Le projet Rawafed+ arrive en Tunisie pour aider les petites et moyennes entreprises à se développer et à mieux résister. Ce projet est financé par l’Union européenne et l’Agence française de développement (AFD). Il est mis en œuvre par Expertise France, en partenariat avec le ministère de l’Économie, la BCT et la BEI.
Le projet dure 48 mois (juillet 2024 – juin 2028) et repose sur quatre axes principaux :
Aider les institutions financières à mieux soutenir les PME.
Octroyer une prime d’investissement, appelée prime Rawafed+, pour financer des projets à impact social ou environnemental.
Mettre en place un guichet électronique d’assistance technique, avec des experts pour aider les PME à accéder au financement ou à restructurer leur budget.
Renforcer la gestion et la culture financière des TPME, avec un programme spécial pour les très petites entreprises (TPE).
La prime Rawafed+, c’est quoi?
La prime Rawafed+ est un soutien financier non remboursable. Elle s’adresse aux PME qui bénéficient de la ligne de crédit de la BEI et qui remplissent au moins un critère social défini par la BEI. Elle représente 10 % du financement accordé, avec un plafond de 50 000 euros par PME.
Il est à noter que les PME doivent faire la demande dans les 4 mois suivant le financement BEI. A dire vrai, la prime n’est accordée qu’une seule fois à l’entreprise. En cas de refus, la PME peut corriger son dossier et le soumettre de nouveau (une seule fois).
En outre, le dispositif sera ouvert du 1er trimestre 2026 au 2e trimestre 2027. Cette prime permet aux PME de couvrir des besoins concrets et de maximiser l’impact social, environnemental et régional de leurs projets.
D’ailleurs, pour présenter ce projet aux PME, des sessions régionales ont déjà eu lieu en novembre et décembre 2025 à Sfax, Sousse, Gafsa, Kairouan et Béja, en collaboration avec les Chambres de commerce et d’industrie locales. Une prochaine rencontre se tiendra à Tunis pour continuer à informer les entreprises sur les avantages de Rawafed+.
Avec un financement total de 8,9 millions d’euros, Rawafed+ vise à soutenir la croissance des PME tunisiennes et à encourager des investissements durables et responsables, tout en créant un impact positif pour l’économie et la société tunisienne.
Une session d’information s’est tenue le 3 février pour présenter la nouvelle ligne de crédit de la Banque européenne d’investissement (BEI) “ Tunisie – Relance économique”. Organisée conjointement avec le projet Rawafed+, financé par l’Union européenne et géré par Expertise France, cette rencontre visait à informer les petites et moyennes entreprises tunisiennes (PME) sur les opportunités de financement disponibles et les critères d’éligibilité.
Au moins 30 % des fonds de cette ligne de crédit sont réservés à des projets répondant à des critères d’inclusion sociale, incluant la création d’emplois, le développement régional, ainsi que le soutien aux initiatives portées par les femmes et les jeunes entrepreneurs. Cette initiative s’inscrit dans le cadre de la stratégie “Team Europe”, qui accompagne les priorités nationales portées par le ministère de l’Économie et la Banque centrale de Tunisie (BCT), en faveur de la relance économique et de l’investissement productif.
Une liste d’avantages pour les PME mais…
Selon les informations présentées lors de la session, les PME bénéficient de conditions avantageuses:
Disponibilité des financements en euros ou en dinars tunisiens.
Période de grâce pouvant atteindre 3 ans.
Taux d’intérêt basé sur le TMM, avec marge de risque et marge commerciale pour les financements en dinars, et taux préférentiel réduit d’au moins 25 points de base par rapport au taux standard.
Période de remboursement de 2 à 10 ans, avec des durées supérieures d’au moins deux ans aux pratiques habituelles des institutions financières partenaires.
Montant maximal du prêt estimé à 12,5 millions d’euros, avec possibilité de financer 100 % du coût total du projet.
Accès aux primes Rawafed+ (jusqu’à 50 000 euros) pour les projets répondant aux critères d’inclusion sociale.
Possibilité de financer le fonds de roulement et les créations d’entreprise.
Qui peut en bénéficier?
Toutes les entreprises exerçant une activité économique régulière sur le territoire tunisien peuvent soumettre leur dossier, sans distinction de forme juridique, y compris:
PME (moins de 250 employés en équivalents temps plein).
Entreprises de taille intermédiaire (entre 250 et 3 000 salariés consolidés).
Sociétés familiales, associations, professions libérales ou travailleurs indépendants disposant d’un numéro de TVA et inscrits au registre du commerce.
Le calcul des effectifs consolidés, clé de l’éligibilité
L’éligibilité à la ligne de crédit repose sur le calcul des effectifs en équivalents temps plein (ETP), prenant en compte le temps réellement travaillé sur l’année, et non le nombre brut de salariés.
Les effectifs des entreprises liées ou partenaires sont également intégrés selon le niveau de participation au capital:
Autonomie: aucune autre structure ne détient 25 % ou plus du capital.
Entreprises partenaires (25 % à 50 % du capital): prise en compte proportionnelle des ETP.
Participation supérieure à 50 %: total des effectifs des entreprises liées intégralement.
Par exemple, une entreprise contrôlant 80 % d’une filiale de 20 ETP et 30 % d’une société de 210 ETP consolidera respectivement 20 et 63 ETP. Si ses effectifs directs sont de 100 ETP, son effectif consolidé total atteindra 183 ETP, la maintenant dans la catégorie PME.
Le respect des procédures KYC, via déclaration ou via la CNSS, constitue également une condition indispensable pour accéder au financement.
En 2025, le Maroc a enregistré une performance touristique historique avec 19,8 millions d’arrivées, marquant une progression de 14 % par rapport à 2024. Le Royaume confirme sa position de première destination africaine, se rapprochant du seuil des 20 millions de visiteurs, soutenu par la diversification de l’offre et le renforcement des liaisons aériennes.
Habib Glenza
Cette hausse spectaculaire est le fruit des investissements effectués dans le cadre de la Feuille de route 2023-2026 et de la montée en puissance de la connectivité aérienne et de la promotion internationale. Elle confirme la solidité de la reprise post pandémie et l’attractivité croissante du Maroc sur les marchés internationaux.
Une stratégie claire et structurée
Le ministère marocain du Tourisme souligne que cette performance n’est pas le fruit du hasard, mais le résultat d’une stratégie claire et structurée, reposant sur deux piliers décisifs, à savoir la connectivité aérienne et la promotion internationale.
Le renforcement de la connectivité aérienne a joué un rôle central, avec l’ouverture de nouvelles lignes, l’augmentation des fréquences et une meilleure desserte des principales villes touristiques. Parallèlement, les efforts de promotion internationale, déployés sur des marchés stratégiques, ont permis de renforcer la visibilité du Maroc et de diversifier ses bassins émetteurs.
Le pays a également misé sur l’enrichissement de l’offre touristique, avec des produits plus variés allant du tourisme culturel au tourisme sportif, en passant par l’écotourisme et les expériences premium. Cette diversification contribue à attirer des profils de visiteurs plus larges et à allonger la durée moyenne de séjour.
Pour la ministre du Tourisme Fatim-Zahra Ammor, les résultats exceptionnels de 2025 illustrent également le potentiel remarquable de la destination Maroc, tant en termes de diversité que de compétitivité internationale.
Le coup de pouce de la CAN 2025
La dynamique positive ne montre aucun signe de ralentissement et l’organisation de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN 2025), un événement d’envergure continentale, a permis d’attirer un afflux supplémentaire de visiteurs au cours du mois de décembre. Avec un tel rythme de croissance, le Maroc ambitionne de dépasser encore davantage son record et de consolider sa position parmi les destinations touristiques les plus attractives au monde, loin devant ses concurrents au sud de la Méditerranée, notamment l’Egypte, la Tunisie et la Jordanie.
Cette dynamique s’est également accompagnée de recettes touristiques records, ayant atteint 124 milliards de Dirhams à fin novembre 2025, soit 13,6 milliards de dollars, enregistrant une hausse de 19% par rapport à la même période de 2024, et confirmant le rôle du tourisme comme moteur de croissance économique au niveau national.
Comparaison entre la Tunisie et le Maroc
En 2025, la Tunisie a accueilli 11 millions de visiteurs, soit une hausse de plus de 10% par rapport à 2024. Ces entrées touristiques ont généré des recettes 8 milliards de dinars tunisiens (environ 2,7 milliards de dollars), soit une hausse de 6,5% par rapport à 2024, selon les indicateurs de la Banque centrale de Tunisie (BCT).
Comparativement, le Maroc a accueilli près du double de visiteurs (19,8 millions) et réalisé des recettes touristiques 4 à 5 fois plus importantes que celles la Tunisie (13,6 milliards de dollars).
Ces chiffres prouvent que les maux du tourisme tunisien sont loin d’être résolus et que les cocoricos lancés de temps en temps par les responsables tunisiens ne se justifient pas au regard des performances réelles réalisées par le pays.
Quand on sait qu’il y a une vingtaine d’années, la Tunisie était le premier pays touristique au sud de la Méditerranée, devant la Jordanie, le Maroc et l’Egypte, en termes de visites et de recettes, on mesure les retards accumulés par le secteur et l’absence de réactivité des autorités pour les rattraper.
