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L’édito de Hédi Mechri – Salaires et prix : la spirale infernale !

11. Oktober 2026 um 05:53

Le phénomène n’est pas nouveau. Il prend ses racines bien avant la rupture politique de 2010-2011 au point de devenir, au fil des ans, l’un des traits distinctifs de la société tunisienne. Passée l’ivresse estivale – même tourmentée par les coupures récurrentes d’eau et d’électricité –, le réveil est brutal et douloureux.

Ebranlés par le flux de dépenses sans commune mesure avec les revenus, le plus gros de la population, à défaut de puiser dans une épargne qui n’existe plus, ne résiste pas à la tentation du crédit sous toutes ses formes, devenu une véritable drogue nationale. Au terme des deux mois d’oisiveté légitimée par le voile pudique de la séance unique, tout le monde se rappelle au souvenir des prix en folie qui menacent d’accélérer le déclassement.

De fait, le ciel s’assombrit et la grogne automnale s’installe. Le coût de la rentrée scolaire ajoute aux difficultés des familles désargentées. Des voix s’élèvent et agrègent les colères à travers les instances syndicales et les coordinations ouvrières. L’agitation sociale – souvent à connotation politique – prend corps dans la rue et aux abords des usines et sociétés : grève dans les banques, pourtant fief de l’aristocratie ouvrière, chez les transporteurs de carburants, dans le bassin minier, marche de protestation, sit-in… Les enseignants et les auxiliaires de service ne sont pas en reste, faisant d’emblée peser de lourdes menaces sur l’année qui démarre.

 

Ebranlés par le flux de dépenses sans commune mesure avec les revenus, le plus gros de la population, à défaut de puiser dans une épargne qui n’existe plus, ne résiste pas à la tentation du crédit sous toutes ses formes, devenu une véritable drogue nationale.

 

Les revendications des uns et des autres sont les mêmes; les slogans et la détermination aussi. Les employés du public et du privé, qui ont des fins de mois de trois semaines et jusqu’aux retraités, dénoncent à l’unisson la valse des prix et la chute de leur pouvoir d’achat. Ils exigent réparation, la hausse des salaires et un meilleur partage de la valeur ajoutée nationale qui croît depuis plus de 15 ans moins vite que la valse des étiquettes. Revendication du reste légitime. Mais cela n’élude en rien les difficultés et la complexité propres à ce genre de situation sans véritable issue qui cherche à satisfaire les salariés sans enfoncer dans le bourbier de la dépression l’économie nationale. Cela revient à ouvrir dans les conditions actuelles une véritable boîte de Pandore. Le risque de relancer, ce faisant, le bal maudit de la spirale inflation/salaire/inflation n’est jamais exclu quand l’économie, prise dans l’étau de la stagflation, peine à croître, en l’absence de véritables réformes structurelles. En pareille situation, quand les salaires prennent l’escalier, les prix empruntent l’ascenseur. À méditer.

Climat délétère de fin d’été dont les effets nocifs culmineront au début de la nouvelle année. Le mois de janvier est à marquer d’une pierre noire dans l’histoire mouvementée du pays. C’est l’heure de solder les comptes, dans la douleur. Le démon berbère est passé par là.

L’escalade salaire-prix n’annonce rien de bon. Simple fuite en avant et solutions en trompe-l’œil. Elle ne soulage guère le budget des ménages, elle ajoute même à leurs difficultés. Au surplus, elle provoque un véritable tsunami dans notre appareil productif, notamment chez les TPE et les PME/PMI, sans épargner du reste un grand nombre de nos «grandes entreprises» en mal de trésorerie, en déficit d’agilité, de productivité, d’innovation et de capacité d’adaptation. Si la hausse des salaires n’est pas corroborée par des gains de productivité, elle se répercute sur la hausse des prix, et si cela s’avère contreproductif, par des destructions  d’emplois, ou plus encore par le basculement chez les TPE, PME/PMI dans l’informel.

