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15-30 ans : une génération tunisienne en salle d’attente, le départ se prépare et la facture s’annonce lourde

09. Oktober 2026 um 12:29

Chômage des jeunes à 35,4 %, diplômes sans emploi, départ envisagé par 71 % des 18-29 ans. Pour le sociologue Mamdouh Ezzeddine, la jeunesse tunisienne attend et la facture s’annonce lourde.

C’est dans une déclaration exclusive à L’Économiste Maghrébin que le sociologue livre son analyse sur la situation des 15-30 ans en Tunisie. Selon lui, cette tranche d’âge représentant la jeunesse tunisienne, censée être celle de la formation, de l’entrée dans le travail et de la construction d’un projet personnel, ressemble pour une grande partie des jeunes à une salle d’attente : celle d’un diplôme, d’un emploi, d’un logement, d’un mariage, voire du moment de partir.

Le sociologue refuse d’y voir une simple difficulté conjoncturelle. La question qui se pose, estime-t-il, est celle du devenir d’une génération lorsque l’école et le travail, voies traditionnelles d’accès à l’autonomie, ne tiennent plus la promesse d’avenir qui était la leur.

Des chiffres qui dessinent l’ampleur du problème

Les données les plus récentes donnent la mesure de cette inquiétude. Au deuxième trimestre 2026, le chômage atteignait 35,4 % chez les 15-24 ans, soit plus du double du taux observé pour l’ensemble de la population active, établi à 14,9 %. Il grimpait à 37,1 % chez les jeunes femmes. Les diplômés de l’enseignement supérieur ne sont pas épargnés : leur taux de chômage s’élève à 26,6 %, avec un écart considérable entre les femmes (35,6 %) et les hommes (14,2 %).

Pour Mamdouh Ezzeddine, ces chiffres traduisent une réalité qui dépasse le marché de l’emploi, puisque c’est l’entrée dans la vie adulte qui devient de plus en plus incertaine.

De la crise économique à la précarité

Le sociologue rappelle d’abord que le chômage des jeunes n’est pas un simple déficit de revenu. Survenant au début du parcours adulte, il retarde l’accès à l’autonomie, prolonge la dépendance à l’égard de la famille, repousse le mariage comme l’installation dans un logement indépendant et limite la capacité à se projeter sur le long terme. Cette précarité prend souvent racine dès l’école. Si la Tunisie a accompli des progrès considérables en matière de scolarisation, l’accès à l’école, souligne-t-il, ne garantit pas la réussite du parcours. D’après l’UNICEF, entre 63 000 et 100 000 enfants quittent chaque année le système éducatif à différents niveaux, et près de 30 000 d’entre eux ne trouvent aucune alternative de formation ou d’éducation. Ce décrochage constitue, selon le sociologue, l’une des premières portes d’entrée dans la vulnérabilité, car il réduit les chances d’accéder à un emploi stable et expose davantage à l’économie informelle, à la dépendance familiale ou à l’exclusion durable.

Mais la difficulté touche aussi ceux qui restent sur les bancs et décrochent un diplôme. L’éducation continue d’être présentée comme le principal levier de mobilité sociale, alors que le marché du travail ne crée pas assez d’opportunités à la hauteur des qualifications acquises. Le jeune est alors conduit à se demander à quoi sert l’effort scolaire si le diplôme ne garantit ni l’emploi ni l’autonomie. Lorsque ce doute devient collectif, précise l’expert, c’est la confiance dans l’ascenseur social qui se fragilise.

La famille joue dans ce contexte un rôle de protection déterminant, mais celui-ci a ses limites. Quand un jeune adulte reste plusieurs années dépendant de ses parents, le soutien familial peut devenir source de tensions, car l’argent, la liberté, les choix professionnels, le mariage, la migration et l’avenir deviennent des sujets de négociation permanente.

C’est à ce stade que la vulnérabilité économique commence, estime Mamdouh Ezzeddine, à produire du déséquilibre social. Le jeune n’est plus seulement privé d’emploi : il se trouve empêché d’acquérir les ressources matérielles et symboliques de son autonomie. Le sociologue parle à ce propos de « panne biographique », c’est-à-dire d’une situation où l’individu subit non seulement une interruption de sa trajectoire professionnelle, mais aussi le retard de plusieurs étapes fondamentales de son parcours de vie. L’attente cesse alors d’être un passage pour devenir un état durable.

