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Nadia Zrelli : Le PIB ne suffit plus, l’avenir économique passe par le bien-être des Tunisiens

18. Juli 2026 um 13:28

Alors que les indicateurs macroéconomiques restent au cœur de l’évaluation des politiques publiques, une nouvelle approche gagne du terrain : celle de l’économie du bien-être.

Dans une déclaration exclusive accordée à L’Économiste Maghrébin, Nadia Zrelli, économiste et vice-présidente MENA de la Global Inclusive Economy Society, souligne que le progrès d’un pays ne peut plus être mesuré uniquement à travers son PIB, son taux de croissance ou son niveau d’inflation. Selon elle, l’enjeu est désormais d’aller au-delà des indicateurs macroéconomiques pour comprendre comment les citoyens vivent réellement, comment ils perçoivent leur avenir et comment ils évaluent leur propre qualité de vie.

Le PIB, la croissance, l’inflation ou encore le taux de pauvreté demeurent les références traditionnelles pour mesurer la performance économique d’un pays. Pourtant, ces indicateurs ne suffisent plus à rendre compte du bien-être réel des populations. C’est l’un des constats majeurs de l’analyse développée par Nadia Zrelli, qui estime que les indicateurs monétaires ne captent qu’une partie de la réalité sociale.

Selon elle, le bien-être est une notion multidimensionnelle qui combine à la fois des éléments objectifs, comme le revenu, l’accès aux services ou les conditions de vie, et des dimensions plus subjectives liées au ressenti individuel, au sentiment de sécurité, à la confiance ou encore au lien social. Les performances économiques peuvent contribuer à améliorer le bien-être, mais elles ne permettent pas, à elles seules, d’expliquer le niveau de satisfaction d’une population.

Cette limite renvoie directement au célèbre paradoxe d’Easterlin, selon lequel une augmentation de la richesse collective ne conduit pas automatiquement à une population plus heureuse. L’économiste rappelle que plusieurs décennies de politiques publiques centrées principalement sur la croissance ont montré leurs limites : un pays peut enregistrer de meilleures performances économiques sans que ses citoyens ressentent nécessairement une amélioration de leur quotidien.

Le premier baromètre tunisien du bien-être : une nouvelle lecture de la société

Pour mieux comprendre les déterminants du bien-être en Tunisie, Nadia Zrelli a initié, à travers Global Inclusive Economy Society, le premier baromètre tunisien du bien-être individuel. Cette enquête, réalisée auprès de populations ciblées, notamment des étudiants de la génération Z issus de l’Université de Carthage et des femmes entrepreneures en collaboration avec la Chambre nationale des femmes cheffes d’entreprise, vise à combler un manque important de données microéconomiques sur le sujet.

L’économiste souligne que jusqu’à présent, la Tunisie disposait essentiellement d’indicateurs macroéconomiques ou territoriaux, mais très peu d’informations permettant de comprendre les facteurs qui influencent directement le bonheur et la satisfaction des individus.

Les résultats auprès des étudiants de la génération Z apportent un éclairage particulièrement révélateur. Contrairement à une lecture strictement économique du bien-être, l’argent n’apparaît pas comme le premier déterminant de leur satisfaction. Le facteur dominant est la famille, le soutien social et le sentiment d’appartenance.

Selon Nadia Zrelli, cette génération accorde également une importance majeure à l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée. Les jeunes interrogés ne souhaitent pas uniquement maximiser leurs revenus, mais recherchent un équilibre global leur permettant de préserver leur qualité de vie. L’argent et la richesse arrivent en troisième position, avec toutefois une dimension culturelle particulière, notamment une volonté de réussir tout en restant alignés avec leurs valeurs.

L’étude met également en évidence des profils différents chez les femmes entrepreneures. Les dirigeantes disposant d’une entreprise établie depuis plusieurs années affichent généralement un niveau de bien-être plus élevé, porté par l’expérience, la stabilité et un sentiment d’accomplissement. À l’inverse, les jeunes entrepreneures ou celles qui dirigent de petites structures individuelles ou familiales font face à davantage de stress et d’incertitudes. Leur niveau de satisfaction dépend fortement de leur capacité à dépasser les obstacles liés au développement de leur activité.

Le soutien social pèse presque autant que le PIB dans le bien-être

Les données internationales confirment cette vision plus large du progrès. Selon l’analyse de Nadia Zrelli, le PIB, utilisé comme indicateur indirect du pouvoir d’achat, n’expliquerait que 27,6 % du niveau de bien-être en Tunisie. Le soutien social représenterait 26,9 %, tandis que la santé contribuerait à hauteur de 10,1 %.

Son analyse met ainsi en évidence le rôle central des facteurs non économiques. La qualité des relations sociales, la solidarité familiale, la confiance dans les institutions, le sentiment de sécurité ou encore la perception de pouvoir accéder aux opportunités jouent un rôle déterminant dans l’évaluation que les citoyens font de leur propre vie.

Elle rappelle que la société tunisienne présente une particularité importante : malgré les difficultés économiques, notamment pour les ménages à faibles revenus, les mécanismes sociaux et familiaux continuent de constituer un facteur de résilience. Le soutien de la famille, l’appartenance communautaire, les valeurs culturelles et l’espérance contribuent à maintenir une perception positive de l’avenir.

Cette dimension rejoint également certaines conclusions des travaux des Nations Unies sur les perceptions sociales, qui montrent une capacité importante des Tunisiens à conserver une forme d’optimisme malgré les contraintes économiques.

Pourquoi la Tunisie recule dans les classements du bonheur

La perception du bien-être ne dépend toutefois pas uniquement des solidarités sociales. Nadia Zrelli souligne que le recul relatif de la Tunisie dans les classements internationaux du bonheur s’explique notamment par une dégradation de certains facteurs institutionnels.

Elle cite en particulier la perception de la corruption, qui influence directement le sentiment d’équité et d’accès aux opportunités. Pour les jeunes générations notamment, le sentiment que la réussite dépend moins du mérite que des réseaux ou des relations constitue un facteur négatif important.

L’accès limité aux opportunités, les barrières sociales et professionnelles ainsi qu’une perte de confiance dans la méritocratie contribuent à affaiblir le sentiment de satisfaction, même lorsque certains indicateurs économiques évoluent favorablement.

Pourquoi la baisse de l’inflation ne suffit pas à améliorer le quotidien

Le décalage entre les statistiques économiques et le ressenti des ménages apparaît également dans la question du pouvoir d’achat. La baisse de l’inflation devrait théoriquement améliorer la perception du niveau de vie. Pourtant, beaucoup de Tunisiens continuent de ressentir une pression financière importante.

Selon Nadia Zrelli, cette contradiction s’explique notamment par les limites des méthodes classiques de mesure de l’inflation. Les indices reposent principalement sur un panier de biens de consommation courante, alors que les dépenses qui prennent aujourd’hui une place croissante dans les budgets des ménages concernent aussi les services.

Elle cite notamment la santé, l’éducation et les loisirs. L’accès aux soins privés représente une charge de plus en plus lourde pour de nombreux ménages qui cherchent une alternative à un système public jugé insuffisant. De même, les familles consacrent une part importante de leurs revenus à l’éducation de leurs enfants, notamment à travers l’enseignement privé ou les cours de soutien.

Les loisirs constituent également un indicateur révélateur du bien-être. Les vacances, les sorties ou les activités culturelles contribuent fortement à la qualité de vie, mais restent difficilement accessibles pour une grande partie de la population. Ainsi, même lorsque l’inflation ralentit, les ménages peuvent continuer à ressentir une dégradation de leur bien-être parce que leurs arbitrages budgétaires se font au détriment d’autres dimensions essentielles de la vie.

Vers une nouvelle conception des politiques publiques

Pour intégrer réellement le bien-être dans les politiques publiques tunisiennes, Nadia Zrelli identifie trois défis majeurs.

Le premier consiste à dépasser une approche exclusivement monétaire des politiques économiques. Réduire le chômage, maîtriser l’inflation ou stimuler la croissance restent indispensables, mais ces objectifs doivent être complétés par une vision plus globale intégrant la santé, l’éducation, la sécurité, l’environnement, la confiance et la qualité des relations sociales.

Le deuxième défi concerne le développement de données fiables. L’économiste insiste sur l’importance de disposer d’informations microéconomiques permettant de comprendre les différences entre catégories sociales, générations et territoires. Sans données précises sur le ressenti des citoyens, il devient difficile de concevoir des politiques adaptées.

Le troisième enjeu concerne l’intégration de la qualité de vie dans les politiques locales. Nadia Zrelli estime que les territoires doivent être analysés au-delà des infrastructures économiques classiques, en prenant en compte l’accès aux services, l’environnement, la qualité du logement, les équipements culturels ou encore les possibilités de loisirs.

Elle rappelle que plusieurs organisations internationales développent aujourd’hui des approches comme les indicateurs de qualité de vie ou les bases de données sur le bien-être, afin de dépasser la vision limitée du PIB.

Le bien-être, un investissement stratégique plus qu’un coût

Contrairement à certaines perceptions, intégrer le bien-être dans les politiques publiques ne nécessite pas nécessairement des dépenses massives supplémentaires. Pour Nadia Zrelli, la première étape repose avant tout sur une évolution de la manière de concevoir les politiques publiques.

Il s’agit, selon elle, de mobiliser les expertises existantes, de produire de nouvelles données et d’ajouter cette dimension aux stratégies économiques déjà mises en place. Les résultats ne peuvent évidemment pas être immédiats, car l’évaluation d’une politique publique nécessite plusieurs années, mais le changement d’approche doit commencer dès maintenant.

Alors que la Tunisie cherche à redéfinir ses priorités économiques et sociales, l’économie du bien-être propose une nouvelle grille de lecture : la réussite d’un pays ne se mesure plus uniquement à ce qu’il produit, mais aussi à la manière dont ses citoyens vivent, espèrent et construisent leur avenir. Le véritable défi pour les prochaines années sera donc de transformer cette notion en un outil concret de décision publique.

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Tunisie | Va-t-on enfin nous informer sur la santé de Kaïs Saïed ?

18. Juli 2026 um 10:20

Des médias étrangers ont relayé ces deux derniers jours des informations (ou des rumeurs) sur un malaise cardiaque du président de la république Kaïs Saïed qui aurait nécessité son hospitalisation d’urgence à l’hôpital militaire de Tunis. L’absence du chef de l’Etat des titres de l’actualité – sa dernière activité officielle remontant au 8 juillet 2026 – n’a guère arrangé les choses, suscitant diverses réactions sur les réseaux sociaux. Plus grave encore, l’absence de communication officielle sur le sujet suscite interrogations, inquiétudes et surenchères politiques.

Ridha Kefi

Nous n’allons pas disserter sur l’état de santé du président de la république, au moment où l’épée de Damoclès du décret-loi n°54 de 2022 est suspendu sur nos têtes.

Nous n’allons pas non plus cogiter, comme le font certains sur les réseaux sociaux, sur le thème d’une éventuelle vacance du pouvoir et de la succession du locataire du palais de Carthage. Un tel débat n’est pas seulement prématuré, mais déplacé et de mauvais goût, tant qu’aucun élément objectif n’est venu confirmer les rumeurs dont nous sommes souvent gavés en Tunisie, en l’absence d’une information sérieuse et responsable.

Mais nous ne pouvons pas garder un silence total sur un tel sujet dont le sort de douze millions de Tunisiens dépend. Aussi notre devoir, à notre niveau, est-il – et c’est la moindre des choses pour ne pas nous couvrir de ridicule en tant que journalistes – d’appeler les autorités à réagir de manière à informer le public sur l’état de santé du président de manière claire. En espérant calmer les esprits chauffés et les âmes tourmentées, qui plus est dans un contexte socio-économique marqué par des tensions en raison des coupures d’électricité et d’eau potable en pleine canicule estivale, dont souffrent aussi bien les opérateurs économiques que les simples citoyens dans pratiquement toutes les régions du pays.

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À défaut de réforme, un nouvel impôt

18. Juli 2026 um 06:00

Les années passent et se ressemblent, les lois de finances semblent obéir à une même logique. À mesure que les marges budgétaires se réduisent, l’arme fiscale prend le dessus, déjouant ainsi tout effort pour réformer en profondeur une économie. La précédente mesure fiscale n’a pas encore produit tous ses effets que la suivante est déjà annoncée. Chaque nouvelle taxe répond à une urgence et est rarement porteuse d’une vision.

Souvent présenté comme une mesure pour la justice fiscale, l’impôt sur la fortune répond à une démarche difficilement contestable, celle de demander un effort supplémentaire aux contribuables dont le patrimoine est le plus élevé.

Seulement, il ne suffit pas d’identifier qui doit contribuer plus. Il est impératif de bien cibler les actifs concernés. D’ailleurs, l’intégration des dépôts bancaires et des titres de capital, comme l’a précisé la Note commune n°13/2026, finira par devenir contreproductive. Mais il est aussi urgent de déterminer comment intégrer dans l’assiette fiscale les activités et les patrimoines qui échappent encore à l’impôt. En somme, la justice fiscale ne peut être pleinement effective sans améliorer, en amont, l’efficacité fiscale.

Tant que l’économie informelle continuera d’occuper une place aussi importante, tant que le recouvrement demeurera imparfait et que les capacités de contrôle resteront limitées, un impôt sur la fortune risque plus de renforcer le sentiment d’inégalité entre les contribuables que de rétablir une véritable équité devant l’impôt. Ce serait faire peser un prélèvement supplémentaire sur les patrimoines visibles, alors qu’une partie non négligeable de la richesse échappe encore à l’impôt.

Dans une économie où l’investissement peine à décoller, la stabilité fiscale reste un élément clé pour un climat des affaires sain et prévisible. Les investisseurs accordent autant d’importance à la prévisibilité des décisions publiques qu’au coût de la fiscalité elle-même. Quant aux contribuables, ils accepteront l’impôt tant qu’ils en percevront la cohérence et l’équité.

Faute de s’attaquer aux difficultés structurelles, le débat budgétaire se focalise sur la recherche de nouvelles contributions fiscales, comme si chaque difficulté pouvait trouver sa réponse dans un nouveau code fiscal.

Bref, la véritable question n’est pas de savoir quel sera le prochain impôt, mais à quel moment la Tunisie se débarrassera des mesurettes fiscales étouffantes pour l’initiative privée et ouvrira enfin le grand chantier des réformes.

