Canicule, nuits tropicales, explosion de la climatisation : l’été 2026 hors norme en Tunisie
L’été 2026 pourrait marquer un tournant dans la manière dont la Tunisie appréhende les effets du changement climatique sur son système énergétique. Entre la multiplication des vagues de chaleur, la hausse spectaculaire de la demande en climatisation et la pression croissante sur le réseau électrique, le pays fait face à des défis qui pourraient devenir récurrents dans les prochaines années.
Dans une déclaration accordée à L’Économiste Maghrébin, en marge du séminaire intitulé « Facing the Energy Crisis: Empowering Tunisian Households to Embrace Solar Energy », organisé avec le soutien de la Fondation Friedrich Naumann Tunisie, l’ingénieur en environnement et spécialiste en énergie Hamdi Hached revient sur les facteurs qui expliquent cette situation exceptionnelle et appelle à accélérer l’adaptation des infrastructures.
Cette rencontre, qui a réuni des experts, des acteurs institutionnels et des professionnels du secteur énergétique, a notamment porté sur les défis actuels liés à la crise énergétique et sur le rôle du photovoltaïque résidentiel comme levier de résilience et de transition énergétique.
Hamdi Hached note que l’année 2026 constitue une rupture dans l’évolution des phénomènes climatiques extrêmes. « En 2026, nous avons connu une situation exceptionnelle à l’échelle mondiale. Près de 62 % des surfaces terrestres ont été touchées par des vagues de chaleur, avec des températures largement supérieures aux normales saisonnières », explique-t-il à L’Économiste Maghrébin.
Cette tendance s’est également manifestée dans la région méditerranéenne et en Europe, où plusieurs épisodes caniculaires se sont succédé sur une période particulièrement courte. « En seulement 40 jours, nous avons enregistré au moins quatre vagues de chaleur importantes, avec des durées relativement longues », précise l’expert.
Au-delà de l’intensité des températures, Hamdi Hached insiste sur un changement majeur dans le calendrier d’apparition de ces phénomènes. « Les vagues de chaleur étaient auparavant principalement associées à l’été. Aujourd’hui, nous observons des épisodes de forte chaleur dès le mois de mai », souligne-t-il.
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Une demande électrique dopée par l’explosion de la climatisation
Pour l’ingénieur, la situation énergétique observée en Tunisie durant l’été 2026 n’est pas une surprise totale. Elle résulte d’une accumulation de facteurs climatiques et structurels qui avaient déjà été identifiés depuis plusieurs années.
« Nous avions été alertés depuis 2013-2014 sur le risque d’atteindre une telle situation. La transition énergétique et la nécessité d’investir dans les infrastructures étaient déjà au centre des discussions », rappelle-t-il.
Parmi les phénomènes les plus préoccupants figure celui des « nuits tropicales », caractérisées par une faible diminution des températures durant la nuit. Cette absence de rafraîchissement naturel empêche les bâtiments de retrouver des températures plus supportables et accentue le recours aux équipements de climatisation.
« Normalement, la température doit diminuer pendant la nuit. Mais nous avons connu des nuits où elle est restée autour de 34, 35 voire 36 degrés dans certaines régions, avec des pointes proches de 38 degrés. Le nombre de nuits tropicales prolongées a fortement augmenté », explique Hamdi Hached.
Cette situation a eu un effet direct sur la consommation électrique. Lorsque les températures restent élevées en continu, les climatiseurs fonctionnent plus longtemps et sollicitent davantage le réseau. « Lorsque la chaleur persiste jour et nuit, la consommation des climatiseurs augmente fortement. Cela a provoqué une hausse brutale de la demande électrique », affirme-t-il.
En outre, l’expert souligne que cette demande supplémentaire a entraîné une augmentation significative de la puissance appelée sur le réseau national. « Nous sommes passés d’une capacité de pointe autour de 5 000 mégawatts à une demande supérieure, avec près de 1 000 mégawatts supplémentaires liés essentiellement aux climatiseurs », détaille-t-il.
Un phénomène qui pourrait se reproduire
Ainsi, Hamdi Hached affirme que l’épisode vécu durant l’été 2026 doit être considéré comme un signal d’alerte. Rien ne permet d’affirmer que ces conditions climatiques resteront exceptionnelles.
« Nous n’avons aucune garantie que ce phénomène ne se reproduira pas. Nous n’avons jamais atteint auparavant ce niveau de chaleur », avertit-il.
Cette évolution intervient dans un contexte où le nombre d’équipements de climatisation installés dans les foyers tunisiens continue d’augmenter. « Aujourd’hui, nous comptons environ 2,8 millions de climatiseurs et ce chiffre continue de progresser. Avec la multiplication des épisodes de chaleur, la demande de refroidissement va continuer à augmenter », estime-t-il.
L’expert ajoute également que l’évolution des besoins sociaux pourrait accentuer cette pression. « Certaines catégories sociales qui n’avaient pas accès auparavant à la climatisation pourraient chercher à s’équiper en raison des fortes chaleurs. Cela entraînera mécaniquement une nouvelle hausse de la demande », explique-t-il.
Anticiper plutôt que subir
Face à cette nouvelle réalité climatique, Hamdi Hachad estime que la Tunisie doit changer d’approche et privilégier l’anticipation plutôt que la gestion des crises ponctuelles.
« Ce phénomène est lié à l’évolution du climat de la planète. Il ne faut pas transmettre un mauvais message aux citoyens en leur faisant porter toute la responsabilité. L’enjeu est plutôt de savoir comment se préparer et comment adapter nos infrastructures », insiste-t-il.
Selon lui, les prochaines décisions d’investissement seront déterminantes. « La vraie question est : que devons-nous investir aujourd’hui pour éviter de revivre cette situation demain ? », interroge-t-il.
L’adaptation du système énergétique ne passe pas uniquement par l’augmentation des capacités de production électrique. Elle implique également une transformation profonde des modes de construction et de consommation.
L’efficacité énergétique comme première ligne de défense
Parmi les solutions envisageables, Hamdi Hachad met en avant le développement du « refroidissement passif », qui consiste à concevoir des bâtiments capables de limiter naturellement l’accumulation de chaleur.
« Il faut réfléchir à l’architecture de nos maisons, de nos bâtiments administratifs et de nos infrastructures pour réduire naturellement la chaleur accumulée », explique-t-il.
La végétalisation des espaces urbains constitue également un levier important. « Chaque arbre, chaque espace vert contribue à créer un microclimat. La baisse de température générée permet de réduire la consommation énergétique liée à la climatisation », souligne-t-il.
L’isolation thermique des bâtiments doit aussi devenir une priorité dans les politiques publiques. « Nous devons revoir notre cadre réglementaire et intégrer davantage les techniques d’isolation thermique dans les constructions futures », plaide l’expert.
Enfin, Hamdi Hached insiste sur la nécessité d’une meilleure préparation des citoyens avant les périodes de forte chaleur. « Il faut mettre en place une véritable stratégie de sensibilisation avant la saison estivale, notamment sur la rationalisation de la consommation électrique. Cela ne réglera pas toute la crise, mais cela peut contribuer à limiter les pics de demande » conclut-il.
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