Sahar Mechri à l’African ESG Summit : « La durabilité est devenue un argument de compétitivité »
À Tunis, le 8 octobre 2026, Sahar Mechri, directrice exécutive de Managers, a ouvert la quatrième édition de l’African ESG Summit. Son constat est direct : le risque climatique « s’est conjugué au présent » cet été. Et la preuve environnementale devient désormais un enjeu majeur de compétitivité pour les entreprises.
Après trois éditions consacrées à une menace abordée « au futur », la responsable a affirmé que les acteurs économiques n’ont plus à entendre le risque en conférence : ils l’ont vécu sur le terrain. Rappelant que le sommet vise à outiller les entreprises plutôt qu’à répéter l’existence des périls, elle a souligné que le prix, la qualité et le délai ne suffisent plus. « Il y en a désormais un quatrième, la preuve en est », a-t-elle insisté, en articulant son propos autour de trois axes : la valeur, la donnée et la traçabilité.
Sahar Mechri estime en effet que la durabilité n’est pas « un geste pour la planète que l’on ferait à perte », mais un argument de compétitivité. Elle précise qu’une entreprise capable de prouver son empreinte carbone protège ses parts de marché, accède plus facilement aux financements verts et conserve sa place dans des chaînes de valeur en pleine recomposition. Elle souligne aussi qu’il ne s’agit plus d’une simple exigence européenne, citant la Chine, le Brésil et le Nigeria, qui adoptent à leur tour des normes de reporting de durabilité.
La donnée, « monnaie d’échange »
Pour la responsable, la donnée est devenue une monnaie d’échange dans les chaînes de valeur. Les grands donneurs d’ordre, engagés sur des objectifs climatiques, dépendent directement des chiffres de leurs fournisseurs et de la traçabilité de leurs produits. En Europe, huit entreprises sur dix intègrent déjà des critères ESG dans la sélection de leurs partenaires, faisant de leurs achats le premier levier de réduction des émissions indirectes. Sahar Mechri y voit non une contrainte subie, mais un pouvoir de négociation : le fournisseur qui maîtrise ses données « ne subit plus le cahier des charges », il le discute.
La troisième conviction, qu’elle juge la plus décisive, tient en une formule : « Demain, on ne vous questionnera plus. On vous classera. » S’appuyant sur la directive européenne sur le devoir de vigilance révisée cette année, elle rappelle que les donneurs d’ordre concentreront leurs contrôles là où le risque est le plus probable. Faute de données publiées, « ce sont des moyennes qui parleront à votre place », au détriment des champions sectoriels du textile, du cuir ou de l’agroalimentaire. Si le risque n’est pas maîtrisé, les sanctions sont claires : l’absence de contrats ou la suspension des relations d’affaires. La traçabilité devient ainsi la véritable carte de visite des exportateurs.
Face à ces défis, les travaux de la journée, axés sur la décarbonation, la traçabilité et le financement, entendent apporter des réponses opérationnelles. Loin d’un simple lieu de constat, l’événement vise à faire émerger des solutions concrètes portées par les PME et startups locales, notamment à travers les rencontres B2B et la remise des Sustain’Awards. Revendiquant l’absence de chiffres d’affichage, Sahar Mechri a rappelé que l’édition précédente avait généré 60 transactions issues de 149 rendez-vous qualifiés. Elle a enfin mis en avant la dimension sociale de la valeur, illustrée par le hackathon mené avec STAR Assurances autour du sport comme levier d’inclusion.
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