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À Tunis, une mobilisation citoyenne contre la crise du quotidien

20. August 2026 um 22:00

Jeudi 20 août 2026, plusieurs organisations de la société civile ont appelé à manifester à Tunis pour dénoncer la dégradation des services publics, notamment les coupures d’eau et d’électricité ainsi que les pénuries de médicaments. Organisée à l’appel de « Nafas », un mouvement citoyen civil indépendant, la mobilisation a réuni une foule importante venue réclamer des solutions concrètes à la crise économique et sociale et défendre les libertés publiques, les droits politiques et les acquis sociaux.

Le rassemblement a débuté à la place de la République, au Passage. Les participants ont ensuite marché en direction de l’avenue Habib Bourguiba,  jusau’au théâtre municipal. Des organisations de la société civile, des militants et des citoyens ont répondu à l’appel pour dénoncer la détérioration continue des conditions de vie et réclamer des mesures urgentes face à la crise que traverse le pays.

Sur les pancartes et dans les slogans, les mêmes préoccupations revenaient : la hausse des prix, la baisse du pouvoir d’achat, les coupures d’eau et d’électricité, les pénuries de médicaments et la dégradation des services publics. Les manifestants ont également dénoncé le recul des libertés et appelé les autorités à présenter des solutions concrètes à une situation sociale devenue, selon eux, insoutenable.

Nous y reviendrons..

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Flotille Sumud | Wael Nawar poursuit sa grève de la faim en prison

20. August 2026 um 13:16

La «Global Sumud Flotilla» (GSF) a exprimé «sa profonde indignation et sa vive inquiétude» après que le Tunisien Wael Nawar, membre de son comité de pilotage, a entamé une grève de la faim pour dénoncer sa détention préventive en Tunisie, ainsi que celle de trois autres membres de l’organisation.

«La Global Sumud Flotilla exprime sa profonde indignation et sa vive inquiétude suite à l’annonce que Wael Nawar, membre du comité de pilotage, a officiellement entamé la ‘‘grève de la faim Sumud’’ le dimanche 16 août», a déclaré la plateforme dans un communiqué publié jeudi 20 août 2026. Elle a lié cette initiative aux protestations du militant contre son arrestation sur le territoire tunisien, ainsi que contre celles de ses collègues organisateurs Ghassen Henchiri, Ghassen Bougdiri et Nabil Channoufi.

La GSF a rappelé que les quatre hommes «ont été arrêtés en mars 2026, peu après que les autorités tunisiennes ont bloqué le départ prévu de la Global Sumud Flotilla depuis le port de Sidi Bou Saïd». Elle a souligné qu’ils demeurent emprisonnés pour des infractions financières présumées que l’organisation qualifie de «fabriquées de toutes pièces et à motivation politique, constituant une tentative de criminaliser l’action humanitaire et la solidarité organisée avec la Palestine en Tunisie».

Selon la Flottille, «alors que trois co-organisateurs ont été libérés sous des conditions restrictives entravant leur liberté de mouvement, les ‘‘Quatre de Sumud’’ demeurent derrière les barreaux dans des conditions de surpeuplement et de dégradation, avec un accès limité à des soins médicaux vitaux», une situation qui suscite une inquiétude croissante quant à leur état.

Face à cette situation, l’organisation a souligné qu’elle «tient les autorités tunisiennes pour pleinement responsables de l’intégrité physique et de la vie de Wael Nawar et de ses compagnons détenus» et a exigé leur «libération immédiate et inconditionnelle (…), l’abandon de toutes les charges pesant sur eux ainsi que la levée de toutes les restrictions imposées aux organisateurs libérés».

Parallèlement, elle a demandé que, tant qu’ils restent privés de liberté, «les autorités garantissent immédiatement une prise en charge médicale complète et des conditions de détention respectueuses de leurs droits fondamentaux».

Dans son message, la GSF insiste sur le fait que «le harcèlement étatique n’effacera jamais l’impératif moral de mettre fin au génocide à Gaza ni ne dissuadera ceux qui sont solidaires du peuple palestinien», et conclut en réaffirmant qu’elle «soutient fermement Wael Nawar, sa famille et nos camarades emprisonnés, et exhorte la société civile mondiale à exiger leur libération immédiate».

I. B.

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La Cour pénale internationale sous le feu de nouvelles sanctions américaines

20. August 2026 um 11:25
Suite à de nouvelles sanctions à son encontre annoncées par les États-Unis, la CPI a réaffirmé sa détermination à travailler « de façon impartiale et en toute indépendance ». En bref Les États-Unis ont annoncé le 18 août de nouvelles…

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Sebta et Melilla : l’OMDH pointe le désengagement européen

20. August 2026 um 10:09
Dans un rapport sur les récentes tentatives de passage vers Sebta et Melilla, l’Organisation Marocaine des Droits Humains (OMDH) pointe notamment le désengagement des États européens face à leurs obligations internationales en matière de gestion migratoire. En bref L’OMDH consacre…

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«Lettre à Ayachi Hammami, prisonnier politique à Mornaguia»

20. August 2026 um 09:12

Dans une «Lettre à Ayachi Hammami, prisonnier politique à Mornaguia», à l’occasion de l’appel à manifester à Tunis, ce jeudi 20 août 2026, à partir de 18 heures, ses «ami.e.s de Paris et d’ailleurs» appellent à sa libération ainsi qu’à celle de «toutes et tous les prisonnier·es politiques et d’opinion». Nous reproduisons ci-dessous des extraits de cette lettre ouverte.  

Cher Ayachi,

Nous pensons à toi. Chaque jour, ta voix depuis Mornaguia nous rappelle ce que veut dire rester debout.

Tu n’as jamais été un homme de compromis avec l’injustice. Sous Ben Ali déjà, quand tant d’autres se taisaient ou se résignaient, tu travaillais à rassembler ce qui pouvait l’être — à faire converger une opposition démocratique éclatée autour d’une candidature unique, en 2004 avec Mohamed Ali Halouani, puis en 2009 avec Ahmed Brahim. Tu savais que ces candidatures n’avaient aucune chance dans des élections truquées d’avance, verrouillées par un pouvoir qui s’octroyait 90 % des voix. Mais tu le faisais quand même, parce que pour toi la démocratie n’était pas une tactique, c’était une conviction. Tu semais alors ce que d’autres récolteront plus tard.

Après la révolution, tu n’as pas rangé ce combat au tiroir des souvenirs. Tu as continué, avec la même exigence, à défendre l’État de droit, les libertés, la justice indépendante — convaincu, comme tu l’écris toi-même, que «la démocratie se corrige par la démocratie, non par un coup de force contre elle».

Aujourd’hui, c’est cette intégrité même qu’on te fait payer. Te voilà en prison pour tes idées, accusé dans une affaire montée de toutes pièces — et tu as fait de ta cellule, une fois de plus, un espace de résistance : ta grève de la faim, ta lettre ouverte, ta lucidité intacte malgré tout. Tu n’as rien perdu de ta clarté ni de ton courage.

(…)

Mais sache que ton amitié compte pour nous, et que notre fidélité ne faiblit pas. On n’oublie pas, on n’oublierait pas. Nous sommes nombreux à te porter dans nos pensées et à continuer, chacun à sa place, ce que tu as toujours défendu : la liberté, la dignité, le droit du peuple tunisien à choisir son destin.

Le 20 août, tes ami.e.s seront dans la rue à Tunis, à l’appel de Nafas, pour crier ton nom aux côtés de tous les autres — Chaïma, Néjib, Mourad, Jawhar, Issam, Ghazi, Abdelhamid, Ridha, Abir, Zied, Borhen, Chawki… et tant d’autres, connus ou anonymes, que ce pouvoir a choisi de faire taire plutôt que d’écouter.

Nous exigerons ce qui devrait aller de soi : la libération immédiate et sans condition de toutes les prisonnières et de tous les prisonniers politiques et d’opinion.

Tiens bon, Ayachi. On pense à toi, on parle de toi, on se bat pour toi.

Avec toute notre amitié et notre indéfectible solidarité. 

Tes ami.e.s de Paris et d’ailleurs.

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L’extrême droite mondiale, grande amie d’Israël !

20. August 2026 um 08:00

Israël est devenu une entité sulfureuse au sein de la communauté internationale et c’est pour cette raison que le gouvernement du Premier ministre génocidaire Benjamin Netanyahu s’est tourné vers l’extrême droite mondiale où il semble trouver de bons amis surtout parmi les nouveaux dirigeants latino-américains qui sont issus de cette tendance. (Photo : Le président argentin Javier Milei devant le Mur des Lamentations à Jérusalem, le 6 février 2026).

Imed Bahri

Jadis, continent de l’anti-impérialisme et de la libération des peuples, l’Amérique latine est devenue celui du trumpisme et du soutien au sionisme. Avec les nouveaux présidents en place, le continent de Simon Bolivar est devenu celui du soutien à l’idéologie criminelle de Theodor Herzl. Concernant l’Europe, le ministre israélien des Affaires étrangères a chargé les diplomates israéliens d’établir des contacts avec le Rassemblement national français, le parti d’extrême droite espagnol Vox et le parti d’extrême droite des Démocrates de Suède.

Dans le magazine américain The New Yorker, Ishaan Tharoor affirme que le déclin de l’influence internationale d’Israël l’a conduit à rechercher des alliés au sein de l’extrême droite mondiale. Il évoque l’investiture du nouveau président d’extrême droite colombien Abelardo de la Espriella qui a réuni un parterre de ses alliés idéologiques venus de toute la région. Étaient présents à la cérémonie, qui s’est tenue le vendredi 7 août 2026 à Cali, dans le sud-ouest du pays, les présidents argentin Javier Milei, équatorien Daniel Noboa et chilien José Antonio Kast. Leurs victoires électorales, conjuguées au succès de de la Espriella en juin et aux triomphes de la droite au Pérou et en Bolivie, semblent confirmer un changement plus profond dans la politique latino-américaine.

La délégation américaine était dirigée par Todd Blanche, ancien avocat personnel du président Donald Trump, qui attendait encore sa confirmation au poste de procureur général des États-Unis.

Âge d’or dans les relations entre la Colombie et Israël

Parmi les autres personnalités présentes figurait le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Sa’ar, venu en Colombie dans le cadre d’une mission plus large visant à consolider le soutien à son pays. Ses espoirs n’ont pas été déçus, puisque, le lundi 10 août, de la Espriella s’est engagé à transférer l’ambassade de Colombie à Jérusalem et a reconnu la souveraineté israélienne sur le Golan.

Cette dernière décision, l’un des premiers actes du nouveau président colombien dès son entrée en fonction, a fait de la Colombie le seul pays au monde, outre les États-Unis, à considérer ce territoire annexé comme faisant partie d’Israël. Le nouveau gouvernement colombien prévoit également de retirer son soutien à la plainte pour génocide déposée par l’Afrique du Sud contre Israël devant la Cour internationale de Justice.

Cette politique pro-israélienne de Abelardo de la Espriella est aux antipodes de celle de son prédécesseur Gustavo Petro dit Aureliano qui avait rompu les relations diplomatiques avec Israël le 2 mai 2024 et qui avait accusé Netanyahu de perpétrer un génocide à Gaza. Les positions de Petro étaient plus affirmées que celles de plusieurs États du Moyen-Orient ce qui a fait de lui une personnalité très appréciée par les peuples des pays arabes.

Dans une déclaration du 10 août, Sa’ar a qualifié la reconnaissance de la souveraineté israélienne sur le Golan d’acte de soutien «historique» à Israël. Après avoir rencontré de la Espriella la veille de l’investiture, Saar a salué un «nouvel âge d’or dans les relations entre la Colombie et Israël».

Pour Sa’ar, il s’agissait d’un changement bienvenu pour Israël, qui menait une campagne diplomatique publique sur plusieurs fronts, notamment auprès des États-Unis. Ishaan Tharoor considère qu’une grande partie de la bienveillance et de la sympathie manifestées envers Israël après le 7 octobre 2023 s’est dissipée. Le mécontentement envers le gouvernement Netanyahu et le bilan dévastateur de sa guerre à Gaza ainsi que la poursuite des attaques de colons contre les Palestiniens en Cisjordanie ont également influencé les résultats de certaines primaires américaines.

Deux Américains sur trois ont une opinion négative du gouvernement Netanyahu

Plusieurs sondages réalisés au début de l’été ont révélé que près des deux tiers des Américains interrogés ont une opinion négative du gouvernement Netanyahu, tandis qu’un autre sondage a montré qu’une majorité d’Américains souhaitent réduire, voire supprimer, l’aide militaire à Israël. Certains candidats démocrates aux prochaines élections de mi-mandat ont ouvertement qualifié les actions d’Israël de génocide, reflétant une opinion désormais partagée par une part importante de l’électorat démocrate.

Les tensions ne se limitent pas aux Démocrates, même les Républicains sont divisés. Le mois dernier, le vice-président J.D. Vance a critiqué des personnalités de l’establishment israélien, les accusant de «manipuler et de tenter d’influencer l’opinion publique américaine en faveur de la poursuite de la guerre contre l’Iran».

Déclin de l’image d’Israël auprès de l’opinion internationale

L’ambassadeur d’Israël à Washington Yechiel Leiter a balayé d’un revers de main les allégations de tensions dans les relations américano-israéliennes lorsqu’il a été interrogé en juillet lors d’un événement organisé par le Council on Foreign Relations à Washington. Il a affirmé n’avoir constaté «pas la moindre hostilité envers Israël» après «des dizaines de rencontres avec M. Vance». Il a attribué le déclin de l’image d’Israël auprès de l’opinion publique internationale à une jeune génération trop influencée par les réseaux sociaux, réfutant l’idée qu’Israël soit seul dans cette situation. Il a souligné le renforcement des liens de défense avec l’Inde et l’étroite coopération avec les Émirats arabes unis et l’Azerbaïdjan, déclarant : «Nous avons beaucoup d’amis».

Cependant, le nombre de détracteurs d’Israël a indéniablement augmenté. Une enquête du Pew Research Center sur l’opinion publique concernant Israël dans 35 autres pays a révélé une attitude largement négative à l’égard du pays. Si divers gouvernements ont tenté d’imposer des sanctions à Israël, notamment par des mesures symboliques, des pays comme le Brésil et l’Afrique du Sud ont rappelé leurs ambassadeurs, et l’Espagne et la Norvège ont reconnu l’État palestinien exhortant leurs partenaires européens à renforcer les sanctions contre les entités de colonisation israéliennes et à reconsidérer les accords existants avec Israël.

D’autres, notamment la coalition du Sud global connue sous le nom de Groupe de La Haye, ont appelé à un embargo immédiat sur les armes et à l’application des décisions de la Cour pénale internationale. Ils ont également condamné, à chaque occasion, les violations du droit international commises par Israël ainsi que l’hypocrisie des États-Unis qui protègent Israël de toute responsabilité et lui fournissent une aide militaire.

Alors que Netanyahu et ses alliés rejettent les critiques comme une manifestation d’antisémitisme profondément enraciné et présentent des institutions telles que les Nations Unies comme irrémédiablement partiales, ils ont lancé des attaques virulentes sur les réseaux sociaux contre plusieurs dirigeants étrangers, y compris des centristes prétendument pro-israéliens comme le président français Emmanuel Macron, qui a irrité Netanyahu en tentant de relancer l’intérêt international pour la solution à deux États, actuellement au point mort, entre Israéliens et Palestiniens.

Traditionnellement, Israël a évité tout dialogue formel avec les partis d’extrême droite européens, dont beaucoup puisent leurs racines dans les mouvements néofascistes apparus après la Seconde Guerre mondiale. Cependant, l’année dernière, Sa’ar a chargé les diplomates israéliens d’établir des contacts avec le Rassemblement national français, le parti d’extrême droite espagnol Vox et le parti d’extrême droite des Démocrates de Suède, tous porteurs de positions fortement antimusulmanes.