 

L’escalade salaire-prix n’annonce rien de bon. Simple fuite en avant et solutions en trompe-l’œil. Elle ne soulage guère le budget des ménages, elle ajoute même à leurs difficultés. Au surplus, elle provoque un véritable tsunami dans notre appareil productif…

 

La facture est encore plus lourde dans la fonction publique, réfractaire à toute amélioration de la productivité; elle aggrave le déficit budgétaire et provoque de nouvelles saignées fiscales alors que la pression est à son plus haut historique.

L’ennui, c’est que pour un grand contingent d’entreprises, industrielles notamment, à vocation exportatrice ou non, la compétitivité tient au seul fil des prix. Si ces derniers venaient à augmenter, ils mettraient en péril la survie d’un grand nombre d’entre elles alors qu’elles n’arrivent pas à enclencher un processus cumulatif de montée en gamme, donc en valeur ajoutée. Or rien ne laisse présager, dans un proche avenir, des sauts technologiques et de réelles perspectives de hausse de la productivité en raison du sous-équipement, de l’absence d’investissement, d’extension ou de remplacement et d’innovation. Le passage de PME aux ETI et aux champions nationaux, que sont les entreprises à vocation régionale ou internationale, est rompu à tous les niveaux. Le taux de mortalité des PME dès les premières années est très élevé, celles qui survivent sont freinées dans leur ascension. Le poids de la fiscalité et son instabilité, celui des charges sociales autant que le coût du loyer de l’argent et les difficultés d’accès au crédit ajoutent à leur désarroi et à leur détresse.

La productivité, dont on parle si peu, est le maillon manquant sans lequel on ne peut ajuster salaires et prix sans risque de compromettre la compétitivité des entreprises et de payer en monnaie de singe les salariés qui ne sont pas dupes de l’illusion monétaire. Au risque de nous répéter, en l’absence de gains de productivité, d’avantage comparatif fondé sur le rapport qualité-prix, les entreprises en mal de liquidités et de transformation, exposées à la concurrence étrangère tout autant qu’aux effets corrosifs de l’économie informelle, seraient contraintes d’arbitrer pour assurer leur propre survie entre salaires et emplois. En cas de hausse des rémunérations, le risque de voir les salaires jouer contre l’emploi n’est jamais exclu.

 

La productivité, dont on parle si peu, est le maillon manquant sans lequel on ne peut ajuster salaires et prix sans risque de compromettre la compétitivité des entreprises et de payer en monnaie de singe les salariés qui ne sont pas dupes de l’illusion monétaire.

 

Qui gagne ? Qui perd ? Sûrement pas l’emploi, à un moment où le taux de chômage frôle les 15% et celui des jeunes diplômés dépasse les 24%. Ultime tragédie chez les femmes diplômées, figures emblématiques du pays, il s’élève à plus de 30%. Qui pouvait imaginer un tel retournement de l’histoire ?

La course effrénée prix-salaires mène droit dans le mur et finit par contraindre les autorités à procéder à des dévaluations compétitives pour corriger le différentiel de prix à l’export. L’économie y perdrait. On sait d’expérience que cela renchérit les importations, réactive la hausse des prix sans pour autant relancer nos exportations, peu sensibles à l’effet prix. Résultat des courses : un appauvrissement programmé, des pertes d’emplois et la certitude de s’enliser dans le bourbier de la stagflation. C’est le serpent qui se mord la queue.

Que faire pour sortir de ce piège, pour briser ce cercle infernal qui crée plus de problèmes qu’il n’apporte de solutions aux revendications salariales ? Dans l’immédiat et l’urgence, travailler plus pour gagner plus ? La formule prête à sourire : elle est moins provocatrice et caricaturale qu’elle n’y paraît. Beaucoup de personnes actives le font en dehors de leurs propres établissements publics ou privés de manière informelle. Et pourquoi ne pas envisager une plus grande flexibilité des horaires pour compenser les heures et les journées de travail perdues à l’occasion de jours fériés pléthoriques, du mois de Ramadan et des deux mois de séance unique ?

La détente sociale pourrait venir de l’État lui-même. Il suffit de faire baisser les charges salariales pour rapprocher le brut du net. L’effet est immédiat. Et c’est cohérent pour relancer les embauches et faire reculer le chômage.