Le Comité national olympique tunisien (CNOT) a annoncé la désignation de son président et membre du Comité international olympique (CIO), le Tunisien Mehrez Boussayene, en qualité de membre de la Commission de discipline des Jeux Olympiques d’hiver « Milano Cortina 2026« .
Cette nomination, décidée par la présidente du CIO à la veille de l’ouverture officielle des Jeux, illustre la confiance renouvelée accordée à l’expertise, l’intégrité et à l’engagement de la représentation tunisienne au plus haut niveau du mouvement olympique.
Présidée par Denis Oswald, la Commission de discipline est chargée d’examiner et de statuer, au cas par cas, sur les éventuelles violations de la Charte olympique et des règlements en vigueur durant les Jeux.
À travers cette désignation, la Tunisie confirme sa présence active et crédible au sein des instances de gouvernance olympique internationale, tout en réaffirmant son attachement indéfectible aux valeurs d’éthique, d’équité et de respect des règles qui fondent l’idéal olympique.
La cofondatrice franco-tunisienne de NextProtein, Syrine Chaalala, figure parmi les 10 femmes fondatrices les plus performantes en matière de levée de fonds en 2025, selon le classement publié par Eldorado.
NextProtein, spécialisée dans la production de protéines durables à partir d’insectes, a récemment finalisé une levée de fonds de 18 millions d’euros. L’opération a été menée par SWEN Capital Partners et British International Investment (BII), avec le soutien de Mirova et RAISE Impact. Ce financement permettra à la startup de développer son activité et d’ouvrir un deuxième site de production en Tunisie.
Syrine Chaalala a exprimé sa fierté de rejoindre ce groupe de femmes entrepreneures: “Faire croître une entreprise est un marathon. Le faire aux côtés de femmes aussi talentueuses et ambitieuses rend cette aventure encore plus forte. Nous remercions Sistafund pour leur engagement à réduire l’écart de financement et à soutenir la prochaine génération de dirigeantes”.
La performance de NextProtein s’inscrit dans un contexte de fort dynamisme du financement des startups françaises. En 2025, ces dernières ont levé 7,15 milliards d’euros au total, répartis sur 486 opérations, confirmant l’attractivité croissante du secteur des technologies durables et innovantes.
Dans le cadre de la 4e édition de GITEX Africa et de son roadshow en Afrique du Nord, GITEX Africa a fait escale à Tunis, le lundi 2 février 2026, pour une rencontre de networking réunissant startups, investisseurs, leaders technologiques et représentants du secteur public.
Organisé à The Dot, l’événement, placé sous le thème “S’unir pour innover et accélérer: vers un avenir mondial pour l’Afrique numérique”, a offert un espace d’échange ouvert autour des enjeux clés du numérique et des opportunités de collaboration à l’échelle régionale et continentale.
Un moment d’écoute et de préparation pour GITEX Africa 2026
Jessy Fula, responsable de l’engagement des gouvernements chez Dubai World Trade Centre, organisateur de GITEX Africa, a expliqué que cette étape tunisienne s’inscrit dans une dynamique de proximité avec les écosystèmes locaux. “L’objectif est de rassembler l’écosystème, d’échanger directement avec les startups et les institutions, et de les accompagner dans leur préparation pour GITEX Africa Morocco, prévu du 7 au 9 avril 2026 à Marrakech”, a-t-il déclaré. Près de 40 startups tunisiennes ont ainsi pris part à cette rencontre, conçue comme un espace de dialogue, d’information et de networking. En effet, poursuit Jessy Fula, “c’est aussi l’occasion de présenter ce qui se prépare pour l’édition 2026, les secteurs prioritaires et notre approche”. Et d’enchaîner: “Nous voulons répondre aux questions des startups et leur donner une vision claire des opportunités”. Selon lui, le développement des infrastructures numériques constitue un enjeu central pour l’avenir du continent. “L’Afrique doit renforcer ses capacités en centres de données, en stockage et en calcul. C’est une condition essentielle pour permettre l’intégration de l’intelligence artificielle dans les différents secteurs”, a-t-il souligné. Par ailleurs, l’éducation figure également parmi les axes stratégiques de GITEX Africa. “Nous avons mis en place GITEX Flex, une initiative dédiée à l’éducation. Les universités et les institutions académiques ont un rôle clé à jouer, notamment dans la recherche. Pour l’édition 2026, une zone sera dédiée à l’EdTech, en plus de nouveaux espaces consacrés à la Sportech et à l’Agritech”, a-t-il précisé.
Source: Managers
La Tunisie, un modèle sur le continent
Jessy Fula a par ailleurs salué le positionnement de la Tunisie dans l’écosystème africain. ”La Tunisie est un exemple, notamment grâce au Startup Act, mis en place très tôt sur le continent. Aujourd’hui, de nombreux pays africains s’en inspirent. La Tunisie joue un rôle important et accompagne d’autres écosystèmes dans leur structuration”, a-t-il affirmé. Il a également cité d’autres pays africains avancés, comme le Sénégal, le Cameroun et la Côte d’Ivoire.
Une présence tunisienne fidèle et prometteuse
De son côté, Ghazi Saddem, Country Agent de GITEX, a rappelé la participation constante de la Tunisie à GITEX Africa depuis sa première édition. “La Tunisie a toujours été présente à GITEX Africa. À chaque édition, des startups tunisiennes ont réussi à se distinguer lors des compétitions de pitch, preuve de la qualité et du potentiel de notre écosystème”, a-t-il indiqué. Il a également mis en avant l’importance du soutien institutionnel et partenarial. “Cette participation a été possible grâce à l’appui de plusieurs partenaires”, a-t-il expliqué.
Pour Ghazi Saddem, GITEX Africa est une véritable opportunité pour les startups tunisiennes. “C’est une plateforme unique pour rencontrer des investisseurs, accéder à de nouveaux marchés et accélérer leur croissance. Nous voulons renforcer encore la présence tunisienne lors des prochaines éditions”, a-t-il conclu.
Lors de l’événement, un panel a été dédié au thème “Startups tunisiennes à l’international: innover localement, scaler vers l’Afrique. Go to Market, financement et valorisation de l’écosystème tunisien”, avec pour objectif de présenter les stratégies pour capitaliser sur l’édition 2026 de GITEX Africa. Le panel réunissait des experts et acteurs clés de l’écosystème, choisis pour leur engagement auprès des startups et leur contribution à GITEX Africa; Maya Jerbi, présidente d’Orange Foundation, Mehdi Ben Ghedifa, responsable de la communication digitale au Cepex, et Tarak Triki, CEO de Smart Capital. Cette session a été suivie d’une pitch competition, au cours de laquelle 6 startups issues de secteurs différents ont présenté leurs projets: Thinkneo, Chitelix, SupplyzPro, Defendr, BWS et Pigmentoco.
Les gagnants sont…
1. Chitelix
La startup œuvre à transformer les déchets issus de l’exportation du crabe bleu en ressources précieuses pour l’industrie. Cofondée par Anis Ben Ghalia, la startup a développé une méthode pour extraire le chitosan, un biopolymère naturel pouvant remplacer les plastiques pétrochimiques dans des secteurs variés tels que l’agriculture, le cosmétique, la pharmacie ou les bioplastiques.
Plus précisément, la startup, basée à Bizerte, collecte directement les déchets auprès des industriels, offrant un modèle gagnant-gagnant pour tous. Ainsi, la startup bénéficiera d’une prise en charge complète pour participer à GITEX Africa, incluant hébergement, billet d’avion et stand d’exposition.
2. BWS(Be Wireless Solutions)
Fondée en 2018, BWS est un leader régional en IoT. La startup, cofondée par Karim Kharrat, fournit des solutions pour économiser les ressources et accompagne plusieurs institutions privées et publiques en Europe (France, Suisse), en Afrique (Tunisie, Maroc, Sénégal) et au Moyen-Orient (Qatar).
La plateforme propose notamment éclairage public intelligent, monitoring de la consommation énergétique, irrigation intelligente et optimisation des tournées, et gestion du carburant des flottes. En effet, BWS opère dans quatre pays (France, Mauritanie, Bahreïn et Tunisie) et collabore avec de grands acteurs internationaux. BWS se voit attribuer un pod d’exposition pour l’édition 2026 de GITEX Africa.
3. Thinkneo
Cofondée par Leith Mokaddem, Thinkneo est une startup spécialisée dans la Fintech et l’identité numérique, avec pour mission de sécuriser et simplifier l’accès aux services digitaux. Thinkneo a conçu Avatar-ID, une application de vérification d’identité à distance basée sur l’IA et la biométrie et e-KYC sécurisé, répondant aux défis des deepfakes et de la fraude documentaire.
Selon Leith Mokaddem, les tentatives de fraude via deepfakes ont augmenté de 3000% en 2023, et 27% des cartes d’identité vérifiées en Afrique se sont révélées frauduleuses. En résumé, la solution permet un test de vivacité en temps réel, une vérification de l’authenticité des documents et une identification du signataire et de la signature électronique. “Nous supprimons la friction technologique sans compromettre la sécurité”, explique-t-il. La startup bénéficiera également d’un pod d’exposition à GITEX Africa, lui offrant une vitrine pour présenter sa solution à l’international.
