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Les Houthis mettent en lumière les limites du vaste arsenal militaire saoudien

16. Oktober 2026 um 09:22

Alors que l’Arabie saoudite figure parmi les plus grands acheteurs d’armes au monde, elle peine à contrer les tactiques du groupe yéménite Ansar Allah, communément appelé les Houthis, soutenu par l’Iran. Cette boulimie d’achats militaires est clairement inefficace et ne permet pas de protéger le Royaume face aux incessantes attaques des Houthis qui frappent des cibles vitales comme l’infrastructure aéroportuaire, les installations pétrolières ou le siège d’Aramco, ciblé le mardi 13 octobre 2026. Nous sommes tentés de dire que ces achats compulsifs servent à nourrir l’ogre qu’est le complexe militaro-industriel américain, c’est en partie vrai cependant la situation est plus complexe que cela. (Photo : Capture d’écran issue d’une vidéo fournie par les Houthis, montrant des combattants en train d’examiner les débris d’un avion de combat F-15 saoudien après l’avoir abattu).

Imed Bahri

L’Arabie saoudite possède 353 avions de chasse dont un F-15 abattu en septembre dernier par les Houthis. Elle est dotée de l’un des meilleurs systèmes de défense antiaérienne, 108 lanceurs de missiles Patriot, 6 lanceurs de missiles Thaad, d’autres lanceurs de missiles d’interception comme Avenger, Mistral et Rapid Ranger ainsi que des missiles sol-air, des drones intercepteurs, des réseaux de radars, des équipements de guerre électronique et même le Sky Shield, une arme laser à fibre optique de fabrication chinoise destinée à contrer les drones.

En dépit de tout cela, le groupe yéménite pro-iranien frappe là où ça fait mal et les Saoudiens peinent à se protéger. Comment cela est-il possible alors que l’Arabie Saoudite possède cet immense arsenal ?

Dans une enquête du Financial Times, Charles Clover, Chloe Cornish et Ahmed Al Omran se sont penchés sur le sujet pour pouvoir comprendre cette situation. 

Des centaines de milliards de dollars investis pour rien

L’Arabie saoudite a dépensé des centaines de milliards de dollars pour se doter de l’un des arsenaux militaires les plus redoutables du Moyen-Orient, composé d’équipements américains allant des missiles Patriot aux avions de chasse F-15. Cependant, ce mois-ci, des attaques houthies ont frappé jour après jour des cibles situées au cœur du royaume —notamment l’aéroport international du roi Khaled à Riyad— révélant brutalement les limites de ces investissements.

Mardi 13 octobre, les rebelles houthis ont pris pour cible le siège de Saudi Aramco, la plus grande compagnie pétrolière au monde, situé à Dhahran.

Bien que le royaume ait réussi à se défendre contre des salves de missiles iraniens au début du conflit, des analystes et des experts du secteur militaire saoudien estiment qu’il a du mal à s’adapter à l’évolution rapide des tactiques et des technologies employées par les Houthis. L’épuisement des stocks régionaux d’intercepteurs, après des mois de bombardements iraniens, a également compliqué la défense de ce vaste territoire, ont-ils ajouté.

Manque de coordination des systèmes de défense saoudiens

«La défense parfaite n’existe pas, il faut toujours s’attendre à des failles. Cela dit, les aéroports —et pas seulement les installations énergétiques— devraient figurer sur la liste des infrastructures critiques à protéger absolument», a déclaré Bilal Y. Saab, directeur général du cabinet de conseil Trends US à Washington et chercheur associé au groupe de réflexion Chatham House. Selon M. Saab, la situation révèle les tactiques des Houthis et le manque de coordination des systèmes de défense antimissile côté saoudien.

L’an dernier, le royaume a consacré l’équivalent de 6,5% de son PIB aux dépenses militaires ce qui en fait l’un des taux les plus élevés au monde selon l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (Sipri).

Ce chiffre atteignait 13% en 2015, année où le prince Mohammed ben Salmane —alors ministre de la Défense— a déployé une coalition militaire pour soutenir le gouvernement yéménite reconnu par la communauté internationale dans sa lutte contre les Houthis soutenus par l’Iran.

Le royaume allait passer des années enlisé dans ce conflit, lançant une vaste et coûteuse campagne aérienne contre les rebelles dans le cadre d’une guerre civile que l’Onu qualifierait de pire crise humanitaire d’origine humaine au monde, avant qu’un cessez-le-feu n’intervienne en 2022.

Après les attaques menées par les États-Unis et Israël contre l’Iran en février, les défenses aériennes saoudiennes semblaient initialement bien armées pour protéger le royaume des frappes iraniennes, affichant des taux d’interception élevés.

Toutefois, si la trêve avec les Houthis a tenu au début, elle n’a pas perduré. En juillet, après que Riyad a frappé une piste d’aéroport à Sanaa, la capitale contrôlée par les Houthis, affirmant vouloir empêcher l’atterrissage d’un avion iranien, ces derniers ont annoncé un blocus des navires saoudiens, lancé une offensive pour s’emparer de la côte de la mer Rouge et commencé à bombarder des installations énergétiques saoudiennes, perturbant ainsi les exportations de pétrole du royaume. Une autre attaque, menée par des milices chiites en Irak, a également entraîné la fermeture temporaire de l’oléoduc stratégique reliant l’est à l’ouest du royaume.

