La Tunisie serait devenue le premier fournisseur d’huile d’olive des États-Unis sur les huit premiers mois de 2026. Selon des données américaines relayées par la presse spécialisée, les exportations tunisiennes auraient atteint 95.321 tonnes entre janvier et août, en hausse de 45,4% sur un an. L’Espagne et l’Italie enregistrent, à l’inverse, un net recul de leurs ventes.
Un changement de hiérarchie sur le marché américain
Le classement des fournisseurs d’huile d’olive des États-Unis connaît un bouleversement. Avec 95.321 tonnes expédiées durant les huit premiers mois de 2026, la Tunisie devancerait désormais l’Espagne, créditée de 90.556 tonnes, et l’Italie, dont les volumes avoisineraient 67.000 tonnes.
Ces chiffres, publiés par le média professionnel italien OlivoNews le 14 octobre, sont attribués au dernier rapport du gouvernement américain et relayés par le média spécialisé espagnol Olimerca. Ils font état d’une progression de 45,4% des volumes tunisiens, tandis que les livraisons espagnoles reculeraient de 22% et les ventes italiennes de 24%.
Sur la période, les importations américaines totales d’huile d’olive auraient diminué de 7%, à 291.542 tonnes. La progression tunisienne intervient donc dans un marché globalement moins dynamique, ce qui renforce la portée de cette évolution commerciale.
Une progression qui dépasse les performances globales
Cette percée sur le marché américain s’inscrit dans une dynamique plus large des exportations tunisiennes. Selon les données de l’Observatoire national de l’agriculture (ONAGRI), les recettes tirées des exportations d’huile d’olive ont atteint 3,77 milliards de dinars durant les huit premiers mois de 2026, contre 2,702 milliards un an auparavant, soit une hausse de 39,5%.
La progression des ventes vers les États-Unis constitue ainsi un indicateur supplémentaire de la présence tunisienne sur les marchés internationaux.
Le défi de la valeur ajoutée
Le rang de premier fournisseur américain représente un résultat commercial notable pour la filière tunisienne. Mais la consolidation de cette position dépendra aussi de la capacité des opérateurs à préserver leurs débouchés, à développer le conditionnement et à mieux valoriser l’huile tunisienne sur les marchés étrangers.
Le classement annoncé reste à rapprocher des données détaillées de l’USDA par pays et catégorie de produit. Il dessine néanmoins une tendance à suivre : la Tunisie gagne du terrain aux États-Unis alors que ses deux principaux concurrents méditerranéens y enregistrent un recul marqué.
Les prix à la consommation aux États-Unis ont fortement augmenté en septembre en raison de la hausse des prix de l’essence, l’inflation annuelle atteignant son niveau le plus élevé depuis le mois de mai.
Aux États-Unis, l’inflation a connu une accélération en septembre qui a dépassé les prévisions des analystes, la hausse du coût de l’énergie étant de plus en plus répercutée sur les autres prix. En particulier, l’indice des prix à la consommation aux États-Unis a atteint un taux annuel de 3,7 % en septembre, contre 3,4 % en août…
L’indice des prix à la consommation structurel, qui exclut les prix volatils des produits alimentaires et de l’énergie afin de saisir les pressions inflationnistes sous-jacentes, a suivi une évolution similaire. L’inflation sous-jacente s’est accélérée à 2,6 % en rythme annuel en septembre, contre 2,4 % le mois précédent, soit une augmentation mensuelle de 0,3 %. Et sur le plan structurel, le rythme a dépassé les prévisions des analystes, qui tablaient sur 2,5 % par an, soit 0,2 % par mois.
La hausse des prix de l’énergie a de nouveau été un facteur clé des pressions inflationnistes. L’indice de l’énergie a bondi de 5,2 % alors que les tensions entre les États-Unis et l’Iran persistent, le conflit qui a débuté fin février ne montrant aucun signe d’apaisement à court terme.
Comme le souligne Bloomberg, le rapport sur l’IPC suggère que l’évolution de l’économie et, surtout, les prix resteront au cœur des préoccupations des électeurs durant la dernière ligne droite de la campagne électorale pour les élections de mi-mandat américaines.
Parallèlement, cela met en lumière les raisons pour lesquelles la Réserve fédérale devrait procéder à de nouvelles hausses de taux d’intérêt dans les prochains mois, même si elle choisit de maintenir sa politique monétaire inchangée lors de sa prochaine réunion, comme c’est le cas actuellement.
Dans les différents éléments du rapport, les prix de l’essence ont bondi de 9,1 % par rapport au mois précédent, représentant environ la moitié de l’augmentation totale de l’IPC global…
Les coûts du logement ont augmenté de 0,4 % au cours du mois et les prix des voitures et camions d’occasion ont augmenté de 0,7 %, ce qui représente leur plus forte hausse depuis octobre 2025.
Après l’annonce de sanctions contre la CPI, les ONG appellent à une réaction mondiale pour soutenir cette institution. Des eurodéputés tentent d’organiser la résistance.
En bref
Les États-Unis ont annoncé des sanctions contre la Cour pénale internationale le 9 octobre.…
Le mercredi 14 octobre 2026 s’est tenu à Hambourg, le premier jour du procès de l’ancien officier Serhii K, qui est accusé du sabotage des gazoducs. Auparavant, en 2022, en France et en Europe, les gouvernements et les médias ont…
Le dollar s’est replié, les investisseurs attendant la publication des chiffres de l’inflation américaine de septembre, susceptibles d’influencer les prochaines décisions de la Réserve fédérale (Fed).
L’indice du dollar, qui mesure la valeur du billet vert face à un panier de grandes devises, a perdu 0,09 %, à 102,09 points, après un recul de 0,35 % mardi. L’euro a progressé de 0,09 %, à 1,1208 dollar. Tandis que le yen s’est apprécié de 0,08 %, à 158,19 yens pour un dollar. La livre sterling quant à elle a gagné 0,15 %, à 1,3272 dollar.
Pour leur part, les marchés attendent l’indice des prix à la consommation (IPC) de septembre, dont la publication est prévue mercredi.
De leur côté, les économistes anticipent une hausse mensuelle de 0,6 %, après une progression de 0,4 % en août.
Sur un an, l’inflation pourrait donc atteindre 3,6 %, contre 3,4 % le mois précédent. Une inflation supérieure aux attentes, notamment dans sa composante sous-jacente, pourrait renforcer les anticipations d’un nouveau relèvement des taux et soutenir le dollar. À l’inverse, des chiffres moins élevés pourraient conforter les investisseurs qui privilégient une pause monétaire.
Les opérateurs suivront également la publication du Livre beige de la Fed, qui rassemble des informations sur la conjoncture économique américaine, ainsi que les interventions de plusieurs responsables de l’institution.
Les anticipations de taux évoluent
Les commentaires récents de responsables de la Fed ont contribué à atténuer les anticipations d’un resserrement immédiat. Ainsi, John Williams, président de la Fed de New York, prévoit encore une hausse des taux cette année. Mais il ne juge pas nécessaire, à ce stade, de nouvelles augmentations en 2027. Le gouverneur Christopher Waller a, de son côté, estimé que les anticipations d’inflation restaient bien ancrées. Par ailleurs, les données de marché citées par Reuters indiquent que les investisseurs évaluent à environ 77 % la probabilité que la Fed maintienne ses taux inchangés lors de sa réunion des 27 et 28 octobre, contre 51 % un mois auparavant. Ils anticipent néanmoins un resserrement cumulé d’environ 75 points de base d’ici à la fin de 2027.
Le contexte international pèse sur les devises
Le repli du dollar intervient également après le recul des cours du pétrole et une réévaluation de l’attrait des actifs américains liés à l’intelligence artificielle. Les tensions géopolitiques au Moyen-Orient continuent toutefois d’alimenter les incertitudes sur l’approvisionnement énergétique et les perspectives d’inflation.
En Europe, l’euro a conservé ses gains malgré les inquiétudes liées aux finances publiques françaises et à la hausse des rendements obligataires. Les déclarations de la présidente de la Banque centrale européenne, Christine Lagarde, ont notamment écarté les attentes d’une intervention spécifique pour soutenir le marché obligataire français, en privilégiant un assainissement budgétaire.