Pour sa part, Zeineb Messaoud, directrice de la communauté AfriLabs et membre du jury, a expliqué que la sélection était difficile car le niveau des pitches était très proche. En fait, “pour sélectionner les projets, nous avons pris en compte ce que GITEX Africa peut apporter aux startups. Nous avons recherché avant tout l’innovation, le potentiel de développement et la capacité de l’équipe à faire grandir son projet. L’objectif est de mettre en lumière des initiatives capables de se développer, d’avoir un impact concret et de profiter pleinement des opportunités offertes par l’événement”, a-t-elle précisé. Et de recommander: “Il est important pour les startups de se présenter au bon moment. Participer au moment opportun permet de tirer pleinement parti des opportunités offertes par GITEX Africa”.
La colère saoudienne contre les Émirats arabes unis semble ne pas se limiter à la sphère de la géopolitique régionale mais affecte désormais le monde des affaires. De plus en plus de cadres d’entreprises émiraties ou établies aux Émirats se voient refuser le visa d’entrée en Arabie saoudite, plus grand marché régional. Les autorités saoudiennes accentuent aussi la pression sur les multinationales pour déménager leurs sièges régionaux à Riyad. Les Saoudiens possèdent également un autre levier, ils sont de grands investisseurs dans le secteur immobilier dans les Émirats. Pour le moment, Abou Dhabi courbe l’échine en attendant que la tempête passe. (Ph. Dubaï).
Imed Bahri
Le Financial Times a publié un article d’Ahmed Al Omran, Simeon Kerr et Andrew England indiquant que la crise saoudo-émiratie liée au Yémen et à d’autres questions régionales suscite des inquiétudes quant à son impact sur le commerce et les relations entre les deux pays.
Le journal britannique ajoute que des dirigeants émiratis craignent que cette crise n’affecte leurs activités, certaines entreprises ayant signalé le rejet de demandes de visa pour leurs employés ces dernières semaines.
Les tensions entre les deux anciens alliés se sont exacerbées en décembre après que Riyad a accusé les Émirats de soutenir une faction séparatiste yéménite ayant lancé une attaque contre des groupes soutenus par l’Arabie saoudite. Dès lors, des employés de banques, de cabinets de conseil en management, de cabinets d’avocats et de sociétés de services pétroliers et gaziers rencontrent des difficultés pour obtenir un visa saoudien depuis les Émirats, selon plusieurs personnes dont les entreprises sont directement concernées.
Pressions sur le monde des affaires
L’Arabie saoudite encourage activement les entreprises à relocaliser leurs activités et leurs employés des Émirats vers le Royaume.
«Bien sûr, nous sommes préoccupés, mais le monde des affaires a fait preuve d’une grande ingéniosité pour trouver des solutions alternatives», a déclaré le dirigeant d’une entreprise de services maritimes dont les employés se sont vu refuser des visas ce mois-ci.
Comme d’autres, ce dirigeant a indiqué n’avoir reçu aucune explication quant à ces refus, ajoutant espérer que le problème soit temporaire compte tenu des liens économiques étroits unissant les deux pays.
Un responsable saoudien a insisté sur le fait qu’il n’y avait eu aucun changement dans les procédures de visa. Pour leur part, les Émirats n’ont pas répondu à une demande de commentaires du FT.
Les dirigeants émiratis ont perçu le ton conciliant des propos tenus cette semaine par le prince Faisal bin Farhan, ministre saoudien des Affaires étrangères, comme un signe de la volonté de Riyad d’apaiser les tensions. «La relation avec les Émirats arabes unis est, de notre point de vue, extrêmement importante», a déclaré Bin Farhan aux journalistes, avant d’ajouter : «Elle constitue un élément clé de la stabilité régionale et le Royaume est donc toujours soucieux d’entretenir une relation forte et positive avec les Émirats arabes unis».
Un dirigeant d’entreprise émirati a affirmé que la situation concernant les visas a commencé à s’améliorer au cours de la semaine écoulée.
La crise entre les deux voisins s’est intensifiée après que Riyad, considérant l’avancée des séparatistes yéménites comme une menace pour sa sécurité nationale, a bombardé des dépôts d’armes et des véhicules qu’elle accusait Abou Dhabi d’avoir fournis à cette faction. Les Émirats ont fini par retirer leurs forces du pays.
Les deux voisins sont intervenus dans la guerre civile yéménite en 2015 pour combattre les rebelles houthis, soutenus par l’Iran, mais ils ont soutenu des factions différentes et rivales. Le différend concernant le Yémen et d’autres questions régionales a engendré la plus grave crise des relations entre les deux puissances du Golfe depuis des années.
Cependant, les analystes n’anticipent pas une escalade comparable à celle de la dernière crise du Golfe en 2017, lorsque l’Arabie saoudite et les Émirats avaient mené un blocus régional contre le Qatar, l’accusant de soutenir des groupes islamistes.
Le FT a souligné que les échanges commerciaux entre l’Arabie saoudite et les Émirats dépassent les 20 milliards de dollars et que de nombreuses entreprises utilisent Dubaï comme plaque tournante pour desservir le Royaume, qui compte la plus grande population de la région du Golfe.
Restrictions aux demandes de visa
Cependant, ces tensions ont suscité des inquiétudes au sein de la communauté des affaires. Un banquier basé aux Émirats a déclaré que son établissement se préparait à une tournée promotionnelle en Arabie saoudite lorsqu’une demande de visa pour l’un de ses employés a été rejetée. Il a ajouté : «Nous ne sommes pas les seuls. D’autres banques rencontrent le même problème».
Selon deux consultants, ces difficultés sont contournées par l’utilisation de visas ordinaires délivrés à l’arrivée, permettant ainsi aux cadres ou à leurs représentants de rencontrer des clients dans le Royaume.
Une autre source a indiqué que d’autres entreprises s’interrogent sur la légalité du travail de leurs employés avec des visas touristiques, qualifiant la situation d’impasse.
Un autre dirigeant a déclaré que les citoyens d’une demi-douzaine de pays, dont la Jordanie, l’Égypte, le Pakistan et l’Inde, rencontrent des difficultés depuis environ un an pour obtenir des visas de travail à entrées multiples pour l’Arabie saoudite lorsqu’ils font leur demande depuis les Émirats.
Le royaume impose des restrictions aux demandes de visa pour les musulmans pendant le pèlerinage du Hajj afin de contrôler le nombre de visiteurs. Il a été noté que certaines autres nationalités ont commencé à rencontrer des problèmes similaires en octobre. Cependant, en décembre et janvier, avec l’escalade des tensions entre l’Arabie saoudite et les Émirats, le problème s’est aggravé, le nombre de refus augmentant fortement.
Un responsable régional d’une grande entreprise a indiqué que l’Arabie saoudite a récemment intensifié ses efforts de longue date pour persuader les entreprises émiraties ayant d’importantes activités dans le royaume de transférer leur personnel à Riyad.
Depuis 2024, l’Arabie saoudite exige des multinationales qu’elles transfèrent leur siège régional à Riyad pour obtenir des contrats gouvernementaux. Cette mesure a suscité des inquiétudes chez certaines entreprises internationales implantées à Dubaï depuis des décennies. Nombre d’entre elles ont restructuré leurs activités pour se conformer à cette décision, compte tenu de l’importance de leurs activités dans le Royaume.
Face aux inquiétudes et à la controverse actuelle, la plupart des chefs d’entreprise estiment que les répercussions négatives sur leurs activités seront de courte durée, compte tenu des liens commerciaux étroits entre l’Arabie saoudite et les Émirats. Les Saoudiens sont également d’importants investisseurs aux Émirats, notamment dans le secteur immobilier de Dubaï.
Alors que les Émirats s’efforcent d’apaiser les tensions, des Émiratis disposant d’une forte présence sur les réseaux sociaux ont reçu des avertissements informels de la part de représentants du gouvernement, les exhortant à ne pas répondre aux critiques saoudiennes de plus en plus nombreuses en ligne. L’un d’eux a déclaré qu’il leur a été conseillé de ne pas se mêler aux problèmes liés à la crise actuelle.
La réception, ces derniers jours, d’un courriel officiel de l’Unesco confirmant la recevabilité en cours de la candidature intitulée ‘‘La Muqaddima d’Ibn Khaldoun (المقدمة)’’ au registre Mémoire du Monde, portée conjointement par la Tunisie, l’Algérie, l’Égypte et la Turquie, marque une étape décisive dans un processus long, exigeant et souvent semé d’obstacles. Il ne s’agit pas seulement d’une bonne nouvelle administrative, mais de l’aboutissement d’un effort intellectuel, diplomatique et culturel mené avec persévérance depuis près de deux ans. (Ph. Statue d’Ibn Khaldoun à Tunis, par Zoubeir Turki).
Abdelhamid Larguèche *
Dès les premières discussions, l’ambition était claire : faire reconnaître La Muqaddima non comme un simple monument du patrimoine arabo-musulman, mais comme une œuvre fondatrice de la pensée historique, sociologique et politique universelle, dont la portée dépasse largement les frontières linguistiques, nationales ou confessionnelles.
