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Bourguiba entre histoire et littérature

04. Juni 2026 um 09:23

Il y a quelques semaines, je publiais dans ces colonnes une tribune consacrée à Habib Bourguiba, à l’occasion des soixante-dix ans de l’indépendance. J’y proposais une lecture en trois images : le bâtisseur de l’État, le despote éclairé, la figure mémorielle disputée. Trois prismes pour tenter de saisir un homme qui continue, un quart de siècle après sa mort, de structurer notre rapport au politique et à l’histoire. Peu après, le séminaire organisé à Beït al-Hikma autour de l’œuvre romanesque d’Amira Ghenim m’a conduit à relire cette démarche avec un regard différent, non pour la remettre en cause, mais pour en mesurer les bords, les limites, et ce qu’elle laisse nécessairement dans l’ombre.

Abdelhamid Largueche *

L’historien et le romancier ne font pas le même travail. Mais ils ne font pas non plus un travail opposé. Ils habitent deux régimes de vérité distincts, qui se complètent sans jamais se confondre.

Ce que l’histoire peut faire

Lorsque j’écrivais que les trois images de Bourguiba ne doivent pas être pensées comme des catégories séparées mais comme les dimensions d’une même réalité historique complexe, je formulais une ambition proprement historienne : tenir ensemble la grandeur et les contradictions d’un homme d’État, articuler ce qui paraît inconciliable, restituer la logique interne d’une époque sans l’anachronisme du jugement rétrospectif.

C’est le propre de la discipline. L’historien travaille sur les faits, les archives, les séries documentaires, les traces que les événements laissent dans le temps. Il cherche à comprendre comment les choses se sont passées, pourquoi elles ne pouvaient peut-être pas se passer autrement, et ce qu’elles ont produit de durable ou de fragile.

Cette démarche a une exigence : la distance. Non pas l’indifférence ; l’historien n’est pas une machine, mais le refus de se laisser emporter par l’émotion ou la mémoire au point de perdre la rigueur du regard.

C’est une force. C’est aussi une contrainte.

Ce que la littérature seule peut atteindre

Amira Ghenim, dans ‘‘Les grands hommes meurent en avril’’, ne cherche pas à établir ce qui s’est passé. Elle cherche à faire sentir comment cela a été vécu. Ce n’est pas la même chose.

Là où mes trois images de Bourguiba sont des catégories analytiques, des outils pour penser, la romancière construit une présence : multiple, contradictoire, irréductible à toute synthèse. Son Bourguiba n’est pas une thèse sur Bourguiba. Il est la façon dont Bourguiba a traversé les corps, les silences, les mémoires intimes des gens qui l’ont côtoyé ou subi, admiré ou redouté.

Mohamed Rajaa Farhat, de son côté, restitue dans sa pièce de théâtre ‘‘Le dernier cachot’’ une voix, celle d’un homme qui continue à se raconter lui-même dans la solitude et la défaite. Ce Bourguiba-là n’est pas un objet d’analyse. Il est un sujet qui résiste à la réduction, qui affirme encore son «je» quand tout le reste lui a été retiré.

Ces deux œuvres ne viennent pas corriger ou compléter ce que l’historien aurait mal fait. Elles font autre chose. Elles donnent accès à une dimension de l’expérience historique que l’archive ne contient pas : l’intériorité des êtres, la texture émotionnelle du temps vécu, les contradictions que les hommes portent sans les résoudre.

Là où l’histoire reconstitue les structures, la littérature habite les failles.

Un dialogue sans hiérarchie

Ce que le séminaire de Beït al-Hikma a mis en lumière, et ce que la confrontation entre ma tribune d’historien et ces deux œuvres littéraires permet de formuler clairement, c’est ceci : nous n’avons pas à choisir entre l’histoire et la littérature pour comprendre Bourguiba, ni pour comprendre ce que la Tunisie fait de son passé.

Ces deux formes de connaissance ne sont pas en concurrence. Elles ne se valident pas non plus mutuellement, comme si l’une avait besoin de l’autre pour être légitime. Elles sont simplement différentes, et cette différence est précieuse.

L’historien pose la question : que s’est-il réellement passé, et selon quelle logique ?

Le romancier pose une autre question : comment cela a-t-il été vécu, et que reste-t-il de cette expérience dans les mémoires et dans les corps ?

Ces deux questions méritent d’être posées ensemble. Non pas pour les fondre en une réponse unique, mais parce que chacune éclaire ce que l’autre ne peut pas voir.

Il y a dans cette complémentarité quelque chose qui dépasse le seul cas Bourguiba. C’est une manière de concevoir la connaissance du passé : non pas comme un domaine réservé à une seule discipline, mais comme un espace partagé où les savoirs se croisent sans se dominer.

La mémoire comme chantier commun

À soixante-dix ans de l’indépendance, la Tunisie n’a pas fini de lire son propre passé. La figure de Bourguiba en est le signe le plus visible : elle continue de susciter des débats, des œuvres, des prises de position, des controverses. Elle est vivante, au sens fort, c’est-à-dire encore capable de déranger, d’interroger, de diviser.

C’est une chance, non un problème.

Une société qui ne discute plus ses origines, qui a figé son récit fondateur en monument intouchable, a cessé de se penser elle-même.

La Tunisie contemporaine, en relisant Bourguiba à travers l’histoire académique, le théâtre, le roman, le débat public, montre qu’elle est encore en mesure de s’interroger sur ce qu’elle a été, et donc sur ce qu’elle veut devenir.

Dans ce chantier collectif, l’historien et le romancier ont chacun leur place. Non pas l’un au-dessus de l’autre, ni l’un à la suite de l’autre, mais côte à côte, chacun portant la partie de la vérité que l’autre ne peut pas atteindre seul.

C’est peut-être cela, en définitive, la leçon la plus durable de ce moment intellectuel que nous traversons : apprendre à travailler ensemble, sans effacement ni rivalité, dans le respect de ce que chaque forme de connaissance peut et ne peut pas faire.

Bourguiba nous y invite, malgré lui, lui qui avait si peu le goût du partage.

* Historien.

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PGH : résilience, transition énergétique et création de valeur, les trois piliers d’un succès tunisien

04. Juni 2026 um 08:58

« L’année 2025 ne se résume pas à une simple succession de chiffres, mais constitue un véritable succès de résilience collective pour Poulina Group Holding (PGH) ».

 

Dans un contexte économique complexe, le Groupe a maintenu le cap et démontré sa solidité opérationnelle. Les produits d’exploitation de PGH ont atteint 3 569 millions de dinars, en progression de 3 %. Tandis que le résultat net consolidé s’est envolé à 204,9 millions de dinars. Soit une hausse spectaculaire de 26,4 %. Cette performance témoigne d’une stricte discipline pour les coûts et d’une optimisation continue des processus.

 

Une structure financière maîtrisée

Malgré des investissements d’envergure, PGH conserve une situation financière équilibrée. Les dettes brutes se sont établies à 2 303 millions de dinars, un niveau stable. Le gearing (rapport dettes nettes sur fonds propres) est de 1,28x, parfaitement contrôlé.

Par ailleurs, le besoin en fonds de roulement diminue continuellement pour s’établir à 894 millions de dinars. Soit une réduction de six jours de chiffre d’affaires par rapport à l’année précédente, grâce à une baisse des niveaux de stocks.

 

Des métiers diversifiés et une performance à l’export

PGH déploie ses activités sur huit secteurs complémentaires. L’agroalimentaire constitue le premier métier avec 42 % des revenus, suivi par l’intégration avicole (27,6 %), le commerce et services (9,6 %), la transformation d’acier (6,2 %) et les matériaux de construction (6,1 %). Le chiffre d’affaires local représente 90 % du total, mais l’export progresse à 344 millions de dinars. Cinq filiales concentrent à elles seules 82 % des revenus à l’export : MEDOIL, MBG, PAF, EL MAZRAA et PROINJECT.

 

Des actionnaires généreusement récompensés

La performance exceptionnelle du Groupe profite largement à ses actionnaires. Le dividende par action atteint 0,670 dinar, en hausse de 48,9 % par rapport à l’exercice précédent.

De plus, PGH procède à une augmentation de capital par incorporation de réserves, attribuant une action gratuite pour vingt actions possédées.

Le cours de l’action évolue favorablement, avec un plus haut à 28,500 dinars en 2026 et une capitalisation boursière de 5 130 millions de dinars.

 

Des acquisitions stratégiques pour l’avenir

Deux mouvements majeurs structurent la stratégie de développement du Groupe. D’une part, l’acquisition de 45,5 % du groupe JMH, représentant 29,8 % de SAH Lilas, consolide les fondamentaux de PGH dans les produits de grande consommation. D’autre part, le lancement d’un processus préparatoire de spin-off des activités agroalimentaires permettra à ce secteur d’évoluer de manière autonome.

 

La transition énergétique, priorité absolue

L’année 2025 a vu le déploiement massif d’installations photovoltaïques sur l’ensemble des sites de production. Ce choix stratégique vise à sécuriser durablement les coûts d’exploitation et à réduire l’empreinte carbone du Groupe. Actuellement, 43 sites sont équipés pour une puissance de 17 MWe, avec un objectif de 66,5 MWe à l’horizon 2030.

Par ailleurs, neuf unités de cogénération totalisent 38,5 MWe, devant atteindre 49,5 MWe d’ici 2030. Les résultats sont déjà au rendez-vous : économie d’énergie de 35 000 Tep par an, soit une progression de 96 %, et évitement de 87 000 tonnes de CO₂ par an, en hausse de 95 %. Un projet pilote innovant associe panneaux solaires et stockage par batteries pour garantir une alimentation stable et ininterrompue, même en l’absence d’ensoleillement.

 

Une gestion exemplaire de l’eau et des déchets

Dans le domaine hydrique, PGH a traité un million de mètres cubes d’eau en 2025, soit une augmentation de 85 %. Le taux de réutilisation atteint 72 %, dépassant largement l’objectif national fixé à 50 %. Côté déchets solides, 95 % sont recyclés et traités, seuls 5 % étant dirigés vers la décharge publique. Les filiales du secteur emballage consacrent 16 millions de dinars à l’achat de déchets, transformant ainsi les déchets en ressources utiles.

 

Un volet social et sociétal ambitieux

Poulina Group Holding place l’humain au cœur de sa stratégie. L’effectif compte 30 % de femmes, 4 000 contrats ont été convertis en CDI et 1 800 sous-traitants sont intégrés durablement. La qualité de vie au travail bénéficie de 24 millions de dinars d’investissements dédiés à l’environnement et à la sécurité, soit 11,5 % des investissements matériels du Groupe.

La sécurité au travail progresse également : 3,7 millions de dinars investis dans la prévention et la protection, et le nombre de jours perdus suite à des accidents diminue de 9 %.

Enfin, 580 000 dinars sont investis dans des actions de promotion de l’éducation, d’aide sociale et de dons.

 

Une gouvernance renforcée et transparente

Le Groupe a procédé à une refonte complète du modèle fonctionnel de l’audit, désormais organisé en structure transverse centralisée, gage d’efficacité accrue et d’homogénéisation des contrôles. La gestion des risques intègre désormais les enjeux liés au changement climatique.

Sur le plan éthique, PGH s’appuie sur une charte de l’employé stricte et un département de contrôle des achats.

Le Groupe renforce par ailleurs son impact économique durable en portant à 42 % la part de ses achats auprès des PME. Enfin, un dialogue continu avec les collaborateurs, structuré par des réunions hebdomadaires rigoureuses avec les commissaires aux comptes, guide les décisions stratégiques.

 

Des perspectives de croissance solides jusqu’en 2028

Le plan d’investissement 2026-2028 prévoit une moyenne de 336 millions de dinars par an, contre 195 millions par an sur la période 2016-2025. Les secteurs prioritaires sont l’agroalimentaire, l’avicole, l’emballage, ainsi que les projets photovoltaïques et les nouveaux projets comme polyphos.

Le business plan anticipe une progression moyenne annuelle de 4,6 % des revenus, qui atteindraient 4 079 millions de dinars en 2028. La marge brute passerait à 1 537 millions de dinars (+4,9 % par an) et l’EBITDA à 729 millions de dinars (+5,1 % par an).

Ces perspectives confirment la capacité de PGH à conjuguer performance financière, création de valeur actionnariale et responsabilité sociétale.

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Comment l’Iran exploite-t-il l’IA développée par l’Occident ?

04. Juni 2026 um 08:50

Les hackers (pirates informatiques) iraniens utilisent avec habilité une nouvelle arme redoutable : les modèles d’intelligence artificielle (IA) américains. L’usage de l’IA ne se limite pas au hacking. Les Gardiens de la révolution l’ont intégrée à leurs missiles et drones. L’IA est aussi utilisée dans le travail des services de sécurité mais aussi à des fins de propagande. 

Imed Bahri

Selon une enquête du Financial Times (FT), des programmes comme ChatGPT, Gemini et d’autres outils d’IA occidentaux ont considérablement renforcé les cyber-opérations iraniennes, leur permettant de développer des logiciels malveillants, de concevoir des courriels d’hameçonnage en hébreu et en arabe avec une précision quasi parfaite et de lancer des attaques avec une rapidité et une ampleur sans précédent, selon des experts en cybersécurité et des entreprises technologiques.

«Nous constatons des indices montrant qu’ils utilisent l’IA à chaque étape dans les opérations de piratage. Cela leur a vraiment permis de passer à la vitesse supérieure», a déclaré un analyste d’une grande entreprise de cybersécurité sous couvert d’anonymat en raison de la sensibilité du sujet.

Cette évolution a permis à l’Iran, qui vit sous une trêve fragile avec Israël et les États-Unis depuis début avril, de maintenir une pression numérique sur ses adversaires plus avancés en recherchant constamment des vulnérabilités et en réduisant ses propres faiblesses internes.

Téhéran utilise également l’IA pour créer de fausses identités convaincantes afin de tromper des cibles aux États-Unis et en Israël.

Courriels d’hameçonnage et messages frauduleux

Les Émirats arabes unis, qui ont subi des milliers d’attaques de missiles et de drones pendant la guerre, affirment être confrontés quotidiennement à plus d’un demi-million de cyberattaques, facilitées par ChatGPT d’OpenAI.

Parallèlement, les Israéliens reçoivent des vagues successives de courriels d’hameçonnage et de messages frauduleux, certains les incitant à coopérer avec les services de renseignement iraniens.

Les hackers iraniens expérimentent l’IA depuis des années mais les modèles les plus récents et les plus performants les rendent bien plus dangereux.

«Tout est automatisé», explique Gil Messing de la société israélienne de cybersécurité Check Point, qui ajoute: «Ils utilisent tous les outils disponibles pour accélérer leurs efforts en matière d’IA».

Les attaques iraniennes consistent souvent à inciter les victimes à cliquer sur des liens malveillants. Or, établir une relation de confiance sous une fausse identité peut prendre des semaines de conversation.

«Si vous êtes à Téhéran et que vous essayez de vous faire passer pour un recruteur d’une entreprise de défense, il est très difficile de communiquer avec quelqu’un pendant un mois comme si vous viviez réellement en Californie», a déclaré un analyste en cybersécurité.

Un jeu du chat et de la souris sans fin

Peu avant le déclenchement de la guerre fin février, Google a découvert que le groupe de pirates informatiques APT42, soutenu par l’État iranien, utilisait le modèle Gemini précisément à cette fin.

Les entreprises occidentales ont tenté d’empêcher les Iraniens d’utiliser ces modèles mais la détection de nouveaux comptes est devenue un jeu du chat et de la souris sans fin.

«Lorsque nous détectons une activité malveillante, nous prenons des mesures immédiates, notamment la désactivation des comptes et la suppression des accès ou la restriction des fonctionnalités utilisées à mauvais escient», a déclaré OpenAI dans un communiqué.

L’entreprise a ajouté que ses modèles les plus avancés ne sont pas largement disponibles et qu’elle continue de détecter et de perturber les tentatives des hackers liés à l’Iran d’exploiter ses services.

L’entreprise a expliqué que des entités iraniennes utilisaient ses modèles à des fins telles que la recherche, la traduction, le débogage de code et l’écriture de scripts, soulignant que les modèles protégés ne confèrent pas de «nouvelles capacités cybernétiques surhumaines».

L’année dernière, Google a constaté que les pirates informatiques iraniens utilisaient ses robots intelligents bien plus fréquemment que leurs homologues russes, nord-coréens ou chinois, pourtant plus avancés.

Le groupe APT42 a notamment utilisé Gemini pour étudier comment brouiller les avions de chasse américains F-35.

Cependant, l’intégration de l’IA dans le domaine militaire iranien ne se limite pas à la cyberguerre.

Une analyse du FT portant sur près de 300 études militaires iraniennes menées au cours des cinq dernières années a révélé des recherches sur l’utilisation de l’IA pour améliorer la guerre électronique, accélérer la prise de décision dans les salles d’opérations et optimiser le guidage des drones et le ciblage sous-marin.

Nicole Grajewski, spécialiste des affaires militaires iraniennes à Sciences Po Paris, a déclaré : «L’Iran souhaite rester au même niveau que les armées les plus avancées».

Les progrès technologiques occidentaux ont également permis à l’Iran de rattraper son retard sur ses adversaires. Face à la maîtrise limitée de l’anglais et du russe au sein des services de sécurité iraniens, Google Traduction a permis aux Iraniens d’étudier plus rapidement les recherches militaires occidentales, selon Farzin Nadimi, spécialiste des affaires militaires iraniennes au Washington Institute.

À l’inverse, le recours par Washington à l’IA dans sa campagne contre l’Iran lui a permis de mener des frappes à un rythme beaucoup plus rapide, affirment les experts.

Les États-Unis s’appuient sur la plateforme de commandement de terrain MavenSmart de Palantir et sur le modèle génératif Cloud d’Anthropic pour analyser les renseignements, suggérer des cibles et fournir un retour d’information en temps réel pendant les combats.

Une considérable capacité d’innovation

L’Iran, affaibli par les sanctions économiques, reste largement en retard sur les États-Unis dans ce domaine. Cependant, le pays a fait preuve d’une capacité d’innovation considérable.

Certains experts estiment que l’Iran a remporté un succès notable dans la guerre de propagande numérique, les comptes officiels publiant régulièrement des vidéos générées par IA se moquant du président américain Donald Trump, qui deviennent virales.