Une salle d’attente aux places inégales

Il met toutefois en garde contre la tentation de parler d’une jeunesse homogène. La crise est fortement différenciée selon le sexe, le territoire, le milieu social et le niveau d’éducation. Les données de l’Institut national de la statistique montrent que la pauvreté frappe davantage les zones non communales et les régions de l’intérieur : en 2021, elle atteignait 37 % dans le Centre-Ouest, contre 12,7 % dans les zones communales. Les écarts se retrouvent à l’école, puisqu’en 2024 le taux de fréquentation scolaire et universitaire des 3-24 ans s’établissait à 81,1 % en milieu urbain, contre 72,1 % en milieu rural.

Les jeunes femmes illustrent une autre contradiction. Très présentes dans l’enseignement supérieur, elles peinent davantage que leurs homologues masculins à convertir leurs qualifications en emploi et en indépendance économique, ce que confirme un chômage féminin nettement supérieur.

Le sociologue évoque ainsi plusieurs jeunesses tunisiennes : celle qui quitte l’école trop tôt, celle qui obtient un diplôme sans trouver d’emploi, celle qui vit dans une région où les opportunités sont rares, celle dont le capital familial permet de prolonger l’attente et celle qui n’a même pas cette possibilité. La crise est commune, mais les moyens d’y faire face sont profondément inégaux.

Le départ se prépare : l’avenir se projette à l’étranger

Cette transformation des trajectoires trouve, selon lui, son expression la plus nette dans le désir de migration. D’après le Baromètre arabe, 46 % des Tunisiens déclaraient envisager de partir en 2023-2024, une proportion qui atteignait 71 % chez les 18-29 ans.

Mamdouh Ezzeddine juge réducteur d’expliquer ce choix par la seule quête d’un meilleur salaire. Pour une partie de la jeunesse, partir, c’est chercher une vie où le travail permet l’autonomie, où les institutions paraissent plus prévisibles et où l’avenir peut être planifié. On ne parle donc plus seulement de « fuite des cerveaux », mais d’une véritable migration des attentes, une partie du futur imaginé par les jeunes se situant désormais ailleurs. Le phénomène est d’autant plus préoccupant qu’il ne concerne pas uniquement les jeunes peu qualifiés. Une proportion importante de diplômés envisage également le départ, et le pays risque de perdre ainsi, au-delà des compétences, une part de son potentiel d’innovation et de transformation.

Sur le plan social, le sociologue appelle à la rigueur. Il serait scientifiquement abusif, avertit-il, d’établir un lien mécanique entre chômage ou pauvreté, d’une part, et délinquance, addictions ou suicide, d’autre part. Ces phénomènes résultant de facteurs économiques, familiaux, psychologiques, culturels et institutionnels étroitement imbriqués.

Il existe en revanche, observe-t-il, une relation plus générale entre vulnérabilité, perte de reconnaissance, isolement et fragilisation des perspectives d’avenir. Certaines études consacrées aux adolescents tunisiens font ainsi apparaître une consommation de substances psychoactives associée à d’autres fragilités, comme l’absentéisme scolaire, la consommation d’alcool et de tabac ou la rupture avec les cadres familiaux et scolaires. Il applique la même prudence au suicide : ni la pauvreté ni le chômage ne le « causent » mécaniquement, mais l’accumulation de l’échec, de la dépendance, de l’humiliation et du sentiment d’un avenir fermé peut constituer un terrain de vulnérabilité. La véritable question sociologique, résume-t-il, est de savoir ce qui se passe lorsque l’individu ne perçoit plus de correspondance entre ses efforts et les résultats qu’il peut raisonnablement espérer.

Du « comment réussir ? » au « comment survivre ? »

C’est là, selon lui, que se situe le cœur de la crise. Longtemps, la société tunisienne a proposé à ses jeunes un récit relativement clair : étudier, obtenir un diplôme, travailler, devenir autonome, fonder une famille et améliorer sa condition. Ce récit n’a jamais fonctionné à la perfection, mais il formait un horizon collectif dont l’efficacité symbolique semble aujourd’hui s’affaiblir.

Quand le diplôme ne garantit plus l’emploi, que l’emploi ne garantit plus l’autonomie et que celle-ci devient difficile d’accès, la confiance dans les institutions et dans les parcours traditionnels s’érode. Le jeune s’interroge alors sur l’intérêt de longues études, sur l’acceptation d’un emploi précaire, sur l’utilité d’attendre des années avant de construire sa vie, voire sur la nécessité de rester dans un pays dont l’avenir semble plus accessible ailleurs. La question centrale glisse ainsi de « comment réussir ma vie ? » vers « comment parvenir à vivre ? » Ce qui marque, pour Mamdouh Ezzeddine, le passage d’une société de la projection à une société de la survie.

