Ormuz : le verrou du chaos
Le détroit d’Ormuz ne se résume pas à une simple coordonnée géographique sur une carte d’état-major. C’est, en réalité, le véritable centre de gravité où se joue l’avenir du bras de fer entre Téhéran et l’axe Washington/Tel-Aviv.
Dans ce goulot d’étranglement de seulement trente-trois kilomètres (33 km) de large, la géopolitique perd son éclat pour laisser place à une réalité brutale : celui qui tient le détroit d’Ormuz tient l’économie de la planète.
Aujourd’hui, l’idée que l’Iran serait militairement dépassé est une illusion que les faits démentent cruellement dont la destruction récente de navires dans la zone n’est pas un incident isolé. C’est une démonstration de force chirurgicale.
Elle atteste, par ailleurs, que la marine iranienne, loin d’être entièrement détruite, conserve une capacité de nuisance intacte et redoutable. En s’appuyant sur un arsenal massif de missiles de courte et moyenne portée, ainsi que sur une tactique de harcèlement par essaims de drones, Téhéran prouve qu’il peut transformer ce passage vital en un cimetière d’acier en quelques minutes.
Face à cette menace concrète, la stratégie de la Maison Blanche semble de plus en plus déconnectée du terrain. On assiste à une fuite en avant périlleuse où la diplomatie a été remplacée par une communication agressive et systématique. Où Washington semble parier sur la vieille maxime qui veut qu’à force de calomnier et de discréditer l’adversaire, il en restera toujours quelque chose dans l’opinion internationale.
Mais cette politique du dénigrement permanent est un jeu dangereux. Elle masque mal l’incapacité, du moins à l’heure actuelle, des États-Unis à garantir la sécurité d’un détroit où transitent chaque jour vingt millions de barils de pétrole et un cinquième du gaz mondial.
Le calcul iranien est simple mais implacable. En montrant qu’ils peuvent stopper net le flux énergétique mondial, les Iraniens rappellent que le coût d’une attaque contre leur sol serait une récession globale immédiate où le baril de pétrole ne grimperait pas mais exploserait. Ce qui rendait toute victoire militaire américaine ou israélienne totalement vaine sur le plan politique.
De facto, le détroit d’Ormuz est bien plus qu’une voie navigable. C’est l’assurance-vie d’un régime qui sait que son arsenal de missiles est le seul langage que ses adversaires ne peuvent se permettre d’ignorer.
Tout compte fait, en s’enfermant dans une rhétorique de provocation, les États-Unis marchent sur un fil. Tout en oubliant que dans l’étroitesse de ce détroit, la calomnie ne pèse rien face à la trajectoire d’un missile.
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