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L’Irak, l’autre bras de fer entre les États-Unis et l’Iran

24. April 2026 um 08:30

L’administration Trump a suspendu les envois de dollars américains à l’Irak et gelé les programmes de coopération en matière de sécurité avec son armée dans le but d’accroître la pression sur Bagdad pour qu’il démantèle les puissantes milices soutenues par l’Iran.

Imed Bahri

Selon le Wall Street Journal, un envoi d’environ 500 millions de dollars en espèces, provenant des recettes pétrolières irakiennes détenues sur des comptes de la Réserve fédérale, a récemment été bloqué par le Trésor américain en raison des inquiétudes suscitées par ces milices. 

Il s’agit du deuxième envoi de ce type retardé depuis l’escalade des tensions avec l’Iran fin février, quelques semaines après que des milices ont lancé des attaques contre des positions américaines en Irak et dans les pays voisins en soutien à Téhéran.

Les milices de la discorde

Washington a informé Bagdad qu’il suspendrait le financement de certains programmes de lutte contre le terrorisme et de formation militaire jusqu’à ce que les attaques des milices cessent et que le gouvernement irakien prenne des mesures concrètes pour les démanteler. 

Ces mesures soulignent la pression croissante exercée sur Bagdad pour qu’elle s’aligne plus clairement sur les États-Unis et réduise ses liens étroits avec l’Iran depuis le début de la guerre israélo-américaine contre Téhéran, qui dure depuis près de huit semaines.

Dans un communiqué publié mardi 21 avril 2026, ne faisant aucune mention de la suspension des livraisons, la Banque centrale d’Irak a déclaré ne pas connaître de pénurie de dollars, affirmant avoir «satisfait toutes les demandes de devises américaines émanant des banques et des bureaux de change». 

Depuis l’invasion américaine de l’Irak en 2003, Washington a accepté de conserver les recettes pétrolières irakiennes –qui s’élèvent à plusieurs dizaines de milliards de dollars par an– auprès de la Réserve fédérale de New York. Afin de réinjecter ces fonds dans l’économie irakienne. Jusqu’à 13 milliards de dollars par an sont acheminés à Bagdad en espèces pour soutenir une économie fortement dépendante des transactions en espèces.

Les États-Unis ont brièvement interrompu ces livraisons en 2015, craignant que les dollars ne tombent entre les mains de l’État islamique (EI), et ont menacé à plusieurs reprises de les suspendre par la suite.

Bien que l’Irak ait réduit sa dépendance au dollar, les avions transportent toujours d’importantes quantités de devises américaines vers la Banque centrale, ce qui confère à Washington un levier considérable sur Bagdad.

Une suspension temporaire

Les responsables américains affirment que la suspension de ces livraisons est temporaire mais ils n’ont pas précisé les conditions nécessaires à leur reprise.

Le porte-parole du département d’État Tommy Pigott a déclaré : «L’incapacité du gouvernement irakien à empêcher ces attaques alors que certains de ses alliés continuent d’apporter un soutien politique, financier et opérationnel aux milices nuit aux relations américano-irakiennes. Les États-Unis ne toléreront aucune attaque contre leurs intérêts et attendent du gouvernement irakien qu’il prenne des mesures immédiates pour démanteler les groupes armés soutenus par l’Iran». 

Depuis le début du conflit, les milices ont mené des centaines d’attaques de faible envergure à l’aide de drones et de roquettes, ciblant des bases militaires, des consulats et des installations diplomatiques américaines, notamment au sein de l’aéroport international de Bagdad. Washington a également imputé à des groupes soutenus par l’Iran une tentative d’attaque contre un convoi de sécurité américain transportant un otage libéré hors d’Irak au début du mois.

En réponse, les États-Unis mènent des frappes aériennes contre ces groupes en Irak depuis le début de la guerre.

Malgré la réduction de sa présence militaire en Irak ces dernières années, Washington continue de fournir des renseignements sur l’EI et d’apporter son soutien aux forces irakiennes en matière de formation et d’équipement.

Les milices les plus puissantes d’Irak, telles que l’Organisation Badr, Kataïb Hezbollah et Asaïb Ahl al-Haq, exercent une influence considérable au sein du gouvernement et du secteur financier. L’Irak est actuellement en négociations pour la nomination d’un nouveau Premier ministre, sous la pression de ces milices et de Téhéran qui souhaitent la désignation d’une personne maintenant des liens étroits avec l’Iran. Certaines de ces factions ont également été formellement intégrées aux forces armées, ce qui complique la tâche de tout Premier ministre souhaitant les affronter.

