Normale Ansicht

Elyes Kasri – Frontières africaines : du péché de Berlin au piège de l’intangibilité

05. September 2026 um 16:47

Ce texte déconstruit le dogme de l’intangibilité des frontières coloniales (uti possidetis juris), adopté en 1964 par la jeune Organisation de l’Unité africaine (OUA), en dénonçant son inadéquation morale, démocratique et géopolitique. Conçu pour éviter l’anarchie, ce principe a sacrifié les nations organiques précoloniales au profit d’États-gendarmes oppressifs. L’analyse met en lumière le rôle opportuniste du régime algérien, qui a érigé ce statu quo en outil de domination, bloquant l’Union du Maghreb arabe et déstabilisant son flanc tunisien (trabendo, subversion, chantage migratoire). Face à cette glaciation, l’exigence démocratique s’impose comme l’unique préalable.

Porté par un désir irrépressible de liberté́, le peuple tunisien montre la voie d’une émancipation totale face au carcan de la Conférence de Berlin. En juillet 1964, réuni au Caire sous l’égide de la toute jeune Organisation de l’Unité africaine, le continent a scellé un pacte faustien. Par le principe de l’uti possidetis juris – l’intangibilité des frontières héritées de la colonisation –, l’Afrique a choisi de figer sa géographie dans les lignes exactes dessinées par l’Europe à la Conférence de Berlin (novembre 1884-février 1885).

Ce choix ne fut pas un élan spontané de justice ou l’expression d’un consensus continental. Il fut le produit de péripéties troubles et de calculs égoïstes qui ont sacrifié le droit des peuples sur l’autel de la conservation du pouvoir. Sept décennies plus tard, ce pragmatisme cynique a épuisé ses vertus d’anesthésiant. Le dogme juridique est devenu un piège. En sanctuarisant les frontières du pillage, l’Afrique a constitutionnalisé une déchirure, ouvrant une crise profonde, à la fois morale, démocratique et géopolitique privant le continent des leviers de la stabilité, de la démocratie et du développement durable.

1 Les coulisses du Sommet du Caire: intérêts égoïstes et parrainage opportuniste

L’adoption de la résolution du Caire en 1964 ne fut pas le consensus harmonieux que décrit l’histoire officielle. Elle fut le théâtre d’affrontements doctrinaux féroces où ont triomphé les calculs patrimoniaux des nouveaux chefs d’État. Face aux thèses panafricaines de Kwame Nkrumah, qui suppliait le continent de briser les chaînes géographiques de Berlin pour unifier les peuples, s’est dressée la coalition des tenants du statu quo, menée par le groupe de Monrovia.

Pour ces dirigeants, la frontière coloniale, bien que reconnue comme un crime, offrait un avantage inestimable. Elle circonscrivait leur nouvelle propriété politique. Elle leur garantissait un monopole souverain sur les populations et les ressources. Dans ces intrigues de couloirs, le régime algérien naissant a joué un rôle crucial et particulièrement intéressé pour officialiser et pérenniser le crime colonial. Fraîchement sorti de sa guerre de libération (dont les péripéties, le nombre de victimes et le cadre juridique auquel a abouti le référendum sur l’autodétermination et les accords d’Evian suscitent une polémique qui n’est pas près de s’estomper), le pouvoir d’Alger – déjà accaparé par le clan militaro-sécuritaire de l’« armée des frontières » – avait une obsession majeure. Il lui fallait sanctuariser juridiquement l’immense territoire saharien, les anciens départements français du Sahara, que la puissance coloniale avait arbitrairement arraché ou grignoté aux royaumes et entités voisins comme la Tunisie, le Maroc et la Libye pour le rattacher à l’Algérie française. Il a renié ainsi avec violence et menace armée la parole donnée par Ferhat Abbas, président du GPRA et le protocole d’accord signé avec le président Habib Bourguiba le 17 juillet 1961.

Ce texte prévoyait noir sur blanc la création d’une commission mixte tuniso-algérienne chargée de redéfinir le tracé frontalier saharien (autour de la borne 233) immédiatement après l’Indépendance. Le GPRA y reconnaissait formellement le préjudice territorial subi par la Tunisie sous l’administration coloniale française. En se faisant le champion ultra-intransigeant de l’intangibilité au Sommet du Caire, le régime algérien n’agissait pas par idéal juridique, mais par pur opportunisme territorial. Alger a cyniquement utilisé la charte de l’OUA pour transformer un hold-up géographique impérialiste en une propriété étatique éternelle et inattaquable. Le crime colonial de Berlin, qui avait spolié les droits historiques des pays limitrophes et brisé les continuités humaines des peuples d’Afrique, s’est trouvé ainsi blanchi, officialisé et pérennisé par ceuxlà mêmes qui prétendaient incarner le fer de lance de la décolonisation.

2 La spoliation territoriale de la Régence: l’Algérie et la Libye comme bénéficiaires du grignotage colonial

Pour comprendre l’enracinement historique du contentieux maghrébin, il importe d’analyser la manière dont la Régence de Tunis, entité politique aux frontières largement reconnues sous l’Empire ottoman, a subi une asphyxie territoriale méthodique sous l’action conjuguée des puissances coloniales. La Tunisie précoloniale exerçait sa souveraineté et percevait l’impôt bien au-delà de ses limites actuelles. Elle englobait des pans entiers du Sahara oriental et des oasis stratégiques connectées aux réseaux transsahariens. L’expansionnisme français en Algérie à partir de 1830 a bouleversé cet équilibre. Considérant l’Algérie comme le joyau de son empire et le Sahara comme un espace d’extraction futur, Paris a procédé à un déplacement unilatéral des bornes vers l’Est. Des portions massives du territoire tunisien historique – notamment les riches zones pastorales et hydrauliques s’étendant du Nefzaoua aux confins du Souf et du Djérid – ont été rattachées administrativement aux départements français d’Algérie par une série de décrets militaires.

La France a édifié ainsi une frontière de pure opportunité minière et énergétique, amputant la Tunisie d’une profondeur stratégique saharienne indispensable. Sur le flanc oriental, face à la Libye, la Tunisie a subi un autre arbitrage impérialiste au profit de l’Empire ottoman puis de l’Italie. Le Traité de Tripoli du 19 mai 1910, imposé sous la contrainte, a formalisé le tracé de la frontière tuniso-libyenne depuis Ras Jedir jusqu’à la région de Ghadamès. Ce texte a arraché à la Tunisie des zones ancestrales de transhumance et d’allégeance tribale, notamment chez les Ouderna, pour satisfaire les ambitions de délimitation de la Sublime Porte, puis les convoitises de la Libye italienne après 1911.

Coincée entre l’Algérie française à l’Ouest et la Libye italienne à l’Est, la Tunisie s’est retrouvée balkanisée, enserrée dans un territoire résiduel et spoliée de ses prolonge- ments géographiques naturels. Les réminiscences du cri de guerre du sénateur romain Caton l’Ancien « Cartago Delenda Est» (234- 149 av. J.-C.) ont contribué au découpage de ce qui a été une puissance méditerranéenne et un rocher sur lequel a échoué la huitième croisade dirigée par le roi de France Louis IX, qui a fini par mourir à Carthage en 1270 et canonisé par le pape Boniface VIII pour devenir Saint Louis en 1297.

 

Il s’agit d’un extrait d’une Tribune d’Elyes Kasri, ancien diplomate qui est disponible dans le mag de l’Economiste maghrébin n° 952 du 26 août au 9 septembre 2026.

L’article Elyes Kasri – Frontières africaines : du péché de Berlin au piège de l’intangibilité est apparu en premier sur Leconomiste Maghrebin.

L’économie tunisienne sous pression

05. September 2026 um 10:44

Ces derniers mois, les Tunisiens ont manifesté pour dénoncer la dégradation des conditions socio-économiques et du niveau de vie dans le pays. Pourtant, officiellement, les indicateurs de croissance économique sont à la hausse. Que se passe-t-il donc ?

Sahar Mechmech *

Au cours des dernières semaines, des manifestations ont éclaté dans toute la Tunisie pour dénoncer des coupures massives d’électricité et d’eau imposées par le gouvernement en pleine vague de chaleur, alors que les infrastructures du pays peinaient à répondre à la demande énergétique. Ces coupures surviennent dans un climat social tendu, les Tunisiens manifestant déjà contre la hausse du coût de la vie. Ainsi, le 16 mai, des centaines de Tunisiens sont descendus dans la rue pour dénoncer la répression ainsi que la détérioration des conditions socio-économiques et du niveau de vie. Pourtant, fin avril encore, le président Kais Saied vantait le succès de la politique d’autosuffisance de la Tunisie, affirmant qu’elle avait permis de réduire l’inflation et de relancer la croissance. Il n’a pas tort. Officiellement, la croissance s’est quelque peu améliorée, l’inflation a effectivement baissé et la situation de l’emploi s’est légèrement redressée. Qu’est-ce qui alimente alors la colère de la population ?

Un examen plus approfondi des perspectives et des réalités économiques intérieures de la Tunisie révèle une certaine fragilité, de fortes tensions sociales et des divisions politiques internes, exacerbées — en grande partie — par le fait que les indicateurs économiques ne se reflètent pas dans le quotidien des Tunisiens. Cette situation est toutefois nuancée par le financement croissant des partenaires internationaux qui, tantôt allège les pressions, tantôt les aggrave.

Excès d’optimisme ou triomphalisme prématuré

En 2026, le gouvernement ne propose pas de rupture avec les politiques économiques en vigueur avant le 25 juillet 2021 [date de la proclamation de l’état d’exception par Kaïs Saïed, Ndlr], caractérisées par des restrictions des dépenses publiques et des réductions d’impôts pour les entreprises et les hauts revenus. Alors que des réformes fiscales radicales en 2025 avaient amélioré la répartition de la charge fiscale et accru la contribution des entreprises, la loi de finances 2026 échoue à s’attaquer aux problèmes structurels de l’économie tunisienne. La hausse des dépenses sociales ne suffit pas à compenser l’inflation, ce qui se traduit par une réduction implicite des services sociaux.

Par ailleurs, aucune réforme structurelle profonde ne vise les acteurs en situation de monopole ou de rente qui constituent la trame de l’économie tunisienne. Depuis l’indépendance de la Tunisie dans les années 1950, ce groupe d’acteurs économiques bénéficiant de soutiens politiques a érigé un arsenal de barrières réglementaires à l’entrée dans des secteurs clés et contrôle la majeure partie du financement privé au sein de l’économie. La loi perpétue également une pratique risquée, en vigueur depuis des années, consistant à emprunter auprès de la Banque centrale à un taux d’intérêt de 0 % sans générer une croissance proportionnelle à l’endettement, ce qui menace d’alimenter l’inflation.

Malgré l’absence de réformes structurelles, le budget de l’État pour 2026 prévoit une croissance de 3,3 % sur l’année, un chiffre supérieur aux 2,1 % anticipés par le Fonds monétaire international (FMI), ce qui représente un écart significatif. Une croissance plus faible signifie moins de ressources pour l’État afin de répondre à des besoins sociaux croissants en pleine crise du coût de la vie.

Le budget table également sur un prix du pétrole avoisinant les 60 dollars le baril, une hypothèse mise à mal par la flambée des coûts de l’énergie consécutive à la guerre en Iran. Le prix a dépassé les 100 dollars le baril à plusieurs reprises cette année et s’établissait autour de 90 dollars le baril au 29 juillet.

La Tunisie reste un pays importateur d’énergie pratiquant des subventions énergétiques ; la hausse imprévue du prix du pétrole alourdira sa facture d’importation, entamant ainsi ses précieuses réserves de devises (dollars et euros) nécessaires au règlement des importations essentielles auprès de ses partenaires commerciaux. Cette hausse des prix pétroliers augmentera également les dépenses de l’État consacrées aux subventions énergétiques afin de maintenir la stabilité des prix des hydrocarbures sur le marché intérieur. La hausse des prix, supérieure aux prévisions, entraînera un creusement des déficits budgétaires, un besoin accru d’emprunt et, potentiellement, une pression croissante pour réduire les dépenses afin de remédier aux déséquilibres budgétaires.

L’inflation mondiale découlant de la guerre impliquant l’Iran menace également d’éroder les envois de fonds des Tunisiens résidant à l’étranger ; ces transferts constituent une source essentielle de devises pour les importations et représentaient 30 % des réserves en 2024. Le conflit suscite de vives inquiétudes quant à l’inflation en Europe — où vit la majeure partie de la diaspora tunisienne — ce qui pourrait entraîner une baisse de ces transferts de fonds.

Le secteur du tourisme, autre source majeure de devises, est lui aussi exposé à des risques. Malgré les assurances du gouvernement affirmant que le tourisme tunisien n’était pas affecté par le conflit régional, les premiers indicateurs font état d’un ralentissement et d’une baisse des réservations.

Les tensions sur les devises compromettent la capacité de la Tunisie à importer des produits de première nécessité — notamment des denrées alimentaires, des médicaments et de l’énergie — et pourraient provoquer des pénuries comparables à celles observées en 2023.

Les signes de telles restrictions sont déjà manifestes. En mars, la Banque centrale de Tunisie a émis de nouvelles directives visant à limiter les importations afin de préserver ses réserves limitées de dollars et d’euros. Ces directives stipulent que les importations de produits «non essentiels» — tels que les vêtements, le dentifrice et le papier toilette — doivent être réglées au comptant et non à crédit. Cette décision a été critiquée par des organisations influentes comme la Conect, qui représente les employeurs et les entreprises ; celle-ci a qualifié ces directives d’obstacle potentiel à la croissance.

De son côté, Alert, une organisation luttant contre les monopoles en Tunisie, a averti que ces mesures risquaient d’ancrer davantage les pratiques monopolistiques dans le secteur de l’import-export, les grandes entreprises disposant plus facilement de liquidités que les petites.

Ces restrictions à l’importation menacent d’aggraver les pénuries actuelles de médicaments, de denrées alimentaires et d’autres produits de première nécessité.

Fissures naissantes entre la présidence et le parlement

Parallèlement à la montée des pressions économiques, le gouvernement de Saïed fait face à des tensions politiques croissantes. L’Assemblée, qui était étroitement alignée sur Saïed à la suite des élections législatives de 2022, est de plus en plus en désaccord avec le gouvernement sur les questions économiques. En avril 2025, elle a refusé d’approuver un emprunt, invoquant le manque de clarté quant à ses retombées. Lors de l’examen de la loi de finances pour 2026, l’Assemblée a rejeté certaines propositions du ministère des Finances et en a adopté d’autres tout en émettant de vives réserves. Le ministre des Finances a même quitté une séance parlementaire après une vive altercation avec certains députés.

Lors des débats sur des contrats de concession controversés dans le domaine de l’énergie solaire, plusieurs députés ont dénoncé ces textes, les qualifiant tour à tour de dangereux, coloniaux, humiliants et contraires à la souveraineté énergétique. En réaction à cette levée de boucliers et avant le vote sur ces concessions, le président Saïed a limogé le ministre de l’Industrie, des Mines et de l’Énergie ainsi que le directeur général de l’Électricité et des Énergies renouvelables, bien que tous les contrats aient finalement été adoptés.

Plus récemment, à la suite de coupures massives d’électricité et d’eau survenues en juillet, le Parlement a tenu une séance le 27 juillet pour débattre de la situation ; les députés y ont critiqué la conjoncture ainsi que l’absence de réaction officielle du gouvernement. Ils ont également reproché au gouvernement son absence lors de cette séance, bien qu’un député ait précisé que l’Assemblée n’avait adressé aucune invitation ou convocation officielle au gouvernement pour y participer.

Ces tensions ne doivent pas être interprétées comme une rupture franche avec Kaïs Saïed. L’Assemblée continue de donner la priorité à bon nombre de ses réformes clés — celles qu’il qualifie de «révolution législative» et qui ont profondément restructuré l’arsenal juridique tunisien — et de les adopter. Il convient plutôt de voir dans ces tensions une tentative de l’Assemblée de se démarquer quelque peu de Saïed, dont le bilan économique est jugé insuffisant, alors même que la Tunisie se dirige vers les élections législatives de 2027.

Ces tensions dépassent le cadre politique pour s’étendre à l’espace civique dans son ensemble.

Les boucs émissaires, anciens comme nouveaux

Face à la montée des tensions économiques et politiques, le gouvernement tente de reproduire la stratégie qu’il a appliquée avec succès en 2023 : désigner des boucs émissaires.

Saïed continue d’évoquer de mystérieux saboteurs sans jamais les nommer. Il persiste à sacrifier des membres de son gouvernement pour apaiser la colère populaire, comme en témoigne le limogeage d’un ministre mentionné plus haut. Ses partisans — qu’ils siègent à L’Assemblée, soient présents sur le terrain ou actifs sur les réseaux sociaux — continuent de présenter les migrants subsahariens en situation irrégulière comme un fardeau pour les ressources économiques et une menace pour la sécurité nationale. Le conflit qui l’oppose depuis des années à la principale centrale syndicale du pays, l’Union générale tunisienne du travail (UGTT), s’est intensifié au cours de l’année écoulée. Parallèlement, la répression à l’encontre de la société civile — dont les acteurs sont perçus par Saïed comme des agents de l’ingérence étrangère — s’est accentuée ces derniers mois : les autorités suspendent des organisations, engagent des poursuites pour obtenir leur dissolution définitive et emprisonnent militants, journalistes, magistrats et même des députés dissidents.

La vague d’enquêtes pénales la plus récente vise des fonctionnaires chargés du dossier de l’électricité. Cette initiative, couplée aux déclarations du président qualifiant ces coupures d’«événements inhabituels» et affirmant que «l’État ne restera pas les bras croisés face à quiconque cherche à harceler les citoyens et à attiser les tensions», semble viser à présenter ces perturbations majeures comme le fruit d’un complot contre le pays.

Cette interprétation contredit les déclarations du syndicat de la Société tunisienne de l’électricité et du gaz (Steg), qui attribue les coupures à une hausse de la demande dépassant les capacités de production lors de la récente vague de chaleur. Le défi de répondre à la demande en électricité est aggravé par le manque d’investissements dans la production, la dernière grande centrale électrique ayant été inaugurée en 2019.

Pour expliquer ce déficit d’investissement, certains experts pointent du doigt l’insuffisance des ressources allouées par l’État, le non-paiement intégral par le gouvernement et les entreprises publiques de leurs dettes envers la Steg pour leur consommation d’électricité, ainsi que le défaut de paiement par le gouvernement des subventions universelles à l’électricité accordées aux citoyens.