Dans l’urgence, il y a besoin et nécessité d’agir sur les circuits de distribution qui paraissent défier l’autorité de l’État. Rien de moins que de déclarer, pour de vrai, la guerre aux prédateurs qui trichent, volent et usurpent. Ils ont dépassé les limites et les frontières de la spéculation. Si, à titre d’exemple, toute  la production agricole transitait par les marchés de gros dont c’est la vocation, les prix baisseraient de moitié. L’offre est moins rigide et moins limitée qu’il n’y paraît. La plus grande partie est soustraite au regard du public. Celle qui emprunte les canaux officiels n’est que la partie visible de l’iceberg. On crée la rareté. La suite est connue, les prix qui s’enflamment. L’État a les moyens et l’obligation de mettre fin dans l’immédiat à ces pratiques criminelles en régulant et rétablissant les lois du marché. Il a l’obligation économique, morale et éthique d’agir sur les prix qui défient toute forme de transparence et de concurrence. Ce qui ne l’exonère pas de faire le ménage dans ses propres rangs. Il faut, à l’évidence, dégraisser le mammouth dans l’administration et dans les entreprises publiques. Dans un cas comme dans l’autre, il y a d’énormes marges de progression salariale rien qu’à l’idée de réduire le sureffectif qui nuit plus qu’il contribue à l’efficience et à l’efficacité de l’ensemble.

 

Que faire pour sortir de ce piège, pour briser ce cercle infernal qui crée plus de problèmes qu’il n’apporte de solutions aux revendications salariales ? Dans l’immédiat et l’urgence, travailler plus pour gagner plus ? La formule prête à sourire : elle est moins provocatrice et caricaturale qu’elle n’y paraît.

 

Faut-il se limiter aux mesures d’urgence pour faire tomber la fièvre des revendications salariales ? Sûrement pas, car l’avenir a déjà commencé hier. Il faut dès à présent corriger ce qui n’a pu l’être par le passé. Et éviter que le poids de la charge salariale ne tombe sur les seules entreprises.

Les salaires ne sont pas les seuls en cause quand l’essentiel du budget des ménages est consacré aux dépenses de scolarisation – cours particuliers en tête –, aux frais de transport privé en raison de la dégradation du transport public, aux soins privés dès lors que nos hôpitaux sont dans un état de délabrement effroyable. L’habitat n’est pas en reste faute de construction d’habitations à loyer modéré. Autant de services publics défectueux et sources d’hémorragie de dépenses qui sont à la charge de l’État. Il y a là de véritables gisements de pouvoir d’achat dont pourraient profiter les salariés aujourd’hui exténués. À bon entendeur…

Reste la sempiternelle question : que faire à terme pour se permettre des salaires plus élevés auxquels aspire le monde du travail ? La réponse est dans la question elle-même. Il faut revenir aux origines du problème. Les salaires, c’est la productivité. À charge pour les entreprises, notamment les PME/PMI, d’amorcer une montée en gamme et en valeur ajoutée. La mise en œuvre d’un programme de mise à niveau s’impose à cet effet. Il appartient à l’État d’injecter conseils, subventions et moyens financiers pour soutenir ces transformations en termes d’investissements, d’innovation, de R&D, de formation continue et d’une plus grande intégration des technologies émergentes, IA en tête, qui n’est pas sans révolutionner le marché de l’emploi.

Il faut certes du temps, des moyens financiers, une ferme volonté et une vision d’avenir pour s’inscrire dans cette trajectoire. Des salaires élevés dignes d’un pays au passé millénaire et aux ambitions intactes, qui a en permanence le regard porté sur le versant nord de la Méditerranée, ne se décrètent pas, ne s’improvisent pas. Ils se construisent en se fixant un cap, en se donnant une boussole et une inébranlable détermination à se projeter dans le futur. Si tel n’est pas le cas, on voit mal comment on peut sortir aujourd’hui et plus encore demain de l’ornière.

 

Reste la sempiternelle question : que faire à terme pour se permettre des salaires plus élevés auxquels aspire le monde du travail ? La réponse est dans la question elle-même. Il faut revenir aux origines du problème. Les salaires, c’est la productivité. À charge pour les entreprises, notamment les PME/PMI, d’amorcer une montée en gamme et en valeur ajoutée. La mise en œuvre d’un programme de mise à niveau s’impose à cet effet.

