dépasser les clivages politiques et de placer le travail, l’investissement et la création de valeur au cœur du modèle de développement. Les Tunisiens, forts de leur expérience des quinze dernières années, ont la capacité de bâtir une prospérité sur des bases solides. Seul l’engagement productif de tous dans l’édification d’un avenir économique viable et juste est capable de changer la donne.

 

Les Tunisiens, forts de leur expérience des quinze dernières années, ont la capacité de bâtir une prospérité sur des bases solides. Seul l’engagement productif de tous dans l’édification d’un avenir économique viable et juste est capable de changer la donne.

 

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Le torchon brûle entre Riyad et Abu Dhabi

30. Dezember 2025 um 10:47

La situation politique au Yémen connaît une forte dégradation. Le chef du Conseil présidentiel vient de décréter l’état d’urgence pour une durée de 90 jours sur l’ensemble du territoire. Cette mesure s’accompagne d’un blocus aérien, maritime et terrestre de 72 heures.

 

La décision intervient dans un contexte de percée militaire des séparatistes du Sud, qui ont récemment pris le contrôle de vastes zones du Yémen, sans rencontrer de résistance significative.

 

Soutenus par les Émirats arabes unis, ces séparatistes visent à rétablir un État indépendant dans le sud du Yémen, région qui avait déjà connu une indépendance sous le nom de République démocratique et populaire du Yémen au cours de la période 1967-1990.

 

Face à leur avancée, le gouvernement yéménite, reconnu par la communauté internationale, a demandé, vendredi 26 décembre 2025, à la coalition militaire dirigée par l’Arabie saoudite d’intervenir pour le soutenir.

 

Justement, cette coalition, qui a averti qu’elle riposterait à toute action militaire des séparatistes et les avait appelés à se retirer, annonce avoir ciblé des cargaisons d’armes et de véhicules en provenance des Émirats arabes unis et destinées aux forces séparatistes. En réaction, la présidence yéménite a annoncé avoir annulé son accord de défense mutuelle avec les Émirats arabes unis.

 

Le ministère saoudien des Affaires étrangères a par ailleurs qualifié le soutien émirati aux séparatistes de « menace pour la sécurité » du royaume et de la région.

 

Ces tensions risquent d’aggraver la situation du pays sinistré. A rappeler que, depuis 2014, un conflit oppose le gouvernement et ses alliés aux rebelles houthistes soutenus par l’Iran. Cette guerre, qui a fait des centaines de milliers de victimes, a entraîné la fragmentation du Yémen et provoqué l’une des pires crises humanitaires. Une trêve négociée en 2022 reste cependant globalement en vigueur.

 

Les marchés boursiers régionaux affichent une tendance négative ce matin du mardi 30 décembre, sans pour autant s’enfoncer dans une chute brutale. Cette modération relative reflète une conviction croissante parmi les investisseurs que l’apaisement politique devrait l’emporter. Dans le contexte actuel, défier ou provoquer Riyad serait une manœuvre aux conséquences potentiellement désastreuses, tant sur le plan politique qu’économique.

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CHRONIQUE – Tunisie – Fin 2025 : une stabilité monétaire à l’épreuve de l’économie mondiale

30. Dezember 2025 um 09:00

À la fin de l’année 2025, les indicateurs monétaires et financiers tunisiens dessinent le portrait d’une économie maintenue en équilibre précaire. Derrière une apparente stabilité des taux et un marché monétaire fonctionnel, se cachent des déséquilibres persistants, gérés au prix d’un interventionnisme monétaire élevé et d’arbitrages budgétaires contraints. Cette situation s’inscrit dans un environnement international lui-même marqué par le ralentissement, la fragmentation financière et l’incertitude géopolitique.

Une trésorerie publique structurellement fragile

Le solde du compte courant du Trésor, ramené à 1 269 MDT au 25 décembre, confirme la pression chronique qui pèse sur les finances publiques. En cette période de clôture budgétaire, la concentration des décaissements – salaires, subventions, service de la dette – met en évidence la faiblesse du matelas de trésorerie de l’État et la rigidité de ses recettes.

Cette contrainte n’est plus conjoncturelle mais structurelle. Le Trésor demeure un acteur central de l’absorption de liquidité. Ce qui transfère la tension vers le système bancaire et renforce la dépendance indirecte à la Banque centrale. L’État finance ainsi son équilibre courant moins par la croissance des ressources que par la mobilisation permanente du circuit monétaire.

 

Lire aussi: Abondance financière et déficit d’investissement : le grand paradoxe!

 

Banques : liquidité rare, mais stabilité préservée

Le recul du solde du compte courant des banques, conjugué à la hausse continue des billets et monnaies en circulation – désormais à plus de 26 400 MDT – traduit une raréfaction persistante de la liquidité bancaire. Le phénomène est accentué par des facteurs saisonniers, mais il reflète surtout une économie où l’informalité et la thésaurisation en cash demeurent élevées.