Téhéran affirme également avoir intégré l’IA à ses missiles et drones. Le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) affirme posséder des missiles de croisière dotés de systèmes de guidage, de navigation et d’évitement basés sur l’IA.

Nademi estime que le CGRI est théoriquement capable d’utiliser ces technologies mais on ignore s’il les a déjà employées au combat.

Cependant, certains indices laissent penser que l’Iran a pu utiliser des formes rudimentaires d’IA pour planifier ses frappes dans le Golfe. Le ciblage répété des premières frappes suggère l’implication de l’IA, selon Grajewski. Elle a ajouté que l’Iran pourrait également avoir utilisé l’intelligence artificielle à des fins d’analyse prédictive et pour localiser les forces américaines avant de les cibler.

Parallèlement, l’Iran développe une plateforme nationale d’IA capable de rester opérationnelle même en cas de déconnexion du pays d’Internet.

Cette plateforme a été développée par l’Université de technologie Sharif de Téhéran, un établissement soumis à de sévères sanctions occidentales en raison de ses liens avec l’armée.

«Investir dans l’IA est un véritable programme de modernisation de la sécurité nationale», a déclaré Alex Leslie, consultant chez Recorded Future, spécialiste de l’utilisation de l’IA en Iran. Il a ajouté que cet investissement vise également à aider l’Iran à contourner les sanctions économiques et à atténuer les effets des perturbations liées à la guerre, affirmant : «C’est un impératif stratégique».

Des frappes israéliennes et américaines menées début avril ont gravement endommagé le centre de données hébergeant l’infrastructure de la plateforme ainsi que les laboratoires de recherche en IA de l’Université Sharif.

Toutefois, il est peu probable qu’Israël et les États-Unis parviennent à maîtriser la situation. Gil Messing a déclaré : «Il s’agit d’un pays développé et doté d’outils de pointe. Il est prêt à payer le prix fort pour obtenir ce qu’il y a de mieux».

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Sortir de la pauvreté | L’angle mort moral de l’économie mondiale

04. Juni 2026 um 08:16

Lorsque l’ordre économique mondial se dérègle — sous l’effet des tensions géopolitiques, des chocs énergétiques, de la rareté des financements, du ralentissement de la croissance et du retour des disciplines budgétaires imposées — qui paiera le prix du grand désordre ? On sait qu’à chaque vacillement des équilibres financiers, ce sont les corps les plus exposés, les salaires les plus faibles, les subventions les plus vitales, les familles les plus vulnérables qui absorbent le choc.

Yahya Ould Amar *

Quand les États revoient leurs priorités et que l’ajustement devient nécessaire, il faut se rappeler ce que l’économie moderne a toujours exclu de ses équations : les pauvres. Leur dignité est cette frontière morale qui interdit de traiter l’humain comme une variable d’équilibre, de sacrifier les vies au nom des comptes, et de transformer toute souffrance en simple ligne de coût.

En effet, la «pauvreté» n’existe pas dans la vingtaine d’équations fondamentales de la théorie économique. On y trouve l’utilité, le bien-être, le revenu, la préférence, le surplus du consommateur … On y mesure tout, la propension à consommer, l’élasticité de la demande, la production, l’investissement, la consommation, la balance des paiements, la croissance, le taux d’intérêt… Mais nulle part, dans les manuels économiques enseignés qui forment les dirigeants d’entreprises, les banquiers et les gouvernants, n’apparaît le mot «pauvreté». Comme si l’absence de mesure valait absence d’existence.

C’est pourtant ce mot-là que portent, cinquante pour cent de la population mondiale qui vivant avec moins de cinq dollars et demi par jour et par personne – ceux que l’on appelle pauvres. Ils demandent que la pauvreté ne soit pas une humiliation quotidienne, qu’on cesse de les traiter comme des coûts budgétaires ou des lignes de bilan. Ils veulent être reconnus comme des vies humaines, des visages, des sujets.

Entre ce que l’économie sait compter et ce que les pauvres demandent de sauver, il y a un abîme, celui de l’angle mort moral de l’économie moderne.

Le pauvre comme variable d’ajustement

Dans le langage économique, le pauvre n’apparaît jamais en tant que tel, il se dissous dans des agrégats. Il est le «ménage à bas revenu», le «secteur informel», parfois la «population vulnérable». Ces mots ont une vertu apparente — la neutralité — et un vice profond, ils effacent le visage.

Car derrière l’abstraction se joue une inversion morale. Lorsqu’une économie est en difficulté, le modèle cherche la variable la plus «flexible», celle qui peut absorber le choc au moindre coût pour l’équilibre d’ensemble. Or cette variable, presque toujours, c’est le pauvre, son salaire, sa subvention, sa retraite, son accès au soin et à l’eau potable, son éducation, sa sécurité.

Le riche dispose de capital mobile, d’avocats, de frontières fiscales ; le pauvre n’a que sa subsistance, et c’est elle qu’on ajuste. L’ajustement «par le bas» est la conséquence logique d’un système qui mesure l’efficience globale et reste aveugle à la dignité particulière.

La pauvreté est d’abord une confiscation du temps. Le riche peut attendre, différer ses choix, investir, se tromper, recommencer. Le pauvre, lui, vit dans l’urgence. Il ne choisit pas entre plusieurs avenirs ; il tente d’empêcher l’effondrement du présent. C’est pourquoi l’économie se trompe lorsqu’elle parle de «préférences» là où il n’y a que la contrainte pour la moitié de l’humanité. Le pauvre ne préfère pas ; il est simplement privé du temps long qui rend ces choix possibles.

L’aberration des plans d’ajustement

Pendant des décennies, sous le nom rassurant de «programme d’ajustement», «programme d’urgence» ou autres dénominations équivalentes, on a appliqué à des dizaines de pays — singulièrement en Afrique et en Amérique latine — une même ordonnance, dévaluer, couper les dépenses publiques, supprimer les subventions sur le pain et le carburant, privatiser, comprimer les salaires, ouvrir les frontières … Le diagnostic était comptable ; le remède le fut aussi. Et le résultat, mesuré dans la seule langue du modèle — déficit, inflation, balance des paiements — pouvait parfois sembler bon.

Mais que disait ce résultat des milliers, parfois des millions de vies qui sont précipitées dans l’extrême pauvreté, l’insécurité alimentaire ou le dénuement total.

L’aberration fut de croire que l’on pouvait assainir des finances publiques en laissant hors de l’équation le vrai coût humain de cet assainissement — et que l’on ait appelé «rigueur» ce qui était, pour des millions de gens, une cruauté administrée.

On rétorquera que ces plans furent nécessaires, que des États endettés risquent de ne pas rembourser leurs créanciers. C’est exact, il y avait de vrais déséquilibres, de vraies gabegies, de vrais privilèges à défaire.

Le scandale n’est pas qu’il ait fallu corriger ; c’est l’ordre des priorités — l’équilibre budgétaire d’abord, le corps humain ensuite, s’il en reste — et la certitude tranquille des décideurs que la douleur d’autrui était un paramètre, non une limite.

Libéralisme : la promesse et le glissement

Soyons justes avec le libéralisme, à sa source, le libéralisme est une philosophie de la dignité, il affirme que l’individu a le droit de contracter, de posséder, d’entreprendre, de n’être pas soumis à l’arbitraire.

Le glissement s’est produit lorsqu’on a fait du moyen une fin. La liberté économique est devenue la valeur suprême devant laquelle la dignité doit s’incliner. On est passé du «marché pour les hommes» au «hommes pour le marché». Et dans sa version contemporaine, le libéralisme économique a enfanté une étrange créature, un individu réduit à son capital humain, sommé d’être «entrepreneur de lui-même», responsable de tout — de son chômage comme de sa maladie. Le pauvre n’est alors plus une victime d’un ordre injuste ; il devient le gestionnaire défaillant de sa propre vie. C’est la forme la plus subtile du mépris, faire porter à l’écrasé la responsabilité de son écrasement.

Capitalisme : ce qu’il produit et ce qu’il ne voit pas

Le capitalisme est sans doute la machine la plus efficace que l’humanité ait jamais construite pour produire de la richesse. Il a sorti des centaines de millions d’êtres humains de la misère absolue. Le capitalisme optimise une chose, le rendement du capital. Tout ce qui sert ce rendement, il le voit, le compte. Tout ce qui ne le sert pas — la dignité de celui qui ne «rapporte» rien — il le traite, au mieux, comme une externalité ; au pire, comme un obstacle.

De là vient un paradoxe, celui qu’un système peut accumuler des richesses inouïes tout en appauvrissant moralement ceux qu’il enrichit, et matériellement ceux qu’il ignore. Le pauvre du capitalisme contemporain est celui qui est de trop — l’«inemployable», le «non-rentable», celui dont l’existence ne trouve aucune case dans la comptabilité du profit.

L’enseignement économique ou la fabrique de l’aveuglement

Comment des esprits brillants, en viennent-ils à administrer la douleur sans la voir ? On n’enseigne pas seulement des modèles ; on enseigne un «regard». Pendant des années, on apprend au futur décideur que l’agent économique est rationnel et égoïste, que tout a un prix, que l’éthique relève de la sphère privée et n’a rien à faire dans l’analyse économique. On lui apprend, surtout, à raisonner «toutes choses égales par ailleurs» — formule innocente en apparence, et qui consiste à mettre méthodiquement entre parenthèses tout ce qui dérange le modèle, à commencer par la dignité des pauvres.

Une étude célèbre a montré que l’enseignement prolongée de l’économie rend plus enclin à des comportements intéressés et moins coopératif. Un certain enseignement économique peut, lorsqu’il se coupe de la philosophie morale, former des intelligences techniquement brillantes mais affectivement désarmées devant la souffrance sociale.

On ne sort pas indemne d’avoir appris pendant des années que la générosité est «irrationnelle» et la dignité «non quantifiable». Le diplômé en économie ne devient pas méchant ou cynique, il devient aveugle. Et un aveugle bienveillant qui tient les leviers d’une économie peut faire plus de dégâts qu’un cynique lucide. Voilà pourquoi réformer l’économie n’est pas d’abord une affaire de modèles, mais de formation du regard, on ne fera pas une économie de progrès avec des esprits dressés à ne pas voir la dignité humaine.

Réinscrire la dignité dans l’équation

Que faire ? Certes, les bons sentiments n’ont jamais nourri personne — mais exiger que l’économie élargisse son regard à la mesure de son pouvoir.

D’abord, faire de la dignité une contrainte, non une variable d’ajustement.

Ensuite, rendre compte de l’invisible. Mesurer ce que coûte vraiment un ajustement sur le plan social. Ce qui se compte finit toujours par compter. Tant que la souffrance des pauvres restera hors-bilan, elle restera la première variable que l’on sacrifie.

Enfin, rendre la parole à ceux que l’on chiffre. La dignité est aussi le droit d’être un sujet de sa propre histoire, et non l’objet des plans d’autrui. Aucun programme conçu sans les pauvres, sur les pauvres, n’a jamais respecté leur dignité — quelles qu’aient été ses bonnes intentions. Le paternalisme expert est encore une forme de mépris ; il décide du bien d’autrui sans lui demander son avis.

On objectera que la dignité ne se met pas en équation. Une science qui ne sait mesurer que ce qui rapporte finira par ne servir que ceux à qui cela rapporte.

La pauvreté est une confiscation de l’avenir

Lutter contre la pauvreté au XXIᵉ siècle suppose de la comprendre comme une privation de capacité productive et de pouvoir d’agir. Le pauvre est celui qui ne peut pas produire, négocier, anticiper, se prémunir contre le risque. Or les pays en développement ont souvent réduit la misère sans construire les structures qui rendent la prospérité irréversible. La pauvreté y est devenue une oscillation permanente au bord du gouffre où la moindre sécheresse, maladie ou dévaluation reprécipite des millions de personnes dans l’insécurité vitale.

Penser la lutte contre la pauvreté, c’est donc penser la résilience structurelle bien plus que l’aumône, et substituer à l’obsession du «combien donner», celle de «quelles capacités installer».

En effet, la pauvreté est une expropriation de l’avenir, l’impossibilité faite à un être humain de se projeter. Un État ne peut pas être réduit à un arbitre de coûts, évalué uniquement à sa capacité à satisfaire des créanciers. Il doit être stratège, visionnaire et notamment bâtisseur de conditions durables d’émancipation.

Ces conditions reposent d’abord sur des infrastructures matérielles, qui donnent accès à l’eau, à l’énergie, au logement, à la santé, au transport, au numérique et au financement ; ensuite sur des infrastructures juridiques, qui sécurisent la propriété privée, protègent les contrats en sécurisant les relations économiques (pas de corruption pour obtenir un droit, pas de lenteur judiciaire coupable…), formalisent les activités sans les étouffer et garantissent l’égalité devant les opportunités ; enfin sur des infrastructures éducatives, qui transforment l’école, la formation professionnelle, l’apprentissage technique et la culture numérique en moteur de mobilité sociale.

Vaincre la pauvreté, au fond, c’est rendre aux pauvres le temps long, et avec lui la dignité d’être les auteurs de leur histoire.

En définitive, la grande erreur de l’économie moderne aura été de croire qu’une société peut sauver ses équilibres en mutilant ceux qui ont déjà tout perdu. On peut réduire un déficit, rassurer des créanciers ; mais si cette victoire se paie par l’humiliation des pauvres, par l’effacement des visages derrière les agrégats macroéconomiques, alors ce n’est plus une politique économique, c’est une abdication morale.

Le XXIᵉ siècle ne pourra pas se contenter d’une économie qui ajuste plus vite les budgets qu’elle ne répare les destins, qui parle de soutenabilité financière en oubliant la soutenabilité humaine. Le premier devoir d’une pensée économique digne de ce siècle est donc de rendre aux pauvres ce qu’aucun modèle économique, ne devrait leur retirer, un visage, un temps et une place dans l’équation du monde.

* Economiste, banquier et financier.

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TAA fête ses 10 ans et les 60 ans de l’industrie automobile tunisienne

04. Juni 2026 um 07:42

Dans une ambiance électrifiée et un décor hollywoodien, la Tunisian Automotive Association (TAA) a célébré, mercredi 3 juin 2026, dans un hôtel de la banlieue nord de Tunis, un double anniversaire marquant : les dix ans de l’association et les soixante ans de l’industrie automobile tunisienne.

Lotfi Sahli

Placée sous le thème «60 ans d’héritage – 10 ans d’accélération», cette célébration a réuni les principaux acteurs de l’écosystème automobile national et international autour d’un hommage aux femmes et aux hommes qui ont contribué à faire de cette industrie un pilier stratégique de l’économie tunisienne et un secteur résolument tourné vers les enjeux de la mobilité de demain.

Lors de la cérémonie officielle animée par Wassim Belarbi, la présidente de la TAA, Myriam Elloumi, est revenue, dans son allocution, sur le chemin parcouru par l’association et les ambitions futures de la filière.

De l’héritage à l’accélération

    Le premier temps fort, «L’Héritage», a été marqué par la projection d’un film retraçant les grandes étapes du développement de l’industrie automobile tunisienne au cours des six dernières décennies. Entre cet acte et le suivant, la cantatrice Rawaa Ben Ammar a créé une atmosphère empreinte d’émotion en interprétant ‘‘Meguiesse’’ de Zied Gharsa, offrant au public une parenthèse artistique saluée par l’assistance.

    La cérémonie s’est poursuivie avec la séquence «Accélération», consacrée aux dix années d’existence de la TAA. Après la diffusion d’un film mettant en lumière les réalisations de l’association, le président d’honneur Nabhen Bouchaala a livré un témoignage sur les étapes clés de son développement. Un échange avec la vice-présidente Lamia Fourati a permis de revenir sur les principaux accomplissements de la TAA ainsi que sur ses projets à venir.

    Le volet «Partenaires & Distinctions» a ensuite mis à l’honneur les partenaires institutionnels et internationaux ayant accompagné la TAA dans son évolution. Plusieurs trophées de reconnaissance ont été remis à cette occasion. Ce fut un moment solennel, rendant hommage à ceux qui ont contribué à l’essor de l’industrie automobile tunisienne au cours de la dernière décennie.

    A gauche : Fatma Kolsi.

    Au moment de la remise des trophées, les personnalités distinguées se sont relayées à la tribune pour adresser quelques mots à l’assistance et témoigner de la qualité des partenariats noués avec la TAA. Parmi elles figuraient Fathi Sahlaoui, représentant du ministère de l’Industrie, des Mines et de l’Énergie, Jalel Tabib, directeur général de la Fipa, M. Felix Sarrazin, chef de projet à la GIZ, ainsi que Hildegard Müller, présidente de la VDA (Association allemande de l’industrie automobile), qui est intervenue à travers un message vidéo enregistré spécialement pour l’événement.

    Les participants ont également pu écouter les interventions de Marius Ochel, Head of Cluster International Association Partnerships Africa & India, M. Charles Aromica, directeur général de la FIEV (Fédération des industries des équipements pour véhicules), et Markus Thill, vice-président de l’AAAM (African Association of Automotive Manufacturers). Tous ont salué les avancées réalisées par la filière tunisienne, son intégration croissante dans les chaînes de valeur internationales ainsi que le rôle fédérateur joué par la TAA dans le développement de l’écosystème automobile national.

    Cette séquence de reconnaissance a été ponctuée par un intermède artistique de la cantatrice Rawaa Ben Ammar, qui a su captiver l’auditoire grâce à une prestation alliant patrimoine musical tunisien et sonorités contemporaines, contribuant à donner à la célébration une dimension à la fois institutionnelle et culturelle.

    La dernière partie de la soirée, baptisée «Le Futur», a été consacrée aux perspectives de développement du secteur. Un film prospectif a présenté les grandes transformations attendues dans les domaines de la mobilité, de l’innovation et de l’industrie automobile. Dans son discours de clôture, Mme Elloumi a souligné l’importance de poursuivre les efforts de compétitivité, d’innovation et d’intégration technologique afin de consolider la position de la Tunisie sur les chaînes de valeur mondiales.

    La cérémonie s’est achevée par un cocktail dînatoire réunissant industriels, équipementiers, investisseurs, représentants d’institutions publiques et partenaires nationaux et internationaux. Ce moment de networking a favorisé les échanges entre les figures clés du secteur et permis de célébrer, dans une ambiance conviviale, un jalon important de l’histoire de l’industrie automobile tunisienne.