Cette conviction, largement partagée dans les milieux académiques internationaux, ne l’était pas toujours au sein des appareils administratifs nationaux, souvent hésitants, parfois réticents, prisonniers de logiques de routine ou de calculs étroits.
Les enjeux de mémoire et de patrimoine
Le chemin fut donc long. Long pour argumenter, expliquer, documenter. Long pour convaincre, dans un contexte où la culture savante peine parfois à s’imposer face à des priorités plus immédiates ou plus visibles. Long aussi parce qu’il fallut affronter, sans jamais s’y laisser enfermer, des hostilités gratuites, des procès d’intention, voire des tentatives de disqualification intellectuelle qui disent beaucoup des crispations contemporaines autour des enjeux de mémoire et de patrimoine.
Face à cela, un collectif international de chercheurs et d’acteurs culturels, placé sous la coordination de trois universitaires, s’est constitué et a travaillé de manière continue depuis mars 2024. Rencontres scientifiques, colloques, tables rondes, expositions documentaires, interventions publiques, échanges avec les institutions nationales et internationales : chaque étape a contribué à construire patiemment un consensus, à la fois scientifique et politique, autour de la légitimité de cette inscription.
Ce travail n’a jamais été conçu comme une compétition entre États ou une captation symbolique d’un héritage commun. Bien au contraire, le choix d’une candidature multinationale a été pensé dès le départ comme un geste fort : celui de reconnaître que La Muqaddima appartient à un espace intellectuel partagé, à une histoire longue des circulations du savoir, et à une humanité soucieuse de comprendre ses propres dynamiques sociales.
Rencontre desmembres du Collectif international de la promotion de La Muqaddima avec le secrétaire général adjoint de l’Unesco, Taoufik Jelassi, le 21 mars 2024, à Paris.
Fidélité à l’esprit critique d’Ibn Khaldoun
Aujourd’hui, alors que la candidature entre officiellement dans les phases d’évaluation prévues par les Lignes directrices générales du programme Mémoire du monde, il convient de mesurer le chemin parcouru. Quelle que soit l’issue finale du processus, une étape essentielle a déjà été franchie : celle de la reconnaissance institutionnelle d’un projet porté par la rigueur scientifique, la coopération internationale et la fidélité à l’esprit critique d’Ibn Khaldoun lui-même.
Dans un contexte mondial marqué par les replis identitaires, les usages idéologiques de la mémoire et les simplifications abusives de l’histoire, cette démarche rappelle opportunément que le patrimoine n’est vivant que lorsqu’il est pensé, discuté, transmis et partagé.
C’est là, sans doute, la véritable victoire de ces deux années de travail.
* Historien, membre du collectif international de la promotion de La Muqaddima.
La Tunisie confirme son attractivité auprès des industriels européens, notamment dans la filière automobile. Le groupe italien Argomm effectue, du 2 au 6 février 2026, une visite de prospection afin d’examiner les conditions de création d’une unité industrielle spécialisée dans les composants techniques en caoutchouc, destinés principalement au secteur automobile.
Conduite par Alessandro Mondini et Marco Rossetti, la délégation s’intéresse à plusieurs zones industrielles stratégiques, dont Menzel Bourguiba, Enfidha et El Fahs, dans l’objectif d’identifier des sites répondant aux exigences techniques et logistiques du projet.
Cette mission s’inscrit dans une démarche d’analyse approfondie du potentiel industriel tunisien, tant en matière d’infrastructures que de positionnement dans les chaînes de valeur internationales.
Un échange stratégique avec FIPA-Tunisia
Dès le 2 février, la délégation italienne a été reçue au siège de FIPA-Tunisia par son directeur général, Jalel Tebib. Les échanges ont porté sur le climat d’investissement, l’environnement réglementaire et les opportunités offertes par la Tunisie dans les secteurs industriels à forte valeur ajoutée.
À cette occasion, Jalel Tebib a mis en avant le poids des investissements italiens dans le tissu industriel tunisien, soulignant leur rôle structurant dans plusieurs filières manufacturières. Il a également réaffirmé la disponibilité de FIPA-Tunisia à accompagner Argomm Group dans l’ensemble des démarches liées à une éventuelle implantation.
Un acteur de référence des composants techniques
Argomm Group est un groupe industriel international spécialisé dans la fabrication de composants techniques en caoutchouc, caoutchouc-métal et matières thermoplastiques. Ses produits sont destinés à des secteurs exigeants tels que l’automobile, la mécatronique, l’électronique, l’hydraulique et diverses applications industrielles.
Présent à travers plusieurs unités de production en Europe et en Asie, le groupe figure parmi les fournisseurs de rang 1 de grands constructeurs automobiles internationaux, un positionnement qui témoigne de son niveau d’expertise technologique et de ses standards de qualité.
La Tunisie, plateforme industrielle en consolidation
Cette visite intervient dans un contexte où la Tunisie cherche à consolider son rôle de plateforme industrielle compétitive, en particulier dans l’industrie automobile et les activités connexes. Le pays mise sur sa proximité avec l’Europe, son capital humain qualifié et son écosystème industriel pour attirer des projets à fort contenu technologique et générateurs d’emplois.
Selon des documents relatifs au dossier de Jeffrey Epstein récemment publiés, des agents du FBI du bureau de Washington ont été dépêchés pour interroger un lanceur d’alerte qui accusait le président Donald Trump d’avoir abusé sexuellement d’une jeune fille il y a 35 ans dans le New Jersey.
Mikey Smith
Ce lot de documents comprend ce qui semble être des notes récapitulatives d’appels passés l’année dernière à une ligne d’assistance téléphonique du FBI pour les lanceurs d’alerte, mentionnant à plusieurs reprises Donald Trump. L’inscription sur une telle liste ne constitue pas une preuve de culpabilité. Et certains témoignages figurant dans le document ont été jugés non crédibles.
L’un d’eux indique : «[Nom masqué] a signalé qu’une amie, non identifiée, aurait été contrainte de pratiquer une fellation sur le président Trump il y a environ 25 ans dans le New Jersey. Cette amie a confié à Alexis qu’elle avait environ 13 ou 14 ans à l’époque et qu’elle aurait mordu le président Trump pendant la fellation. Elle aurait ensuite reçu un coup au visage après avoir ri de cet incident. Elle a également déclaré avoir été victime d’abus de la part d’Epstein.»
Allégations mensongères et sensationnalistes ?
Dans les notes de suivi relatives à ce signalement, les agents ont écrit : «Nous avons parlé avec la personne qui a identifié [Nom masqué] comme étant une amie. Le dossier a été transmis au bureau de Washington pour un entretien.»
Dans un communiqué, le ministère de la Justice a déclaré : «Cette production de documents peut inclure des images, des documents ou des vidéos falsifiés ou soumis de manière mensongère, car tout ce qui a été transmis au FBI par le public a été inclus dans la production conforme à la loi. Certains de ces documents contiennent des allégations mensongères et sensationnalistes contre le président Trump, soumises au FBI juste avant l’élection de 2020. Il convient de préciser que ces allégations sont infondées et fausses, et si elles avaient la moindre crédibilité, elles auraient certainement déjà été utilisées contre le président Trump.»
On ignore si cet entretien a eu lieu.
Le ministère de la Justice a annoncé la publication de nombreux autres documents issus de son enquête sur Jeffrey Epstein, reprenant ainsi les divulgations prévues par une loi visant à révéler ce que le gouvernement savait des agressions sexuelles commises par le financier millionnaire sur de jeunes filles et de ses relations avec des personnalités riches et influentes, dont Donald Trump et Bill Clinton.
Le procureur général adjoint Todd Blanche a indiqué que le ministère publiait plus de 3 millions de pages de documents dans le cadre de cette nouvelle vague de divulgations concernant Epstein, ainsi que plus de 2 000 vidéos et 180 000 images. Les fichiers, qui étaient publiés sur le site web du ministère, comprennent une partie des plusieurs millions de pages de documents que les responsables ont déclaré avoir été retenus lors d’une première publication en décembre.
Des mois de pression publique et politique
Ces documents ont été rendus publics en vertu de la loi sur la transparence des dossiers Epstein, promulguée après des mois de pression publique et politique. Cette loi oblige le gouvernement à ouvrir les dossiers concernant le défunt financier et sa confidente et ancienne compagne, Ghislaine Maxwell.
«La publication d’aujourd’hui marque la fin d’un processus très complet d’identification et d’examen des documents, visant à garantir la transparence envers le peuple américain et le respect de la loi», a déclaré Blanche lors d’une conférence de presse annonçant la divulgation.
La perspective de découvrir des documents inédits liant Epstein à des personnalités a longtemps alimenté les discussions des internautes, les théoriciens du complot et tous ceux qui réclamaient des comptes, même si Blanche a reconnu que cette dernière publication de documents ne répondrait peut-être pas à leurs attentes.