Tout comme en 2023, cette répression vise à détourner l’attention des problèmes économiques chroniques et à vider l’espace politique et civique de toute opposition, laissant Saïed comme seul arbitre des décisions en Tunisie et unique interlocuteur pour les partenaires internationaux du pays.

La diplomatie tunisienne en quête d’alliances internationales

En contraste avec les divisions internes, la Tunisie intensifie sa coopération et ses emprunts financiers auprès de plusieurs partenaires internationaux.

À l’échelle régionale, la Tunisie poursuit son rapprochement avec l’Algérie, ayant signé fin 2025 plus de vingt accords de coopération dans des domaines variés, dont un accord controversé de coopération militaire. Récemment, lors d’une interview, le président algérien a tenu des propos fermes liant la sécurité des deux pays et réaffirmant l’engagement de l’Algérie à défendre la Tunisie contre le terrorisme.

Les relations avec la Libye semblent également s’être intensifiées, marquées par une rencontre de haut niveau entre le Premier ministre tunisien et le président du Parlement libyen, la signature d’un nouveau protocole d’accord sur la coopération en matière de marché du travail, ainsi que l’annonce de projets concernant une nouvelle liaison maritime et la gestion partagée d’une nappe phréatique commune.

Ces initiatives témoignent de la volonté de la Tunisie de s’affirmer comme un partenaire actif en Afrique du Nord, s’assurant ainsi un accès privilégié aux ressources énergétiques de ses deux voisins riches en hydrocarbures.

La Tunisie a par ailleurs renforcé ses liens avec ses partenaires de l’autre rive de la Méditerranée ainsi qu’avec les institutions financières internationales. Cela s’est traduit par l’octroi de nouveaux prêts — notamment de la part de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (Berd), de la Banque européenne d’investissement (BEI), de la Banque mondiale (BM) et de la Banque africaine de développement (BAD)— par le renforcement des accords euro-tunisiens et par la mise à jour de la coopération migratoire avec l’Italie.

Une grande partie de ces financements vise à stabiliser le pays et à réduire la migration irrégulière, la Tunisie étant à la fois un pays d’origine et un pays de transit.

Toutefois, les retombées des récentes concessions dans le secteur de l’énergie solaire démontrent clairement que, sans adhésion de l’opinion publique, les financements internationaux risquent de susciter une levée de boucliers et de ne pas apporter de réponse aux tensions sociales et politiques.

Dans le domaine des énergies renouvelables, et bien que celles-ci soient indispensables à la sécurité énergétique du pays, la population a le sentiment que le gouvernement et le parlement offrent des contrats avantageux à des investisseurs étrangers et mettent en place un câble sous-marin pour exporter de l’électricité vers l’Italie, alors même que les entreprises tunisiennes peinent à opérer dans un contexte difficile et que le pays subit des coupures de courant à répétition.

Sortir de la crise pour aller vers la prospérité

Malgré l’intensification du soutien financier international, le statu quo politique et social en Tunisie demeure extrêmement fragile.

Le soutien extérieur ne suffira pas, à lui seul, à stabiliser l’économie tunisienne ou à apaiser la colère sociale.

Sur le plan intérieur, il est nécessaire de faire preuve de plus de sérieux pour identifier et démanteler les structures qui entravent la concurrence et perpétuent les monopoles, notamment les coûts élevés des prêts à l’investissement ainsi que les barrières administratives complexes et changeantes qui freinent la création et la gestion d’entreprises. Ces mesures permettraient aux petites et moyennes entreprises — véritables moteurs d’une croissance économique durable — de mieux accéder aux opportunités commerciales et aux financements.

Le gouvernement doit également rétablir sa crédibilité auprès de la population en investissant judicieusement dans les infrastructures et les dépenses sociales afin de répondre aux besoins des citoyens. Enfin, il doit mettre un terme à toutes les pratiques répressives contre-productives qui n’ont fait qu’attiser la colère et le sentiment de dépossession au sein de la population.

De leur côté, les alliés internationaux de la Tunisie doivent réorienter le financement pour s’attaquer aux causes profondes de la migration irrégulière : les problèmes structurels du pays et l’insuffisance des dépenses sociales. Les initiatives de coopération économique, y compris dans le secteur de l’énergie, doivent susciter l’adhésion du public en faisant preuve d’une plus grande transparence concernant la propriété des projets, les tarifs, les créations d’emplois prévues, les recettes publiques et l’impact environnemental. En l’absence de transparence et de redevabilité, les risques de rejet et de tensions continueront de s’accumuler.

Le soutien extérieur ne suffira pas, à lui seul, à stabiliser l’économie tunisienne ou à apaiser la colère sociale. Seules des réformes structurelles profondes, un nouveau contrat social et un retour à un contexte démocratique et ouvert permettront d’apaiser la colère sociale actuelle et de bâtir une économie stable, durable et inclusive, capable de répondre aux besoins fondamentaux de la population.

Traduit de l’anglais.

* Responsable du programme «Économies inclusives» au sein de Tahrir institute for Middle East Policy. (Timep).

L’article L’économie tunisienne sous pression est apparu en premier sur Kapitalis.

Les pertes des Etats-Unis lors de la guerre en Iran

05. September 2026 um 09:58

Selon plusieurs responsables américains au fait du dossier, les États-Unis auraient perdu au moins 25% de leur flotte de drones MQ-9 Reaper, des engins qui coûtent entre 30 et 50 millions de dollars. Une perte colossale qui s’élève à plus de 1,3 milliard de dollars pour ce seul système d’armes. 

Habib Glenza

Le drone Reaper est principalement utilisé pour la surveillance ainsi que les frappes ciblées. Selon l’armée américaine, son coût varie entre 30 et 50 millions de dollars selon le type de capteur et d’armements embarqués.

Ces engins ont été largement utilisés dans le détroit d’Ormuz. Néanmoins, ces appareils volent lentement et souvent à basse altitude. Ces contraintes en font des cibles relativement faciles pour l’armée iranienne et ses alliés régionaux au Yémen et en Irak.

Un responsable américain, sous couvert d’anonymat, a indiqué que tous les drones Reaper disparus n’avaient pas été abattus. Un certain nombre se sont écrasés après une rupture de liaison de communication entre leurs opérateurs et ces derniers.

De nombreuses armes comme le Reaper ont été mises à mal par la guerre en Iran et par des années de soutien militaire américain à l’Ukraine dans son conflit avec la Russie.

Un stock considérablement épuisé 

Durant le premier mois de la campagne contre l’Iran, les forces américaines ont tiré plus de 850 missiles de croisière Tomahawk et plus de 1.000 missiles Patriot et Thaad (Terminal High Altitude Area Defense), réduisant considérablement les stocks d’une capacité de frappe à longue portée essentielle et des systèmes de défense aérienne les plus demandés par l’armée, comme l’a rapporté le Washington Post.

Alors que les tensions avec Téhéran restent vives, ces pénuries ont limité les options militaires du président Donald Trump. Certains commandants américains ont été contraints de modifier leurs tactiques défensives et de conserver des missiles en réserve.

Le Pentagone a de son côté démenti les informations selon lesquelles ses stocks d’armes seraient épuisés. L’administration du président américain a demandé au Congrès des dizaines de milliards de dollars de financement pour compenser les coûts engendrés par la guerre en Iran et reconstituer les stocks. 

Avant le début du conflit, l’armée comptait 185 drones Reaper selon les données budgétaires publiques et les différentes armées. Ces appareils opèrent principalement dans la zone Asie-Pacifique. 

En mai, le lieutenant-général David Tabor, un officier supérieur de l’armée de l’air au Pentagone, s’est dit préoccupé, indiquant que le nombre de drones restant était tombé à environ 135.

L’article Les pertes des Etats-Unis lors de la guerre en Iran est apparu en premier sur Kapitalis.

Eau : et si la vraie crise n’était pas le manque, mais les choix invisibles ?

05. September 2026 um 09:44

Alors que le remplissage des barrages oscille entre 50 et 60% à l’été 2026, des millions de Tunisiens subissent toujours coupures et pénuries. Derrière les chiffres, ce sont bien des choix politiques et sociaux qui décident qui aura de l’eau, à quel prix et avec quelle qualité. Il faut dire que le débat sur l’eau reste prisonnier d’une logique comptable : « Combien en avons-nous ? Combien en consommons-nous ? »

Le pays vit un stress hydrique structurel, avec des précipitations irrégulières, des barrages aux niveaux fluctuants et une demande en hausse portée par la démographie, le tourisme et certaines filières agricoles. Réduire la crise à un simple déséquilibre offre-demande, c’est occulter l’essentiel : qui décide, qui paie, qui contrôle. Enquête sur les choix invisibles qui engagent la justice sociale, la cohésion territoriale des 37 barrages, mais qui décide où va l’eau.

La Tunisie compte aujourd’hui 37 barrages en exploitation, sachant qu’il y a six nouveaux barrages en cours de construction pour renforcer le réseau. À l’été 2026, le taux de remplissage national oscille entre 50 et 60%, après être passé d’environ 19,6% en décembre 2024 à plus de 60-67 % au printemps 2026, grâce à une saison pluviométrique favorable.

Pourtant, ce pourcentage masque de fortes disparités : les barrages du Nord ont atteint près de 78% de remplissage, tandis que ceux du centre ne dépassaient pas 9 à 13%, certains comme Nebhana étant « quasiment à sec ». Les barrages de Douimis et Mellègue supérieur devraient ajouter environ 245 millions de m³ de capacité de stockage une fois pleinement opérationnels, mais avec des retards de près de deux ans sur certains chantiers majeurs.

Derrière ces chiffres se posent des questions : comment sont pris les arbitrages entre cultures d’export (dattes, agrumes, huile d’olive) et sécurité alimentaire locale, entre grands investisseurs et petits exploitants du Centre-Ouest et du Sud-Ouest ? L’agriculture capte la majeure partie de l’eau mobilisée, loin devant l’eau potable, le tourisme et l’industrie, mais la répartition exacte reste un angle mort du débat public.

32% de pertes : qui paie le vrai prix de l’eau ?

Les pertes d’eau potable dans les réseaux de distribution de la Sonede sont estimées entre 20 et 40% selon les régions, avec un taux moyen national souvent cité autour de 32,5%. En volume, cela représente entre 120 et 160 millions de m³ perdus chaque année avant d’atteindre le consommateur, dont 95,3 millions de m³ pour le seul réseau de distribution, selon les données de la Sonede.

Le réseau de la Sonede s’étend sur environ 59 000 km de canalisations, dont une part importante a plus de cinquante ans, ce qui explique en grande partie le niveau élevé des pertes. Durant l’été 2026, les installations de la Sonede ont fonctionné entre 115 et 120% de leur capacité d’exploitation, sous l’effet d’une forte hausse de la consommation, des délestages électriques et de la vétusté des infrastructures…

En 2025, les ménages ont dépensé environ 790 millions de dinars en eau embouteillée, en réaction aux coupures et à la perte de confiance dans l’eau du robinet.

Qui subit les coupures et la mauvaise qualité ?

L’évaporation sur les barrages représente jusqu’à 750 000 m³ d’eau perdus chaque jour en période de forte chaleur, selon les estimations d’experts, accentuant la pression sur les régions déjà sous tension. Les citoyens disposent de peu de mécanismes effectifs pour contester une facture, signaler une coupure prolongée ou exiger des explications sur la qualité de l’eau distribuée.

Rappelons que la consommation totale d’eau potable (milieu urbain et rural) avoisine 820 millions de m³ par an, avec un taux de croissance de la demande d’environ 18,5% sur les cinq dernières années, ce qui rend ces inégalités encore plus insupportables.

Transparence, emplois, innovation : quel avenir hydrique ?

Les données sur les barrages, la production, les pertes et les tarifs existent, mais leur accessibilité et leur lisibilité pour le citoyen restent limitées. Le ministère de l’Agriculture, des Ressources hydrauliques et de la Pêche maritime a lancé une plateforme numérique pour les autorisations de forage et teste des solutions comme les films anti-évaporation sur certains barrages, mais une vraie transparence exigerait la publication en open data de jeux de données complets et actualisés.

Une chose est sûre : sans réforme de gouvernance, les nouveaux barrages risquent de reproduire les mêmes déséquilibres : plus d’infrastructures, mais toujours les mêmes inégalités d’accès, de qualité et de coût.

En somme, la question de l’eau ne se résume pas à un problème de pluie ou de barrages. Elle renvoie à des choix de société : quel modèle agricole, quel aménagement du territoire, quelle justice sociale ? La vraie question n’est pas « combien » d’eau nous avons, mais « comment » nous décidons de la partager, de la financer et de la contrôler.

Graphique généré par l’IA

L’article Eau : et si la vraie crise n’était pas le manque, mais les choix invisibles ? est apparu en premier sur Leconomiste Maghrebin.

TRIBUNE – De Beijing à nos classes : la Tunisie peut-elle enfin exécuter ce qu’elle signe ?

05. September 2026 um 09:00

Dans la continuité de notre analyse sur la gouvernance macroéconomique du capital humain en Tunisie et les impératifs du Conseil supérieur de l’éducation, la question de la mise en œuvre se pose désormais avec une acuité redoublée.

Du 17 au 22 août 2026, le ministre de l’Éducation était à Beijing, en Chine. A cet effet, il a participé au Global Smart Education Conference, visité des établissements d’enseignement d’avant-garde et signé des accords avec des géants technologiques dont Huawei. Au moment où ces lignes sont écrites, le ministre est de retour en Tunisie. Les protocoles sont paraphés. Les photos ont été prises. Mais la vraie question commence maintenant : que va-t-il se passer dans nos classes ?

 

Du diagnostic à l’institutionnalisation : en finir avec onze ans d’immobilisme

Le pays n’attend plus de constats. Comme le rappelait récemment l’Association tunisienne des parents et des élèves, la priorité absolue que l’on est en droit d’attendre des instances décisionnelles n’est pas un énième rapport d’intention, mais l’institutionnalisation effective de la réforme et la refonte d’un cadre juridique hérité qui s’essouffle. L’école publique tunisienne souffre d’un mal profond : elle a cessé d’être ce garant universel de la gratuité, de l’équité et de l’égalité des chances.

Pendant que les ministères s’enlisent dans des cycles de réformes proclamées depuis plus de onze ans sans qu’aucun progrès mesurable ne soit enregistré – laissant l’édifice figé dans son immobilisme -, la mise en œuvre se heurte toujours au même mur.

La Chine, elle, a mis trente ans à construire ce que le ministre a visité en cinq jours. Elle a commencé par former ses enseignants avant d’acheter des tableaux numériques. Elle a conçu ses propres contenus pédagogiques avant d’installer des applications. Elle a produit ses propres données sur les apprentissages avant d’alimenter ses algorithmes.

Ce n’est pas un hasard si la Chine est aujourd’hui le premier pays au monde en nombre d’élèves utilisant des outils d’intelligence artificielle dans leur apprentissage quotidien. C’est le résultat d’une décision prise il y a une génération : traiter l’éducation non pas comme un service administratif à gérer, mais comme un investissement stratégique à piloter par les résultats. La Tunisie, de son côté, accumule les protocoles internationaux. Le problème n’est pas l’absence de partenaires — c’est l’absence de capacité à transformer les signatures en réalités de terrain.

 

L’intelligence artificielle dans nos écoles – de quoi parle-t-on vraiment ?

Quand on parle d’intelligence artificielle dans l’éducation, on ne parle pas de robots dans les classes. On parle d’outils concrets et accessibles : un programme informatique qui détecte qu’un élève en difficulté a besoin d’exercices adaptés à son niveau, plutôt que de le laisser décrocher en silence ; un système qui aide un enseignant surchargé à identifier les lacunes de sa classe sans qu’il ait à tout corriger manuellement chaque soir.

Ces outils existent. Ils fonctionnent. Ils sont utilisés au Maroc, en Égypte, en Arabie Saoudite et — massivement — en Chine. Ce qu’ils exigent n’est pas un budget faramineux, mais trois exigences fondamentales : des enseignants formés à la pédagogie numérique, des connexions internet stables dans les établissements et une organisation administrative capable de déployer et d’auditer leur impact.

Sur ces terrains, le chemin reste long. Moins de 30 % des établissements publics disposent d’une connexion internet stable. La formation continue représente une portion congrue du budget et les indicateurs de suivi des apprentissages restent largement collectés à la main, sans centralisation analytique.

 

Le vrai problème : nous excellons à planifier, nous peinons à livrer

La Tunisie n’a pas besoin d’un nouveau rapport. Elle a besoin d’une chose simple et difficile à la fois : exécuter ce qu’elle a déjà décidé en partant des fondamentaux du cycle primaire et en articulant une vision continue.

Cette incapacité chronique à transformer les décisions en réalisations, c’est ce qu’appelle notre cadre d’analyse la dette d’exécution. Elle n’apparaît dans aucun budget, mais son coût est mesurable : chaque année de retard est une cohorte d’élèves qui arrive sur le marché avec des compétences inadaptées.

Le Conseil supérieur de l’éducation et les directions régionales doivent aujourd’hui répondre à une exigence de calendrier : quel est le plan concret, assorti de responsables nommés et de jalons temporels stricts, pour que les accords signés à Beijing produisent un changement observable dans une classe de Médenine ou de Jendouba d’ici 2027 ?

 

Ce que le partenariat avec Huawei doit – et ne doit pas – être

Huawei est un fournisseur de technologie, pas un réformateur de système éducatif. Un partenariat technologique peut fournir des équipements et des plateformes, mais il ne peut pas, à lui seul, former les maîtres à la pédagogie différenciée ni insuffler une culture de la performance.

Le risque, si l’on n’y prend garde, est le « vernis numérique » : des tablettes et des tableaux interactifs installés dans des classes où les enseignants n’ont pas été préparés, pour un coût public élevé qui ne change rien à la substance des apprentissages.

 

La vraie mesure du succès

Dans dix-huit mois, le succès de la visite ministérielle ne se mesurera pas au nombre de protocoles paraphés. Il se mesurera à des faits : combien d’élèves bénéficient d’un apprentissage adaptatif ? Combien d’enseignants ont reçu une formation réelle ?

Ce sont ces indicateurs d’exécution qui diront si Beijing fut un tournant ou une escale de plus dans la longue liste des voyages officiels sans lendemain.

