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Tunisie | Une souveraineté à la croisée des chemins

25. Februar 2026 um 11:09

La Tunisie de 2026 ne peut plus se contenter de gérer sa fragilité. Elle doit utiliser son ancrage historique, sa position géographique et ses compétences mondialement reconnues pour forger un partenariat de type Plan Marshall, seul garant d’une sortie de l’orbite de tutelle et d’un retour au progrès.

Elyes Kasri *

En 2026, la Tunisie fait face à une impasse économique et budgétaire critique. L’assèchement des financements internationaux a favorisé un «tête-à-tête» inégal avec l’Algérie, matérialisé par l’accord militaire d’octobre 2025. Cette dépendance, aux allures, selon certains commentateurs algériens et tunisiens, de protectorat, pèse sur les choix socio-politiques et la stature internationale du pays. Paradoxalement, les menaces (migratoires, contrebande, instabilité) émanent principalement d’une Algérie elle-même fragilisée (dissensions internes, revendications kabyles, isolement via la résolution 2797 de l’Onu et pressions de l’administration Trump).

En Tunisie, un courant intérieur de plus en plus puissant réclame désormais un rôle actif et la récupération pacifique des territoires et ressources spoliés, refusant l’alignement sur un régime militaire voisin en difficulté et aux valeurs socio-économiques et diplomatiques divergentes de la Tunisie.

Économie : le «Plan Marshall» et l’autonomie énergétique

Pour briser ce siège économique, la Tunisie doit opérer une bascule vers la Souveraineté des Ressources.

Union Européenne : dépasser l’Accord de 1997 : le partenariat avec l’Union Européenne doit se muer en une intégration structurelle. La Tunisie gagnerait à revendiquer un accès total aux mécanismes communautaires (Fonds de cohésion, Fonds pour une transition juste, Fonds Européen pour les affaires maritimes, la Pêche et l’aquaculture, Horizon Europe, Erasmus, Garantie de la BEI) et au marché unique (services/agriculture), transformant le pays en une extension organique de l’Espace économique européen.

Rupture énergétique : accélération massive du solaire et de l’hydrogène vert. L’objectif est de substituer le gaz importé par une production nationale exportable via le câble Elmed, brisant ainsi le levier de pression algérien.

Le levier G7 : négocier un «Debt-for-Sovereignty Swap» (conversion de la dette en investissements) pour financer la modernisation industrielle et les infrastructures critiques, garantissant une indépendance financière réelle.

Sécurité et diplomatie : le rééquilibrage global:

La Tunisie doit passer du statut de «zone tampon» à celui de «pôle régional de liberté et de progrès».

Désengagement de la tutelle : actualisation des clauses de l’accord militaire de 2025. La sécurité des frontières doit reposer sur une autonomie technologique (drones, surveillance IA) fournie par des partenariats avec le G7 (USA, France, Italie) et l’Asie (Japon, Corée), et non sur une délégation de souveraineté au voisin. Le souvenir de Gafsa (janvier 1980) ne doit jamais être refoulé.

Pivot vers le Golfe et l’Asie : réengagement avec l’Arabie Saoudite, les Émirats et les autres membres du CCG pour capter des IDE massifs sans conditions politiques, et positionnement comme base de production «nearshore» pour les géants asiatiques ciblant le marché européen (Japon, Corée, Inde et Malaisie…).

Diplomatie territoriale : ouverture d’un processus de négociations pacifiques et documentées pour la restauration des droits territoriaux historiques, ouvrant la voie à une réconciliation et un apaisement durables, et cimentant la cohésion nationale autour d’un projet de grandeur retrouvée, en vue d’une relance sur des bases solides et sans rancœurs ou arrière-pensées de l’édification du Grand Maghreb.

Recommandations stratégiques pour 2026 :

Institutionnaliser la «neutralité de puissance» : se distancier des blocs régionaux en déclin pour devenir la «Suisse et Singapour de la Méditerranée».

Science, technologie et économie du savoir : lancer le plan «Souveraineté technologique, numérique et énergétique»; faire de la Tunisie une «digital sandbox» attractive pour les talents mondiaux (zones franches technologiques, universités et centres de recherche mondiaux).

Plan Marshall : activer la clause de sauvegarde G7/UE; solliciter une conférence internationale pour la résilience tunisienne, liant la stabilité sécuritaire de l’Europe à la prospérité souveraine de la Tunisie.

Une coopération multidirectionnelle non exclusive et dépourvue de tout sentimentalisme ou relent idéologique avec seul fondement les intérêts réciproques et l’apport à la renaissance et la prospérité de la Tunisie.

Face à un monde en mutation profonde, des fois violente et pleine de défis, la Tunisie est en mesure de transformer les menaces qui se profilent à l’horizon en opportunités. Tel un sphynx, la Tunisie a toujours su trouver à travers sa riche histoire plurimillénaire les ressorts de la renaissance et de la gloire.

La Tunisie de 2026 ne peut plus se contenter de gérer sa fragilité. Elle doit utiliser son ancrage historique, sa position géographique et ses compétences mondialement reconnues pour forger un partenariat de type Plan Marshall, seul garant d’une sortie de l’orbite de tutelle et d’un retour au progrès.

Une vision audacieuse avec une communication internationale bien ajustée grâce à une diplomatie rénovée et motivée seront en mesure de transformer ce rêve en réalité.

* Ancien ambassadeur.

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Du Nil à l’Euphrate | Quand la Bible devient carte géopolitique

25. Februar 2026 um 10:55

Les civilisations humaines prospéraient avant Abraham ; les royaumes du Levant existaient avant les textes bibliques. L’histoire humaine est stratifiée, cumulative, mouvante. La transformer en titre de propriété de l’Etat d’Israël, né en 1948 d’un arrangement entre puissances occidentales, c’est ouvrir la voie à une compétition infinie des mémoires — et à l’instabilité permanente dans le monde.

Yahya Ould Amar *

Les empires disparaissent ; les textes demeurent. Mais aucun verset d’un livre saint n’a jamais servi pour tracer une frontière reconnue par le droit des nations. Si l’on devait fonder la géopolitique contemporaine sur l’antériorité ou les promesses les plus anciennes, le monde redeviendrait instantanément ingouvernable.

Aux États-Unis, les nations amérindiennes pourraient revendiquer l’intégralité du territoire ; en Europe, les royaumes médiévaux réapparaîtraient sous forme de prétentions territoriales contemporaines ; en Méditerranée, les héritiers de Carthage, de Rome invoqueraient leurs anciens empires ; au Proche-Orient, chaque dynastie disparue redessinerait les frontières selon ses propres souvenirs, en Asie, les empires disparus revendiqueraient leurs anciennes provinces.

L’histoire humaine est une succession de conquêtes, de migrations, de métissages et de recompositions. Si chaque présence ancienne devenait un titre de propriété éternel, aucun État moderne ne survivrait.

C’est pourtant une brèche de cette nature qu’a entrouverte Mike Huckabee, ambassadeur des États-Unis en Israël nommé en 2025 par le président Donald Trump, lorsqu’il a affirmé dans un entretien avec Tucker Carlson que la promesse biblique «entre le Nil et l’Euphrate» pouvait fonder une légitimité territoriale contemporaine d’Israël sur cette partie du Moyen Orient — allant jusqu’à ajouter : «ce serait bien s’ils prenaient tout». Ce n’est pas une simple déclaration théologique. C’est un glissement conceptuel aux conséquences diplomatiques majeures. Car cet ambassadeur ne parle jamais seulement en croyant, il parle au nom de la première puissance mondiale.

Prise au sérieux, cette interprétation implique bien davantage qu’une formule symbolique. Elle suggère l’effacement de la Jordanie, du Koweït et du Liban, l’amputation de larges portions de l’Égypte — dont le Canal de Suez —, de l’Arabie saoudite incluant Médine, ainsi que de vastes territoires irakiens et syriens. Autrement dit, elle superpose un récit théologique ancien à des souverainetés contemporaines internationalement reconnues, dont certaines plongent leurs racines bien au-delà de l’époque patriarcale évoquée par la Genèse. Parler de «prendre tout» revient à envisager une refonte radicale de la carte régionale au détriment de peuples établis et d’États constitués.

Les civilisations mésopotamiennes prospéraient avant Abraham ; les royaumes du Levant existaient avant les textes bibliques. L’histoire humaine est stratifiée, cumulative, mouvante. La transformer en titre de propriété, c’est ouvrir la voie à une compétition infinie des mémoires — et à l’instabilité permanente.

La Genèse n’est pas un cadastre

La Genèse est un texte fondateur des traditions abrahamiques, dont nous sommes pour la plupart les héritiers. Elle appartient au patrimoine spirituel de milliards d’êtres humains. Mais la Genèse n’est pas un cadastre. Elle n’est ni une convention frontalière ni un traité international.

Entre le Nil et l’Euphrate, bien avant qu’Abraham ne devienne figure de foi pour les monothéistes, vivaient déjà des peuples multiples — Cananéens, Amorites, Hourrites, Égyptiens, Mésopotamiens. Des cités se sont élevées, des empires ont dominé, des langues se sont croisées, des civilisations se sont succédées. Le Croissant fertile fut l’un des berceaux de l’agriculture, de l’écriture, de la ville.

L’histoire de cette région ne se résume pas à un seul récit fondateur, aussi central soit-il pour la tradition juive ; elle s’inscrit dans une continuité plurimillénaire où se sont succédé et mêlées de nombreuses civilisations.

Il serait malhonnête d’ignorer que la notion de «terre promise» occupe une place centrale dans la tradition juive et qu’elle constitue pour des millions de croyants un élément fondateur d’identité spirituelle. Mais une mémoire religieuse, aussi légitime soit-elle, ne se confond pas avec une norme juridique internationale. La foi structure des consciences ; elle ne délimite pas des souverainetés. Cela n’ôte rien à la réalité historique du lien plurimillénaire du peuple juif à cette terre, attesté par toutes les religions monothéistes et l’histoire, ni à la légitimité internationale issue du processus onusien de 1947 et de la reconnaissance de l’État d’Israël. La question n’est pas celle de l’existence d’Israël, mais celle des fondements invoqués pour redéfinir ses frontières.

Cette terre n’a jamais été l’espace exclusif d’un seul peuple. Au fil des siècles, des populations juives et arabes y ont coexisté, parfois en tension, parfois en proximité. Le droit international contemporain, notamment à travers la résolution 181 de l’Assemblée générale des Nations unies en 1947, a d’ailleurs envisagé la création de deux États — l’un juif, l’autre arabe — reconnaissant ainsi l’existence de deux légitimités nationales sur un même territoire.

Lorsqu’on se place du point de vue du croyant, l’ordre du monde et le déploiement de son histoire ne relèvent pas du hasard ni de la seule volonté humaine, mais d’une souveraineté divine. Pour celui qui croit, la création, les nations, les événements et leurs enchaînements procèdent d’un dessein qui dépasse l’homme. Pour le croyant, l’histoire s’inscrit dans une relation à Dieu et dans une promesse qui relève de la foi. Mais précisément parce que cette conviction relève de l’adhésion spirituelle, elle ne peut être transposée mécaniquement dans l’ordre juridique international. La foi engage la conscience ; le droit engage les peuples.

Du mythe au droit

Depuis 1945, la Charte des Nations unies repose sur un principe simple qui est l’interdiction de l’acquisition territoriale par la force et la reconnaissance mutuelle des États souverains. C’est précisément pour empêcher, entre autres, la résurgence des légitimations mythologiques de l’expansion territoriale que l’ordre juridique international a été construit.

Car si la théologie devient doctrine territoriale, alors l’histoire des évolutions humaines — migrations, métissages, souverainetés construites — pourrait être suspendue au profit d’une interprétation d’un récit antique.

Le Proche-Orient n’est pas une carte biblique en attente d’accomplissement. C’est un espace habité, souverain, traversé de mémoires concurrentes et d’équilibres fragiles. L’Égypte n’est pas une métaphore ; c’est l’une des plus anciennes continuités étatiques de l’histoire humaine, structurée bien avant l’émergence du prophète Abraham dans les récits bibliques. L’Irak et la Syrie sont les héritiers des premières cités mésopotamiennes, des royaumes araméens, des civilisations assyriennes et babyloniennes, toutes antérieures aux traditions abrahamiques. La Jordanie, le Liban, le Koweït, l’Arabie saoudite — dont la ville sacrée de Médine occupe une place centrale dans l’histoire de l’islam — ne sont pas des espaces symboliques interchangeables, ce sont des États souverains, reconnus, porteurs d’identités historiques façonnées au fil des siècles.

Ce qui trouble, au fond, n’est pas qu’un homme de foi interprète un verset biblique. C’est que cette interprétation soit formulée par un diplomate représentant la première puissance mondiale. La diplomatie moderne repose sur la reconnaissance mutuelle des souverainetés et sur l’équilibre fragile des puissances. Introduire dans ce langage la logique d’une promesse sacrée, c’est déplacer le débat du terrain juridique vers celui de l’absolu. Et l’absolu, en politique internationale, n’a jamais été un facteur de paix.

La théologie devient doctrine implicite

Les déclarations de l’ambassadeur américain en Israël, validant l’idée que la promesse biblique «entre le Nil et l’Euphrate» pourrait fonder une légitimité territoriale contemporaine, ne relèvent pas d’une simple opinion personnelle. Elles introduisent, dans le langage diplomatique d’une superpuissance, une référence théologique comme possible source de droit politique. Or depuis 1945, l’ordre international repose sur la souveraineté des États et l’intangibilité des frontières reconnues. Substituer à ce cadre juridique une lecture littérale d’un texte sacré revient à déplacer la légitimité du consensus international vers l’absolu religieux — un terrain par nature non négociable.

