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RĂ©former la BCT | Jusqu’oĂč peut aller Kais SaĂŻed ?

28. MĂ€rz 2025 um 09:18

Le systĂšme bancaire, sous la houlette de Banque centrale de Tunisie (BCT), n’inspire plus la confiance des Tunisiens. Le prĂ©sident Kais SaĂŻed multiplie les injonctions et les critiques Ă  l’égard du systĂšme bancaire dans son ensemble. Il exige des rĂ©formes et ajustements structurels, le plus tĂŽt possible. Mais, jusqu’oĂč peut-il aller et quels sont les risques liĂ©s Ă  une rĂ©forme prĂ©cipitĂ©e et peu concertĂ©e ?

Moktar Lamari *

Faut-il le rappeler, la tension est Ă  son comble entre d’un cĂŽtĂ©, le pouvoir monĂ©taire et son «cartel» de banques, et d’un autre cĂŽtĂ©, le pouvoir exĂ©cutif appuyĂ© par une opinion publique qui a perdu sa confiance envers les politiques monĂ©taires et le systĂšme bancaire.

Et depuis une semaine, le duel passe Ă  la vitesse supĂ©rieure. Un duel devenant parfois Ă©motionnel et souvent erratique. La nouvelle cheffe du gouvernement (nommĂ©e depuis quelques  jours) veut accĂ©lĂ©rer le processus de la rĂ©forme de la banque centrale et du systĂšme bancaire, en impliquant uniquement les parties prenantes gouvernementales. Sans publier davantage de documents et d’études Ă©tayant les faits et les enjeux par des analyses scientifiques portant sur les dĂ©rives du systĂšme bancaire et de la Banque centrale surtout depuis la rĂ©vision de sa loi organique en 2016.

Une opacité totale

Mercredi, la Banque centrale de Tunisie (BCT) baisse trĂšs lĂ©gĂšrement son taux directeur, mais avec beaucoup de rĂ©ticence et surtout une opacitĂ© totale sur les dĂ©libĂ©rations. On ne sait rien sur l’ordre du jour, sur les dĂ©libĂ©rations, les votes et encore moins sur les avis de ces Ă©lites prĂ©sentes au conseil d’administration et qui opĂšrent derriĂšre des portes closes, et parfois Ă  la merci des lobbyistes et de groupes d’intĂ©rĂȘts connus.

Aucune Ă©tude empirique n’est communiquĂ©e, et le gouverneur de la BCT n’est mĂȘme pas en mesure de sortir dans les mĂ©dias pour faire expliquer sa vision et articuler une logique rationnelle pour la rĂ©forme de son institution.

C’est un dĂ©ficit de leadership qui n’arrange rien Ă  la rĂ©putation et au branding de l’institut d’émission. Une institution pourtant historiquement respectĂ©e, par son histoire, ses leaders d’antan et ses positions avant-gardistes depuis sa crĂ©ation en 1958.

En cause, des taux d’intĂ©rĂȘt usuraires, un blocage de l’investissement, une institution infectĂ©e par la corruption, le blanchiment d’argent, fuite de capitaux et Ă©vasion fiscale. Un code de change qui aggrave les choses et qui incarne tous les vices cachĂ©s du monĂ©tarisme en vigueur. En cause aussi la smala qui gĂšre le systĂšme bancaire, agissant «hors la loi» et bloquant franco l’entrĂ©e de nouveaux acteurs, investisseurs et joueurs dans les marchĂ©s financier et Ă©conomique en Tunisie.

Durant les derniers mois et semaines, le président Kais Saïed a «sermonné» publiquement et à plusieurs reprises le gouverneur de la BCT, appelant les banques à «respecter la loi» et à «réformer la politique monétaire». Peine perdue.

Le prĂ©sident a visitĂ© le siĂšge de la BCT et des banques connues avec des dossiers sous les bras pour illustrer l’ampleur de la corruption et malversations au sein de certaines institutions monĂ©taires et financiĂšres.

Citoyens et Ă©lites sont laissĂ©s dans le flou total. C’est quoi le problĂšme? Pourquoi le systĂšme bancaire fait-il la sourde oreille aux injonctions du chef de l’exĂ©cutif? Es-ce un une sorte d’Etat dans l’Etat?

Des questions complexes qui taraudent les esprits des acteurs économiques et des citoyens avertis des enjeux financiers et monétaires en Tunisie.

La Loi de 2016 est anachronique et obsolĂšte

La Loi 2016 sur la BCT est devenue «anachronique», en faisant maladroitement dĂ©crocher l’institut d’émission des instances de gouvernance de la Tunisie, et en la mettant de facto aux ordres du FMI et autres influences inspirĂ©es par les accords de Bretton Woods (1944).

Une grave erreur, une telle loi a mal compris le concept de l’indĂ©pendance des banques centrales. Les Ă©conomistes liĂ©s au parti intĂ©griste de Rached Ghanouchi n’ont rien compris aux thĂ©ories et principes rĂ©gissant l’indĂ©pendance des politiques monĂ©taires.

La loi de 2016 sur la BCT a Ă©tĂ© conçue par un parlement tunisien, dominĂ© par les FrĂšres musulmans. Une Loi qui rĂ©pond aux diktats et conditionnalitĂ©s imposĂ©s par le FMI, au prĂ©texte de l’«indĂ©pendance de la BCT».

Le parlement a Ă  l’évidence voulu lĂ©gitimer son pouvoir en obĂ©issant aux impĂ©ratifs de l’orthodoxie monĂ©tariste, de plus en plus contestĂ©e en Europe et mĂȘme aux Etats-Unis, depuis le premier mandat de Trump.

Les islamistes ont volontairement centrĂ© le mandat de la BCT sur la lutte Ă  l’inflation, et donc sur l’utilisation des leviers liĂ©s aux taux d’intĂ©rĂȘt composĂ©, pourtant interdit par l’islam (al-riba). Ils ont aussi et sciemment occultĂ© le rĂŽle stratĂ©gique de la politique monĂ©taire en matiĂšre de relance Ă©conomique du PIB et de l’emploi.

Sous leur gouverne, la BCT et le systĂšme bancaire ont Ă©tĂ© mis sur des listes noires pour blanchiment de l’argent sale et des transferts de devises visant Ă  financer le terrorisme et l’enrichissement illicite d’élites politiques proches du pouvoir. En mĂȘme temps, le dinar a perdu plus de 60% de sa valeur d’échange avec les devises fortes.

Sans aucun doute, la Loi de 2016 sur la Banque centrale doit rapidement ĂȘtre repensĂ©e et rĂ©Ă©crite. Tout en favorisant l’indĂ©pendance de l’institution des pouvoirs politiques, le nouveau texte de loi doit tenir compte de la responsabilitĂ© de la politique monĂ©taire, non seulement dans la lutte contre l’inflation, mais aussi dans la promotion de la croissance et la crĂ©ation de l’emploi.

Taux d’intĂ©rĂȘt manipulĂ©s par les lobbyistes

Certes l’inflation a frĂŽlĂ© les 10% depuis 2019, annĂ©e de la Covid-19. Une inflation principalement importĂ©e et amplifiĂ©e par la rupture des chaĂźnes d’approvisionnement au niveau international, suite aux confinements et ruptures de stocks.

Depuis l’adoption de la loi de 2016, la BCT a exagĂ©rĂ©ment sur-calibrĂ© les taux d’intĂ©rĂȘt directeurs, permettant Ă  la trentaine de banques d’engranger des centaines de millions de dinars de profit net, sans encourir aucun risque. Alors que l’économie est Ă  genoux et les taux de croissance sont nuls et parfois nĂ©gatifs.

La trentaine de banques organisées en cartel, au grand jour, font payer à leurs PDG des salaires mirobolants pouvant atteindre presque 2 millions de dinars par an (salaires, actions et bonus).

Il faut dire que ces banques profitent aussi de leur engagement pour financer les déficits budgétaires à des taux qui dépassent 2 à 3 fois les taux pratiqués par le FMI, ou les autres organisations internationales. Elles sont appuyées pour ce faire par la planche à billet de la BCT.

La situation actuelle et les textes en vigueur pour gĂ©rer la BCT et la politique monĂ©taire sont devenus contreproductifs, incapables de maĂźtriser totalement l’inflation et gĂ©nĂ©rateurs de rĂ©cession, de chĂŽmage et de stagflation. La part de l’investissement dans le PIB a chutĂ© de 28% en 2010, Ă  moins de 6% en 2020-2022.

En plus des textes lĂ©gislatifs Ă  repenser, la Tunisie de Kais SaĂŻed doit inflĂ©chir les objectifs et les instruments de la politique monĂ©taire et les mettre au service de l’économie.

Des banques qui n’inspirent plus confiance

L’opinion publique tunisienne est remontĂ©e contre le systĂšme bancaire. Les citoyens ont compris les manigances et les enjeux de pouvoir financier qu’exercent les banques sur l’économie, pour s’enrichir et vampiriser aussi bien les Ă©pargnants que les investisseurs.

Plusieurs banques de dĂ©veloppement ont Ă©tĂ© dĂ©plumĂ©es ou bradĂ©es au profit d’intĂ©rĂȘt privĂ©s avant d’ĂȘtre absorbĂ©es par d’autres banques, souvent Ă©trangĂšres. On se rappelle de la Banque du Sud, et d’autres sociĂ©tĂ©s Ă  capital de risque aussi absorbĂ©es au grand mĂ©pris des rĂšgles de la concurrence et de la transparence. Les actionnaires ont Ă©tĂ© saignĂ©es Ă  blanc. Nos parents ont du temps de Bourguiba cotisĂ© par des retenus sur salaire Ă  la constitution de nombreuses banques de dĂ©veloppement liquidĂ©es depuis, par la privatisation et la corruption de l’ùre de Ben Ali.

On se rappelle aussi des cartons de liasses en devises acheminĂ©es mensuellement au dictateur Ben Ali et les membres de sa famille directe, avec Ă©videmment la complicitĂ© des autoritĂ©s supĂ©rieures de la BCT, gouverneur et membres de son conseil d’administration de l’époque.

Ces derniĂšres annĂ©es, les frais bancaires ont atteint des niveaux mirobolants. En plus, les banques limitent les montants des retraits, pour dĂ©multiplier les frais, introduisant toujours plus d’agios et de prĂ©lĂšvement pour la gestion des comptes. On dĂ©livre les cartes de crĂ©dits au compte-goutte et on limite l’ouverture de comptes bancaires aux personnes rĂ©cipiendaires de salaires rĂ©guliers.

Les sondages d’opinion confirment cette perte de confiance collective envers le systĂšme bancaire tunisien. Les bases de donnĂ©es du World value Survey (WVS) dĂ©montrent l’ampleur de l’in-confiance affichĂ©e par les Tunisiens et les Tunisiennes envers leurs banques et envers les institutions monĂ©taires internationales (FMI, Banque mondiale).

Le sondage WVS mené en 2022 montre que 75% des Tunisiens et Tunisiennes ne font pas confiance à leurs banques. Ce taux se repartit entre 27,3% de répondants qui ne font aucune confiance aux banques tunisiennes, et 47,5% déclarent ne pas faire assez confiance.

La dĂ©chĂ©ance de la confiance est rĂ©elle. Le mĂȘme sondage menĂ© en 2013 par cet organisme universitaire reconnu montre que seulement 54% des rĂ©pondants ne font pas assez ou pas du tout confiance Ă  leur systĂšme bancaire.

Risques et périls

Au sujet de l’imperfection de la gouvernance de la BCT et des comportements cartĂ©listes des banques, l’unanimitĂ© est acquise. Le prĂ©sident SaĂŻed bĂ©nĂ©ficie d’un appui total de l’opinion publique nationale. Mais, dans la prĂ©cipitation, il faut rĂ©former les comportements, sans dĂ©former les fondamentaux Ă©conomiques rĂ©gissant le rĂŽle et la valeur ajoutĂ©e du systĂšme bancaire, agent majeur de la macroĂ©conomie.

Les banques privĂ©es ou publiques ont leurs actionnaires, leurs Ă©pargnants et leurs clients. Il ne faut pas que les rĂ©formes pĂ©nalisent ces personnes (morales ou physiques). Les thĂ©ories Ă©conomiques basĂ©es sur la croissance Ă©conomique stipulent une relation nĂ©gative entre des taux d’intĂ©rĂȘt trĂšs Ă©levĂ©s d’un cĂŽtĂ© et un engagement collectif pour investir et crĂ©er la richesse par la stimulation de l’investissement.

Repenser et réécrire la Loi de 2016 sur la BCT doit impliquer plus que les membres du gouvernement et des cercles de conseillers du président ou du ministÚre des Finances.

Les universitaires doivent se prononcer explicitement et doivent sortir d’une approche girouette, fondĂ©e sur les portes tournantes, passant d’un parti Ă  un autre, d’une approche Ă  une autre, comme si de rien n’était.

Les universitaires doivent dĂ©montrer les Ă©cueils Ă  Ă©viter dans ce genre de rĂ©formes complexes et pour Ă©laborer une nouvelle loi qui fait l’unanimitĂ©, sans prendre le risque d’une autre refonte aprĂšs quelques annĂ©es, et Ă  la fin de mandat de l’actuel prĂ©sident.

Trois principes directeurs

Les institutions internationales sont aux aguets, et il ne faut pas politiser les enjeux pour décrédibiliser la Tunisie, ses élites et son systÚme bancaire. Trois principaux principes sont à faire valoir.

Un : l’indĂ©pendance doit ĂȘtre totale, et elle se doit de se doubler d’une distance officielle et franche face aux institutions de Bretton Woods, et leurs pseudos valeurs anti-État, antisocial et manipulations des taux de changes et autres conditionnalitĂ©s dites «rationnelles».

Deux : intĂ©gritĂ© des responsables agissant au sein et dans la pĂ©riphĂ©rie de la BCT et des banques qui vampirisent l’économie et qui multiplient les frais et les «rĂ©pressions financiĂšres» contre les investisseurs et les Ă©pargnants. Ces banques doivent respecter leurs clients et agir de façon Ă  insuffler la croissance Ă©conomique, l’investissement, l’emploi.

Trois : transparence et souverainetĂ© nationale sur les politiques monĂ©taires et toutes ces ententes entourant une dette toxique, qui ruine le pouvoir d’achat et obscurcit l’avenir des nouvelles gĂ©nĂ©rations. L’opinion publique mĂ©rite le respect, notamment pour savoir les curriculum-vitae des membres du Conseil d’administration de la BCT et leurs votes pour ou contre les graves dĂ©cisions liĂ©es au taux d’intĂ©rĂȘt, aux taux de change, et Ă  toutes dĂ©pendances liĂ©es aux va-et-vient au FMI, pour reprĂ©senter la BCT et la Tunisie dans son ensemble.

Ce n’est pas simple, et il faudra associer toutes les parties prenantes dans ce processus fort dĂ©licat, qui demande autant de mobilisation que d’adhĂ©sion. La consultation et l’utilisation des donnĂ©es probantes doivent guider la rĂ©forme du systĂšme bancaire et comprendre les dĂ©terminants de l’efficience des politiques monĂ©taires en Tunisie.

D’ici trois semaines auront lieu les Spring meeting du FMI Ă  Washington, faut-il que la Tunisie s’y rende, pour quelle finalitĂ© et avec quelle dĂ©lĂ©gation? Sachant que notre pays a officiellement rĂ©itĂ©rĂ© plusieurs fois des fins de non recevoir aux diktats au FMI


* Economiste universitaire.

Blog de l’auteur : Economics for Tunisia, E4T.

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Ce dossier que l’administration Trump s’honorerait de rĂ©ouvrir

26. MĂ€rz 2025 um 13:00
Ce dossier que l’administration Trump s’honorerait de rĂ©ouvrir | Univers News

Tawfik BOURGOU

‱ Rubio a su trouver les mots pour pointer la menace majeure contre la Nation tunisienne, à savoir le viol de ses frontiùres par des mafias et des immigrations massives

‱ Les erreurs des administrations dĂ©mocrates, celles de Monsieur Obama, ont contribuĂ© Ă  dĂ©molir la Tunisie et Ă  effondrer toues les standards de vie des Tunisiens

‱ Le parti Ennahdha ainsi que ses amis du CPR, dont le « Provisoire », avaient permis l’humiliante invasion de l’ambassade amĂ©ricaine Ă  Tunis

‱ Est-il nĂ©cessaire de rappeler que parmi les « promus » Ă  la tĂȘte du pays offert par les dĂ©mocrates aux islamistes, figuraient certains compagnons de Ben Laden ?

‱ Les « printemps arabes » ont amenĂ© les USA Ă  abandonner leurs amitiĂ©s traditionnelles et Ă  se mettre Ă  la remorque de ceux qui les ont combattus les armes Ă  la main

‱ La Tunisie est l’objet de convoitises de son voisinage qui ne rĂȘve que de vassaliser le pays
 quand ce n’est pas l’Iran qui Ă©tend ses tentacules chaque jour un peu plus

TUNIS – UNIVERSNEWS –  Comme beaucoup, nous avons Ă©tĂ© trĂšs agrĂ©ablement surpris par les vƓux du SecrĂ©taire d’Etat Rubio Ă  l’adresse de la Tunisie et des Tunisiens Ă  l’occasion du soixanteneuviĂšme anniversaire de l’indĂ©pendance de la Nation Tunisienne.

Il faut remonter Ă  l’administration Reagan pour trouver autant de respect et retrouver le rĂ©alisme typique de la diplomatie amĂ©ricaine dans l’indentification des vrais problĂšmes.

Nous n’avons pas l’habitude de remercier, notre rĂŽle est de critiquer et de pointer les manquements. Mais pour une fois nous le faisons. Ces derniĂšres annĂ©es, depuis 2011, nous avons Ă©tĂ© trĂšs critiques vis-Ă -vis des Etats-Unis, mais le dernier message sonne agrĂ©ablement Ă  nos oreilles.