L’évolution des principales devises dépendra désormais largement des données américaines et des indications fournies par la Fed. Un regain de l’inflation pourrait raviver les anticipations de hausse des taux. Tandis qu’un ralentissement plus marqué offrirait au dollar un répit moins certain après sa récente progression.
Une série d’attaques de drones, de missiles balistiques et de missiles de croisière menée par les Houthis yéménites a frappé l’aéroport international roi Khaled de Riyad samedi 10 octobre 2026 faisant 13 morts et 309 blessés. L’aéroport est fermé jusqu’à nouvel ordre, les écoles de la capitale ont basculé en enseignement à distance et plusieurs entreprises du centre d’affaires de Riyad ont mis leur personnel en télétravail. Les attaques n’ont pas épargné le reste du Royaume, l’aéroport de Dammam et des installations énergétiques du géant pétrolier Aramco ont aussi été visés. Ces frappes et leurs conséquences écornent l’image de l’Arabie Saoudite et peuvent compromettre la concrétisation des objectifs de diversification et de modernisation de l’économie saoudienne, priorité du prince héritier Mohammed ben Salmane surtout que pour le moment, aucune issue au conflit ne se profile.
Imed Bahri
Selon l’analyse du magazine britannique The Economist intitulée «L’Arabie saoudite est de plus en plus assiégée», le Royaume dispose de peu d’options face aux attaques meurtrières en provenance du Yémen et semble pris au piège. L’attaque visant l’aéroport international de Riyad était la plus sanglante jamais perpétrée par les Houthis.
Samedi, des témoins oculaires ont rapporté que des missiles avaient touché directement le terminal 3, réservé aux vols intérieurs, provoquant l’effondrement d’une partie de sa toiture. Au moins 13 personnes ont été tuées —saoudiens et résidents étrangers— et 309 autres ont été blessées, certaines se trouvant dans un état critique. L’aéroport reste fermé jusqu’à nouvelle ordre et la date de sa réouverture n’a pas encore été précisée.
Le lendemain, dimanche, les Houthis ont lancé une nouvelle attaque contre le terminal 4 cette fois-ci, provoquant un incendie. Cette attaque, la plus grave subie par le Royaume depuis plus d’une décennie, survient à peine deux semaines avant que le pays n’accueille une importante conférence sur l’investissement. Elle soulève des questions quant aux capacités de défense aérienne saoudiennes et à l’avenir de la guerre au Yémen, un conflit qui s’est récemment ravivé après une trêve de plusieurs années.
The Economist affirme que les Houthis contrôlent toujours la majeure partie du Yémen, malgré la campagne aérienne menée par l’Arabie saoudite en 2015 visant à les évincer du pouvoir. Si le cessez-le-feu de 2022 a gelé les lignes de front, la guerre plus large dans le Golfe, déclenchée par les États-Unis et Israël en février, a rendu cette trêve manifestement intenable. À l’approche de l’été, les deux camps se préparaient à reprendre les combats.
Le mois dernier, les Houthis ont lancé une offensive leur permettant de prendre rapidement le contrôle d’une grande partie de la côte sud-ouest du Yémen, y compris la ville portuaire de Mokha.
Les Saoudiens et leurs alliés yéménites (forces armées dépendant du gouvernement internationalement reconnu) ont entamé une contre-offensive ce mois-ci mais leur progression a été lente. S’ils ont reconquis une bande côtière, ils semblent marquer le pas aux abords de la localité de Dhubab, située à 40 kilomètres au sud de Mokha.
Comme c’est souvent le cas au Yémen, les campagnes militaires démarrent avec vigueur mais s’enlisent rapidement dans une impasse.
Parallèlement, les Houthis continuent de tenter d’encercler Taëz, la troisième plus grande ville du Yémen et bastion de la résistance anti-houthie. Ils ont également repris leurs attaques de missiles et de drones contre les infrastructures saoudiennes, notamment les raffineries de pétrole et les bases militaires.
Les Houthis ont fait des aéroports une cible privilégiée, avertissant les voyageurs d’éviter l’espace aérien saoudien. Au cours des trois dernières semaines, ils ont multiplié les attaques d’envergure croissante contre l’aéroport de Riyad. Une attaque au missile, survenue le 8 octobre, a fait trois morts —dont un pilote— et a entraîné la destruction d’un avion appartenant à une compagnie aérienne saoudienne publique. Si les compagnies aériennes étrangères ont annulé des centaines de vols, les autorités saoudiennes ont maintenu l’aéroport ouvert jusqu’à l’attaque sanglante de samedi dernier.
The Economist souligne que l’incapacité des Saoudiens à intercepter les missiles reste inexpliquée alors même qu’ils disposent de systèmes de défense aérienne sophistiqués, notamment des batteries Thaad et Patriot de fabrication américaine.
Toutefois, comme c’est le cas dans de nombreux pays de la région, ils s’inquiètent de l’épuisement de leurs stocks de missiles intercepteurs après près de huit mois de guerre.
Quelques heures avant la dernière attaque, les organisateurs de la conférence annuelle Future Investment Initiative (Initiative pour l’investissement futur), prévue le 26 octobre, ont déclaré qu’ils comptaient toujours maintenir l’événement. Cet événement annuel, organisé par le prince héritier et surnommé le «Davos du désert», attire généralement l’élite du monde de la finance et des affaires, son annulation serait donc source d’embarras.
Cependant, on ignore combien de dirigeants d’entreprises souhaiteront y assister, ni même comment ils rejoindront le Royaume. Les déplacements aériens vers d’autres villes pourraient ne pas être une option envisageable, les Houthis ayant également pris pour cible l’aéroport de Dammam, situé à quatre heures de route à l’est de la capitale, Riyad.
Le gouvernement saoudien confronté à une guerre prolongée
Les Houthis dirigent de main de fer les zones sous leur contrôle. Ils financent leur machine de guerre grâce à des taxes et des redevances exorbitantes qui pèsent lourdement sur une population déjà épuisée. Si une décennie de guerre a appauvri le Yémen, ils restent prêts et capables de poursuivre le combat.
Dans ce contexte, le gouvernement saoudien est confronté à une guerre prolongée, marquée par des attaques répétées contre les aéroports et les infrastructures énergétiques, ce qui compromet ses plans de diversification économique et sape la concrétisation de la vision 2030 de Mohammed ben Salmane.
Pour autant, des analystes politiques sur les réseaux sociaux saoudiens insistent sur le fait que le pays se battra jusqu’à remporter une victoire décisive sur les Houthis. Les sources de The Economist ayant récemment rencontré les dirigeants du Royaume affirment que le prince héritier est déterminé à reconquérir les territoires perdus au profit des Houthis le mois dernier. Un responsable occidental a déclaré : «Je ne sais pas s’ils ont des objectifs clairs au-delà de cela».
L’Arabie saoudite a obtenu un certain soutien international ce mois-ci en activant des accords de défense commune signés en août avec le Pakistan et la Turquie. Le Pakistan a déployé des milliers de soldats en Arabie saoudite, bien qu’il affirme ne pas vouloir participer à la guerre au Yémen. Le Royaume-Uni a envoyé un avion ravitailleur en vol et la France a promis d’envoyer des troupes pour protéger un important terminal pétrolier sur la mer Rouge. Donald Trump a rejeté à plusieurs reprises les demandes du prince Mohammed ben Salmane de mener des frappes aériennes américaines mais le président américain a laissé entendre qu’il pourrait reconsidérer la question après l’attaque de samedi contre l’aéroport de Riyad. Néanmoins, aucune de ces mesures ne s’avérera décisive face aux Houthis.
L’autre option consiste à conclure un accord mais les Houthis en exigeront un prix élevé. Ils s’attendront à des gains économiques, à la levée du blocus saoudien sur l’espace aérien yéménite et à d’autres concessions. Cela créerait un précédent dangereux : les Houthis comprendraient que les attaques contre les infrastructures civiles constituent une forme efficace de chantage.
Après plus d’une décennie de guerre, les Saoudiens ne disposent clairement plus de bonnes options et il n’y a pas de voie de sortie à l’horizon, du moins pour l’instant.