Les rebelles houthis attaquent des cibles critiques

Ce mois-ci, les rebelles ont intensifié leur campagne contre les aéroports saoudiens après l’annonce d’une contre-offensive par la coalition yéménite soutenue par l’Arabie saoudite, provoquant l’annulation de milliers de vols. La frappe du samedi 10 octobre ayant ciblé l’aéroport international du roi Khaled à Riyad —toujours fermé— a fait 13 morts et 309 blessés, constituant l’attaque la plus meurtrière de ce type depuis près de dix ans.

Les pilotes de chasse saoudiens ont accumulé des années d’expérience dans la lutte contre les Houthis. Des personnes ayant collaboré avec l’armée saoudienne affirment que le problème ne réside pas dans le manque d’expertise. «J’ai passé beaucoup de temps à travailler avec le commandement des Forces royales de défense aérienne saoudiennes», a déclaré David Des Roches, professeur au sein du cabinet de conseil et organisme de formation Thayer Marshall Institute. Ayant dispensé des formations à de hauts responsables de la défense saoudienne, il les décrit comme étant «incroyablement compétents».

Les Houthis ont appris à déjouer les systèmes de défense  

Selon les analystes militaires, les Houthis ont tiré parti des années de guerre contre l’Arabie saoudite, Israël et les États-Unis pour bien mieux comprendre comment déjouer les radars et les systèmes d’interception modernes. Par ailleurs, la trêve de quatre ans avec Riyad leur a permis de se réarmer avec l’aide de l’Iran. Une personne informée de ces attaques a indiqué que les Houthis avaient utilisé des drones-vraisemblablement des modèles Samad-2 ou Samad-3, des drones de frappe à longue portée et à voilure fixe  pour cartographier la portée des intercepteurs. Ils ont ensuite eu recours à des missiles de croisière, peut-être dérivés du modèle iranien Quds-4, ces engins volent plus bas et plus lentement tout en pouvant modifier leur trajectoire, ce qui les rend difficiles à détecter. «Un mélange de chance et de stratégie», a commenté une source au FT.

«Ce que nous observons actuellement donne à penser que les Houthis ont également acquis une précieuse expérience opérationnelle. Ils tirent les leçons de leurs attaques infructueuses, adaptent leurs tactiques et renforcent leur capacité à défier des systèmes de défense aérienne sophistiqués», a déclaré Mohammed al-Basha, fondateur du cabinet de conseil Basha Report, basé à Washington.

Les Houthis ont également tiré parti des leçons apprises par l’Iran et ses alliés régionaux lors de leurs confrontations avec les États-Unis et Israël, notamment en ce qui concerne les frappes de missiles contre des bases militaires et des infrastructures critiques dans tout le Golfe. «Les Houthis et leurs soutiens iraniens ont appris une chose ou deux sur les forces et les limites des systèmes de défense aérienne occidentaux», a déclaré Basha.

Les défenses aériennes saoudiennes sont étendues et comprennent des systèmes Patriot et Thaad, des missiles sol-air, des drones intercepteurs, des réseaux de radars, des équipements de guerre électronique et même le Sky Shield, une arme laser à fibre optique de fabrication chinoise destinée à contrer les drones.

Les stocks de munitions se sont progressivement épuisés

Toutefois, l’approvisionnement en missiles intercepteurs constitue une variable critique, bien qu’ambiguë, selon les analystes. Depuis février, les États du Golfe se sont défendus contre les attaques de missiles iraniens en utilisant massivement les systèmes Patriot et Thaad or, il est de notoriété publique que les stocks actuels —bien que jalousement gardés secrets— sont faibles. Les États-Unis ont averti même leurs alliés les plus proches que les stocks de missiles intercepteurs Patriot étaient très limités, Washington privilégiant ses propres besoins militaires.

L’Arabie saoudite a vu la pression s’accentuer sur ses défenses aériennes car elle devait désormais anticiper les menaces venant à la fois de l’Iran, à l’est, et des Houthis, au sud, ce qui signifie, selon Des Roches, qu’il «faut diviser ses capacités par deux».

Robert Tollast, chercheur au Royal United Services Institute de Londres, a affirmé qu’avec une planification adéquate, les Houthis pourraient concentrer leurs tirs de missiles pour saturer les défenses, même celles de cibles pourtant bien protégées.

«Les Saoudiens se retrouvent dans la même situation que les Ukrainiens, les Israéliens ou les Américains. La production de ces intercepteurs est manifestement sous tension et il est difficile d’établir des priorités», explique-t-il.

M. Tollast a ajouté que la défense de l’Arabie saoudite était bien plus complexe que celle d’Israël, par exemple, en raison de la dispersion des bases militaires, des aéroports, des installations pétrolières et des villes sur un vaste territoire qu’aucun réseau de défense aérienne ne peut protéger intégralement.

Les attaques houthis menées à travers le pays s’inscrivaient dans une stratégie visant à disperser les moyens de défense aérienne saoudiens, a expliqué Sascha Bruchmann, chercheur basé à Bahreïn pour le groupe de réflexion International Institute for Strategic Studies (IISS). «Les insurgés vont cibler un élément important pour vous pendant plusieurs jours d’affilée, jusqu’à ce que vous commenciez à y déplacer des ressources limitées. Ils vous dispersent et vous forcent à déplacer vos moyens, pour ensuite frapper une autre cible qui vous est chère», a expliqué Bruchmann.