Il semble certain que le nouveau SecrĂ©taire d’Etat, Monsieur Rubio, a su trouver les mots et l’expression pour pointer ce qui constitue la menace majeure contre la Nation tunisienne, Ă  savoir le viol de ses frontiĂšres par des mafias et des immigrations massives poussĂ©es par les pays du voisinage.

Le nouvel ambassadeur nominé aura beaucoup à faire, pour faire oublier les
maladresses de son prédécesseur, comme celle de considérer les envahisseurs subsahariens « comme les vrais habitants de la Tunisie ».

Monsieur Rubio quant Ă  lui, saura rattraper la condescendance de Monsieur Blinken Ă  l’égard de la Tunisie allant jusqu’à prĂ©dire son effondrement. Il peut ne pas apprĂ©cier un rĂ©gime politique, c’était son droit, mais annoncer l’effondrement d’un pays au point de l’insĂ©curiser est simplement une honte. Car l’effondrement d’un pays c’est l’effondrement des conditions de vie d’une population qui n’est en rien responsable.

En revanche les erreurs des administrations dĂ©mocrates, celles de Monsieur Obama, ont contribuĂ© Ă  dĂ©molir la Tunisie et Ă  effondrer tous les standards de vie des Tunisiens Ă  commencer par la sĂ©curitĂ© et la sĂ©curitĂ© aux frontiĂšres. C’est certainement ce point que devrait explorer la nouvelle administration amĂ©ricaine.

Ce dossier que l’administration Trump s’honorerait de rĂ©ouvrir | Univers News

 

Pour notre part, nous accordons le bĂ©nĂ©fice des bonnes intentions au SecrĂ©taire d’Etat, notamment en ce qui concerne le seul sujet qui nous intĂ©resse dans les relations avec les Etats-Unis, Ă  savoir la Tunisie et les problĂšmes frontaliers qui lui sont imposĂ©s par des Etats voyous, limitrophes ou plus lointains.

Nous pensons que les États-Unis, comme la Tunisie, sont confrontĂ©s Ă  un
mouvement de populations qui part des profondeurs de l’espace subsaharien et atteint le Rio Grande et remonte jusqu’à la ville de New York. C’est la mĂȘme dynamique qui frappe la Tunisie, qui va des profondeurs de l’ellipse de toutes les crises subsahariennes et qui a pour objectif d’installer des populations, de trafics de drogue, des rĂ©seaux prostitution, un terrorisme et un trafic d’armes vers la Tunisie pour l’effondrer et en faire une zone grise, qui tĂŽt ou tard finira par constituer une menace pour la sĂ©curitĂ© des Etats-Unis.

Nous lui sommes tout fait reconnaissants d’avoir enfin dit officiellement ce que nous dĂ©noncions depuis des annĂ©es.

Les Etats-Unis, via leur secrĂ©taire d’Etat soulignent le souci quant Ă  la question des frontiĂšres. C’est une excellente nouvelle. 

Nous serions ravis, si la nouvelle administration pouvait aller plus loin, en mettant en place une commission d’enquĂȘte digne de ce que fut l’histoire politique amĂ©ricaine (que nous connaissons trĂšs bien), pour lever le voile sur ce qui a Ă©tĂ© le point de bascule qui a valu pour la Tunisie, d’ĂȘtre la cible d’une destruction de tout son systĂšme frontalier. Nous ciblons ici le processus dit des « printemps arabes » dans lequel se sont enrĂŽlĂ©es les administrations dĂ©mocrates (et quelques rĂ©publicains), processus qui a Ă©tĂ© Ă  la source de la destruction du pays, et de la dĂ©molition des relations entre les Etats-Unis et une grande partie de l’élite tunisienne.

Le SecrĂ©taire d’Etat Rubio et l’Administration amĂ©ricaine, n’ignorent pas que ce processus fut l’occasion d’une dilapidation de l’argent du contribuable amĂ©ricain octroyĂ© Ă  des organisations, des ONG qui pour la plupart Ă©taient « peuplĂ©es » par les ennemis mĂȘmes des Etats-Unis.

Est-il nĂ©cessaire de rappeler que parmi les « promus » Ă  la tĂȘte du pays offert par les dĂ©mocrates aux islamistes, figuraient certains compagnons de Ben Laden, que parmi eux, certains avaient applaudi et se sont rĂ©jouis ouvertement de l’attaque contre New York et Washington et ont fĂȘtĂ© ostensiblement la mort de milliers d’amĂ©ricains en ce 11 septembre 2001 ? Un simple retour vers les archives de l’époque suffirait.

Les nouveaux « amis », aussitÎt installés avaient immédiatement entrepris
d’humilier les Etats-Unis. C’est ainsi que le parti Ennahdha au pouvoir, en Tunisie, ainsi que ses amis du CPR, dont le « Provisoire », avaient permis l’humiliante invasion de l’ambassade amĂ©ricaine Ă  Tunis, l’abaissement de la banniĂšre Ă©toilĂ©e et son remplacement par le drapeau de DAECH en haut du mĂąt surplombant le bĂątiment central de l’Ambassade amĂ©ricaine de Tunis. Certains semblent avoir oubliĂ©. Nous n’avons pas oubliĂ© ce moment de l’histoire.

Ces mĂȘmes « printemps » financĂ©s par des fonds publics amĂ©ricains, en dĂ©pit du bon sens, contre les intĂ©rĂȘts stratĂ©giques des Etats-Unis, ont permis que soit lynchĂ© le propre reprĂ©sentant des Etats-Unis Ă  Ben Ghazi mĂȘme. Les images circulent toujours sur les rĂ©seaux. Certains s’en rĂ©jouissent toujours.

Ce dossier que l’administration Trump s’honorerait de rĂ©ouvrir | Univers News

 

Ces printemps ont amené les Etats-Unis à abandonner leurs amitiés traditionnelles et à se mettre à la remorque de ceux qui les ont combattus les armes à la main, ouvertement et partout.

C’est Ă  ceux-lĂ  que furent offerts des pays entiers, dont la Tunisie. Pays qu’ils vont dĂ©molir mĂ©thodiquement parfois avec la bĂ©nĂ©diction d’officiels amĂ©ricains et de certains Think Tank. C’est ce processus qui va dĂ©molir les relations entre les Etats-Unis et les populations.

Toute cette destruction est partie de la rĂ©union de Paris en fĂ©vrier 2011, sous la fĂ©rule de Madame Clinton oĂč l’on a adoubĂ© les ennemis du moment, les islamistes, pour remplacer les amis de longue date.

Ce tragique Ă©pisode a fait de la Tunisie l’objet de convoitises de son voisinage qui ne rĂȘve que de vassaliser le pays, quand ce n’est pas l’Iran qui Ă©tend ses tentacules chaque jour un peu plus ou alors les rĂ©seaux de l’immigration massive et la cohorte des trafiquants de drogue. C’est Ă  cause de ce « printemps » autorisĂ© par l’administration Obama que la Tunisie se trouve aujourd’hui plus affaiblie que jamais.

Le nouveau secrĂ©taire d’Etat, mais plus largement, la nouvelle administration
s’honorerait d’ouvrir ce dossier qui s’est soldĂ© par un fiasco diplomatique d’une rare ampleur, qui s’est soldĂ© par la dilapidation du crĂ©dit politique des Etats-Unis en mĂȘme temps que la dilapidation de fonds colossaux.

Monsieur le SecrĂ©taire d’Etat, ouvrez ce dossier, cette action sera inscrite Ă  l’honneur des Etats-Unis, telles que nous les avons connus, beaucoup, dont nous-mĂȘmes, aideront Ă  la manifestation de la vĂ©ritĂ© sur cette sombre pĂ©riode.

Forces de «maintien de la paix» en Ukraine | Les mensonges des impuissances europĂ©ennes

25. MĂ€rz 2025 um 09:27

Sans la signature de l’accord de paix entre la Russie et l’Ukraine, la prĂ©sence Ă  titre officiel du moindre contingent militaire ne serait-ce que d’un seul des pays membres de l’Otan sur le sol ukrainien vaudra l’entrĂ©e directe de l’Alliance de l’Atlantique Nord en guerre contre la FĂ©dĂ©ration de Russie. Et cela, la plupart des pays de l’Otan le savent trĂšs bien qui rĂ©flĂ©chiront par deux fois avant de faire le moindre pas en ce sens, malgrĂ© les gesticulations de la France et de la Grande-Bretagne. (Ph. L’Union europĂ©enne joue toutes ses cartes sur Volodymyr Zelenski).

Oleg Nesterenko *

Quelques jours aprĂšs que le premier ministre britannique Keir Starmer a annoncĂ© que le plan de «coalition des volontaires» entrait dans une «phase opĂ©rationnelle», le 20 mars dernier, les reprĂ©sentants de la majoritĂ© des pays de l’Otan se sont rĂ©unis dans les banlieues de Londres pour discuter de la crĂ©ation de «la force de maintien de la paix» en Ukraine et Ă©laborer les plans de son action.

Londres s’attend Ă  ce que plus de 30 pays, dont l’intĂ©gralitĂ© des membres de l’Otan, prennent une participation dans la nouvelle coalition et apportent leurs contributions.

Lors de ladite rĂ©union, les participants ont convenu que les forces «de maintien de la paix» en Ukraine comprendront autant de troupes terrestres que de forces aĂ©riennes et navales. Notamment, des militaires britanniques et français seront dĂ©ployĂ©s tant dans les villes que dans les ports et les infrastructures critiques ; les navires de patrouille et dragueurs de mines de l’Otan opĂ©reront en mer Noire.

De son cĂŽtĂ©, le 27 mars, Emmanuel Macron a organisĂ© un nouveau sommet Ă  Paris entre Volodymyr Zelensky et ses partenaires de guerre : «On a fait un gros travail avec les Britanniques sur les conditions d’encadrer le cessez-le-feu et donc lĂ , je pense que ça va ĂȘtre l’occasion d’en discuter et de le prĂ©ciser», a dĂ©clarĂ© le prĂ©sident français.

Bien Ă©videmment, en parlant d’une coalition et d’un grand dĂ©ploiement militaire des forces de l’alliance du TraitĂ© de l’Atlantique Nord, ce n’est guĂšre une action d’une durĂ©e de 30 jours couvrant le cessez-le-feu proposĂ© par les Etats-Unis d’AmĂ©rique qui est en discussion, mais une opĂ©ration stratĂ©gique Ă  long terme.  

Les tentatives désespérées de se sauver la face

La grandeur des ambitions des idĂ©es exprimĂ©es et des plans Ă©laborĂ©s par la coalition anglo-franco-centrique ne peut ĂȘtre comparĂ©e qu’à la profondeur abyssale de leur coupure de la rĂ©alitĂ©. Car, jamais aucune force d’aucun pays de l’Otan ne participera dans le prĂ©tendu processus de «maintien de la paix» sur le sol de l’Ukraine post-conflit.

AprĂšs la remise dĂ©monstrative des pays du Vieux continent Ă  leur vĂ©ritable place â€“ celle des vassaux du maitre outre-Atlantique – par le rejet de leur prĂ©sence Ă  la table des futures nĂ©gociations de paix en Ukraine qui n’auront lieu qu’entre les deux rĂ©elles puissances en guerre : les Etats-Unis d’AmĂ©rique et la FĂ©dĂ©ration de Russie – les rĂ©centes dĂ©clarations des pays-membres du camp en dĂ©faite face Ă  la Russie ne sont que des tentatives maladroites et dĂ©sespĂ©rĂ©es de sauver les dĂ©bris restant de leur rĂ©putation, en tant que puissances militaires, aux yeux du monde qui les observent d’une maniĂšre de plus en plus sceptique.

Contrairement Ă  ces mensonges et illusions propagĂ©s depuis la rĂ©union Ă  Londres au sujet des futures actions des prĂ©tendues forces du «maintien de la paix» en Ukraine dans la pĂ©riode post-guerre, mon affirmation sur l’impossibilitĂ© de la participation des forces armĂ©es des pays de l’Otan dans le «maintien de la paix» en Ukraine est sans Ă©quivoque et basĂ©e sur des fondements juridiques incontournables.

Plusieurs facteurs-clĂ©s rendent parfaitement impossible l’initiative occidentale de «contrĂŽler» la paix en Ukraine Ă  la fin du conflit armĂ©. 

La condition sine qua non de Moscou

Sans la signature de l’accord de paix entre Moscou et Kiev, la prĂ©sence Ă  titre officiel du moindre contingent militaire ne serait ce que d’un seul des pays membres de l’Otan sur le sol ukrainien vaudra l’entrĂ©e directe de l’Alliance de l’Atlantique Nord en guerre contre la FĂ©dĂ©ration de Russie.

Il est connu d’avance via de multiples dĂ©clarations de Moscou qui n’ont jamais variĂ© au sujet des rapports entre Kiev et l’Otan : l’une des conditionssine qua non de la signature de l’accord de paix sera l’interdiction signĂ©e et ratifiĂ©e par la partie adverse de la prĂ©sence des forces armĂ©es du bloc de l’Otan sur le territoire de l’Ukraine. 

Soit, juridiquement, c’est bien le Kremlin et personne d’autre qui dĂ©cidera de la prĂ©sence du camp ennemi Ă  ses frontiĂšres du sud-ouest. Une prĂ©sence qui n’aura jamais lieu : sa seule menace a Ă©tĂ© l’une des raisons principales pour Moscou d’entrer en guerre qui dure depuis plus de trois ans.

L’unique moyen de rĂ©aliser les fantasmes des dirigeants des pays de l’Otan sur la prĂ©sence en Ukraine de leurs forces «de maintien de la paix» est celui d’entrer en guerre contre la Russie et de l’importer.

Les casques bleus

Les Casques bleus sont une force qui agit au nom de l’Organisation des Nations unies (Onu) dans le cadre des opĂ©rations de maintien de la paix (OMP). Il est donc logique de supposer que leur prĂ©sence peut avoir lieu en Ukraine post-guerre. 

Cela Ă©tant, le dĂ©ploiement d’une telle mission ne peut ĂȘtre dĂ©cidĂ© que par le principal organe des Nations Unies qui est le Conseil de sĂ©curitĂ©. Le Conseil, dont la FĂ©dĂ©ration de Russie est membre permanent et, Ă  ce titre, dispose du droit de veto lorsque des rĂ©solutions doivent ĂȘtre votĂ©es.

Ainsi, une fois de plus, c’est bien Moscou qui dĂ©cidera si la prĂ©sence des casques bleus en Ukraine aura lieu ou non.

Navires de patrouille et dragueurs de mines en mer Noire

Lors de la rĂ©union de 20 mars Ă  Londres, l’une des dĂ©cisions qui a Ă©tĂ© prise Ă©tait celle de la future prĂ©sence des navires de patrouille et dragueurs de mines de l’Otan qui opĂ©reront en mer Noire.

Les propagateurs de la dĂ©sinformation depuis Londres ont «oublié» de parler de l’existence de la convention de Montreux. La convention de Montreux, signĂ©e le 20 juillet 1936, dĂ©termine l’exercice de la circulation dans les dĂ©troits des Dardanelles et du Bosphore (Turquie), ainsi que dans la mer Noire. Et le §2 de son article 18 est sans Ă©quivoque : Â«Quel que soit l’objet de leur prĂ©sence en mer Noire, les bĂątiments de guerre des Puissances non riveraines ne pourront pas y rester plus de vingt et un jours».

Soit, aucune sĂ©rieuse prĂ©sence supplĂ©mentaire de la marine du bloc de l’Otan ne peut y avoir lieu. Hormis celles de la Roumanie, de la Bulgarie et de la Turquie riveraines qui y sont dĂ©jĂ  prĂ©sentes et peuvent naviguer librement dans leurs eaux territoriales et les eaux internationales – ce qu’elles font depuis toujours.   

Les dĂ©clarations europĂ©ennes sur la future prĂ©sence des navires de l’Otan qui opĂ©reront en mer Noire dans le cadre de «la force de maintien de la paix» en Ukraine ne sont donc que de la rhĂ©torique vide.

La constitution de l’Ukraine

En vue des grossiĂšres violations au quotidien de la Constitution de l’Ukraine depuis 2014 et, plus particuliĂšrement, depuis les 3 derniĂšres annĂ©es par les rĂ©gimes  successifs installĂ©s Ă  Kiev, il est presque dĂ©placĂ© de mentionner l’existence d’une Constitution dans ce pays et, encore moins, de mentionner l’existence de l’article 17 de ladite Constitution qui est sans Ă©quivoque : «Le dĂ©ploiement de bases militaires Ă©trangĂšres sur le territoire ukrainien est interdit».

Il est tout Ă  fait certain qu’une violation constitutionnelle de plus, parmi tant d’autres, par le dĂ©ploiement des forces armĂ©es de l’Otan sur le territoire de l’Ukraine serait passĂ© tout Ă  fait inaperçu. De plus que l’existence de la Cour constitutionnelle qui est l’unique organe de juridiction constitutionnelle en Ukraine a Ă©tĂ© rĂ©duite par le rĂ©gime de Zelensky Ă  n’exister que sur papier.

Post-scriptum : En mettant de cĂŽtĂ© les fantaisies propagĂ©es par la composante europĂ©enne de l’Organisation du TraitĂ© de l’Atlantique Nord, revenons Ă  la rĂ©alitĂ© : d’une maniĂšre incontournable, seule la FĂ©dĂ©ration de Russie peut rĂ©ellement garantir la paix sur le territoire de l’Ukraine. Il n’y aura aucune paix, si les conditions de sĂ©curitĂ© et la prise en compte des intĂ©rĂȘts russes exigĂ©es par Moscou, durant tant d’annĂ©es avant-mĂȘme le dĂ©clenchement de la guerre, ne sont pas respectĂ©es par le camp-ennemi. Et en mentionnant l’ennemi, ce n’est guĂšre du camp ukrainien qui n’a jamais Ă©tĂ© qu’un outil pĂ©rissable entre les mains des tireurs de ficelles anglo-saxons dont je parle.

L’intervention directe et officielle de la moindre composante militaire d’un seul des pays de l’Otan sur le sol ukrainien vaudra directement son entrĂ©e en guerre contre la Russie avec toutes les consĂ©quences pour le monde qui en dĂ©couleront.