L’actuel Premier ministre, Mohammed Shia al-Sudani, en fonction depuis 2022, sollicite le soutien de Washington pour un second mandat, tout en évitant une confrontation directe avec les milices.

Trump dicte sa loi

Ces groupes bénéficient également de l’accès de l’Irak aux dollars américains. En 2023 et 2024, le département du Trésor américain a sanctionné plus de 20 banques irakiennes pour leur implication dans le transfert illégal de dollars depuis les comptes irakiens auprès de la Réserve fédérale, via des transactions frauduleuses.

Par la suite, des milices ont été impliquées dans l’achat en Irak d’importantes quantités de cartes Mastercard et Visa préchargées, qu’elles ont ensuite transférées aux Émirats arabes unis et dans les pays voisins pour retirer l’argent en dollars avant de le renvoyer en Irak et de le convertir en dinars afin de profiter des fluctuations du taux de change, selon le département du Trésor.

Ces milices trouvent leurs origines dans le chaos qui a suivi l’invasion américaine il y a plus de vingt ans. Elles ont émergé pour défendre les zones chiites et affronter les groupes armés sunnites et ont combattu les forces américaines que leurs dirigeants ont qualifiées d’occupation. L’Iran a fourni des armes à nombre de ces groupes avant de jouer un rôle important dans la lutte contre Daech en 2014.

En janvier dernier, le président Trump avait averti qu’il suspendrait l’aide américaine à l’Irak si l’ancien Premier ministre Nouri al-Maliki, proche allié de l’Iran, revenait au pouvoir. Maliki s’est récemment retiré de la course et sa coalition, connue sous le nom de Cadre de coordination, a désigné un autre candidat, Basim al-Badri, figure du parti Dawa.

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Justice | Khayam Turki condamné à 14 ans de prison  

21. April 2026 um 10:06

La chambre criminelle du tribunal de première instance de Tunis, spécialisée dans les affaires de corruption financière, a condamné l’activiste politique Khayam Turki à 14 ans de prison et à une amende pour fraude, blanchiment d’argent et abus de confiance aggravé.

Selon une source judiciaire citée par Diwan FM, l’affaire faisait suite à une plainte déposée par une société des Émirats arabes unis contre Turki, l’accusant de fraude dans le cadre d’un projet commercial en Afrique du Nord, après qu’il eut été chargé de l’acquisition du terrain nécessaire à ce projet.

La chambre d’accusation spécialisée dans les affaires de corruption financière de la Cour d’appel de Tunis avait précédemment décidé de renvoyer Khayam Turki, alors en liberté, devant le tribunal correctionnel pour qu’il soit jugé pour abus de confiance, blanchiment d’argent et autres délits financiers.

Flash-back. Fin 2011, Khayam Turki, qui était à l’époque membre dirigeant de parti Ettakatol, avait été pressenti au poste de ministre des Finances, à l’issue des élections législatives du 23 octobre. Mais, il avait renoncé à se porter candidat après qu’un cabinet d’avocats tunisois eut ébruité une mystérieuse affaire l’opposant à son ex-employeur émirati. L’Emirates International Investment Compagny (Eiic) l’avait, en effet, accusé de gestion déloyale du temps où il siégeait à sa direction. La société a également déposé une plainte contre M. Khayam pour détournent de fonds. C’est cette plainte qui a abouti, en 2012, au gel des millions de dollars que l’intéressé détendrait dans des comptes en Suisse.

Il convient de noter que Khayam Turki, qui est détenu depuis février 2023 dans le cadre de l’affaire dite de «complot contre la sûreté de l’État», a été condamné dans cette affaire à une peine de plus de quarante ans de prison.

I. B.

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Impacts de la guerre d’Iran sur le secteur de l’énergie

14. April 2026 um 07:43

La guerre israélo-américaine de six semaines contre la République islamique d’Iran a secoué la région la plus riche en énergie du monde. Les installations pétrolières et gazières ont été visées par les deux camps et la flambée des prix des carburants a provoqué un nouveau choc énergétique mondial.

Imed Bahri

Dans une enquête sur le sujet, le Financial Times indique qu’alors que la situation se stabilise tant bien que mal après une trêve très fragile de deux semaines, l’ampleur des dégâts se révèle avec des répercussions à long terme pour l’économie mondiale.

L’Arabie saoudite, premier exportateur mondial de pétrole, a indiqué que sa capacité de production a subi des dommages importants. Le Qatar, grand producteur de gaz naturel liquéfié, a perdu environ un cinquième de sa capacité de production et il faudra des années pour revenir à la situation d’avant la guerre. 

