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Dr Hamida Ouled Slimane: « Protéger une femme, c’est protéger l’humanité »

22. August 2026 um 12:54

Professeure tunisienne installée à Paris et régulièrement présente en Italie, Hamida Ouled Slimane est CEO de Gaudium et incarne un parcours à la croisée de la médecine, des neurosciences et de la diplomatie scientifique. Neuroscientifique clinique et médico-légale, neurocriminologue, directrice scientifique médicale et conseillère scientifique, elle est également vice-présidente de PSAF International et présidente de PSAF France.Elle consacre ses recherches à la compréhension des blessures invisibles qui façonnent les trajectoires humaines. De la médecine légale aux neurosciences cliniques, de la neurocriminologie à l’étude des addictions et du neurodéveloppement, son travail repose sur une conviction profonde : derrière chaque traumatisme, chaque comportement et chaque donnée biologique se trouve une personne à protéger.

À travers ses travaux sur la violence pendant la grossesse, les addictions et les mécanismes du stress, elle œuvre à faire entendre, sur la scène internationale, une voix tunisienne engagée en faveur des femmes, des enfants, des familles et de l’être humain. Sa démarche s’inscrit également dans une volonté de rapprocher la recherche scientifique des institutions et de faire de la science un véritable instrument de prévention et de protection. Nous l’avons rencontrée pour évoquer son parcours, ses recherches et sa vision de la diplomatie scientifique.
Sa devise  » L’âme qui guide » résume cette approche profondément humaine : derrière la science, la médecine, la diplomatie et chaque donnée scientifique, il y a toujours un être humain, que la professeure Hamida Ouled Slimane veille à placer au cœur de sa recherche. Interview:

En quoi votre parcours en neurosciences et en diplomatie scientifique vous a-t-il conduite à porter la voix de la femme tunisienne à l’échelle internationale ?

Mon parcours est né de la médecine légale et de l’étude scientifique du dommage, avant de se développer progressivement dans les neurosciences cliniques et médico-légales, la neuropsychopathologie, la neurocriminologie, la psychothérapie, ainsi que dans la recherche sur les addictions pathologiques et la neuromodulation.

Je suis une femme Tuniso-italienne, née en Italie, d’origine tunisienne et résidant aujourd’hui en France. Cette dimension a joué un rôle important dans mon parcours, car elle m’a permis de construire une vision scientifique qui traverse plusieurs pays et plusieurs systèmes culturels. Elle a également contribué à établir un pont entre la Tunisie, l’Italie, la France, l’Europe et, désormais, l’Afrique.
Je suis neuroscientifique clinique et médico-légale, chercheuse en neurosciences cliniques et en médecine légale, spécialisée en neuropsychopathologie et en neurocriminologie. Mon travail se situe à l’intersection du cerveau, du comportement, du traumatisme, de la pathologie et de la médecine légale. Ma recherche est toujours partie d’une question fondamentale : que se passe-t-il dans le cerveau lorsqu’une expérience traumatique modifie les processus normaux d’adaptation ?
Cette réflexion m’a également conduite à étudier les addictions pathologiques et la neuromodulation. J’ai publié le volume Neuromodulazione nel trattamento delle dipendenze — Neuromodulation dans le traitement des addictions , dans la collection Università. J’y ai approfondi le rôle de la stimulation magnétique transcrânienne, ou TMS, dans l’étude et le traitement des addictions.
La recherche sur les addictions m’a permis d’approfondir les relations entre les circuits de la récompense, la dopamine, le craving, le contrôle inhibiteur, le cortex préfrontal et les circuits striataux. Il s’agit d’une ligne de recherche que j’ai ensuite développée dans plusieurs articles scientifiques.

Le travail intitulé Pathological Addictions: Recognise & Act, publié avec le professeur Raffaele Zinno, aborde l’addiction pathologique comme un phénomène complexe. Il en analyse les composantes neurobiologiques et neuropsychologiques, ainsi que le rôle des fonctions exécutives, du cortex préfrontal et des circuits fronto-limbiques. Cet article examine également la neuromodulation, notamment la TMS et la rTMS, comme outils thérapeutiques potentiels dans le cadre d’une approche intégrée.

Ce travail est directement lié à mon livre sur la neuromodulation. Dans les deux cas, l’objectif central est de comprendre comment les circuits cérébraux participent à la perte de contrôle, au comportement compulsif et à l’addiction, mais aussi comment la plasticité cérébrale peut ouvrir de nouvelles possibilités thérapeutiques.

Cependant, l’étude des addictions m’a amenée à me poser une question plus profonde : si le cerveau est plastique et si les expériences peuvent modifier ses trajectoires fonctionnelles, jusqu’où devons-nous remonter dans le temps pour comprendre l’origine de certaines vulnérabilités ? C’est ainsi que je me suis orientée vers l’étude du traumatisme précoce et de la violence pendant la grossesse.
Le premier travail scientifique qui a ouvert cette ligne de recherche est intitulé Neuroscience and New Research Perspectives on Violence as a Risk Factor in Pregnancy, publié avec le professeur Raffaele Zinno.

Cet article propose une perspective neuroscientifique sur la violence pendant la grossesse. Il considère que le stress maternel chronique peut constituer un facteur de risque important, qui doit être étudié non seulement sous l’angle psychologique et social, mais également à travers les mécanismes neuroendocriniens, neurophysiologiques et développementaux. Il pose ainsi les bases théoriques permettant d’interroger les effets du stress maternel sur l’environnement intra-utérin et sur le neurodéveloppement ultérieur de l’enfant. À partir de cette première approche s’est développée une recherche de plus en plus structurée. Dans le cadre de mon parcours doctoral, j’ai approfondi les mécanismes de l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien, ou axe HPA, ainsi que le rôle du cortisol, du placenta et de la 11β-HSD2. J’ai également étudié les effets possibles du stress chronique sur les systèmes neurobiologiques impliqués dans le développement cérébral.

Je me suis aussi intéressée au rôle du locus coeruleus, du système noradrénergique et de leur relation avec le cortex préfrontal, en examinant les conséquences possibles du stress chronique sur les fonctions exécutives, la régulation émotionnelle, l’attention et la mémoire de travail.
Le troisième travail scientifique inscrit dans cette ligne de recherche est consacré à la violence pendant la grossesse et à ses effets sur le lobe frontal. Il approfondit le rôle possible du stress prénatal et des systèmes neurobiologiques du stress dans le développement des structures et des fonctions préfrontales, avec une attention particulière portée aux fonctions exécutives et à la régulation du comportement.
Ce travail constitue une étape importante, car il fait passer la recherche du concept général de « traumatisme » à l’analyse de circuits et de systèmes neurofonctionnels spécifiques.

Voici la continuité scientifique de mon parcours : médecine légale, neurosciences, neuropsychopathologie, neurocriminologie, addictions, neuromodulation, traumatisme, neurobiologie du stress et violence pendant la grossesse. C’est cette continuité qui m’a conduite vers la diplomatie scientifique. Je crois que la science ne doit pas rester enfermée dans les laboratoires ou dans les publications. Elle doit pouvoir dialoguer avec les institutions lorsqu’elle concerne la protection de la personne. C’est dans cet esprit que je porte également la voix de la femme tunisienne : non seulement comme représentante d’une identité, mais aussi comme scientifique et diplomate scientifique. Je souhaite démontrer qu’une recherche développée à partir de la Tunisie peut atteindre le niveau européen et international.

Quels sont les objectifs de votre Observatoire concernant les violences pendant la grossesse et la protection des femmes et des fœtus ?

L’idée fondamentale de l’Observatoire est que la violence pendant la grossesse ne doit pas être considérée exclusivement comme une violence exercée contre la femme. La grossesse constitue en effet une période biologique particulière, au cours de laquelle l’environnement maternel peut interagir avec les processus du développement fœtal.

Le projet étudie donc la dyade mère-fœtus et cherche à comprendre les mécanismes possibles par lesquels un stress toxique chronique peut influencer la neurophysiologie maternelle, l’environnement intra-utérin et le développement neurobiologique ultérieur de l’enfant.
L’un des mécanismes centraux étudiés est l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien, ou axe HPA. La violence chronique peut entraîner une activation persistante des systèmes du stress, avec des modifications de la régulation de la CRH, de l’ACTH et du cortisol. Un élément particulièrement intéressant est la 11β-HSD2 placentaire, une enzyme qui contribue à moduler l’exposition du fœtus aux glucocorticoïdes maternels.

Le modèle de recherche considère donc la séquence possible suivante : stress maternel chronique, activation de l’axe HPA, modification des glucocorticoïdes, altération des mécanismes placentaires de protection, augmentation possible de l’exposition fœtale et éventuelles modifications du neurodéveloppement.

Cela ne signifie pas que toute forme de stress maternel provoque automatiquement une pathologie chez l’enfant. Au contraire, une partie fondamentale de mon travail consiste à distinguer l’association, la vulnérabilité et la causalité, car la médecine légale ne peut pas reposer sur un déterminisme biologique simpliste.

Un autre élément central est le locus coeruleus, une structure noradrénergique située dans le tronc cérébral, essentielle à l’éveil, à l’attention et à la réponse au stress.

Dans le modèle neurobiologique que j’étudie, la relation entre le locus coeruleus et le cortex préfrontal revêt une importance particulière. L’activation chronique des systèmes du stress peut interférer avec les processus préfrontaux qui participent à la mémoire de travail, au contrôle exécutif, à la flexibilité cognitive et à la régulation émotionnelle. La recherche prend également en compte des processus fondamentaux du développement cérébral, tels que la synaptogenèse, l’élagage synaptique, la myélinisation et la connectivité fonctionnelle. Elle s’intéresse aussi aux mécanismes épigénétiques possibles par lesquels l’environnement précoce peut contribuer à une vulnérabilité neuropsychologique.

Dans le cadre du projet tunisien, nous avons également mené des recherches sur le terrain en étudiant des cas cliniques d’enfants et d’adolescents présentant des difficultés scolaires et des anomalies comportementales. Nous avons adopté une approche neuropsychologique et posturale intégrée. Nous avons notamment observé des éléments relatifs à l’intégration proprioceptive, à l’organisation tonico-posturale, à la fonction oculomotrice et à l’insuffisance de convergence, tout en prenant en compte l’histoire clinique et familiale des patients.
Le projet est donc multidisciplinaire.

Mais je souhaite souligner un point fondamental pour moi : je ne défends pas seulement la femme et l’enfant. Je défends l’être humain.
Il existe une expression que j’aime beaucoup : « Derrière un grand homme, il y a toujours une grande femme. » Je pense que ce principe doit être compris de manière encore plus large. Nous ne pouvons pas véritablement protéger la femme sans nous intéresser également à l’homme, à sa santé mentale, à sa relation avec sa famille, à la prévention des comportements violents et à ses propres vulnérabilités.
Je ne veux pas construire une opposition entre l’homme et la femme. Je veux contribuer à bâtir un modèle de protection de la famille et de l’être humain, car la violence ne naît pas dans le vide. Pour l’interrompre, nous devons également comprendre les mécanismes psychologiques, neurobiologiques et sociaux qui peuvent contribuer à son apparition et à sa transmission. L’objectif de l’Observatoire est donc de créer une plateforme internationale consacrée à la recherche, à la prévention, à la formation, à l’observation clinique, à la médecine légale et à la protection de la dyade mère-fœtus, ainsi que de son environnement familial.

Que représente pour vous le fait d’être la première Tunisienne à porter cette initiative auprès du Parlement européen et, demain, dans les institutions internationales ?

Pour moi, cela représente avant tout une responsabilité scientifique et institutionnelle.
Cette initiative est portée par PSAF International, une société scientifique internationale, et non simplement par une association. PSAF International intervient dans le domaine des professions de santé, de l’assurance et de la médecine légale. Elle est accréditée par le ministère de la Santé pour les lignes directrices et possède également une dimension institutionnelle et scientifique internationale. Elle est en outre inscrite au Registre de transparence du Parlement européen.
J’occupe les fonctions de vice-présidente de PSAF International et de présidente de PSAF France, tandis que le professeur Raffaele Zinno est président de PSAF International. Dans ce cadre, nous avons institué et promu ce projet et cette initiative internationale. La particularité de mon rôle tient au fait que j’en assure la conception et la direction scientifiques. PSAF International soutient et promeut son développement institutionnel et international à travers un réseau interdisciplinaire. Le 3 décembre 2025, au Parlement européen de Strasbourg, nous avons officiellement présenté cette initiative dans le contexte institutionnel européen.

Ce fut une étape fondamentale, car nous avons porté une recherche née dans les domaines neuroscientifique, clinique et médico-légal vers un dialogue institutionnel international. Je suis également inscrite au Registre de transparence du Parlement européen et accréditée en tant qu’experte scientifique indépendante auprès de la Commission européenne. Mon profil institutionnel comprend également une accréditation auprès de l’United Nations Global Marketplace, l’UNGM. Ces inscriptions et accréditations sont importantes, car elles établissent un lien entre la conduite de la recherche scientifique et la diplomatie scientifique. Mon objectif est de transférer les connaissances scientifiques vers les espaces où se construisent les standards, les coopérations et les politiques de protection.

Mais le Parlement européen constitue une étape, et non un point d’arrivée. Le prochain objectif est de porter ce projet et cette initiative auprès des institutions internationales, notamment dans le cadre d’une démarche auprès de l’UNESCO, tout en développant davantage le dialogue scientifique et institutionnel. C’est ici qu’intervient ce que je considère comme la véritable nouveauté : l’initiative a également suscité un intérêt dans le cadre de la Commission italienne sur le féminicide.

Lire aussi: Féminicide: l’urgence d’agir

Cette évolution est particulièrement importante, car elle signifie qu’une recherche née des neurosciences et de la médecine légale peut commencer à dialoguer avec les institutions qui travaillent sur la prévention de la violence contre les femmes et du féminicide.