Cela Ă©tant, si une telle situation a Ă©tĂ© soigneusement Ă©vitĂ©e dans les heures les plus sombres du rĂšgne belliqueux des «dĂ©mocrates» sur la Maison Blanche – ce n’est certainement pas demain que cela arrivera dans le cadre des gesticulations archaĂŻques et impuissantes des anciennes puissances europĂ©ennes, dont «l’ñge d’or» a sombrĂ© Ă  tout jamais dans l’oubli du passĂ©.

* PrĂ©sident du CCIE, spĂ©cialiste de la Russie, CEI et de l’Afrique subsaharienne.

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Elections municipales en Tunisie | Un retard qui fragilise la démocratie locale

24. MĂ€rz 2025 um 13:28

Depuis la rĂ©volution de 2011, la Tunisie a fait des avancĂ©es notables en matiĂšre de rĂ©formes politiques et institutionnelles. Cependant, il y a un domaine oĂč le retard devient inquiĂ©tant : les Ă©lections municipales [les derniĂšres ayant eu lieu en 2018 et celles initialement prĂ©vues pour mai 2023  ayant Ă©tĂ© supprimĂ©es par une dĂ©cision du prĂ©sident de la rĂ©publique KaĂŻs SaĂŻed, le 9 mars de la mĂȘme annĂ©e Ndlr].

Leith Lakhoua *

Bien que les Ă©lections municipales soient inscrites comme une exigence fondamentale dans la Constitution tunisienne de 2022, force est de constater qu’elles continuent de se faire attendre.

Ce retard soulĂšve une question cruciale : comment concilier la nĂ©cessitĂ© d’élire nos reprĂ©sentants locaux avec l’absence de cadre lĂ©gislatif adaptĂ© Ă  la rĂ©alitĂ© politique actuelle?

Un vide juridique problématique

La loi Ă©lectorale municipale qui Ă©tait en vigueur n’est plus compatible avec les Ă©volutions politiques du pays aprĂšs 2021. Elle ne reflĂšte plus les aspirations dĂ©mocratiques des Tunisiens ni les nouvelles rĂ©alitĂ©s du systĂšme politique en place. L’absence d’une loi Ă©lectorale municipale rĂ©visĂ©e empĂȘche la mise en place de mĂ©canismes de gouvernance clairs et transparents pour les municipalitĂ©s.

Pourtant, les Ă©lections municipales, comme le stipule la Constitution tunisienne de 2022, sont un maillon essentiel dans la construction d’une dĂ©mocratie locale solide, permettant aux citoyens de choisir leurs dirigeants Ă  l’échelle communale et d’assurer une gestion de proximitĂ© plus rĂ©active et adaptĂ©e Ă  leurs besoins.

Malheureusement, la mise en place de cette nouvelle loi Ă©lectorale semble faire face Ă  des obstacles politiques et institutionnels. L’incertitude quant Ă  son adoption soulĂšve un dilemme : doit-on organiser les Ă©lections municipales sans cette loi, en attendant que celle-ci soit enfin adoptĂ©e? Ou faut-il impĂ©rativement attendre sa promulgation pour garantir un cadre juridique cohĂ©rent?

Un retard qui fragilise les municipalités

En attendant cette fameuse loi Ă©lectorale, la situation actuelle est marquĂ©e par un vide institutionnel de plus en plus prĂ©occupant. Actuellement, les municipalitĂ©s sont dirigĂ©es par des secrĂ©taires gĂ©nĂ©raux, des fonctionnaires qui n’ont pas nĂ©cessairement Ă©tĂ© Ă©lus pour gĂ©rer ces collectivitĂ©s. Cette gestion administrative a engendrĂ© une forme d’anarchie et de dĂ©sorganisation qui va Ă  l’encontre des besoins rĂ©els des citoyens. Les dĂ©cisions sont prises de maniĂšre centralisĂ©e et Ă©loignĂ©es des prĂ©occupations locales, ce qui nuit Ă  l’efficacitĂ© de l’administration municipale et renforce la distance entre l’État et les citoyens.

De plus, l’absence de reprĂ©sentants Ă©lus dans les communes prive les citoyens d’une vĂ©ritable prise en charge de leurs besoins quotidiens. Les municipalitĂ©s, qui devraient ĂȘtre les premiĂšres Ă  rĂ©pondre aux attentes des citoyens, sont dĂ©connectĂ©es de la rĂ©alitĂ© locale, et cette dĂ©connexion engendre un dĂ©sintĂ©rĂȘt croissant des populations pour la politique locale. La gestion des services municipaux devient de plus en plus opaque, alimentant le sentiment de frustration des Tunisiens, qui ne voient plus dans leurs autoritĂ©s locales un interlocuteur capable de rĂ©pondre Ă  leurs prĂ©occupations.

Une urgence pour le pays

Dans cette situation, il est essentiel de se poser la question de savoir si nous devons continuer Ă  attendre une loi Ă©lectorale municipale ou si, au contraire, il serait plus pragmatique d’organiser les Ă©lections, quitte Ă  adapter la loi par la suite.

Ne pas organiser les élections municipales dans les délais prévus revient à priver les Tunisiens de leur droit fondamental à élire leurs représentants locaux, et cela fragilise davantage le systÚme démocratique tunisien.

Cependant, il ne fait aucun doute qu’une fois les Ă©lections organisĂ©es, il faudra, dans les plus brefs dĂ©lais, adopter une loi Ă©lectorale municipale moderne et adaptĂ©e. Cette loi devra non seulement assurer la transparence et la rigueur dans l’organisation des Ă©lections, mais aussi garantir une gestion locale efficace et proche des prĂ©occupations des citoyens.

En attendant, il est impĂ©ratif de ne pas laisser les municipalitĂ©s entre les mains des secrĂ©taires gĂ©nĂ©raux, car cette situation engendre une forme d’anarchie qui porte prĂ©judice aux citoyens et au pays tout entier. Il est essentiel que les autoritĂ©s politiques et lĂ©gislatives prennent leurs responsabilitĂ©s pour Ă©viter que cette gestion dĂ©centralisĂ©e ne devienne un frein Ă  l’évolution dĂ©mocratique de la Tunisie.

Prendre des dĂ©cisions pour l’avenir

La Tunisie ne peut plus se permettre d’attendre indĂ©finiment pour organiser ses Ă©lections municipales et mettre en place une nouvelle loi Ă©lectorale municipale. Il est crucial d’agir rapidement pour rĂ©pondre aux attentes des citoyens et permettre une gestion locale responsable et dĂ©mocratique.

La situation actuelle, marquĂ©e par l’absence de gouvernance lĂ©gitime et d’une vĂ©ritable reprĂ©sentation locale, nuit Ă  l’intĂ©rĂȘt des Tunisiens et compromet l’avenir de la dĂ©mocratie en Tunisie. Il est donc urgent de prendre des mesures concrĂštes et de garantir que les Ă©lections municipales se tiennent dans les meilleurs dĂ©lais, pour que la Tunisie puisse avancer sur la voie de la dĂ©centralisation et de la gouvernance participative.

* Consultant en organisation industrielle et logistique.

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Être ou ne pas ĂȘtre chef de gouvernement en Tunisie

24. MĂ€rz 2025 um 08:02

Le prĂ©sident Kais SaĂŻed a nommĂ© Sarra Zaafrani Zenzeri comme 4e chef de gouvernement, depuis 2021, et 11e depuis 2011, date de la RĂ©volte du Jasmin en Tunisie. Une espĂ©rance de vie politique moyenne de seulement 15 mois pour chacun. Une rotation effrĂ©nĂ©e et qui ne rassure ni l’économie, ni la sociĂ©tĂ©. Est-ce un indicateur d’instabilitĂ© ? Est-ce un corrĂ©lĂąt d’une inefficacitĂ© chronique au niveau gouvernemental?

Moktar Lamari *

Plusieurs questions se posent et plusieurs enjeux s’imposent dans le contexte d’une crise Ă©conomique et monĂ©taire sans prĂ©cĂ©dent. Une crise Ă©conomique qui secoue le sens du travail, qui vampirise l’investissement et qui enfonce le pays dans la dette et la stagflation.

Être chef de gouvernement est un mĂ©tier qui ne s’improvise pas. C’est un mĂ©tier politique que ceux et celles qui n’ont pas assumĂ© une vie politique active et engagĂ©e ne peuvent pas exercer de façon efficace.

En Tunisie, on a tendance à négliger la complexité de la fonction et à sous-estimer les compétences liées.

Être ou ne pas ĂȘtre chef de gouvernement

Être chef de gouvernement, c’est un mĂ©tier complexe et jonchĂ© de difficultĂ©s et d’imprĂ©vus. Il faut convaincre par un leadership assumĂ© et efficace, pour pouvoir communiquer et mobiliser les parties prenantes (pouvoirs, ministĂšres, rĂ©gions, etc.). Et il faut comprendre les mĂ©canismes de l’État, et les rouages macroĂ©conomiques de l’économie nationale et de ses interdĂ©pendances avec les pays Ă©trangers et les organismes internationaux.

On doit avoir une compréhension des concepts économiques clefs et de leur impact sur le niveau de vie des citoyens et sur les processus de la création de la richesse.

Multiplier les changements du chef de gouvernement a Ă©tĂ© un sport national pour l’ùre post-2011. On prĂ©fĂšre limoger le chef de gouvernement que de remettre en question les politiques publiques qui de facto n’ont pas fonctionnĂ© efficacement, parce qu’elles ont Ă©tĂ© mal conçues ou mal-implantĂ©es, ou les deux Ă  la fois.

On enseigne Ă  nos Ă©tudiants en sciences politiques et en sciences Ă©conomiques qu’il faut dĂ©tenir une expĂ©rience politique et une expertise technique pour pouvoir fixer de maniĂšre rĂ©aliste les bonnes prioritĂ©s et pour faire tourner l’État, en crĂ©ant la richesse et pas l’inverse.

Il faut au moins 9 mois pour maĂźtriser tous les mĂ©canismes et les rouages de l’État, quand on occupe le poste de ministre, et un peu plus pour occuper efficacement celui de Premier ministre.

Durant l’ùre de Ben Ali ou de Bourguiba (50 ans), les 8 premiers ministres duraient dans leur poste plusieurs annĂ©es, peut-ĂȘtre un peu trop. Ils Ă©taient tous des hommes et de la rĂ©gion de Monastir et environs.

Vision programme et agendas

Dans les rĂ©gimes dĂ©mocratiques, on ne change pas de chef de gouvernement sur un coup de tĂȘte, sans Ă©valuation et sans consultation crĂ©dible (Ă©lections ou vote parlementaire). On ne prend pas le risque de brouiller en un rien de temps, les repĂšres du fonctionnement Ă©conomiques et les cibles visĂ©es par une Ă©quipe dirigĂ©e par un chef de gouvernement.

L’économie n’aime pas l’instabilitĂ© politique, hait les incertitudes et peut sanctionner toutes les mauvaises dĂ©cisions, par des fuites de capitaux, atrophie des investissements, ou mĂȘme contraction de l’emploi et de la croissance.

Dans les rĂ©gimes dĂ©mocratiques, on Ă©value les performances de chaque gouvernement, par des Ă©valuations de politiques (domaine de recherche en sciences sociales); on mesure le niveau de confiance populaire Ă  l’égard des gouvernements et des Ă©lites.

La confiance compte en politique publique et le citoyen a son mot Ă  dire, durant ces moments clefs. Elle constitue le principal carburant de la vie politique, et le principal propulseur de l’économie.

Le changement de chef de gouvernement constitue un moment clef pour changer de vision, instaurer un nouveau momentum et dessiner un nouvel agenda.

La nomination de la nouvelle chef de gouvernement, Ă  qui on souhaite tout le succĂšs dans ses nouvelles fonctions, doit ĂȘtre assortie de transparence et de vision, quant aux prioritĂ©s et Ă  l’agenda gouvernemental dans le court terme.

L’économie tunisienne est Ă  la peine, et les tensions sociopolitiques sont nombreuses et parfois explosives. Notre Ă©conomie est handicapĂ©e par une productivitĂ© qui recule sans cesse et une politique monĂ©taire qui vampirise l’investissement, la libre concurrence entre les opĂ©rateurs Ă©conomiques.

Sans un vrai programme économique mobilisateur et sans une révision structurelle de la politique monétaire, on ne peut rien faire de différent et de concluant.

La marge de manƓuvre gouvernementale est tributaire de la relance de la croissance, de la crĂ©ation d’emplois, du retour de l’investissement, et ultimement de la restauration de la confiance envers l’État dans son ensemble et ses institutions officielles ou informelles.

Les chiffres actuels indiquent que 2 Ă  3 citoyens sur 4 ne font pas du tout confiance aux principales institutions de l’État (administration, gouvernement, banque, parlement). Ces donnĂ©es viennent de la World Value Survey (2022).

La nouvelle cheffe de gouvernement doit restaurer la confiance du citoyen. Elle doit aussi nous afficher clairement sa vision, ses prioritĂ©s et les changements Ă  introduire pour faire autrement, et obtenir les rĂ©sultats que ses prĂ©dĂ©cesseurs n’ont pas pu rĂ©aliser.

On n’obtient pas des rĂ©sultats diffĂ©rents en faisant toujours les mĂȘmes erreurs.

* Economiste universitaire.

Blog de l’auteur : Economics for Tunisia, E4T.

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Gaza | Quand la France oublie ses principes

22. MĂ€rz 2025 um 09:41

Pour les droits d’un seul homme, la France est capable de mobiliser toute sa puissance diplomatique, quitte Ă  mettre en pĂ©ril ses relations politiques, Ă©conomiques et financiĂšres avec n’importe quel pays. Ce qui est louable en soi car les principes et les valeurs ne se nĂ©gocient pas. Cependant, cette mĂȘme France, face Ă  la souffrance de millions d’ĂȘtres humains, demeure parfois Ă©trangement  passive.

Khémais Gharbi

Le dernier exemple en date est celui du drame qui se joue Ă  Gaza et en Cisjordanie : plus de 60 000 morts, principalement des enfants, des femmes, des personnes ĂągĂ©es et des civils. Plus de 100 000 blessĂ©s, amputĂ©s, mutilĂ©s, exclus Ă  jamais d’une vie normale. Et pourtant, la France ne rĂ©agit pas, ou si peu. Comme l’a fait le prĂ©sident Macron qui a appelĂ©, mercredi, Ă  la cessation immĂ©diate des «hostilitĂ©s» (sic !) en prĂ©venant qu’il n’y aurait «pas de solution militaire» possible dans le territoire palestinien, sans condamner clairement les crimes perpĂ©trĂ©s par IsraĂ«l Ă  Gaza et en Cisjordanie.

La diplomatie française se limite Ă  un service minimum, bien loin de l’exigence morale que l’on attend du pays de la DĂ©claration des droits de l’homme. Comme frappĂ©e d’une Ă©trange paralysie, elle semble avoir renoncĂ© Ă  cette voix qui, jadis, portait haut les principes du droit international et de la justice universelle.

Le legs de Mitterrand, Chirac et Villepin

Les exemples d’un passĂ© pas si lointain sont pourtant lĂ  pour lui rappeler son rĂŽle et sa responsabilitĂ©. Comment oublier l’intervention mĂ©morable de Dominique de Villepin au Conseil de sĂ©curitĂ© de l’Onu, s’opposant avec Ă©loquence Ă  l’invasion amĂ©ricaine de l’Irak? Ce moment d’histoire a alors placĂ© la France en leader moral, et aujourd’hui encore, elle en recueille le respect et les bĂ©nĂ©fices. Il a montrĂ© qu’une nation peut choisir la voie de la raison face aux passions guerriĂšres.

Comment ne pas se souvenir des paroles de Jacques Chirac Ă  JĂ©rusalem, dĂ©fendant avec fermetĂ© le droit des Palestiniens Ă  s’exprimer et Ă  venir Ă  sa rencontre? Ce jour-lĂ , il n’était pas seulement un chef d’État, mais le porte-voix du pays des droits de l’Homme, rappelant que la dignitĂ© humaine ne connaĂźt ni frontiĂšres ni conditions.

Et que dire enfin de la comparaison poignante de François Mitterrand entre l’un des nombreux massacres en Palestine et celui d’Oradour-sur-Glane? Par ces mots, il affirmait que l’horreur n’a ni Ă©poque ni gĂ©ographie, et que la mĂ©moire collective doit Ă©clairer l’action politique. Chaque perte humaine est un appel Ă  l’empathie et Ă  la justice.

Un héritage à réhabiliter

C’est de tels hommes d’État dont la France aurait aujourd’hui besoin. Des dirigeants dotĂ©s de courage, de luciditĂ© et d’une vision historique. Mais pour entrer dans l’Histoire ou, mieux encore, pour la construire, il ne suffit pas d’en avoir l’ambition. Il faut la force morale et les valeurs qui l’accompagnent.

Aujourd’hui, ces vertus font cruellement dĂ©faut. Pourtant, la politique ne devrait pas ĂȘtre uniquement guidĂ©e par des intĂ©rĂȘts stratĂ©giques immĂ©diats, mais aussi par des principes intangibles, par la capacitĂ© d’écouter les souffrances des opprimĂ©s et d’y rĂ©pondre avec dĂ©termination. La France a, entre ses mains, le pouvoir de capter l’attention du monde et de donner un sens Ă  la part lumineuse de son hĂ©ritage.

Le moment est venu pour elle de prouver qu’elle est, et doit rester, le pays des droits de l’Homme. Non pas en paroles, mais en actes. Car c’est dans l’épreuve que se rĂ©vĂšlent les vĂ©ritables valeurs d’une nation, et c’est dans leur fidĂ©litĂ© qu’elle Ă©crit l’Histoire.

* Ecrivain et traducteur.

