Normale Ansicht

Coupures d’électricité : Abdellatif Meziou appelle à une meilleure anticipation

20. Juli 2026 um 14:55

Quel est l’impact des coupures d’électricité pour les industriels ? Quelles en sont les conséquences ? Sont-ils affectés ? Pour décortiquer la situation, nous avons contacté Abdellatif Meziou, membre du bureau exécutif de la CONECT, qui livre un témoignage direct sur le secteur du cosmétique.

Une chose est sûre : les coupures d’électricité récurrentes pèsent lourdement sur l’industrie, particulièrement sur les filières à process continu où l’arrêt n’est pas une simple pause mais peut compromettre des lots entiers. Dans le secteur cosmétique, une coupure survenant durant une phase de mélange altère la texture et la viscosité : selon l’avancement du procédé, la production peut parfois être récupérée; mais souvent le seul recours est de jeter le lot.

« Ces interruptions génèrent des coûts directs, une perte de matières premières et de produits finis, des coûts opérationnels, de remise en route, de maintenance, de contrôles qualité et des coûts humains. Avec des heures salariales perdues, des heures supplémentaires imprévues ou des arrêts temporaires du personnel », explique Abdellatif Meziou.

Et de poursuivre : « Elles réduisent aussi la capacité productive. Un objectif de fabrication de 10 000 unités peut se transformer en 6 000 réalisées, avec des effets en chaîne sur l’approvisionnement du marché. La situation est aggravée par l’absence d’informations précises. Telles que des notifications vagues sur des plages horaires (par exemple “de 11h30 à 17h”) sans garantie de durée empêchent toute planification fiable et compliquent la gestion quotidienne des ateliers. »

Il ajoute : « Les groupes électrogènes, présents dans de nombreuses entreprises, protègent les équipements sensibles mais ne suffisent pas à alimenter l’ensemble des lignes de production. La plupart des sites ne sont donc pas en mesure de fonctionner normalement pendant une longue interruption. Si ces coupures persistent jusqu’à la rentrée, le risque de pénuries devient réel : la cosmétique verra sa production affectée. Mais l’agroalimentaire sera encore plus vulnérable en raison des exigences de la chaîne du froid et de la sécurité sanitaire. »

Sur la question du coût, Abdellatif Meziou constate : « Ce sont d’abord les opérateurs économiques qui supportent le fardeau. L’État et les autres acteurs n’ayant pas toujours les marges pour tout compenser. À terme, c’est le consommateur qui risque de payer, via une baisse de qualité, des ruptures de stock et une hausse des prix. »

Si des coupures planifiées ont déjà eu lieu par le passé pour des opérations de maintenance, la fréquence et l’opacité actuelles constituent pour de nombreux industriels une situation inédite. Selon lui, il faut agir sur deux niveaux. D’abord à court terme, en améliorant la communication et en soutenant les secteurs critiques avec des capacités de secours adaptées. Ensuite, à long terme, en accélérant et finançant des projets visant à augmenter la production énergétique (renouvelables, stockage); et ce, afin de réduire la probabilité de récurrence.

« La solution réside dans une meilleure anticipation et des décisions structurelles », conclut Abdellatif Meziou. Cela est indispensables pour préserver la capacité productive du pays et protéger les consommateurs.

L’article Coupures d’électricité : Abdellatif Meziou appelle à une meilleure anticipation est apparu en premier sur Leconomiste Maghrebin.

Mondial Fifa | La portée politique de la victoire de l’Espagne

20. Juli 2026 um 12:44

La victoire de l’Espagne sur l’Argentine, lors de la finale de la Coupe du Monde Fifa, hier soir, dimanche 19 juillet 2026, au MetLife Stadium, officiellement renommé Stade de New York New Jersey par la Fifa pour la durée du tournoi, dépasse le monde du football pour revêtir une dimension politique. C’est la victoire de la justice contre l’arrogance…

Elyes Kasri *

Cette victoire amplement méritée par les Ibériques, qui se sont longtemps battus pour y parvenir lors des prolongations (116e minutes) impose un parallèle inévitable entre tout ce dont le sionisme international s’est avéré capable pour parvenir à ses fins pour se heurter en fin de compte au cran et à la volonté des peuples.

Ceux qui ont suivi le parcours de l’équipe argentine à la Coupe du monde ont été témoins de la mansuétude dont elle a bénéficié de la part des instances de la Fifa et du soutien fervent des dirigeants israéliens face à une équipe espagnole recueillant le soutien non seulement de ses supporters traditionnels à travers le monde mais également cette fois de tous ceux qui apprécient le courage politique du gouvernement et du peuple espagnols dans leur opposition au génocide à Gaza et à l’aventurisme militaire américano-israélien.

Sans exagérer et ôter quoi que ce soit au mérite légitime de l’équipe espagnole, on ne peut s’empêcher géopolitiquement de considérer la finale de la Coupe du monde de football 2026 dans la périphérie de la métropole newyorkaise, fief traditionnel du sionisme international, après l’élection d’un maire musulman propalestinien, Zohran Mamdani comme une nouvelle défaite des forces du mal augurant d’une victoire inéluctable des peuples palestinien, syrien, libanais, iranien et les autres qui ne cessent de subir le joug et les atrocités de la coalition internationale dirigée par Israël t soutenue par les Etats-Unis et quelques autres Etats sous l’influence du lobby sioniste mondial.

* Ancien ambassadeur.  

NB. La défaite de l’Argentine est aussi celle d’Israël que le gouvernement de droite en place à Buenos Aires ou encore sa star de football, Lionel Messi, soutiennent ouvertement, malgré ses crimes contre l’humanité condamnés par la CIJ et la CPI (NDLR).

L’article Mondial Fifa | La portée politique de la victoire de l’Espagne est apparu en premier sur Kapitalis.

La grande mutation des voies pétrolières face au péril iranien est lancée

20. Juli 2026 um 12:36

Au-delà des tensions récurrentes dans le détroit d’Ormuz, le secteur de la logistique pétrolière s’apprête à vivre des transformations structurelles majeures.

 

Soucieux de sécuriser leurs rentes financières face aux risques géopolitiques, les pays exportateurs cherchent à diversifier leurs voies d’acheminement. C’est précisément dans cette optique que l’Irak et la Syrie ont officialisé un accord visant à réhabiliter un oléoduc stratégique, ouvrant ainsi une nouvelle voie de contournement pour l’or noir.

 

Renaissance de l’axe Bagdad-Damas

Bagdad et Damas ont signé cet accord lors d’un sommet de la Chambre de commerce à Washington portant sur les investissements américains en Irak. Les Américains ont capté une marge réelle pour augmenter la production de pétrole et réduire les dépendances vis-à-vis de voisins hostiles.

L’oléoduc s’étend de Kirkouk, dans le nord de l’Irak, jusqu’à la côte méditerranéenne de la Syrie, avec une capacité nominale de 700 000 barils par jour. Il est fermé depuis qu’il a été endommagé lors de l’invasion de l’Irak par les États-Unis en 2003.

Lire aussi : L’Irak confie la relance de Kirkouk aux majors américaines

L’Irak, deuxième plus grand producteur de pétrole de l’OPEP, a lourdement souffert des perturbations du trafic de pétroliers dans le détroit d’Ormuz pendant la guerre entre les États-Unis et l’Iran. Bagdad dépend de sa ville portuaire méridionale de Bassora, sur le golfe Persique, en raison des options limitées d’oléoducs pour acheminer son pétrole vers les marchés mondiaux. La production de pétrole de l’Irak a chuté de plus de 50 % pour atteindre environ 1,9 million de barils par jour en juin, contre environ 4,2 millions de barils par jour en février.

 

Quid de la menace d’infrastructure globale ?

Plusieurs États du Golfe souhaitent étendre la capacité de leurs oléoducs afin de réduire leur dépendance à l’égard d’Ormuz. Les Émirats arabes unis construisent un deuxième oléoduc vers le port de Fujaïrah, sur le golfe d’Oman, ce qui doublerait leur capacité d’exportation en dehors du détroit. L’Arabie saoudite envisage d’étendre de 2 millions de barils par jour son oléoduc menant à la mer Rouge.

Mais si les oléoducs peuvent servir de couverture contre les risques géopolitiques dans le détroit d’Ormuz, ils ne résolvent pas la menace sous-jacente que fait peser l’Iran sur les infrastructures énergétiques de la région. Le problème n’est pas la voie navigable. Les derniers mois ont montré que l’Iran peut utiliser des armes pour attaquer les installations de chargement, les stations de pompage, les stations d’arrivée, ces terminaux ainsi que les unités de stockage de ces oléoducs.

L’article La grande mutation des voies pétrolières face au péril iranien est lancée est apparu en premier sur Leconomiste Maghrebin.

Etats-Unis – Israël | Vance fustige le gouvernement Netanyahu

20. Juli 2026 um 11:22

Le 18 juin 2026 restera comme une date charnière dans l’histoire de l’alliance américano-israélienne. Ce jour-là, le vice-président américain J. D. Vance a lancé depuis la Maison-Blanche un avertissement d’une violence inédite aux dirigeants israéliens, les sommant de cesser leurs critiques contre l’accord signé entre Washington et Téhéran. En déclarant que Donald Trump était «le seul chef d’État au monde à être bienveillant envers la nation d’Israël», Vance a posé un ultimatum clair : le soutien américain n’est plus inconditionnel, et ceux qui s’opposent à la stratégie trumpienne en payeront le prix.

Habib Glenza

Le vice-président américain ne mâche pas ses mots. Il vise directement les membres du gouvernement israélien qui ont osé critiquer l’accord-cadre signé la veille entre les États-Unis et l’Iran. Sa déclaration eut l’effet d’une onde de choc à travers tout le Proche-Orient : «Donald Trump est le seul chef d’État au monde à être bienveillant envers la nation d’Israël en ce moment précis. Et il se trouve qu’il est le chef d’État de la superpuissance mondiale.»

La phrase est lâchée, nette, sans filet. Vance poursuit, le regard dur : «Si je faisais partie du cabinet du gouvernement israélien, je ne m’attaquerais pas au seul allié puissant qu’il vous reste dans ce monde.»  

Une charge violente et un ton direct inhabituellement dur pour un vice-président américain vis-à-vis d’Israël. En quelques secondes, les dépêches s’envolent. En Israël, les Unes des journaux du lendemain matin sont unanimes : l’Amérique de Trump a changé de logiciel. Le message de Vance a fait la une des journaux hébreux. 

Rappel brutal de la dépendance : les deux tiers de vos armes sont américaines

Vance ne s’arrête pas à une simple mise en garde diplomatique. Il sort l’artillerie lourde, chiffres à l’appui : «Lors des trois derniers mois, les deux tiers des armes défensives ayant protégé votre pays ont été fabriqués par des mains américaines et financés par l’argent des contribuables américains.»

La phrase est un coup de semonce. Elle ne dit pas explicitement que l’aide sera coupée, mais elle en dessine la menace.