Une doctrine territoriale fondée sur une promesse divine transforme le désaccord politique en affrontement existentiel. Elle discrédite la posture de médiation des États-Unis, alimente les radicalités régionales et rouvre la porte à une diplomatie identitaire où les récits sacrés concurrencent le droit international. Si chaque nation revendiquait ses frontières au nom de ses écritures, l’équilibre mondial serait rapidement submergé par des absolus rivaux. L’enjeu dépasse donc la polémique, il interroge la nature même de la diplomatie contemporaine et la capacité des grandes puissances à distinguer conviction personnelle et responsabilité stratégique.

Une onde de choc régionale

Évoquer favorablement une extension territoriale israélienne «du Nil à l’Euphrate» revient, pour des millions de citoyens arabes, à suggérer l’effacement symbolique de leurs États. En Egypte où la stabilité repose sur un équilibre délicat entre souveraineté nationale et coopération sécuritaire avec Israël, une telle rhétorique ne peut qu’alimenter les discours nationalistes et fragiliser les autorités modérées. En Iraq et en Syrie, pays marqués par les guerres et recompositions territoriales, l’idée d’une légitimation religieuse de l’expansion israélienne réactive des mémoires coloniales et des peurs existentielles. Ce n’est pas seulement une provocation théologique — c’est une négation explosive de souverainetés reconnues et d’équilibres régionaux déjà fragiles.

L’Iran, qui se présente comme défenseur de la cause palestinienne pourrait instrumentaliser ces propos pour renforcer l’idée d’un affrontement civilisationnel. Les groupes armés non étatiques y trouveraient une justification supplémentaire pour radicaliser leurs bases. Même les États signataires des accords d’Abraham, engagés dans une normalisation pragmatique avec Israël, se verraient placés sous pression intérieure, comment défendre un rapprochement stratégique si la perspective d’une expansion sacrée devient audible dans le discours diplomatique américain ?

Ironie ultime, cette rhétorique pourrait également fragiliser Israël. La sécurité à long terme d’un État ne repose pas sur l’adhésion à une vision maximaliste, mais sur la reconnaissance mutuelle et la stabilité régionale. En accréditant l’idée d’un horizon territorial illimité, on complique toute solution négociée, on éloigne les compromis nécessaires et on alimente les discours de ceux qui, de part et d’autre, refusent toute coexistence. Dans une région où chaque mot peut devenir étincelle, la diplomatie devrait apaiser les braises — non souffler dessus.

L’Amérique, puissance juridique ou puissance identitaire ?

Au-delà du Moyen-Orient, cette polémique touche au cœur même du leadership américain. Depuis 1945, les États-Unis se sont présentés comme les architectes d’un ordre international fondé sur des règles, des institutions et un droit commun. Leur puissance ne reposait pas seulement sur la force militaire, mais sur une autorité normative, celle d’un pays qui défendait la stabilité des frontières et la primauté du droit. Si un discours officiel laisse désormais place à une justification territoriale d’inspiration théologique, c’est cette crédibilité qui s’écroule. Car si l’on redessine des cartes au nom d’un récit sacré ici, pourquoi d’autres puissances n’invoqueraient-elles pas ailleurs leurs empires passés, leurs dynasties ou leurs mythes fondateurs ?

L’Amérique veut-elle demeurer la puissance qui arbitre et stabilise, ou glisser vers une diplomatie identitaire où la politique étrangère épouse des convictions religieuses et culturelles particulières ?

Lorsque la diplomatie devient le prolongement d’une ferveur électorale, la frontière entre mandat démocratique et mission sacrée se trouble dangereusement.

La ligne rouge entre mythe et responsabilité

Les civilisations ont besoin de récits, mais la diplomatie est un exercice de responsabilité. Lorsque la référence du «Nil à l’Euphrate» glisse du registre spirituel vers celui de la politique étrangère, elle ne réactive pas seulement une promesse ancienne ; elle ravive des peurs actuelles, durcit les positions et fragilise des équilibres déjà instables. Le Moyen-Orient n’est pas une abstraction théologique, mais un espace peuplé, structuré par des souverainetés reconnues et par une histoire longue, complexe, faite de strates successives. Il est impossible d’ignorer la dynamique réelle des sociétés humaines.

Il ne s’agit pas d’exclure la foi de la sphère publique, mais de rappeler qu’entre conviction personnelle et parole d’État existe une frontière qui ne doit jamais être franchie. La première relève de la liberté intime ; la seconde engage la stabilité internationale. Confondre les deux, même brièvement, fragilise la primauté du droit au profit d’un récit. Entre le mythe et la responsabilité, la diplomatie doit choisir la prudence, car franchir cette ligne rouge, c’est risquer de substituer l’absolu au compromis — et sans compromis, il n’y a pas d’ordre viable.

Enfin, il existe, dans toutes les grandes traditions politiques, la tentation de relire le présent à la lumière d’un passé sacralisé. Chaque époque croit parfois retrouver dans ses textes anciens la justification de ses ambitions contemporaines.

Avant le prophète Abraham, des peuples vivaient déjà sur ces terres ; après lui, d’autres sont venus, se sont mêlés, ont bâti des villes, des cultures, des États. Les identités n’y sont pas linéaires, elles sont tissées de migrations, de conquêtes, de métissages. Prétendre figer ce mouvement au nom d’une promesse originelle revient à nier la dynamique même de l’histoire humaine.

Au fond, la question posée par cette polémique est simple et immense à la fois, la diplomatie du XXIᵉ siècle sera-t-elle guidée par la complexité du réel ou par la certitude des récits religieux ?

Entre le Nil et l’Euphrate, il n’y a pas qu’une promesse biblique. Il y a des États, des peuples, et une paix fragile.

Un monde où les promesses sacrées seraient traduites littéralement en revendications territoriales ne serait pas un monde plus spirituel, mais un monde plus instable. Les nations se construisent et se préservent par la négociation et le compromis, non par la transposition directe de leurs héritages religieux dans l’ordre juridique international.

Les mots ne déplacent pas les frontières. Mais ils peuvent embraser les peuples.

* Economiste, banquier et financier.

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La Tunisie pourra-t-elle remédier à ses fragilités structurelles ?

25. Februar 2026 um 10:03

La dernière revue de Moody’s souligne plusieurs fragilités structurelles de la Tunisie : déficit budgétaire persistant, dépendance au financement interne et accès limité aux marchés financiers internationaux. Ces alertes indiquent des contraintes réelles, mais elles ne constituent pas une impasse. Elles pourraient même indiquer des opportunités qui ne demandent qu’à être exploitées.

Abdelwaheb Ben Moussa *

Le Plan national de Développement 2026‑2030 identifie plusieurs axes pour répondre à ces fragilités, en proposant une stratégie de long terme visant à stimuler l’investissement et à renforcer la compétitivité. Son impact dépendra cependant de l’exécution et de la cohérence des mesures mises en œuvre.

Les évaluations de Moody’s servent de baromètre de risque souverain. Elles mettent en avant l’importance d’une vision macroéconomique cohérente, d’une capacité d’exécution tangible et d’une stabilité réglementaire pour renforcer la confiance des investisseurs.

Certaines analyses indépendantes soulignent que la crédibilité économique repose sur des résultats mesurables plutôt que sur les intentions. Leur observation enrichit la lecture stratégique en rappelant que la réussite économique dépendra de la discipline dans la mise en œuvre.

La Tunisie présente un potentiel réel pour les IDE :

– opportunités sectorielles ciblées : transition énergétique, numérique et services innovants ;

– zones à fort potentiel de développement ;

– cadre progressif pour sécuriser les investissements.

Si les mesures du Plan sont exécutées de manière cohérente et transparente, ces opportunités pourraient transformer certaines vulnérabilités en avantages compétitifs durables.

Le succès du Plan dépend de la discipline budgétaire, de la cohérence des réformes et de la transparence. Les effets sur les marchés et sur l’économie réelle ne pourront être évalués qu’à travers la mise en œuvre concrète et mesurable des actions prioritaires.

Dans un contexte où les alertes de Moody’s sont aussi précises qu’inquiétantes, la question n’est plus de savoir si la Tunisie peut agir, mais si elle saura transformer ses vulnérabilités en opportunités tangibles avant que les marchés ne fixent eux-mêmes l’agenda.

* Ingénieur en informatique, cadre de banque.  

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Communiqué de la société CARTHAGEA

24. Februar 2026 um 07:43

Reims le 23 février 2026 – Suite aux plaintes et signalements déposés par Madame Nicole LOGELIN, ressortissante, française pour des faits de non-assistance à personne en danger, violences psychologiques ainsi que pour escroquerie au préjudice de sa mère Madame Andrée LOGELIN, âgée de 97 ans, nous souhaitons clarifier certains éléments afin de mettre un terme à des rumeurs infondées concernant notre institution.

La société CARTHAGEA informe qu’elle n’a AUCUN lien capitalistique et/ou commercial passé ou présent avec la société PALAIS DIDON, si la société CARTHAGEA à effectivement été partenaire de l’hôtel ALHAMBRA Thalasso durant près de 6 ans, le contrat de collaboration a pris fin mi-2022, soit près de 4 ans, nous précisons que ce partenariat s’est clôturé amiablement d’un commun accord et sans aucun litige financier. A la suite de notre départ, la société PALAIS DIDON s’est installée à l’hôtel ALHAMBRA Thalasso mais en aucun cas ne nous a racheté ni repris nos activités. A ce jour, le capital de la société CARTHAGEA est toujours détenu à 100% par des investisseurs français dont 90% par notre famille.

Début septembre 2025, nous avons reçu la visite dans nos locaux administratifs situés à Yasmine Hammamet de Madame Nicole LOGELIN qui nous a indiqué se trouver dans une situation dramatique suite à l’admission de sa mère au PALAIS DIDON, nous avons alors notifié à Madame Nicole LOGELIN que nous n’étions pas concernés par ce drame.

Madame Nicole LOGELIN nous a alors indiqué que si elle avait fait le choix de se rendre dans les locaux de l’hôtel ALHAMBRA Thalasso, c’est parce qu’elle avait vu plusieurs reportages qui présentaient l’activité de CARTHAGEA dans cet hôtel, cela s’expliquant par le fait qu’effectivement notre société a fait l’objet de 7 reportages qui ont étés réalisés dans les locaux de l’hôtel ALHAMBRA Thalasso et diffusés sur les plus grandes chaines de télévision en France et en Suisse. Par conséquent, lorsque Madame Nicole LOGELIN a posé la question aux dirigeants de PALAIS DIDON de savoir où était CARTHAGEA, ces derniers lui ont indiqué, je cite : « Nous avons repris CARTHAGEA » de fait Madame Nicole LOGELIN a cru de bonne foi contractualiser avec « nos repreneurs » alors qu’en réalité il n’en était rien.

Après enquête et vérifications, il s’avère que cela s’est produit à plusieurs reprises avec d’autres clients et prospects.

Il est donc avéré qu’il s’agit d’une manœuvre frauduleuse par usurpation d’identité et de qualité au préjudice de la société CARTHAGEA en vue d’obtenir la signature de contrats et de l’argent auprès de personnes âgées ce qui constitue également un abus de faiblesse et qui nous oblige à publier le présent communiqué de presse.

Nous précisons que d’autres victimes ont déposé des plaintes et signalements auprès des autorités tunisiennes dont pour des faits similaires :

Police de Yasmine Hammamet

Procureur de la république de Nabeul

Ministère de la Santé

Ministère de la femme et des personnes âgées

Ambassadeur de Tunisie en France

Ordre des médecins en Tunisie

Concernant le préjudice subi par la famille LOGELIN, lors de la signature du contrat de séjour avec PALAIS DIDON, Madame Nicole LOGELIN avait expressément demandé à ce que sa mère soit placée sous surveillance constante y compris de nuit car il y avait un risque avéré de chutes nocturnes, la société PALAIS DIDON a donc proposé de mettre à la disposition exclusive de la mère de Madame Nicole LOGELIN une aide-soignante supplémentaire durant toutes les nuits pour un montant forfaitaire mensuel de 400€ (devis 128/2025) accepté et payé soit un total de 3.400€ par mois, la directrice de l’établissement PALAIS DIDON, Madame Angèle FORMOSO a édité une facture depuis une société tunisienne (MF1630735/J/A/M/000) pour 3 mois à compter du 5 août 2025 pour un montant de 10.200€ avec demande de paiement sur un compte bancaire français ouvert au CIC Paris sous le numéro IBAN FR76 3006 1100 0209 0340 145.

Le 5 août 2025, Madame Andrée LOGELIN est donc arrivée de Paris pour son admission au PALAIS DIDON, dans la nuit du 7 au 8 août 2025 soit 2 jours après son arrivée, Madame Andrée LOGELIN, peu avant minuit, s’est levée pour se rendre aux toilettes et a chuté lourdement au sol après que sa tête ait heurté la table de nuit provocant une plaie ouverte au niveau de la tempe droite laissant apparaitre l’os de sa boite crânienne. Madame Nicole LOGELIN qui séjournait également à l’hôtel s’est trouvée être réveillée en pleine nuit par l’infirmier de garde du PALAIS DIDON pour l’informer de l’accident. Madame Nicole LOGELIN a constaté qu’il n’y avait pas l’aide-soignante (prévue au contrat et payée) présente dans la chambre, sa mère était donc seule au moment de l’accident.

Dans un moment de panique, l’infirmier a pris contact avec le médecin conventionné de PALAIS DIDON le Dr Mondher SOUSSI afin que celui-ci vienne immédiatement pour prendre en charge la victime. Malheureusement, ledit médecin étant en fait basé à Tunis, soit une distance d’environ 80KM, celui-ci, selon le témoignage écrit de Madame Nicole LOGELIN, s’est contenté de demander si la victime avait vomi ou perdu connaissance ce qui n’était pas le cas. Le médecin de PALAIS DIDON a donc donné l’instruction à l’infirmier de réaliser un pansement dans l’attente de sa visite prévue le lendemain vers 10H30. Le 8 août 2025 peu avant midi Madame Andrée LOGELIN a été transférée à la Polyclinique de Hammamet soit 12 heures après l’accident où il sera malheureusement constaté une hémorragie méningée.