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Les trois empires

21. MĂ€rz 2025 um 12:12

Depuis 20 ans, on observe une confrontation feutrĂ©e entre trois empires : les États-Unis, la Russie et la Chine. La mondialisation est en lambeaux, et les couteaux sont aiguisĂ©s. La bataille ne fait que commencer avec une fuite en avant dans la guerre commerciale et le rĂ©armement


Helal Jelali *

D’abord, une question adressĂ©e aux Ă©minents spĂ©cialistes de gĂ©opolitique et analystes des affaires internationales qui hantent les studios des tĂ©lĂ©vision spour nous expliquer la marche du monde : pourquoi le mot «empire» a-t-il presque disparu de votre lexique? Pourtant, et le constat est limpide, nous assistons actuellement Ă  une bataille entre les empires amĂ©ricain, russe et chinois. Ce concept d’empire ne fait pas partie de l’histoire ancienne, il est bien vivace, en tout cas dans l’esprit des dirigeants de ces trois puissances.

Depuis la MĂ©sopotamie, les hommes ont vĂ©cu plus de temps sous des empires que sous l’autoritĂ© d’un petit État ou d’un petit royaume, rappelle l’historien Yuval Noah Harari dans son livre ‘‘Sapiens, une brĂšve histoire de l’humanité’’

La mondialisation est un leurre

Le siĂšcle dernier Ă©tait celui des guerres europĂ©ennes, de la reconstruction, et d’une course Ă  l’armement entre les États-Unis et l Â»URSS dans une atmosphĂšre lourde de guerre froide. Avec la chute de l’URSS, nous avons eu droit Ă  la «fin de l’Histoire» et au projet d’une «bienheureuse» mondialisation. Aujourd’hui, rares sont ceux qui osent dire la vĂ©ritĂ© –au risque d’ĂȘtre traitĂ©s de gauchistes ou de woke–, Ă  savoir que la dite mondialisation n’était qu’un leurre pour envahir les marchĂ©s des pays du Sud sans grand frais et sans taxes douaniĂšres, et surtout pour mettre la main sur les matiĂšres premiĂšres du globe au moindre coĂ»t. 

Les empires n’affichent pas toujours leur identitĂ©, mĂȘme si chacun d’entre eux possĂšde la sienne : par les conquĂȘtes, ils peuvent montrer leur force militaire, comme la Rome antique et l’empire ottoman, leurs motivations d’expansion religieuse, comme les empires omeyade et abbasside, leurs appĂ©tits Ă©conomiques comme la Chine, ou au XXe siĂšcle, leur messianisme soi-disant dĂ©mocratique comme chez les AmĂ©ricains et les Russes, avec deux idĂ©ologies aux antipodes l’une de l’autre. 

La principale motivation des empires et qui dicte leurs actions, c’est la stabilisation des territoires pĂ©riphĂ©riques pour un accĂšs plus facile aux ressources dont ils ont besoin pour renforcer leur puissance. On le constate aujourd’hui avec la Chine et la bataille non avouĂ©e qu’elle livre dans les mers du sud avec la rĂ©cupĂ©ration du Tibet et de Hong Kong et la poursuite du harcĂšlement de TaĂŻwan.

Pour la Russie, l’obsession est de rĂ©cupĂ©rer tout le Caucase et d’affaiblir un voisin qui risque avec ses alliances, europĂ©enne et amĂ©ricaine, de devenir une puissance rĂ©gionale : l’Ukraine. 

Aux Etats-Unis, le prĂ©sident Donald Trump, nouvellement Ă©lu, voudrait mettre la main sur le Canada et le Groenland pour profiter des richesses miniĂšres du pĂŽle nord, avec, au sud, des prĂ©tentions sur le Golfe du Mexique, qui devrait dorĂ©navant s’appeler le Golfe amĂ©ricain ou, pourquoi pas, le Golfe Trump


Une logique expansionniste 

Pourquoi les Etats depuis la MĂ©sopotamie tiennent-t-ils Ă  construire des empires? Pour instaurer la paix et la prospĂ©ritĂ© Ă  l’intĂ©rieur de leurs frontiĂšres et dans leur environnement immĂ©diat. Mais pas seulement, car les progrĂšs techniques, scientifiques et culturels ne peuvent ĂȘtre rĂ©alisĂ©s dans le cadre Ă©triquĂ© des petits États ou royaumes.

Quels traits communs dĂ©celons-nous aujourd’hui entre les empires amĂ©ricain, russe et chinois ? Un nĂ©o-libĂ©ralisme dĂ©complexĂ© et l’apparition d’une oligarchie financiĂšre rapace qui rĂ©duit les aspirations de la classe moyenne Ă  la satisfaction de ses besoins les plus Ă©lĂ©mentaires : avoir juste oĂč se loger, de quoi manger et regarder la tĂ©lĂ© avant de dormir
 Pour survivre, ces empires ont besoin d’autocratie et de populisme.

Quand est-ce qu’un empire entame sa dĂ©cadence, car les empires naissent et meurent nĂ©cessairement ? Le jour oĂč il commence Ă  coĂ»ter plus cher qu’il ne rapporte, rĂ©pondent les Ă©conomistes. Autre facteur : le dĂ©clin dĂ©mographique. Dans la Rome antique, la pĂ©ninsule italienne comptait sept millions d’habitants dont la moitiĂ© Ă©taient des esclaves. Quant les esclaves Ă©taient devenus rares et chers, l’empire a commencĂ© Ă  dĂ©cliner. Emmanuel Todd prĂ©voit le mĂȘme scĂ©nario pour l’empire amĂ©ricain.

Et l’Europe dans tout cela? Elle reste actuellement un enjeu pour les Russes et les AmĂ©ricains qui cherchent Ă  y Ă©tendre leurs influences respectives. Pour se libĂ©rer, les EuropĂ©ens doivent bĂątir une fĂ©dĂ©ration et se doter d’une force militaire autonome et puissante. Ils doivent sortir du «Printemps des Peuples» de 1848 pour prĂ©parer un avenir unitaire avec une identitĂ© fĂ©dĂ©rative qui mettrait en veilleuse les nationalismes d’antan.

* Retraité, ancien rédacteur en chef à RFI.

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Le secteur IT tunisien face à de lourds défis

21. MĂ€rz 2025 um 10:52

Alors que la Tunisie affiche des progrÚs notables dans sa transformation numérique, plusieurs faiblesses structurelles continuent de freiner le plein développement de son secteur IT, notamment des inégalités régionales préoccupantes.

Aymen Achouri *

Si les grandes agglomĂ©rations comme Tunis, Sfax et Sousse bĂ©nĂ©ficient d’infrastructures modernes et d’un accĂšs Internet de qualitĂ©, avec notamment le rĂ©cent dĂ©veloppement de la 5G, de vastes zones rurales restent encore largement sous-Ă©quipĂ©es. Ce dĂ©sĂ©quilibre dans l’accĂšs aux technologies numĂ©riques limite non seulement le potentiel Ă©conomique des rĂ©gions Ă©loignĂ©es, mais creuse Ă©galement un fossĂ© d’inclusion numĂ©rique qui menace la cohĂ©sion sociale.

L’accĂ©lĂ©ration de la digitalisation expose les entreprises et les institutions tunisiennes Ă  une multiplication des cyberattaques. MalgrĂ© quelques initiatives pour renforcer la sĂ©curitĂ©, le rythme effrĂ©nĂ© des Ă©volutions technologiques en matiĂšre de menaces crĂ©e une inquiĂ©tude grandissante quant Ă  la rĂ©silience des systĂšmes d’information. Les experts soulignent la nĂ©cessitĂ© de dĂ©ployer des mesures de cybersĂ©curitĂ© robustes et actualisĂ©es pour protĂ©ger les donnĂ©es sensibles.

Déficit de compétences et fuite des talents

Le secteur IT fait face Ă  un dĂ©calage majeur entre les compĂ©tences enseignĂ©es par le systĂšme Ă©ducatif et celles attendues par le marchĂ©. Ce manque d’adĂ©quation engendre une pĂ©nurie de professionnels qualifiĂ©s et encourage nombre de talents Ă  chercher de meilleures opportunitĂ©s Ă  l’étranger. Cette fuite des cerveaux, ou «brain drain», fragilise encore davantage la capacitĂ© de la Tunisie Ă  innover dans un environnement technologique compĂ©titif.

Par ailleurs, les lourdeurs administratives et un cadre rĂ©glementaire parfois inadaptĂ© compliquent la mise en Ɠuvre de projets innovants. Et le financement – qu’il soit public ou privĂ© – demeure insuffisant pour moderniser les infrastructures et soutenir l’émergence de nouvelles startups.

Ce manque de ressources, matĂ©rielles et humaines, freine l’élan entrepreneurial et limite les perspectives de croissance dans un secteur pourtant stratĂ©gique pour l’économie nationale.

Vers une transformation nécessaire

Face Ă  ces dĂ©fis, les acteurs Ă©conomiques et institutionnels tunisiens doivent impĂ©rativement repenser leurs stratĂ©gies. Une rĂ©forme en profondeur de la formation, un renforcement des dispositifs de cybersĂ©curitĂ© et une simplification des procĂ©dures administratives pourraient transformer ces obstacles en vĂ©ritables opportunitĂ©s pour dynamiser l’ensemble du secteur IT. Si la Tunisie possĂšde un potentiel indĂ©niable pour devenir un leader rĂ©gional dans le domaine numĂ©rique, il est essentiel de s’attaquer Ă  ces problĂ©matiques afin de bĂątir une infrastructure IT solide et rĂ©siliente, capable de soutenir la croissance Ă©conomique et d’assurer une transition numĂ©rique inclusive pour tous.

* Expert en management, relation et coaching client.

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La dialectique de l’intelligence artificielle et de l’intelligence humaine

21. MĂ€rz 2025 um 10:15

L’intelligence artificielle (IA) reprĂ©sente indĂ©niablement une extension substantielle Ă  l’intelligence humaine. ComplĂ©mentaire, utile et bientĂŽt nĂ©cessaire, mais pas seulement.   

Raouf Laroussi

On a tous connu l’évolution de la puissance de calcul des ordinateurs qui a boostĂ© le dĂ©veloppement de la modĂ©lisation mathĂ©matique et lui a fourni un outil pour rĂ©soudre les Ă©quations auxquelles elle aboutit. L’IA gĂ©nĂ©rative vient aujourd’hui appuyer les aptitudes humaines Ă  Ă©laborer des raisonnements permettant de rĂ©soudre des problĂšmes dans tous les domaines. L’IA s’appuie en cela, outre les modĂšles de machine learning ou de deep learning, sur une Ă©norme quantitĂ© de donnĂ©es. Ceci est rĂ©alisĂ©, dans l’une des Ă©tapes cruciales de la dĂ©marche qu’elle adopte Ă  travers la «comparaison» des raisonnements et la sĂ©lection de ceux qui sont les plus adaptĂ©s au problĂšme qu’on lui pose et qui aide Ă  le rĂ©soudre.

Cette démarche me rappelle une citation du mathématicien polonais Stefan Banach (1892- 1945), qui décrit la démarche intellectuelle du mathématicien pour résoudre un problÚme. Je cite : «Un mathématicien est une personne qui peut trouver une analogie entre les théorÚmes, un meilleur mathématicien est celui qui trouve des analogies entre les démonstrations, les trÚs bons mathématiciens sont ceux qui peuvent déceler des analogies entre les théories. Mais on peut supposer que le meilleur des mathématiciens est celui qui peut voir des analogies entre les analogies.»

L’intelligente humaine est encore en avance

Ainsi, Banach Ă©tablit un classement des niveaux d’apprĂ©hension des problĂšmes mathĂ©matiques; en d’autres termes, un classement des niveaux des intelligences humaines. Cette vision pourrait ĂȘtre Ă©largie Ă  toute activitĂ© cognitive de l’ĂȘtre humain face Ă  un problĂšme qu’il cherche Ă  rĂ©soudre. L’IA est certainement maintenant au niveau de l’analogie entre les dĂ©monstrations. Si ce constat est correct, l’intelligente humaine la plus poussĂ©e serait encore en avance par rapport Ă  l’IA.

Par ailleurs, il faut rappeler que dans le cheminement que dĂ©crit Banach, chaque Ă©tape nĂ©cessite une bonne connexion neuronale (l’équivalent des modĂšles d’IA), une certaine Ă©rudition et des connaissances bien assimilĂ©es (l’équivalent, en termes informatiques, d’un ensemble de donnĂ©es analysĂ©es, Ă©purĂ©es et classĂ©es).

Mais, mĂȘme Ă  son niveau actuel de dĂ©veloppement, l’IA constitue un apport considĂ©rable Ă  l’intelligence humaine. Primo, en raison de sa capacitĂ© Ă  assimiler beaucoup plus de donnĂ©es que ne le peut un ĂȘtre humain. Secundo, pour la rapiditĂ© d’exĂ©cution des tĂąches Ă  rĂ©aliser que lui confĂšre la puissance de calcul des processeurs.

Montée en puissance de la collaboration entre les deux intelligences

Ce soutien Ă  l’intelligence humaine ne manquera pas de se transformer en un mouvement bidirectionnel. En effet, le traitement humain de la production de l’IA pour valider et affiner cette production sera Ă  son tour injectĂ© dans les donnĂ©es utilisĂ©es par l’IA.

S’il est encore trop tĂŽt pour prĂ©voir les consĂ©quences de la montĂ©e en puissance d’une collaboration entre les deux intelligences, une certitude se dĂ©gage : les activitĂ©s intellectuelles, y compris les plus spĂ©cialisĂ©es, ne peuvent plus se passer de ce qu’on appelle dĂ©sormais le copilote IA. La seule chance pour une sociĂ©tĂ© qui ne veut pas subir les effets pervers voire nocifs de l’IA qui existent bel et bien et qui feraient probablement l’objet d’une suite de cette rĂ©flexion, est de la maĂźtriser. Et nous sommes tous concernĂ©s !

* Mathématicien.

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Tunisie | L’indĂ©pendance est un combat inachevĂ©  

20. MĂ€rz 2025 um 12:37

L’indĂ©pendance
 Un mot chargĂ© d’histoire, de fiertĂ©. Mais aussi d’ambiguĂŻtĂ©. Qu’est-ce que l’indĂ©pendance, au fond ? Un territoire libĂ©rĂ© ? Une souverainetĂ© politique? Ou une quĂȘte plus profonde, plus intime, celle d’une identitĂ© qui cherche encore sa forme? 

Manel Albouchi *

La Tunisie d’aujourd’hui ressemble Ă  une sculpture inachevĂ©e. Une Ɠuvre qui se modĂšle sous l’effet des vents contraires : l’hĂ©ritage et l’avenir, la tradition et l’innovation, la mĂ©moire et la rĂ©invention. Comme un individu en quĂȘte de soi, elle oscille entre ce qui lui a Ă©tĂ© transmis et ce qu’elle aspire Ă  devenir. Mais cette quĂȘte est-elle un cheminement naturel, ou sommes-nous enfermĂ©s dans un entre-deux stĂ©rile ? 

Le passĂ©, le prĂ©sent : un entre-deux incertain 

Chaque annĂ©e, le 20 mars, nous commĂ©morons. Nous saluons la mĂ©moire d’une Ă©poque oĂč l’ennemi Ă©tait visible, oĂč l’oppression avait un visage clair. Habib Bourguiba a donnĂ© Ă  la Tunisie son indĂ©pendance matĂ©rielle, un cadre Ă©tatique, une structure. Il nous a appris Ă  marcher debout. Mais avons-nous appris Ă  marcher seuls ? 

Le pays semble figĂ© dans une tension permanente. Entre nostalgie et sidĂ©ration. Entre admiration pour le passĂ© et paralysie face Ă  l’avenir. Nous nous racontons notre indĂ©pendance, mais nous la vivons comme une perte. 

Nous avons coupĂ© les chaĂźnes visibles, mais avons-nous brisĂ© les chaĂźnes invisibles? 

Nous avons rĂ©cupĂ©rĂ© notre terre, mais avons-nous rĂ©cupĂ©rĂ© notre souverainetĂ© intĂ©rieure? 

Nous avons obtenu le droit de gouverner, mais savons-nous rĂ©ellement choisir notre destin? 

La Tunisie vit un conflit identitaire. Un clivage, dans le sens psychanalytique du terme : une coexistence de rĂ©alitĂ©s contradictoires, oĂč l’on oscille entre fiertĂ© et dĂ©sillusion, sans parvenir Ă  rĂ©concilier les deux. 

L’indĂ©pendance piĂ©gĂ©e dans le regard des autres 

L’indĂ©pendance, ce n’est pas seulement se libĂ©rer d’un oppresseur. C’est aussi se libĂ©rer du besoin d’ĂȘtre validĂ©. Or, nous vivons dans le regard des autres. 

Nous nĂ©gocions notre souverainetĂ© Ă©conomique avec des bailleurs de fonds Ă©trangers. 

Notre scĂšne politique oscille entre ruptures superficielles et conformisme de façade. 

Nos jeunes rĂȘvent d’ailleurs, convaincus que l’avenir ne se conjugue pas ici. 

Nous sommes comme un individu pris dans un locus de contrĂŽle externe, cette sensation d’ĂȘtre dĂ©terminĂ© par des forces extĂ©rieures, plutĂŽt que d’agir sur le monde. Nous subissons, plus que nous n’habitons notre propre histoire. 

Alors, oĂč est notre souverainetĂ© ? 

Sortir de l’ignorance pour retrouver notre libertĂ© intĂ©rieure 

L’ignorance n’est pas qu’un manque d’information. C’est une prison cognitive. Un peuple qui ne comprend pas son Ă©poque ne peut que la subir. 

Aujourd’hui, notre inconscience nous maintient en servitude : esclaves d’un modĂšle Ă©conomique oĂč nous produisons sans crĂ©er; esclaves d’un climat politique oĂč l’instantanĂ© Ă©crase la rĂ©flexion;  esclaves d’un fatalisme qui nous fait croire que le changement est impossible.  Mais alors, comment sortir de cette inertie ? 

Vers une indĂ©pendance rĂ©elle : dĂ©construire pour reconstruire 

1. Penser autrement : notre vision du monde est façonnĂ©e par des schĂ©mas anciens. Si nous continuons Ă  penser comme hier, nous revivrons hier. Aussi devons-nous : 

– dĂ©velopper un esprit critique, une capacitĂ© Ă  analyser les structures invisibles; 

– revaloriser la culture du dĂ©bat, non pas pour opposer, mais pour construire;

– rĂ©habiliter la complexitĂ© en cessant de chercher des solutions simplistes Ă  des problĂšmes profonds. 