Ainsi, la plus grande solidarité affichée par les dirigeants israéliens actuels avec les nationalistes européens plutôt qu’avec l’establishment politique du continent constitue un étrange paradoxe. Le mois dernier, des membres du Likoud de Netanyahu dont Sa’ar et le ministre de la Défense Israel Katz ont reçu le leader d’extrême droite néerlandais Geert Wilders. Ce dernier avait publié une photo de lui en train de manger des falafels à Jérusalem et visité une colonie illégale de Cisjordanie en compagnie d’un important responsable d’une colonie contre lequel le Parlement néerlandais avait adopté une résolution demandant des sanctions de l’Union européenne (UE). Sa’ar a décrit Wilders comme «un leader courageux et un véritable ami d’Israël».

Selon Tharoor, Israël est devenu une source de profonde polarisation politique en Amérique latine. La gauche continue d’invoquer le passé de la Guerre froide et le soutien apporté par Israël à plusieurs dictatures militaires alliées aux États-Unis, tandis que la droite perçoit la question palestinienne et les groupes armés comme le Hamas et le Hezbollah –liés aux attentats terroristes meurtriers en Argentine– de la même manière qu’elle perçoit les anarchistes d’extrême gauche qu’elle a longtemps cherché à réprimer.

Cette divergence engendre des politiques étrangères contradictoires. En décembre dernier, le nouveau gouvernement de droite bolivien a rétabli les relations diplomatiques avec Israël, rompues par les précédents gouvernements de gauche. Le président chilien José Antonio Kast, entré en fonction en mars et admirateur de l’ancien dictateur Augusto Pinochet, a nommé l’ambassadeur de son pays en Israël, remplaçant celui rappelé deux ans plus tôt par son prédécesseur de centre-gauche.

Milei «fier d’être le président le plus sioniste au monde»

Le président argentin Javier Milei s’est rendu en Israël à trois reprises depuis son entrée en fonction en 2023 et, plus tôt cette année, il a reçu à Jérusalem la Médaille présidentielle d’honneur, la plus haute distinction civile du pays. En mars, lors d’un discours prononcé à l’université Yeshiva de New York, Milei a déclaré être «fier d’être le président le plus sioniste au monde». Un mois plus tard, lui et Netanyahu ont annoncé le lancement des «Accords d’Isaac», un cadre d’accords aux contours flous visant à renforcer les liens entre Israël et l’Amérique latine, inspiré des Accords d’Abraham conclus sous l’égide de Trump entre Israël et quelques États arabes. 

Ces deux dernières années, plusieurs personnalités politiques latino-américaines de droite se sont rendues au Mur des Lamentations à Jérusalem, notamment Javier Milei mais aussi Flavio Bolsonaro, fils de l’ancien président brésilien emprisonné Jair Bolsonaro.

Le sénateur Flavio Bolsonaro est candidat à la présidentielle d’octobre. S’il bat le président sortant de gauche Luiz Inácio Ferreira da Silva dit Lula qui a provoqué la colère des autorités israéliennes en comparant la guerre à Gaza à l’Holocauste, il s’est engagé à suivre l’exemple de certains de ses voisins et à transférer l’ambassade du Brésil à Jérusalem.

L’auteur estime que plusieurs facteurs sous-tendent ces agendas, notamment la montée du christianisme évangélique en Amérique latine, qui a renforcé l’engagement de la droite envers Israël. Jair et Flavio Bolsonaro sont de confession évangélique quant à Javier Milei, il ne l’est pas, il est officiellement catholique mais exprime une fascination marquée pour le judaïsme et déclarant «spirituellement juif». Il a été très critique du défunt Pape François, argentin, et de son pontificat. Les positions humanistes du Pape François ont souvent agacé les dirigeants populistes et nationalistes.

Un autre élément rapproche Israël et les nouveaux dirigeants populistes de l’Amérique latine. Oliver Stuenkel, chercheur principal brésilien-allemand au Carnegie Endowment for International Peace, souligne que le rejet par Israël des Nations Unies, de la Cour pénale internationale et d’autres composantes de l’ordre international s’inscrit dans la politique de la nouvelle droite latino-américaine. Il a déclaré : «Le soutien à Israël est un élément important d’une critique plus large du multilatéralisme. Et puis, bien sûr, il y a Donald Trump!»

«Si vous êtes président d’un pays d’Amérique latine et que vous souhaitez que les États-Unis vous soutiennent dans la lutte contre le crime organisé, le développement de la coopération en matière de sécurité et l’accès aux renseignements et aux armes américaines, ou si vous souhaitez avoir davantage de poids pour faire annuler certains des droits de douane imposés par les États-Unis aux pays d’Amérique latine alors adopter une rhétorique pro-israélienne pourrait être un moyen relativement peu coûteux d’être perçu comme un allié par l’administration Trump», a expliqué Stuenkel.

Netanyahu lui-même doit affronter des élections en octobre. Les responsables de l’opposition soutiennent que le renversement de son gouvernement est indispensable pour restaurer l’image d’Israël et qu’une politique étrangère post-Netanyahu ne s’impliquera pas dans les querelles partisanes d’autres pays. «Les relations extérieures d’Israël n’ont jamais été à un niveau aussi bas», a déclaré le mois dernier l’ancien Premier ministre Yaïr Lapid lors d’un sommet sur la sécurité en Israël. Il a toutefois exprimé l’espoir que «le monde comprenne que le problème d’Israël ne vient pas du pays lui-même mais de son gouvernement»

Alon Pinkas, ancien diplomate israélien et conseiller en politique étrangère de Shimon Peres et de l’ancien Premier ministre Ehud Barak, se montre plus sceptique. «Depuis plus de quinze ans, Netanyahu a détruit l’image de marque et la valeur intrinsèque d’Israël. Sa politique, sa démagogie et sa servilité envers tous les autocrates ont non seulement dévalorisé Israël mais constituent une mutation toxique du sionisme. Les dommages et la dégradation qu’ils ont infligés à l’image d’Israël pourraient être irréparables», a-t-il déclaré.

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Tunisie : la digitalisation de l’administration à l’épreuve des promesses

19. August 2026 um 11:39
La Tunisie veut accélérer sa transformation numérique. Réunis à la Kasbah, la cheffe du gouvernement Sarra Zaâfrani Zenzri et plusieurs ministres ont dressé l’état d’avancement des grands projets de digitalisation de l’administration, avec une promesse ambitieuse : rapprocher les services…

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Les monarchies du Golfe face à un Iran «vainqueur»

19. August 2026 um 08:05

Une «victoire» iranienne dans la guerre contre les Etats-Unis serait une démonstration que l’on peut défier la première puissance mondiale, encaisser ses frappes, perdre son Guide suprême, et demeurer debout. Pour les monarchies du Golfe, cette démonstration-là vaudrait toutes les défaites, et imposent d’avoir une stratégie pour vivre à côté d’un Iran vainqueur de la première puissance mondiale. Ce qui se joue au-delà de l’avenir du Golfe, c’est la crédibilité des alliances américaines, la sécurité énergétique mondiale, le destin du pétrodollar, la place de la Chine et, peut-être, la forme même du premier véritable ordre post-américain du XXI siècle.

Yahya Ould Amar *

Les grandes ruptures de l’histoire ont ceci de commun qu’elles furent, la veille encore, jugées impossibles. La chute de Saïgon, celle du Mur de Berlin, le retrait américain de Kaboul, à chaque fois, l’ordre établi semblait éternel jusqu’à l’instant où il cessa de l’être. Les Etats sérieux doivent toujours anticiper ce qu’ils feraient si l’impensable advient.

Posons donc l’hypothèse si l’Iran, au terme de la guerre qui l’oppose aux États-Unis et à Israël depuis février 2026, sortait «vainqueur» ? L’Iran est vainqueur s’il reste debout et ne perd pas ou reconstitue ses programmes balistique et nucléaire en gardant sa capacité de nuisance démontrée sur le détroit d’Ormuz — face à une Amérique qui, lassée du coût, de l’enlisement et de l’impopularité intérieure, se retire sans avoir obtenu la capitulation qu’elle exigeait.

La victoire iranienne est une démonstration que l’on peut défier la première puissance mondiale, encaisser ses frappes, perdre son Guide suprême, et demeurer debout.

Pour les monarchies du Golfe, cette démonstration-là vaudrait toutes les défaites, et impose d’avoir une stratégie pour vivre à côté d’un Iran vainqueur de la première puissance mondiale. Ce qui se joue au-delà de l’avenir du Golfe, c’est la crédibilité des alliances américaines, la sécurité énergétique mondiale, le destin du pétrodollar, la place de la Chine et, peut-être, la forme même du premier véritable ordre post-américain du XXIᵉ siècle.

Depuis le pacte scellé en 1945 sur le croiseur Quincy entre Roosevelt et Ibn Saoud, l’architecture de sécurité du Golfe repose sur une équation , celle du pétrole contre la protection. Cette équation s’est fissurée bien avant 2026. Les frappes sur Abqaiq en 2019, restées sans riposte américaine, avaient déjà enseigné à Riyad que le parapluie fuyait. Le retrait d’Afghanistan avait montré que l’Amérique savait partir. La guerre actuelle — où les capitales du Golfe elles-mêmes ont été touchées par les salves iraniennes précisément parce qu’elles abritent des bases américaines — a transformé le doute en certitude que la protection américaine est inexistante et devenue un facteur de risque.

Un retrait américain consommerait trois faillites simultanées

La faillite du garant. Une garantie de sécurité ne vaut que par la croyance qu’on lui accorde. Un Iran vainqueur détruirait cette croyance, dans le Golfe et de Taipei à Varsovie. Les monarchies du Golfe découvrent qu’elles ont financé pendant des décennies, à coups de centaines de milliards d’achats d’armements quasiment inutiles, une assurance dont le sinistre révèle qu’elle ne couvrait rien.

La faillite du modèle économique régional incarné par la Vision 2030 saoudienne, la diversification émiratie, et le hub qatari. Tous ces projets présupposent une chose que nul ne songeait à écrire tant elle allait de soi — la paix.  Aujourd’hui après le défaut de la protection américaine, on sait que, désormais, rien ne pourrait se construire sous la menace des drones. Les fonds souverains peuvent absorber un choc pétrolier ; ils ne peuvent pas absorber la fuite durable du capital humain expatrié, qui est la véritable matière première des économies post-pétrolières du Golfe. Un Iran vainqueur, maître du tempo sur Ormuz, détiendrait un droit de veto permanent sur le développement de ses voisins.

La faillite démographique et confessionnelle, avec un Bahreïn à majorité chiite, la province orientale saoudienne — celle-là même où gît le pétrole et vit la communauté chiite —, la communauté chiite du Koweït, la victoire de Téhéran réactiverait des lignes de faille internes que des décennies de prudence avaient assoupies. La subversion redeviendrait moins coûteuse que la guerre, et infiniment plus difficile à dissuader.

Le dilemme du survivant : trois stratégies pour un monde sans garant

Les monarchies du Golfe ne peuvent envisager une autonomie stratégique. En effet cette dernière repose partout et toujours sur trois socles — la science, le nombre, l’usine — et les monarchies n’en possèdent aucun.

Le socle scientifique d’abord, une dissuasion se conçoit avant de se fabriquer. Elle suppose des générations de physiciens, de chimistes, de métallurgistes, un tissu de recherche fondamentale patiemment sédimenté. La bombe pakistanaise elle-même, si pauvre que fût le pays, sortit de décennies de formation d’ingénieurs. Les monarchies, elles, achètent la technologie, elles ne la produisent pas — universités récentes, brevets rares, laboratoires peuplés de chercheurs sous contrat qui repartiront comme ils sont venus. Un État qui importe ses savants importe aussi leur loyauté, et nul ne bâtit un secret d’État sur des visas de travail.

Le socle démographique ensuite. L’Arabie saoudite aligne une vingtaine de millions de citoyens, les Émirats un million à peine sur dix millions d’habitants, le Qatar moins encore. Ces sociétés sous-peuplées, où le national est parfois minoritaire sur son propre sol, ne peuvent ni lever des armées de masse, ni encaisser des pertes, ni militariser leur économie sans la confier à d’autres. Leurs forces reposent déjà sur des techniciens étrangers jusque dans les cockpits et les salles de maintenance. On ne fait pas la guerre en profondeur avec une démographie de comptoir.

Le socle industriel enfin, une industrie d’armement est le sommet d’une pyramide — machine-outil, métallurgie fine, chimie, électronique, réseaux de sous-traitants. Les économies rentières du Golfe n’ont pas construit la base et prétendent ériger le sommet. Même la bombe achetée n’y changerait rien. Une dissuasion louée obéit à son bailleur — la dépendance migrerait de Washington vers Islamabad sans s’abolir. Et la géographie achève l’argument.

Face à ce paysage, les monarchies disposeraient de trois stratégies qui ne s’excluent pas et qui peuvent se combiner. Mais chacune a son prix.

La première est la finlandisation négociée. La Finlande de la guerre froide avait compris qu’on ne déménage pas sa géographie, elle acheta sa liberté intérieure au prix d’une déférence extérieure envers Moscou. La version des monarchies existe déjà, c’est la politique d’Oman depuis un demi-siècle, c’est la reprise du dialogue saoudo-iranien parrainée par Pékin en 2023. Poussée à son terme, elle signifierait un démantèlement des bases américaines, une exigence que Téhéran a déjà formulée – neutralité proclamée dans les conflits impliquant l’Iran, coopération économique en gage de bonne volonté. En contrepartie, la fin des actes de guerre iraniens contre les monarchies du Golfe. C’est la stratégie du roseau. Son prix est la souveraineté diplomatique ; son gain, la survie du modèle économique. Pour des régimes dont la légitimité repose sur la prospérité plus que sur la puissance, le calcul n’est pas absurde.

La deuxième consiste à remplacer un garant défaillant par un portefeuille de garants. C’est la voie déjà engagée, et la plus conforme au génie marchand du Golfe, ne plus dépendre d’un protecteur unique, mais diversifier la sécurité comme on diversifie un portefeuille de fournisseurs. La Chine, premier client du pétrole du Golfe et de l’Iran, a un intérêt existentiel à la libre circulation dans Ormuz. Elle est le seul acteur que Téhéran ne peut se permettre d’étrangler. Le pacte de défense saoudo-pakistanais a déjà esquissé l’adossement à une puissance nucléaire musulmane, mais la dissuasion élargie ne vaut que ce que vaut son garant — Islamabad, qui calibre son arsenal contre l’Inde et survit sous perfusion financière, ne sacrifiera jamais Karachi pour sauver Riyad, et une garantie à laquelle l’adversaire ne croit pas ne protège personne. La Turquie vend ses drones et son savoir-faire, l’Inde sa marine et son marché, la France et la Corée leurs armements sans conditionnalité politique. Israël, enfin, garant paradoxal — le seul qu’on n’ait pas à payer, car contenir l’Iran relève pour lui de la survie et non du service rendu.

Aucun de ces acteurs ne remplacera la Ve flotte américaine ; ensemble, ils tissent un filet de dissuasion diffuse — pas la certitude d’une riposte à une éventuelle agression, mais la certitude, pour l’agresseur, de se fâcher avec tout le monde à la fois. Le prix de cette stratégie est sa lenteur et son ambiguïté ; son gain, l’irréversibilité, un portefeuille ne se retire pas d’un coup, contrairement à un protecteur.La troisième est l’interdépendance.

Reste l’arme du capital. Quatre mille milliards de dollars de fonds souverains ne dissuadent pas un missile, mais ils achètent des intérêts. Investir massivement en Iran même — dans son économie exsangue, ses infrastructures détruites, sa reconstruction inévitable — serait le judo stratégique ultime en transformant le vainqueur en débiteur, faire de la prospérité iranienne un otage de la paix régionale. Une communauté de l’énergie, de l’eau et des infrastructures incluant l’Iran est l’idée la plus contre-intuitive et peut-être la plus féconde. Son prix est un courage politique dont l’histoire offre peu d’exemples. Son gain est la seule paix qui dure, c’est-à-dire celle qui rapporte.