Pour autant, le système bancaire continue de fonctionner sans rupture majeure. Cette stabilité repose largement sur l’action de la Banque centrale de Tunisie, qui assure un rôle d’amortisseur systémique dans un contexte de déséquilibre durable entre les besoins de financement de l’État, ceux de l’économie et les ressources disponibles.

Marché monétaire : un pilotage fin dans un corridor étroit

Avec un refinancement global dépassant 10 400 MDT, la BCT maintient une présence massive sur le marché monétaire. La structure des interventions – appels d’offres à court terme, opérations à plus long terme, ajustements via les facilités permanentes – révèle une gestion fine, destinée à éviter toute rupture de liquidité tout en conservant un signal de discipline monétaire.

Le maintien du taux directeur à 7,50 %, combiné à un taux du marché monétaire légèrement inférieur, traduit une volonté de stabilisation plutôt que de relance franche. La Banque centrale cherche à préserver un équilibre délicat : soutenir le fonctionnement du système financier sans alimenter de nouvelles tensions inflationnistes, dans un contexte où la croissance reste atone.

La progression des transactions interbancaires, notamment à terme, constitue néanmoins un signal positif, indiquant que la confiance entre établissements demeure, malgré la contrainte globale.

 

La Banque centrale cherche à préserver un équilibre délicat : soutenir le fonctionnement du système financier sans alimenter de nouvelles tensions inflationnistes, dans un contexte où la croissance reste atone.

 

Dette intérieure : soulager le présent, alourdir l’avenir

La recomposition rapide de la dette intérieure est l’un des faits saillants de l’année. L’effondrement de l’encours des bons du Trésor à court terme, compensé par une forte hausse des bons assimilables, traduit une stratégie d’allongement des maturités.

Cet arbitrage réduit le risque immédiat de refinancement et atténue les tensions de trésorerie, mais il reporte la charge dans le temps. Il renforce également l’interdépendance entre l’État et le système bancaire domestique, au détriment potentiel du financement de l’investissement productif. La dette devient ainsi plus soutenable à court terme, mais plus rigide à moyen terme.

Un environnement international peu porteur

Cette gestion sous contrainte s’inscrit dans un contexte international défavorable. L’économie mondiale ralentit, sous l’effet du resserrement monétaire prolongé dans les grandes économies, de la fragmentation géopolitique et du tassement du commerce mondial. Les flux financiers vers les pays émergents restent volatils, sélectifs et conditionnés au risque souverain.

La baisse relative du dollar face à certaines devises a offert un répit temporaire à des pays importateurs nets comme la Tunisie, en limitant l’inflation importée. Mais ce facteur est exogène et réversible. Dans un monde où les banques centrales avancent avec prudence et où les marchés restent nerveux, la marge de manœuvre des économies fragiles demeure étroite.

Secteur extérieur : des flux vitaux, un stock vulnérable

Les recettes touristiques et les revenus du travail des Tunisiens à l’étranger continuent de jouer un rôle stabilisateur essentiel. Ces flux, non générateurs de dette, constituent aujourd’hui l’un des principaux remparts contre l’aggravation du déficit courant.

En revanche, les réserves de change, avec une couverture d’environ 108 jours d’importations, restent à un niveau fonctionnel mais insuffisant pour absorber des chocs externes majeurs. Toute perturbation des flux touristiques, des transferts ou des importations énergétiques pourrait rapidement raviver les tensions.

 

Lire également : Tunisie – Baisse de 14% des services de la dette extérieure 

 

Une stabilité sous perfusion

En définitive, la Tunisie termine 2025 dans une situation de stabilité administrée. Le système tient, mais au prix d’un interventionnisme monétaire élevé, d’un endettement intérieur restructuré et d’une croissance toujours insuffisante.

 

La question centrale pour 2026 n’est donc pas celle de la stabilité immédiate, mais celle de sa soutenabilité économique et sociale à moyen terme.

 

Dans un environnement international incertain, cette stabilité reste fragile. Sans relance de l’investissement productif, amélioration durable des finances publiques et réintégration progressive de l’économie informelle, le risque est celui d’une économie figée : ni en crise ouverte, ni en véritable redressement.

La question centrale pour 2026 n’est donc pas celle de la stabilité immédiate, mais celle de sa soutenabilité économique et sociale à moyen terme.

 

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Références :

(1) Sources principales consultées pour le contexte international : World Bank MENAAP (26dec. 2025), données prix Brent / marché pétrolier (26dec. 2025), minutes Fed / prises de position récentes, analyses Reuters sur la réaction des marchés aux tensions régionales. (Banque Mondiale)

(2) (*) https://www.bct.gov.tn/bct/siteprod/indicateurs.jsp

(**) https://www.ins.tn/

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* Dr. Tahar EL ALMI,

Economiste-Economètre.

Ancien Enseignant-Chercheur à l’ISG-TUNIS,

Psd-Fondateur de l’Institut Africain

D’Economie Financière (IAEF-ONG)

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