 

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Cet éditorial est paru sur le magazine de L’Economiste maghrébin N°955 du 7 au 21 octobre 2026 sous le titre « Salaires ».

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Réseaux sociaux – Nous sommes rentrés réellement dans une nouvelle économie

09. Oktober 2026 um 10:36

Avec les réseaux sociaux, nous changeons pratiquement de paradigme. L’attention et les moyens de la capter est au cœur des actions des acteurs du net. Et ce, dans un vécu digital reposant sur les émotions. Encouragé par une prolifération du populisme et de ses travers.

Les réseaux sociaux sont le terrain privilégié des émotions par rapport à celui de la raison ! Jeudi 8 octobre 2026, le professeur Mehdi Mabrouk, universitaire spécialisé en sociologie et ancien ministre de la Culture (2011-2014), est venu défendre cette idée devant les étudiants et enseignants de l’Institut de Presse et des Sciences de l’Information (IPSI), à l’occasion de la Conférence inaugurale de l’année universitaire 2026-2027 de l’établissement. Une tradition qui n’est autre qu’un événement académique solennel qui marque le début de l’année universitaire.

Thème d’actualité, celui traité par Mehdi Mabrouk (« Les émotions à l’ère digitale et l’économie de l’attention ») a mis en évidence ce que beaucoup d’entre nous ont, sans doute, remarqué. « L’amour, la haine, la peur, la perte de confiance, la jubilation face aux malheurs d’autrui et bien d’autres émotions sont devenus le trait commun de nombreux messages auxquels nous sommes exposés dans le digital », assure le conférencier. Et Mehdi Mabrouk d’ajouter que cette tendance intervient dans un contexte international marqué par une « prolifération du populisme et de ses travers ».

« Affirmer son prestige et défier ses rivaux »

Des émotions qui n’étaient dans le passé qu’un « résidu » ou encore qu’un « déchet » au niveau du discours tiennent aujourd’hui la vedette. Comme du reste cette « extimité » qui consiste pour une personne « à rendre visibles et publics certains fragments de sa vie intime physique ou psychologique ». Et, donc, de s’éloigner de ce qui était un principe sacro-saint : ne pas exposer son « intimité ». L’ancien ministre de la Culture a évoqué, dans ce cadre, le « potlatch », cette « cérémonie traditionnelle pratiquée par les peuples autochtones de la côte nord-ouest du Pacifique où l’on vient offrir nourriture et biens et affirmer son prestige et défier ses rivaux ».

Et parallèlement à ce vécu, que l’on ne peut que vérifier sur le net, il y a une réelle volonté d’accaparer l’attention de l’internaute sur les messages que l’on partage. D’où cette « économie de l’attention ». Une attention qui constitue un « marché » dans un environnement fait d’une multitude d’informations. Vous l’avez compris, l’attention de ce point de vue est « une ressource rare » et une « marchandise négociable ». Et les acteurs du net se focalisent sur « la capacité des individus à accorder leur attention » sur ce qu’ils disent et montrent. L’attention, un « bien rare » et non plus seulement les « facteurs de production ». Autant dire que nous sommes bel et bien rentrés dans une nouvelle ère économique.

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Pour une loi de finances de rupture

08. Oktober 2026 um 06:00

Avec l’approche du lancement de la saison du débat budgétaire, il est temps de changer d’approche. Depuis des années, les députés restent prisonniers de propositions symboliques ou qui ne mènent qu’à des économies de façade, alors que l’urgence est de remettre l’appareil productif en mouvement.

 

Et cette année, le challenge est encore plus difficile avec l’intention de ne pas augmenter la pression fiscale sur les PME. Comment donc financer l’État, avec tous ses engagements sociaux et son rôle clé, sans étouffer ceux qui produisent ? Certes, la réponse ne réside pas dans une hausse d’impôts, ni dans des coupes budgétaires, mais dans des articles de loi qui libèrent les flux financiers et qui corrigent les distorsions qui pénalisent la production locale. La loi de finances ne pourra pas tout apporter, mais elle constitue l’un des principaux moyens pour initier un tel mouvement.