Pour les dirigeants israéliens, le message est limpide : sans les États-Unis, la capacité de défense d’Israël s’effondre. Vance rappelle que cette dépendance n’est pas un simple détail technique, mais le principal levier de Washington. En choisissant de parler d’argent et d’armes plutôt que de valeurs partagées, le vice-président ancre le débat dans une logique transactionnelle, celle-là même qui caractérise la doctrine Trump depuis 2017.

L’avertissement de Vance n’est pas un coup de sang isolé. Il s’inscrit dans une continuité. Trump lui-même n’a jamais caché son mépris pour certains dirigeants israéliens. Selon des révélations d’Axios, il avait traité Benjamin Netanyahu de «effing crazy» en privé, avant d’ajouter : «Israël aurait été rayé de la carte depuis longtemps si je ne m’y étais mêlé.» Plus récemment, il a reproché à Israël ses frappes au Liban, estimant qu’elles nuisent à ses efforts de paix. La doctrine est claire : Trump considère qu’il a sauvé Israël, et que ce dernier lui doit obéissance en retour. Vance ne fait que traduire cette vision en langage diplomatique officiel.

Pour comprendre la violence de la sortie de Vance, il faut remonter à la veille. Le 17 juin, les États-Unis et l’Iran ont signé un protocole d’entente en 14 points, fruit de mois de négociations discrètes. Cet accord, qui prévoit une cessation immédiate des hostilités sur tous les fronts, dont le Liban, a provoqué la fureur des ministres israéliens d’extrême droite. Vance, qui s’est personnellement investi dans ce dossier, ne pouvait pas laisser ces critiques sans réponse.

L’accord-cadre prévoit la fin immédiate des opérations militaires sur tous les fronts, y compris au Liban, ainsi que la dilution du stock d’uranium hautement enrichi de Téhéran. Une période de 60 jours est ouverte pour parvenir à un accord définitif visant à empêcher l’Iran de se doter de l’arme nucléaire. Mais le texte ne mentionne pas le programme de missiles balistiques iraniens, ni l’influence de Téhéran dans la région via ses proxys. Pour les ministres israéliens, c’est une trahison. Itamar Ben Gvir, ministre de la Sécurité intérieure, et Bezalel Smotrich, ministre des Finances, ont immédiatement dénoncé un accord qui laisse l’Iran libre de poursuivre son développement militaire conventionnel. Leur colère est d’autant plus vive que l’accord prévoit que l’Iran pourrait développer un fonds de reconstruction de 300 milliards de dollars financé par les investissements des États du Golfe, une manne qui pourrait renforcer son influence régionale.

Friction sur le dossier des missiles iraniens et sur l’occupation du Liban 

Israël a annoncé son intention de maintenir une zone tampon étendue au Sud-Liban, malgré l’accord signé entre Washington et Téhéran. Cette décision, officialisée dans une nouvelle version de la «zone tampon», est un défi direct à l’accord. Vance a répondu sans ambages : «Les attaques contre les civils à Beyrouth sont inacceptables.» Le message est clair : l’administration Trump ne tolérera pas qu’Israël sabote l’accord en poursuivant ses opérations militaires au Liban. C’est le deuxième point de friction concret, après le programme de missiles. 

Vance n’est pas un simple exécutant dans cette affaire. Le sénateur Lindsey Graham l’avait qualifié d’«architecte de l’accord» avec l’Iran. Son implication personnelle est totale. Si l’accord-cadre échoue, c’est lui qui en portera la responsabilité politique. Les critiques israéliennes ne sont donc pas seulement une offense diplomatique, elles menacent directement sa crédibilité et son avenir politique. D’où la violence de sa réaction. Vance n’a pas attaqué Israël dans son ensemble. Il a soigneusement choisi ses cibles : les deux ministres d’extrême droite du gouvernement Netanyahu. En les prenant pour cible, il cherche à isoler la frange la plus dure du cabinet israélien et à diviser l’opinion publique. Itamar Ben Gvir et Bezalel Smotrich sont les deux figures de proue de l’extrême droite israélienne. Le premier est connu pour ses positions ultranationalistes et son passé de colon radical. Le second dirige le parti Sionisme religieux et milite pour l’annexion de la Cisjordanie. Tous deux ont critiqué avec virulence l’accord avec l’Iran, accusant Trump de trahir Israël. Vance les a spécifiquement pris pour cible dans une interview au New York Times, les qualifiant implicitement d’irresponsables. En s’en prenant à eux, le vice-président américain cherche à les discréditer aux yeux de l’opinion israélienne et internationale.

La phrase la plus cinglante de Vance est sans doute celle-ci : «Vous êtes un pays de 9 millions d’habitants. Vous ne pouvez pas simplement régler chacun de vos problèmes de sécurité nationale à coups de morts.» En rappelant à Israël sa vulnérabilité démographique face à ses voisins, et sa dépendance militaire vis-à-vis des États-Unis, Vance ne dit pas seulement qu’Israël a besoin des États-Unis ; il dit qu’Israël est trop petit et trop faible pour agir seul. Cette phrase, reprise en boucle par les médias israéliens, a provoqué une onde de choc dans la classe politique.

Netanyahu otage de son gouvernement et de la doctrine America First 

Face à cette tempête, Netanyahu a choisi la prudence. Dans une réponse soigneusement calibrée, il a appelé à préserver la «relation vitale» avec les États-Unis. «Le combat n’est pas terminé, et d’autres défis nous attendent. Ils exigent du discernement, une défense résolue des intérêts sécuritaires d’Israël et, dans le même temps, la préservation de notre relation vitale avec les États-Unis», a-t-il déclaré. Cette position contraste avec la virulence de ses ministres d’extrême droite.

Netanyahu est pris en tenaille : s’il soutient ses ministres, il s’aliène Washington ; s’il les désavoue, il fait voler en éclats sa coalition. Vance et Trump jouent précisément sur cette fracture interne pour imposer leur agenda. En isolant Ben Gvir et Smotrich, ils poussent Netanyahu à choisir son camp.

Le soutien à Israël n’apparaît plus inconditionnel sous l’ère Trump. C’est un changement majeur. Pendant des décennies, le soutien américain à Israël était un dogme bipartisan. Avec Trump, il devient conditionnel, transactionnel. La logique est simple : les contribuables américains paient environ 3,8 milliards de dollars par an à Israël via un protocole d’entente qui court jusqu’en 2028. Si Israël ne suit pas la ligne de Washington, pourquoi continuer à payer ? C’est le cœur de la doctrine «America First» appliquée à la diplomatie. Vance ne fait que mettre des mots sur cette réalité : l’amitié américaine a un prix, et ce prix est l’obéissance.

La menace de Vance n’est pas un simple exercice rhétorique. Elle repose sur des chiffres concrets et une réalité stratégique implacable.

Le prix de la bienveillance, c’est la soumission  

Selon le Council on Foreign Relations, les États-Unis ont fourni au moins 16,3 milliards de dollars d’aide militaire directe à Israël depuis les attaques du 7 octobre 2023. Depuis 1948, le montant total dépasse les 300 milliards de dollars, ajusté de l’inflation. Ces chiffres sont l’argument principal des opposants à l’aide inconditionnelle au Congrès. Chaque année, le débat sur le budget de l’aide étrangère est l’occasion de remettre en question cette manne. En rappelant ces chiffres, Vance donne des armes à ceux qui veulent conditionner l’aide à Israël. La menace est d’autant plus crédible que Trump a déjà montré par le passé qu’il n’hésitait pas à utiliser l’arme budgétaire.

Israël a annoncé son intention de maintenir une zone tampon étendue au Sud-Liban, malgré l’accord signé entre Washington et Téhéran. Vance a répondu que «les attaques contre les civils à Beyrouth sont inacceptables». C’est le test ultime : si Netanyahu continue l’occupation du Sud-Liban, il défie directement l’accord signé par Trump. La conséquence pourrait être un gel de l’aide militaire américaine. 

La phrase de Vance, «Trump est le seul bienveillant envers Israël», est un chantage affectif et politique. Si Israël ne se plie pas à la «bienveillance» de Trump, il se retrouve seul face à l’Iran et ses alliés. La menace est explicite : sans nous, vous êtes vulnérables. C’est un piège redoutable. En se présentant comme le seul ami d’Israël, Trump assure que toute critique israélienne sera perçue comme une ingratitude, et que toute velléité d’indépendance sera punie. Le «prix de la bienveillance», c’est la soumission.

L’article Etats-Unis – Israël | Vance fustige le gouvernement Netanyahu est apparu en premier sur Kapitalis.

Tunisie | Le silence du président, un instrument politique

20. Juli 2026 um 08:04

En politique, l’absence n’est jamais neutre. Mais la réapparition ne l’est pas davantage. Lorsque le président de la république choisit de mettre fin à plusieurs jours d’absence médiatique en visitant personnellement la station de pompage de Ghedir El Golla, rattachée à la Sonede, aux environs de Tunisie, il envoie un message aussi calculé que l’avait été son silence. La séquence mérite d’être lue dans son intégralité — pas seulement dans sa conclusion.

Abdelwaheb Ben Moussa *

Depuis quelques jours, trois phénomènes se télescopaient dans l’espace public tunisien : des interrogations persistantes sur l’absence médiatique du chef de l’État ; une aggravation des dysfonctionnements des services publics essentiels — notamment l’eau et l’électricité ; et une multiplication des mises en garde officielles contre les «rumeurs», les «fausses informations» et les «tentatives de déstabilisation».

Pris isolément, chacun de ces événements possédait sa propre logique. Mis bout à bout, ils dessinaient une séquence politique qui appelait à être interrogée. La réapparition présidentielle en constitue le quatrième acte — et sans doute le plus instructif.

Plus le silence officiel s’installait, plus les réseaux sociaux se mettaient à parler. Et plus les réseaux sociaux parlaient, plus la réponse sécuritaire semblait prendre le dessus sur la réponse politique et communicationnelle.

Car le vide informationnel ne reste jamais vide bien longtemps. Il est systématiquement occupé par les interprétations, les spéculations et les rumeurs. C’est une constante des systèmes politiques, quels qu’ils soient.

Ce qui s’est passé en Tunisie ces derniers jours en est une illustration parfaite — et la réapparition présidentielle n’efface pas rétrospectivement les questions que cette séquence a posées. Elle les complète.

Trois hypothèses, désormais une lecture possible

Pendant le silence, plusieurs lectures étaient envisageables : un simple concours de circonstances ; une communication minimale choisie dans une période sensible ; une stratégie délibérée consistant à laisser monter l’attente avant une reprise en main du récit public.

La visite de la station de Ghedir El Golla (Sonede) fait pencher la balance vers la troisième hypothèse. Le président ne réapparaît pas dans un cadre protocolaire ordinaire : il réapparaît là où la colère sociale était la plus vive, là où les attentes citoyennes étaient les plus immédiates. C’est une réapparition de terrain, une réapparition de proximité, une réapparition qui dit : «Je suis là où le problème est.»

Que ce choix soit délibéré ou circonstanciel, il produit objectivement les effets d’une stratégie de communication — celle du retour visible sur un sujet concret, après un silence qui avait laissé le champ libre aux spéculations.