La nouveauté ne réside donc pas uniquement dans le fait d’avoir porté une recherche scientifique au Parlement européen.
Elle réside surtout dans le fait qu’une perspective neuroscientifique sur le traumatisme, la violence pendant la grossesse et ses conséquences possibles puisse entrer dans le débat institutionnel sur la prévention de la violence fondée sur le genre.
C’est un changement de paradigme : il ne s’agit plus seulement d’attendre que la violence produise une victime, mais d’étudier ce qui se passe avant, pendant et après le traumatisme afin de comprendre où et comment nous pouvons intervenir. C’est le sens que j’attribue à la diplomatie scientifique.

La perspective est internationale : il s’agit de continuer à construire des ponts entre l’Europe, la Tunisie et l’Afrique, en portant progressivement le projet auprès des institutions internationales, avec l’ambition d’impliquer également le Parlement panafricain. Même lorsque je parle de cortisol, d’axe HPA, de 11β-HSD2, de locus coeruleus, de système noradrénergique, de cortex préfrontal, de dopamine, de synaptogenèse, d’élagage synaptique, de myélinisation, de TMS et de circuits fronto-limbiques, je n’oublie jamais que derrière chaque donnée biologique se trouve une personne.

Ma recherche est extrêmement technique, mais son objectif est profondément humain. J’ai étudié la médecine légale pour comprendre le dommage, les neurosciences pour en comprendre les mécanismes, la neurocriminologie pour comprendre le comportement, la psychopathologie pour comprendre la souffrance et la neuromodulation pour étudier de nouvelles possibilités d’intervention.

Aujourd’hui, j’étudie le traumatisme gestationnel parce que je souhaite remonter encore plus loin dans l’histoire biologique de l’individu.
Je veux comprendre où peut commencer une vulnérabilité, avant qu’elle ne devienne une pathologie, une addiction ou une conduite destructrice.Cependant, les neurosciences ne doivent pas devenir un outil de déterminisme biologique. Le fait qu’une expérience traumatique puisse influencer les systèmes neuroendocriniens et neurofonctionnels ne signifie pas que le destin d’une personne soit inscrit dans son cerveau.
Au contraire, la neuroplasticité nous rappelle que le cerveau conserve une capacité de modification. La recherche doit donc continuer à identifier les conditions qui favorisent la récupération et la prévention.

Quel est votre message de fin ?

C’est pourquoi mon message final est le suivant : nous devons apprendre à voir la souffrance avant qu’elle ne devienne une condamnation.

Voir la femme avant qu’elle ne devienne une victime. Voir l’enfant avant que le traumatisme ne se transforme en trajectoire pathologique. Voir également l’homme avant qu’il ne devienne l’auteur ou la victime d’une dynamique destructrice. Je ne crois pas à une science qui oppose les hommes aux femmes. Je crois à une science qui protège l’être humain : la femme, l’enfant, l’homme et la famille. Je crois également que la prévention doit commencer bien avant que le dommage ne devienne irréversible. Je voudrais que la Tunisie soit reconnue non seulement comme le pays d’origine d’une chercheuse, mais aussi comme le pays d’où peut émerger une diplomate scientifique et une neuroscientifique capable de porter la recherche tunisienne dans le dialogue scientifique et institutionnel international.

C’est l’un des messages les plus importants de mon travail : une recherche peut partir de Tunisie, traverser l’Italie et la France, parvenir jusqu’aux institutions européennes et internationales, puis se transformer en un réseau de coopération scientifique capable de produire de la connaissance, de la prévention et de la protection.

Parce qu’au final: Protéger une femme, c’est protéger une vie. Protéger une mère et son enfant, c’est protéger une génération. Protéger également l’homme, c’est protéger l’être humain. Et protéger l’être humain, c’est commencer à changer l’avenir. »

Références scientifiques citées dans l’interview:

Hamida Ouled Slimane et Raffaele Zinno (2024) — « Neuroscience and New Research Perspectives on Violence as a Risk Factor in Pregnancy », Journal of Neurology Research Reviews & Reports, 6(12), p. 1-2. L’article introduit une perspective neuroscientifique sur la violence pendant la grossesse et sur ses mécanismes neuroendocriniens, neurophysiologiques et développementaux possibles.

Hamida Ouled Slimane et Raffaele Zinno (2025) — « Pathological Addictions: Recognise & Act », Archive of Psychology Neurology and Psychiatry, n° 2, p. 33-64. Ce travail analyse l’addiction pathologique comme un phénomène neuropsychologique complexe et approfondit le rôle des fonctions exécutives, du cortex préfrontal, des circuits fronto-limbiques et de la neuromodulation.

Hamida Ouled Slimane, Raffaele Zinno et G. Agliata (2026) — « Violence in Pregnancy: Effects on the Frontal Lobe… ». Ce travail s’inscrit dans la ligne de recherche consacrée à la violence pendant la grossesse et aux effets possibles des systèmes du stress sur le développement et les fonctions préfrontales.

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Hind Rajab | L’aveu tardif d’Israël et la colère de Kaouther Ben Hania

22. August 2026 um 11:54

Plus de deux ans après la mort de Hind Rajab, l’armée israélienne reconnaît que ses soldats ont tiré sur la voiture où se trouvait la fillette palestinienne de cinq ans. Un aveu tardif qui pulvérise la version officielle avancée après le drame et que la réalisatrice tunisienne Kaouther Ben Hania qualifie d’«écran de fumée».

Djamal Guettala

Il y a des voix que les démentis ne parviennent pas à faire taire. Celle de Hind Rajab en fait partie.

En janvier 2024, la fillette palestinienne de cinq ans se retrouve prisonnière d’une voiture à Gaza, après que plusieurs membres de sa famille ont été tués. Elle appelle le Croissant-Rouge palestinien. Sa voix tremble. Elle demande qu’on vienne la chercher. Autour d’elle, les tirs continuent.

Deux ambulanciers sont envoyés à sa rencontre. Ils seront eux aussi tués.

Pendant plus de deux ans, l’armée israélienne a nié que ses soldats se trouvaient dans le secteur au moment du drame. Aujourd’hui, elle reconnaît finalement que ses troupes ont bien ouvert le feu sur le véhicule et annonce l’ouverture d’une enquête pénale.

Une version officielle qui se fissure

Cette reconnaissance intervient après une longue bataille autour de la vérité.

Dès les premières semaines, plusieurs enquêtes indépendantes avaient mis en doute la version israélienne. Images satellites, analyses acoustiques, données géographiques et examen de la scène ont permis de reconstituer les mouvements militaires autour du véhicule.

Le contraste est désormais saisissant : ce que l’armée niait hier, elle le reconnaît aujourd’hui.

Mais cette admission ne répond pas à la question centrale. Elle ne dit pas pourquoi une voiture occupée par des civils a été prise pour cible. Elle ne dit pas non plus pourquoi la présence de soldats israéliens avait été initialement niée.

Elle ouvre donc un nouveau chapitre plutôt qu’elle ne referme celui de Hind Rajab.

La voix qui est devenue une preuve

L’histoire de Hind Rajab a franchi les frontières de Gaza grâce à un document aussi fragile que terrible : l’enregistrement de son appel aux secours.

Une enfant de cinq ans qui demande de l’aide. Une enfant qui attend une ambulance. Une enfant qui entend les tirs et comprend qu’elle est en danger.

Cette voix est devenue le cœur du film ‘‘La Voix de Hind Rajab’’ de la réalisatrice tunisienne Kaouther Ben Hania.

Présenté à la Mostra de Venise en 2025, le film a transformé ce drame en une œuvre cinématographique et politique qui interroge la disparition des civils dans les récits de guerre.

Kaouther Ben Hania dénonce «un écran de fumée»

L’annonce israélienne n’a pas convaincu la réalisatrice. Kaouther Ben Hania dénonce «un écran de fumée», considérant que les éléments permettant de comprendre ce qui s’est passé étaient disponibles depuis longtemps.

Son interrogation est simple et vertigineuse : pourquoi cette reconnaissance intervient-elle seulement maintenant ? Et surtout, que signifie une enquête militaire menée après des années de dénégations ?

La cinéaste refuse que l’affaire soit réduite à un communiqué annonçant une procédure interne. Derrière cette affaire se trouve une enfant dont la voix avait déjà raconté, presque minute par minute, ce qui se déroulait autour d’elle.

Une enquête ne suffit pas

La famille de Hind Rajab et des organisations de défense des droits humains réclament une enquête indépendante. Elles mettent en doute la capacité d’une procédure interne à établir pleinement les responsabilités. Car la question n’est plus seulement de savoir si les soldats israéliens ont tiré. L’armée vient de le reconnaître. Il faut désormais déterminer les circonstances exactes des tirs, les règles d’engagement appliquées, les éventuels ordres reçus et les responsabilités individuelles et hiérarchiques.

Le cas de Hind Rajab est devenu un symbole parce que sa voix a survécu à la mort. Elle est devenue une trace que les versions officielles successives n’ont pas réussi à effacer.

L’aveu israélien constitue donc un tournant. Mais il ne saurait être confondu avec la justice.

Deux ans après, l’armée reconnaît les tirs. Kaouther Ben Hania y voit un «écran de fumée». Entre les deux se trouve l’essentiel : la vérité complète sur ce qui s’est passé et la question, toujours ouverte, de savoir qui devra répondre de la mort d’une enfant de cinq ans et des secouristes venus la sauver.

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La Tunisie, goulot énergétique de l’Europe et jugulaire de l’Algérie

22. August 2026 um 11:22

L’agitation cyclique autour du Galsi Pipeline, le projet de gazoduc sous-marin algéro-italien censé contourner la Tunisie par la Sardaigne, est l’arme maîtresse d’une guerre psychologique menée contre la Tunisie qui traverse une crise énergétique passagère. Elle vise à persuader l’opinion publique tunisienne que le pays est remplaçable et susceptible d’être soumis à «la sanction énergétique» quitte à «vivre dans le noir» afin de donner un alibi suffisant aux adeptes de la capitulation contractuelle. La présente analyse vise à déconstruire ce narratif de l’effacement par les faits, en démontrant que la Tunisie dispose, au contraire, d’un levier d’interdépendance majeure pour exiger un rééquilibrage global de ses partenariats. (Carte : Principaux gisements d’hydrocarbures au Maghreb et pipelines transméditerranéens).  

Elyes Kasri *

1. La valeur stratégique décuplée du TransMed face aux crises mondiales

Le rôle de pivot énergétique de la Tunisie n’est plus seulement régional, il est devenu névralgique à l’échelle mondiale. La convergence de trois crises géopolitiques majeures a décuplé la valeur stratégique du réseau terrestre trans-tunisien (TransMed) pour l’ensemble du continent européen :

– l’onde de choc de la guerre en Ukraine : la rupture historique et définitive des approvisionnements en gaz russe a privé l’Europe de sa principale source d’énergie fossile. Dans cette quête absolue de diversification, l’Afrique du Nord, et particulièrement l’axe Algérie-Tunisie-Italie, est devenue l’alternative immédiate la plus fiable pour sécuriser l’Europe du Sud et le cœur industriel de l’Union européenne;

– la paralysie des détroits de Bab el-Mandeb et d’Ormuz : les tensions militaires dans le golfe d’Aden et le golfe Persique ont gravement compromis la sécurité des routes maritimes globales. Le transit du gaz naturel liquéfié (GNL) en provenance du Qatar et d’autres fournisseurs du Golfe par méthaniers est soumis à des goulots d’étranglement permanents, à des détours maritimes pharaoniques (via le Cap de Bonne-Espérance) et à une explosion des coûts d’assurance ;

– le TransMed comme sanctuaire d’approvisionnement : face à l’insécurité des détroits et à la fin du gaz russe, le TransMed s’impose comme une infrastructure géographiquement immunisée contre les crises du Moyen-Orient. Ce pipeline terrestre offre un flux continu, direct et insensible aux blocus maritimes, propulsant le sol tunisien au rang de corridor de sécurité absolue pour la survie énergétique de l’Europe.

2. La centralité du TransMed dans l’économie algérienne :

L’examen des indicateurs macroéconomiques sectoriels démontre la dépendance de l’Algérie envers ce réseau terrestre trans-tunisien, faisant du gazoduc Enrico Mattei (TransMed) le véritable poumon financier du régime d’Alger :

– le poids des hydrocarbures dans les recettes algériennes : les hydrocarbures représentent 93 % à 95 % des recettes d’exportation de l’Algérie et alimentent le budget de l’État algérien à hauteur de plus de 60 % via la fiscalité pétrolière ;

– la part du TransMed dans les exportations de gaz algérien : selon les bilans énergétiques compilés, l’Algérie exporte environ 52 milliards de mètres cubes (bcm) de gaz naturel par an. Le TransMed en achemine à lui seul entre 22 et 25 bcm directement vers l’Italie, soit près de 45 % à 50 % de la totalité des exportations gazières algériennes, et plus de 70 % de son gaz acheminé par pipeline;

– valorisation financière pour Alger : au cours moyen du gaz sur le marché européen (TTF), le flux transitant par le sol tunisien génère pour l’Algérie des revenus directs estimés entre 10 et 12 milliards de dollars par an. Une interruption ou une réduction structurelle de ce flux provoquerait un choc budgétaire immédiat et ingérable pour la paix sociale algérienne suffisamment fragile et menacée par un Hirak qui couve sous les cendres.