Une facture économique et démographique qui s’annonce lourde

Ce basculement a un prix, que le sociologue juge bien supérieur au montant des allocations ou des programmes dédiés aux jeunes. Il faut compter d’abord l’investissement éducatif qui ne se convertit pas en activité productive, puis le chômage prolongé, synonyme d’années de travail potentiel perdues. S’y ajoutent les coûts du décrochage scolaire, de l’économie informelle, de l’exode des compétences, des problèmes sociaux et de la pression financière qui pèse sur les familles.

Il existe enfin un coût démographique. Lorsque l’entrée dans la vie adulte est retardée, le mariage et la constitution d’une famille le sont aussi, si bien que la difficulté économique finit par modifier les comportements démographiques eux-mêmes. La jeunesse devient dès lors, selon lui, un enjeu de développement national, car un pays ne peut durablement financer l’éducation de ses jeunes sans parvenir à la transformer en autonomie, en emploi et en production.

Sortir de la salle d’attente : reconstruire le passage vers la vie adulte

Pour le sociologue, la réponse ne saurait se limiter à la création de quelques milliers d’emplois ou à la multiplication de programmes temporaires. Il plaide d’abord pour une refonte du lien entre l’école et le travail, en repensant comme un système unique l’orientation, la formation professionnelle, les stages et l’acquisition de compétences réellement adaptées aux besoins de l’économie.

Le décrochage scolaire doit en outre être traité comme un problème national d’inclusion sociale, car quitter l’école ne devrait jamais signifier quitter du même coup l’éducation, la formation et toute perspective d’insertion. Le chômage des diplômés relève quant à lui d’un défaut structurel d’articulation entre l’université et l’économie : il ne s’agit pas de demander aux jeunes de réduire leurs aspirations, mais de bâtir une économie capable de mieux employer leurs qualifications.

Mamdouh Ezzeddine insiste également sur la dimension territoriale, une politique uniforme ne pouvant répondre aux mêmes difficultés dans le Grand Tunis, le Centre-Ouest, le Sud ou les zones rurales. Il appelle enfin à réintroduire la santé mentale dans les politiques publiques de jeunesse, à renforcer la prévention et à créer des espaces où les jeunes puissent exprimer leurs difficultés avant qu’elles ne se muent en ruptures. Toutes ces mesures resteront toutefois insuffisantes, prévient-il, si elles ne s’accompagnent pas d’une reconstruction de la confiance.

Le véritable enjeu : l’avenir

En conclusion, le sociologue estime que la jeunesse tunisienne ne fait pas face à une simple crise de l’emploi, mais à une crise des transitions : de l’école vers le travail, de la dépendance vers l’autonomie, de l’autonomie vers la famille et du présent vers l’avenir. Quand ces passages s’éternisent, l’attente finit par devenir une condition sociale.

Le processus, explique-t-il, est progressif : la crise économique engendre la vulnérabilité, celle-ci installe le déséquilibre et la dépendance, puis un chômage qui suspend le parcours de vie et, au bout du compte, une crise du sens. Il ne frappe pas tous les jeunes de la même manière, mais il touche assez largement la société pour devenir une question collective.

Le risque pour la Tunisie, avertit Mamdouh Ezzeddine, n’est donc pas seulement de compter davantage de chômeurs, de diplômés sans emploi ou de candidats à l’exil. Il est plus profond : qu’une génération cesse peu à peu de croire que son avenir peut se construire dans son propre pays.

Investir dans la jeunesse, conclut-il, ne revient pas à dépenser davantage pour elle, mais à rebâtir les conditions qui permettent de passer de la dépendance à l’autonomie, de l’attente à l’action et de l’incertitude à la capacité de se projeter. Car lorsque les jeunes ne parviennent plus à construire leur avenir, c’est la société tout entière qui cesse de construire le sien.

La question n’est donc plus seulement de savoir que faire pour la jeunesse, mais bien de déterminer quelle société les Tunisiens veulent bâtir pour que leurs jeunes aient de nouveau envie d’y construire leur vie.