Pendant l’absence présidentielle, le débat public s’était progressivement déplacé : de la question des services publics vers celle de la déstabilisation du pays ; de la colère sociale vers la lutte contre les fausses nouvelles. Ce déplacement n’était pas nécessairement délibéré — mais il produisait objectivement les effets d’une recomposition de l’agenda politique.

La réapparition présidentielle opère un nouveau déplacement : elle recentre l’attention sur l’eau, sur la Sonede, sur l’infrastructure — et replace le président dans le rôle de l’homme qui agit, qui inspecte, qui interpelle.

C’est habile. Mais une démocratie mature ne devrait pas avoir besoin de cette chorégraphie. Elle devrait disposer de mécanismes de communication institutionnelle suffisamment solides pour que l’absence d’un chef d’État pendant quelques jours ne génère pas une crise informationnelle de cette ampleur.

La vraie leçon de cette séquence

Ce que cette semaine a révélé n’est pas tant l’état de santé du président que l’état de santé de la communication publique tunisienne. Une communication institutionnelle robuste aurait permis d’informer les citoyens sans alimenter les spéculations. Une transparence ordinaire sur l’agenda présidentiel aurait rendu les rumeurs inopérantes. Celles-ci prospèrent rarement sur l’excès d’information — elles prospèrent presque toujours sur son absence. Et elles s’arrêtent non pas quand le président réapparaît – puisque même après sa réapparition, certains ont continué à douter de l’authenticité de la séquence –, mais quand les institutions fonctionnent de façon suffisamment transparente pour rendre la réapparition banale plutôt que spectaculaire.

Le problème n’est donc pas tant ce que disaient les réseaux sociaux que ce qu’ils sont venus remplacer : la parole publique régulière et prévisible de l’État.

La réapparition du président clôt momentanément la séquence médiatique. Elle ne clôt pas la question analytique qu’elle a soulevée : le silence présidentiel était-il subi ou instrumentalisé ?

La réponse importe moins, finalement, que la leçon à en tirer. En démocratie, la communication du pouvoir ne consiste pas uniquement à parler ou à se taire. Elle consiste à rendre prévisible et transparent l’exercice de l’autorité — pour que ni le silence ni la réapparition ne deviennent des événements en eux-mêmes.

Le président est réapparu là où la colère était la plus forte. C’est une bonne décision de terrain. Mais la vraie question reste entière : comment éviter que la prochaine absence — quelle qu’en soit la raison — ne reproduise la même séquence ? 

La réponse n’est pas dans la communication de crise. Elle est dans les institutions.

* Ingénieur informaticien, cadre de banque.  

L’article Tunisie | Le silence du président, un instrument politique est apparu en premier sur Kapitalis.

Mondial Fifa | Une finale qui ne restera pas dans les mémoires

20. Juli 2026 um 07:15

L’Espagne a finalement remporté la Coupe du Monde Fifa, hier soir, dimanche 19 juillet 2026, par le score étriqué de 1-0 sur un but de marqué par Ferran Torres lors des prolongations (106’). Pour une fois l’arbitre a fini par sévir face à l’anti jeu bien connu des Argentins en expulsant Enzo Hernandez à la fin du temps réglementaire **. (Photo : La perle espagnole Lamine Yamal muselé par un défenseur argentin. Le flamenco a finalement eu raison du tango-catch).

Dr Mounir Hanablia *

Le mérite des joueurs espagnols fut d’y parvenir sans génie en se créant des occasions après avoir buté plusieurs fois contre le gardien adverse dont on finit par croire qu’il possédait des aimants qui lui attiraient le ballon dans les mains.

Sur le plan sportif, la formation sud-américaine, dominée, a montré son mauvais visage.

La rencontre fut âpre, hachée par des fautes incessantes, parfois de véritables agressions, sous le regard indifférent de l’arbitre, apparemment allergique au jaune et au rouge des cartons. Le joueur Argentin Leandro Paredes fut l’exemple du joueur averti ayant mérité trois ou quatre fois l’expulsion et qui continua de sévir sur le terrain jusqu’à la fin.

L’intérêt de la rencontre ne fut rien d’autre qu’une attente de la mise à mort de la bête, comme dans une corrida ; ou plutôt du minotaure pour ne pas oublier tout le potentiel offensif et créatif que l’Argentine est capable de révéler et qui fut hier absent.

Mis à part cela le show de l’avant match a failli sombrer dans le ridicule lorsque l’hymne national des Etats-Unis fut joué avant ceux des pays finalistes, peut-être en l’honneur de Donald Trump, présent dans les tribunes et sur le terrain lors de la remise de la Coupe.

Le début de la rencontre en fut décalé de 10 minutes et la mi-temps, transformée en spectacle musical, dura plus de 20 minutes. Le football au service du business et de la politique, cette finale en fut l’une des manifestations les plus éclatantes. Il n’en demeure pas moins que cette victoire espagnole fut nécessaire pour l’esprit du sport. 

* Médecin de libre pratique.

** L’Albiceleste parvient à couper le jeu espagnol avec un jeu plutôt rugueux. Et à la mi-temps, Juanjo González, l’adjoint de Luis de la Fuente, a pesté contre l’arbitrage. «Nous nous sommes bien adaptés, d’abord à la pelouse, très dure. Et deuxièmement, au type de match que l’arbitre a souhaité. On avait un doute et maintenant c’est clair. Il va permettre les contacts, et il va avoir du mal à prendre des décisions», a-t-il indiqué à la télévision espagnole, laissant entendre que par un tel choix arbitral, on voulait avantager l’Argentine.

L’article Mondial Fifa | Une finale qui ne restera pas dans les mémoires est apparu en premier sur Kapitalis.

TRIBUNE – Sauver la STEG et la SONEDE : Et si la solution était d’abord informatique et financière ?

20. Juli 2026 um 06:03

Les coupures d’eau estivales et les délestages électriques à répétition rythment désormais le quotidien des ménages et des opérateurs économiques tunisiens. Face à cette crise des services publics essentiels, le diagnostic dominant se concentre invariablement sur deux coupables : le stress hydrique induit par le changement climatique et l’envolée des coûts mondiaux de l’énergie.

coupures

Ces facteurs exogènes sont indiscutables. Toutefois, s’arrêter à ce constat masque une vulnérabilité endogène beaucoup plus profonde. La véritable crise que traversent aujourd’hui la Société Tunisienne de l’Électricité et du Gaz (STEG) et la Société Nationale d’Exploitation et de Distribution des Eaux (SONEDE) n’est pas uniquement une crise de la ressource. C’est avant tout une crise de la donnée, du pilotage numérique et du financement de leur modernisation algorithmique.  Ces institutions historiques gèrent des réseaux physiques massifs, mais elles naviguent à l’aveugle.

Des réseaux d’infrastructures frappés de cécité

Dans la gestion moderne des utilités publiques, la matière (l’eau, le gaz, les électrons) est indissociable de l’information qui l’accompagne. Or, nos opérateurs souffrent d’un déficit technologique critique : l’incapacité de « lire » leur propre réseau en temps réel.
Le gaspillage par ignorance : une part colossale de l’eau purifiée à grands frais et de l’électricité produite s’évapore dans le réseau avant même d’atteindre le consommateur final. Fuites non détectées, déperditions techniques et fraudes non géolocalisées constituent un fardeau financier insoutenable. Sans une infrastructure de capteurs connectés (IoT), chaque perte physique se transforme en perte financière nette.
L’absence de Jumeau Numérique : les standards internationaux reposent aujourd’hui sur le *Digital Twin*, une réplique virtuelle et dynamique du réseau physique. En Tunisie, l’absence de cette cartographie intelligente condamne la STEG et la SONEDE à subir les pannes. L’intervention se fait dans l’urgence curative, là où l’Intelligence Artificielle aurait permis une maintenance prédictive, identifiant la faiblesse d’un transformateur ou d’une canalisation avant la rupture.
Le fossé du « Smart Grid » : l’absence de compteurs véritablement communicants chez le client final fige toute capacité d’innovation tarifaire. Il est aujourd’hui impossible de lisser les pics de consommation par des tarifications dynamiques ou de procéder à des délestages chirurgicaux. Le réseau subit la charge au lieu de la gérer.

Financer le « Software » pour sauver le « Hardware »

Renflouer indéfiniment les caisses de ces entreprises publiques pour colmater des tuyaux usés ou remplacer des câbles sans moderniser l’intelligence du réseau s’apparente au tonneau des Danaïdes. L’ingénierie financière classique ne suffit plus ; il faut changer le paradigme de l’investissement public.
Le sauvetage de la STEG et de la SONEDE nécessite donc une réorientation urgente des financements vers la « digitalisation de la survie ». Les lignes de crédit bancaires et les appuis des bailleurs de fonds internationaux doivent prioriser la refonte totale des systèmes d’information (SI) et le déploiement d’infrastructures de supervision algorithmique.
La rentabilité d’un tel investissement est immédiate. Chaque dinar investi dans le traitement de la donnée et la supervision numérique du réseau offre un retour sur investissement tangible en réduisant drastiquement la facture des pertes sèches et en optimisant les achats d’énergie. C’est ici que le secteur bancaire national a un rôle structurant à jouer : concevoir des mécanismes de financement innovants dédiés exclusivement à la mise à niveau technologique des infrastructures critiques.

L’État-stratège à l’ère de la donnée

La restructuration de nos entreprises publiques ne se décrète pas uniquement par des ajustements tarifaires ou des plans sociaux. Elle exige une vision technologique assumée.
L’intégration de la transformation numérique au cœur du modèle d’affaires de la STEG et de la SONEDE n’est pas un luxe d’ingénieur ou une mode managériale ; c’est leur seule bouée de sauvetage macro-économique.
Il est grand temps que les pouvoirs publics et l’écosystème financier traitent l’infrastructure immatérielle avec le même degré d’urgence vitale que nos barrages et nos centrales thermiques.

L’article TRIBUNE – Sauver la STEG et la SONEDE : Et si la solution était d’abord informatique et financière ? est apparu en premier sur Leconomiste Maghrebin.

Mondial 2026: La Roja sur le toit du monde

19. Juli 2026 um 23:15

L’Argentine de Lionel Messi n’a pas créé la surprise lors de la finale de la Coupe du monde de football 2026. C’est l’Espagne de Lamine Yamal qui est sacrée pour la deuxième fois de son histoire. En toute logique.

Les Argentins ont tenu pendant plus de 105 minutes, devant fes Espagnols, qui n’ont encaissé qu’un seul petit but au cours de cette édition du mondial 2026.

L’article Mondial 2026: La Roja sur le toit du monde est apparu en premier sur Leconomiste Maghrebin.

La Tunisie tombe en lambeaux ou le naufrage quotidien

19. Juli 2026 um 11:43

Samedi, j’ai profité de la coupure d’électricité qui a duré quatre bonnes heures pour dégivrer et nettoyer mon vieux réfrigérateur. En réalité, c’est toute la Tunisie qui devrait être dégivré et nettoyé. Ce nettoyage ne sera pas seulement technique ou politique ; il devra d’abord être un nettoyage des mentalités et une prise de conscience morale.