2. Soigner notre rapport Ă  notre pays : un peuple qui doute de sa propre terre est un peuple en exil intĂ©rieur. Aussi devons-nous :

– redonner du sens Ă  l’engagement, au lieu d’alimenter l’évasion; 

– restaurer la notion de responsabilitĂ© collective, au lieu de toujours blĂąmer l’Autre; 

– sortir du dĂ©ni en reconnaissant nos failles pour mieux les dĂ©passer. 

3. BĂątir une gouvernance incarnĂ©e : l’indĂ©pendance ne se dĂ©crĂšte pas, elle se construit par : 

– un leadership qui ne se contente pas de «gĂ©rer», mais qui impulse une vision ; 

– un peuple qui comprend que la souverainetĂ© implique des devoirs, pas seulement des droits;

– un modĂšle Ă©conomique qui cesse de mendier et qui commence Ă  innover.  

Vers une souverainetĂ© intĂ©grale : de la mĂ©moire Ă  l’action 

Aujourd’hui, notre ambition ne doit pas se limiter Ă  prĂ©server ce qui a Ă©tĂ© acquis, mais Ă  crĂ©er une nouvelle souverainetĂ©, celle de l’esprit et de la vision. 

L’Histoire nous a donnĂ© un territoire libre. Il est temps maintenant d’y inscrire une vision libre. 

Bonne fĂȘte de l’IndĂ©pendance, et que cette journĂ©e soit le point de dĂ©part d’un renouveau, visible et invisible. 

* Psychologue et psychanalyste.  

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Soixante-neuf ans aprĂšs, une indĂ©pendance attaquĂ©e de l’extĂ©rieur et de l’intĂ©rieur

20. MĂ€rz 2025 um 12:09
Soixante-neuf ans aprĂšs, une indĂ©pendance attaquĂ©e de l’extĂ©rieur et de l’intĂ©rieur | Univers News

Tawfik BOURGOU

‱ Ces derniers jours, contre l’avis des petites coteries qui espĂšrent encore un destin Ă  la Martin Luther King, la population, bien rĂ©signĂ©e, a commencĂ© Ă  mesurer l’ampleur du dĂ©sastre
‱ La « petite rĂ©publique des donneurs de leçons », ne donne plus de la voix car, dĂ©sormais, toutes les dynamiques contredisent point par point leurs allĂ©gations
‱ Tous les indicateurs sont dramatiques pour la Tunisie et, Ă  moins d’un sursaut collectif, nĂ©cessaire et salutaire, cette gĂ©nĂ©ration perdra la terre des ancĂȘtres dĂ©finitivement
‱ AprĂšs la fin de l’aide militaire et sĂ©curitaire, la Tunisie (et les autres) se trouvent face au tsunami migratoire subsaharien
‱ L’AlgĂ©rie et la Libye poussent les vagues migratoires vers la Tunisie
 avec l’AlgĂ©rie qui peut les arrĂȘter, mais ne le fait pas et la Libye qui opĂšre aussi Ă  dĂ©truire la Tunisie
‱ La population et la mafia de l’immigration et des trafics ont dĂ©moli le pays en se faisant les auxiliaires des mafias africaines et ensuite des mafias italiennes
‱ En Ă©largissant le domaine du sauvetage en mer, la Tunisie s’est engagĂ©e Ă  arraisonner les navires et Ă  dĂ©barquer en Tunisie tous les migrants et de les laisser dans la nature

 

Tunis, UNIVERSNEWS (TRIBUNE) – La Tunisie commĂ©more aujourd’hui mĂȘme un vingt mars d’ une rare tristesse avec une montĂ©e sans prĂ©cĂ©dent des pĂ©rils qui, s’ils devaient se rĂ©aliser emporteraient une lutte de 75 ans et le sacrifice des pĂšres fondateurs de la Tunisie moderne.

Depuis 2011, sous la fĂ©rule de l’islam politique et du « printemps » turko-obamo-qatari, les rĂ©fĂ©rences Ă  l’histoire nationale ont Ă©tĂ© Ă©radiquĂ©es, quand ce n’est pas la dĂ©testation du pays et le dĂ©nigrement de la Nation Tunisienne qui ont Ă©tĂ© professĂ©s par les tenants de l’internationalisme qu’il soit de khwanji ou gauchiste prĂ©tendument tiers-mondiste, africaniste et wokiste Ă  souhait.

Le 20 mars 2025 coïncide avec la menace insistante et mortelle de l’invasion subsaharienne de la Tunisie.

Cette menace contre la sociĂ©tĂ© tunisienne a Ă©tĂ© minimisĂ©e par ceux qui ont tirĂ© un profit matĂ©riel et financier, directement de l’implantation des populations Ă©trangĂšres en fraude sur le sol national au point que les chiffres officiels ne dĂ©montrent que 23 milles lĂ©gaux (Ă  peine le stade de Zouiten) alors qu’il passait des milliers en une seule nuit depuis l’AlgĂ©rie, avec l’aide de la population algĂ©rienne et les autoritĂ©s algĂ©riennes, ouvertement, directement et sans vergogne.

Ces derniers jours, contre l’avis des petites coteries qui espĂšrent encore un destin Ă  la Martin Luther King, la population, bien rĂ©signĂ©e, a commencĂ© Ă  mesurer l’ampleur du dĂ©sastre, ce que nous n’avons jamais cessĂ© de dĂ©noncer, de souligner.

La « petite rĂ©publique des donneurs de leçons », ne donne plus de la voix, nous sommes ravis qu’ils gardent le silence, car dĂ©sormais, toutes les dynamiques contredisent point par point leurs allĂ©gations. Tous les faits dĂ©mentent aussi la thĂšse dĂ©fendue par certains (amis) de l’AlgĂ©rie et de la Libye et qui hier encore, comparaient la perte de la terre des ancĂȘtres Ă  une querelles entre virages d’équipes de foot. Une honte absolue, celle de comparer la Nation hĂ©ritiĂšre de Hannibal (ibĂ©ro-carthaginois et non un afro-washingtonien), hĂ©ritiĂšre de Kahina la berbĂšre, la mĂšre de notre Nation tunisienne, de Jarjar, de Ben Ghedhahem, de DaghbĂ©ji, de Mosbah Al Jarbou, de Bourguiba et des vrais nationalistes tunisiens, Ă  un virage d’un vulgaire stade de foot.

DĂ©cidĂ©ment, le relativisme de la gauche internationaliste, stalino-poutinienne n’a pas de limite. L’histoire, dans peu de temps leur opposera leurs Ă©crits.

Mais lĂ  n’est pas encore le problĂšme. Le solde de tout compte avec ceux qui ont vendu la terre des ancĂȘtres, ceux qui se sont fait les « collabos » des nouveaux occupants, viendra, trĂšs vite. Il est inĂ©luctable.

Afin de hĂąter et d’enrichir la prise de conscience du drame et de la menace, nĂ©cessaire Ă  la lutte pour la terre des ancĂȘtres, qui elle aussi viendra inĂ©luctablement, nous allons verser des Ă©lĂ©ments techniques, dont nous avons pu avoir connaissance dans le cadre d’un « workshop » sur l’immigration clandestine depuis l’Afrique du Nord vers l’Europe avec un point de situation durant le premier trimestre de 2025.

Dans un trĂšs proche avenir, nous allons publier l’intĂ©gralitĂ© des Ă©lĂ©ments techniques, libre Ă  chacun de voir ou de se cacher les yeux devant l’ampleur du tsunami qui se prĂ©pare.

Ce que nous redoutions en 2023 et que nous avons dĂ©crit avec minutie, sur la base du workshop de 2023 et en train d’advenir.

Tous les indicateurs sont dramatiques pour la Tunisie et, Ă  moins d’un sursaut collectif, nĂ©cessaire et salutaire, cette gĂ©nĂ©ration perdra la terre des ancĂȘtres dĂ©finitivement. MĂ©ditons avant d’aller plus loin les remises en question du principe de l’uti possedetis juri par des pays comme les Etats-Unis dans l’affaire du Groenland.

Dernier Ă©lĂ©ment et lĂ  aussi, non des moindres, si nous nous permettons d’écrire cette tribune, outre le fait qu’il est de notre devoir de dĂ©fendre la terre des ancĂȘtres par tous les moyens, mais c’est aussi, parce que nous avons passĂ© la totalitĂ© de notre carriĂšre et avons prodiguĂ© des formations dans le domaine prĂ©cis des risques gĂ©opolitiques. Cela peut se vĂ©rifier aisĂ©ment, y compris en Tunisie mĂȘme.

Premier Ă©lĂ©ment technique. Une simple carte, croisĂ©e avec quelques indicateurs fait de l’Afrique du nord, le « bassin de dĂ©versement » potentiel pour un bloc dĂ©mographique de plus d’un 900 millions de personnes. Ce bassin dĂ©mographique est aussi le domaine des Etats faillis, des Etats sur la carte, sans aucune consistance ni politique, ni sĂ©curitaire, ni juridique, autrement en potentiel effondrement rapide. On pourrait dire immĂ©diat. Or, aprĂšs le dĂ©part de l’Union EuropĂ©enne, de la France et des Etats-Unis, aprĂšs la fin de l’aide militaire et sĂ©curitaire, la Tunisie (et les autres) se trouvent face au tsunami migratoire subsaharien.

Dans les mois et dans les semaines qui viennent, les conditions vont empirer. A la dĂ©fection des occidentaux expulsĂ©s par les africains eux-mĂȘmes, s’ajoute la dĂ©sertion russe et l’évaporation du cartel des « BRICS » mort-nĂ©. Plus aucun Etat digne de ce nom ne fait tampon entre nous et le bassin dĂ©mographique.

Second Ă©lĂ©ment technique. L’AlgĂ©rie et la Libye poussent les vagues migratoires vers la Tunisie. L’AlgĂ©rie peut les arrĂȘter, mais ne le fait pas. Nous avons pur visionner l’aide directe des autoritĂ©s algĂ©riennes et de la population algĂ©rienne aux subsahariens en les poussant Ă  entrer en Tunisie avec un ravitaillement, en nourriture et en transports prodiguĂ©s par les autoritĂ©s algĂ©riennes elles-mĂȘmes. Nous attendons un dĂ©menti de leur part depuis deux ans. La Libye opĂšre aussi Ă  dĂ©truire la Tunisie. Toutes les composantes libyennes sans exception aucune sont dans une haine contre la Tunisie.

TroisiĂšme Ă©lĂ©ment technique. La Tunisie s’est piĂ©gĂ©e elle-mĂȘme et Ă  deux niveaux.

D’une part la population et la mafia de l’immigration et des trafics a dĂ©moli le pays en se faisant les auxiliaires des mafias africaines et ensuite des mafias italiennes. Ces mĂȘmes contrebandiers qui ont dĂ©moli l’économie nationale, sont en train de dĂ©molir la terre des ancĂȘtres et rĂ©cemment se sont enrĂŽlĂ©s dans les trafics des drogues dures, de blanchiments et des rĂ©seaux de prostitution transcontinentaux.

L’accord avec l’Italie que peu ont lu (nous avons lu la version en anglais) est un piĂšge mortel pour la Tunisie d’aujourd’hui et de demain. Nous mettons au dĂ©fi quiconque de prouver le contraire. C’est une condamnation Ă  mort du pays.

En effet, en Ă©largissent le domaine du sauvetage en mer, la Tunisie devient responsable des navires qui viendraient mĂȘme de Chypre, d’Egypte ou mĂȘme d’autres pays croisant au large de la Tunisie. La Tunisie s’est engagĂ©e Ă  arraisonner les navires et Ă  dĂ©barquer en Tunisie tous les migrants et de les laisser dans la nature. C’est un suicide social, Ă©conomique, c’est une destruction de l’attractivitĂ© du pays, de sa rĂ©putation.

Cet accord a la particularitĂ© d’attirer les pays en mal de dĂ©potoirs, comme le miel attire les mouches. Le ministre du Royaume-Uni avec lequel nous avons que des relations anecdotiques, a fait le voyage pour s’assurer lui-mĂȘme des conditions de dĂ©tention des futurs migrants issus du NigĂ©ria, anglophone, le fameux kults, des ganges nigĂ©rians qui pullulent en Angleterre et en Irlande.

L’italienne en Pons Pilate a crucifiĂ© la Tunisie, s’en est lavĂ©e les mains. Elle arrĂȘtera bientĂŽt de livrer Ă  la Tunisie l’équivalent d’une pizza par habitant tunisien, sans garniture pour devenir le bassin de rĂ©tention de toute la dĂ©mographie du monde qui aurait le projet d’entrer en Italie, fut-ce depuis l’Adriatique. Son acolyte Mark Rutte qui est venu signer l’accord avec la Tunisie pour la partie hollandaise, alors qu’il n’y a aucune immigration clandestine vers la Hollande depuis la Tunisie, s’est rĂ©fugiĂ© dans une OTAN en sursis de mort. Tout ce beau monde s’est essuyĂ© les pieds sur la Tunisie pour quelques piĂ©cettes qui seront suspendues.

QuatriĂšme Ă©lĂ©ment technique. Les accords avec le voisinage n’ont aucun intĂ©rĂȘt, ces accords n’ont mĂȘme pas la valeur de l’encre qui a servi Ă  les imprimer. Car la Tunisie n’a aucune capacitĂ© coercitive, militaire contre ceux qui dĂ©versent chez nous des populations Ă©trangĂšres. En revanche, nos voisins n’hĂ©sitent pas Ă  embastiller, arrĂȘter, molester des Tunisiens quand ils ne s’ingĂšrent pas dans les affaires internes du pays. Arrivera le moment

crucial oĂč la terre des ancĂȘtres, la dignitĂ© du peuple passera devant les bonbonnes de gaz et les produits de contrebande. Il faudra que cela vienne, cela viendra, car nous n’allons pas laisser se perdre le rĂȘve qui sont morts avant de voir et de jouir de l’indĂ©pendance du pays.

La question vient tout de suite, que faire ? Dans ce genre de situation, nous l’avons dit et redit Ă  maintes reprises, il faut une stratĂ©gie de choc. Cela doit commencer par dĂ©clarer Ă  la terre entiĂšre que la Tunisie refusera dĂ©sormais toute arrivĂ©e sur ses frontiĂšres terrestres ou maritimes ou aĂ©riennes de toute personne qui chercher Ă  coloniser le pays ou qui cherche Ă  passer en Europe. Il faut assortir l’interdiction de punition et de mesure s de rĂ©tention comme en Allemagne ou aux Etats-Unis (qui rĂ©cemment ont expulsĂ© des Tunisies). Le

second acte sera de dĂ©clarer toutes les frontiĂšres zones militaire en situation de menace de guerre, les arrivĂ©es massives sont une forme de guerre hybride. La mise en place d’un systĂšme de visa total, pour tous pour entrer sur le territoire tunisien. Imposer la dĂ©tention d’un passeport valide et d’un Ă©quivalent d’un billet retour dans le pays d’origine. Eriger le trafic d’ĂȘtres humains au rang de crime contre la sĂ»retĂ© de l’Etat punissable par la peine extrĂȘme.

Enfin, et surtout dĂ©noncer l’accord avec l’Italie comme l’ont si bien exigĂ© hier quelques dĂ©putĂ©s au sein mĂȘme de notre parlement, car de toute façon l’Union EuropĂ©enne va le stopper dans les meilleures des cas dans les trois ou quatre mois qui viennent. L’Union

EuropĂ©enne est en phase de rĂ©orientation du jeu vers le guerrier et pourrait interprĂ©ter l’immigration clandestine comme outil de dĂ©stabilisation politique par l’action de la Russie, ce que les russes ont fait en BiĂ©lorussie, ce qu’ils tentent de faire contre la France via des Etats voisin de la Tunisie. Dans ce cas prĂ©cis l’action des marines europĂ©ennes peut lĂ©galement se faire dans les eaux internationales face Ă  la Libye (mais ceci n’est pas notre problĂšme) ou face Ă  la Tunisie. Ceci ne rendrait pas l’action inamicale, elle relĂšverait en rĂ©alitĂ© du droit maritime internationale, ce que les marines europĂ©ennes font dans la zone caribĂ©enne.

Il existe deux rĂšgles simples en diplomatie. La premiĂšre, on ne se fait pas payer pour tenir sa propre frontiĂšre. La seconde, on ne monnaye par la pĂ©rennitĂ© de sa sociĂ©tĂ©, de sa culture, de son pays sur la base de l’ouverture des frontiĂšres Ă  toutes les misĂšres du monde dont on n’est en rien responsable.

Triste anniversaire.

T.B.

Politologue

RĂ©trĂ©cissement de l’espace gĂ©ostratĂ©gique de la Tunisie

20. MĂ€rz 2025 um 12:14

A l’occasion de la cĂ©lĂ©bration du 69e anniversaire de son indĂ©pendance, il n’est pas excessif de penser que la Tunisie peut mieux faire et mĂ©rite trĂšs certainement mieux en matiĂšres de relations diplomatiques et de coopĂ©ration  internationale.

Elyes Kasri *

Alors que les Etats-Unis d’AmĂ©rique ont pris conscience du fardeau stratĂ©gique et moral que reprĂ©sente pour eux une Europe de plus en plus vieille et dĂ©cadente moralement et Ă©conomiquement avec un dĂ©lire belliciste suicidaire, du moment que les vĂ©ritables enjeux se dessinent dĂ©sormais dans la zone Asie-Pacifique, et qu’un nouveau Yalta avec une reconfiguration gĂ©ostratĂ©gique et des zones d’influence se profile Ă  l’horizon, la Tunisie se trouve confrontĂ©e Ă  de nombreux dĂ©fis depuis les errements de sa rĂ©volution de la libertĂ© et de la dignitĂ©, auxquels s’ajoutent les prĂ©mices de naufrage gĂ©ostratĂ©gique et Ă©conomique de son principal partenaire europĂ©en avec lequel elle a conclu de nombreux accords dont le dernier qualifiĂ© de mĂ©morandum d’entente sur un partenariat stratĂ©gique et global le 16 juillet 2023.

