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Tunisie | Le Plan 26-30 vend la vitrine et solde l’usine

13. Juli 2026 um 13:23

Il y a une dissonance qui devrait faire tousser n’importe quel lecteur attentif du Plan de développement économique 2026-2030 : le discours officiel promet simultanément la «souveraineté économique», la «résilience aux chocs» et la «croissance durable» — et il organise, dans le même souffle, la fuite en avant vers un tertiaire de proximité, opportuniste pour l’investisseur privé, jetable au premier coup de vent. On ne bâtit pas une souveraineté sur des call centers et des applications de livraison. Une tertiarisation en trompe l’œil… (Photo : Que reste-t-il de l’industrie industrialisante du tandem Bourguiba-Ben Salah ?)

Moktar Lamari *

On ne construit pas de résilience avec des activités qui ferment en trois mois dès que la demande se contracte. Le Plan parle la langue de la solidité et finance la fragilité. C’est un texte qui se contredit lui-même, phrase après phrase, et qui ne le sait pas — ou pire, qui le sait très bien et préfère regarder ailleurs.

Le Plan 26-30 multiplie les pages sur l’écosystème numérique, le hub logistique, la destination touristique repositionnée. Il ne dit presque rien de l’industrie de transformation, de la valeur ajoutée manufacturière, de la R-D appliquée aux filières productives.

Ce n’est pas un oubli technocratique, c’est un choix de facilité budgétaire et politique : les services ne demandent ni patience, ni vision territoriale pensée sur vingt ans, ni bras de fer avec des intérêts installés. Ils demandent un local, une connexion internet et une story sur LinkedIn.

Résultat : on habille en stratégie ce qui n’est, au fond, qu’une gestion comptable du court terme — un pari opportuniste sur des activités à faible engagement de capital, faciles à ouvrir, encore plus faciles à fermer, et qui laissent l’économie nationale à la merci du moindre choc externe.

De l’industrie industrialisante à la rente de services

Il faut regarder les chiffres en face. Dans la décennie 1970, celle de Nouira et de l’ouverture au secteur privé après l’expérience collectiviste de Ben Salah, l’économie tunisienne se construisait encore autour de l’industrie manufacturière naissante — textile, habillement, cuir — qui concentrait, dès 1977, 54 % des investissements industriels et 87 % des emplois créés dans le secteur.

Les services pesaient alors une part modeste du PIB, de l’ordre de 35 à 40 % selon les séries de la Banque mondiale, une proportion cohérente avec une économie encore agricole et en cours d’industrialisation.

Cinquante ans plus tard, cette proportion a explosé : le tertiaire — commerce, tourisme, transport, administration, finance — représente aujourd’hui autour de 60 % du PIB tunisien, quand l’industrie manufacturière stagne, comme en témoignent les publications récentes de l’INS où le secteur recule en glissement annuel pendant que l’hôtellerie-restauration bondit de plus de 8 %.

Le Rapport annuel 2025 de la BCT confirme la tendance : ce sont l’agriculture et le tourisme qui «sauvent» la croissance, non l’appareil productif industriel. Ce basculement n’est pas une modernisation, c’est un vidage.

La Tunisie n’est pas devenue une économie de services sophistiqués comme l’Irlande ou l’Estonie ; elle est devenue une économie de services de rattrapage, qui comble par du commerce et de l’hôtellerie ce que l’industrie ne produit plus.

Un travail récent publié sur Les Échos, éclaire crûment ce piège : tous les services ne se valent pas. Il y a les services de connaissance — TIC, ingénierie, services professionnels exportables — capables de générer des devises et de s’insérer dans les chaînes de valeur mondiales ; et il y a les services locaux — commerce, restauration, informel — qui créent de l’emploi sans transformer l’économie.

Ces services de connaissance ne pèsent qu’environ 6 % du PIB tunisien, contre 15 à 17 % dans les économies européennes avancées, et n’emploient qu’une fraction marginale de la population active — au Maroc, comparateur régional habituel, ils ne mobilisent qu’environ 1,5 % des actifs.

Même le tertiaire noble reste, chez nous, un village éphémère : brillant sur les réseaux sociaux, insignifiant dans la masse salariale et dans les recettes d’exportation.

Le reste — l’écrasante majorité du tertiaire tunisien — n’est que de la redistribution locale de revenus déjà créés ailleurs, essentiellement par les transferts de la diaspora, le tourisme de masse et une agriculture climato-dépendante.

Cinq dissonances que le Plan 26-30 préfère ne pas voir

Premièrement, le coût fixe d’entrée : un centre d’appel ou une plateforme de livraison s’ouvre avec quelques dizaines de milliers de dinars, quand une unité industrielle de taille moyenne — mécanique, agroalimentaire de transformation, chimie fine — exige des mises de fonds initiales dix à vingt fois supérieures.

Deuxièmement, la productivité : la valeur ajoutée par travailleur dans l’industrie manufacturière tunisienne dépasse structurellement celle des services locaux, précisément parce que l’industrie incorpore capital, machines et procédés, là où le service repose d’abord sur le geste humain répétitif.

Troisièmement, le délai de récupération de l’investissement : un commerce ou un service se rentabilise en quelques mois et se ferme tout aussi vite en cas de crise — d’où la vitesse de casse observée depuis 2011 dans le commerce de détail et l’informel, quand une usine, elle, engage un pari de dix à quinze ans.

Quatrièmement, la consommation intermédiaire en technologie de pointe : l’industrie tire la demande de machines-outils, d’automatisation, de recherche appliquée, alors que le service tertiaire local consomme surtout du loyer et de la main-d’œuvre peu qualifiée.

Cinquièmement, le risque : le capital investi dans les services locaux est mobile, liquidable, réversible — celui englouti dans une chaîne de production industrielle est immobilisé, spécifique, sans valeur de revente en cas d’échec.

L’intensité capitalistique — le capital par travailleur — reste ainsi infiniment plus faible dans le tertiaire banal que dans l’industrie, ce qui explique que la tertiarisation crée vite des emplois précaires, jamais des emplois qui durent.

Ces différences et leurs enjeux n’ont même pas été effleurés dans les débats parlementaires, fautes de de visions et de lectures économiques sérieuses et réfléchie.

Quatre conséquences stratégiques que le Plan devrait assumer et qu’il élude :

– primo, une économie qui mise sur le tertiaire de proximité gonfle son PIB à court terme sans construire de chaînes d’approvisionnement nationales — elle importe ce qu’elle consomme et exporte peu ;

– secundo, elle fabrique du chômage déguisé en activité : le vendeur ambulant et le livreur à moto sont statistiquement actifs, économiquement fragiles, et disparaissent des radars dès le premier choc — exactement le profil de vulnérabilité que rappelle la Direction générale du Trésor lorsqu’elle qualifie le modèle tunisien de «particulièrement exposé aux chocs externes» ;

– tertio, elle perd la capacité d’entraînement intersectorielle propre à l’industrie — un atelier textile ou mécanique tire fournisseurs, sous-traitants, transporteurs, formateurs ; un salon de coiffure ne tire rien, un centre d’appel encore moins ;

– quarto, elle expose le pays à une désindustrialisation précoce, avant même d’avoir tiré profit de l’industrialisation — exactement le scénario que documentent les économies en développement comparables, du Maroc à l’Égypte, où l’insertion dans les services mondiaux se fait sans apprentissage technologique durable.

De l’industrie industrialisante aux rentiers de la politique

Il fut un temps où la Tunisie avait une théorie. L’industrie industrialisante d’Ahmed Ben Salah, prolongée avec les nuances libérales d’Hédi Nouira sous Bourguiba, visait des pôles moteurs — sidérurgie, chimie, textile intégré — censés irriguer tout l’appareil productif et transformer une économie agricole en économie industrielle.

On pouvait critiquer la méthode, l’étatisme, les excès de concentration régionale ; on ne pouvait nier l’ambition stratégique ni la cohérence doctrinale.

Cette vision s’est éteinte sous Ben Ali (1987-2011), remplacée par une économie de rente, de façade exportatrice sans montée en gamme, et de capture progressive des filières porteuses par des cercles familiaux.

Depuis 2011, c’est pire encore : l’ère de l’islam politique et de ses alliances sommitales avec l’appareil d’État n’a produit aucune doctrine industrielle de substitution — seulement une gestion comptable de la pénurie, saupoudrée d’un discours sur le numérique et l’entrepreneuriat qui tient lieu, à moindres frais, de politique économique.

Le Plan 2026-2030 hérite de ce vide et choisit de l’habiller en vertu : plutôt que de reconstruire l’escalator manufacturier, il vend le tapis roulant du tertiaire, plus doux sous le pied, mais qui ne mène nulle part et se dérobe au premier ralentissement de la demande européenne ou du tourisme.

Comme le dit l’adage bien connu, on ne fait pas boire un âne qui n’a pas soif — et l’on ne peut prétendre construire une économie souveraine avec des activités dont la première vertu, vantée par leurs promoteurs eux-mêmes, est de pouvoir se replier sans dommage.

Ce n’est pas de la résilience, c’est de la précarité érigée en modèle. Tant que le Plan n’assumera pas des choix stratégiques clairs — pôles industriels ciblés, R-D appliquée, intégration technologique, financement patient du capital productif —, il continuera de gérer la vitrine pendant que l’arrière-boutique, seule à créer une richesse qui dure, se vide un peu plus chaque année.

 * Economiste universitaire.

Bloc de l’auteur: E4T.

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Ormuz, Malacca, Suez : les nouveaux points de rupture du monde

13. Juli 2026 um 10:51

L’ancien vice‑président de la Banque mondiale pour la région Moyen‑Orient et Afrique du Nord, Ferid Belhaj, à travers un essai, livre sa lecture de la guerre Iran–États‑Unis–Israël de 2026 qui illustre le déplacement de la puissance : du contrôle des territoires à la maîtrise des infrastructures de circulation (détroits, câbles, ports, corridors énergétiques, systèmes financiers et réseaux numériques). Cela signifie que ces flux, autrefois garantis par une hégémonie et des règles partagées, deviennent des points de vulnérabilité et des leviers de coercition (« weaponized interdependence »).

Il convient tout d’abord de rappeler que le droit international, notamment le droit de la mer, reste central. Mais il se transforme en champ de rivalités interprétatives plutôt qu’en langage consensuel.

L’essai de Ferid Belhadj retrace d’abord la longue genèse du droit maritime, de Grotius à UNCLOS, pour rappeler que la « liberté des mers » a toujours été conditionnée par la capacité des puissances navales à la garantir.

En effet, la Convention des Nations unies sur le droit de la mer (1982) a constitué un équilibre sophistiqué entre souveraineté côtière et liberté de circulation (mer territoriale, ZEE, transit passage, plateau continental). Cependant, cet équilibre reposait implicitement sur l’existence d’un consensus minimal et sur la capacité d’un ou plusieurs États à assurer les biens publics maritimes.

La politisation de l’interprétation du droit de la mer

Avec la multiplication des rivalités stratégiques (États‑Unis/Chine, tensions régionales, contestations autour de l’Arctique), ce consensus s’érode et l’interprétation du droit se politise. Le détroit d’Ormuz illustre de façon paradigmatique cette transition. Passage étroit entre l’Iran et Oman, il concentre une part significative des exportations pétrolières mondiales et constitue donc une vulnérabilité systémique : une perturbation même limitée entraîne la  hausse du pétrole, une volatilité financière, la montée des primes d’assurance maritime et des perturbations logistiques globales.

La position iranienne à l’égard d’UNCLOS (signature sans ratification et interprétation favorable au régime du passage inoffensif plutôt qu’au transit passage) traduit une stratégie juridique et cohérente : exploiter un nœud maritime pour obtenir un pouvoir de dissuasion asymétrique face à la supériorité navale américaine. Plutôt que de viser la fermeture totale du détroit, l’Iran cherche à démontrer sa capacité de perturbation, une logique de dissuasion par perturbation qui tire parti des interdépendances de la mondialisation.

 

Plutôt que de viser la fermeture totale du détroit, l’Iran cherche à démontrer sa capacité de perturbation, une logique de dissuasion par perturbation qui tire parti des interdépendances de la mondialisation.

 

Ferid Belhaj élargit ensuite la focale : Ormuz n’est qu’un exemple parmi plusieurs points critiques (Malacca, Bab el‑Mandeb, Suez, Bosphore/Dardanelles, routes arctiques) où se concentrent les flux, les infrastructures et les rivalités. La dépendance de la Chine au détroit de Malacca et le « Malacca Dilemma » illustrent la même vulnérabilité que connaît l’Europe vis‑à‑vis du Golfe.

Bab el‑Mandeb apparaît en outre comme un carrefour combinant corridor énergétique, hub logistique et nœud numérique : les câbles sous‑marins qui y passent transportent la quasi‑totalité des données mondiales, rendant la région critique non seulement pour le commerce mais aussi pour la connectivité digitale. Les attaques des Houthis et la multiplication des bases étrangères à Djibouti témoignent de la manière dont les acteurs étatiques et non étatiques peuvent influer sur ces artères vitales.

L’auteur souligne une transformation des alliances et des alignements internationaux. Il en va de même des partenariats qui sont sectoriels, réversibles et transactionnels. Les États cherchent à maximiser leur autonomie stratégique. Ainsi, l’exemple des monarchies du Golfe (Arabie saoudite, Émirats, Qatar) montre des stratégies de diversification des partenaires, conciliant sécurité américaine, relations économiques avec la Chine et autonomie diplomatique accrue.

Les alliés traditionnels des États‑Unis adoptent des positions plus nuancées, parfois divergentes, parce que leurs vulnérabilités économiques et énergétiques conditionnent leurs réponses politiques.

 

La capacité à perturber les flux (énergie, finance, logistique, numérique) vaut désormais comme un levier de puissance.