Noura Harboub-Labidi

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La Tunisie reléguée par les aberrations islamistes et les utopies gauchistes

17. Juli 2026 um 11:55

L’image de la Tunisie, aussi bien à l’intérieur qu’à l’étranger, s’est tellement détériorée depuis 2011 que notre pays a beaucoup perdu de son attractivité de l’investissement extérieur. Ce dont témoignent les récentes enquêtes et classements internationaux en la matière. A qui le faute ?

Elyes Kasri *

Les reproches faits à l’islam politique pour son bilan considéré désastreux au cours de la décennie noire (2011-2021) semblent faire l’objet d’un consensus croissant en Tunisie et pour certains l’allure d’un discours légitimateur virant au fonds de commerce politique.

Toutefois, pour être rigoureux et équitable, il faudrait également faire assumer à la gauche tunisienne son lot de dégâts et de méfaits contre non seulement l’économie nationale mais surtout la culture du travail et de la juste récompense de l’effort et du risque.

Si le règne de Ben Ali était loin d’être idyllique, la mentalité tribale et préindustrielle d’Ennahdha et de ses satellites et le rôle corrosif et surenchériste des partis et organisations gauchistes y compris l’Union générale tunisienne du travail (UGTT), de même que la mixture insipide de ce qui est qualifié d’Islam de gauche, méritent amplement leur part de responsabilités dans l’énorme gâchis qu’est perçue la Tunisie aujourd’hui par de nombreux Tunisiens et étrangers notamment les institutions qui la classent en bas du tableau dans divers secteurs y compris en matière d’attractivité des investissements. Jugeons-en :

– Global Investment Risk and Resilience Index (Girri 2026) classe la Tunisie 118e sur 150 pays, soit une perte de 7 places par rapport à l’édition précédente. À l’échelle de l’Afrique, elle occuperait la 14e position, sachant qu’avant 2011, elle disputait la première place africaine, tour à tour, à l’Afrique du Sud et à Maurice.

– Global Opportunity Index classe la Tunisie au 88e rang mondial sur 130 pays (selon la dernière édition de l’indice du Milken Institute).

– L’Indice d’Attractivité Mondiale relègue la Tunisie à la 101e place sur 146 pays, la classant dans la catégorie des pays dits «peu attractifs» avec un score global faible.

– Le FMI classe la Tunisie 160e sur 164 pays au monde pour le ratio Investissement/PIB, derrière le Mozambique, le Tchad et le Bénin. Son ratio est de 10,4%, contre une moyenne africaine de 23,3 et une moyenne marocaine de 26,1%.

Après une cascade de régimes et de responsables depuis 2011, le plus dramatique, c’est que l’enjeu en Tunisie semble moins de changer de régime ou de responsables, que de rectifier le logiciel d’un peuple abreuvé jusqu’à la lie d’aberrations et d’utopies gauchistes et anarchistes qui tendent à la rapprocher dangereusement du statut de pays ingouvernable dans un monde en pleine volatilité et en mode de survie prenant des fois une allure interventionniste et agressive.

* Ancien ambassadeur.

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Irak | Entre Washington et Téhéran, l’impossible grand écart d’Al-Zaidi

17. Juli 2026 um 10:10

Le nouveau Premier ministre irakien Ali al-Zaidi est dans une situation où il doit résoudre une équation quasi insoluble. D’un côté, l’Iran qui garde sa tutelle sur le Cadre de coordination (coalition des partis chiites) ne souhaite pas que les milices -qui lui sont inféodées et qui font partie de son Axe de la résistance jouant sa survie- rendent les armes et d’un autre côté, les États-Unis souhaitent leur démantèlement. De plus, Washington souhaite renforcer ses investissements surtout dans le secteur des énergies ce que les factions porches de Téhéran rejettent préférant les investissements chinois.

Imed Bahri

Selon le journal londonien arabophone Al-Sharq al-Awsat, les États-Unis ont intensifié leurs pressions sur le gouvernement irakien afin qu’il procède au désarmement des milices chiites alors que l’échéance de la mission de la coalition internationale en Irak fixée fin septembre approche.

En même temps, la polémique enfle en Irak concernant les investissements étrangers. Cette polémique oppose les partisans d’un renforcement de la présence des entreprises américaines à ceux qui préconisent leur remplacement par des entreprises chinoises. 

Le secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth, a déclaré mercredi que le gouvernement irakien avait l’obligation d’affirmer sa souveraineté en désarmant les factions armées soutenues par l’Iran qu’il tient pour responsables de plus de 600 attaques visant des Américains ces dernières années.

Ces propos de M. Hegseth faisaient suite à des discussions au Pentagone avec le Premier ministre irakien Ali Faleh al-Zaidi qui a effectué cette semaine sa première visite officielle à Washington depuis son entrée en fonction.

Le secrétaire américain à la Défense a affirmé que les forces irakiennes et les Peshmergas (forces armées de la région autonome du Kurdistan irakien) seraient chargés de mener les opérations contre Daech après le retrait des forces de la coalition internationale dirigée par les États-Unis prévu pour le 30 septembre.

De son côté, le porte-parole du commandant en chef des forces armées irakiennes, Sabah al-Nu’man, a déclaré que les discussions avaient porté sur l’avenir de la coopération en matière de sécurité après la fin de la mission de la coalition. Elles ont abouti à un accord visant à poursuivre les échanges de renseignements, à renforcer la coordination dans la lutte contre le terrorisme et à étendre la coopération en matière de formation, de soutien technique, technologique et numérique ainsi qu’au développement des capacités des forces irakiennes.

Il a ajouté qu’à la suite de la réunion, al-Zaidi avait ordonné la création d’un comité gouvernemental chargé de définir le cadre de la future relation de sécurité et militaire avec les États-Unis qui doit respecter la souveraineté irakienne après le retrait des forces de la coalition.

Mardi, al-Zaidi a rencontré le président américain Donald Trump à la Maison-Blanche. Les deux parties ont discuté de l’avenir du partenariat sécuritaire et économique. Trump a annoncé son soutien au plan du gouvernement irakien visant à désarmer les milices soulignant que Washington ne voit aucune nécessité de maintenir sa présence militaire en Irak une fois le retrait de la coalition achevée.

Trump a également annoncé que les États-Unis entendent conclure d’importants accords économiques et pétroliers avec l’Irak et a indiqué qu’un nouveau partenariat pétrolier entre les deux pays sera annoncé la semaine prochaine.

L’énergie au cœur du partenariat irako-américain 

Cette activité politique coïncide avec les efforts américains pour renforcer la présence de leurs entreprises dans le secteur énergétique irakien et ce, dans un contexte de réorientation des routes d’exportation du pétrole hors du Golfe.

Un responsable américain a annoncé le soutien de Washington aux efforts irakiens et syriens pour relancer l’oléoduc Kirkouk-Banias, un projet historique destiné à transporter le pétrole irakien vers la mer Méditerranée via La Syrie. Les États-Unis affirment que cette initiative offre une alternative au détroit d’Ormuz où les risques sécuritaires se sont accrus depuis le début du conflit régional en début d’année.

Selon certaines informations, de grandes entreprises américaines pourraient jouer un rôle clé dans la remise en état de l’oléoduc, s’inscrivant dans une tendance plus large visant à dynamiser les investissements américains dans le secteur énergétique irakien.

Dans ce contexte, l’envoyé spécial américain pour la Syrie et l’Irak Tom Barrack a qualifié la rencontre entre Trump et al-Zaidi de «tournant» dans les relations bilatérales, soulignant que le partenariat entre les deux pays se concentre désormais davantage sur l’investissement, le commerce et l’énergie que sur les questions de sécurité. Il estime que l’Irak bénéficie d’une position stratégique lui permettant de devenir une plaque tournante de la connectivité économique entre le Golfe, la Turquie, la Syrie, la Jordanie et l’Asie centrale.

Les factions pro-iraniennes ne veulent pas des Américains 

Les signes d’une expansion des investissements américains ont suscité des réactions mitigées en Irak, à un moment où la question des entreprises étrangères reflète des divisions politiques qui dépassent le simple cadre économique pour toucher aux alliances géopolitiques.

Hussein Mardan, membre de la Coalition pour l’État de droit, a déclaré que les compagnies pétrolières russes opérant en Irak seraient remplacées par des entreprises américaines. Il a soutenu que cela ne signifiait pas nécessairement placer l’économie irakienne sous hégémonie américaine et a souligné que le Premier ministre entretenait des liens étroits avec les forces politiques du Cadre de coordination (coalition des partis politiques chiites).

Il a ajouté que les États-Unis s’efforçaient d’accroître la présence de leurs sociétés d’investissement mais a exclu la possibilité que cela aboutisse à un monopole américain sur le secteur énergétique irakien.

Parallèlement, des factions armées proches de l’Iran ont intensifié leurs attaques contre la nouvelle politique du gouvernement.

Akram al-Kaabi, secrétaire général du mouvement al-Nujaba, une des factions pro-iraniennes, a déclaré que les entreprises américaines étaient responsables des défaillances chroniques du secteur électrique irakien depuis 2003. Il a exhorté le gouvernement à les expulser et à les remplacer par des entreprises «réputées et dignes de confiance».

Al-Kaabi n’a pas nommé de pays en particulier mais les factions armées et le Cadre de coordination ont régulièrement réclamé, ces dernières années, que les projets d’infrastructures et d’énergie soient attribués à des entreprises chinoises en lieu et place des firmes américaines et occidentales dans le cadre d’une coopération économique de plus en plus étroite avec Pékin.

Les observateurs estiment que le différend concernant l’identité des entreprises opérant en Irak ne se limite plus à des considérations économiques ou techniques mais s’inscrit désormais dans la compétition géopolitique entre deux axes régionaux et internationaux.

Cette divergence reflète la lutte permanente pour façonner les politiques étrangères et économiques de l’Irak qui coïncide avec une phase de transition marquée par la fin de la présence militaire de la coalition internationale et une redéfinition des relations entre Bagdad et Washington dans un contexte de concurrence accrue pour l’influence et les investissements dans l’un des plus grands producteurs de pétrole au monde.

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Ibrahim Debache : « Le défi n’est plus le véhicule électrique, mais l’infrastructure qui l’accompagne »

17. Juli 2026 um 09:48

1 504 véhicules électriques vendus en six mois : le marché décolle-t-il vraiment, ou l’infrastructure de recharge freine-t-elle encore l’élan ? Ibrahim Debache, président de la Chambre syndicale des concessionnaires et constructeurs automobile, répond à ces questions et bien d’autres. En revanche, nous avons tenté, en vain, d’avoir des témoignages d’autres acteurs du secteur, nomment celui de l’ANME. Entretien.

Avec 1 504 véhicules électriques vendus en seulement six mois, peut-on parler d’un véritable décollage du marché, ou cette croissance reste-t-elle fragile tant que l’infrastructure de recharge n’a pas suivi le rythme de la demande ?

On peut effectivement parler d’un signal fort et d’un début de décollage du marché des véhicules électriques en Tunisie. Il y a quelques années encore, les ventes étaient marginales et les consommateurs manifestaient beaucoup de réserves. Aujourd’hui, nous observons un changement de comportement, porté par la hausse du coût des carburants, la baisse progressive des prix de certains modèles, un nombre croissant de marques et de modèles mis sur le marché et une meilleure connaissance de cette technologie.

Toutefois, il convient de rester prudent. Le développement durable du marché dépend de plusieurs conditions. L’infrastructure de recharge constitue aujourd’hui le principal défi. Le consommateur ne se limite pas à l’acte d’achat ; il veut être rassuré sur sa capacité à recharger son véhicule facilement, aussi bien à domicile que lors de ses déplacements. Même si les statistiques sur d’autres marchés démontrent que la recharge à domicile reste le principal mode de recharge et que chaque véhicule vendu est équipé d’une borne de recharge.

L’infrastructure doit désormais accompagner cette dynamique. Nous devons éviter que l’avance de la demande sur l’offre de services de recharge ne crée une forme d’attentisme chez les futurs acheteurs et notamment auprès des professionnels de la route.

L’enjeu concerne donc simultanément trois éléments, à savoir le développement du réseau de bornes publiques ; l’équipement des entreprises, centres commerciaux et parkings ; et l’encouragement à l’installation de solutions de recharge domestique.

Le véhicule électrique n’est plus une technologie d’avenir ; il est devenu une réalité. La question est désormais celle de la vitesse d’adaptation de l’écosystème.

 

Les avantages fiscaux et douaniers actuels suffisent-ils à démocratiser la voiture électrique auprès du grand public ?

La bonne nouvelle est que le marché a démontré qu’il existait une demande réelle, encouragée par l’amélioration de la compétitivité des VE accentuée par les avantages fiscaux conséquents. En effet, les mesures actuelles ont incontestablement joué un rôle d’accélérateur. Sans les avantages fiscaux et douaniers accordés aux véhicules électriques, le marché n’aurait probablement pas connu la croissance observée aujourd’hui. Ce à quoi il faut rajouter que de nouveaux agréments de concessionnaires sont octroyés uniquement pour l’importation de véhicules électriques ou hybrides et  ainsi que le fait que les VE importés par les concessionnaires sont hors quota et donc non limité à la différence des véhicules à Carburant (ICE) ou véhicules hybrides.

Cependant, ces incitations ne suffisent pas  pour atteindre une véritable démocratisation. Le véhicule électrique demeure encore inaccessible pour une grande partie des ménages tunisiens, notamment en raison du prix d’acquisition initial qui reste élevé; malgré les avantages accordés, la baisse des prix des constructeurs et un plus grand choix de marques et de modèles distribués.

La prochaine étape consiste donc à élargir l’accès au véhicule électrique plutôt qu’à simplement favoriser son introduction sur le marché.

Plusieurs leviers peuvent être envisagés : des mécanismes de financement dédiés avec des conditions préférentielles ; des incitations supplémentaires pour les particuliers et les flottes d’entreprises ; le développement d’un marché de véhicules électriques d’occasion certifiés ; et des mesures favorisant le renouvellement du parc automobile vieillissant, notamment auprès des grands rouleurs (taxis, voitures de location, etc.).

Par ailleurs, il est important de rappeler qu’une partie significative de la demande automobile est aujourd’hui satisfaite par des circuits parallèles, avec les risques y afférents (sécurité, garantie, vices cachés).