Présent à la Maison-Blanche à l’occasion du Columbus Day, l’homme d’affaires tunisien Kamel Ghribi évolue au croisement de la santé, des investissements et de la coopération internationale. À la tête de GKSD Investment Holding et vice-président du groupe hospitalier italien San Donato, il a déjà porté des initiatives concrètes avec la Tunisie. Reste à savoir si cette présence internationale peut déboucher sur de nouveaux projets dans son pays d’origine.
La participation de Kamel Ghribi à la célébration du Columbus Day organisée à la Maison-Blanche par Donald Trump, le 10 octobre 2026, s’inscrit dans un parcours construit entre l’Europe, l’Afrique et le Moyen-Orient. À cette occasion, l’entrepreneur a plaidé pour le renforcement des relations entre l’Italie et les États-Unis, citant notamment les possibilités de coopération dans la santé, les infrastructures, l’innovation et l’investissement.
Au-delà de cette déclaration, son profil présente un intérêt économique plus concret pour la Tunisie. Président de GKSD Investment Holding et vice-président du groupe San Donato, il intervient dans des secteurs où les besoins tunisiens restent importants, notamment les infrastructures sanitaires, la formation médicale et le développement des compétences.
La santé, principal trait d’union avec la Tunisie
L’une des initiatives les plus tangibles remonte à mars 2023. Le groupe San Donato avait alors accueilli en Italie les premières infirmières tunisiennes d’un contingent de 76 professionnelles recrutées dans le cadre d’une coopération impliquant les autorités italiennes. Kamel Ghribi, qui avait soutenu le projet, avait présenté cette démarche comme un moyen de favoriser la formation sanitaire et la mobilité professionnelle légale.
Cette initiative illustre une forme de coopération qui dépasse les déclarations d’intention : elle associe les besoins de recrutement des établissements italiens aux compétences disponibles en Tunisie. Elle pose également la question des bénéfices à long terme pour le pays d’origine, notamment en matière de formation, de circulation des compétences et de partenariats entre établissements.
En janvier 2024, Ghribi avait par ailleurs exprimé publiquement son attachement à la Tunisie et sa volonté de contribuer à son développement, en insistant sur le rôle des compétences tunisiennes et des partenaires internationaux.
Des ambitions à distinguer des investissements réalisés
Le groupe GKSD développe des projets internationaux dans la santé et les infrastructures. Ses activités récentes comprennent notamment des initiatives hospitalières en Irak et en Égypte, ainsi que des opérations dans d’autres marchés. Cette implantation internationale témoigne de sa capacité à mobiliser des partenaires et des compétences dans plusieurs régions.
Pour autant, les projets menés à l’étranger ne constituent pas la preuve d’un investissement imminent en Tunisie.
Ah, cette intelligence artificielle ou IA ! Ces deux lettres si galvaudées ! Que de bouleversements elle impose et que d’efforts elle exige pour ne pas se laisser dévorer par ceux qui en détiennent les clés.
Raouf Laroussi *
Tout le monde est expert en IA ! Tout le monde, ou presque, adopte une posture sérieuse pour parler d’IA ! IA, IA, IA… combien de fois entend-on ces deux lettres prononcées ou écrites dans un sens ou dans l’autre ! Parfois même, pour sacrifier aux anglicismes, cet acronyme est prononcé à l’anglaise («Aïe-Eh»)… Ah, que c’est douloureux !
Et voilà que tout le monde s’improvise expert. Si certains vantent ses bienfaits, d’autres appellent à la méfiance. Certains poussent même la phobie jusqu’à affirmer que cette technologie pourrait conduire à l’extinction de l’humanité ! Jamais une avancée technologique n’a suscité autant d’émoi et de curiosité.
Mais moi, je n’aime pas l’IA !
Comment aimer ces textes qui se déroulent sans la moindre faute d’orthographe, de conjugaison ou de grammaire ? Ces textes au rythme si froidement calculé, dénués d’âme. L’imperfection n’est-elle pas, au fond, une part indéniable du charme humain ? Certes, l’IA génère de belles images et des vidéos superbes à une vitesse fulgurante. Mais ces productions ne sont-elles pas souvent conçues pour tromper ou désinformer ? Il devient difficile de distinguer le vrai du faux, avec tous les dégâts qui en résultent !
Et puis, l’IA s’en prend aux mathématiques, la discipline même qui lui a donné vie ! La voilà devenue concurrente, s’attaquant à des questions ouvertes et parvenant parfois à y apporter des réponses. Mais mesure-t-on les conséquences d’un relâchement de l’esprit mathématique, jadis fondé sur l’effort, l’élaboration de méthodes et la rigueur du raisonnement ? Car l’essence des mathématiques ne se résume pas à résoudre des problèmes, mais bien à concevoir des méthodes pour y parvenir.
Il est vrai qu’une application capable de dialoguer avec un humain dans son propre langage, et de répondre à ses questions en quelques secondes, tient du miracle. Il est fascinant de voir des modèles analyser des images ou des documents avec une acuité dépassant souvent celle des meilleurs experts. Mieux encore, des robots propulsés par l’apprentissage automatique (Machine Learning) ou profond (Deep Learning) accomplissent des tâches à notre place. Alors, oui, l’IA a de quoi séduire.
Toutefois, cette déferlante qui bouleverse toutes les activités humaines reste mal encadrée à bien des égards : sécuritaire, éthique, légal, etc. Un effort colossal reste à fournir pour en tirer le meilleur parti tout en circonscrivant ses effets pervers. Alors oui : je n’aime pas l’IA… du moins tant qu’elle n’est pas entièrement domestiquée !
D’autre part, bien que la production basée sur l’IA se répande à un rythme effréné dans tous les domaines, le cœur de cette technologie — qu’il s’agisse du matériel (hardware), des données (data), de la conception des modèles ou des ressources énergétiques — se concentre dangereusement autour de deux pôles : les géants américains et la puissante Chine, qui se disputent le leadership mondial. S’il n’y prend garde, le reste du monde risque de devenir l’otage technologique de ces deux superpuissances. Et dans cette prise d’otages, tout est en jeu : la performance économique, la santé, l’éducation, la défense et, surtout, la souveraineté.
Voilà un autre facteur qui doit éveiller notre méfiance à l’égard de l’IA et nous pousser à l’action pour ne pas en être les victimes. C’est d’ailleurs une autre raison pour laquelle je n’aime pas l’IA : sa gouvernance n’est pas équitablement partagée.
Je n’aime pas l’IA ? En réalité, aimer ou ne pas aimer n’est pas la bonne question !
L’IA est là, tout comme les avancées technologiques qui l’ont précédée. Face à une telle révolution, la meilleure résolution est de l’adopter au plus vite. Plus que l’adopter, nous devons en acquérir une maîtrise totale. Ce choix s’impose à tous les niveaux : aux individus en tant qu’usagers, aux entreprises en tant qu’utilisateurs avertis et producteurs de modèles adaptés, et aux pouvoirs publics pour élaborer une stratégie nationale et des partenariats garantissant une souveraineté technologique.
Justifions ce verdict quelque peu tranchant.
Prenez le cas d’un parent. Peut-il faire l’impasse sur l’intrusion de l’IA ? Comment vérifier, dès lors, si ses enfants ont réellement fourni un effort pour leurs devoirs ou s’ils se sont contentés de solliciter une IA ? De même pour l’enseignant, qui doit redoubler de vigilance face à l’usage abusif de ces outils. À l’inverse, tout individu peut chercher à en tirer profit pour optimiser ses tâches quotidiennes.
Les exemples foisonnent. La médecine est également bouleversée : l’IA permet d’interpréter des radioscopies avec une précision surpassant parfois celle des meilleurs praticiens. Pourquoi un radiologue se priverait-il de cette assistance, sachant qu’il lui revient toujours de poser le diagnostic final ?
En contrepartie, cette avancée confronte le médecin à de nouveaux défis : les patients arrivent souvent informés, connaissant a priori leur pathologie et les traitements potentiels. C’est au médecin d’offrir ce qu’aucune machine ne peut procurer : l’empathie et la prise en compte du contexte personnel et humain du patient.
Pour l’entreprise, l’introduction de l’IA entraîne des mutations profondes. Dès lors qu’elle permet d’améliorer la productivité et de réduire les coûts de production, son usage devient impératif dans un environnement concurrentiel. L’innovation technologique n’est pas un luxe ni une mode ; son adoption est souvent une condition de survie.