Après 2 jours d’hospitalisation, Madame Andrée LOGELIN a réintégré le PALAIS DIDON pour y poursuivre sa convalescence. Malheureusement l’état de santé de Madame Andrée LOGELIN s’est dégradé à nouveau le 26 août après un séjour prolongé sous la climatisation de sa chambre et en plein courant d’air dans les jours précédents et cela malgré les avertissements répétés de sa fille Madame Nicole LOGELIN auprès des aides-soignantes du PALAIS DIDON sur les risques inhérents liés à la santé fragile de sa mère ce qui nécessitera une nouvelle hospitalisation pour bronchite infectieuse, heureusement bien prise en charge par la Polyclinique de Hammamet.

Après 5 jours d’hospitalisation, Madame André LOGELIN est revenue au PALAIS DIDON. Après pesée, il a été constaté une perte de poids supplémentaire de 4,8KG. Pour information, à son arrivée le 5 août 2025 Madame Andrée LOGELIN pesait 55KG, en 1 mois celle-ci a perdu plus de 10KG.

Madame Andrée LOGELIN a pu être rapatriée en France, à Paris, le 17 septembre, transportée en urgence à l’hôpital Saint-Louis et admise en soins intensifs, après plusieurs semaines de traitements, elle a pu quitter l’hôpital pour une prise en charge à domicile. Les conséquences de sa chute sont si graves que désormais cette dame de 97 ans qui 2 jours avant son départ de Paris déjeunait avec une amie au restaurant en totale autonomie, qui était en pleine possession de ses facultés intellectuelles qui s’exprimait de façon polie et bienveillante, Madame Andrée LOGELIN est désormais grabataire et s’exprime grossièrement, est devenue agressive et injurieuse envers sa fille, ce qui devait être un séjour de repos dans un lieu agréable s’est donc transformé en enfer.

Nous appelons solennellement les autorités tunisiennes à prendre au plus vite les mesures qui s’imposent, à effectuer des contrôles stricts sur les société ou organisations qui prennent en charge des personnes âgées en Tunisie, par ailleurs, nous déclarons qu’il existe sur le territoire tunisien, des structures informelles ayant cette activité, également des microstructures organisées par des familles en recrutant du personnel non-déclaré, cela ne peut être toléré eu égards aux risques potentiels.

Il conviendrait de procéder à des vérifications approfondies auprès des entités concernées, tels que :

– L’identification des dirigeants et bénéficiaires économiques réels ;

– Un organigramme complet détaillé et nominatif des dirigeants cadres et employés ;

– Vérifier si les entités disposent d’un personnel suffisant et qualifié ;

– Vérifier si ces personnes sont affiliées à la CNSS ou autre dispositif ;

– Vérifier si ces personnes sont employées dans des établissements publics ;

– Contrôler si les services ou prestations promises sont effectivement réalisées ;

– Préciser le scénario du plan de continuation en cas d’empêchement du ou des dirigeants (décès, incarcération, maladie, ou faillite) ;

– S’assurer de la solidité financière et des capacités à honorer leurs engagements.

Combien faudra-t-il d’accidents ou de morts ?

Prendre en charge des personnes âgées dépendantes, ce n’est pas vendre des promesses avec des belles photos sur internet, c’est dans la réalité une très lourde responsabilité qui nécessite une organisation sans faille avec des équipes compétentes et bien encadrées, le tout sous la supervision de médecins disponibles à tous moments, il faut mettre fin à l’amateurisme et aux bricolages.

Une des clés serait de mettre en place dans les plus brefs délai une liste officielle des établissements agréés avec leurs coordonnés, le tout consultable sur un site officiel, ce qui n’est pas le cas actuellement.

Toutes les affirmations contenues dans le présent communiqué de presse sont factuelles et documentées, je me tiens personnellement à la disposition des autorités concernées pour toutes informations complémentaires.

Nous sommes scandalisés d’avoir appris que le nom et l’image de notre institution a été dévoyée à des fins mercantiles au mépris des règles les plus élémentaires et exprimons notre compassion envers la victime, ainsi qu’en ma qualité de Président de l’Association des Maisons de Retraites Francophones à l’Étranger (AMRFE).

L’accueil des séniors européens en Tunisie est un véritable relais de croissance pour le pays avec des créations d’emplois et des entrées en devises, depuis plus de 10 ans. Désormais, la société CARTHAGEA met tout en œuvre pour créer un écosystème fiable et pérenne et ainsi contribuer positivement à l’image du pays. Avec des besoins qui explosent en Europe, la Tunisie a plus que jamais une position stratégique dans ce domaine avec des atouts indéniables, ce type de comportement irresponsable et tellement prévisible ne peut que nuire à la réputation de la Tunisie dans son ensemble.

Nous n’acceptons pas les manœuvres frauduleuses et actes de diffamations, recrutements sauvages, infiltrations, piratage informatique, parasitage commercial et autres intimidations et poursuivrons sans relâche celles et ceux qui nous veulent nuire à l’image ou l’intégrité de notre institution. Qu’on se le dise…

Alexandre CANABAL

Président fondateur de CARTHAGEA

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Pollution du littoral | Urgence environnementale à Hammamet

23. Februar 2026 um 08:30

Plusieurs associations de Hammamet expriment leur indignation face au blocage injustifié du projet de restructuration du réseau d’assainissement de la plage Yasmina. Malgré la finalisation des études techniques et la disponibilité des financements depuis plus d’un an, aucune avancée concrète n’a été constatée sur le terrain.

Dr. Salem Sahli *

La situation actuelle du littoral est critique. Elle annonce une catastrophe écologique imminente. Le maintien des conduites sur la plage entraîne une aggravation continue de la pollution maritime, avec des conséquences désastreuses sur le plan sanitaire, environnemental et économique pour la ville de Hammamet.

Face à l’érosion inquiétante du littoral et devant la disparition quasi-complète de la plage en certains endroits, le transfert des canalisations de drainage des eaux usées n’est plus une option, mais une nécessité impérieuse pour résoudre définitivement ce fléau.

Les points de rupture soulignés par les associations sont :

engagement non respecté : les associations ont pourtant validé, dès le 28 janvier 2025, le transfert du réseau vers l’avenue Habib Bourguiba (via la rue Farhat Hached) sous réserve du respect des conditions techniques convenues ;

condition préalable au PPLT4 : l’enlèvement des conduites et regards sur la plage est un prérequis absolu avant le lancement du projet de protection du littoral (PPLT4) ;

inertie administrative : le collectif déplore que le projet «fasse du surplace» alors que tous les voyants (techniques et financiers) sont au vert.

    Appel à l’action et conférence de presse

    Face à l’urgence, le collectif associatif interpelle directement le directeur régional de l’Onas et les autorités de tutelle (gouvernorat de Nabeul, municipalité de Hammamet, Apal) pour qu’ils assument leurs responsabilités et ordonnent le démarrage immédiat des travaux.

    Afin d’alerter l’opinion publique sur ce qui est devenu une cause régionale majeure, une conférence de presse sera organisée prochainement, dont la date et le lieu seront communiqués sous peu.

    «Le transfert des eaux usées est désormais une nécessité vitale et inévitable pour Hammamet. Nous ne resterons pas spectateurs de la dégradation de notre littoral.»

    * Président de l’Association d’Education Relative à l’Environnement de Hammamet (Aere).

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    Tunisie | Remettre l’investissement privé au cœur de la croissance

    22. Februar 2026 um 08:42

    La réussite du Plan de développement 2026‑2030 repose sur un levier stratégique souvent sous-estimé : le rôle central de l’investissement privé. L’auteur propose une analyse factuelle des freins actuels, des opportunités régionales et sectorielles, et des mesures concrètes pour transformer l’investissement en moteur d’une croissance inclusive et durable. Il s’appuie sur des données 2025‑2026, inclut les positions récentes de l’Utica sur le climat des affaires, et anticipe les critiques sur la gouvernance, l’équité régionale et la complémentarité public-privé. Son objectif : nourrir le débat économique et stimuler la réflexion des décideurs et acteurs économiques.

    Abdelwahab Ben Moussa *

    Relancer l’investissement privé est essentiel pour transformer le Plan 2026‑2030 en une croissance tunisienne durable et inclusive. Cette tribune propose une analyse des freins actuels et des pistes concrètes pour mobiliser le secteur privé sur tout le territoire.

    La réussite du Plan de développement 2026‑2030 dépend largement d’un facteur central : la capacité à relancer l’investissement privé. Sans mesures ciblées, le plan risque de consolider le statu quo plutôt que d’impulser une croissance durable et inclusive. Cette relance doit se faire en complément des investissements publics, via des partenariats stratégiques qui optimisent les ressources et maximisent l’impact économique et régional.

    L’investissement privé, un moteur sous-exploité

    Le secteur privé est essentiel pour créer des emplois qualifiés et durables ; accroître la valeur ajoutée nationale ; et stimuler le développement régional.

    Pourtant, plusieurs freins limitent son expansion, notamment :

    – des procédures administratives lourdes et une instabilité réglementaire, qui compliquent la création et le développement d’entreprises ;

    – la fragilité macroéconomique et le coût élevé du financement, qui réduisent la prise de risque ;

    – la concentration géographique des investissements, qui laissent certaines régions marginalisées ;

    – la coordination insuffisante entre acteurs publics et privés ;

    – des incitations peu liées aux résultats, ce qui limite l’efficacité des dispositifs existants.

    Comme l’a souligné récemment l’Utica, dénonçant la «diabolisation» des chefs d’entreprise, le climat d’incertitude et la lourdeur administrative freinent considérablement l’investissement privé.

    Selon l’organisation patronale, la simplification des procédures, des incitations fiscales ciblées et un meilleur accès au financement pour les PME et les jeunes entrepreneurs sont indispensables pour capter les opportunités économiques et relancer une croissance durable sur l’ensemble du territoire.

    Cette analyse rejoint l’objectif du Plan 2026‑2030 : remettre le secteur privé au cœur de la stratégie de développement national.

    Priorités stratégiques pour relancer l’investissement privé

    Pour être efficace, la relance doit viser la qualité et l’impact des investissements, notamment :

    – la prévisibilité juridique et la stabilité réglementaire, pour restaurer la confiance des investisseurs ;

    – des incitations ciblées favorisant l’emploi et le développement régional, afin que les investissements ne restent pas concentrés dans les grandes villes ;

    – des partenariats public-privé stratégiques, mobilisant efficacement les ressources disponibles et complétant l’action de l’État ;

    – l’orientation vers les secteurs à forte valeur ajoutée : industrie, numérique, services exportables, tout en incluant les secteurs traditionnels comme l’agriculture, l’artisanat et le tourisme là où le potentiel régional est fort.

    Simplicité et transparence pour rétablir la confiance

    Simplifier les procédures, clarifier les règles et suivre systématiquement l’impact économique et régional des projets sont des conditions indispensables pour rétablir la confiance et orienter les investissements vers les priorités nationales. Cette approche répond aux critiques légitimes sur le rôle de l’État, la stabilité macroéconomique et la répartition régionale des investissements.

    Repères économiques (2026) :

    • Investissement global : près de 16 % du PIB, soit +12 % par rapport à 2025.
    • Investissements déclarés 2025 : ~8 356 millions de dinars, +39 % vs 2024, générant plus de 100 000 emplois.
    • Objectif IDE 2026 : ~4 milliards de dinars par an pour renforcer l’attractivité du pays.

    La mobilisation du secteur privé sur l’ensemble du territoire est cruciale pour transformer la croissance en un processus inclusif et régionalisé. Le Plan 2026‑2030 offre une opportunité unique d’aligner politiques publiques et initiatives privées afin de créer une dynamique économique durable pour la Tunisie, tout en répondant aux critiques sur la gouvernance, l’équité régionale et la complémentarité entre acteurs publics et privés.

    * Ingénieur en informatique.

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    Etats-Unis – Iran | Les négociations sont-elles un écran de fumée ?

    21. Februar 2026 um 08:45

    Lorsque des porte-avions et des sous-marins nucléaires se déploient pendant que les diplomates se rencontrent, lorsque les bombardiers changent de base au rythme des communiqués officiels, il ne s’agit plus d’un simple dialogue, il s’agit d’une préparation minutieuse à une confrontation majeure. Les négociations entre Washington et Téhéran s’inscrivent dans cette logique.

    Yahya Ould Amar *

    Dans les crises contemporaines, la négociation n’est plus l’alternative à la guerre, elle en est souvent l’antichambre. Elle permet d’organiser la responsabilité de l’échec et de transformer une action militaire en réaction légitime. La diplomatie devient ainsi la dernière étape avant l’usage de la force, non la première vers la paix.

    Les discussions en cours entre Américains et Iraniens remplissent une fonction classique consistant à gagner du temps, à tester l’adversaire, à façonner la perception internationale et, surtout, à construire la légitimité d’une action future.

    La diplomatie comme instrument tactique

    Washington discute tout en renforçant simultanément son dispositif militaire régional avec des déploiements navals, un repositionnement aérien, une coordination stratégique avec ses alliés, notamment Israël. Or l’histoire des crises internationales montre qu’on ne prépare pas un accord durable en augmentant parallèlement la capacité de frappe. La diplomatie devient alors un levier tactique, destiné à accroître la pression et à contraindre l’adversaire à céder et à se plier à un dictat par nature déséquilibré.

    Surtout que les exigences des deux parties demeurent incompatibles. Les États-Unis réclament des limitations élargies du programme nucléaire, des restrictions balistiques à une portée maximale de 300 km et un encadrement des réseaux d’influence régionaux iraniens. Téhéran, de son côté, exige une levée substantielle des sanctions et refuse toute négociation sur son programme d’armement balistique. Ces lignes rouges rendent improbable un accord de fond à court terme.