 

Débloquer la circulation de la liquidité interne

Le problème en Tunisie ne réside pas dans un manque global d’épargne, mais dans sa mauvaise allocation et sa thésaurisation. Les banques regorgent de liquidités ou préfèrent des placements sans risque, tandis que les PME et les porteurs de projets s’asphyxient par manque de fonds de roulement.

La loi de finances peut introduire des dispositions fiscales modulées pour les établissements de crédit qui consacrent un pourcentage minimal de leurs crédits au financement direct de l’investissement productif, de l’innovation et de l’exportation à forte valeur ajoutée. De leur côté, les entreprises peuvent être incitées à réinvestir dans l’extension de l’outil de production et la modernisation technologique.

Celles qui n’ont pas une telle marge de manœuvre et qui se heurtent au mur des garanties réelles ont besoin de l’appui de l’État. Le renforcement des fonds de garantie publics permettrait aux banques de prêter plus facilement sans exiger des garanties disproportionnées.

 

Combattre les rentes et corriger les distorsions

L’économie tunisienne souffre de diverses distorsions, comme les barrières réglementaires lourdes, les régimes privilégiés ou d’autorisations qui protègent des situations de rente, et une concurrence déloyale de l’informel. Libérer la production locale demande un grand nettoyage législatif.

Il faut impérativement rationaliser la fiscalité des intrants industriels. Les entreprises locales subissent des taxes douanières ou fiscales lourdes sur l’importation de leurs matières premières ou de leurs équipements semi-finis, rendant l’importation de produits finis concurrents une solution optimale pour les consommateurs. Il s’agit d’aligner la fiscalité pour que produire localement soit moins coûteux et plus simple qu’importer.

La loi de finances doit aussi intégrer des mesures d’incitation à la régularisation tout en renforçant la traçabilité des flux pour assainir le marché.

 

Optimiser la dépense et l’investissement public productif

L’État ne peut pas se désengager de ses rôles sociaux, mais il doit cesser d’allouer des ressources à des dépenses improductives pour les rediriger vers des effets de levier économiques.

La loi de finances doit lever les verrous juridiques qui pénalisent l’investissement privé, national et international. En même temps, chaque soutien de l’État, allégement fiscal ou subvention accordée à une entreprise ou à un secteur doit être assorti d’objectifs mesurables en termes de création d’emplois, d’intégration locale ou d’exportation. Il est temps de mettre fin aux aides aveugles. L’argent public ne doit profiter qu’à ceux qui génèrent de la croissance organique.

Enfin, les économies réalisées doivent être redirigées vers la formation professionnelle ciblée, en adéquation directe avec les besoins des secteurs porteurs, ce qui garantit aux PME un accès à une main-d’œuvre qualifiée, réduisant ainsi les coûts de formation et de productivité.

L’État va présenter une version qui combine des mesures ciblées et qui préserve les équilibres macroéconomiques. Les députés doivent, par des propositions, transformer le projet qu’ils auront en un instrument de libération des énergies productives. Pour un député, la valeur d’une proposition ne se mesure pas au nombre de bénéficiaires potentiels annoncés, mais à la chaîne de causalité économique qu’elle déclenche. C’est cette logique qui doit guider chaque article soumis à l’examen parlementaire.

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L’IA booste la croissance de l’Asie, mais augmente ses vulnérabilités

07. Oktober 2026 um 06:00

La Banque mondiale a relevé ses prévisions de croissance pour la région de l’Asie de l’Est et du Pacifique grâce aux exportations liées à l’intelligence artificielle (IA). Toutefois, elle a averti que cette dépendance rend la région vulnérable à un éventuel retournement mondial des dépenses technologiques.

 

La région concernée comprend 23 économies, dont la Chine, le Viêtnam, l’Indonésie, la Malaisie et la Thaïlande.