Enfin, à l’échelle d’une nation, il est crucial que les autorités prennent la mesure de cet enjeu. Une stratégie nationale s’impose : élaboration d’une feuille de route, identification des acteurs clés, et mobilisation des ressources humaines et financières pour des projets d’envergure. Une structure de gouvernance dotée de larges prérogatives doit voir le jour. Il est évident qu’une IA pleinement souveraine est difficilement réalisable par un pays de taille modeste seul ; des partenariats régionaux sont indispensables pour espérer concurrencer les modèles dominants.
Ah, cette IA ! Ces deux lettres si galvaudées ! Que de bouleversements elle impose et que d’efforts elle exige pour ne pas se laisser dévorer par ceux qui en détiennent les clés.
Alors, définitivement… Aimer ou ne pas aimer n’est pas la bonne question !
Donald Trump a annoncé vendredi 9 octobre 2026 qu’après une discussion très fructueuse avec son homologue russe, Vladimir Poutine s’était engagé à fournir plusieurs millions de tonnes de diesel pour le marché américain et mondial, sur plusieurs mois. L’accord prévoit la fourniture immédiate de 300 000 tonnes de diesel au marché américain et mondial, 500 000 tonnes de plus en novembre et 1 000.000 de tonnes immédiatement après.
Habib Glenza, à Lödz.
«Selon l’état de ses raffineries, la Russie va livrer rapidement 3 000 000 tonnes de diesel», a écrit l président américain sur son réseau Truth Social.
«Les prix du diesel pour les Américains et pour le monde vont baisser rapidement dans des proportions record ! Des prix plus bas pour les Américains et surtout nos formidables paysans, éleveurs et transporteurs routiers, c’est ma plus grande priorité», a ajouté Trump.
Le président américain sait que le prix élevé des carburants est une cause majeure du mécontentement des électeurs avant des législatives très importantes le 3 novembre aux États-Unis, et le Parti républicain, handicapé par le bilan économique mitigé de Trump, redoute de perdre le contrôle du Congrès lors de ces élections.
Les Etats-Unis n’ont pas d’amis mais des intérêts
L’homme d’État britannique Lord Palmerston avait dit à la Chambre des Communes en 1848 : «Nous n’avons pas d’alliés éternels, ni d’ennemi perpétuel. Seuls nos intérêts sont éternels et perpétuels». Le Général de Gaulle l’a paraphrasé en déclarant, dans les années soixante du siècle dernier, que «les États n’ont pas d’amis, ils n’ont que des intérêts». Et il avait raison dans la mesure où c’étaient les Etats-Unis qui avaient demandé aux pays européens de boycotter les hydrocarbures russes au lendemain de l’intervention militaire russe en Ukraine le 24 février 2022. Aujourd’hui, c’est le président américain qui demande aux Européens et aux Américains d’acheter le diesel russe, pour faire baisser les prix.
La Russie étant frappée de sanctions sur ses exportations d’hydrocarbures, le ministère des Finances américain a, dans la foulée, précisé avoir donné une autorisation provisoire pour cette mise sur le marché. Le président ukrainien Volodymyr Zelensky, lui, a dénoncé une décision indigne et faible. «Vous savez, cela ressemble à un beau cadeau d’anniversaire pour Poutine. C’est absolument horrible», a déclaré le président ukrainien au média américain Axios, faisant allusion au 74e anniversaire du président russe. «Cela ne fait que renforcer la position de Poutine et lui donne la possibilité de mener une guerre encore plus intense», a-t-il aussi déclaré à la presse, regrettant que l’équipe ukrainienne en déplacement en Floride ait «simplement servi de façade» pour cet accord avec Moscou.
L’annonce de Trump coïncide avec la reprise des discussions en Floride entre Américains et Ukrainiens vendredi et samedi, auxquelles les Européens ont été conviés, sur une résolution du conflit avec la Russie.
«Les discussions à Miami sont constructives», déclare Witkoff
A Miami, la délégation ukrainienne a rencontré Steve Witkoff, l’émissaire spécial de Trump, et Jared Kushner, le gendre du président américain qui agit en qualité de médiateur informel, en présence de représentants européens. Witkoff a évoqué sur X des «discussions constructives».
Les échanges ont notamment porté sur «des mesures à court terme liées à la préparation à l’hiver (résilience énergétique, exportations de céréales), des garanties de sécurité, ainsi que des dispositifs à plus long terme pour la sécurité de l’Ukraine et de l’Europe», a précisé l’émissaire.
Depuis mercredi, des attaques russes ont fait environ 60 morts en Ukraine, dont au moins 30 jeudi dans une frappe qui a touché deux bus à Kramatorsk, dans l’une des attaques les plus meurtrières des dernières semaines.
Les récents bombardements russes ont aussi causé des dommages considérables au réseau électrique ukrainien, a déploré vendredi le président ukrainien. Kiev redoute la répétition du scénario de l’hiver dernier, lorsque la Russie avait pilonné les installations énergétiques du pays, plongeant des millions de foyers dans le froid et l’obscurité.
En effet, «les habitants de Kiev et d’autres grandes villes pourraient être plongés dans l’obscurité et affronter un froid extrême cet hiver si ces attaques ne cessent pas immédiatement», a-t-il prévenu.
C’est là, on l’a compris, le dernier souci de Trump, qui n’a qu’une seule idée en tête : se rapprocher de la Russie pour la neutraliser en perspective d’une confrontation à venir avec la Chine qu’il sait inévitable. Quant à l’Ukraine, et avec elle la stupide Europe, elles iront en enfer !
Le président américain, Donald Trump, a affirmé que les États-Unis n’attaqueraient pas l’Iran avant les élections de mi-mandat du 3 novembre, invoquant des discussions « productives » avec Téhéran en vue de mettre fin à la guerre…
« Nous n’attaquerons pas l’Iran à quelque moment que ce soit avant les élections de mi-mandat », a déclaré jeudi 8 octobre Trump dans un message publié sur son réseau Truth Social. Sachant que Washington avait laissé entrevoir la possibilité de nouvelles frappes, des préparatifs militaires américains dans la région étaient même en cours.
A cet égard, Washington et Téhéran ont échangé plusieurs propositions destinées à mettre fin aux hostilités et à rétablir la circulation dans le détroit d’Ormuz. Les discussions restent cependant difficiles, notamment en raison des désaccords persistants sur les conditions de réouverture de cette voie maritime et sur le programme nucléaire iranien.
Ainsi, Trump avait rejeté une proposition iranienne antérieure concernant le détroit d’Ormuz. Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghtchi, a indiqué jeudi que Téhéran avait reçu une réponse américaine à son propre plan et préparait une nouvelle réaction. Les échanges passent notamment par des intermédiaires.
Dans ce contexte, le dossier nucléaire demeure un obstacle central. L’Iran refuse d’abandonner l’enrichissement de l’uranium ou de remettre ses stocks. Tandis que Washington exige des concessions substantielles en la manière. Les États-Unis et leurs alliés accusent depuis longtemps Téhéran de chercher à se doter de l’arme nucléaire. Ce que les autorités iraniennes contestent.
Le pétrole reste au centre des enjeux
Pour les marchés, la déclaration de Trump réduit temporairement le risque d’une nouvelle escalade immédiate, mais ne dissipe pas les incertitudes liées aux approvisionnements énergétiques. La sécurité du détroit d’Ormuz reste déterminante pour le transport du brut et des produits pétroliers.
Les cours ont récemment été soutenus par la combinaison des tensions au Moyen-Orient et des perturbations de production liées à la tempête tropicale Isaias dans le golfe du Mexique. Jeudi, le Brent a clôturé à 104,28 dollars le baril. Tandis que le WTI américain s’établissait à 91,49 dollars, malgré un repli partiel après l’annonce de Trump.
Business, zones d’ombre, mélange des genres et conflits d’intérêts sont devenus la marque de fabrique de la gestion des grands dossiers internationaux par l’administration Trump.