Mohamed Sadok Lejri *

En plein cœur de l’été tunisien, notre quotidien est rythmé par la succession infernale des coupures d’eau et d’électricité. À bout de souffle et usé par les décennies, le réseau de distribution d’eau potable géré par la Sonede est incapable d’assurer l’approvisionnement du pays en période estivale ; il capitule chaque été, asphyxié par une urbanisation anarchique, une gestion défaillante et des infrastructures à l’abandon.

Pour éviter le blackout total, la Steg en est réduite à pratiquer le délestage. Dans quelques semaines, la première averse qui durera un peu plus d’un quart d’heure saturera nos égouts et transformera nos rues en torrents. Ajoutez à cela des transports publics dans un état lamentable et des ordures qui inondent le pays entier : ce naufrage quotidien n’a rien d’un hasard, et encore moins d’une malédiction divine.

Ce désastre est entre autres le résultat d’une urbanisation sauvage, de constructions anarchiques et d’infrastructures obsolètes qui auraient dû être entretenues et modernisées depuis longtemps.

Nos villes victimes d’incivilité et d’abandon

Entre pollution, bétonnage à tout-va, incivisme généralisé et absence d’entretien des grands travaux nécessaires à tout pays qui se veut civilisé, nos villes ont soif et étouffent sous la chaleur, les détritus et le laisser-aller.

Face à l’ampleur de cette crise structurelle et environnementale, force est de constater que ni le peuple tunisien, trop souvent prisonnier de la palabre et de comportements inciviles, ni ses dirigeants successifs, incompétents et/ou déconnectés des réalités, n’ont su se hisser à la hauteur de ces immenses enjeux.

La Tunisie tombe en lambeaux. Pour l’arracher au sous-développement, les demi-mesures ne suffisent plus ; le pays a un besoin vital de visions stratégiques majeures, d’une refonte globale et d’une sorte de «Plan Marshall» pour reconstruire ses fondations.

Un tel sursaut exige trois piliers fondamentaux : beaucoup d’argent, un peuple conscient, dont le patriotisme se traduit par des actes plutôt que par des discours futiles, et des dirigeants d’une tout autre envergure.

Une scène politique nationale tragiquement stérile

Malheureusement, la scène politique post-2011 s’est avérée tragiquement stérile, n’offrant au pays qu’une succession d’illuminés, d’idéologues, d’obscurantistes, d’apprentis dictateurs et de bras cassés.

Pour autant, il serait trop facile d’imputer l’entière responsabilité de ce marasme aux seuls gouvernants actuels. Si ces derniers ne brillent pas par leur compétence, mais plutôt par une impuissance flagrante, le mal est bien plus profond. Les grands chantiers indispensables à la survie du pays auraient dû être engagés il y a plus vingt ans. Ce que subissent les Tunisiens aujourd’hui n’est pas une crise passagère, mais la facture douloureuse d’une accumulation de plusieurs décennies d’irresponsabilité politique et de gouvernance à la petite semaine.

Tant que la compétence ne remplacera pas le populisme et tant que le respect de l’espace public ne deviendra pas un devoir sacré pour le citoyen, la Tunisie subira les conséquences de son absence de civisme et de ses propres renoncements. Le nettoyage du pays ne sera pas seulement technique ou politique ; il devra d’abord être un nettoyage des mentalités et une prise de conscience morale.

L’article La Tunisie tombe en lambeaux ou le naufrage quotidien est apparu en premier sur Kapitalis.

Algérie | Le journaliste Mustapha Benfodil interdit de sortie de territoire

19. Juli 2026 um 11:12

L’interdiction de sortie du territoire national (ISTN) imposée au journaliste et écrivain algérien Mustapha Benfodil dépasse désormais le cadre d’une affaire individuelle. Elle pose une nouvelle fois la question de l’état des libertés publiques en Algérie et, plus largement, dans un Maghreb où les espaces d’expression et de circulation des voix critiques connaissent des restrictions croissantes.

Djamal Guettala 

Journaliste au quotidien El Watan, écrivain et dramaturge reconnu, Mustapha Benfodil a annoncé avoir été empêché de quitter le territoire alors qu’il devait se rendre en France, notamment à Marseille, dans le cadre d’engagements professionnels et culturels.

Cette interdiction intervient alors que son parcours est étroitement lié aux échanges culturels entre les deux rives de la Méditerranée.

Auteur de romans, de pièces de théâtre et de textes engagés, il a vu ses œuvres circuler dans plusieurs espaces culturels internationaux, notamment sur les scènes théâtrales françaises. Son travail de dramaturge l’a conduit jusqu’au Festival Off d’Avignon, où sa pièce ‘‘End/Igné’’, mise en scène par Kheireddine Lardjam, avait été présentée, confirmant la place de son écriture dans le paysage théâtral contemporain.

Voyage professionnel transformé en obstacle administratif

L’affaire prend une dimension particulière puisque l’ISTN intervient dans le cadre d’un déplacement lié à une activité culturelle et professionnelle, et non d’un simple voyage personnel.

Empêcher un journaliste et un écrivain de circuler librement soulève des interrogations fondamentales : comment un professionnel de l’information et de la création peut-il exercer pleinement son rôle lorsque sa mobilité est entravée ?

La liberté de circulation est un droit essentiel. Lorsqu’elle concerne des figures engagées dans le débat public, les restrictions administratives deviennent nécessairement une question de libertés fondamentales et de transparence institutionnelle.

Les réactions de l’écrivain et journaliste Hmida Ayachi ainsi que d’Arezki Metref témoignent d’une inquiétude largement partagée dans les milieux culturels algériens.

Au-delà du cas personnel de Mustapha Benfodil, c’est la place du journaliste, de l’écrivain et de l’intellectuel critique qui est interrogée. La littérature et le journalisme ont toujours constitué des espaces où les sociétés questionnent leurs propres contradictions. Les limiter revient à fragiliser un débat public déjà sous tension.

Pour ses soutiens, l’affaire rappelle que la liberté d’expression ne peut être dissociée de la liberté de mouvement. Un journaliste empêché de voyager est aussi un journaliste dont les possibilités de rencontres, d’échanges et de couverture internationale sont réduites.

Un signal inquiétant dans le paysage politique maghrébin

Cette affaire intervient dans un contexte régional marqué par des tensions autour des libertés publiques. En Algérie comme dans d’autres pays du Maghreb, des journalistes, écrivains et militants de la société civile ont régulièrement alerté sur les pressions exercées sur les voix indépendantes.

Les situations nationales sont différentes, mais une même interrogation traverse la région : quelle place reste-t-il pour la critique, la création et le pluralisme lorsque les mécanismes administratifs deviennent des instruments de restriction ?

La liberté de la presse ne se limite pas à l’existence de médias. Elle suppose aussi que les journalistes puissent enquêter, voyager, participer à des rencontres professionnelles et dialoguer avec leurs confrères à l’étranger.

Avec cette ISTN, Mustapha Benfodil devient malgré lui le symbole d’une inquiétude plus large. Celle d’une génération de journalistes et d’écrivains attachés à défendre un espace public ouvert, où la création et la pensée critique peuvent circuler librement.

Son cas rappelle une évidence : la culture ne connaît pas de frontières. Mais lorsque les frontières deviennent des barrières pour les créateurs et les journalistes, c’est toute une société qui voit son horizon se rétrécir.

L’article Algérie | Le journaliste Mustapha Benfodil interdit de sortie de territoire est apparu en premier sur Kapitalis.

Salah El Farzit chantait les blessures et les espoirs des marginaux

19. Juli 2026 um 10:25

La chanson populaire tunisienne a perdu, avec le décès de Salah El Farzit, samedi 18 juillet 2026, à l’âge de 73 ans, l’une de ses voix les plus emblématiques, qui avait marqué plusieurs générations depuis son émergence dans les années 1970. Avec son style profondément ancré dans la tradition populaire, mais porté par une sensibilité nouvelle, il avait contribué à donner à la chanson tunisienne une dimension sociale et humaine, faisant de ses textes le reflet des réalités quotidiennes, des souffrances silencieuses et des aspirations des gens ordinaires.

Djamal Guettala 

Son répertoire compte plusieurs titres devenus incontournables, parmi lesquels «El Warda Elli Nahki Aliha » («La rose dont je parle»), «Ana Elli Sountak Ya Warda» («C’est moi qui t’ai protégée, ô rose»), «Fadh El Kass» («Le verre a débordé»), «Gharriti Bia» («Tu m’as trompé»), mais surtout «Tardha Alina Ya Lmima» («Pardonne-nous, ô maman»), une chanson qui a dépassé le simple cadre artistique pour devenir un véritable morceau de mémoire collective qu’il avait d’ailleurs écrit en prison.

«Tardha Alina Ya Lmima», une chanson née dans l’épreuve

Plus qu’une chanson, «Tardha Alina Ya Lmima» est devenue un symbole. Son histoire est liée à un épisode douloureux de la vie de Salah El Farzit. Composée en 1976 alors que l’artiste se trouvait en prison après avoir dénoncé des abus commis par un officier, elle porte la marque de cette expérience personnelle.

À travers l’adresse à la mère, figure centrale de la famille et du lien affectif dans la société tunisienne, Salah El Farzit exprime la détresse de ceux qui souffrent, la solitude des personnes privées de liberté et le besoin de pardon. La chanson transforme une douleur individuelle en une parole collective, capable de toucher tous ceux qui ont connu l’injustice ou l’éloignement.

Inscrite dans la tradition du zindali, un genre musical historiquement associé aux prisons tunisiennes, l’œuvre s’est imposée par la force de son émotion et par son message universel. Elle a accompagné des moments importants de la vie sociale tunisienne, jusqu’à devenir l’un des titres les plus connus de la chanson populaire nationale.

Un artiste en marge des circuits officiels

La trajectoire de Salah El Farzit n’a pas été exempte de difficultés. Son refus, en 1977, d’interpréter une chanson à la gloire du président Habib Bourguiba lors d’une émission officielle lui aurait valu une mise à l’écart des médias publics pendant plusieurs années.

Cette période n’a cependant pas effacé son influence auprès du public. Bien au contraire, son éloignement des circuits officiels a renforcé l’image d’un artiste proche des gens, dont les chansons circulaient au-delà des cadres institutionnels.

Avec la disparition de Salah El Farzit, la Tunisie perd l’un des représentants majeurs d’une chanson populaire qui puisait sa force dans la vie quotidienne, les émotions et les préoccupations sociales.

Son œuvre restera celle d’un artiste qui a donné une voix aux oubliés, raconté les blessures humaines et transmis, à travers des mélodies simples mais puissantes, une part de l’histoire sociale et culturelle tunisienne.

Le ministère des Affaires culturelles, qui avait fini par l’adopter après l’avoir longtemps exclu de ses circuits officiels de distribution, a rendu hommage à «un des grands noms de la chanson populaire tunisienne» et présenté ses condoléances à sa famille ainsi qu’à l’ensemble de la communauté artistique et culturelle.