Le matériel vient de Chine. L’exécution, elle, doit venir de nous.

 

————————————————–

Les analyses et propos contenus dans cette tribune n’engagent que l’auteur.

 

L’article TRIBUNE – De Beijing à nos classes : la Tunisie peut-elle enfin exécuter ce qu’elle signe ? est apparu en premier sur Leconomiste Maghrebin.

Devises : 11,66 milliards de dinars grâce aux TRE et au tourisme

04. September 2026 um 15:28

Les rentrées de devises générées par les Tunisiens vivant hors du pays et le secteur touristique ont franchi un nouveau seuil à fin août, soutenues par une hausse annuelle de plus de 5 %. Les premiers conservent une longueur d’avance sur les seconds, tant en volume qu’en rythme de croissance.

Les avoirs en devises accumulés grâce aux transferts des Tunisiens résidant à l’étranger (TRE) et aux recettes touristiques ont totalisé 11,66 milliards de dinars au 31 août 2026, selon les indicateurs monétaires et financiers publiés le 3 septembre par la Banque centrale de Tunisie (BCT).

Arrêté à la fin du huitième mois de l’année, ce montant marque une progression de 568,9 millions de dinars par rapport à la même période de 2025, soit une hausse relative de 5,13 %. Ces deux postes demeurant ainsi les principaux pourvoyeurs de liquidités étrangères pour le pays.

À eux seuls, les revenus du travail cumulés en espèces ont atteint 6,14 milliards de dinars à la date du 31 août dernier, contre 5,83 milliards un an plus tôt. La hausse enregistrée sur cette base annuelle s’élève à 307,9 millions de dinars, correspondant à une augmentation de 5,28 %. Ce rythme est légèrement plus dynamique que celui des rentrées touristiques. Ces dernières se sont établies à 5,52 milliards de dinars sur la même période, en progression de 261 millions de dinars (+4,96 %) par rapport au cumul observé au 31 août 2025, qui était alors de 5,26 milliards.

Les fonds envoyés par les Tunisiens établis à l’étranger continuent donc de constituer la principale source de devises parmi les deux catégories. Ils pèsent pour 52,65 % du total, tandis que les recettes touristiques en représentent 47,35 %. L’écart en valeur absolue entre ces deux flux atteint 618,9 millions de dinars en faveur des transferts des TRE.

À titre de comparaison, sur l’ensemble de l’exercice 2025, les transferts des Tunisiens résidant à l’étranger et des recettes touristiques s’étaient élevés à 16,86 milliards de dinars, contre 15,86 milliards en 2024. Cette évolution sur un an représentait alors un gain de 996,2 millions de dinars, soit une hausse de 6,28 %

L’article Devises : 11,66 milliards de dinars grâce aux TRE et au tourisme est apparu en premier sur Leconomiste Maghrebin.

Pourquoi les relations se sont-elles détériorées entre Londres et Tel Aviv ?

04. September 2026 um 12:46

La Grande-Bretagne est sans aucun doute le géniteur d’Israël. Sans la sinistrement célèbre Déclaration Balfour qui a permis au mouvement sioniste de prendre pied en Palestine durant le mandat britannique, la création de l’État d’Israël n’aurait pas été possible en 1948. Pendant des décennies, il y a eu des hauts et des bas mais Londres est toujours resté un des principaux alliés d’Israël. Aujourd’hui avec le génocide à Gaza et la folie des colons en Cisjordanie, les relations se sont détériorées. De plus, la reconnaissance par le gouvernement travailliste de la Palestine en tant qu’État a fortement agacé Benjamin Netanyahu. Ce dernier ne manque plus une occasion pour attaquer la Grande-Bretagne.

Imed Bahri

Quelles sont les raisons de la détérioration des relations anglo-israéliennes, qui ont atteint leur point le plus bas depuis des décennies ?, se sont interrogés Neri Zilber et Jim Pickard dans le Financial Times. Le gouvernement du Premier ministre Andy Burnham pourrait même annoncer des sanctions en réponse à l’expansion illégale des colonies en Cisjordanie.

Netanyahu qualifie la Grande-Bretagne de «république islamique»

De plus, les propos de Netanyahu tenus dans un podcast de l’armée israélienne le mois dernier où il est allé jusqu’à qualifier la Grande-Bretagne de «première république islamique dotée de l’arme nucléaire», ont fortement déplu aux Britanniques. Downing Street a condamné ces propos, les qualifiant d’«inacceptables» et a déclaré que le gouvernement avait officiellement soulevé la question auprès d’Israël.

Les provocations ne se sont pas arrêtées là. Le fils de Netanyahu, Yaïr, a déclaré que les îles Malouines appartiennent à l’Argentine.

Ses propos témoignent d’une dégradation des relations bilatérales, conséquence de la guerre dévastatrice menée par Israël contre Gaza et exacerbée par les violences des colons et les projets du gouvernement d’étendre la construction de colonies illégales en Cisjordanie. Les analystes préviennent que les relations entre les deux alliés n’ont jamais été aussi mauvaises et devraient encore se détériorer. Un ancien responsable israélien, fin connaisseur des relations anglo-israéliennes, a déclaré : «La situation pourrait s’aggraver et personne ne pourra enrayer la dégradation». Le journal britannique ajoute qu’aucun dialogue n’a eu lieu entre les deux gouvernements depuis plus d’un an.

Netanyahu est confronté à des élections en octobre, tandis que Burnham tente de reconquérir les électeurs propalestiniens qui ont quitté le Parti travailliste pour le Parti vert. De ce fait, ni Netanyahu ni Burnham n’ont intérêt à faire des compromis.

Le FT indique que cette situation menace de compromettre les progrès réalisés ces dernières années en matière de renforcement des liens de renseignement et de défense, ainsi que le commerce bilatéral, qui atteint désormais 6,2 milliards de livres sterling par an.

Malgré la détérioration actuelle, les fluctuations des relations entre la Grande-Bretagne et Israël ne sont pas un phénomène nouveau. En témoignent la Déclaration Balfour de 1917, qui approuvait l’établissement d’un foyer national juif en Palestine et les violences perpétrées par la suite par des mouvements juifs extrémistes contre le mandat britannique dans les années 1940.

Après la participation de la Grande-Bretagne, aux côtés de la France et d’Israël, à l’agression tripartite de 1956 contre l’Égypte, les désaccords entre les deux alliés ont ressurgi au sujet du Liban et de la Cisjordanie.

En 1982, la Première ministre Margaret Thatcher a imposé un embargo de facto sur les armes à Israël en réponse à son invasion du Liban. L’ancienne Première ministre britannique aurait déclaré : «Je n’ai jamais eu affaire à un homme aussi dur», en parlant du Premier ministre israélien de l’époque, Menahem Begin.

Sir Malcolm Rifkind, ancien ministre des Affaires étrangères conservateur, a déclaré : «Globalement, les relations anglo-israéliennes ont toujours été étroites et constructives mais la Grande-Bretagne a parfois exprimé sa frustration face au gouvernement israélien et à sa politique, notamment en Cisjordanie. Cependant, lorsqu’Israël est attaqué par le Hamas ou le Hezbollah, le gouvernement britannique le soutient toujours».

La Grande-Bretagne a invoqué le droit d’Israël à la légitime défense suite à l’opération Déluge d’Al Aqsa le 7 octobre 2023 mais face à l’escalade de la riposte israélienne à Gaza, qui a dévasté le territoire, fait des dizaines de milliers de morts et engendré une catastrophe humanitaire, Londres a critiqué de plus en plus l’attitude israélienne dans ce conflit.

Des responsables britanniques, actuels et anciens, soulignent également le rôle joué par les forces britanniques pour protéger Israël des tirs répétés de roquettes et de drones iraniens en 2024.

La reconnaissance d’un État palestinien par Londres fâche Tel Aviv

Cependant, le prédécesseur de Burnham, Keir Starmer, a essuyé des critiques concernant la politique de son gouvernement à l’égard de Gaza, en particulier de la part de l’aile gauche de son parti.

Finalement, l’ancien Premier ministre a fait volte-face, suspendant certaines licences d’exportation d’armes vers Israël, interrompant les négociations sur un nouvel accord de libre-échange, imposant des sanctions à des ministres israéliens et reconnaissant un État palestinien.

Le nouveau ministre britannique des Affaires étrangères, Ed Miliband, député juif, a critiqué le gouvernement de Netanyahu et le projet E1, qui prévoit la construction d’environ 3 000 logements dans une zone traversant la Cisjordanie.

Mardi, M. Miliband a déclaré à la Chambre des communes : «La Grande-Bretagne n’acceptera pas que la solution à deux États soit compromise et nous agirons. J’annoncerai un ensemble complet de mesures dans les semaines à venir».

Israël envisage d’expulser des responsables britanniques, dont un amiral, du centre de coordination dirigé par les États-Unis pour la bande de Gaza, suite à la guerre, en réponse à d’éventuelles nouvelles sanctions que pourrait annoncer le Premier ministre Burnham. Signe de la détérioration des relations avec la plupart des pays européens, Israël a expulsé les représentants de l’Espagne et des Pays-Bas cette année et pourrait également cibler les représentants allemand et italien, selon que leurs capitales adoptent ou non une position aussi intransigeante que celle de Londres.

Interrogé la semaine dernière sur la possibilité d’exclure le Royaume-Uni et d’autres pays du centre de coordination de Gaza, un responsable israélien a déclaré sans ambages : «Israël entretient de bonnes relations avec l’Allemagne et l’Italie», sans mentionner le Royaume-Uni. Il revient désormais à Burnham de décider s’il convient d’imposer des sanctions.

Le FT rapporte qu’un embargo commercial sur les colonies est populaire auprès de l’opinion publique britannique : 50% y sont favorables et seulement 16% s’y opposent, tandis que le reste est indécis, selon un sondage YouGov.

Cependant, imposer des sanctions générales risque d’entraîner un boycott de facto du commerce avec Israël et pourrait également constituer une violation des lois américaines interdisant le boycott d’Israël, selon plusieurs sources proches du dossier.

De telles mesures pourraient profiter à Netanyahu avant les élections du 27 octobre, pour lesquelles les sondages indiquent une probable défaite, lui permettant ainsi d’attiser davantage les tensions parmi les électeurs israéliens.

Le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Sa’ar, a déclaré mardi dans une interview que les sanctions britanniques constitueraient une «ingérence dans la campagne électorale israélienne et pourraient se retourner contre eux», promettant une riposte israélienne similaire à toute action britannique.

Un ancien responsable israélien a ajouté que d’autres gouvernements, notamment en Europe, sont exaspérés par Netanyahu et attendent tous l’issue des élections.

Toute sanction pourrait prendre des mois à se frayer un chemin à travers la bureaucratie britannique, retardant potentiellement sa mise en œuvre jusqu’après les élections israéliennes. Cependant, les analystes et les experts des relations anglo-israéliennes ont averti que la crise est bien réelle et pourrait prendre du temps à se résoudre, quel que soit le prochain gouvernement israélien.

Un connaisseur des relations bilatérales a déclaré : «Les relations entre les deux alliés semblent avoir touché le fond». Il a ajouté que rétablir ces relations exigerait un long cheminement de part et d’autre.

Lors de sa campagne pour la direction du Parti travailliste en 2015, Burnham avait promis que son premier voyage à l’étranger en tant que chef du parti serait en Israël. À l’époque, Burnham avait perdu face à Jeremy Corbyn. Cet échec en 2015 l’avait conduit à quitter la politique nationale pour se tourner vers la politique locale, devenant plus tard maire du Grand Manchester avant de revenir au premier plan national.

Cette année, en prenant la tête du parti travailliste et en devenant Premier ministre, il a adopté une position très différente, présentant ses excuses pour le manque de critiques du Parti travailliste concernant l’offensive israélienne à Gaza mais aussi n’annonçant aucune visite officielle en Israël et n’envisageant pas d’en faire une dans un avenir proche.

L’article Pourquoi les relations se sont-elles détériorées entre Londres et Tel Aviv ? est apparu en premier sur Kapitalis.

Entreprises publiques : Sarra Zaafrani Zenzri veut changer de logiciel de gouvernance, mais…

04. September 2026 um 12:00

La réforme des entreprises publiques revient au cœur de l’agenda gouvernemental. Avec une nouvelle circulaire datée du 28 août 2026, la cheffe du gouvernement, Sarra Zaafrani Zenzri, appelle à une refonte structurelle de leur gouvernance. Avec pour objectif de : restaurer les équilibres financiers, améliorer la performance et réduire la dépendance à l’argent public. Une ambition nécessaire, mais dont la concrétisation soulève déjà une question essentielle : pourquoi les mêmes recettes n’ont-elles pas, jusqu’ici, produit les résultats escomptés ?

La circulaire fixe six grands axes : l’amélioration de l’exploitation et des équilibres financiers; la gestion des ressources humaines; la valorisation du patrimoine; la modernisation de l’organisation; la digitalisation et la transparence financière; ainsi que le  renforcement des mécanismes de gouvernance et de contrôle. Les plans stratégiques devront désormais être assortis d’objectifs et d’indicateurs de performance mesurables.

Sur le papier, difficile de contester ces orientations. Les entreprises publiques ont besoin de modernisation, de transparence et de responsabilisation. Mais le problème de la Tunisie n’est plus celui du diagnostic. Car, depuis des années, les rapports, programmes et annonces de réforme identifient les mêmes dysfonctionnements : déficits, sureffectifs dans certains cas, retards d’investissement, faiblesse de la gouvernance et dépendance au soutien de l’État.

Le véritable enjeu est donc ailleurs : qui sera réellement responsable des résultats ? Le gouvernement annonce une responsabilisation accrue des dirigeants en cas de manquements ou de retards injustifiés. C’est probablement l’un des points les plus importants de la réforme. Encore faut-il que cette responsabilité ne reste pas un principe administratif supplémentaire. Elle devra s’accompagner de critères transparents de nomination, d’objectifs contractualisés et d’une évaluation régulière des performances.

 

Lire aussi : Tribune – Dialogue social et refondation économique : le défi de l’ingénierie d’exécution

 

Autre ambition : renforcer l’autofinancement et diversifier les sources de financement, en orientant les ressources vers les investissements à impact économique et social direct. Là encore, l’objectif est pertinent. Mais demander davantage d’autofinancement à des entreprises déjà structurellement déficitaires sans traiter les causes profondes de leurs difficultés risque de transformer une contrainte financière en simple injonction comptable.

La réforme pose également la question du rôle des ministères de tutelle. La circulaire leur demande davantage de suivi et de contrôle. Mais renforcer le contrôle administratif ne garantit pas automatiquement une meilleure gouvernance. Si la multiplication des validations et des procédures ralentit encore la prise de décision, la réforme pourrait paradoxalement produire davantage de bureaucratie au lieu de l’efficacité recherchée.

La digitalisation constitue, à cet égard, une opportunité réelle, notamment pour améliorer la traçabilité et accélérer les procédures. Mais elle ne pourra être efficace sans transformation parallèle des méthodes de travail et des responsabilités.

Lire également : Tunisie : Kaïs Saïed n’est pas satisfait de l’exécution de projets autoroutiers

 

Au fond, la Tunisie ne manque ni de constats ni de plans. Elle manque surtout d’une exécution durable, mesurable et politiquement assumée.

La nouvelle réforme sera donc jugée non pas au nombre de circulaires publiées, mais à sa capacité à faire évoluer concrètement les performances des entreprises publiques, à réduire les déficits et, surtout, à améliorer la qualité des services rendus aux citoyens. Le vrai test commence maintenant : passer des bonnes intentions à l’obligation de résultats.

Alors, Mme Zaafrani réussira-t-elle à faire évoluer la situation des entreprises et établissements publics, là où ses prédécesseurs ont tous échoué ? Rien n’est moins sûr. Mais qui sait!

Wait and see, comme diraient les Anglo-saxons.

L’article Entreprises publiques : Sarra Zaafrani Zenzri veut changer de logiciel de gouvernance, mais… est apparu en premier sur Leconomiste Maghrebin.

Tendre pensée pour «mes» enfants de Kasserine 

04. September 2026 um 08:15

Pour les enfants de Kasserine, malmenés par la vie et ignorés par les faiseurs de pluies et de beau temps, qui grandiront avec dans le cœur l’amertume et la colère de ceux qui n’ont plus rien à perdre.

Olfa Rhymy Abdelwahed *

J’ai passé le plus clair de ma vie à observer mes élèves. A jauger leurs regards. A essayer de sonder leurs âmes et comprendre ce qui s’y planque, dans un souci de les protéger, d’abord, et de les accompagner ensuite. Et j’ai cette tendresse spéciale pour mes élèves de bac maths que j’ai eu la chance d’enseigner l’année dernière aussi. Des élèves sérieux, studieux, silencieux. Un silence qui relève de la concentration plus que de la tristesse. Des élèves réservés et timides à qui je dis toujours que l’élément le plus turbulent de leur classe c’est la prof. J’arrive parfois à arracher un sourire. Je leur sors alors mon ultime blague-dicton : «Et Dieu dans sa colère pour punir les humains, créa les mathématiciens».

La maman remplace parfois l’enseignante

J’ai aussi cette habitude ou réflexe de regarder dans leurs trousses en faisant semblant de chercher un stylo. C’est malhonnête, je sais. Mais la maman surgit des fois en plein cours pour remplacer l’enseignante. Je n’ai jamais rien trouvé que des crayons.

Un jour, pendant que j’expliquais la leçon, j’ai remarqué que mes élèves faisaient passer un sac gonflé vers leurs camarades du fond de la classe. J’ai demandé avec fermeté de me dire ce qu’il y avait dans ce sac qui était tellement précieux jusqu’à les faire sortir de leur application naturelle. L’un d’eux, le plus courageux, a balbutié : «Un ballon Madame. Nous jouons au ballon après le cours dès que nous trouvons le temps et un terrain de fortune. D’ailleurs les jumeaux évoluent au sein de l’Avenir sportif de Kasserine (ASK).»

Les jumeaux que je n’arrive toujours pas à différencier lèvent la tête ensemble et me regardent avec un sourire pas timide cette fois, ni de complaisance. Un sourire heureux.