La variable israélienne

Le paradoxe d’une victoire iranienne est qu’elle ferait d’Israël un vaincu stratégique — supérieur sur le champ de bataille, orphelin sur le seul théâtre qui compte, celui de la garantie américaine.

Toute la doctrine israélienne depuis Ben Gourion repose sur deux piliers, la supériorité militaire qualitative et l’adossement à une grande puissance. Un retrait américain sur fond d’échec briserait le second et, à terme, éroderait le premier, car la supériorité qualitative est elle-même fille du réapprovisionnement, du renseignement et du veto américains.

Israël se retrouverait dans la situation qu’il redoute depuis 1948 : seul face à son environnement. Sa réponse la plus probable, à moins d’un accord de paix sur les territoires occupés, serait la fuite en avant. Frappes préventives unilatérales et récurrentes contre tout programme iranien, sortie assumée de l’ambiguïté nucléaire pour restaurer par la terreur ce que l’alliance ne garantit plus, réactivation de la vieille «doctrine de la périphérie» — Azerbaïdjan, Kurdes, Inde, et les fonds marins du renseignement. Un Israël sans garant serait plus dangereux qu’un Israël protégé, c’est le pays dont la vulnérabilité maximise l’agressivité. Il deviendrait l’acteur dont l’intérêt objectif est qu’aucun ordre post-américain ne se stabilise, car tout ordre stabilisé consacrerait la centralité iranienne.

Les accords d’Abraham parrainés par les Etats-Unis reposaient sur un syllogisme désormais caduc, même protecteur, même ennemi, donc même camp. Si le protecteur se retire et que l’ennemi triomphe, le syllogisme s’inverse, l’association ouverte avec Israël, hier police d’assurance complémentaire, deviendrait une provocation gratuite envers le nouveau fort iranien. Les monarchies ne rompraient pas — Israël demeure irremplaçable en trois domaines : le renseignement sur l’Iran, la cyberdéfense, et la technologie. Mais elles feraient ce que les cités marchandes ont toujours fait de leurs liaisons compromettantes, elles les rendraient clandestines. Retour à la situation d’avant 2020 — coopération sécuritaire profonde et déni public — avec cette différence que le mouvement se ferait cette fois à front renversé, hier on cachait Israël pour ménager la rue arabe, demain on le cacherait pour ménager Téhéran. La normalisation ne mourrait pas ; elle retournerait dans la pénombre d’où elle était sortie. Seule exception envisageable, si les monarchies choisissaient la stratégie de l’interdépendance (notre troisième stratégie), elles auraient intérêt à y inclure Israël à terme — non par affection, mais parce qu’un ordre régional dont Israël est exclu est un ordre qu’Israël fera tout pour le défaire.

Un Iran «vainqueur» des États-Unis n’aurait ni les moyens ni, en réalité, l’intérêt de faire la guerre à Israël. La victoire par épuisement laisse le vainqueur exsangue, son axe régional décimé, sa reconstruction prioritaire. Certes, depuis 1979, l’ennemi israélien est la pièce maîtresse de la légitimité révolutionnaire en Iran ; un régime recomposé, fragilisé de l’intérieur par les protestations et la succession, aurait plus que jamais besoin de l’ennemi comme ciment. L’Iran choisirait donc la posture qui a fait ses preuves et qui est ni paix, ni guerre totale — l’attrition calibrée, le seuil nucléaire entretenu comme épée de Damoclès permanente, la reconstitution patiente de l’axe. Il s’installerait ainsi entre Israël et lui un équilibre de la terreur : deux puissances du seuil ou de la bombe, sans lignes rouges négociées, sans téléphone rouge, sans le demi-siècle d’apprentissage qui rendit supportable la dissuasion soviéto-américaine. La guerre froide du Golfe serait plus froide que l’originale — et plus inflammable.

De ce triangle découle, pour les monarchies du Golfe, une quatrième stratégie en devenant les courtiers de cette dissuasion sans règles. Qatar et Oman parlent déjà aux deux camps ; les fonds du Golfe seront indispensables à la reconstruction iranienne comme à l’économie israélienne coupée de ses marchés. Celui qui tient les canaux et les capitaux tient la médiation. Le rôle historique des monarchies dans l’après-guerre ne serait ni de choisir Israël ni de choisir l’Iran, mais d’écrire entre eux les règles que Washington et Moscou mirent des décennies à inventer : lignes directes, codes de conduite, seuils notifiés. La pax americana morte, il n’y aurait pas de pax iranica ni de pax israeliana — il pourrait y avoir une «pax pecuniaria», garantie par ceux qui financent les deux camps.

Ce que le Golfe déciderait, le monde le subirait

On aurait tort de lire ce qui précède comme une affaire régionale. Le choix que feraient les monarchies dessinerait l’ordre mondial de la seconde moitié du siècle, par trois canaux au moins.

Le canal monétaire. Le recyclage des pétrodollars est l’un des piliers discrets de l’hégémonie du billet vert. Des monarchies qui ne croient plus à la protection américaine finiront par se demander pourquoi elles continuent de facturer, d’épargner et de prêter dans la monnaie d’un protecteur défaillant. La facturation partielle en yuan, déjà testée, passerait du symbole à la structure. La fin du pacte du Quincy serait, à terme, un événement monétaire mondial.

Le canal énergétique.Un Ormuz sous condominium irano-golfien, avec la Chine en garant tacite, signifierait que 20 % du pétrole mondial circule désormais sous un régime de sécurité dont l’Occident est absent. L’Europe, qui n’a pas de politique pour ce théâtre, en serait réduite au statut de spectatrice de son propre approvisionnement.

Le canal de l’exemple. Enfin et surtout, un Golfe qui réussirait sa transition — d’un ordre de protection vers un ordre de transaction — offrirait au monde le premier prototype fonctionnel du système post-américain, pas un nouvel hégémon remplaçant l’ancien, mais un concert d’assurances croisées, de dépendances mutuelles et de garanties multiples. Le XIXe siècle avait inventé l’équilibre des puissances ; le Moyen-Orient pourrait inventer l’équilibre des interdépendances.

Enfin, l’Iran, sans le conquérir, aurait contraint le Golfe à changer de monde. Les monarchies, longtemps protégées par la puissance américaine et enrichies par l’ordre qu’elle garantissait, devraient apprendre à survivre au milieu d’un réseau de dépendances croisées — ménager Téhéran sans s’y soumettre, conserver Israël sans l’exhiber, attirer Pékin sans remplacer une tutelle par une autre, mobiliser Islamabad, Ankara, Delhi ou Paris sans croire qu’aucun d’eux deviendra le nouveau Washington, et surtout transformer leur puissance financière en instrument de paix. Si elles y parvenaient, la disparition de la pax americana déboucherait sur quelque chose d’inédit, un ordre fondé sur la transaction, moins sur l’hégémonie que sur l’interdépendance, une véritable pax pecuniaria. Et c’est précisément pourquoi l’issue de cette crise dépasserait de loin Ormuz, ce que les monarchies du Golfe inventeraient pour survivre à l’Amérique pourrait bien devenir, demain, la manière dont le monde apprendrait à vivre après elle.

* Economiste, banquier et financier.

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Moi, président(e)… Clément Sénéchal : « Je mettrais fin à la Ve République »

18. August 2026 um 13:19
Dans ce nouvel épisode, l’ancien chargé de campagne climat de Greenpeace France et auteur de Pourquoi l’écologie perd toujours, le sociologue Clément Sénéchal décline les premières mesures qu’il prendrait à l’Élysée : régularisation des sans‑papiers, garantie d’emploi et fiscalité climatique…

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Tunisie – Algérie | Le grand reniement de l’été 1962

18. August 2026 um 12:40

Comment l’«armée algérienne des frontières», logée et nourrie par la Tunisie, a retourné ses armes contre son hôte dès l’indépendance algérienne, acquise en 1962. Ce rappel historique ne cherche pas à enfoncer un coin entre deux pays «frères, amis et voisins», comme on dit habituellement, et qui ont appris, au fil des décennies, à coopérer dans le respect de leurs intérêts mutuels, mais à maintenir présent à l’esprit des faits qui ne doivent jamais être oubliés ou passés sous silence au prétexte de ne pas remuer l’eau stagnante du conformisme. (Photo: Combattants de l’ALN à Ghardimaou en Tunisie en mars 1962).

Elyes Kasri *

La mémoire des relations maghrébines contemporaines reste profondément marquée par la fracture de l’été 1962. Au cœur de cette rupture se trouve la trajectoire de l’Armée de libération nationale (ALN) algérienne basée à l’extérieur, surnommée «l’Armée des frontières», dont le passage sur le sol tunisien et les choix politiques post-indépendance ont durablement redéfini la géopolitique régionale. (Lire à ce sujet « Algérie 1962 : reportage dans les rangs de l’Armée de libération nationale », par Béchir Ben Yahmed (Jeune Afrique, mars 1962).

Le confort de la base arrière face au sacrifice des maquis :

À partir de 1958, le conflit algérien subit un tournant stratégique. Le commandement militaire français érige les lignes Morice et Challe, des barrières électrifiées et minées qui coupent hermétiquement l’Algérie de ses voisins tunisien et marocain.

Cette situation engendre une scission majeure au sein des forces nationalistes entre :

– celles de l’ALN de l’intérieur confinées dans les wilayas historiques : les maquisards subissent de plein fouet les grandes offensives françaises. Privés d’approvisionnement en armes et en soins, ils paient un tribut humain considérable ;

– et celles de l’ALN de l’extérieur : sous la direction du colonel Houari Boumédiène, près de 30 000 hommes se structurent en Tunisie, notamment autour du quartier général de Ghardimaou.

Préservée du gros des combats par le blocus de la frontière, cette force s’entraîne, s’arme lourdement auprès du bloc de l’Est et bénéficie d’une infrastructure logistique stable offerte par l’État tunisien.

Cette asymétrie suscite rapidement de vives tensions critiques. Dans les maquis exsangues de l’intérieur, l’armée de l’extérieur commence à être désignée sous les qualificatifs sévères d’«armée des planqués» ou de «touristes de Tunis».

Le politologue et historien Mohammed Harbi, lui-même ancien cadre du FLN, a largement analysé cette réalité : «L’Armée des frontières s’est constituée en dehors des combats réels du territoire national. Elle représentait une force d’appareil, un instrument de pouvoir politique plutôt qu’une force de libération active sur le terrain» (Mohammed Harbi, ‘‘Le FLN, mirage et réalité’’, 1980).

À l’été 1962, lors de la crise dite «de l’été», cette armée intacte et disciplinée marche sur Alger, écartant le Gouvernement provisoire (GPRA) et prenant le contrôle des structures de l’État pour fonder l’Armée nationale populaire (ANP).

L’accueil tunisien et le compromis de la Borne 233 :

L’installation de l’appareil politique et militaire algérien en Tunisie s’est faite avec l’appui direct du président Habib Bourguiba. Ce soutien s’est traduit par des coûts matériels et humains significatifs pour la jeune République tunisienne, illustrés notamment par le bombardement par l’armée française du village frontalier de Sakiet Sidi Youssef, le 8 février 1958, qui fit des dizaines de victimes civiles tunisiennes.

Parallèlement, un contentieux territorial existait concernant le tracé de la frontière saharienne. Durant la période coloniale, l’administration française avait unilatéralement modifié les délimitations au profit des Territoires du Sud de l’Algérie, englobant des zones potentiellement riches en hydrocarbures au détriment de la Tunisie (notamment autour de la Borne 233 / Garat El Hamel et du secteur d’El Borma).

Pour préserver la cohésion de la lutte de libération, Habib Bourguiba accepte de formaliser un compromis temporaire. Le 6 juillet 1961, un accord est signé à Tunis entre le gouvernement tunisien et Ferhat Abbas, président du GPRA.

Cet accord stipulait explicitement que les revendications territoriales tunisiennes étaient légitimes, mais que leur règlement définitif et la restitution des portions sahariennes contestées seraient traités de manière fraternelle au lendemain de l’indépendance de l’Algérie.

L’accord du 6 juillet 1961 ou le contrat de confiance bafoué :

L’argument souvent avancé par la suite selon lequel les frontières coloniales étaient intangibles occulte un document historique capital : cet accord officiel de 1961.

Ce texte prévoyait noir sur blanc la création d’une commission mixte tuniso-algérienne chargée de redéfinir le tracé frontalier saharien (autour de la borne 233) immédiatement après l’indépendance. Le GPRA y reconnaissait formellement le préjudice territorial subi par la Tunisie sous l’administration coloniale française.

En reniement complet de la signature du GPRA à l’été 1962, le clan militaire de Houari Boumédiène n’a pas seulement appliqué le droit international de l’époque ; il a orchestré un coup de force politique contre les engagements solennels de ses propres pères fondateurs civils.

La rupture de 1962 et l’établissement du rapport de force :

Dès l’accès à l’indépendance en juillet 1962 et l’évincement des cadres civils du GPRA par le commandement militaire de Boumédiène, les nouveaux dirigeants d’Alger opèrent un revirement complet sur la question des frontières.

Le principe de l’uti possidetis juris (l’intangibilité des frontières héritées de la colonisation) est immédiatement opposé à Tunis, annulant de fait les engagements contractés en 1961.

Avec le recul historique et géopolitique, ce principe adopté par l’Organisation de l’unité africaine lors du sommet du Caire (1964) prend de plus en plus l’allure d’une supercherie et d’une tentative de blanchiment du partage colonial fait par les puissances européennes lors du Congrès de Berlin de 1878.

Les diplomates et historiens soulignent le sentiment d’amertume engendré par cette volteface algérienne : «Le revirement algérien de 1962 sur la Borne 233 fut un choc pour Tunis. L’Algérie nouvelle, forte de l’arsenal militaire accumulé sur le sol tunisien, a immédiatement adopté un rapport de force hégémonique, opposant une fin de recevoir absolue aux requêtes de Bourguiba et menaçant d’utiliser la force si la Tunisie n’actait pas l’abandon de son Sahara», notait à ce propos Chantal Chanson-Jabeur, dans ‘‘Le différend frontalier tuniso-algérien’’ (in Cahiers de la Méditerranée).

Face aux revendications persistantes de Tunis, l’État algérien déploie des unités militaires le long de la frontière saharienne. Confronté à une disproportion manifeste des forces militaires, le gouvernement tunisien choisit la voie de la désescalade diplomatique pour éviter un conflit ouvert.

Le président Habib Bourguiba exprimera publiquement, lors d’un discours officiel devant l’Assemblée nationale, en 1962, cette frustration lors de plusieurs allocutions officielles : «Nous avons partagé notre pain, nos terres et notre sécurité avec nos frères algériens. Nous avons essuyé les bombes de Sakiet Sidi Youssef pour leur cause. Voir aujourd’hui une armée que nous avons aidé à nourrir et à abriter se retourner contre nos frontières et nous menacer par les armes pour garder les terres que la France nous avait volées est une amère démonstration d’ingratitude.».

Du sanctuaire au chantage ou le crépuscule de la fraternité:

L’amertume tunisienne face à cet épisode ne relève pas seulement de la perte géopolitique, mais du cynisme de la méthode. Les troupes de l’ALN, incapables de briser le blocus français, avaient trouvé en Tunisie un sanctuaire inespéré où elles ont été nourries, soignées et protégées au prix de vies tunisiennes.

La tragédie de l’été 1962 réside dans ce basculement : cette même force militaire, devenue puissante grâce à l’hospitalité tunisienne, s’est retournée contre son bienfaiteur dès le lendemain de sa libération.

Face aux demandes légitimes de restitution de la Borne 233, Alger n’a pas répondu par le dialogue, mais par le déploiement de blindés et des menaces d’invasion.

Ce grand reniement a brutalement dissipé les illusions d’une fraternité maghrébine désintéressée — souvent résumée par le slogan populaire «Khawa Khawa» —, installant à sa place la dure réalité d’un rapport de force militaire dicté par la découverte des gisements de pétrole d’El Borma.

Ce différend frontalier a abouti le 16 avril 1970 à la signature d’un accord de délimitation de la frontière entre les deux États, entérinant le tracé colonial au profit de l’Algérie et taisant les revendications tunisiennes sur le secteur d’El Borma.