3. L’irréalisme technique et le péril sécuritaire du Galsi :

Selon les données techniques validées par les registres officiels du Global Energy Monitor (mis à jour en juillet 2024), le projet Galsi est une impossibilité industrielle et financière à court et moyen terme:

– profondeur abyssale : le tracé maritime (565 km de section offshore) impose une pose de conduites à une profondeur record de 2 885 mètres sous la mer Méditerranée, ce qui représente une complexité d’ingénierie exceptionnelle;

– capacité limitée : le Galsi a été configuré pour un débit maximal de 8 milliards de m³ par an. Il ne pourrait donc absorber qu’un quart du flux du TransMed (capacité de 32 milliards de m³), rendant tout contournement total physiquement impossible ;

– impasse financière et réglementaire : estimé initialement à 3 milliards de dollars, sa réévaluation dépasse aujourd’hui 5 à 6 milliards de dollars. Dans le cadre du Green Deal de l’Union Européenne et du gel des financements fossiles lourds par les institutions bancaires internationales, sa levée de fonds est irréalisable, maintenant le projet au statut officiel de projet «mis de côté» (shelved), comme le confirme l’étude technique de l’Eurasia Review ;

– le fardeau critique de la vulnérabilité sous-marine : au-delà des barrières financières, l’impératif de sécurité internationale condamne les alternatives purement offshores ;

– le précédent Nord Stream 1 et 2 : le sabotage spectaculaire des gazoducs Nord Stream en mer Baltique (septembre 2022) a définitivement démontré la vulnérabilité intrinsèque des infrastructures sous-marines profondes face aux attaques asymétriques, au terrorisme d’État ou aux actes de guerre hybride. En haute mer, la surveillance constante et la protection physique de milliers de kilomètres de conduites immergées sont matériellement impossibles ;

– l’avantage du tracé terrestre tunisien : face à ce péril sous-marin, le corridor trans-tunisien offre une résilience stratégique inégalée, soulignée dans l’étude sectorielle de l’Observatoire Méditerranéen de l’Énergie. Un tracé terrestre permet un accès immédiat pour la maintenance, une surveillance continue par satellite et par patrouilles, ainsi qu’un contrôle souverain permanent, garantissant à Rome et à Alger une continuité de flux qu’aucune conduite immergée ne peut promettre.

4. Argumentaire pour une réévaluation à la hausse des redevances de transit :

Le taux actuel de la redevance tunisienne (5,25 %, prélevé majoritairement en nature) est obsolète et dérisoire. La Tunisie est légitimement en position d’exiger une réévaluation substantielle (objectif : 8 % à 10 %) :

– le coût de la sécurisation : la Tunisie assure à ses frais exclusifs la protection militaire et technologique de 400 km de conduites terrestres et de stations de compression critiques (Cap Bon). Ce service de sécurité environnementale et industrielle, qui protège l’approvisionnement européen contre les risques de déstabilisation, devrait être intégré dans le coût du transit ;

– l’indexation sur la prime de substitution : si l’Algérie devait substituer le TransMed par du transport de GNL par voie marine pour livrer l’Italie, le coût de l’infrastructure portuaire et maritime augmenterait le coût de livraison de 25 % à 30 %. La redevance tunisienne actuelle est donc une décote majeure et une concession exorbitante accordée par la Tunisie à Alger ;

– valorisation budgétaire actuelle : les recettes de cette redevance sont passées à plus de 1,8 milliard de dinars tunisiens (TND) par an. Ce gaz couvre entre 60 % et 66 % des besoins de consommation en gaz naturel de la Tunisie, ce qui prouve la valeur critique de cet actif dans notre équilibre énergétique national.

5- Pour une diplomatie de l’interdépendance active et équitablement profitable

Céder à la panique face à l’alternative Galsi relève d’une asymétrie psychologique savamment entretenue par des officines étrangères à travers la cinquième colonne de la «khawakhawanomanie» ambiante, et non d’une contrainte technique réelle.

La Tunisie détient une carte maîtresse mondiale : la sécurité, la viabilité et la supériorité stratégique terrestre de l’autoroute énergétique tunisienne vers l’Europe dans un monde marqué par la fermeture des détroits et les crises climatiques.

La Tunisie est incontestablement le verrou énergétique d’une Europe qui paie au prix fort le boycott du gaz russe et l’instabilité qui prévaut, sans perspective de stabilisation à court et à moyen termes, dans les détroits d’Ormuz et Bab El Mandeb.

Elle tient également le régime algérien par la jugulaire, car en dépit de toutes les fanfaronnades, ce régime se trouve confronté à une population frustrée et prête à en découdre ne pourra pas se passer à moyen et même à long terme du Transmed et des recettes financières et des garanties sécuritaires offertes par le transit par la Tunisie plus qu’aucun autre itinéraire.

Il appartient aux négociateurs tunisiens d’exploiter ce nœud vital pour redresser les torts asymétriques hérités de l’histoire — qu’il s’agisse des redevances énergétiques, de la spoliation de l’Albien ou du développement de nos infrastructures critiques de transport et de logistique — et arracher un accord digne, global et protecteur des intérêts supérieurs de la Nation.

Le célèbre philosophe allemand Emmanuel Kant (1724-1804) a bien dit que «la liberté est le droit de ne pas être soumis à la fatalité extérieure».

* Ancien ambassadeur.

Note de la rédaction : On a dû réduire cet article de près de la moitié de son volume, tout en l’allégeant de son appareil critique (références, sources, etc.)

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Racisme | L’affaire Jason Arday secoue le Royaume-Uni !

22. August 2026 um 10:17

Jason Arday, 41 ans, plus jeune professeur noir de l’Université de Cambridge a été accusé de plagiat cependant l’affaire qui aurait pu être traitée dans le cadre académique est devenue une affaire nationale. Pour la droite raciste et les médias blancs, c’était une aubaine à ne pas manquer et le jeune homme a été voué aux gémonies dans les unes de journaux, dans des centaines d’articles sans parler des réseaux sociaux. Jason Arday a été retrouvé mort à son domicile le vendredi 7 août 2026. Aujourd’hui, les médias qui ont instrumentalisé cette affaire en s’adonnant à un harcèlement basé sur un racisme désinhibé et un acharnement obscène sont sur le banc des accusés. Le Premier ministre Andy Burnham a parlé d’«une tragédie».

Imed Bahri

Dans les colonnes de l’hebdomadaire britannique The Observer, Seun Matiluko est revenue sur l’affaire Jason Arday dont l’épilogue a été la fin tragique du jeune universitaire, elle considère que cette affaire est révélatrice d’une obsession de l’élite blanche qui estime que la réussite des Noirs se fait à ses dépens. 

L’histoire d’Arday a suscité une couverture médiatique qui dépasse largement la controverse entourant le plagiat présumé de sa thèse de doctorat soumise à l’Université Liverpool Moors, et ce, depuis sa nomination comme le plus jeune professeur noir de l’histoire de l’Université de Cambridge.

Il y a un être humain derrière les tweets

Selon Seun Matiluko, Jason, qui enseignait la sociologie et les sciences de l’éducation à Cambridge avant d’être contraint de démissionner début août, en raison de la polémique médiatique concernant son intégrité académique et personnelle, a mis en lumière l’hypocrisie du traitement médiatique de sa mort, instrumentalisée par la droite pour faire du «scandale» un phénomène mondial.

Tard vendredi avant-dernier, un universitaire a résumé avec justesse la situation d’Arday : «Il y a deux semaines, Jason Arday était professeur à l’Université de Cambridge, et maintenant il n’est plus là». Matiluko fait remarquer qu’il peut parfois sembler futile de rappeler aux gens d’être bienveillants et de se souvenir, avant d’attaquer, qu’il y a un être humain derrière leurs tweets, publications ou titres. 

L’histoire a commencé lorsqu’un individu se définissant comme «réaliste racial», convaincu que dans un système méritocratique, «les Noirs disparaîtraient de la quasi-totalité des postes à responsabilité, hormis dans le sport et le divertissement» – une affirmation que beaucoup qualifieraient de raciste – a révélé un plagiat dans la thèse de doctorat d’Arday et l’a dénoncé.

Les journaux ont enquêté sur ces allégations et les ont jugées crédibles. L’affaire aurait pu s’arrêter là, et la couverture médiatique aurait été similaire à celle du professeur William O’Reilly de Cambridge, qui avait plagié 4 000 mots de travaux d’étudiants et les avait republiés comme étant les siens dans des revues académiques, prétendant être victime de harcèlement homophobe une fois démasqué.

Cependant, l’attention médiatique portée à Arday a dépassé le cadre de ses travaux universitaires qui, bien que suffisants pour lui permettre de réussir son doctorat à l’Université John Moores de Liverpool, ont été critiqués par certains, estimant qu’ils avaient nui à la réputation de Cambridge.

Deux cent quarante-neuf articles ont été publiés à son sujet en 22 jours. Quelques heures après l’annonce de son décès, le Times a diffusé une publicité sponsorisée sur X pour un article rédigé par un ancien étudiant mécontent de la méthode d’enseignement d’Arday. S’il n’était pas un jeune professeur noir à Cambridge y aurait-il eu autant d’articles et y aurait-il eu un tel emballement médiatique ?

Le journal a indiqué qu’une grande partie de la couverture médiatique intense précédant les événements tragiques de vendredi s’était concentrée sur les chocs culturels.

1% des professeurs d’université britanniques sont noirs

Arday a été comparé à Meghan Markle, l’épouse du prince Harry, et des journalistes, désireux de se vanter de leur formation à Cambridge, ont affirmé que la présence d’Arday prouvait que les Noirs avaient un accès plus facile au monde universitaire. Ils feignent d’oublier que seulement 1% des professeurs d’université britanniques sont noirs.

Les réseaux sociaux ont également été inondés d’affirmations extravagantes selon lesquelles les universités d’Oxford et de Cambridge admettaient des étudiants noirs avec des notes inférieures simplement parce qu’ils étaient noirs.

En réalité, la seule forme de discrimination positive, de diversité, d’égalité, d’inclusion, ou quel que soit le terme employé, dans les admissions universitaires britanniques est fondée sur la classe sociale, et non sur l’origine ethnique. Les personnes ayant fréquenté des écoles modestes ou vivant dans des zones défavorisées peuvent bénéficier de circonstances exceptionnelles. Nombreux sont les étudiants blancs issus de milieux populaires qui bénéficient d’offres conditionnelles et dans ce cas, les opposants à la diversité, à l’équité et à l’inclusion dans le cadre de la guerre culturelle deviennent muets quand il s’agit des Blancs.

Seun Matiluko soutient qu’il est légitime de demander des comptes à ceux qui détiennent le pouvoir et de démasquer les menteurs surtout que la violente campagne médiatique menée contre Arday était disproportionnée par rapport à ses erreurs.

Une frénésie médiatique largement liée à la couleur d’Arday

L’auteure s’interroge pourquoi tant de médias ont-ils affiché la photo d’Arday en une pendant des semaines, à l’exception du lendemain de sa mort ? Elle estime que si Arday n’avait pas été professeur à Cambridge mais à Leeds, Durham ou au King’s College de Londres, son histoire n’aurait sans doute pas suscité autant d’attention et elle affirme que cette frénésie médiatique était largement liée à l’origine ethnique d’Arday, puisqu’il était noir.

Matiluko rappelle que des titres de presse allant jusqu’à affirmer que le mouvement Black Lives Matter a propulsé Jason Arday sur le devant de la scène relèvent d’une politique de victimisation propre aux Blancs qui soupçonnent d’emblée la réussite des Noirs d’être le fruit d’un travail mené à leur détriment.

Arday n’est ni le premier, ni le dernier, à être accusé de plagiat ou d’avoir relaté une biographie contenant des éléments douteux. Il n’est pas le premier à être accusé d’être un piètre universitaire. La plupart des diplômés universitaires ont une anecdote à raconter sur des professeurs qui estimaient que leurs performances n’étaient pas à la hauteur du poste pour lequel ils avaient été embauchés. Cependant, rien ne justifie l’emballement, le déchaînement et le harcèlement dont il a fait l’objet 

Aujourd’hui, Arday est mort et ses enfants grandiront sans père. Dans un an, certains de ses détracteurs auront peut-être même oublié son nom. Matiluko estime qu’il est peut-être naïf d’attendre de tous les journalistes qu’ils agissent de manière éthique et rappelle que de nombreux journalistes ont prétendu avoir tiré les leçons du suicide de Caroline Flack, la journaliste harcelée par les médias et dont la vie privée a été exploitée sans relâche mais que malheureusement, six ans plus tard, il semble que la leçon retenue soit de harceler sans relâche une personnalité publique, puis, à sa mort, de dire hypocritement «Repose en paix» et «Nos pensées et nos prières t’accompagnent», avant de rejeter la faute sur autrui.

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Le cimetière de Sousse totalement à l’abandon

22. August 2026 um 09:41

Il y a quelques jours , je me suis rendu au cimetière de Houmet Swiss, à Sousse, et j’ai été attristé, voire indigné, par l’état dans lequel je l’ai trouvé. La saleté est malheureusement ce qui m’a le plus frappé : feuilles mortes jonchant les allées, arbres et végétation manifestement peu entretenus, détritus éparpillés çà et là… À cela s’ajoutent des tombes qui, plusieurs mois après les inhumations, ne sont toujours pas construites, ainsi qu’un cercueil abandonné sur place.

Mohamed Sadok Lejri

Un tel état d’abandon est difficilement compatible avec le respect que nous devons à nos morts et à leurs familles.

Je n’étais d’ailleurs pas le seul à déplorer cette situation *. Plusieurs personnes venues se recueillir sur les tombes de leurs proches partageaient exactement le même constat. Nous en avons discuté ensemble, avec le sentiment commun que ce lieu de mémoire mériterait davantage d’attention et d’entretien.

Pour ne rien arranger, les fleurs que les familles déposent sur les tombes de leurs proches disparus disparaissent en moins de 24 heures…

Un ouvrier présent sur place m’a expliqué que le cimetière était actuellement dépourvu de «mouqawel», c’est-à-dire de la personne chargée de superviser l’entretien du cimetière et les opérations d’inhumation, depuis l’éviction du dernier responsable, il y a environ quatre mois.

Il m’a également fait part des difficultés liées au manque d’effectifs. Le cimetière ne disposerait actuellement que de quatre ouvriers maçons et de deux ouvriers chargés de les assister. Il y a une quinzaine d’années, ils étaient pourtant quatorze à travailler au cimetière de Swiss.

Plus préoccupant encore, les quatre ouvriers maçons ne sont réunis au complet que deux jours par semaine ; à savoir : jeudi et vendredi. Le reste du temps, une partie de l’effectif est affectée à d’autres cimetières, notamment ceux de Hay Laaouina et d’Oued Kharroub, où la charge de travail est également importante en raison de l’étendue des lieux et de la forte densité de la population.

Ces explications permettent certes de mieux comprendre les difficultés auxquelles sont confrontés les ouvriers, mais elles ne peuvent laisser indifférent face à l’état actuel du cimetière.