Outre le rĂ©trĂ©cissement de l’espace gĂ©ostratĂ©gique de la Tunisie dans la rĂ©gion maghrĂ©bine, tant en raison de l’abandon de la politique traditionnelle d’impartialitĂ© positive sur l’affaire du Sahara Occidental que du naufrage du voisin libyen, l’espace africain de notre pays a Ă©tĂ© chahutĂ© par des positions et dĂ©clarations tunisiennes sur la vague migratoire subsaharienne et un dĂ©sintĂ©rĂȘt pour les rĂ©unions et les questions continentales.

L’atmosphĂšre d’incomprĂ©hension s’alourdit jour aprĂšs jour

En mĂȘme temps, le maximalisme prĂŽnĂ© au sujet de la cause palestinienne a fait sortir la Tunisie de la zone de confort relatif que lui procurait le consensus arabe et la positionne paradoxalement dans la rĂ©gion Moyen Orient-Afrique du Nord (Mena) dans un front du refus qui se marginalise de jour en jour et fond comme de la neige sous le soleil ardent du Sahara.

Quant Ă  l’Europe, en dĂ©pit du mĂ©moire d’entente de juillet 2023, l’atmosphĂšre d’incomprĂ©hension s’alourdit de jour en jour et les quelques visites Ă  un niveau gouvernemental se limitent Ă  la question migratoire et au rĂŽle de la Tunisie dans la protection des frontiĂšres europĂ©ennes.

Le dialogue politique tant Ă  Bruxelles qu’à Strasbourg et dans les principales capitales europĂ©ennes, semble au point mort avec la paralysie du conseil d’association depuis 2019 en dĂ©pit de sa frĂ©quence annuelle convenue entre la Tunisie et l’Union EuropĂ©enne.

Quant aux relations avec le partenaire classique amĂ©ricain, aprĂšs une pĂ©riode de nĂ©gligence et des relents d’animositĂ© au sein de la Chambre des reprĂ©sentants et du SĂ©nat, la nomination pour la premiĂšre fois d’un ambassadeur politique (Bill “Bilel” Bazzi), proche du prĂ©sident Trump, d’origine libanaise et de confession chiite, peut se prĂȘter Ă  toute sorte d’interprĂ©tations.

Toutefois, dans l’attente de son audition de confirmation par le sĂ©nat et l’ordre de mission qui lui sera donnĂ© par le lĂ©gislatif amĂ©ricain, il suffit de relever ce qui semble ĂȘtre une mĂ©thode chĂšre au prĂ©sident Trump qui est de nommer un Ă©missaire proche du pays sur lequel il compte exercer une attention personnelle et des pressions qui selon le tempĂ©rament du prĂ©sident amĂ©ricain peuvent ĂȘtre cassantes et brutales.

La Russie et la Chine, conscientes des nouvelles rĂ©alitĂ©s gĂ©ostratĂ©giques, recentrent, quant Ă  elles, leurs prioritĂ©s sur l’Europe pour la Russie et la rĂ©gion Asie-Pacifique pour la Chine qui se prĂ©pare Ă  une exacerbation de l’adversitĂ© amĂ©ricaine en commençant par une guerre tarifaire avec un potentiel non nĂ©gligeable de dĂ©rapage militaire.

Le lĂąchage sans Ă©tats d’ñme par la Russie du rĂ©gime syrien et des bases stratĂ©giques Ă  Tartous et Hmeimim donne des sueurs froides Ă  ses clients dans le monde arabe et notre voisinage immĂ©diat. Il devrait ĂȘtre pris comme un avant-goĂ»t du nouveau Yalta qui se profile Ă  l’horizon.

Des opportunités de coopération insuffisamment explorées

Avec l’Inde, l’autre gĂ©ant asiatique et pays fondateur du groupe des Brics, en plus d’ĂȘtre un partenaire et client traditionnel de la Tunisie en engrais chimiques, la coopĂ©ration bilatĂ©rale semble au ralenti avec un projet de jumelage entre le gouvernorat de l’Ariana et l’Etat de Karnataka en hibernation.

L’Etat de Karnataka (69 millions d’habitants) a pour capitale Bangalore, le vivier technologique de l’Inde avec son plus grand pĂŽle technologique, des filiales opĂ©rationnelles des plus grandes entreprises mondiales, en plus du siĂšge de l’Isro, l’agence spatiale indienne qui a envoyĂ© une navette spatiale sur la lune en aoĂ»t 2023. Je me rappelle que lors d’une visite Ă  Isro en 2004, son directeur m’avait confiĂ© que son agence prĂ©voyait d’envoyer une navette sur la lune Ă  l’horizon 2024.

Autant d’opportunitĂ©s de dialogue et coopĂ©ration gagnant-gagnant insuffisamment explorĂ©es et concrĂ©tisĂ©es avec l’Inde et d’autres pays asiatiques comme la CorĂ©e du Sud et la Malaisie, dĂ©nuĂ©s de passĂ© et d’arriĂšre-pensĂ©es coloniaux et qui Ă©taient il y a quelques dĂ©cennies au mĂȘme niveau de dĂ©veloppement que la Tunisie.

Il n’est pas exagĂ©rĂ© de penser qu’il est temps de donner Ă  la coopĂ©ration internationale stratĂ©giquement Ă©tudiĂ©e et suivie sa part dans la solution des problĂšmes tunisiens et de la nĂ©cessitĂ© vitale d’ adopter une politique de relance en dehors des sentiers battus des slogans idĂ©ologiques Ă©culĂ©s, de l’endettement et de la solidaritĂ©/charitĂ© internationale qui, mĂȘme entre frĂšres, ne vient pas son lot d’arriĂšre-pensĂ©es et de compromissions.

A l’occasion de la cĂ©lĂ©bration du soixante neuviĂšme anniversaire de son indĂ©pendance, il n’est pas excessif de penser que la Tunisie peut mieux faire et mĂ©rite trĂšs certainement mieux.

* Ancien ambassadeur.

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L’économie mondiale en panne | Un dĂ©rĂšglement temporaire ou une mutation irrĂ©versible ?

20. MĂ€rz 2025 um 08:29

Loin d’un simple ajustement conjoncturel, l’économie mondiale traverse une mutation structurelle d’ampleur inĂ©dite. Le paradigme cyclique, longtemps considĂ©rĂ© comme une loi immuable du capitalisme, s’efface au profit d’une transformation permanente oĂč l’innovation, la dĂ©mographie et le climat redessinent les dynamiques de croissance.

Yahya Ould Amar *

Faut-il encore parler de «crise Ă©conomique» quand le monde ne connaĂźt plus de reprise? Depuis longtemps on s’est habituĂ© Ă  voir l’économie comme une alternance de hauts et de bas, de prospĂ©ritĂ© et de rĂ©cession. Mais aujourd’hui, ce modĂšle semble obsolĂšte.

L’intelligence artificielle (IA) redĂ©finit le travail, le vieillissement des populations dans les Ă©conomies dominantes transforme profondĂ©ment les modĂšles de consommation et de production, et les dĂ©rĂšglements climatiques ne sont plus des chocs isolĂ©s, mais un nouveau facteur permanent de dĂ©stabilisation perturbant durablement les chaĂźnes de production.

DĂ©sormais, l’économie ne fonctionne plus en cycles, mais en perpĂ©tuelle adaptation Ă  des mutations systĂ©miques : c’est un changement de paradigme.

Sommes-nous entrĂ©s dans un monde oĂč la croissance n’est plus qu’un mirage, oĂč l’innovation profite davantage aux rentes qu’à la prospĂ©ritĂ© collective?

Face Ă  ces bouleversements systĂ©miques, l’État redevient le grand architecte de l’économie, redessinant de nouvelles rĂšgles du jeu puisque celles existantes sont devenues inopĂ©rantes pour de bon. Une seule certitude demeure : les vieux repĂšres Ă©conomiques ne tiennent plus.

Le grand dérÚglement économique est-il une mutation permanente ?

Les cycles Ă©conomiques traditionnels, fondĂ©s sur l’alternance de phases d’expansion, de surchauffe, de rĂ©cession et de reprise, apparaissent de plus en plus obsolĂštes face Ă  des transformations structurelles profondes. L’IA et l’automatisation bouleversent le facteur travail, entraĂźnant une dĂ©-corrĂ©lation entre croissance et emploi, un phĂ©nomĂšne inĂ©dit dans l’histoire Ă©conomique.

Par ailleurs, le vieillissement dĂ©mographique, notamment en Europe, aux USA, en Chine, au Japon et dans le reste de l’Asie, modifie la structure de la demande en rĂ©duisant la consommation de biens durables et en rĂ©orientant l’économie vers les services aux seniors.

SimultanĂ©ment, les dĂ©rĂšglements climatiques introduisent des chocs asymĂ©triques permanents, perturbant les chaĂźnes de production et imposant une restructuration continue des infrastructures Ă©nergĂ©tiques et industrielles. Contrairement aux crises cycliques classiques, ces bouleversements ne sont pas temporaires mais s’inscrivent dans un horizon de long terme, modifiant en profondeur les dynamiques macroĂ©conomiques.

L’ampleur des transformations en cours s’observe dĂ©jĂ  Ă  travers plusieurs tendances concrĂštes. Aux États-Unis, en Chine ou au Japon, la montĂ©e en puissance des robots et de l’IA dans de nombreux domaines et pour ne citer que l’industrie automobile (Tesla, Toyota
) rĂ©duit l’élasticitĂ© emploi-croissance, rendant obsolĂštes les politiques traditionnelles de stimulation par l’emploi.

En parallĂšle, le vieillissement de la population a provoquĂ© un basculement vers une Ă©conomie de services Ă  la personne. A titre d’exemple, ceci est illustrĂ© au Japon par la forte expansion des entreprises de soins aux seniors comme Nichii Gakkan.

De mĂȘme, la frĂ©quence croissante des catastrophes climatiques – ouragans aux États-Unis, sĂ©cheresses en Afrique et inondations en Asie et en Europe – entraĂźne une reconfiguration constante des chaĂźnes logistiques. L’exemple du canal de Panama, oĂč la baisse du niveau de l’eau force Ă  limiter le trafic maritime, illustre bien la nĂ©cessitĂ© d’une adaptation structurelle continue face aux chocs climatiques.

Ces mutations confirment que l’économie mondiale ne suit plus des cycles de crise et de reprise, mais des transformations systĂ©miques permanentes.

La stagnation Ă©conomique est-elle notre avenir ?

Les transformations susmentionnĂ©es orientent l’économie vers un rĂ©gime de croissance plus linĂ©aire et stagnante, marquĂ© par une tendance structurelle Ă  la faible productivitĂ© et aux taux d’intĂ©rĂȘt bas.

L’hypothĂšse de stagnation sĂ©culaire, thĂ©orisĂ©e par Lawrence Summers, devient une rĂ©alitĂ© observable, oĂč les politiques monĂ©taires perdent de leur efficacitĂ© et oĂč la relance de la demande par l’investissement productif se heurte aux rigiditĂ©s structurelles du marchĂ© du travail et du capital.

De plus, l’émergence d’un capitalisme de plateformes et de la finance algorithmique gĂ©nĂšre une concentration extrĂȘme des richesses, favorisant des logiques de rente plutĂŽt que d’innovation et limitant les effets redistributifs de la croissance. Dans ce contexte, les cycles Ă©conomiques traditionnels sont remplacĂ©s par des dynamiques de long terme, oĂč les marchĂ©s ne rĂ©pondent plus aux mĂȘmes impulsions cycliques qu’auparavant.

L’économie japonaise illustre parfaitement ce nouveau rĂ©gime de faible croissance et de taux bas structurels : depuis les annĂ©es 1990, malgrĂ© des politiques monĂ©taires ultra-accommodantes – comme Ă©galement observĂ© depuis plus de dix ans en Europe – l’investissement privĂ© peine Ă  se traduire en productivitĂ© accrue.

Par ailleurs, l’essor du capitalisme de plateforme renforce les positions dominantes de quelques grandes entreprises. En Chine, Alibaba et Tencent concentrent des pans entiers de l’économie numĂ©rique, captant la majoritĂ© des flux de paiements, de commerce en ligne et de donnĂ©es, ce qui freine l’émergence de nouveaux acteurs innovants. Dans la finance, l’essor du trading algorithmique amplifie les tendances spĂ©culatives plutĂŽt que l’investissement productif, comme en tĂ©moignent les mouvements erratiques sur les marchĂ©s boursiers dĂ©clenchĂ©s par les algorithmes Ă  haute frĂ©quence. De grands investisseurs prĂ©fĂšrent aujourd’hui la spĂ©culation Ă  l’investissement dans l’économie rĂ©elle.

L’accumulation de ces facteurs dĂ©forme la logique classique des cycles Ă©conomiques et installe un capitalisme plus centrĂ© sur la captation de valeur que sur la crĂ©ation de richesse.

Vers une Ă©conomie sous pilotage permanent ?

DĂšs lors, l’économie mondiale semble Ă©voluer vers un nouveau paradigme Ă©conomique, oĂč l’interventionnisme public devient une variable permanente pour gĂ©rer les transitions Ă©cologiques et technologiques. La nĂ©cessitĂ© d’une planification Ă  long terme, notamment dans le cadre d’un Green New Deal permanent, impose un cadre oĂč l’État joue un rĂŽle central dans l’orientation des investissements et la stabilisation des dĂ©sĂ©quilibres. Les politiques Ă©conomiques ne cherchent plus seulement Ă  moduler les cycles, mais Ă  rĂ©organiser en profondeur les structures productives pour rĂ©pondre aux dĂ©fis de la transformation numĂ©rique, du vieillissement et du climat. Ce basculement remet en cause les fondements mĂȘme de l’analyse Ă©conomique classique et ouvre la voie Ă  de nouvelles thĂ©ories, davantage axĂ©es sur la soutenabilitĂ© et la rĂ©gulation proactive des mutations en cours.

L’importance croissante de l’État se manifeste dans de nombreux pays Ă  travers des plans d’investissement massifs. Aux États-Unis, l’Inflation Reduction Act (IRA) vise Ă  rĂ©industrialiser le pays en orientant les capitaux vers l’énergie et la relocalisation des semi-conducteurs. En Europe, le Green Deal impose une rĂ©gulation forte pour transformer les infrastructures Ă©nergĂ©tiques et les transports, forçant les entreprises Ă  intĂ©grer la transition Ă©cologique dans leurs stratĂ©gies. La Chine, quant Ă  elle, adopte une approche dirigiste avec son plan Made in China 2025, qui vise Ă  renforcer sa souverainetĂ© technologique en rĂ©duisant sa dĂ©pendance aux technologies occidentales.

Ces politiques marquent un tournant : plutĂŽt que de simplement corriger les cycles, elles redessinent les structures Ă©conomiques elles-mĂȘmes. DĂšs lors, la macroĂ©conomie classique, centrĂ©e sur l’ajustement conjoncturel, cĂšde la place Ă  une Ă©conomie de transition permanente, nĂ©cessitant de nouveaux cadres thĂ©oriques pour penser la soutenabilitĂ© et la rĂ©silience face aux mutations en cours.

Quels choix stratégiques pour le Sud global ?

Une premiĂšre voie consiste Ă  accĂ©lĂ©rer l’industrialisation de prĂ©fĂ©rence verte et la montĂ©e en gamme des chaĂźnes de valeur. Au cƓur de cette voie, l’industrialisation des biens intermĂ©diaires, qui sont naturellement exemptĂ©s de contraintes de certification ou de normes imposĂ©es habituellement sur les marchĂ©s Ă©trangers, constitue un levier clĂ© de montĂ©e en gamme et de compĂ©titivitĂ©.

PlutĂŽt que de rester cantonnĂ©s Ă  l’exportation de matiĂšres premiĂšres, les Ă©conomies du sud doivent favoriser la transformation locale des ressources. Ce qui permet de crĂ©er des emplois qualifiĂ©s, d’augmenter la valeur ajoutĂ©e locale et de rĂ©duire la vulnĂ©rabilitĂ© aux fluctuations des prix des matiĂšres premiĂšres.

Une seconde prioritĂ© stratĂ©gique pour le Sud global est de renforcer sa souverainetĂ© technologique et son intĂ©gration dans l’économie numĂ©rique mondiale. À l’image de l’Inde, qui s’est imposĂ©e comme un acteur clĂ© dans le dĂ©veloppement de logiciels et de services informatiques, d’autres Ă©conomies Ă©mergentes peuvent tirer parti de la rĂ©volution numĂ©rique, ce qui leur permettrait d’accĂ©lĂ©rer leur diversification Ă©conomique, d’amĂ©liorer leur productivitĂ© et d’attirer des investissements Ă©trangers.

L’interventionnisme d’État est-il une arme à double tranchant ?

Alors que les grandes Ă©conomies mondiales rĂ©habilitent le rĂŽle de l’État dans l’orientation Ă©conomique, les pays du Sud global doivent trouver un Ă©quilibre entre interventionnisme stratĂ©gique et efficacitĂ© du marchĂ©. Un État stratĂšge peut jouer un rĂŽle dĂ©terminant en stimulant l’investissement dans les infrastructures, l’éducation et la recherche, autant de secteurs essentiels pour garantir une croissance soutenable Ă  long terme.

De mĂȘme, une intervention ciblĂ©e permettrait de rĂ©duire les inĂ©galitĂ©s Ă©conomiques et sociales grĂące Ă  des politiques publiques renforçant les mĂ©canismes de protection sociale.

Le retour de l’interventionnisme prĂ©sente aussi des risques majeurs. Une implication excessive de l’État peut conduire Ă  une bureaucratie inefficace, une allocation sous-optimale des ressources et une corruption accrue, transformant les bonnes initiatives Ă©conomiques en rentes pour des groupes restreints.