Je les vois tous les jours, sous tous climats, quelle que soit la saison comme des petits soldats, seuls ou en bataillons, le torse gonflé à bloc, le dos droit, la silhouette menue souvent frêle. La démarche déterminée, le regard vif. La posture presque martiale. C’est qu’ils vont jouer au foot. C’est qu’ils vont s’éclater. C’est qu’ils vont pouvoir rêver. C’est qu’ils vont pouvoir oublier, s’accrocher, se voir naître des ailes et voler… C’est qu’ils vont vivre.

Dans une ville, Kasserine, où tout est délabrement, pauvreté et désespoir, ces enfants ont inventé leur plan B.

La vie a eu l’idée de me faire rapprocher encore un peu de ce milieu à travers mon fils passionné de foot et de son papa, ancien joueur et fervent adepte du beau jeu.

J’ai vu grandir les coéquipiers de mon fils. Et j’ai vu grandir leurs passions et leurs talents avec eux. J’ai vibré avec eux au téléphone à chaque victoire et j’ai pleuré à chaque défaite.

Je connais aussi les bleus de leur âme

Je connais qui maitrise la technique du contrôle, du drible, de la conduite de balle, naturellement. Je connais qui parmi eux est rapide et explosif, capable d’accélérer et d’éliminer l’adversaire. Je sais qui a cette intelligence au jeu et sait se placer et prendre les bonnes décisions. Qui a de la confiance à en revendre et qui en manque. Je sais qui n’a pas peur de demander le ballon et celui qui hésite toujours à franchir le pas. Je connais les créatifs et les craintifs. Ceux qui apprennent vite et ceux qui prennent leurs temps. Je connais qui a une vision du jeu et qui sait lire les espaces et anticiper et qui est plutôt dans le show. Je les connais tous bien à travers les discussions de mon mari et de mon fils.

Je connais aussi quelques bleus de leur âme à peine sorties de l’enfance. Je ne veux, ni peux, m’y attarder.

J’ai vu à quel point ils étaient solidaires et à quel point ils étaient sensibles aux peines de chacun. Je sais qu’il y en a qui pendant le déplacement garde son déjeuner pour que son coéquipier interne qui va trouver la cantine du lycée fermée puisse l’avoir comme diner. Je sais qu’ils se font des confidences qu’ils ne font à personne d’autre. Et qu’ils dorment sur les épaules les uns des autres en rentrant le soir des déplacements…

Je sais que le traumatisme de la perte foudroyante de l’un leurs camarades, Khaled, est toujours là vive et très douloureuse. Je sais qu’ils n’en guériront jamais car personne ne les a aidés à la surmonter.

Ils ont la malchance d’être nés ici

Ces enfants pleins de talents, portés par des rêves, animés par des ambitions légitimes pour beaucoup, débordants de qualités humaines et sportives, n’iront pas plus loin. Ils n’iront pas plus loin car ils sont tout simplement des «ici istes», comme disait si bien un humouriste français. Ils ont la malchance d’être nés ici. Dans les contrées du mépris, de l’abandon. Dans une ville pauvre. La plus pauvre dans un pays qui dans leurs petites têtes, en tout cas, les renie, leur est hostile et ne les aime pas.

J’ai écrit, d’abord pour mes élèves de bac maths qui ont tous eu le bac et laissé tomber le foot qui leur donnait un vrai sourire.

J’ai écrit ensuite pour les enfants de Kasserine pour leur dire que nous sommes fiers d’eux, de leurs médailles et de leurs mental de guerriers. Que nous les aimons tous.

J’ai écrit surtout pour Khaled pour lui dire que son dernier match était héroïque, magistral (ya baba !) comme seuls les derniers matchs peuvent l’être… et qu’il manquera toujours à l’équipe.

Ces enfants, malmenés par la vie et ignorés par les faiseurs de pluies et de beau temps, grandiront avec dans le cœur l’amertume et la colère de ceux qui n’ont plus rien à perdre.

* Enseignante.

L’article Tendre pensée pour «mes» enfants de Kasserine  est apparu en premier sur Kapitalis.

Avantages et inconvénients du développement de l’énergie éolienne en Tunisie  

04. September 2026 um 07:42

La Tunisie, qui fait face à un déficit énergétique dépassant 60% et continue d’importer une bonne partie de ses besoins en pétrole et gaz, projette, dans le cadre de sa stratégie de développement des énergies renouvelables, de produire 2 000 mégawatts (MW) d’énergie éolienne d’ici 2030, ce qui représentera 36 % de sa capacité renouvelable totale. Il convient cependant de garder présent à l’esprit que l’installation de parcs éoliens peut avoir un impact négatif sur l’environnement, que cette technologie pose des problèmes de maintenance et d’entretien et que l’énergie qu’elle produit ne peut (encore) être stockée. Est-ce vraiment une solution pour la Tunisie ?  (Photo: Parc éolien de Haouaria, Nabeul, Cap Bon).

Habib Glenza

L’énergie éolienne est encore peu développée en Tunisie qui compte aujourd’hui deux parcs éoliens : le premier à Sidi Daoud (Nabeul, Cap Bon), mis en service par la Steg dès 2000, avec une capacité totale d’environ 54,5 MW ; et le second à Kchabta et Metline (Bizerte), également réalisé par la Steg avec une puissance globale de 190 MW. Le pays a en projet un troisième parc éolien à El Fahs (Zaghouan) de 75 MW qui sera construit grâce à une subvention japonaise et a identifié plusieurs sites où des parcs similaires pourraient être érigés : à Jebel Tbaga (Gabès) avec un gisement de 600 MW, Jebel Abderrahmane (Nabeul, 400 MW), Beni Khedache (Médenine, 500 MW) et Zaghouan (200 MW).

Bien qu’étant considérée comme une énergie renouvelable, l’impact environnemental des éoliennes nécessite une attention particulière. L’une des préoccupations majeures est la perturbation des habitats naturels.

L’impact environnemental des éoliennes

Les éoliennes peuvent nuire aux oiseaux et aux chauves-souris. De nombreuses études ont montré que les oiseaux migrateurs sont particulièrement vulnérables, surtout lorsqu’ils passent près des parcs éoliens. La mortalité d’oiseaux due aux collisions avec les pales des turbines pose un problème qui requiert des solutions innovantes comme l’intégration de détecteurs de vol ou l’évitement de zones de forte concentration ornithologique.

Un autre aspect de l’impact environnemental concerne la pollution visuelle des éoliennes. La présence de grandes structures métalliques peut défigurer des paysages naturels. Cela soulève des préoccupations chez les résidents locaux et les défenseurs de l’environnement. Des études d’impact visuel sont donc souvent exigées lors de la planification de nouveaux projets éoliens.

À la fin de leur cycle de vie, les éoliennes posent également un défi en matière de gestion des déchets. Les pales, souvent fabriquées en matériaux composites, ne sont pas toujours faciles à recycler. Les entreprises doivent développer des méthodes efficaces de démantèlement et de recyclage pour réduire cet impact. Ces défis font partie intégrante de la planification durable pour l’avenir des énergies renouvelables.

Le bruit que provoquent les éoliennes est une autre préoccupation courante parmi les communautés vivant à proximité des parcs éoliens. En phase de fonctionnement, le bruit généré par les éoliennes peut être perçu comme dérangeant, notamment lors des nuits calmes où le son peut porter sur de longues distances.

Il existe une grande variabilité dans la perception du bruit éolien. Certains résidents s’y habituent, tandis que d’autres trouvent qu’il affecte leur qualité de vie. Des études ont montré que le bruit peut causer du stress, ce qui amène certains gouvernements à mettre en place des régulations strictes quant à la distance minimale à respecter entre les éoliennes et les habitations.

Pour atténuer cet inconvénient, plusieurs innovations ont été développées, comme l’amélioration du design des pales, qui permet de réduire le bruit aérodynamique. De plus, les chercheurs travaillent sur des systèmes de contrôle qui ajustent les conditions de fonctionnement des éoliennes en fonction des conditions météorologiques, minimisant ainsi l’impact sonore lors des périodes sensibles.

Le coût d’entretien et la rentabilité posent question

Le coût d’entretien des éoliennes est un élément crucial à considérer pour évaluer la viabilité des projets éoliens. Bien que le coût d’installation initial soit un investissement à long terme dans des énergies propres, les frais d’entretien et de fonctionnement doivent également être pris en compte.

Les éoliennes nécessitent généralement une maintenance régulière pour garantir leur efficacité, ce qui peut engendrer des coûts non négligeables. Les propriétaires de parcs éoliens doivent budgétiser pour le personnel qualifié, les pièces de rechange et les inspections régulières. Dans de nombreux cas, l’investissement dans la technologie de surveillance peut aider à prévoir les problèmes avant qu’ils ne deviennent coûteux.

Même si l’énergie éolienne restera disponible tant que la terre tournera, elle continuera à subir des fluctuations naturelles. L’intensité du vent varie, donc le rendement de l’énergie produite par les éoliennes varie également.

Alors que l’approvisionnement peut être insuffisant en cas de calme plat, le réseau peut être surchargé en cas de vents très forts. Dans ce dernier cas, il faut même dépenser de l’énergie pour freiner les éoliennes. Ce freinage permet d’éviter les dommages dus à une surcharge. Le manque de constance est l’un des principaux inconvénients de l’énergie éolienne. La production d’énergie par ce biais ne constitue donc qu’une mesure d’appoint.

Les éoliennes sont plus rentables lorsqu’elles sont construites là où le vent souffle le plus fort. Il s’agit principalement des zones proches des côtes, de la haute mer et des montagnes.

Il n’est pas nécessaire d’être un expert pour comprendre que l’installation d’éoliennes dans ces régions est plus coûteuse que dans les plaines, par exemple. C’est pourquoi des subventions publiques sont souvent nécessaires pour couvrir les coûts de construction d’éoliennes dans des endroits rentables. Cependant, une fois que celles-ci sont en place et qu’elles commencent à fonctionner, les coûts sont amortis en peu de temps.

Les éoliennes produisent la plupart de l’électricité dans des régions très ventées, par exemple en mer ou en montagne. Mais dans ces régions, la construction des installations est particulièrement coûteuse et n’est souvent réalisable qu’avec des tarifs de rachat fixes.

La problématique du stockage de l’énergie produite

Actuellement, l’énergie éolienne doit être immédiatement transformée en courant électrique transportable afin de pouvoir être consommée. Si l’énergie n’est pas utilisée, elle s’évapore. Le stockage de l’énergie éolienne représente toujours un défi majeur que les scientifiques et les ingénieurs ne parviennent pas à relever à l’heure actuelle.

Il existe certes la possibilité de stocker l’énergie dans une centrale de pompage-turbinage, mais celles-ci ne peuvent pas être installées partout en raison de leur structure compliquée et sont souvent critiquées, surtout en raison de leur inefficacité. Actuellement, des chercheurs tentent de stocker l’énergie du vent sous forme d’hydrogène et de méthane, c’est-à-dire sous forme de gaz.

Face aux inconvénients des éoliennes, des innovations technologiques sont en cours pour maximiser l’efficacité et réduire les impacts négatifs. L’intégration de solutions hybrides, qui combinent à la fois l’énergie éolienne et solaire, représente un potentiel énorme pour l’avenir des énergies renouvelables.

Les éoliennes offshore, souvent installées en mer loin des côtes, s’avèrent être une solution de choix, offrant des vents plus puissants et constants. Ces installations, bien qu’elles soient plus coûteuses à mettre en place, sont souvent davantage acceptées par le public en raison de leur éloignement des zones habitées et de leur moindre impact visuel. De plus, les avancées technologiques dans la construction de ces dispositifs permettent d’optimiser leur fonctionnement

En conclusion, on pourrait dire que l’installation de l’énergie solaire avec stockage est la meilleure solution, pour un pays comme la Tunisie qui jouit en moyenne de 200 jours de soleil, tant sur le plan du coût de l’investissement, de la maintenance préventive et curative du système que sur le plan du remplacement des panneaux solaires. Bref, cette technologie a pris le dessus sur toutes les énergies renouvelables dans tous les pays du monde. En Pologne, les hôpitaux, les écoles, les fermes agricoles, les industries agroalimentaires, manufacturières et lourdes, les kiosques à carburants et autres, utilisent l’énergie photovoltaïques avec stockage, devenant ainsi autonomes, donc plus de coupures ou autres inconvénients.

Certes, l’investissement coûte cher, mais la facture de l’électricité est presque nulle.

L’article Avantages et inconvénients du développement de l’énergie éolienne en Tunisie   est apparu en premier sur Kapitalis.

TRIBUNE – UGTT-Avocats-LTDH : tirer la sonnette d’alarme sans faire sonner la sirène

03. September 2026 um 17:12

Il faut prendre au sérieux la sonnette d’alarme tirée par l’UGTT, l’Ordre national des avocats et la Ligue tunisienne des droits de l’Homme. Mais il faut également mesurer les conséquences d’une démarche collective qui, en dépassant l’alerte, pourrait contribuer à accentuer la polarisation dont le pays cherche précisément à sortir.

Le communiqué commun du 3 septembre dresse un tableau particulièrement sombre de la situation nationale. Crise politique, difficultés économiques et sociales, libertés publiques, justice, conditions carcérales, médias, pénuries, pouvoir d’achat, jeunesse et migration : les trois organisations réunissent dans un même diagnostic des problématiques de nature et de temporalité différentes et appellent à une révision des politiques publiques ainsi qu’à l’ouverture d’un « dialogue sociétal ». Elles annoncent également la mise en place d’un cadre de coordination commun.

La gravité de certains de ces sujets ne saurait être contestée. Une démocratie a besoin de contre-pouvoirs capables d’alerter. Le droit de critique, de mobilisation et de défense des libertés ne peut être conditionné à l’approbation du pouvoir.

Mais précisément parce que leur parole compte, ces organisations portent aussi une responsabilité particulière dans la manière dont elles formulent leur diagnostic et construisent leur action.

L’alerte est légitime, l’escalade ne l’est pas forcément

Reconnaître le risque d’escalade ne signifie ni nier les difficultés du pays ni relativiser les inquiétudes exprimées. Cela signifie simplement qu’une alerte collective doit aussi être évaluée à l’aune de ses effets sur le climat institutionnel.

Lorsqu’une multitude de problèmes sont réunis sous le même qualificatif de « crise profonde », le risque est de transformer un diagnostic nécessairement pluriel en récit de crise systémique. Or identifier des difficultés ne suffit pas. Encore faut-il distinguer leurs causes, leur gravité, leurs temporalités et les marges de manœuvre disponibles. Cette distinction est essentielle. L’alerte peut être nécessaire sans que l’escalade le soit.

La création d’un cadre de coordination commun donne à cette initiative une portée politique nouvelle. L’UGTT, l’Ordre des avocats et la LTDH n’ont ni les mêmes missions, ni les mêmes responsabilités, ni les mêmes modes d’intervention. Leur convergence peut naturellement enrichir le débat public. Mais elle peut aussi être perçue comme la constitution d’un front institutionnel face au pouvoir.

La création d’un cadre de coordination commun donne à cette initiative une portée politique nouvelle. L’UGTT, l’Ordre des avocats et la LTDH n’ont ni les mêmes missions, ni les mêmes responsabilités, ni les mêmes modes d’intervention.

 

En politique, la perception compte autant que l’intention. Cela ne signifie évidemment pas que les trois organisations devraient renoncer à leur liberté de critique ou à leur capacité de mobilisation. Cela signifie qu’elles doivent mesurer le coût potentiel d’une polarisation supplémentaire dans une société déjà traversée par une forte défiance institutionnelle.

La référence aux grandes expériences de dialogue national du passé mérite, elle aussi, d’être maniée avec prudence. Le dialogue national de 2013 répondait à une situation exceptionnelle, marquée par un risque immédiat de rupture institutionnelle. La Tunisie d’aujourd’hui fait face à une autre urgence : reconstruire la confiance, restaurer l’efficacité de l’action publique et permettre l’exécution des transformations économiques et sociales. Les instruments de médiation doivent évoluer avec la nature des crises.

Du diagnostic à la responsabilité

C’est pourquoi l’appel au « dialogue sociétal » constitue probablement la partie la plus constructive de la démarche. Mais un dialogue ne peut être uniquement la prolongation institutionnelle d’un réquisitoire.

Il ne s’agit pas d’exiger de ces organisations qu’elles gouvernent à la place des autorités. Ce n’est ni leur rôle ni leur responsabilité. Mais lorsqu’elles choisissent de porter collectivement une vision de la situation nationale, leur contribution gagne en crédibilité lorsqu’elle associe l’alerte à des pistes de sortie.

Sur les finances publiques, quelles priorités ? Sur les entreprises publiques, quelle gouvernance ? Sur les systèmes sociaux, quels arbitrages ? Sur l’emploi, quelle stratégie ? Sur l’éducation et la santé, quelles transformations ? Sur les libertés publiques, quelles garanties institutionnelles durables ? Ce sont ces questions qui permettent de passer du constat à la construction.

 

Sur les finances publiques, quelles priorités ? Sur les entreprises publiques, quelle gouvernance ? Sur les systèmes sociaux, quels arbitrages ? Sur l’emploi, quelle stratégie ? Sur l’éducation et la santé, quelles transformations ? Sur les libertés publiques, quelles garanties institutionnelles durables ?

 

La responsabilité de la désescalade est d’ailleurs nécessairement partagée. Les autorités ont le devoir de créer des espaces de concertation crédibles, ouverts et suffisamment structurés pour que le dialogue ne soit pas réduit à une formalité. Les corps intermédiaires ont, de leur côté, la responsabilité de préserver les conditions d’un débat qui permette la confrontation des idées sans enfermer le pays dans une logique permanente de blocs.

Cette responsabilité partagée ne signifie pas que les responsabilités politiques et institutionnelles sont identiques. Le pouvoir dispose des leviers de décision et porte donc une responsabilité particulière dans la création des conditions du dialogue. Mais les acteurs de la société civile disposent, eux aussi, d’un pouvoir d’influence dont les effets doivent être assumés. C’est précisément ce qui distingue la liberté de critique de la responsabilité dans la critique.

Reconstruire la confiance pour retrouver la capacité d’agir

Car la confiance institutionnelle n’est pas seulement une question politique. Elle est devenue une variable économique. L’investissement, l’innovation, la création d’emplois et l’exécution des réformes supposent un minimum de prévisibilité. Les acteurs économiques peuvent accepter l’incertitude inhérente à toute période de transformation. Ils supportent beaucoup moins bien l’incertitude institutionnelle durable, celle qui transforme chaque réforme en nouveau conflit et chaque décision en nouveau rapport de force. C’est précisément à ce niveau que la question devient stratégique pour le Plan 2026-2030.