La conjoncture de cet accord et les modalités de sa signature rappellent de nombreux accords internationaux signés sous la pression et qui ont fini par s’estomper en raison de l’évolution de la conjoncture bilatérale ou internationale car bien mal acquis ne profite jamais.

فلا عاش في تونس من خانها

و لا عاش من ليس من جندها

نموت و نحيا على عهدها

حياة الكرام و موت العظام

* Ancien ambassadeur.

Éléments bibliographiques:

– Harbi, Mohammed, Le FLN, mirage et réalité : des origines à l’indépendance (1945-1962), Éditions Jeune Afrique, 1980.

– Meynier, Gilbert, Histoire intérieure du FLN (1954-1962), Fayard, 2002.

– Toumi, Mohsen, La Tunisie de Bourguiba à Ben Ali, PUF, 1989.

– Stora, Benjamin, Histoire de la guerre d’Algérie (1954-1962), La Découverte, 2004.

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La Tunisie et le spectre du sous-développement

18. August 2026 um 11:37

Le désordre et l’improvisation qui gagnent l’action publique tunisienne ne sont plus de simples accidents de parcours : à force de s’y habituer, le pays risque de basculer dans le sous-développement. Face à l’inertie du sommet de l’État, un sursaut citoyen et une gouvernance locale enfin imputable sont nécessaires pour rétablir la situation.

Ali Guidara *

Il suffit de traverser une ville tunisienne un jour ordinaire pour mesurer l’ampleur du glissement. Ruptures d’approvisionnement de certains produits, chantiers publics à l’abandon, feux de circulation ignorés, trottoirs envahis, déchets qui s’accumulent dans de nombreux espaces, même devant des administrations publiques : ce désordre diffus n’est plus un accident du quotidien, il est devenu le décor permanent d’un pays qui semble avoir perdu la maîtrise de ses propres rouages.

L’indiscipline et le laisser-aller se sont banalisés à tous les étages, du citoyen qui brûle un feu rouge ou qui jette ses poubelles sur la voie publique au fonctionnaire qui classe un dossier sans jamais le traiter. Derrière ces signes se profile un spectre bien plus grave : celui du sous-développement.

Un pays qui s’ampute de ses forces vives

Ce délitement se lit aussi dans les chiffres et dans les regards. La confiance dans l’avenir du pays s’est effondrée – c’est sans doute là l’échec le plus grave qu’une nation puisse connaître. Cette érosion se traduit par un phénomène que les autorités préfèrent ignorer : l’exode. Des milliers de jeunes, souvent parmi les plus qualifiés, choisissent chaque année la voie légale de l’émigration ou celle, tragique, de la traversée clandestine. Médecins, ingénieurs, informaticiens et autres partent ailleurs parce qu’ils ne voient plus, chez eux, de place pour leurs compétences ni de garanties pour leur avenir. Un pays qui exporte sa jeunesse la plus formée s’ampute lui-même de ses forces vives, et nourrit, un peu plus chaque année, le spectre qui plane sur son avenir.

À l’origine de cette spirale, il y a une réalité qui saute aux yeux depuis des années : l’incompétence et l’absence de décision qui caractérisent l’action publique, mais aussi un climat de découragement social et bureaucratique.

Au sommet de l’État, les décisions elles-mêmes se raréfient ; elles cèdent la place à un discours dogmatique, répétitif et stérile, qui tient lieu de politique.

Un navire dans la tempête

Pendant ce temps, les nominations aux postes publics obéissent davantage à des logiques d’allégeance qu’à des critères de compétence. L’administration, censée être l’ossature de l’État, s’est transformée en labyrinthe où chaque dossier devient un parcours d’obstacles. Ce n’est pas seulement un problème de personnes : c’est un vide de méthode et de vision. Gouverner sans décider, se réfugier dans le verbe plutôt que dans l’action, revient à laisser un navire déjà pris dans la tempête sans personne à la barre.

Le véritable danger n’est pourtant pas la crise elle-même – les nations traversent des crises et s’en relèvent. Le danger, c’est l’accoutumance à ce qui devrait rester intolérable. C’est le moment où le désordre cesse de choquer, où la saleté devient normale, où l’absence d’action au sommet n’étonne plus personne.

Cette normalisation silencieuse est le véritable seuil de bascule vers le sous-développement : non plus une difficulté conjoncturelle que l’on affronte avec détermination, mais un état permanent auquel on s’adapte avec résignation. Le sous-développement n’est pas seulement affaire de statistiques économiques et sociales ; c’est une dégradation qui touche les institutions, l’éducation, la santé, l’aménagement du territoire, et jusqu’à la manière dont un peuple se pense lui-même. Il s’installe rarement par une rupture brutale : il progresse par petites capitulations, par habitudes prises, par exigences abandonnées.

Un pays qui s’habitue à mal fonctionner cesse, un jour, de chercher à bien fonctionner – et ce jour-là, le déclin cesse d’être un accident pour devenir une trajectoire. C’est ainsi que le pays s’enfonce dans un retard qu’il peine chaque jour davantage à combler.

Le sursaut ne peut être que collectif

Face à ce spectre, il serait vain d’attendre un sauvetage venu d’en haut. Les dernières années l’ont montré : les solutions promises par le sommet de l’État tardent, se diluent ou ne viennent tout simplement pas. C’est pourquoi le sursaut ne peut être que collectif, populaire, et d’abord local. Il appartient aux citoyens eux-mêmes de reprendre en main un pays qui leur appartient, de redevenir exigeants envers leurs institutions comme envers eux-mêmes, de refuser que le laisser-aller devienne une culture.

Ce sursaut suppose que chaque citoyen accepte de devenir, à son échelle, comptable de lui-même : de son quartier, de sa consommation, de son civisme, de son vote, de son engagement associatif. Aucune administration, si bien dotée soit-elle, ne peut se substituer à cette responsabilité individuelle et collective.

Ce sursaut nécessite aussi un cadre institutionnel : une gouvernance locale imputable – une urgence plus que jamais vitale pour sauver le pays. C’est cette architecture qui mettra gouvernés et gouvernants devant leurs responsabilités respectives.

Il ne s’agit pas d’un slogan décentralisateur de plus, mais d’un changement de méthode : donner aux collectivités locales et à leurs élus les moyens et la responsabilité réelle de gérer ce qui les concerne directement – propreté, transport, sécurité de proximité, développement économique local – avec une gestion transparente et des mécanismes de contrôle, en coordination avec les autres échelons de l’État.

Dotées de véritables leviers économiques et institutionnels, ces collectivités pourraient bâtir des pôles compétitifs capables même d’attirer investisseurs et talents, plutôt que de les voir s’en aller. C’est à cette échelle, la plus proche du quotidien, que la confiance peut se reconstruire, que les résultats deviennent visibles et que la gestion devient évaluable. C’est aussi une solution pour mobiliser les compétences dans la prise de décision et la gestion des affaires, et pour écarter l’improvisation et l’amateurisme de la chose publique.

Une approche ascendante, du bas vers le haut, n’est pas un renoncement à l’État central : c’est la condition pour qu’il redevienne crédible. Cela suppose toutefois une rupture précise : les collectivités locales ne doivent pas dépendre d’un ministère de l’Intérieur dont la vocation n’a jamais été celle du développement territorial, et dont la nature et le fonctionnement, hérités des républiques centralisatrices d’une autre époque, sont aujourd’hui dépassés, voire nuisibles. La nomination des gouverneurs et des délégués, calquée sur le modèle préfectoral français, en est l’illustration la plus criante : des responsables désignés par décret, sans la moindre légitimité électorale, redevables au seul pouvoir central.

Il est d’ailleurs regrettable de constater que la gestion des collectivités locales a été transférée à nouveau sous tutelle du ministère de l’Intérieur depuis 2021, renforçant la logique sécuritaire du régime.

Il n’y a pas de sauveur, prenez-vous en charge !

Tant que l’action publique restera pensée loin du terrain, dans les seuls cercles d’un pouvoir central, a fortiori sous un régime autocratique opaque et sans contre-pouvoirs, elle continuera de se heurter à l’indifférence ou à la défiance des citoyens. À l’inverse, une gouvernance locale représentative, évaluée par ses résultats, peut redonner du sens à l’action publique et, progressivement, restaurer la confiance perdue. Ce sursaut par le bas ne dispense pas, pour autant, d’une refondation au sommet de l’État, qui, elle, demeure plus que jamais nécessaire.

Le sous-développement ne s’installe pas toujours brutalement. Il s’infiltre par l’habitude, par la résignation, par l’attente d’un sauveur. La Tunisie n’est pas condamnée à ce destin, mais elle ne l’évitera pas en attendant que la solution tombe d’en haut. Elle l’évitera le jour où les Tunisiens décident de devenir les architectes de leur propre destin et les responsables de leurs propres choix.

Docteur en politiques publiques.

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Les Talibans veulent ouvrir un nouveau chapitre avec les États-Unis !

18. August 2026 um 08:01

Cinq ans après le retrait américain et leur retour au pouvoir, les Talibans souhaitent le retour de Washington en Afghanistan mais sous une forme radicalement différente : une présence diplomatique et des investissements économiques mais sans présence militaire. De leur côté, les Américains restent très prudents car même si Donald Trump n’est pas très regardant sur les droits humains, l’oppression des femmes par le sulfureux mouvement islamiste est telle que sauter le pas et ouvrir une nouvelle page avec les Talibans est loin de soulever l’enthousiasme de l’administration américaine. (Photo: Amir Khan Muttaqi).

Imed Bahri

Selon le New York Times, ce changement est clairement perceptible dans les déclarations du ministre afghan des Affaires étrangères Amir Khan Muttaqi qui a appelé les États-Unis à rouvrir leur ambassade à Kaboul et à maintenir une présence diplomatique dans son pays ainsi qu’à investir dans les minerais et les infrastructures notamment les barrages et les routes. 

Muttaqi présente cette invitation comme le début d’un «nouveau chapitre» dans les relations bilatérales, fondé sur le respect mutuel et la coopération plutôt que sur la guerre et le conflit.

Le NYT associe cette initiative à une tentative plus large des Talibans de sortir de l’isolement international dans lequel ils sont depuis leur retour au pouvoir en 2021. Ils ont intensifié leurs efforts diplomatiques et économiques en renforçant leurs relations avec la Russie et les pays d’Asie centrale, en concluant des accords commerciaux, en s’ouvrant aux États du Golfe et en coopérant avec plusieurs pays européens sur la question du rapatriement des migrants afghans.

Obstacles majeurs à Washington

Les Talibans considèrent le rétablissement d’une forme de relation avec Washington s’il se concrétise comme un grand succès diplomatique. Ils souhaitent que ceci ait lieu tant que le président Trump est encore au pouvoir car il accorde une grande importance aux deals et aux intérêts commerciaux et économiques.

Par conséquent, le mouvement tente de se présenter aux États-Unis comme une autorité capable d’imposer la sécurité et la stabilité et de créer un environnement propice aux investissements étrangers, bien que cette ambition se heurte à d’importants obstacles à Washington.

En effet, l’administration américaine ne semble pas actuellement disposée à normaliser ses relations avec les Talibans. De fait, elle a pris des mesures ces derniers temps qui ont creusé le fossé entre les deux camps.

Par ailleurs, les États-Unis conditionnent tout engagement avec les Talibans à la lutte contre le terrorisme et au respect des droits humains, alors même que le mouvement continue d’imposer de fortes restrictions aux femmes et aux filles dans le domaine de l’éducation.

Washington a également rejeté plusieurs revendications formulées précédemment par les Talibans, tandis que le mouvement n’a pas répondu aux demandes du président Trump, notamment le retour du contrôle américain sur la base aérienne de Bagram, la restitution des armes américaines laissées en Afghanistan après le retrait et le cas d’un citoyen américain qui, selon Washington, est détenu par les Talibans ce que ces derniers démentent.

À l’inverse, les Talibans tentent de convaincre Washington que le retour des Américains n’implique pas le retour des forces militaires. Muttaqi, selon le NYT, affirme que les Afghans n’acceptent pas une présence militaire étrangère sur leur territoire, compte tenu de la longue expérience historique du pays en matière d’interventions étrangères. C’est pourquoi les Talibans privilégient une approche fondée sur a représentation diplomatique, l’investissement et le commerce plutôt que sur des bases militaires.

Ressources minérales vitales

L’offre des Talibans met l’accent notamment sur les richesses minières de l’Afghanistan.  Le pays possède d’importantes réserves inexploitées de lithium, de cuivre et de minerai de fer, ainsi que des terres rares.

Certaines personnalités américaines interrogées par le NYT estiment que cette question pourrait constituer un point d’entrée concret pour relancer le dialogue entre Washington et Kaboul, d’autant plus que l’administration Trump a tendance à privilégier les intérêts économiques et les accords commerciaux.

Le journal américain rappelle l’expérience passée des États-Unis soulignant qu’ils ont dépensé près d’un milliard de dollars entre 2004 et 2021 pour tenter de développer le secteur extractif afghan, sans obtenir de résultats tangibles.

Actuellement, le gouvernement taliban a déjà commencé à signer des accords d’investissement minier avec des entreprises internationales, ce qui témoigne de sa volonté d’exploiter les ressources naturelles du pays afin d’attirer des capitaux étrangers.

Le NYT rappelle aussi que les pays européens ont commencé à dialoguer avec les Talibans notamment sur la question de l’immigration et de l’expulsion des demandeurs d’asile afghans déboutés ou des criminels de droit commun condamnés.

Les rencontres qui ont eu lieu entre diplomates afghans et européens sont le signe d’un assouplissement progressif de la distance politique qui avait caractérisé les premières années du retour au pouvoir des talibans.

Toutefois, cette ouverture ne constitue pas une reconnaissance internationale formelle du gouvernement taliban. Les pays européens ne reconnaissent toujours pas ce gouvernement comme l’autorité légitime en Afghanistan et les Talibans demeurent exclus des principales institutions internationales.

Par ailleurs, le chef du mouvement Haibatullah Akhundzada fait l’objet d’un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes contre l’humanité liés à la politique du mouvement à l’égard des femmes et des filles.

À Washington même, des voix se sont élevées pour réclamer une réévaluation de la politique d’isolement total des Talibans. D’anciens diplomates et chercheurs américains affirment que la poursuite du boycott pourrait nuire aux intérêts américains, notamment compte tenu de l’influence croissante de la Chine et de la Russie en Afghanistan.

Washington moins enthousiaste à l’idée d’un retour

Ces observateurs estiment qu’une présence diplomatique américaine à Kaboul offrirait à Washington une plus grande marge de manœuvre pour influencer l’évolution de la situation en Afghanistan, défendre ses intérêts économiques, renforcer ses relations avec les États d’Asie centrale et contrebalancer l’influence de la Chine et de la Russie.

Le chercheur Hassan Abbas résume l’essence du dilemme en affirmant que les Talibans n’ont pas encore fait assez pour modifier la position de la communauté internationale à leur égard et que toute véritable ouverture nécessite un changement dans certaines de leurs politiques, ce que le mouvement ne semble pas prêt à proposer pour le moment.

Alors qu’il y a quelques années, la question portait sur le retrait militaire américain d’Afghanistan, elle porte aujourd’hui sur un éventuel retour des États-Unis dans le pays, non pas en tant que force militaire mais en tant que puissance diplomatique et économique, un retour que les talibans semblent souhaiter ardemment tandis que Washington hésite encore à en payer le prix politique et sécuritaire. 

Il faut rappeler que depuis leur retour au pouvoir, les talibans n’ont montré aucun signe d’évolution sur les questions sociétales et particulièrement la condition des femmes. Depuis 2021, ils imposent aux femmes et aux filles en Afghanistan une exclusion systématique de la vie publique et des discriminations extrêmes que l’ONU qualifie « d’apartheid de genre ». Privées d’éducation secondaire et supérieure, d’accès à la plupart des emplois et de liberté de mouvement sans tuteur masculin, les Afghanes subissent une répression totale renforcée par de nouvelles lois punitives. Dans ce contexte où les talibans ne font aucun effort sur la question des droits des femmes, l’ouverture d’un nouveau chapitre entre Washington et Kaboul demeure suspendue. 