Certaines des plus grandes raffineries de pétrole au monde –essentielles à la transformation du pétrole brut lourd en carburants qui alimentent l’économie mondiale– ont également été touchées à plusieurs reprises, avec une capacité hors service pouvant atteindre 2,4 millions de barils par jour.

«Même si un cessez-le-feu permanent était conclu demain et que le détroit rouvrait, les marchés ne retrouveraient pas leur fonctionnement normal avant au moins six mois et dans certains cas, cela pourrait prendre beaucoup plus de temps», a déclaré Jorge León, responsable de l’analyse géopolitique chez Rystad Energy.

Arabie saoudite

L’Arabie saoudite a confirmé qu’une série d’attaques avait réduit sa capacité de production d’environ 600 000 barils par jour et diminué le débit de l’oléoduc Est-Ouest d’environ 700 000 barils par jour.

Cet oléoduc, reliant Abqaiq à Yanbu sur la mer Rouge, est une voie d’exportation de pétrole essentielle en temps de guerre. Il a été touché dès le lendemain du cessez-le-feu, endommageant une station de pompage.

Des frappes sur les champs pétroliers offshore de Manifa et Khurais, au nord de Riyad, ont également réduit la production d’environ 300 000 barils par jour sur chaque site, selon une rare déclaration du ministère saoudien de l’Énergie.

Helima Croft, analyste chez RBC Capital Markets, a déclaré que la poursuite des attaques après le cessez-le-feu maintiendrait les marchés sous tension, ajoutant : «Comment concilier des dégâts matériels importants avec un contexte censé se désamorcer ? Je ne pense pas que ce soit possible»

Ces attaques ont réduit la capacité de production habituelle de l’Arabie saoudite, qui s’élève à 12 millions de barils par jour, d’au moins 5%. Ainsi, même si le détroit d’Ormuz rouvre prochainement, le royaume ne pourra pas compenser intégralement les pertes.

Cela réduira également la capacité de production mondiale de réserve, dont Riyad détenait la plus grande part, afin de pallier toute perturbation de l’approvisionnement. L’Arabie saoudite a confirmé que quatre grandes raffineries avaient été attaquées mais que la plupart restaient opérationnelles.

Le Royaume a averti que ces attaques affectaient «la sécurité d’approvisionnement des pays consommateurs», adressant ainsi un message clair à Washington.

Qatar

Le complexe industriel de Ras Laffan, exploité par Qatar Energy, a été touché par des frappes de missiles les 18 et 19 mars, après qu’Israël ait bombardé des installations pétrochimiques et le champ gazier de South Pars en Iran.

Les contre-attaques iraniennes ont marqué l’une des escalades les plus importantes du conflit, ciblant la plus grande usine de gaz naturel liquéfié (GNL) au monde en deux vagues.

L’entreprise a annoncé que les dégâts affecteraient environ 17% de ses exportations et que les réparations prendraient entre trois et cinq ans.

L’usine de conversion du gaz en liquides (GTL, Gas-to-Liquids est un procédé de synthèse chimique qui transforme le gaz naturel en produits pétroliers liquides de haute qualité), exploitée conjointement avec Shell, a également été endommagée, réduisant sa capacité pendant au moins un an.

Les analystes de Wood Mackenzie estiment que la remise en service des sections non endommagées pourrait prendre plusieurs mois.

Un analyste a déclaré : «Un cessez-le-feu pourrait permettre aux méthaniers bloqués dans le Golfe de quitter le détroit d’Ormuz, soulageant ainsi les marchés mondiaux mais il n’y aura pas de véritable changement structurel dans l’offre tant que la pleine production ne sera pas rétablie à Ras Laffan».

Émirats arabes unis

La raffinerie de Ruwais à Abou Dhabi, d’une capacité de 922 000 barils par jour, a été parmi les premières installations ciblées, par des frappes de drones provoquant des incendies.

Les opérations de l’usine de traitement de gaz d’Habshan ont également été interrompues à deux reprises pendant le conflit en raison d’incendies causés par des débris de missiles interceptés.

Deux gisements de gaz ont été touchés, entraînant des arrêts de production.

Bien que certaines exportations se soient poursuivies via le port de Fujairah, situé hors du détroit d’Ormuz, les opérations ont été perturbées à plusieurs reprises par des attaques contre le port et les installations de stockage.

Koweït

Les raffineries de Mina Al-Ahmadi et de Mina Abdullah ont subi d’importants dégâts suite à de multiples frappes mais sont restées opérationnelles.

Ces raffineries étaient d’importants fournisseurs de kérosène pour l’Europe et l’Asie et la réduction de l’approvisionnement a suscité des inquiétudes quant à d’éventuelles pénuries de kérosène dans les semaines à venir.