La Tunisie ne manque pas seulement de ressources. Elle souffre également d’un déficit de capacité collective à transformer les décisions en résultats. Or cette capacité d’exécution repose sur un environnement institutionnel dans lequel les divergences peuvent être exprimées, arbitrées et finalement dépassées.

Il serait donc aussi contre-productif pour le pouvoir de répondre à cette initiative par une contre-escalade que pour les organisations signataires de considérer l’escalade comme une fin en soi. Le véritable enjeu n’est pas de déterminer qui remportera le prochain bras de fer.

 

La Tunisie n’a pas besoin de choisir entre le silence et la confrontation. Elle a besoin de reconstruire des espaces où la critique puisse être entendue sans être immédiatement transformée en affrontement, et où le dialogue puisse déboucher sur des décisions plutôt que sur de nouvelles déclarations.

 

Il est de savoir si le pays dispose encore de mécanismes suffisamment solides pour transformer la conflictualité en compromis et le compromis en action. La Tunisie n’a pas besoin de choisir entre le silence et la confrontation. Elle a besoin de reconstruire des espaces où la critique puisse être entendue sans être immédiatement transformée en affrontement, et où le dialogue puisse déboucher sur des décisions plutôt que sur de nouvelles déclarations.

Tirer la sonnette d’alarme est parfois un devoir. Mais lorsqu’une société est déjà sous tension, faire retentir la sirène en permanence peut finir par empêcher d’entendre la question essentielle : où est la sortie ? La solidité d’une démocratie ne se mesure ni au silence de ses opposants ni au volume de ses contestations. Elle se mesure à sa capacité à transformer ses désaccords en décisions, ses décisions en réformes et ses réformes en résultats.

Alerter, oui. Polariser davantage, non. La Tunisie n’a pas besoin de plus de bruit. Elle a besoin de retrouver sa capacité à agir.

L’article TRIBUNE – UGTT-Avocats-LTDH : tirer la sonnette d’alarme sans faire sonner la sirène est apparu en premier sur Leconomiste Maghrebin.

L’énergie nucléaire | Une solution souveraine pour la Tunisie ?

03. September 2026 um 13:15

Dans le contexte de déficit énergétique structurel actuel de la Tunisie, l’idée d’utiliser l’uranium contenu dans nos phosphates pour alimenter une centrale nucléaire nationale ne doit pas être vue comme un simple expédient, mais comme une opportunité historique de rupture stratégique. (Photo : Le phosphate, une ressources minière nationale insuffisamment valorisée).

Elyes Kasri *

La Tunisie traverse une crise énergétique structurelle dont les répercussions se traduisent déjà par de graves perturbations de la vie sociale et économique (coupures d’électricité récurrentes, surcoûts industriels, dégradation de la compétitivité et du pouvoir d’achat).

Cette situation menace de s’aggraver sous la pression conjuguée de trois facteurs critiques : les perspectives alarmantes du réchauffement climatique qui accentuent le stress hydrique et les pics de consommation ; la volatilité extrême du marché mondial des hydrocarbures qui fragilise les finances publiques ; et la lenteur préoccupante de la transition vers les énergies renouvelables qui peine à atteindre les objectifs tracés et a peu de chances de combler le déficit actuel.

Dans ce contexte d’urgence, l’idée d’utiliser l’uranium contenu dans nos phosphates pour alimenter une centrale nucléaire nationale ne doit pas être vue comme un simple expédient, mais comme une opportunité historique de rupture stratégique.

Mathématiquement, la ressource est disponible dans notre sous-sol. Bien au-delà de la simple production d’électricité, cette formule pourrait devenir le moteur d’une véritable souveraineté énergétique, hydrique, industrielle et géopolitique à long terme.

Risques des choix énergétiques dogmatiques

L’histoire récente de l’Europe nous offre un cas d’école sur les dangers d’une mauvaise planification à long terme.

L’élan européen vers le démantèlement de la filière nucléaire fait aujourd’hui l’objet de profonds regrets. Ce renoncement, couplé au retard pris par la transition vers les énergies renouvelables, a provoqué une explosion inédite des coûts de l’énergie.

Cette crise est parvenue à fragiliser l’Allemagne, longtemps considérée comme le moteur économique incontesté de l’Europe. La vague inouïe de faillites et de licenciements massifs qui frappe tous les pans de l’industrie allemande — touchant jusqu’aux géants historiques de l’automobile — est désormais analysée comme la résultante directe de choix énergétiques douteux et d’une dépendance totale vis-à-vis du gaz russe qui n’a pas résisté à la volatilité géostratégique.

La question stratégique : face à ces enseignements historiques majeurs, la Tunisie peut-elle se permettre de calquer son avenir sur des modèles qui ont échoué ? Ne devons-nous pas, au contraire, sécuriser notre destin en sanctuarisant une source d’énergie de base stable, pilotable et locale, plutôt que de lier notre survie industrielle à des importations de gaz soumises aux mêmes instabilités mondiales ?

La souveraineté énergétique pour sanctuariser la Tunisie

La dépendance actuelle de la Tunisie vis-à-vis du gaz importé d’Algérie dicte en partie ses marges de manœuvre régionales, dans un environnement marqué par de profondes incertitudes.

Le principal fournisseur de gaz de la Tunisie se trouve aujourd’hui enserré par une ceinture d’instabilité et de feu à ses propres frontières, ce qui fait peser un risque permanent sur la fluidité et la continuité de sa situation politico-sécuritaire interne.

En parallèle, on observe des projets et des velléités de contourner la Tunisie par de nouveaux corridors de distribution de gaz et d’hydrogène vert. Même si la faisabilité technique et financière de ces tracés alternatifs reste hautement aléatoire à court terme, leur simple programmation dessine une volonté d’isolement géo-économique de notre pays qu’une démarche stratégique rigoureuse ne peut feindre d’ignorer.

La question stratégique : en développant une filière nucléaire civile autonome basée sur ses propres phosphates, la Tunisie ne s’offrirait-elle pas un véritable bouclier de souveraineté ? Cette autonomie énergétique absolue n’est-elle pas la condition sine qua non pour sanctuariser le pays face aux velléités hégémoniques régionales, déjouer les stratégies d’isolement infrastructurel et immuniser définitivement notre sécurité nationale contre les secousses politiques de notre voisinage ?

Le couplage énergie-eau comme réponse au stress hydrique

Le réchauffement climatique impose une pression sans précédent sur nos ressources en eau douce, faisant du dessalement de l’eau de mer une obligation vitale pour la survie du pays, bien que cette solution soit extrêmement lourde en consommation électrique.

Un programme nucléaire moderne offre la possibilité technique de concevoir des centrales à cogénération, capables de produire simultanément de l’électricité et de l’énergie thermique.

La question stratégique : en couplant directement la centrale nucléaire à des unités de dessalement de l’eau de mer, la Tunisie ne ferait-elle pas d’une pierre deux coups ? Ce programme ne permettrait-il pas de sécuriser l’approvisionnement en eau potable des grands centres urbains et des régions agricoles du pays à un coût de production stable, décarboné et totalement déconnecté des fluctuations des énergies fossiles ?

Un saut industriel inédit pour une ambition technologique

Aujourd’hui, notre industrie des phosphates exporte une part importante de sa production sous forme de produits à faible ou moyenne valeur ajoutée (minerai brut, engrais classiques).

L’intégration d’unités de récupération de l’uranium au sein de nos complexes chimiques modifierait en profondeur l’économie globale du secteur.

La question stratégique : en transformant le Groupe chimique tunisien (GCT) en un producteur de métaux stratégiques de haute technologie, la Tunisie ne donnerait elle pas une impulsion décisive à la modernisation de son industrie minière, tout en générant des coproduits à très forte valeur ajoutée capables de financer la restructuration du bassin minier de Gafsa ?

Le développement d’une filière atomique civile est un projet de nation qui tire vers le haut l’ensemble du système éducatif, scientifique et industriel d’un pays. C’est un accélérateur de compétences pour la Tunisie. Il s’agit d’un domaine de haute technologie qui exige l’excellence dans la recherche, la métallurgie, la chimie de précision et la sécurité.

La question stratégique : en mettant en place un tel cap technologique, la Tunisie ne se donnerait-elle pas les moyens de stopper la fuite de ses cerveaux en offrant des carrières d’excellence à ses jeunes ingénieurs, et en élevant le standard de notre tissu industriel national aux normes de sécurité internationales les plus strictes ?

Le nucléaire comme socle du renouvelable

Par nature, les énergies renouvelables (solaire et éolien) sont intermittentes et nécessitent une énergie de «base» stable pour faire tourner les usines et les stations de dessalement de l’eau, jour et nuit.

La question stratégique : plutôt que d’opposer les technologies, la Tunisie ne gagnerait-elle pas à concevoir la formule «Phosphates-Uranium» comme le socle de base stable et décarboné de son réseau, qui permettrait d’intégrer et de sécuriser un déploiement massif et serein du solaire, de l’éolien et de sa propre filière hydrogène dans tout le pays ?

L’extraction de l’uranium des phosphates et son utilisation nucléaire ne sont pas un saut dans l’inconnu pour la Tunisie, mais une trajectoire d’émancipation énergétique et hydrique éprouvée par d’autres nations émergentes.

La crise industrielle qui frappe actuellement l’Europe nous rappelle brutalement que l’absence de base énergétique souveraine brise les plus grandes puissances économiques.

La question centrale pour les décideurs est de déterminer si la Tunisie doit inscrire sa planification énergétique dans le temps long — celui des grands projets de sécurité nationale — afin de bâtir une infrastructure résiliente face aux crises géopolitiques régionales et d’asseoir sa stabilité future sur sa propre double richesse : ses phosphates et son accès à la mer.

* Ancien ambassadeur.

L’article L’énergie nucléaire | Une solution souveraine pour la Tunisie ? est apparu en premier sur Kapitalis.

Un nouveau cadre de dialogue national pour sortir la Tunisie de la crise   

03. September 2026 um 12:12

Trois des quatre composantes du Quartet du dialogue national, prix Nobel de la Paix 2015 * — la Ligue tunisienne des droits de l’homme (LTDH), l’Ordre national des avocats tunisiens (Onat) et l’Union générale Tunisienne du Travail (UGTT) —reprennent la parole ensemble, dans un cadre de coordination commun face à la crise politique, économique et sociale que traverse le pays. Et publient, ce jeudi 3 septembre 2026 le communiqué conjoint suivant sous le titre «La Tunisie d’abord, et le peuple au-dessus de toute considération».

La Tunisie traverse aujourd’hui une crise politique, économique et sociale profonde, résultat de choix et de politiques qui ont prouvé leur incapacité à résoudre les crises accumulées, et qui ont même contribué à aggraver la souffrance des Tunisiens, à affaiblir leur pouvoir d’achat, et à élargir les cercles de la pauvreté, du chômage et de la précarité — au point que le citoyen a perdu confiance dans les institutions de l’État et dans leur capacité à répondre à ses revendications légitimes.

Le pays connaît également un recul grave dans le domaine des droits et des libertés, un resserrement continu de l’action politique, syndicale et civile, ainsi qu’une instrumentalisation croissante de la justice dans les conflits politiques, portant atteinte à son indépendance, aux garanties d’un procès équitable et aux droits de la défense — ce qui frappe l’une des garanties les plus importantes de protection du citoyen et menace les fondements de l’État de droit et des institutions.

Les prisons et les centres de rétention connaissent des conditions qui ne répondent pas aux exigences de la dignité humaine ni aux normes internationales.

Dans le même contexte, le pays connaît un recul de la liberté des médias, une répression des voix libres, et une mainmise croissante sur les institutions médiatiques.

Les crises de l’eau et de l’électricité, la pénurie de médicaments et de produits de base, ainsi que la hausse des prix, ne sont plus de simples difficultés conjoncturelles ; elles touchent désormais directement les conditions de vie quotidienne et la dignité des Tunisiens, aggravent leurs souffrances et approfondissent leur sentiment d’impasse.

Le drame de la noyade de jeunes de Ben Guerdane, et les tragédies similaires qui l’ont précédé, confirment que la migration irrégulière n’est pas seulement un dossier sécuritaire, mais bien la conséquence directe du désespoir, de l’impasse et de la perte d’espoir en l’avenir — ce qui fait porter au pouvoir une responsabilité politique et sociale pleine et entière dans le traitement de ses causes profondes, et non la simple gestion de ses conséquences.

Inutile de rejeter la responsabilité sur autrui, car le pouvoir en place porte l’entière responsabilité politique de ses choix, de ses décisions et de leurs conséquences, après des années de gestion des affaires publiques en dehors de toute logique de dialogue et de participation, dans un contexte d’absence de transparence, d’opacité sur les données, et de restriction du droit à exprimer une voix divergente.

La Tunisie ne peut être gouvernée selon une logique de déni, de silence ou de voix unique, tout comme les crises ne peuvent être affrontées en excluant la société et ses forces vives.

On ne peut sortir de la situation actuelle que par une révision globale des choix économiques, sociaux et politiques dont l’échec est avéré, et par l’ouverture d’un véritable processus de dialogue sociétal, menant à des solutions capables de sauver le pays, de préserver son unité, de protéger les droits et les libertés, et de redonner confiance et espoir aux Tunisiens.

Nous, organisations signataires, annonçons le lancement d’un cadre de coordination commun pour la Tunisie et les Tunisiens, animés par notre conviction profonde de la nécessité de la vigilance, de la protection des acquis du peuple, de l’attachement à l’État de droit et des institutions, de la préservation de l’indépendance de la société civile, et de la défense des droits et des libertés.

Ce cadre restera en permanence ouvert à toutes les forces vives et démocratiques, et à tous les acteurs nationaux qui croient en la Tunisie et en son avenir, afin d’œuvrer ensemble à l’ouverture d’un nouvel horizon national, qui redonne sa place au dialogue et à la participation, préserve l’avenir des générations futures, et garantit à la Tunisie son unité, sa place et sa dignité.

Signataires :

Président de la Ligue tunisienne pour la défense des droits de l’homme — Bassem Trifi ;  

Bâtonnier de l’Ordre national des avocats de Tunisie — Boubaker Ben Thabet ;

Secrétaire général de l’Union générale tunisienne du travail (UGTT) — Slaheddine Selmi.

* Au célèbre Quartet, il manque l’Union tunisienne de l’industrie, du commerce et de l’Artisanat (patronat). On ne sait pas si l’organisation patronale a été sollicitée et qu’elle a refusé de se joindre à l’initiative. Son absence, en tout cas, pose des questions. Il faut dire que sa direction actuelle est totalement illégale puisque l’organisation n’a pas tenu son congrès depuis plusieurs années.  

L’article Un nouveau cadre de dialogue national pour sortir la Tunisie de la crise    est apparu en premier sur Kapitalis.

L’inquiétant rapprochement entre les Houthis et les Shabaab

03. September 2026 um 08:42

L’ennemi de mon ennemi est mon ami. Entre les Houthis yéménites de confession chiite et les Shabaab somaliens sunnites qui sont affiliés à Al-Qaïda, la rivalité confessionnelle d’autrefois est oubliée, place à une alliance de circonstance. Jirbril Yahya Ali, cheville ouvrière de ce rapprochement, a été tué par les Américains cependant le rapprochement se poursuit, prospère et chacun trouve son compte. Le général Dagvin Anderson, commandant des forces américaines en Afrique (Africom) a fait part de son inquiétude: «Il ne s’agit pas seulement d’un problème régional, ses implications sont mondiales»(Photo : Un porte-conteneurs au mouillage au large des côtes du Yémen, dans le golfe d’Aden.)

Imed Bahri

Dans une enquête publiée par le Wall Street Journal intitulée «L’alliance entre Al-Qaïda et les Houthis, le nouveau casse-tête pour les États-Unis», Michael M. Phillips indique que cette alliance naissante est mutuellement avantageuse pour les deux mouvements. Al-Shabaab, la branche d’Al-Qaïda la plus riche au monde, disposait de fonds mais avait besoin d’armes et d’entraînement. Les Houthis, quant à eux, possédaient un armement sophistiqué et une expertise technique mais ils étaient avides d’argent et d’une nouvelle base pour lancer des attaques contre l’Occident. 

Cependant, cette nouvelle donne a fait de Jibril Yahya Ali, l’architecte du rapprochement, une cible.

Le 12 février, quatre mois après son mariage avec Boudour Murshed, Jibril et Boudour faisaient leur promenade habituelle au coucher du soleil dans leur Toyota Corolla. Le téléphone de Boudour sonna, ils s’arrêtèrent et elle sortit pour répondre.

Quelques instants plus tard, un missile américain s’est abattu sur la voiture. Jibril fut tué sur le coup. Un ami se précipita pour éloigner Boudour de l’endroit.

La frappe aérienne a marqué le début des efforts américains pour démanteler l’alliance improbable entre deux des ennemis les plus acharnés des États-Unis : les combattants d’Al-Shabaab, qui opèrent en Somalie depuis vingt ans, et les Houthis, qui bénéficient depuis longtemps d’armes et d’entraînements assurés par le Corps des gardiens de la révolution islamique iranien.

Cependant, pour les États-Unis, la mort de Jibril est intervenue trop tard pour enrayer l’enchaînement d’événements qu’il avait contribué à déclencher.

De part et d’autre du golfe d’Aden

Une rivalité confessionnelle opposait Houthis et Al-Shabaab jusqu’à ce que Jibril et d’autres négocient un partenariat entre eux, qui menace désormais de déstabiliser davantage le Moyen-Orient et les marchés mondiaux de l’énergie. Leurs pays respectifs, le Yémen et la Somalie, sont situés de part et d’autre du golfe d’Aden, par lequel transitait, avant la guerre d’Iran, environ 12% du pétrole transporté par voie maritime dans le monde.

Avec le blocus du détroit d’Ormuz exercé en grande partie par les forces iraniennes, le golfe d’Aden pourrait devenir une voie alternative pour les exportations de pétrole du Moyen-Orient. Cependant, les Houthis se sont précipités au secours de leurs alliés à Téhéran, attaquant des pétroliers liés à l’Arabie saoudite à l’aide de missiles et de drones en mer Rouge.

Depuis au moins 2023, Jibril servait d’intermédiaire entre les deux groupes armés, unis par leur haine des États-Unis et d’Israël, selon des responsables américains, somaliens et yéménites.