    Une guerre pensée en Israël

    Si les chances d’un compromis sont faibles, pourquoi maintenir le théâtre diplomatique ? Pour Washington, afficher des discussions en cours permet de démontrer que «toutes les voies ont été explorées» avant toute escalade. Cette séquence construit une légitimité internationale précieuse, ainsi en cas d’échec, l’administration américaine pourra soutenir qu’elle n’a fait que réagir à l’intransigeance iranienne. La diplomatie devient ainsi une assurance politique, une étape nécessaire pour préparer l’opinion publique, les alliés européens et les partenaires régionaux à une confrontation.

    Se joindre sans réserve aux guerres du gouvernement de Netanyahu ne renforcerait pas nécessairement les intérêts américains ; cela pourrait au contraire les fragiliser. Une guerre pensée à Jérusalem ne correspond pas toujours aux priorités stratégiques de Washington.

    Du côté iranien, le maintien des négociations répond à une logique différente mais tout aussi stratégique. Il s’agit d’espérer desserrer partiellement l’étau des sanctions, de gagner du temps pour consolider les capacités internes, et d’éviter l’image d’un régime fermé à toute solution diplomatique. Les discussions servent également de canal de renseignement, chacune des parties teste l’autre, évalue ses marges de manœuvre et mesure sa tolérance au risque. En réalité, la négociation est devenue un instrument d’observation et de préparation mutuelle — non un chemin vers la paix.

    Le facteur nucléaire : un prétexte ?

    Officiellement, le cœur du différend reste le nucléaire. Empêcher l’Iran d’accéder à l’arme atomique constitue l’argument central avancé par Washington pour justifier sa fermeté. Pourtant, la question dépasse largement la seule prolifération. Ce qui est en jeu, c’est l’équilibre stratégique régional. Un Iran doté d’une capacité nucléaire militaire — même latente — modifierait profondément la hiérarchie des puissances au Moyen-Orient, affaiblissant la liberté d’action américaine et celle de ses alliés. Le dossier nucléaire sert ainsi de justification visible à une préoccupation plus large de préservation d’une architecture de sécurité régionale favorable aux intérêts occidentaux.

    Si le nucléaire constitue l’argument public central, il n’épuise pas les motivations réelles. La nature des cibles frappées lors de la guerre de douze jours de 2025 — bien au-delà des seules installations atomiques — suggère que l’objectif dépasse la simple non-prolifération. Il s’agit moins d’empêcher la construction d’une bombe nucléaire que de remodeler un rapport de force régional.

    Mais le paradoxe est cruel. Plus la pression militaire et économique s’intensifie, plus l’incitation iranienne à rechercher une dissuasion crédible augmente. Une frappe préventive pourrait retarder le programme nucléaire sans l’éliminer ; elle pourrait surtout transformer une capacité latente en décision politique assumée d’accéder à l’arme nucléaire.

    Dans cette perspective, la négociation actuelle ressemble à une tentative de gestion du calendrier stratégique afin de retarder le seuil critique, sans résoudre le dilemme fondamental. Le nucléaire n’est pas seulement le déclencheur potentiel d’une confrontation ; il est devenu l’outil rhétorique central d’un affrontement plus vaste sur la domination régionale.

    Il y a encore quelques mois, les services de renseignement américains estimaient que Téhéran n’avait pas pris la décision politique de construire une arme nucléaire. Ce décalage entre évaluation stratégique et rhétorique publique mérite d’être interrogé.

    En juin 2025, le président Trump déclarait solennellement à la nation : «Il y a peu de temps, l’armée américaine a mené des frappes massives et de haute précision contre les trois principales installations nucléaires du régime iranien : Fordo, Natanz et Ispahan… Notre objectif était la destruction de la capacité d’enrichissement nucléaire de l’Iran… Ce soir, je peux annoncer au monde que les frappes ont été un succès militaire spectaculaire. Les principales installations d’enrichissement nucléaire de l’Iran ont été complètement et totalement anéanties.»

    Si ces installations ont réellement été «complètement et totalement anéanties», au point d’éliminer la menace, alors invoquer aujourd’hui le nucléaire comme motif central d’une nouvelle intervention révèle une contradiction majeure. Soit la menace a été neutralisée, soit elle sert désormais d’argument commode pour justifier une escalade dont les motivations dépassent la seule non-prolifération. Ce glissement du discours suggère que le nucléaire n’est pas la cause profonde de l’escalade, mais son habillage politique.

    On se souvient des accusations martelées sur les prétendues armes de destruction massive de Saddam Hussein, brandies comme justification morale et stratégique de l’invasion de l’Irak — des armes qui, au terme de la guerre, ne furent jamais trouvées, parce qu’elles n’avaient jamais existé.

    Même les bombardements les plus massifs — y compris l’usage de munitions de très forte puissance contre des sites enterrés — ne détruisent pas une compétence nucléaire. Ils en retardent le calendrier. Les centrifugeuses peuvent être reconstruites ; le savoir-faire, lui, ne s’anéantit pas sous les décombres.

    Derrière le discours officiel sur la non-prolifération se dessine une logique plus profonde, la préservation d’une asymétrie stratégique permanente fondée sur le maintien d’un monopole nucléaire israélien dans la région.

    Pourquoi le moment est stratégique

    Si les négociations paraissent fragiles, c’est aussi parce que le calendrier stratégique pèse lourdement sur les décisions. Du côté américain, la fenêtre d’action militaire pourrait se refermer à mesure que l’Iran consolide et disperse ses capacités nucléaires et balistiques. Plus le temps passe, plus une intervention deviendrait complexe, coûteuse et incertaine. Cette dimension temporelle crée une pression silencieuse, agir tant que la supériorité technologique et opérationnelle est perçue comme décisive.

    Du côté iranien, le temps joue différemment. Chaque mois qui passe, permet d’améliorer les capacités d’enrichissement et de tester la résilience économique face aux sanctions. Les protestations internes, quant à elles, introduisent une variable politique instable – un régime fragilisé peut chercher l’apaisement ou au contraire se durcir. Les négociations actuelles s’inscrivent donc dans une course contre la montre où chacun tente de maximiser son avantage avant un possible point de bascule.

    Le moment n’est pas choisi au hasard ; il est dicté par la perception d’une opportunité stratégique — ou d’un risque imminent.

    Trois scénarios plausibles

    Trois trajectoires se dessinent à l’horizon. La première peu probable, serait celle d’un compromis technique minimal tel qu’un gel de l’enrichissement iranien contre un allègement limité des sanctions. Un accord partiel, sans résolution des différends structurels, permettant à chacun de sauver la face. Ce scénario stabiliserait provisoirement la situation, mais il ne ferait que repousser l’affrontement stratégique sous-jacent.

    La seconde hypothèse serait celle d’un échec contrôlé menant à des frappes ciblées américaines et israéliennes contre des installations nucléaires et balistiques iraniennes.

    Une fois les hostilités engagées, le président américain ne serait plus seul maître du tempo. Les pressions viendraient de toutes parts, notamment de ses alliés européens, désireux de voir la guerre s’achever au plus vite tant ils en subissent les répercussions — renchérissement des importations énergétiques, perte de points de croissance économique, tensions migratoires accrues — comme d’acteurs politiques intérieurs, sceptiques quant à la possibilité d’un
    résultat véritablement décisif.

    L’escalade, souvent, devient moins stratégique que politique. Aussi, l’histoire des crises régionales montre qu’une action dite «limitée» peut déclencher une riposte asymétrique imprévisible tels que des attaques contre des bases américaines, des activations de proxies, des perturbations énergétiques.

    Enfin, le scénario le plus préoccupant demeure celui de l’erreur de calcul. Dans un environnement saturé de méfiance, de démonstrations de force et de pression politique, un incident mal interprété pourrait faire basculer la région dans une escalade rapide. Ce n’est pas toujours l’intention qui déclenche la guerre ; c’est parfois l’accumulation de signaux mal lus.

    L’histoire récente du Moyen-Orient devrait inciter à la prudence face aux promesses implicites de changement de régime. L’Irak a produit un enlisement stratégique. La Libye a engendré un chaos durable. Et l’Iran lui-même porte la mémoire d’un coup d’État soutenu de l’extérieur dont les conséquences ont façonné la révolution de 1979. Les renversements imposés créent rarement les démocraties espérées.

    Une offensive extérieure provoquerait vraisemblablement un réflexe de ralliement national. Dans les moments de crise, les oppositions internes suspendent leurs divisions. L’hostilité étrangère consolide souvent ce qu’elle prétend affaiblir.

    L’issue la plus probable d’une confrontation ne serait pas l’émergence d’un Iran modéré, mais le renforcement des éléments les plus durs du régime — voire une consolidation du pouvoir des structures militaires favorables à une dissuasion nucléaire assumée.

    Le risque majeur : l’erreur de calcul

    Le danger principal ne réside peut-être ni dans une décision assumée de faire la guerre, ni dans un plan prémédité d’escalade, mais dans une erreur de calcul. Lorsque deux puissances s’observent à travers le prisme de la méfiance, chaque geste défensif peut être interprété comme une provocation, chaque démonstration de force comme un prélude à l’attaque. Dans un contexte où les forces sont déjà déployées, où les alliés régionaux sont en alerte et où les opinions publiques sont polarisées, la marge d’interprétation se réduit dangereusement.

    Une frappe présentée comme “préventive” pourrait être perçue à Téhéran comme une tentative de changement de régime. Une riposte calibrée pourrait être jugée insuffisante à Washington et entraîner une seconde vague d’attaques. L’escalade ne serait alors plus le fruit d’une stratégie réfléchie, mais celui d’un engrenage. Les négociations actuelles ne neutralisent pas ce risque, elles l’accompagnent. Car lorsque la diplomatie sert davantage à préparer l’échec qu’à prévenir la crise, elle devient le décor fragile d’un affrontement en attente de déclencheur.

    Toute confrontation directe aurait un coût immédiat, pertes humaines, attaques contre des installations abritant des dizaines de milliers de militaires américains dans la région, opérations clandestines en représailles. Mais le coût stratégique serait plus durable encore, affaiblissement du droit international et renforcement des puissances révisionnistes promptes à invoquer les précédents occidentaux pour justifier leurs propres offensives.

    Au fond, les négociations actuelles constituent un théâtre diplomatique nécessaire dans toute confrontation moderne, un espace où l’on parle pour mieux se positionner, où l’on négocie pour tester, où l’on dialogue pour légitimer. Mais elles ne traduisent pas une volonté politique claire de compromis durable. Elles accompagnent un rapport de force.

    L’histoire des relations internationales enseigne que lorsque la diplomatie se déroule sous la protection des bombardiers, ce sont rarement les mots qui tranchent en dernier ressort. Si les discussions en cours servent avant tout à structurer la confrontation plutôt qu’à l’éviter, alors le véritable enjeu n’est pas la signature d’un accord, mais la capacité des deux puissances à maîtriser l’escalade. Car derrière l’écran de fumée diplomatique se joue une question plus vaste, celle du monopole de puissance au Moyen-Orient — et de la manière dont les grandes nations choisissent d’imposer ou de négocier leur ordre stratégique. Une nouvelle guerre offensive fournirait aux puissances révisionnistes un argument supplémentaire pour relativiser les normes de non-agression. Chaque précédent affaiblit la règle. Et dans un monde déjà fragmenté, l’érosion des principes peut produire des conséquences plus durables qu’une victoire militaire.

    * Economiste, banquier et financier.

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    La culture contre la violence, la laideur et l’abandon

    21. Februar 2026 um 07:30

    Dans de nombreuses villes et quartiers, la violence n’apparaît pas soudainement. Elle s’installe lentement, presque silencieusement, à mesure que les espaces se vident de sens, que les murs se dégradent, que les lieux de rencontre ferment leurs portes. La laideur urbaine, l’abandon culturel et la pauvreté symbolique ne sont pas de simples conséquences du sous-développement : ils en sont souvent les causes profondes. Face à cela, la culture n’est pas un luxe. Elle est un outil social majeur, un rempart discret mais puissant contre la brutalité, l’exclusion et la perte du lien. (Photo : Cité de la culture de Tunis).

    Zouhaïr Ben Amor *

    Quand la culture disparaît, le terrain devient fertile à la violence. Les sociologues le rappellent souvent : la violence ne naît pas seulement de la pauvreté matérielle, mais aussi de la pauvreté symbolique. Un quartier sans bibliothèque, sans cinéma, sans lieu d’exposition, est un quartier où l’imaginaire s’atrophie. Là où l’esprit ne voyage plus, la frustration s’accumule.

    La fermeture d’un cinéma de quartier, la disparition d’une galerie municipale ou d’une bibliothèque ne font pas la une des journaux. Pourtant, leurs effets sont durables. Ces lieux jouaient un rôle silencieux mais essentiel : ils offraient des espaces de respiration, de confrontation d’idées, de beauté, parfois même de rêve. Lorsqu’ils disparaissent, l’espace public se réduit à la rue, souvent livrée à elle-même.

    La culture de proximité : un antidote discret mais efficace

    Contrairement aux grands événements culturels ponctuels, la culture de proximité agit dans le temps long. Une petite galerie dans une ville moyenne, un cinéma municipal, une bibliothèque de quartier ne sont pas des lieux élitistes : ce sont des espaces de socialisation.

    Dans une galerie d’art, on n’achète pas nécessairement une œuvre. On regarde, on discute, on apprend à voir autrement. Le regard s’éduque, la sensibilité se développe. Apprendre à regarder une peinture, c’est aussi apprendre à regarder l’autre, à accepter la complexité, à sortir du réflexe de la brutalité immédiate.

    Le cinéma, quant à lui, est l’un des rares lieux où des individus de générations, de milieux et de sensibilités différentes partagent une même émotion, dans le silence et l’attention. Voir un film, c’est faire l’expérience de l’altérité. C’est comprendre que d’autres vies existent, que d’autres trajectoires sont possibles.