Selon Tollast, se défendre contre des attaques de missiles d’une telle ampleur implique de détruire les lanceurs situés en territoire houthi et cela nécessite une combinaison de collecte minutieuse de renseignements et de missions de frappe confiées à l’imposante flotte de chasseurs F-15 saoudiens, à l’instar de la manière dont les avions de combat américains et israéliens ont localisé et frappé des lance-missiles iraniens depuis les airs.

«C’est essentiellement un jeu de tape-taupe», a déclaré Tollast, soulignant que même les États-Unis et Israël avaient peiné à éliminer les lance-missiles mobiles iraniens, malgré le déploiement de moyens de surveillance satellitaire et de drones considérables.

On pense que les Houthis disposent de réseaux de grottes et de tunnels —naturels et artificiels— dans les zones montagneuses du nord du Yémen. Ils ont survécu à des années de frappes aériennes menées par l’Arabie saoudite et, plus récemment, à des campagnes de bombardements massives américaines et israéliennes.

L’Arabie saoudite s’est tournée vers ses alliés pour obtenir de l’aide. La France a annoncé le mois dernier l’envoi de soldats, de radars et de systèmes de défense pour protéger le terminal pétrolier de Yanbu tandis que le Royaume-Uni a accepté de fournir un avion de ravitaillement en vol afin de soutenir les activités défensives saoudiennes au Yémen.

L’offensive contre l’Arabie saoudite a également mis à l’épreuve un nouveau pacte de défense dit Pacte de la Mecque conclu avec la Turquie et le Pakistan. Le Pakistan, qui envoie depuis longtemps des troupes et des instructeurs militaires en Arabie saoudite, a dépêché des avions de chasse et des pilotes dans le royaume en avril pendant la guerre d’Iran battait son plein, tandis que la Turquie a déclaré fournir des «forces et capacités militaires» sans toutefois que cela n’inclue de troupes au sol.

Cependant, le principal partenaire de défense de l’Arabie saoudite semble, pour l’heure, faire preuve de moins d’engagement. Bien que le prince Mohammed ait appelé Donald Trump le mois dernier pour solliciter le soutien américain face aux insurgés, le président est resté évasif dans ses déclarations publiques quant à une éventuelle intervention. Selon les analystes, cette situation a suscité des tensions à Riyad alors même que Washington continue de fournir des renseignements et une aide au ciblage.

«Les États-Unis ont pour habitude de défendre des puissances plus faibles face à des puissances plus fortes mais il est difficile de se rappeler une époque où ils ont défendu des puissances plus fortes contre des puissances plus faibles. Leur attitude a été de dire aux Saoudiens: C’est votre rôle de vous défendre», a déclaré Jon Alterman, titulaire de la chaire Brzezinski pour la sécurité mondiale et la géostratégie au Center for Strategic and International Studies.

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Le siège de l’Arabie Saoudite | L’Iran étrangle le monde pour régner sur le Golfe

14. Oktober 2026 um 09:04

En attaquant l’Arabie saoudite, l’Iran prend en otage l’économie planétaire, appauvrit les plus pauvres et menace le voisinage des lieux saints, non pour une cause, mais pour arracher à Washington une négociation qui arrêterait la guerre dont elle est la cible et consacrerait l’hégémonie iranienne sur la péninsule, telle est la stratégie de Téhéran. Ce n’est ni une résistance ni une révolution, c’est un chantage.

Yahya Ould Amar *

En cinq jours, du 6 au 11 octobre 2026, dix-neuf personnes ont péri et plus de trois cent cinquante ont été blessées dans les aéroports d’Abha et de Riyad, sous des missiles et des drones tirés du Yémen. Ces attaques visaient des civils, elles ont été revendiquées, et leurs armes portent une signature que nul ne conteste.

L’Arabie saoudite vit désormais sous un double verrou. À l’est, Ormuz est fermé de fait par l’Iran depuis la rupture du cessez-le-feu du 8 juillet. À l’ouest, les Houthis tiennent depuis le 11 septembre l’île de Périm, au cœur de Bab el-Mandeb, et bloquent les navires liés au royaume. Entre les deux, l’oléoduc Est-Ouest, seule artère de contournement, a été frappé depuis l’Irak et mis à l’arrêt. Un pays qui exporte son sang par deux veines voit l’une tranchée et l’autre comprimée.

Or ce siège concerne le monde entier. Par ces deux détroits transite une part décisive du pétrole consommé sur la planète et du commerce maritime mondial, et l’Arabie saoudite, par ses capacités de réserve, est le régulateur de dernier ressort du marché pétrolier. Lui fermer ses veines, c’est retirer au monde son amortisseur. Chaque hausse durable de dix pour cent du baril retranche entre un à deux dixièmes de point à la croissance mondiale ; un choc de l’ampleur actuelle, c’est près d’un point de croissance, plus de 1000 milliards de dollars évaporés, et une inflation qui frappe d’abord ceux qui importent leur carburant et leur blé, non Téhéran. C’est aussi tarir une source de stabilité : premier bailleur de fonds du monde arabe, pilier de la Banque islamique de développement, le royaume abrite dix millions de travailleurs étrangers dont les transferts, près de quarante milliards de dollars par an, font vivre des familles du Caire à Karachi.