Loin d’un simple ajustement conjoncturel, l’économie mondiale traverse une mutation structurelle d’ampleur inĂ©dite. Le paradigme cyclique, longtemps considĂ©rĂ© comme une loi immuable du capitalisme, s’efface au profit d’une transformation permanente oĂč l’innovation, la dĂ©mographie et le climat redessinent les dynamiques de croissance.

Face Ă  ces bouleversements, l’intervention de l’État s’impose non plus comme un instrument de stabilisation, mais comme un architecte de long terme, rĂ©orientant les investissements, encadrant les nouvelles formes de crĂ©ation de valeur et arbitrant les tensions entre souverainetĂ© et ouverture Ă©conomique. Mais ce retour du dirigisme n’est pas sans risque : un interventionnisme mal calibrĂ© pourrait Ă©touffer l’initiative individuelle et rigidifier des Ă©conomies dĂ©jĂ  fragilisĂ©es par la concentration des richesses et l’érosion de la productivitĂ©.

DĂšs lors, le vĂ©ritable dĂ©fi pour les Ă©conomies du Sud comme du Nord n’est pas de choisir entre marchĂ© et État, mais d’inventer un modĂšle hybride, capable d’accompagner les transitions sans compromettre la dynamique entrepreneuriale.

Si les anciennes certitudes s’effondrent, une chose demeure : seuls les pays qui sauront anticiper et adapter leurs structures aux nouvelles rĂ©alitĂ©s du XXIᔉ siĂšcle Ă©mergeront comme les gagnants de cette Ăšre de recomposition Ă©conomique.

* Economiste, banquier et financier.

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L’Occident, ses «valeurs» et nos malheurs

19. MĂ€rz 2025 um 12:20

Voir un peuple palestiniens dĂ©logĂ©, dĂ©sarmĂ©, affamĂ© et bombardĂ© en toute impunitĂ© avec l’aval d’un Occident qui n’a cessĂ© d’agiter la banniĂšre humanitaire pour arriver Ă  ses fins en Irak, en Libye, en Syrie, pour protĂ©ger l’Ukraine, et voir une certaine Ă©lite de ce pays, une dĂ©cennie durant, faire les larbins devant les ambassades, sans parler des hystĂ©riques dĂ©bilement Charlie, c’est juste effarant.

Dr Monem El Achkham *

J’ai une pensĂ©e, en ce mois saint, pour ceux qui ont Ă©tĂ© un jour, immĂ©diatement et tendrement, Charlie et qui n’ont jamais, soit dit en passant, Ă©tĂ© Christchurch ni Rohingya d’ailleurs.

Cette Ă©mouvante naĂŻvetĂ© de ces concitoyens qui pensait que l’Occident dĂ©fendait des valeurs universelles, qu’on avait les mĂȘmes ennemis, que la seule voie Ă  la libertĂ© et Ă  la sĂ©curitĂ© Ă©tait de porter haut et fort ces valeurs, indĂ©pendamment de l’appartenance culturelle et de la nationalitĂ©, Ă©tait d’une niaiserie attendrissante.

Pour les non regardants, ça pourrait tenir comme ligne de pensĂ©e, mĂȘme s’il n’y avait pas besoin d’avoir fait de grandes Ă©coles pour comprendre que chez ces gens-lĂ , monsieur, les ĂȘtres humains ne sont pas tout Ă  fait Ă©gaux et que comme disait Coluche, il y en a mĂȘme qui sont plus Ă©gaux que d’autres.

Les plus tĂ©mĂ©raires, pour ĂȘtre consĂ©quents dans leur philosophie Ă  deux balles ou par conviction, poussaient la plaisanterie jusqu’à comprendre voire mĂȘme dĂ©fendre des dĂ©clarations et des positions litigieuses, quand bien mĂȘme elles sont allusivement insultantes pour ce qu’on est et ce qu’a toujours Ă©tĂ© notre culture.

Les Chalghoumi et compagnie

Nous ne nous attarderons bien entendu pas sur ceux qui revendiquent et partagent l’attitude mĂ©prisante et la rĂ©pulsion que l’Occident a pour tout ce qui est arabo-musulman, ceux-lĂ  ne sont mĂȘme pas dignes du mĂ©pris.

Il faut reconnaĂźtre cependant que les Occidentaux ne nous logent pas tous Ă  la mĂȘme enseigne, il y a leurs amis comme le vĂ©nĂ©rable Hassen Chalghoumi **, ceux qui ont allumĂ© les bougies devant la rĂ©sidence de l’ambassadeur de France pour dĂ©clarer qu’ils Ă©taient Charlie jusqu’à la moelle, et il y a les autres. Ce que nos conquis Ă  l’Occident n’ont pas intĂ©grĂ©, c’est que les Chalghoumi et compagnie, ainsi que tous les pays soumis Ă  ne plus en pouvoir, n’ont pas plus de valeur que les autres et que le seul intĂ©rĂȘt qu’ils suscitent est qu’ils soient servilement soumis, qu’ils soient docilement utilisables jusqu’ Ă  ce que leur tour soit venu.

J’ai une rĂ©elle peine pour ces pauvres concitoyens, qui ont misĂ© sur des valeurs universelles et qui viennent Ă  comprendre que, sans l’ombre d’un doute, dans le mot «universel», il n’a jamais Ă©tĂ© question d’Arabo-musulmans, de bougnoules quoi, sauf qu’ils n’étaient pas assez douĂ©s pour le voir. Encore que, quelque chose me dit qu’ils ne pouvaient pas ne pas s’en apercevoir, sauf que ça les arrangeaient de ne pas l’admettre.

Le gĂ©nocide perpĂ©trĂ© par les sionistes Ă  Gaza nous gĂąche la vie, nous attriste, nous blesse et nous humilie tous autant que nous sommes. Ce sinistre sentiment d’impuissance, cette injustice exhibĂ©e sans gĂȘne, de maniĂšre rĂ©currente, et dans un total dĂ©dain des valeurs humaines, incite Ă  la haine.

Voir un peuple palestinien dĂ©logĂ©, dĂ©sarmĂ©, affamĂ© et bombardĂ© en toute impunitĂ© avec l’aval d’un Occident qui n’a cessĂ© d’agiter la banniĂšre humanitaire pour arriver Ă  ses fins en Irak, en Libye, en Syrie, pour protĂ©ger l’Ukraine et voir une certaine Ă©lite de ce pays, une dĂ©cennie durant, faire les larbins devant les ambassades, sans parler des hystĂ©riques dĂ©bilement Charlie, c’est juste effarant.

Cet Occident qui nous méprise

Le jour oĂč on se sera rendu compte qu’il ne suffirait pas d’aligner trois mots dans la langue de MoliĂšre, de courber l’échine Ă  se briser les lombaires et de dĂ©nigrer sa propre culture pour ĂȘtre assimilĂ©, ça sera un dĂ©but de redressement quant Ă  notre dignitĂ© et on aura peut-ĂȘtre alors une chance de commencer une vĂ©ritable rĂ©flexion sur ce qui conviendrait d’entreprendre pour vivre libre, en sĂ©curitĂ© et avec un positionnement lucide, droit et sans ambiguĂŻtĂ© aucune, face Ă  un Occident qui nous mĂ©prise et qui nous abhorre ouvertement. Cet occident qui porte plainte contre un prĂ©sident russe pour crime de guerre, pour avoir tuĂ© des civils et qui ne se soucie pas de protĂ©ger un Premier ministre israĂ©lien ayant contre lui un mandat d’arrĂȘt Ă©mis par la Cour pĂ©nale internationale.

Continuer Ă  aider et Ă  soutenir cet abject criminel de guerre dans cette barbarie sans nom, est immonde, ignoble, immoral et infĂąme mais ne leur pose absolument pas le moindre problĂšme. Est-ce que cette effrayante rĂ©alitĂ© est suffisante pour que l’on comprenne et qu’on se positionne une fois pour toute ou est-ce qu’il faudra plus pour nos Chalghoumi ?

* Chirurgien, Gafsa.

** Responsable associatif et religieux franco-tunisien connu pour ses positions qui suintent la haine de soi et qui dĂ©fend les thĂšses occidentales en toute chose.

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L’Occident s’acharne sur les Palestiniens, par IsraĂ«l interposĂ©

19. MĂ€rz 2025 um 08:17

Nous avons de plus en plus l’impression que les gouvernements occidentaux s’acharnent sur les Palestiniens, par IsraĂ«l interposĂ©, pour rappeler aux peuples du Sud global la puissance de feu de leurs armes. Le conflit meurtrier entre IsraĂ©liens et Palestiniens est aussi un conflit symbolique entre l’Occident et Sud global.

Lahouari Addi *

Comment dĂ©finir Benjamin Netanyahu? C’est la ruse au service de la cruautĂ© et de la mĂ©chancetĂ©. Il signe des accords tout en sachant qu’il les rompra Ă  tout moment. Cet homme a Ă©tĂ© au-delĂ  du machiavĂ©lisme Ă  qui il a donnĂ© la plus inhumaine et la plus barbare des significations.

Le Premier ministre israĂ©lien piĂ©tine le droit international avec arrogance et prĂ©tend combattre le Mal alors qu’il est le Mal incarnĂ©. Il est insensible Ă  la douleur de mĂšres dont les enfants sont tuĂ©s par les bombes des avions bourrĂ©s de technologie. Il dira: mais les Palestiniens aussi tuent des IsraĂ©liens. Mais dĂšs lors que les Palestiniens reconnaissent l’existence d’IsraĂ«l, y compris le Hamas qui a changĂ© sa charte Ă  cet effet en 2017, pourquoi alors cette guerre?

Terroriser les Palestiniens

L’homme n’est pas un ange, qu’il soit IsraĂ©lien ou Palestinien, et il y a toujours eu et il y aura toujours des guerres. Mais les guerres prennent fin quand les protagonistes se reconnaissent. Dans ce cas, les Palestiniens reconnaissent IsraĂ«l installĂ© sur une grande partie de leur terre, mais IsraĂ«l ne reconnait pas aux Palestiniens le droit d’avoir un Etat sur une petite partie de leur territoire historique.

Par ailleurs, aprĂšs les horreurs de la Seconde Guerre Mondiale, le droit a essayĂ© de «civiliser» la guerre, de la maintenir dans les limites de «Ɠil pour Ɠil, dent pour dent». Mais avec Netanyahu, la guerre n’a pas de limites. Elle ne vise pas que les combattants, elle tue aussi femmes, enfants, vieillards sans distinction et en masse.

Netanyahu affirme qu’il fait la guerre au Hamas et non aux Palestiniens, bien que les faits contredisent son discours puisque les bĂ©bĂ©s et les enfants sont aussi victimes par milliers de ses agressions. Mais comme tout leader colonial, il nie le sentiment nationaliste du colonisĂ© palestinien qui se reconnaĂźt dans le Hamas.

C’est un fait attestĂ© par les observateurs sur le terrain que le Hamas est populaire Ă  Gaza et en Cisjordanie. Toute la stratĂ©gie de l’armĂ©e israĂ©lienne Ă  Gaza a Ă©tĂ© de terroriser les Gazaouis afin de les pousser Ă  se dĂ©tacher du Hamas et Ă  dĂ©noncer ses militants qui vivent parmi eux. Mais peine perdue. Cette stratĂ©gie a Ă©chouĂ© lors de la guerre d’AlgĂ©rie et aussi la guerre du Vietnam.

Un ancien chef d’état-major israĂ©lien a dit publiquement que le Hamas n’est pas un mouvement terroriste ; c’est un mouvement idĂ©ologique qui utilise la violence qui, par dĂ©finition, est terroriste.

Colonisé contre colonisateur

Le rapport entre le colonisĂ© et le colonisateur est marquĂ© par la haine qui mĂšne Ă  des Ă©vĂšnements tragiques s’inscrivant dans un enchaĂźnement de causes. C’est pourquoi, aussi dramatiques que soient les attaques du 7 octobre 2023, elles ne sont pas la cause du conflit comme le dit la propagande israĂ©lienne relayĂ©e par les mĂ©dias de droite occidentaux. Expliquer l’attaque du 7 octobre, c’est la situer dans son contexte historique afin de donner des chances Ă  la paix.

Il appartient aux IsraĂ©liens de changer de politique vis-Ă -vis des Palestiniens qu’ils oppriment s’ils ne veulent pas que d’autres attaques similaires Ă  celle du 7 octobre ne se reproduisent. Et c’est pourquoi, face Ă  l’inhumanitĂ© de Netanyahu, seul un embargo total d’IsraĂ«l mettra fin Ă  cette guerre centenaire.

Ce qui manque cruellement aux IsraĂ©liens, c’est un leader qui leur dise que la puissance amĂ©ricaine Ă  la faveur de laquelle ils tuent par milliers les Palestiniens n’est pas Ă©ternelle.

Car, en effet, Netanyahu n’est rien sans l’appui que lui accordent les gouvernements occidentaux. Nous avons l’impression que les gouvernements occidentaux s’acharnent sur les Palestiniens, par IsraĂ«l interposĂ©, pour rappeler aux peuples du Sud global la puissance de feu de leurs armes. Le conflit meurtrier entre IsraĂ©liens et Palestiniens est aussi un conflit symbolique entre l’Occident et Sud global.

* Professeur Ă  l’Institut des Ă©tudes politiques de l’UniversitĂ© de Lyon.

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Faisons de l’immigration une opportunitĂ© !

18. MĂ€rz 2025 um 09:48

Nous publions ci-dessous la tribune d’un conseiller municipal français originaire de Tunisie (ville d’Echirolles) consacrĂ©e Ă  la question de l’immigration. Ses rĂ©flexions de Français issu de l’immigration Ă©clairent le dĂ©bat actuel en Tunisie sur l’immigration des Subsahariens, assimilĂ©e par certains Ă  une invasion (sic !).

Mohamed Makni *

Avec l’ambiance qui court en ce moment en France et de l’autre cĂŽtĂ© de la MĂ©diterranĂ©e. Une immigration incontrĂŽlĂ©e des deux cĂŽtĂ©s, une Europe frileuse et une Tunisie exsangue, presque Ă©touffĂ©e par des vagues de Subsahariens.

En ces temps oĂč l’immigration fait dĂ©bat, je voulais rappeler que c’est un sujet complexe et aux multiples facettes, qu’il est essentiel d’aborder avec nuance et en s’appuyant sur des faits vĂ©rifiĂ©s.

Selon l’INSEE, en 2023, 7,3 millions d’immigrĂ©s vivent en France, soit 10,7% de la population totale. La population Ă©trangĂšre vivant en France s’élĂšve Ă  5,6 millions de personnes, soit 8,2% de la population totale.

Il y a des motivations Ă©conomiques, comme la recherche d’un travail ou la poursuite d’études; il y a des motivations politiques, pour trouver une sĂ©curitĂ© qui n’existe plus dans son pays de naissance et des raisons personnelles, comme le regroupement familial.

Si la France est une opportunitĂ© pour les personnes qui y migrent, l’immigration reprĂ©sente aussi une opportunitĂ© pour la France. Notre population est vieillissante et les personnes qui rejoignent notre pays contribuent Ă  son dynamisme dĂ©mographique. Elles participent Ă  l’économie du pays, Ă  travers leur consommation quotidienne et leur activitĂ© professionnelle, souvent dans des secteurs enregistrant des pĂ©nuries de main d’Ɠuvre. Cela enrichit aussi la diversitĂ© culturelle de la France, Ă  travers le brassage de musique, de cuisine


Pour tirer parti de cela, il faut s’atteler Ă  relever des dĂ©fis, dont celui de l’intĂ©gration : accueillir de façon digne des personnes qui ont besoin de se loger, de trouver un travail, et parfois d’apprendre notre langue.

L’immigration a souvent Ă©tĂ© associĂ©e Ă  l’insĂ©curitĂ©, et les nouveaux arrivants se heurtent Ă  des discriminations, second dĂ©fi Ă  relever.

Cela freine leur intégration et initie un cercle vicieux de rejet.

Ce cercle peut devenir vertueux dĂšs lors que nous apprenons Ă  rĂ©flĂ©chir avec des faits et des donnĂ©es vĂ©rifiĂ©es, Ă  comprendre l’autre et que nous encourageons les Ă©changes interculturels et la coopĂ©ration.

Cela nécessite de mettre en place des politiques publiques adaptées et de former les nouveaux arrivants tout autant que les personnes accueillantes.

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Invasion, exode et crise en Tunisie | La prophĂ©tie d’une Nouvelle Ere 

17. MĂ€rz 2025 um 08:24

J’ai lu, presque distraitement, un article signalant une invasion de criquets dans le sud de la Tunisie. Un fait banal, en apparence. Mais un mot, un seul, a accrochĂ© mon regard : nuĂ©e. Et soudain, une image. Un souvenir ancien, hĂ©ritĂ© de rĂ©cits qui traversent les Ăąges. Une rĂ©miniscence biblique, celle des Dix Plaies d’Égypte. La huitiĂšme plaie : une armĂ©e d’insectes, sombre et vorace, qui recouvre le sol, dĂ©vore les cultures et ne laisse derriĂšre elle qu’un dĂ©sert. 

Manel Albouchi *

L’image s’est imposĂ©e Ă  moi, avec cette impression Ă©trange que certaines choses ne se rĂ©pĂštent pas par hasard. 

Par curiositĂ©, j’ai voulu comprendre. J’ai fouillĂ©, cherchĂ© des prĂ©cĂ©dents. Une date a surgi : 1987. Cette annĂ©e-lĂ , une invasion de sauterelles avait ravagĂ© la Tunisie, coĂŻncidant avec un autre Ă©vĂ©nement majeur : le coup d’État de Ben Ali. 

Et si ce n’était pas une simple coĂŻncidence? 

Si ces flĂ©aux naturels Ă©taient des signaux? Des symptĂŽmes visibles d’un dĂ©sordre plus profond? 

Si, Ă  certains moments de l’Histoire, la nature devenait le reflet de nos propres crises? 

J’ai poursuivi mon enquĂȘte. Et ce que j’ai dĂ©couvert m’a troublĂ©e. 