    Une industrie en pleine transformation

    En marge du cocktail dînatoire, plusieurs invités m’ont confié leurs impressions sur cette célébration historique et partagé leur vision des perspectives de l’industrie automobile tunisienne.

    M. Tabib a souligné que «l’industrie automobile est aujourd’hui une véritable fierté pour la Tunisie», rappelant que les pouvoirs publics déploient d’importants efforts pour soutenir la croissance de ce secteur stratégique et renforcer son attractivité auprès des investisseurs internationaux.

    De son côté, Khelil Chaïbi, président de la Chambre de commerce et d’industrie tuniso-française (CCITF), a insisté sur l’importance du cluster automobile tunisien, qu’il considère comme l’un des principaux moteurs de transformation de l’industrie nationale. Selon lui, cette dynamique constitue une opportunité majeure pour renforcer la compétitivité du tissu industriel tunisien et accélérer son intégration dans les chaînes de valeur mondiales.

    Pour M. Bouchaala, l’industrie automobile demeure l’un des leviers de croissance les plus prometteurs pour l’économie tunisienne. Tout en affichant son optimisme quant à l’avenir du secteur, il a regretté certaines périodes de ralentissement qui ont empêché l’industrie automobile tunisienne de réaliser pleinement son potentiel de développement au cours des dernières années.

    De gauche à droite: Nabhen Bouchaala, Khelil Chaïbi et Jalel Tabib.

    Quant à Fatma Kolsi, directrice générale de la TAA, elle a estimé que l’événement représente «la consécration de l’industrie automobile tunisienne», ajoutant qu’il constitue l’aboutissement d’une vision stratégique claire menée depuis plusieurs décennies. «Cette réussite offre aujourd’hui au secteur une projection audacieuse vers l’avenir et les conditions nécessaires à un essor durable», a-t-elle déclaré.

    À travers ces témoignages, un message commun s’est dégagé : l’industrie automobile tunisienne, forte de ses soixante années d’expérience et portée par une décennie d’action structurante de la TAA, dispose des atouts nécessaires pour poursuivre sa montée en puissance et relever les défis de la mobilité, de l’innovation et de la transition industrielle des prochaines années.

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    Poulina Group Holding : une année 2025 résiliente, 2026, 2027 et 2028 pleines de promesses !

    03. Juni 2026 um 17:33

    Réuni mardi 2 juin en son siège pour sa communication financière, Poulina Group Holding, le groupe fondé par feu Abdelwahab Ben Ayed, a dressé le bilan d’un exercice 2025 marqué par une hausse de ses indicateurs de rentabilité, l’officialisation de projets de scission industrielle et le déploiement d’investissements d’envergure dans la transition énergétique, tout en projetant une croissance moyenne de ses revenus de 4,6% par an jusqu’à l’horizon 2028.

    En guise d’introduction, le conseil d’administration du groupe écrit en caractère gras : « L’année 2025 ne doit pas être lue comme une simple succession de chiffres, mais comme le résultat d’une résilience collective. Dans un contexte complexe, nous maintenons le cap ».

    Il ressort des données présentées au cours de la communication financière que, au 31 décembre 2025, Poulina Group Holding a enregistré un montant total des produits d’exploitation de 3 569,1 millions de dinars (MDT), ce qui représente une progression de 3,0% par rapport aux 3 464,9 MDT comptabilisés en 2024. Dans le détail, les revenus issus de la vente de biens et services passent de 3 447,5 MDT en 2024 à 3 559,4 MDT en 2025, affichant une croissance de 3,2%. Parallèlement, les autres produits d’exploitation, incluant les subventions, subissent un recul de 44,6%, s’établissant à 9,7 MDT contre 17,5 MDT l’année précédente.

    Toujours selon le rapport, les achats de marchandises et d’approvisionnements consommés augmentent modérément de 1,5%, s’élevant à 2 229,5 MDT contre 2 196,7 MDT en 2024. Cette dynamique permet de dégager une marge brute de 1 329,9 MDT, en hausse de 6,3% comparativement aux 1 250,7 MDT de l’exercice précédent. Ainsi, le ratio de marge brute s’améliore de 1,1 point de pourcentage, s’établissant à 37,4% des revenus.

    Les charges opérationnelles affichent des tendances contrastées. Les charges de personnel connaissent une hausse de 15,1% pour atteindre 308,4 MDT, contre 267,9 MDT un an plus tôt. Les autres charges d’exploitation ne sont pas en reste, puisqu’elles ont augmenté de 4,2%, s’élevant à 404,1 MDT en 2025 contre 388,0 MDT en 2024. Le résultat brut d’exploitation se fixe à 627,1 MDT, traduisant une augmentation de 2,4% par rapport aux 612,4 MDT de 2024, tandis que le ratio de résultat brut d’exploitation reste stable à 17,6% contre 17,7% précédemment.

    Après constatation des dotations aux amortissements et aux provisions, qui progressent de 5,2% à 240,4 MDT, le résultat d’exploitation se stabilise à 386,7 millions de dinars tunisiens, soit une légère hausse de 0,7% sur un an par rapport aux 383,8 MDT de 2024.

    Les charges financières nettes diminuent de 10,0%, retombant à 203,0 MDT contre 225,6 MDT. Les produits des placement s’élèvent à 46,4 MDT, en hausse de 1,6%. Les autres gains et pertes ordinaires, notamment liés aux cessions d’actifs, enregistrent une perte de 7,5 MDT contre 15,6 MDT en 2024, soit une réduction du déficit de 51,9%. La dotation aux amortissements du goodwill demeure inchangée à 3,4 MDT. La part du groupe dans les résultats des sociétés hors groupe affiche une augmentation importante de 139,8%, passant de 13,9 MDT à 33,3 MDT.

    Le résultat des activités ordinaires avant impôt progresse de 27,0% pour atteindre 252,5 MDT. L’impôt sur les bénéfices, incluant la contribution sociale de solidarité, s’élève à 54,8 millions de dinars tunisiens contre 38,3 MDT. Le résultat après impôt s’établit ainsi à 197,7 MDT. Déduction faite de la part des minoritaires qui s’élève à 7,2 MDT, le résultat net consolidé de l’exercice s’élève à 204,9 MDT, contre 162,1 MDT en 2024, soit une croissance nette de 26,4%. Le ratio de résultat net ressort à 5,7% des revenus, en hausse de 1,1 point.

    Analyse sectorielle des revenus et performances à l’export

    La ventilation sectorielle des 3 559,4 MDT de revenus consolidés en 2025 montre une prépondérance des activités agroalimentaires. Ce segment génère 1 748,7 MDT, soit 42,0% des parts de l’activité du groupe. L’intégration avicole représente le deuxième pilier avec 1 148,8 MDT, soit 27,6%. Suivent le commerce et les services avec 398,9 MDT, soit 9,6% ; la transformation d’acier avec 256,6 MDT, soit 6,2% ; les matériaux de construction avec 252,7 MDT, soit 6,1% ; l’emballage avec 225,3 MDT, soit 5,4% ; le bois et les biens d’équipement avec 96,4 MDT, soit 2,3% et l’immobilier avec 33,1 MDT, soit 0,8%.

    Sur le plan géographique, le chiffre d’affaires local s’établit à 3 215 MDT en 2025, contre 3 116 MDT en 2024, représentant 90% des revenus totaux. Le chiffre d’affaires à l’exportation se monte à 344 MDT en 2025, contre 331 MDT l’année précédente, soit une part de 10%. La répartition des revenus d’exportation par secteur met en évidence le poids de la transformation d’acier, qui pèse pour 40,2% des ventes extérieures. L’agroalimentaire contribue à hauteur de 33,6%, suivi de l’intégration avicole avec 15,1%, de l’emballage avec 9,6%, des matériaux de construction avec 0,9%, du commerce et des services avec 0,6%, et enfin du bois et des biens d’équipement avec 0,1%.

    Le pôle export s’appuie principalement sur cinq filiales clés qui concentrent 82% du chiffre d’affaires réalisé à l’international. La société Medoil génère 138 MDT, soit 28,0% de l’export du groupe, suivie de MBG avec 115 MDT, soit 17,4%, de la marque PAF avec 97 MDT, soit 16,6% lié à l’activité étirable, de la société El Mazraa avec 61 MDT, soit 14,0% pour l’activité coproduit, et de Proinject avec 52 MDT, soit 8,1%. D’autres entités génèrent collectivement un flux complémentaire de 33 MDT, tandis que les opérations secondaires totalisent 3 MDT.

    Structure financière, indicateurs de bilan et cours boursier

    La dette brute globale de Poulina Group Holding s’élève à 2 303 MDT en 2025, enregistrant une baisse de 9 MDT par rapport à l’exercice précédent, un mouvement qui découle principalement de la diminution de l’encours des emprunts à long et moyen terme.

    Le ratio d’endettement net sur capitaux propres se maintient à un niveau de 1,28x en 2025, marquant une stabilité parfaite par rapport à l’année 2024. Le besoin en fonds de roulement s’inscrit dans une tendance baissière continue, affichant un recul de 3% en valeur absolue et une réduction de 6 jours d’activité en équivalent jours de chiffre d’affaires, un fait attribuable à l’allègement global des stocks.

    Au niveau boursier, la capitalisation boursière du groupe atteint 5 130,1 MDT au 1er juin 2026, date à laquelle le cours de l’action s’établit à 28,500 DT. Sur l’année 2026, la valeur de l’action a oscillé entre le niveau le plus haut enregistré à 28,500 DT et le plancher le plus bas fixé à 18,800 DT. Le rendement du dividende par rapport à la valeur de l’action s’élève à 2,43% pour l’année 2025 et se projette à 2,35% pour 2026. Sur une base de douze mois, la valeur de l’action Poulina Group Holding affiche une progression de 89,0%, surperformant l’indice Tunindex de la Bourse de Tunis dont la hausse s’établit à 56,8% sur la même période.

    Concernant la politique de distribution des bénéfices aux actionnaires, le dividende par action proposé est fixé à 0,670 DT, matérialisant une hausse de 48,9% par rapport à l’exercice précédent. De plus, une augmentation de capital par l’incorporation de réserves est engagée, prévoyant l’attribution d’une action gratuite pour un volume de 20 actions anciennes détenues.

    Développement stratégique et plan directeur des investissements

    Sur le segment de la croissance externe, le groupe a finalisé l’acquisition de 45,5% des parts du groupe JMH, une opération qui lui confère une détention indirecte équivalente à 29,8% du capital de la société SAH Lilas, spécialisée dans les produits de grande consommation. Sur le plan structurel, la direction a initié le processus préparatoire visant à réaliser un spin-off, c’est-à-dire une scission, de ses activités agroalimentaires afin d’accorder à ce pôle une gestion et une évolution financière autonomes.

    Le suivi historique des investissements matériels met en évidence une enveloppe globale de 230 millions de dinars tunisiens consommée en 2024 et de 188 MDT injectée au cours de l’année 2025. En 2025, la ventilation de ces dépenses physiques par secteur d’activité attribue 53 MDT aux matériaux de construction, soit 28% de la masse globale contre 78 MDT et 34% en 2024, et 52 MDT à l’intégration avicole, soit 28% contre 57 MDT et 25% en 2024. Le pôle commerce et services capte 35 millions de dinars tunisiens, soit 19% contre 16 MDT et 7% en 2024, l’agroalimentaire absorbe 27 MDT, soit 14% contre 65 MDT et 28% en 2024, l’emballage prend 12 MDT, soit 7% contre 11 MDT et 5% en 2024, la transformation d’acier s’établit à 5 MDT, soit 3% contre 2 MDT et 1% en 2024, et le secteur bois et biens d’équipement reçoit 3 millions de dinars tunisiens, soit 2%, contre 1 MDT en 2024. Ces dépenses englobent de manière essentielle des usines de briques, la réhabilitation de centres d’élevage, des biens mobiliers et du matériel de transport.

    Pour la période triennale s’étendant de 2026 à 2028, le plan directeur prévoit une augmentation sensible du rythme des engagements financiers. Alors que la moyenne annuelle s’établissait à 195 MDT par an sur la période historique antérieure, elle est budgétisée à un niveau moyen de 336 MDT par an pour le cycle 2026-2028. Ces fonds cibleront prioritairement les secteurs agroalimentaire, avicole, de l’emballage, ainsi que les infrastructures photovoltaïques et les nouveaux programmes industriels axés sur le polyphos.

    Le plan de développement financier à l’horizon 2028 repose sur des prévisions de croissance continue. Les revenus consolidés, établis à 3 559 MDT en 2025, sont attendus à 3 631 MDT en 2026, puis à 3 812 MDT en 2027 pour atteindre 4 079 MDT en 2028, équivalant à un taux d’évolution moyen de 4,6% sur la période 2025-2028. La marge brute suivra une trajectoire similaire, passant de 1 330 MDT en 2025 à 1 355 MDT en 2026, 1 430 MDT en 2027 et 1 537 MDT en 2028, matérialisant une progression moyenne annuelle de 4,9%. Enfin, le résultat brut d’exploitation est projeté à 638 MDT en 2026, 677 MDT en 2027 et 729 MDT en 2028, contre 627 millions de dinars tunisiens comptabilisés en 2025, soit un taux de croissance moyen de 5,1% par an.

    Reporting extra-financier sur les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance

    Au niveau environnemental, la gestion des ressources hydriques au cours de l’exercice 2025 s’est traduite par le traitement de 1 million de mètres cubes d’eau, marquant une hausse de 85% par rapport aux volumes traités en 2024. Le taux de réutilisation de l’eau atteint un niveau de 72%, à comparer avec un objectif national tunisien fixé réglementairement à 50%. En ce qui concerne la gestion des rebuts de production, le taux de valorisation et de recyclage des déchets solides s’élève à 95%, laissant un reliquat de 5% acheminé vers les décharges publiques. Par ailleurs, les filiales rattachées au métier de l’emballage ont réalisé un montant de 16 millions de dinars tunisiens d’achats de déchets recyclables.

    L’inventaire d’émissions de gaz à effet de serre a été étendu à 8 secteurs industriels en 2025, contre 7 en 2024, couvrant désormais un périmètre élargi à 231 sites ou filiales opérationnelles, comparativement à un périmètre de 44 entités auditées en 2024. Cette démarche intègre le calcul des émissions indirectes rattachées au Scope 3 et s’appuie sur le déploiement d’une plateforme numérique de collecte instantanée du bilan carbone.

    Les actions de transition énergétique menées par le groupe intègrent l’exploitation de 9 unités de cogénération développant une puissance combinée de 38,5 mégawatts, avec une cible de développement fixée à 49,5 mégawatts à l’horizon 2030.

    Le volet de l’énergie photovoltaïque comptabilise 43 sites de production dotés d’installations cumulant une puissance de 17 mégawatts-crête, pour un objectif final de 66,5 mégawatts-crête.

    Pour l’année 2025, les gains globaux consolidés atteignent une économie d’énergie chiffrée à 35 000 tonnes équivalent pétrole par an, soit une hausse de 96% par rapport à 2024, permettant d’éviter l’émission de 87 000 tonnes de dioxyde de carbone par an, ce qui représente une hausse de 95%.

    Sur le plan de la gestion du capital humain, la structure des effectifs du groupe au terme de l’exercice 2025 fait ressortir un taux de féminisation de 30%. Les politiques de stabilisation des emplois se traduisent par la conversion de 4 000 contrats de travail à durée déterminée en contrats à durée indéterminée, parallèlement à l’intégration directe et durable de 1 800 prestataires de sous-traitance.

    Les investissements matériels spécifiquement fléchés vers la protection environnementale et les infrastructures de sécurité industrielle s’élèvent à 24 MDT, représentant une part de 11,5% de l’enveloppe globale des investissements physiques du groupe. Les mesures correctives et les protocoles de prévention des risques professionnels totalisent un engagement de 3,7 MDT, corrélé à une diminution de 9% du nombre global de journées de travail perdues en raison d’accidents du travail par rapport aux données de 2024.

    Au niveau sociétal, le budget alloué aux actions d’aide sociale, aux donations diverses et aux programmes de promotion de l’éducation nationale se monte à quelques centaines de milliers de dinars.

    En matière de gouvernance interne, Poulina Group Holding a procédé à la refonte structurelle de ses activités de contrôle via la centralisation de son unité d’audit interne, désormais configurée sous la forme d’une organisation transversale unique. Les systèmes de management des risques ont intégré de manière formelle les facteurs climatiques au sein de la cartographie générale des risques du groupe, tandis que le dispositif de contrôle a été déployé opérationnellement au sein des filiales de la branche acier.

    La charte de l’employé et la création d’un département centralisé de contrôle des achats encadrent les opérations commerciales. Enfin, le groupe indique avoir renforcé son ancrage dans le tissu économique par une politique de soutien aux petites et moyennes entreprises, ces dernières représentant désormais 42% du volume global des achats de l’entreprise.

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    La Tunisie submergée par les flux des migrants subsahariens  

    03. Juni 2026 um 12:40

    Alors que la présence massive dans plusieurs régions côtières en Tunisie **, y compris dans la capitale et ses environs, commence à susciter plus que des inquiétudes sur la sécurité et l’avenir d’un pays en crise, chaque migrant illégal rapatrié dans un pays africain subsaharien ou en instance de l’être sera très probablement un ambassadeur de la Tunisie, mais pas du genre qui servirait l’image ou l’intérêt de notre pays.

    Elyes Kasri *

    Il y a quelques décennies, la Tunisie envoyait ses experts pour bâtir les Etats modernes africains ou formait sur son sol de futurs cadres et dirigeants africains qui devenaient dans leur écrasante majorité des ambassadeurs de bonne volonté de la Tunisie consolidant le courant de sympathie et d’admiration pour «la Tunisie de Bourguiba», comme elle était connue au sud du Sahara.

    Or depuis 2011, parmi les émotions et instincts libérés en Tunisie, l’on ne peut occulter une certaine aversion pour ne pas dire des fois une haine de l’autre que ce soit pour des causes idéologiques ou économiques et plus récemment de… couleur de peau.