Enfin, pour deux milliards de musulmans, ce pays n’est pas un État comme les autres. Il garde La Mecque et Médine, accueille chaque année des millions de pèlerins, et des drones tirés sur la région de Médine, à portée du tombeau du Prophète Mohamed, atteignent une communauté entière bien au-delà de ses frontières.

Prendre en otage l’économie planétaire, appauvrir les plus pauvres et menacer le voisinage des lieux saints, non pour une cause, mais pour arracher à Washington une négociation qui consacrerait l’hégémonie iranienne sur la péninsule, telle est la stratégie de Téhéran. Ce n’est ni une résistance ni une révolution, c’est un chantage.

Téhéran ne cherche pas à conquérir la péninsule, il cherche à l’étrangler. Riyad doit refuser la guerre de religion entre sunnites et chiites qu’on lui tend et conduire une guerre d’État, coalisée et asymétrique, dont le centre de gravité est à Bab el-Mandeb plutôt qu’à Ormuz, et dont la clé militaire se trouve à Jérusalem plutôt qu’à Islamabad ou Ankara.

Huit mois de feu, une seule main

La guerre s’est ouverte le 28 février 2026 par les frappes américano-israéliennes. Dès les premières heures, l’Iran a riposté contre ses agresseurs et contre toutes les monarchies du Golfe abritant des bases américaines, Oman excepté : missiles sur Riyad, drones sur Ras Tanura, sur le complexe Samref de Yanbu … Le 13 mars, deux champs offshore fermés, le royaume réduisait sa production d’un cinquième. La veille même du cessez-le-feu du 8 avril, Téhéran frappait encore les infrastructures énergétiques de tous ses voisins.

Ni la trêve négociée par le Pakistan ni le mémorandum d’Islamabad de juin n’ont couvert les voisins de l’Iran. En juillet, les Houthis ont ouvert leur propre front, un avion iranien atterrit à Sanaa en violation du contrôle aérien saoudien** a entraîné une riposte saoudienne. Juste après, un blocus est proclamé contre tout navire lié au royaume.

Les 27 et 28 juillet, les milices irakiennes du Hachd al-Chaabi ont visé les champs de la province orientale, en coordination avec des frappes houthistes sur les installations acheminant le brut vers Yanbu ; la fumée s’est élevée sur Abqaiq, déjà mis à genoux par l’Iran. Les 10 et 11 septembre, des drones tirés d’Irak ont atteint l’oléoduc Est-Ouest jusque dans les régions de Riyad et de Médine, à plus de mille kilomètres de leur rampe, forçant la fermeture de l’artère ; le même jour, les Houthis prenaient Moka puis l’île de Périm, bouclant Bab el-Mandeb. En octobre enfin, les cibles sont passées des infrastructures aux civils, après Abha, l’aéroport King Khalid de Riyad a été frappé trois fois en une semaine, une seule attaque y faisant douze morts et plus de trois cents blessés.

La leçon de cette chronologie est limpide. Trois fronts, le Yémen, l’Irak et l’Iran lui-même, obéissent à une même séquence, chaque pause sur l’un ouvrant une relance sur l’autre. Les acteurs diffèrent, la main qui tient les fils ne change pas.

La stratégie de la tenaille

La doctrine iranienne de la défense avancée date des années 1980, un État révolutionnaire encerclé survit en portant le feu chez les autres. Le Hezbollah au Liban, le Hachd en Irak, Ansar Allah au Yémen, les milices de Syrie forment un tampon ou espace protecteur. Avec la guerre de 2026, les proxys ne servent plus seulement à protéger l’Iran, mais aussi à punir ceux qui ne lui sont pas soumis.

Armement et entraînement obéissent à une chaîne de valeur dont Téhéran garde les maillons décisifs. Les Houthis reçoivent composants, plans et conseillers ; les drones qui ont atteint Médine depuis l’Irak étaient, selon les experts, des appareils à longue portée dont aucune milice ne possède seule l’ingénierie ni la logistique. La transmission passe par mer, via Oman et la Corne de l’Afrique, et désormais par les airs, puisque c’est un vol iranien vers Sanaa qui a rallumé le front yéménite. Le réseau est un corps unique.

L’Iran tient Ormuz par sa marine et ses mines, ses alliés tiennent Bab el-Mandeb depuis Périm, et entre les deux la seule voie terrestre est un oléoduc de mille deux cents kilomètres à portée des milices en Irak. La tenaille se referme sur l’économie saoudienne, et par elle sur l’économie mondiale, sans qu’un soldat iranien ait franchi une frontière. Elle se referme aussi sur le calendrier : étranglée par le blocus naval américain, la ligne de vie pétrolière de l’Iran pourrait se tarir vers décembre, selon certains analystes. Téhéran court donc entre deux asphyxies, la sienne et celle de son voisin, et parie que la monarchie cédera avant la théocratie, prenant l’économie mondiale en otage pour faire pression sur Washington.

Le choix des cibles trahit une escalade raisonnée, les infrastructures pétrolières pour peser sur le prix du brut et les finances du royaume, l’oléoduc pour fermer la porte de sortie, les aéroports civils enfin pour atteindre la réputation d’un pays qui a fait du tourisme et des grands événements le visage de sa transformation. Chaque échelon reste attribuable à une milice et nié par l’État qui l’arme.