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Pourquoi les Tunisiens bloquent-ils sur l’égalité successorale ?

18. August 2026 um 07:37

Le 13 août, comme chaque à la même date, la Tunisie a célébré la légende d’un homme seul, Habib Bourguiba, qui aurait un jour décrété la libération de la femme et refermé, d’un trait de plume, des siècles de patriarcat. Ce n’est pas faux. Mais c’est incomplet. Et c’est cette part manquante qui mérite d’être regardée en face, soixante-dix ans après. (Photo: Bourguiba enlève le voile d’une femme en pleine rue).

Ilyes Bellagha

Le 13 août 1956, moins de cinq mois après l’indépendance, Bourguiba promulgue le Code du statut personnel. Il abolit la polygamie et la répudiation unilatérale, impose le consentement mutuel au mariage, relève l’âge légal du mariage, ouvre l’école aux filles. Rien, dans le monde arabe de l’époque ne ressemble à ce geste. Il ne s’agissait pas d’une réforme prudente : Bourguiba s’attaque au même moment à l’institution religieuse de la mosquée Zitouna, dissout l’enseignement religieux autonome, nationalise les habous ou biens de mainmorte. C’est un homme qui frappe où ça fait mal, sans détour ni ménagement pour les bastions traditionnels.

Reste un point, un seul, que Bourguiba n’a jamais touché : l’héritage. La femme tunisienne hérite aujourd’hui encore, par défaut, de la moitié de la part d’un homme de même rang. L’explication convenue veut que Bourguiba ait attendu une caution des autorités religieuses qui ne serait jamais venue — comme si la timidité, chez cet homme-là, avait soudain pris le pas sur l’audace. L’explication ne tient pas seule. Elle ne tient pas face à la Zitouna abolie, aux habous nationalisés, à une répudiation supprimée contre l’avis de tout le corps théologique du pays.

Il y a une explication plus dure, et plus cohérente avec l’homme politique qu’il était : Bourguiba a frappé ce qui ne le touchait pas, et laissé intact ce qui touchait sa propre base. Le Néo-Destour s’est construit sur la petite et moyenne bourgeoisie du Sahel, propriétaire terrienne et oléicole — le vivier même de ses cadres, de sa famille politique, de son propre clan. La Zitouna n’était pas son socle ; le patrimoine foncier sahélien, si.

Ce n’est pas une thèse abstraite. Une étude de terrain menée par Kalthoum Kennou, Ismahan Ben Taleb et Soumaya Sandli — magistrate, sociologue et avocate — auprès de sept gouvernorats, dont Monastir, la ville natale du père de l’indépendance, documente noir sur blanc le mécanisme : pression familiale pour renoncer à sa part (le «tanaazul»), rôle actif de la mère elle-même dans ce renoncement, subterfuges des frères, terre systématiquement réservée aux mâles «pour que le nom ne sorte pas du clan». Le mécanisme n’est pas propre au Sahel seul — il traverse le pays. Mais il n’épargne pas Monastir. La ville qui a donné son libérateur à la femme tunisienne n’a jamais cessé, sur ce point précis, de la déposséder.

Deux renoncements, un même mur

En 2018, Béji Caïd Essebsi rouvre le dossier et dépose un projet d’égalité successorale. Le geste est salué comme audacieux — il ne l’est qu’à moitié. Le patronyme même du président porte la trace d’une autre histoire de classe : l’ancien président descend d’Ismaïl Caïd Essebsi, mamelouk d’origine sarde élevé à la cour beylicale au XIXe siècle jusqu’à devenir caïd-gouverneur, lignée absorbée par alliances matrimoniales dans l’aristocratie beldi de Tunis. Contrairement à Bourguiba, l’assise de BCE n’est pas agraire ni sahélienne : c’est une bourgeoisie urbaine, administrative, dont le patrimoine n’est pas la terre du bled mais la position dans l’appareil d’État. Proposer l’égalité ne lui coûtait rien socialement — ce n’était ni son foncier ni celui de sa base qui allait se redistribuer. L’audace du geste a le prix de sa légèreté : BCE meurt en 2019, le texte ne franchit jamais le Parlement, et personne n’en hérite politiquement.

Kaïs Saïed, lui, ne fait même pas ce geste. Dès sa campagne de 2019, il affiche son opposition à l’égalité successorale, position qu’il n’a jamais révisée depuis. Le calcul diffère de celui de Bourguiba comme de celui de BCE : sa légitimité ne tient ni à un patrimoine de classe ni à une caution religieuse institutionnelle négociée, mais à une assise populaire diffuse et conservatrice à laquelle il ne veut offrir aucun motif de rupture. Il ne cède rien aux courants intégristes — mais ne leur retire rien non plus : il évite strictement le terrain.

Ce calcul n’a rien de paranoïaque. En Tunisie, le rapport au sacré ne se loge pas seulement dans la pratique affichée — il survit, en sourdine, jusque dans la transgression elle-même. Il n’est pas rare d’entendre, après un rot au détour d’une bière, un «hamdoullah» ou un «Allah yesamah» machinal, comme si le corps demandait pardon avant même que l’esprit n’ait eu le temps de s’en soucier.

Cette religiosité réflexe, qui déborde largement le clivage pratiquant/non-pratiquant, est précisément ce qu’aucun dirigeant, depuis Bourguiba, n’a plus eu les moyens politiques d’affronter de front. Bourguiba avait la légitimité fondatrice d’un homme qui venait d’arracher l’indépendance, et convoquait lui-même les oulémas pour discuter d’ijtihad. Ni BCE ni Saïed ne disposent plus de ce capital : l’un s’éteint avant d’avoir eu à l’engager, l’autre choisit de ne jamais l’exposer.

Ce silence n’est pas que politique, il est aussi démographique. En 1956, le taux d’urbanisation tunisien n’atteignait que 40 % : la majorité de la population vivait encore de la terre, et l’héritage foncier structurait l’existence matérielle des familles. En 2014, ce taux dépasse déjà 67 % — il approche aujourd’hui 72 %, selon le recensement de 2024. Une majorité de Tunisiens, surtout depuis 2011, ont grandi et vécu en ville, souvent locataires ou primo-accédants d’un logement modeste, sans terre agricole ni patrimoine familial substantiel à transmettre. Le sujet même de l’héritage — la terre, l’olivier, le douar — a cessé d’être une préoccupation matérielle concrète pour l’essentiel de la population, devenant un débat de principe porté surtout par les classes moyennes et supérieures urbaines qui détiennent encore un patrimoine réel.

Cette dilution matérielle explique en partie l’absence de mobilisation populaire massive sur la question, dans un sens comme dans l’autre : presque personne n’a plus intérêt objectif à provoquer un affrontement dont l’enjeu concret s’est largement retiré du quotidien.

Depuis 2018, le débat resurgit régulièrement sous la forme d’un «double régime» : l’égalité par défaut, avec possibilité de choisir l’ancien système. L’idée se veut prudente. Elle est en réalité incohérente. Un État, par essence, ne propose pas : il impose. La loi n’est loi que parce qu’elle s’applique de façon identique à tous les citoyens placés dans une situation identique — sans option à la carte. Bourguiba lui-même n’a jamais demandé le consentement collectif pour abolir la polygamie, pourtant explicitement autorisée par le texte coranique. Il a tranché. Aucun double régime n’a été proposé aux hommes qui auraient voulu rester polygames. Le même État qui a eu le pouvoir souverain d’abolir la polygamie et les peines corporelles sans consultation a, de la même main, le pouvoir de trancher l’égalité successorale par la loi, sans option — au nom du même principe qu’il a déjà appliqué ailleurs.

Le folklore du jour et le silence de l’année

Chaque 13 août, la classe politique tunisienne redécouvre la femme le temps d’un discours. Les uns brandissent des portraits de prisonnières politiques pour habiller un combat qui, le reste de l’année, ne parle jamais du dossier de l’héritage. Les autres célèbrent le folklore officiel, cortèges et hommages, sans toucher au fond. Entre les deux, le dossier réel — celui du patrimoine, de la terre, de l’autonomie économique — reste orphelin. Aucun parti, y compris ceux qui s’étaient prononcés en 2018 en faveur de l’initiative Essebsi, ne porte aujourd’hui ce combat sur la durée. Il resurgit une fois par an, agité comme un symbole, puis rangé jusqu’au 13 août suivant.

Le mythe du 13 août n’est pas un mensonge. C’est une moitié de vérité qui s’est arrêtée là où elle dérangeait le plus près de chez elle. Soixante-dix ans après, la question n’est plus de célébrer ou de démolir Bourguiba. Elle est de finir ce qu’il a commencé — et de ne plus attendre, pour cela, une caution qui n’est jamais venue.

* Architecte.

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Berlin : la Volksbühne annule un événement pour enfants noirs

17. August 2026 um 12:03
La Volksbühne, célèbre théâtre berlinois, a renoncé à un évènement réservé à des enfants noirs, pour « raisons de sécurité » après une « campagne de haine raciste ».   En bref La Volksbühne de Berlin annule un événement réservé…

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La France dans les «griffes du Crif»

17. August 2026 um 10:51

Les autorités françaises ne se rendent pas compte qu’elles jouent avec le feu en tolérant l’influence disproportionnée du lobby pro-israélien qui fragilise sa politique étrangère et pèse lourdement sur le débat public, risquant de provoquer une fracture sociétale démesurée, porteuse de grands ressentiments et de graves troubles. (Photo : Macron au dîner du Crif : la plupart des politiques français croient devoir être adoubés par le lobby sioniste pro-israélien).

Ridha Ben Slama *

Plusieurs observateurs s’accordent sur un fait : la France s’auto-sabote et s’affaiblit à cause de décisions et de politiques menées par ses propres dirigeants. Il y a un travail de sape des acquis qui est effectué pour diviser et mettre en pièce la cohésion sociétale. En effet, la société française fait face à un sentiment prononcé de polarisation et d’érosion du modèle républicain issu du Conseil national de la Résistance. Entre précarisation du travail, tensions institutionnelles et débats identitaires, de nombreux observateurs et citoyens pointent une dégradation du «vivre ensemble», alimentée par des choix économiques et politiques perçus comme des reculs de la solidarité nationale.

«Mêlez-vous de vos affaires», pourrait dire un énergumène d’extrême droite et désormais prosioniste. «Ne vous en faites pas, nos affaires on s’en occupe», lui rétorquerait un Tunisien averti, «ce qui se passe en France nous concerne autant que ceux qui vivent sur son sol et je vais vous le démontrer».

Le sort de nos concitoyens en France nous concerne

Sachez que le nombre total de Tunisiens en France s’élève entre 728 000 et 1 380 000 personnes, selon l’Office des Tunisiens à l’étranger (OTE). Environ 347 000 Tunisiens nés en Tunisie résident en France selon les données de l’INSEE. Si l’on élargit ce périmètre pour englober l’ensemble des expatriés, incluant les descendants de la deuxième et troisième génération ainsi que les binationaux, le nombre de Tunisiens et de personnes d’origine tunisienne en France dépasse donc largement le 1 million de personnes.

Il convient de noter aussi qu’il y a environ 21 000 Tunisiens qui se sont installés légalement en France au cours de l’année 2025, principalement pour des motifs professionnels (notamment via des programmes comme Thamm+ de l’Ofii) et étudiants.

La communauté tunisienne représente ainsi la 4e plus grande communauté globale en France (derrière l’Algérienne, la Marocaine et la Portugaise). On compte environ 16 000 étudiants tunisiens et plus de 3 500 professionnels de santé tunisiens (médecins titulaires et en cours d’équivalence) inscrits ou en exercice dans le système de santé français. Ces deux catégories illustrent la forte mobilité hautement qualifiée de la communauté tunisienne.

Le parcours des Tunisiens en France se démarque par une ultra-spécialisation. Les choix se concentrent massivement sur deux pôles : les Sciences/Ingénierie (34,9 %) et Médecine/Santé (28,7 %), un des taux d’orientation médicale les plus élevés parmi toutes les nationalités étrangères. Surtout que la France fait face à une pénurie médicale structurelle qu’elle compense en grande partie grâce aux praticiens à diplôme hors Union européenne (Padhue), où la Tunisie occupe une place majeure.

Le Conseil national de l’Ordre des médecins (Cnom) comptabilise près de 1 600 médecins tunisiens pleinement titulaires en France. Ils forment le 2e plus grand contingent de médecins nés hors UE (10,4 % du total), juste derrière l’Algérie. Les statistiques du Cnom indiquent qu’environ 2 000 médecins tunisiens supplémentaires se trouvent actuellement en France sous des statuts transitoires (internes, praticiens attachés associés), dans l’attente de la validation de leurs procédures d’équivalence. Le phénomène s’est considérablement intensifié, entre 2021 et 2025, plus de 6 000 médecins ont quitté la Tunisie, la France demeurant de loin leur première destination en Europe. Sans parler des autres métiers et professions qui sont exercés dans divers secteurs de l’économie française.

De ce fait, le sort de nos concitoyens «au pays des lumières» nous importe au plus haut niveau. Le sujet revêt une importance capitale et une valeur absolue pour nous. Surtout dans cet environnement devenu délétère, marqué par des dérives surgis de l’inquisition, des dynamiques de «procès d’intention» ou de lynchages dans les médias détenues par quelques personnages fortunés et sur les réseaux sociaux, où la nuance est souvent absente.

Une atmosphère générale étouffante

Une poignée de milliardaires contrôlent près de 90 % de la presse française ainsi qu’une grande partie de l’audiovisuel(1) diffusant des campagnes injustes, des «débats» calomnieux contre tous ceux qui s’opposent au génocide commis à Gaza (plus de 73 000 Palestiniens tués, dont au moins 21 500 enfants et plus de 183 000 blessés, dont plus de 46 500 enfants) et aux crimes commis par l’entité sioniste ainsi qu’au racisme ambiant savamment alimenté.

La haine de l’autre se propage en France, où tout ce qui vient du Maghreb est stigmatisé… Ces paisibles travailleurs sont la cible quotidienne depuis l’élection à la présidence de Sarkozy, le délinquant condamné… Dans presque tous ces médias, le relent d’ignorance, de haine et les insultes publiques sont réitérées sur les antennes à l’égard d’une certaine catégorie de personne, tous étant assimilés à tort et à travers à des terroristes en herbe, cela vient nourrir la stupidité ambiante jusque dans le cadre professionnel de ces personnes. Pour preuve les condamnations répétées de certaines chaines à des amendes pour incitation à la haine, ce qui n’existait pas ou très peu avant l’élection de Sarkozy.

La hantise de l’immigration leur pend au nez comme de la morve ! Là où il y avait respect et reconnaissance, il n’y a plus que diatribes et invectives pour «chauffer» l’opinion en perspective des élections.

D’une manière assez étrange, on retrouve aussi sur ces chaines incriminées, des profils surréalistes de supplétifs, quelques personnages répugnants issues de l’immigration qui sont plus zélées que leurs employeurs, sans réelle conviction ni principes…

Pour toutes ces raisons et d’autres encore, l’atmosphère générale répugnante en France nous interpelle face à la montée des extrémismes et des actes xénophobes qui se multiplient.

Les enjeux des prochains scrutins ne peuvent aucunement justifier ni absoudre la dégradation du débat public et ses retombées sur nos concitoyens. Aucune stratégie électorale ne légitime les attaques contre une catégorie de la population qui vit sur le sol français. Les manipulations ou les baisses de niveau dans les débats dans la vie politique, foulent au pied les règles démocratiques qui doivent primer dans la compétition vers les urnes.

La France, un pays sous occupation israélienne

Quels sont donc les principaux instigateurs de cette détérioration de l’environnement politique ? Et quels sont leurs chevaux de bataille ?