Imed Bahri
Les négociations américano-russes visant à mettre fin à la guerre en Ukraine ne se limitent plus aux modalités d’un cessez-le-feu et au sort des territoires disputés, elles englobent désormais un accord énergétique se chiffrant en milliards de dollars dans lequel les intérêts géopolitiques s’entremêlent aux relations commerciales de la famille de Donald Trump et de ses proches. Les actifs internationaux de l’entreprise pétrolière russe Lukoil sont au cœur des négociations.
Une enquête du New York Times a révélé que les efforts de Washington et de Moscou pour parvenir à un règlement politique sont désormais liés au sort des actifs internationaux du géant pétrolier russe. Cet accord implique des investisseurs entretenant des liens politiques ou commerciaux avec la famille du président américain ainsi qu’avec ses émissaires Steve Witkoff et Jared Kushner.
Les actifs internationaux de Lukoil font saliver les Américains
L’enquête intitulé «Les pourparlers américano-russes sur l’Ukraine incluent désormais un accord pétrolier lié aux alliés de Trump» met en lumière des détails controversés indiquant que les négociations de paix sur l’Ukraine se sont élargies pour inclure un accord de plusieurs milliards de dollars portant sur l’acquisition d’un vaste portefeuille d’actifs internationaux de Lukoil, l’une des plus grandes compagnies énergétiques russes.
Ces actifs comprennent des champs pétroliers, des raffineries et des stations-service répartis dans diverses régions du monde, notamment des gisements au Cameroun, des raffineries en Europe et des stations-service dans l’État américain du New Jersey.
La société avait évalué ses actifs internationaux à environ 20 milliards de dollars plus tôt dans l’année, bien que la valeur finale de la transaction envisagée et sa structure financière ne soient pas encore précisées.
Le moment choisi pour cette opération revêt une importance particulière. L’administration Trump avait imposé des sanctions à Lukoil il y a environ un an, dans le cadre des pressions exercées sur Vladimir Poutine pour mettre fin à la guerre. Toutefois, ces mêmes sanctions ont incité l’entreprise à céder ses actifs à l’étranger, créant ainsi une opportunité d’investissement majeure pour les acheteurs en mesure d’obtenir l’aval de Washington.
Le paradoxe réside dans le fait que les sanctions, utilisées initialement pour punir Moscou, sont devenues un élément d’un mécanisme susceptible de libérer des actifs russes des restrictions américaines, augmentant ainsi considérablement leur valeur d’investissement. Ces sanctions confèrent également à Washington une influence décisive sur le processus de vente, car la conclusion de toute transaction nécessite son feu vert pour lever les restrictions pesant sur les actifs concernés.
Selon l’enquête, le président russe a évoqué cette transaction lors de sa rencontre avec Wittkoff et Kushner au Kremlin, le 5 septembre dernier, la présentant comme un moyen de démontrer que les relations commerciales avec les États-Unis demeurent possibles. Les deux émissaires américains ont répondu qu’ils œuvreraient à faire avancer le projet, d’après des personnes informées de la teneur de la réunion et citées par le journal américain sous couvert d’anonymat.
De leur côté, Wittkoff et Kushner voient dans cette opération une opportunité de renforcer la confiance avec le Kremlin et de contribuer à la baisse des prix mondiaux de l’énergie, d’autant que l’aval du gouvernement américain entraînerait la levée des sanctions sur ces actifs et une augmentation immédiate de leur valeur.
Bien que les responsables de l’administration assurent que les émissaires du président n’ont aucun intérêt financier direct, la liste des investisseurs est dominée par des personnalités étroitement liées au premier cercle de Trump.
Le NYT signale que l’un des principaux acteurs de cette liste est un groupe d’investissement dirigé par le milliardaire américain Todd Boehly, copropriétaire de l’équipe des Dodgers de Los Angeles et l’un des grands donateurs qui soutiennent soutenues Trump. Il a fait un don d’un million de dollars au comité «Maga Inc.», qui soutient le président, en décembre 2025 et a également versé un million de dollars supplémentaires par l’intermédiaire de sa société d’investissement Eldridge Industries pour la cérémonie d’investiture de Trump.
Toutefois, l’enquête souligne l’absence de preuve indiquant que Kushner ou Witkoff détiennent une participation financière directe dans l’accord avec Lukoil ou qu’ils en tireraient un profit personnel. Néanmoins, des partenaires commerciaux de la famille Trump et de ses émissaires bénéficieraient financièrement de la conclusion de cet accord, compte tenu des liens d’investissement existants qui les unissent.
Dans ce contexte, le NYT a cité Hui Chen, ancienne procureure fédérale et experte en éthique gouvernementale, qualifiant ces enchevêtrements d’effarants et extrêmement préoccupants. Elle a affirmé que cette situation soulève des questions majeures quant à la manière dont l’administration américaine évalue les candidats aux appels d’offres et à l’influence que les intérêts personnels pourraient exercer sur l’issue du processus.
En revanche, la porte-parole de Witkoff a défendu le rôle de ce dernier, soulignant qu’il œuvre bénévolement et sans rémunération pour instaurer la paix et obtenir la libération des otages et qu’il ne présente aucun conflit d’intérêts ni participation financière dans ce dossier.
La Maison-Blanche au cœur du processus de décision
L’accord dépassant le cadre d’un simple investissement commercial, sa conclusion nécessite l’aval conjoint du gouvernement américain et du Kremlin. Si l’approbation du département du Trésor américain est indispensable pour alléger les restrictions liées aux sanctions, des observateurs avertis estiment que la décision finale se joue désormais à la Maison-Blanche.
Une porte-parole du Trésor résume cette dynamique en expliquant que le Bureau de contrôle des actifs étrangers (Office of Foreign Assets Control dit l’OFAC) met en œuvre la politique étrangère définie par la Maison-Blanche.
À Moscou, Poutine est considéré comme le décideur ultime, bien que Lukoil soit juridiquement une entreprise privée. Le NYT souligne ainsi que l’accord est tributaire d’une entente politique entre les présidents américain et russe plutôt que de relever d’une simple transaction entre vendeur et acheteur.
Washington affirme que l’implication de la Société de financement du développement international des États-Unis (DFC*) dans l’opération renforcerait la sécurité économique des États-Unis, soutiendrait la politique étrangère et réduirait les prix de l’énergie pour les consommateurs. Un responsable de l’institution a par ailleurs indiqué que cette participation pourrait également consolider la sécurité énergétique des alliés américains.
Un responsable de l’administration Trump a également précisé que Witkoff et Kushner avaient directement participé à la négociation des conditions financières de l’investissement public américain afin de garantir aux États-Unis un versement initial substantiel ainsi qu’une part des bénéfices.
Toutefois, toujours selon l’enquête du NYT, ces arguments se heurtent à la réalité du dossier. Il ne s’agit pas d’une acquisition purement américaine, il y aussi des investisseurs étrangers notamment du Moyen-Orient et donc des profits vont être logiquement générés par ces investisseurs.
Il y a également un autre problème à savoir une offre antérieure de la société américaine de capital-investissement Carlyle. Celle-ci avait conclu, en janvier dernier, un accord de principe pour le rachat d’une part importante des actifs, ce qui aurait permis une détention américaine intégrale des actifs. Le NYT rapporte que l’offre de Carlyle est toujours en attente d’approbation alors que le groupe de Todd Boehly, l’ami de Trump, a émergé comme un concurrent majeur. Si l’enquête ne démontre pas que ce sont des liens politiques et commerciaux qui ont propulsé l’offre de Boehly au premier plan, elle soulève néanmoins des questions quant aux critères de sélection entre les différentes offres, en particulier compte tenu du pouvoir décisif dont dispose la Maison-Blanche pour les approuver ou les bloquer.
*La DFC (U.S. International Development Finance Corporation) est l’institution fédérale américaine de financement du développement, créée en 2019 pour mobiliser des capitaux privés au service de la politique étrangère et de la sécurité économique des États-Unis.
L’armée américaine prévoit de diffuser en direct l’exécution de Nidal Hasan, condamné à mort pour la tuerie de Fort Hood, qui avait fait 13 morts en 2009 au Texas. Le ministre américain de la Défense, Pete Hegseth, a annoncé que le public pourrait assister à cette mise à mort par peloton d’exécution, prévue le 3 décembre 2026. Cette décision marque une nouvelle étape dans la volonté affichée par l’administration Trump de durcir le discours sur la justice militaire et la sanction des attaques contre les forces armées.