Ce que veut Téhéran

L’Iran ne cherche ni à convertir les sunnites ni à les gouverner ; il n’a, pour le moment, ni les moyens ni le désir d’administrer La Mecque. Son ambition est de faire de ses voisins des otages plutôt que des sujets, et elle poursuit trois objectifs.

Le premier est un droit de veto sur l’architecture de sécurité de la péninsule. Chaque frappe sur une base, une ambassade, un aéroport ou un champ pétrolier porte le même message, la protection américaine coûte plus qu’elle ne rapporte. Le jour où Riyad demanderait le départ des forces américaines pour acheter sa tranquillité, l’Iran aurait gagné sa guerre sans traité.

Le deuxième est une rente de nuisance. Qui peut fermer deux détroits et frapper des infrastructures stratégiques détient un actif négociable. Téhéran a déjà conditionné chaque cessez-le-feu à des clauses extérieures à son propre théâtre, le Liban en avril, Ormuz en juillet ; il entend désormais que la sécurité du Golfe soit négociée avec lui, par lui et payée à lui. La paix devient un service dont il fixe le tarif.

Le troisième est la parité des verrous : les États-Unis bloquent les tankers iraniens, l’Iran bloque Ormuz, ses alliés bloquent Bab el-Mandeb. Cette symétrie voulue dit au monde que l’économie planétaire est l’otage de l’Iran, et que le premier exportateur de brut servira de caution à la démonstration.

L’Iran vise à imposer aux pays sunnites la neutralité armée de la Finlande de la guerre froide, qui gardait son drapeau, son roi et son parlement mais consultait Moscou avant de signer un traité. L’Iran veut un Golfe finlandisé, une péninsule sans bases, sans coalitions, qui ne finance plus d’adversaires et paie le prix de sa prudence.

Le piège de la guerre de religion

Le risque d’un affrontement sunnite-chiite existe dans plusieurs pays et il serait irresponsable de le minimiser. Mais l’Iran instrumentalise le fait confessionnel sans en être prisonnier. Ses alliés houthistes sont zaydites, branche du chiisme que les duodécimains de Qom, majoritaires en Iran, en Irak, au Liban, à Bahreïn et dans la province orientale saoudienne, ont longtemps tenue pour hétérodoxe. Il a financé le Hamas, mouvement sunnite. Il a frappé le Qatar, seule monarchie du Golfe à lui avoir gardé vingt ans d’amitié sincère, parce que le Qatar abrite une base américaine. La République islamique n’a pas d’amis confessionnels, elle a des instruments et des cibles. La clé de lecture est étatique, pas théologique.

Le danger est que les États sunnites attaqués tombent dans le piège qu’on leur tend. Si Riyad se pose en champion du sunnisme contre l’hérésie, les chiites de sa province orientale, de Bahreïn et du Koweït, citoyens loyaux pour l’immense majorité, deviennent suspects dans leur propre pays, et l’Iran gagne à l’intérieur ce qu’il n’obtient pas de l’extérieur. Le prince héritier MBS, qui a bâti son projet sur la sortie du religieux, redeviendrait le gardien d’une orthodoxie militante, ce qui ruinerait la Vision 2030 plus sûrement que dix frappes sur Abqaiq. Dans une guerre d’États, l’Iran est seul, ruiné, bloqué ; dans une guerre de religion, il devient le protecteur de deux cents millions de chiites et l’attaqué de l’histoire.

L’Irak mérite ici une attention particulière, les deux confessions y cohabitent en nombre, l’État et les milices s’y disputent le monopole de la force, et c’est de là que partent les drones qui frappent Médine. Traité en ennemi, il devient une province iranienne ; traité en partenaire contrarié, il devient le théâtre où l’Iran perd. Cette différence se joue à Riyad autant qu’à Bagdad, et elle commande de parler au gouvernement irakien avec la fermeté due à un État et la patience due à un partenaire fragile.

Islamabad et Ankara, l’assurance contre le mauvais sinistre

L’Arabie saoudite a cherché sa sécurité dans le monde musulman. Le pacte de défense mutuelle signé avec le Pakistan en septembre 2025 a été invoqué dès le 6 mars, quand les missiles iraniens ont touché Riyad, puis élargi à la Turquie le 7 août par l’accord de La Mecque, dont l’article central reprend la clause de l’Otan qui stipule qu’une attaque contre l’un vaut attaque contre tous. Le bilan tient en deux phrases. Le 10 septembre, Islamabad déclarait qu’aucune réponse militaire immédiate n’était envisagée ; Ankara avait précisé, dès le lendemain de la signature, que le pacte ne visait ni l’Iran ni aucun autre pays.

C’est que le pacte de La Mecque assure contre l’invasion par un État. Redoutable face à une colonne blindée franchissant une frontière, il dissuade réellement une agression iranienne directe. Mais nul ne menace d’envahir le Hijaz ; on menace de le frapper depuis le Yémen et l’Irak avec des engins à trois mille dollars pièce. Le royaume a souscrit une police contre l’incendie pour se protéger d’une inondation.