Cette réalité traduit avant tout un problème d’accessibilité économique. Plus l’offre formelle sera compétitive et accessible, plus elle pourra attirer les consommateurs vers les réseaux officiels qui garantissent sécurité, traçabilité, service après-vente et respect des normes. L’objectif n’est donc pas seulement de vendre davantage de véhicules électriques, mais de rendre la mobilité moderne accessible au plus grand nombre.

La Tunisie peut-elle devenir un hub régional de la mobilité électrique ?

La Tunisie dispose déjà d’une industrie de composants automobiles performante et fortement intégrée aux chaînes de valeur européennes. L’essor mondial de l’électromobilité et de la micro-mobilité tout particulièrement, pourrait ouvrir de nouvelles perspectives industrielles pour les équipementiers tunisiens et les start-ups tunisiennes ?

Cette question permettrait de mettre en avant les opportunités industrielles, de création d’emplois, d’accélération de l’exportation de et l’amélioration de l’attractivité du pays.

Quel pourrait être l’impact environnemental réel attendre du véhicule électrique en Tunisie ?

Les bénéfices environnementaux de la voiture électrique dépendent également de l’évolution du mix énergétique national et du développement des énergies renouvelables.

Et comment les concessionnaires automobiles se préparent-ils à accompagner la transition vers l’électromobilité en matière de formation, d’après-vente, de maintenance et de conseil aux consommateurs ? Cette question est particulièrement intéressante car elle permet de valoriser le rôle de la profession et de l’importance de favoriser le marché officiel.

Le parc automobile tunisien est-il prêt pour cette transition ?

Avec un âge moyen relativement élevé du parc roulant, la voiture électrique peut-elle devenir un levier de renouvellement et de modernisation du parc automobile national ?

Pour résumer : la progression des véhicules électriques en Tunisie n’est plus une tendance marginale mais le début d’une transformation profonde de la mobilité. Le défi aujourd’hui n’est plus de convaincre les consommateurs, mais d’accélérer simultanément le développement de l’infrastructure, du financement et de l’écosystème industriel afin que cette transition bénéficie à l’ensemble de l’économie tunisienne.

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Argentine – Angleterre | La leçon de la 90e minute

16. Juli 2026 um 13:14

Hier soir, mercredi 15 juillet 2026, je n’ai pas seulement regardé un match, celui opposant l’Angleterre à l’Argentine dans le cadre des demi-finales de la Coupe du Monde Fifa. J’ai regardé ma fille regarder un match. Grand spectacle, fortes émotions, bouleversements à couper le souffle, et leçons à tirer…

Manel Albouchi

Elle voulait que l’Angleterre gagne. Moi, au fond de moi, mon intuition penchait pour l’Argentine. Ce n’était pas une certitude rationnelle. Ce n’était pas non plus les statistiques ou l’analyse d’une grande connaisseuse de football.

C’était cette petite voix intérieure que nous connaissons tous, celle qui parfois murmure que, dans la vie comme sur un terrain, on peut être dominé sans être vaincu.

​90 minutes de mémoire vive

​L’Argentine et l’Angleterre se retrouvent en demi-finale. Un rendez-vous chargé d’histoire ; pas seulement deux maillots, mais deux mémoires sportives et politiques différentes.

Dès les premières minutes, le contraste apparaît. L’Angleterre maîtrise son organisation. Elle construit son jeu avec précision, ferme les espaces, organise ses lignes, avance avec une discipline presque architecturale. L’Argentine, elle, cherche. Elle tourne autour, observe, attend la petite ouverture invisible.

​La première mi-temps fut un duel de patience… comme un nœud serré. Personne ne veut être celui qui fera le premier pas vers le vide. Puis arrive la 55ᵉ minute :  Anthony Gordon ouvre le score pour l’Angleterre. Le stade bascule. Le scénario semble écrit. L’Angleterre n’a pas seulement un avantage au tableau d’affichage. Elle possède désormais quelque chose de plus précieux : le contrôle psychologique du match.

Alors elle se transforme. Elle devient forteresse, un château médiéval. Chaque tacle devient une pierre ajoutée au mur. Jordan Pickford se dresse comme une tour infranchissable. Chaque balle qu’il arrête devient un souffle de survie.

Une équipe peut construire un mur, mais elle doit tenir derrière. Dès lors, l’Angleterre accepte de souffrir, de résister. Elle ne défend pas seulement un but, mais une possibilité de victoire.

​L’injustice dans les yeux d’un enfant

​Dans le salon, ma fille est concentrée. Elle ne quitte pas l’écran. Je l’observe. Elle ne regarde pas seulement vingt-deux joueurs courir derrière un ballon. Elle regarde l’histoire. Quelques jours auparavant, elle avait vécu le match Argentine–Égypte avec une sensation forte : celle d’une injustice.

​Les enfants ont parfois cette capacité étonnante de ressentir avant de comprendre. Elle connaît quelques termes : arbitrage, statistiques… mais n’a pas encore les mots complexes des adultes : stratégie, géopolitique, intérêts des États, rapport de force, droit international. Elle a simplement une impression intérieure : «Ce n’est pas juste.»

Jean Piaget, dans ses travaux sur le jugement moral de l’enfant, a montré que le sentiment de justice se construit progressivement. L’enfant apprend les règles, mais il apprend aussi quelque chose de plus profond : l’équilibre entre les personnes, la réciprocité, le besoin que chacun ait une place.

Alors peut-être que ce soir-là, ma fille ne choisissait pas seulement l’Angleterre. Elle choisissait une réparation. Elle cherchait, à travers ce jeu, à remettre le monde dans un ordre qui lui semblait plus juste.

​L’Argentine continue. Elle ne s’effondre pas. Elle revient. Elle insiste. Elle recommence. En Tunisie, nous avons un proverbe : الدوام ينقب الرخام»» (La durée perce le marbre). Il y a dans cette phrase une sagesse qui dépasse le sport. En effet, certaines résistances ne disparaissent pas aussi facilement sous un coup violent. Elles muent pour revenir encore et encore.

​Le football nous fait parfois voyager dans un espace que seul le génie peut imaginer. À la 85ᵉ minute, dans une fraction de seconde où le corps semble avoir décidé avant la pensée, Enzo Fernandez égalise sur un service de Lionel Messi. La forteresse n’est pas tombée d’un coup. Elle a simplement révélé la fissure. Puis, à la 90ᵉ+2, Lautaro Martinez donne l’avantage à l’Argentine sur une passe de Messi.

​Deux philosophies du courage

​Ce match n’opposait pas seulement deux équipes. Il opposait deux manières d’être au monde, deux formes de résistance.

L’Angleterre nous a montré le courage de tenir. Celui de rester debout quand la pression devient presque insupportable. Celui de protéger ce qui compte.

L’Argentine nous a montré le courage de continuer. Celui de croire encore quand le temps semble manquer. La forteresse contre la vague. Le mur contre l’eau.

​En regardant les visages autour de moi, dans ce salon de thé populaire, une question n’a pas arrêté de me revenir : et nous ? Quelle place occupons-nous dans ce grand récit mondial ? Nous vibrons pour des drapeaux qui ne sont pas les nôtres ! Nous adoptons des héros qui portent d’autres couleurs ! Nous déposons nos émotions dans des histoires venues d’ailleurs !

Mais peut-être est-ce aussi cela la puissance du sport : il nous permet d’habiter momentanément une histoire plus grande que nous. Il est cet espace transitionnel cher à Winnicott. Une aire où le jeu rencontre la réalité intérieure. Le football est ce bout de terrain vert et blanc avec des limites et des règles précises. Mais il est aussi un espace symbolique où chacun dépose ses attentes, ses frustrations, ses rêves et parfois ses blessures.

​C’est peut-être cela qui rend le football universel : il est réel par son score, mais il devient humain par ce que nous y déposons.

Hier, l’Argentine et l’Angleterre n’ont pas seulement joué une demi-finale. Elles nous ont raconté quelque chose sur nous-mêmes. Nous avons tous nos forteresses. Nous avons tous nos moments où le temps semble contre nous. Nous avons tous une minute 90, ce moment où tout peut encore basculer.

Et parfois, juste après avoir cru que tout était terminé, une porte s’ouvre. Pas toujours celle que nous attendions. Mais celle que nous étions peut-être prêts à voir.

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Tourisme | La Tunisie à la reconquête du marché russe

16. Juli 2026 um 12:41

La Tunisie intensifie sa percée sur le marché touristique russe avec le lancement, dès le 14 juillet 2026, d’un nouveau programme de vols charters directs reliant Moscou et Saint-Pétersbourg à l’aéroport international Habib Bourguiba de Monastir.

Ce programme, commercialisé par les voyagistes russes Pegas Touristik et Biblio-Globus, doit s’étendre jusqu’au 9 novembre. Il prévoit jusqu’à cinq vols aller-retour hebdomadaires au départ de Moscou et deux au départ de Saint-Pétersbourg, offrant une capacité théorique totale d’environ 1 540 sièges par semaine à destination de la Tunisie.

Ces vols seront assurés par la nouvelle compagnie charter égyptienne Pyramids Airlines, à l’aide d’un Airbus A321-200 configuré pour 220 passagers. Fondée en 2025, la compagnie a réceptionné son premier appareil fin février et a lancé ses opérations commerciales en 2026.

Les autorités et les professionnels du tourisme tunisiens saluent cette initiative, qui marque le retour des vols charters russes après une interruption de cinq ans et témoigne d’une confiance renouvelée envers la destination. Plus précisément, ce nouveau programme concrétise le retour à grande échelle de Pegas Touristik et des flux touristiques organisés d’importance, alors que certaines liaisons directes avaient déjà été rétablies en avril 2025 par Nouvelair, avec deux vols hebdomadaires reliant Moscou et Saint-Pétersbourg à Monastir.

Cette reprise profite principalement aux stations balnéaires de Monastir, Sousse, Mahdia, Hammamet et de la région du Sahel — des zones traditionnellement incluses dans les forfaits «tout compris» destinés aux touristes russes.

Selon les opérateurs tunisiens, ces nouvelles liaisons aériennes devraient stimuler le taux d’occupation des hôtels, les services de gestion de destination, le transport touristique, la restauration et l’artisanat.

Avant la pandémie, le marché russe constituait une source majeure de tourisme international pour la Tunisie. En 2019, le pays a accueilli plus de 633 000 visiteurs russes ; toutefois, ce chiffre est tombé à environ 14 000 en 2024, en raison notamment de la réduction des vols directs et de l’impact de la guerre en Ukraine sur les transports et les paiements internationaux. Ce regain d’activité survient dans un contexte globalement favorable pour le secteur.

Selon le ministère du Tourisme, la Tunisie a franchi pour la première fois le cap des 11 millions de visiteurs en 2025, bien que le nombre de touristes russes soit resté bien inférieur aux niveaux d’avant la pandémie. Pour les autorités, cette nouvelle liaison aérienne constitue une première étape vers la reconquête d’un marché caractérisé par des séjours en hôtel et un nombre élevé de nuitées. La viabilité à long terme du programme dépendra toutefois du taux de remplissage des avions, de la qualité des services offerts et de la capacité des opérateurs tunisiens à maintenir des prix compétitifs face aux autres destinations méditerranéennes prisées des voyageurs russes.

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Fergie Chambers et le Club Africain | Une affaire qui sent mauvais  

16. Juli 2026 um 11:37

L’affaire de l’arrestation de Fergie Chambers — entrepreneur américain, héritier de la famille propriétaire de Cox Enterprises — suscite des interrogations en Tunisie, et pas seulement parmi les responsables et les supporters du Club Africain, l’un des clubs les plus populaires du pays, dont il est un important sponsor. Une affaire qui sent le roussi à mille lieux à la ronde…      

Latif Belhedi

Certains médias tunisiens évoquent les nombreuses initiatives de solidarité de l’Américain avec le peuple palestinien pour laisser entendre un lien entre ses déboires judiciaires aux Etats-Unis et ses positions politiques. Vue sous cet angle, cette affaire met en lumière les contradictions du débat en Tunisie à propos de la souveraineté nationale, du soutien de principe à la Palestine et des relations privilégiés avec les États-Unis, partenaire historique avec l’Union européenne.

Au cours des deux dernières années, Fergie Chambers s’est imposé comme le principal financier du club de Bab Jedid, apportant des millions de dollars pour assainir les finances du club et jouant un rôle clé dans sa gouvernance.

Un sponsor qui tombe du ciel

Son soutien financier a également alimenté des tensions internes concernant la gestion du club, faisant de lui une figure centrale de la récente restructuration de la direction.

Installé en Tunisie, et marié à la talentueuse volleyeuse du Club Africain Emna Khallfa depuis juin 2025, il expliquait souvent avoir choisi notre pays en raison de sa convergence culturelle et politique avec la cause palestinienne, finançant divers médias, initiatives et campagnes de soutien à Gaza.

Son arrestation cette semaine en Espagne — effectuée à la demande des autorités américaines pour des accusations de blanchiment d’argent international (des charges que ses partisans jugent motivées par des considérations politiques) — a immédiatement suscité de vives réactions parmi les supporters, les militants et les observateurs chez nous.

Sur le plan sportif, les conséquences de cette arrestation pour le Club Africain demeurent incertaines. Une éventuelle interruption du soutien financier de Chambers pourrait fragiliser la stabilité économique du club et compromettre les projets lancés ces derniers mois — des initiatives qui avaient permis d’atténuer les difficultés financières et de favoriser le renouveau de l’équipe. Des signes d’un possible désengagement financier étaient d’ailleurs apparus ces dernières semaines. Pendant ce temps, l’affaire continue d’alimenter le débat public en Tunisie, mêlant sport, politique internationale et solidarité avec la Palestine, le tout dans un contexte où le Club Africain incarne, pour une partie de ses supporters, un symbole d’engagement envers la cause palestinienne.

Fergie Chambers est-il blanc comme neige ?

Il reste, cependant, un autre aspect de l’affaire qui semble négligé par les médias et l’opinion en Tunisie : Fergie Chambers est-il blanc comme neige, comme on s’évertue à vouloir le faire accréditer dans l’opinion ? Son attachement à la Tunisie, au Club Africain et à la Palestine est-il aussi sincère comme on semble vouloir le croire ? Les circonstances dans lesquelles il est venu en Tunisie, sans crier gare, en mettant de l’argent frais dans les caisses d’un club populaire aux finances chancelantes, restent mystérieuses. S’il a vraiment un attachement particulier à la Tunisie, au Club Africain et, accessoirement aussi, à la Palestine, il semble bien tardif pour ne pas susciter quelques doutes sur sa sincérité. Car on voit mal la justice américaine, même sous l’inénarrable Donald Trump, poursuivre un citoyen américain résidant à l’étranger pour… ses idées politiques. D’ailleurs, quel poids politique aurait le soutien du sponsor providentiel du Club Africain au regard des autorités de Washington ?