 

Sur le plan stratégique, M. Belhaj restitue la montée d’une logique de dissuasion non conventionnelle : la capacité à perturber les flux (énergie, finance, logistique, numérique) vaut désormais comme un levier de puissance. Les outils mobilisés vont de la guerre hybride (drones, cyberattaques) aux pressions sur les marchés et aux actions de harcèlement maritime, visant à produire des effets systémiques disproportionnés à partir de moyens limités. Susan Strange et les théories de la géoéconomie sont mobilisées pour montrer que le contrôle des structures économiques (finance, énergie, technologies, logistique) est devenu central dans la compétition internationale.

La concentration des vulnérabilités vient d’une mondialisation optimisée pour l’efficacité : chaînes de valeur spécialisées, hubs géants, dépendance aux semi‑conducteurs et aux câbles sous‑marins. Ce qui réduit les marges de manœuvre des États en crise. Les réponses actuelles favorisent la résilience : relocalisation partielle, diversification des fournisseurs, protection des infrastructures critiques et politiques industrielles pour limiter les dépendances. Des initiatives comme les Nouvelles Routes de la Soie sont perçues à la fois comme des projets commerciaux et comme des tentatives de sécuriser des routes alternatives. 

Vers une « instabilité structurée »?

Pour l’ancien vice‑président de la Banque mondiale pour la région MENA, le résultat n’est ni un retour à un ordre hégémonique stable ni un effondrement chaotique, mais une « instabilité structurée » : un système international marqué par des crises récurrentes, une fragmentation juridique croissante, une compétition autour des infrastructures critiques et des perturbations intermittentes mais contenues par l’interdépendance même des acteurs. La mondialisation subsiste, mais sous contrainte et militarisée à certains égards : la maîtrise des flux pourrait définir les nouvelles hiérarchies du pouvoir mondial au XXIe siècle.

 

Dans ce monde de « connectivité sous tension », les détroits, câbles, hubs financiers et plateformes numériques deviennent des centres de gravité stratégiques et les vulnérabilités qu’ils recèlent, des leviers de pouvoir et de perturbation.

 

En conclusion, l’essai de Ferid Belhaj invite à repenser la géopolitique selon une logique des flux : sécuriser, protéger et parfois instrumentaliser les infrastructures de connectivité est devenu central pour la puissance; tandis que le droit international se transforme en instrument d’interprétation et de compétition.

Car une chose est sûre : dans ce monde de « connectivité sous tension », les détroits, câbles, hubs financiers et plateformes numériques deviennent des centres de gravité stratégiques et les vulnérabilités qu’ils recèlent, des leviers de pouvoir et de perturbation.

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Malaise à la CIA à cause de sa politisation par Trump !

13. Juli 2026 um 09:47

Une enquête interne au sein de la CIA fait état de l’inquiétude qui règne au sein du personnel de l’agence surtout parmi ceux chargés de l’analyse. L’ingérence de l’administration Trump minerait le travail de renseignement. Les analystes subissent des pressions pour parvenir à des conclusions qui correspondent aux souhaits de l’administration actuelle plutôt que de se baser sur les faits réels.

Imed Bahri

Dans un article paru dans The Atlantic, Shane Harris, journaliste spécialiste des questions de sécurité nationale et de renseignement américain, révèle que cette enquête interne menée par la CIA a suscité des inquiétudes croissantes quant à l’indépendance du travail de renseignement. L’enquête a révélé une augmentation significative du nombre d’analystes qui estiment que les pressions politiques ont commencé à affecter l’objectivité des évaluations du renseignement depuis le retour du président Donald Trump à la Maison-Blanche.

Les résultats de l’enquête annuelle menée par le Bureau de l’Ombudsman* sur l’intégrité du travail d’analyse au sein de l’agence n’ont pas été officiellement publiés mais ils reflètent un sentiment croissant parmi les analystes qu’ils subissent des pressions pour parvenir à des conclusions qui correspondent aux souhaits du pouvoir politique plutôt que de s’en tenir aux faits tels que révélés par les renseignements.

Des décisions politiquement motivées

Ray Cline, ancien officier de la CIA qui dirigeait la division d’analyse pendant la crise des missiles de Cuba, rappelle que l’objectivité est la seule vertu qui compte vraiment dans le travail de renseignement mais il alerte que les récents événements soulèvent des questions quant au respect de ce principe par l’administration actuelle. 

De nombreux analystes interrogés ont critiqué ouvertement l’ancienne directrice du renseignement national** Tulsi Gabbard l’accusant d’avoir pris des décisions qu’ils jugeaient politiquement motivées.

Parmi les points les plus importants figure le limogeage de deux hauts responsables du renseignement qui avaient refusé de modifier une évaluation affirmant que le gouvernement vénézuélien ne contrôlait pas le cartel Trin de Aragua alors même que l’administration cherchait à prouver le contraire afin de justifier légalement l’expulsion de migrants vénézuéliens.

Les participants à l’enquête interne ont également protesté contre la décision de Gabbard de révoquer les habilitations de sécurité de dizaines de responsables, actuels et anciens, de la sécurité nationale, notamment ceux qui ont mené les enquêtes sur l’ingérence russe dans l’élection de 2016, une affaire que Trump avait balayée d’un revers et qu’il a qualifiée à plusieurs reprises de «canular russe».

Des évaluations contraires aux opinions de Trump 

Malgré ces préoccupations, la majorité des participants se sont déclarés satisfaits du travail de leurs supérieurs hiérarchiques directs au sein de l’agence de renseignement, soulignant leur attachement à préserver l’indépendance de leur travail et à respecter les normes professionnelles. Ceci témoigne du respect constant, par les plus hauts responsables de l’agence, des règles du travail de renseignement malgré les pressions politiques.

Shane Harris estime que le problème dépasse le cas de Gabbard et reflète un climat politique plus large marqué par les accusations répétées de Trump selon lesquelles les agences de renseignement fournissaient des évaluations contraires à ses opinions. Il est allé jusqu’à exiger de ses collaborateurs qu’ils trouvent des preuves de ses allégations de fraude électorale en 2020 quand il a été battu par Joe Biden.

Steven Cash, ancien officier du renseignement, affirme que Trump a traité la communauté du renseignement comme une machine de propagande politique ce qui est aux antipodes de la mission fondamentale des agences de renseignement à savoir fournir des informations et des analyses objectives aux décideurs politiques, indépendamment de leurs orientations politiques.

The Atlantic note que la CIA, par la voix de sa directrice des affaires publiques Liz Lyons, a réaffirmé son engagement à fournir des analyses indépendantes aux décideurs politiques, citant le succès de plusieurs opérations militaires et de renseignement récentes comme preuve de l’efficacité continue de l’agence.

Cependant, le journaliste donne un autre exemple des pressions que peuvent subir les responsables lorsque leurs évaluations contredisent le discours officiel.

Le directeur de la Defense Intelligence Agency (renseignement militaire américain), le général Jeffrey Cruz, a été limogé suite à un rapport préliminaire concluant que les frappes américaines contre les installations nucléaires iraniennes n’avaient retardé le programme nucléaire iranien que de quelques mois alors que Trump déclarait que ces installations sont «complètement détruites».

Les tentatives d’influence des politiciens sur les évaluations du renseignement ne sont pas nouvelles mais elles se sont intensifiées ces dernières années. Certains officiers craignent désormais non seulement de perdre leur emploi ou leur habilitation de sécurité mais aussi que leur identité soit révélée, qu’ils soient victimes de campagnes de diffamation en ligne ou de harcèlement de la part des partisans du président.

Les résultats de l’enquête seront transmis au Congrès, qui supervise les agences de renseignement, tandis que le Sénat s’apprête à débattre de la nomination d’un nouveau directeur du renseignement national. Des voix s’élèvent pour que l’indépendance du travail d’analyse du renseignement américain demeure un critère essentiel dans l’évaluation du profil du nouveau titulaire du poste.

* L’Ombudsman dans les pays anglo-saxons est un tiers impartial et indépendant chargé de mener des enquêtes évaluatives les administrations publiques.

** Le directeur du renseignement national (Director of National Intelligence ou DNI) est un membre de l’administration américaine sous l’autorité et le contrôle directs du président des États-Unis dont la mission est de superviser et coordonner l’ensemble des activités de toutes les agences de renseignement dont la CIA. Ce poste a été occupé du par Tulsi Gabbard, figure clé du mouvement Maga de Donald Trump, du 12 février 2025 au 19 juin 2026.

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Tunisie – Plan 26-30 | Plus que le financement, le défi est l’exécution ?

13. Juli 2026 um 09:01

Quelque 21 100 projets pour un montant global de 102 milliards de dinars. Pas moins ? Une cheffe de gouvernement qui appelle à la mobilisation générale pour accélérer la réalisation. Le Parlement qui délibère sur les hypothèses macroéconomiques. Et pendant ce temps, la vraie question reste posée sans réponse : la Tunisie a-t-elle l’appareil administratif capable de transformer cette ambition en réalités livrées ?

Abdelwaheb Ben Moussa *

Autres questions légitimes : Combien d’autres ambitions proclamées haut et fort à l’occasion de précédents plans de développement n’ont-elles pu être réalisées ? A-t-on cherché à comprendre les raisons des échecs accumulés au fil des ans (et des plans) et des obstacles rencontrés, ainsi que des moyens à mettre en œuvre pour les surmonter ? Economiquement, cela s’appelle évaluation et politiquement, reddition des comptes. Et cela ne fait malheureusement pas partie de nos mœurs politiques. 

Le débat public évoque régulièrement la souveraineté énergétique, numérique, alimentaire. Une autre forme de souveraineté reste absente : la souveraineté d’exécution — la capacité d’un État à transformer une décision politique en réalisations concrètes, dans les délais prévus, au coût maîtrisé, avec l’impact attendu.

Un État peut disposer d’une vision pertinente, de financements importants et d’une volonté politique affirmée. Si son appareil administratif ne parvient pas à concrétiser cette ambition, la souveraineté reste inachevée. C’est précisément la situation que la Tunisie a vécue dans ses plans précédents — et que le Plan 2026-2030 risque de reproduire si la question de la capacité d’exécution n’est pas traitée avec la même rigueur que celle des enveloppes budgétaires.

Dans des tribunes précédentes, j’avais nommé ce risque « dette d’exécution » — cette accumulation silencieuse de projets annoncés mais non livrés, qui érode la confiance des investisseurs, des partenaires internationaux et des citoyens. La dette d’exécution ne figure dans aucun bilan. Elle n’a pas de ligne comptable. Mais son coût politique et économique, sur dix ans, dépasse souvent celui de la dette financière.

Le vrai goulot d’étranglement

Depuis des décennies, la Tunisie produit des stratégies et des plans souvent bien conçus. Le problème n’a jamais été l’absence d’idées. Il réside dans la difficulté structurelle à conduire simultanément des milliers de projets complexes.

Les causes sont connues : procédures administratives longues, fragmentation des responsabilités, insuffisance des compétences en gestion de projets, rotation excessive des cadres, faiblesse des dispositifs de pilotage, complexité des marchés publics, blocages fonciers récurrents. Pris séparément, chacun semble gérable. Réunis sur un portefeuille de 21 100 projets, ils deviennent un risque systémique d’une ampleur inédite.

L’appel de la cheffe du gouvernement à accélérer les réalisations traduit implicitement cette réalité. La difficulté n’est plus d’annoncer les projets. Elle consiste à les livrer. Et dans l’histoire des plans tunisiens, les taux d’exécution effectifs ont systématiquement décroché des taux programmés — non par manque de financements, mais par manque de capacité d’exécution.

Sortir de l’État procédurier

L’administration tunisienne demeure largement organisée autour du respect des procédures. C’est une culture héritée — elle a ses mérites en matière de traçabilité. Mais elle produit un biais systématique : on mesure les moyens engagés plutôt que les résultats obtenus.

Les théoriciens de l’État développeur — de Chalmers Johnson à Mariana Mazzucato — ont en commun une conviction : un État n’est pas développeur parce qu’il investit massivement. Il est développeur parce qu’il exécute efficacement, apprend de ses erreurs et rend compte des résultats. Le véritable indicateur de performance n’est plus le nombre de marchés lancés — ce sont les routes livrées, les hôpitaux opérationnels, les plateformes numériques effectivement utilisées par les citoyens.

Cette transformation culturelle doit être engagée maintenant — pendant que le Plan est encore en débat parlementaire, pas après que les premiers retards soient devenus visibles.

L’IA accélère mais ne remplace pas

L’intelligence artificielle ouvre des perspectives réelles : détecter les retards en amont, anticiper les dérives budgétaires, automatiser le reporting, signaler les goulots d’étranglement avant qu’ils ne deviennent des blocages. Mais elle ne remplacera jamais une gouvernance efficace.

Un système de pilotage numérique sophistiqué branché sur une administration dont les processus sont fragmentés produira des tableaux de bord précis sur des retards que personne n’aura le mandat de corriger. C’est le risque du vernis numérique — que j’ai déjà nommé dans ces colonnes : la digitalisation de la façade sans réingénierie de la profondeur.

La vraie révolution est organisationnelle : professionnaliser la gestion de projet dans l’administration, créer des PMO ministériels dotés d’une autorité réelle, simplifier les marchés publics pour les projets structurants, mettre fin à la rotation excessive qui prive les projets de leur mémoire institutionnelle.

La question que le Parlement devrait poser avant de voter

Au-delà des milliards annoncés et des taux de croissance projetés, une question mérite d’être posée avant que le vote final n’intervienne : sommes-nous en train de construire un État capable d’exécuter les ambitions qu’il se fixe ?