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Cinéma | Le Festival de la femme et de la jeunesse de Djerba revient du 24 au 27 octobre 2026

06. Oktober 2026 um 22:32

Le Festival international du cinéma de la femme et de la jeunesse, rendez-vous cinématographique emblématique de l’île de Djerba, revient cette année du 24 au 27 octobre 2026 avec une édition spéciale marquée par une riche programmation.

Djerba s’apprête ainsi à vibrer au rythme du 7e art durant cette manifestation incontournable de l’agenda culturel tunisien qui réunira cette année une sélection de 68 films en provenance de 12 pays, projetés dans le cadre de la compétition officielle ainsi qu’en séances hors compétition.

Pour cette édition 2026, l’Inde sera à l’honneur et une place de choix sera ainsi accordée au cinéma indien à travers une projection spéciale d’œuvres contemporaines et patrimoniales.

Fidèle à sa vocation de transmission et de formation, le festival proposera un programme parallèle dense, comptant desateliers pratiques et tables rondes ainsi que des hommages appuyés à des figures marquantes du cinéma.

Y. N.

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Mobilisation lycéenne : soutien de l’intersyndicale, lettre de Lecornu

05. Oktober 2026 um 10:10
L’intersyndicale de l’Education nationale reste mobilisée en soutien des revendications des lycéens. Le Premier ministre a adressé à ses ministres une lettre pour tenter de débloquer la situation.   En bref L’intersyndicale de l’Éducation nationale réaffirme son soutien aux revendications…

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Et si nos jeunes retournaient quelques jours à la terre ?

Von: farhat
04. Oktober 2026 um 08:43

Par Zouhaïr BEN AMOR (Universitaire)

La Tunisie est un pays agricole. Cette affirmation paraît tellement évidente que nous finissons parfois par oublier ce qu’elle signifie réellement. Derrière les étals de légumes de nos marchés, derrière l’huile d’olive posée sur nos tables, derrière le lait du matin, les œufs, les fruits, les céréales et tant d’autres produits de notre quotidien, il y a une terre, des hommes et des femmes, des saisons, des gestes répétés depuis des générations et surtout énormément de travail. Pourtant, quelque chose semble progressivement se rompre dans cette longue chaîne de transmission : une partie importante de notre jeunesse regarde désormais le monde agricole avec distance.

Le phénomène mérite réflexion. Beaucoup de jeunes Tunisiens grandissent aujourd’hui dans les villes ou dans des zones progressivement urbanisées. Même lorsqu’ils sont originaires de familles ayant possédé des terres agricoles, ils connaissent parfois très peu le travail réel d’une exploitation. Pour eux, un olivier est d’abord un arbre que l’on aperçoit depuis une voiture. Une vache donne du lait, mais combien savent réellement ce que signifie s’en occuper quotidiennement ? Les poules donnent des œufs, les tomates arrivent au marché et les oranges apparaissent chaque hiver sur les étals. Entre le produit consommé et le travail nécessaire pour l’obtenir s’est installée une distance considérable.

Pourquoi ne pas essayer de réduire cette distance par une expérience extrêmement simple ? Imaginons trois ou quatre jeunes accueillis pendant quatre ou cinq jours par un agriculteur volontaire, au moment d’une période intéressante de l’année agricole. Ils ne viendraient pas comme touristes, encore moins comme spectateurs. Ils partageraient, dans la mesure de leurs capacités, la vie quotidienne de l’exploitation. Ils découvriraient le réveil matinal, l’observation du ciel, le soin des arbres, l’irrigation, la récolte, l’alimentation des animaux, le nettoyage des installations et cette succession de petits gestes qui donnent finalement naissance à notre alimentation.

Il ne s’agirait évidemment pas de présenter le travail agricole comme une aventure romantique. La terre est exigeante. Elle demande de la patience, de la résistance physique, de la connaissance et une capacité permanente d’adaptation. C’est précisément pour cela qu’une immersion de quelques jours pourrait être utile. Elle permettrait aux jeunes de découvrir l’agriculture telle qu’elle existe réellement, avec ses difficultés mais aussi avec ses possibilités.

 

La terre ne s’apprend pas uniquement dans les livres

Nous avons parfois une étrange manière de parler d’orientation professionnelle. Nous demandons à un jeune de choisir son avenir alors qu’il ne connaît réellement qu’une infime partie des métiers qui existent. Comment pourrait-il envisager de devenir agriculteur, technicien agricole, éleveur, producteur ou entrepreneur dans l’agroalimentaire s’il n’a jamais passé une seule journée dans une exploitation ?