Salah El Farzit s’en va, mais sa voix, elle, continuera longtemps à accompagner la mémoire musicale tunisienne.

L’article Salah El Farzit chantait les blessures et les espoirs des marginaux est apparu en premier sur Kapitalis.

Mondial Fifa | L’Angleterre de Tuchel, championne du monde des perdants

19. Juli 2026 um 09:10

Fallait-il suivre la finale des battus de la Coupe du Monde instaurée par la Fifa comme un rituel et refusant absolument d’y renoncer en dépit des calendriers plus que surchargés auxquels sont soumis les joueurs de football désormais exténués et souvent blessés ?

Dr Mounir Hanablia *

Au vu du score digne d’une rencontre de handball 6-4 entre l’Angleterre et la France, hier soir, samedi 18 juillet 2026, à Miami, les absents dont je fais partie ont eu tort en se contentant de consulter The Guardian pour apprendre que la formation du Coq était menée 4-0 à la mi-temps, que Bukayo Saka a marqué trois buts, lui qui ne marque presque jamais, et que Kylian Mbappé a fait un peu moins bien avec deux buts, ce qui le maintient dans la course du meilleur buteur de Coupe du Monde de tous les temps.

Il est vrai que depuis les batailles d’Hastings en 1066, et celle de Waterloo en 1815, les rencontres France-Angleterre ont toujours un caractère disputé que l’accession de Thomas Tuchel, un Allemand, à la tête de l’équipe de la Rose, n’a rendu que plus étrange.

Le parlement anglais au début du XVIIIe siècle n’avait rien trouvé de mieux à faire pour mettre un terme à la subversion catholique des Stuarts, que de faire épouser à l’héritière du trône un membre luthérien de la maison allemande des Hanovre, qui pour ne pas parler anglais, passait le plus clair de son temps sur le continent dans son duché, ce qui permit au parlement anglais d’assumer les charges de la gestion du royaume sans opposition, et de perpétuer la situation en instaurant le parlementarisme.

Sursis pour l’un, fin de partie pour l’autre

On ne peut pas dire que Tuchel, lui, ne se soit pas impliqué dans les affaires de l’équipe d’Angleterre. Tout le monde ou presque, y compris Donald Trump qui s’y connaît en défaite, lui attribue la paternité de celle contre l’Argentine, par la retraite générale ordonnée après le premier but de Anthony Gordon. Il a assumé. Peut-être cela valait-il mieux que dire qu’en fait, les joueurs n’auraient pas pu en faire plus. Tuchel, contrairement à Charles Ier Stuart, a réussi à sauver sa tête malgré la défaite. Et cette victoire contre la France, pour ne pas dire qu’elle redore son blason terni, lui apporte quand même un sursis. Mais fallait-il un match sans enjeu pour cela ?  

Pour Didier Deschamps, son adversaire du jour, en revanche, la situation était claire avant le match : ce serait son dernier sur le banc des Bleus, qui seront bientôt conduits par une autre gloire du football français : Zinedine Zidane.

* Médecin de libre pratique.

L’article Mondial Fifa | L’Angleterre de Tuchel, championne du monde des perdants est apparu en premier sur Kapitalis.

Kaïs Saïed à Ghdir El-Golla | La fin des supputations ?

19. Juli 2026 um 08:27

Kaïs Saïed est finalement réapparu hier soir après une absence des radars de l’actualité qui a duré plus d’une semaine, déclenchant une vague de rumeurs sur son état de santé et de supputations sur l’avenir du pays. La bonne nouvelle est qu’il y a un pilote dans l’avion. Ceux qui se sont sincèrement inquiétés de l’absence du chef de l’Etat sont donc rassurés. Quant à ceux qui y ont trouvé une occasion pour annoncer un crash imminent, ils en ont eu pour leur frais. Vidéo.

Latif Belhedi

Le président de la république a effectué dans la soirée du samedi 18 juillet 2026 une visite au complexe hydraulique de Ghdir El-Golla relevant de la Société nationale d’exploitation et de distribution des eaux (Sonede), où il s’est enquis de l’état des équipements et discuté avec les agents des causes des fréquentes coupures d’eau potable enregistrées depuis le début de l’été dans plusieurs régions du pays. Il a aussi visité la délégation de Kalaat El-Andalous où il a discuté avec les citoyens rencontrés sur place. On a eu droit aux mêmes doléances, et aux même assurances et promesses.

Dysfonctionnements de la communication officielle

Cette sortie nocturne de Kaïs Saïed ressemble à toutes celles qu’il avait pris l’habitude de faire. Elle n’y a rien de particulier, sauf que celle-ci est censée démentir les rumeurs sur la santé du président de la république qui ont enflé ces derniers jours sur un fond de malaise général.

«C’est de la routine», semblent vouloir dire les services du Palais de Carthage, qui n’ont pas cru devoir démentir directement et clairement, dans un communiqué en bonne et due forme, ces rumeurs. D’ailleurs, beaucoup de Tunisiens ont démenti, sur les réseaux sociaux, les premières images de cette visite diffusées par certains médias officiels et officieux, affirmant qu’il s’agissait de vieilles images recyclées pour la circonstance. Et il fallu que la présidence de la république diffuse la vidéo de ladite visite sur sa page Facebook, peu après 2 heures du matin, pour que les doutes exprimés entretemps soient dissipés. C’est ce qui montre s’il en est encore besoin les limites actuelles voire les dysfonctionnements de la communication officielle.

Avec des médias nationaux qui ont perdu toute crédibilité aux yeux des citoyens – lesquels ont de plus en plus tendance à aller chercher l’information sur leur pays dans les médias étrangers –, l’information officielle a de plus en plus mal à être admise pour argent comptant et il y a toujours des malins à qui on le joue pas pour la mettre en doute ou la tourner en dérision.

Ces folles rumeurs dont on se passerait volontiers

Dans ce contexte, les paroles comme les silences donnent lieu aux plus folles supputations. Il en va de même des retards souvent enregistrés dans la diffusion des informations, retards qui libèrent les imaginaires les plus sordides ou malveillants.

«Kaïs Saïed se porte bien et vaque à ses occupations habituelles», semble vouloir dire le Palais de Carthage. Le chef de l’Etat utilise d’ailleurs les mêmes mots pour évoquer les mêmes crises (coupures d’eau potable et pannes d’électricité). Il profère, également, les mêmes menaces contre les responsables qui ne sont pas à la hauteur des responsabilités qui leur sont confiées. Là aussi, il n’y a rien de nouveau : le même discours rodé et redondant.

On doit donc s’en contenter voire s’en féliciter, tout en formant l’espoir que la communication officielle, notamment celle de la présidence de la république, soit plus rigoureuse, plus rapide et plus efficace, et ne provoque, par ses silences et ses omissions, les plus folles rumeurs dont on se passerait volontiers dans le contexte de crise que traverse le pays.

L’article Kaïs Saïed à Ghdir El-Golla | La fin des supputations ? est apparu en premier sur Kapitalis.

Le poème du dimanche | ‘‘Loin, plus loin que la vie’’ de Mario Luzi

19. Juli 2026 um 08:10

Né à Castello, près de Florence, en 1914, Mario Luzi est reconnu aujourd’hui comme un des poètes majeurs de ce siècle en Europe.

Il est aussi considéré comme le plus éminent représentant de la «troisième génération» poétique italienne qui regroupe à ses côtés Bertolucci, Bigongiari, Caproni et Sereni.

Poète, nouvelliste, essayiste, auteur d’écrits pour le théâtre et traducteur de nombreux poètes français, anglais, espagnols, Mario Luzi est une figure intellectuelle de premier plan. Il a longuement enseigné la littérature française à l’Institut des sciences politiques de Florence.

Il décède le 28 février à Florence.

Loin, plus loin que la vie,
à quel point les choses peuvent trahir
et surprendre la chasteté de la pensée,
tu l’as vu, tu en as douté, tu l’as connu,
à quel point les choses peuvent blesser
et leurrer la pureté intérieure,
tu l’as vu, tu l’as mesuré même par le songe.
Le réveil est le soir impétueux,
c’est ce signe d’âmes exilées,
l’hirondelle en crie la fraîcheur.
Ah, il n’est par tard quoique la nuit menace,
tu as avant cela eu le temps de voir
à quel point les choses portent loin,
à quel point d’un seul coup elles peuvent manquer,
faire défaut à la vive vérité de l’esprit.
Les routes, si tu les parcours à cette heure, sont parsemées
de ces hommes, non, de ces larves
inquiètes qui répètent la vie déjà vécue,
vagues dans l’implacable clarté
des sentiers déjà vus et déjà parcourus,
et qui hâtent la mort pour s’ouvrir
dans l’ombre, pour se dérober au connu.
Tu en vis venir dans la nuit
une lumière minuscule surgie du fond
pour chercher accueil dans l’amour.

Traduit de l’italien par Jean-Yves Masson et Antoine Fongaro.

‘‘Prémices du désert’’, poèmes 1932-1956, Éd. Poésie/Gallimard.

L’article Le poème du dimanche | ‘‘Loin, plus loin que la vie’’ de Mario Luzi est apparu en premier sur Kapitalis.

L’édito de Hédi Mechri – Plan 2026-2030 : l’anti-hasard à l’épreuve du réel

19. Juli 2026 um 06:00

Enfin, un vrai débat qui s’engage à l’occasion de la présentation du Plan de développement 2026-2030. L’ARP y met son point d’honneur à vouloir laisser son empreinte. Les experts, les universitaires, les médias se jettent dans l’arène et s’invitent dans ce débat d’intérêt national. Signe des temps, le Plan n’est plus ce qu’il était il y a si peu de temps encore : une impressionnante architecture d’un futur annoncé, conçu et décidé d’en haut.

Innovation politique oblige, il est perçu désormais comme une émanation de la base, comme pour faire écho au slogan de campagne et au mot d’ordre du chef de l’État : le peuple veut.

Le Plan 2026-2030 se définit comme le reflet, l’incarnation d’une démocratie directe à l’opposé du pouvoir quasi absolu dévolu aux technocrates du gouvernement. Ces derniers, influencés par leurs modèles économiques et leurs représentations théoriques, finiraient par « produire » des plans désincarnés, sans véritable ancrage local, voire régional. La vraie question serait alors de savoir ce que recouvre la notion de Plan de développement économique à l’échéance 2030. Sûrement pas un catalogue à la Prévert, une kyrielle, une litanie de projets en tout sens, quand bien même ils relèveraient d’un diagnostic juste, approprié, mais qui serait déconnecté de l’impératif financier. Auquel cas, le coût de réalisation des projets planifiés dépasse de très loin la capacité financière du pays.

Le Plan, aussi élaboré soit-il, ne doit pas déroger à la règle d’équilibrer «emplois et ressources», pour ne pas perdre de sa crédibilité en se heurtant à l’infranchissable plafond de verre qu’est l’épargne nationale aujourd’hui à son plus bas historique. La contrainte financière est incontournable. On le mesure aujourd’hui face à l’hostilité des marchés et des bailleurs de fonds.