Nous avons longtemps plaidé dans ce journal pour un renforcement des échanges commerciaux entre la Tunisie et la Pologne, dont le marché est très porteur, mais peu de chose a été fait dans cette direction, malgré le dispositif couteux (et pas toujours efficace) du Centre de promotion des exportations (Cepex) à l’étranger. Le Maroc, quant à lui, ne s’est pas fait prier pour lorgner ce pays. Les relations économiques entre le Maroc et la Pologne ont connu, en effet, ces dernières années, une nette accélération, soutenues par un environnement institutionnel stable et par le cadre juridique offert par l’Accord d’association Union européenne-Maroc.Une success story qui peut être inspirante pour nous…
Habib Glenza
En l’espace de cinq ans, la valeur des échanges commerciaux entre les deux pays a presque triplé pour atteindre 2,16 milliards de dollars en 2024. Les exportations polonaises se sont élevées à 925,9 millions de dollars, tandis que les importations en provenance du Maroc ont atteint 1,23 milliard de dollars, soit un total de plus de 2,156 milliards de dollars, à comparer avec les 0,4 milliard de dollars d’échanges tuniso-polonais en 2023 (1). Cela fait du Maroc le principal partenaire commercial de la Pologne en Afrique. Cette dynamique témoigne non seulement de l’ampleur croissante des échanges, mais aussi de leur maturité et de la complémentarité des deux économies.
L’agriculture, pilier du partenariat
L’agriculture et l’agroalimentaire figurent parmi les domaines les plus prometteurs de la coopération bilatérale. Sur la période 2022–2024, les échanges de produits agricoles entre la Pologne et le Maroc ont atteint en moyenne 187 millions de dollars par an, affichant une tendance de croissance stable.
La structure des échanges illustre clairement la complémentarité des marchés. La Pologne importe principalement du Maroc des fruits et des légumes, avec une place particulière pour les framboises surgelées, dont le Maroc est devenu le troisième fournisseur du marché polonais.
À l’inverse, les exportations polonaises vers le Maroc reposent essentiellement sur le blé tendre et les produits laitiers, des catégories stratégiques pour la sécurité alimentaire et la diversification des approvisionnements du Royaume.
Au-delà des flux commerciaux, les deux pays affichent des ambitions plus larges. La Pologne et le Maroc souhaitent renforcer leur coopération sur l’ensemble des chaînes de valeur, de la production animale et de la logistique jusqu’à la recherche, l’innovation et les systèmes de sécurité alimentaire. Cette approche répond aux défis liés à la volatilité des marchés mondiaux et aux effets du changement climatique.
Dialogue politique et visites de haut niveau
Un nouvel élan a été donné aux relations bilatérales avec la visite officielle en Pologne du ministre marocain de l’Agriculture, Ahmed El Bouari, en septembre 2025. La délégation comprenait des représentants de la Comader, la confédération des producteurs agricoles, des acteurs clés du secteur agroalimentaire, ainsi que de hauts responsables institutionnels.
Les échanges avec le ministre polonais de l’Agriculture et du Développement rural, Stefan Krajewski, ont porté notamment sur le développement des échanges commerciaux, la sécurité sanitaire, la coopération scientifique ainsi que la recherche et le développement. Les deux parties ont souligné le potentiel de synergies entre les secteurs agroalimentaires polonais et marocain et leur volonté de bâtir un partenariat moderne et durable.
La visite a également permis à la délégation marocaine de découvrir le potentiel productif et scientifique de la Pologne. La délégation marocaine a notamment visité le site industriel de Polmlek, l’un des leaders polonais du secteur laitier, qui a acquis en 2023 l’entreprise marocaine Jibal et poursuit ses investissements au Maroc. Le programme comprenait également des visites au marché de gros agroalimentaire de Varsovie ainsi qu’à des centres de recherche majeurs, dont l’Université des sciences de la vie (SGGW) et l’Institut d’horticulture.
Un mémorandum signé à Berlin
L’aboutissement de ce processus a été la signature d’un Memorandum of Understanding (MoU) entre les ministères de l’Agriculture de la Pologne et du Maroc lors de la Semaine verte internationale de Berlin, en janvier 2026. Le document a été signé par les ministres Ahmed El Bouari et Stefan Krajewski.
Mis en œuvre par l’Inspection vétérinaire polonaise et l’Office national de sécurité sanitaire des produits alimentaires du Maroc (Onssa), le mémorandum vise à renforcer la coopération en matière de santé animale et de sécurité sanitaire des produits d’origine animale et des aliments pour animaux. Il prévoit des échanges d’informations, une coopération technique et des actions de formation, ainsi qu’un rapprochement des pratiques avec les normes internationales, facilitant concrètement les échanges commerciaux.
Pour les exportateurs polonais, l’approbation récente par l’Onssa du certificat sanitaire pour la viande de volaille d’origine polonaise constitue un signal très positif. D’autres certificats, notamment pour le miel, les semences et d’autres produits agroalimentaires, sont attendus, ce qui pourrait ouvrir de nouvelles perspectives de marché.
Des engagements institutionnels aux projets concrets
Le mémorandum signé établit une base institutionnelle solide pour le rapprochement entre la Pologne et le Maroc. Les deux parties soulignent toutefois que l’enjeu réside désormais dans la traduction de ces engagements en projets concrets, notamment dans les domaines de la recherche, de l’innovation, de la formation et de la levée des barrières non tarifaires.
Dans ce contexte, la participation confirmée de la Pologne à la 17ᵉ édition du Salon international de l’agriculture au Maroc (Siam), prévue en avril 2026 à Meknès, constitue une étape importante. Le pavillon polonais, organisé par le Centre national de soutien à l’agriculture (Kowr), a vocation à devenir une plateforme de contacts d’affaires et d’initiatives sectorielles. Les prochaines visites et échanges institutionnels pourraient ainsi faire entrer la coopération agricole polono-marocaine dans une phase plus opérationnelle et orientée vers les résultats.
Aujourd’hui, le Maroc a surclassé la Tunisie dans plusieurs secteurs stratégiques : tourisme, agriculture, agroalimentaire, pêche, élevage, sport, etc., grâce à la compétence de ses responsables : ambassadeurs, consuls, représentants des ministères de l’agriculture, du commerce, du tourisme et de l’industrie, qui, contrairement aux nôtres, ne se contentent pas de toucher des salaires et de garantir une retraite aisée. C’est là toute la différence, car les deux pays ont pratiquement les mêmes atouts en main. Les uns les utilisent, les autres les dilapident.
La Pologne, devenue membre très important de l’Union européenne (UE), réalise depuis quelques années une croissance économique exceptionnelle, par rapport à l’ensemble des pays membres de l’UE : croissance du PIB dépassant 3,6% et taux de chômage équivalent à 5,2. Bref, un partenaire idéal pour la Tunisie.
La Pologne ne produit pas d’huile d’olive, de dattes (que la Tunisie a du mal à écouler), des agrumes, etc. Durant l’hiver, ce pays importe tous ses besoins en légumes du monde entier.
Depuis 2010, j’ai assisté à plusieurs rencontres B2B organisées conjointement par l’ambassade de Tunisie, le Cepex et la Chambre de commerce polonaise. Toutes ces rencontres n’ont rien apporté à la Tunisie sinon, des dépenses infructueuses et de l’argent «jeté par la fenêtre». Les Marocains ont choisi la voie officielle, à savoir les ministres de l’agriculture des deux pays, et cela a directement ouvert la voie aux hommes d’affaires des deux pays.
La Tunisie figure parmi les plus grands producteurs mondiaux d’huile d’olive. Durant la campagne actuelle, la production devrait progresser de 47 % pour atteindre environ 500 000 tonnes, malgré un recul de la production mondiale.
La Tunisie devrait ainsi se classer deuxième au niveau mondial, derrière l’Espagne et devant l’Italie, selon les estimations du Conseil oléicole international.
Les exportations d’huile d’olive tunisienne au cours du dernier trimestre 2025 ont atteint environ 108 000 tonnes, pour une valeur totale de 1,379 milliard de dinars tunisiens, selon les données du ministère du Commerce et du Développement des exportations.
L’huile d’olive tunisienne continue de briller dans les compétitions internationales grâce à son exceptionnelle qualité, remportant des centaines de prix en 2024 et 2025.
Lors du Concours international d’Istanbul, la Tunisie a remporté 57 prix, dont 44 médailles d’or. Elle s’est classée deuxième au niveau mondial au prestigieux Concours Mario Solinas, organisé par le Conseil oléicole international, en décrochant trois prix majeurs, dont une médaille d’or.
Au Concours international de l’huile d’olive de New York, les marques tunisiennes ont remporté 26 médailles (12 d’or et 14 d’argent).
En 2025, la Tunisie a dominé le concours de Miami avec 62 médailles d’or, surpassant 13 pays participants, et a remporté 83 médailles d’or à Genève, notamment pour des huiles aux bienfaits reconnus pour la santé (riches en polyphénols). Plusieurs marques tunisiennes se sont également distinguées à Stockholm, remportant le prix de la «Meilleure variété».
Ces performances, soit 307 prix remportés dans 16 concours différents pour la seule année 2025, confirment le leadership mondial de la Tunisie dans le secteur de l’huile d’olive extra vierge.
Une décision exceptionnelle du ministère jordanien de l’Agriculture autorisant l’importation de 10 000 tonnes d’huile d’olive tunisienne pour compenser le déficit de production locale de la campagne 2025-2026 a permis le retour de ce produit de grande renommée sur le marché jordanien, a déclaré l’ambassadrice de Tunisie en Jordanie, Moufida Zribi.