Il serait donc souhaitable que la municipalité de Sousse se penche, dans les meilleurs délais, sur la situation du cimetière de Houmet Swiss, afin de renforcer les moyens humains qui lui sont consacrés, d’assurer son entretien régulier et de remédier aux différents problèmes qui s’y posent.

Nos morts méritent le respect et leurs familles doivent venir se recueillir dans un lieu propre, digne et convenablement entretenu. Veiller à la dignité de nos cimetières, c’est aussi veiller à la dignité de ceux qui nous ont quittés et au respect de ceux qui leur rendent visite.

Désengagement de la municipalité et incurie des riverains

* Nous reproduisons ci-dessous le poste sur le même sujet qu’un autre Soussien, Noureddine Ali, a posté sur sa page Facebook, le 19 août 2026…

Il y a quelques jours, sur facebook, Anouar El Fani et Mohamed Sadok Lejri alias Pierrot le fou dénonçaient, chacun de son côté, l’état d’abandon et de délabrement du cimetière de Sousse. Je m’y suis rendu aujourd’hui pour me recueillir sur la tombe de mes parents. Effectivement, le cimetière offre un spectacle de désolation qui tranche avec la dignité que l’on attend d’un lieu de recueillement. Dès l’entrée, une végétation sauvage et envahissante impose sa loi : ronces, herbes folles et arbustes épineux ont colonisé les allées, rendant la circulation entre les tombes malaisée, parfois même impossible à moins de courir le risque de se fouler la cheville ce qui a failli m’arriver.

Les inscriptions de nombreuses sépultures s’effacent peu à peu sous la mousse et les lichens. Le sol, par endroits, disparaît sous un tapis de détritus accumulés au fil des années : sacs plastiques déchirés, bouteilles vides, gravats de construction et déchets divers jonchent les abords comme le cœur même du cimetière, apportés là par le vent ou par l’incurie de riverains peu scrupuleux. Aucun entretien régulier ne semble avoir été assuré depuis longtemps, et l’abandon dans lequel se trouve ce patrimoine funéraire témoigne d’une négligence collective aussi affligeante qu’inquiétante pour la mémoire des défunts qui y reposent.

Face à ce constat désolant, les services municipaux font preuve d’une atonie frappante. L’absence d’entretien régulier, le manque de gardiennage et l’inaction des autorités locales traduisent un désengagement manifeste envers le respect dû aux défunts et le patrimoine de la ville et laissent le site vulnérable au vandalisme et au vol, au point que déposer des fleurs sur une tombe relève désormais du défi.

La municipalité se limite à des interventions ponctuelles et superficielles, souvent uniquement après de vives protestations citoyennes. L’absence d’un gardiennage permanent et vigilant ou d’une brigade dédiée à l’entretien des espaces sacrés laisse le champ libre à l’abandon total du site. Ce n’est pourtant pas une fatalité, il suffit de se rendre au cimetière de Hamam-Sousse pour constater la différence.

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Rénovation du Stade d’El Menzah : le coût d’une opportunité manquée!

22. August 2026 um 06:03

Le projet de réhabilitation et de modernisation du stade olympique d’El Menzah s’apprête à prendre un tournant radical. Ce qui devait être un chantier emblématique de rénovation lourde confié à l’ingénierie et aux entreprises nationales se transforme désormais en un grand projet de reconstruction intégrale sous pavillon chinois. Révélations et analyse d’un dossier complexe aux multiples enjeux financiers, techniques et industriels.

 

Genèse : un appel d’offres initial et un blocage technique

Initialement, le marché de réhabilitation avait été attribué au groupement tunisien AMA Group (dirigé par l’ingénieur Anis Ben Mahmoud), dont l’offre financière de 95 millions de dinars (MDT) s’était imposée face à des concurrents nationaux de premier plan (tels que SBA Bouzguenda, positionné à 105 MDT), selon une source bien informée.

En effet, AMA Group, entreprise d’ingénierie active à l’international (notamment via des filiales au Burundi et au Bénin) et forte de réalisations d’envergure comme le siège de banques centrales et d’ambassades à l’étranger, avait pour « mission de remettre à niveau le mythique stade tunisois ».

Cependant, le chantier s’est rapidement heurté à des difficultés structurelles majeures. Les premières phases de démolition et de diagnostic sur le béton armé existant auraient mis en évidence de graves divergences par rapport au cahier des charges initial : la section et l’état des ferraillages ne permettaient pas une simple consolidation, mais imposaient une démolition et un remplacement complet des pylônes de structure, nous explique notre source.

A noter qu’en ingénierie de la construction, cette réévaluation fondamentale constitue un « changement de périmètre ». Elle implique théoriquement une révision complète de l’offre technique, une réévaluation financière et la signature d’avenants au contrat initial. Mais face à l’absence d’accord avec le ministère de l’Équipement sur cette réévaluation financière, les travaux auraient été suspendus et le différend porté devant les juridictions compétentes.

 

Lire aussi : Arrêt des travaux du Stade d’El Menzah: Kamel Déguiche dément

 

Choix du pivot chinois : une multiplication du budget par cinq

Pour débloquer la situation, la Tunisie s’est alors tournée vers un accord de coopération bilatérale avec la Chine. La stratégie change radicalement : abandon du projet de simple rénovation au profit d’une démolition totale et d’une reconstruction à neuf, tout en préservant l’architecture patrimoniale d’origine.

 

Une séance de travail s'est tenue, mercredi 14 mai, au siège du ministère de la jeunesse et des sports (MJS), consacrée aux préparatifs de la visite d'une délégation chinoise en Tunisie à la fin du mois en cours.
Photo : Page du ministère de la Jeunesse et des Sports

 

Quant au montage financier et technique, il s’établirait désormais sur des bases financières sans commune mesure avec le projet initial :

  • Budget global : estimé à 180 millions de dollars US (soit environ 480 millions de dinars), représentant un coût cinq fois supérieur à l’enveloppe initiale de 95 MDT.
  • Structure du financement :
    • 30 % sous forme de don non remboursable de la République populaire de Chine ;
    • 20 % financés sur le budget de l’État tunisien ;
    • 50 % sous forme de prêt concessionnel chinois.

Un nouveau cahier des charges technique et l’étude globale du projet ont été confiés au bureau d’études tunisien SCET Tunisie.

 

Lire également : La rénovation du Stade d’El Menzah confiée à des architectes chinois 

 

Calendrier et modalités de réalisation

Le modèle retenu est celui du « clé en main » (EPC), conditionné par les règles de financement des bailleurs chinois :

  • Appel d’offres restreint : la compétition serait actuellement ouverte en Chine entre quatre grandes entreprises de BTP présélectionnées, informe notre source. La date limite de remise des offres est fixée au 2 septembre 2026.
  • Délais : Avec une durée prévisionnelle de chantier fixée à 40 mois et un démarrage effectif envisagé d’ici 2027, la livraison du nouveau complexe ne devrait pas intervenir avant 2030.
  • Partenariat local : Si le maître d’œuvre principal sera un major chinois du BTP, plusieurs lots secondaires de second œuvre et de prestation logistique devraient être sous-traités à des entreprises tunisiennes.

Bilan et enseignements économiques : quel impact pour la Tunisie ?

Dans cette optique, sur le plan des infrastructures, la Tunisie se dotera à terme d’une enceinte sportive moderne, aux normes internationales, bénéficiant de l’expertise de construction et des capacités de financement chinoises. Toutefois, sur le plan strictement économique et industriel, le dossier “El Menzah“ soulève trois interrogations stratégiques :

Rigueur des études préalables : l’épisode met en lumière l’importance cruciale des études d’opportunité et des diagnostics de structure préalables dans la commande publique. Les lacunes des diagnostics initiaux ont conduit à un blocage juridique et à un glissement calendaire de plusieurs années.

Transfert de valeur et champion national : confier la réalisation globale à un géant étranger dans le cadre d’un prêt lié prive temporairement le tissu du BTP national d’un projet structurant d’envergure. Pour les majors tunisiennes du BTP, capables d’exporter leur savoir-faire en Afrique subsaharienne, ce chantier aurait pu constituer une vitrine technologique majeure pour la création de valeur et d’emplois locaux. Hélas, il n’en sera rien.

Poids sur les finances publiques : bien que bénéficiant d’un don à hauteur de 30 %, le projet mobilisera 20 % de fonds propres nationaux et générera une dette souveraine à hauteur de 50 % du montant total, dans un contexte budgétaire où chaque dinar d’investissement public doit être maximisé.

À retenir

  • Montant initial : 95 MDT (entreprise tunisienne)
  • Nouveau montant : 180 millions $ (~480 MDT) sous financement bilatéral chinois
  • Changement de concept : démolition totale et reconstruction à neuf
  • Horizon de livraison : 2030 (40 mois de travaux à partir de 2027)
  • Enjeu central : renforcement de l’expertise de la maîtrise d’ouvrage publique face aux grands projets d’infrastructure.

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Ukraine | L’entourage de Zelnsky visé par des enquêtes anticorruption

21. August 2026 um 13:58

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a limogé mercredi 19 août 2026 sa cheffe adjointe de cabinet, Iryna Mudra, alors que les enquêteurs anticorruption lançaient une vaste enquête visant une organisation criminelle présumée impliquant de hauts responsables liés à la présidence.

Habib Glenza, à Lodz.

Outre Mudra, les suspects comprennent un député en fonction, un ex-parlementaire ainsi que le directeur général et le président du conseil de surveillance d’une banque publique, indique le Bureau national de lutte contre la corruption (Nabu). La description de ces responsables bancaires semble renvoyer à Sense Bank.

Les enquêteurs affirment que le groupe a contribué au blanchiment d’environ 3 millions d’euros (150 millions de hryvnias ukrainiennes) déposés comme caution pour un suspect dans une affaire de corruption.

Il s’agit de l’opération «Midas», une enquête sur des soupçons de corruption au sein de Energoatom, l’entreprise publique ukrainienne de l’énergie nucléaire, devenue la plus vaste affaire de corruption du mandat de Zelensky.

La nouvelle affaire n’est donc pas isolée : elle semble découler directement d’une enquête qui met déjà en cause d’anciens hauts responsables gouvernementaux et des personnes entretenant de longue date des liens personnels et politiques avec Zelensky.

De «Midas» à «Forest Gump»

Le Nabu et le Parquet spécialisé anticorruption (Sapo) ont dévoilé l’opération «Midas» en novembre 2025, au terme de plus d’un an d’enquête.

Ils affirment que les membres d’une organisation criminelle exerçaient une influence sur Energoatom sans y occuper de fonctions officielles, prélevant des pots-de-vin représentant 10 à 15 % des contrats auprès des fournisseurs en échange du déblocage des paiements.

Le Nabu estime qu’environ 85 millions d’euros ont été blanchis via ce système présumé.

L’ancien ministre de la Justice et de l’Énergie Herman Halouchtchenko a été accusé de blanchiment d’argent et de participation à une organisation criminelle.

En février, le Nabu a indiqué que plus de 7,4 millions de dollars, 2,4 millions d’euros et 1,3 million de francs suisses liés au système présumé avaient été transférés ou mis à la disposition de sa famille.

Les 3 millions d’euros au cœur de la dernière enquête, baptisée opération «Forest Gump», auraient été déposés comme caution pour Halouchtchenko

Selon des mandats de perquisition divulgués par des parlementaires ukrainiens, Sense Bank aurait été utilisée pour transférer une partie des fonds de caution. Le Nabu a également rendu publics des enregistrements audios dans lesquels on entend Mudra évoquer Sense Bank et des tentatives présumées d’influencer les décisions la concernant.

Dans une conversation enregistrée en juin, Mudra indique qu’on lui a dit que le directeur général de la banque et le président de son conseil de surveillance viendraient la voir.

Elle évoque aussi une personne prénommée «David» et le président d’une commission parlementaire, qui chercheraient à offrir une protection politique à la banque. On ignore si David fait référence à David Arakhamia, chef du groupe Serviteur du peuple de Zelenskiy au Parlement.

« Ils ne s’en prendront pas à Sense Bank et Sense Bank doit les payer», déclare Mudra sur cet enregistrement. Dans une autre conversation, Mudra affirme que «Timur», qu’elle décrit comme «un réfugié israélien», l’a appelée pour lui demander de prendre en charge le dossier de Sense Bank.

Cette description semble renvoyer à Timur Mindich, ami de longue date et ancien partenaire commercial de Zelensky, présenté comme l’un des cerveaux du système de corruption «Midas» évalué à 100 millions de dollars (85 millions d’euros).

D’un ami de longue date à un ancien chef de cabinet

Mindich faisait partie du premier cercle de Zelensky bien avant son entrée en politique et est copropriétaire de Kvartal 95, la société de production cofondée par le président.

Suspect dans l’opération «Midas», Mindich a quitté l’Ukraine pour Israël en novembre 2025. Son nom apparaît aussi dans l’enquête «Dynasty», dans laquelle le Nabu et le Sapo affirment que plus de 8,8 millions d’euros ont été blanchis via un complexe résidentiel de luxe en périphérie de Kyiv, à partir de fonds provenant en partie de systèmes de corruption, notamment chez Energoatom.

Mais le nom le plus en vue cité dans l’affaire «Dynasty» est celui d’Andriy Iermak, ancien chef de cabinet de Zelensky et pendant des années l’une des figures les plus puissantes d’Ukraine.

Iermak a dirigé le cabinet du président de 2020 jusqu’à son départ en 2025, devenant le plus proche confident politique de Zelensky et jouant un rôle central dans la politique intérieure, la diplomatie et la conduite de la guerre.

En mai 2026, le Nabu et le Sapo ont désigné Iermak comme suspect dans l’affaire de blanchiment d’argent «Dynasty». Un tribunal a ordonné son placement en détention avec la possibilité d’une libération sous caution de 2,7 millions d’euros, somme qui a ensuite été versée. Iermak nie les accusations.

La même enquête met également en cause l’ancien vice-Premier ministre Oleksiy Chernyshov, qui a occupé plusieurs hautes fonctions gouvernementales sous Zelensky et est présenté comme un ami de longue date de la famille présidentielle.