Essentiellement le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) et d’autres organisations sionistes, qui sont devenus les aiguilleurs de la sphère politique. Ces organismes exercent une influence directe sur le gouvernement français (certains ministres) et à l’Assemblée Nationale (dont la présidente est Yaël Braun-Pivet, «soutien inconditionnel» à Israël selon ses dires) les médias et même la justice. Ce Crif non seulement exprime un soutien actif à l’entité sioniste et ses crimes abjects, mais il exerce une influence quasi totale sur l’État français. Tout cela sous le subterfuge de «lutte contre l’antisémitisme et l’apologie du terrorisme»! Ce lobby(2) exerce une pression marquée sur la classe politique et les médias pour imposer notamment des projets de loi, dont la proposition de loi Yadan, déposée en 2024 par la députée Caroline Yadan, et qui vise «officiellement» à renforcer la lutte soi-disant contre «les nouvelles formes d’antisémitisme» en vue de museler la liberté d’expression. Discutée à l’Assemblée nationale française en avril 2026 puis finalement retirée avant l’aboutissement de son examen. Le texte pénalise les slogans propalestiniens et restreint la critique de la politique israélienne, prévoyant des mesures contre tous ceux qui manifestent la moindre position contre le génocide à Gaza et les exactions contre les Palestiniens.

Ce «Conseil» se retrouve au centre des critiques concernant sa stratégie de communication et son poids attesté sur les orientations de la politique intérieure et étrangère de la France.

Le fameux dîner du Crif est un évènement annuel qui est à l’instar d’un tribunal politique ou un passage obligé où une grande partie de la classe politique française vient se sustenter et par la même occasion prêter allégeance, sous peine d’être ostracisée ou accusée de «complaisance avec les antisémites».

Avec des méthodes basées sur l’inquisition et l’intimidation de tous ceux qui soutiennent les Palestiniens et en première ligne les personnes issues de l’immigration, la France apparait désormais comme un pays sous occupation israélienne. Il y a même des relents de l’occupation nazi et du régime de Vichy (1940-1944) qui représentent incontestablement l’une des périodes les plus sombres, oppressantes et douloureuses de l’histoire moderne de la France.

Cette atmosphère si particulière et étouffante s’explique par la combinaison de plusieurs facteurs majeurs : une répression policière et idéologique omniprésente, une extrême droite disséminée dans les partis de la droite et même au parti dit «socialiste» et un harcèlement pour tous ceux qui évoqueraient le génocide à Gaza ou exprimeraient leur soutien au peuple palestinien sous occupation.

Au temps de l’Occupation allemande et du régime de Vichy, la population subissait à la fois la traque de la Gestapo nazie et celle de la Milice française (créée par Vichy), instaurant un climat de délation et de suspicion généralisée. Le régime de Vichy était une dictature policière qui a activement collaboré avec l’occupant et procédé à la déportation de dizaines de milliers de personnes et persécuté ses propres citoyens.

Les tensions policières ou sociales (emploi, logement…) actuelles se déploient dans un État de droit prétendument protecteur, doté de contre-pouvoirs juridiques. Le sentiment d’étouffement actuel est réel pour beaucoup, mais il provient d’une crise de confiance dans les institutions et d’un système bureaucratique dévoyé.

En entretien pour un emploi, les ressources humaines (plutôt devenues inhumaines) demandent systématiquement si la personne est OQTF (obligation de quitter le territoire français) suivant le diktat ambiant, symptomatique d’un grand retournement. Poser des questions directes sur une mesure d’éloignement ou sur l’origine d’une personne en dehors des critères stricts des compétences et du droit au travail s’apparente à une pratique discriminatoire prohibée par le Code du travail (article L1221-6).

Le Crif, une «deuxième ambassade d’Israël»

Il faut bien souligner que des voix critiques (chez les intellectuels avisés) reprochent au président du Crif, Yonathan Arfi, d’avoir institutionnalisé un «brouillage sémantique». Le Crif est accusé de faire pression pour l’interdiction de manifestations pro-palestiniennes et d’assimiler systématiquement l’antisionisme et la critique des massacres à Gaza à de l’antisémitisme. Des analystes en géopolitique, à l’instar de Pascal Boniface (directeur de l’Iris), estiment que le Crif agit désormais comme une «deuxième ambassade d’Israël». Ils dénoncent le fait que l’organisation soutienne de manière inconditionnelle la ligne dure de Benyamin Netanyahou, coupant les ponts avec les mouvements pacifistes israéliens.

Même Sciences Po Paris a été la cible de ce lobby. Les étudiants qui ont bloqué l’amphithéâtre Emile Boutmy pour protester contre le génocide à Gaza et les crimes en territoires occupés ont été poursuivis et vilipendés.

Pour tous ceux qui observent ce qui se déroule sous nos yeux, ces milieux sionistes recourent à la stratégie du contre-feu. Ils désignent un faux danger comme diversion : antisémitisme, terrorisme… Ils créent une fausse urgence pour capter l’attention, faire regarder ailleurs, ce qui permet d’accomplir leurs forfaits et s’incruster davantage dans les rouages de l’État français(3) (les sayanim sont ceux qui collaborent avec le Mossad dans le domaine de l’espionnage ou de la désinformation).

Les contre-feux décrivent cette stratégie de diversion classique où un coupable crée une fausse alerte pour détourner l’attention et accomplir son méfait en toute impunité. En psychologie et en communication, ce procédé s’apparente à de la manipulation. L’attention générale se focalise instantanément sur une supposée menace désignée. Mais le véritable coupable se positionne en victime ou en témoin civique. La confusion ambiante paralyse la vigilance des observateurs. C’est une stratégie militaire qui consiste à allumer un incendie pour en éteindre un autre et tenir l’opinion en haleine contre les adversaires des exactions et crimes commis.

Ce qu’il convient de préciser pour écarter tout confusion, c’est que le judaïsme est une religion millénaire, tandis que le sionisme est un mouvement politique ultra né à la fin du XIXe siècle visant la création et le soutien d’un État national juif.

Évidemment, tous les juifs ne partagent pas cette cécité politique, dans tous les pays où ils sont citoyens ou en Israël même. Ceux-là s’opposent au sionisme pour des raisons politiques, éthiques ou en faveur des droits des Palestiniens, contre le génocide perpétré et tous les crimes commis contre ces derniers. On peut citer de nombreuses personnalités comme Sophie Bessis et Edgar Morin… Ils incarnent parfaitement cette tradition d’intellectuels juifs francophones qui, au nom de valeurs universalistes, anticoloniales et éthiques, ont développé une position critique vis-à-vis du sionisme et de la politique de l’État d’Israël.

Dans d’autres pays aussi, des intellectuels juifs ne cessent de dénoncer les crimes commis par cette entité, comme Noam Chomsky, Shlomo Sand, Judith Butler, Daniel Boyarin… Des structures historiques comme l’Union juive française pour la paix (UJFP) ou de nouveaux collectifs comme Tsedek ! interviennent régulièrement dans les médias indépendants pour dissocier la judéité de la politique de l’État d’Israël.

L’idée d’une «emprise» sur la France reflète la tension autour de la recomposition des blocs politiques, où la question de la souveraineté, de l’identité et des alliances internationales est devenue un vecteur de clivage radical. De nombreux artistes ont vu leurs expositions, concerts ou lectures déprogrammés. Des ONG et des mouvements de solidarité dénoncent une judiciarisation excessive et des interdictions administratives visant à restreindre le militantisme propalestinien. 

Certains artistes (techniciens, influenceurs, jeunes comédiens) font état d’une forme d’autocensure par crainte de perdre des contrats ou d’être perçus comme «clivants» par les marques ou les producteurs. Les tensions culturelles touchent tous les bords politiques. Par exemple, des artistes aux positions jugés neutres subissent également de virulents appels au boycott de la part de mouvements extrémistes. De nombreux artistes et personnalités de la culture ont subi des pressions, des exclusions, du harcèlement en ligne ou la perte de leurs contrats pour avoir pris position ou évoqué la situation à Gaza. Pour la plupart des célébrités établies, plusieurs professionnels ont vu leur carrière ou leurs fonctions lourdement impactées par la censure ou des mesures de rétorsion.

Le passé antisémite de l’extrême droite française était affirmé, aujourd’hui une convergence devient un sujet d’analyse pour les politologues et les observateurs. Les gouvernements successifs de Benjamin Netanyahou, alliés à des partis sionistes religieux et d’extrême droite, partagent avec les mouvements extrémistes européens une vision du monde axée sur le rejet du multiculturalisme et la brutalité sécuritaire. Le Rassemblement National de Le Pen a adopté un soutien inconditionnel aux opérations israéliennes, présenté comme «un rempart contre l’islamisme radical» ! Des enquêtes médiatiques mettent en lumière l’action de réseaux douteux menés par des figures comme René Tayb agissant à la normalisation des relations entre les institutions sionistes et le Rassemblement National, un glissement que les intellectuels lucides décrivent comme un piège politique mortifère.

Ironie de l’histoire, cette organisation est plus sioniste que les sionistes purs et durs. Fait invraisemblable, les exactions de l’entité sioniste ont fini par faire réagir même l’ambassadeur américain en Israël, Mike Huckabee, pourtant fervent défenseur de Natanyahu et de la colonisation en Cisjordanie, qui a dénoncé récemment le siège de maisons palestiniennes à Qusra (4) par des colons comme un «acte de terreur». «Les actions de ceux derrière cet acte de terreur horrible, visant à intimider et à harceler cette famille, sont répugnantes», écrit-il sur X, estimant qu’«aucun prétexte ne justifiait ce comportement de voyou» !

Est-ce un signe annonciateur d’un renversement des postions à l’égard de la cause palestinienne et d’Israël qui devient une entité paria pour les opinions publiques d’une grande partie de pays ? L’utilisation ouverte de la notion d’«État paria» par des figures politiques au sein même d’Israël, comme Yaïr Golan, qui comparent explicitement la trajectoire du pays à celle de l’Afrique du Sud de l’apartheid le confirme.

Quant aux autorités françaises, elles ne se rendent pas compte qu’elles jouent avec le feu en tolérant l’influence disproportionnée de cette organisation qui fragilise la politique étrangère de la France et pèse lourdement sur le débat public, risquant de provoquer une fracture sociétale démesurée, porteuse de grands ressentiments et de graves troubles.

* Ecrivain.

Notes :

1- Vincent Bolloré (Canal+, CNews, C8, Europe 1 et le Journal du Dimanche (JDD), avec une ligne éditoriale marquée à droite) ; Bernard Arnault (Les Échos et Le Parisien, ainsi que Paris Match et Radio Classique) ; Rodolphe Saadé (groupe BFMTV et RMC, La Provence) ; Patrick Drahi (Libération et la chaîne i24News) ; Xavier Niel (Le Monde, L’Obs, Nice-Matin) ; Dassault (Le Figaro-Le Figaro Magazine) ; Martin Bouygues (TF1, TMC, TFX et LCI) ; Daniel Kretinsky et Mathieu Pigasse (Marianne ou Télérama).

2- “Le lobby d’Israël et la politique française” publié initialement sur CounterPunch par Evan Jones et repris par Jean-François Goulon sur le site de Mediapart.

3- Le printemps des Sayanim, Jacob Cohen, L’Harmattan, mars 2010.

4- Sur une colline isolée du village de Qusra, deux familles palestiniennes sont terrées chez elles, terrorisées. Jour et nuit une dizaine de colons lancent des pierres et bloquent l’accès à leur maison. Impossible pour eux d’entrer ou de sortir (RFI).

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Trump exfiltré dans un conteneur pour échapper à une vague menace iranienne

17. August 2026 um 08:03

L’incident s’est produit à la fin du sommet de l’Otan, le 8 juillet dernier. Donald Trump, averti d’une prétendue menace d’attaque de la part de l’Iran, s’est retrouvé mêlé à une opération rocambolesque d’évasion au cours de laquelle il s’était fait couvrir de ridicule qui, on le sait, ne tue pas. (Photo : Trump exfiltré dans un conteneur de restauration se la joue James Bond 007).

Habib Glenza, à Lodz.

La première information rapportée par la presse américaine était que Trump avait troqué le Boeing 747-8 récemment rénové, un cadeau du Qatar, contre l’ancien Air Force One pour rentrer du sommet de l’Otan en Turquie.

Les journalistes ont trouvé étrange que Trump ait décidé à la hâte de changer son Boeing 747-8 Air Force One flambant neuf, d’une valeur de 400 millions de dollars, dont la modernisation, selon The Independent, a coûté environ 1 milliard de dollars supplémentaires.

Au départ, on pensait que le changement d’avion de Trump était dû à des failles de sécurité du nouvel Air Force One. Paradoxalement, l’ancien Air Force One était considéré comme plus sûr. Du moins, c’est ce que l’on croyait.

Sur Truth Social, Donald Trump avait alors affirmé que l’ancien et le nouveau Air Force One feraient un arrêt imprévu à la base de la Royal Air Force de Mildenhall, au Royaume-Uni, afin que les soldats de la base puissent visiter le nouvel appareil.

«Tout le monde est très enthousiaste, et nous pensions qu’ils devaient être les premiers à le voir. Par nostalgie, nous allons faire voler l’ancien Air Force One de Turquie à Mildenhall, un court voyage qui en vaut vraiment la peine afin que nos grands héros militaires aient l’occasion d’apprécier notre magnifique nouvel appareil au sein de la flotte de l’Armée de l’air», écrivait Trump à l’époque dans son style fanfaron habituel.

Les explications concernant ce changement d’avion semblaient pour le moins extravagantes. La vérité allait bientôt être révélée par la presse américaine.

A cause d’une soi-disant menace iranienne

L’échange d’avions est intervenu dans un contexte de nouvelles attaques américaines contre l’Iran, un aspect clé de l’histoire qui a pris une importance accrue lorsque des informations ont indiqué qu’une menace contre le président était la raison apparente de ce changement soudain d’appareil.

Des rapports ultérieurs, publiés en juillet, ont ajouté une autre pièce au puzzle lorsque des responsables ont déclaré que le passage à l’ancien Air Force One était intervenu alors que les États-Unis avaient détecté un complot crédible de groupes soutenus par l’Iran visant à tirer un missile sur l’avion, comme l’a rapporté le New York Times.

Cette révélation a apporté un nouvel éclairage à l’affaire, des informations antérieures ayant indiqué que le Boeing 747-8 fourni par le Qatar, récemment modernisé pour servir de nouvel avion présidentiel Air Force One, ne disposerait pas de certains systèmes avancés de défense antimissile équipant l’ancien appareil présidentiel bleu clair.

Selon le New York Times, une fois la menace détectée, les services secrets américains ont demandé à Trump de changer d’avion.

Le 11 août, le Washington Post a révélé que Trump n’avait voyagé ni à bord du nouvel Air Force One, ni à bord de l’ancien. En réalité, une opération secrète de désinformation avait été mise en place pour protéger le président, opération qui a pu mettre en danger toutes les personnes voyageant à bord d’Air Force One, notamment les journalistes qui suivent Trump lors de ses déplacements.

L’ancien avion Air Force One utilisé comme leurre

Trump a embarqué à bord du vieil avion présidentiel Air Force One sous l’œil des caméras de télévision, mais aurait été rapidement transféré dans un C-32A de l’armée de l’air, plus petit, pour quitter la Turquie.

Mais le plus étonnant dans cette histoire est la manière dont le président a réussi à rejoindre le C-32A sans être repéré. Le président américain aurait été transporté jusqu’au C-32A dans un conteneur de restauration aéroportuaire. Le secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth, est monté à bord par un escalier extérieur, ce qui, selon le Washington Post, visait à «donner l’illusion d’un vol normal».

Trump s’est rendu au Royaume-Uni à bord du troisième avion et est remonté secrètement à bord de l’ancien Air Force One, s’adressant finalement au groupe de journalistes, qui n’avaient pas été informés de la situation et qui étaient également resté à bord de l’ancien Air Force One pendant le vol vers le Royaume-Uni.