Les garants, du reste, ont leurs propres raisons de rester prudents. Le Pakistan partage 900 kilomètres de frontière avec l’Iran, abrite une forte minorité chiite, affronte une insurrection baloutche que Téhéran peut attiser, et surtout joue les médiateurs entre Washington et Téhéran : on ne peut être à la fois l’arbitre et le garde du corps d’un des joueurs. La Turquie est membre de l’Otan, commerce avec l’Iran, poursuit en Syrie et en Libye ses intérêts propres, et son président a fait de l’équilibre entre tous les acteurs une méthode de gouvernement.

Israël, l’allié que l’on ne peut nommer

Israël connaît les sites de lancement des Houthis, leurs dépôts d’armes et leurs chaînes d’approvisionnement ; il dispose d’une aviation à long rayon d’action, d’une défense antimissile éprouvée par des milliers d’interceptions et d’un renseignement efficace. Tout plaide pour une alliance, sauf la politique.

Le moment est pourtant paradoxal, jamais l’intérêt stratégique des pays sunnites n’a autant convergé avec celui d’Israël. Après le génocide à Gaza et l’extension des opérations israéliennes au Liban et en Syrie, les stratèges de Riyad tiennent l’Iran et Israël pour deux puissances révisionnistes dont le conflit déstabilise un Golfe qui n’y a pas pris part. MBS a répété en Amérique qu’il souhaitait rejoindre les accords d’Abraham, à condition d’un chemin irréversible vers un État palestinien ; Washington a répondu, le 23 juillet, en subordonnant l’accord nucléaire américano-saoudien à cette adhésion. Le pont est tendu des deux côtés, et personne ne l’emprunte.

La trajectoire praticable ne commence pas par la normalisation. Elle passe par une coalition de nécessité à trois étages, dont chacun se suffit et prépare le suivant.

Le premier est technique – intégration des défenses aériennes via le commandement central américain, qui couvre déjà les deux pays ; partage du renseignement sur les trajectoires, les rampes et les transferts maritimes iraniens vers le Yémen ; fourniture de systèmes anti-drones israéliens par intermédiaires. Rien de cela n’exige une ambassade.

Le deuxième est opérationnel – une division du travail où Israël frappe les capacités houthistes et la logistique iranienne en mer Rouge pour ses propres motifs, Eilat et sa navigation étant menacées, tandis que le royaume conduit avec ses alliés locaux la reconquête de la côte yéménite. Nul besoin de reconnaître la coordination pour qu’elle existe. Israël y gagne un théâtre où l’Iran s’épuise, Riyad un bras armé qu’il ne peut se donner.

Le troisième est politique et public. Un monde sunnite et Israël combattant côte à côte pendant que la Knesset légifère sur l’annexion de la Cisjordanie offrirait à Téhéran la victoire qu’il cherche. La clé reste l’initiative de paix arabe de 2002, reconnaissance pleine contre État palestinien, texte que Riyad a écrit et peut ressortir du tiroir. Le prix pour Israël est un calendrier contraignant vers la souveraineté palestinienne, le gel de l’annexion, le retrait des territoires saisis au Liban et en Syrie. En échange, ce qu’aucune victoire militaire ne lui donnera, l’intégration dans une architecture de sécurité régionale dont l’Iran serait exclu.

Israël doit comprendre que cette concession n’est pas un cadeau fait à Riyad, mais une protection pour lui-même. Si l’Arabie saoudite finit par céder au siège, l’Iran obtient un Golfe neutralisé, sans bases américaines ni coalition, et retrouve des ressources, des routes et des mains libres pour reporter tout son effort sur le front israélien.

L’Arabie saoudite qui tient est le premier rempart d’Israël ; l’Arabie saoudite qui plie en serait la première brèche. Riyad doit comprendre que la hiérarchie de ses périls a changé, ce qui tue aujourd’hui des Saoudiens dans les aéroports ne vient pas de Jérusalem. L’allié qu’on ne peut nommer est celui qu’il faudra, à terme, pouvoir nommer, et c’est à Israël de rendre ce nom prononçable.

Une stratégie d’État en sept piliers

La réponse saoudienne doit tenir en une doctrine lisible par ses alliés, ses adversaires et son peuple, elle doit refuser le duel sur le terrain choisi par l’Iran et déplacer le combat là où le royaume peut gagner.

Nommer la menace – Faire inscrire Ansar Allah et les milices du Hachd impliquées sur les listes terroristes du Conseil de coopération du Golfe (CCG), de la Ligue arabe et de l’Organisation de la conférence islamique (OCI), en s’appuyant sur la résolution 2817 et sur les morts d’octobre. Porter au Conseil de sécurité la responsabilité de l’État fournisseur, non celle de ses sous-traitants.

Bab El-Mandeb avant Ormuz – Ormuz ne rouvrira que par un accord américano-iranien que Riyad ne contrôle pas ; le centre de gravité de la guerre est Périm. L’île et Moka peuvent être reprises par une opération amphibie des forces du gouvernement yéménite, appuyées par l’alliance maritime fondée en juillet, par l’Égypte dont le canal est en jeu, et par les frappes israéliennes sur les capacités houthistes. C’est rouvrir la veine occidentale et briser la symétrie des détroits sur laquelle repose tout le calcul de Téhéran.