D’autres enquêtes ont rattrapé d’anciens membres de l’administration présidentielle. Rostyslav Shurma, ex-chef adjoint chargé de la politique économique, a été désigné comme suspect en janvier dans une affaire distincte portant sur des abus présumés dans le système de subventions aux énergies renouvelables en Ukraine.

Le Nabu et le Sapo soupçonnent Shurma, son frère Oleg et d’autres personnes d’avoir détourné environ 2,7 millions d’euros. Les deux frères ont été placés sur une liste de recherche en février, et un tribunal a ordonné leur détention par contumace en avril. Shurma, actuellement à l’étranger, nie tout acte répréhensible.

Une proximité douteuse et dérangeante

Ces enquêtes surviennent à un moment particulièrement sensible pour les ambitions européennes de l’Ukraine.

Kiev et Bruxelles ont ouvert en juin le cluster Fondamentaux des négociations d’adhésion de l’Ukraine, qui couvre notamment l’État de droit, la justice, les marchés publics et le contrôle financier. Un deuxième cluster, consacré aux relations extérieures a suivi en juillet.

L’UE a souligné que les progrès réalisés sur le cluster Fondamentaux détermineront le rythme global des négociations d’adhésion de l’Ukraine, plaçant l’indépendance et l’efficacité des institutions anticorruption du pays sous un examen particulier.

La série d’enquêtes dresse pour Zelensky un tableau politique de plus en plus délicat.

Son ancien chef de cabinet a été désigné comme suspect. D’anciens chefs adjoints de cabinet également. Son ami de longue date et ancien partenaire commercial est impliqué dans plusieurs grandes affaires. D’anciens ministres et d’autres hauts responsables de son administration sont eux aussi devenus suspects.

Chacune des enquêtes menées par le Nabu et le Sapo suscite aussi une forte mobilisation de l’opinion. Des dizaines de milliers d’Ukrainiens sont descendus dans la rue en 2025 pour défendre l’indépendance du Nabu et du Sapo après la décision du Parlement de restreindre les pouvoirs de ces autorités anticorruption.

La société civile a aussi réclamé des investigations supplémentaires sur des soupçons de corruption au plus haut niveau de l’État. 

Pour un président arrivé au pouvoir en 2019 en promettant de rompre avec l’establishment politique corrompu du pays, la proximité de tant d’affaires visant son entourage a un coût politique de plus en plus lourd.

Source : The Kyiv Independent 

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Les opposants à Kaïs Saïed défilent à nouveau à Tunis

21. August 2026 um 09:05

Ce n’est pas (ou pas encore) un remake de la révolution du 14 janvier 2011, même si certains slogans scandés par les opposants au président Kaïs Saïed, qui sont descendus nombreux, une nouvelle fois, jeudi 20 août 2026, dans les artères du centre-ville de Tunis, cherchent à le rappeler, en criant leur ras-le-bol et en appelant le locataire du Palais de Carthage, jusque-là imperturbable, à «dégager» (sic !).

Latif Belhedi     

Les manifestants, qui étaient quelques centaines, des milliers disent le organisateurs, appartenant à des horizons politiques divers, ont défilé dans le calme pour réclamer le départ de Kaïs Saïed, en poste depuis 2029, et le rétablissement de la démocratie, qu’ils accusent ce dernier d’en avoir fermé la parenthèse par la proclamation de l’état d’exception, le 25 juillet 2021. C’était une énième manifestation contre sa gestion du pouvoir, sur fond de mécontentement politique et économique croissant, avec des coupures d’électricité et d’eau potable en pleine canicule, et des pénuries de médicaments, d’eau en bouteille et de carburants.   

Les manifestants ont exprimé leur rejet d’un «pouvoir personnel» et d’une «dérive vers la dictature», tout en appelant à la libération des dizaines d’opposants, de militants et de journalistes emprisonnés.

Par dérive dictatoriale, les manifestants font référence aux mesures prises par Kaïs Saïed le 25 juillet 2021 en limogeant le gouvernement, en gelant le Parlement élu, avant de le dissoudre, et en commençant à gouverner par décret.

Ils reprochent aussi à Kaïs Saïed d’avoir ensuite dissous le Conseil supérieur de la magistrature et révoqué des dizaines de juges, affirmant lutter contre la corruption au sein de l’appareil judiciaire. Cette décision a suscité une large condamnation, des organisations internationales de défense des droits humains y voyant une atteinte à l’indépendance de la justice.

Les manifestants brandissaient des pancartes dénonçant la «soif» et l’«obscurité», en référence à la pénurie d’eau potable et aux coupures d’électricité. «Aujourd’hui, le peuple tunisien vit dans l’humiliation. Il n’y a ni eau, ni électricité, ni liberté», a déclaré à l’AFP l’avocat Samir Ben Amor, proche du parti islamiste Ennahdha.

«Nous nous opposons à la situation catastrophique dans laquelle la Tunisie se trouve désormais», a déclaré Ezzeddine Hazgui, figure historique de l’opposition de gauche, dont le fils, Jawher Ben Mbarek, professeur de droit constitutionnel et activiste politique est en prion depuis trois ans, accusé dans l’affaire dite de complot contre l’Etat dans laquelle ont été condamnés des dizaines de figures majeures de l’opposition. Sa fille, Dalila Ben Mbarek Msaddek, une avocate et militante, accusée dans la même affaire, est en fuite en France. «Il ne reste plus d’État ni d’institutions, juste un homme qui ignore tout et qui dirige le pays», a ajouté Hazgui.

Ces manifestations ne signalent pas, en soi, un basculement politique imminent, mais elles reflètent la pression croissante qui pèse sur le président et soulignent la capacité des opposants à se mobiliser dans la rue, malgré leurs divisions habituelles. Pour une fois, islamistes et destouriens, gauchistes et libéraux, conservateurs et progressistes défilaient ensemble dans les rues, scandaient les mêmes slogans et brandissaient des banderoles réclamant le rétablissement des libertés tout en dénonçant la détérioration de la situation économique et sociale du pays.

«Assez d’échecs, assez d’injustice et assez d’absurdité. Le pays connaît un effondrement total», a déclaré à Reuters Wissem Sghaier, un militant.

Les Tunisiens font face à des pressions économiques et à une hausse du coût de la vie, aggravées par la dégradation des services publics et des pénuries de certains produits de première nécessité et de médicaments.

Face à la frustration grandissante, des manifestations ont éclaté ces dernières semaines dans plusieurs régions du pays pour protester contre des coupures d’eau et d’électricité ainsi que des problèmes environnementaux ; cela suggère que la colère populaire dépasse le cadre des différends politiques avec Kaïs Saïed pour s’étendre aux difficultés croissantes du quotidien.

Des organisations de défense des droits humains accusent le gouvernement de Kaïs Saïed de mener une vaste campagne de répression visant les dirigeants de l’opposition, les groupes indépendants de la société civile, les journalistes et les militants. Elles affirment que le président utilise l’appareil judiciaire et les forces de sécurité pour museler ses opposants.

Kaïs Saïed, qui mène sa propre révolution, se considérant à la tête d’une nouvelle lutte de libération nationale, rejette les accusations de répression politique, affirmant qu’il ne fait qu’appliquer la loi et poursuivre des personnes soupçonnées de corruption financière ou de complot contre l’État.

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Tunisie-Inde | Cap sur 1 milliard de dollars d’échanges d’ici 2030

21. August 2026 um 08:00

La Tunisie et l’Inde affichent leur volonté de donner une nouvelle dimension à leur partenariat économique et commercial. Du 18 au 20 août 2026, Conect International, en collaboration avec l’ambassade de l’Inde à Tunis et la Confederation of Indian Industry (CII), a contribué à l’organisation d’un programme économique et institutionnel réunissant responsables publics, organisations patronales, institutions et opérateurs économiques des deux pays.

Lotfi Sahli

Cette mission a abouti à la tenue de l’India-Tunisia Joint Business Forum & B2B Meetings, organisé au Sheraton Tunis, le jeudi 20 août 2026. La rencontre a réuni notamment Aslan Berjeb, président de la Conect, Dr. Devyani Uttam Khobragade, ambassadrice de l’Inde en Tunisie, Najmeddine Lakhal, directeur général ‘Asie’ au ministère des Affaires Étrangères, de la Migration et des Tunisiens à l’étranger, de Gaurav Dhingra, chef de la délégation économique indienne et Ceo d’Axieva, Jalel Tebib, directeur général de Fipa-Tunisia, ainsi que Mourad Ben Hassine, PDG du Cepex.

L’un des principaux objectifs affichés est de porter les échanges commerciaux bilatéraux à un milliard de dollars à l’horizon 2030, contre environ 500 millions de dollars prévus fin 2026. Pour y parvenir, les participants souhaitent accélérer les rencontres B2B et transformer les contacts entre entreprises en contrats commerciaux, investissements, partenariats industriels et joint-ventures.

Le point d’orgue de cet événement a été la signature de l’acte fondateur du Tunisia-India Joint Business Forum. Cette nouvelle plateforme vise à pérenniser les liens entre les acteurs économiques des deux pays, à fluidifier les contacts et à stimuler l’émergence de projets inédits

La coopération existante offre déjà des exemples encourageants. Le développement de KPIT, acteur technologique indien présent en Tunisie dans les domaines de l’ingénierie, des technologies automobiles et de la mobilité, illustre notamment l’attractivité du pays en matière de talents, d’innovation et de services à forte valeur ajoutée. L’expérience de Tifert, active dans la transformation du phosphate, constitue également une référence industrielle importante dans les relations tuniso-indiennes.

Au-delà des rencontres institutionnelles, la réussite de cette dynamique se mesurera désormais à ses résultats : contrats, investissements, joint-ventures, transferts de technologie et nouveaux projets.

La mise en place de rencontres économiques régulières entre la Tunisie et l’Inde pourrait également assurer un meilleur suivi des engagements et inscrire cette coopération dans la durée.

Les rencontres B2B organisées durant cette mission ont mis en lumière de nouvelles perspectives dans des domaines clés tels que le numérique, l’automobile, la pharmacie, l’agroalimentaire, le textile, les énergies renouvelables et l’audiovisuel.

Interrogé sur la concrétisation de l’Acte de fondation du Tunisia–India Joint Business Forum, M. Berjeb a souligné que le marché indien représente un potentiel considérable. Au-delà de la consolidation de la présence tunisienne en Europe, le renforcement des relations avec l’Inde pourrait ouvrir de nouvelles perspectives et diversifier les débouchés pour les entreprises tunisiennes. Il a toutefois insisté sur la nécessité d’orienter cette coopération vers un véritable transfert de technologies et de savoir-faire, afin de créer davantage de valeur et de favoriser le développement des entreprises tunisiennes.

De son côté, M. Tebib a estimé que cette coopération permettrait non seulement à la Tunisie de diversifier ses marchés, mais également de renforcer son rôle de passerelle entre l’Inde et l’Afrique, en s’appuyant notamment sur les accords commerciaux et les opportunités offertes par les marchés africains.

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Sortir de la spirale des pénuries par le sursaut productif

21. August 2026 um 07:43

Jeudi 20 août, les Tunisiens ont une nouvelle fois fait l’expérience d’une crise, celle du carburant. Même si le calme a regagné les esprits au courant de l’après-midi, la mémoire encore vive des pénuries passées a réveillé les angoisses et provoqué un mouvement de panique.

 

Il est indéniable que les pénuries récurrentes d’électricité, d’eau potable, de médicaments ou encore de certaines denrées de base ne sont plus des accidents conjoncturels. Elles sont le symptôme visible d’un mal profond, celui de l’épuisement d’un modèle de gouvernance hérité, où la gestion des ressources publiques a trop souvent cédé le pas aux logiques clientélistes, à l’absence de vision stratégique et à une bureaucratie paralysante.

 

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Gouvernance à bout de souffle

Les infrastructures, mal entretenues et sous-investies, craquent sous le poids d’une demande croissante, tandis que la régulation des marchés, notamment alimentaires, souffre de dysfonctionnements chroniques qui favorisent la spéculation et la pénurie souvent artificielle. Ce n’est pas un concours de circonstances, mais bien le fruit d’années de choix myopes, où l’urgence a constamment pris le pas sur la planification à long terme.

Face à cette situation, la production et le travail constituent la seule thérapie durable face à ces crises. La Tunisie ne manque ni de potentiel agricole, ni de ressources humaines qualifiées, ni d’atouts géostratégiques. Pourtant, le tissu productif est asphyxié par une fiscalité lourde, un accès au crédit restrictif, une bureaucratie lourde et un manque de stabilité juridique et sociale.

 

Remèdes durables

Relancer la production nationale, qu’il s’agisse de l’agriculture, de l’industrie ou des services, permettrait non seulement de réduire la dépendance aux importations, mais aussi de créer des emplois, de reconstituer les réserves de change et de restaurer la confiance des investisseurs. Mais pour cela, il faut un choc de compétitivité et une refonte en profondeur de notre modèle économique, en passant par la numérisation, la simplification administrative et une politique industrielle clairement orientée vers l’exportation et la substitution aux importations. Sans un retour au travail comme valeur cardinale et à l’entreprise comme moteur de richesse, aucun plan d’austérité ni aucune aide extérieure ne viendront à bout de nos déséquilibres structurels.

Par ailleurs, l’investissement public, actuellement freiné par les contraintes budgétaires, est un levier essentiel pour créer un effet d’entraînement et redynamiser l’activité à court terme. Les signes récents de résilience, avec une croissance du PIB de 2,4 % au premier semestre 2026, restent fragiles et ne doivent pas masquer l’urgence des réformes structurelles.

 

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Un sursaut national pour sortir de l’impasse

Continuer à gérer la pénurie au jour le jour ne fera qu’aggraver la précarité. L’unique issue réside dans un sursaut national : refonder l’État sur la transparence, la responsabilité et l’efficacité, libérer les énergies productives par des réformes économiques audacieuses et mettre le travail et l’innovation au centre du projet de société.

Cela nécessite un consensus social et un leadership capable de dire la vérité aux citoyens et de les associer à un effort collectif. Les crises actuelles ne sont pas une fatalité, elles sont le révélateur d’un système à bout de souffle. La question n’est plus de savoir si la Tunisie peut changer, mais si elle en aura la volonté avant que le temps ne rende le choix impossible.