 

Le Plan, aussi élaboré soit-il, ne doit pas déroger à la règle d’équilibrer «emplois et ressources», pour ne pas perdre de sa crédibilité en se heurtant à l’infranchissable plafond de verre qu’est l’épargne nationale aujourd’hui à son plus bas historique.

 

Il est vrai que la signature du pays a beaucoup perdu de son aura. L’état peu rassurant de l’économie nationale, qui vit sa plus longue et grave crise structurelle, est passé par là. Nos certitudes d’avant vacillent. Si bien que gouverner aujourd’hui, dans les conditions qui sont les nôtres, serait pour nous autant prévoir, anticiper qu’arbitrer, doser et choisir. Il faut mettre, injecter, autant de confiance que de cohérence, sans quoi l’attelage ne tiendra pas longtemps. Il n’est pas exclu que les bonnes intentions tournent aux désillusions. Le bien n’est pas toujours l’ennemi du mal.

Un plan de développement version 21e siècle est beaucoup plus qu’une simple feuille de route aussi fournie soit-elle. Il a d’abord une connotation et une portée stratégique. Il est élaboré par un État stratège qui pense global, réfléchit sur le long terme, légifère et se réinvente en permanence.

Il a aussi vocation, sinon l’obligation, de protéger, de faciliter, d’inciter, d’encourager l’initiative privée, de faire faire plutôt que de s’enliser, quoi qu’il fasse, dans le marécage de la gestion d’entreprises en dehors de son implication pleine et entière dans les services publics : éducation, santé, transport, logistique, logement, aménagement du territoire, R&D, nouvelles technologies, transition énergétique et écologique…

On n’imagine pas aujourd’hui un plan de développement à l’horizon 2030 sans qu’il porte une vision, qu’il ne soit l’incarnation d’un vaste dessein national et d’une ambition renouvelée et réaffirmée. Le Plan 2026-2030 n’aura d’autres significations que de redessiner et réinventer le pays, tombé en déshérence, pris qu’il a été dans la tourmente post-révolution, qui ne finit pas d’en finir plus de 15 ans après.

L’économie et notre modèle social n’ont pas résisté à la déferlante contestatrice. Ils ont été de surcroît abîmés et affaiblis par des chocs récurrents de tout ordre, tout autant que par un mode de gouvernance politique approximatif, d’efficacité pour le moins réduite. On s’étonne même que l’économie, sans boussole ni cap précis, exposée qu’elle est à des ruptures technologiques et économiques d’une ampleur inégalée, ne se soit pas effondrée et qu’elle ait affiché une telle résilience.

 

Le Plan 2026-2030 n’aura d’autres significations que de redessiner et réinventer le pays, tombé en déshérence, pris qu’il a été dans la tourmente post-révolution, qui ne finit pas d’en finir plus de 15 ans après.

 

Le Plan 2026-2030 doit pouvoir projeter l’image de la Tunisie de demain. A quoi ressemblera-t-elle à l’horizon 2030 et au-delà ? Quelle serait, en dehors du rythme, notre trajectoire de croissance ? De quel côté seront-nous de la ligne de démarcation qui sépare les pays à revenus intermédiaires en mal de développement des pays à hauts revenus et à fort potentiel scientifique, technologique et économique ?

Le pays a manqué, depuis plusieurs décennies, de vision d’avenir au point qu’on a aujourd’hui du mal à nous extraire de la dictature de l’urgence, de l’immédiat et du très court terme qui ont rétréci notre horizon économique, notre périmètre d’action et ont gravement endommagé notre potentiel de croissance.

L’annonce du Plan 2026-2030 sonne comme un signe du destin en ces temps d’incertitudes, de refondation géopolitique, de montée du protectionnisme, de guerres économiques et de guerres mettant à mal l’économie mondiale. Cela semble vouloir dire que la Tunisie, blessée, abîmée, reléguée loin derrière, est de retour dans le concert des pays émergents. Nous savons d’où l’on vient, de loin, dirons-nous, et nous voulons que le Plan nous dise avec précision où l’on va. Et de quelle manière, à la fois comment et avec qui ?

En évitant tout à la fois de grossir le rang des laissés-pour-compte, toutes celles et tous ceux qui vivent dans la précarité et, plus encore, dans le dénuement total. Sans compter la crainte de voir s’élever le mur de l’argent, privant le pays d’investissements. Dans la nouvelle bataille de développement qui s’annonce, et c’en est une, l’Etat doit s’assurer de l’adhésion de tous, retraités, salariés et patronat, sans distinction de nationalités et de rang.

 

Sans compter la crainte de voir s’élever le mur de l’argent, privant le pays d’investissements. Dans la nouvelle bataille de développement qui s’annonce, et c’en est une, l’Etat doit s’assurer de l’adhésion de tous, retraités, salariés et patronat, sans distinction de nationalités et de rang.

 

On oublie trop souvent de rappeler que derrière les performances économiques, le rétablissement des équilibres économiques et financiers, il y a des entreprises qui sont à la manœuvre, les PME, ces soldats de l’ombre, tout autant que les grands groupes qui sont plus visibles, mais qui n’en constituent pas moins les principales locomotives de l’économie nationale. Sans leur puissance de feu, le Plan ne sera que pure illusion. Ils doivent se sentir en confiance, en vrais partenaires de la puissance publique pour aller jusqu’au bout de l’innovation, de l’investissement et de l’effort.

Le Plan 2026-2030 ne manque pas d’ambition. Celle-ci peut même paraître, à bien des égards, largement excessive. Il n’est aucun secteur d’activité, aucune filière qu’il ne cherche à activer, à ressusciter et à promouvoir.

Reste que l’enfer est pavé de bonnes intentions. L’Etat doit avoir les moyens de ses politiques publiques et de son ambition. Pour l’heure, ceux-ci sont littéralement oblitérés par les déficits abyssaux d’entreprises publiques, devenues de véritables machines de destruction de richesse et de valeur. Sans aucune perspective de redressement en vue. Il y a un moment où il faut choisir et trancher entre la nostalgie du passé et les voies d’avenir : on ne peut charger un navire qui prend eau de toute part. L’économie aura du mal à avancer, même à vitesse réduite, plombée qu’elle est par un grand nombre d’entreprises publiques en état de mort cérébrale, sous perfusion permanente, privant ainsi l’Etat du moindre espace budgétaire. Elles sont maintenues artificiellement en vie aux frais du contribuable tout en freinant l’activité économique, la mobilité des acteurs économiques et nos échanges extérieurs.

Comment nous projeter dès lors dans le futur, dans les nouvelles technologies, dans l’IA, les entreprises 4.0 et dans les nouvelles chaînes d’approvisionnement et de valeur qui redessinent l’économie mondiale ?

 

Le Plan, même dans sa version moderne, c’est l’anti-hasard. En clair, on ne peut se donner une feuille de route sans au passage déblayer le terrain. Dans une vision moderne de l’économie et de la société, il n’y a pas de place pour l’idéologie teintée peu ou prou de populisme, quelle qu’elle soit et d’où qu’elle vienne. 

 

Comment dispenser un enseignement et des soins de qualité et entretenir notre vivier de capital humain, quand l’essentiel du maigre budget dédié aux investissements d’avenir sert à entretenir des entreprises publiques devenues de véritables reliques du passé ? Difficile de les transformer en l’état sans qu’elles changent de nature, de statut, de gouvernance.

Le Plan, même dans sa version moderne, c’est l’anti-hasard. En clair, on ne peut se donner une feuille de route sans au passage déblayer le terrain. Dans une vision moderne de l’économie et de la société, il n’y a pas de place pour l’idéologie teintée peu ou prou de populisme, quelle qu’elle soit et d’où qu’elle vienne.

 

————————-

Cet éditorial est paru dans le magazine L’Economiste maghrébin N° 949 – du 15 au 29 juillet 2026.

L’article L’édito de Hédi Mechri – Plan 2026-2030 : l’anti-hasard à l’épreuve du réel est apparu en premier sur Leconomiste Maghrebin.

Nadia Zrelli : Le PIB ne suffit plus, l’avenir économique passe par le bien-être des Tunisiens

18. Juli 2026 um 13:28

Alors que les indicateurs macroéconomiques restent au cœur de l’évaluation des politiques publiques, une nouvelle approche gagne du terrain : celle de l’économie du bien-être.

Dans une déclaration exclusive accordée à L’Économiste Maghrébin, Nadia Zrelli, économiste et vice-présidente MENA de la Global Inclusive Economy Society, souligne que le progrès d’un pays ne peut plus être mesuré uniquement à travers son PIB, son taux de croissance ou son niveau d’inflation. Selon elle, l’enjeu est désormais d’aller au-delà des indicateurs macroéconomiques pour comprendre comment les citoyens vivent réellement, comment ils perçoivent leur avenir et comment ils évaluent leur propre qualité de vie.

Le PIB, la croissance, l’inflation ou encore le taux de pauvreté demeurent les références traditionnelles pour mesurer la performance économique d’un pays. Pourtant, ces indicateurs ne suffisent plus à rendre compte du bien-être réel des populations. C’est l’un des constats majeurs de l’analyse développée par Nadia Zrelli, qui estime que les indicateurs monétaires ne captent qu’une partie de la réalité sociale.

Selon elle, le bien-être est une notion multidimensionnelle qui combine à la fois des éléments objectifs, comme le revenu, l’accès aux services ou les conditions de vie, et des dimensions plus subjectives liées au ressenti individuel, au sentiment de sécurité, à la confiance ou encore au lien social. Les performances économiques peuvent contribuer à améliorer le bien-être, mais elles ne permettent pas, à elles seules, d’expliquer le niveau de satisfaction d’une population.

Cette limite renvoie directement au célèbre paradoxe d’Easterlin, selon lequel une augmentation de la richesse collective ne conduit pas automatiquement à une population plus heureuse. L’économiste rappelle que plusieurs décennies de politiques publiques centrées principalement sur la croissance ont montré leurs limites : un pays peut enregistrer de meilleures performances économiques sans que ses citoyens ressentent nécessairement une amélioration de leur quotidien.

Le premier baromètre tunisien du bien-être : une nouvelle lecture de la société

Pour mieux comprendre les déterminants du bien-être en Tunisie, Nadia Zrelli a initié, à travers Global Inclusive Economy Society, le premier baromètre tunisien du bien-être individuel. Cette enquête, réalisée auprès de populations ciblées, notamment des étudiants de la génération Z issus de l’Université de Carthage et des femmes entrepreneures en collaboration avec la Chambre nationale des femmes cheffes d’entreprise, vise à combler un manque important de données microéconomiques sur le sujet.

L’économiste souligne que jusqu’à présent, la Tunisie disposait essentiellement d’indicateurs macroéconomiques ou territoriaux, mais très peu d’informations permettant de comprendre les facteurs qui influencent directement le bonheur et la satisfaction des individus.

Les résultats auprès des étudiants de la génération Z apportent un éclairage particulièrement révélateur. Contrairement à une lecture strictement économique du bien-être, l’argent n’apparaît pas comme le premier déterminant de leur satisfaction. Le facteur dominant est la famille, le soutien social et le sentiment d’appartenance.