Dans une déclaration à l’agence Tunis Afrique Presse (Tap), Mme Zribi a indiqué que l’ambassade de Tunisie et le bureau de l’attaché commercial à Amman avaient mené une campagne intensive de promotion de l’huile d’olive tunisienne, reconnue pour sa qualité exceptionnelle, en multipliant les contacts et les rencontres avec les acteurs économiques des secteurs public et privé.
Ces efforts ont permis de mettre en relation des entreprises et de lancer des opérations d’exportation dès la fin de l’année dernière, qui se poursuivront jusqu’à la fin de la campagne actuelle, impliquant des institutions publiques et privées.
Mme Zribi a souligné la forte demande des consommateurs jordaniens pour l’huile d’olive tunisienne dans les points de vente au détail, où sa haute qualité et ses prix compétitifs sont très appréciés, répondant ainsi à un besoin essentiel de l’alimentation locale.
Plus de 40 importateurs jordaniens, en coordination avec le Centre de promotion des exportations (Cepex), ont effectué des visites de terrain sur les sites de production d’huile d’olive depuis novembre 2025.
Dans un premier temps, cela a conduit à la signature de contrats portant sur la fourniture d’environ 3 000 tonnes d’huile d’olive tunisienne à la Jordanie, avec des prévisions d’augmentation marquée des exportations fin janvier et début février 2026.
L’Association des résidents de l’avenue Hédi Nouira-Ennasr-Ariana (Arahn-Ennasr) et l’Ecole supérieure d’architecture, audiovisuel et design (Esad) ont organisé le samedi 31 janvier 2026 une réunion-débat sur le projet de Complexe éco-culturel d’Ennasr.
Au cours de cette rencontre, le programme fonctionnel et le plan architectural de ce complexe a été présenté par Elyes Kasri, président d’Arahn-Ennasr, et Habib Mhenni, vice-président d’Arahn-Ennasr et architecte général.
Les présents – notamment Mouldi Chaabani (architecte-urbaniste), Saloua Ferjani (architecte-urbaniste), Emna Ayari (architecte), Najla Lahiani (député), Saida Chékir (député), et Mahdi Gaaloul (président du Conseil local de l’Ariana) – ont discuté sur les aménagements possibles (parcs, espaces verts…) en vue de l’édification du complexe éco-culturel projeté à Ennasr, et ont présenté des remarques et des recommandations à ce sujet, qui seront transmises aux autorités compétentes.
A l’issue du débat, il a été recommandé d’associer les composantes de la société civile à la concrétisation de ce projet tant attendu par les habitants de la cité Ennasr et d’adopter une architecture moderniste et attractive pour le complexe culturel.
L’accent a aussi été mis sur la nécessité d’harmoniser le complexe culturel avec l’espace vert avoisinant pour en faire un complexe éco culturel, véritable espace de culture, de détente et de sociabilité, tout en soulignant leur ferme opposition à tout changement de vocation de l’espace vert avoisinant le complexe culturel.
La volonté du président américain Donald Trump de «s’emparer» du Groenland constitue une tentative néocoloniale de la part d’un «shérif» mondial qui ne respecte manifestement pas la souveraineté nationale et les droits fondamentaux de des habitants de cette île européenne. Des manifestations ont d’ailleurs eu lieu à Nuuk, la capitale – les plus importantes de l’histoire du Groenland – et à Copenhague, avec des slogans tels que «Le Groenland n’est pas à vendre» et «Le Groenland appartient aux Groenlandais», soulignant ainsi la volonté d’autodétermination des populations locles.
Isidoros Karderinis *
Parallèlement, les sondages montrent qu’environ 85% des Groenlandais rejettent la perspective d’un rattachement aux États-Unis. Le Premier ministre groenlandais, Jens-Frederik Nielsen, âgé de 34 ans, a aussi qualifié les pressions américaines d’«irrespectueuses» et a appelé à la fin des menaces et des discours d’annexion «entre amis».
La Première ministre du Danemark, Mette Frederiksen, s’exprimant au Parlement, le 20 janvier 2026, a déclaré que son pays traverse «une période sombre», précisant que «le Danemark ne peut négocier sa souveraineté, son identité, ses frontières et sa démocratie».
La cohésion du monde occidental mise à rude épreuve
Le revirement ultérieur du président américain concernant son projet d’occuper le Groenland par la force militaire et l’annulation des droits de douane supplémentaires imposés à huit États membres européens de l’Otan qui s’opposent à son projet d’acquisition de l’île sont pour le moins surprenants, car les dispositions agressives et conquérantes de l’Américain n’ont en réalité pas diminué, tandis que la «fracture» au sein de l’axe euro-atlantique s’est approfondie, mettant à l’épreuve la cohésion du monde occidental.
Mais voyons quelles sont les données concernant le Groenland et pourquoi cette île est si importante.
Le Groenland est la plus grande île de notre planète, avec une superficie de 2 166 086 kilomètres carrés. L’Australie, bien que plus vaste, est considérée comme un continent et non une île.
Le Groenland est actuellement une île autonome et membre du Royaume du Danemark, lequel est membre de l’Otan et allié des États-Unis depuis 1721.
Le Groenland était une colonie danoise jusqu’en 1953. Depuis, il est un comté du Danemark. Il est autonome depuis 1979 et, en 2009, il s’est vu octroyer une autonomie encore plus grande, avec le droit d’exploiter ses ressources naturelles, une mesure que beaucoup ont perçue comme prélude à une indépendance totale.
Le chef de l’État groenlandais est le roi Frédéric X du Danemark (depuis le 14 janvier 2024), représenté par un haut-commissaire. Le chef du gouvernement est le Premier ministre, élu par le Parlement. Le gouvernement est également élu par le Parlement, appelé Landstinget. Les 31 membres du Parlement sont élus par le peuple au scrutin proportionnel simple dans des circonscriptions plurinominales et leur mandat dure 4 ans. Toute personne âgée de 18 ans ou plus a le droit de vote.
La majorité de la population, qui s’élève à environ 56 000 personnes, est composée d’Inuits (Esquimaux), qui se sont mélangés aux premiers colons européens (d’origine danoise et norvégienne) et parlent le groenlandais et le danois.
Cette île arctique est géographiquement située en Amérique du Nord, tandis que sur les plans culturel, démographique et politique, le Groenland est une île liée à l’Europe. Au sud-est du Groenland se trouvent l’océan Atlantique et l’Islande, à l’est la mer du Groenland, au nord l’océan Arctique et à l’ouest la baie de Baffin et le Canada.
La majeure partie de l’île, soit environ 80 % de sa superficie (1 700 000 km²), est recouverte d’une immense calotte glaciaire. Seules les zones côtières sud-ouest et sud-est, qui représentent les 20 % restants, sont libres de glace. Il s’agit de la seule zone habitée et non recouverte de glace, mais elle est aride, parsemée de rochers, de fjords et d’îlots. Chaque été, pendant deux mois, l’île connaît le «soleil de minuit», une lumière continue, tandis qu’en hiver, elle subit la «nuit polaire», une obscurité permanente.
Une terre pauvre avec des gisements d’or, d’uranium et de minerais rares
Le Groenland ne possède pas de réseau routier développé reliant les villes et les villages. Les transports se font principalement par voie maritime et aérienne, avec des aéroports et des héliports répartis sur l’ensemble du territoire. Sur terre, les déplacements se font en motoneige et en traîneau.
L’économie de l’île, dont la monnaie est la couronne danoise et dont le PIB est estimé par la Banque mondiale entre 3,5 et 4 milliards de dollars, repose sur la pêche, qui représente 95 % des exportations du Groenland, et sur la transformation du poisson, une activité industrielle majeure. Quelques habitants pratiquent également une agriculture de subsistance sur la côte sud-ouest, où ils élèvent des bovins, des ovins et de la volaille.
Le Groenland n’est donc pas riche au sens conventionnel du terme, ses ressources étant largement sous-exploitées. Son économie est petite et, pour «survivre», il reçoit une subvention annuelle de 520 millions d’euros du Danemark, soit environ 9 000 euros par habitant. C’est aussi pourquoi nombre d’habitants de l’île hésitent à réclamer une indépendance immédiate du Danemark, qui a par le passé fait preuve de comportements coloniaux.
Le Groenland possède également des gisements d’or, d’uranium et de charbon. Selon des recherches récentes, on y trouve aussi des gisements de pétrole et de gaz naturel. Son territoire recèle également d’importants gisements de terres rares. D’après des données fiables, 25 des 34 minéraux que la Commission européenne a classés comme «matières premières critiques» sont présents sur l’île.
Les États-Unis, cependant, ne considèrent pas le Groenland comme un simple réservoir de matières premières, mais comme une île d’une valeur stratégique qui garantit l’accès, la surveillance et la défense au-dessus des corridors de l’Atlantique Nord et de l’Arctique.
Sur le plan militaire, les États-Unis exploitent déjà la base spatiale de Pituffik au nord-ouest du Groenland, près de Kanak, l’une des villes les plus septentrionales du monde. Cette base abrite des radars d’alerte précoce, intégrés au réseau de défense antimissile américain, et constitue un élément avancé du système Norad pour la détection des tirs de missiles balistiques traversant l’Arctique.