Ne soyons pas trop naïfs ! Et souvenons-nous, surtout, de la vidéo postée par l’activiste tuniso-américaine Olfa Hamdi, incarcérée, elle, en Tunisie, dans une affaire réellement politique, lorsqu’elle a appris l’arrivée de Fergie Chambers au Parc A, fief du Club Africain. Mme Hamdi avait évoqué les démêlées de l’«investisseur» américain avec la justice de son pays et sa condamnation dans des affaires de trafic de drogue, d’escroquerie et de blanchiment d’argent.

A notre niveau, nous n’avons pas de preuves pour étayer de telles accusations, mais la nouvelle de l’arrestation de Fergie Sanders en Espagne en application d’un mandat d’arrêt international émis par la justice américaine devrait nous inciter à plus de retenue dans le traitement de cette affaire et, surtout, à ne pas mêler le concerné, qui a toute notre sympathie, à la cause palestinienne, comme pour le valoriser ou le blanchir (et c’est le cas de le dire) à nos yeux.

Attendons donc pour voir ce qui sera décidé à propos de Fergie Chambers par la justice espagnole. S’il est finalement extradé vers les Etats-Unis, ce que nous ne souhaitons pas, nous devrions revoir totalement notre appréciation du personnage et le Club Africain devrait se montrer plus prudent à l’avenir et ne pas offrir les clés de la maison à tout «bienfaiteur» qui vient frapper à sa porte sans crier gare.  

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Bases américaines au Moyen-Orient | Un facteur d’insécurité

16. Juli 2026 um 10:26

Les bases américaines au Moyen-Orient n’ont jamais assuré la sécurité des pays qui les abritent, au contraire, aujourd’hui ces bases contribuent largement à la déstabilisation de toute la région et notamment des monarchies du Golfe qui y ont investi d’énormes sommes d’argent et en ont fait le principal pilier de leur stratégie de défense.

Habib Glenza, à Lodz, Pologne.

Après la Seconde Guerre mondiale, le système de Bretton Woods faisait du dollar la monnaie centrale du monde. Il était convertible en or à un taux fixe.

Dans les années 1960 et 1970, les États-Unis accumulent des déficits importants, notamment à cause de la guerre du Vietnam et des dépenses sociales. Les pays étrangers possèdent de plus en plus de dollars et veulent les échanger contre de l’or.

Le 15 août 1971, le président Richard Nixon annonce la fin de la convertibilité du dollar en or. C’est ce qu’on appelle le «choc Nixon». Le dollar devient une monnaie sans soutien physique. Sa valeur risque de s’affaiblir et la confiance internationale diminue. Les États-Unis doivent trouver une nouvelle base pour soutenir leur monnaie. La solution viendra du pétrole.

Choc pétrolier et accord avec l’Arabie saoudite

En octobre 1973, la guerre du Kippour éclate. Les pays arabes producteurs de pétrole imposent un embargo sur les exportations vers les États-Unis et certains de leurs alliés. Le prix du baril quadruple en quelques mois. C’est le premier choc pétrolier, qui provoque inflation et récession dans le monde occidental. 

C’est dans ce contexte que le secrétaire d’État américain Henry Kissinger propose à l’Arabie saoudite la négociation d’un «accord pétro-dollar».

Le 8 juin 1974, un accord-cadre est signé à Washington entre le secrétaire d’Etat américain et le prince Fahd ben Abdulaziz — futur roi. Officiellement.

Dans les faits, cet accord stipule que l’Arabie saoudite accepte de vendre son pétrole principalement en dollars américains, tandis qu’une grande partie des revenus est réinvestie dans les bons du Trésor américains. En échange, les États-Unis offrent une protection militaire et vendent des armes modernes au royaume.   

Grâce à cet accord, le dollar américain reprend des couleurs et les États-Unis bénéficient de ce que Valéry Giscard d’Estaing appelait un «privilège exorbitant». Ils peuvent financer leurs déficits budgétaires et commerciaux à faible coût. Ils peuvent émettre plus de dollars sans que l’inflation ne s’envole immédiatement, car une partie de ces dollars est absorbée par le reste du monde. Le dollar reste la monnaie de réserve mondiale, ce qui renforce leur influence, y compris à travers les sanctions financières. En contrepartie les Américains ont-ils accordé aux Saoudiens la protection promise ? 

Les bases américaines ne servent que les Etats-Unis et Israël 

Au lendemain des attaques du 11 septembre 2001 et de la guerre d’Irak en 2003 qui s’ensuit, les pays du golfe ont commencé à financer l’installation de bases américaines sur leurs sols, croyant que ces bases, indispensables à leurs avis, seront un facteur de sécurité dans la région. Mais au fil des années, notamment après l’attaqued’Abqaïq et de Khurais, en Arabie Saoudite, le 14 septembre 2019, vraisemblablement commise par des drones houthis, il a été démontré clairement que les Américains se désintéressent complètement de la sécurité de la monarchie saoudienne.

Les frappes israéliennes à Doha, le 9 septembre 2025, ont ébranlé le concept de «garanties sécuritaires» dont pensaient bénéficier les pays du Golfe de la part de l’allié américain. 

Les bases américaines au Moyen-Orient n’ont jamais assuré la sécurité des pays qui les abritent, au contraire, aujourd’hui ces bases contribuent largement à la déstabilisation de toute la région et notamment des monarchies du Golfe qui y ont investi d’énormes sommes d’argent. En effet, c’est de ces bases que partent les machines de guerre américaines qui ont détruit l’Irak, l’Afghanistan, la Libye… 

Israël est le déstabilisateur majeur de la région

Israël ne peut exister sans guerres et quand celles-ci viennent à manquer, l’Etat hébreu les invente. Aujourd’hui, son ennemi juré est l’Iran, demain ce seront la Turquie, le Pakistan, l’Egypte qui subiront le même sort. Cet État hors la loi fera tout pour déstabiliser toute la région. Le plus grave c’est que les Américains soutiendront Israël sous le diktat du lobby sioniste international. Par conséquent, les bases américaines au Moyen-Orient seront utilisées pour assurer la protection d’Israël si les aventures militaires de l’Etat sioniste viendraient à se retourner contre lui.

Aussi la question qui se pose aujourd’hui est-elle la suivante : pourquoi maintenir ces bases et pourquoi financer la présence de soldats américains qui, au final, ne protègent qu’Israël ?   

Le président philippin Duarte a ordonné la fermeture des bases militaires américaines et Ibrahim Traoré a chassé les militaires français du Burkina Faso. De petits pays, à l’instar des Philippines et du Burkina Faso, sont parvenus à se débarrasser des bases militaires américaines et françaises.

Le président Duarte estime que la présence des bases américaines conduit à l’instabilité dans le sud du pays, où sévissent plusieurs rébellions. Et annonce qu’il va acheter des armes à la Russie et à la Chine. Il a affirmé avoir ordonné aux conseillers militaires des Etats-Unis de quitter le sud des Philippines Et cette déclaration risque de mettre à mal une relation bilatérale qui ne cesse de se dégrader sérieusement depuis l’arrivée de Duterte à la présidence en juin. 

De son côté Traoré est allé jusqu’à rompre les relations diplomatiques de son pays avec la France.

Il est grand temps pour les pays du Moyen-Orient de réviser leurs stratégies de défense marquées par une soumission totale aux diktats des Etats-Unis et de sa base avancée au Moyen-Orient : Israël. Ils seraient bien inspirés de revoir, par la même occasion, leurs liens avec l’Iran en vue d’asseoir les bases d’un accord de bon voisinage fondé sur la confiance mutuelle. Et pour rétablir cette confiance, ils devraient commencer par fermer les bases militaires américaines sur leurs territoires qui sont principalement dirigées contre l’Iran et ne servent finalement pas leurs intérêts, mais ceux d’Israël.

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Inflation en Tunisie : l’économie informelle, amortisseur ou accélérateur de crise ?

16. Juli 2026 um 08:42

Face à la flambée des prix internationaux de l’énergie et aux perturbations des chaînes d’approvisionnement, les circuits informels jouent un rôle complexe dans la transmission des chocs économiques en Tunisie. Pour Sami Bensassi, professeur en économie du développement à l’Université de Birmingham, l’impact de la crise dépend largement du produit concerné et du canal par lequel il circule.

Intervenant dans le deuxième épisode de « L’Éco en Clair », le talk-show de L’Économiste Maghrébin, consacré à « Inflation de guerre, Moyen-Orient en feu : ce que les conflits coûtent à l’économie tunisienne », Sami Bensassi a analysé l’impact des tensions géopolitiques internationales sur l’économie tunisienne. Il a notamment mis en lumière le rôle de l’économie informelle dans la transmission des chocs externes, l’évolution des prix et la capacité de résilience des ménages et des entreprises.

Il estime que la transmission du choc inflationniste ne suit pas les mêmes mécanismes selon les secteurs. Le cas des produits pétroliers illustre cette différence. La contrebande de carburant en Tunisie, principalement alimentée par des flux en provenance d’Algérie et de Libye, repose sur deux pays producteurs qui maintiennent d’importants systèmes de subvention internes. Dans un contexte de hausse mondiale des prix du pétrole, ces pays bénéficient davantage de l’augmentation des cours internationaux. Ce qui réduit les incitations à revoir leurs politiques de soutien.

La situation tunisienne apparaît, en revanche, beaucoup plus contraignante. Le budget de l’État ayant été construit sur une hypothèse de prix du baril autour de 65 dollars, une prolongation de la crise énergétique pourrait rendre difficile le maintien du niveau actuel des subventions. Une hausse des prix à la pompe deviendrait alors une perspective difficilement évitable.

Dans ce contexte, l’économie informelle peut temporairement jouer un rôle de protection pour certains ménages en limitant l’impact immédiat du renchérissement des carburants. Mais cet effet d’amortisseur reste limité et dépend fortement de la nature du produit concerné.

Des effets différents selon les circuits de distribution

Pour les produits alimentaires, l’analyse diffère. Sami Bensassi estime que la hausse des prix pourrait être alimentée notamment par l’augmentation du coût des intrants agricoles, à l’image des engrais, dont l’acheminement international est perturbé depuis l’apparition des tensions dans la région du Golfe. Dans ce cas, les circuits formels et informels risquent davantage d’entrer en concurrence. Ce qui pourrait accentuer les pressions inflationnistes. Loin de constituer uniquement un mécanisme de protection contre la hausse des prix, l’informel peut aussi contribuer à une déstabilisation plus large du marché lorsqu’il interfère avec les circuits traditionnels d’approvisionnement.

L’économiste souligne également un autre effet souvent moins visible : l’impact de l’économie informelle sur la répartition des richesses. Si l’État subit une diminution de ses recettes à travers les droits et la TVA non collectés, certains acteurs de l’informel peuvent, au contraire, enregistrer des revenus supplémentaires.

Ces ressources peuvent ensuite être réinjectées dans l’économie, notamment dans des secteurs comme l’immobilier, contribuant potentiellement à une hausse des prix et à de nouveaux déséquilibres.

Pour l’économiste, l’enjeu principal est donc de comprendre que l’économie informelle ne constitue ni uniquement une menace ni uniquement un filet de sécurité. Son rôle dépend du secteur, du produit et du contexte international. Dans une période de forte incertitude géopolitique, cette distinction devient essentielle pour anticiper les effets réels de l’inflation sur les ménages et sur l’économie tunisienne.

Retrouvez l’intégralité de cet épisode de « L’Éco en Clair » :
https://www.youtube.com/watch?v=vMPp7S7Y2XI&t=513s

** Cet article a été produite dans le cadre de « On en parle ! Tunisie 360° », un projet financé par l’Union Européenne, cofinancé par le ministère fédéral allemand de la Coopération économique et du Développement et mis en œuvre par le consortium DW Akademie et AMAJ.
Son contenu relève de la seule responsabilité de L’Économiste Maghrébin et ne peut en aucun cas être considéré comme reflétant la position des bailleurs et du consortium susmentionnés.

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Education et emploi | Le match Tunisie-Maroc que Carthage est en train de perdre

16. Juli 2026 um 08:17

En cette fin juin, pendant que les estrades se dressent dans les lycées tunisiens et marocains pour célébrer les nouveaux bacheliers, que les hymnes nationaux résonnent, que les mentions «très bien» s’affichent fièrement sur les listes d’admis, et que les ministères de l’Éducation des deux rives du Maghreb publient leurs bilans annuels flatteurs — taux de réussite en hausse, discours sur l’excellence, promesses d’orientation «adaptée aux besoins du marché» —, une question plus prosaïque s’impose, loin des estrades et des youyous : que deviennent, cinq ou dix ans plus tard, ces mêmes lauréats une fois jetés dans l’arène du travail ? Car la saison des bacheliers est aussi, qu’on le veuille ou non, la saison de vérité pour deux systèmes éducatifs qui se regardent en miroir depuis Rabat et depuis Tunis, chacun vantant ses chiffres de scolarisation, chacun taisant pudiquement ses chiffres de chômage. «El-farha ma tkammel» — la joie ne dure jamais jusqu’au bout — dit le dicton tunisien, et il n’a jamais aussi bien collé à la réalité qu’au moment où l’on compare, rapport BMI en main, ce que promet le diplôme et ce que délivre, en vérité, le marché du travail des deux pays. (Image de chômeurs diplômés tunisiens sur le chemin de l’exil, générée par IA).

Moktar Lamari, Ph.D.

Deux documents permettent de peser, chiffre contre chiffre, ce qu’il reste à la Tunisie et ce que le Maroc a su engranger : ‘‘Tunisia Education & Labour Market, Annual Report’’ (BMI – A Fitch Solutions Company, novembre 2025, 43 pages, rapport institutionnel sans auteur nommé) et ‘‘Morocco Education & Labour Report, Annual Report’’ (BMI, juillet 2026, 42 pages, même signature collective).

Deux voisins, deux trajectoires, et un écart qui se creuse comme une faille tectonique entre Bizerte et Tanger.