Quelques jours sur le terrain pourraient changer ce regard.

Le premier matin serait probablement difficile. Il faudrait se lever tôt. Peut-être découvrir le froid humide d’une matinée d’hiver ou, au contraire, comprendre pourquoi certaines activités commencent avant les fortes chaleurs estivales. L’agriculteur expliquerait pourquoi il observe certaines feuilles, pourquoi tel arbre nécessite une taille particulière, pourquoi l’irrigation doit être contrôlée, pourquoi certaines maladies doivent être détectées rapidement.

Soudain, l’arbre ne serait plus simplement un arbre.

Il deviendrait un organisme vivant qu’il faut comprendre.

Une journée consacrée aux animaux serait tout aussi instructive. Nourrir quelques vaches, nettoyer leur espace, observer leur comportement, comprendre leurs besoins, assister éventuellement à la traite : autant d’activités qui donnent une autre dimension à ce verre de lait consommé chaque matin sans y penser. Il en serait de même pour un élevage de poules. Derrière l’apparente simplicité d’un œuf se trouvent l’alimentation, l’hygiène, la surveillance sanitaire et l’organisation quotidienne.

Le soir venu, autour d’un repas simple, les jeunes pourraient discuter avec l’agriculteur. Et c’est probablement dans ces conversations que se produirait une partie essentielle de l’apprentissage. L’agriculteur raconterait ses bonnes années et ses mauvaises saisons, les problèmes d’eau, les maladies des cultures, les fluctuations des prix, mais aussi la satisfaction d’une belle récolte et la fierté de produire quelque chose d’utile.

Ce savoir-là ne se trouve pas toujours dans les manuels.

 

Quatre ou cinq jours pour changer un regard

Personne ne peut devenir agriculteur en cinq jours. Ce n’est évidemment pas l’objectif. Mais cinq jours peuvent suffire pour provoquer une interrogation : «Et si je pouvais, moi aussi, construire quelque chose dans ce domaine?»

C’est cette petite question qui compte.

Un jeune pourrait découvrir qu’il aime travailler avec les animaux. Un autre pourrait être fasciné par les arbres fruitiers. Un troisième, plus attiré par les nouvelles technologies, commencerait immédiatement à imaginer des systèmes automatisés d’irrigation ou des outils numériques permettant de suivre la production. Un quatrième réfléchirait à la transformation des produits agricoles ou à leur commercialisation.

Car l’agriculture moderne ne se limite plus à manier une pelle ou conduire un tracteur.

Elle rencontre aujourd’hui l’informatique, la mécanique, l’énergie solaire, l’irrigation intelligente, la transformation alimentaire, la logistique, le marketing et le commerce électronique. Une exploitation agricole peut devenir une véritable petite entreprise où plusieurs compétences se rencontrent.

C’est précisément là que la jeunesse peut apporter quelque chose de nouveau.

Le jeune qui accompagne pendant quelques jours un agriculteur expérimenté peut observer des problèmes auxquels il apportera peut-être demain une solution différente. L’agriculteur possède l’expérience de la terre ; le jeune maîtrise parfois des outils numériques inconnus de son hôte. L’un sait reconnaître une maladie sur une plante presque instinctivement, l’autre peut chercher comment utiliser un capteur, une application ou une nouvelle technique pour mieux la surveiller.

Au lieu d’opposer tradition et modernité, il faudrait les faire travailler ensemble.

 

L’agriculteur comme passeur d’expérience

Pour que cette idée fonctionne, il faudrait évidemment respecter les agriculteurs qui accepteraient de recevoir ces jeunes. Il ne serait pas question de transformer les exploitations en centres de vacances ni d’imposer aux agriculteurs une responsabilité supplémentaire sans organisation.

Le principe devrait rester simple : des agriculteurs volontaires, de petits groupes de trois ou quatre jeunes, une période de quatre ou cinq jours et un programme adapté aux activités de la saison.

Certaines périodes seraient particulièrement intéressantes. La récolte des olives permettrait de découvrir toute une chaîne allant de l’arbre jusqu’à l’huile. Les périodes de récolte des agrumes offriraient une autre expérience. Ailleurs, ce seraient les céréales, les dattes, les légumes, les plantes aromatiques ou l’élevage.

Chaque région tunisienne pourrait proposer ses propres immersions agricoles.