Jibril a été tué deux semaines avant le début de la guerre américaine contre l’Iran. Il n’a pas vécu assez longtemps pour constater son legs : deux groupes désignés comme organisations terroristes par les États-Unis, unis par une alliance de circonstance, et se retrouvant à la tête d’un point de passage maritime stratégique leur permettant de menacer le commerce mondial du pétrole en temps de crise.

«D’un côté, vous avez Al-Shabaab, la branche la plus importante et la plus lucrative d’Al-Qaïda, qui se dote d’armes plus sophistiquées et d’un entraînement plus poussé», a déclaré au WSJ le général Anderson, avant d’ajouter : «De l’autre côté, il y a les Houthis qui étendent leur influence géographique et qui ont désormais un nouveau point d’appui ce qui pourrait déstabiliser davantage l’un des points de passage économiques les plus importants au monde. Il ne s’agit pas seulement d’un problème régional, ses implications sont mondiales»

Deux sources américaines proches de l’opération ont confirmé qu’une frappe aérienne américaine avait tué Jibril. Cependant, le Commandement central américain a déclaré que l’opération n’était pas militaire. Un porte-parole de la CIA a refusé de dire si l’agence était responsable de l’assassinat.

L’ambassadeur du Yémen aux États-Unis a refusé une demande d’interview, et les responsables houthis n’ont pas répondu aux questions écrites concernant les liens du groupe avec Al-Shabaab.

L’ennemi de mon ennemi est mon ami

Les Houthis, majoritairement musulmans chiites, et Al-Shabaab, musulman sunnite, s’opposent sur un sujet de discorde sectaire datant du VIIe siècle, à savoir la succession légitime du prophète Mohamed. Cette division continue d’alimenter la violence dans des régions s’étendant de l’Afghanistan à l’Irak et à la Syrie.

Cependant, leurs ennemis communs unissent désormais les Houthis et les Shabaab. «Ils haïssent l’Occident et Israël», a déclaré Abdullahi Mohamed Ali, ancien chef des services de renseignement somaliens.

L’agence antiterroriste yéménite décrit Jibril comme «une figure clé du renforcement des liens entre les Houthis et les Shabaab, grâce à l’échange d’expertise et à la coordination, notamment pour faciliter le transfert d’armes et de matériel militaire», selon une note d’évaluation interne consultée par le WSJ.

Jibril se déplaçait clandestinement entre la Somalie et le Yémen, servant d’intermédiaire entre les Shabaab et les Houthis, selon Matt Bryden, ancien fonctionnaire de l’Onu chargé de surveiller les flux d’armes vers la Somalie.

Bryden a présenté des détails sur la vie et la mort de Jibril lors d’une réunion d’information à huis clos en juin, en présence de membres des forces spéciales américaines et de représentants gouvernementaux est-africains.

Jibril avait 38 ans lorsqu’il a été tué. Il avait étudié la médecine vétérinaire au Yémen et dirigeait une organisation caritative à Mogadiscio, la capitale somalienne. Il était également propriétaire d’un bureau de change et d’une société d’import-export.

Il portait des blessures par balle qui lui ont valu le surnom de «Gajami», que l’on pourrait traduire par «manchot», bien qu’il n’était amputé d’aucun bras. 

D’après la réunion d’information, les Houthis lui ont fourni un appartement meublé à Sanaa, la capitale yéménite sous leur contrôle, et il a participé à des événements officiels dans cette ville. Les rebelles lui ont également délivré un faux passeport yéménite, sous une fausse identité, selon un document consulté par le WSJ.

En 2024, le mouvement Shabaab a dépêché un émissaire de haut rang, le cheikh Ahmed Elmi Samatar, pour épauler Jibril. Samatar a présenté aux Houthis une longue liste d’armes demandées, que le journal américain a pu consulter. Cette liste comprenait des missiles antiaériens portables, des roquettes Katioucha de 107 mm, des fusils de précision Dragunov, des drones d’attaque chargés d’explosifs, des missiles antichars et du matériel de vision nocturne de fabrication américaine.

Un responsable du renseignement militaire américain a confirmé que les Shabaab recherchaient des armements sophistiqués auprès des Houthis, en plus de fusils, de mitrailleuses et de munitions.

Les autorités yéménites ont arrêté Samatar en janvier 2025 mais il a été libéré ultérieurement lors d’un échange de prisonniers avec les Houthis.

Samatar est retourné en Somalie, laissant Jibril continuer à représenter les intérêts des Shabaab au Yémen.

Jibril a continué à servir d’intermédiaire pour des livraisons d’armes, et les Shabaab ont dépêché deux experts en armement au Yémen pour l’assister. Après sa mort, le groupe a désigné un remplaçant au Yémen pour poursuivre ses opérations, a indiqué Bryden, ajoutant que l’épouse de Jibril est en fuite.

Selon un rapport des services de renseignement yéménites, des sociétés écrans au Yémen sont utilisées pour dissimuler les cargaisons sous l’appellation de marchandises civiles et les acheminer vers Mukalla et d’autres ports.

Les armes traversent ensuite le golfe d’Aden à bord de vedettes rapides ou de bateaux de pêche et sont débarquées dans des zones peu surveillées des côtes du nord de la Somalie, selon un responsable du renseignement militaire américain.

De là, elles sont transférées aux unités combattantes des Shabaab dans le sud de la Somalie, où se concentrent les activités des insurgés.

En avril 2025, les États-Unis ont détruit deux embarcations non identifiées entrant dans les eaux somaliennes en provenance du Yémen, transportant ce que l’Africom a décrit comme des armes conventionnelles sophistiquées.

On ignore quelles armes figurant sur la longue liste de demandes des Shabaab sont effectivement parvenues aux militants en Somalie. Toutefois, la possibilité que le groupe se procure des drones d’attaque ou d’autres armes capables de frapper les bases américaines et somaliennes depuis les airs inquiète les deux armées.

Le général de brigade Ahmed Abdullahi Sheikh, ancien commandant des forces spéciales somaliennes, a déclaré : «J’ignore quels sont leurs plans mais il est certain que quelque chose se prépare».

Israël entre dans la danse

À ces préoccupations sécuritaires s’ajoute la décision d’Israël, en décembre, de reconnaître l’indépendance du Somaliland, région située au nord-ouest des frontières internationalement reconnues de la Somalie et qui s’est proclamée État indépendant en 1991.

Le Somaliland pourrait offrir à Israël un accès à Berbera, ville portuaire de la mer Rouge dotée d’une piste d’atterrissage si longue que la Nasa l’avait louée comme site d’atterrissage d’urgence pour la navette spatiale.

Berbera pourrait également fournir aux Israéliens un point d’observation supplémentaire pour surveiller et attaquer les Houthis.

Michael Milstein, ancien haut responsable du renseignement israélien, a déclaré que les Houthis avaient été un facteur déterminant lors de la reconnaissance du Somaliland comme État indépendant par Israël. Il a ajouté : «Une présence militaire au Somaliland confère une position très avantageuse pour contrer les Houthis».

Dans une allocution télévisée datant du mois d’août, le chef houthi, Abdul-Malik, a déclaré que son groupe surveillait de près les mouvements israéliens au Somaliland, qu’il a présentés comme visant à contrôler le golfe d’Aden, le détroit de Bab El-Mandeb et la mer Rouge. Il a ajouté : «Nous agirons à tout moment pour cibler toute activité ou présence de l’ennemi israélien au Somaliland».

En juin, une délégation houthie de quatre personnes a quitté le Yémen par la mer, traversé le golfe d’Aden et accosté sur la côte sud de la Somalie.

Selon une source du renseignement régional, les hommes ont ensuite traversé la jungle pour rejoindre leurs homologues à Jilib, capitale de facto du territoire contrôlé par les Shabaab.

Les Houthis cherchaient à coordonner leurs efforts pour perturber les activités israéliennes à Berbera, craignant que le port ne devienne une plateforme israélienne permanente de surveillance et de lancement d’attaques contre le Yémen. Les Houthis ont promis aux dirigeants des Shabaab des armes plus sophistiquées et un entraînement accru.

Des combattants des Shabaab se rendent régulièrement au Yémen pour recevoir une formation houthie sur la fabrication d’engins explosifs improvisés (EEI) plus meurtriers et l’utilisation d’armes de pointe.

Un responsable du renseignement militaire américain a déclaré qu’au moins 100 combattants Shabaab avaient effectué ce voyage.

L’Onu a rapporté l’année dernière que le groupe envoie des groupes d’une trentaine de combattants se former au tir de précision, aux opérations de défense aérienne et aux techniques de fabrication d’EEI plus meurtriers.

En 2024, le premier groupe envoyé a suivi une formation avant départ comprenant un enseignement religieux et des conseils pour gérer les contacts limités avec leurs familles pendant leur séjour à l’étranger, selon des informations recueillies par une source de renseignement régionale.

Une cérémonie d’adieu a été organisée et des discours de motivation ont été prononcés à l’intention des combattants sur le départ.

Lors de son briefing en juin, Bryden a déclaré qu’un groupe de combattants Shabaab avait passé trois mois cette année à Saada, au Yémen, pour étudier l’assemblage de drones et de systèmes permettant aux opérateurs de visualiser les images des caméras embarquées comme s’ils étaient dans un cockpit.

Des formateurs houthis se rendent également en Somalie pour former les combattants d’Al-Shabaab au pilotage de drones, selon un responsable militaire américain.

Al-Shabaab paie en espèces et est parfaitement en mesure de s’offrir les biens et services des Houthis.

Selon une évaluation des services de renseignement américains, le groupe armé Al-Shabaab perçoit au moins 100 millions de dollars par an en extorquant des entreprises et des voyageurs somaliens aux points de contrôle routiers et dans le port de Mogadiscio.

D’après Abdullahi, un ancien commandant somalien, Al-Shabaab exploite également l’orpaillage artisanal le long des monts Al-Amadow, au nord du pays.

L’armée américaine a mené environ 40 frappes aériennes contre des cibles d’Al-Shabaab en Somalie cette année, contre 41 pour l’ensemble de l’année 2025, selon l’Africom.

Pour les Houthis, s’implanter dans le sud de la Somalie, région qui contrôle le commerce via le golfe d’Aden, est tout aussi important que l’argent versé par Al-Shabaab.

«Traditionnellement, les relations entre les Houthis et Al-Shabaab étaient purement transactionnelles mais cela ne signifie pas que de nouveaux facteurs, potentiellement d’importance stratégique, n’ont pas émergé après la guerre Iran-États-Unis», a déclaré Awes Hagi Yusuf Ahmed, conseiller à la sécurité nationale de la Somalie. 

Par ailleurs, les Houthis ambitionnent d’obtenir l’aide du mouvement Al-Shabaab pour déployer des radars afin de surveiller les navires dans les eaux qu’ils partagent.

L’article L’inquiétant rapprochement entre les Houthis et les Shabaab est apparu en premier sur Kapitalis.

Ce que la politique monétaire européenne coûte à la Tunisie

03. September 2026 um 06:00

Il suffit parfois d’un quart de point pour rappeler que l’économie mondiale n’est jamais aussi lointaine qu’on voudrait le croire.

 

À Francfort, les gouverneurs de la Banque centrale européenne s’apprêtent à discuter d’une nouvelle hausse de leurs taux d’intérêt. Vingt-cinq petits points de base. Un chiffre qui paraît presque insignifiant lorsqu’on le regarde depuis Tunis. Et pourtant, derrière ces 0,25 %, il y a le prix du crédit, le coût de la dette, la valeur de l’euro, les mouvements de capitaux et, finalement, une partie de notre propre marge de manœuvre économique. Car lorsque la BCE bouge, la Tunisie finit toujours, d’une manière ou d’une autre, par ressentir le mouvement.

 

L’Europe résiste, mais elle n’est pas tranquille

La situation européenne est pour le moins paradoxale. L’économie de la zone euro montre une résistance que beaucoup n’avaient pas anticipée. Malgré les tensions géopolitiques, les incertitudes énergétiques et les perturbations du commerce international, l’activité tient. Mais cette résistance a son revers : elle donne à la BCE davantage de raisons de maintenir une politique monétaire vigilante.

À cela s’ajoute le retour de l’inflation énergétique. Le pétrole reste cher. Le gaz demeure une source d’inquiétude. Et les tensions autour du détroit d’Ormuz rappellent brutalement une réalité que l’Europe aurait aimé oublier : son économie reste très sensible à ce qui se passe à des milliers de kilomètres de ses frontières.

La BCE se retrouve donc face à un dilemme presque impossible. Elle doit combattre une inflation largement alimentée par un choc extérieur sans étouffer une économie qui, malgré tout, continue de respirer. Augmenter les taux ne fera pas apparaître davantage de pétrole. Cela ne remplira pas les stocks de gaz. Cela ne réparera pas les routes commerciales. Mais cela peut empêcher que la hausse des prix de l’énergie se diffuse partout ailleurs, dans les salaires, les services, les loyers et les anticipations des ménages et des entreprises. C’est toute la difficulté.

 

Une économie résiliente n’est pas une économie en surchauffe

C’est probablement là que se trouve le cœur du débat. Une économie qui résiste n’est pas nécessairement une économie qui va trop bien. Elle peut simplement être une économie qui encaisse les chocs sans s’effondrer. La nuance est essentielle. Car si la BCE décidait d’aller beaucoup plus loin dans la hausse des taux, elle prendrait le risque de transformer une inflation essentiellement importée en problème de croissance.

Les rendements obligataires européens ont déjà augmenté. Le coût du financement s’est déjà durci. Les États européens eux-mêmes doivent désormais consacrer davantage d’argent au service de leur dette.

Dans ces conditions, la BCE marche sur une ligne étroite. Un pas de trop, et elle pourrait freiner une économie déjà fragile. Un pas de moins, et elle pourrait laisser l’inflation repartir.

C’est cette tension qui explique les divergences au sein même de la BCE. Et c’est aussi ce qui rend la prochaine décision intéressante pour nous, en Tunisie.

 

Parce que l’Europe, pour nous, ce n’est pas simplement l’Europe

Dans les statistiques, la Tunisie apparaît comme une économie indépendante. Dans la réalité, elle est profondément imbriquée dans l’économie européenne. Nos exportations, nos importations, notre tourisme, une grande partie des transferts des Tunisiens résidant à l’étranger et de nombreux investissements sont liés à cet espace économique.

L’euro est partout. Il est dans les recettes de nos entreprises exportatrices. Il est dans les valises des touristes. Il est dans les transferts familiaux. Il est dans les réserves de change. Et il est aussi, indirectement, dans le coût de notre financement. C’est pourquoi une hausse des taux européens n’est jamais totalement neutre pour Tunis. Elle peut sembler être une décision prise à Francfort pour répondre à une inflation européenne. Mais elle modifie également l’environnement dans lequel la Tunisie doit chercher ses propres financements.

 

Le prix de l’argent redevient une réalité

Pendant longtemps, le monde s’était habitué à une anomalie : l’argent presque gratuit. Les taux étaient bas. Les liquidités abondantes. Les banques centrales intervenaient massivement sur les marchés. Cette époque nous avait presque fait oublier une vérité aussi vieille que la finance elle-même : l’argent a un prix.

Aujourd’hui, ce prix est de nouveau visible. Et pour un pays fortement endetté comme la Tunisie, cette nouvelle réalité est particulièrement inconfortable. Lorsque les rendements européens montent, les investisseurs deviennent naturellement plus exigeants. Pourquoi prendraient-ils davantage de risques dans un pays émergent si les placements considérés comme plus sûrs offrent eux-mêmes des rémunérations plus intéressantes ?

La Tunisie doit alors offrir une prime supplémentaire pour convaincre les investisseurs. C’est le fameux risque-pays. Et plus les taux internationaux montent, plus cette prime peut devenir lourde. Voilà pourquoi la décision de la BCE mérite notre attention. Pas parce que la Banque centrale européenne décide de notre politique économique. Mais parce qu’elle contribue à déterminer le monde financier dans lequel nous devons évoluer.

 

Pour Tunis, la dette devient une affaire de temps

Il y a quelque chose de particulièrement préoccupant dans cette nouvelle configuration. Une dette ne fait pas mal le jour où elle est contractée. Elle fait mal lorsqu’il faut la renouveler. C’est au moment du refinancement que le passé rencontre les conditions financières du présent. Si les taux sont bas, le renouvellement peut rester supportable. S’ils sont élevés, la facture augmente. Et pour la Tunisie, cette mécanique est fondamentale.

Le pays ne doit pas seulement regarder le montant de sa dette. Il doit également regarder sa structure, ses échéances, les monnaies dans lesquelles elle est libellée et surtout les conditions auxquelles il pourra la refinancer.

Dans un monde où le capital est devenu plus cher, chaque nouvelle échéance devient une question stratégique. Cela change complètement la manière de penser la politique budgétaire.

Le problème n’est plus simplement de savoir comment trouver de l’argent pour financer les dépenses de l’État. Il faut commencer à se demander comment réduire progressivement notre dépendance au financement.

 

La vulnérabilité tunisienne se trouve peut-être là

Il serait pourtant injuste de faire porter à la BCE la responsabilité de nos difficultés. Francfort défend les intérêts de la zone euro. La Banque centrale tunisienne doit défendre les intérêts de la Tunisie. Chaque pays fait avec ses propres contraintes. La véritable question est donc ailleurs.

Pourquoi une hausse de quelques dizaines de points de base en Europe peut-elle avoir autant d’importance pour nous ? Parce que notre économie demeure vulnérable aux conditions financières extérieures. Parce que nous avons besoin de devises. Parce que notre dette extérieure doit être remboursée. Parce que nous importons une partie importante de notre énergie et de nos biens d’équipement.

Parce que notre croissance reste insuffisamment forte pour créer naturellement les ressources dont nous avons besoin. Et surtout parce que nous n’avons pas encore suffisamment développé les moteurs capables de nous donner une véritable autonomie économique.

 

Le problème n’est pas l’euro. C’est notre dépendance

Cette distinction est essentielle. L’Europe peut augmenter ses taux. Le pétrole peut monter. Le dollar peut se renforcer. Les marchés peuvent devenir nerveux. Nous ne contrôlerons jamais ces variables. Ce que nous pouvons contrôler, en revanche, c’est notre capacité à y résister.