Les commissions parlementaires ont la légitimité de conditionner leur approbation à des engagements mesurables : création de PMO ministériels avec mandats et échéances, indicateurs de taux d’exécution trimestriels rendus publics, mécanismes de redevabilité nominale sur les projets structurants. Non pas des promesses générales de réforme administrative — des engagements précis, datés et vérifiables.

Un pays ne se transforme pas grâce à ses plans. Il se transforme grâce à sa capacité à les réaliser. La véritable souveraineté ne consiste pas seulement à décider librement. Elle consiste à pouvoir exécuter efficacement ce que l’on décide. Et c’est cette souveraineté d’exécution — absente de tous les débats — qui conditionnera la réussite ou l’échec de tout le reste.

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Mondial Fifa 2026 | Quelque chose de pourri au royaume du football

13. Juli 2026 um 07:23

Les nouvelles normes arbitrales imposées par la Fifa apparaissent n’avoir d’autre motivation qu’accroître son contrôle sur le cours du jeu, en particulier lors des matchs internationaux, pour favoriser certaines équipes aux dépens d’autres. On en eu la preuve lors de ce Mondial, et surtout lors des matches impliquant l’équipe de l’Argentine, largement favorisée par les arbitres.

Dr Mounir Hanablia *

La Coupe du monde le prouve, le foot est un sport de plus en plus soumis aux influences exogènes, mis à part celle de Donald Trump obtenant l’annulation de la suspension d’un match de rigueur après un carton rouge contre un joueur américain.

Ainsi la «pause fraîcheur» en a fait un sport en quatre quart temps tout comme le basketball de la NBA parce que probablement la publicité américaine possède des habitudes et des exigences auxquelles la Fifa n’a d’autres choix que de se soumettre.

Il est encore trop tôt pour en mesurer l’impact sur le jeu. Mais il ne s’agit pas que de cela. L’évolution technologique que représente la VAR a donné lieu à de nouvelles contraintes, matérielles par les dispositifs qu’elle nécessite, et arbitrales imposées par les instances supérieures de la Fédération.

On pourra toujours discuter du bien-fondé de nouvelles normes dans le jeu, quels équilibres internes au sein de l’organisation internationale elles peuvent refléter et dans quelles mesures elles ne faussent pas le déroulement des rencontres.

Des incidents qui interrogent

Les récents incidents survenus lors de deux rencontres de quart de finale de la Coupe du Monde apportent la preuve qu’il ne s’agit pas là que de débats théoriques. Au cours du match Angleterre-Norvège, alors que les Anglais, malmenés, étaient menés au score, le ballon sur un dégagement du gardien norvégien semble avoir heurté un câble soutenant les caméras dominant l’aire du jeu avant d’atterrir sur un pied anglais au départ de l’action ayant conduit au but égalisateur. L’arbitre n’a pas donné suite aux réclamations des Norvégiens, soutenu en cela par la Fifa.

Au cours de la même soirée, la Suisse a été réduite à 10 face à l’Argentine, en accord avec une nouvelle règle d’arbitrage, celle dite de «l’erreur d’identité», qui après revue de la VAR, frappe le véritable auteur de la faute, de la même sanction que celle que l’arbitre, par erreur, a initialement décrétée contre un autre joueur de l’équipe adverse. Cela n’excuse pas le joueur suisse auteur d’une simulation. Néanmoins, ayant déjà été averti, il a été expulsé parce que le joueur argentin avait été sanctionné par l’arbitre d’un carton jaune sur l’action considérée, avant d’être exonéré par la VAR ; une décision totalement injustifiée selon le staff helvétique, la faute en question du joueur argentin n’étant pas justiciable d’avertissement.

Des règles plus arbitraires qu’arbitrales

Il est incontestable que l’incident a constitué le tournant du match qui a permis à l’Argentine, jusque-là dominée, de s’ouvrir les portes de la finale après avoir évolué pendant plus d’une heure en supériorité numérique.

Ce qui est contestable dans cette règle arbitrale, c’est son caractère apparemment moral destiné à sanctionner les tricheurs et qui n’est qu’hypocrisie.

En effet, dans un match, lorsque l’attaquant se retrouve régulièrement soumis aux brutalités physiques du défenseur, souvent sournoises et loin de l’action, sans susciter les réactions adéquates de l’arbitre, on peut concevoir qu’il recoure à la simulation pour imposer à son vis-à-vis plus de retenue et de prudence. Dans ce cas, cette règle ne fait pas de distinction entre le coupable et la victime et apparaît plus arbitraire qu’arbitrale.

Par ailleurs, cette règle n’établit pas de gradation dans la gravité de la faute. Ainsi une simulation est-elle sanctionnée par un carton de la même manière qu’un tacle dangereux, une manchette, ou un coup de genou dans le dos. Or l’une des plus grandes carences de l’arbitrage en football, c’est l’absence d’expulsion temporaire, présente dans d’autres sports. Ainsi un joueur paraguayen a été suspendu parce qu’il s’était couvert la bouche pour s’adresser à un adversaire alors que son équipe auteur d’actes d’anti jeu et de brutalités multiples n’avait eu aucun avertissement. 

Tout compte fait, les normes arbitrales imposées par la Fifa apparaissent n’avoir d’autre motivation qu’accroître son contrôle sur le cours du jeu, en particulier lors des matchs internationaux. Si on ajoute aux tribulations bien connues de l’équipe d’Argentine en Coupe du Monde celles de sa fédération, soupçonnée de corruption et de détournement de fonds, on ne pourra qu’en conclure que décidément, il y a quelque chose de pourri au royaume du ballon rond.  

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Souveraineté alimentaire : pourquoi la Tunisie doit réinvestir d’urgence dans ses petits éleveurs

12. Juli 2026 um 18:52

Neuf fois plus chère en 16 ans, la brebis incarne une crise de l’élevage au cœur de la souveraineté alimentaire. Wafa Kharfia, coordinatrice du Groupe pour la souveraineté alimentaire, et Faouzi Zayani, expert en politiques agricoles, dissèquent l’effondrement du modèle tunisien.

Derrière la flambée des prix du mouton et le recul de la production de viande rouge se joue la capacité de la Tunisie à nourrir elle-même sa population. Une crise du cheptel qui, selon les spécialistes du secteur, révèle l’érosion progressive de la souveraineté alimentaire du pays. Selon les données publiées le 7 juillet par l’Office de l’élevage et des pâturages (OEP), le prix moyen d’une brebis a augmenté d’environ 800 % entre 2010 et le premier semestre 2026, tandis que la production nationale de viande rouge diminuait d’environ 10 %.

Une équation que les spécialistes du secteur ne considèrent plus comme une simple anecdote conjoncturelle. L’envolée des prix en Tunisie dépasse la simple inflation pour révéler une crise structurelle du système agricole, comme le souligne Wafa Kharfia, coordinatrice du Groupe de travail pour la souveraineté alimentaire. La souveraineté alimentaire repose sur la maîtrise d’un État sur ses ressources fondamentales — terre, eau, semences, alimentation animale — afin de réduire sa dépendance extérieure et garantir une production durable, une maîtrise dont l’élevage tunisien s’éloigne continuellement.

Sécheresse, spéculation et faillites : l’étau se resserre sur les éleveurs

Cette dégradation découle des choix politiques des dernières décennies ayant favorisé l’ouverture commerciale et les cultures d’exportation au détriment de l’autonomie. Le pays dépend lourdement des importations de céréales et de matières premières comme le maïs et le soja pour l’alimentation animale, exposant l’élevage aux fluctuations mondiales et aux variations du dinar. Ce problème se traduit par un déficit chronique de 40 % de la balance fourragère, tirant les coûts de production et les prix de vente vers le haut.

Le dérèglement climatique accentue cette fragilité : sécheresses, baisse des précipitations, hausse des températures et épuisement des nappes phréatiques dégradent les parcours pastoraux. Des milliers d’hectares de terres pastorales ont disparu sous la pression conjointe de la désertification, de l’urbanisation et de la reconversion des sols. L’éleveur, contraint de remplacer les pâturages naturels par des aliments composés coûteux, voit la rentabilité de son activité s’effondrer. Cette situation frappe de plein fouet les petits agriculteurs et éleveurs, qui constituent 90 % du secteur.

Confrontés au renchérissement des aliments pour animaux, des soins vétérinaires, de l’énergie et du transport, ils voient régulièrement leurs charges dépasser leurs revenus. Pour survivre, beaucoup réduisent leur cheptel, vendent leurs femelles reproductrices ou cessent leur activité, générant le paradoxe d’une production en baisse malgré des prix en forte hausse. Or, la disparition de ces exploitants menace directement la capacité productive nationale.

Dans ce contexte, la brebis reproductrice représente un maillon stratégique sous-estimé, indispensable au renouvellement du troupeau. Préserver le cheptel implique de soutenir en priorité ces brebis en renforçant et en leur étendant les aides sur les aliments pour bétail, afin d’éviter les ventes forcées. Enfin, la crise met en lumière une défaillance dans la gouvernance du marché des aliments pour animaux. L’affaiblissement du rôle régulateur de l’État a laissé le champ libre à un oligopole restreint qui maîtrise l’importation des matières premières et la fabrication des aliments composés. En l’absence de mécanismes de protection efficaces, les hausses des cours internationaux sont directement répercutées sur les producteurs locaux.

Navigation à vue et urgence hydrique : le modèle agricole au bord du naufrage

Faouzi Zayani, expert et ancien éleveur, apporte une lecture critique des données publiées par l’Office de l’élevage et des pâturages (OEP). Tout en reconnaissant l’exactitude des chiffres avancés, il leur dénie toute rigueur scientifique, estimant que la mise en perspective avec les prix de 2010 pour mettre en avant une hausse de 800 % relève d’une logique sensationnaliste qui ne reflète pas les dynamiques réelles du secteur. Pour étayer son propos, il rappelle qu’il y a seulement trois ans, une brebis de qualité se négociait entre 600 et 700 dinars, alors que son prix atteint aujourd’hui environ 2 000 dinars. À ses yeux, le recul significatif du cheptel ne s’est véritablement amorcé qu’entre 2020 et 2022, quand la sécheresse a forcé les producteurs à vendre leurs bêtes à perte. Loin d’une fatalité conjoncturelle, cette situation trouve sa source dans des années de carence du ministère de l’Agriculture et des autorités de tutelle, dont l’inaction a directement aggravé la vulnérabilité des éleveurs.

Il ne manque pas, pour autant, d’élargir la perspective : alors que la sécurité alimentaire repose sur un équilibre maîtrisé entre autosuffisance locale et importations mesurées, la Tunisie avance sans vision claire ni rationnelle.

Ce manque de stratégie frappe de plein fouet la filière céréalière, structurellement déficitaire, ainsi que les secteurs de la viande rouge et du lait, accentuant la dépendance aux marchés extérieurs sur fond de stress hydrique aigu qui menace l’ensemble de l’appareil productif. Face aux contraintes climatiques, les agriculteurs se retrouvent isolés. Refonder le secteur exige d’abord une augmentation des investissements publics, le budget alloué étant très inférieur au poids économique de l’agriculture, qui génère entre 7 % et 10 % du PIB.

Cette revalorisation doit s’accompagner d’une réforme du crédit agricole pour lever l’obstacle des taux d’intérêt élevés en proposant des financements adaptés et souples. Parallèlement, la recherche scientifique doit piloter le développement de semences locales résilientes et la mise à jour de la cartographie agricole. Cette dernière doit s’adapter aux évolutions thermiques et pluviométriques régionales, en donnant la priorité aux cultures stratégiques telles que les céréales, l’élevage et le maraîchage, au détriment des cultures d’exportation trop gourmandes en eau.

L’eau et la souveraineté : les piliers d’un choc de refondation national

La gouvernance de l’eau constitue le préalable indispensable à toute souveraineté. Elle implique la valorisation des eaux saumâtres abondantes dans le Centre et le Sud, la réutilisation des eaux usées traitées pouvant couvrir un quart des besoins d’irrigation, et le recours au dessalement de l’eau de mer uniquement en dernier ressort. L’entretien rigoureux des barrages, la rénovation des réseaux d’irrigation et l’intégration de l’intelligence artificielle apparaissent essentiels pour optimiser cette ressource vitale et maintenir le tissu rural.

La dépendance alimentaire fragilise les finances publiques, aggrave l’endettement et place le pays dans une situation de subordination, particulièrement risquée dans un contexte international instable marqué par des tensions géopolitiques autour des ressources. Pour s’en affranchir, la Tunisie doit coupler la gestion de l’eau aux énergies renouvelables et repenser son système de subventions. S’inspirant du modèle européen, l’État gagnerait à soutenir massivement le producteur lorsqu’il produit, et davantage encore lorsqu’il s’engage dans des pratiques respectueuses de l’environnement.

 

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Donald Trump, un maître chanteur

12. Juli 2026 um 11:58

Les Accords d’Abraham, œuvres du premier mandat du président Donald Trump, sont à nouveau remis à l’ordre du jour. Dépoussiérés, ils reviennent en Air Force One. Un couteau à double tranchant sur la gorge des monarques, chefs de gouvernement et cheikhs du golfe arabique et du Moyen-Orient. Seul un camp retranché d’irréductibles en Afrique du Nord résiste à la normalisation et refuse de se soumettre. 

Mohsen Redissi *

De prime abord, c’est une nouvelle initiative de paix de Baba Trump hors son Conseil de paix, remis sur la voie de garage. Vite fait vite oublié, car il a tout faux. Les têtes couronnées, les philanthropes, les businessmen n’ont pas suivi son conseil. L’argent tombé dans l’escarcelle de la première réunion officielle du Conseil a été versé dans les caisses d’Israël. Charité bien ordonnée commence par soi-même. Depuis, le billet vert, qu’il croyait voir couler à flot pour remplir ses poches et les caisses du Conseil, tarde à venir. La banqueroute avant le banco.