Le Cap Bon raconterait certaines cultures, le Nord-Ouest en montrerait d’autres, les régions du Centre offriraient une expérience différente, tandis que les oasis du Sud permettraient de comprendre une agriculture construite depuis des siècles autour d’une gestion minutieuse de l’eau.

Nous découvririons alors que l’agriculture tunisienne n’est pas une réalité uniforme. Elle est multiple, adaptée aux territoires, aux climats et aux traditions locales.

L’agriculteur deviendrait ainsi un véritable passeur d’expérience. Il ne transmettrait pas seulement une technique. Il expliquerait une relation avec le temps que notre société moderne tend parfois à oublier.

Dans l’agriculture, tout ne peut pas être immédiat.

On plante aujourd’hui pour récolter demain, parfois plusieurs années plus tard. On soigne un arbre sans recevoir immédiatement le résultat de son travail. On attend la pluie. On surveille les saisons. On apprend que certaines choses ne peuvent pas être accélérées simplement parce que nous sommes pressés.

Quelle magnifique leçon pour une génération habituée à l’instantanéité !

 

Faire de l’agriculture un horizon possible

Le véritable objectif de ces immersions serait finalement de réconcilier une partie de la jeunesse avec l’idée que l’agriculture peut représenter un avenir.

Cela ne signifie pas que tous les participants deviendront agriculteurs. Ce serait irréaliste. Sur cent jeunes ayant participé à ces expériences, quelques-uns seulement pourraient décider d’aller plus loin. Mais ces quelques vocations seraient déjà précieuses.

L’un pourrait reprendre une petite exploitation familiale jusque-là abandonnée. Un autre suivrait une formation spécialisée. Un troisième créerait une entreprise de transformation de produits locaux. Un autre encore développerait un service technologique destiné aux exploitations agricoles.

Et même ceux qui choisiraient une autre voie conserveraient probablement quelque chose d’essentiel : le respect du travail de la terre.

Ils regarderaient différemment l’agriculteur qui vend ses produits au marché. Ils comprendraient mieux pourquoi une mauvaise saison peut bouleverser toute une famille. Ils sauraient ce que représente une récolte perdue, un animal malade ou plusieurs semaines sans pluie.

Notre société gagnerait beaucoup à cette compréhension.

Il faudrait donc peut-être imaginer un véritable réseau d’exploitations agricoles volontaires capables d’accueillir périodiquement de petits groupes de jeunes. Les associations locales, les établissements d’enseignement et les organisations agricoles pourraient faciliter les rencontres, sans transformer le dispositif en une lourde machine administrative.

Restons simples.

Trois ou quatre jeunes. Un agriculteur volontaire. Quatre ou cinq jours. Une exploitation. Une saison favorable. Des vêtements adaptés. Beaucoup de curiosité et surtout l’envie d’apprendre.

Le premier jour, certains jeunes arriveraient peut-être avec quelques préjugés. Ils imagineraient un métier pénible, ancien et sans perspective. Le dernier soir, leur opinion serait probablement plus nuancée. Ils auraient découvert les difficultés, certes, mais aussi l’intelligence nécessaire pour travailler avec le vivant, la technicité de certaines pratiques et cette satisfaction particulière qui consiste à voir concrètement le résultat de son travail.

Et peut-être que, quelques années plus tard, l’un de ces jeunes repenserait à ces cinq journées.

Il se souviendrait de l’odeur de la terre humide au petit matin, du bruit des animaux, des mains marquées de l’agriculteur qui lui expliquait comment observer un arbre, du repas partagé après plusieurs heures de travail et de cette sensation étrange d’avoir participé, même modestement, à quelque chose de fondamental : produire ce qui nourrit les hommes.

Alors peut-être déciderait-il de revenir.

Non plus pour cinq jours.

Mais pour construire son avenir.

La Tunisie ne manque ni de terres, ni de traditions agricoles, ni d’une jeunesse capable d’innover. Ce qui manque parfois, c’est simplement la rencontre entre ces deux mondes. Organisons-la. Ouvrons quelques exploitations à quelques jeunes curieux. Laissons-les toucher la terre, comprendre les saisons, soigner un arbre, nourrir un animal et écouter ceux qui exercent ce métier depuis des décennies.

Une vocation ne naît pas toujours dans une salle de classe. Elle peut apparaître un matin, quelque part dans une ferme tunisienne, lorsqu’un jeune découvre pour la première fois que cette terre qu’il croyait appartenir au passé pourrait aussi devenir son avenir.