Le responsable du Pentagone a confirmé jeudi 8 octobre que l’exécution serait diffusée en direct, sans toutefois préciser les modalités de cette retransmission. Dans une vidéo publiée sur X par des comptes officiels affiliés au ministère de la Défense, Pete Hegseth a affirmé que Nidal Hasan serait « fusillé par des soldats », ajoutant que le public pourrait assister à l’exécution.
« Les gens doivent comprendre que ce genre d’actes entraîne de graves conséquences », a déclaré le ministre lors d’un entretien avec l’influenceur d’extrême droite Jack Posobiec, enregistré à bord du porte-avions USS Abraham Lincoln. Interrogé sur une éventuelle dernière volonté du condamné, Pete Hegseth a répondu qu’il s’en fichait, renvoyant à la date prévue pour l’exécution.
Une tuerie qui avait traumatisé l’armée américaine
Le 5 novembre 2009, Nidal Hasan, psychiatre militaire américain d’origine palestinienne avait ouvert le feu dans un centre médical de la base de Fort Hood, au Texas. Le bilan s’était élevé à 13 morts, dont 12 militaires, et à plusieurs dizaines de blessés.
L’attaque avait été motivée, selon les éléments présentés au procès, par son opposition à la participation des soldats américains aux guerres en Afghanistan et en Irak. Les autorités l’avaient également associé à l’idéologie jihadiste d’Al-Qaïda. Blessé à la colonne vertébrale pendant la fusillade, Hasan est depuis paralysé et se déplace en fauteuil roulant.
En août 2013, il avait été reconnu coupable et condamné à mort par une cour martiale. Le Pentagone a indiqué en début de semaine que Donald Trump avait approuvé son exécution, prévue le 3 décembre. Si elle est menée comme annoncé, cette mise à mort constituera un événement exceptionnel dans l’histoire militaire américaine.
Un précédent inédit depuis des décennies
Le recours au peloton d’exécution et la volonté de rendre la mise à mort accessible au public distinguent cette affaire des pratiques contemporaines de la justice pénale américaine. Selon Pete Hegseth, il s’agirait de la première exécution militaire par peloton d’exécution depuis celle d’Eddie Slovik, fusillé en 1945 pendant la Seconde Guerre mondiale pour désertion.
La dernière exécution d’un militaire par les autorités américaines remonterait toutefois à 1961, avec la pendaison de John Bennett, condamné pour viol et tentative de meurtre. Le Death Penalty Information Center recense 135 soldats exécutés par l’armée américaine depuis 1916.
La décision soulève également la question de la place de la peine capitale dans les institutions militaires et de la mise en scène publique de la sanction. Selon Amnesty International, au moins 17 exécutions publiques auraient eu lieu dans le monde en 2025, dont six en Afghanistan et onze en Iran.
La retransmission annoncée par le Pentagone constituerait ainsi un cas particulièrement rare aux États-Unis, où les exécutions ne sont généralement pas diffusées publiquement. Les modalités précises de la diffusion et les conditions d’accès du public n’ont pas encore été détaillées.
Face à la vague de blocages dans les établissements scolaires en France et à la sévérité du maintien de l’ordre, la crise des lycées a franchi les frontières pour devenir le théâtre d’une bataille d’influence entre Washington et Téhéran. Cette tribune analyse comment cette agitation géopolitique et l’instrumentalisation du débat identitaire servent de diversion pour masquer le malaise social, l’austérité budgétaire et le renoncement aux exigences de l’exemplarité républicaine.
Dr Abderrahmane Cherfouh *
À Paris, la crise des lycées a largement dépassé le cadre des salles de classe. Elle sert désormais de prétexte à des batailles d’influence étatiques.
Donald Trump a d’abord associé les blocages d’établissements à l’immigration de masse et à un prétendu péril religieux. Dans la foulée, le gouvernement iranien s’est engouffré dans la brèche : Téhéran a convoqué l’ambassadeur de France pour dénoncer la «répression» de manifestations présentées comme pacifiques. Le Quai d’Orsay a répliqué du tac au tac en convoquant l’ambassadeur d’Iran pour dénoncer une manœuvre de désinformation.
Cette diplomatie du muscle masque l’essentiel : pendant que les chancelleries s’écharpent, la parole des lycéens français et leurs revendications concrètes passent à la trappe.
Indignation à géométrie variable
Face à ces ingérences, une question s’impose : la France applique-t-elle les mêmes règles à tout le monde ?
Certes, accuser Téhéran de brimer sa propre population relève d’une réalité documentée. Mais le bilan dramatique des derniers jours est néanmoins établi : selon le ministre de l’Éducation nationale, 215 élèves et 88 personnels de l’Éducation nationale ont été blessés depuis le début de la mobilisation. À Tours, un lycéen de 16 ans a perdu l’usage d’un œil après une blessure dont les lésions ont été jugées compatibles avec un tir de LBD. À Lens, un adolescent de 15 ans a perdu une main après l’explosion d’une grenade lors d’un rassemblement ; les circonstances exactes de l’incident font l’objet d’une enquête de l’IGPN. Face à cette succession de blessures graves, le ministre de l’Intérieur a annoncé le 7 octobre la suspension des grenades assourdissantes dans le cadre du mouvement lycéen, le temps de faire la lumière sur l’affaire de Lens. Ces faits posent avec une acuité nouvelle la question de la proportionnalité des moyens employés pour maintenir l’ordre face à des manifestants, dont une partie est mineure.
L’autre hypocrisie réside dans le monopole de l’ingérence. Paris et Washington s’arrogent depuis des décennies le droit de dicter la politique intérieure des États souverains, qu’il s’agisse de décréter la légitimité d’un pouvoir au Venezuela ou de redessiner la carte du Moyen-Orient. Pourtant, lorsque la diplomatie iranienne utilise les mêmes leviers pour pointer du doigt les dérives policières occidentales, le Quai d’Orsay crie immédiatement au complot et à la manipulation. L’ingérence serait-elle un privilège exclusivement réservé à l’Occident ?
Diversion sociale et épouvantail identitaire
Ce vacarme géopolitique offre surtout une échappatoire commode à un pouvoir aux abois. Donald Trump l’inévitable a choisi de jeter de l’huile sur le feu en agitant l’épouvantail identitaire, prétendant fallacieusement que l’Islam cherchait à s’emparer du pays. Si Paris feint de s’en offusquer publiquement, cette surenchère sert en réalité de paravent idéal : il est tellement plus facile pour le gouvernement et ses relais médiatiques de saturer l’espace avec des paniques culturelles plutôt que de répondre au réel.
Dans ce climat d’ostracisme, les populations issues de l’immigration risquent de devenir les premières victimes d’un débat toxique, alors même que l’urgence républicaine exige un travail d’intégration, d’égalité et de respect mutuel.
Sur le terrain, les lycéens ne parlent pourtant ni de choc des civilisations ni de religion. Ils protestent contre l’insalubrité des classes, le manque criant de professeurs, la dégradation des locaux et l’austérité budgétaire qui mutile leur avenir. En focalisant l’attention sur les déclarations de Trump ou les communiqués de Téhéran, le pouvoir opère une diversion cynique pour criminaliser le mouvement social et s’exonérer de ses propres responsabilités économiques.
Respecter les principes républicains
La France n’a pas à choisir entre la panique identitaire de Donald Trump et la surenchère opportuniste de Téhéran. La République possède ses propres repères : la laïcité, l’égalité, la liberté d’expression et le droit de manifester dans le calme. Mais la laïcité ne peut se résumer à une posture à géométrie variable ; elle doit redevenir une exigence d’équité et de garanties universelles.
Pour prétendre donner des leçons de démocratie à la terre entière, la France doit d’abord balayer devant sa propre porte. Elle se doit d’être exemplaire en appliquant chez elle les principes qu’elle prétend défendre à l’étranger, loin du cynisme du «faites ce que je dis, ne faites pas ce que je fais». On ne répond pas à la propagande étrangère par du déni ou une répression disproportionnée, mais en respectant le droit et en répondant aux demandes de sa propre jeunesse. La souveraineté commence par cette forme fondamentale de dignité républicaine.