Président Trump a la ferme intention de traîner dans son nouveau stratagème les pays vassaux, en obligeant les petits poucets du Golfe arabique, petits par la taille mais riches comme crésus, à signer les Accords d’Abraham. Ils bénéficient en échange de la protection des Etats-Unis (EU), pas celle des peuples mais celle des monarques et des familles régnantes.

Les récents événements, guerre Iran/Israel-EU, ont mis à nu l’incapacité des EU à garantir la sécurité de ses alliés du Golfe arabique. Battus à plate couture. Un fiasco pour une grande puissance. 

C’est aussi et surtout une autre tentative de Trump pour arriver à ses fins : endosser sa redingote pour la grande cérémonie et se voir remettre le Prix Nobel de la paix, rêve éveillé d’un président versatile. Qui ne risque rien n’a rien !

Entre obéissance et rejet 

Le Maroc est le premier pays, hors zone de turbulence, à signer les Accords d’Abraham. Il a reçu en contrepartie un cadeau royal : la reconnaissance par les ÉU de la marocanité du Sahara occidental. Donnant donnant, du troc comme aux temps révolus, la reconnaissance contre l’adhésion. L’ambassadeur américain auprès du royaume chérifien a gratifié son altesse royale, lors de son audience avec le roi Mohammed VI, de la nouvelle carte géographique du Maroc, signée de sa propre main. Signe d’authenticité et de validité et qui ne craint aucune équivoque. Le Sahara occidental, fraîchement annexé, figure sur la nouvelle carte du Maroc redessinée par Washington. 

Sans crier gare, les EU rattachent et tranchent, au gré de leurs penchants, d’un côté un territoire abandonné par l’ancienne puissance coloniale, l’Espagne, et disputé entre plusieurs parties, la République arabe sahraouie démocratique, l’Algérie et le Maroc. De l’autre côté, ils jettent leur dévolu sur le Groenland qu’ils veulent annexer pour des raisons de sécurité nationale. On ne sait plus où donner de la tête ou à quel saint se vouer ? A Abraham ! Il a ses accords.

La loi du plus fort est toujours la meilleure 

La menace est-elle la nouvelle forme de la dissuasion ? Ou est-elle une violation flagrante de tous protocoles et usages diplomatiques ? That’s the question!

Donald Trump hausse le ton sur sa plateforme. Il crie haut et fort, sans ambiguïté et sans aucune retenue sur Truth Social «J’ai déclaré qu’après tout le travail effectué par les États-Unis pour tenter de résoudre cette situation très complexe, tous ces pays devraient être obligés, au minimum, de signer simultanément les accords d’Abraham.» Au minimum ? C’est-à-dire qu’il se sent autorisé à demander encore plus. Par exemple lui céder leurs champs de gaz et de pétrole… Là où en sont les choses, cela n’étonnerait personne  

Cette «situation très complexe» que Trump décrit n’est que le résultat d’une attaque combinée, sans précédent, Etats-Unis-Israël sur l’Iran. Le ton est menaçant et ne laisse aucune autre issue aux pays de la région. Pas d’échappatoire, la soumission est leur planche de salut. Trump ratisse large et n’y va pas de main morte. Le président américain exige des pays à majorité musulmane de normaliser leurs relations avec Israël. Le «minimum» pour ces pays est l’obéissance et la signature collective de ces accords.

Au fin fond de lui-même, Trump rêve d’une grande cérémonie pour la signature de ces accords. Il a d’autres «shah» à fouetter.

Libéré du fardeau de la guerre et revigoré par la signature de l’accord cadre Etats-Unis-Iran, Trump peut se vanter d’avoir rétabli l’ordre après le désordre, dans une zone en éternelle effervescence. Maintenant, il peut revenir à la charge et se consacrer à son premier chapitre, les Accords d’Abraham. Personne d’autre ne peut lui voler la vedette. Il est fin prêt pour serrer la vis et forcer la main des récalcitrants.

Trump a déclaré à plus de quarante reprises la fin d’une guerre qu’il a déclenchée contre l’Iran. Il reste toujours sous une menace constante et un équilibre précaire. Il n’est pas le maître à bord. Les belligérants s’accusent déjà mutuellement d’avoir violé un cessez- le-feu déjà précaire. Le nucléaire iranien reste la monnaie des singes dans le traité cadre. La prudence est de mise. Et le pire et peut-être encore à venir avec un président dangereusement impulsif chez qui la sénilité le dispute à la folie.

* Fonctionnaire à la retraite.

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Rapport annuel de la BCT 2025: entre promesses et réalités, selon Ridha Chkoundali

12. Juli 2026 um 11:54

L’expert en économie Ridha Chkoundali est revenu sur le rapport annuel 2025 de la Banque centrale de Tunisie (BCT), récemment remis par le gouverneur à la cheffe du gouvernement Sarra Zaâfrani Zenzri. 

À travers son analyse sur sa page officielle,  Ridha Chkoundali estime que le document officiel présente une image trop lisse de la conjoncture tunisienne et tend, selon lui, à minimiser plusieurs déséquilibres structurels qui continuent de fragiliser l’économie nationale

Pour Ridha Chkoundali, le premier problème du rapport tient à son orientation générale : au lieu d’évaluer froidement les coûts sociaux et économiques des choix publics, le texte donne l’impression de prendre fait et cause pour la logique bancaire, y compris lorsqu’elle entre en tension avec les droits des citoyens. L’exemple le plus emblématique reste, selon lui, celui du chapitre relatif à l’article 412, qui a conduit à une baisse des intérêts au bénéfice des emprunteurs. Dans sa lecture, la BCT aurait traité cette réforme comme une contrainte pesant sur les banques, sans mettre suffisamment en avant la portée sociale de la mesure ni les manquements constatés dans son application.

L’économiste reproche également au rapport de présenter la baisse du chômage comme un signe net d’amélioration du marché du travail, alors que, selon lui, cette évolution devrait être interprétée avec prudence. Il soutient que la diminution du taux de chômage ne reflète pas forcément une création solide d’emplois, mais peut aussi découler d’un recul du nombre de personnes actives, alimenté par l’émigration, la fuite des compétences et le découragement de nombreux jeunes. Autrement dit, ce qu’un tableau statistique peut donner à voir comme une amélioration pourrait masquer une érosion silencieuse du potentiel humain du pays.

Dans le même esprit, Ridha Chkoundali pointe une autre contradiction : la reprise de la croissance en 2025 serait réelle, mais fragile. Le rapport met en avant une croissance de 2,5%, portée notamment par l’agriculture, le tourisme et certains segments miniers. Or cette performance reste, selon lui, largement tributaire de facteurs conjoncturels, en particulier des conditions climatiques favorables. Une telle dépendance pose une question de fond : l’économie tunisienne dispose-t-elle réellement de moteurs de croissance durables, ou reste-t-elle exposée à des cycles instables qui varient au gré des saisons et des chocs extérieurs ?

Le secteur extérieur n’échappe pas non plus à cette lecture critique. Le rapport insiste sur la baisse de la dette extérieure à moyen et long terme, qu’il présente comme un signe de bonne gestion. Mais Ridha Chkoundali estime que cette évolution ne relève pas d’un choix stratégique réussi ; elle résulte plutôt des difficultés de la Tunisie à mobiliser des financements externes dans un contexte international tendu et après l’enlisement des négociations avec les bailleurs de fonds. En d’autres termes, la réduction de la part de l’endettement extérieur ne traduirait pas une réelle victoire, mais une forme de repli forcé vers l’endettement intérieur.

Lire aussi: Croissance, inflation, la BCT fixe le cap

C’est d’ailleurs l’un des points les plus sensibles de son analyse : le recours croissant au financement domestique. À ses yeux, l’État tunisien s’est de plus en plus appuyé sur les ressources internes, notamment à travers les banques et les mécanismes de financement local, ce qui a produit un effet d’éviction sur le secteur productif. Quand les banques privilégient les placements sans risque au profit de l’État, elles disposent de moins de marges pour financer l’investissement privé, les entreprises et l’activité réelle. Résultat : la liquidité circule, mais pas forcément vers les secteurs qui créent de la valeur et de l’emploi durable.

Ridha Chkoundali insiste aussi sur la question des marges de sécurité extérieure. Si les réserves en devises restent à un niveau qui évite l’alerte immédiate, leur recul d’une année à l’autre demeure, selon lui, préoccupant. Le pays conserve une certaine capacité de résistance, mais celle-ci se fragilise à mesure que la couverture des importations se réduit et que les besoins de financement externe restent difficiles à satisfaire. Cette vulnérabilité est d’autant plus sensible que l’économie tunisienne. Plus encore, elle reste exposée aux chocs énergétiques, aux variations des prix internationaux et aux tensions sur les approvisionnements.

Au fond, la critique de l’économiste vise une lecture trop comptable de la situation économique. Le rapport annuel de la BCT, tel qu’il est présenté, valorise des indicateurs positifs, mais laisse en arrière-plan des tensions plus profondes : chômage des diplômés, fragilité de l’investissement, dépendance énergétique, endettement interne élevé et migration des compétences. Ridha Chkoundali appelle à une lecture plus lucide de l’économie tunisienne, une lecture qui ne s’arrête pas aux chiffres bruts, mais qui interroge leur signification sociale.

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Dougga | Un festival, un territoire, des frustrations…

12. Juli 2026 um 11:07

​Chaque été, les regards se tournent vers le théâtre romain de Dougga. La pierre antique retrouve une voix. Pourtant, lors de l’ouverture de cette 50ᵉ édition, le vendredi 10 juillet 2026, en présence du Président de l’Assemblée des représentants du peuple, une fracture était plus visible que le spectacle lui-même, animé par la talentueuse chanteuse Shayma Helali, qui a fait de son mieux pour instiller de la joie dans les cœurs. On demande à la jeunesse de Béja de porter l’héritage de ses ancêtres, mais on ne lui donne pas les clés du présent. Et encore moins ceux de l’avenir.

Manel Albouchi

​Derrière les discours officiels, la fragilité financière du festival est criante. Un simple retard budgétaire ? Un détail technique ? Non. C’est un symptôme. Ce qui se joue ici dépasse la simple organisation d’un événement ; c’est notre modèle de développement régional qui est en question.

Pendant des décennies, Béja a été réduite à une fonction utilitaire : celle d’un «grenier» que l’on exploite, mais que l’on oublie de nourrir en imaginaire, en projets et en confiance.

​Le capital psychologique : une infrastructure immatérielle

​La psychologie est formelle : un territoire ne se développe pas uniquement avec des ressources naturelles. Il se développe parce que ses habitants croient en lui. Parce qu’ils se sentent vus, reconnus, acteurs d’un futur possible.

​C’est ce que j’appelle le capital psychologique territorial. Il s’agit de l’ensemble des ressources invisibles : la confiance collective, l’espoir, la capacité à coopérer… qui permettent à une région de transformer ses richesses en développement durable. Ces ressources sont aussi stratégiques que les routes ou les infrastructures.

D’ailleurs, entre nous, à quoi servent les routes si personne n’a envie de se rendre là où elles mènent ?

​Le constat est là : notre jeunesse déserte. Si la programmation semble parfois déconnectée, c’est qu’elle ne lui parle pas. Elle ne l’inclut pas. On demande à la jeunesse de Béja de porter l’héritage de ses ancêtres, mais on ne lui donne pas les clés du présent.

​Nous vivons une économie de l’inégalité territoriale. D’un côté, des pôles privilégiés qui concentrent les budgets ; de l’autre, des régions déshéritées auxquelles on demande de la patience, en attendant que les miettes de la croissance finissent par arriver. Quand le projet d’un territoire s’écrit sans ses jeunes, le désengagement n’est pas une passivité, c’est une réponse logique.

​Une fonction sociale, de l’Antiquité à aujourd’hui

​L’histoire nous donne des leçons oubliées. Des théâtres romains aux zerdas traditionnelles, ces lieux n’étaient pas que des spectacles ; c’étaient des moteurs sociaux, des espaces où le commerce, l’idée et la régulation sociale circulaient.

​Aujourd’hui, les festivals occupent ce même vide. Leur langage est artistique, certes, mais leur fonction est profondément sociale. Lorsqu’un territoire voit ses grands rendez-vous s’étioler, il ne perd pas seulement des spectacles. Il fragilise sa confiance collective. Il encourage, silencieusement, ses talents à partir.

​La culture n’est pas une dépense accessoire. C’est une infrastructure immatérielle. Elle produit de la confiance, renforce l’identité et stimule l’économie locale.

​Béja possède tout : les terres, l’histoire, les compétences. Ce qu’il manque, c’est cette ambition commune capable d’articuler ces richesses. Le Festival international de Dougga ne devrait pas être qu’une parenthèse estivale ; il pourrait être un moteur permanent de développement, un espace d’attractivité pour les artistes, les artisans et les entrepreneurs.

​La question est donc pour nous tous, mais surtout pour nos instances gouvernementales : «Comment passons-nous de la survie à la vision ?»

​La véritable richesse d’un territoire ne réside pas dans ce qu’il produit. Elle réside dans ce que ses habitants pensent être capables de construire ensemble. C’est dans cette étincelle de confiance, dans ce passage de l’exécution à la contribution, que commence le vrai développement.

​La transition ne consiste pas à maintenir une survie budgétaire, elle consiste à transformer la relation psychique que la région entretient avec son propre avenir.

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Tunisie-Russie | Sous le signe de la continuité  

12. Juli 2026 um 10:00

En pleine guerre froide, dans les années 1960-1990, la Tunisie a toujours gardé des relations privilégiées avec le monde dit libre, c’est-à-dire les Etats-Unis et l’Europe occidentale, qui restent encore aujourd’hui ses deux principaux partenaires, mais cela ne l’a pas empêchée de maintenir une coopération étroite avec l’Union soviétique et, aujourd’hui la Russie, par souci d’indépendance et de non-alignement. Cet axe fondamental de la diplomatie tunisienne est on ne peut actuel malgré les grands chambardements géostratégiques qu’a connus le monde depuis la chute du Mur de Berlin en 1989.