Le Danemark, quant à lui, renforce constamment sa présence dans la région grâce à de nouveaux navires de guerre, des drones et une infrastructure satellitaire.
En conclusion, il convient de souligner qu’en principe, seuls les habitants du Groenland sont compétents pour décider du sort et de l’avenir de leur île. Il est inacceptable que la communauté internationale devienne un monde où les principes du droit international sont bafoués, réduits à néant, et où règne la loi du plus fort. Par conséquent, toute personne démocrate et rationnelle ne peut s’empêcher de crier haut et fort : «Trump, ne touchez pas au Groenland!».
Né en 1938 à Québec, Jean Royer est poète, romancier, essayiste, journaliste culturel et critique littéraire. Une figure importante des Lettres québécoises.
Royer a dirigé les pages culturelles du journal Le Devoir, puis les Editions l’Hexagone.
Complice du poète Gaston Miron, on lui doit plusieurs ouvrages sur la littérature du Québec, anthologies, recueils d’entretiens, essais d’histoire littéraire.
Parmi ses recueils de poésie : Jours d’atelier; Le chemin brûlé; Depuis l’amour; Le lien de la terre.
Il a été président de l’Académie des Lettres du Québec. Il décède en 2019 à Montréal.
Des vagues de populisme traversent aujourd’hui le monde avec une puissance inédite. Aucun continent n’est épargné, aucun régime démocratique n’est à l’abri. De l’Amérique à l’Europe, de l’Inde à l’Amérique latine, le discours politique se simplifie, se durcit, se radicalise. Les slogans remplacent les programmes, l’émotion supplante l’argumentation, et la colère devient une ressource électorale. C’est le triomphe inquiétant du nombre et la défaite de la raison. Plaidoyer pour une démocratie entre élites à l’ère du populisme.
Zouhaïr Ben Amor *
Le populisme se nourrit d’un paradoxe fondamental : il prétend incarner le peuple tout en détruisant les conditions mêmes d’un jugement politique éclairé. Il érige l’opinion immédiate en vérité, la majorité numérique en légitimité morale, et transforme toute complexité en suspicion. Dans ce climat, l’intellectuel devient un ennemi, l’expert un traître, le scientifique un manipulateur.
Face à cette dérive, une question longtemps jugée indécente mérite aujourd’hui d’être posée sans faux-semblants : la démocratie peut-elle survivre lorsqu’elle abdique toute exigence intellectuelle ? Et plus encore : une démocratie fondée sur des élites instruites, responsables et contrôlées serait-elle plus démocratique que le règne aveugle du nombre ?
Le populisme : une pathologie interne de la démocratie
Contrairement à une idée répandue, le populisme n’est pas l’ennemi extérieur de la démocratie. Il en est une dérive interne, un excès logique. Il surgit lorsque la souveraineté populaire est réduite à sa forme la plus brute : le comptage des voix, indépendamment de la qualité du jugement qui les fonde.
Déjà, Platon voyait dans la démocratie athénienne un régime instable, vulnérable à la démagogie. Dans La République, il compare la cité démocratique à un navire confié à une foule ignorante, sourde à la compétence du pilote. Ce n’est pas le peuple en tant que tel que Platon critique, mais l’abandon de toute hiérarchie du savoir.
Plus près de nous, le politicien français Alexis de Tocqueville (1805-1859) identifie un danger majeur des sociétés démocratiques modernes : la tyrannie de la majorité. Celle-ci n’opprime pas par la force, mais par la norme, étouffant toute pensée dissidente sous le poids du consensus numérique (De la démocratie en Amérique).
Le populisme contemporain pousse cette logique à son extrême : il confond volonté générale et opinion majoritaire instantanée, souvent façonnée par les réseaux sociaux, les algorithmes et les émotions collectives. La démocratie devient alors un réflexe, non un processus de délibération.
L’égalité politique et le mythe dangereux de l’égalité cognitive
L’un des dogmes les plus intouchables de la modernité démocratique est l’idée que toutes les opinions se valent. Or cette affirmation, si elle est moralement séduisante, est intellectuellement intenable.
Être citoyen confère des droits égaux, mais ne produit pas automatiquement une compétence égale. Confondre égalité juridique et égalité cognitive revient à nier l’expérience, l’éducation, la formation, l’effort intellectuel. Cette confusion est au cœur du triomphe populiste.
Le philosophe et économiste britannique John Stuart Mill (1806-1873) l’avait parfaitement compris. Dans Considerations on Representative Government (1861), il propose un suffrage plural, où le vote des citoyens les plus instruits aurait un poids supérieur. Non par mépris social, mais par souci d’efficacité politique. Mill pose une question dérangeante mais rationnelle : pourquoi refuser à la politique ce que l’on exige de la médecine, de l’ingénierie ou du droit ?
On ne choisit pas un chirurgien par acclamation populaire. On ne confie pas un pont à un vote majoritaire. Pourquoi alors accepter que le destin d’une nation soit décidé sans exigence minimale de compétence ?
La révolte des masses et la fin du jugement
Le populisme est aussi un phénomène culturel profond. Le philosophe espagnol José Ortega y Gasset (1883-1955) dans La révolte des masses (1930), décrit l’avènement de l’«homme-masse» : un individu convaincu de son droit à décider de tout, sans effort préalable de compréhension.
L’homme-masse ne rejette pas seulement l’élite ; il rejette l’idée même d’excellence. Toute distinction est perçue comme une offense. Toute compétence devient arrogance. Cette mentalité trouve aujourd’hui un terrain idéal dans les réseaux sociaux, où la visibilité remplace la légitimité, et où la viralité tient lieu de vérité.
Dans ce contexte, la démocratie cesse d’être un régime de responsabilité pour devenir un théâtre d’indignations successives. Le jugement politique, qui exige lenteur, mémoire et complexité, est sacrifié au profit de réactions immédiates.
Effondrement du sens politique et banalisation de l’irresponsabilité
La germano-américaine Hannah Arendt (1906- 1975) a montré, notamment dans La crise de la culture, que le mal politique moderne ne procède pas toujours de la monstruosité, mais de la banalité, c’est-à-dire de l’absence de pensée.
Le populisme prospère précisément sur cette absence. Il ne demande pas aux citoyens de comprendre, mais de réagir. Il ne sollicite pas la raison, mais l’affect. Le vote devient un geste cathartique, non un acte réfléchi.
La démocratie, ainsi vidée de son exigence intellectuelle, devient vulnérable à toutes les manipulations. Elle se transforme en machine à légitimer l’irresponsabilité collective.
Faut-il alors confier la démocratie aux élites ?
Le mot «élite» est aujourd’hui presque imprononçable. Il évoque immédiatement l’arrogance, la domination, l’entre-soi. Pourtant, refuser toute forme d’élite revient à accepter implicitement le règne de l’incompétence.
Il faut ici être clair : il ne s’agit ni d’une élite de naissance, ni d’une élite de richesse. Il s’agit d’une élite de savoir, de responsabilité et d’éthique. Une élite sans privilèges héréditaires, soumise au contrôle, révocable, évaluée.
Dans toute société complexe, des élites existent de fait : scientifiques, ingénieurs, médecins, enseignants, juristes. La question n’est donc pas leur existence, mais leur place dans la décision politique.
Refuser leur rôle au nom d’un égalitarisme abstrait, c’est livrer la démocratie à ceux qui crient le plus fort, non à ceux qui comprennent le mieux.
Modèles possibles d’une démocratie protégée du populisme
Imaginer une démocratie entre élites ne signifie pas abolir le peuple, mais réintroduire des filtres rationnels.
Plusieurs modèles sont envisageables :
1. Un bicaméralisme renforcé : une chambre élue au suffrage universel, et une chambre de compétence (scientifiques, juristes, philosophes, économistes), avec droit de veto argumenté.
2. Un suffrage pondéré par le niveau d’instruction ou la formation civique.
3. Des conseils citoyens qualifiés, tirés au sort mais formés longuement avant toute décision.
4. Une démocratie délibérative, où le vote n’intervient qu’après un processus obligatoire d’information et de débat.
Ces modèles ne sont pas antidémocratiques ; ils sont antipopulistes.
Le danger inverse : technocratie et déshumanisation
Toute réflexion honnête doit reconnaître les risques d’une démocratie des élites. L’expertise peut devenir froide, déconnectée du vécu. Les élites peuvent se fossiliser, se reproduire, perdre tout contact avec le réel social.
Le théoricien de la politique, l’allemand Carl Schmitt (1888, 1985) rappelle que la politique ne peut jamais être réduite à une simple gestion technique. Elle implique des choix existentiels, des valeurs, des conflits irréductibles.
C’est pourquoi une démocratie entre élites ne peut être viable que si elle reste ouverte, pluraliste, contrôlée, et si le peuple conserve un droit de regard et de sanction.
Penser contre la foule pour sauver la démocratie
Il est temps d’oser une vérité inconfortable : la démocratie n’est pas sacrée par nature. Elle n’est qu’un outil fragile, qui ne fonctionne que si les citoyens sont capables de discernement.
Lorsque l’ignorance devient majoritaire, lorsque l’émotion remplace la raison, lorsque la compétence est méprisée, la démocratie se suicide lentement sous les applaudissements.