L’économie de l’interception – Abattre un drone à trois mille dollars avec un missile à trois millions est une défaite comptable que l’adversaire a comprise. Il faut une défense à couches, radars à basse altitude, brouillage, canons, intercepteurs bon marché, en s’appuyant sur l’industrie turque et l’expérience pakistanaise, les deux alliés devenant fournisseurs plutôt que garants. Aéroports et terminaux exigent une protection dédiée, car c’est là qu’on frappe désormais.

L’Irak, endiguer sans rompre – Soutenir Bagdad dans sa reprise en main des milices, conditionner les investissements saoudiens au démantèlement des capacités de lancement, obtenir des observateurs sur les sites saisis, et ne jamais frapper l’Irak sans l’accord de l’Irak. L’objectif est un État assez fort pour qu’on lui demande des comptes, non une province iranienne qu’on ne peut que bombarder.

Le temps est contre Téhéran – L’horloge joue pour le royaume s’il tient, la ligne de vie pétrolière iranienne se tarit vers la mi-décembre en raison du blocus américain, selon les analystes. L’Iran n’aura donc plus les moyens financiers pour armer ses proxys, il doit savoir que sa reconstruction dépendra des capitaux de ceux qu’il bombarde.

Israël, la coalition par étages – Intégration technique immédiate, coordination opérationnelle, alliance publique contre un calendrier palestinien contraignant. La séquence donne aussi au royaume son levier sur Washington, puisque le président américain a lui-même lié accord nucléaire et normalisation.

Le pacte intérieur – Refuser toute lecture confessionnelle du conflit, protéger les citoyens chiites comme des citoyens, poursuivre l’ouverture de la société. La Vision 2030 doit rester la réponse à Téhéran, pas sa victime.

Ces sept piliers forment une stratégie asymétrique. Là où l’Iran frappe des installations, le royaume reprend un détroit ; où il instrumentalise une confession, le royaume mobilise des États ; où il mise sur le temps court, le royaume parie sur le temps long. Et là où l’Iran compte sur la solitude saoudienne, le royaume bâtit une coalition dont la pièce décisive, par un paradoxe que l’histoire affectionne, est l’État que la rue arabe tient encore pour l’ennemi.

Enfin, les empires meurent rarement de leurs ennemis, ils meurent de la réponse qu’ils leur donnent. L’Arabie saoudite affronte aujourd’hui un siège conçu par un adversaire plus pauvre, plus isolé et plus désespéré qu’elle, mais qui a l’avantage de la cohérence. Téhéran sait ce qu’il veut, un Golfe neutralisé, et il a choisi ses instruments en conséquence. Riyad doit opposer à cette cohérence une cohérence supérieure. Cela suppose de renoncer à trois illusions. L’illusion que la protection américaine suffira, alors que Washington négocie par-dessus la tête du Golfe y compris avec les Houthis. L’illusion que la solidarité musulmane se changera en divisions blindées, alors que le pacte de la Mecque ne vaut que par ses fournitures. L’illusion qu’on peut tenir Israël à distance en attendant un monde meilleur, alors que le seul allié capable de frapper l’arsenal houthiste attend lui aussi qu’on lui dise le prix.

* Économiste, banquier et financier.

** A la demande en 2015 du gouvernement yéménite reconnu, en application de la résolution 2216 du Conseil de sécurité imposant un embargo sur les armes à destination des Houthis et autorisant l’inspection des cargaisons.

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L’Arabie saoudite, victime collatérale de la guerre américaine contre l’Iran

12. Oktober 2026 um 08:03

L’Arabie saoudite et sa capitale Riyadh ont fait l’objet d’attaques de grande ampleur lancées par les rebelles houthistes du Yémen, alliés de l’Iran. Des aéroports et des infrastructures énergétiques ont été ciblés. Celles-ci soulignent combien le royaume est l’une des victimes collatérales de la guerre israélo-américaine déclenchée contre l’Iran. Un effet paradoxal : la guerre aurait dû affaiblir l’Iran, mais elle finit par dévoiler les failles stratégiques de son concurrent régional.

 

La rivalité entre l’Arabie saoudite et l’Iran

La rivalité entre l’Arabie saoudite et l’Iran est ainsi alimentée par plusieurs facteurs : une concurrence stratégique pour le leadership régional ; une concurrence politico-religieuse pour le leadership dans le monde musulman ; des intérêts sécuritaires opposés dans plusieurs conflits régionaux.

Si cette rivalité s’exprime principalement à travers des guerres par procuration, cette confrontation a connu une phase de détente avec le rétablissement des relations diplomatiques entre Riyad et Téhéran (2023) sous médiation chinoise, illustrant à la fois le caractère pragmatique des relations régionales et les velléités de remise en cause de la traditionnelle centralité des Etats-Unis dans les affaires moyen-orientales.

Reste que la sécurité du royaume repose traditionnellement sur l’alliance stratégique avec les Etats-Unis. Historiquement, l’Arabie saoudite est le premier allié des Etats-Unis au Moyen-Orient. Dès les années 1930, les Etats-Unis s’emploient à contrôler l’extraction, mais également l’acheminement des ressources pétrolières. En février 1945, le président Franklin Roosevelt conclut avec le roi d’Arabie saoudite, Ibn Saoud, le « Pacte du Quincy » (accord historique qui tire son nom du navire de guerre américain sur lequel il a été signé), prévoyant la garantie de l’approvisionnement des Etats-Unis en pétrole saoudien à des prix préférentiels en échange de la protection du royaume saoudien contre une éventuelle agression (notamment de la part de l’Irak, hypothèse qui a justifié le renforcement de l’installation des troupes américaines sur le sol saoudien, en 1991). Toutefois, l’autosuffisance énergétique des Etats-Unis et le départ des soldats américains d’Irak, puis d’Afghanistan, ont conforté la tendance au retrait américain (même si celui-ci est relatif au regard du nombre de bases militaires américaines présentes dans la région).