Cinq différences qui font mal

Primo, la taille du bassin de main-d’œuvre. Le Maroc affiche une population active potentielle de 24,7 millions de personnes, contre 8,2 à 8,3 millions pour la Tunisie (BMI Tunisia, p.32 ; BMI Morocco, p.29-30). Trois fois plus grand, le Royaume peut se permettre des pertes que la République ne peut absorber. Chez nous, chaque cerveau qui s’envole est un trou dans le grenier ; chez eux, c’est une fuite dans un océan.

Secundo, le salaire minimum, paradoxe cocasse s’il en est. Le Maroc paie ses ouvriers USD370,6 par mois (relevé le 1er  janvier 2026, +5%, BMI Morocco p.4), soit près de trois fois le Smig tunisien, plafonné à USD124 (BMI Tunisia, p.39) — l’un des plus bas de toute la région Mena. Et pourtant, c’est la Tunisie qui écope du pire score de «coûts du travail» : 65,9 sur 100 (189e mondial), contre 45,8 pour le Maroc (81e mondial) (BMI Tunisia p.6 ; BMI Morocco p.5).

Comment payer moins et coûter plus cher ? Réponse : les charges patronales tunisiennes grimpent à 25,3% contre 23,3% au Maroc, et l’indemnité de licenciement tunisienne culmine à 17,2 semaines de salaire contre 10,9 à 13,5 semaines chez le voisin (BMI Tunisia p.39 ; BMI Morocco p.39). Rigidité tunisienne, souplesse marocaine : «Yesir el-jmal wala el-hem» — Mieux vaut porter le chameau que le souci, dit-on, mais nos employeurs, eux, portent les deux.

Tertio, l’emploi effectif. Seulement 38,5% des Tunisiens en âge de travailler occupent un emploi (BMI Tunisia, p.33), avec un chômage des jeunes de 15-24 ans à 40,1% et un chômage des diplômés du supérieur avoisinant 30% (BMI Tunisia, p.31, données Banque mondiale 2024). Le Maroc, lui, ne publie pas un taux d’emploi global aussi cru, mais affiche un symptôme tout aussi révélateur : un ratio valeur ajoutée par travailleur/salaire minimum de seulement 0,68 — l’avant-dernière productivité de toute la région Mena, juste devant la Cisjordanie et Gaza (BMI Morocco, p.38). Autrement dit : la Tunisie forme des chômeurs qualifiés, le Maroc emploie des travailleurs peu productifs. Un choix cornélien entre le diplôme sans emploi et l’emploi sans rendement — voilà ce qui attend, statistiquement, les bacheliers qu’on vient tout juste d’applaudir.

Quarto, la scolarisation secondaire, où l’écart est vertigineux : 97,6% de taux net au Maroc contre 87,2% en Tunisie (BMI Morocco p.12 ; BMI Tunisia p.13). Le Royaume, longtemps moqué pour son retard éducatif, a désormais un secondaire quasi universel, quand la République, pionnière de l’éducation moderne dès Bourguiba, voit ses classes se vider dès la fin du collège.

Quinto — et c’est le seul lot de consolation tunisien — l’alphabétisation. Malgré une scolarisation secondaire inférieure, la Tunisie affiche un taux d’alphabétisation de 83,6% contre 77,4% seulement au Maroc, troisième plus faible taux de toute la région Mena (BMI Tunisia p.13 ; BMI Morocco p.26).

Comprenez : le Maroc scolarise plus, mais alphabétise moins bien ; la Tunisie scolarise moins, mais ce qu’elle scolarise, elle le fait relativement bien lire et écrire. Un match nul en trompe-l’œil, où chacun perd sur le terrain de l’autre.

Quatre raisons du décrochage tunisien

Primo, le décrochage structurel lui-même. La Tunisie affiche le taux de transition primaire-secondaire le plus bas de toute la région Mena (BMI Tunisia, p.9-10), preuve que le système pousse les enfants dehors dès que la pauvreté ou la nécessité économique frappe à la porte. Le Maroc, avec un taux de transition de 90% — pourtant lui aussi parmi les plus faibles de la région — reste malgré tout nettement devant.

Secundo, la rigidité réglementaire du marché tunisien, déjà évoquée : charges sociales plus lourdes, indemnités de licenciement plus généreuses, négociations salariales sous la pression constante de l’UGTT (BMI Tunisia, p.5, p.39-40), qui a manifesté contre le président Kaïs Saïed en août 2025. Le Maroc, avec un taux de syndicalisation historiquement plus faible, garde une flexibilité qui séduit davantage les investisseurs, même si elle se paie en précarité pour les travailleurs marocains.

Tertio, l’instabilité politique post-2011, qui a gelé les réformes tunisiennes une décennie durant. Le plan stratégique de l’éducation 2016-2020 puis celui de 2023-2030 restent, selon BMI, sans effet mesurable sur le niveau de compétences de la population (BMI Tunisia, p.4, p.13-14). Pendant ce temps, le Maroc lançait en avril 2026 la plateforme numérique Elogha -Sup pour moderniser l’enseignement supérieur et connecter les diplômés au marché du travail (BMI Morocco, p.4, p.16) — un geste concret, quand la Tunisie collectionne les plans sans lendemain. «Elli ynajjem yahki, ma ynajjemch ya’mal» : Celui qui sait parler ne sait pas forcément agir.

Quarto, la démographie et l’exode des cerveaux. Le Maroc conserve un taux de fécondité de 2,6 naissances par femme, au-dessus du seuil de renouvellement, contre seulement 1,8 en Tunisie — sous ce même seuil (BMI Morocco p.29 ; BMI Tunisia p.32). Or dans le même temps, la Tunisie voit s’envoler plus de 715 000 de ses ressortissants à l’étranger (2024), majoritairement vers la France, l’Italie, l’Allemagne, le Royaume-Uni et les États-Unis — profil hautement qualifié, précise BMI (Tunisia, p.35-36). Le Maroc perd en valeur absolue davantage de personnes (3,6 millions de Marocains vivant à l’étranger en 2024), mais dispose d’un réservoir démographique bien plus large pour compenser (BMI Morocco, p.34-35). Chez nous, chaque ingénieur qui embarque est une fuite proportionnellement plus grave que chez le voisin — un peu comme vider un petit bassin à la petite cuillère pendant que l’autre remplit une piscine olympique avec un tuyau percé.

Ce que le grenier tunisien a encore

Reconnaissons tout de même à la Tunisie ses points de résistance : une alphabétisation supérieure, un mean years of schooling de 7,6 ans contre 4,8 au Maroc (BMI Tunisia p.13 ; BMI Morocco p.12), et une dépense publique en éducation à 6,7% du PIB, l’une des plus élevées de la région, contre environ 5,9-7,6% côté marocain selon les années (BMI Tunisia p.9, p.12 ; BMI Morocco p.14). Le grenier tunisien n’est donc pas vide — il est simplement mal géré, mal orienté, et surtout mal connecté au marché du travail.

Score global de risque du marché du travail : Tunisie 60,3 (168e mondial, en dégradation de 20 rangs), Maroc 54,1 (122e mondial, en amélioration de 12 rangs) (BMI Tunisia p.4 ; BMI Morocco p.4-5).

En somme, pendant que les estrades se démontent et que les confettis retombent sur les cours d’écoles des deux pays, la Tunisie forme mieux qu’elle n’emploie, et le Maroc emploie mieux qu’il ne forme. Entre les deux, un même Maghreb, deux administrations, et un seul verdict statistique : «El-ghorba twakkel el-‘echra» — L’exil ronge la fraternité, mais il ronge d’abord et surtout les économies qui laissent partir leurs talents sans jamais les avoir vraiment mis au travail.

* Economiste universitaire.

Blog de l’auteur : E4T (Économie pour la Tunisie).

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Mondial Fifa | L’Argentine, entre combat et tango, une équipe à double visage

16. Juli 2026 um 07:24

L’Argentine encore vainqueur de la Coupe du Monde ? Après sa victoire contre les Anglais, hier soir, mercredi 15 juillet 2026, à Atlanta, c’est bien possible. En fait, sa performance a été impressionnante parce dans l’adversité elle a démontré une fois de plus outre son habituelle maîtrise technique un jeu créatif brillant, et surtout une capacité d’adaptation dont seules les très grandes équipes ont dans le passé à ce stade de la compétition su faire preuve.(Ph. Jude Bellingham à terre après le but égalisateur d’Enzo Fernandez).

Dr Mounir Hanablia *

Il faut d’abord noter son double visage, celui de la première mi-temps, irritant, avec les brutalités et les actes d’anti jeu qui ont toujours entaché sa réputation et qui ne lui valent pas que la sympathie du public dans le monde.

Ensuite celui de la seconde, quand l’équipe menée au score a littéralement fait le siège du but adverse en accaparant le ballon, en le faisant circuler, en tentant des pénétrations en dribbles ou en passes courtes dans l’axe, puis par des centres au-dessus de la défense, en se créant un grand nombre d’occasions de buts dont seuls le talent du gardien Jordan Pickford ou la chance ont empêché la transformation.

Néanmoins, dans tout cela, il faut naturellement signaler l’apport primordial de Lionel Messi, qui incapable de forcer le destin par le centre, ainsi qu’il en a l’habitude, s’est cantonné à l’aile droite en écartelant la défense anglaise et en distribuant des passes millimétrées devant le but à ses coéquipiers dont deux ont finalement été à l’origine de la victoire de son équipe, en fin de match et dans les arrêts de jeu.

Les Argentins ne sont pas que des voyous

L’équipe d’Argentine a ainsi démontré qu’elle n’était pas composée de voyous, et que quand elle avait la volonté nécessaire de jouer au football, ainsi qu’elle l’a démontré durant cette soirée, elle avait des arguments sérieux à faire valoir et n’avait nullement besoin des coups de pouce sournois de la Fifa.

Quant à l’équipe d’Angleterre, elle a tout simplement été surclassée durant toute la seconde mi-temps, ballottée de droite à gauche et de gauche à droite par les vagues incessantes des attaques adverses. Qui plus est, accaparé par les difficultés de ses joueurs au bord de la rupture, l’entraîneur Thomas Tuchel ne s’est pas aperçu de la transformation tactique opérée avec le glissement de Messi du centre du terrain vers l’aile droite et n’a pas agi en conséquence, si ce n’est en introduisant Dan Burn, dont il escomptait qu’avec sa haute stature il intercepterait les balles hautes adverses. Cela n’a pas été le cas.

En finale, tout dépendra de la capacité de l’équipe nationale d’Espagne de garder le pied sur le ballon. C’est loin d’être acquis !

* Médecin de libre pratique.  

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Le gazoduc Nigeria-Maroc va entrer dans sa phase de construction !

15. Juli 2026 um 13:07

L’approfondissement des liens entre le Maroc et le reste du continent africain est un axe majeur de la politique étrangère marocaine et se traduit par un ancrage économique solide notamment dans le secteur financier via l’implantation des banques marocaines, le secteur commercial, le secteur aéronautique mais également le secteur énergétique. Le mégaprojet du gazoduc Nigeria-Maroc dont la dénomination officielle est Gazoduc Afrique-Atlantique s’étendra sur 6 900 kilomètres à travers 13 pays de la côte ouest de l’Afrique pour être raccordé in fine au réseau gazier Maghreb-Europe.

Imed Bahri

Asharq Bloomberg (média issu du partenariat entre le groupe saoudien Saudi Research and Media Group et Bloomberg) indique que le projet de gazoduc Afrique-Atlantique (The African Atlantic Gas Pipeline), reliant le Nigeria au Maroc, entre dans une nouvelle phase de sa mise en œuvre. Les études techniques et d’ingénierie sont désormais achevées et les préparatifs de construction peuvent commencer. Ce projet, l’un des plus importants d’Afrique en matière d’infrastructures de transport de gaz, vise à acheminer les réserves de gaz nigérianes vers les pays d’Afrique de l’Ouest et le Maroc avant d’atteindre les marchés européens.

6 900 kilomètres à travers 13 pays ouest-africains

L’étude d’impact environnemental et social (EIES) relative à la section marocaine révèle de nouveaux détails sur la mise en œuvre, notamment l’emplacement des stations de compression et de réception, les modalités de raccordement du gazoduc au réseau gazier Maghreb-Europe, ainsi que les phases de construction et d’exploitation. Ces informations font suite à la finalisation des études de faisabilité et des plans d’ingénierie, ouvrant la voie à l’obtention des autorisations environnementales nécessaires. 

Le projet devrait s’étendre sur environ 6 900 kilomètres à travers 13 pays de la côte ouest-africaine, dont 2 220 kilomètres pour la section marocaine (1 830 kilomètres à terre et 390 kilomètres en mer). Le coût d’investissement estimé du projet est d’environ 25 milliards de dollars. La section marocaine comprend quatre stations de compression et deux stations de réception, constituant l’infrastructure nécessaire au transport du gaz.

Ce projet vise à acheminer du gaz naturel du Nigéria vers les pays d’Afrique de l’Ouest et le Maroc, tout en permettant son raccordement au réseau gazier européen via le Maroc. Il renforcera la sécurité énergétique des pays traversés et fournira une infrastructure régionale de transport de gaz le long de la côte atlantique.

Quatre stations de compression au Maroc

L’une des informations les plus importantes révélées par le document est l’identification de l’emplacement de quatre stations de compression sur la section terrestre au Maroc, près des villes de Boujdour, Tan-Tan, Agadir et Safi.

Les stations de compression figurent parmi les composants essentiels des gazoducs, car elles permettent de rétablir la pression du gaz lorsqu’elle chute durant son long parcours, assurant ainsi un débit continu jusqu’à sa destination finale.

L’étude indique que les stations seront construites à intervalles de 300 à 320 kilomètres, un espacement adapté à un gazoduc de 48 pouces de diamètre. Chaque station occupera une superficie d’environ 64 hectares, les emplacements ayant été choisis à proximité des ports et des réseaux de transport afin de faciliter la livraison des équipements et des services.

Le choix d’un diamètre de gazoduc de 48 pouces tient compte non seulement des besoins actuels mais aussi du potentiel d’augmentation des volumes de gaz à l’avenir, en fonction de la croissance de la production et de la demande dans les pays traversés.

Un consortium composé des sociétés françaises Phénixa et Oréade-Brèche, de la société américaine CSA Ocean Sciences et de la société marocaine ZIZ Geo Consulting a réalisé les études relatives aux sections terrestres et maritimes du projet pour le compte de l’Office national des hydrocarbures et des mines (Onhym), l’agence gouvernementale marocaine responsable du projet, en collaboration avec la Nigerian National Petroleum Corporation (NNPC).