Un atelier axé sur le renforcement de la réponse aux catastrophes s’est tenu à Tunis, avec la participation des représentants de l’Office national de la protection civile, des experts du Service des forêts du département de l’Agriculture des États-Unis (USDA) et des représentants de l’ambassade des États-Unis en Tunisie. Selon un communiqué publié, jeudi, par l’ambassade des États-Unis, l’atelier a pour objectif de s’exercer à la coordination des opérations, la répartition des ressources et la communication d’informations aux citoyens en cas d’inondations, d’incendies de forêt ou lors des phénomènes météorologiques extrêmes. Au cours de cet atelier de cinq jours, les participants ont exploré à travers des exercices pratiques et une simulation de catastrophes les moyens d’améliorer la planification conjointe et la communication entre les différents acteurs, afin de protéger les communautés et les infrastructures. Selon l’ambassade américaine, le partage de l’expérience américaine en matière de réponse aux catastrophes s’inscrit dans le cadre du renforcement de la coopération tuniso-américaine et du soutien des efforts de la Tunisie pour développer la gestion des crises.
Le rendement des obligations du Trésor américain à 30 ans a atteint mercredi 7 octobre un nouveau sommet en 24 ans. Et ce, alors que la vague de ventes sur les marchés obligataires mondiaux reprend.
Le rendement des obligations à 30 ans a atteint mercredi 5,7041 %. Sur le plan international, les rendements ont poursuivi leur tendance haussière, malgré la relative désescalade enregistrée lors de la séance précédente. Les craintes liées à l’inflation et à la situation budgétaire exerçant une pression sur les obligations. Tandis que les prix du pétrole ont enregistré une nouvelle hausse.
Les investisseurs attendent avec intérêt l’adjudication des obligations du Trésor à 30 ans ce jeudi. Ce qui constituera le prochain test de la demande pour les titres du Trésor américain.
Pour l’ONG, les États-Unis « instrumentalisent les souffrances ». Elle dénonce cette politique migratoire vers des pays-tiers, notamment en Afrique.
En bref
Human Rights Watch dénonce les expulsions américaines vers des pays africains tiers.
Plus de 500 personnes ont…
L’Indice de perception de la démocratie dans le monde nous révèle année après année la situation, la nature et l’évolution de la démocratie vers d’autres types de régimes politiques dans le monde. C’est le cas de l’édition de 2026.
…
Une semaine après avoir survécu à deux tentatives d’exécution par injection létale dans le Tennessee, Christa Pike, 50 ans, a repris connaissance et est désormais capable de parler. Son pronostic reste toutefois incertain.
Condamnée à mort aux États-Unis, Christa Pike se trouve toujours hospitalisée après avoir survécu à l’exécution qui devait mettre fin à sa vie le 30 septembre dernier. Ses avocats ont annoncé mardi 6 octobre qu’elle était désormais consciente et pouvait parler, alors qu’elle avait été placée sous respirateur après l’échec de l’injection létale.
« Contre toute attente », la détenue « est consciente, parle et continue de recevoir des soins médicaux intensifs », ont indiqué ses avocats. Ils précisent toutefois que son état demeure préoccupant et que sa récupération pourrait être longue.
Deux injections létales sans parvenir à la tuer
Christa Pike avait reçu deux doses de pentobarbital lors de la tentative d’exécution au Riverbend Maximum Security Institution, à Nashville. La procédure avait tourné au fiasco lorsque les équipes pénitentiaires avaient rencontré d’importantes difficultés à administrer les produits par voie intraveineuse.
Selon ses avocats, les deux bras de la condamnée ont été fortement endommagés, avec des gonflements, des brûlures et des cloques. Le pentobarbital, substance utilisée pour l’injection létale, aurait notamment pénétré dans les tissus au lieu de rejoindre correctement la circulation sanguine.
La procédure avait duré environ deux heures et demie. Des journalistes présents dans la salle réservée aux témoins avaient rapporté que Christa Pike respirait encore après l’administration des produits. Face à l’échec de la procédure, les autorités pénitentiaires avaient finalement interrompu la tentative et appelé une ambulance.
Une survivante d’une exécution sans précédent
Cette évolution médicale intervient alors que l’affaire a déjà pris une dimension exceptionnelle aux États-Unis. Christa Pike est considérée comme la première personne connue aux États-Unis à avoir survécu après l’administration de doses létales destinées à une exécution.
Condamnée pour le meurtre de Colleen Slemmer, une jeune femme de 19 ans tuée en 1995, Pike avait 18 ans au moment des faits. Ses avocats avaient notamment invoqué son passé marqué par les violences sexuelles, les traumatismes et des troubles psychiques pour demander la commutation de sa peine. Le gouverneur du Tennessee, Bill Lee, avait rejeté cette demande quelques jours avant l’exécution.
L’échec de la procédure a depuis provoqué des conséquences au niveau de l’administration pénitentiaire. Le gouverneur a suspendu les exécutions prévues dans l’État pour le reste de l’année et ordonné une enquête indépendante. Le responsable du département pénitentiaire du Tennessee a également annoncé son départ.
Pour l’heure, la question centrale reste médicale : les avocats de Christa Pike indiquent que son pronostic demeure incertain et qu’une longue période de récupération est à prévoir. Une audience judiciaire était par ailleurs prévue mercredi afin d’examiner les demandes de son équipe juridique concernant la conservation des éléments et documents liés à l’exécution ratée.
Le président américain a déclaré hier que « l’islam » et une « immigration de masse hors de contrôle » étaient à l’origine de la mobilisation lycéenne.
En bref
Donald Trump attribue la mobilisation lycéenne française à « l’islam »…
La nouvelle dynamique diplomatique autour de la Libye place la Tunisie devant une question qui dépasse la seule politique étrangère : comment éviter qu’une évolution extérieure ne se transforme en vulnérabilité intérieure ?(Photo: Poste frontalier de Ras Jedir).
Abdelwaheb Ben Moussa *
Les États-Unis cherchent à rapprocher les autorités de l’Est et de l’Ouest libyens, à favoriser l’unification des institutions et à ouvrir la voie à des élections nationales. La Turquie, l’Égypte et les puissances européennes poursuivent parallèlement leurs propres objectifs. Cette recomposition peut contribuer à stabiliser la Libye. Elle peut aussi modifier les équilibres sécuritaires, économiques et diplomatiques autour de la Tunisie.
Il serait toutefois réducteur de considérer cette séquence comme une simple rivalité entre puissances. Le véritable enjeu pour Tunis est de savoir si elle dispose de suffisamment de marges de manœuvre pour tirer profit d’une éventuelle stabilisation libyenne, absorber ses effets négatifs et défendre ses intérêts lorsque les décisions se prennent ailleurs.
La souveraineté ne consiste pas à ne dépendre de personne. Elle consiste à disposer de suffisamment de ressources, de partenaires, de compétences et d’instruments pour que la dépendance ne devienne pas une vulnérabilité subie. C’est à cette aune qu’il faut apprécier la nouvelle stratégie américaine en Libye.
Ne pas confondre stabilisation et solution automatique
La première réaction devrait être pragmatique. Pourquoi la Tunisie rejetterait-elle une initiative susceptible de rapprocher les Libyens et de mettre fin à une division qui nourrit l’insécurité ? Après des années d’échec, toute avancée vers l’unification des institutions et l’organisation d’élections mérite d’être encouragée. Washington dispose de canaux de discussion et d’une capacité d’influence que Tunis ne possède pas.
Mais une stabilisation annoncée ne constitue pas encore une stabilité acquise. Un accord politique peut rester fragile, une coordination sécuritaire peut demeurer incomplète et une réunification institutionnelle peut ne pas produire d’autorité effective sur l’ensemble du territoire. Les effets réels d’un règlement se mesureront moins aux déclarations qu’à la capacité des institutions libyennes à contrôler les frontières, à garantir la circulation et à prévenir les crises locales.
La Tunisie n’a donc aucun intérêt à s’opposer par principe à l’initiative américaine. Elle doit la soutenir lorsqu’elle favorise un processus inclusif, libyo-libyen et placé dans un cadre multilatéral. Mais elle doit aussi se préparer à plusieurs scénarios, y compris celui d’une transition incomplète, d’une stabilisation partielle ou d’un nouvel équilibre dominé par des acteurs extérieurs.
