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Assurance maladie : les cliniques privées alertent sur l’explosion des impayés de la CNAM 

Von: tmps
15. Oktober 2026 um 10:13

La discorde s’immisce jour après jour dans les relations entre la Caisse nationale d’assurance maladie (CNAM) et les prestataires de soins privés. Après les pharmaciens d’officine, les médecins de libre pratique, les biologistes et les fabricants de dispositifs médicaux, les cliniques privées montent aujourd’hui au créneau pour dénoncer une situation financière intenable liée à l’accumulation des impayés de la CNAM.

«Les dettes de la Caisse nationale d’assurance maladie envers les cliniques privées ne cessent de gonfler. Elles dépassent aujourd’hui 200 millions de dinars et mettent nos trésoreries sous une pression sans précédent», s’est alarmé le président de la Chambre syndicale nationale des cliniques privées, Boubaker Zakhama, dans une déclaration accordée au «Temps».

«La caisse a cessé de verser le moindre millime aux cliniques privées depuis plus de huit mois. Cette rupture unilatérale et prolongée des paiements commence à faire ses premières victimes concrètes sur le terrain : une clinique privée a dû mettre la clé sous la porte ces derniers jours, tandis que la grande majorité de ses consœurs naviguent dangereusement à vue, et se trouvent au bord de la faillite pure et simple», a-t-il révélé.

Pourtant, ces établissements de soins se trouvent pris dans un étau paradoxal. D’un côté, ils ont l’obligation légale et éthique de prendre en charge les patients couverts par la CNAM, garantissant ainsi l’accès aux soins pour tous les citoyens sans discrimination. De l’autre, ils doivent faire face à un mur de contraintes financières insurmontables. Boubaker Zakhama souligne à ce titre le contraste saisissant et injuste de la situation. «Alors que la CNAM a fermé complètement le robinet des paiements, l’administration fiscale et la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) se montrent d’une rigueur inflexible. Elles n’accordent aucune clémence ni délai lorsqu’il s’agit de recouvrer les impôts ou la part patronale des cotisations sociales, aggravant davantage la lente agonie financière des cliniques privées», s’est-il offusqué.

Pour comprendre l’origine de cette crise systémique, il faut remonter à l’année 2015. À cette époque, un choix stratégique gouvernemental a consisté à réorienter une part substantielle des cotisations sociales encaissées par la CNAM vers la CNSS et la CNRPS. L’objectif affiché était de combler les déficits de ces deux caisses de sécurité sociale et d’assurer le versement des pensions de retraite. Toutefois, cette décision a provoqué une saignée de liquidités au sein de l’organisme chargé de gérer le régime national d’assurance maladie, compromettant durablement sa capacité à honorer ses engagements vis-à-vis des prestataires de soins.

Le dernier rapport publié par le ministère des Finances sur les entreprises publiques au début de 2024 révélait déjà l’ampleur de la crise de liquidités qui touche la CNAM : les dettes cumulées de la CNSS et de la CNRPS envers cette caisse atteignaient la somme colossale de 8,787 milliards de dinars à la clôture de 2022. Un chiffre qui a inexorablement enflé au cours des dernières années.

Une réaction en chaîne qui ébranle l’ensemble de l’édifice sanitaire

Cette carence chronique en liquidités engendre une réaction en chaîne dévastatrice qui ébranle l’ensemble de l’édifice sanitaire national. Faute de percevoir leurs créances, les différents maillons de la chaîne, qu’il s’agisse de la Pharmacie centrale de Tunisie (PCT), des fournisseurs de matériel médical ou des laboratoires pharmaceutiques, s’enlisent dans des impayés croissants.

L’onde de choc n’épargne aucun intervenant du secteur libéral. Début septembre, la Chambre syndicale nationale des entreprises de dispositifs et équipements médicaux exprimait déjà sa vive inquiétude face aux tensions de trésorerie asphyxiantes, mettant en garde contre le risque imminent d’une pénurie généralisée de matériel dans les structures publiques. Du côté de la médecine libérale, le Syndicat tunisien des médecins libéraux (STML) avait sonné la mobilisation depuis l’été dernier pour dénoncer l’allongement intenable des délais de règlement dans le cadre du système du tiers payant. Les créances des médecins de première ligne ont ainsi atteint près de 80 millions de dinars, plongeant les praticiens dans une crise de liquidité aiguë.

Le constat est rigoureusement identique chez les biologistes du secteur privé. Ces derniers réclament depuis des mois le règlement immédiat d’arriérés affichant des retards de cinq à six mois. Pour le syndicat des biologistes, cette situation constitue une entorse manifeste à la convention sectorielle, plaçant les laboratoires dans l’incapacité absolue de s’acquitter de leurs obligations fiscales et sociales, tout en menaçant la sécurité et la qualité des prestations offertes aux malades. Même son de cloche chez les pharmaciens d’officine, qui ont brandi à plusieurs reprises la menace de suspendre le tiers payant avant d’aboutir à des compromis de dernière minute.

Face à cette détérioration généralisée, les tentatives de «rafistolage» menées ces dernières années par les autorités compétentes peinent à inverser la tendance. Si le gouvernement avait injecté, fin 2025, un financement exceptionnel de 290 millions de dinars pour soulager la trésorerie des hôpitaux publics et apurer une partie des dettes de la Pharmacie centrale, ces mesures conjoncturelles restent insuffisantes face à l’ampleur du déficit structurel des caisses sociales. Pour les professionnels de santé, l’unique issue salvatrice réside dans la réforme de l’ensemble des régimes de protection sociale (régimes de retraite, régime d’assurance maladie, allocations familiales, etc.) pour restaurer les équilibres financiers de la CNSS et de la CNRPS.