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Drogue, jeunesse et défis sociaux, l’analyse d’Elyes Kasri

02. Oktober 2026 um 12:00

Dans une tribune, l’ancien diplomate Elyes Kasri sonne l’alarme : derrière l’affaire de l’adolescente Yakin se profile une crise systémique due a l’explosion des drogues, l’effondrement des repères familiaux et scolaires, la perte de contrôle de l’État sur sa jeunesse. Pour lui, la Tunisie vit une « guerre de l’opium » moderne, imposée de l’extérieur, qui menace son capital humain et sa souveraineté. Sa réponse ? Un sursaut national fondé sur un nouveau modèle socio-économique, un arsenal législatif d’exception et une modernité tunisienne, ni calquée sur l’Occident ni repliée sur l’obscurantisme.

« L’affaire de l’adolescente Yakin, au-delà de ses péripéties, tire la sonnette d’alarme. Elle met à nu les failles profondes de notre société : l’explosion de la consommation de drogues, mais surtout la perte de contrôle de l’État, de l’école et des familles sur notre jeunesse.

Le constat du dernier recensement de la population est sans appel : la Tunisie fait face à une régression démographique historique. En l’absence de richesses naturelles, notre seule force a toujours été nos ressources humaines. Aujourd’hui, ce capital est directement menacé par la délinquance et l’effet dévastateur de substances psychotropes dont l’origine est totalement étrangère.

1- La tenaille infernale : émigration clandestine, délinquance et violence insensée

Soyons lucides : ce fléau n’a pas de frontières de classe. Des lycées de nos quartiers populaires aux établissements des zones résidentielles aisées, toutes les catégories sociales sont menacées.
Mais l’urgence absolue doit se focaliser sur nos poches de pauvreté et de chômage. C’est là que le désœuvrement et l’absence d’horizon enferment nos jeunes dans une tenaille infernale : d’un côté, le mirage mortel de l’émigration clandestine ; de l’autre, la chute programmée dans la délinquance.

Le fléau des psychotropes transforme cette impasse en un point de non-retour. La dépendance aliène la conscience et engendre une violence insensée, sauvage, inédite dans nos rues. Si nous ne brisons pas cet étau, les dommages sur le tissu social tunisien et la sécurité nationale deviendront définitivement irréversibles.

2- L’urgence vitale d’un nouveau modèle socio-économique 

Pour arracher notre jeunesse à cette dérive, la réponse sécuritaire ne suffira pas. Il y a une urgence vitale à refonder notre modèle socio-économique. L’État doit cesser de gérer la pauvreté par la charité ou la prison pour enfin créer de la richesse inclusive, en ouvrant de véritables opportunités économiques et professionnelles. Notre jeunesse a besoin d’espoirs tangibles, de projets de vie réalistes, d’emplois dignes et de mécanismes de mobilité sociale pour ne plus voir son avenir ailleurs ou dans la criminalité.

3- La troisième voie : ni mimétisme occidental, ni régression obscurantiste

L’État et l’élite humanitariste doivent faire leur introspection. À vouloir calquer nos lois sur un modèle occidental permissif pour se donner « bonne figure » — alors que cet Occident lui-même vacille et rejette ce qui est qualifié d’idéologie WOKE—, nous avons méthodiquement affaibli nos structures de transmission et de discipline.

Cependant, la solution ne réside pas dans un retour en arrière. Il faut refuser catégoriquement les solutions régressives et obscurantistes prônées par des courants islamistes rigoristes d’une autre époque, qui exploitent toute détresse pour imposer un projet de société liberticide.

Le salut de la Tunisie impose de se départir du mimétisme occidental stérile pour retrouver un équilibre psychosocial propre à ses réalités, ses valeurs, ses défis et ses ambitions. Nous devons bâtir une modernité tunisienne, fière de son identité, mais résolument progressiste et protectrice de son capital humain.

4- L’arsenal législatif et la dilution de l’autorité 

Cette perte de repères se traduit par une déconstruction juridique des piliers de notre société :

  • L’effondrement du rempart familial : un arsenal de lois importées a criminalisé et délégitimé toute forme de discipline parentale. En privant les parents de leur rôle de pivots de l’autorité, la législation a encouragé l’individualisme. Résultat : explosion des divorces, familles monoparentales précarisées et une cellule familiale atomisée où le parent est dépouillé de son ascendant moral.
  • La démission forcée de l’institution éducative : autrefois sanctuaire du savoir et de la rigueur, l’école tunisienne a été vidée de sa substance disciplinaire. Les enseignants se retrouvent ligotés par des directives laxistes. Le corps enseignant n’exerce plus aucune emprise morale. Le vide éducatif ainsi créé est immédiatement récupéré par la rue et les dealers de psychotropes.