La souveraineté tunisienne commence ici : ne pas confondre l’espoir d’une solution avec la disparition du risque.
La frontière, premier canal de transmission du risque
Pour la Tunisie, la Libye n’est pas un dossier diplomatique lointain. Elle constitue une réalité économique, sociale et sécuritaire quotidienne. Les régions du Sud vivent au rythme des échanges transfrontaliers, des mouvements de personnes et de l’activité du poste de Ras Jedir. Chaque fermeture, chaque tension locale et chaque changement dans le rapport de force libyen se répercute immédiatement sur les familles, les commerçants et les entreprises des deux côtés de la frontière.
On pourrait considérer Ras Jedir comme un problème bilatéral et administratif, distinct des grandes négociations géopolitiques. Ce serait une erreur. La frontière est précisément le point où les arrangements politiques libyens deviennent une réalité tunisienne. Si l’unification institutionnelle ne garantit pas une autorité stable sur les postes-frontières, une chaîne de commandement identifiable et des règles commerciales prévisibles, elle restera incomplète du point de vue tunisien.
La Tunisie doit donc traiter la frontière comme une infrastructure stratégique. Cela suppose de sécuriser les accès, moderniser les procédures douanières, améliorer la traçabilité des flux et maintenir des canaux permanents avec les autorités locales libyennes.
La lutte contre les trafics doit être renforcée, mais elle ne peut pas se traduire par une fermeture indiscriminée qui pénaliserait les populations et l’économie légale.
La maîtrise du risque ne consiste pas à supprimer les échanges. Elle consiste à rendre les échanges plus transparents, plus prévisibles et moins dépendants des rapports de force locaux.
Une éventuelle stabilisation de la Libye pourrait relancer les échanges et soutenir l’économie du Sud tunisien. Mais cette opportunité ne se concrétisera pas automatiquement. Si le commerce transfrontalier reste informel, concentré sur quelques points de passage et dépendant de décisions sécuritaires imprévisibles, la Tunisie continuera à subir les crises au lieu de bénéficier de la reprise.
Il faut donc construire des amortisseurs économiques : développer des plateformes logistiques, renforcer les entreprises locales, formaliser une partie des échanges et créer des mécanismes de soutien pour les opérateurs touchés par les fermetures temporaires. La diversification des débouchés est également indispensable. Les régions frontalières ne peuvent pas dépendre d’un seul passage, d’un seul marché ou d’une seule configuration politique à Tripoli.
La question n’est pas de réduire le lien avec la Libye. Elle est de faire en sorte que ce lien devienne une force économique organisée plutôt qu’une dépendance exposée à chaque tension.
Tunis a raison de préserver une position équilibrée à l’égard des différents acteurs libyens. Dans un pays encore divisé, choisir prématurément un camp réduirait sa marge de manœuvre et exposerait ses intérêts à un changement de rapport de force.
Mais la neutralité n’a de valeur que si elle permet de choisir. Une neutralité passive risque de transformer la Tunisie en simple observatrice d’un processus conduit par Washington, Ankara, Le Caire et les institutions internationales. Elle conserverait ses relations avec tout le monde, mais pèserait réellement sur personne.
La réponse ne consiste pas à multiplier les déclarations de souveraineté. Elle consiste à renforcer les instruments qui donnent un contenu à cette souveraineté : expertise sur les questions frontalières, capacité de négociation, coordination interinstitutionnelle, présence diplomatique régulière en Libye et propositions concrètes sur la sécurité et le commerce.
La Tunisie ne peut pas imposer une solution. Elle peut toutefois rendre certaines solutions plus crédibles et certaines dérives plus coûteuses. Sa proximité géographique, ses relations avec l’Ouest libyen et son expérience des échanges transfrontaliers lui donnent une utilité spécifique. Encore faut-il la convertir en influence.
La nouvelle architecture sécuritaire libyenne impliquera nécessairement des partenaires extérieurs. La Tunisie a besoin de coopération avec la Libye, l’Algérie, les institutions internationales et, sur certains dossiers, les États-Unis et la Turquie. Refuser cette coopération au nom d’une souveraineté abstraite serait irréaliste. Mais coopérer ne signifie pas accepter une architecture conçue ailleurs. Si les priorités sécuritaires sont définies principalement par Washington ou Ankara, Tunis pourrait se retrouver devant des décisions déjà prises concernant la surveillance des frontières, la présence étrangère, la lutte contre les trafics ou la gestion des migrations.
Il faut ici appliquer le même principe que dans les relations économiques : la diversification n’est pas le rejet d’un partenaire, mais la condition d’un partenariat plus équilibré. La Tunisie doit parler avec tous les acteurs qui comptent, éviter de dépendre d’un seul canal et faire en sorte que les engagements sécuritaires soient transparents, ciblés et compatibles avec ses intérêts propres.
La souveraineté moderne ne signifie pas l’autarcie. Elle signifie pouvoir choisir ses dépendances.
Le cadre régional : un instrument, pas un substitut à la stratégie tunisienne
La Tunisie ne dispose ni du poids militaire de la Turquie, ni de la profondeur stratégique de l’Égypte, ni des ressources diplomatiques des États-Unis. Elle peut toutefois compenser cette faiblesse relative par une diplomatie de coalition. Le mécanisme de concertation avec l’Algérie et l’Égypte doit devenir un instrument opérationnel, et non rester un cadre de déclarations générales.
Les divergences entre les trois pays sont réelles. L’Algérie regarde prioritairement vers sa profondeur sahélienne et ses impératifs de sécurité. L’Égypte est davantage attentive à l’Est libyen. La Tunisie est directement exposée à l’Ouest, à Ras Jedir et aux flux transfrontaliers. Cette différence de perspective ne condamne pas la concertation ; elle impose de lui donner un agenda limité et concret.
Sécurité des frontières, continuité des passages, lutte contre les trafics, échanges d’informations et soutien à un processus politique inclusif peuvent constituer ce socle commun. Tunis doit toutefois y défendre sa propre voix et ne pas se fondre dans une position régionale uniforme.
La Tunisie a souvent abordé le dossier libyen sous l’angle de la prévention : empêcher l’instabilité de franchir la frontière, limiter les effets économiques des crises et éviter de s’impliquer dans les rivalités libyennes. Cette prudence était compréhensible. Elle ne suffit plus dans une phase où de nouveaux équilibres sont en train de se former.
Certains objecteront que Tunis doit d’abord résoudre ses propres difficultés économiques et institutionnelles avant de prétendre jouer un rôle régional. Mais la question libyenne n’est pas un luxe diplomatique. Elle touche directement la sécurité, le commerce, l’emploi, les migrations et la stabilité des régions frontalières. Investir dans une politique libyenne plus structurée relève donc de la protection des intérêts fondamentaux du pays.
Tunis doit passer d’une diplomatie de réaction à une diplomatie d’initiative. Cela implique de proposer un agenda tunisien pour la frontière, de défendre une solution politique inclusive, de diversifier les partenariats et de faire de la stabilité de Ras Jedir un intérêt régional reconnu par tous.
La Tunisie n’a pas vocation à imposer une solution à la Libye. Elle a en revanche le devoir de ne pas laisser d’autres acteurs définir seuls un règlement qui touchera directement sa sécurité, son économie et sa cohésion sociale.
La neutralité peut rester le principe directeur de la politique tunisienne. Mais elle doit être une neutralité engagée, organisée et capable de produire des résultats. Dans la nouvelle séquence libyenne, la véritable faiblesse de la Tunisie ne serait pas de manquer de puissance. Ce serait de confondre la retenue avec l’effacement.
La souveraineté tunisienne ne se proclamera pas au moyen d’une rupture avec ses partenaires. Elle se construira par des frontières mieux administrées, des échanges mieux organisés, des alliances diversifiées et une capacité accrue à transformer la proximité géographique en influence politique et économique.
Face aux recompositions libyennes, Tunis ne doit ni choisir un protecteur ni prétendre pouvoir agir seule. Elle doit construire les marges de manœuvre qui lui permettront de dialoguer avec tous, de dépendre de plusieurs et de subir moins.
* Ingénieur informaticien, cadre de banque publique.