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René De Maximy | Rencontre autour d’une mémoire partagée

20. August 2026 um 10:43

Je n’avais pas prévu de rencontrer René De Maximy. Mais le hasard, parfois, emprunte les chemins du destin. Ce jour-là, à la librairie Île aux Mots, je pensais simplement découvrir un livre consacré à l’Algérie. Je ne savais pas encore que cette rencontre me conduirait jusqu’à l’Ehpad Résidence Rivoli, à Marseille, auprès d’un homme dont la mémoire, malgré les années et la maladie, porte encore les traces d’une histoire commune entre la France et l’Algérie.

Djamal Guettala, à Marseille.

Tout commence par un détail. Une femme tient un livre entre ses mains. Mon regard s’arrête sur la couverture : ‘‘Le cœur à contre-guerre. Grande Kabylie, mars 1960-mars 1962’’ (Éditions La Fontaine de Siloé, 1er décembre 2011). Un livre sur l’Algérie. Un livre consacré à une période dont les blessures et les interrogations demeurent, plus de soixante ans après. Je lui demande : «Qui a écrit ce livre ?» Sa réponse me surprend : «C’est mon mari.»

Cette femme s’appelle Marie-Christine de Maximy. À cet instant, l’ouvrage change de dimension. Il n’est plus seulement un témoignage sur une période de l’histoire. Il devient le lien vers un homme, un parcours et une mémoire.

Je veux en savoir davantage. Est-il encore vivant ? Est-il possible de le rencontrer ?

— Oui, il est vivant… mais il est à l’Ehpad Résidence Rivoli, à Marseille. Il a Alzheimer. Cette phrase aurait pu mettre fin à ma démarche. Elle produit l’effet inverse.

Derrière chaque livre, il y a une voix. Lorsque le temps commence à effacer les souvenirs, il devient peut-être encore plus urgent d’aller à la rencontre de celui qui les a confiés à l’écriture.

Je lui demande : «Le jour où vous irez le voir, puis-je vous accompagner ?» Elle accepte, en ajoutant avec prudence : «Je ne sais pas s’il pourra parler avec vous.»

Je décide pourtant d’y aller. Avec son livre entre les mains.

Un livre, une mémoire, une histoire

Publié en 2011 aux éditions La Fontaine de Siloé, ‘‘Le cœur à contre-guerre’’ est un témoignage singulier sur les dernières années de la guerre d’Algérie.

Dès les premières lignes, René De Maximy donne le ton : «J’ai 25 ans, en 1960, lorsque j’aborde en terre algérienne.»

Son récit n’est ni celui d’un militaire racontant une campagne, ni celui d’un acteur politique défendant une position. Il témoigne comme un jeune citoyen français appelé sous les drapeaux et envoyé en Algérie au moment où le conflit entre la France et le FLN entre dans une phase décisive.

Son regard est celui d’un homme qui découvre une réalité plus complexe que les discours officiels. Derrière les mots de «maintien de l’ordre», il perçoit une véritable guerre, avec ses violences, ses blessures et ses contradictions.

À son arrivée en 1960, le jeune appelé connaît déjà, par les journaux et les récits, la violence des années précédentes. Il sait également que le plan Challe et l’opération Jumelles, menée en Grande Kabylie, ont profondément affaibli les maquis du FLN.

L’Algérie semble alors, en apparence, sous le contrôle de l’armée française. Les combattants indépendantistes sont repoussés vers les frontières tunisienne et marocaine. Mais cette impression de pacification reste fragile. Dans les montagnes, les tensions demeurent.

C’est cette réalité que René De Maximy raconte avec sobriété. Son témoignage n’est pas une simple chronique militaire. Il constitue avant tout une réflexion sur la conscience individuelle face à la guerre. L’auteur évoque les violences commises de part et d’autre et affirme une exigence essentielle : le respect de la dignité humaine.

Le titre résume cette position intérieure : ‘‘Le cœur à contre-guerre’’. Comme si l’homme en lui résistait à la mécanique de la violence.

Djamal Guettala en visite à René De Maximy.

Quand le livre réveille la mémoire

Le jour de la rencontre, Marie-Christine de Maximy m’accompagne jusqu’à la chambre de son mari, à la Résidence Rivoli.

Je ne sais pas comment René De Maximy va réagir. Alzheimer est là, avec ses silences et ses absences. Mais certains objets ont parfois le pouvoir de faire ressurgir une part de soi que l’on croyait perdue.

Je me présente. Puis je lui montre son livre. Son regard change. Il reconnaît l’ouvrage. Et soudain, la parole revient. Il évoque la Kabylie, ses paysages, ses villages, les femmes kabyles, les embuscades, mais aussi les scènes de la vie quotidienne. La guerre n’est pas le seul sujet. Il parle également d’une terre et de rencontres.

La conversation avance naturellement, d’un souvenir précis à une anecdote plus légère. Derrière chaque phrase, une mémoire cherche à rester vivante.

Marie-Christine est étonnée. Elle qui craignait qu’il ne puisse plus échanger découvre un homme encore capable de raconter et de transmettre.

Ce jour-là, le livre devient un déclencheur. Un lien entre le passé et le présent.

L’homme derrière l’auteur

René De Maximy est né en 1935 à Craponne-sur-Arzon, en Haute-Loire. Géographe, il a été directeur de recherches émérite à l’Institut de recherche pour le développement (IRD).

Son parcours scientifique, consacré aux territoires et aux sociétés humaines, éclaire aussi son regard sur l’Algérie : une attention portée aux réalités humaines derrière les événements historiques.

René De Maximy est également écrivain. Son premier roman, ‘‘La Ferme des Neuf Chemins’’, révèle déjà un homme attentif au monde qui l’entoure, désireux d’observer et de comprendre.

Sa famille appartient elle aussi à plusieurs univers. Il est le frère de Jean De Maximy, artiste-peintre, et l’oncle d’Antoine de Maximy, connu notamment pour l’émission ‘‘J’irai dormir chez vous’’.

Recherche, art, écriture et voyage semblent ainsi se rejoindre autour d’une même volonté : aller vers l’autre.

Une rencontre qui dépasse le livre

Depuis cette première visite, je suis retourné plusieurs fois à la Résidence Rivoli. Ce qui devait être une rencontre autour d’un ouvrage est devenu un rendez-vous humain. Lors de ma deuxième visite, c’est lui qui m’interroge : «Comment va l’Algérie ?» Puis : «Comment êtes-vous venu ici ?» «Pourquoi habitez-vous Marseille ?»

Ses questions montrent que, malgré la maladie, sa curiosité pour l’autre demeure intacte.

Lors d’une visite plus récente, je le trouve plus triste. Son visage porte la fatigue. Mais dès que nous commençons à parler, quelque chose change. La conversation semble l’apaiser. Puis il me confie cette phrase : «Au moins, il y a quelqu’un qui sait que j’existe encore.»

Quelques mots qui disent beaucoup de la solitude et de ce besoin universel d’être reconnu.

À chaque fin de visite, il répète : «Merci, merci, merci d’être passé me voir.»

Alors je continuerai à venir aussi longtemps que cela sera possible. Avec du temps, des conversations, des souvenirs partagés. Et parfois quelques madeleines ou des gâteaux au chocolat.

Une mémoire qui défie l’oubli

À travers le parcours de René De Maximy, une autre manière de regarder une période majeure de notre histoire commune apparaît. Plus de soixante ans après, la guerre d’Algérie demeure une mémoire sensible, traversée de blessures et d’interrogations qui continuent d’habiter les deux rives de la Méditerranée.

L’intérêt de son témoignage tient aussi à cette volonté de replacer l’humain au centre. Derrière les grandes dates, les opérations militaires et les affrontements politiques, il y a toujours des destins individuels : des jeunes hommes appelés sous les drapeaux, des populations confrontées à la violence, des femmes et des hommes pris dans une période qui les dépasse.

Son livre ne simplifie rien. Il propose le regard d’un témoin qui a choisi de raconter son expérience avec lucidité et exigence morale.

René De Maximy ne se présente pas en héros. Il est simplement un homme qui a vécu un moment particulier de l’Histoire et qui a voulu transmettre ce qu’il avait vu et ressenti.

La mémoire ne prend véritablement sens que lorsqu’elle est transmise, lorsqu’elle circule entre les générations et permet de regarder le passé sans enfermer les peuples dans ses blessures.

Cette rencontre m’amène aujourd’hui à lancer un appel aux autorités culturelles de Marseille ainsi qu’à M. le maire. René De Maximy mérite un geste de reconnaissance. Pas nécessairement une grande cérémonie. Une simple visite suffirait. Quelques instants d’échange avec un homme qui a consacré sa vie à la recherche, à l’écriture et à la compréhension des sociétés humaines.

Marseille est une ville de mémoire et de culture, ouverte sur la Méditerranée, un lieu où les histoires de France et d’Algérie se rencontrent quotidiennement. Venir saluer René De Maximy à la Résidence Rivoli, c’est reconnaître le parcours d’un géographe, d’un chercheur, d’un écrivain et d’un témoin. C’est aussi rappeler que les hommages les plus précieux sont souvent ceux que l’on rend aux personnes de leur vivant. Parce qu’une reconnaissance tardive ne remplace jamais une présence. Parce qu’un simple échange peut parfois avoir une valeur immense.

René De Maximy a écrit ‘‘Le cœur à contre-guerre’’ pour que ses souvenirs ne disparaissent pas. Aujourd’hui, cette mémoire continue de vivre. Dans un livre. Dans une voix. Dans une rencontre. Et parfois, il suffit de pousser une porte, de s’asseoir quelques minutes et d’écouter.

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Conseil supérieur de l’éducation | Entre expertise pédagogique et efficience macroéconomique

20. August 2026 um 09:50

Le débat relancé ces derniers jours sur la gouvernance de l’école — opposant la légitimité des choix populaires à l’exigence d’une expertise à long terme — pose la bonne question, mais s’arrête au milieu du gué. Oui, les grandes nations éducatives ont sanctuarisé leur école contre les fluctuations politiques au profit des experts. Mais en Tunisie, le Conseil supérieur de l’éducation ne doit pas être une simple académie de réflexion pédagogique : il doit s’imposer comme une instance d’ingénierie macroéconomique et de souveraineté nationale.

Abdelwaheb Ben Moussa *

Face à l’érosion continue du modèle éducatif public, la réponse ne peut plus être purement administrative ou incantatoire. Pour restaurer la confiance et stopper la fuite des cerveaux, le Conseil supérieur de l’éducation doit articuler son action autour de trois ruptures stratégiques majeures.

Le premier rôle macroéconomique de cette instance est de traiter l’impact direct du déclin de l’école publique sur le budget des ménages. L’explosion du recours aux cours particuliers et au secteur privé constitue une véritable taxe de défaillance qui asphyxie la classe moyenne tunisienne.

Mobiliser l’ingénierie financière pour la modernisation des infrastructures

En sanctuarisant la qualité des enseignements au sein même de l’école publique, l’institution agit directement comme un bouclier de pouvoir d’achat. Chaque dinar économisé par les familles sur le soutien scolaire informel est un dinar restitué à la consommation et à l’épargne nationale.

On ne peut exiger des performances de premier plan mondial avec des infrastructures obsolètes. Attendre les seuls arbitrages du budget de l’État pour rénover l’école est une impasse financière.

Le Conseil supérieur de l’éducation doit devenir le catalyseur de nouveaux modèles de financement public-privé. En s’appuyant sur des mécanismes d’obligations à impact social, l’écosystème financier national peut être associé au financement de la numérisation et de la mise à niveau des établissements, en conditionnant l’investissement à des indicateurs mesurables de réussite.

L’intelligence artificielle et l’alignement sur les métiers de souveraineté

L’expertise prônée par les modèles les plus performants repose sur une capacité d’anticipation des compétences de demain. L’école publique doit rompre avec la reproduction des programmes du passé pour intégrer massivement les outils de l’intelligence artificielle et des sciences de la donnée dès le secondaire.

Il s’agit de transformer l’école publique en une usine à talents capables de porter la souveraineté numérique de la Tunisie, tout en créant un écosystème d’excellence capable de retenir nos ingénieurs et nos compétences sur le sol national.

La question n’est donc plus seulement de savoir qui décide du système éducatif, mais vers quel modèle de société nous orientons nos ressources. Le Conseil supérieur de l’éducation dispose d’une opportunité historique : dépasser le corporatisme pour devenir l’architecte du renouvellement du capital humain tunisien.

* Ingénieur informatique, cadre de banque.

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L’Allemagne face à une vague de faillites sans précédent

20. August 2026 um 08:32

L’économie allemande traverse «sa crise la plus profonde de l’après-guerre», a averti mardi 18 août 2026 la première fédération industrielle du pays, reprochant au gouvernement son inaction malgré une quatrième année consécutive de production industrielle en chute.

Habib Glenza, à Lodz.  

Longtemps considérée comme le modèle économique à suivre, l’Allemagne traverse aujourd’hui une crise d’une ampleur rarement observée depuis la Seconde Guerre mondiale. En 2025, plus de 17 600 entreprises ont déposé le bilan, un niveau inédit depuis plus de deux décennies, avec une accélération marquée ces derniers mois. Derrière ces chiffres, une réalité brutale : près de 48 entreprises ferment chaque jour. Ce phénomène ne concerne pas uniquement les petites structures, mais touche également des géants industriels, révélant un affaiblissement global du tissu économique. 

Le moteur économique de l’Europe en train de lâcher

Contrairement à un krach boursier brutal, la crise actuelle en Allemagne s’installe progressivement, rendant son impact encore plus dangereux. Les faillites augmentent mois après mois, affectant tous les secteurs clés, de l’industrie lourde à la construction. Ce caractère diffus empêche une réaction rapide des marchés et des gouvernements, laissant le temps aux déséquilibres de s’ancrer durablement.

Cette lente érosion du tissu économique est particulièrement préoccupante car elle pourrait contaminer l’ensemble de la zone euro. Dans ce climat d’incertitude prolongée, diversifier ses investissements devient vital, et l’achat d’or représente une valeur refuge fiable face aux crises systémiques qui s’installent dans la durée.