Une économie qui exporte davantage, qui attire des investissements productifs, qui améliore sa productivité et qui réduit son déficit énergétique est moins vulnérable aux décisions prises ailleurs. Une économie qui dépend fortement des importations et du financement extérieur devient, au contraire, très sensible au moindre changement de vent. C’est peut-être cela que la décision de la BCE devrait nous faire comprendre.

Notre véritable problème n’est pas que l’argent devienne cher. C’est que nous avons encore besoin de beaucoup trop d’argent que nous ne produisons pas nous-mêmes.

 

Le temps des accommodements touche à sa fin

Nous avons vécu pendant des années avec l’idée que les banques centrales finiraient toujours par intervenir. Lorsqu’un marché chutait, elles intervenaient. Lorsqu’une crise apparaissait, elles injectaient des liquidités. Lorsque les États avaient besoin de financer leurs déficits, les conditions monétaires facilitaient les choses.

Cette époque appartient désormais au passé. Les banques centrales doivent aujourd’hui choisir entre plusieurs risques : l’inflation, la croissance, la stabilité financière et la soutenabilité des dettes publiques. Et elles ne peuvent plus promettre de tout sauver en même temps.

Pour la Tunisie, cette nouvelle époque devrait être prise au sérieux. Car si l’argent reste durablement cher, nous ne pourrons plus repousser indéfiniment certaines questions : celle de l’efficacité de la dépense publique, celle de la rentabilité économique de l’endettement, celle de la compétitivité, celle des entreprises publiques, celle de l’énergie et, plus largement, celle de notre modèle de croissance.

 

Francfort nous envoie peut-être un message

La prochaine décision de la BCE portera officiellement sur 25 points de base. Mais son véritable message sera beaucoup plus large. Elle dira si les banques centrales considèrent que le monde de l’inflation maîtrisée et de l’argent bon marché est définitivement derrière nous. Pour la Tunisie, cette question dépasse largement les salles de réunion de Francfort.

Elle touche directement notre capacité à financer notre économie, à honorer nos engagements et à préserver notre stabilité. Et peut-être faut-il finalement regarder cette hausse annoncée non pas comme une mauvaise nouvelle venue d’Europe, mais comme un rappel.

Un rappel parfois inconfortable, mais salutaire : dans un monde où l’argent a retrouvé un prix, la souveraineté économique ne consiste pas seulement à pouvoir emprunter. Elle consiste surtout à pouvoir vivre avec moins besoin d’emprunter. C’est probablement là que se trouve, pour la Tunisie, le véritable enjeu des années qui viennent.

 

————————————–

 

Dr. Tahar El Almi,

Économiste-Economètre Universitaire

Professeur Associé.

Président-Fondateur de l’IAEF (ONG)

Institut Africain d’Economie Financière

Mob: 216 24675749.

Mail: tahar.elalmi@gmail.com

L’article Ce que la politique monétaire européenne coûte à la Tunisie est apparu en premier sur Leconomiste Maghrebin.

Ce que le choix énergétique allemand dit à la Tunisie

02. September 2026 um 09:53

Lors de la récente visite en Tunisie du ministre allemand des Affaires étrangères, Johann Wadephu, les échanges ont porté sur la coopération bilatérale, les investissements, la transition énergétique, le numérique, la formation et les relations entre la Tunisie et l’Europe. Mais un signal venu d’Alger au même moment mérite d’être décodé à Tunis.

Abdelwaheb Ben Moussa *

Johann Wadephul a déclaré que l’Algérie pourrait contribuer au remplissage des capacités allemandes de stockage de gaz, qualifiant Alger de «partenaire fiable».

Cette déclaration concerne d’abord l’Allemagne et l’Algérie. Mais pour la Tunisie, elle constitue surtout un rappel : dans la nouvelle géoéconomie européenne, les pays qui disposent d’un actif stratégique ont aussi un levier de négociation.

La question n’est donc pas de savoir pourquoi Berlin se tourne vers Alger. Elle est de savoir pourquoi Tunis ne transforme pas encore suffisamment ses propres atouts en actifs stratégiques.

Qu’est-ce que la Tunisie peut offrir à une Europe qui cherche à réduire ses vulnérabilités et à diversifier ses interdépendances ?

La réponse ne se trouve probablement pas dans le gaz. Elle se trouve dans ce que la Tunisie possède déjà — sa proximité avec l’Europe, son potentiel renouvelable, sa position méditerranéenne, ses compétences, son industrie, ses infrastructures et son ouverture africaine — mais qu’elle doit encore transformer en capacités économiques durables.

Le débat tunisien est trop souvent construit à partir de ce que demandent nos partenaires : coopération migratoire, sécurité, stabilité, énergie, investissements ou financement. Leurs projets, parfois clé en main, deviennent les nôtres.

Cette approche mérite d’être inversée. Avant de demander ce que l’Europe peut apporter à la Tunisie, il faut déterminer ce que la Tunisie veut devenir pour l’Europe. Cette question oblige à regarder nos vulnérabilités : déficit énergétique, besoin de devises, faiblesse de l’investissement productif, difficultés logistiques, dépendance technologique, perte de certaines compétences et accès encore insuffisant aux marchés africains.

Mais elle oblige également à regarder nos atouts : proximité du marché européen, position méditerranéenne, potentiel renouvelable, base industrielle déjà intégrée à plusieurs chaînes européennes, compétences techniques et numériques et proximité avec l’Afrique.

La stratégie consiste à transformer nos vulnérabilités en priorités et nos atouts en avantages.

L’Europe comme accélérateur industriel

C’est probablement le premier changement de raisonnement nécessaire. Avant de rêver d’exporter massivement de l’électricité vers l’Europe, la priorité devrait être de réduire durablement notre propre vulnérabilité énergétique, notre déficit en la matière dépassant désormais 60% au moment où le cours mondial de l’énergie flambe.

Chaque mégawatt renouvelable produit en Tunisie peut avoir plusieurs valeurs : réduire une importation, améliorer la balance commerciale, alimenter une activité industrielle, développer des compétences et, lorsque les conditions le permettent, être exporté.

L’ordre des priorités compte. Une politique énergétique géoéconomique tunisienne devrait donc poursuivre simultanément trois objectifs : sécurité énergétique nationale, compétitivité industrielle et capacité d’interconnexion avec l’Europe.

Le raccordement électrique avec le Vieux Continent ne devrait pas être conçu comme une simple autoroute d’exportation. Il doit devenir une infrastructure permettant à la Tunisie d’augmenter sa valeur dans la chaîne énergétique. Cela implique d’attirer les investissements, mais aussi de développer progressivement la formation, la maintenance, l’ingénierie et les services locaux.

Le véritable indicateur ne devrait donc pas être seulement le nombre de mégawatts installés. Il devrait être la valeur tunisienne créée par chaque unité d’énergie produite.

La relation avec l’Europe ne doit pas être réduite à la question des financements. L’enjeu essentiel est aussi d’utiliser l’accès au marché européen pour augmenter la productivité et la capacité industrielle nationales.

La Tunisie dispose d’une proximité exceptionnelle avec ce continent de 500 millions de consommateurs potentiels. Pourtant, cette proximité n’a pas encore produit toute la valeur qu’elle pourrait générer. L’intégration dans les chaînes européennes reste trop souvent concentrée sur des activités où la valeur ajoutée locale demeure limitée. La prochaine étape doit être celle de la montée en gamme : ingénierie, conception, logiciels industriels, électronique, composants, maintenance spécialisée, services numériques, santé et technologies énergétiques. L’objectif n’est pas seulement d’exporter davantage vers l’Europe. Il est d’exporter davantage de valeur. C’est également là que se joue la réciprocité.

L’Europe apporte des marchés, des capitaux, des technologies et des savoir-faire. La Tunisie doit, en retour, offrir des conditions permettant aux entreprises européennes de produire, d’innover et de se projeter depuis notre territoire vers d’autres marchés.

Johann Wadephul reçu par Abdelmadjid Tebboune : Alger, clou de la tournée maghrébine du responsable allemand.

Passer de la proximité à la projection et transformer la mobilité en réseau

La deuxième opportunité insuffisamment exploitée est africaine. La Tunisie dispose d’une proximité géographique, culturelle et économique particulière avec l’Afrique subsaharienne. Mais une proximité ne constitue pas une stratégie. Pour transformer cette position en avantage, il faut des entreprises capables d’opérer durablement en Afrique, des mécanismes de financement adaptés, des assurances, des liaisons logistiques, des partenariats bancaires et des réseaux professionnels.

L’enjeu n’est pas de faire de la Tunisie une puissance africaine. Il est d’en faire une plateforme depuis laquelle des entreprises tunisiennes, européennes et africaines peuvent travailler ensemble. Cette fonction pourrait devenir particulièrement intéressante pour les entreprises européennes souhaitant diversifier leurs implantations et accéder davantage aux marchés africains.

La Tunisie pourrait ainsi transformer sa position géographique en avantage économique : une interface entre l’Europe, le Maghreb et l’Afrique.

La question des compétences est indissociable de cette stratégie. La Tunisie forme des ingénieurs, médecins, techniciens, informaticiens et autres professionnels recherchés par les économies européennes. La mobilité de ces compétences est une réalité. La question n’est donc plus seulement de savoir comment freiner son exode, mais comment en augmenter la valeur pour l’économie tunisienne.

Cela suppose des partenariats de formation, des certifications communes, des liens structurés entre entreprises et établissements tunisiens et européens et des réseaux permettant aux compétences installées à l’étranger de maintenir des liens économiques avec la Tunisie.

La mobilité peut ainsi devenir un réseau économique plutôt qu’une simple perte de capital humain.

Cinq leviers pour changer le rapport de négociation

Ports, réseaux électriques, télécommunications, câbles sous-marins, data centers, routes, rail et plateformes logistiques ne sont pas de simples équipements. Dans une économie mondiale confrontée aux ruptures de chaînes d’approvisionnement, ils deviennent des instruments de résilience.

La Tunisie doit donc se poser une question simple : ses infrastructures sont-elles suffisamment fiables, rapides et compétitives pour que des entreprises organisent durablement leurs chaînes de valeur autour d’elles ?

Si la réponse est insuffisante, la géographie ne suffit pas. Il faut investir dans les infrastructures, mais aussi dans leur maintenance, leur redondance, leur sécurité et leur performance. La fiabilité doit devenir elle-même un avantage compétitif tunisien.

La stratégie tunisienne peut ainsi être concentrée sur cinq leviers.

Le premier, c’est l’énergie. Il s’agit de réduire la vulnérabilité énergétique nationale, développer les renouvelables et utiliser les interconnexions pour créer une base industrielle.

Le deuxième, c’est l’industrie. Il s’agit de passer progressivement de l’assemblage à davantage d’ingénierie, de conception et de services à forte valeur ajoutée.

Le troisième, c’est l’Afrique. Il s’agit de construire une plateforme commerciale, financière et logistique permettant aux entreprises tunisiennes et européennes d’accéder aux marchés africains.

Le quatrième, ce sont les compétences. Il s’agit de transformer la mobilité professionnelle en réseaux de formation, d’innovation et de création de valeur.

Le cinquième, ce sont les infrastructures. Il s’agit de faire de la fiabilité énergétique, numérique et logistique un avantage concurrentiel régional.

Ces cinq leviers ont une logique commune : créer en Tunisie des capacités dont nos partenaires ont intérêt à disposer. C’est ainsi que l’on passe de la dépendance à l’interdépendance.

Cette approche doit également changer notre manière d’évaluer les partenariats.

Le véritable test : ce qui reste en Tunisie

Un projet ne devrait plus être jugé uniquement sur le montant de l’investissement promis. Il faudrait systématiquement demander : Quelle valeur reste en Tunisie ? Quelles compétences sont transférées ? Combien d’entreprises tunisiennes entrent dans la chaîne de valeur ? Quel accès aux marchés est créé ? Quelle capacité nouvelle demeure si le partenaire se retire ?

Ce sont les véritables critères de la réciprocité. Un investissement important peut être économiquement utile sans être stratégiquement transformateur. À l’inverse, un projet plus modeste peut renforcer durablement la position tunisienne s’il crée une capacité industrielle, ouvre un marché et augmente notre pouvoir de négociation.

Le bon partenariat n’est donc pas nécessairement celui qui apporte le plus de capitaux. C’est celui qui augmente le plus notre capacité future à négocier.

La visite du ministre allemand est terminée. L’Allemagne continuera à diversifier ses fournisseurs énergétiques. L’Algérie continuera à valoriser son avantage gazier. La Norvège restera un acteur énergétique majeur. D’autres pays chercheront à prendre leur place dans la nouvelle géographie énergétique et industrielle européenne.

La Tunisie ne gagnera rien à envier les ressources des autres. Elle doit valoriser les siennes. Notre avantage ne sera probablement pas une matière première. Il peut être une combinaison : proximité européenne, énergie renouvelable, industrie, compétences, infrastructures et accès à l’Afrique. Mais cette combinaison ne deviendra un avantage géoéconomique que si nous la transformons en projets, en entreprises, en infrastructures et en chaînes de valeur.

Le signal envoyé par Berlin à Alger doit donc être lu non comme une occasion manquée, mais comme un rappel.

Dans la nouvelle économie de la puissance, les partenaires qui comptent sont ceux qui apportent quelque chose que les autres ont intérêt à sécuriser.

La Tunisie n’a pas besoin de devenir indispensable à l’Europe. Elle doit devenir suffisamment utile dans plusieurs domaines pour que sa réussite devienne également un intérêt pour ses partenaires. C’est cela, au fond, la véritable réciprocité. Et c’est peut-être la meilleure manière de transformer notre géographie en puissance : ne plus seulement être le pays situé entre l’Europe et l’Afrique, mais devenir le pays dont certaines connexions entre l’Europe et l’Afrique ont besoin.

* Ingénieur informatique, cadre d’une banque publique.

L’article Ce que le choix énergétique allemand dit à la Tunisie est apparu en premier sur Kapitalis.

La BCT détaille les aspects opérationnels des « crédits sur l’honneur »

02. September 2026 um 08:05

La promulgation, mardi 1er septembre 2026, de la circulaire n° 2026-08 par la Banque centrale de Tunisie consacre l’opérationnalisation d’un instrument inédit dans le paysage bancaire national, celui des microcrédits et microfinancements sur l’honneur.

 

Un mécanisme financé sur les bénéfices bancaires

Le dispositif instauré par l’autorité monétaire repose sur un principe d’allocation financière singulier. En effet, l’architecture financière dévoilée par les annexes de la circulaire prévoit l’obligation pour chaque banque commerciale d’instituer une ligne de financement autonome sur l’honneur, alimentée directement par un prélèvement réglementaire de 8 % de son résultat comptable net annuel, tel qu’approuvé par l’Assemblée générale ordinaire des actionnaires.

 

Lire aussi : Crédits et microfinancements sur l’honneur : la BCT impose une plateforme numérique dans chaque banque

 

Sur le papier, cette allocation systématique des bénéfices du secteur bancaire vers des financements sans sûretés matérielles constitue une mutualisation de la création de valeur bancaire au profit de la cohésion socio-économique et de l’essor des initiatives locales.

En mobilisant les ressources propres des établissements, sans recourir à un endettement extérieur, le régulateur confère à cette ligne une nature quasi-patrimoniale. Les banques assument ainsi une responsabilité directe dans le recyclage de leurs surplus financiers vers des segments traditionnellement exclus des circuits d’intermédiation classiques, tout en supportant les flux de déblocages et les recouvrements périodiques au sein d’un compte spécifiquement audité et retracé mensuellement auprès de l’Institut d’émission (Banque centrale).

 

L’exclusivité du canal numérique

Sur le plan opérationnel, la circulaire introduit une rupture majeure avec les pratiques coutumières d’octroi de crédit. Désormais, l’accès à ces financements sur l’honneur est subordonné à un dépôt exclusivement dématérialisé. La circulaire interdit formellement la réception de requêtes physiques en agence et contraint chaque banque assujettie à concevoir et déployer une plateforme informatique dédiée, rigoureusement alignée sur les normes de cybersécurité et de protection des données personnelles.

Au cœur de cette dématérialisation obligatoire réside l’intégration d’un cachet d’horodatage électronique infalsifiable. Ce sceau temporel joue un rôle juridique décisif. Il enregistre de manière irrévocable la minute exacte de la soumission de la demande et conditionne strictement l’ordre d’instruction des dossiers, matérialisant le principe fondamental d’antériorité.

Par ailleurs, c’est ce même repère temporel qui déclenche le décompte des délais légaux imposés aux établissements pour statuer sur les requêtes, prévenant ainsi toute inertie discrétionnaire ou traitement asymétrique et garantissant une équité transparente entre les demandeurs de financement.

 

Lire également : De l’injonction administrative au levier géoéconomique : comment réussir le pari du crédit d’honneur à taux zéro

 

Vigilance prudentielle

Bien que qualifiés de concours « sur l’honneur » en raison de l’absence des garanties réelles habituellement exigées, ces crédits ne constituent aucunement une distribution à fonds perdus exonérée de contrôle. La Banque centrale a rappelé que les établissements demeurent pleinement tenus d’appliquer leurs politiques internes de sélectivité, leurs règles de contrôle interne, ainsi que les directives de gouvernance et de couverture des risques en vigueur.

Pour conjurer l’aléa moral et endiguer le risque de déperdition des liquidités, l’autorité monétaire impose une interrogation obligatoire et instantanée de la Centrale des Risques préalablement à tout déblocage effectif de fonds. Cette disposition vise à vérifier qu’aucun bénéficiaire ne cumule un engagement antérieur non soldé au sein du même régime, que ce soit auprès de sa propre banque ou d’un établissement concurrent.

 

Défis sectoriels

L’entrée en vigueur de la circulaire, fixée au 1er octobre 2026, place le système bancaire face à une triple équation : achever dans des délais restreints l’infrastructure technique des plateformes en ligne, calibrer des outils de scoring comportemental adaptés à des porteurs de projets dépourvus de garanties tangibles, et concilier l’impact de ce prélèvement sur fonds propres avec la rentabilité globale.

Le succès de cette réforme résidera dans la capacité des banques à transformer cette obligation réglementaire en un levier pérenne d’élargissement de leur base de clientèle et d’accompagnement de l’économie réelle. Autrement, la facture des créances classées sera lourde, réduisant ainsi les bénéfices et, donc, les montants à allouer à de nouveaux crédits dans les années à venir.

L’article La BCT détaille les aspects opérationnels des « crédits sur l’honneur » est apparu en premier sur Leconomiste Maghrebin.