Latif Belhedi

Au cours des sept dernières décennies, les relations tuniso-russes se sont développées dans divers domaines alors que de vastes perspectives s’offrent aujourd’hui pour le renforcement de la coopération bilatérale dans les secteurs de l’économie, de la santé, de l’éducation, de la culture, de la science et de la technologie.

C’est ce que le consul de Russie en Tunisie, Vladimir Khatuntsev, a affirmé lors d’un séminaire organisé le 11 juillet 2026 par l’Association d’amitié tuniso-russe pour marquer le 70e anniversaire de l’établissement des relations diplomatiques entre les deux pays, sous le thème «Les mutations géopolitiques en cours et le positionnement de la Tunisie dans un nouvel ordre mondial».

L’événement a réuni des universitaires tunisiens, des chefs de missions diplomatiques accrédités en Tunisie ainsi que des personnalités s’intéressant aux affaires régionales et internationales.

Les échanges commerciaux ont triplé ces dernières années

Le consul de Russie, dont les propos ont été rapportés par Mosaique FM, a expliqué que la Commission mixte tuniso-russe, dont la première remonte à 1999, doit tenir sa neuvième session en Tunisie avant la fin de l’année, avec pour objectif d’ouvrir de nouvelles perspectives de coopération, notamment dans les secteurs de l’éducation, de l’agriculture et des infrastructures. Il a également souligné les progrès réalisés en matière de coopération sanitaire, mettant en avant la signature, ces derniers mois, d’un programme de coopération conjointe entre les ministères de la Santé des deux pays.

Sur le plan économique, le diplomate russe a souligné que la Tunisie est devenue l’un des cinq principaux partenaires commerciaux de la Russie en Afrique, le volume des échanges entre les deux pays atteignant environ 1,8 milliard de dollars — un chiffre qui a triplé ces dernières années. Il a ajouté que la Russie demeure un fournisseur clé de produits pétroliers et de céréales pour la Tunisie, exprimant l’espoir que l’accord de libre-échange actuellement en négociation avec l’Union économique eurasiatique contribuerait à renforcer la coopération économique et les investissements.

En matière de tourisme, le consul de Russie a souligné que la Tunisie occupe une place privilégiée pour les touristes russes, ce qui favorise le développement du secteur touristique ainsi que l’intensification des échanges humains et culturels entre les deux nations.

Un millier d’étudiants tunisiens dans les universités russes

Il a également mis en exergue l’importance de la coopération dans le domaine de l’éducation, rappelant que le gouvernement russe octroie chaque année 80 bourses à des étudiants tunisiens, tandis qu’environ un millier d’étudiants tunisiens poursuivent actuellement leurs études dans diverses disciplines au sein d’universités russes.

Il a ajouté que la coopération culturelle connaît également une dynamique soutenue, comme en témoignent la participation de troupes de théâtre russes à des événements culturels en Tunisie et la présence d’athlètes russes lors de compétitions internationales organisées par la Tunisie, parallèlement à la participation de metteurs en scène, journalistes et chefs tunisiens à des festivals et concours organisés en Russie.

M. Khatuntsev a également souligné l’intérêt croissant pour l’enseignement de la langue russe dans les établissements éducatifs tunisiens, précisant que la fondation Russkiy Mir (Monde russe) a récemment apporté son soutien — notamment sous forme de matériel pédagogique, de livres et de mobilier pour les salles de classe de russe — afin de favoriser les échanges culturels entre les deux nations.

Dans les domaines de la science et de la technologie, le consul de Russie a souligné les étapes clés de la coopération, rappelant la visite en Tunisie, en avril dernier, du cosmonaute russe Kirill Alexandrovitch Peskov — un événement qui a suscité un vif intérêt pour ses conférences — ainsi que la collaboration ayant abouti au lancement, en 2021, du satellite tunisien Challenge 1 à bord d’une fusée russe depuis le cosmodrome de Baïkonour.

Le diplomate a conclu en soulignant que les deux parties poursuivent leurs efforts pour finaliser un accord intergouvernemental de coopération dans l’exploration et l’utilisation de l’espace extra-atmosphérique à des fins pacifiques, reflétant ainsi une volonté commune d’ouvrir de nouveaux horizons au partenariat tuniso-russe.

Rappelons que les ministres des Affaires étrangères des deux pays, Mohamed Ali Nafti et Sergueï Lavrov, ont échangé, samedi 11 juillet, deux messages de félicitations, dans lesquels ils ont souligné la profondeur et la solidité des relations d’amitié et de coopération qui unissent la Tunisie et la Russie, et qui trouvent leur fondement dans l’ancienneté et l’ancrage des liens historiques et économiques unissant les deux peuples amis.

Ils se sont félicités du niveau privilégié des relations bilatérales, qui n’ont cessé de se développer et qui reposent sur un dialogue fondé sur le respect mutuel, l’intérêt commun et sur une coopération fructueuse dans de nombreux domaines.

Explorer de nouvelles opportunités de coopération

Ils ont également réaffirmé leur volonté commune de continuer à renforcer les liens d’amitié et de coopération entre les deux pays, et de les porter vers de nouveaux horizons en explorant de nouvelles opportunités de coopération dans des secteurs prometteurs et à forte valeur ajoutée, afin de répondre aux aspirations des deux peuples amis, tout en poursuivant leurs consultations au sein des différentes organisations et instances régionales et internationales.

Dans un communiqué publié sur sa page Facebook, l’ambassade de Russie à Tunis a rappelé que l’«Union soviétique» et la Tunisie avaient procédé, dans les années 1960, à la nomination réciproque d’ambassadeurs, marquant ainsi le début d’un développement progressif des relations politiques et économiques bilatérales. Moscou a aussi lancé des programmes pour permettre à des étudiants tunisiens de suivre des études dans les universités soviétiques.

Le secteur du tourisme compte actuellement parmi les principaux domaines de coopération entre la Russie et la Tunisie, souligne l’ambassade dans son communiqué et rappelle qu’«en 2019, au pic de la saison touristique, près de 650 000 citoyens russes ont visité la Tunisie». Ce secteur recèle un fort potentiel de croissance et de renforcement des relations bilatérales, estime l’ambassade.

Elle rappelle la visite du ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov en Tunisie en décembre 2023, au cours de laquelle il a été reçu par le président de la République Kais Saïed, ainsi que sa rencontre avec son homologue tunisien, le 20 décembre 2025, en marge de la deuxième conférence ministérielle du Forum de partenariat russe.

Pour un ordre mondial juste et multipolaire

«Les deux pays s’accordent sur l’importance d’établir un ordre mondial juste et multipolaire, fondé sur le respect total des principes fondamentaux du droit international énoncés dans la Charte des Nations unies, dont au premier lieu le principe de l’égalité dans la souveraineté des États et la non-ingérence dans leurs affaires intérieures», souligne le communiqué.

Pour sa part, l’ambassadeur de Russie en Tunisie, Alexandre Zolotov, a souligné que la Tunisie constitue un partenaire traditionnel et fiable de la Russie en Afrique du Nord et au Moyen-Orient, mettant en avant une volonté commune de poursuivre le développement de la coopération bilatérale dans les différents domaines et de renforcer le dialogue politique entre les deux parties.

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L’Europe finance les intérêts industriels chinois en Tunisie

12. Juli 2026 um 08:35

Un média italien, Agenzia Nova, s’interroge sur la cohérence de la politique de voisinage de l’Union européenne (UE) qui finance des projets d’infrastructure en Tunisie, dont les retombées industriels et financiers profitent à des entreprises publiques chinoises. Nous traduisons ci-dessous son article sur le sujet intitulé «Tunisie : davantage de fonds européens pour un groupe chinois». (Photo : Abderraouf Essalah, Pdg de la Transtu, signe un accord d’acquisition de 18 rames de train électrique, avec Yang Qi, Pdg de CRC Nanjing Puzhen, le 10 juillet 2026 à Tunis).

Quelques jours seulement après avoir décroché un contrat de 38,2 millions d’euros pour cinq trains destinés à la ligne Moknine-Mahdia, le groupe public chinois CRRC a remporté un second contrat ferroviaire en Tunisie — un projet entièrement financé par des fonds publics et comportant une forte dimension européenne.

La Société des transports de Tunis (Transtu) a signé, le 10 août 2026, un accord avec CRRC Nanjing Puzhen pour la fourniture de 18 rames électriques destinées à la ligne de banlieue historique Tunis-La Goulette-La Marsa.

Ce projet, d’une valeur d’environ 90 millions d’euros, est financé à hauteur de 45 millions d’euros par la Banque européenne d’investissement (BEI) et de 45 millions d’euros supplémentaires par la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (Berd). Le prêt de la BEI est assorti d’une garantie du budget de l’Union européenne (UE) au titre du mandat de prêt extérieur ; le risque repose donc, en dernière analyse, sur les ressources communes apportées par les États membres.

De même, bien que la Berd soit une banque multilatérale basée à Londres, la majorité de son capital est détenue conjointement par les pays de l’UE, l’Union elle-même et la BEI.

Les crédits européens profitent à un géant public chinois

L’Europe fournit ainsi les crédits et les garanties, mais les retombées industrielles profitent une fois de plus à un géant public chinois.

En un peu plus d’une semaine, le géant ferroviaire chinois a décroché des commandes pour un total de 23 trains électriques auprès de deux entreprises publiques tunisiennes : d’abord la Société nationale des chemins de fer tunisiens (SNCFT), et désormais la Transtu.

Bien que ces deux appels d’offres concernent des projets distincts, ils mettent en lumière un même paradoxe industriel : alors que des institutions financières européennes soutiennent la modernisation des infrastructures tunisiennes, les principales retombées industrielles profitent à un champion public chinois.

Ce n’est pas tout. Le même schéma s’applique au nouveau pont de Bizerte, un projet d’infrastructure de 2,07 kilomètres confié à l’entreprise chinoise Sichuan Road and Bridge. Ce projet bénéficie d’un financement de 123 millions d’euros de la BEI (couvert par une garantie budgétaire de l’UE), de 122 millions d’euros de la Banque africaine de développement (BAD), ainsi que d’une subvention de Bruxelles pour les études préliminaires. Malgré l’importance de l’engagement financier européen, le contrat de construction — qui représente 79 % de l’investissement total — a été attribué, là encore, à un groupe chinois.

L’affaire avait déjà suscité des interrogations en novembre 2025, à la suite de l’effondrement d’un pont dans la province chinoise du Sichuan — construit par la même entreprise — qui avait été inauguré à peine dix mois plus tôt. L’incident n’a fait aucune victime, l’ouvrage ayant été fermé après l’apparition de fissures et de mouvements de terrain, mais il a relancé le débat sur la cohérence des politiques européennes en Méditerranée.

Limites de la stratégie européenne en Méditerranée

Bruxelles finance des projets stratégiques dans son voisinage, en assumant une partie du risque via le budget commun, tandis que des entreprises chinoises soutenues par l’État remportent les contrats et les commandes, s’assurant ainsi une présence dans l’économie locale.

Les nouvelles rames destinées à la ligne TGM mesureront 40 mètres de long, seront climatisées et équipées de systèmes de vidéosurveillance ainsi que de dispositifs d’information des voyageurs. Elles offriront une capacité de 400 passagers, avec 90 places assises et des espaces réservés aux personnes à mobilité réduite. Capables d’atteindre une vitesse de pointe de 100 kilomètres-heure, elles permettront d’assurer une fréquence initiale d’un train toutes les six minutes aux heures de pointe et toutes les douze minutes le reste du temps.

Le contrat comprend également cinq années de maintenance, la fourniture de pièces de rechange et d’équipements techniques, ainsi que l’acquisition d’une machine à reprofiler les roues.

Une fois le programme de modernisation achevé, les partenaires européens prévoient de porter la fréquence à un passage toutes les quatre minutes aux heures de pointe.

Si ce projet améliorera une infrastructure essentielle à la mobilité dans la capitale, il met aussi en lumière les limites de la stratégie européenne actuelle en Méditerranée : d’un côté, Bruxelles conserve un rôle de bailleur de fonds et de garant, tandis que de l’autre, Pékin transforme ces mêmes ressources en production industrielle, en contrats et en influence économique.

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2030 a déjà commencé : la Tunisie forme-t-elle les talents dont le marché du travail a besoin ?

12. Juli 2026 um 08:00

Le marché de l’emploi tunisien vit déjà sa mutation. Digitalisation, transition énergétique, industrialisation et vieillissement démographique redessinent en profondeur les besoins des entreprises, et les secteurs qui recruteront demain sont, pour l’essentiel, déjà connus. Reste une question qui inquiète autant les experts que les familles : les jeunes diplômés tunisiens se préparent-ils réellement à ces métiers d’avenir ?

Quatre secteurs en première ligne

Pour Wafa Laamiri, CEO du Centre de Recherche, d’Ingénierie et du Travail (CRIT Tunisie), quatre grands pôles concentreront l’essentiel des recrutements d’ici 2030. Le numérique arrive en tête, porté par une demande croissante en spécialistes de la data, experts en cybersécurité, ingénieurs cloud et profils formés à l’intelligence artificielle et au machine learning. La transition énergétique suit de près, avec le Plan solaire tunisien qui fait émerger un besoin soutenu en ingénieurs et techniciens des énergies renouvelables. Vient ensuite l’industrie 4.0, où l’automatisation, la robotique, le contrôle qualité et l’optimisation des méthodes de production transforment les secteurs automobile, électronique et aéronautique, un univers que Wafa Laamiri considère comme le plus grand réservoir de nouveaux métiers. La santé, enfin, reste sous tension : l’émigration des soignants tunisiens vers l’Europe et le Golfe, combinée au vieillissement des populations, maintient une demande durablement supérieure à l’offre.