Le modèle allemand repose en grande partie sur le fameux «Mittelstand», un réseau dense de PME familiales, souvent très spécialisées et leaders mondiaux. Ces entreprises représentent plus de 99 % du tissu économique et emploient des millions de personnes. Pourtant, ce pilier historique montre aujourd’hui des signes de faiblesse inquiétants. La hausse des coûts, la baisse de la demande et les contraintes réglementaires pèsent lourdement sur leur rentabilité. Lorsque ce cœur industriel ralentit, c’est toute l’économie qui vacille. 

L’une des causes profondes : la rupture avec le gaz russe

Les sanctions de l’Union européenne (UE) contre la Russie, notamment la rupture avec le gaz russe bon marché. En boycottant l’achat du gaz russe, les politiciens de l’UE, en particulier les Allemands, les Anglais, et les Français, ont cru mettre à plat l’économie russe. Aujourd’hui, les sanctions imposées à la Russie se sont retournées contre toutes les économies des pays de l’UE, en particulier contre celle de l’Allemagne qui entraînera dans sa chute les autres économies de l’Europe          

Par ailleurs, la crise actuelle résulte d’une accumulation de facteurs structurels. La flambée des prix de l’énergie, notamment après la rupture avec le gaz russe, a multiplié les coûts de production. À cela s’ajoute la hausse rapide des taux d’intérêt, qui freine les investissements et alourdit le coût du crédit. La transition énergétique, bien que nécessaire, impose également des dépenses considérables aux entreprises. Enfin, le ralentissement du commerce mondial et le retour du protectionnisme, à l’instigation des Etats-Unis de Donald Trump, compliquent les exportations, pilier du modèle allemand. Face à ce cocktail toxique, il devient indispensable d’adopter une stratégie patrimoniale défensive, en intégrant par exemple l’or comme actif de protection contre les turbulences économiques

Ce que traverse l’Allemagne dépasse largement une simple récession conjoncturelle. Il s’agit d’une transformation structurelle profonde de son modèle économique. L’industrie, historiquement basée sur une énergie abondante et bon marché, doit désormais se réinventer dans un environnement plus contraignant et compétitif.

Parallèlement, le pays accuse un retard dans la digitalisation et les technologies émergentes comme l’intelligence artificielle. Cette double transition, énergétique et technologique, s’annonce longue, coûteuse et incertaine. Dans ce contexte, sécuriser une partie de son patrimoine avec de l’or tangible constitue une décision prudente et stratégique.

2026 : une année charnière aux perspectives incertaines             

Les prévisions économiques pour 2026 restent prudentes, avec une croissance faible et des faillites qui devraient continuer à augmenter, bien que plus lentement. Le pic de la crise pourrait être proche, mais ses effets s’inscriront dans la durée. De nombreuses entreprises envisagent déjà de délocaliser leur production vers des zones où les coûts sont plus compétitifs, notamment aux États-Unis ou en Europe de l’Est. Cette recomposition industrielle aura des conséquences majeures sur l’emploi et la stabilité économique du continent européen. 

Investir en Allemagne en 2026 nécessite une approche sélective et stratégique. Miser sur l’ensemble du marché peut s’avérer risqué, notamment en raison de l’exposition à des secteurs en difficulté comme l’automobile ou la chimie. En revanche, certaines niches, notamment dans les technologies industrielles avancées ou l’efficacité énergétique, peuvent encore offrir des opportunités intéressantes à long terme.

Toutefois, dans un environnement aussi incertain, il est essentiel de diversifier ses placements et de ne pas dépendre uniquement des marchés financiers traditionnels. 

La situation actuelle en Allemagne agit comme un signal d’alerte pour l’ensemble de l’économie européenne. Ce qui était autrefois un modèle de stabilité devient aujourd’hui un terrain d’incertitudes. Entre transition énergétique, mutation industrielle et tensions géopolitiques, les défis sont nombreux et les solutions encore floues. Pour les investisseurs, l’heure n’est plus à l’improvisation mais à la prudence et à l’anticipation. 

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L’extrême droite mondiale, grande amie d’Israël !

20. August 2026 um 08:00

Israël est devenu une entité sulfureuse au sein de la communauté internationale et c’est pour cette raison que le gouvernement du Premier ministre génocidaire Benjamin Netanyahu s’est tourné vers l’extrême droite mondiale où il semble trouver de bons amis surtout parmi les nouveaux dirigeants latino-américains qui sont issus de cette tendance. (Photo : Le président argentin Javier Milei devant le Mur des Lamentations à Jérusalem, le 6 février 2026).

Imed Bahri

Jadis, continent de l’anti-impérialisme et de la libération des peuples, l’Amérique latine est devenue celui du trumpisme et du soutien au sionisme. Avec les nouveaux présidents en place, le continent de Simon Bolivar est devenu celui du soutien à l’idéologie criminelle de Theodor Herzl. Concernant l’Europe, le ministre israélien des Affaires étrangères a chargé les diplomates israéliens d’établir des contacts avec le Rassemblement national français, le parti d’extrême droite espagnol Vox et le parti d’extrême droite des Démocrates de Suède.

Dans le magazine américain The New Yorker, Ishaan Tharoor affirme que le déclin de l’influence internationale d’Israël l’a conduit à rechercher des alliés au sein de l’extrême droite mondiale. Il évoque l’investiture du nouveau président d’extrême droite colombien Abelardo de la Espriella qui a réuni un parterre de ses alliés idéologiques venus de toute la région. Étaient présents à la cérémonie, qui s’est tenue le vendredi 7 août 2026 à Cali, dans le sud-ouest du pays, les présidents argentin Javier Milei, équatorien Daniel Noboa et chilien José Antonio Kast. Leurs victoires électorales, conjuguées au succès de de la Espriella en juin et aux triomphes de la droite au Pérou et en Bolivie, semblent confirmer un changement plus profond dans la politique latino-américaine.

La délégation américaine était dirigée par Todd Blanche, ancien avocat personnel du président Donald Trump, qui attendait encore sa confirmation au poste de procureur général des États-Unis.

Âge d’or dans les relations entre la Colombie et Israël

Parmi les autres personnalités présentes figurait le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Sa’ar, venu en Colombie dans le cadre d’une mission plus large visant à consolider le soutien à son pays. Ses espoirs n’ont pas été déçus, puisque, le lundi 10 août, de la Espriella s’est engagé à transférer l’ambassade de Colombie à Jérusalem et a reconnu la souveraineté israélienne sur le Golan.

Cette dernière décision, l’un des premiers actes du nouveau président colombien dès son entrée en fonction, a fait de la Colombie le seul pays au monde, outre les États-Unis, à considérer ce territoire annexé comme faisant partie d’Israël. Le nouveau gouvernement colombien prévoit également de retirer son soutien à la plainte pour génocide déposée par l’Afrique du Sud contre Israël devant la Cour internationale de Justice.

Cette politique pro-israélienne de Abelardo de la Espriella est aux antipodes de celle de son prédécesseur Gustavo Petro dit Aureliano qui avait rompu les relations diplomatiques avec Israël le 2 mai 2024 et qui avait accusé Netanyahu de perpétrer un génocide à Gaza. Les positions de Petro étaient plus affirmées que celles de plusieurs États du Moyen-Orient ce qui a fait de lui une personnalité très appréciée par les peuples des pays arabes.

Dans une déclaration du 10 août, Sa’ar a qualifié la reconnaissance de la souveraineté israélienne sur le Golan d’acte de soutien «historique» à Israël. Après avoir rencontré de la Espriella la veille de l’investiture, Saar a salué un «nouvel âge d’or dans les relations entre la Colombie et Israël».

Pour Sa’ar, il s’agissait d’un changement bienvenu pour Israël, qui menait une campagne diplomatique publique sur plusieurs fronts, notamment auprès des États-Unis. Ishaan Tharoor considère qu’une grande partie de la bienveillance et de la sympathie manifestées envers Israël après le 7 octobre 2023 s’est dissipée. Le mécontentement envers le gouvernement Netanyahu et le bilan dévastateur de sa guerre à Gaza ainsi que la poursuite des attaques de colons contre les Palestiniens en Cisjordanie ont également influencé les résultats de certaines primaires américaines.

Deux Américains sur trois ont une opinion négative du gouvernement Netanyahu

Plusieurs sondages réalisés au début de l’été ont révélé que près des deux tiers des Américains interrogés ont une opinion négative du gouvernement Netanyahu, tandis qu’un autre sondage a montré qu’une majorité d’Américains souhaitent réduire, voire supprimer, l’aide militaire à Israël. Certains candidats démocrates aux prochaines élections de mi-mandat ont ouvertement qualifié les actions d’Israël de génocide, reflétant une opinion désormais partagée par une part importante de l’électorat démocrate.

Les tensions ne se limitent pas aux Démocrates, même les Républicains sont divisés. Le mois dernier, le vice-président J.D. Vance a critiqué des personnalités de l’establishment israélien, les accusant de «manipuler et de tenter d’influencer l’opinion publique américaine en faveur de la poursuite de la guerre contre l’Iran».

Déclin de l’image d’Israël auprès de l’opinion internationale

L’ambassadeur d’Israël à Washington Yechiel Leiter a balayé d’un revers de main les allégations de tensions dans les relations américano-israéliennes lorsqu’il a été interrogé en juillet lors d’un événement organisé par le Council on Foreign Relations à Washington. Il a affirmé n’avoir constaté «pas la moindre hostilité envers Israël» après «des dizaines de rencontres avec M. Vance». Il a attribué le déclin de l’image d’Israël auprès de l’opinion publique internationale à une jeune génération trop influencée par les réseaux sociaux, réfutant l’idée qu’Israël soit seul dans cette situation. Il a souligné le renforcement des liens de défense avec l’Inde et l’étroite coopération avec les Émirats arabes unis et l’Azerbaïdjan, déclarant : «Nous avons beaucoup d’amis».

Cependant, le nombre de détracteurs d’Israël a indéniablement augmenté. Une enquête du Pew Research Center sur l’opinion publique concernant Israël dans 35 autres pays a révélé une attitude largement négative à l’égard du pays. Si divers gouvernements ont tenté d’imposer des sanctions à Israël, notamment par des mesures symboliques, des pays comme le Brésil et l’Afrique du Sud ont rappelé leurs ambassadeurs, et l’Espagne et la Norvège ont reconnu l’État palestinien exhortant leurs partenaires européens à renforcer les sanctions contre les entités de colonisation israéliennes et à reconsidérer les accords existants avec Israël.

D’autres, notamment la coalition du Sud global connue sous le nom de Groupe de La Haye, ont appelé à un embargo immédiat sur les armes et à l’application des décisions de la Cour pénale internationale. Ils ont également condamné, à chaque occasion, les violations du droit international commises par Israël ainsi que l’hypocrisie des États-Unis qui protègent Israël de toute responsabilité et lui fournissent une aide militaire.

Alors que Netanyahu et ses alliés rejettent les critiques comme une manifestation d’antisémitisme profondément enraciné et présentent des institutions telles que les Nations Unies comme irrémédiablement partiales, ils ont lancé des attaques virulentes sur les réseaux sociaux contre plusieurs dirigeants étrangers, y compris des centristes prétendument pro-israéliens comme le président français Emmanuel Macron, qui a irrité Netanyahu en tentant de relancer l’intérêt international pour la solution à deux États, actuellement au point mort, entre Israéliens et Palestiniens.

Traditionnellement, Israël a évité tout dialogue formel avec les partis d’extrême droite européens, dont beaucoup puisent leurs racines dans les mouvements néofascistes apparus après la Seconde Guerre mondiale. Cependant, l’année dernière, Sa’ar a chargé les diplomates israéliens d’établir des contacts avec le Rassemblement national français, le parti d’extrême droite espagnol Vox et le parti d’extrême droite des Démocrates de Suède, tous porteurs de positions fortement antimusulmanes.

Ainsi, la plus grande solidarité affichée par les dirigeants israéliens actuels avec les nationalistes européens plutôt qu’avec l’establishment politique du continent constitue un étrange paradoxe. Le mois dernier, des membres du Likoud de Netanyahu dont Sa’ar et le ministre de la Défense Israel Katz ont reçu le leader d’extrême droite néerlandais Geert Wilders. Ce dernier avait publié une photo de lui en train de manger des falafels à Jérusalem et visité une colonie illégale de Cisjordanie en compagnie d’un important responsable d’une colonie contre lequel le Parlement néerlandais avait adopté une résolution demandant des sanctions de l’Union européenne (UE). Sa’ar a décrit Wilders comme «un leader courageux et un véritable ami d’Israël».

Selon Tharoor, Israël est devenu une source de profonde polarisation politique en Amérique latine. La gauche continue d’invoquer le passé de la Guerre froide et le soutien apporté par Israël à plusieurs dictatures militaires alliées aux États-Unis, tandis que la droite perçoit la question palestinienne et les groupes armés comme le Hamas et le Hezbollah –liés aux attentats terroristes meurtriers en Argentine– de la même manière qu’elle perçoit les anarchistes d’extrême gauche qu’elle a longtemps cherché à réprimer.

Cette divergence engendre des politiques étrangères contradictoires. En décembre dernier, le nouveau gouvernement de droite bolivien a rétabli les relations diplomatiques avec Israël, rompues par les précédents gouvernements de gauche. Le président chilien José Antonio Kast, entré en fonction en mars et admirateur de l’ancien dictateur Augusto Pinochet, a nommé l’ambassadeur de son pays en Israël, remplaçant celui rappelé deux ans plus tôt par son prédécesseur de centre-gauche.

Milei «fier d’être le président le plus sioniste au monde»

Le président argentin Javier Milei s’est rendu en Israël à trois reprises depuis son entrée en fonction en 2023 et, plus tôt cette année, il a reçu à Jérusalem la Médaille présidentielle d’honneur, la plus haute distinction civile du pays. En mars, lors d’un discours prononcé à l’université Yeshiva de New York, Milei a déclaré être «fier d’être le président le plus sioniste au monde». Un mois plus tard, lui et Netanyahu ont annoncé le lancement des «Accords d’Isaac», un cadre d’accords aux contours flous visant à renforcer les liens entre Israël et l’Amérique latine, inspiré des Accords d’Abraham conclus sous l’égide de Trump entre Israël et quelques États arabes. 