 

Moteur d’exportation

L’économie de l’Asie de l’Est et du Pacifique devrait progresser de 4,5 % en 2026, soit 30 points de base de plus que ce que l’institution de Bretton Woods avait prévu en avril. La croissance devrait ralentir à 4,4 % en 2027 puis à 4,3 % en 2028. Le Viêtnam a bénéficié de la plus forte révision à la hausse de ses prévisions parmi les principales économies de la région, de 110 points de base pour atteindre 7,4 %.

Cependant, la force de la région dépend fortement de la fabrication et des exportations liées à l’IA. La croissance du commerce, à l’exclusion des produits liés à l’IA, est faible ou négative. Ces produits ont représenté plus de la moitié de la croissance des exportations dans la plupart de ces pays, en particulier la Malaisie, les Philippines, la Thaïlande et le Viêtnam avec une proportion de plus de 70 %.

Le risque lié à l’IA se situe du côté des dépenses des principaux payés, essentiellement les Etats-Unis. Les investissements liés à l’IA ont totalisé 6 % du PIB des États-Unis, ce qui est comparable au pic d’investissement dans les technologies de l’information de l’an 2000, et le cycle actuel a progressé plus rapidement que les deux cycles précédents et continue de gagner en vitesse.

 

Les banques doivent faire attention

Le financement qui alimente est estimé à 2 900 milliards de dollars pour la période 2025-2028. Les crédits privés devraient fournir 800 milliards de dollars. L’exposition des banques, en cas de renversement de situation, est une source d’inquiétante.

L’IA est soutenue par une abondante liquidité et pourrait ralentir en raison du récent resserrement des conditions financières. A préciser qu’une correction ne signifie pas nécessairement un effondrement pour le supercycle de l’IA, mais que l’investissement avait devancé la demande réelle selon la Banque mondiale. Un ralentissement de 1 % de la croissance américaine réduit la croissance des autres marchés émergents d’environ 0,6 %, l’impact sur l’investissement étant environ deux fois plus important. Cela a donc des répercussions de taille sur les pays de l’Asie de l’Est en raison de la place prépondérante de la région dans la chaîne d’approvisionnement de l’IA.

Cela nous mène à une principale conclusion : la domination écrasante des États-Unis dans le secteur technologique fait de la croissance de ces pays asiatiques une extension directe de la chaîne de valeur américaine. C’est une illustration de l’asymétrie de puissance économique et stratégique.

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Le couple alimentation – enseignement alimente la hausse des prix

05. Oktober 2026 um 12:51

Les chiffres de l’inflation des neuf premiers mois de 2026 viennent de tomber. Sans surprise, elle a connu un rebond pour s’établir à 5,6 % en glissement annuel, après avoir atteint 5,4 % en septembre.

 

Le moteur de cette dynamique est l’accélération de la hausse des prix des produits alimentaires et de la fourniture scolaire. Les produits alimentaires et les boissons ont affiché une progression de 8,4 % sur un an, un rythme soutenu par la flambée des prix de certains produits frais de première nécessité, à l’instar des volailles (16,5 %), des gousses et fruits frais (16,3 %), de la viande ovine (14,6 %), de la viande bovine (13,0 %) ainsi que des légumes frais (12,9 %). En revanche, un recul est observé sur les prix des huiles alimentaires, avec un repli de 4,1 % sur la même période.

 

Ces chiffres montrent qu’il convient de maintenir encore le taux directeur élevé, bien que, sans financements à coûts raisonnables, la production ne puisse pas redémarrer. L’inflation demeure un vrai problème et son traitement nécessite une approche équilibrée combinant rigueur monétaire, maîtrise des tensions sur les chaînes d’approvisionnement.

 

Par rapport à août 2026, l’indice général des prix à la consommation a progressé de 0,8 %. Cette évolution mensuelle est fortement marquée par le coût de la rentrée des classes, le groupe de l’enseignement enregistrant un bond de 3,9 % en raison notamment de la hausse des tarifs de l’enseignement privé (primaire et secondaire), des cours de soutien et des fournitures scolaires. De même, le groupe des produits d’habillement et chaussures a poursuivi sa progression pour atteindre 9,2 % sur un an.