Raccordement à l’Europe

Le document révèle également que le projet comprendra deux terminaux de réception au Maroc. Le premier point d’arrivée du gaz en provenance de Mauritanie via la section offshore sera le terminal de la section terrestre. Le second permettra de connecter directement ce gazoduc au gazoduc Maghreb-Europe, acheminant ainsi le gaz vers les marchés européens via le réseau existant.

L’étude apporte également de nouvelles précisions sur le plan de mise en œuvre du projet qui prévoit l’établissement de six camps temporaires le long du tracé marocain. Ces camps comprendront des installations d’hébergement pour les travailleurs, des entrepôts de stockage de canalisations et des ateliers de maintenance des équipements.

Le projet sera mis en œuvre par le biais de contrats d’ingénierie, d’approvisionnement et de construction distincts étant donné que chaque section du pipeline, station de compression et chaque station de réception est confiée à une entreprise différente. Cette approche vise à exécuter les travaux en parallèle, à réduire les délais d’achèvement et à répartir les tâches et les risques entre plusieurs entreprises spécialisées.

Le document indique que chaque camp couvrira environ 300 kilomètres du tracé du projet et emploiera entre 1 000 et 1 200 travailleurs par camp pendant la phase de construction. La priorité sera donnée à l’emploi de la main-d’œuvre locale et à la mise en place de programmes de formation spécialisée.

Le projet est développé en partenariat entre l’Onhym et la NNPC, en collaboration avec les pays traversés par le pipeline.

Une section offshore

Selon l’étude, la section offshore s’étendra dans les eaux marocaines sur environ 390 kilomètres, entre la frontière maritime avec la Mauritanie et la région de Dakhla, à des profondeurs variant de 15 à 100 mètres.

Le gazoduc sera progressivement enfoui sur une distance d’environ huit kilomètres à mesure qu’il se rapproche de la côte, grâce à une couche de béton, un revêtement anticorrosion et un système de protection cathodique. Ceci garantira sa stabilité et sa sécurité tout au long de sa durée de vie opérationnelle estimée à 40 ans.

Le document explique que la section marocaine du projet relève de la phase 1B, qui s’étend de Kayar au Sénégal jusqu’au point de raccordement au gazoduc Maghreb-Europe au Maroc. Selon le calendrier de l’étude, la décision finale d’investissement est attendue au quatrième trimestre 2026, ce qui permettra au projet de passer de la phase d’étude et de conception à la mise en œuvre.

L’étude indique que le projet est actuellement en train de finaliser les études d’impact environnemental et social et de satisfaire aux exigences réglementaires et environnementales, suite à la réalisation des études de faisabilité et de la conception technique, en vue du démarrage des travaux. La construction du tronçon marocain devrait débuter après la décision finale d’investissement, prévue fin 2026, et la mise en service commerciale au deuxième trimestre 2031.

Pourquoi le tracé entièrement sous-marin n’a-t-il pas été retenu ?

L’étude révèle que les responsables du projet avaient initialement envisagé la construction d’un gazoduc entièrement sous-marin le long de la côte atlantique toutefois cette option a été écartée en raison des coûts élevés de construction et de maintenance, de la complexité technique et de l’impact potentiel sur les écosystèmes marins.

Un tracé combinant sections sous-marines et terrestres a donc été choisi, offrant des avantages économiques et de sécurité, et permettant l’approvisionnement en gaz naturel des villes et zones industrielles situées le long du tracé. Le tracé du gazoduc au Maroc a également été modifié afin d’éviter les zones habitées et les réserves naturelles, tout en maintenant une distance minimale d’un kilomètre par rapport aux habitats sensibles.

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Anne Guéguen: « L’amitié entre la France et la Tunisie ne se décrète pas, elle se construit, chaque jour, par des actes »

15. Juli 2026 um 12:59

Le 14 juillet est la fête nationale de la France qui célèbre la prise de la Bastille le 14 juillet 1789. Elle reste pour l’histoire le symbole de la Révolution, un changement d’ère qui a mis fin à la monarchie absolue et a fait des émules dans plusieurs parties du monde. 

Ci-dessous le discours prononcé par Anne Guéguen, ambassadrice de France en Tunisie, en présence du représentant de l’Etat, le ministre des Technologies de la communication, Sofiene Hemissi. 

Merci de votre présence, à chacun et chacune. Je me réjouis de célébrer avec vous le 14 juillet. Plus qu’une date, cette fête est le symbole d’un peuple affirmant la liberté, l’égalité et la fraternité, principes qui ont porté l’élan révolutionnaire et conduit, le 14 juillet 1789, à la prise de la Bastille, mettant à bas l’arbitraire. Si les Français sont foncièrement attachés à leur devise, fondement de notre République et de notre démocratie, ces principes émancipateurs ne sont pas l’apanage d’un pays ni d’une époque. Ils transcendent les frontières, les peuples et les générations, et parlent à toutes celles et ceux qui veulent dignité et justice.
Ces valeurs que nous avons en partage ont une résonance propre ici, pays de haute culture, ancré profondément en lui-même, ni à l’orient ni à l’occident, mais à la croisée des routes méditerranéennes, arabes et africaines. La Tunisie est pétrie d’une histoire remarquable de luttes, d’engagements et d’espoirs, forgée par des femmes et des hommes qui, je le constate depuis trois ans que j’ai l’honneur d’y servir comme ambassadrice, font preuve d’une résilience admirable dans la marche incertaine du monde.

 

Les rapports entre la Tunisie et la France, d’une remarquable stabilité, tirent leur solidité de la volonté commune de surmonter, de manière lucide et apaisée, les injustices et souffrances du passé colonial.

 

Monsieur le Ministre, votre présence est aussi l’occasion de célébrer 70 ans de relations diplomatiques depuis l’indépendance de la Tunisie le 20 mars 1956. Les rapports entre la Tunisie et la France, d’une remarquable stabilité, tirent leur solidité de la volonté commune de surmonter, de manière lucide et apaisée, les injustices et souffrances du passé colonial. C’est un choix, que nous faisons ensemble, de nourrir un partenariat d’égal à égal fondé sur le respect, l’écoute, le dialogue. La Tunisie est souveraine dans ses choix, et la France, comme l’Union européenne, respecte profondément cette souveraineté. Je le dis avec humilité. Notre ambition est de coopérer et de partager, pour le bénéfice mutuel des peuples, en servant leurs intérêts réciproques. Le « partenariat mutuellement bénéfique » qui était au coeur du sommet Africa Forward à Nairobi le 11 mai, doit être, plus que jamais, au centre de notre action.

 

La France, comme l’UE, est un partenaire fiable, constant, prévisible, engagé. Nous cherchons à nourrir la confiance. Déterminés à assurer notre défense et innovants, nous ne sommes pas pour autant dans une logique prédatrice ni impérialiste.

 

Monsieur le Ministre, chers invités, la France, comme l’UE, est un partenaire fiable, constant, prévisible, engagé. Nous cherchons à nourrir la confiance. Déterminés à assurer notre défense et innovants, nous ne sommes pas pour autant dans une logique prédatrice ni impérialiste. Nos relations sont dynamisées par notre proximité, qui est un atout mutuel précieux dans un monde où il est devenu impératif de raccourcir et de sécuriser les chaînes de valeur et d’approvisionnement, de décarboner nos économies comme d’assurer la sécurité de nos concitoyens sur tous les plans.

Vous le savez, la France est le premier partenaire économique de la Tunisie et nos échanges se portent bien. Les investissements comme le commerce bilatéral sont en hausse. C’est au profit de la Tunisie, dont l’excédent commercial vis à vis de la France a dépassé l’an dernier les 3 Mds d’euros, à comparer avec les 2,4 Mds d’euros tirés du tourisme.

Notre relation se construit dans des projets qui touchent directement la vie des citoyens. Ensemble, nous agissons pour former les jeunes et préparer l’entrée dans la vie active – je veux évoquer les près de 20 000 élèves dans les établissements du réseau AEFE en Tunisie et les 16.000 étudiants tunisiens en France mais aussi l’appui à la modernisation des ISET ou encore l’inauguration récente, avec la Fondation Tunisie pour le Développement et nos amis allemands, des centres ELIFE de Sidi Bouzid et Tozeur. Nous créons des emplois – je pense aux 170.000 emplois directs dans les entreprises à participation française en Tunisie ; nous encourageons l’innovation et l’entrepreneuriat – je pense au succès du Forum Méditerranéen de l’intelligence artificielle (FMIA) que nous avons organisé avec vous, Monsieur le Ministre, en novembre dernier.

Nos projets communs visent aussi à protéger les ressources naturelles, en particulier l’eau, et appuyer le choix stratégique de la Tunisie de renforcer sa souveraineté énergétique en développant son exceptionnel gisement solaire et éolien. Nos projets sont au service du développement des régions, dans un souci de soutien aux priorités de justice sociale et territoriale du gouvernement tunisien. C’est pourquoi nous coopérons pour renforcer les systèmes de santé – la France apporte ainsi, à travers l’AFD, le financement nécessaire à la construction de deux nouveaux hôpitaux à Gafsa et Sidi Bouzid. Ces projets viennent également contribuer aux services rendus par la société civile, notamment les femmes tunisiennes dont on ne dira jamais assez combien elles sont valeureuses et portent leur pays. Pour beaucoup d’entre eux, ces projets sont soutenus par l’Institut français de Tunisie ou par Expertise France, qui a fêté en décembre dix ans d’activité.

 

Je suis heureuse de dire que nous avons délivré plus de 116.000 visas l’année dernière avec un taux de refus de moins de 16% -, en encourageant les projets, et surtout en faisant confiance et construisant l’espoir.

 

Notre relation se construit d’abord grâce à vous, chers amis tunisiens et chers compatriotes, qui contribuez à nourrir nos liens humains d’une densité exceptionnelle, et je pense tout particulièrement aux centaines de milliers de tunisiens et franco-tunisiens qui vivent en France et dont la bi-culturalité est un pont formidable entre les deux rives, un atout précieux que nous devons chérir. Pour la jeunesse, talentueuse, exigeante, qui veut des perspectives, en Tunisie comme à l’international, notre responsabilité collective est d’ouvrir des horizons, en facilitant les mobilités – et je suis heureuse de dire que nous avons délivré plus de 116.000 visas l’année dernière avec un taux de refus de moins de 16% -, en encourageant les projets, et surtout en faisant confiance et construisant l’espoir.

Dans notre monde instable et violent, en pleine recomposition stratégique, cette confiance est essentielle. Nous partageons le même horizon de défis – qu’il s’agisse de climat, d’énergie, de santé, de démographie, de sécurité. Nos destins sont liés. Nous avons une maison commune à préserver et je pense très concrètement à la fois à la Méditerranée et aux Nations unies. Dans ces temps sombres, les peuples attendent que la voix du droit, de la justice et de la dignité soit portée avec constance, et que le monde reste habitable. La France y est attachée et sait que ces principes trouvent ici, en Tunisie, un écho profond.

Lucide sur la réalité de la guerre, la France ne s’y résigne pas. La France mène une diplomatie de la souveraineté fondée sur le respect de l’égalité des nations et de la recherche de la paix et de la sécurité pour tous. Nous avons reconnu la Palestine. Nous soutenons le Liban. Nous appuyons l’Ukraine dans son combat. La Tunisie est un pays qui a un sens aigu de la justice internationale et qui nourrit de fortes attentes, légitimes, de respect des droits du peuple palestinien, aujourd’hui bafoués. Ensemble il nous appartient d’œuvrer au respect du droit et de la justice internationale, de conjurer les maux du nationalisme, du racisme et du protectionnisme dont l’histoire a montré qu’ils mènent au pire. Ensemble, il nous revient, comme nous nous y sommes engagés en signant la charte des Nations unies, d’assurer le respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales pour tous, sans distinction. Les uns comme les autres nous devons protéger l’état de droit et garantir la sécurité juridique des personnes physiques et morales sans laquelle il ne peut y avoir de prospérité économique ni de sécurité pour tous.

Nous sommes à la fois autonomes et profondément dépendants les uns des autres, dans une toile d’interconnexions toujours plus complexes. Ce n’est pas une faiblesse mais la condition humaine et la dynamique de la modernité qui s’imposent à nous. Au moment où les équilibres se recomposent en profondeur à l’échelle de la planète, le repli sur soi va à l’encontre du développement économique et de la sécurité des nations. Les mouvements migratoires qui interrogent aujourd’hui nos sociétés, au Nord comme au Sud, s’ils sont régulés, encadrés et accompagnés peuvent apporter leur part de réponse aux mutations du temps. Nous pouvons et savons travailler ensemble à cette fin, en tirant le meilleur parti de notre proximité.

Je voudrais, pour conclure, vous remercier et remercier à l’adresse du ministre  tous nos partenaires tunisiens comme nos partenaires européens. Je suis reconnaissante aux équipes de l’Ambassade, de la résidence et de nos opérateurs qui, chaque jour, font vivre cette coopération, et à toutes celles et ceux qui rapprochent nos deux pays. Je voudrais particulièrement saluer le Consul général Dominique Mas et le COCAC Fabrice Rousseau qui repartiront vers la France cet été. Je voudrais aussi exprimer ma gratitude à nos sponsors – et en premier lieu la CCITF, Total Energies et la Banque UIB – dont la générosité rend cette célébration possible ainsi qu’aux entreprises qui travaillent de manière exemplaire à la rénovation de cette merveilleuse résidence.

Et je voudrais enfin vous dire simplement ceci : j’aime la Tunisie et souhaite pour elle et pour tous les Tunisiens ce qu’il y a de meilleur. L’amitié entre la France et la Tunisie ne se décrète pas. Elle se construit, chaque jour, par des actes.

Je vous souhaite à toutes et tous un très bon 14 juillet et une belle soirée, dans l’esprit fair-play du sport. La demi-finale de la Coupe du monde de football qui va commencer et les deux formidables équipes qui s’affrontent ne devrait pas manquer de nous offrir de beaux moments d’émotion.
Vive la Tunisie, vive la République et vive la France !

