«Quand le bâtiment va, tout va ! », dit-on souvent. Mais, jusqu’où doit aller ce secteur pour être considéré comme indicateur d’évolution et de prospérité? Sur le plan social, c’est bien un signe de richesse et de bien-être. Et s’il y avait d’autres alternatives d’ordre technique et écologique !
La Presse — Face aux défis des temps modernes, à l’envolée des prix de l’immobilier résidentiel et des taux d’intérêt bancaire, avoir un logement particulier n’est guère à la portée de toutes les bourses.
Et bien que des mesures de réajustement et de facilités aussi incitatives que compensatoires aient été prises ces dernières années, dans un climat politiquement instable, l’offre d’habitat n’a jamais pu répondre à la demande accrue du marché. C’est que la spéculation l’emporte, à laquelle s’ajoutent des transactions suspectes, mettant en question des opérations d’achats et de ventes. Et cela se produit, à n’en plus finir. L’assise juridique ne suffit pas, laissant couler le vent sur les tuiles. Ainsi va le secteur du bâtiment, sous nos cieux.
Bâtir autrement..
Quand bien même il échapperait à tout contrôle, le marché de l’immobilier est resté tributaire de plusieurs facteurs : conjoncture économique, concurrence entre promoteurs publics et privés, coût des matériaux de construction, pouvoir d’achat des ménages et l’évolution démographique sont autant des paramètres régissant le secteur. Soit une restructuration nécessaire, ne serai-ce que pour subvenir à tous les besoins de ses clients.
Après la révolution, le secteur a commencé à filer du mauvais coton. Faut-il repenser la loi et remodeler l’architecture pour changer la donne ? Aussi peut-on opter pour d’autres choix innovants? Bâtir autrement, en quelque sorte.
En ce début de XXIe siècle, et avec la manifestation des effets du changement climatique, l’idée de construire, rénover et gérer les batiments, en intégrant les défis énergétiques et environnementaux actuels, semble un maître- mot. Et depuis, on n’a pas cessé d’y penser sérieusement. En 2008, se tenait le 1er salon de l’éco-construction, comme une nouvelle tendance architecturale vers laquelle se tournent, lentement, le secteur du bâtiment et ses dérivés.
Ce fut alors une première initiative pour faire croire en l’utilité et l’efficacité d’un bâtiment atypique, économe en matières et moins énergivore. Les professionnels du bâtiment disaient, à l’époque, que le développement de compétences dans les technologies écoresponsables, la construction durable et les énergies renouvelables pourraient stimuler l’innovation et renforcer la compétitivité du secteur.
Près de 20 ans après, on fait encore du surplace. La construction écologique ne semble pas avoir convaincu le citoyen tunisien et encore moins nos fameux promoteurs qui se voient cantonnés dans leurs vieux modèles immobiliers. L’Etat, lui-même, n’a, jusque-là, montré aucune volonté d’y mettre du sien.
Pourtant, la transition écologique offre des opportunités prometteuses au secteur du BTP en Tunisie, pouvant accroître la demande de logements durables et amis de l’environnement. De plus, elle peut être génératrice d’emplois et promotrices de nouvelles entreprises écoresponsables spécialisées dans le domaine.
L’immobilier traditionnel l’emporte!
Par ailleurs, l’écoconstruction commence à avoir une part de marché et fait, désormais, l’objet d’une demande internationale accrue. Sous nos cieux, cette nouvelle activité immobilière demeure en veilleuse. Il y a, quelque part, une force d’inertie qui freine son avancée et préfère le maintenir en l’état, quitte à avoir un secteur du bâtiment à deux vitesses. Le cadre réglementaire actuel n’est pas toujours favorable à l’adoption de matériaux et techniques écologiques, ce qui entrave leur intégration dans le secteur du BTP.
Certes, la technologie verte l’emporte, mais les barons de l’immobilier traditionnel font toujours la loi. Car l’écoconstruction gagne en économie d’énergie et de matériaux et offre des avantages économiques et environnementaux significatifs, notamment la réduction de l’empreinte carbone des bâtiments, l’efficacité énergétique et des coûts de construction souvent inférieurs à ceux dépensés dans le secteur conventionnel.
D’autant plus qu’un logement écologique et durable ne prend pas assez de temps pour son exécution, mais aussi il est reconnu comme fonctionnel et mieux adapté à l’évolution des besoins.
L’écoconstruction, semble-t-il, a du mal à avoir pignon sur rue. Ses nouveaux acteurs et professionnels, eux aussi, n’y ont pas trouvé leur compte. Faute d’incitations et de promotion ou question de choix de construction hors du commun? Autant dire qu’il n’y a pas une politique d’Etat censée défricher le terrain et encourager l’adoption des alternatives écologiques aux méthodes de construction traditionnelles.
A cela s’ajoute un certain déficit de sensibilisation citoyenne.
Dix-sept ans déjà, le salon annuel de l’écoconstruction et de l’innovation, se voulant ainsi un rendez-vous marquant une transition écologique responsable et ambitieuse, n’a pas réussi à inverser la tendance et à ancrer l’habitude d’être écolo. Dans le secteur du BTP, passer au vert, c’est révolutionner la matière, agir sur le temps et respecter l’environnement, à moindres frais.