Ce diagnostic rejoint largement celui de Nabila Chaabani, directrice d’un cabinet de consulting, de coaching, de formation et de recrutement. Si certains métiers traditionnels perdent progressivement du terrain, observe-t-elle, les secteurs qui recrutent aujourd’hui dessinent déjà la carte de demain. Elle cite en priorité les techniciens de maintenance, les électrotechniciens, les électroniciens, les ingénieurs industriels ainsi que les spécialistes de la qualité, de la maintenance et de la production, des profils souvent perçus comme techniques ou manuels mais qui figurent en réalité parmi les plus recherchés du marché. Le secteur informatique reste lui aussi porteur, développeurs et spécialistes des nouvelles technologies en tête, même si la fuite des talents vers la France ou l’Allemagne freine les recrutements. Les fonctions liées à la finance, à la comptabilité et à l’administration conservent elles aussi leur place dans les besoins des entreprises, tandis que le marketing se réinvente presque entièrement autour du digital, l’intelligence artificielle automatisant déjà une partie des tâches classiques du métier, une évolution qui oblige les jeunes à repenser leurs choix d’orientation.

 

Les fonctions liées à la finance, à la comptabilité et à l’administration conservent elles aussi leur place dans les besoins des entreprises, tandis que le marketing se réinvente presque entièrement autour du digital…

 

L’intelligence artificielle redistribue les cartes

Cette révolution technologique ne se limite pas à créer de nouveaux besoins, elle en supprime aussi. Les fonctions administratives et de back-office sont parmi les premières touchées, tout comme certaines tâches en finance, en communication ou en droit, où les outils d’IA prennent en charge analyses et rédaction documentaire. Mais le bilan n’est pas uniquement négatif. Selon le Forum économique mondial, 92 millions de postes devraient disparaître dans le monde d’ici 2030, contre 170 millions de créations, soit un gain net de 78 millions d’emplois. De nouvelles fonctions apparaissent déjà, comme celles d’AI Manager, de Prompt Engineer ou d’AI Compliance Officer, aux côtés des métiers de la cybersécurité.

Cette recomposition rapide des métiers a toutefois un revers. La concurrence internationale pour attirer les compétences et la mobilité croissante des profils qualifiés rendent le recrutement de plus en plus complexe pour les entreprises tunisiennes, prévient Wafa Laamiri. L’enjeu ne se limite donc plus à former des talents, il s’agit désormais de savoir les retenir. Cela suppose, pour les entreprises, d’investir davantage dans la montée en compétences de leurs salariés, l’upskilling, et dans leur reconversion vers de nouveaux métiers, le reskilling, afin d’ajuster en continu leurs ressources humaines à des besoins qui évoluent plus vite que les cycles de formation classiques.

Le diplôme ne suffit plus

C’est peut-être là que les deux analyses se rejoignent le plus nettement. Pour Wafa Laamiri, l’obstacle majeur reste le décalage persistant entre les formations proposées et les besoins réels du marché, un paradoxe qui explique pourquoi la Tunisie affiche près de 24 % de chômage chez ses jeunes diplômés alors que des entreprises entières peinent à recruter. Nabila Chaabani va plus loin : selon elle, le diplôme, aussi solide soit-il, ne garantit plus l’employabilité. Les recruteurs privilégient désormais des candidats capables de s’adapter vite aux nouvelles technologies et à des environnements professionnels en constante évolution. Les jeunes diplômés disposent pourtant, le plus souvent, d’une formation académique satisfaisante, note-t-elle, mais c’est ailleurs que le bât blesse : dans leur capacité à communiquer efficacement, à travailler en équipe et à gérer les relations professionnelles. La communication reste ainsi l’un des points faibles les plus fréquemment observés en entretien, une difficulté que la directrice du cabinet attribue en partie à l’essor des échanges virtuels depuis la pandémie de Covid-19, qui a réduit les occasions d’interactions en présentiel chez les jeunes générations.

 

Les recruteurs privilégient désormais des candidats capables de s’adapter vite aux nouvelles technologies et à des environnements professionnels en constante évolution… La maîtrise des outils numériques devient incontournable dans la quasi-totalité des secteurs, et les langues étrangères constituent un avantage compétitif réel…

Face à ce constat, de plus en plus d’entreprises choisissent de miser sur le potentiel humain plutôt que sur la seule maîtrise technique immédiate, cette dernière pouvant s’acquérir en interne. Le travail d’équipe, l’écoute, la gestion des conflits et le leadership deviennent ainsi des critères de recrutement à part entière, au point que les formations en soft skills figurent parmi les plus demandées auprès des cabinets spécialisés. La maîtrise des outils numériques devient incontournable dans la quasi-totalité des secteurs, et les langues étrangères constituent un avantage compétitif réel, le français et l’anglais restant les plus demandés, auxquels peuvent s’ajouter l’italien ou l’espagnol selon les activités des entreprises. Mais c’est la capacité d’adaptation qui s’impose comme la compétence la plus déterminante dans un marché appelé à se transformer en permanence.

Cette exigence se traduit très concrètement dans les demandes adressées aux cabinets de formation. Les programmes les plus sollicités portent aujourd’hui sur la communication interpersonnelle, l’intelligence relationnelle, la gestion des conflits, le leadership et le management, des compétences longtemps jugées secondaires et désormais considérées comme un véritable levier de performance dans les décisions de recrutement.

Un référentiel pour combler l’écart

Face à cette inadéquation persistante entre formation et emploi, une réponse institutionnelle commence à se mettre en place. Lancé en avril 2026, le Référentiel tunisien des métiers et des compétences (RTMC) propose un langage commun entre universités, centres de formation, entreprises et acteurs de l’emploi. L’outil ambitionne d’anticiper plus finement les besoins futurs et de rapprocher, enfin, les parcours de formation des réalités du terrain.

Reste que la partie se joue aussi, et peut-être surtout, en dehors des salles de classe. Car pour les jeunes qui visent les métiers de 2030, la réussite professionnelle ne dépendra plus seulement du diplôme obtenu, mais de leur capacité à conjuguer expertise technique, maîtrise du numérique et compétences humaines.

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Le poème du dimanche | ‘‘L’écho du silence’’ de Hichem Gaiesse

12. Juli 2026 um 07:21

Longtemps installé comme médecin généraliste à Hammamet, le premier recueil de poèmes de Hichem Gaiesse s’intitule ‘‘Soliloques de l’épi’’ est paru à compte d’auteur en 2021.

Né en 1957 à Grombalia, Gaiesse a fait des études secondaires à Tunis et supérieures à la Faculté de médecine de Sousse.

J’ai l’âme qui bave

Au rythme des stances

Autant qu’une épave

Qui mousse aux sabords

S’infuse en langage

La chair de mes mots

Qui n’ont que le sens

De leurs métaphores

Et bout de sa lave

Aussi ma pensée

Ruant de l’enclos

Vers d’autres athanors

Patient et muet

Au cœur des naufrages

L’écho du silence

Est mon parolier.

Extrait de ‘‘Soliloques de l’épi, la Tunisie m’a dit’’, 2021.

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Norvège vs Angleterre en live streaming : Coupe du Monde 2026

Von: mounir
11. Juli 2026 um 21:32

La Norvège et l’Angleterre s’affrontent dans un quart de finale très attendu de la Coupe du monde 2026, avec une place en demi-finales en jeu. Portés par Erling Haaland, Martin Ødegaard et Alexander Sørloth, les Norvégiens défient des Three Lions emmenés par Harry Kane, Jude Bellingham, Bukayo Saka, Phil Foden et Declan Rice. Heure du coup d’envoi, diffusion TV, compositions probables et enjeux : tout ce qu’il faut savoir sur cette affiche de prestige entre deux prétendants au dernier carré.

Suivez en live streaming Norvège – Angleterre coupe du monde 2026:

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Croissance, inflation, la BCT fixe le cap

11. Juli 2026 um 18:51

La cheffe du gouvernement, Sarra Zaâfrani Zenzri  a reçu samedi 11 juillet 2026 au Palais de la Kasbah le gouverneur de la Banque centrale de Tunisie, Fethi Zouhair Nouri, qui lui a remis le rapport annuel 2025 de la BCT. Cette rencontre a permis de mettre en avant le rôle central de la Banque centrale dans la conduite de la politique monétaire, le maintien de la stabilité financière et le soutien à l’économie nationale.

À cette occasion, la cheffe du gouvernement a souligné que la politique monétaire menée au cours de l’année écoulée a contribué à maîtriser l’inflation, à préserver les réserves en devises étrangères, à stabiliser le taux de change et à réduire à deux reprises le taux directeur en 2025, pour l’établir à 7%. Elle a estimé que ces résultats confirment la pertinence des choix économiques de l’État et leur capacité à préserver les grands équilibres du pays malgré un environnement international marqué par de fortes incertitudes.

Elle a rappelé que la Tunisie a hérité de lourds déséquilibres économiques et sociaux, résultant de décennies de politiques d’exclusion, de marginalisation et d’endettement accumulé. Malgré cet héritage difficile et les pressions liées aux crises mondiales, le pays a réussi à enregistrer des indicateurs positifs, grâce, selon elle, aux orientations nationales fixées par le président de la République, Kais Saied. Ainsi, le produit intérieur brut a progressé de 2,5% en 2025 contre 1,6% en 2024, soutenu par la bonne tenue du secteur agricole, des services, notamment le tourisme, ainsi que par l’amélioration de plusieurs activités industrielles.

Cette dynamique s’est également reflétée sur le marché de l’emploi, avec une baisse du taux de chômage à 15,2% en 2025 contre 16,5% un an plus tôt. Les investissements directs étrangers ont, eux aussi, augmenté d’environ 30%, traduisant, selon la cheffe du gouvernement, une confiance accrue dans les perspectives de l’économie tunisienne.

Pour 2026, les premiers résultats sont jugés encourageants. Le PIB a enregistré une croissance de 2,6% au premier trimestre, porté par la poursuite de l’amélioration de l’activité agricole, des services marchands et non marchands, ainsi que du secteur industriel. Les industries alimentaires, mécaniques et électriques ont particulièrement contribué à cette évolution, tout comme le raffinage pétrolier. Le chômage a également légèrement reculé pour s’établir à 15%.

Malgré ces avancées, plusieurs défis structurels persistent, en particulier le déficit énergétique, la volatilité des marchés mondiaux et le besoin de renforcer l’investissement productif. 

La cheffe du gouvernement a insisté sur la nécessité d’impliquer davantage le secteur bancaire dans le financement de l’économie réelle, estimant que son rôle ne doit pas se limiter à la rentabilité financière. Elle a appelé à un engagement plus fort de la Banque centrale et des banques pour soutenir l’investissement public et privé, stimuler la création de richesses et accompagner un développement plus juste et plus durable.

De son côté, le gouverneur de la Banque centrale a affirmé que l’institution a réussi à préserver la stabilité monétaire et financière du pays, tout en accélérant ses chantiers de modernisation et de numérisation. Il a évoqué les progrès réalisés dans les systèmes de paiement, l’exploitation des données, l’intelligence artificielle et le renforcement des partenariats internationaux.

En conclusion, la rencontre a mis en évidence une volonté commune de consolider la souveraineté économique et financière du pays, tout en veillant à ce que les indicateurs macroéconomiques se traduisent concrètement par une amélioration du pouvoir d’achat, des services publics et de la justice sociale.

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Au sommet de l’Otan, Trump mélange le miel et le fiel !

11. Juli 2026 um 12:15

Arrivé au sommet annuel de l’Otan à Ankara animé de ressentiment et n’épargnant pas plusieurs pays européens de ses griefs habituels, le message d’adieu de Donald Trump, mercredi 8 juillet 2026, offrait pourtant un contraste saisissant entre optimisme et pessimisme.

Imed Bahri

The Guardian rapporte qu’en s’adressant aux journalistes en présence de son homologue ukrainien Volodymyr Zelensky, le président américain a surpris tout le monde en témoignant de son affection pour une alliance qu’il avait pourtant fustigée la veille, évoquant notamment la sempiternelle querelle concernant le Groenland.

«Nous venons de terminer notre réunion de l’Otan et ce fut une excellente réunion ! Il y avait beaucoup d’affection et d’unité dans cette salle aujourd’hui. On ne pouvait pas espérer mieux», a déclaré Trump.

Un revirement de situation frappant par rapport à la veille, lorsque le président américain, assis aux côtés du secrétaire général de l’Otan Mark Rutte avait débité une litanie de griefs bien rodée, notamment un manque de soutien perçu dans la guerre contre l’Iran et le refus de l’Espagne de se conformer aux nouveaux objectifs de dépenses de défense.

Une concorde inespérée

Même Zelensky, autrefois la cible de violentes réprimandes publiques dans le Bureau ovale, semblait avoir gagné en estime auprès de Trump. «Nous avons de bonnes nouvelles à nous dire», a-t-il déclaré, évoquant les perspectives d’un accord pour mettre fin à la guerre de quatre ans et demi entre l’Ukraine et la Russie. Il ajouté concernant son homologue ukrainien : «Il a fait un travail remarquable».

Cette concorde inattendue s’expliquait en partie par Scott Bessent, le secrétaire au Trésor américain, qui, invité par Trump à décrire cette réunion harmonieuse, a déclaré : «Monsieur, tous les Européens vous attribuent le mérite d’avoir sauvé l’Otan et ils veulent faire ce qu’ils ont à faire et vous êtes là pour ça».