    Si la situation migratoire s’impose comme un cas d’étude de faux calculs, de cynisme régional et de projection psychologique par un peuple en désarroi face à une énième menace à son avenir, le préjudice moral qu’en subira la Tunisie est incontestable tant par l’instrumentalisation par la presse occidentale pour montrer que l’Occident n’est pas le seul à adopter des termes et des comportements xénophobes et racistes, avec toutes les retombées possibles sur la diaspora tunisienne, et par une presse africaine cherchant à faire assumer à autrui les échecs de ses gouvernants.

    En tout état de cause, chaque subsaharien rapatrié ou en instance de l’être sera très probablement un ambassadeur de la Tunisie mais pas du genre qui servirait, ni l’image ni les intérêts de la Tunisie.

    * Ancien ambassadeur.

    ** En l’absence de statistiques sérieuses et crédibles, ils seraient quelques dizaines de milliers, selon certains experts. Beaucoup plus disent d’autres, qui les estiment à quelques centaines de milliers dans tout le pays, avec de fortes concentrations autour de Tunis, Sfax et Mahdia. Seuls quelques milliers sont rapatriés volontairement chaque année par les autorités avec l’aide de l’OIM. Beaucoup d’entre eux espèrent encore prendre la mer pour l’Europe, mais de plus en plus se plaisent désormais en Tunisie et projettent d’y rester quel qu’en soit le prix.

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    Habib Zitouna : les Tunisiens retirent de plus en plus d’argent.. la faute au système de paiement !

    03. Juni 2026 um 12:15

    La monnaie en circulation en Tunisie a franchi un seuil inédit. Selon les dernières données de la Banque centrale de Tunisie (BCT), les billets et pièces détenus par le public ont dépassé les 29 milliards de dinars, enregistrant ainsi une hausse de plus de 21 % sur un an. Cette progression relance le débat sur les comportements de paiement, la modernisation du système financier et les équilibres de l’économie nationale.

    Dans une déclaration exclusive accordée à L’Économiste Maghrébin, Habib Zitouna, président de l’Association des économistes tunisiens (ASECTU) et professeur à la Faculté des sciences économiques et de gestion de Tunis, analyse cette évolution comme le reflet d’un basculement progressif des usages monétaires en Tunisie, particulièrement marqué depuis l’entrée en vigueur de la nouvelle réglementation sur les chèques.

    Selon l’économiste, le phénomène s’est accéléré à partir de février 2025. Si la masse monétaire globale, incluant dépôts bancaires, épargne et monnaie fiduciaire, progresse d’environ 12 %, la composante en espèces évolue beaucoup plus rapidement, dépassant désormais les 21 % de croissance annuelle. « Ce que l’on constate, c’est avant tout un changement de structure », explique-t-il. Les restrictions liées à l’usage du chèque et les difficultés d’encaissement auraient contribué à orienter ménages et entreprises vers une préférence accrue pour les paiements en espèces.

    Cette évolution se retrouve dans les statistiques récentes des moyens de paiement, qui montrent un recul net du chèque au profit du cash.

    Pas de lien mécanique avec l’inflation

    Face aux inquiétudes sur les effets macroéconomiques de cette hausse du cash, Habib Zitouna appelle à la prudence. Selon lui, il serait incorrect d’établir un lien direct entre l’augmentation de la monnaie en circulation et une accélération de l’inflation. L’économiste rappelle que la monnaie fiduciaire représente environ 19 % de la masse monétaire totale. C’est donc l’évolution globale de la masse monétaire, et non celle du seul cash, qui constitue un indicateur pertinent pour analyser les pressions inflationnistes. « Il s’agit davantage d’un déplacement des formes de détention de la monnaie que d’une création monétaire excessive », souligne-t-il. Une partie des liquidités auparavant déposées dans les banques serait désormais détenue sous forme d’espèces.

    Des facteurs conjoncturels viennent également amplifier ce phénomène, notamment les périodes de congés et les dépenses exceptionnelles liées à l’Aïd al-Adha entre autres, qui incitent les ménages à retirer davantage de liquidités pour les besoins familiaux et les déplacements.

    Un système de paiement en décalage avec les usages

    Pour le président de l’ASECTU, la lecture du phénomène doit dépasser les seules considérations monétaires. Le véritable enjeu réside dans la structure du système de paiement tunisien et dans son retard en matière de digitalisation. « Le monde évolue vers le « cashless », alors que la Tunisie reste fortement dépendante de l’argent liquide », observe-t-il.

    Selon lui, le système bancaire ne propose pas encore un environnement suffisamment attractif et efficace pour encourager massivement les paiements électroniques. Ce déficit freine l’adoption des solutions digitales et renforce la dépendance au cash. Le constat est renforcé par un taux de bancarisation encore limité, inférieur à 40 %. Ce qui restreint mécaniquement l’accès aux outils de paiement modernes.

    Cette dépendance persistante au cash a des effets directs sur les citoyens et les entreprises. Elle limite d’abord l’accès au crédit pour les personnes non bancarisées ou insuffisamment intégrées au système financier formel. Elle complique également certaines transactions commerciales, surtout après les récentes réformes encadrant l’usage du chèque.

    Plus largement, la prédominance des espèces favorise l’opacité des échanges économiques et peut encourager des pratiques de sous-déclaration, alimentant ainsi l’économie informelle et réduisant les recettes fiscales de l’État.  Car, « plus les transactions passent par des canaux numériques, plus elles gagnent en traçabilité et en transparence », souligne l’économiste.

    La fintech comme levier de transformation

    Face à ces défis, Habib Zitouna plaide pour une accélération de la digitalisation financière en Tunisie. Il appelle à faire de la fintech et des solutions de paiement numériques une priorité stratégique des politiques publiques. Une telle orientation permettrait, selon lui, de réduire les coûts de transaction, de moderniser les échanges économiques et de renforcer la transparence du système financier.

    Il rappelle que plusieurs pays comparables ont déjà largement adopté les paiements mobiles et les solutions digitales, parfois avec des niveaux de développement économique inférieurs à celui de la Tunisie.

    Enfin, l’économiste évoque la nécessité d’ouvrir le débat sur les monnaies numériques de banque centrale, un chantier déjà engagé à l’échelle internationale. Au-delà de la hausse du cash, c’est donc un signal plus large qui se dessine : celui d’un système de paiement tunisien à la croisée des chemins entre inertie structurelle et transition numérique encore inachevée.

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    Sky News résilie sa joint-venture avec les Émirats !

    03. Juni 2026 um 08:30

    Sky News, chaîne britannique propriété du magnat des médias Rupert Murdoch, a annoncé se retirer de sa joint-venture* avec les Émirats arabes unis dans le domaine de l’information télévisée via Sky News Arabia, critiquée pour sa couverture de la guerre et du génocide au Soudan et accusée de négationnisme. La chaîne qui émet depuis Abou Dhabi est, toute proportion gardée, ce que Al-Jazeera est au Qatar ou Al-Arabiya est à l’Arabie saoudite. À trop vouloir utiliser les médias comme des outils de manipulation et de propagande, les règles déontologiques deviennent bafouées et aucun partenaire sérieux ne peut l’accepter. Même pas Rupert Murdoch, qui n’est pas une référence en la matière.  

    Imed Bahri

    Selon The Guardian, Sky et son partenaire IMI –l’entité d’investissement dans les médias contrôlé par le cheikh Mansour Ben Zayed Al Nahyan, vice-président des Émirats et propriétaire de Manchester City– ont annoncé un nouvel accord commercial aux termes duquel le groupe audiovisuel britannique cède l’intégralité du contrôle stratégique et opérationnel de la chaîne d’information et d’actualités en continu en langue arabe. 

    Sky UK a toutefois conclu un accord pluriannuel de licence de marque permettant à Sky News Arabia de conserver son nom.

    Cette chaîne gratuite a été créée en 2010 pour concurrencer les chaînes d’information télévisées arabophones telles qu’Al Jazeera, Al Arabiya et BBC Arabic. 

    La coentreprise a commencé à diffuser ses programmes au Moyen-Orient et en Afrique du Nord en 2012. «Nous sommes fiers du travail accompli grâce à notre partenariat avec IMI au fil des ans et de la présence significative que nous avons développée dans toute la région», a déclaré David Rhodes, président exécutif du groupe Sky News avant d’ajouter : «Le moment est venu pour ce changement et nous nous réjouissons de poursuivre notre collaboration dans la prochaine phase de développement de Sky News Arabia».

    Une ligne éditoriale qui pose problème

    En interne, la direction de Sky s’inquiète de plus en plus de la ligne éditoriale adoptée par Sky News Arabia concernant l’actualité régionale. La couverture des atrocités commises au Soudan par le groupe paramilitaire des Forces de soutien rapide (FSR), soutenu par les Émirats, a été accusée de minimiser le génocide.

    En novembre, le gouvernement soudanais a interdit à Sky News Arabia d’opérer sur son territoire après que la chaîne satellitaire a envoyé une équipe à El Fasher, capitale du Darfour-Nord, pour réaliser un reportage affirmant que la situation sécuritaire et humanitaire s’était stabilisée.

    La journaliste envoyée par Sky News Arabia est mariée à un haut responsable du gouvernement parallèle des FSR.

    La chaîne a par la suite publié des reportages et des articles en ligne suggérant qu’aucune preuve sur le terrain ne corroborait les images satellites et les témoignages des survivants des atrocités.

    En février, une mission d’enquête mandatée par l’Onu a conclu que le siège, la prise et l’occupation de la ville pendant 18 mois par les FSR et les milices alliées visaient délibérément la destruction des communautés ethniques minoritaires, présentant ainsi les «caractéristiques d’un génocide».

    Les Émirats, pour leur part, ont nié toute responsabilité dans les atrocités commises par leurs protégés des FSR.

    Nakhle Elhage, directrice de la transformation chez IMI, a déclaré : «Alors que nous entamons cette nouvelle phase, IMI prendra pleinement en charge l’avenir de la plateforme, avec l’agilité, la concentration et les capacités d’investissement nécessaires pour continuer à en faire la principale destination d’information multimédia pour le monde arabe». Et d’ajouter : «Sky News Arabia est aujourd’hui l’une des plus belles réussites médiatiques du monde arabe. Au cours de la dernière décennie, elle a acquis une envergure, une crédibilité et une pertinence considérables sur les plateformes télévisuelles, numériques, audio et sociales, touchant un large public à un rythme que peu d’organes médiatiques ont atteint».

    L’accord de joint-venture initial avait été conclu par News Corporation, qui contrôlait alors Sky.

    Ce retrait de la diffusion d’informations au Moyen-Orient fait suite à une décision similaire prise en Australie. Comcast, société américaine qui a acquis Sky en 2018, a choisi de ne pas renouveler l’accord de licence détenu par News Corporation pour l’utilisation de la marque Sky News en Australie. Sky News Australia deviendra News24 plus tard cette année.

    En 2020, un projet de lancement d’une chaîne d’information en continu mondiale, destinée à concurrencer CNN en réunissant Sky News et NBC (propriété de Comcast)– baptisée NBC Sky World News– a été abandonné.

    * Une joint-venture est une entente commerciale par laquelle deux ou plusieurs entreprises mettent en commun leurs ressources, compétences et capitaux pour réaliser un projet spécifique ou développer une activité. 

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    Comment reprendre le contrôle de vos Big Data

    03. Juni 2026 um 07:45

    Dans ce nouvel article de la série «Pour une IA souveraine face au piège juridique américain», l’auteur, expert en Big Data et Deep Learning au sein de l’unité de recherche ATISP, propose une formation gratuite intitulée «Du Big Data aux agents IA en moins de 3 heures !» qui vous permet de tirer profit de l’IA agentique directement sur vos clusters existants, tout en protégeant vos données critiques et sans dépendre de la bonne volonté de Washington.

    Dr. Heni Bouhamed *

    De nombreuses entreprises privées et institutions publiques pensent à tort être protégées sous prétexte que leurs données sont hébergées sur des serveurs situés localement, en Europe ou en Afrique. C’est une illusion dangereuse : les lois extraterritoriales américaines (comme le Patriot Act, la Fisa ou le Cloud Act) ne suivent pas la géographie des serveurs, mais la nationalité du prestataire technologique. Si votre fournisseur est américain, les autorités US peuvent accéder à vos données par simple mandat (ou même pas : la Section 702 du Fisa permet aux agences de renseignement américaines d’intercepter des communications sans mandat préalable).

    Aujourd’hui, ces outils de surveillance massive sont couramment détournés à des fins de surveillance économique et d’intelligence stratégique contre les entreprises étrangères.

    Face à ce péril, des institutions de premier plan font le choix de la rupture technologique. C’est le cas de l’École Polytechnique Paris, qui refuse d’installer la suite Microsoft 365 pour protéger le fruit de la recherche scientifique et de l’innovation technologique contre l’espionnage économique. C’est aussi le cas de la Gendarmerie nationale et des ministères majeurs en France (comme la Transition écologique ou la Culture) qui ont opéré des migrations historiques de leur parc informatique de Windows vers Linux afin de neutraliser la télémétrie opaque et les risques de portes dérobées (backdoors).

    Qu’il s’agisse de sécuriser la recherche scientifique ou de prémunir les administrations contre l’espionnage économique, la réponse est la même : s’affranchir des solutions propriétaires américaines.

    Pour répondre à ce besoin crucial de souveraineté, j’ai conçu un parcours pratique et accéléré pour vous aider à migrer, vous aussi, vers des architectures Big Data/IA 100% locales et indépendantes.

    Une formation gratuite

    En tant qu’enseignant-chercheur, formateur Big Data / IA depuis 8 ans, CTO de Zetta-Spark.com et Ceo de DataCamp Training Tunisie, j’ai condensé des mois d’ingénierie pour vous proposer cette formation entièrement gratuite et accessible à tous les profils (ingénieurs, DSI, ou décideurs).

    Le concept Zéro Slide : uniquement des schémas et des laboratoires pratiques reproductibles directement sur votre propre ordinateur.

    Précision importante : il n’est pas nécessaire d’installer ou de posséder un ordinateur sous Linux Ubuntu. L’intégralité de l’environnement technique est pré-configurée dans une machine virtuelle Ubuntu prête à l’emploi, qu’il vous suffit d’héberger et de lancer sur votre PC actuel (Windows ou Mac), sans aucune modification de votre système et sans avoir besoin d’une carte graphique (GPU) coûteuse.

    Vous apprendrez concrètement à transformer vos silos de données massives en véritables cerveaux digitaux autonomes.

    Vos ressources et liens d’accès : la playlist vidéo (moins de 3 heures) ; le dossier complet (machine virtuelle, labs & codes).  

    La certification internationale : vous trouverez dans ce dossier un examen blanc et un voucher gratuit pour passer la certification internationale CDOSS : «Du Big Data à l’IA Agentique : les fondamentaux» afin de valoriser officiellement vos compétences.

    Pourquoi votre IA et vos données sont-elles en péril ?

    Pour mesurer l’urgence de basculer vers des architectures locales, il est indispensable de comprendre l’arsenal législatif extraterritorial américain, qui forme une véritable tenaille juridique :

    – le Patriot Act (2001) & La Section 702 du Fisa (prolongée jusqu’en avril 2026) : initialement voté pour lutter contre le terrorisme, le Patriot Act a posé les bases de la surveillance d’État. Son extension moderne, la Section 702 du Fisa, permet aux agences de renseignement américaines d’intercepter des communications sans mandat préalable. Aujourd’hui, ces outils de surveillance massive sont couramment détournés à des fins de surveillance économique et d’intelligence stratégique contre les entreprises étrangères, créant une insécurité juridique permanente pour les entités non-américaines ;

    – le Cloud Act (2018) : ce texte stipule que dès lors qu’une entreprise technologique tombe sous la juridiction américaine (Google, Microsoft, AWS, OpenAI, Anthropic…), elle est légalement obligée de divulguer les données qu’elle gère aux autorités US, que ces serveurs soient à Paris, Francfort ou Tunis (contrats, brevets, secrets industriels ou dossiers médicaux, aucune donnée n’est à l’abri d’une saisie unilatérale) ;

    – le piège pour vos futurs agents IA : si vous connectez vos systèmes d’information à des API comme celles d’OpenAI, d’Anthropic ou de Gemini, chaque invite (prompt) et fragment de document sensible voyage vers les États-Unis. Le Cloud Act s’applique de plein droit. En cas de tensions diplomatiques ou de conflit commercial, l’activation d’un «bouton Off» à distance ou l’injection de biais algorithmiques dans vos modèles n’est pas une théorie du complot, mais une possibilité légale à la disposition de Washington.

    Des exemples concrets de résistance mondiale

    Face à ce péril, la prise de conscience est mondiale et de grands blocs, institutions et acteurs technologiques décident de couper le cordon avec les géants américains :

    – En Tunisie et à l’international (secteurs privé et public) : l’écosystème Zetta-Spark.com Tunisie se positionne en fer de lance en développant des architectures d’IA agentiques souveraines. En couplant le traitement Big Data distribué et l’exécution de LLM exclusivement locaux, cette initiative permet aux institutions sensibles (banques, ministères, industries) de moderniser leurs systèmes sans jamais exposer le moindre octet aux réglementations extraterritoriales ;

    – En France : l’École Polytechnique Paris refuse le déploiement de la suite Microsoft 365 pour ses chercheurs et étudiants, protégeant ainsi le fruit de la recherche scientifique et de l’innovation stratégique nationale contre le siphonnage légal étranger ;

    – Au Royaume-Uni : la Royal Navy teste actuellement l’OS souverain «Collective» (déployé par Whitespace/Oracle) sur des équipements tactiques et des théâtres d’opérations pour s’affranchir des systèmes d’exploitation américains standards ;

    – En Inde (secteur de l’IA déconnectée) : commercialisation de la solution Command Core par Arinox/Kogo, un système d’IA agentique «in a box» fonctionnant en mode totalement déconnecté d’Internet («air-gapped») pour une confidentialité absolue ;

    – Dans le Monde arabe et en Afrique de l’Est : le projet de l’AICTO (Organisation arabe des TCI) déploie des piles d’IA souveraines nationales dans plusieurs pays pilotes, tandis que la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC) a adopté une déclaration régionale pour garantir une IA entraînée exclusivement sur des données locales et gouvernée localement.

    En forçant par exemple les protocoles modernes comme les connecteurs MCP (Model Context Protocol) à s’exécuter exclusivement en local, nous permettons de tirer profit de l’IA agentique directement sur nos clusters existants, sans dépendre de la bonne volonté de Washington.