Enfin, l’analyse par régime de prix montre que les produits non encadrés (« libres ») continuent de porter l’essentiel de la pression inflationniste avec une hausse de 6,8 %. Tandis que les produits soumis à un encadrement strict affichent une évolution beaucoup plus modérée de 1,2 %. Le taux d’inflation sous-jacente (hors énergie et produits alimentaires) s’est quant à lui stabilisé à 4,9 %.

Ces chiffres montrent qu’il convient de maintenir encore le taux directeur élevé, bien que sans financements à coûts raisonnables, la production ne puisse pas redémarrer. L’inflation demeure un vrai problème et son traitement nécessite une approche équilibrée combinant rigueur monétaire, maîtrise des tensions sur les chaînes d’approvisionnement et, surtout, réformes structurelles pour stimuler durablement l’offre productive.

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L’Europe face au dilemme des canons et du beurre

01. Oktober 2026 um 07:56

Les leaders des grandes économies européennes ont réclamé des coupes de plusieurs centaines de milliards d’euros dans le prochain budget 2028-2034 de l’Union. Les efforts consentis pour financer la défense de l’Europe ne passeront pas sans en payer le prix.

 

Six pays d’Europe soutiennent cette démarche. Il s’agit de l’Allemagne, du Danemark, des Pays-Bas, de l’Autriche, de la Finlande et de la Suède. L’importance de cet appel est qu’ils financent près de 40 % de l’ensemble des contributions des États membres au budget.

La Commission européenne avait déjà présenté ses propositions depuis l’été, avec des projections de 2 000 milliards d’euros. Pour qu’il soit adopté, il faut l’unanimité des 27 États membres. Outre la défense, les dépenses iront en priorité à la compétitivité, l’innovation et la lutte contre l’immigration clandestine.

Plus tôt dans l’année, le FMI a prévenu qu’une nouvelle ère de budgets de sécurité renforcés signifierait que les gouvernements feraient bientôt face à des choix cornéliens quant aux coupes à opérer pour financer la défense. Il a qualifié ce phénomène par l’arbitrage « entre les canons et le beurre ».

 

Mauvais momentum

Le contexte est compliqué, avec la flambée des coûts d’emprunt des États, l’inflation galopante et la croissance molle dans la majeure partie du Vieux continent. Il y a plein d’inquiétudes concernant la hausse des déficits budgétaires dans divers pays de l’UE.

La meilleure illustration vient de l’Hexagone. La France est appelée à réduire drastiquement ses dépenses pour ramener son déficit national de 5,1 % à la ligne directrice européenne fixée à 3 %. Les rendements des obligations souveraines du pays sont à leur plus haut sur plusieurs décennies, valant des coûts d’emprunt parmi les plus élevés au sein du G7.

Par ailleurs, l’Autriche et la Finlande font actuellement l’objet de la procédure européenne de déficit excessif.  Parmi les autres pays soumis à cette procédure figurent également l’Italie, la Pologne et la Belgique.

Et comme le budget de l’UE est payé par ses citoyens, la source du financement de cet effort ne peut provenir que d’efforts douloureux d’assainissement des comptes de chaque pays. Il n’y aura pas de souveraineté européenne sans des finances publiques saines.

 

A la diplomatie de jouer

Cela concerne directement la Tunisie. Il est logique de voir les fonds de voisinage réduits ou, au meilleur des cas, rester stables. L’argent réalloué au réarmement de l’Europe pourrait se faire au détriment des programmes d’aide traditionnels via la politique de voisinage. Idem pour les partenariats stratégiques qui pourraient être ralentis.

De plus, le contrôle des frontières et la lutte contre la migration sont un pilier de la logique sécuritaire de l’UE. Cela implique la protection des frontières sud. Les financements accordés aux pays partenaires seront de plus en plus conditionnés à la gestion des flux migratoires, à la surveillance maritime et à la lutte antiterroriste.

Cela ne colle pas nécessairement avec les besoins de ces pays, comme la Tunisie, qui a besoin davantage d’investissements dans les infrastructures et de soutien aux PME. La diplomatie jouera un rôle important afin de trouver le juste équilibre. Car, nous avons besoin d’une Europe en bonne santé économique, mais aussi en paix.

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