    La bibliothèque : le cœur battant du lien social

    Dans de nombreuses villes du monde, la bibliothèque est devenue bien plus qu’un lieu de prêt de livres. Elle est un refuge, un espace de travail, de rencontre, parfois même de reconstruction personnelle. Pour les jeunes, elle offre une alternative à la rue. Pour les personnes âgées, elle est souvent un lieu de présence et de dialogue. Pour les plus fragiles, elle représente un espace neutre, non marchand, non violent.

    Une bibliothèque bien pensée est un lieu où l’on peut entrer sans être jugé, sans consommer, sans se justifier. Elle incarne une idée simple mais révolutionnaire : le savoir et la culture sont des biens communs.

    La laideur comme violence invisible

    On parle souvent de violence physique ou verbale, mais rarement de la violence esthétique.

    Pourtant, vivre dans un environnement dégradé, sans harmonie, sans couleurs, sans œuvres, est une forme de violence quotidienne. La laideur fatigue, irrite, abîme lentement les relations sociales.

    À l’inverse, un mur peint, une sculpture sur une place, une exposition dans un hall municipal modifient profondément le rapport des habitants à leur espace. Ils créent de la fierté, de l’appropriation, du respect. On dégrade moins ce qui est beau. On protège ce qui nous ressemble.

    La culture contre l’extrémisme et la radicalisation

    Là où la culture recule, les discours simplistes prospèrent. L’absence de débat, de confrontation d’idées, de pensée critique laisse le champ libre aux idéologies de la haine. La culture ne donne pas de réponses toutes faites, mais elle apprend à poser des questions, à douter, à nuancer.

    Un jeune qui lit, qui voit des films, qui fréquente des expositions développe une complexité intérieure qui rend plus difficile l’adhésion aux discours violents ou manichéens. La culture est une école de la lenteur, à l’opposé de l’immédiateté brutale de la violence.

    Quand la culture transforme les villes

    Dans plusieurs pays, la culture a été intégrée comme un pilier des politiques sociales.

    En France, de nombreuses villes ont misé sur des médiathèques de quartier, ouvertes tard le soir, gratuites, multifonctionnelles. Elles ont permis de réduire l’isolement, d’accompagner les jeunes dans leur scolarité et de recréer du lien intergénérationnel.

    Au Canada, certaines municipalités ont intégré des galeries d’art dans les bâtiments administratifs, les hôpitaux, les bibliothèques. L’art y devient partie intégrante de la vie quotidienne, et non un privilège réservé à quelques-uns.

    Dans les pays nordiques, la culture est pensée comme un service public essentiel, au même titre que la santé ou l’éducation. Chaque petite ville dispose d’un cinéma, d’une bibliothèque, souvent d’un espace d’exposition. Le résultat n’est pas seulement culturel, il est social : des sociétés plus apaisées, moins violentes, plus cohésives.

    La responsabilité des collectivités locales

    La culture ne peut pas reposer uniquement sur la bonne volonté des artistes ou des associations. Elle doit être portée par une vision politique claire. Investir dans une galerie municipale coûte souvent moins cher que réparer les dégâts causés par la violence, la délinquance ou la dégradation urbaine.

    Les collectivités peuvent jouer un rôle clé :

    – en mettant à disposition des locaux,

    – en soutenant les initiatives locales,

    – en intégrant l’art dans les espaces publics,

    – en favorisant l’accès gratuit ou à très faible coût.

    Il ne s’agit pas de prestige, mais de cohésion sociale.

    Les artistes comme acteurs sociaux

    Les artistes ne sont pas seulement des producteurs d’objets esthétiques. Ils sont des acteurs sociaux, des révélateurs de tensions, des passeurs de mémoire. Leur présence dans un quartier, une ville, change la dynamique locale.

    Une résidence d’artiste dans une école, une prison, un quartier populaire peut avoir des effets durables. Elle redonne la parole, restaure la dignité, permet l’expression de ce qui est souvent tu.

    On entend souvent que «la culture coûte cher». C’est une vision à court terme. En réalité, la culture est un investissement social. Elle réduit les coûts liés à la violence, à l’exclusion, à l’échec scolaire. Elle améliore la qualité de vie, l’attractivité des villes, le vivre-ensemble.

    Une ville qui investit dans la culture investit dans son avenir.

    Reconstruire par le beau, le sens et le lien

    Dans un monde marqué par les tensions, les crispations identitaires et la montée des violences, la culture apparaît comme une réponse humble mais essentielle. Elle ne règle pas tout, mais elle prépare le terrain. Elle réintroduit du sens là où il n’y avait que du vide, du dialogue là où régnait le conflit, du beau là où s’installait la laideur.

    Galeries d’art, cinémas, bibliothèques, espaces culturels de proximité ne sont pas des ornements urbains. Ils sont les fondations invisibles d’une société apaisée. Les négliger, c’est accepter que la violence et la médiocrité deviennent la norme. Les défendre, c’est choisir la dignité, la créativité et l’avenir.

    * Universitaire.

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    La Tunisie desservie par son transport international

    19. Februar 2026 um 08:51

    Depuis les années 1990, et malgré les nombreuses visites et opérations coup de poing hautement médiatisées, les gouvernements qui se sont succédé en Tunisie ne sont pas arrivés à mettre de l’ordre et de la rationalité dans la gestion du transport international, se trouvant, encore aujourd’hui, dans l’incapacité d’initier un véritable programme de réformes économiques et d’amorcer une relance durable.

    Elyes Kasri *

    Il est grand temps de procéder à une évaluation sereine, transparente et objective du coût imposé à l’économie et au tourisme tunisiens en plus des tunisiens résidant à l’étranger par la politique de protection des liaisons aériennes et maritimes au profit de ce que de plus en plus d’experts et analystes qualifient de fardeaux et de dinosaures économiques que sont Tunisair (AirHelp Score 2025 : Tunisair classée 114e sur 117 compagnies mondiales) et la «fissfiss» Cotunav.

    Fardeau insoutenable pour l’économie

    Il n’est pas excessif de penser que la survie de ces deux compagnies publiques, grâce aux subventions, exonérations fiscales et la protection publiques, constitue un fardeau de moins en moins soutenable pour l’économie nationale et le trésor public et un obstacle à toute tentative de relance durable de l’économie tunisienne.

    Ceci en plus des principaux aéroport et port nationaux, Tunis-Carthage (Classement Mondial AirHelp 2025 : 250e sur 250 aéroports analysés) et Rades (Classement mondial : 251ᵉ place sur 405 ports évalués et 13ᵉ à l’échelle du continent africain) qui donnent des arguments solides à ceux qui vont jusqu’à affirmer que ces deux points de passage des touristes et des marchandises sont des zones de non-droit et des foyers de pratiques qui évoquent plus la Sicile qu’aucune autre région du monde.

    Il semble relever de l’évidence que, depuis les années 1990, et malgré les nombreuses visites et opérations coup de poing hautement médiatisées, tout régime qui n’arrive pas à mettre de l’ordre et de la rationalité dans la gestion du transport international se trouvera dans l’incapacité d’initier un véritable programme de réformes et d’amorcer une relance durable.

    Facteurs disqualificatoires et dissuasifs

    En plus de leur contribution à la flambée inflationniste en raison des surcoûts générés par les délais et les frais élevés d’importation des intrants et des produits de consommation et autres, les inefficiences devenues systémiques du secteur du transport international font qu’elle aura beau brader sa main d’œuvre et offrir toutes sortes d’avantages fiscaux en dépit de leurs nombreux effets pervers, la Tunisie aura énormément de peine, pour pas être pessimiste, à surmonter ces facteurs disqualificatoires et dissuasifs non seulement en vue de l’attraction de nouveaux investissements, mais plus grave encore pour le maintien des investissements implantés depuis des années et qui pourraient être tentés par d’autres horizons mieux organisés et plus hospitaliers.

    * Ancien ambassadeur.

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    Ramadan à la télé | Sitcoms débiles et orgie feuilletonesque

    19. Februar 2026 um 08:15

    A partir d’aujourd’hui, jeudi 19 février 2026, premier jour du mois de ramadan, la Tunisie prendra des vacances prolongées pour laisser la place aux navets qui se regardent «en famille» et aux sitcoms débiles dont le scénario se tient sur un ticket de caisse.

    Mohamed Sadok Lejri

    L’on y retrouve chaque année les mêmes ingrédients : des acteurs qui hurlent et braient comme des ânes pour simuler l’humour, des quiproquos et des «situations comiques» plus usés que le tapis d’une mosquée et une intrigue qui s’étire sur 22 minutes de blagues potaches et qui essaient de nous convaincre que c’est drôle.

    C’est fascinant de voir comment on peut recycler les mêmes gags depuis des décennies, avec la conviction profonde que le téléspectateur rira de l’acteur qui force un accent rural pour incarner le «rifi» de service, des lascars des quartiers populaires dont l’accent de «fréret» et la grossièreté assumée sont censés passer pour de la virilité et du charisme de quartier.

    Le public rira de n’importe quoi

    Ils sont persuadés que le spectateur, dans un élan de convivialité ramadanesque, finira par s’esclaffer devant la maladresse du «oueld el houma ‘arbi» mal dégrossi évoluant en milieu bourgeois, devant la caricature du bourgeois préoccupé par son apparence et ses manières presque au point d’être efféminé et devant cette panoplie de clichés et de poncifs éculés qu’ils ont exploités jusqu’à la corde…

    Bref, ils ont la ferme conviction que le public rira de n’importe quoi, tout en s’en mettant plein la panse, laquelle panse se retrouve au centre de toutes les conversations du réveil du matin jusqu’à la rupture du jeûne et transforme chaque rencontre en une «chehya tayba» matinale et prématurée.

    Sans parler de nos imams radio-cathodico-obscurantistes qui se délectent de leur petit quart d’heure de gloire et de l’orgie publicitaire qui vient interrompre ces chefs-d’œuvre télévisuels ! On nous bombarde de gros plans ultra léchés sur le couscous de mamie et le yaourt qui guérit le plus sociopathe d’entre nous de la solitude, on chante les louanges des pâtes et de la boîte de double concentré de tomates qui semblent détenir les secrets du bonheur éternel.

    Des oies prêtes pour le gavage

    L’on passe d’une scène mélodramatique d’un orphelin en proie à la drogue, à l’esclavage et à l’exploitation sexuelle à une pub pour un jus infect destiné aux enfants, le tout entrecoupé par une ode lyrique à une marque de thon.

    En somme, ramadan est le mois où les Tunisiens se transforment en oies prêtes pour le gavage et se divertissent devant un festival de futilités cathodiques érigées en divertissement national. Notre télé ne semble jamais saturer de trop de conneries et de médiocrité. Et vive le cinéma !

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    La diplomatie tunisienne entre pragmatisme et rupturisme

    17. Februar 2026 um 12:22

    Alors que la Tunisie traverse une crise économique profonde et se trouve confrontée à l’urgence de la reconfiguration de sa coopération internationale pour répondre aux nouvelles exigences intérieures et aux dynamiques extérieures, une partie de l’opinion et de la classe politique semble succomber à une nouvelle tentation : celle d’un basculement vers les Brics (Russie, Chine, Inde, Brésil, Afrique du Sud…) et d’un alignement sur le «Grand Sud».

    Elyes Kasri *

    Ce discours relève d’une dangereuse «illusion» qui élude les vraies questions de gouvernance. Dans un monde en mutation et en plein devenir vers un nouvel ordre mondial aux contours et articulations qui restent à définir par le cours encore incertain des événements plutôt que par les desiderata des idéologues et romantiques du multilatéralisme et toute sorte de panismes, la diplomatie tunisienne traverse une phase de remise en question où deux visions s’affrontent.

    Opportunisme idéologique et intérêt stratégique

    L’attraction pour le «Grand Sud» est présentée comme l’alternative salvatrice aux pressions occidentales. Cependant, substituer une posture idéologique à une stratégie de marché risque d’aggraver l’isolement du pays car il s’agit de distinguer l’opportunisme de tribune de l’intérêt national stratégique.

    Face aux appels croissants à un basculement radical vers les Brics et le «Sud Global», présentés comme une alternative salvatrice aux pressions occidentales, une analyse réaliste s’impose. Il s’agit de distinguer l’opportunisme idéologique de l’intérêt national stratégique.

    La géographie ne se décrète pas  

    Si un pays comme l’Algérie constitue l’anti-modèle de toutes les aspirations tunisiennes, politiques, sécuritaires, sociales, économiques et diplomatiques, l’idée d’un pivot vers l’Est repose sur l’hypothèse qu’un changement d’alliance pourrait compenser un éloignement des partenaires européens.

    Or, les chiffres démentent cette possibilité à court et moyen terme :

    – la dépendance structurelle : l’Union européenne absorbe plus de 70 % des exportations tunisiennes. Un basculement ne serait pas une transition, mais une rupture sismique pour le tissu industriel national ;

    – le coût de la distance : contrairement aux partenaires de proximité, les Brics imposent des coûts logistiques et des barrières normatives qui rendraient les produits tunisiens moins compétitifs. Même l’annonce chinoise d’un démantèlement tarifaire en faveur des pays africains dont la Tunisie ne peut avoir que des effets marginaux du fait des coûts de transport et du désavantage compétitif des produits tunisiens en Chine ;

    – les réalités géostratégiques : étant un pays partenaire de l’UE et un allié majeur des Etats-Unis d’Amérique non membre de l’Otan, goulot de la Méditerranée centrale sur le Détroit de Sicile et verrou stratégique du flanc sud de l’Otan, la Tunisie serait bien avisée de considérer le statut qui lui a valu des avantages qu’elle devrait fructifier davantage grâce à une vision d’avenir et une diplomatie sagace plutôt que de les refouler ou occulter ;

    – le risque d’isolement : s’aliéner des partenaires historiques pour des raisons purement idéologiques et économiquement incertaines risque de transformer la Tunisie en un « sujet de préoccupation » international plutôt qu’en un partenaire de confiance.