Un responsable a déclaré au Washington Post que l’ancien Air Force One et les médias à bord servaient de leurre. Durant le vol vers le Royaume-Uni, les journalistes auraient été priés de baisser leurs stores. Interrogé à ce sujet plus tard, de retour à bord de l’ancien Air Force One, Trump a donné une réponse pour le moins surprenante, en déclarant aux journalistes qu’ils avaient dû baisser les stores car ils étaient «probablement sur un vol dangereux à cause de la racaille à laquelle nous devons faire face». Il a ajouté que sa vie était «constamment en danger» et qu’il figurait en tête de la liste noire iranienne.

Depuis, l’affaire a fait les gros titres aux États-Unis. Lorsque le Washington Post a fourni à l’administration les détails de son reportage, le directeur de la communication de la Maison-Blanche, Steve Cheung, a déclaré : «Comme le président l’a dit récemment, de nombreux ennemis des États-Unis le visent, et nous utilisons tous les outils à notre disposition pour faire face à ces menaces.»

Sauf que, dans toute cette affaire, où beaucoup de monde a été mené en bateau, y compris peut-être Trump lui-même, personne ne s’est avisé à vérifier si menace iranienne il y a eu réellement ce jour-là, ou si ce n’était pas une énième manipulation des services secrets… israéliens.  Ah, ces incorrigibles Américains !

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L’été du mécontentement en Tunisie

16. August 2026 um 12:46

Cinq ans après sa prise de pouvoir, le président tunisien Kaïs Saïed est confronté à son défi le plus sérieux à ce jour. Les pénuries d’eau et d’électricité, survenant durant un été aux chaleurs records (frôlant les 49 °C dans certaines régions), suscitent un mécontentement croissant à l’égard de sa gouvernance. Ces coupures amènent les Tunisiens à se détourner du populisme.

Sharan Grewal *

Le 25 juillet [2021], date anniversaire de la prise de pouvoir de Saïed, a été marqué par certaines des plus importantes manifestations organisées contre lui jusqu’à présent. La persistance des coupures d’eau et d’électricité a de nouveau déclenché des protestations les 4 et 5 août dans plusieurs régions du pays, et une autre manifestation est prévue à Tunis pour le 20 août.

Pendant des années, Saïed a réussi à surmonter les difficultés économiques en désignant des boucs émissaires : partis politiques, hommes d’affaires, migrants et puissances étrangères, entre autres. Mais aujourd’hui, ces discours populistes ne fonctionnent plus ; en partie parce que cinq ans se sont écoulés depuis sa prise de pouvoir, une période durant laquelle la population attend désormais des résultats concrets. Qui plus est, les pénuries d’eau et d’électricité sont objectivement plus graves que sous l’ère démocratique. Elles sont ressenties de manière viscérale : les Tunisiens constatent concrètement que le pays ne fonctionne plus. Les coupures de courant, y compris dans les hôpitaux, ont même entraîné la mort de certaines personnes. Pire encore, Saïed est resté largement absent, se contentant de promettre de s’en prendre aux comploteurs responsables des pénuries — un discours populiste éculé auquel peu de gens croient encore.

À cela s’ajoutent les atteintes perçues à la souveraineté de la Tunisie de la part de l’Algérie voisine, l’un des plus fervents soutiens de Saïed, avec qui un accord controversé de coopération en matière de défense a été signé l’an dernier.

En réaction aux manifestations, le président algérien Abdelmadjid Tebboune a menacé d’intervenir en Tunisie pour éliminer les «terroristes» présumés (les manifestants ?), provoquant une levée de boucliers nationaliste, y compris chez certains des premiers partisans de Saïed.

Le mécontentement gagne les rangs du régime

Fait peut-être le plus surprenant, Saïed fait face à des critiques émanant du sein même du régime, alors que les membres de son entourage semblent prendre conscience de l’inéluctabilité de la situation.

Le Parlement, longtemps perçu comme une simple chambre d’enregistrement, compte désormais des membres qui critiquent ouvertement et directement le gouvernement, voire Saïed lui-même. Le député Hamdi Ben Salah a demandé que Saïed comparaisse devant le Parlement pour y être interrogé ; le député Ammar Al-Aidoudi a qualifié d’illégitime le second mandat de Saïed (au cours duquel il a recueilli un score supposé de 91 % des suffrages) ; et le député Ali Zaghdoud a entrepris de préparer une motion de censure contre le gouvernement.

On dirait que certains députés cherchent à quitter le navire en prévision de la chute du régime. Sur fond de rumeurs concernant l’état de santé de Saïed, ses [proches] eux-mêmes se livreraient à une lutte d’influence pour déterminer qui pourrait lui succéder.

De son côté, Saïed a déployé l’armée et la Garde nationale pour assurer l’approvisionnement en eau et a obtenu par la suite de l’électricité en provenance d’Algérie ; toutefois, il ne s’agit pas de solutions durables aux pénuries. Il pourrait tenter de rejeter la faute sur le Premier ministre et de remanier le gouvernement, mais après avoir vu défiler quatre Premiers ministres depuis sa prise de pouvoir, rien ne garantit qu’une telle mesure apaisera la colère de la population.

Les experts estiment que ces pénuries résultent d’années de sous-investissement public dans les entreprises d’État chargées de l’eau et de l’électricité (respectivement la Sonede et la Steg), lesquelles sont trop lourdement endettées pour entreprendre des améliorations d’infrastructure.

Ce n’est pas le premier été marqué par des coupures d’électricité et d’eau, ce qui amène les Tunisiens à se demander pourquoi le gouvernement n’a pas davantage anticipé la chaleur et pris des dispositions en amont.

Les limites des promesses populistes

Toutefois, il faut reconnaître qu’après avoir tourné le dos au Fonds monétaire international et à de nombreux alliés étrangers, le gouvernement dispose de peu de fonds pour investir. Comme l’a récemment souligné l’ancien Premier ministre Hichem Mechichi (évincé par Saied lors de sa prise de pouvoir) : «Saïed est totalement opposé aux bailleurs de fonds internationaux, mais il ne propose aucune alternative. Il a des idées populistes, mais elles n’ont aucun impact sur le terrain.»

Rached Ghannouchi, le chef d’Ennahdha âgé de 85 ans et ancien président du Parlement — qui croupit aujourd’hui en prison alors que sa santé se dégrade — se montrait déjà optimiste en 2022, estimant que les Tunisiens finiraient par comprendre que le populisme ne repose que sur des promesses vaines. «Le populisme est comme une drogue», m’a-t-il confié lors d’un entretien. Il a ajouté : «Il vous anesthésie, vous procure une euphorie passagère, mais vous finissez par vous réveiller face à une triste réalité. Les gens voient désormais cette triste réalité : ils constatent la hausse des prix, la pénurie de produits de première nécessité, le chômage, les atteintes aux droits humains, l’emprisonnement de blogueurs, etc.»

Ghazi Chaouachi, ancien dirigeant du parti Courant démocrate — également emprisonné — m’a tenu des propos similaires. «Kais Saïed tient un discours populiste comparable à celui de Donald Trump», déclarait Chaouachi en 2022. Il a ajouté : «Avec le temps, les Tunisiens comprendront que toutes ses promesses sont sans lendemain et qu’elles mèneront à la ruine de la Tunisie plutôt qu’à sa réussite… Je pense qu’après ce que Kais Saïed a fait, la population sera traumatisée. Par la suite, le populisme refluera et perdra en popularité.»

Cinq ans plus tard, les Tunisiens prennent peut-être enfin conscience de la triste réalité. Les accusations populistes de Saied concernant des complots, des élites corrompues et des manigances étrangères sonnent de plus en plus creux lorsque les robinets s’assèchent et que la climatisation tombe en panne. Il reste incertain que la crise actuelle débouche sur une ouverture démocratique. Toutefois, si elle contribue à délégitimer enfin le populisme en Tunisie, cela facilitera le retour du pays à la démocratie lorsque cette transition finira par se produire.

Traduit de l’anglais.

* Chercheur principal non résident – ​​Politique étrangère, Centre pour la politique au Moyen-Orient.

Source : Brookings.  

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Comment naissent et meurent les partis politiques

16. August 2026 um 08:30

Les fondations d’une idée collective, la cohésion, le leadership et la discipline du premier noyau ; ou comment naissent les partis politiques et pourquoi certains réussissent-ils à s’imposer durablement alors que d’autres disparaissent rapidement ou restent confinés à un rôle marginal ? L’histoire récente de la Tunisie montre que la survie d’un parti ne dépend pas seulement des élections ou de la popularité de ses dirigeants, mais surtout de la solidité de son noyau fondateur, de sa cohésion interne et de sa capacité à préserver une vision commune. Derrière chaque formation politique durable se trouve une première équipe soudée autour d’une idée, capable de résister aux divisions et aux épreuves. À l’inverse, les rivalités personnelles, l’absence de stratégie claire et les fractures internes conduisent souvent à l’affaiblissement des partis.

Zouhaïr Ben Amor *

Toute grande construction collective commence souvent par quelque chose de remarquablement simple : une idée portée avec suffisamment de conviction par une personne pour qu’elle cesse d’être seulement une conviction individuelle et commence à devenir une proposition faite aux autres. Avant les structures, les statuts, les bureaux, les commissions, les programmes et les manifestations publiques, il y a presque toujours un commencement humain. Un homme ou une femme formule une vision, la défend, la raconte, la précise, puis cherche autour de lui quelques personnes capables de comprendre cette vision et surtout de croire qu’elle mérite d’être transformée en action collective.

C’est à ce moment extrêmement précoce que se joue une partie essentielle de l’avenir du mouvement. Une idée peut rester une belle intuition individuelle, ou devenir progressivement une force organisée. Entre les deux, il existe une étape souvent négligée : la constitution du premier noyau. Une dizaine de personnes, parfois moins, parfois davantage, qui acceptent de consacrer du temps, de l’énergie et une partie de leur crédibilité personnelle à une idée encore fragile. Ce premier cercle n’est pas encore une organisation pleinement constituée. Il en est plutôt la matrice.

La tentation est alors grande de considérer que la première nécessité est l’unité absolue. Il faut, pense-t-on, que chacun soit fidèle au fondateur, que personne ne cherche à devenir son concurrent, qu’aucune rivalité ne divise le groupe et que toutes les décisions soient prises collectivement avant d’être présentées à l’extérieur. Cette intuition contient une part importante de vérité : un groupe naissant qui passe son énergie à se quereller sur les personnes avant même d’avoir défini son projet risque effectivement de disparaître avant d’avoir commencé.

Mais cette nécessité de cohésion ne doit pas être confondue avec l’obligation de penser tous de la même manière. C’est précisément ici que commence le véritable problème du leadership collectif. La solidarité peut être une force extraordinaire ; transformée en conformisme, elle peut devenir une faiblesse. Les travaux d’Irving Janis sur le «groupthink» montrent qu’un groupe très cohésif peut parfois rechercher tellement l’unanimité qu’il finit par réduire son examen critique des décisions et par écarter les alternatives importantes (Janis, 1972).

Le premier noyau doit donc être conçu comme un lieu de confiance, mais aussi comme un lieu de réflexion. Sa première mission n’est pas simplement de protéger le leader : elle est de protéger l’idée contre les improvisations, les ambitions personnelles, les malentendus et les erreurs collectives.

1er cercle : transformer une conviction individuelle en projet commun

Lorsqu’une idée commence à attirer quelques personnes, la première difficulté consiste à passer du langage de la conviction personnelle à celui du projet collectif. Le fondateur peut avoir une intuition claire, mais ceux qui le rejoignent n’ont pas nécessairement compris cette intuition de la même façon. Ils peuvent être attirés par des aspects différents du projet, lui attribuer des objectifs différents ou imaginer des méthodes contradictoires.

Il faut donc un temps de maturation. Le groupe doit parler longuement. Il doit étudier. Il doit poser des questions parfois inconfortables. Il doit revenir sur les mêmes sujets jusqu’à ce que les notions essentielles soient suffisamment précises pour être partagées par tous.

Cette période peut sembler improductive à ceux qui veulent immédiatement passer à l’action. Elle est pourtant fondamentale. Une organisation qui se construit trop rapidement risque de découvrir ses contradictions lorsque la pression extérieure sera déjà forte. À l’inverse, un groupe qui prend le temps de clarifier ses objectifs acquiert une forme de solidité intellectuelle.

Il faut alors distinguer deux types d’accord. Le premier est l’accord sur les finalités : pourquoi sommes-nous ensemble ? Quelle transformation voulons-nous produire ? Quelles valeurs ne voulons-nous pas abandonner ? Quels principes doivent demeurer même lorsque les circonstances changent ?

Le second concerne les moyens : comment atteindre ces objectifs ? Sur ce terrain, l’accord peut être moins immédiat. Il peut même être souhaitable que plusieurs solutions soient examinées avant qu’une décision commune soit adoptée.

C’est cette distinction qui permet de préserver simultanément l’unité et l’intelligence collective. Un groupe peut être parfaitement uni autour d’une finalité tout en discutant vivement des moyens d’y parvenir. La contradiction n’est alors pas une maladie du groupe ; elle constitue une étape normale de sa maturation.

La solidarité véritable ne signifie donc pas : «nous sommes obligés d’être d’accord sur tout». Elle signifie plutôt : «nous pouvons être en désaccord sur certains moyens sans devenir des adversaires». Cette nuance est essentielle.

La fidélité au fondateur et la fidélité à l’idée

Dans les premières étapes, le fondateur joue naturellement un rôle particulier. C’est lui qui a formulé l’intuition initiale, qui a probablement pris les premiers risques et qui a commencé à convaincre les autres. Son autorité est donc souvent davantage une autorité d’origine qu’une autorité institutionnelle.

Il est logique que les premiers membres lui accordent une confiance particulière. Ils connaissent son parcours, sa motivation et la cohérence de son engagement. Dans un groupe très jeune, cette confiance peut même être indispensable pour éviter la dispersion.

Mais une question fondamentale apparaît rapidement : les membres sont-ils fidèles à la personne ou à l’idée ?

La différence peut sembler théorique. Elle ne l’est pas.

Si la fidélité porte exclusivement sur la personne, l’organisation risque de devenir dépendante d’un individu. Toute critique du leader pourra être interprétée comme une trahison. Toute proposition alternative pourra apparaître comme une tentative de prise de pouvoir. Le groupe risque alors de transformer une confiance légitime en personnalisation excessive de l’autorité.

Si, au contraire, la fidélité première porte sur l’idée, le fondateur conserve une place centrale tout en restant lui-même soumis aux principes qui ont permis au groupe de se constituer.

La meilleure fidélité est ainsi celle qui dit : «je te fais confiance parce que je crois à ce que nous construisons ensemble», et non : «je suis obligé d’approuver tout ce que tu dis parce que tu es le fondateur».

Cette distinction est particulièrement importante lorsque le mouvement grandit. Une organisation capable de survivre à son fondateur possède généralement une structure intellectuelle et institutionnelle plus robuste qu’une organisation entièrement construite autour d’une personnalité.

Rivalité personnelle : le danger qui peut détruire un groupe avant sa naissance

Dans un petit groupe, les ambitions individuelles peuvent rapidement devenir un problème. Lorsque dix personnes se réunissent autour d’une même idée, chacune possède son histoire, son caractère, ses compétences et ses aspirations. Certaines peuvent naturellement prendre davantage de place dans les discussions. D’autres peuvent être plus à l’aise avec le public, la communication, l’organisation ou les relations extérieures.

Il serait cependant dangereux de transformer toute différence de compétence en compétition pour le pouvoir.

La rivalité personnelle détourne l’attention de la mission. Au lieu de demander «comment faire avancer notre projet ?», les membres commencent à se demander «qui est le plus important ?», «qui parle au nom du groupe ?», «qui est le plus proche du fondateur ?», «qui pourrait lui succéder ?».

À partir de là, les discussions peuvent devenir des luttes de position.

La solution n’est pas nécessairement de supprimer toute possibilité de désaccord ou d’interdire toute expression personnelle. Il faut plutôt créer une culture dans laquelle la reconnaissance ne dépend pas de la conquête d’un rang. Une personne peut avoir de l’influence sans devenir le rival d’une autre.