La France accusée de «harcèlement judiciaire» contre Rima Hassan

02. September 2026 um 07:06

La dénonciation du génocide perpétré par Israël à Gaza et la défense des droits du peuple palestinien sont presque devenues un crime en France. La députée française d’origine palestinienne Rima Hassan, figure emblématique de la défense de la cause palestinienne au pays de Voltaire et de Hugo, n’a cessé d’en faire l’expérience à ses dépens.

Djamal Guettala

Cette dérive, qui déshonore la France et les Français, vaut au supposé pays des droits de l’homme de se retrouver une nouvelle fois interpellée sur le terrain des libertés publiques. Cinq rapporteurs spéciaux des Nations unies – excusez du peu ! – demandent officiellement des comptes à Paris au sujet des mesures policières et des procédures judiciaires visant Rima Hassan en raison de ses prises de position politiques, notamment sur la Palestine. Pour ces experts, la multiplication des auditions, la garde à vue et les mesures de surveillance soulèvent de «graves préoccupations» et pourraient constituer des atteintes à plusieurs droits fondamentaux.

Dans leur communication adressée aux autorités françaises, les experts de l’Onu relèvent également que la quasi-totalité des procédures engagées contre la juriste franco-palestinienne auraient été classées sans suite.

Au-delà du seul cas de Rima Hassan, c’est la manière dont la France traite certaines expressions politiques liées à la Palestine qui inquiète les rapporteurs.

Des procédures qui deviennent elles-mêmes une sanction

Le constat qu’ils dressent est particulièrement sévère. Même lorsqu’elles ne débouchent pas sur une condamnation, la répétition des procédures judiciaires peut, selon eux, produire un effet dissuasif considérable sur la liberté d’expression.

Autrement dit, le problème ne résiderait pas uniquement dans l’issue judiciaire d’une affaire, mais dans l’accumulation des convocations, interrogatoires, gardes à vue et mesures de surveillance.

Les rapporteurs évoquent ainsi des mesures susceptibles de relever du «harcèlement judiciaire et politique» et estiment qu’elles pourraient porter atteinte à plusieurs droits fondamentaux : liberté d’opinion et d’expression, droit à la vie privée, liberté de réunion et d’association, principe d’égalité et de non-discrimination, mais également droit de participer à la vie publique.

Une mise en garde qui dépasse largement le cas individuel de Rima Hassan.

Les experts de l’Onu dénoncent ce qu’ils décrivent comme une «tendance croissante à la répression des voix défendant les droits du peuple palestinien par les autorités françaises».

Le recours à l’infraction d’«apologie du terrorisme» constitue l’un des principaux points d’inquiétude. Les rapporteurs demandent à Paris de démontrer que l’utilisation répétée de cette qualification respecte les engagements internationaux de la France en matière de liberté d’expression.

La question est politiquement explosive : jusqu’où un État peut-il aller dans la lutte contre l’apologie du terrorisme sans transformer cet arsenal juridique en instrument de restriction de la parole politique ?

Pour les rapporteurs, le risque est précisément celui d’un glissement. L’ouverture répétée de procédures, y compris lorsqu’elles se terminent sans condamnation, peut suffire à intimider les militants, les élus, les associations, les universitaires ou les simples citoyens qui prennent publiquement position.

La justice ne sanctionnerait alors plus seulement par une condamnation. La procédure elle-même pourrait devenir une forme de pression.

Rima Hassan doit-elle renier son pays d’origine, la Palestine, dont ses parents ont été chassés par l’armée d’occupation israélienne, pour avoir droit à la liberté d’expression comme tout citoyen français ?

Un avertissement qui dépasse Rima Hassan

Les cinq rapporteurs spéciaux demandent désormais au gouvernement français de fournir des explications sur les motifs et la proportionnalité de la garde à vue de Rima Hassan, mais aussi sur les informations communiquées aux médias, les interrogatoires répétés et les éventuelles mesures de surveillance.

Ils interrogent également Paris sur la compatibilité du recours à l’«apologie du terrorisme» avec les obligations internationales de la France.

La question est loin d’être secondaire. La France se présente régulièrement comme une démocratie attachée à la liberté d’expression, à l’État de droit et à la défense des droits humains. La communication des experts de l’Onu vient mettre cette posture à l’épreuve, en demandant aux autorités françaises de démontrer que leur pratique est conforme aux principes qu’elles défendent sur la scène internationale.

L’intérêt de cette intervention onusienne réside surtout dans sa portée générale. Les rapporteurs ne se limitent pas à dénoncer une situation individuelle. Ils alertent sur les conséquences politiques d’une multiplication des poursuites visant des voix favorables aux droits des Palestiniens.

La liberté d’expression ne se mesure pas seulement à la possibilité théorique de parler. Elle se mesure aussi à la capacité de le faire sans craindre une succession de convocations, de procédures ou de mesures policières.

C’est précisément ce phénomène que les experts redoutent lorsqu’ils évoquent un «effet dissuasif» sur la liberté d’expression, la société civile et le pluralisme démocratique.

La France doit donc répondre. Et cette fois, la question ne vient pas seulement d’associations, de militants ou d’opposants politiques. Elle est posée par cinq experts mandatés par les Nations unies.

Le dossier Rima Hassan devient ainsi le révélateur d’une interrogation plus vaste : la lutte contre l’apologie du terrorisme peut-elle servir de justification à la mise sous pression de la parole politique, notamment lorsqu’elle concerne la Palestine, une nation spoliée de sa terre et un peuple martyrisé par l’une des plus redoutables machines de guerre actuelle dans le monde, celle de l’Etat d’occupation israélien ?

La réponse du gouvernement français sera scrutée bien au-delà de l’Hexagone. Car la situation des défenseurs de la cause palestinienne en Allemagne, aux Etats-Unis et dans d’autres pays occidentaux n’est pas meilleure qu’en France.

L’article La France accusée de «harcèlement judiciaire» contre Rima Hassan est apparu en premier sur Kapitalis.

Un livre ravive la mémoire des Italiens de Tunisie

01. September 2026 um 13:48

‘‘Les otages de Mussolini. Une histoire vraie des Italiens de Tunis’’, le premier livre de Marie-Ange La Rosa, disponible en français sur Amazon, aux formats papier et numérique, raconte l’histoire d’enfants italiens de Tunisie envoyés dans des colonies de vacances fascistes en Italie et séparés de leurs familles. Un voyage vers le pays d’origine qui aurait dû durer cinq semaines mais qui, bouleversé par l’entrée du pays dans la Seconde Guerre mondiale, s’est transformé pour certains enfants en une séparation d’avec leurs familles ayant duré des années.

L’ouvrage met en lumière un épisode méconnu de l’histoire de l’importante communauté italienne vivant dans la Tunisie du protectorat français, en le reconstituant à partir de documents, d’archives diplomatiques et de souvenirs familiaux.

Selon le récit de La Rosa, le 8 juin 1940, des dizaines de familles accompagnèrent au port de Tunis leurs enfants, qui devaient passer quelques semaines en Italie. Parmi eux se trouvait Joseph, âgé de huit ans, l’oncle de l’auteure.

Une colonie de vacances ordinaire les attendait, dans le cadre des initiatives alors organisées pour les enfants d’Italiens résidant à l’étranger ; mais deux jours plus tard, le 10 juin, Benito Mussolini annonça l’entrée en guerre de l’Italie contre la France et la Grande-Bretagne. Les liaisons avec Tunis furent interrompues et ce qui devait être des vacances changea de nature.

La déclaration de guerre de l’Italie à la France est attestée par les sources historiques comme le moment de rupture qui bouleversa également les équilibres de la communauté italienne de Tunisie.

Les communautés émigrées et l’Italie fasciste

Dans son livre, La Rosa retrace le parcours de ces enfants à travers différentes localités italiennes jusqu’à Menton, évoquant la discipline en vigueur dans les structures de jeunesse fascistes puis l’irruption de la guerre dans leur vie, avec les bombardements, la faim et les déplacements incessants.

Le terme «otages», choisi pour le titre, renvoie donc avant tout à des enfants prisonniers des conséquences de décisions politiques et militaires prises par les adultes.

Par ailleurs, le phénomène des colonies de vacances pour les Italiens de l’étranger était déjà d’une ampleur considérable avant la guerre ; il constituait l’un des outils utilisés par le régime pour renforcer les liens entre les jeunes issus des communautés émigrées et l’Italie fasciste.

Des études sur la présence italienne en Tunisie indiquent qu’environ 23 000 jeunes italo-tunisiens ont participé à ces colonies de vacances en Italie durant le Ventennio. Une source française de l’époque évaluait à environ 2 000 par an le nombre d’enfants envoyés depuis la Tunisie.

Toutefois, l’histoire relatée dans le livre s’inscrit dans un contexte plus complexe que celui d’une communauté faisant bloc derrière Mussolini. Parmi les Italiens de Tunisie, on comptait certes des partisans du régime, mais aussi des antifascistes, des communistes et une importante communauté juive italienne. Tunis était également un centre majeur de l’antifascisme italien à l’étranger.

L’entrée en guerre de l’Italie a également suscité une réaction sévère de la part des autorités françaises du protectorat. Les recherches historiques attestent l’existence d’un plan d’internement visant initialement plus de 16 000 citoyens italiens âgés de 18 à 50 ans.

Ces mesures ont fini par toucher, selon une étude publiée par les Presses universitaires de Rennes, près de 30 000 Italiens, sans distinction nette entre fascistes, antifascistes et autres composantes de la communauté. Nombre d’entre eux furent transférés dans les camps de Sbeitla, Kasserine, Aïn Sefra et Kreider.

C’est dans ce contexte qu’à Tunis, les familles des enfants partis pour l’Italie perdirent peu à peu la possibilité de suivre leur trace. Le livre relate notamment les démarches entreprises par Balthazar Rallo, tailleur italien établi à Tunis et grand-père de l’auteure, pour retrouver son fils Joseph.

La Rosa explique avoir reconstitué cette histoire en visitant les localités italiennes traversées par le groupe, en consultant des sources historiques ainsi que les archives diplomatiques françaises de Nantes et de La Courneuve, et en recueillant les témoignages de son oncle, de membres de sa famille et d’autres acteurs de cette expérience.

Une page sensible de la mémoire des Italiens de Tunisie

Depuis la publication de l’ouvrage, confie l’auteure à l’agence Ansa, de nouveaux souvenirs sont parvenus de France, d’Italie et de Tunisie, émanant de descendants d’internés, d’enfants ayant vécu sous les bombardements et de familles ayant compté des proches dans ces colonies.

‘‘Les otages de Mussolini’’ aborde ainsi une page particulièrement sensible de la mémoire italienne en Méditerranée : celle d’une communauté enracinée en Tunisie depuis des générations, traversée par les divisions politiques de l’époque et finalement broyée entre les ambitions du fascisme, l’entrée en guerre de l’Italie, la réaction des autorités coloniales françaises et le conflit qui, à partir de 1942, allait frapper directement la Tunisie. Une histoire où les responsabilités du régime fasciste et de sa politique de mobilisation des Italiens à l’étranger constituent un élément incontournable, mais où émergent également les destins individuels de familles et d’enfants ayant subi des décisions sur lesquelles ils n’avaient aucune prise. Une mémoire restée durant des décennies essentiellement privée et familiale, que le livre de Marie-Ange La Rosa tente désormais d’inscrire dans l’histoire collective des Italiens de Tunisie.

Selon l’auteure, l’ouvrage «remet en lumière un souvenir familial longtemps resté dans l’ombre : celui des Italiens de Tunis, pris au piège d’une guerre qui n’était pas la leur.»

L’article Un livre ravive la mémoire des Italiens de Tunisie est apparu en premier sur Kapitalis.

Ce que l’Europe craint d’un effondrement tunisien

01. September 2026 um 10:13

Que l’Allemagne ait un intérêt direct à la stabilité tunisienne, personne ne le conteste. Mais l’Allemagne n’est jamais seule quand elle parle de stabilité et de Sahel à un chef d’État nord-africain : elle parle aussi, de fait, au nom du continent européen qui a fait de la Tunisie son verrou migratoire et énergétique, et qui n’a pas oublié qu’un effondrement tunisien se traduirait par une pression migratoire sur ses propres côtes.

Moktar Lamari *

Il faut se méfier des communiqués diplomatiques qui se ressemblent trop pour être honnêtes — et se méfier plus encore de ceux qui ne se ressemblent pas du tout. Explication…

Le 31 août, Johann Wadephul, ministre allemand des Affaires étrangères, a atterri à Tunis, dans une visite imprévue et urgente, pour une tournée maghrébine présentée comme une simple courtoisie anniversaire : soixante-dix ans de relations diplomatiques tuniso-allemandes, une délégation d’industriels, des dossiers énergie et chaînes d’approvisionnement automobile.

Rien, en apparence, qui justifie qu’un ministre des Affaires étrangères d’un pays du G7 se déplace en personne, accompagné de son patronat, pour aller souffler des bougies protocolaires. Sauf que le décor a craqué presque aussitôt, et de la façon la plus flagrante qui soit : les deux capitales ont raconté deux rencontres différentes.

Avant même l’atterrissage, le ministère allemand des Affaires étrangères annonçait sur son propre site que les discussions avec Kaïs Saïed porteraient sur leurs «intérêts communs en faveur de la stabilité de la Tunisie». Une fois sur place, interrogé par la chaîne publique allemande ARD, Wadephul est allé plus loin encore, évoquant sans détour le terrorisme et la montée de «l’islamisme», et présentant la migration comme l’un des fils conducteurs de sa tournée nord-africaine.

En conférence de presse à Tunis, il a par ailleurs insisté sur la volonté allemande d’«exploiter les potentiels mutuels», en particulier dans «l’approvisionnement en énergie respectueuse du climat» — une manière polie de dire qu’on est venu sécuriser des tuyaux, pas signer des cartes postales.

Or aucun de ces trois sujets — Sahel, terrorisme islamiste, énergie climatique — ne figure dans le compte rendu publié depuis le Palais de Carthage.

Pas une ligne, pas une allusion. À la place, la présidence tunisienne met en scène un Kaïs Saïed qui disserte sur l’humanité entrant dans une «nouvelle étape de son histoire» nécessitant une pensée fondée sur la liberté et la justice, et qui profite de l’audience pour exiger la révision de plusieurs accords — au premier rang desquels l’accord d’association avec l’Union européenne, jugé trop déséquilibré.

Intérêt direct de l’Europe à la stabilité tunisienne

Deux ministères, une seule et même rencontre, et pourtant deux comptes rendus qui pourraient décrire deux réunions tenues à des années de distance. Ce genre de dissonance ne s’invente pas dans un simple exercice de communication maladroit ; il trahit deux agendas qui se sont croisés dans la même salle sans jamais vraiment se parler — l’un venu évaluer un risque, l’autre venu réciter un grief.

Que l’Allemagne — troisième marché à l’export pour la Tunisie, pilier de l’approvisionnement automobile européen, hôte de 7 500 étudiants tunisiens et de milliers de soignants tunisiens dans ses hôpitaux — ait un intérêt direct à la stabilité tunisienne, personne ne le conteste.

Mais l’Allemagne, dans l’architecture européenne, n’est jamais seule quand elle parle de stabilité et de Sahel à un chef d’État nord-africain : elle parle aussi, de fait, au nom d’un continent qui a fait de la Tunisie son verrou migratoire et énergétique, et qui n’a pas oublié qu’un effondrement tunisien se traduirait en semaines, pas en mois, par une pression migratoire sur ses propres côtes.

On ne dépêche pas le chef de sa diplomatie, escorté d’industriels et suivi d’un crochet immédiat à Alger pour discuter interconnexions électriques, si le seul enjeu a trait à un anniversaire à souligner.

On le fait quand on veut prendre le pouls d’un pays avant qu’il ne s’arrête de battre.

Et ce pouls, aujourd’hui, est franchement inquiétant. Pendant que Wadephul serrait des mains à Carthage, des quartiers entiers de Tunis, de Sfax, du Kef, de Djerba ou de Gabès continuaient de vivre au rythme de coupures d’eau et d’électricité répétées, parfois plusieurs fois par jour — le symptôme le plus visible d’un réseau Steg en déficit structurel de production que plus aucun décret présidentiel ne peut masquer.

Des menaces terroristes en Tunisie sont probables selon des sources proches de la chancellerie allemande.

À cela s’ajoutent des pénuries récurrentes de médicaments essentiels dans les pharmacies, remontées presque chaque semaine par la société civile et les syndicats de la santé, signe que même la chaîne d’approvisionnement pharmaceutique, pourtant vitale, craque sous la pression budgétaire et le manque de devises.

Les trois ingrédients de l’embrasement social

Ce sont exactement les trois ingrédients — eau, courant, médicaments — dont l’histoire politique récente du monde arabe a montré qu’ils précèdent, presque toujours, l’embrasement social. Ce n’est pas un hasard si le crochet algérien de Wadephul porte précisément sur l’offre électrique : Berlin cherche, très concrètement, des solutions de dépannage énergétique pour un voisin tunisien exsangue, faute de pouvoir compter sur une réforme interne que le régime refuse d’engager.

Rien de tout cela ne serait alarmant si le contexte politique tunisien n’était pas déjà à ce point tendu.

Un pouvoir réélu à 90,7 % sur une participation de 28,8 %, une opposition emprisonnée par dizaines, un Premier ministre limogé presque chaque année, une dette publique qui frôle 85 % du PIB, un déficit qui se creuse de nouveau : la marge de manœuvre du régime pour absorber un choc social supplémentaire est proche de zéro.

Quand l’eau, l’électricité et les médicaments manquent en même temps, la colère ne cherche plus de porte-parole partisan ; elle descend dans la rue directement, comme on l’a vu ailleurs dans la région ces derniers mois.

Et c’est précisément ce scénario que l’Europe, par la voix de son émissaire allemand, semble être venue évaluer de très près — sans jamais le dire tout haut. La visite protocolaire de Wadephul n’est peut-être qu’une couverture élégante pour une question bien plus brutale que Berlin, et derrière elle Bruxelles, se pose désormais sans détour : combien de temps le système Saïed peut-il encore tenir avant que la rue ne tranche à sa place ? 

Economiste universitaire.

Blog de l’auteur: E4T.

L’article Ce que l’Europe craint d’un effondrement tunisien est apparu en premier sur Kapitalis.

❌