 

L’impact géostratégique de la guerre israélo-américaine

Outre l’instabilité régionale qu’elle a provoquée, la guerre déclenchée par les Etats-Unis et Israël contre l’Iran a mis en lumière l’impuissance militaire et les vulnérabilités stratégiques de l’Arabie saoudite, incapable, seule, de protéger son territoire et ses infrastructures pétrolières. Une guerre américano-iranienne, qui a révélé, plus largement, l’incapacité des Etats-Unis à garantir la sécurité de ses alliés dans la région.

En réaction, on a assisté à la conclusion (en août 2026) du « pacte de la Mecque », un pacte de défense avec le Pakistan et la Turquie. Cet accord qui participe de la reconfiguration du Moyen-Orient prévoit (sur le modèle de l’article 5 du Traité de l’Atlantique Nord) qu’une attaque armée contre l’un des trois Etats soit considérée comme une attaque contre l’ensemble des signataires. Pour l’Arabie saoudite, un tel accord vise à contrer l’hégémonie israélienne et à renforcer l’architecture de défense face à la menace iranienne et à la fiabilité relative de l’allié étasunien.

Ainsi, face à l’offensive des Houthies (groupe armé non étatique yéménite et allié du régime iranien) qui ont réussi (en septembre 2026) à prendre le contrôle du détroit de Bab el-Mandeb (qui commande l’accès à la mer Rouge dans l’océan Indien et passage maritime stratégique pour l’exportation des hydrocarbures saoudiens, Riyadh (qui subissait déjà l’étranglement du détroit d’Ormuz) a fait appel au soutien d’Ankara et Islamabad. Suffira-t-il à faire face aux attaques des Houthies ? Une intervention américaine est-elle inéluctable et l’armée US en a-t-elle les moyens (au regard des moyens mobilisés contre l’Iran) ?

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Arabie saoudite : Trois morts dans les attaques houthies contre deux aéroports, Riyad de nouveau visé

08. Oktober 2026 um 10:54

La confrontation entre les Houthis et l’Arabie saoudite franchit un nouveau seuil. Deux attaques revendiquées par les rebelles yéménites contre les aéroports d’Abha et de Riyad ont fait trois morts et 36 blessés, selon les autorités saoudiennes. Ce jeudi 8 octobre, les Houthis ont de nouveau affirmé avoir visé l’aéroport international King Khalid de Riyad avec un missile balistique.

Deux aéroports frappés, 39 victimes

Les deux attaques meurtrières ont visé mardi et mercredi les infrastructures aéroportuaires d’Abha, dans le sud du royaume, et de Riyad, la capitale.

À Abha, deux résidentes, de nationalités marocaine et algérienne, ont été tuées et 28 personnes blessées. À l’aéroport King Khalid, un ressortissant soudanais a perdu la vie et huit autres personnes ont été blessées, selon l’autorité générale saoudienne de l’aviation civile.

Les Houthis ont revendiqué les attaques, tandis que la coalition dirigée par Riyad n’a pas directement attribué les frappes aux rebelles dans son premier bilan. Elle a toutefois annoncé avoir intercepté un missile balistique au nord de Riyad et promis une riposte.

Une nouvelle frappe revendiquée jeudi

La séquence ne s’est pas arrêtée avec les attaques meurtrières. Dans la matinée de jeudi, les Houthis ont affirmé avoir lancé un missile balistique contre l’aéroport King Khalid et atteint leur cible.

Le mouvement a également renouvelé sa mise en garde aux compagnies aériennes internationales opérant dans l’espace aérien saoudien. Riyad n’avait pas confirmé cette nouvelle frappe au moment des dernières informations disponibles.

Le conflit s’étend autour de Bab el-Mandeb

Cette escalade aérienne intervient alors que les combats se sont intensifiés au Yémen. Les forces gouvernementales soutenues par Riyad ont lancé une contre-offensive pour reprendre des positions stratégiques autour du détroit de Bab el-Mandeb, passage essentiel pour le trafic maritime et les flux énergétiques.

Les Houthis ont également attaqué l’aéroport international d’Aden avec des missiles balistiques et des drones chargés d’explosifs. Un missile est tombé à proximité de la piste peu avant l’arrivée prévue d’un vol en provenance du Caire, selon les autorités yéménites.

La reprise des combats a par ailleurs provoqué le déplacement de plus de 200.000 personnes au Yémen depuis le début de cette nouvelle phase du conflit, selon l’Organisation internationale pour les migrations.

La multiplication des attaques contre les infrastructures aériennes montre ainsi que la nouvelle phase du conflit yéménite dépasse désormais largement les lignes de front. Des aéroports saoudiens et yéménites sont directement exposés, tandis que la bataille autour de Bab el-Mandeb ajoute une dimension stratégique à une escalade dont les conséquences dépassent les frontières du Yémen.

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