    Le mythe des Brics comme «Banque de secours»

    Le discours pro-Brics que certains confondent au dicton populaire tunisien «un paradis avec des briks» suggère souvent que ce bloc offrirait des financements sans conditions, contrairement au FMI.

    C’est une lecture erronée de la géopolitique actuelle :

    Pragmatisme, pas philanthropie : les puissances des Brics ne sont pas des institutions de développement caritatives. Elles investissent là où la gouvernance est stable et le retour sur investissement est garanti. La Chine, première puissance économique du Brics, est gérée par un pouvoir rationnel qui s’est départi depuis longtemps des élans de la révolution maoïste au grand dam des réminiscences romantiques de certains idéologues de pays en développement mentalement figés dans une époque révolue ;

    – l’exigence de solvabilité : sans réformes structurelles internes, la Tunisie restera un investissement à risque pour Pékin, New Delhi ou Moscou. Changer de créancier ne règle pas le problème de la dette, cela ne fait que déplacer la dépendance ;

    – la souveraineté ne s’achète pas, elle se construit : si un bilan serein s’impose de la coopération avec l’Europe, les Etats-Unis d’Amérique et les pays occidentaux, en déterminant les responsabilités et insuffisances respectives dans une perspective constructive, vouloir intégrer un bloc pour «punir» un autre est une réaction émotionnelle qui affaiblit la souveraineté et la crédibilité nationales au lieu de les renforcer ;

    – le risque de satellisation : en s’isolant de ses partenaires historiques sans avoir une assise économique solide, la Tunisie risque de passer d’un statut de partenaire privilégié de l’Europe et d’allié majeur des Etats-Unis d’Amérique à celui de «client secondaire» d’une puissance lointaine aux intérêts géostratégiques situés ailleurs ;

    – la primauté de l’interne : la véritable souveraineté réside dans la capacité à réformer l’administration, à libérer l’investissement et à assurer une justice et une prévisibilité fiscales. Aucune alliance, qu’elle soit atlantiste ou eurasiatique, ne peut se substituer aux insuffisances des politiques publiques nationales ;

    Une diplomatie multi-vectorielle et non d’exclusion

    Plutôt qu’un basculement exclusif, la Tunisie doit adopter une approche multi-vectorielle :

    – maintenir et moderniser l’ancrage euro-méditerranéen (source de technologie et de marché) ;

    – explorer les opportunités de niche avec les Brics sans en faire une religion politique. A cet effet les mécanismes bilatéraux de coopération et de transfert de savoir-faire et de technologie avec des pays comme la Chine et l’Inde mériteraient une attention particulière et soutenue dépassant les slogans politiques ou l’attentisme d’un quelconque don. Avec l’Inde notamment, l’activation des groupes de travail conjoints et autres mécanismes bilatéraux de même que le projet de jumelage entre le gouvernorat de l’Ariana et l’état du Karnataka, berceau des technologies de pointe et de la Silicon Valley indienne, offriraient des perspectives tangibles de coopération mutuellement bénéfique loin de de toute tentation incantatoire et de charité internationale ;

    conditionner toute alliance à un gain de compétitivité réel et non à une posture de contestation internationale.

    Sortir de l’illusion et de l’incantation

    Dans la situation de fluidité et d’incertitude que connaissent la Tunisie et le reste du monde, l’appel au «Grand Sud» ne doit pas être un paravent pour masquer l’incapacité à mener des réformes domestiques.

    La Tunisie n’a pas besoin de choisir un camp, elle a plutôt besoin de redevenir un partenaire crédible tout en diversifiant sa coopération selon une vision pragmatique et stratégique des objectifs et des moyens à mobiliser.

    Il est grand temps de se rendre a l’évidence que le salut ne viendra pas d’un changement de point cardinal ni d’aucun sauveur extérieur, mais d’une quête de l’excellence dans la gouvernance nationale en cessant de prendre les rêves de certains nostalgiques et exaltés pour des réalités et en engageant sans tergiversation les réformes structurelles nécessaires pour la restauration de l’attractivité du pays auprès des investisseurs, qu’ils soient de l’Est ou de l’Ouest.

    * Ancien ambassadeur.

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    Tunisie | Inégalité territoriale face aux aléas climatiques

    17. Februar 2026 um 08:36

    En Tunisie comme partout ailleurs, les élus des régions sujettes à des désagréments climatiques doivent assimiler le fait que, les populations qui en sont les plus touchées ne demandent ni privilège ni exception arbitraire. Elles demandent l’application rigoureuse du droit, de l’équité et de la responsabilité publique face à des contraintes objectives, mesurables et durables. Refuser d’adapter les politiques publiques à ces réalités revient à institutionnaliser une inégalité territoriale, à normaliser la précarité énergétique et à accepter que certaines vies soient plus exposées que d’autres aux risques climatiques, environnementaux et sanitaires. (Ph. Les oasis du sud tunisien manquent de plus en plus d’eau).

    Dr Monem El Achkham *

    Je vis dans une région de Tunisie où l’été dure neuf mois, où l’on en a assez du soleil, où l’on en vient à vénérer ce que l’on appelle communément «le temps de chien». Dans ma région, l’injustice structurelle et séculaire est admise comme un ordre établi. Ce qui fait le plus mal, c’est que ceux-là mêmes qui se présentent comme les redresseurs de torts nous laminent en élaborant slogan sur slogan, en méconnaissance totale de ce que la nature nous impose et qu’ils perpétuent par ignorance, par compassion stérile, mais surtout par pur opportunisme politique.

    Dans ma région, la nature est cruelle, et tous les pouvoirs qui s’y sont succédé l’ont été encore plus. Pour adoucir, un tant soit peu le climat, trois solutions s’offrent à nous : un peu de verdure, moins de pollution et… la climatisation. Or, malgré cette réalité objectivement mesurable, ces territoires sont soumis à des politiques publiques uniformes, conçues sans prise en compte suffisante des différences climatiques, environnementales et industrielles. Cette uniformité de traitement produit, de facto, une rupture manifeste du principe d’égalité entre citoyens placés dans des situations fondamentalement dissemblables.

    Pour la verdure, il faut repasser

    Concernant la verdure, il va falloir repasser. Dans mes souvenirs d’enfance — et il existe d’ailleurs une iconographie abondante pour les étayer — les oasis, les espaces verts et les pièces aquatiques ne faisaient pas défaut, et il y faisait très bon vivre.

    «Réchauffement climatique», me direz-vous. Oui, mais pas seulement. Les difficultés actuelles ne peuvent être imputées exclusivement au changement climatique global. Elles résultent également de choix économiques et industriels opérés sur plusieurs décennies, notamment dans la gestion des ressources hydriques et l’implantation d’activités fortement consommatrices d’eau et génératrices de pollution.

    Le joyau historique de notre ville, Gafsa, ce furent les piscines romaines. Elles ont été sacrifiées, sans le moindre état d’âme, sur l’autel du développement industriel. Ces piscines, vieilles de vingt siècles, étaient alimentées par des sources intarissables en circuit ouvert, qui irriguaient les oasis et abreuvaient de multiples pièces d’eau. Le besoin accru en eau des laveries de phosphate, conjugué à un usage irrationnel de cette ressource, a ravagé nos oasis, asséché nos plans d’eau et a fini par avoir raison de nos piscines romaines.

    Face au tarissement assassin des sources et à l’assèchement choquant des dites piscines, une étude fut menée pour tenter d’y remédier. Elle conclut à deux options aussi foireuses l’une que l’autre. La première consistait à installer un système de clapets permettant un hypothétique remplissage lorsque l’eau remonterait, tout en empêchant la vidange en cas de flux insuffisant. La seconde proposait d’enlever la roche naturelle et le sable qui donnaient à l’eau sa merveilleuse couleur azur, pour couler une hideuse dalle de béton et remplir, à l’occasion, ce qui deviendrait un vulgaire bassin.

    Vous l’aurez compris : c’est la deuxième option qui fut adoptée, jugée bien entendu moins chère et vécue comme une insulte aux autochtones et à l’esthétique universelle.

    Les pollueurs imposent leur loi

    Pour ceux qui peinent à admettre que l’industrie du phosphate soit l’unique responsable de ce désastre écologique, climatique et agricole, j’en veux pour preuve l’apparition, chez nous, d’un lac naturel peuplé de poissons d’eau douce, né de nulle part après deux années de grève dans les laveries du bassin minier.

    En Algérie, notre voisin direct, on développe en plein désert l’une des agricultures les plus prédatrices en eau — et je ne dis pas que c’est bien — notamment le maraîchage, en puisant dans la même nappe que nous préservons pieusement dans nos sous-sols. Ici, on aurait pu utiliser cette ressource pour sauver les oasis, développer l’agriculture et réanimer les espaces verts. Mais au lieu de cela, on nous enjoint de rationner l’eau sous 47 °C à l’ombre.

    La pollution, vous l’aurez compris, il est fortement déconseillé d’en parler. Quand la menace immédiate sur la vie d’enfants n’a pas suffi à dissuader le pollueur, pourquoi voudrait-on évoquer le phosphogypse, la fluorose, les risques de cancer ou de stérilité ? Après tout, cela ne tue qu’à moyen ou long terme. Le voile de soufre qui survole la ville en été, visible à l’horizon dès l’aube et perceptible à l’odorat dès que la circulation se calme, constitue une démonstration tangible — s’il en fallait une — de ce que peut être un effet de serre. Allons-nous nous plaindre ? La vie de gosses est menacée, je vous dis, et la machine à sous, elle, ne s’est jamais arrêtée.

    Sacro-sainte climatisation

    Nous disions donc que pour les espaces verts, on a préféré économiser l’eau pour l’industrie et pour que nos voisins puissent irriguer tranquillement le désert ; que la pollution est taboue et qu’il est donc fortement déconseillé d’en parler. Il ne nous reste plus que la climatisation.

    La climatisation, oui, cette sacro-sainte clim. En ce qui me concerne, j’ai du mal à concevoir ne pas pouvoir croiser un jour son inventeur, Willis Haviland Carrier, dans les allées du paradis, vous l’aurez compris, j’ai bien la ferme intention d’y être.

    La clim sous nos cieux, c’est vital et primordial, vous l’avez donc compris ce n’est ni du luxe ni même un souhaitable confort. Mais même là-dessus, nous sommes lourdement lésés. Je peux affirmer sans prendre énormément de risque que, concernant la consommation d’électricité dans ma région, nous sommes contraints d’atteindre au moins le double de la moyenne nationale, eu égard à l’usage assez assidu selon les bourses, de la clim de mai à novembre. La chaleur ambiante impose plusieurs heures quotidiennes de conditionnement de l’air.

    Pour un bien-être artificiel à peine comparable à celui du reste du pays, nous dépensons des sommes considérables, avec les mêmes salaires et le même pouvoir d’achat. Cela devient une véritable ligne — ou plutôt un trou — budgétaire. Est-ce juste ? Sincèrement, je ne le pense pas.

    Quand on connaît les difficultés à survivre dans ce type de région — dépenses de santé accrues à cause de la pollution, dépenses énergétiques supplémentaires dues à une chaleur qui ne relève pas uniquement du réchauffement climatique — est-il acceptable d’être subventionné en électricité à l’identique de villes côtières ?

    Il ne serait même pas démesuré d’envisager l’instauration d’une trêve estivale sous nos latitudes, équivalente à la trêve hivernale en Europe. Car oui, on meurt de chaleur et de déshydratation quand on n’a pas les moyens de s’offrir l’air conditionné dans ma région. Et l’injustice ne s’arrête pas là, en été, la capacité de la Steg ne suffit jamais à satisfaire la demande : la baisse de tension, surtout à partir de midi, est telle que les climatiseurs tournent sans rafraîchir. On paie, et on n’en a même pas pour son argent.

    Une inégalité territoriale

    J’ai parfois l’impression que, pour tous ceux qui ont été au pouvoir — je n’exclus personne — les habitants de ces régions productrices de richesses seraient nés avec une cuirasse les rendant insensibles aux éléments, comme s’ils avaient des instincts atténués, voire une apathie congénitale. À moins que nos dirigeants n’adhèrent à la vision d’Aristote, selon laquelle les esclaves seraient de nature servile tandis que les hommes libres ont une nature libre et que leurs places dans la société ne seraient alors qu’un reflet de leur nature intime. C’est dans les gènes, en somme. Nous ne serions pas faits pareil quoi ! Notre résilience, notre prétendue imperméabilité aux agressions climatiques et chimiques, serait à l’origine de ce que l’on pourrait appeler l’idiosyncrasie gafsienne.

    J’incite donc les élus des régions sujettes à de tels désagréments à assimiler le fait que, les populations concernées, ne demandent ni privilège ni exception arbitraire. Elles demandent l’application rigoureuse du droit, de l’équité et de la responsabilité publique face à des contraintes objectives, mesurables et durables. Refuser d’adapter les politiques publiques à ces réalités revient à institutionnaliser une inégalité territoriale, à normaliser la précarité énergétique et à accepter que certaines vies soient plus exposées que d’autres aux risques climatiques, environnementaux et sanitaires. Le principe de solidarité nationale envers les territoires supportant une charge disproportionnée de pollution, de dégradation écologique et climatique au nom de l’intérêt général trouve ici tout son sens.

    Nos élus devraient donc appeler à une évolution normative, politique et juridique fondée sur la justice, la raison et la responsabilité.

    * Chirurgien à Gafsa.

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    Drogue à l’école | Faisons des victimes potentielles des acteurs de la prévention

    14. Februar 2026 um 08:08

    L’appel du président de la République, le mardi 11 février 2026, à une mobilisation nationale contre la drogue en milieu éducatif a relancé un débat que beaucoup de familles vivent déjà au quotidien. Derrière les chiffres et les discours officiels, il y a des familles fragilisées, des parents inquiets, du personnel éducatif de terrain souvent démuni et surtout des ados et des jeunes confrontés, parfois très tôt, à des réalités qui les dépassent.