    Le moment de reprendre le contrôle est maintenant. Pour rejoindre la formation gratuite proposée, il suffit de télécharger la machine virtuelle et les laboratoires pratiques, et sécuriser votre patrimoine technologique !

    Partager ce travail et cette formation est un véritable plaisir, mais c’est avant tout une démarche militante pour que chacun puisse reprendre le contrôle de ses données.

    Ces ressources ont été conçues comme un «commun numérique» accessible à tous.

    Une architecture libre pour contourner le droit américain

    La souveraineté numérique ne se gagne pas par des discours, elle se gagne par l’architecture technique. Pour garantir qu’aucune donnée ne quitte votre infrastructure, la solution consiste à déployer une architecture RAG (Retrieval-Augmented Generation) locale (avec Model Context Protocol éventuellement).

    Voici les briques techniques open source (intégrées dans la machine virtuelle Ubuntu de la formation) qui permettent de bâtir votre propre «mini-Google + ChatGPT» privé :

    En forçant par exemple les protocoles modernes comme les connecteurs MCP (Model Context Protocol) à s’exécuter exclusivement en local, nous permettons de tirer profit de l’IA agentique directement sur nos clusters existants, sans dépendre de la bonne volonté de Washington.

    Le moment de reprendre le contrôle est maintenant. Rejoignez la formation, téléchargez la machine virtuelle et les laboratoires pratiques, et sécurisez votre patrimoine technologique !

    * Maître assistant à l’Université de Sfax. Titulaire d’un master de l’Université de Rouen (2006) et d’un doctorat en systèmes informatiques (2013), il est co-fondateur et CTO de Zetta-Spark, ainsi que Ceo de DataCamp-Training & Consulting. Il a publié plus de 20 articles dans des revues internationales prestigieuses (SCI & Web of Science).  

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    Affaire appareil secret d’Ennahdha: perpétuité pour Rached Ghannouchi 

    02. Juni 2026 um 19:06

    La Chambre criminelle spécialisée dans les affaires de terrorisme près le Tribunal de première instance de Tunis a rendu, mardi, son verdict dans l’affaire dite de l’« appareil secret » du mouvement Ennahdha. Trente-cinq accusés ont été reconnus coupables de plusieurs infractions à caractère terroriste et condamnés à des peines allant de dix ans d’emprisonnement à la réclusion criminelle à perpétuité.

    Parmi les principaux condamnés figure le président du mouvement Ennahdha, Rached Ghannouchi, qui a écopé d’une peine de réclusion à perpétuité assortie de 30 années de prison supplémentaires. Son ancien vice-président et ex-chef du gouvernement, Ali Laarayedh, a été condamné à 42 ans de réclusion.

    Une source judiciaire citée par l’Agence Tunis Afrique Presse (TAP) assure que les accusés ont été déclarés coupables notamment de constitution d’une organisation terroriste, d’adhésion volontaire à une entente liée à des activités terroristes, ainsi que de mise à disposition de compétences et d’expertises au profit d’une organisation terroriste.

    La peine la plus lourde a été prononcée contre Mustapha Khedher, condamné à la réclusion criminelle à perpétuité assortie de 96 années de prison supplémentaires. Ridha Barouni, Taher Boubahri, Kamel Ayefi et sept autres accusés ont également été condamnés à la perpétuité, assortie de 76 années d’emprisonnement.

    D’autres condamnations ont été prononcées, notamment la perpétuité assortie de 50 ans de prison pour Fathi Beldi, de 37 ans pour Abdelaziz Daghsni, de 32 ans pour Kamel Bedoui, ainsi que de 30 ans pour Samir Hannachi. Kaïs Bakkar a été condamné à 48 ans de prison, Belhassen Naqach à 46 ans et Ali Ferchichi à 34 ans. Trois accusés ont écopé de 18 ans d’emprisonnement, quatre autres de 12 ans et deux prévenus de 10 ans.

    Le tribunal a également ordonné le placement de l’ensemble des condamnés sous surveillance administrative pendant cinq ans après l’exécution de leur peine.

    Cette affaire, qualifiée de terroriste par la justice tunisienne, concerne 35 accusés, parmi lesquels plusieurs anciens responsables du mouvement Ennahdha ainsi que d’anciens cadres sécuritaires. Mustapha Khedher, déjà cité dans le dossier de la « chambre noire », figure également parmi les personnes poursuivies.

    Le dossier a été relancé au début de l’année 2022 à la suite d’une plainte déposée par le ministère public et par le collectif de défense de Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi, assassinés respectivement en février et en juillet 2013.

    Le comité de défense des deux dirigeants politiques avait accusé le supposé « appareil secret » d’Ennahdha d’être impliqué dans ces assassinats, ainsi que dans des activités d’espionnage et d’infiltration des institutions de l’État. Il avait également mis en cause plusieurs dirigeants du mouvement, notamment Rached Ghannouchi, les accusant d’avoir dirigé et supervisé cette structure. Le mouvement Ennahdha a toujours rejeté ces accusations, les qualifiant de politiques et dénuées de fondement.

    Initialement instruit par le parquet du Tribunal de première instance de l’Ariana, le dossier a été transféré en septembre 2023 au pôle judiciaire de lutte contre le terrorisme, qui a poursuivi les investigations jusqu’au jugement rendu mardi.

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    Première mondiale : Aziza Seddik, une Tunisienne entre dans l’histoire de l’aviation civile

    02. Juni 2026 um 11:24

    La Tunisienne Aziza Seddik, directrice du Centre régional de formation en sûreté de l’aviation relevant de l’Organisation de l’aviation civile internationale à Tunis, vient de franchir une étape majeure dans sa carrière en obtenant une certification internationale prestigieuse dans le domaine de l’aviation civile.

    Cette reconnaissance a été délivrée dans le cadre d’un programme avancé de formation supervisé par l’organisation onusienne. Elle atteste de la maîtrise de standards internationaux élevés en matière de formation et de sûreté aérienne.

    Selon un communiqué du centre régional de formation en sûreté de l’aviation de l’ICAO à Tunis, Aziza Seddik devient, grâce à cette certification, la première femme au monde à obtenir cette accréditation internationale en tant que formatrice certifiée dans le domaine de l’aviation civile.

    Lire aussi: Un Tunisien à la tête de l’aviation civile française

    Au-delà de la distinction individuelle, cet accomplissement représente un signal fort pour le positionnement de la Tunisie dans les métiers stratégiques de l’aviation. Il contribue à renforcer la visibilité et l’influence du centre de Tunis, appelé à jouer un rôle de référence dans la formation et le renforcement des capacités au niveau régional.

    Cette reconnaissance internationale s’inscrit également dans la dynamique portée par l’ICAO visant à élever les standards de compétences dans le secteur aérien, à travers des programmes de formation alignés sur les meilleures pratiques mondiales. L’objectif est de garantir un niveau optimal de sécurité, de sûreté et d’efficacité opérationnelle dans un secteur considéré comme hautement stratégique à l’échelle mondiale.

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    Vers l’intégration des armées américaine et israélienne

    02. Juni 2026 um 09:00

    Première étape pour faire passer l’aide encore plus dans l’ombre : le projet de loi NDAA 2027 du Congrès américain fusionnerait presque les forces armées des Etats-Unis et d’Israël. Avec la coproduction d’armes et l’intégration des réseaux militaires des deux pays, les données de l’armée états-unienne pourraient bientôt devenir celles de l’armée israélienne.

    Ben Freeman *

    À un moment où l’opinion Etats-unisiene manifeste des niveaux sans précédent de méfiance envers le gouvernement israélien, le Congrès vient de proposer de lier les Etats-Unis à l’armée israélienne plus que jamais.

    Cachée dans la version de la Chambre de la Loi d’autorisation de la défense nationale (NDAA) pour 2027, publiée la semaine dernière, se trouve la section 224, intitulée «Initiative de coopération technologique de défense États-Unis-Israël». Cette disposition ferait sans doute plus pour imbriquer l’armée Etats-unienne avec l’armée israélienne que les plus de 200 milliards de dollars (ajustés à l’inflation) d’aide militaire qu’Israël a reçus des Etats-Unis depuis sa fondation en 1948.

    Vers une intégration militaro-industrielle

    La section 224 pose les bases de la recherche et du développement bilatéraux, de la coproduction d’armes, d’entreprises communes, d’accords de licence et de toutes les formes de coopération du complexe militaro-industriel américano-israélien.

    Les Etats-Unis et Israël travaillent déjà ensemble sur la défense antimissile, mais cette disposition étendrait considérablement la coordination à pratiquement tous les domaines des technologies de défense, y compris l’IA, le quantique, les systèmes autonomes, l’énergie dirigée, le cyber, la biotechnologie, et bien d’autres. Elle propose également «l’intégration des réseaux» et la «fusion des données». En d’autres termes, les données de l’armée états-unienne pourraient bientôt devenir celles de l’armée israélienne.

    Si elle était pleinement adoptée, cette proposition offrirait un niveau d’intégration militaro-industrielle plus élevé que celui que les Etats-Unis ont avec tout autre pays au monde. Ils ont bien sûr travaillé en étroite collaboration avec leurs partenaires de l’Otan sur la coproduction et les chaînes d’approvisionnement partagées, notamment par le biais du Plan d’action pour la production de défense. Et, en tant que premier vendeur d’armes au monde, les Etats-Unis fournissent des armes à des armées du monde entier. Mais il s’agit surtout d’une voie à sens unique, les Etats-Unis ne fournissant des armes à des acheteurs étrangers qui ne fabriquent qu’occasionnellement eux-mêmes des pièces pour ces armes, comme dans le cas de la chaîne d’approvisionnement mondiale du F-35.

    Une influence israélienne extraordinaire sur les Etats-Unis

    La section 224 serait d’une tout autre nature. Elle fusionnerait les secteurs de la défense états-unien et israélien dans de multiples domaines essentiels pour les champs de bataille du futur, comme les systèmes autonomes et le cyber. Elle apporterait également une influence israélienne extraordinaire sur les Etats-Unis, au-delà de celle qu’Israël exerce déjà via le lobby israélien et son réseau solide d’influenceurs sur les réseaux sociaux. Elle donnerait au gouvernement israélien l’opportunité d’étendre considérablement l’un des leviers d’influence les plus puissants de la politique états-unienne : les emplois aux Etats-Unis.

    En développant ou en créant de nouvelles installations de coproduction comme celles qu’il possède déjà dans le Mississippi et l’Arkansas, le gouvernement israélien pourrait se targuer de fournir des emplois sur le sol états-unien, se garantissant ainsi des alliés parmi les membres du Congrès qui représentent les districts où se trouvent ces emplois.

    Le résultat pourrait bien être un système politique états-unien encore plus sensible aux caprices d’un gouvernement israélien qui semble n’avoir aucun scrupule à entraîner les Etats-Unis dans des conflits militaires au Moyen-Orient.

    Une relation de défense plus forte et moins transparente

    Ce niveau sans précédent d’intégration militaire américano-israélien contraste fortement avec le modèle traditionnel d’aide à la coopération en matière de défense, dans lequel Israël se distinguait déjà comme le premier bénéficiaire de l’aide militaire américaine. Comme l’a exposé récemment une note de l’Institut Quincy, ce passage d’un modèle d’aide à un modèle d’intégration militaire a des implications troublantes, à savoir que ce passage supprimera les mécanismes de contrôle politique et diplomatique qui rendent la relation publiquement redevable de comptes, la faisant passer d’un vote annuel visible sur l’aide à une machinerie opaque d’acquisition de défense, où la surveillance est limitée et la responsabilité politique minimale. Le résultat serait une relation de défense à la fois plus profonde et moins transparente.

    Tout cela survient à un moment où l’armée israélienne a utilisé à plusieurs reprises des armes états-uniennes lors de frappes qui ont violé le droit humanitaire international à Gaza, et alors qu’Israël a violé à plusieurs reprises les cessez-le-feu (tout comme les Etats-Unis eux-mêmes) dans la guerre inutile de l’administration Trump contre l’Iran.

    Le fossé énorme entre ce que la plupart des états-uniens veulent et ce que le président fait concernant Israël, et ce que le Congrès propose ici, ne doit pas être ignoré.

    Fossé grandissant entre actions d’Israël et intérêts américains

    Seulement 30 % des personnes interrogées dans un sondage du New York Times/Siena de mi-mai estiment que Trump a pris «la bonne décision» en entrant en guerre contre l’Iran, 64 % déclarant que c’était une erreur. Un sondage de l’Institut des affaires mondiales publié plus tôt cette semaine a exploré plus en profondeur la psyché états-unienne concernant l’armement d’Israël, constatant que «seulement 16 % déclarent que les Etats-Unis devraient continuer à fournir des armes à Israël sans nouvelles restrictions. Trente-huit pour cent veulent cesser complètement de fournir des armes, et 24 % supplémentaires veulent conditionner les armes à leur utilisation».

    Pourtant, la direction principale des deux partis reste largement pro-israélienne et continue de façonner le texte législatif de base avant que les amendements et le débat parlementaire plus large ne l’ouvrent à l’ensemble du corps législatif, comme c’est le cas avec cette disposition de la NDAA.

    Bien que lentement, les courants au sein des deux partis changent, de plus en plus de membres prenant la parole contre le fossé grandissant entre les actions d’Israël et les intérêts des Etats-Unis. Par exemple, le sénateur Chris Van Hollen (Démocrate du Maryland) a écrit dans le New York Times que «le Parti démocrate a apporté un soutien réflexif et inconditionnel aux gouvernements israéliens, même lorsque leurs actions ont de plus en plus sapé les intérêts et les valeurs américaines.»

    Du côté républicain, le représentant Thomas Massie (Républicain du Kentucky) et l’ancienne représentante Marjorie Taylor Greene (Républicaine de Géorgie) ont ouvertement dénoncé l’influence corrosive du lobby israélien — une position qui leur a peut-être, au moins partiellement, coûté leurs sièges au Congrès à tous les deux.

    Que peuvent faire les autres membres du Congrès préoccupés par les actions déstabilisatrices d’Israël ? Arrêter la fusion militaro-industrielle américano-israélienne dans son élan.

    Les législateurs devraient rejeter la section 224 de la NDAA pour éviter une intégration profonde avec l’armée israélienne à un moment où un nombre croissant d’Etats-uniens s’opposent aux actions d’Israël dans la région.

    Traduit de l’anglais.

    Source : Responsible Statecraft

    Traduit par Tlaxcala

    * Directeur du programme «Démocratisation de la politique étrangère» au Quincy Institute et auteur, avec William Hartung, de ‘‘The Trillion Dollar War Machine’’ (2025).

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    L’Europe, la Tunisie et le paradoxe de la réadmission des migrants

    02. Juni 2026 um 08:05

    La Tunisie subit les conséquences d’une route migratoire subsaharienne globale orientée vers l’Europe, alors qu’elle n’est ni le point de départ initial de ces populations ni leur destination finale recherchée. Elle est totalement étrangère aux facteurs de départ et ne doit sa centralité qu’à son attractivité de pont avec l’UE. Cela, Bruxelles le sait bien, mais dans sa stratégie d’externalisation de ses frontières, elle feint de l’ignorer. (Photo: La grande concentration de migrants subsahariens dans plusieurs régions de la Tunisie, y compris dans la capitale et ses environs, pose de gros problèmes sociaux, sanitaires et sécuritaires que les autorités ont du mal à gérer. La colère gronde parmi la population).

    Ali Labib *

    Pour obtenir la coopération des États tiers, l’Union européenne (UE) déploie une stratégie d’externalisation de la gestion de ses frontières fondée sur le principe de conditionnalité (mécanisme des «incitations et contraintes»). Ce dispositif articule des leviers positifs tels que l’aide au développement et la facilitation des visas professionnels ou étudiants et à des mesures coercitives. Ainsi, l’article 25 bis du Code des visas permet à l’UE de restreindre l’octroi de visas aux ressortissants des États jugés non coopératifs en matière de réadmission de leurs migrants en situation irrégulière.

    Sous la pression constante du binôme franco-italien, la Tunisie fait face à une double exigence de Bruxelles : 1- assurer un verrouillage hermétique de ses côtes pour stopper les flux vers Lampedusa ; 2- signer des accords de réadmission.

    Si la Tunisie se conforme au droit international en réadmettant ses propres nationaux, elle refuse par contre à réadmettre les ressortissants de pays tiers (subsahariens ou apatrides) sous le seul motif de leur transit par le territoire tunisien.

    Le paradoxe doctrinal de l’approche européenne

    Cette politique révèle une contradiction majeure entre le droit interne de l’UE et les mécanismes qu’elle tente d’exporter. Au sein de l’espace européen, le Règlement de Dublin consacre le principe du premier pays d’entrée, imputant la responsabilité de la demande d’asile à l’État membre par lequel le migrant a pénétré clandestinement, générant une saturation structurelle en Italie, en Grèce ou en Espagne.

    Pourtant, en qualifiant la Tunisie de «pays tiers sûr», l’UE applique une logique inverse : elle externalise une responsabilité fondée sur le transit géographique qu’elle s’avère elle-même incapable de gérer en interne, postulant que les demandeurs d’asile auraient dû formaliser leur démarche en Tunisie… qui, faut-il le rappeler, n’est pas membre de l’UE.

    La déconnexion avec les réalités géopolitiques africaines

    La grille de lecture européenne occulte les réalités physiques et géographiques de l’Afrique. Située à l’extrême nord du continent, la Tunisie ne partage aucune frontière directe avec l’Afrique subsaharienne. Mais en raison de sa proximité avec l’Europe (140 km des côtes italiennes), le pays subit une position de réceptacle terminal de réseaux migratoires transfrontaliers complexes. Les flux qui atteignent le littoral tunisien proviennent de routes sahariennes traversant l’Algérie et la Libye, elles-mêmes alimentées en amont par des hubs sahéliens majeurs, à l’instar d’Agadez au Niger.

    Concrètement, la Tunisie sert, malgré elle, de pont naturel et subit l’accumulation de populations dont elle n’est ni le pays d’origine ni la destination finale.

    Refusant d’assumer le rôle de «garde-frontière» de l’Europe ou d’héberger des centres de rétention pour non-nationaux, Tunis rappelle qu’elle ne peut pallier les politiques restrictives de l’UE ni gérer seule des crises globales.