Irak

L’Irak a été fortement touché par la fermeture du détroit d’Ormuz en raison de l’absence de voies d’exportation alternatives. L’Iran a été contraint de fermer plus des trois quarts de sa production, qui a chuté à 800 000 barils par jour, contre 4,3 millions avant la guerre.

Ses installations ont également été directement visées, notamment par une attaque de drone contre le champ pétrolier de Rumaila.

Le 5 avril, un pétrolier a traversé le détroit d’Ormuz, laissant supposer un accord temporaire entre l’Irak et l’Iran autorisant les expéditions de pétrole.

Iran

Israël a ciblé des dépôts de carburant à Téhéran et d’autres installations, provoquant d’importants incendies qui ont plongé la capitale dans un épais nuage de fumée.

Des frappes sur le champ gazier de South Pars ont également mis hors service des unités de production.

L’île de Kharg, important centre d’exportation, a été ciblée à plusieurs reprises, mais ces attaques visaient des objectifs militaires, épargnant relativement les installations pétrolières.

Oman et Bahreïn

Oman a subi moins d’attaques que ses voisins, mais le port de Salalah a été perturbé après des frappes sur des installations de stockage de pétrole.

Le Bahreïn a invoqué la force majeure après la destruction de la raffinerie de Sitra et la remise en état devrait prendre plusieurs mois.

Ces dégâts considérables témoignent du fait que ce conflit n’était pas qu’une simple confrontation militaire mais un bouleversement majeur des infrastructures énergétiques mondiales dont les effets pourraient se faire sentir pendant des années.

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Yémen : le Sud à l’épreuve, quand la rupture saoudo-émiratie s’affiche

02. Januar 2026 um 15:07

Les affrontements en cours dans le sud du Yémen marquent une inflexion stratégique majeure. À Hadramout, le conflit dépasse le cadre local et met au jour une fracture régionale longtemps contenue, tandis que le Conseil de transition du Sud avance désormais à visage découvert vers son objectif historique : la séparation.

Hadramout, d’arrière-cour à front stratégique

Longtemps restée en marge des principales lignes de front, la province de Hadramout s’impose aujourd’hui comme le nouveau centre de gravité du conflit yéménite. Frontalière de l’Arabie saoudite, cette région est devenue le théâtre d’affrontements directs entre les forces loyales au gouvernement reconnu et le Southern Transitional Council (STC), qui y a renforcé sa présence militaire ces dernières semaines.

Selon des responsables du STC, au moins sept personnes ont été tuées et plus de vingt blessées lors de frappes aériennes attribuées à la coalition dirigée par l’Arabie saoudite, notamment contre un camp militaire dans la région d’al-Khasah. Ces chiffres n’ont pas été confirmés de manière indépendante. L’opération annoncée par les autorités locales pour reprendre des positions contrôlées par le STC s’est ainsi rapidement transformée en épisode d’escalade ouverte.

Le projet sudiste, désormais assumé

Créé en 2017, le STC n’a jamais renoncé à son ambition de restaurer un État sud-yéménite indépendant, tel qu’il existait avant l’unification de 1990. Jusqu’ici, cette revendication restait contenue par des accords politiques fragiles et par la nécessité de préserver les équilibres régionaux.

Aujourd’hui, le mouvement estime que le moment est favorable. Fort de son contrôle sur Aden et d’autres zones clés, il multiplie les signaux politiques : fermeture annoncée de l’aéroport d’Aden, accusations de blocus aérien, remise en cause ouverte du Conseil présidentiel et de la coalition arabe. Le séparatisme sudiste ne se limite plus à une revendication identitaire ; il s’affirme comme un projet de pouvoir.

Riyad, Abou Dhabi et l’effet Gaza

Abou Dhabi, sans s’exprimer officiellement sur les derniers affrontements, continue de privilégier une approche fondée sur ses relais locaux dans le sud du Yémen, misant sur la stabilité sécuritaire et le contrôle des axes stratégiques plutôt que sur les équilibres institutionnels promus par Arabie saoudite.

Derrière l’affrontement local se dessine une fracture régionale plus large. Riyad accuse implicitement les Émirats arabes unis d’encourager et d’armer le Conseil de transition du Sud, exposant au grand jour une rivalité longtemps contenue au nom de l’unité du Golfe.

Cette évolution s’inscrit dans un contexte régional profondément bouleversé par la guerre à Gaza, qui a redéfini les perceptions de sécurité et affaibli les cadres collectifs arabes. Dans ce climat de fragmentation, le Sud yéménite apparaît comme l’un des laboratoires les plus visibles des recompositions en cours, faisant planer la perspective d’une partition durable du pays.

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