    Tarek Kaouache *

    La présence de substances psychoactives à l’intérieur et aux abords des établissements éducatifs constitue une menace réelle pour nos enfants, nos ados et nos jeunes, pour leurs familles et pour la cohésion sociale dans son ensemble. Personne ne peut nier l’aggravation de la situation ces dernières années. Il faut d’ailleurs reconnaître que ce phénomène ne concerne plus uniquement les garçons : il touche également, et de plus en plus, les filles. Longtemps moins visibles, les conduites à risque féminines ont été sous-estimées ; leur progression révèle des mutations sociales profondes, où les modèles de consommation, les pressions et les vulnérabilités évoluent aussi pour les adolescentes.

    Face à ce défi, une question s’impose : la réponse peut-elle se limiter à davantage de contrôle et à quelques séquences ou affiches de sensibilisation ajoutées aux programmes ?

    Aller au-delà du tout sécuritaire

    Renforcer la sécurité autour des établissements est nécessaire. Démanteler les réseaux de trafic est indispensable. Mais l’expérience montre qu’aucune stratégie exclusivement sécuritaire ne suffit, surtout lorsqu’il s’agit d’ados et de jeunes.

    À cet âge, on cherche à s’affirmer, à tester les limites, à appartenir à un groupe. L’influence des pairs est déterminante. Un message venu «d’en haut», même pertinent, peut être accueilli avec distance, non par rejet systématique, mais parce que la jeunesse se construit aussi dans l’autonomie et la confrontation.

    Il devient donc essentiel de changer de regard : ne plus considérer les ados et les jeunes uniquement comme des publics à protéger, mais comme des partenaires capables d’agir.

    Responsabiliser plutôt que surveiller

    Confier à des élèves et étudiants un rôle actif dans la prévention — médiateurs pairs, ambassadeurs de santé, animateurs de clubs — n’est pas un simple affichage. C’est un choix éducatif fort.

    Il est important de le dire clairement : cette mission n’a rien à voir avec la délation. Il ne s’agit pas de transformer les ados et les jeunes en surveillants de leurs camarades, mais en relais de prévention, en soutiens attentifs capables d’écouter, d’alerter avec discernement et d’encourager un camarade en difficulté à se tourner vers un adulte de confiance.

    La confiance responsabilise. Lorsqu’un ado ou un jeune se voit confier une telle mission, il se sent reconnu. Il n’est plus seulement destinataire d’un message ; il en devient acteur. Cette reconnaissance renforce l’estime de soi et le sens des responsabilités.

    On banalise plus difficilement un comportement que l’on combat publiquement. En portant un message de prévention, l’ado ou le jeune l’intègre à son identité et devient plus attentif à ses propres choix. Cette cohérence intérieure constitue une protection bien plus durable que la seule crainte de la sanction.

    Ces engagements développent en outre des compétences essentielles : écouter, argumenter, résister à la pression du groupe, prendre la parole. La prévention devient alors un apprentissage concret de la citoyenneté.

    La force de la parole entre pairs

    Il ne faut pas sous-estimer l’impact d’une parole échangée entre ados et jeunes. Dans une cour d’établissement, dans un club ou sur un groupe de discussion, un témoignage sincère peut peser davantage qu’un discours institutionnel.

    Un conseil donné par un camarade est souvent perçu comme plus authentique qu’une injonction officielle. Il peut ouvrir un dialogue, dissiper une fausse idée, éviter une première expérimentation. Cette proximité crée une crédibilité que les campagnes classiques peinent parfois à atteindre.

    Partout où la prévention par les pairs a été structurée, les résultats ont montré que lorsque les ados et les jeunes participent à la conception et à l’animation des actions, ils ne se contentent pas de répéter un message : ils se l’approprient.

    Construire une stratégie participative

    Il ne s’agit pas d’opposer sécurité et participation. La protection des établissements et la lutte contre les réseaux doivent être conduites avec fermeté. Mais elles gagneraient en efficacité si elles s’accompagnaient d’une politique structurée de participation des ados et des jeunes :

    – former des médiateurs pairs au sein des établissements ;

    – encourager la création de clubs de prévention animés par des ados et des jeunes ;

    – associer les organisations de jeunesse à la conception des campagnes ;

    – ouvrir des espaces de parole réguliers, sans crainte de jugement.

    Impliquer les ados et les jeunes ne les expose pas ; cela les renforce et consolide le tissu éducatif.

    Accompagner et protéger sans infantiliser

    La lutte contre la drogue dans les établissements de l’enseignement est un enjeu majeur pour notre société. Mais protéger ne signifie pas infantiliser. La jeunesse tunisienne n’est ni naïve ni indifférente. Elle a besoin d’écoute, de repères clairs et de responsabilités assumées.

    Faire des ados et des jeunes des acteurs de la prévention, c’est parier sur leur intelligence et leur sens moral. C’est reconnaître qu’ils peuvent être une partie essentielle de la solution.

    Une réponse durable suppose de conjuguer fermeté, pédagogie et confiance. C’est en associant pleinement les ados et les jeunes à l’effort collectif que nous construirons une prévention crédible, vivante et réellement efficace.

    Texte rédigé avec le recours à l’IA.

    * Parent inquiet et engagé.

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    La famille comme dernier filet social

    13. Februar 2026 um 10:02

    Dans un monde traversé par des crises économiques récurrentes, des mutations profondes du travail et un affaiblissement progressif des systèmes publics de protection sociale, la famille s’impose de plus en plus comme le dernier filet social. Là où l’État peine à garantir la sécurité matérielle, l’accès à l’emploi et la protection contre la précarité, ce sont les solidarités familiales qui absorbent les chocs. Cette fonction, souvent idéalisée, repose pourtant sur des équilibres fragiles, des sacrifices invisibles et une redistribution informelle des charges sociales, dont les retraités constituent aujourd’hui l’un des piliers majeurs.

    Zouhaïr Ben Amor *

    Avant l’avènement de l’État-providence, la famille représentait la principale institution de protection contre les aléas de l’existence : maladie, vieillesse, chômage, orphelinat. Les travaux historiques de Laslett et Wall (1972) montrent que les sociétés préindustrielles reposaient largement sur des mécanismes d’entraide intergénérationnelle, structurés par la parenté et la proximité résidentielle.

    Même après l’émergence des systèmes publics de sécurité sociale au XXᵉ siècle, la famille n’a jamais disparu de ce paysage. Elle est restée un acteur complémentaire, intervenant là où les dispositifs institutionnels ne pouvaient répondre à la singularité des situations individuelles.

    Dans de nombreuses sociétés du Sud, cette complémentarité s’est transformée en substitution : la famille ne complète plus l’État, elle le remplace souvent (Antoine, 2000).

    Le retrait progressif de l’État social

    Depuis les années 1980, les politiques d’ajustement structurel, la libéralisation des économies et la réduction des dépenses publiques ont fragilisé les systèmes de protection sociale, y compris dans les pays qui en disposaient historiquement (Harvey, 2005). Le chômage de masse, l’extension du travail précaire et l’informalité ont réduit la capacité des individus à se projeter dans un avenir sécurisé.

    Dans ce contexte, la famille devient une zone tampon : elle absorbe le choc du chômage, soutient les parcours éducatifs prolongés, compense l’insuffisance des salaires et pallie l’accès inégal aux soins. Comme le souligne Robert Castel (1995), la désaffiliation sociale ne conduit pas immédiatement à l’exclusion tant que les liens familiaux tiennent.

    Les formes contemporaines de solidarité familiale

    Soutien matériel et financier : la solidarité financière intrafamiliale est aujourd’hui massive. Transferts d’argent, cohabitation prolongée, mutualisation des dépenses sont devenus des stratégies de survie. Bettio et Villa (1998) montrent que dans les contextes de chômage structurel, les familles redistribuent les ressources internes pour maintenir un minimum de stabilité sociale.

    Travail du soin non rémunéré : la prise en charge des enfants, des personnes âgées, des malades ou des personnes en situation de handicap repose largement sur la famille. Ce travail, majoritairement assuré par les femmes, constitue un pilier invisible de l’économie (Benería, 2003). Hochschild et Machung (1989) parlent à ce propos de «seconde journée de travail», souvent épuisante et socialement dévalorisée.

    Soutien moral et identitaire : au-delà de l’aspect matériel, la famille demeure un espace de reconnaissance, d’appartenance et de continuité symbolique. Dans des sociétés marquées par l’incertitude, elle offre un cadre de sens et une protection psychologique essentielle.

    Les retraités : nouveaux amortisseurs sociaux

    La pension comme revenu stable du foyer : dans de nombreux pays, et particulièrement en Tunisie, la pension de retraite représente l’un des rares revenus réguliers et prévisibles. Alors que les jeunes générations sont confrontées au chômage, à la précarité ou à l’informalité, ce revenu destiné à assurer la dignité de la vieillesse devient une ressource collective.

    Il n’est plus exceptionnel qu’un retraité assure, partiellement ou totalement, la subsistance de deux, voire trois membres de sa famille : enfants adultes sans emploi, jeunes diplômés en attente, petits-enfants scolarisés. La pension sert alors à couvrir les dépenses fondamentales : alimentation, loyers, soins médicaux, frais scolaires et transport.

    Guillemard (2010) souligne que cette situation marque une inversion du contrat intergénérationnel : ce ne sont plus les actifs qui soutiennent les retraités, mais les retraités qui soutiennent les actifs — ou les exclus du marché du travail.

    Une solidarité contrainte qui n’est ni contractualisée ni reconnue. Elle repose sur une obligation morale profonde : ne pas abandonner les siens. Pourtant, elle a un coût élevé : l’appauvrissement progressif des retraités, dont la pension est diluée ; les renoncements aux soins, par manque de moyens ; et la disparition du temps de repos, la retraite devenant une période de gestion permanente de la précarité familiale.

    Selon Castel (1995), cette situation illustre la transformation silencieuse de la protection sociale : l’État délègue implicitement aux familles — et en particulier aux personnes âgées — la responsabilité de la cohésion sociale.

    Les coûts invisibles de la solidarité familiale

    La solidarité familiale, si essentielle soit-elle, repose sur des charges humaines souvent invisibles : Inégalités de genre, les femmes assumant la majorité du travail domestique et de soin ; pressions normatives, qui limitent les choix individuels ; et épuisement psychologique, notamment chez les aidants familiaux âgés (Schulz & Sherwood, 2008).

    Cette solidarité, lorsqu’elle n’est pas soutenue par des politiques publiques, peut devenir un facteur de vulnérabilité supplémentaire.

    Urbanisation, mobilité géographique, recomposition des ménages, individualisation des trajectoires modifient profondément les formes de solidarité (Beck & Beck-Gernsheim, 1995). Si la famille reste un refuge, ses capacités d’absorption ne sont pas infinies. Plus la précarité se prolonge, plus les tensions internes augmentent.

    Famille et politiques sociales : une complémentarité nécessaire

    Comme le montre Esping-Andersen (1990), les sociétés qui reposent excessivement sur la famille tendent à reproduire les inégalités sociales et générationnelles. À l’inverse, les modèles où l’État investit dans les services publics (santé, éducation, garde, aide aux aidants) permettent de libérer la solidarité familiale de sa fonction de survie pour lui redonner une fonction de lien.

    Reconnaître le rôle des familles implique donc la valorisation du travail de soin, le soutien aux aidants familiaux, notamment retraités, et le renforcement des services publics de proximité.

    En guise de conclusion

    La famille demeure aujourd’hui le dernier filet social, celui qui empêche la chute brutale dans la misère lorsque les institutions publiques faiblissent. Mais cette fonction de protection ne s’est pas construite par hasard. Elle est l’héritage direct des sociétés agraires, où la terre constituait un capital transmissible, partagé et travaillé collectivement par plusieurs générations. Dans ce modèle, la solidarité familiale n’était pas seulement une valeur morale : elle était une nécessité économique. La survie dépendait de la coopération entre parents, enfants et aînés, et la continuité du patrimoine assurait une forme de sécurité intergénérationnelle.

    Or, à mesure que les sociétés s’éloignent de la terre et s’urbanisent, ce socle matériel de la solidarité s’effrite. La terre, support de transmission et d’ancrage, est remplacée par des revenus monétaires instables, des emplois précaires et des parcours professionnels discontinus. La famille continue alors d’assumer un rôle de protection, mais sans capital productif à redistribuer, uniquement à partir de revenus fixes et souvent modestes, comme les pensions de retraite.

    C’est dans ce contexte que les retraités deviennent les garants silencieux de la survie économique de plusieurs générations. Leur pension, conçue pour assurer une vieillesse digne, se transforme en revenu collectif, compensant le chômage, la précarité et l’insuffisance des politiques publiques. Cette solidarité, profondément ancrée dans la culture, est pourtant mise à rude épreuve : elle repose sur des épaules vieillissantes, sans renouvellement assuré.

    À long terme, une question fondamentale se pose : une solidarité familiale héritée de l’économie agraire peut-elle survivre durablement dans une société urbaine, individualisée et monétarisée ? Rien n’est moins sûr. Plus les liens à la terre se rompent, plus la mobilité fragmente les familles, plus les ressources se raréfient, plus cette solidarité risque de s’affaiblir, voire de se rompre.

    Penser une société juste aujourd’hui implique donc de ne pas sacraliser la famille comme substitut éternel à l’État, mais de reconnaître que ce modèle de solidarité a des racines historiques précises et des limites structurelles. Soutenir la famille, c’est aussi construire des politiques sociales capables de prendre le relais là où l’héritage agraire ne peut plus jouer son rôle. Une société digne est celle qui n’abandonne ni ses jeunes à l’attente sans fin, ni ses anciens à la charge de porter seuls le poids d’un monde qui a changé.

    * Universitaire.

    Références bibliographiques :

    Antoine P. (2000). Famille et solidarités en Méditerranée. Presses Universitaires.