    Si la philosophie du système de Dublin était transposée à l’échelle internationale, la charge de l’asile incomberait aux premiers pays de sécurité limitrophes des zones de conflit, et non à un État de transit situé à des milliers de kilomètres.

    La nécessité d’une approche multilatérale et globale

    Conditionner le soutien financier à la Tunisie à des impératifs purement sécuritaires constitue une réponse court-termiste, comparable à une tentative d’endiguer un flux en ignorant sa source. Pour obtenir une baisse structurelle des dynamiques migratoires, l’UE doit privilégier une approche régionale et multilatérale impliquant les pays d’origine et de transit (Niger, Mali, Tchad, Mauritanie, Algérie, Libye). L’action doit se faire en amont à travers la stabilisation politico-économique de la bande sahélienne ; le contrôle concerté des frontières sahariennes ; et le démantèlement des réseaux de passeurs dès les points de départ.

    Les asymétries et les limites de la gestion sécuritaire

    L’illusion du tout-sécuritaire maritime : l’exemple de la Manche démontre les limites des investissements technologiques. Malgré les financements versés par le Royaume-Uni de plusieurs centaines de millions d’euros pour équiper le littoral français (drones, radars, patrouilles), les traversées clandestines en small boats de populations originaires du Moyen-Orient, d’Asie du Sud et d’Afrique de l’Est se poursuivent quotidiennement.

    L’asymétrie des échelles géographiques : alors que l’effort de la France se concentre sur une frontière maritime ultra-localisée de quelques dizaines de kilomètres, l’exigence que l’UE veut imposer à la Tunisie concernerait un territoire disproportionné, combinant la surveillance de milliers de kilomètres de frontières terrestres désertiques en amont et un vaste littoral en aval.

    L’asymétrie de la charge : la Tunisie subit les conséquences d’une route migratoire subsaharienne globale orientée vers l’Europe, alors qu’elle n’est ni le point de départ initial de ces populations ni leur destination finale recherchée. Elle est totalement étrangère aux facteurs de départ et ne doit sa centralité qu’à son attractivité de pont avec l’UE.

    La limite intrinsèque du contrôle frontalier : à l’instar de la France, de l’Italie, de la Grèce et des États-Unis, aucun État ayant des frontières terrestres ne peut parvenir à un contrôle absolu de son territoire face à l’immigration clandestine.

    * Chercheur en migrations

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    Irak | Moqtada Sadr rend les armes !

    02. Juni 2026 um 07:40

    Le puissant leader politique et religieux chiite irakien Moqtada Sadr a annoncé que ses milices précédemment dénommées Jaych al-Mahdi puis rebaptisées les Brigades de la Paix allaient intégrer les Forces armées irakiennes. Sadr connu pour sa ligne souverainiste en ayant combattu l’occupation américaine puis en s’opposant fermement à la domination iranienne entend par cette décision renforcer l’État irakien jusque-là affaibli par les milices qui sont nombreuses et souvent bien équipées en armement. La décision a aussi pour but de protéger l’Irak contre les représailles militaires et financières américaines car les Américains utilisent le prétexte de la puissance des milices pour motiver leurs sanctions. 

    Imed Bahri

    Le quotidien londonien arabophone Al Quds al-Arabi a indiqué que Sadr, chef du Mouvement sadriste (mouvement nationaliste chiite), n’a donné que sept jours à ses partisans des Brigades de la Paix (Saraya al-Salam), ces milices armées, pour rompre leurs liens avec le mouvement et intégrer les forces armées fédérales irakiennes.

    Cette décision constitue une véritable épreuve pour Sadr, témoignant de sa détermination et de celle de ses dizaines de milliers de partisans armés à déposer les armes qu’ils portent depuis plus de vingt ans.

    Un soutien populaire constant

    Outre le contrôle de trois brigades officiellement affiliées aux Forces de mobilisation populaire (FMP, Al Hachd al-Chaabi), qui prêtent allégeance au mouvement, Sadr exerce une emprise idéologique sur des dizaines de milliers d’autres personnes disséminées à travers le pays, notamment dans le sud et le centre mais aussi à l’est de Bagdad surtout dans le quartier populaire de Sadr City. 

    C’est suite à l’invasion américaine de 2003 que le Mouvement sadriste et sa branche armée, l’Armée du Mahdi (Jaych al-Mahdi) devenue par la suite les Brigades de la Paix, ont émergé. Les partisans du défunt ayatollah Mohammed Sadiq al-Sadr, puis de son fils Moqtada al-Sadr, ont adopté une voie de résistance contre les forces américaines occupant le pays, entrant par la suite dans une nouvelle phase marquée par des violences sectaires.

    Pour contenir les tensions de l’époque, le Premier ministre irakien, Nouri Maliki, a lancé une campagne de sécurité ciblant et traquant les militants sadristes dans le centre et le sud du pays (2006-2008), ce qui a finalement abouti à leur mort et à leur arrestation.

    Depuis, aucun incident majeur impliquant les militants sadristes n’a été recensé, bien que leur soutien populaire demeure constant, se manifestant ponctuellement par des actions de service ou des activités sociales visant à résoudre certains conflits locaux.

    Cette situation perdura jusqu’à l’été 2014, lorsque l’éminent religieux chiite Ali Sistani émit une fatwa autorisant le djihad pour défendre l’Irak contre l’avancée de l’État islamique (Daêch). Cette fatwa constitua la pierre angulaire de la création d’Al-Hachd al-Chaabi et de l’émergence de factions armées chiites sur la scène publique.

    Malgré la participation de partisans de Moqtada Sadr au sein de la Brigade du Jour promis (Liwa al-yawm al-maawoud) et leur intégration officielle aux Forces de mobilisation populaire (FMP) avec trois brigades militaires (313, 314 et 315), ces dernières ne prirent pas part aux grandes opérations de «libération», à l’exception de quelques opérations menées près de leur base dans la ville sainte chiite de Samarra, dans la province de Salah Al-Din.

    Après des années de lutte armée, le chef du Mouvement sadriste, Moqtada Sadr, a décidé de déposer les armes et d’intégrer ses partisans aux institutions fédérales. Il s’agit de la troisième tentative de ce type depuis 2017.

    Nécessaire coordination avec les autorités officielles

    Selon la déclaration de Sadr, cette décision a été prise «dans l’intérêt public de la nation et afin d’éviter les dangers qui menacent le pays». Il lui est apparu nécessaire de «séparer complètement les Brigades de la Paix du mouvement chiite national et de les intégrer pleinement à l’État et à l’autorité générale responsable des formations militaires. Les entités civiles affiliées aux brigades seront transformées en une structure unifiée, sans quartier général, armes, uniformes, adresse ni aucune autre entité administrative».

    Jeudi, Sadr a autorisé son directeur de cabinet privé Haider Al-Jabri, son conseiller militaire Abu Duaa al-Issawi, son assistant djihadiste Tahsin al-Humaidawi et le responsable d’Al-Bunyan Al-Marsous (structure sociale dépendant de Sadr) Muhammad al-Aboudi à finaliser les procédures de séparation de Saraya As-Salam  du Mouvement sadriste dans un délai maximal d’une semaine.

    Moqtada Sadr également annoncé l’achèvement de l’intégration de la branche civile de ses milices avec Al-Bunyan Al-Marsous à condition qu’ils se coordonnent avec les autorités officielles.

    Commentant la décision de Sadr, l’analyste en sécurité Fadhil Abu Ragheef a déclaré à l’agence de presse officielle que «ce n’est pas la première fois que Sadr adopte une telle position» soulignant «qu’il a déjà appelé à une séparation entre l’action politique et l’action militaire, témoignant d’un sens des responsabilités nationales et visant à sortir la société irakienne du cycle de la violence». Il a ajouté que «dès le début, l’appel du Premier ministre Ali Al-Zaidi a porté sur la nécessité d’une action civile, au service des citoyens, de limiter la possession d’armes à l’État et de renforcer les institutions», soulignant qu’Al-Zaidi poursuit le démantèlement du réseau d’armement qui perturbe l’équilibre politique intérieur.

    Il a noté que l’appel du Premier ministre a conduit cinq factions à accepter de remettre leurs armes moyennes, lourdes et légères  expliquant que ces mesures témoignent d’une volonté de consolider la stabilité intérieure et de renforcer la cohésion nationale et régionale grâce au monopole d’État sur les armes.

    Aucune arme ne doit échapper à l’État

    La décision de Sadr s’inscrit dans la lignée de la position de Qais al-Khazali, chef du mouvement Asa’ib Ahl al-Haq, partisan du monopole d’État sur les armes. Il estime que les armes détenues par les factions armées chiites, notamment Asa’ib Ahl al-Haq, relèvent de ce monopole, car elles sont affiliées à une institution de sécurité qui rend compte au commandant en chef des forces armées.

    Khaled al-Saadi, membre du bureau politique du bloc Sadiqun, a déclaré aux médias locaux : «Le mouvement Asa’ib Ahl al-Haq et le bloc parlementaire Sadiqun croient en la souveraineté et la force de l’État et estiment que seul ce dernier doit contrôler les armes. Aucune arme ne doit échapper au contrôle de l’État». Il a ajouté que le mouvement réitère l’appel lancé par le secrétaire général d’Asa’ib Ahl Al-Haq, Qais Al-Khazali, concernant le monopole d’État sur les armes le qualifiant de «voix patriotique et d’appel national visant à empêcher les acteurs extérieurs, notamment les États-Unis, ou toute entité tentant d’exploiter la situation sous prétexte d’armes hors du contrôle de l’État et de s’en servir comme prétexte pour attaquer l’Irak»

    Asa’ib Ahl Al-Haq soutient le monopole de l’État sur les armes à condition que celui-ci soit capable de protéger la sécurité de l’Irak sur terre, dans les airs et en mer contre toutes les menaces, a-t-il encore précisé.

    Les conditions préalables au désarmement

    La plupart des factions irakiennes s’accordent sur le refus de déposer les armes tant que les raisons de leur maintien persistent, exigeant comme conditions préalables au désarmement l’obtention d’une pleine souveraineté irakienne sur terre et dans les airs et la fin de toute ingérence étrangère dans les affaires intérieures.

    Moqtada Sadr soulève toutefois plusieurs questions : Est-il réellement résolu à se séparer de ses partisans armés ? Et quel impact cela aura-t-il sur les efforts conjoints américano-irakiens visant à désarmer les factions armées chiites et à tourner la page de «la résistance» dans le pays ?

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    Décryptage – Tunisie mai 2026 (II) – Quand les chiffres racontent davantage qu’une simple conjoncture

    02. Juni 2026 um 06:01

    L’économie est souvent perçue comme un univers de statistiques macro-financières (*), de pourcentages et de tableaux réservés aux spécialistes. Pourtant, derrière chaque indicateur se cache une réalité bien concrète qui touche la vie quotidienne des citoyens. Une évolution des réserves en devises influence le prix des produits importés. Une baisse des taux d’intérêt conditionne la capacité d’une entreprise à investir ou d’une famille à accéder au crédit. Une progression des recettes touristiques soutient des milliers d’emplois dans les régions côtières comme à l’intérieur du pays.

     

    Les indicateurs monétaires et financiers publiés par la Banque centrale de Tunisie au 29 mai 2026 (**) dessinent ainsi le portrait d’une économie qui, sans être sortie de toutes ses difficultés, semble entrer progressivement dans une phase plus sereine. Cette amélioration demeure fragile et incomplète, mais elle constitue néanmoins un changement notable après plusieurs années marquées par les tensions financières, l’inflation élevée et les inquiétudes récurrentes concernant les grands équilibres macroéconomiques. Cette photographie de la conjoncture nationale prend tout son sens lorsqu’elle est replacée dans un environnement international qui, lui aussi, cherche encore son point d’équilibre.

     

    Lire aussi: Décryptage – Tunisie, mai 2026 (I) : l’économie avance, la société attend

    Un contexte mondial moins tendu mais toujours incertain

    L’économie mondiale traverse actuellement une période de normalisation progressive. Les grandes banques centrales occidentales, après avoir mené des politiques monétaires extrêmement restrictives pour combattre l’inflation, commencent à assouplir graduellement leurs conditions financières. Cette évolution est importante pour des pays comme la Tunisie. Lorsque les taux d’intérêt internationaux diminuent, les coûts de financement des États et des entreprises tendent à se réduire. Les investisseurs deviennent également plus enclins à prendre des risques dans les économies émergentes.

    Cependant, cette amélioration demeure relative. La croissance mondiale reste modérée. L’Europe, principal partenaire économique de la Tunisie, continue d’afficher des performances limitées. Les tensions géopolitiques persistent au Moyen-Orient, en mer Rouge et dans plusieurs zones stratégiques du commerce international. Les prix de l’énergie, bien qu’inférieurs aux sommets observés lors des crises précédentes, restent exposés à de fortes fluctuations. Autrement dit, le monde économique de 2026 n’est plus celui de la crise permanente, mais il n’est pas encore celui d’une prospérité pleinement retrouvée. Dans ce contexte, la capacité des économies nationales à renforcer leurs propres fondamentaux devient plus importante que jamais.

    Une Banque centrale qui semble reprendre progressivement la maîtrise du jeu

    Parmi les enseignements les plus encourageants des données du 29 mai figure la stabilité du marché monétaire tunisien.

    Le taux directeur de la Banque centrale est désormais fixé à 7 %, contre 7,5 % un an auparavant. Le taux du marché monétaire s’établit pratiquement au même niveau, preuve que les mécanismes de transmission de la politique monétaire fonctionnent correctement.

    Pour le grand public, ces chiffres peuvent paraître abstraits. Pourtant, ils sont loin de l’être. Derrière cette détente monétaire se profile la possibilité d’un accès au financement moins coûteux pour les entreprises. Cela signifie potentiellement davantage d’investissements, davantage de projets et, à terme, davantage d’emplois.

    La Banque centrale semble aujourd’hui dans une situation plus confortable qu’il y a un an. Le recours au refinancement demeure important, mais les besoins du système bancaire apparaissent moins critiques. Les interventions exceptionnelles se réduisent progressivement et les banques semblent retrouver davantage d’autonomie dans leur gestion quotidienne de la liquidité.

    Cette amélioration ne signifie pas que toutes les tensions ont disparu. Elle indique simplement que l’économie tunisienne est sortie de la phase la plus aiguë de stress monétaire qui avait caractérisé les années précédentes.

    L’argent liquide : le révélateur silencieux des limites de la transformation économique

    Un chiffre attire particulièrement l’attention : celui des billets et monnaies en circulation. Près de 29,7 milliards de dinars circulent aujourd’hui sous forme d’espèces dans l’économie tunisienne. C’est un niveau record. Cette progression impressionnante est riche d’enseignements. Elle reflète certes la croissance naturelle des besoins monétaires de l’économie, mais elle traduit également la persistance d’un phénomène plus profond : la place considérable qu’occupe encore le secteur informel.

    Dans de nombreux marchés, commerces ou activités de services, les transactions en espèces continuent de dominer. Cette réalité révèle une confiance encore insuffisante dans les instruments de paiement modernes; mais aussi l’existence d’une partie de l’activité économique qui échappe aux circuits formels.

    Derrière ce chiffre se cache donc l’un des grands défis structurels de la Tunisie : réussir à intégrer davantage d’activités dans l’économie organisée, améliorer l’inclusion financière et moderniser les modes de paiement. Car une économie qui fonctionne largement en espèces se prive d’une partie importante de son potentiel de financement et de productivité.

    Le retour de la confiance extérieure

    S’il est un domaine où les indicateurs apportent une véritable note d’optimisme, c’est celui du secteur extérieur.

    Les recettes touristiques poursuivent leur progression et dépassent désormais 2,4 milliards de dinars. Ce chiffre dépasse sa simple dimension comptable. Derrière lui se trouvent les hôtels qui retrouvent des taux d’occupation satisfaisants, les restaurants qui accueillent davantage de visiteurs, les artisans qui écoulent leurs produits, les transporteurs qui travaillent davantage et les milliers de familles dont les revenus dépendent directement ou indirectement du tourisme.

    La Tunisie semble ainsi récolter les fruits d’une image internationale progressivement améliorée et d’une demande touristique qui demeure soutenue malgré les incertitudes mondiales.

    Plus remarquable encore est l’évolution des transferts des Tunisiens résidant à l’étranger. Ces revenus dépassent désormais 3,4 milliards de dinars. Chaque année, des centaines de milliers de Tunisiens installés en Europe, en Amérique du Nord ou dans les pays du Golfe continuent d’envoyer une partie de leurs revenus à leurs familles.

    Au-delà de leur importance économique, ces transferts constituent également une forme silencieuse de solidarité nationale. Ils soutiennent la consommation, financent l’éducation des enfants, participent à la construction de logements et alimentent l’activité économique locale dans de nombreuses régions du pays. Dans bien des cas, ils jouent un rôle que ni les marchés financiers ni les institutions internationales ne peuvent remplacer.

    Des réserves de change qui offrent un précieux coussin de sécurité

    Autre élément particulièrement rassurant : les réserves en devises. Avec l’équivalent de 105 jours d’importation, la Tunisie dispose aujourd’hui d’un niveau de protection extérieure supérieur à celui observé un an auparavant. Ce chiffre peut sembler technique. Pourtant, il représente en quelque sorte l’épargne de précaution du pays. Ces réserves permettent d’acheter les produits énergétiques, les médicaments, les matières premières industrielles ou les équipements dont l’économie a besoin pour fonctionner.

    Elles rassurent également les investisseurs et les partenaires internationaux quant à la capacité du pays à honorer ses engagements financiers. Cette amélioration contribue naturellement à la stabilité du dinar. Face au dollar, la monnaie tunisienne affiche même une appréciation sur un an. Cette évolution est particulièrement importante dans la mesure où une grande partie des importations stratégiques est facturée en devise américaine.

    Une stabilité retrouvée, mais pas encore une prospérité retrouvée

    Malgré ces avancées, il serait prématuré de parler d’un véritable décollage économique. Les indicateurs montrent surtout que la Tunisie a réussi à consolider ses équilibres financiers. Or, l’histoire économique enseigne que la stabilité est une condition nécessaire du développement, mais qu’elle n’en constitue jamais la garantie. Le véritable défi commence précisément lorsque les équilibres sont rétablis.