L’atmosphère s’est assombrie lorsque la conversation a porté sur l’Iran, avec lequel Trump avait récemment signé un fragile mémorandum d’entente instaurant un hypothétique cessez-le-feu de 60 jours, que Washington ne s’est pas gêné de rompre à plusieurs reprises.

Le président américain a d’ailleurs lui-même déclaré mercredi que le cessez-le-feu était pratiquement rompu, après que les forces américaines ont frappé des cibles iraniennes la veille. Il a affirmé que l’Iran avait violé les termes de l’accord en attaquant trois navires dont un pétrolier qatari (pays intermédiaire dans les négociations) dans le détroit d’Ormuz, voie de passage stratégique vitale, censément rouvert en vertu du récent accord.

Des comptes à régler avec l’Iran

«Nous avons des comptes à régler», a-t-il déclaré au cours d’un long monologue évoquant les soi-disant transgressions iraniennes passées, notamment la fabrication d’engins explosifs improvisés qui ont tué et blessé de nombreux soldats américains en Irak et en Afghanistan.

Alors qu’il y a à peine deux semaines, il avait salué son propre accord comme étant nécessaire pour éviter une catastrophe économique comparable à la Grande Dépression* si le détroit d’Ormuz restait fermé, Trump a désormais écarté toute possibilité d’accord avec les dirigeants iraniens qu’il avait pourtant récemment qualifiés de plus raisonnables après l’assassinat de personnalités clés.

«Ils violent l’accord chaque jour. Ils mentent, ils trichent, ils tuent. Ils tuent depuis 47 ans. Ils ont coulé l’USS Cole», a déclaré le président américain, faisant référence au rôle présumé de l’Iran dans l’attentat d’Al-Qaïda contre un navire de guerre américain en octobre 2000. Quand on veut tuer son chien, on l’accuse de rage !

S’étant déjà contenté de la réouverture du détroit d’Ormuz – par lequel transite 20% des approvisionnements mondiaux en carburant –, Trump a affirmé que l’objectif était désormais la «dénucléarisation», une allusion à la capacité de l’Iran à se doter de l’arme nucléaire et un objectif censé être atteint par la négociation durant le cessez-le-feu de 60 jours.

«Nous allons conclure un accord. Nous pourrions même nous en passer, car, vous savez quoi, c’est plus simple», a-t-il déclaré d’un ton menaçant.

Les circonstances ne semblaient pas propices à la négociation, malgré un bref hommage rendu à Steve Witkoff, son principal émissaire, à Jared Kushner, son gendre, et à JD Vance, qui ont joué un rôle déterminant dans le cessez-le-feu.

«J’ai toujours été un négociateur mais je ne crois pas à une telle approche avec eux. Peut-être une attaque d’envergure, qui ferait des ravages», a-t-il déclaré. 

À plusieurs reprises, son discours a dérapé dans des lapsus et des erreurs d’appellation vaguement comiques.

À un moment donné, évoquant des missiles censés viser le porte-avions USS Abraham Lincoln, il a déclaré qu’ils avaient été tirés par «la République islamique du Japon».

Il confond les noms des pays et des dirigeants

Au beau milieu d’un discours enflammé sur la destruction des forces armées iraniennes, il a brusquement changé de sujet pour affirmer : «L’un des sujets que nous allons aborder aujourd’hui, c’est que nous allons leur donner le droit de fabriquer des missiles Patriot», il parlait bien sûr de l’Ukraine.

À une autre occasion, après une série de questions sur la guerre russo-ukrainienne, il a demandé aux journalistes s’ils avaient une question pour le «président Poutine», tandis que Zelensky, l’adversaire acharné du dirigeant russe, était assis à quelques mètres de lui. Ce moment rappelait une gaffe similaire de Joe Biden lors du sommet annuel de l’Otan à Washington en 2024, peu après le débat télévisé désastreux avec Trump à Atlanta qui a finalement mis fin à sa candidature à la présidence.

Sans doute conscient de cela, Trump a eu une tentative de dissimulation maladroite, persistant et insistant sur le fait qu’il voulait dire Poutine, car il avait un appel téléphonique prévu avec lui plus tard.

Pourtant, son erreur la plus révélatrice a sans doute été sa méprise sur le nom du défunt guide suprême iranien, Ali Khamenei, inhumé cette semaine lors de funérailles nationales, quatre mois après avoir été tué dans une frappe israélienne au début de la guerre.

«Ils voulaient aller aux funérailles de Khomeini», a déclaré Trump, écorchant le nom de Khamenei et le confondant avec celui de l’ayatollah Rouhollah Khomeini, le guide suprême de la révolution iranienne de 1979, qui a instauré des décennies d’hostilité envers Washington après le siège de 444 jours de l’ambassade américaine à Téhéran et la prise d’otages de 52 Américains.

* La Grande Dépression est la plus grave crise économique mondiale du XXe siècle, déclenchée par le krach boursier de Wall Street en octobre 1929 et s’est étendu jusqu’au début de la Seconde Guerre mondiale.

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Le paradoxe de Heidelberg : pour une économie tunisienne attractive et non plus seulement incubatrice

11. Juli 2026 um 06:00

La nouvelle est tombée comme un symbole : Yasmine Yaakoubi, lauréate nationale du baccalauréat 2026 avec la moyenne historique de 20,01, s’apprête à s’envoler pour l’Allemagne afin d’y poursuivre ses études d’ingénierie à la prestigieuse Université de Heidelberg.

Derrière la fierté légitime de voir l’école républicaine tunisienne produire de tels esprits d’élite, se cache le grand paradoxe de notre modèle national. Nous excellons dans la production de notre « Software » humain, mais nous manquons cruellement du « Hardware » institutionnel et économique pour l’exploiter et le retenir.

 

De l’État incubateur à l’État draineur : le chaînon manquant

La trajectoire de cette brillante étudiante résume à elle seule le défi macroéconomique de la Tunisie moderne. Notre pays finance à grands frais la formation d’ingénieurs, de médecins, de financiers et de juristes de premier plan, pour ensuite observer leur départ immédiat vers les économies occidentales. En réalité, la Tunisie se comporte comme un incubateur gratuit pour le compte de puissances économiques qui n’ont plus qu’à cueillir des talents déjà opérationnels.

Ce constat impose une rupture doctrinale. La fuite des cerveaux n’est pas une fatalité culturelle, c’est le résultat mécanique d’un déficit d’attractivité de notre marché intérieur. Si nos talents s’exilent, ce n’est pas uniquement pour des raisons de rémunération financière ; c’est d’abord parce que notre modèle managérial national, fortement bureaucratique et hiérarchisé, offre trop peu de défis technologiques et d’espaces d’autonomie à la hauteur de leurs ambitions.

 

Moderniser la gouvernance pour capter l’intelligence

Pour inverser cette tendance, la Tunisie doit urgemment adapter ses structures aux réalités du XXIe siècle. Cela passe par deux chantiers prioritaires :

  • Le saut managérial des institutions publiques : nos grandes structures, notamment dans le secteur bancaire, industriel et administratif, doivent abandonner les grilles de gestion rigides héritées du siècle dernier. L’introduction de critères de performance objectifs, de l’automatisation des processus et de l’intelligence artificielle doit précisément servir à assainir nos environnements de travail de toute subjectivité pour y réintroduire la culture du mérite.
  • La création de pôles d’excellence technologique souverains : on ne retient pas un ingénieur de haut niveau avec des promesses de carrière linéaires. Il faut créer, sur le sol national, des projets industriels et numériques d’envergure — qu’il s’agisse de la transition énergétique, de la souveraineté des données ou de la numérisation de l’État — capables de rivaliser en termes de stimulation intellectuelle avec ce que Heidelberg ou la Silicon Valley peuvent offrir.

Piloter la diaspora : la circularité des compétences

Soyons réalistes : dans une économie globalisée, nous ne pourrons pas empêcher tous les départs, et le parcours international de nos élites reste une richesse. Mais si le départ est inévitable, l’absence de retour, elle, est une erreur de pilotage stratégique.

La Tunisie doit inventer un modèle de « circularité des compétences ». Cela implique de structurer juridiquement et fiscalement le statut de notre diaspora d’influence. Comment ? En créant des passerelles d’ingénierie inversée, permettant à nos cadres expatriés de diriger des projets nationaux à distance, d’auditer nos systèmes, de siéger dans nos comités de régulation ou d’investir de manière simplifiée dans des start-ups tunisiennes.

 

Choisir notre place dans la chaîne de valeur mondiale

Le succès de notre lauréate nationale confirme que le génie tunisien est intact. Notre système éducatif continue de concevoir un logiciel de très haute performance. La question cruciale qui se pose désormais aux décideurs économiques et politiques est simple : la Tunisie continuera-t-elle à n’être que la pépinière des autres, ou décidera-t-elle enfin de moderniser ses structures pour devenir le principal bénéficiaire de sa propre intelligence ?

La souveraineté numérique et économique de la Tunisie de demain ne se jouera pas dans l’importation de technologies clés en main, mais dans notre capacité à offrir à nos propres enfants un cadre national où leur génie peut s’exprimer, s’épanouir et transformer la réalité du pays.

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Les analyses et propos contenus dans cette tribune n’engagent que l’auteur.

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Mondial Fifa 2026 | Le FBI lance une enquête pour corruption contre l’Argentine 

11. Juli 2026 um 08:30

En pleine Coupe du Monde Fifa 2026, le FBI, principal service fédéral de police judiciaire et de renseignement intérieur américain, enquête sur les finances de la Fédération argentine de football au lendemain de la qualification de l’Albiceleste face à l’Egypte. Alors que les polémiques arbitrales explosent déjà autour de Lionel Messi et de ses coéquipiers, cette affaire pourrait provoquer un véritable séisme. (Photo: Lionel Messi et Claudio Tapia : une trop grande proximité entre le football, l’argent et les trafics de toute sortes).

Habib Glenza, Lodz, Pologne.

La qualification de l’Argentine pour les quarts de finale de la Coupe du Monde 2026 aurait dû rester comme l’un des plus grands scénarios de ce tournoi. Menée de deux buts par une Égypte héroïque, l’Albiceleste semblait au bord de l’élimination avant de renverser complètement la rencontre grâce à Cristian Romero, Lionel Messi puis Enzo Fernández, dans des circonstances douteuses qui ont suscité plus que de simples suspicions. Aussi, quelques minutes après le coup de sifflet final, le football est-il passé au second plan.

L’Argentine suscite davantage la suspicion que l’admiration  

Les décisions arbitrales du François Letexier ont immédiatement déclenché une vague de critiques d’une ampleur exceptionnelle. Le sélectionneur Hossam Hassan a dénoncé un match influencé, tandis que plusieurs joueurs égyptiens ont affirmé que leur équipe avait été privée d’une qualification historique sous l’impulsion d’une Fifa corrompue et à la botte de l’Argentine. Sur les réseaux sociaux comme dans les médias internationaux, les accusations de favoritisme se sont propagées à une vitesse impressionnante. Pour une partie des observateurs, cette rencontre est devenue le symbole d’une Coupe du Monde 2026 où chaque décision concernant l’Argentine est désormais scrutée avec une suspicion permanente.

Cette polémique ne tombe pas dans un contexte neutre. Depuis le début de cette Coupe du Monde 2026, la Fifa fait déjà l’objet de nombreuses critiques concernant sa gouvernance, ses relations avec plusieurs dirigeants politiques dont Donald Trump et la gestion globale de la compétition. Les liens affichés entre Gianni Infantino et plusieurs responsables argentins alimentent depuis des mois les soupçons de certains observateurs, tandis que les théories complotistes se multiplient après chaque match de l’Albiceleste. Plusieurs voix en Europe réclament désormais davantage de transparence sur le fonctionnement de l’instance mondiale et des élus de l’Union européenne ont demandé qu’une enquête soit menée sur les relations et les méthodes de gouvernance d’Infantino après l’intervention de Trump pour faire annuler le carton rouge de Folarin Balogun.

Dans cette atmosphère déjà extrêmement tendue, chaque décision arbitrale favorable à l’Argentine est immédiatement interprétée comme une preuve supplémentaire par les détracteurs de la Fifa, à l’heure où les fédérations multiplient les appels et les plaintes après certaines rencontres. Même si aucune preuve ne vient confirmer ces accusations sur le terrain, le climat devient de plus en plus explosif au moment où la compétition entre dans sa phase décisive.

Le FBI enquête sur d’éventels trafics de la Fédération argentine

Comme si cette immense polémique sportive ne suffisait pas, une révélation venue des États-Unis a jeté une ombre encore plus importante sur le football argentin. Selon les informations diffusées par Fox et La Nacion, des agents du FBI et des procureurs fédéraux américains ont lancé une vaste enquête portant sur les opérations financières de la Fédération argentine de football, dirigée par Claudio Tapia.

Les investigations visent à comprendre comment plusieurs centaines de millions de dollars liés aux contrats commerciaux de l’AFA ont circulé par le système bancaire américain par le biais d’entités financières telles que Citibank, Synovus, Bank of America, JP Morgan et PNC Bank. Les autorités américaines cherchent désormais à déterminer si certaines opérations pourraient relever de délits financiers relevant de la justice fédérale.

L’affaire dépasse donc largement le cadre sportif puisque le département de la Justice américain s’est directement saisi du dossier au moment même où l’Argentine dispute la Coupe du Monde 2026 sur le sol américain, ce qui renforce considérablement l’impact médiatique de cette révélation. Toujours d’après Fox et La Nacion, plusieurs témoins ont déjà commencé à être entendus par les enquêteurs américains. Parmi eux figure notamment l’homme d’affaires Guillermo Tofoni, qui aurait participé à une longue audition en visioconférence avec des procureurs et des agents du FBI spécialisés dans les crimes financiers.

Les investigations portent notamment sur TourProdEnter LLC, société qui gérait une partie des contrats internationaux de l’AFA.