    Beck U., Beck-Gernsheim E. (1995). The Normal Chaos of Love. Polity Press.

    Benería L. (2003). Gender, Development and Globalization. Routledge.

    Bettio F., Villa P. (1998). Foundations of Care. Social Policy Review.

    Castel R. (1995). Les métamorphoses de la question sociale. Fayard.

    Esping-Andersen G. (1990). The Three Worlds of Welfare Capitalism. Princeton.

    Guillemard A.-M. (2010). Vieillissement et protection sociale. PUF.

    Harvey D. (2005). A Brief History of Neoliberalism. Oxford.

    Hochschild A., Machung A. (1989). The Second Shift. Viking.

    Laslett P., Wall R. (1972). Household and Family in Past Time. Cambridge.

    Schulz R., Sherwood P. (2008). Family Caregiving. American Journal of Nursing.

    Sen A. (1999). Development as Freedom. Oxford University Press.

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    Cherif Ferjani | Place au débat plutôt qu’à l’anathème !

    12. Februar 2026 um 11:00

    L’auteur, universitaire et écrivain, nous a fait parvenir le texte ci-dessous, où il réagit à la participation de Sana Ben Achour, Hamadi Redissi et Mouldi Gassoumi au débat organisé par le Front de salut national (FSN), une coalition regroupant des islamistes et des personnalités issues d’autres obédiences, et modéré par Samir Dilou, ancien dirigeant du parti islamiste Ennahdha. Il réagit aussi à la polémique que cette participation a suscité dans certains milieux, notamment de gauche.  

    La situation est suffisamment difficile pour ne pas la compliquer davantage avec des condamnations qui relèvent de l’anathème. Même si on n’est pas d’accord avec la participation à un débat organisé par les islamistes et leurs alliés, on n’a pas le droit de traiter Sana Ben Achour, Hamadi Redissi et Mouldi Gassoumi, ou toute autre personne qui fait le même choix, comme des traîtres et de leur donner des leçons parce qu’ils ont jugé utile de participer à un tel débat.

    Il en est de même pour celles et ceux qui ont opté pour intégrer des coalitions, ou toute autre forme d’action commune, avec les islamistes et leurs alliés. Comme du temps de Ben Ali et du Collectif du 18 octobre 2005, je suis personnellement contre ce genre de normalisation avec les islamistes et les forces hostiles à la démocratie et aux droits humains quelle qu’en soit l’idéologie ; mais cela ne me donne pas le droit, aujourd’hui pas plus qu’hier, de jeter l’anathème sur celles et ceux qui font un autre choix.

    Les démocrates et les progressistes n’ont rien à gagner de ce genre d’acharnement les uns contre les autres. Place au débat plutôt qu’à l’anathème.

    Cherif Ferjani

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    Chronique d’un monde en perte d’humanité

    11. Februar 2026 um 09:26

    Lorsqu’on porte la réflexion sur notre époque, on ne peut que constater une recrudescence dans la perte des qualités essentielles qui définissent l’humanité. Il y a en effet un écroulement des stratégies d’inhibition des pulsions par l’éducation et l’humanisme. Et quand le masque tombe, on découvre que l’homme est un loup pour l’homme, pour emprunter la célèbre phrase de Thomas Hobbes, mais avec une technologie de destruction massive.

    Ridha Ben Slama *

    La «perte de l’humain», à travers les guerres, les catastrophes et les manipulations diverses répandues, a mené à une rupture avec la normalité et à une remise en question de la nature humaine.

    Le génocide de Gaza, les conflits armés au Soudan, au Yémen, en Ukraine, en Birmanie (Myanmar)… témoignent de l’horreur et de la déshumanisation qui marquent la mémoire collective. Le «mal du siècle» est souvent lié aux intérêts financiers, à l’armement de plus en plus sophistiqué et dévastateur ; il reflète aussi une aversion de la vie, une forme de perte d’essence humaine face au monde dit «moderne»

    Même la technologie, censée être un élément de progrès, risque de devenir un facteur potentiel de «perte de l’humain» en raison de l’utilisation excessive des smartphones, des réseaux sociaux et des jeux en ligne qui entrainent une dépendance, altèrent la communication naturelle et affectent les relations interpersonnelles.

    Technologie et perte de l’humain

    L’impact de l’intelligence artificielle (IA) sur le chômage, à titre d’exemple, est une réalité en pleine accélération. Les données récentes confirment des vagues de licenciements ciblées et une transformation structurelle profonde du marché du travail.

    La progression de l’automatisation et de l’IA soulève des questions sur la place de l’humain dans le marché du travail et la société, et sur la nécessité de trouver un équilibre pour que ces outils aident l’humain sans le remplacer. Aucun progrès technologique (IA, biotechnologies) ne devrait être imposé sans un débat démocratique sur son utilité sociale et son impact humain, ce n’est pas une fatalité subie. L’abus démesuré et dévié de technologie risque aussi de saturer la cognition par un excès d’informations comme par la désinformation, impactant potentiellement l’attention, le raisonnement et la mémorisation.

    La société dite «moderne» façonne de plus en plus nos comportements à travers des normes et ses attentes, mais elle contribue aussi à la «perte de l’humain» lorsque les structures sociales s’opposent à la nature et créent des tensions entre les exigences sociales et l’essence naturelle de l’être humain. Dans un monde complexe, l’indifférence envahissante face aux enjeux éthiques et politiques entraine à une chute de l’humain vers la bestialité. 

    Erosion du droit et impunité

    Le constat de l’érosion du droit international et de l’impunité croissante des dirigeants reflète la crise profonde de l’ordre mondial actuel, souvent décrite comme une amplification dans le recours à la «loi du plus fort».

    Les mécanismes de justice internationale, bien qu’essentiels, font face à une hostilité accrue de la part des États dominants et de leurs apparentés. Les leçons du passé sont oubliées. Le droit international est fréquemment bafoué lors de conflits armés, entrainant des bilans humains tragiques. La crise de la Cour Pénale Internationale (CPI) en est une illustration. Bien que la CPI ait franchi des étapes historiques en émettant des mandats d’arrêt contre des dirigeants en exercice (comme Benjamin Netanyahou en 2024), son efficacité dépend largement de la coopération des États. Elle est souvent critiquée pour une application perçue comme «à géométrie variable», ménageant parfois les puissances.

    Finalement, on peut dire sans exagérer que «les masques sont tombés» au cours des premières décennies de ce siècle. Cette expression résonne aujourd’hui avec une amertume particulière. Elle marque la fin des faux-semblants diplomatiques et l’entrée dans une ère de réalisme brutal et infernal. Quand les institutions internationales sont paralysées et que les discours sur les «droits de l’homme» ne correspondent plus aux actions sur le terrain, on assiste à plusieurs ruptures majeures. La fin de l’hypocrisie civilisationnelle s’impose désormais à notre esprit.

    Double standard et indignation sélective

    Après la seconde guerre mondiale, l’ordre international s’était appuyé, approximativement, sur un langage universel de paix et de droit. Aujourd’hui, le masque des «droits de l’Homme» ou de la «défense de la démocratie» tombe pour révéler le double standard, l’indignation sélective selon l’identité des victimes ou des agresseurs. Le pur rapport de force commande à travers la reconnaissance que, pour certaines puissances, le droit n’est qu’un outil rhétorique qu’on utilise contre ses ennemis et qu’on ignore pour soi-même.

    Ce véritable retour à l’état de nature révèle une forme de déshumanisation décomplexée. Les dirigeants ne cherchent même plus à nier les crimes ou à s’excuser, ils les justifient par la «nécessité sécuritaire» ou la «survie nationale». L’impunité devient une stratégie de communication : montrer qu’on peut enfreindre la loi internationale sans conséquences est une démonstration de puissance. La contamination a touché les systèmes politiques nationaux avec le brutal envahissement du populisme, des autoritarismes, des dictatures…

    On a longtemps cru que le commerce mondial et les traités techniques suffiraient à «civiliser» les rapports entre États. Le voile de la raison économique s’est défait face au retour des idéologies radicales, de la vengeance et du mépris de la vie humaine. Cette situation crée un sentiment de vertige, celui de vivre dans un monde où les garde-fous n’étaient pas plus que du papier. La question qui se pose alors est de savoir ce qui reste. Est-ce le chaos total, ou la possibilité de reconstruire quelque chose de vrai, d’humain, débarrassé des truquages ?

    Pour sortir de la logique du «gain par tous les moyens» et restaurer une dignité humaine bafouée, il ne suffit plus d’ajuster le système international, il faut en réviser les axiomes fondamentaux. Cette refondation repose sur trois piliers : la primauté du vivant sur le profit, une démocratie reconstituée et une éthique de la responsabilité globale. Il s’agit d’une révision systémique basée sur des principes humanistes en inversant la hiérarchie des normes : le vivant avant le chiffre. 

    Le monde actuel est régi en principe par le «droit commercial» et surtout par la finance. Nous sommes passés d’une économie de production à une économie de marchés financiers, où la valeur d’une entreprise dépend souvent plus de ses algorithmes et de sa capitalisation boursière que de sa main-d’œuvre réelle. Une révision humaniste placerait la dignité humaine et la préservation de la biosphère au-dessus de la liberté débridée dans les échanges commerciaux au profit de plus puissants.

    Il est vital de réhabiliter le concept d’économie sociale et solidaire à l’échelle globale. Le succès d’un État ou d’une entreprise ne devrait plus être mesuré par le PIB ou le bénéfice, mais par des indicateurs de bien-être, de santé mentale et d’empreinte écologique. Il conviendrait de déclarer l’eau, l’air, la santé et l’éducation comme «biens communs de l’humanité», les rendant inaccessibles à la spéculation et au profit privé.

    La démocratie représentative actuelle est en pleine crise, car elle est souvent captée par des lobbies économiques et par une manipulation corruptive des élections vidées de leurs principes. La remettre à niveau nécessite un droit de regard sur la nature du progrès, Concernant les dirigeants, il est impératif de créer une réelle responsabilité pénale et politique pour ceux d’entre eux dont les choix bafouent délibérément les droits fondamentaux ou l’avenir des générations futures.

    Pour que les masques ne tombent pas sur un vide juridique, le droit international doit évoluer en réformant le Conseil de Sécurité de l’Onu, en supprimant le droit de veto en cas de crimes de guerre ou de crimes contre l’humanité. Aucun État ne devrait être juge et partie. Aussi, faudrait-il renforcer la compétence universelle des tribunaux pour que les crimes financiers et environnementaux majeurs (écocides) soient poursuivis avec la même rigueur que les génocides et les crimes de guerre.

    L’éducation des jeunes générations doit servir comme «Éveil à l’Altérité», une remise à niveau qui doit être culturelle avant d’être législative. Le système éducatif actuel forme des «producteurs», hypothétiquement performants. Une réforme appropriée éduquerait des «citoyens» capables de pensée critique, d’empathie et de coopération. La philosophie et l’éthique seraient enseignées dès le plus jeune âge comme des outils de navigation essentiels, pour que la science sans conscience ne soit plus la norme.

    Dans un monde lancé à toute vitesse vers l’inconnu, la sagesse consiste à savoir faire escale. Marquer un temps d’arrêt. Le gain par tous les moyens a créé un monde riche en objets mais pauvre en sens. Une approche réfléchie et apaisée propose de choisir la tempérance et le respect non comme des contraintes, mais comme les conditions de notre survie.

    Pour une économie de la mesure

    Pourquoi ne pas établir une Charte des Principes pour une Gouvernance Humaniste et Durable à travers la primauté de la Dignité sur la Rentabilité ? Aucune décision économique ou politique ne peut être justifiée si elle entraine la déshumanisation d’un individu ou d’un groupe (esclavage moderne, conditions de travail dégradantes, sacrifice de populations au nom de la croissance). L’accès aux besoins fondamentaux (eau, nourriture, logement, santé) est un droit inaliénable qui doit être garanti hors des lois du marché. Le PIB serait remplacé par des indicateurs mesurant le niveau de santé mentale, l’accès à la culture, la qualité du lien social et la régénération de la biodiversité comme Indicateurs de Progrès Humain.

    Il s’agit, par ailleurs, de concevoir une Démocratie de la Conscience et de la Transparence, pour tout grand projet technologique ou industriel, une «Convention Citoyenne» disposant d’un droit de blocage ou de refus si l’impact humain ou environnemental est jugé irréversible. Tout outil d’intelligence artificielle ou algorithme influençant l’opinion publique ou les choix de vie devrait être auditable, neutre et soumis au contrôle éthique citoyen.

    Il est primordial de réfléchir ensemble à l’établissement d’une économie de la mesure et de la transmission, plafonnant l’accumulation, par la mise en place d’un écart maximal de revenus au sein d’une même organisation afin de restaurer le sentiment de destin commun. La spéculation financière à haute fréquence serait remplacée par un soutien massif aux investissements de «transmission» (éducation, infrastructures durables, recherche fondamentale non-orientée). Le droit international doit s’appliquer de manière universelle. Aucun État, quelle que soit sa puissance militaire ou financière, ne peut s’extraire des traités de protection des droits humains.

    La création d’une instance juridique en tant que tribunal de l’Écocide et des Crimes Économiques pouvant juger les entités (États ou multinationales) dont les activités détruisent les conditions de vie sur terre, ainsi que le bannissement strict de toute technologie de guerre capable de donner la mort.

    La mise en œuvre de cet éventail d’options permettrait d’opérer le passage de la conception à la pratique, ce qui nécessite une «bascule de la légitimité». Cela signifie que les citoyens devront cesser de reconnaitre comme légitimes les entités qui violent ces normes.

    Souvent, ce que les cyniques qualifient d’ingénuité ou de candeur est en réalité de la lucidité : choisir de croire en une possibilité meilleure, c’est refuser de laisser les chiffres et la fatalité dicter l’horizon. C’est un acte de résistance.

    * Ecrivain.

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