Cette distinction entre influence et pouvoir est fondamentale. Un membre particulièrement compétent peut devenir une référence dans un domaine précis sans être transformé en «numéro deux». Il peut coordonner un travail, présenter une proposition, représenter temporairement le groupe ou diriger une commission sans que cela signifie qu’il constitue une alternative au leader.

Le groupe doit donc apprendre très tôt à distinguer les responsabilités fonctionnelles des positions de succession.

Faut-il éviter de désigner un «numéro deux» ?

L’idée de ne pas créer immédiatement un numéro deux répond à une préoccupation compréhensible : empêcher la formation précoce de deux camps. Dans un groupe encore fragile, une personnalité présentée comme le successeur naturel ou comme l’adjoint permanent peut involontairement devenir un centre de gravité concurrent.

Mais cette prudence doit être maniée avec intelligence.

L’absence de «numéro deux» ne doit pas signifier l’absence de délégation. Une organisation incapable de distribuer les responsabilités finit par épuiser son dirigeant et par créer une dépendance dangereuse à son égard.

Il est donc préférable, dans certains contextes, de ne pas construire trop tôt une hiérarchie personnelle, mais de construire des responsabilités clairement définies. Une personne peut être responsable de l’organisation, une autre de la communication, une autre de l’analyse, une autre des relations avec les membres, sans qu’aucune ne soit officiellement présentée comme le rival ou le successeur du fondateur.

Cette architecture possède un avantage : elle permet aux compétences de se développer sans transformer immédiatement les compétences en compétition politique.

Mais elle doit également prévoir une question essentielle : que se passe-t-il si le leader devient indisponible ? Une organisation sérieuse doit pouvoir fonctionner même lorsque son fondateur n’est pas présent. La cohésion ne peut pas reposer sur la présence physique permanente d’une seule personne.

La véritable force d’un fondateur est donc peut-être moins de fabriquer un groupe qui ne peut fonctionner sans lui que de créer progressivement un groupe capable de poursuivre son projet avec lui, puis éventuellement sans lui.

L’unanimité : une apparence de force qui peut devenir une faiblesse

L’idée selon laquelle « aucune note discordante ne doit apparaître » mérite une réflexion particulière.

À l’extérieur, l’unanimité donne effectivement une impression de puissance. Un groupe qui parle d’une seule voix paraît discipliné, déterminé et sûr de lui. Dans certaines circonstances, cette cohérence publique est nécessaire. Une organisation qui expose constamment ses désaccords internes peut donner l’impression de ne pas savoir ce qu’elle veut.

Cependant, l’unanimité publique ne nécessite pas nécessairement l’unanimité intellectuelle.

Le groupe peut discuter librement à huis clos, examiner plusieurs scénarios, identifier les risques et entendre les objections, puis adopter une décision commune. Une fois cette décision prise, chacun peut la défendre publiquement comme position collective.

Cette méthode est très différente de celle qui consiste à interdire le désaccord dès le début.

La première produit une décision collective après confrontation des arguments. La seconde produit parfois une décision avant même que les arguments contradictoires aient été entendus.

C’est précisément le problème étudié par Janis : lorsque la cohésion et la pression à la conformité deviennent excessives, les membres peuvent s’autocensurer et confondre le silence avec l’accord.

Le silence est donc ambigu. Un groupe silencieux peut être profondément uni. Mais il peut aussi être composé de personnes qui ont des doutes qu’elles n’osent pas exprimer.

La vraie cohésion se reconnaît davantage à la capacité de traverser le désaccord qu’à son absence.

Étudier ensemble avant d’agir ensemble

Le premier noyau doit consacrer une partie importante de son énergie à l’étude. Une idée politique, sociale ou associative ne peut pas durablement reposer sur l’enthousiasme de ses fondateurs.

Il faut connaître le terrain sur lequel cette idée doit s’appliquer. Il faut comprendre les obstacles, les attentes, les forces susceptibles de soutenir le projet et celles qui peuvent s’y opposer. Il faut examiner l’histoire des expériences comparables, leurs réussites mais aussi leurs échecs.

Surtout, il faut accepter de rechercher les informations qui contredisent les convictions initiales.

C’est peut-être l’un des exercices les plus difficiles pour un groupe fondateur. Lorsque plusieurs personnes ont investi émotionnellement dans une idée, elles cherchent spontanément les informations qui la confirment. Or une organisation sérieuse doit parfois faire exactement l’inverse : chercher les arguments qui pourraient démontrer que son hypothèse est incomplète.

Cette discipline intellectuelle peut être institutionnalisée. Pour chaque grande décision, le groupe peut demander : quelles sont les objections les plus fortes ? Quelle hypothèse pourrait nous conduire à l’échec ? Quelles informations nous manquent ? Que disent ceux qui ne partagent pas notre vision ?

Cette méthode n’affaiblit pas le leadership. Elle lui donne au contraire une base plus solide.

L’adversité comme révélateur de la qualité du noyau

Tout groupe paraît solide lorsque personne ne l’attaque. La véritable épreuve arrive lorsque les critiques apparaissent, lorsque les adversaires se mobilisent, lorsque certains membres sont découragés ou lorsque les premières difficultés montrent les limites du projet.

C’est dans ces moments que le premier noyau révèle sa qualité.

Un groupe fondé uniquement sur l’enthousiasme peut se disperser rapidement. Un groupe fondé sur une compréhension profonde de son projet peut au contraire utiliser l’adversité pour renforcer sa cohésion.

Mais là encore, il existe une différence entre solidarité et fermeture.

Face à l’opposition, un groupe peut être tenté de considérer toute critique extérieure comme hostile et toute critique intérieure comme suspecte. Cette attitude procure momentanément un sentiment de protection. Pourtant, elle peut conduire à l’isolement intellectuel.

Les recherches sur le groupthink soulignent justement que l’isolement du groupe, combiné à une forte pression de conformité et à un leadership trop directif, peut réduire la qualité de l’examen des alternatives (Janis, 1982).

La résistance à l’adversité doit donc être construite autrement. Le groupe doit pouvoir dire : «nous sommes solidaires entre nous, mais nous ne sommes pas incapables d’entendre une critique».

Cette attitude demande davantage de maturité que la simple fermeture.

Une discipline collective, mais pas une obéissance aveugle

Toute organisation a besoin de discipline. Sans elle, les décisions collectives restent théoriques. Si chacun agit selon son humeur personnelle, aucun projet durable ne peut être construit.

La discipline signifie alors respecter les décisions régulièrement adoptées, tenir ses engagements, protéger la confiance interne, éviter les conflits personnels inutiles et ne pas transformer chaque divergence en crise.

Mais la discipline n’est pas l’obéissance aveugle.

Une organisation mature doit posséder des mécanismes permettant à un membre de signaler une erreur grave sans être immédiatement considéré comme un traître. Elle doit pouvoir distinguer la critique constructive du sabotage, l’ambition personnelle de la compétence, la divergence stratégique de la volonté de destruction.

Cette distinction est difficile, mais elle est indispensable.

Le leader lui-même a intérêt à l’existence de cette culture. Un entourage qui approuve toujours son jugement peut lui donner une impression de sécurité tout en le privant d’informations essentielles. Des recherches expérimentales ont notamment montré que des dirigeants très directifs peuvent réduire la discussion des solutions alternatives, tandis qu’un leadership encourageant la participation favorise davantage leur examen (Leana, 1985).

Le dirigeant fort n’est donc pas celui qui ne tolère aucune contradiction. C’est celui qui peut écouter une contradiction sans perdre son autorité.

Le temps comme instrument de construction

Une erreur fréquente des mouvements naissants consiste à vouloir immédiatement apparaître comme une organisation achevée. On cherche un nom, un logo, des fonctions, une communication, une présence publique, parfois même une structure complexe, alors que l’idée elle-même n’a pas encore été suffisamment travaillée.

Or le premier noyau a besoin de temps.

Il doit apprendre à se connaître. Il doit découvrir les forces et les limites de chacun. Il doit observer comment les membres réagissent lorsqu’une décision leur déplaît. Il doit savoir qui reste lorsque l’enthousiasme initial disparaît.

La durée joue alors le rôle d’un filtre.

Certains viennent parce que l’idée leur paraît séduisante. D’autres restent parce qu’ils ont véritablement intégré le projet. Certains recherchent une position. D’autres recherchent une mission. Avec le temps, ces motivations deviennent visibles.

C’est pourquoi une organisation ne devrait pas avoir peur d’une phase relativement longue de maturation. Une décennie de confiance ne se fabrique pas en quelques réunions, et une culture collective ne se décrète pas par un règlement intérieur.

La force d’un noyau n’est pas son uniformité, mais sa confiance

Au fond, le problème revient à une question simple : qu’est-ce qui rend un premier noyau réellement solide ?

Ce n’est pas uniquement le nombre de ses membres. Ce n’est pas seulement leur proximité avec le fondateur. Ce n’est même pas leur capacité à répéter le même discours.

Sa force réside dans la confiance.

La confiance signifie que chacun sait que les autres ne transformeront pas une divergence en règlement de comptes. Elle signifie que les ambitions individuelles ne détruiront pas la mission commune. Elle signifie également que le fondateur peut entendre une objection sans soupçonner immédiatement une conspiration.

Un groupe de dix personnes qui se font confiance peut être plus efficace qu’une organisation de cent personnes divisée en factions.

Mais la confiance exige des règles morales et organisationnelles. Elle exige la loyauté, la confidentialité lorsque celle-ci est légitime, la parole tenue, le respect des décisions et l’absence de manipulation des autres membres.

Elle exige surtout une conception du pouvoir comme responsabilité.

Si le fondateur considère le groupe comme sa propriété personnelle, la relation finit par devenir fragile. Si les membres considèrent le fondateur comme un obstacle à leur propre ascension, la rivalité finit également par apparaître.

Entre ces deux extrêmes existe une conception plus saine : le fondateur est le dépositaire initial d’une idée, tandis que les premiers membres sont les gardiens de sa cohérence et de son développement.

Construire une organisation capable de durer

Une idée ne devient durable que lorsqu’elle dépasse les personnes qui l’ont lancée.

C’est probablement le paradoxe ultime du leadership fondateur. Le meilleur fondateur est celui qui parvient à transmettre une vision suffisamment forte pour qu’elle ne disparaisse pas avec lui.

Cela suppose de former les membres, de développer leurs compétences, de documenter les décisions importantes, de clarifier les principes et de créer progressivement des mécanismes permettant la continuité.

Il ne faut donc pas confondre l’absence de rivalité avec l’absence de relève. Une organisation qui refuse toute émergence de nouvelles compétences par peur de voir apparaître un concurrent risque de fabriquer sa propre fragilité.

Le premier noyau doit plutôt devenir une école de responsabilité. Chacun doit pouvoir apprendre à prendre des décisions, à organiser, à communiquer, à analyser et à assumer les conséquences de ses choix.

Dans cette perspective, le fondateur ne perd rien en formant des personnes capables. Au contraire, il augmente la valeur de son propre travail.

Une idée véritablement forte n’a pas besoin que tous ses membres soient faibles autour du leader pour que celui-ci demeure fort. Elle a besoin que les membres deviennent suffisamment solides pour porter ensemble le projet.

Ainsi apparaît une conception plus profonde de la solidarité : nous ne sommes pas solidaires parce que nous sommes identiques ; nous sommes solidaires parce que nous avons choisi une même direction et que nous avons accepté de construire ensemble les moyens de l’atteindre.

Le premier noyau peut alors devenir une force remarquable. Il connaît ses principes, il connaît ses limites, il sait discuter avant de décider et il sait se rassembler après la décision. Il ne gaspille pas son énergie dans les rivalités personnelles. Il protège son projet contre les ambitions individuelles sans étouffer les compétences. Il soutient son leader sans transformer cette confiance en culte de la personnalité.

C’est probablement là que se trouve la différence entre un cercle de fidèles et une véritable organisation.

Un cercle de fidèles dépend d’une personne. Une organisation durable dépend d’une culture.

La première peut être puissante pendant un temps. La seconde peut survivre aux crises, aux changements de circonstances et même aux générations.

L’histoire des organisations montre ainsi que la cohésion est une condition importante de l’action collective, mais qu’elle ne suffit pas à garantir la qualité des décisions. Une cohésion excessive peut même produire l’effet inverse lorsqu’elle transforme le désaccord en faute morale et le silence en preuve d’unanimité. Les travaux consacrés au groupthink ont précisément attiré l’attention sur ce paradoxe : le groupe peut être très uni et pourtant prendre de mauvaises décisions parce que la recherche de l’accord a pris le dessus sur l’examen critique (Janis, 1972).

Le véritable défi du premier noyau est donc de construire une solidarité assez forte pour résister aux divisions personnelles, mais assez intelligente pour laisser circuler les arguments. Il faut une loyauté suffisamment profonde pour empêcher les ambitions de détruire le projet, mais suffisamment mature pour reconnaître qu’un membre loyal peut aussi dire : « je pense que nous nous trompons ».

C’est peut-être même la forme la plus élevée de loyauté.

Car approuver constamment le leader est facile. Lui dire, au moment nécessaire, qu’une décision mérite d’être reconsidérée demande davantage de courage.

Une organisation naissante doit donc rechercher non pas l’unanimité permanente, mais l’unité consciente. Elle doit apprendre à distinguer le débat interne de la division, la critique de la trahison, la compétence de la rivalité et l’autorité de l’autoritarisme.

Le premier noyau est alors bien davantage qu’un groupe de personnes réunies autour d’un fondateur. Il devient le laboratoire dans lequel se construit une culture politique, sociale ou associative. Les premières habitudes deviennent les habitudes futures. La manière dont les membres se parlent au commencement préfigure souvent la manière dont l’organisation traitera ses désaccords lorsqu’elle sera devenue beaucoup plus grande.

C’est pourquoi les premières réunions ont une importance disproportionnée par rapport à leur taille. Dix personnes peuvent sembler insignifiantes face à une société entière. Pourtant, c’est souvent parmi ces dix personnes que se dessinent les règles invisibles qui détermineront la vie future du mouvement.

Il faut donc prendre le temps de bâtir.

Bâtir la confiance.

Bâtir la discipline.

Bâtir la connaissance.

Bâtir la loyauté.

Bâtir le respect du fondateur sans confondre l’homme avec l’idée.

Bâtir surtout une capacité collective à décider sans se déchirer.

Et, peut-être plus important encore, bâtir une organisation qui n’a pas peur de la discussion parce qu’elle possède une identité suffisamment solide pour ne pas s’effondrer au premier désaccord.

Une idée durable ne naît pas seulement lorsqu’un homme ou une femme réussit à convaincre dix personnes. Elle naît lorsque ces dix personnes découvrent progressivement qu’elles peuvent transformer une conviction individuelle en responsabilité commune. Le fondateur allume l’étincelle ; le premier noyau doit apprendre à protéger la flamme. Mais protéger une flamme ne signifie pas l’enfermer dans une boîte hermétique. Une flamme a besoin d’oxygène pour continuer à brûler.

Il en va de même pour une idée collective.

La cohésion lui donne sa force. Le débat lui donne son intelligence. La discipline lui donne sa continuité. La confiance lui donne sa durée.

C’est dans cet équilibre, beaucoup plus difficile à atteindre que l’unanimité apparente, que se trouve probablement le véritable fondement d’une organisation capable de traverser l’adversité sans perdre ni son âme ni sa capacité de penser.

* Universitaire.

Bibliographie

Janis, I. L. (1972). Victims of Groupthink: A Psychological Study of Foreign-Policy Decisions and Fiascoes. Houghton Mifflin.

Janis, I. L. (1982). Groupthink: Psychological Studies of Policy Decisions and Fiascoes. Houghton Mifflin.

Leana, C. R. (1985). “A Partial Test of Janis’ Groupthink Model: Effects of Group Cohesiveness and Leader Behavior on Defective Decision Making.” Journal of Management, 11(1), 5–18.

Paul ‘t Hart, P. (1994). Groupthink in Government: A Study of Small Groups and Policy Failure. Johns Hopkins University Press.

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