Selon Nadia Zrelli, cette génération accorde également une importance majeure à l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée. Les jeunes interrogés ne souhaitent pas uniquement maximiser leurs revenus, mais recherchent un équilibre global leur permettant de préserver leur qualité de vie. L’argent et la richesse arrivent en troisième position, avec toutefois une dimension culturelle particulière, notamment une volonté de réussir tout en restant alignés avec leurs valeurs.

L’étude met également en évidence des profils différents chez les femmes entrepreneures. Les dirigeantes disposant d’une entreprise établie depuis plusieurs années affichent généralement un niveau de bien-être plus élevé, porté par l’expérience, la stabilité et un sentiment d’accomplissement. À l’inverse, les jeunes entrepreneures ou celles qui dirigent de petites structures individuelles ou familiales font face à davantage de stress et d’incertitudes. Leur niveau de satisfaction dépend fortement de leur capacité à dépasser les obstacles liés au développement de leur activité.

Le soutien social pèse presque autant que le PIB dans le bien-être

Les données internationales confirment cette vision plus large du progrès. Selon l’analyse de Nadia Zrelli, le PIB, utilisé comme indicateur indirect du pouvoir d’achat, n’expliquerait que 27,6 % du niveau de bien-être en Tunisie. Le soutien social représenterait 26,9 %, tandis que la santé contribuerait à hauteur de 10,1 %.

Son analyse met ainsi en évidence le rôle central des facteurs non économiques. La qualité des relations sociales, la solidarité familiale, la confiance dans les institutions, le sentiment de sécurité ou encore la perception de pouvoir accéder aux opportunités jouent un rôle déterminant dans l’évaluation que les citoyens font de leur propre vie.

Elle rappelle que la société tunisienne présente une particularité importante : malgré les difficultés économiques, notamment pour les ménages à faibles revenus, les mécanismes sociaux et familiaux continuent de constituer un facteur de résilience. Le soutien de la famille, l’appartenance communautaire, les valeurs culturelles et l’espérance contribuent à maintenir une perception positive de l’avenir.

Cette dimension rejoint également certaines conclusions des travaux des Nations Unies sur les perceptions sociales, qui montrent une capacité importante des Tunisiens à conserver une forme d’optimisme malgré les contraintes économiques.

Pourquoi la Tunisie recule dans les classements du bonheur

La perception du bien-être ne dépend toutefois pas uniquement des solidarités sociales. Nadia Zrelli souligne que le recul relatif de la Tunisie dans les classements internationaux du bonheur s’explique notamment par une dégradation de certains facteurs institutionnels.

Elle cite en particulier la perception de la corruption, qui influence directement le sentiment d’équité et d’accès aux opportunités. Pour les jeunes générations notamment, le sentiment que la réussite dépend moins du mérite que des réseaux ou des relations constitue un facteur négatif important.

L’accès limité aux opportunités, les barrières sociales et professionnelles ainsi qu’une perte de confiance dans la méritocratie contribuent à affaiblir le sentiment de satisfaction, même lorsque certains indicateurs économiques évoluent favorablement.

Pourquoi la baisse de l’inflation ne suffit pas à améliorer le quotidien

Le décalage entre les statistiques économiques et le ressenti des ménages apparaît également dans la question du pouvoir d’achat. La baisse de l’inflation devrait théoriquement améliorer la perception du niveau de vie. Pourtant, beaucoup de Tunisiens continuent de ressentir une pression financière importante.

Selon Nadia Zrelli, cette contradiction s’explique notamment par les limites des méthodes classiques de mesure de l’inflation. Les indices reposent principalement sur un panier de biens de consommation courante, alors que les dépenses qui prennent aujourd’hui une place croissante dans les budgets des ménages concernent aussi les services.

Elle cite notamment la santé, l’éducation et les loisirs. L’accès aux soins privés représente une charge de plus en plus lourde pour de nombreux ménages qui cherchent une alternative à un système public jugé insuffisant. De même, les familles consacrent une part importante de leurs revenus à l’éducation de leurs enfants, notamment à travers l’enseignement privé ou les cours de soutien.

Les loisirs constituent également un indicateur révélateur du bien-être. Les vacances, les sorties ou les activités culturelles contribuent fortement à la qualité de vie, mais restent difficilement accessibles pour une grande partie de la population. Ainsi, même lorsque l’inflation ralentit, les ménages peuvent continuer à ressentir une dégradation de leur bien-être parce que leurs arbitrages budgétaires se font au détriment d’autres dimensions essentielles de la vie.

Vers une nouvelle conception des politiques publiques

Pour intégrer réellement le bien-être dans les politiques publiques tunisiennes, Nadia Zrelli identifie trois défis majeurs.

Le premier consiste à dépasser une approche exclusivement monétaire des politiques économiques. Réduire le chômage, maîtriser l’inflation ou stimuler la croissance restent indispensables, mais ces objectifs doivent être complétés par une vision plus globale intégrant la santé, l’éducation, la sécurité, l’environnement, la confiance et la qualité des relations sociales.

Le deuxième défi concerne le développement de données fiables. L’économiste insiste sur l’importance de disposer d’informations microéconomiques permettant de comprendre les différences entre catégories sociales, générations et territoires. Sans données précises sur le ressenti des citoyens, il devient difficile de concevoir des politiques adaptées.

Le troisième enjeu concerne l’intégration de la qualité de vie dans les politiques locales. Nadia Zrelli estime que les territoires doivent être analysés au-delà des infrastructures économiques classiques, en prenant en compte l’accès aux services, l’environnement, la qualité du logement, les équipements culturels ou encore les possibilités de loisirs.

Elle rappelle que plusieurs organisations internationales développent aujourd’hui des approches comme les indicateurs de qualité de vie ou les bases de données sur le bien-être, afin de dépasser la vision limitée du PIB.

Le bien-être, un investissement stratégique plus qu’un coût

Contrairement à certaines perceptions, intégrer le bien-être dans les politiques publiques ne nécessite pas nécessairement des dépenses massives supplémentaires. Pour Nadia Zrelli, la première étape repose avant tout sur une évolution de la manière de concevoir les politiques publiques.

Il s’agit, selon elle, de mobiliser les expertises existantes, de produire de nouvelles données et d’ajouter cette dimension aux stratégies économiques déjà mises en place. Les résultats ne peuvent évidemment pas être immédiats, car l’évaluation d’une politique publique nécessite plusieurs années, mais le changement d’approche doit commencer dès maintenant.

Alors que la Tunisie cherche à redéfinir ses priorités économiques et sociales, l’économie du bien-être propose une nouvelle grille de lecture : la réussite d’un pays ne se mesure plus uniquement à ce qu’il produit, mais aussi à la manière dont ses citoyens vivent, espèrent et construisent leur avenir. Le véritable défi pour les prochaines années sera donc de transformer cette notion en un outil concret de décision publique.

L’article Nadia Zrelli : Le PIB ne suffit plus, l’avenir économique passe par le bien-être des Tunisiens est apparu en premier sur Leconomiste Maghrebin.

Tunisie | Va-t-on enfin nous informer sur la santé de Kaïs Saïed ?

18. Juli 2026 um 10:20

Des médias étrangers ont relayé ces deux derniers jours des informations (ou des rumeurs) sur un malaise cardiaque du président de la république Kaïs Saïed qui aurait nécessité son hospitalisation d’urgence à l’hôpital militaire de Tunis. L’absence du chef de l’Etat des titres de l’actualité – sa dernière activité officielle remontant au 8 juillet 2026 – n’a guère arrangé les choses, suscitant diverses réactions sur les réseaux sociaux. Plus grave encore, l’absence de communication officielle sur le sujet suscite interrogations, inquiétudes et surenchères politiques.

Ridha Kefi

Nous n’allons pas disserter sur l’état de santé du président de la république, au moment où l’épée de Damoclès du décret-loi n°54 de 2022 est suspendu sur nos têtes.

Nous n’allons pas non plus cogiter, comme le font certains sur les réseaux sociaux, sur le thème d’une éventuelle vacance du pouvoir et de la succession du locataire du palais de Carthage. Un tel débat n’est pas seulement prématuré, mais déplacé et de mauvais goût, tant qu’aucun élément objectif n’est venu confirmer les rumeurs dont nous sommes souvent gavés en Tunisie, en l’absence d’une information sérieuse et responsable.

Mais nous ne pouvons pas garder un silence total sur un tel sujet dont le sort de douze millions de Tunisiens dépend. Aussi notre devoir, à notre niveau, est-il – et c’est la moindre des choses pour ne pas nous couvrir de ridicule en tant que journalistes – d’appeler les autorités à réagir de manière à informer le public sur l’état de santé du président de manière claire. En espérant calmer les esprits chauffés et les âmes tourmentées, qui plus est dans un contexte socio-économique marqué par des tensions en raison des coupures d’électricité et d’eau potable en pleine canicule estivale, dont souffrent aussi bien les opérateurs économiques que les simples citoyens dans pratiquement toutes les régions du pays.

L’article Tunisie | Va-t-on enfin nous informer sur la santé de Kaïs Saïed ? est apparu en premier sur Kapitalis.

À défaut de réforme, un nouvel impôt

18. Juli 2026 um 06:00

Les années passent et se ressemblent, les lois de finances semblent obéir à une même logique. À mesure que les marges budgétaires se réduisent, l’arme fiscale prend le dessus, déjouant ainsi tout effort pour réformer en profondeur une économie. La précédente mesure fiscale n’a pas encore produit tous ses effets que la suivante est déjà annoncée. Chaque nouvelle taxe répond à une urgence et est rarement porteuse d’une vision.

Souvent présenté comme une mesure pour la justice fiscale, l’impôt sur la fortune répond à une démarche difficilement contestable, celle de demander un effort supplémentaire aux contribuables dont le patrimoine est le plus élevé.

Seulement, il ne suffit pas d’identifier qui doit contribuer plus. Il est impératif de bien cibler les actifs concernés. D’ailleurs, l’intégration des dépôts bancaires et des titres de capital, comme l’a précisé la Note commune n°13/2026, finira par devenir contreproductive. Mais il est aussi urgent de déterminer comment intégrer dans l’assiette fiscale les activités et les patrimoines qui échappent encore à l’impôt. En somme, la justice fiscale ne peut être pleinement effective sans améliorer, en amont, l’efficacité fiscale.

Tant que l’économie informelle continuera d’occuper une place aussi importante, tant que le recouvrement demeurera imparfait et que les capacités de contrôle resteront limitées, un impôt sur la fortune risque plus de renforcer le sentiment d’inégalité entre les contribuables que de rétablir une véritable équité devant l’impôt. Ce serait faire peser un prélèvement supplémentaire sur les patrimoines visibles, alors qu’une partie non négligeable de la richesse échappe encore à l’impôt.

Dans une économie où l’investissement peine à décoller, la stabilité fiscale reste un élément clé pour un climat des affaires sain et prévisible. Les investisseurs accordent autant d’importance à la prévisibilité des décisions publiques qu’au coût de la fiscalité elle-même. Quant aux contribuables, ils accepteront l’impôt tant qu’ils en percevront la cohérence et l’équité.