«La situation financière déplorable de la CNAM n’est que le miroir réfléchissant des défaillances du système national de protection sociale. Aucune solution ne sera durable si l’on ne s’attaque pas aux vraies racines du mal», conclut Boubaker Zakhama.

Walid KHEFIFI

 

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Tunisie | Faciliter la correction des dossiers Amen  Social

12. Oktober 2026 um 07:40

Amen Social est le système tunisien de protection sociale destiné aux familles pauvres et à faible revenu, créé par la loi organique n° 2019-10 du 30 janvier 2019. Il prévoit des allocations mensuelles pour les ménages les plus nécessiteux, un accès à des soins de santé gratuits ou à tarif réduit via la Caisse nationale d’assurance maladie (Cnam) et une aide financière pour la rentrée scolaire et universitaire des enfants de familles bénéficiaires. Ce programme bénéficie à près de 10 % de la population tunisienne, constituant les ménages pauvres. Raison de plus pour qu’il soit réformé et adapté aux besoins de la population qui en a besoin.

Gustavo Pessoa *

Quand les revenus d’un ménage baissent, son dossier social doit pouvoir suivre. Une information devenue ancienne peut peser sur une décision d’aide, même lorsqu’elle était exacte au moment de son enregistrement. Pour une famille concernée, savoir comment la faire rectifier compte autant que la qualité du registre. La modernisation d’Amen Social doit rendre cette correction plus simple, plus compréhensible et suffisamment rapide pour rester utile.

Le financement supplémentaire de 90 millions de dollars approuvé par la Banque mondiale le 27 mars 2026 offre l’occasion de renforcer cette exigence. L’opération soutient l’élargissement de la protection sociale et la modernisation de son administration, notamment le développement d’un registre intégré des bénéficiaires et l’extension des paiements numériques. Ce chantier devra permettre aux informations de mieux circuler tout en préservant la possibilité, pour chaque ménage, de faire rectifier celles qui le concernent.

La Tunisie dispose déjà d’un cadre pour contester les décisions. Le ministère des Affaires sociales rappelle que le décret gouvernemental 2020-317 encadre l’accès à Amen Social et le règlement des griefs. Le registre du programme et son mécanisme de réclamation ne partent donc pas de zéro. La question est celle de leur efficacité pratique lorsque les données circulent davantage entre administrations et que le programme accueille de nouveaux bénéficiaires.

Améliorer le dispositif et son suivi

L’évaluation publiée par la Banque mondiale en février 2026 décrit un dispositif de réclamation déjà opérationnel, associant le Bureau des relations avec le citoyen et les structures régionales. Plusieurs canaux permettent de déposer une plainte, dont les bureaux locaux, le courrier et le téléphone. Le projet prévoit aussi d’améliorer le dispositif et son suivi. Cette base doit guider la réforme, avec une attention particulière à ce qui se passe après le dépôt d’un recours.

Pour le ménage, l’essentiel est de comprendre quelle information a influencé la décision et comment signaler un changement. Le motif communiqué devrait être assez précis pour permettre une démarche utile, sans exposer des données personnelles. Une explication générale sur l’inéligibilité risque de laisser le demandeur chercher la mauvaise pièce justificative ou retourner au mauvais guichet. Lorsqu’une information doit être vérifiée auprès d’un autre service, l’administration devrait organiser cet échange au lieu d’en faire supporter toute la charge à la famille.

La possibilité de corriger une donnée mérite aussi d’être distinguée du désaccord avec les critères d’attribution. Une erreur sur un revenu, une situation familiale ou un document appelle une vérification factuelle. Une contestation de l’application des règles appelle une réponse motivée. Clarifier ces deux démarches faciliterait le travail des agents et éviterait de transformer chaque rectification en conflit sur l’ensemble du programme. Une correction justifiée peut conduire à réexaminer le dossier sans garantir automatiquement l’octroi d’une prestation.

Les délais observés devraient devenir un indicateur public de la réforme. Dans le suivi déjà prévu, des résultats agrégés pourraient montrer le temps nécessaire pour recevoir une réponse, la proportion de dossiers encore en attente et les principaux motifs de rectification. Ces informations aideraient à repérer un blocage dans une région ou une procédure, sans publier l’identité des familles. Le nombre de plaintes reçues, pris isolément, serait insuffisant : un canal plus accessible peut faire augmenter les demandes tout en améliorant le service.

Les voies physiques et téléphoniques restent importantes. Un changement de situation peut concerner une personne qui ne maîtrise pas les démarches en ligne, dispose d’une connexion irrégulière ou a besoin de l’aide d’un travailleur social. Le numérique devrait faciliter le traitement et le suivi de sa demande. Il devrait également permettre à l’agent qui l’accompagne de retrouver son dossier, pour éviter qu’elle raconte la même situation à chaque déplacement.

Mieux orienter les ressources disponibles

Cette attention aux recours relève aussi d’une bonne gestion financière. Une donnée corrigée aide à orienter les ressources vers les personnes qui répondent effectivement aux conditions du programme. Une décision compréhensible facilite le contrôle et réduit les démarches inutiles. À l’inverse, laisser une erreur se prolonger peut aggraver la difficulté que l’aide devait soulager et multiplier les coûts administratifs nécessaires pour la résoudre.

Le nouveau financement doit donc soutenir une protection sociale capable d’apprendre de ses propres corrections. Les familles ont besoin d’un interlocuteur identifiable, d’une explication utilisable et d’une suite donnée à leur démarche. Rendre ces éléments visibles donnerait un sens concret à la modernisation : un dossier qui évolue avec la situation du ménage, et une administration qui sait reconnaître puis rectifier une information devenue fausse.

* Professeur d’économie et de finance à la Fundação Getulio Vargas, au Brésil.

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