Les enquêteurs cherchent à reconstituer précisément les flux financiers transitant par plusieurs banques américaines afin d’identifier d’éventuelles irrégularités.

Les procureurs envisageraient également d’entendre d’anciens responsables du gouvernement argentin de Javier Milei susceptibles d’avoir eu accès à des informations sensibles concernant ces opérations.

Pour les autorités américaines, il s’agit de vérifier si certaines transactions peuvent constituer des infractions financières relevant de leur juridiction. La Nacion précise que les procédures judiciaires concernant l’AFA avancent désormais beaucoup plus lentement en Argentine, notamment en raison de plusieurs recours déposés par les personnes visées afin de contester les éléments transmis par les autorités américaines.

L’un des principaux enjeux consiste à tenter d’empêcher que les documents bancaires obtenus aux États-Unis puissent être pleinement utilisés dans les procédures pénales argentines.

Une partie de la bataille se joue également sur le terrain de la compétence des tribunaux, plusieurs demandes ayant été déposées pour déplacer les dossiers vers d’autres juridictions. Cette stratégie judiciaire pourrait encore repousser l’avancée de l’enquête pendant plusieurs mois, alors que les investigations du FBI et du département de la Justice américain continuent parallèlement à progresser.

Un Mondial éclaboussé par des scandales en série

Les documents révélés par La Nacion évoquent des montants particulièrement impressionnants qui alimentent la gravité du dossier. TourProdEnter LLC aurait géré au moins 260 millions de dollars provenant des activités commerciales internationales de l’AFA. Les enquêteurs s’intéressent surtout à plusieurs dizaines de millions de dollars dont la destination finale ne serait pas clairement justifiée dans les documents bancaires consultés. Des virements vers différentes sociétés font également partie des éléments actuellement examinés par le département de la Justice et le FBI afin de déterminer si une enquête pénale complète doit être ouverte pour corruption et blanchiment d’argent.

Aucune culpabilité n’est établie à ce stade et la présomption d’innocence demeure entière. Malgré cela, le simple fait que le FBI mène des investigations pendant la Coupe du Monde provoque un séisme dans le monde du football, à l’heure où la délégation argentine est présente aux Etats-Unis.

Au moment où l’Argentine se retrouve déjà au centre des polémiques arbitrales, cette affaire financière donne encore davantage de poids aux critiques visant la gouvernance de son football et renforce un climat de défiance qui ne cesse de grandir autour de cette édition 2026 qui n’est pas à un scandale près.

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Vers la création d’une université autonome à Bizerte

11. Juli 2026 um 07:12

Un pas décisif vient d’être franchi pour l’enseignement supérieur dans la région de Bizerte. Ce vendredi 10 juillet 2026, la salle de conférence de la Faculté des Sciences a abrité une importante table ronde de concertation, réunissant l’administration universitaire et le tissu associatif, et qui a porté sur le projet de création d’une université autonome.

Lotfi Sahli, Bizerte.

Organisée sous l’égide du recteur de l’établissement, Adel Toumi, aux côtés du secrétaire général et du directeur des stages et de l’environnement, la rencontre a été marquée par la présence d’un large panel de la société civile, mené par Amor Béjaoui, figure emblématique de la vie associative locale.

Preuve de l’importance cruciale de ce projet pour la région, les forces vives économiques et associatives ont répondu en nombre à l’invitation. Parmi les participants figuraient les représentants locaux de la Confédération nationale des entreprises citoyennes (Conect) et de la Chambre de commerce et d’industrie du Nord-Est (CCINE) pour le volet économique. Le tissu associatif, quant à lui, a affiché une mobilisation pluridisciplinaire avec la participation de l’association Travail et Développement, l’association Allamni, ainsi que les défenseurs de l’environnement de l’Association de protection et de sauvegarde du littoral de Bizerte (APSLB) et de l’Association Méditerranée Action Nature.

Au cœur des débats : le projet ambitieux de fonder une université propre à Bizerte. Cette nouvelle entité s’appuie sur une réalité territoriale solide, puisqu’elle regroupe déjà 8 institutions universitaires (facultés, écoles et instituts), fédérant d’ores et déjà un bassin de 7 000 à 9 000 étudiants.

Un projet à «coût zéro» pour le contribuable

Pour porter cette ambition, la Faculté des Sciences dispose d’arguments de poids. Véritable fleuron scientifique, elle s’appuie sur des laboratoires de recherche de pointe dédiés aux écosystèmes des lacs de Bizerte et d’Ichkeul, forts de nombreuses publications internationales. Son corps professoral de haut niveau compte environ 130 maîtres de conférences et professeurs, représentant à eux seuls un tiers des enseignants de catégorie A de l’Université de Carthage.

Plus qu’une simple restructuration administrative, cette future université se veut résolument tournée vers les secteurs d’avenir. Elle ouvrirait la voie à la création de filières d’excellence axées sur les énergies renouvelables, une institution de comptabilité carbone et de transition écologique, l’intelligence artificielle et l’économie digitale. Un positionnement stratégique alors que Bizerte s’apprête à devenir un véritable hub technologique, idéalement connectée par les câbles sous-marins en fibre optique la reliant la ville à Marseille.

L’urgence de ce projet d’université autonome a d’ailleurs été mise en exergue par une statistique alarmante partagée lors des débats. Habib Fathallah a ainsi révélé que 85% des bacheliers de la région de cette année n’ont, à l’heure actuelle, aucune chance d’obtenir une orientation dans les institutions universitaires du gouvernorat de Bizerte, faute de capacités d’accueil et de filières adaptées. Un argument de poids qui démontre la nécessité absolue de retenir les talents locaux et d’élargir l’offre de formation régionale.

Face aux éventuelles réticences budgétaires, les initiateurs du projet se veulent rassurants : la création de cette université autonome ne représentera aucun surcoût pour le contribuable. Les participants ont ainsi insisté sur la viabilité logistique immédiate du projet, excluant tout problème d’infrastructure ou d’hébergement. Grâce à la pleine disponibilité des locaux existants au sein des institutions actuelles, le déploiement de la nouvelle entité universitaire pourra se faire à structures constantes, optimisant ainsi l’existant sans peser sur les finances publiques.

Une feuille de route pour créer l’Université El Jala

L’adhésion unanime des participants au principe de création de l’Université El Jala a marqué l’aboutissement des travaux de la table ronde. Les échanges, nourris et constructifs, ont permis de dégager une feuille de route articulée autour de plusieurs priorités destinées à transformer cette ambition en projet concret.

Les participants ont d’abord insisté sur la nécessité d’engager un plaidoyer auprès des pouvoirs publics afin de les informer de cette initiative et d’obtenir leur adhésion officielle. Ils ont également recommandé d’élargir la dynamique en associant l’ensemble des établissements universitaires du gouvernorat de Bizerte.

La mobilisation de la société civile constitue un autre axe majeur. Les associations et organisations non gouvernementales de la région sont appelées à rejoindre cette démarche afin d’en faire un projet fédérateur. Dans le même esprit, les acteurs économiques devront être pleinement impliqués, notamment le Pôle de compétitivité de Bizerte et le Parc des activités économiques de Bizerte (PAEB), considérés comme des partenaires stratégiques du futur établissement.

Sur le plan opérationnel, les participants ont préconisé la mise en place immédiate d’une commission de travail chargée d’élaborer les aspects techniques du projet et de préparer l’organisation d’un grand séminaire régional. Cette rencontre réunira les représentants des institutions, du monde universitaire, des acteurs économiques et de la société civile afin de poser les bases de la création de cette nouvelle institution, qui portera le nom symbolique d’Université El Jala, en référence à l’évacuation du dernier soldat français de la base navale de Bizerte qui a eu lieu le 15 octobre 1963, marquant la fin de la présence militaire de la France en Tunisie.

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Mohsen Gharsi : « Face à l’IA, l’ingénieur reste plus que jamais un métier d’avenir »

10. Juli 2026 um 12:30

Face à la transition numérique, énergétique et industrielle, l’ingénieur tunisien est appelé à redéfinir son rôle.

Pour Mohsen Gharsi, doyen de l’Ordre des ingénieurs tunisiens (OIT), l’enjeu ne réside pas uniquement dans l’adaptation aux nouvelles technologies, mais dans la capacité à former une nouvelle génération d’ingénieurs capables d’accompagner la transformation économique du pays. À l’horizon 2030, le métier d’ingénieur en Tunisie devrait connaître une mutation profonde. L’accélération technologique, les impératifs de transition énergétique et la modernisation de l’appareil productif imposent une évolution des compétences et des formations.

Dans une déclaration exclusive accordée à L’Économiste Maghrébin, Mohsen Gharsi estime que l’ingénieur restera au cœur de ces transformations. Et ce, à condition d’anticiper les besoins futurs et de repenser son rôle face aux nouveaux défis. Il précise que les profils liés au numérique et à l’industrie intelligente figureront parmi les plus recherchés dans les prochaines années. L’intelligence artificielle, la science des données, la cybersécurité, le génie logiciel, le cloud computing ou encore les systèmes embarqués devraient occuper une place croissante dans l’économie tunisienne, en accompagnant la digitalisation des entreprises et l’évolution des modèles industriels.

Cette dynamique ne se limitera pas au secteur numérique. Les métiers liés à la transition énergétique et à la modernisation industrielle devraient également gagner en importance. Les ingénieurs spécialisés dans les énergies renouvelables, l’efficacité énergétique, l’automatisation industrielle, la mécatronique, l’électronique, les télécommunications ou encore l’électromécanique seront appelés à jouer un rôle stratégique dans l’amélioration de la compétitivité des entreprises, la réduction des coûts et la sécurisation des infrastructures.

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L’évolution concernera aussi les secteurs traditionnels. Le génie civil durable, les infrastructures, l’environnement et la maintenance industrielle intelligente deviendront des domaines essentiels dans un contexte marqué par la pression sur les ressources, les changements climatiques et les besoins croissants en aménagement du territoire. L’ingénieur de demain devra ainsi contribuer à renforcer la résilience des réseaux, améliorer la qualité des ouvrages et accompagner le développement territorial.

Des formations à rapprocher davantage du monde économique

Si la Tunisie dispose d’un capital humain reconnu, notamment grâce à la qualité scientifique et à la capacité d’adaptation de ses ingénieurs, Mohsen Gharsi considère que les formations doivent évoluer pour rester en phase avec les transformations du marché. La formation d’un ingénieur ne peut plus reposer uniquement sur l’acquisition de connaissances théoriques. Elle doit désormais intégrer davantage de compétences opérationnelles : maîtrise des outils numériques, culture de l’innovation, compréhension des standards internationaux, capacité à travailler dans des équipes pluridisciplinaires et aptitude à résoudre des problématiques complexes en entreprise. Pour le doyen de l’Ordre des ingénieurs tunisiens, le rapprochement entre les écoles d’ingénieurs, les universités, les centres de recherche et le secteur privé constitue une condition essentielle. Il appelle à développer des partenariats plus structurés avec les entreprises afin d’adapter les programmes, renforcer les projets appliqués et transformer les stages en véritables expériences d’immersion professionnelle.

L’objectif, souligne-t-il, n’est plus seulement de former des diplômés, mais de préparer des ingénieurs immédiatement opérationnels, capables de contribuer dès leur entrée dans la vie active à la compétitivité et à l’innovation nationales.

Intelligence artificielle : un outil au service de l’ingénieur, pas un remplacement

L’arrivée de l’intelligence artificielle constitue l’un des principaux défis auxquels la profession devra répondre. Pour Mohsen Gharsi, cette révolution technologique impose une adaptation profonde, mais elle ne remet pas en cause la place de l’ingénieur. L’intelligence artificielle transforme les méthodes de conception, d’analyse et de pilotage des systèmes, mais elle ne peut remplacer le jugement humain, l’expérience professionnelle ou la responsabilité liée aux décisions techniques. L’ingénieur de 2030 devra apprendre à utiliser l’IA comme un outil d’aide à la décision, d’optimisation et d’analyse. Tout en conservant une maîtrise éthique et stratégique des projets. Cette évolution nécessitera de nouvelles compétences, notamment une meilleure compréhension des algorithmes, une capacité à exploiter les données massives et une intégration plus poussée de l’automatisation dans les processus industriels. Mais au-delà des compétences techniques, les qualités humaines resteront déterminantes : créativité, sens des responsabilités, esprit critique et capacité d’adaptation. L’ingénieur tunisien de demain devra ainsi être plus polyvalent, plus agile et davantage ouvert sur l’international. La formation continue deviendra une nécessité pour accompagner des métiers en évolution permanente et anticiper l’émergence de professions qui n’existent pas encore aujourd’hui.

Un métier d’avenir pour une génération tournée vers l’impact

Aux jeunes qui envisagent une carrière d’ingénieur, Mohsen Gharsi adresse un message d’encouragement mais aussi d’exigence.

Pour lui, l’ingénierie demeure un métier porteur de sens, capable d’apporter des réponses concrètes aux grands défis de la société : développement industriel, transition énergétique, sécurisation des infrastructures ou amélioration du quotidien des citoyens. Il invite les futurs ingénieurs à cultiver la curiosité, la discipline, l’innovation et l’esprit collectif.

Dans un environnement marqué par des mutations rapides, la capacité à apprendre, expérimenter et remettre en question ses connaissances deviendra un avantage déterminant. L’avenir de l’ingénierie tunisienne dépendra donc de la capacité du pays à valoriser ses talents, moderniser ses formations, encourager la recherche et inscrire davantage l’ingénieur dans les choix économiques et stratégiques.

À l’horizon 2030, l’ingénieur ne sera pas seulement un spécialiste technique, mais un acteur majeur de la compétitivité, de la souveraineté technologique et du développement national.

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