    Comment transformer cette stabilité en investissements productifs ? Comment convertir la baisse progressive des taux d’intérêt en création d’entreprises et d’emplois ? Comment mobiliser l’épargne disponible vers les secteurs à forte valeur ajoutée ? Comment faire en sorte que les performances du tourisme ou des transferts de la diaspora se traduisent par une amélioration durable du niveau de vie ?

    Ces questions demeurent ouvertes.

    L’heure des choix stratégiques

    Les mois à venir pourraient constituer une période charnière pour l’économie tunisienne. Les signaux positifs existent. L’inflation est mieux maîtrisée. Les réserves en devises sont confortables. Les recettes extérieures progressent. Les tensions monétaires s’atténuent. Le système financier apparaît plus stable. Mais ces acquis ne produiront leurs effets que s’ils sont accompagnés d’une dynamique plus ambitieuse en matière d’investissement, de productivité et de réformes structurelles. La Tunisie dispose aujourd’hui d’une occasion rare : celle de passer d’une logique de gestion de crise à une logique de construction de l’avenir.

    Les indicateurs du 29 mai 2026 ne racontent donc pas seulement l’histoire d’une économie qui résiste. Ils racontent surtout l’histoire d’un pays qui commence à retrouver une marge de manœuvre, une capacité de projection et, peut-être, une forme de confiance dans ses propres ressources.

    Car au-delà des statistiques et des équilibres financiers, la véritable question reste celle-ci : comment transformer cette respiration économique retrouvée en une croissance capable d’améliorer concrètement la vie des Tunisiens ?

    C’est autour de cette interrogation que se jouera, bien davantage que dans les chiffres eux-mêmes, l’avenir économique de la Tunisie au cours des prochaines années.

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    (**)Références :

    https://www.ins.tn/

    https://www.bct.gov.tn/bct/siteprod/indicateurs.jsp

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    * Dr. Tahar EL ALMI,

    Economiste-Economètre.

    Ancien Enseignant-Chercheur à l’ISG-TUNIS,

    Psd-Fondateur de l’Institut Africain

    D’Economie Financière (IAEF-ONG)

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    Tribune – Banques publiques tunisiennes à l’horizon 2030 : le levier de la souveraineté numérique

    01. Juni 2026 um 17:30

    À l’heure où le Plan de Développement 2026-2030 s’apprête à être soumis au parlement, le système financier tunisien se trouve à un moment charnière de son histoire moderne. Pour les banques publiques, l’enjeu dépasse désormais la simple consolidation des équilibres comptables ou la mise à niveau technique de l’outil de travail. Il s’agit de redéfinir structurellement leur rôle dans un paysage macroéconomique en recomposition rapide, où la souveraineté numérique – définie comme la maîtrise stratégique de la donnée et des architectures d’intelligence artificielle – s’impose comme le pivot du développement national.

     

     

     

    Les indicateurs de performance de l’exercice 2025 confirment la résilience et la solidité du pôle bancaire public. La progression soutenue des produits nets bancaires (PNB) de plusieurs grands établissements de la place témoigne d’un retour à des niveaux de rentabilité robustes, consacrant leur rôle historique de stabilisateurs du système financier national.

    Toutefois, cette santé financière retrouvée doit aujourd’hui servir de tremplin à une inflexion stratégique majeure. À l’horizon 2030, la mission des banques publiques ne peut plus se limiter au soutien traditionnel des équilibres budgétaires de l’État. Elle doit impérativement muer vers un rôle de catalyseur direct de l’économie réelle, ciblant en priorité le tissu des TPME et l’investissement productif. Cette grande transition managériale suppose une exploitation scientifique et fine de la donnée financière, seule capable d’affiner le scoring prédictif, d’éclairer la décision de crédit et de réduire l’asymétrie d’information qui pénalise nos acteurs économiques.

     

    Du système d’information à l’intelligence stratégique de l’État

    Les chantiers de digitalisation menés ces dernières années – modernisation des architectures centrales (*Core Banking*), sécurisation des flux de paiement et mise en conformité réglementaire – constituent des jalons techniques indispensables. Ils ne représentent pourtant que le préambule d’une mutation beaucoup plus profonde.

    L’absorption nécessaire de la dette technologique (systèmes *Legacy*) et l’augmentation mécanique des charges d’investissement qui l’accompagne ne doivent pas être appréhendées comme des coûts d’exploitation subis, mais bien comme des investissements de souveraineté. Sans une infrastructure financière nationale autonome, robuste et hautement sécurisée, le risque est réel de voir notre système bancaire relégué au rang de simple consommateur dépendant de solutions exogènes, avec toutes les vulnérables stratégiques que cela implique.

    L’intégration de l’intelligence artificielle et des technologies d’*Open Banking* ouvre ici une perspective décisive. Elle doit permettre de passer d’un modèle bancaire purement transactionnel à un modèle prédictif et inclusif, capable d’anticiper les risques systémiques et d’intégrer les segments de la population historiquement tenus à l’écart du circuit formel.

     

    Le capital humain, condition sine qua non de la résilience numérique

    Aucune trajectoire technologique ne saurait s’incarner sans une politique ambitieuse du capital humain. Le secteur public bancaire évolue désormais dans un marché des compétences mondialisé, caractérisé par une fuite des cerveaux et une concurrence féroce pour les profils hautement qualifiés (data scientists, experts cyber, ingénieurs IA).

    Pour retenir ces talents, la seule politique salariale ne suffit plus ; l’enjeu réside dans la capacité des institutions publiques à proposer des projets porteurs de sens et de souveraineté nationale. L’adossement à l’écosystème des startups innovantes, l’interopérabilité des plateformes et la mobilisation de l’expertise de la diaspora sont les leviers indispensables pour bâtir une communauté de compétences. À ce prix, la banque publique tunisienne pourra achever sa mue pour devenir une « banque-plateforme », agile, interconnectée et nativement tournée vers l’utilisateur.

     

    Vers un nouveau contrat technologique pour la Tunisie

    L’adoption finale du Plan 2026-2030 par les institutions de la République doit acter l’émergence d’un nouveau contrat de confiance entre l’État, le régulateur, le citoyen et les institutions financières. Dans cette configuration neuve, la transformation digitale n’est plus une finalité technique, mais le bras armé de la résilience économique nationale.

    À l’échéance de la décennie, la performance globale d’une banque publique ne se mesurera plus exclusivement à la croissance arithmétique de la taille de son bilan, mais à sa trajectoire de gouvernance stratégique. Sa légitimité dépendra de sa capacité à sécuriser, valoriser et mettre la donnée financière au service exclusif du développement du pays. La souveraineté numérique n’est plus une option de communication : elle est le fondement même de la pérennité du modèle bancaire tunisien.

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    Note : les analyses exprimées relèvent d’une réflexion personnelle et prospective et n’engagent pas les institutions auxquelles l’auteur est rattaché.

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    Tunisie | La République inachevée

    01. Juni 2026 um 08:50

    Dans la photo illustrant cette tribune, l’auteur fleurit le buste du premier président tunisien, Habib Bourguiba, situé sur l’Esplanade Habib-Bourguiba dans le 7e arrondissement de Paris, œuvre du sculpteur turc Ali Macunluoglu, érigée le 20 mars 2013. Cela ne l’empêche pas de critiquer, ici, l’œuvre inachevée du père de l’indépendance tunisienne.

    Hakim Tounsi *

    Pour comprendre les difficultés actuelles de la Tunisie, il faut peut-être accepter de regarder au-delà des événements récents et revenir aux fondations mêmes de notre République. Non pour la contester, mais pour identifier ce qui, dans sa construction réelle, a pu freiner l’accomplissement de sa promesse d’égalité.

    On explique souvent les difficultés actuelles de la Tunisie par l’échec de la transition démocratique engagée après 2011. Je pense que le problème est beaucoup plus ancien. La révolution n’a pas créé la fracture tunisienne ; elle l’a révélée.

    Dès les premières années de l’indépendance, deux Tunisie ont commencé à coexister. La première était celle du projet officiel porté par Bourguiba : une République moderne, fondée sur l’éducation, l’émancipation, la citoyenneté et la construction d’un État national fort. Ce projet a produit des réalisations considérables qu’il serait absurde de nier. Mais à côté de ce projet s’est progressivement développée une autre réalité, beaucoup moins évoquée car beaucoup moins glorieuse et donc moins avouable.

    Autour du pouvoir s’est constituée, dès l’indépendance, une catégorie de citoyens qui s’est octroyé une légitimité particulière liée au combat national, réel ou revendiqué. Les résistants, les militants et les compagnons du mouvement national ont progressivement formé un groupe qui s’est considéré, et qui a souvent été considéré, comme ayant davantage de droits sur le pays que les autres.

    Une hiérarchie informelle

    Certains avaient effectivement participé à la lutte pour l’indépendance. D’autres avaient exagéré ou même usurpé leur rôle. Peu importe au fond. Le résultat fut la création d’une distinction implicite entre deux catégories de Tunisiens : ceux qui appartenaient à la famille des libérateurs et les autres.

    Il serait cependant profondément injuste de confondre cette réflexion avec une remise en cause du sacrifice des véritables militants, résistants et bâtisseurs de la Tunisie indépendante. Beaucoup ont donné le meilleur d’eux-mêmes, parfois leur liberté, parfois leur vie, pour permettre au pays d’accéder à l’indépendance et à la souveraineté. Beaucoup d’autres ont ensuite consacré leur intelligence, leur honnêteté et leur travail à construire les institutions de la République, souvent dans des conditions difficiles et avec un sens remarquable du service public. Cette réflexion leur doit au contraire respect et reconnaissance. Hommage à la mémoire de tous ceux qui ont contribué sincèrement à bâtir la Tunisie moderne. C’est précisément parce que leur engagement mérite d’être honoré que les dérives qui ont pu s’installer au fil du temps doivent pouvoir être regardées avec lucidité.

    Cette distinction ne figurait dans aucune loi. Elle n’était inscrite dans aucun texte. Pourtant elle était bien réelle dans la pratique. Pour devenir Omda, accéder à certaines responsabilités, obtenir certaines promotions ou simplement bénéficier d’une écoute particulière de l’administration, il était souvent préférable d’appartenir au bon réseau ou de disposer de la bonne recommandation.

    La République proclamait l’égalité des citoyens mais le fonctionnement réel du système introduisait progressivement une hiérarchie informelle. Plus grave encore, cette hiérarchie s’est transmise de génération en génération jusqu’à devenir une culture. Le piston est devenu normal. La recommandation est devenue naturelle. Les privilèges sont devenus invisibles à ceux qui en bénéficiaient.

    L’injustice la plus dangereuse n’est pas celle qui choque encore ; c’est celle qui finit par paraître normale. La République avait officiellement aboli les privilèges hérités du passé. Pourtant, dans bien des domaines, elle a fini par en recréer de nouveaux.

    Après le protectorat, les bénéficiaires ont changé mais la logique a malheureusement souvent survécu. Une partie des ressources économiques, des terres, des licences, des financements et des opportunités a progressivement été captée par des réseaux proches du pouvoir. Certaines grandes familles de l’époque beylicale ont été dépossédées d’une partie de leurs biens, officiellement au profit de l’État. Les terres agricoles des colons ont été nationalisées. Dans la pratique, une partie de ces ressources a également bénéficié à ceux qui détenaient désormais le pouvoir politique.

    Une économie verrouillée par les privilèges

    Les terres nationalisées, les licences d’importation dans une économie verrouillée et les différents mécanismes de contrôle économique ont progressivement contribué à l’émergence de nouvelles situations privilégiées. Une économie de rente s’est ainsi installée.

    Dans une économie administrée, celui qui contrôle l’autorisation contrôle souvent la richesse. Celui qui attribue les licences, les financements ou les agréments influence directement la répartition des opportunités économiques. Beaucoup de Tunisiens ont fini par comprendre que le mérite seul ne suffisait pas toujours et que l’appartenance à un réseau pouvait peser davantage que la compétence. Ce phénomène a profondément marqué les administrations, les entreprises publiques, le système financier et une partie de l’économie nationale. Le problème n’était pas seulement la corruption qui commençait à pointer son nez. Le problème était l’intériorisation progressive de l’idée que les règles n’étaient pas les mêmes pour tous. Lorsque cette situation perdure pendant plusieurs décennies, elle cesse d’être perçue comme une anomalie. Elle devient une culture. Les bénéficiaires la considèrent comme naturelle. Les autres finissent par s’y résigner. Une société de citoyens se transforme alors progressivement en société de statuts.

    Cette situation contribue peut-être aussi à expliquer une partie du malaise de la jeunesse tunisienne. Au-delà des difficultés économiques bien réelles, beaucoup de jeunes ont le sentiment que leur place dans la société reste limitée, que les opportunités ne sont pas toujours distribuées selon le mérite et que les générations en place peinent à leur faire une véritable place.

    Lorsqu’une société paraît verrouillée, le désir de participer à sa construction s’affaiblit progressivement. Le besoin de renouveau, de reconnaissance et d’oxygène pousse alors nombre de jeunes à regarder davantage vers l’expatriation que vers l’engagement dans un système qu’ils jugent parfois incapable de se réformer. Ce n’est pas seulement une perte de compétences. C’est aussi le signe d’un affaiblissement du lien de confiance entre une partie de la jeunesse et le projet collectif national.

    C’est pourquoi je pense que la révolution de 2011 a été largement mal comprise. On l’a présentée comme une révolution pour la démocratie. Elle l’était certainement en partie. Mais son moteur le plus profond était peut-être ailleurs. Les slogans parlaient d’emploi, de liberté et surtout de dignité.

    La dignité ne signifie pas seulement le droit de voter. Elle signifie le droit d’être considéré comme un citoyen à part entière, sans avoir besoin d’une protection, d’un clan, d’une recommandation ou d’un héritage politique. Elle signifie l’accès équitable aux opportunités, à l’emploi, à l’administration, à la promotion sociale et à la reconnaissance.

    Le projet républicain est demeuré inachevé

    La révolution exprimait peut-être avant tout le refus d’une hiérarchie implicite de citoyenneté installée depuis plusieurs décennies. La véritable question tunisienne n’est donc peut-être pas de savoir si nous devons abandonner la République ou la défendre. Je reste profondément attaché au choix républicain, à l’État national moderne et aux acquis fondamentaux de l’indépendance. La question est de savoir si nous avons réellement achevé la construction de la République.

    Une République n’est pas seulement un drapeau, une constitution ou des institutions. C’est l’application effective des mêmes règles à tous. Or c’est précisément sur ce point que le projet demeure inachevé. Chaque réforme qui introduit davantage de transparence, de concurrence, de digitalisation, de responsabilité ou de mérite menace directement les mécanismes de rente et les privilèges accumulés depuis des décennies. C’est pourquoi le système résiste autant au changement.

    Nous sommes peut-être arrivés à un moment où une question fondamentale ne peut plus être évitée : la République tunisienne est-elle encore capable de se parfaire elle-même ou faudra-t-il la refonder pour lui permettre de tenir enfin sa promesse d’égalité ?

    Cette réflexion ne vise ni à détruire l’œuvre républicaine ni à réhabiliter les systèmes qui l’ont précédée. Elle vise au contraire à contribuer à sa continuation. Car une République qui refuse de regarder lucidement ses propres contradictions finit par s’éloigner de ses principes fondateurs. La nature a horreur du vide. Un pays peut survivre longtemps à l’injustice ; il survit beaucoup plus difficilement à l’immobilisme. La Tunisie joue aujourd’hui une partie décisive de son avenir. La Tunisie ne manque ni de compétences, ni d’histoire, ni d’atouts. Elle souffre peut-être surtout d’une contradiction qu’elle n’a jamais véritablement résolue : avoir proclamé l’égalité des citoyens tout en laissant s’installer, génération après génération, une hiérarchie implicite entre eux. Tant que cette contradiction ne sera pas regardée en face, le pays continuera probablement à piétiner.

    * Patron du tour opérateur Authentique à Paris.

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    Football | L’Espérance à l’heure des choix difficiles

    01. Juni 2026 um 08:18

    L’Espérance de Tunis, éliminée de la Ligue des champions d’Afrique au niveau des demi-finales et privée du Championnat de Tunisie par son rival de toujours, le Club africain, a sauvé sa saison en remportant la Coupe de Tunisie de football (2025-2026), après avoir battu l’Espérance de Zarzis (1-0), en finale disputée dimanche 31 mai 2026 au stade Hammadi Agrebi de Radès.

    Latif Belhedi  

    Pour l’histoire : l’unique but de la rencontre a été très contesté par les Espérantistes du Sud, prétextant une faute sur leur gardien de but avant le tir foudroyant de Hamza Rafia à la 62e minute.

    De son côté, l’ES Zarzis n’a pas réussi le défi de remporter sa seconde Coupe de Tunisie face au même adversaire qu’il avait battu en finale en 2005.

    Ce 17e trophée dans cette compétition et du deuxième consécutif remporté par le club de Bab Souika, qui a également assuré sa participation à la Ligue des champions de la CAF en terminant deuxième du championnat, a été difficile à remporter, l’équipe ayant toujours eu mal à déverrouiller les défenses adverses.

    Les Camarades de Yacine Meriah créent certes beaucoup d’occasions, mais se montrent souvent maladroits devant les buts adverses, à l’image de leur attaquant de pointe, Florian Danho à qui manque presque toujours la dernière touche. Cette incapacité à conclure leur a d’ailleurs joué de très mauvais tours au cours de la saison leur faisant perdre des points précieux en championnat face à des adversaires à leur portée qu’ils ont pourtant dominés de la tête et de pieds.  

    Pour les «Sang et Or», cette saison en demi-teinte est enfin terminée, et pour beaucoup d’entre eux, en fin de contrat, c’est l’heure du départ du Parc B.

    Pour le président Hamdi Meddeb, tout est à revoir, à commencer par le choix du coach capable de faire renouer l’équipe avec le sacre continental, qui la fuie depuis six ans, sa 4e et dernière Ligue des champions d’Afrique remontant à 2019.

    Va-t-il garder le Français Christian Bracconi, qui assure l’intérim après le limogeage de son compatriotePatrice Beaumelle et qui n’a pas démérité en ne concédant aucune défaite ? Rien n’est sûr, mais le remue-ménage c’est au niveau de la composition de l’équipe qui va avoir lieu. Il s’agit de trouver des joueurs capables de rehausser le jeu de l’équipe et lui faire gagner en efficacité, et cela est valable pour tous compartiments de jeu.