Peut-être faut-il alors accepter cette idée provocante : le salut de la démocratie viendra parfois d’une minorité lucide, et non de la majorité aveugle. Penser contre la foule n’est pas trahir la démocratie. C’est peut-être aujourd’hui la seule façon de la préserver.
* Universitaire.
Références bibliographiques (indicatives) :
Platon, La République.
Alexis de Tocqueville, De la démocratie en Amérique.
John Stuart Mill, Considerations on Representative Government.
José Ortega y Gasset, La révolte des masses.
Hannah Arendt, La crise de la culture ; Eichmann à Jérusalem.
Les chiffres officiels communiqués par le gouvernement marocain à l’issue de l’organisation de la 35e édition de la Coupe d’Afrique des Nations de football mettent en lumière des retombées financières dépassant le milliard d’euros, ravivant le débat sur l’importance des retombées économiques attendues de la Coupe du monde Fifa 2030, que le Royaume coorganisera avec l’Espagne et le Portugal.
Habib Glenza
Selon Ryad Mezzour, ministre de l’Industrie et du Commerce, l’accueil de la CAN au Maroc a généré des revenus directs supérieurs à 1,5 milliard d’euros soit environ 4,8 milliards de dinars tunisiens. Ce chiffre représente un peu moins que la totalité des recettes touristiques de l’exercice 2025 en Tunisie.
Dans une déclaration accordée à l’agence espagnole Efe, le responsable marocain a souligné que l’événement a attiré plusieurs centaines de milliers de visiteurs étrangers, dynamisant de manière significative des secteurs clés tels que l’hôtellerie, le transport, le tourisme, et les services de manière générale, tout en favorisant la création de dizaines de milliers d’emplois.
Mezzour a également insisté sur la dimension stratégique des investissements réalisés dans les infrastructures sportives et logistiques, estimant qu’ils s’inscrivent dans une vision de long terme dépassant largement le cadre ponctuel de la compétition panafricaine.
Développement des services touristiques
Pour l’économiste marocain Khalid Hams, l’intérêt de tels événements mondiaux ne se limite pas à des gains financiers immédiats. Il considère que l’organisation de grandes manifestations sportives contribue avant tout à renforcer l’image du Maroc sur la scène internationale. C’est un facteur déterminant dans l’attractivité du pays auprès des investisseurs et des touristes, a-t-il expliqué, ajoutant que la visibilité offerte par ces compétitions stimule l’investissement dans les infrastructures structurantes, notamment les réseaux routiers, les aéroports et les capacités hôtelières.
Ces événements internationaux contribuent au développement des services touristiques et à la montée en compétence des ressources humaines dans les métiers de l’hôtellerie et du tourisme. L’expert anticipe des retombées durables, à moyen et long terme, dans les secteurs du transport et du tourisme, mais aussi dans l’artisanat, un domaine qui fait vivre près de cinq millions de Marocains. Cette dynamique devrait, selon lui, renforcer la croissance économique et générer une activité soutenue dans l’ensemble des secteurs connexes.
Concernant les infrastructures sportives, Hams plaide pour une gestion durable des stades et des équipements, en encourageant leur exploitation tout au long de l’année à travers la diversification des disciplines et des événements, afin de garantir leur rentabilité et de limiter les coûts d’entretien.
Il faut également mettre en exergue non seulement les superbes stades mis à la disposition des équipes participantes à cette CAN, mais surtout à la praticabilité des pelouses qui ont absorbé des quantités exceptionnelles d’eau, grâce à un système de drainage très efficace, rarement constaté sur des pelouses européennes
Une vision économique à l’horizon 2035
De son côté, l’économiste Mohamed Jadri estime que le Maroc aborde l’organisation la Coupe du monde comme un instrument stratégique au service d’un projet économique global, et non comme une finalité sportive. Il explique que cette approche s’inscrit dans une ambition de transformation économique à l’horizon 2035, visant notamment à doubler le produit intérieur brut (PIB) pour dépasser les 260 milliards de dollars, contre environ 130 milliards actuellement. Cette vision prévoit également l’augmentation du taux d’activité des femmes à 45 %, la réduction des disparités territoriales et l’amélioration du revenu moyen des ménages, avec un objectif de croissance annuelle pouvant atteindre 8 %.
Parmi les autres objectifs figurent l’accueil de 26 millions de touristes par an, le développement de l’industrie automobile avec une production cible de 2 millions de véhicules, ainsi que le renforcement de la souveraineté alimentaire, énergétique et pharmaceutique du pays. Selon Jadri, l’organisation de la CAN a généré des centaines de milliers d’emplois dans les secteurs de la communication, de l’événementiel et des infrastructures. L’activité intense observée dans l’hôtellerie, la restauration et le transport aérien durant la compétition illustre, à ses yeux, le rôle de catalyseur économique joué par ce genre d’événements.
L’économiste conclut en soulignant que les retombées économiques positives du Mondial 2023 dépasseront largement la période de la tenue de la compétition, grâce au renforcement de la visibilité du Maroc dans plus de 180 pays, attirant de nouveaux investissements étrangers. Les principaux bénéficiaires resteront, selon lui, les citoyens marocains, à travers les projets structurants tels que le train à grande vitesse, les autoroutes et les infrastructures génératrices de richesse et d’emplois.
La protection du patrimoine tunisien est une urgence réelle. Personne ne conteste l’état de vulnérabilité des sites archéologiques, ni l’ampleur des pertes causées par le pillage, l’abandon et l’improvisation institutionnelle. Pourtant, l’appel récent à la création d’un ministère des Antiquités et du Patrimoine, malgré son lyrisme mobilisateur, pose plus de problèmes qu’il n’en résout.(Photo : Les citernes d’Oudhna).
Abdelhamid Larguèche *
Derrière l’évidence de la cause se cache une vision idéologiquement clivante de la mémoire et politiquement risquée de l’action publique.
Le texte repose sur une représentation quasi sacrée de la Tunisie comme «musée universel enfoui», faisant de l’archéologie le cœur exclusif de la souveraineté mémorielle. Or la mémoire nationale ne se réduit ni aux vestiges antiques ni aux sites monumentaux. Elle est aussi sociale, conflictuelle, coloniale, ouvrière, contemporaine… En hiérarchisant les mémoires et en sacralisant le passé lointain, on dépolitise l’histoire au lieu de la rendre vivante et partagée.
Une inflation ministérielle dysfonctionnelle
Plus problématique encore est la croyance implicite dans la solution institutionnelle miracle. Dans un État fragilisé, la création d’un ministère supplémentaire relève davantage du symbole que de l’efficacité. Les dysfonctionnements actuels — centralisation excessive, faiblesse des moyens, précarité des métiers du patrimoine, éloignement des territoires — ne seront pas corrigés par un changement d’organigramme. L’inflation ministérielle ne remplace ni une vision démocratique ni une réforme structurelle.
Cet appel révèle aussi une posture familière : celle d’un entre-soi élitaire parlant au nom de la mémoire collective sans intégrer pleinement les habitants des régions concernées, les ouvriers du patrimoine, les jeunes chercheurs précaires ou les collectivités locales. La mémoire devient alors un domaine réservé, confisqué symboliquement par ceux qui en maîtrisent le langage, mais non nécessairement les usages sociaux.
Surtout, dans le contexte tunisien actuel, marqué par les dérives bureaucratiques, la verticalité des décisions et la défiance envers les élites, l’appel à un «acte souverain» sans garde-fous démocratiques est risqué. La culture, lorsqu’elle est administrée verticalement, peut devenir un instrument de domination symbolique plutôt qu’un espace d’émancipation.
Une autre voie est pourtant possible. Plutôt qu’un ministère de plus, la Tunisie pourrait se doter d’un Conseil supérieur de la culture et du patrimoine, instance indépendante, pluraliste et dotée de prérogatives propositionnelles. Placé sous contrôle parlementaire, ce Conseil garantirait à la fois l’autonomie vis-à-vis de l’exécutif et la redevabilité publique. Sa composition : chercheurs, professionnels de la culture et du patrimoine, collectivités locales, acteurs de la société civile et métiers souvent invisibilisés du secteur, permettrait de rompre avec la centralisation verticale et l’entre-soi décisionnel.
La mémoire est un bien commun
Chargé de définir des orientations stratégiques, d’évaluer les politiques publiques et de rendre des avis publics sur les projets de lois et de réformes touchant à la culture, à la mémoire et au patrimoine, ce Conseil constituerait un véritable levier de bonne gouvernance. Il favoriserait la transparence, la coordination institutionnelle et l’ancrage territorial des politiques culturelles, tout en reconnaissant la pluralité des mémoires, y compris locales, sociales et contemporaines.
La question n’est donc pas de savoir comment administrer la mémoire, mais comment la démocratiser.
La décentralisation réelle des politiques patrimoniales, la sécurisation des métiers, l’intégration des universités et la reconnaissance des mémoires locales et contemporaines constitueraient des leviers bien plus efficaces que la sacralisation institutionnelle du passé.
La question n’est donc pas de savoir comment administrer la mémoire, mais comment la démocratiser.
Car la mémoire n’est ni un décor ni un capital symbolique : elle est un bien commun, traversé de conflits, de récits multiples et d’enjeux sociaux.
La protéger exige moins de solennité et plus de politique.