Faute de s’attaquer aux difficultés structurelles, le débat budgétaire se focalise sur la recherche de nouvelles contributions fiscales, comme si chaque difficulté pouvait trouver sa réponse dans un nouveau code fiscal.

Bref, la véritable question n’est pas de savoir quel sera le prochain impôt, mais à quel moment la Tunisie se débarrassera des mesurettes fiscales étouffantes pour l’initiative privée et ouvrira enfin le grand chantier des réformes.

Noura Harboub-Labidi

L’article À défaut de réforme, un nouvel impôt est apparu en premier sur Leconomiste Maghrebin.

La Tunisie reléguée par les aberrations islamistes et les utopies gauchistes

17. Juli 2026 um 11:55

L’image de la Tunisie, aussi bien à l’intérieur qu’à l’étranger, s’est tellement détériorée depuis 2011 que notre pays a beaucoup perdu de son attractivité de l’investissement extérieur. Ce dont témoignent les récentes enquêtes et classements internationaux en la matière. A qui le faute ?

Elyes Kasri *

Les reproches faits à l’islam politique pour son bilan considéré désastreux au cours de la décennie noire (2011-2021) semblent faire l’objet d’un consensus croissant en Tunisie et pour certains l’allure d’un discours légitimateur virant au fonds de commerce politique.

Toutefois, pour être rigoureux et équitable, il faudrait également faire assumer à la gauche tunisienne son lot de dégâts et de méfaits contre non seulement l’économie nationale mais surtout la culture du travail et de la juste récompense de l’effort et du risque.

Si le règne de Ben Ali était loin d’être idyllique, la mentalité tribale et préindustrielle d’Ennahdha et de ses satellites et le rôle corrosif et surenchériste des partis et organisations gauchistes y compris l’Union générale tunisienne du travail (UGTT), de même que la mixture insipide de ce qui est qualifié d’Islam de gauche, méritent amplement leur part de responsabilités dans l’énorme gâchis qu’est perçue la Tunisie aujourd’hui par de nombreux Tunisiens et étrangers notamment les institutions qui la classent en bas du tableau dans divers secteurs y compris en matière d’attractivité des investissements. Jugeons-en :

– Global Investment Risk and Resilience Index (Girri 2026) classe la Tunisie 118e sur 150 pays, soit une perte de 7 places par rapport à l’édition précédente. À l’échelle de l’Afrique, elle occuperait la 14e position, sachant qu’avant 2011, elle disputait la première place africaine, tour à tour, à l’Afrique du Sud et à Maurice.

– Global Opportunity Index classe la Tunisie au 88e rang mondial sur 130 pays (selon la dernière édition de l’indice du Milken Institute).

– L’Indice d’Attractivité Mondiale relègue la Tunisie à la 101e place sur 146 pays, la classant dans la catégorie des pays dits «peu attractifs» avec un score global faible.

– Le FMI classe la Tunisie 160e sur 164 pays au monde pour le ratio Investissement/PIB, derrière le Mozambique, le Tchad et le Bénin. Son ratio est de 10,4%, contre une moyenne africaine de 23,3 et une moyenne marocaine de 26,1%.

Après une cascade de régimes et de responsables depuis 2011, le plus dramatique, c’est que l’enjeu en Tunisie semble moins de changer de régime ou de responsables, que de rectifier le logiciel d’un peuple abreuvé jusqu’à la lie d’aberrations et d’utopies gauchistes et anarchistes qui tendent à la rapprocher dangereusement du statut de pays ingouvernable dans un monde en pleine volatilité et en mode de survie prenant des fois une allure interventionniste et agressive.

* Ancien ambassadeur.

L’article La Tunisie reléguée par les aberrations islamistes et les utopies gauchistes est apparu en premier sur Kapitalis.

Irak | Entre Washington et Téhéran, l’impossible grand écart d’Al-Zaidi

17. Juli 2026 um 10:10

Le nouveau Premier ministre irakien Ali al-Zaidi est dans une situation où il doit résoudre une équation quasi insoluble. D’un côté, l’Iran qui garde sa tutelle sur le Cadre de coordination (coalition des partis chiites) ne souhaite pas que les milices -qui lui sont inféodées et qui font partie de son Axe de la résistance jouant sa survie- rendent les armes et d’un autre côté, les États-Unis souhaitent leur démantèlement. De plus, Washington souhaite renforcer ses investissements surtout dans le secteur des énergies ce que les factions porches de Téhéran rejettent préférant les investissements chinois.

Imed Bahri

Selon le journal londonien arabophone Al-Sharq al-Awsat, les États-Unis ont intensifié leurs pressions sur le gouvernement irakien afin qu’il procède au désarmement des milices chiites alors que l’échéance de la mission de la coalition internationale en Irak fixée fin septembre approche.

En même temps, la polémique enfle en Irak concernant les investissements étrangers. Cette polémique oppose les partisans d’un renforcement de la présence des entreprises américaines à ceux qui préconisent leur remplacement par des entreprises chinoises. 

Le secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth, a déclaré mercredi que le gouvernement irakien avait l’obligation d’affirmer sa souveraineté en désarmant les factions armées soutenues par l’Iran qu’il tient pour responsables de plus de 600 attaques visant des Américains ces dernières années.

Ces propos de M. Hegseth faisaient suite à des discussions au Pentagone avec le Premier ministre irakien Ali Faleh al-Zaidi qui a effectué cette semaine sa première visite officielle à Washington depuis son entrée en fonction.

Le secrétaire américain à la Défense a affirmé que les forces irakiennes et les Peshmergas (forces armées de la région autonome du Kurdistan irakien) seraient chargés de mener les opérations contre Daech après le retrait des forces de la coalition internationale dirigée par les États-Unis prévu pour le 30 septembre.

De son côté, le porte-parole du commandant en chef des forces armées irakiennes, Sabah al-Nu’man, a déclaré que les discussions avaient porté sur l’avenir de la coopération en matière de sécurité après la fin de la mission de la coalition. Elles ont abouti à un accord visant à poursuivre les échanges de renseignements, à renforcer la coordination dans la lutte contre le terrorisme et à étendre la coopération en matière de formation, de soutien technique, technologique et numérique ainsi qu’au développement des capacités des forces irakiennes.

Il a ajouté qu’à la suite de la réunion, al-Zaidi avait ordonné la création d’un comité gouvernemental chargé de définir le cadre de la future relation de sécurité et militaire avec les États-Unis qui doit respecter la souveraineté irakienne après le retrait des forces de la coalition.

Mardi, al-Zaidi a rencontré le président américain Donald Trump à la Maison-Blanche. Les deux parties ont discuté de l’avenir du partenariat sécuritaire et économique. Trump a annoncé son soutien au plan du gouvernement irakien visant à désarmer les milices soulignant que Washington ne voit aucune nécessité de maintenir sa présence militaire en Irak une fois le retrait de la coalition achevée.

Trump a également annoncé que les États-Unis entendent conclure d’importants accords économiques et pétroliers avec l’Irak et a indiqué qu’un nouveau partenariat pétrolier entre les deux pays sera annoncé la semaine prochaine.

L’énergie au cœur du partenariat irako-américain 

Cette activité politique coïncide avec les efforts américains pour renforcer la présence de leurs entreprises dans le secteur énergétique irakien et ce, dans un contexte de réorientation des routes d’exportation du pétrole hors du Golfe.

Un responsable américain a annoncé le soutien de Washington aux efforts irakiens et syriens pour relancer l’oléoduc Kirkouk-Banias, un projet historique destiné à transporter le pétrole irakien vers la mer Méditerranée via La Syrie. Les États-Unis affirment que cette initiative offre une alternative au détroit d’Ormuz où les risques sécuritaires se sont accrus depuis le début du conflit régional en début d’année.

Selon certaines informations, de grandes entreprises américaines pourraient jouer un rôle clé dans la remise en état de l’oléoduc, s’inscrivant dans une tendance plus large visant à dynamiser les investissements américains dans le secteur énergétique irakien.

Dans ce contexte, l’envoyé spécial américain pour la Syrie et l’Irak Tom Barrack a qualifié la rencontre entre Trump et al-Zaidi de «tournant» dans les relations bilatérales, soulignant que le partenariat entre les deux pays se concentre désormais davantage sur l’investissement, le commerce et l’énergie que sur les questions de sécurité. Il estime que l’Irak bénéficie d’une position stratégique lui permettant de devenir une plaque tournante de la connectivité économique entre le Golfe, la Turquie, la Syrie, la Jordanie et l’Asie centrale.

Les factions pro-iraniennes ne veulent pas des Américains 

Les signes d’une expansion des investissements américains ont suscité des réactions mitigées en Irak, à un moment où la question des entreprises étrangères reflète des divisions politiques qui dépassent le simple cadre économique pour toucher aux alliances géopolitiques.

Hussein Mardan, membre de la Coalition pour l’État de droit, a déclaré que les compagnies pétrolières russes opérant en Irak seraient remplacées par des entreprises américaines. Il a soutenu que cela ne signifiait pas nécessairement placer l’économie irakienne sous hégémonie américaine et a souligné que le Premier ministre entretenait des liens étroits avec les forces politiques du Cadre de coordination (coalition des partis politiques chiites).

Il a ajouté que les États-Unis s’efforçaient d’accroître la présence de leurs sociétés d’investissement mais a exclu la possibilité que cela aboutisse à un monopole américain sur le secteur énergétique irakien.

Parallèlement, des factions armées proches de l’Iran ont intensifié leurs attaques contre la nouvelle politique du gouvernement.

Akram al-Kaabi, secrétaire général du mouvement al-Nujaba, une des factions pro-iraniennes, a déclaré que les entreprises américaines étaient responsables des défaillances chroniques du secteur électrique irakien depuis 2003. Il a exhorté le gouvernement à les expulser et à les remplacer par des entreprises «réputées et dignes de confiance».

Al-Kaabi n’a pas nommé de pays en particulier mais les factions armées et le Cadre de coordination ont régulièrement réclamé, ces dernières années, que les projets d’infrastructures et d’énergie soient attribués à des entreprises chinoises en lieu et place des firmes américaines et occidentales dans le cadre d’une coopération économique de plus en plus étroite avec Pékin.

Les observateurs estiment que le différend concernant l’identité des entreprises opérant en Irak ne se limite plus à des considérations économiques ou techniques mais s’inscrit désormais dans la compétition géopolitique entre deux axes régionaux et internationaux.

Cette divergence reflète la lutte permanente pour façonner les politiques étrangères et économiques de l’Irak qui coïncide avec une phase de transition marquée par la fin de la présence militaire de la coalition internationale et une redéfinition des relations entre Bagdad et Washington dans un contexte de concurrence accrue pour l’influence et les investissements dans l’un des plus grands producteurs de pétrole au monde.

L’article Irak | Entre Washington et Téhéran, l’impossible grand écart d’Al-Zaidi est apparu en premier sur Kapitalis.

❌