    L’Espérance est certes riche, surtout en comparaison avec les autres clubs tunisiens, mais au niveau international, il doit faire face à une rude concurrence, sachant que les bons joueurs disponibles et à portée de bourse se font rares dans un marché qui flambe.

    Certains joueurs, comme Danho ou Rafia, les meilleurs hier, n’ont pas encore retrouvé la pleine maîtrise de leurs moyens, mais le club peut-il se payer le luxe d’attendre ?

    Les semaines à venir vont être décisives pour une Espérance qui sait faire le ménage avec toute la discrétion requise. Des changements sont attendus, mais pas des bouleversements, l’esprit de continuité a toujours primé dans l’entourage de Hamdi Meddeb, qui a fait appel à Chokri El Ouaer, le gardien de but légendaire de l’Espérance et de l’équipe de Tunisie, pour l’aider dans les grands choix techniques. La touche de ce dernier, qui n’est pas réputé pour être un sentimental, ne tardera pas à se faire sentir.

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    Femmes Grecques | Quand la philosophie parlait au masculin (1/3)

    01. Juni 2026 um 07:30

    Pour aborder la question de l’émancipation de la femme dans toute sa profondeur, il nous a semblé nécessaire de ne pas commencer par l’actualité immédiate, mais par l’histoire longue des idées. Nous proposons ainsi à nos lectrices et lecteurs un triptyque de trois articles, publiés à raison d’un article par semaine, selon un ordre volontairement pensé pour replacer le sujet dans son contexte historique, philosophique, social et politique. Le premier article, «Quand la philosophie parlait au masculin : femmes grecques, Socrate, Platon et Aristote», reviendra sur les origines d’une pensée occidentale qui, tout en inventant la raison, a souvent maintenu la femme dans une position seconde. Le deuxième article, «L’émancipation des femmes : quatre siècles pour sortir de l’ombre», suivra les grandes étapes qui ont permis, en Europe et en Amérique, la conquête progressive des droits civils, politiques, éducatifs et sociaux. Le troisième article, «La citoyenne avant la croyante : femmes, textes sacrés et frontière laïque», ouvrira la réflexion sur la femme musulmane, et plus particulièrement tunisienne, prise entre lectures religieuses, exigences de modernité et horizon citoyen.

    Zouhaïr Ben Amor *

    Cet ordre n’est pas fortuit : il vise à montrer que la question féminine ne peut être comprise sans interroger d’abord les représentations anciennes, puis les luttes modernes, avant d’aborder les tensions propres à nos sociétés contemporaines. Il ne s’agit pas d’imposer une vérité définitive, encore moins de provoquer inutilement, mais d’inviter à penser un problème sociétal majeur avec sérénité, rigueur et responsabilité.

    La question de la femme n’est jamais seulement une question féminine : elle révèle le rapport d’une société à la liberté, à l’égalité, au corps, au sacré et au pouvoir. Nous savons que ce sujet peut susciter des réactions différentes, parfois passionnées, parce qu’il touche à l’intime autant qu’au collectif. C’est pourquoi nous invitons nos lectrices et nos lecteurs à commenter librement, dans le respect des personnes, des convictions et du débat public.

    Parler de la condition féminine dans la Grèce ancienne, c’est entrer dans une contradiction fondatrice de notre civilisation. Car cette Grèce que l’on présente souvent comme le berceau de la raison, de la démocratie, de la philosophie et du débat public fut aussi une société où la moitié de l’humanité était tenue à distance de la parole politique, de la décision civique et de l’égalité juridique.

    Athènes inventait l’assemblée, mais l’assemblée ne parlait pas au féminin. Elle inventait la citoyenneté, mais cette citoyenneté se transmettait par les femmes sans jamais vraiment leur appartenir. Elle faisait de la raison un idéal universel, mais cet universel avait presque toujours un visage d’homme.

    Il ne s’agit pas ici de juger mécaniquement l’Antiquité avec les catégories morales d’aujourd’hui. Il s’agit plutôt de comprendre comment une civilisation capable d’élaborer les plus hautes pensées sur la justice, l’âme, la vérité et la cité a pu maintenir les femmes dans une position subalterne. La question est d’autant plus importante que les philosophes grecs n’ont pas seulement reflété leur époque : ils ont aussi contribué à donner une forme intellectuelle durable à certaines hiérarchies.

    Socrate, Platon et Aristote n’ont pas parlé des femmes de la même manière. Mais tous trois permettent de mesurer la tension entre l’ambition de penser l’humain et la difficulté de reconnaître pleinement l’humanité féminine.

    La cité grecque : une démocratie sans les femmes

    Dans la cité grecque, surtout à Athènes au Ve et au IVe siècle avant notre ère, la femme libre appartient d’abord à l’espace domestique. Elle est fille, épouse, mère, gardienne de la maison, responsable de la continuité familiale. Sa valeur sociale tient moins à sa parole qu’à sa capacité à assurer la descendance légitime.

    La démocratie athénienne repose ainsi sur une séparation nette : aux hommes, l’agora, l’assemblée, le tribunal, la guerre, la philosophie publique ; aux femmes, l’intérieur, le foyer, la gestion silencieuse du quotidien.

    Cette séparation n’est pas seulement pratique. Elle est symbolique. La femme est liée à l’oikos, la maison, tandis que l’homme est lié à la polis, la cité. Or, dans la culture grecque, la vraie dignité politique appartient à celui qui participe à la cité. Être humain pleinement reconnu, c’est pouvoir parler, délibérer, décider. La femme, elle, est nécessaire à la cité mais rarement reconnue comme sujet politique. Elle est au cœur de la reproduction sociale, mais à la marge de la reconnaissance publique.

    Nicole Loraux a bien montré que la citoyenneté athénienne se construit sur une étrange dette envers les femmes : elles donnent naissance aux citoyens, mais restent exclues de la citoyenneté active (Loraux, 1981).

    Cette condition n’est pas uniforme. Il existe des différences entre Athènes, Sparte, les îles, les milieux riches ou pauvres, les femmes libres, les esclaves, les métèques, les courtisanes cultivées. À Sparte, les femmes semblent avoir joui d’une plus grande liberté physique et économique que les Athéniennes. À Athènes, certaines femmes pouvaient exercer une influence religieuse, familiale ou même intellectuelle dans des cercles particuliers. Mais la règle générale demeure : la femme n’est pas pensée comme un individu autonome. Elle dépend d’un homme, le kyrios, tuteur légal qui peut être son père, son mari ou un parent masculin. Son mariage est une alliance entre familles plus qu’un contrat entre deux libertés.

    Ce paradoxe est essentiel : les femmes ne sont pas absentes de la société grecque ; elles y sont indispensables. Elles sont présentes dans les rites, les cultes, les fêtes religieuses, les mythes, la tragédie. Antigone, Médée, Clytemnestre, Hélène ou Pénélope occupent l’imaginaire grec avec une force immense. Mais cette présence dans les récits ne signifie pas égalité dans la réalité. La femme peut être célébrée comme figure mythique et réduite comme personne sociale. Elle peut être prêtresse, mère de héros, symbole de fécondité, mais cela ne lui donne pas la parole politique. Sarah Pomeroy a montré cette diversité de statuts, tout en soulignant que la structure fondamentale reste profondément patriarcale (Pomeroy, 1975).

    Socrate : une pensée universelle dans une ville masculine

    Socrate n’a laissé aucun écrit. Nous le connaissons surtout à travers Platon, parfois Xénophon, Aristophane et d’autres témoignages. Il faut donc être prudent : le Socrate historique se cache derrière le Socrate littéraire. Pourtant, une chose frappe dans les dialogues socratiques : Socrate interroge l’homme sur la justice, le courage, la vertu, l’âme, mais le monde dans lequel il parle est presque entièrement masculin. Ses interlocuteurs sont des jeunes hommes, des politiciens, des sophistes, des aristocrates, des citoyens. La philosophie naît dans la rue, sur la place publique, dans les banquets, dans les lieux où les femmes respectables ne sont presque jamais présentes.

    Faut-il en conclure que Socrate méprise les femmes ? Ce serait trop simple. On trouve chez lui, du moins dans le portrait platonicien, une ouverture remarquable. Dans Le Banquet, Socrate affirme tenir son savoir sur l’amour d’une femme, Diotime de Mantinée, figure de sagesse qui lui enseigne l’ascension de l’amour sensible vers le beau en soi. Même si Diotime est peut-être une construction littéraire, sa présence est symboliquement forte : au cœur d’un dialogue masculin sur l’amour, la plus haute leçon vient d’une voix féminine (Platon, 2008).

    Mais cette exception ne doit pas masquer la règle. La philosophie socratique semble universelle parce qu’elle interroge l’âme humaine, non le sexe. Pourtant, dans sa mise en scène sociale, elle demeure liée au privilège masculin de parler en public.

    Socrate demande : qu’est-ce que la vertu ? Mais dans la cité réelle, les femmes n’ont pas les mêmes occasions de pratiquer cette vertu dans l’espace commun. Il invite chacun à examiner sa vie, mais toutes les vies ne disposent pas du même droit à l’examen public. La femme athénienne peut être moralement responsable, mais elle n’est pas politiquement visible.

    Socrate représente donc une promesse inachevée. Sa méthode contient quelque chose de libérateur : elle suppose que la vérité ne dépend pas de la naissance, du rang ou de la richesse, mais de la capacité de l’âme à chercher. Cette idée pourrait ouvrir la voie à une égalité plus large. Cependant, Socrate ne transforme pas explicitement cette possibilité en revendication pour les femmes. Il fissure l’ordre intellectuel de la cité, mais il ne renverse pas l’ordre sexué de cette cité. Sa révolution est morale et rationnelle ; elle n’est pas encore sociale.

    Platon : l’audace d’une égalité surveillée

    Avec Platon, la question devient plus complexe, car Platon est sans doute le philosophe grec qui a formulé l’une des propositions les plus étonnantes de son temps concernant les femmes.

    Dans La République, lorsqu’il imagine la cité juste, il affirme que les femmes de la classe des gardiens doivent recevoir la même éducation que les hommes, pratiquer la gymnastique, apprendre la musique, participer à la défense et même gouverner si elles en ont les capacités.

    L’idée est révolutionnaire pour l’époque : les fonctions politiques ne devraient pas dépendre du sexe, mais de la nature de l’âme et de l’aptitude à remplir une tâche (Platon, 2008).

    Platon fait ici un raisonnement simple et puissant. Si une femme possède les qualités nécessaires pour être gardienne de la cité, pourquoi l’en empêcher au seul motif qu’elle est femme ? Les différences physiques existent, dit-il en substance, mais elles ne suffisent pas à justifier l’exclusion politique.

    Ce passage de LaRépublique demeure l’un des moments les plus audacieux de la pensée antique sur les femmes. Platon brise l’évidence sociale de son temps : il ose imaginer des femmes éduquées comme les hommes, engagées dans la vie commune, associées au gouvernement des meilleurs.

    Cependant, cette audace a ses limites. L’égalité platonicienne ne concerne pas toutes les femmes, mais seulement celles de la classe dirigeante idéale. Elle ne naît pas d’un droit individuel des femmes à la liberté, mais d’un souci d’efficacité politique.

    Platon ne dit pas : la femme mérite l’égalité parce qu’elle est un sujet autonome. Il dit plutôt : la cité doit utiliser toutes les capacités disponibles, y compris celles des femmes, si elle veut être parfaitement organisée. C’est une égalité fonctionnelle, presque administrative, plus qu’une égalité existentielle.

    De plus, Platon conserve parfois des préjugés de son époque. Dans d’autres textes, il reprend des représentations hiérarchiques où le féminin peut apparaître comme inférieur, associé à la faiblesse ou à une forme de dégradation de l’âme.

    Il ne faut donc pas transformer Platon en féministe moderne. Il reste un penseur ancien, prisonnier de certaines images de son monde. Mais il faut reconnaître ceci : au sein d’une société largement patriarcale, il a posé une question décisive que beaucoup refusaient même d’entendre : et si la différence des sexes ne suffisait pas à fonder l’inégalité des fonctions ?

    C’est là que Platon devient précieux pour notre réflexion contemporaine. Il montre que l’inégalité n’est jamais seulement une coutume ; elle est une construction que la pensée peut interroger. Là où la cité disait : «Les femmes restent dedans parce qu’elles sont femmes», Platon répondait : «Demandons d’abord ce qu’elles peuvent faire». Même limitée, cette réponse ouvrait une brèche. Elle rappelait que le destin social n’est pas forcément inscrit dans le corps.

    Aristote : la hiérarchie devenue nature

    Avec Aristote, le mouvement semble se refermer. Aristote est un immense penseur de la logique, de la biologie, de la politique, de l’éthique. Mais sur la question des femmes, son œuvre a souvent servi à donner une justification rationnelle à la domination masculine. Dans Les Politiques, il affirme que la relation entre l’homme et la femme relève d’une forme de commandement naturel : l’homme serait naturellement plus apte à gouverner, la femme naturellement destinée à être gouvernée. Elle possède la raison, mais selon lui une raison «sans autorité» dans l’ordre domestique et politique (Aristote, 1993).

    Cette formule est terrible parce qu’elle enferme l’inégalité dans la nature. Ce n’est plus seulement la cité qui exclut les femmes ; c’est l’ordre du monde qui semble l’exiger.

    Aristote ne se contente pas de constater une domination sociale. Il la pense, l’organise, lui donne une cohérence philosophique. Pour lui, la maison est structurée par des rapports hiérarchiques : maître et esclave, mari et femme, père et enfants. Chacun a sa fonction. L’homme libre adulte est l’être pleinement politique. La femme, elle, reste dans une rationalité subordonnée.

    Cette vision se prolonge dans sa pensée biologique. Aristote décrit souvent le mâle comme principe actif, donnant la forme, et la femelle comme principe matériel, fournissant la matière. Même si cette biologie appartient à un autre âge scientifique, elle a eu des conséquences symboliques considérables. Le masculin devient associé à l’activité, à la forme, à la finalité ; le féminin à la passivité, à la matière, à l’inachèvement. L’inégalité sociale trouve alors un appui dans une prétendue différence naturelle.

    Ce qui frappe, chez Aristote, c’est la force de systématisation. Là où Socrate laisse une promesse ouverte, là où Platon introduit une brèche, Aristote referme la porte avec l’autorité du raisonnement. Il ne dit pas seulement que les femmes sont dominées ; il suggère qu’elles doivent l’être pour que l’ordre soit conforme à la nature. Cette naturalisation de l’inégalité aura une longue postérité. Pendant des siècles, des traditions philosophiques, juridiques et religieuses pourront puiser dans ce type de raisonnement pour justifier l’infériorisation des femmes.

    Il serait injuste de réduire Aristote à cela. Son œuvre est vaste, complexe, parfois plus nuancée que les caricatures qu’on en donne. Mais sur ce point précis, il faut être clair : sa pensée politique ne reconnaît pas aux femmes une pleine égalité de statut. Elle les inscrit dans l’économie domestique, non dans la citoyenneté accomplie. Elle leur accorde une place, mais cette place est fixée d’avance par un ordre masculin du monde.

    Ce que la Grèce nous apprend encore

    La condition féminine dans la Grèce ancienne révèle une vérité dérangeante : une civilisation peut produire de la beauté, de la pensée, de la démocratie, tout en organisant l’exclusion. Elle peut parler de justice sans être juste envers tous. Elle peut inventer la raison tout en réservant l’usage public de cette raison à une minorité d’hommes libres. C’est pourquoi il faut lire les Grecs avec admiration, mais aussi avec vigilance.

    Socrate nous rappelle que la philosophie commence par l’examen. Mais il nous oblige aussi à demander : qui avait le droit réel de participer à cet examen ? Platon nous montre qu’une pensée peut dépasser son époque et imaginer des femmes gouvernantes, éduquées, utiles à la cité. Mais il nous rappelle aussi qu’une égalité pensée pour l’État n’est pas encore une liberté pensée pour la personne. Aristote, enfin, nous enseigne le danger des systèmes brillants lorsqu’ils transforment les préjugés sociaux en vérités naturelles.

    Le problème n’est donc pas seulement que les femmes grecques furent privées de pouvoir. Le problème est que cette privation fut souvent rendue raisonnable, normale, presque évidente. L’injustice devient plus solide lorsqu’elle cesse d’apparaître comme violence et se présente comme ordre. On ne dit plus : «Nous dominons les femmes». On dit : «Chacune et chacun a sa nature». C’est ainsi que les sociétés anciennes, et parfois modernes, réussissent à faire durer l’inégalité : elles la déguisent en équilibre.

    Aujourd’hui, relire Socrate, Platon et Aristote à partir de la condition féminine ne consiste pas à brûler les classiques. Cela consiste à les interroger vraiment. Car la fidélité à la philosophie n’est pas la répétition respectueuse des maîtres ; elle est la continuation critique de leurs questions. Si Socrate nous a appris quelque chose, c’est qu’aucune autorité ne doit échapper à l’examen. Pas même celle de Socrate. Pas même celle de Platon. Pas même celle d’Aristote.

    La femme grecque ancienne n’a pas reçu la place qu’elle méritait. Elle a été indispensable sans être reconnue, célébrée sans être libérée, représentée sans être entendue. Et c’est peut-être là que se trouve la leçon la plus actuelle : une société ne se mesure pas seulement à ce qu’elle admire, mais à ceux et celles qu’elle autorise à parler.

    Les Grecs ont inventé la grande question de la justice. Notre tâche est de leur répondre avec une exigence qu’ils n’ont pas toujours su porter jusqu’au bout : aucune cité n’est vraiment juste tant que la moitié de ses membres reste tenue au seuil de la parole.

    Lundi prochain : «L’émancipation des femmes : quatre siècles pour sortir de l’ombre» (2/3).

    * Universitaire.

    Bibliographie

    Platon, Œuvres complètes, sous la direction de Luc Brisson, Paris, Flammarion, 2008.

    Aristote, Les Politiques, traduction Pierre Pellegrin, Paris, GF Flammarion, 1993.

    Pomeroy, Sarah B., Goddesses, Whores, Wives, and Slaves: Women in Classical Antiquity, New York, Schocken Books, 1975.

    Loraux, Nicole, Les Enfants d’Athéna. Idées athéniennes sur la citoyenneté et la division des sexes, Paris, Maspero, 1981.

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