Vive l’amitié tuniso française

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Euro Bonds | La douloureuse facture que payent les Tunisiens

15. Juli 2026 um 09:40

Mercredi 15 juillet 2026, la Tunisie règle son dernier grand eurobond international : 700 millions d’euros levés en 2019 à 6,375 % sur sept ans («Euro Bonds – 7 ans – 6,375 % – 700 M€ Reg S – 15/07/2026»). Les communiqués officiels célèbrent une «page qui se tourne», une «discipline financière retrouvée», une «fin de cycle». La communication, elle, ferme le dossier. L’arithmétique financière, en revanche, le rouvre et en fait un autre constat chiffré. Allumez donc votre calculatrice…

Moktar Lamari *

Un vieux proverbe tunisien résume admirablement la situation : «Elli yakhod bel elkilo, yerja’ bel qentar» — qui emprunte en kilo rembourse en quintal. Encore faut-il vérifier si le dicton résiste aux chiffres. Il les supporte remarquablement bien.

Premier constat : même le montant du remboursement final raconte une histoire. Deux chiffres circulent depuis plusieurs jours. La plupart des médias évoquent une facture globale d’environ 2,3 milliards de dinars, intérêts compris. À l’inverse, le calendrier officiel de la dette, repris par Ilboursa, distingue 2 350 millions de dinars (MDT) de principal et 150 MDT d’intérêts, soit 2,5 milliards de dinars au total. L’écart atteint près de 200 MDT, soit environ 8 %. Ce n’est pas une querelle de décimales : c’est l’équivalent du financement de plusieurs hôpitaux de proximité.

Le coût réel de l’emprunt

Le calcul permet pourtant de départager les versions. Si 700 millions d’euros correspondent à 2 350 MDT, le taux de change implicite est d’environ 3,357 dinars pour un euro. Un coupon annuel de 6,375 % représente alors 44,625 millions d’euros, soit très exactement 150 MDT. L’arithmétique donne donc raison au calendrier détaillé.

Le chiffre de 2,3 milliards relève vraisemblablement d’un arrondi commode ou d’une conversion effectuée à un autre cours. Ni mensonge ni manipulation, mais un arrondi institutionnel qui fait disparaître, au passage, deux cents millions de dinars. En comptabilité publique, les arrondis ont parfois le goût des tours de passe-passe.

Mais le véritable sujet n’est pas le chèque signé ce mercredi. La vraie question est infiniment plus simple : combien cet emprunt a-t-il réellement coûté depuis 2019 ?

La réponse découle d’une formule élémentaire de finance obligataire (taux composé): Coût total = Principal + (Taux × Principal × Nombre d’années).

Dans le cas présent : 700 M€ + (0,06375 × 700 × 7) = 1 012,375 milliard d’euros.

Autrement dit, la Tunisie n’a pas seulement remboursé 700 millions d’euros à l’échéance. Elle a également payé, pendant sept années, 44,625 millions d’euros d’intérêts annuels.

Au total, la facture atteint un peu plus de 1,012 milliard d’euros, soit 312 millions d’euros d’intérêts, représentant près de 45 % du capital emprunté. Converti au cours actuel, cela représente environ 3,4 milliards de dinars déboursés pour un emprunt qui représentait environ 2,2 milliards de dinars lors de son émission.

La dette n’a donc pas disparu : elle a simplement présenté l’addition.

Le récit officiel parle pourtant de «clôture». Le mot mérite d’être examiné. Car on ne clôt pas une dette comme on clôt un dossier administratif. On ferme une ligne de financement, certes, mais on n’efface pas le coût économique qui l’a accompagnée.

Plus encore, cette sortie des marchés internationaux relève moins d’un choix souverain que d’une réalité moins flatteuse : depuis plusieurs années, la Tunisie éprouve les plus grandes difficultés à retrouver un accès normal aux marchés internationaux, notamment après l’enlisement des négociations avec le FMI.

Les statistiques illustrent parfaitement ce déplacement du problème. La dette extérieure rapportée au PIB est effectivement passée d’environ 47,7 % en 2019 à près de 32 % en 2025. Mais, dans le même temps, l’endettement intérieur a explosé et l’encours total de la dette publique est passé d’environ 83 milliards à 141 milliards de dinars. La dette n’a donc pas disparu ; elle a simplement changé d’adresse. On ne rembourse pas une dette : on la fait déménager.

Report sur demain de la consommation d’aujourd’hui

Trois questions demeurent alors soigneusement absentes des communiqués officiels. La première est sans doute la plus embarrassante : à quoi ces 700 millions d’euros ont-ils réellement servi ?

La réponse est connue. Ils n’ont financé ni infrastructure majeure, ni centrale électrique, ni réseau ferroviaire, ni hôpital universitaire. Ils ont principalement couvert les besoins du budget courant dans une année électorale où les finances publiques étaient sous très forte tension.

Le journaliste Jean-Pierre Sereni résumait déjà cette logique d’une formule lapidaire : cet argent est «parti en fumée». L’expression est sévère mais difficilement contestable : aucun actif productif identifiable n’est venu justifier un emprunt dont les générations futures continuent pourtant d’acquitter la facture.

Or toute la logique de la dette publique repose précisément sur cette distinction fondamentale : on peut légitimement emprunter pour investir ; emprunter pour financer des dépenses courantes revient simplement à reporter sur demain la consommation d’aujourd’hui.

La deuxième question relève cette fois de la théorie financière. Quel rendement minimal cet emprunt aurait-il dû produire pour être économiquement neutre (couvrir ses coûts sans perte ou profit) ?

La condition est classique : la valeur actuelle nette est nulle lorsque le taux de rentabilité interne est au moins égal au coût du capital. La formule s’écrit : Σ [CFₜ / (1 + r)ᵗ] = Investissement initial.

Encore faut-il intégrer une variable que les commentaires omettent presque toujours : le risque de change. L’emprunt est libellé en euros tandis que les recettes publiques sont essentiellement perçues en dinars. Entre juillet 2019 et juillet 2026, le dinar est passé d’environ 3,16 à 3,36 dinars pour un euro, soit une dépréciation cumulée proche de 6,3 %, correspondant à environ 0,9 % par an.

Le coût économique réel devient alors : r = (1 + 6,375 %) × (1 + 0,9 %) – 1 ≈ 7,33 % par an.

Autrement dit, tout investissement financé par cet emprunt devait produire au minimum 7,33 % de rendement annuel pendant sept ans pour simplement couvrir son coût financier.

Or la croissance moyenne de l’économie tunisienne entre 2019 et 2025 dépasse à peine 1 % par an, après la récession historique de –8,8 % en 2020. Même si les 700 millions avaient été intégralement investis dans un projet productif suivant la performance moyenne de l’économie nationale, le rendement serait resté très inférieur au seuil de rentabilité.

Pourquoi emprunter au marché et non au FMI ?

Mais le problème est plus profond encore : cet investissement n’a jamais réellement existé. Les fonds ont financé du fonctionnement courant. Le rendement économique est donc proche de zéro. La valeur actuelle nette n’est pas simplement négative : elle est lourdement déficitaire.

Enfin vient la troisième question, probablement la plus politique : combien cette opération aurait-elle coûté si la Tunisie avait emprunté auprès du FMI plutôt que sur les marchés internationaux ?

Les prêts du FMI accordés dans le cadre du Mécanisme élargi de crédit étaient généralement consentis à des taux compris entre 1 % et 2 %, avec une maturité plus longue et surtout une période de grâce de quatre ans et demi. Retenons un taux médian de 1,5 %.

Le calcul est immédiat.

Au taux de l’eurobond : 700 × 6,375 % = 44,625 M€ d’intérêts par an.

Au taux du FMI : 700 × 1,5 % = 10,5 M€.

L’écart atteint 34,125 millions d’euros par an, soit près de 239 millions d’euros sur sept ans, l’équivalent d’environ 800 millions de dinars aux cours actuels.

Et ce calcul ne tient même pas compte de l’avantage considérable qu’aurait procuré la période de grâce, qui aurait évité de concentrer en juillet 2026 un choc de liquidité de près de 2,5 milliards de dinars sur les réserves de change.

Pourquoi, dès lors, avoir préféré le marché au FMI ? Parce que les marchés prêtent cher mais sans imposer de réformes ; le FMI prête beaucoup moins cher mais exige des contreparties : maîtrise de la masse salariale publique, réforme des subventions, restructuration des entreprises publiques.

Depuis plus d’une décennie, les gouvernements successifs ont préféré acheter leur liberté de différer les réformes plutôt que de payer le prix politique de leur mise en œuvre.

L’image est cruelle mais fidèle : c’est le choix de celui qui refuse une consultation chez le dentiste pour économiser une anesthésie locale, avant de finir quelques années plus tard à l’hôpital pour une extraction sous anesthésie générale, infiniment plus coûteuse.

L’eurobond de 2019 n’est donc pas seulement une obligation arrivée à échéance. Il est le miroir d’une gouvernance où chaque échéance électorale a systématiquement prévalu sur chaque échéance financière.

Depuis 2011, la dette publique est passée d’environ 83 milliards à 141 milliards de dinars, sans qu’apparaisse en contrepartie un patrimoine collectif à la hauteur de cet endettement.

La «clôture» célébrée cette semaine ressemble ainsi davantage à la fermeture d’un compte qu’à l’assainissement des finances publiques. Car une dette remboursée n’efface jamais les raisons pour lesquelles elle a été contractée. Elle ne fait que solder le passé. Les vraies questions, elles, restent ouvertes.

* Economiste universitaire.

Blog de l’auteur : E4T.

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Mondial Fifa | L’équipe de France, une élimination programmée

15. Juli 2026 um 07:45

La France a été éliminée très logiquement par l’Espagne à Dallas, hier soir, mardi 14 juillet 2026, au cours d’un match que la Roja a dominé d’une manière indiscutable. Privés du ballon par un milieu de terrain espagnol habile et entreprenant, les joueurs français ont passé la plupart du temps à courir pour tenter de le récupérer et n’ont que très rarement été en mesure d’adresser vers le but adverse des tirs lointains et non cadrés. (Photo : Le duel des stars Yamal-Mbappé a tourné au profit de l’Espagnol).

Dr Mounir Hanablia

Les Bleus ne se sont quasiment jamais créé de véritables occasions de buts. Le premier but espagnol est survenu sur penalty (transformé par Mikel Oyarzabal) après une faute grossière de l’arrière gauche Lucas Digne sur le virevoltant Lamine Yamal. Le second but a été le fruit d’un bon mouvement collectif qui a vu le défenseur Pedro Porro démarqué battre le gardien français.

Un jeu peu créatif et prévisible

Face à une défense espagnole bien organisée et anticipant les actions adverses, le jeu français est apparu tel qu’il a toujours été depuis le début du Mondial, peu créatif, prévisible, et comptant sur la réussite de ses attaquants, absente durant la soirée, sans doute sous l’effet de la fatigue accumulée, mais aussi de la frustration et du manque de leadership.

Emporté par le naufrage, Kylian Mbappé, intronisé leader du groupe sans en avoir les qualités nécessaires, a été incapable de maîtriser ses nerfs, allant jusqu’à tenter d’agresser le gardien adverse, puis s’obstinant à tirer un coup franc d’une position favorable alors que, visiblement, il manquait de la concentration nécessaire pour le faire.

Comble de malchance, William Saliba, pièce maîtresse de la défense, a dû quitter le terrain, blessé.

Il ne s’agit pas ici de tirer satisfaction d’avoir joué les Cassandre dans un précédent article. Mais si on repasse en revue sa campagne en Coupe du monde, et abstraction faite du match contre l’Irak, l’équipe de France aura éprouvé des difficultés face au Sénégal pendant plus d’une heure. L’ampleur du score face à une Norvège déjà qualifiée et laissant au repos son attaquant vedette ne pouvait faire illusion. La Suède ayant déjà subi une raclée face aux Pays-Bas était dénuée de toute organisation défensive digne de ce nom. Le match contre le Paraguay a constitué le premier signal d’alarme, vite relégué au second plan dans la polémique suscitée par le jeu si on peut le qualifier ainsi des Sud-américains, et la composition ethnique de l’équipe du Coq. Mais tous ceux qui ont vu jouer l’Uruguay en 1970, l’une des équipes les plus hermétiques qui aient jamais évolué en Coupe du monde, se souviendront de quelle brillante manière les Brésiliens menés par la star Pelé en étaient venus à bout. Force est de reconnaître que face au Paraguay, de cette manière-là en quoi on reconnaît la marque des champions, la France fut dénuée. Quant au Maroc, il n’a quasiment jamais menacé le camp français.

L’Espagne plus confiante

A l’opposé l’équipe d’Espagne a commencé sa campagne d’une manière modeste, en se cassant les dents contre le Cap Vert, puis en montant progressivement en puissance d’abord contre l’Arabie saoudite, un simple match d’entraînement, ensuite face à l’Uruguay, une équipe difficile. Puis il y eut l’Autriche, le Portugal, considéré comme l’un des favoris avec son armada de vedettes, suivi de la Belgique, toutes des équipes européennes bien organisées.

Ainsi l’Espagne indubitablement n’a pas manqué de chance, même si cette chance là n’a rien à voir avec celle méthodique qui n’a cessé d’accompagner les Argentins. Néanmoins elle est arrivée aux demi-finales en ayant accumulé dans la difficulté le capital confiance nécessaire alors même que ses deux attaquants phare, Lamine Yamal et Nico Williams, demeurent en méforme. A l’inverse des Français dont le premier véritable test dans cette Coupe du monde confirma toutes les carences en se soldant par leur élimination. La France championne du Monde 2026, ce n’est effectivement pas encore demain la veille. 

* Médecin de libre pratique.

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Tribune – Administration : automatiser plutôt qu’épurer

14. Juli 2026 um 17:41

Les mots du président de la République ont été d’une rare sévérité, appelant à « assainir l’administration des cellules qui sabotent le pays ». Si ce constat politique pose le diagnostic d’une machine administrative grippée par les résistances et les inefficacités chroniques, le traitement de ce mal exige de dépasser la simple réponse disciplinaire. Pour un ingénieur et un gestionnaire, le « sabotage » administratif n’est pas toujours le fait d’intentions malveillantes isolées ; il est le produit systémique d’une architecture managériale obsolète.

L’enjeu n’est plus seulement d’épurer, mais de reprogrammer. Cependant, cette reprogrammation logicielle de l’État se heurte à un verrou invisible mais redoutable : la barrière culturelle et psychologique du changement.