Les sauterelles, messagĂšres d’une transition  

Les invasions de sauterelles ne sont pas rares en Tunisie. Mais elles semblent surgir Ă  des pĂ©riodes oĂč le pays vacille. Comme si elles reflĂ©taient un malaise sous-jacent, un dĂ©sĂ©quilibre invisible mais bien rĂ©el. 

Dans certaines traditions, on dit que lorsque les hommes ne savent plus lire les signes, la nature prend le relais. 

Regardons de plus prĂšs : 

1955 : Une invasion massive frappe la Tunisie et l’AlgĂ©rie. À ce moment-lĂ , la Tunisie est en pleine lutte pour son indĂ©pendance. Quelques mois plus tard, les accords d’autonomie interne sont signĂ©s. Un cycle colonial s’achĂšve. 

1958-1959 : Une nouvelle invasion survient alors que la jeune RĂ©publique tunisienne peine Ă  se stabiliser. 

1977 : Les criquets reviennent, au moment mĂȘme oĂč les tensions sociales montent dangereusement. L’annĂ©e suivante, la Tunisie connaĂźt sa premiĂšre grĂšve gĂ©nĂ©rale et une rĂ©pression sanglante. 

1987 : Nouvelle invasion, et cette fois, c’est un rĂ©gime qui bascule. Bourguiba tombe, Ben Ali prend le pouvoir. 

2003 : En pleine pĂ©riode de crispation politique, un nouvel essaim ravage le pays. Une fissure dans un systĂšme qui se veut immuable. 

2011 : Alors que la RĂ©volution du Jasmin bouleverse la Tunisie, les criquets reviennent. Encore une fois, ils prĂ©cĂšdent une transition majeure. 

2020-2021 : En pleine pandĂ©mie, la Tunisie s’enfonce dans la crise, et les criquets refont surface. Quelques mois plus tard, le prĂ©sident KaĂŻs SaĂŻed a renforcĂ© ses pouvoirs. 

2025 : Nous y sommes. Une nouvelle invasion. Un pays exsangue. Un État en crise. Un peuple Ă  bout de souffle. 

Est-ce un hasard ? 

Les fléaux ne sont pas des causes. Mais ils sont des révélateurs.

Un pays en train de se vider 

Les sauterelles sont une mĂ©taphore. Elles viennent dĂ©vorer ce qui reste, laissant derriĂšre elles un sol stĂ©rile, une terre appauvrie. 

Et si cette invasion n’était que l’écho d’un autre phĂ©nomĂšne, bien plus grave encore? 

La Tunisie se vide de ses ressources, de ses talents, de son avenir. 

L’eau se rarĂ©fie. Le stress hydrique atteint des niveaux critiques, les barrages sont Ă  sec, et l’agriculture s’effondre. Comme si la terre elle-mĂȘme nous signifiait son Ă©puisement. 

Les compĂ©tences fuient. MĂ©decins, ingĂ©nieurs, chercheurs, Ă©tudiants
 Tous partent. Un exode massif, une saignĂ©e intellectuelle qui affaiblit un peu plus la nation. 

L’aviditĂ© rĂšgne. Une Ă©lite corrompue capte les richesses, dĂ©tourne les fonds, exploite jusqu’au dernier filon. Comme ces criquets qui prennent tout, sans rien laisser derriĂšre eux. 

L’État tergiverse. Institutions paralysĂ©es, services publics Ă  l’agonie, inflation galopante. L’avenir devient un dĂ©sert. 

La crise migratoire explose. 

Les criquets ne sont peut-ĂȘtre qu’un symptĂŽme. 

Un dernier avertissement. 

Un pays devenu un carrefour du chaos 

En parallĂšle de l’exode de ses propres Ă©lites, la Tunisie devient un point de transit (et de rejet) pour des milliers de migrants subsahariens en quĂȘte d’un avenir en Europe. 

Le paradoxe est saisissant : les Tunisiens fuient leur pays, pendant que d’autres viennent y chercher refuge
 pour se retrouver piĂ©gĂ©s dans une impasse. 

Les cĂŽtes de Sfax sont devenues des cimetiĂšres flottants. Des corps rejetĂ©s par la mer. Des vies broyĂ©es entre les violences policiĂšres, l’exploitation et le rejet. 

Les discours xĂ©nophobes montent. Les tensions explosent. 

Et pourtant, n’est-ce pas lĂ  une autre manifestation du mĂȘme effondrement ? 

Un pays qui ne sait plus accueillir, qui rejette l’Autre, est un pays qui se rejette lui-mĂȘme. 

Les sauterelles ne dĂ©truisent pas seulement les cultures. Elles rĂ©vĂšlent les fractures invisibles. 

Un cycle qui se referme ?  

Dans L’Exode, aprĂšs les plaies vient le dĂ©part. Un exode vers la libertĂ©. Mais avant la Terre promise, il y a quarante ans d’errance dans le dĂ©sert. 

La Tunisie est-elle prĂȘte Ă  partir ? À briser le cycle ? 

Ou prĂ©fĂšre-t-elle rester sous l’emprise de ses propres Pharaons, ces figures de pouvoir qui exploitent les vulnĂ©rabilitĂ©s et maintiennent le pays dans une aliĂ©nation moderne ? 

Osera-t-elle traverser son dĂ©sert ? Ce passage Ă©prouvant mais nĂ©cessaire, oĂč il faut renoncer aux illusions du passĂ© pour bĂątir autre chose. 

Le problĂšme, c’est que la transition n’est jamais confortable. 

En psychologie, nous parlons de rĂ©sistance au changement. MĂȘme lorsque tout s’effondre sous nos yeux, une partie de nous s’accroche encore. Par peur du vide. Par crainte de ce qui pourrait advenir. 

Mais il arrive un moment oĂč ne pas choisir devient le pire des choix. 

Un test pour la conscience collective  

L’invasion des sauterelles n’est pas seulement un phĂ©nomĂšne naturel. C’est un Ă©vĂ©nement symbolique, un test. 

Si nous devions poser la question en termes psychanalytiques, nous dirions : qu’est-ce que cet Ă©vĂ©nement met en lumiĂšre? 

Que reste-t-il Ă  dĂ©vorer en Tunisie? 

Quelles structures doivent ĂȘtre abandonnĂ©es avant qu’elles ne nous entraĂźnent dans leur chute? 

Sommes-nous prĂȘts Ă  revoir notre rapport au monde, Ă  nos ressources, Ă  nos valeurs? 

Les flĂ©aux sont des manifestations du refoulĂ©. Ils surgissent lorsque les mots ne suffisent plus. 

Tant que nous refusons de voir, ils se rĂ©pĂštent. 

Oui, les sauterelles finiront par partir. 

Mais la vraie question est : aurons-nous compris la leçon, ou attendrons-nous la prochaine plaie

* Psychologue, psychanalyste.  

Podcast de l’auteure : FeMENA Network

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Immigrés irréguliers en Tunisie | Pour une réponse internationale concertée à la crise

16. MĂ€rz 2025 um 08:42

La crise de l’immigration irrĂ©guliĂšre des Africains subsahariens en Tunisie est une problĂ©matique complexe et qui prend de l’ampleur au fil des jours nĂ©cessitant une rĂ©ponse humanitaire coordonnĂ©e sur les plans rĂ©gional et international.

Leith Lakhoua *

La Tunisie, pays traditionnellement connu pour sa stabilitĂ© relative et son rĂŽle de pont entre l’Afrique et l’Europe, fait face Ă  une crise migratoire sans prĂ©cĂ©dent. La situation des immigrĂ©s irrĂ©guliers originaires d’Afrique subsaharienne prend des proportions dramatiques, exacerbĂ©e par l’absence d’une assistance significative de la part des organisations internationales telles que l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) ou le Haut-Commissariat des Nations unies pour les rĂ©fugiĂ©s (HCR). Cette crise, loin de se rĂ©sorber, s’aggrave de jour en jour, posant des dĂ©fis humanitaires, sociaux et sĂ©curitaires majeurs pour le pays.
Selon les chiffres officiels du ministĂšre de l’IntĂ©rieur tunisien, environ 23 000 immigrĂ©s en situation irrĂ©guliĂšre seraient prĂ©sents sur le territoire. Cependant, des estimations non officielles suggĂšrent que ce nombre pourrait dĂ©passer les 100 000 personnes. Les rĂ©gions de Sfax, El-Amra et Jebeniana sont particuliĂšrement touchĂ©es, avec des campements anarchiques abritant plus de 60 000 immigrĂ©s. Ces zones agricoles, autrefois paisibles, sont aujourd’hui le thĂ©Ăątre de tensions croissantes entre les populations locales et les migrants.

Les consĂ©quences de cette prĂ©sence massive sont multiples et prĂ©occupantes. Les infrastructures publiques sont vandalisĂ©es, les oliviers centenaires, symbole de l’agriculture tunisienne, sont dĂ©truits, et les biens des citoyens sont frĂ©quemment attaquĂ©s. Ces actes ont transformĂ© la coexistence en un vĂ©ritable calvaire pour les habitants, alimentant des conflits qui frĂŽlent parfois la guerre civile. Les autoritĂ©s locales, dĂ©jĂ  confrontĂ©es Ă  des dĂ©fis Ă©conomiques et sociaux, peinent Ă  contenir cette situation explosive.

Afflux continu et défis démographiques

MalgrĂ© les efforts des autoritĂ©s tunisiennes pour dĂ©manteler les rĂ©seaux de trafic d’ĂȘtres humains, l’afflux quotidien de migrants ne faiblit pas. Des centaines, voire des milliers de personnes, continuent d’arriver chaque jour, souvent avec l’espoir de rejoindre l’Europe. Cependant, une rĂ©alitĂ© nouvelle Ă©merge : de plus en plus de migrants s’installent durablement en Tunisie. Cette tendance est renforcĂ©e par le taux de natalitĂ© Ă©levĂ© parmi les femmes migrantes. Cette dynamique dĂ©mographique complexifie davantage la situation, transformant ce qui Ă©tait perçu comme un transit en une installation permanente.

Les autorités tunisiennes ont tenté de répondre à cette crise par des mesures sécuritaires, notamment en démantelant les réseaux de passeurs et en renforçant les contrÎles aux frontiÚres terrestres et maritimes. Cependant, ces efforts, bien que louables, ne suffisent pas à résoudre le problÚme de fond. La Tunisie, déjà confrontée à des difficultés économiques et sociales, ne peut assumer seule le fardeau de cette crise humanitaire.

Une solution durable nĂ©cessite une coordination internationale. Les organisations onusiennes, telles que l’OIM et le HCR, doivent jouer un rĂŽle plus actif en apportant un meilleur soutien financier, logistique et technique Ă  la Tunisie.

Par ailleurs, un dialogue avec les pays d’origine des migrants est essentiel pour faciliter leur rapatriement volontaire et sĂ©curisĂ©.

En parallĂšle, des fonds internationaux devraient ĂȘtre mobilisĂ©s pour aider la Tunisie Ă  gĂ©rer cette crise, notamment en Ă©tablissant des camps sous contrĂŽle de l’armĂ©e. Ces camps permettraient d’identifier les migrants, de les enregistrer et de les prendre en charge tout en prĂ©parant leur rĂ©partition entre les pays volontaires pour les accueillir.

Sommet international pour une solution globale

Face Ă  l’ampleur de cette crise, un sommet international dĂ©diĂ© Ă  la question migratoire en Tunisie s’impose. Ce sommet rĂ©unirait les pays concernĂ©s, les organisations internationales et les acteurs rĂ©gionaux pour Ă©laborer une stratĂ©gie commune. Les objectifs seraient multiples : renforcer les contrĂŽles aux frontiĂšres, lutter contre les rĂ©seaux de trafic, organiser le rapatriement des migrants dans leurs pays d’origine et rĂ©partir Ă©quitablement la responsabilitĂ© de l’accueil des rĂ©fugiĂ©s entre les nations.

En conclusion, la crise de l’immigration irrĂ©guliĂšre des Africains subsahariens en Tunisie est une problĂ©matique complexe qui nĂ©cessite une rĂ©ponse humanitaire coordonnĂ©e. Sans une action internationale concertĂ©e, cette situation risque de dĂ©gĂ©nĂ©rer, menaçant non seulement la stabilitĂ© de la Tunisie, mais aussi la sĂ©curitĂ© rĂ©gionale.

Il est temps que la communauté internationale prenne ses responsabilités et apporte son soutien à un pays qui, malgré ses limites, continue de faire face à cette crise avec dignité et détermination.

* Consultant en organisation industrielle et logistique.  

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Les migrants, ce sont nous

15. MĂ€rz 2025 um 07:06

La question des migrants en Tunisie dĂ©passe les frontiĂšres du politique et de l’économique. Elle nous tend un miroir brutal. Elle rĂ©vĂšle nos contradictions, nos vĂ©ritĂ©s cachĂ©es, nos refoulements collectifs. (Photo: des migrants rapatriĂ©s de Tunisie avec l’aide de l’OIM).

Manel Albouchi *

Il y a quelque chose d’étrange, d’inquiĂ©tant dans l’air. Une tension, une crispation. Une peur sourde qui s’infiltre dans les discussions, dans les regards, dans les dĂ©cisions. On dit que l’Autre fait peur, mais si c’était nous qui nous faisions peur?

La question des migrants en Tunisie dĂ©passe les frontiĂšres du politique et de l’économique. Elle nous tend un miroir brutal. Elle rĂ©vĂšle nos contradictions, nos vĂ©ritĂ©s cachĂ©es, nos refoulements collectifs.

Depuis quelque temps, le discours de rejet s’installe. On parle d’invasion, de «problĂšme», de «danger». On ferme les frontiĂšres, on durcit les lois, on alimente une rhĂ©torique de peur. Mais quelle est cette angoisse diffuse qui nous fait rĂ©agir avec tant de violence?

Il y a une ombre qui nous hante, une mĂ©moire enfouie, un passĂ© qu’on ne veut pas voir. Un hĂ©ritage colonial non rĂ©glĂ©. On nous a appris Ă  nous voir comme Arabes, MĂ©diterranĂ©ens, modernes. Africains ? Silence. Pourtant, l’Afrique est lĂ , dans nos traits, dans notre dialecte, dans nos rythmes, nos traditions, notre cuisine. Mais l’Autre Africain, celui qui arrive aujourd’hui, celui qui frappe Ă  notre porte avec son sac trop lĂ©ger et son regard trop lourd, il dĂ©range. Il trouble une identitĂ© qu’on a soigneusement fabriquĂ©e. Il nous rappelle une part de nous que nous avons voulu oublier.

Nous sommes ces migrants

Nous avons une mĂ©moire sĂ©lective. On oublie trop vite que nous aussi, nous sommes ces exilĂ©s, ces dĂ©racinĂ©s. Que nos oncles, nos pĂšres, nos cousins, nos fils ont traversĂ© la MĂ©diterranĂ©e en quĂȘte d’un avenir. Mais nous, nous nous sommes crus diffĂ©rents. Nous avons adoptĂ© l’accent parfait des centres d’appels; nous avons pris des prĂ©noms français, François, Marie, pour mieux nous fondre dans le dĂ©cor. On nous prenait pour des Français, le temps d’un appel tĂ©lĂ©phonique. Mais dĂšs qu’il fallait un visa, un emploi, une place dans la sociĂ©tĂ©, on nous rappelait notre vĂ©ritable place. Et pourtant, ici, nous reproduisons ce que nous avons subi ailleurs. Nous regardons l’Autre avec la mĂȘme mĂ©fiance que celle que nous avons tant dĂ©testĂ©e. Nous le tolĂ©rons, Ă  condition qu’il reste invisible. Nous l’acceptons dans nos chantiers, dans nos maisons, pour garder nos enfants ou laver nos sols, tant qu’il ne rĂ©clame rien. Tant qu’il ne revendique pas d’exister pleinement.

Entre rejet et exploitation

On les veut serviables, dociles, silencieux. Meilleurs que les enfants de Ain Draham, parce qu’ils appellent «Monsieur, Madame», qu’ils nourrissent un ego malmenĂ©. Parce qu’ils acceptent ce que nous-mĂȘmes refusons. Mais dĂšs qu’ils sortent du rĂŽle qu’on leur a assignĂ©, dĂšs qu’ils marchent dans la rue en groupe, dĂšs qu’ils rient un peu trop fort ou qu’ils osent s’installer, la peur surgit. On les accuse d’ĂȘtre trop nombreux, de «voler notre travail». Mais quel travail? Qui veut faire la plonge pour 10 dinars la journĂ©e? Qui accepterait de dormir Ă  mĂȘme le sol dans un chantier ou dans un entrepĂŽt glacĂ© en hiver et brĂ»lant en Ă©tĂ©?

On alterne entre pitiĂ© et rejet. Une schizophrĂ©nie sociale. On dit «haram, ça me fait de la peine» en regardant un enfant dormir sous un porche. Mais une minute plus tard, on murmure «qu’ils rentrent chez eux». Une oscillation permanente entre humanisme et instinct de survie.

L’enfer, c’est nous

L’ennemi n’est pas l’Autre, c’est notre propre peur Plus on alimente la peur, plus elle grandit. Plus on durcit les frontiĂšres, plus la tension monte. Jusqu’à l’explosion. On l’a vu ailleurs. On le voit dĂ©jĂ  ici. Mais cette question dĂ©passe les migrants. C’est une question de sociĂ©tĂ©. Une Ă©preuve pour notre capacitĂ© Ă  Ă©voluer, Ă  dĂ©passer nos archaĂŻsmes.

Voulons-nous rester prisonniers de nos peurs, ou sommes-nous capables d’accepter la complexitĂ© de notre identitĂ©? Parce que l’histoire ne s’arrĂȘte pas. Parce que la Tunisie ne pourra pas Ă©ternellement osciller entre attraction et rejet. Parce qu’un jour, il faudra choisir : se refermer sur soi-mĂȘme ou s’ouvrir Ă  ce que nous sommes vraiment. Parce que l’enfer, ce ne sont pas les autres. L’enfer, c’est nous, quand nous refusons de voir la vĂ©ritĂ© en face.

* Psychologue, psychanalyste.

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