Aujourd’hui, le mariage et la procréation sont devenus des défis économiques et juridiques si lourds que de moins en moins de Tunisiens sont prêts à les affronter.

5- Mesures d’urgence : pour un sursaut national 

Comme le takrouri pendant la colonisation ou la guerre de l’opium imposée à la Chine pour l’asservir, la drogue doit être traitée comme un crime de haute trahison et une attaque directe à notre souveraineté nationale.

L’État doit réagir par des actes forts :

  • L’inscription permanente de la question de la jeunesse et des psychotropes à l’ordre du jour du Conseil de Sécurité Nationale. Ce n’est plus un problème de santé, c’est une priorité absolue de défense et même de survie nationale.
  • La création d’un article d’exception : le « Super 96 ». Alors que l’article 96 du Code pénal punit déjà l’abus de fonction et la corruption des agents publics, l’infiltration des réseaux de drogue exige un tour de vis exceptionnel à la hauteur de la menace. Il nous faut une législation spéciale « Super 96 » pour sanctionner de la peine maximale — de manière automatique et sans aucun aménagement ou pardon possible — tout responsable, fonctionnaire, magistrat ou agent de sécurité qui aide, couvre, ferme les yeux ou participe de près ou de loin à une opération d’importation et de distribution de substances psychotropes. La trahison de l’État par l’intérieur doit être punie de la manière la plus sévère et la plus dissuasive.
  • Le déploiement d’un bouclier social d’urgence dans les « zones d’ombre » : l’État doit réinvestir massivement là où la précarité fait le lit des cartels de la drogue.
    Ce bouclier opérationnel repose sur trois piliers indispensables :
    – Des structures de veille psychosociale de proximité à déployer au cœur des quartiers populaires et des régions oubliées des cellules d’alerte et d’écoute. Ces structures auront pour mission de détecter précocement les premiers signes d’addiction, de décrochage scolaire ou de basculement dans la criminalité.
    – L’accompagnement actif des familles fragilisées et nécessiteuses : ne plus laisser les parents démunis seuls face à la crise. L’État doit offrir un soutien psychologique, éducatif et financier ciblé à ces foyers pour les aider à réaffirmer leur rôle de rempart moral et d’autorité bienveillante.
    – Des alternatives de vie saines et valorisantes : créer des centres d’animation culturelle et des programmes récréatifs intensifs pour occuper sainement la jeunesse. En parallèle, une refonte de la formation professionnelle rapide, gratuite (peut-être même avec des primes de formation), et connectée aux besoins du marché doit être lancée pour offrir à chaque jeune en situation d’échec scolaire une seconde chance, un vrai métier et une perspective d’avenir digne.

Sans cette rigueur absolue et ce sursaut économique et social, nous réaliserons nous-mêmes le cri de guerre de Caton l’Ancien : Carthage doit être détruite. Ne laissons pas détruire l’avenir de la Tunisie. »

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La jeunesse fait rayonner la culture tunisienne en Suisse

29. September 2026 um 01:30

Jeudi dernier, l’association tunisienne TUNES a participé à la Semaine des Associations 2026 à l’École Polytechnique Fédérale de Lausanne (EPFL), en installant un stand aux couleurs de la Tunisie sous les arches du Rolex Learning Center.

A cette occasion, l’association a préparé un stand aux couleurs de la cuisine tunisienne et a organisé un quizz sur la culture et l’histoire

Organisée par l’EPFL, cette semaine permet aux étudiantes et étudiants de découvrir les nombreuses opportunités offertes par la vie associative : sport, diversité culturelle, engagement pour l’environnement, développement de compétences transversales et préparation à la vie professionnelle.

Communiqué

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Coup de cœur – 80 éditeurs jeunesse se mobilisent pour Gaza

11. September 2026 um 14:46
Onze ans après Eux, c’est nous, publié en 2015 pour sensibiliser les enfants au sort des réfugiés, ce secteur se mobilise à nouveau collectivement, cette fois pour les enfants de Gaza. Réunis au sein du collectif « Les éditeurs jeunesse…

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