Le coût macroéconomique de la subjectivité bureaucratique

L’administration tunisienne souffre d’une pathologie lourde : la prépondérance du facteur humain discrétionnaire dans les processus décisionnels. Chaque guichet, chaque direction, chaque niveau hiérarchique superposé devient un goulot d’étranglement potentiel où la lenteur, l’erreur de jugement ou l’obstruction peuvent paralyser l’économie. Ce déficit d’efficacité a un coût direct sur nos indicateurs macroéconomiques, décourageant l’investissement et ralentissant l’exécution des projets nationaux.

L’approche classique consiste à chercher des coupables et à multiplier les contrôles administratifs. Or, la surrèglementation produit l’effet inverse : elle tétanise les fonctionnaires intègres, ralentit encore les circuits et offre des boucliers procéduraux à ceux qui souhaitent bloquer le système. Le véritable assainissement ne se fera pas par l’accumulation de verrous bureaucratiques, mais par leur suppression au profit d’une transparence algorithmique.

 

Le verrou culturel : la peur de perdre le statut d’expert

Pourquoi l’appareil administratif résiste-t-il si puissamment à sa propre modernisation ? C’est que le principal frein à l’intégration de nouveaux outils — qu’il s’agisse de plateformes interconnectées ou d’intelligence artificielle — n’est jamais technique. Il est culturel.

Dans nos structures publiques, la légitimité et l’autorité des cadres se sont historiquement construites sur la détention exclusive du secret de la procédure, du tampon et du formalisme. Introduire la transparence algorithmique, c’est bousculer cette position de force. Des experts chevronnés redoutent, consciemment ou non, de perdre leur statut de « sachant » face à des systèmes automatisés dont ils ne maîtrisent pas immédiatement les codes. Face à l’inconnu technique, le réflexe bureaucratique naturel est l’inertie sécuritaire.

C’est ici que réside le véritable défi du leadership public, résumé par cette formule managériale percutante : « Ayez le courage d’être nul dans quelque chose de nouveau. » Pour rompre avec le sabotage par l’inertie, l’administration doit accepter la vulnérabilité transitoire de sa propre courbe d’apprentissage. Le courage managérial consiste à instaurer un authentique droit à l’erreur et à accompagner les cadres dans cette phase inconfortable de rodage, indispensable pour passer d’un modèle d’obsolescence à un modèle d’excellence.

 

Appliquer les principes de la saine gestion : les piliers de la refonte

Pour moderniser durablement l’appareil d’État et le prémunir contre toute mauvaise gestion, la Tunisie doit imposer les standards de la gouvernance technologique moderne. Cette refonte repose sur deux piliers managériaux clairs :

  1. L’automatisation radicale des back-offices et le « Zéro Subjectivité » : La meilleure manière d’éliminer une « cellule administrative défaillante », c’est de supprimer le pouvoir discrétionnaire qu’elle exerce sur le citoyen ou l’entreprise. L’octroi de licences, les autorisations financières, les contrôles douaniers ou l’évaluation fiscale doivent être traduits en algorithmes et en processus automatisés. Là où le code informatique remplace l’arbitraire humain, le sabotage devient techniquement impossible.
  2. Le pilotage par la donnée (Data-Driven Governance) : Une administration moderne ne peut plus être gérée à l’aveugle ou selon des grilles d’évaluation purement subjectives. Les critères de performance (KPI) des structures publiques et de leurs dirigeants doivent être quantifiables, transparents et audités en temps réel. Le gaspillage de ressources et les erreurs de priorités budgétaires ne peuvent être corrigés que par une traçabilité totale des flux financiers et décisionnels.

Reclasser l’humain dans sa zone de haute valeur ajoutée

Il ne s’agit pas de promouvoir une vision technocratique déshumanisée, mais bien de restaurer la dignité de la fonction publique. En automatisant les tâches répétitives, bureaucratiques et sujettes à caution, l’État libère son capital humain — ce « Software » national dont nous soulignions récemment la valeur stratégique — pour le repositionner sur des missions de conception, d’analyse, de régulation et de stratégie.

L’assainissement par la technologie est le seul moyen de recréer un environnement de travail attractif pour les compétences tunisiennes intègres. C’est en offrant des outils de pointe et une culture du mérite que l’on redonnera de la fierté à nos cadres publics, tarissant ainsi à la source l’exode de nos talents les plus pointus.

 

Le choix de la rupture systémique

La Tunisie ne sortira pas de son impasse économique par la simple reconduction de ses vieilles méthodes de gestion, fussent-elles durcies par des vagues d’inspections. Le sabotage le plus insidieux et le plus coûteux pour nos finances publiques demeure celui de l’obsolescence. Nettoyer les structures est une étape de salubrité politique ; changer de système d’exploitation est un impératif de survie macroéconomique.

À l’heure des grands arbitrages, la modernisation technologique de l’appareil d’État n’est plus une option de confort budgétaire, mais le premier pilier de notre souveraineté nationale.

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Les analyses et propos contenus dans cette tribune n’engagent que l’auteur.

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La Tunisie honore un emprunt international de 700 M€

14. Juli 2026 um 12:35

La Tunisie s’apprête à honorer, mercredi 15 juillet 2026, le remboursement de son dernier grand eurobond de 700 millions d’euros (M€), marquant la clôture de cette importante dette contractée sur les marchés internationaux.

Il convient de noter que cet emprunt, contracté en 2019 sur les marchés financiers internationaux, représente l’une des échéances les plus significatives du calendrier financier tunisien de l’année, avec un coût total estimé à environ 2,3 milliards de dinars tunisiens, intérêts compris.

Cette opération marque la fin d’un cycle d’endettement direct auprès des marchés internationaux. Elle intervient dans un contexte où les autorités tunisiennes cherchent à réduire progressivement la vulnérabilité du pays face aux financements extérieurs, tout en préservant l’équilibre des finances publiques.

Un récent article publié par L’Economiste Maghrébin soulignait que l’eurobond de 700 millions d’euros émis au taux de 6,375 % constitue le principal rendez-vous de la dette extérieure en juillet 2026, avec un impact notable sur les réserves en devises et sur le service global de la dette.

Ce remboursement revêt aussi une dimension stratégique. Depuis plusieurs années, la Tunisie a fait le choix de limiter son recours aux émissions obligataires internationales, misant davantage sur des financements intérieurs et sur une gestion plus prudente de sa dette. Plusieurs analyses publiées en 2025 et 2026 rappellent que le pays a déjà remboursé plusieurs échéances majeures d’eurobonds sans recourir à de nouvelles émissions sur les marchés internationaux..

En somme, le remboursement de cet eurobond constitue un signal important : la Tunisie referme une page lourde de son endettement externe, tout en ouvrant une nouvelle phase où la discipline financière et la capacité à mobiliser des ressources durables resteront décisives.

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Révélations | Comment le Mossad a-t-il recruté Mahmoud Ahmadinejad ?

14. Juli 2026 um 10:35

C’est une bombe. Le New York Times a révélé ce lundi 13 juillet 2026 que l’ancien président iranien Mahmoud Ahmadinejad a été recruté par le Mossad ! Les Israéliens ont commencé à s’intéresser à lui quand ses relations se sont dégradées avec le défunt Guide suprême Ali Khamenei. Ahmadinejad a été empêché à trois reprises de se présenter de nouveau à l’élection présidentielle ce qui a nourri chez lui un profond ressentiment contre le régime et a forgé sa conviction que son retour au pouvoir ne pourrait avoir lieu qu’avec la chute de ce régime. 

Imed Bahri

Dans une enquête intitulée «Dans les coulisses de l’opération secrète d’Israël pour recruter Ahmadinejad» et menée par quatre journalistes Mark Mazzetti, Julian E. Barnes, Farnaz Fassihi et Ronen Bergman, le New York Times a révélé, lundi 13 juillet 2026, que l’ancien président iranien Mahmoud Ahmadinejad est assigné à résidence par les services de renseignement des Gardiens de la révolution après que les autorités iraniennes ont découvert ses contacts avec Israël. 

Selon le journal américain, Israël a mené pendant des années une opération secrète visant à recruter Ahmadinejad dans le but de l’installer à la tête de l’Iran après la chute du régime. L’enquête s’appuie sur des sources américaines, israéliennes et iraniennes connaissant les détails de l’opération.

Début 2024, un haut responsable du gouvernement hongrois de l’époque a demandé au professeur Gergely Deli, président de la Ludovika University of Public Service (Université Ludovica de l’administration publique) à Budapest, d’inviter Ahmadinejad à une conférence sur le changement climatique. Selon Deli, on lui a indiqué que cette conférence servirait en réalité de couverture à des discussions secrètes entre Ahmadinejad et des responsables des services de renseignement israéliens.

Malgré ses craintes de nuire à sa propre réputation et à celle de l’université, il accepta, estimant que si les deux parties étaient disposées à dialoguer, il fallait leur en donner l’occasion.

L’enquête rapporte que les gardes du corps d’Ahmadinejad ont déclaré qu’il avait réussi à disparaître au moins deux fois durant sa visite pour assister à de longues réunions. Interrogé, il affirma rencontrer des professeurs d’université. Lors de la conférence, Ahmadinejad prononça un discours en anglais, évoquant «l’humanité commune» et un «ordre mondial en mutation». Il surprit l’auditoire en ne commençant pas son discours par un verset du Coran. Comme il l’avait fait tout au long de sa présidence, il offrit même au recteur de l’université un exemplaire du ‘‘Livre des Rois’’ * du grand poète persan du Xe siècle Ferdowsi et reçut de sa main l’emblème de l’université.

La mue d’Ahmadinejad

Deli admet avoir servi d’intermédiaire pour faciliter des réunions secrètes. Selon des sources américaines, l’ancien chef du Mossad David Barnea s’était personnellement rendu à Budapest pour rencontrer Ahmadinejad. Le Mossad a ensuite informé la CIA qu’Israël avait financé ses frais d’hébergement et de voyage ces dernières années et que des responsables du renseignement israélien l’avaient rencontré à plusieurs reprises hors d’Iran. Selon l’enquête, Ahmadinejad, qui a été président de l’Iran de 2005 à 2013 et considéré à l’époque comme l’une des figures les plus importantes de la ligne dure –partisan du programme nucléaire iranien, appelant régulièrement à la destruction d’Israël– a progressivement modifié son image après avoir quitté ses fonctions.

L’enquête indique qu’Ahmadinejad a commencé à adoucir son discours anti-israélien, critiquant l’appareil sécuritaire et la corruption gouvernementale. Il a adopté une apparence plus occidentalisée, appris l’anglais, rencontré fréquemment des civils et s’est présenté comme un homme politique plus modéré. Selon l’un de ses anciens conseillers, Abdolreza Davari, la motivation d’Ahmadinejad n’était pas l’argent mais plutôt le désir de revenir au pouvoir. Un proche collaborateur a déclaré au journal qu’après avoir été disqualifié de la course présidentielle à trois reprises, Ahmadinejad avait conclu qu’il ne pouvait pas revenir au pouvoir tant que le régime en place resterait en fonction.

Renverser le régime

Selon la même source, Ahmadinejad craignait qu’en cas de guerre et de renversement du régime, les États-Unis et Israël choisissent d’installer un opposant exilé depuis l’étranger. C’est pourquoi il s’est présenté comme quelqu’un capable de diriger le pays de l’intérieur, à l’instar de Boris Eltsine en Russie au lendemain de la chute de l’URSS. La même source a affirmé qu’Ahmadinejad avait déclaré à ses conseillers que s’il dirigeait de nouveau l’Iran, le pays reconnaîtrait Israël et normaliserait ses relations avec ce pays dans le cadre des accords d’Abraham négociés par le président Donald Trump. 

Selon deux sources sécuritaires israéliennes, les services de renseignement israéliens ont suivi de près l’escalade des tensions entre Ahmadinejad et le Guide suprême Ali Khamenei, ainsi que de hauts responsables du régime, notamment après son inéligibilité répétée à la présidence. Parallèlement, selon des sources iraniennes, les services de renseignement des Gardiens de la révolution ont commencé à douter de sa loyauté bien avant ses contacts avec les Israéliens, précisément quand il a adressé des messages publics à Trump en 2017 puis au prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane.

Visite au Guatemala

D’après l’enquête, les premiers contacts entre Ahmadinejad et Israël auraient eu lieu lors de sa visite au Guatemala en 2023, où il était invité à participer à une conférence sur l’environnement. Les autorités iraniennes ont tenté de l’empêcher de quitter le pays mais après qu’il se soit barricadé à l’aéroport pendant des heures et ait rendu l’incident public, il a finalement été autorisé à partir.

Selon l’enquête, l’opération a culminé fin février de cette année, au début du conflit israélo-iranien. Ce récit journalistique indique qu’une attaque israélienne a endommagé la résidence d’Ahmadinejad à Téhéran, précisément le bâtiment de sécurité et son véhicule blindé. Peu après, une Peugeot noire est arrivée sur les lieux, Ahmadinejad y est monté et a pris la fuite.

Des sources américaines et iraniennes ont affirmé que la voiture transportait des agents du Mossad qui l’ont conduit vers un lieu secret en Iran. Cependant, selon ces mêmes sources, Ahmadinejad aurait été déçu par l’opération de sauvetage et le plan visant à le réinstaller au pouvoir. Il a ensuite quitté les lieux dans des circonstances mystérieuses.

Suite à cela, il est allégué que les services de renseignement iraniens ont commencé à enquêter sur ses liens avec Israël et ont recueilli de nombreux renseignements sur ses activités. Selon quatre sources iraniennes de haut rang citées dans l’enquête, Ahmadinejad a été retrouvé et il est actuellement assigné à résidence par les services de renseignement des Gardiens de la révolution, après que les autorités ont rassemblé des preuves de ses contacts avec Israël.

Depuis son arrestation, il n’était pas apparu en public jusqu’à la semaine dernière, lorsqu’il a brièvement assisté aux funérailles du Guide suprême Ali Khamenei. Des vidéos de la cérémonie le montrent debout, la tête baissée, entouré de gardes du corps. Les anciens présidents iraniens Hassan Rouhani et Mohammad Khatami n’ont pas assisté aux obsèques. Le Mossad n’a pas répondu aux questions du NYT à ce sujet, de même qu’un porte-parole d’Ahmadinejad.

* Le Livre des Rois ou Shâhnâmeh est une épopée retraçant l’histoire de l’Iran depuis la création du monde jusqu’à l’arrivée de l’Islam.

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