Ces deux dernières années, plusieurs personnalités politiques latino-américaines de droite se sont rendues au Mur des Lamentations à Jérusalem, notamment Javier Milei mais aussi Flavio Bolsonaro, fils de l’ancien président brésilien emprisonné Jair Bolsonaro.

Le sénateur Flavio Bolsonaro est candidat à la présidentielle d’octobre. S’il bat le président sortant de gauche Luiz Inácio Ferreira da Silva dit Lula qui a provoqué la colère des autorités israéliennes en comparant la guerre à Gaza à l’Holocauste, il s’est engagé à suivre l’exemple de certains de ses voisins et à transférer l’ambassade du Brésil à Jérusalem.

L’auteur estime que plusieurs facteurs sous-tendent ces agendas, notamment la montée du christianisme évangélique en Amérique latine, qui a renforcé l’engagement de la droite envers Israël. Jair et Flavio Bolsonaro sont de confession évangélique quant à Javier Milei, il ne l’est pas, il est officiellement catholique mais exprime une fascination marquée pour le judaïsme et déclarant «spirituellement juif». Il a été très critique du défunt Pape François, argentin, et de son pontificat. Les positions humanistes du Pape François ont souvent agacé les dirigeants populistes et nationalistes.

Un autre élément rapproche Israël et les nouveaux dirigeants populistes de l’Amérique latine. Oliver Stuenkel, chercheur principal brésilien-allemand au Carnegie Endowment for International Peace, souligne que le rejet par Israël des Nations Unies, de la Cour pénale internationale et d’autres composantes de l’ordre international s’inscrit dans la politique de la nouvelle droite latino-américaine. Il a déclaré : «Le soutien à Israël est un élément important d’une critique plus large du multilatéralisme. Et puis, bien sûr, il y a Donald Trump!»

«Si vous êtes président d’un pays d’Amérique latine et que vous souhaitez que les États-Unis vous soutiennent dans la lutte contre le crime organisé, le développement de la coopération en matière de sécurité et l’accès aux renseignements et aux armes américaines, ou si vous souhaitez avoir davantage de poids pour faire annuler certains des droits de douane imposés par les États-Unis aux pays d’Amérique latine alors adopter une rhétorique pro-israélienne pourrait être un moyen relativement peu coûteux d’être perçu comme un allié par l’administration Trump», a expliqué Stuenkel.

Netanyahu lui-même doit affronter des élections en octobre. Les responsables de l’opposition soutiennent que le renversement de son gouvernement est indispensable pour restaurer l’image d’Israël et qu’une politique étrangère post-Netanyahu ne s’impliquera pas dans les querelles partisanes d’autres pays. «Les relations extérieures d’Israël n’ont jamais été à un niveau aussi bas», a déclaré le mois dernier l’ancien Premier ministre Yaïr Lapid lors d’un sommet sur la sécurité en Israël. Il a toutefois exprimé l’espoir que «le monde comprenne que le problème d’Israël ne vient pas du pays lui-même mais de son gouvernement»

Alon Pinkas, ancien diplomate israélien et conseiller en politique étrangère de Shimon Peres et de l’ancien Premier ministre Ehud Barak, se montre plus sceptique. «Depuis plus de quinze ans, Netanyahu a détruit l’image de marque et la valeur intrinsèque d’Israël. Sa politique, sa démagogie et sa servilité envers tous les autocrates ont non seulement dévalorisé Israël mais constituent une mutation toxique du sionisme. Les dommages et la dégradation qu’ils ont infligés à l’image d’Israël pourraient être irréparables», a-t-il déclaré.

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Tunisie | Le Plan de développement 2026-2030, entre rêves et réalités

19. August 2026 um 09:16


Un plan de développement ne se mesure pas à la valeur des projets inscrits dans un document, mais à la capacité de les financer, de les réaliser et surtout de les rentabiliser économiquement et socialement.
** Explications…  

Dr. Sadok Zerelli

Le Plan de développement économique et social 2026-2030, adopté par l’Assemblée le 10 juillet 2026, est une tentative louable de mettre fin à une très mauvaise pratique de politique économique, qui dure depuis la Révolution de 2011, et qui est à mon avis la première responsable du marasme économique le pays connaît depuis des années, à savoir, le pilotage à vue de l’économie nationale.

Je dis bien une tentative et non pas une stratégie de développement économique et social cohérente et réaliste susceptible de relancer la croissance économique, corriger les déséquilibres structurels de notre économie, absorber le chômage massif et améliorer le niveau de vie de la population à l’horizon de ce Plan, à savoir 2030.

En effet, un examen approfondi des hypothèses sur lesquelles repose ce document stratégique, les objectifs quantitatifs et qualitatifs qu’il se fixe et les moyens qu’il met en face pour les atteindre, laissent perplexe un vieil enseignant universitaire de macroéconomie comme moi.

Un plan ambitieux qui n’a pas les moyens de son ambition

Le Plan vise une croissance annuelle moyenne de 4,2 %, contre environ 2,4 % réalisés durant le quinquennat précédent, avec l’ambition d’atteindre même 5,1 % en 2030, selon les projections présentées.

Lorsqu’on sait que durant la période 2023-2025 et selon les chiffres officiels publiés par l’INS, la croissance de l’économie tunisienne n’a été que d’environ 1,5 % par an, que celle réalisée en 2025 n’a pas dépassé 2,5% et que celle attendue pour 2026 ne dépassera pas 2,1%, selon le FMI et la BAD, alors que le gouvernent Tunisien tablait sur 3,3%, on est en droit de se demander si les auteurs de ce Plan ne rêvent pas.

Parmi les autres objectifs dont le réalisme laisse à désirer, figurent notamment :

– un montant global d’investissement d’environ 101,8 milliards de dinars ;

– la création de 21 100 projets et programmes ;

– la réduction progressive du déficit budgétaire à environ 3 % du PIB ;

– la baisse de la dette publique pour la ramener à 80 % du PIB.

Ces objectifs, très ambitieux, traduisent certes une volonté légitime de rupture avec les déséquilibres accumulés au cours des dernières décennies. Mais une question fondamentale demeure : la Tunisie dispose-t-elle des ressources financières, humaines, institutionnelles et technologiques nécessaires pour transformer ces ambitions en résultats concrets ?

Les points forts du Plan

L’un des principaux mérites du nouveau Plan réside dans la volonté de remettre en question un modèle de développement qui n’a pas permis de réduire suffisamment les disparités régionales, de créer suffisamment d’emplois qualifiés ou de stimuler durablement l’investissement.

Un deuxième mérite de ce Plan est qu’il adopte une démarche dite ascendante, partant du niveau local et régional pour remonter vers le niveau national. Cette approche cherche à donner davantage de poids aux besoins exprimés par les territoires et les collectivités. Cette évolution est importante, la Tunisie ayant longtemps souffert d’une concentration des activités économiques et des investissements dans le Grand Tunis et les principales zones côtières. Une politique de développement territorial mieux équilibrée pourrait en effet favoriser l’émergence de nouveaux pôles économiques à l’intérieur du pays.

Un troisième mérite de ce Plan est qu’il vise également à renforcer la souveraineté économique du pays, à valoriser davantage les ressources nationales et à réduire certaines dépendances extérieures.

Cette orientation est particulièrement pertinente dans un contexte international marqué par les crises énergétiques, les perturbations des chaînes d’approvisionnement et les tensions géopolitiques.

Un quatrième mérite et non des moindres est que le financement de ce Plan ne repose pas exclusivement sur le budget de l’État. Selon les données publiées, celui-ci devrait assurer environ 61,8 milliards de dinars, soit 61 % du financement, tandis que les entreprises et établissements publics devraient contribuer à hauteur d’environ 32 milliards de dinars. Cette diversification est positive en principe. Elle permettrait de limiter la pression exercée directement sur le budget de l’État.

Les faiblesses et les risques

La première interrogation concerne la capacité réelle de financement. En effet, La Tunisie demeure confrontée à des contraintes budgétaires importantes et à un niveau élevé d’endettement (84% du PIB, selon les dernières statistiques publiées par la BCT). Dans ces conditions, financer plus de 100 milliards de dinars d’investissements en cinq ans représente un défi considérable. Le risque est de voir apparaître un décalage entre les crédits annoncés et les crédits effectivement disponibles.

Un plan de développement ne se mesure pas à la valeur des projets inscrits dans un document, mais à la capacité de les financer, de les réaliser et surtout de les rentabiliser économiquement et socialement.

Ce risque d’incapacité de financement est d’autant plus à prendre au sérieux, que le rôle attribué par ce Plan au secteur privé demeure très insuffisant. C’est probablement l’une des lacunes majeures de ce Plan, car une croissance de 4,2 % par an ne pourra difficilement être obtenue uniquement grâce à l’investissement public. Une croissance durable nécessite une forte mobilisation de l’investissement privé, national et étranger.

Or l’environnement des affaires tunisien demeure marqué par la bureaucratie, la complexité réglementaire, la lenteur administrative et une certaine incertitude pour les investisseurs.

Enfin et peut-être que c’est le talon d’Achille de ce Plan, c’est la capacité de l’administration à réaliser et superviser simultanément plus de 21 000 projets.

Le problème de la Tunisie n’a jamais été uniquement l’absence de projets. Il réside également dans les délais d’exécution, les procédures administratives, les problèmes fonciers, les appels d’offres, les études techniques et la coordination entre administrations.

Les données disponibles montrent d’ailleurs l’ampleur de la sélection opérée : les conseils locaux, régionaux et de districts avaient proposé 40 748 projets, avant que le processus de sélection ne ramène le portefeuille à 6 467 projets en cours et 14 624 nouveaux projets.

Quant à l’objectif de réaliser 4,2 % de croissance annuelle, pour être honnête, cet objectif n’est pas irréaliste en soi, car la Tunisie dispose d’atouts importants : proximité de l’Europe, capital humain relativement élevé, infrastructures existantes, potentiel touristique, agriculture, industries exportatrices, services numériques et potentiel considérable en matière d’énergies renouvelables en construction.

Mais atteindre durablement 4,2 % supposerait une nette amélioration de la productivité et de l’investissement.

La question n’est donc pas de savoir si 4,2 % est mathématiquement possible. Elle est de savoir quelles transformations structurelles permettront de passer d’une croissance faible et irrégulière à une croissance durable supérieure à 4 %.

La Tunisie a besoin d’investir davantage dans les infrastructures, certes. Mais elle doit surtout investir dans la productivité.

Cela signifie :

– améliorer la qualité de l’éducation et de la formation professionnelle ;

– rapprocher la formation des besoins des entreprises ;

– accélérer la transformation numérique ;

– soutenir les PME et les entreprises innovantes ;

– faciliter l’accès au financement ;

– simplifier radicalement les procédures administratives ;

– développer les exportations ;

– attirer davantage d’investissements étrangers ;

– valoriser les ressources énergétiques renouvelables ;

– moderniser les entreprises publiques ;

– améliorer la gouvernance des projets publics, etc.

Conclusion

Sans réforme de la productivité, de l’administration, de l’éducation, de la fiscalité et du financement des entreprises, les objectifs très ambitieux de ce Plan risquent de rester des rêves difficiles à réaliser.

En particulier, sans une véritable amélioration du climat des affaires, l’objectif de croissance de 4,2% en moyenne par an risque de rester des chiffres sur du papier, comme le sont d’ailleurs restés les projections tout aussi ambitieuses des précédents plans de développement qui s’apparentent beaucoup plus à des wishful thinking qu’à des objectifs réalistes et réalisables.

Le véritable indicateur du succès de ce Plan ne sera donc pas le nombre de projets qui seront inaugurés, mais leur capacité à produire de la richesse, créer des emplois et augmenter durablement la productivité.

Pour cela, il est impératif de changer le rôle de l’État qui devrait passer de celui de producteur direct à celui de stratège, régulateur, investisseur dans les infrastructures et garant de l’équité territoriale et de la justice sociale.

Comme pratiquement dans tous mes articles, je reviens toujours à la politique, même après des analyses économiques très approfondies, car comme je l’ai déjà indiqué, le nom originel de l’«économie» en tant que discipline universitaire, était jusqu’aux années 1950, «économie politique».

* Economiste universitaire et consultant international.

** Avant de faire des projections irréalistes pour le Plan de développement 2026-2030 avec des ambitions irréalisables, on aurait été mieux inspiré de réaliser préalablement une étude sur les obstacles qui ont empêché la réalisation des projections, tout aussi irréalistes, du Plan de développement 2023-2025, rapidement enterré. Beaucoup de parlote, trop de paperasses, peu de réalisations… (NDLR).

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Les monarchies du Golfe face à un Iran «vainqueur»

19. August 2026 um 08:05

Une «victoire» iranienne dans la guerre contre les Etats-Unis serait une démonstration que l’on peut défier la première puissance mondiale, encaisser ses frappes, perdre son Guide suprême, et demeurer debout. Pour les monarchies du Golfe, cette démonstration-là vaudrait toutes les défaites, et imposent d’avoir une stratégie pour vivre à côté d’un Iran vainqueur de la première puissance mondiale. Ce qui se joue au-delà de l’avenir du Golfe, c’est la crédibilité des alliances américaines, la sécurité énergétique mondiale, le destin du pétrodollar, la place de la Chine et, peut-être, la forme même du premier véritable ordre post-américain du XXI siècle.

Yahya Ould Amar *

Les grandes ruptures de l’histoire ont ceci de commun qu’elles furent, la veille encore, jugées impossibles. La chute de Saïgon, celle du Mur de Berlin, le retrait américain de Kaboul, à chaque fois, l’ordre établi semblait éternel jusqu’à l’instant où il cessa de l’être. Les Etats sérieux doivent toujours anticiper ce qu’ils feraient si l’impensable advient.

Posons donc l’hypothèse si l’Iran, au terme de la guerre qui l’oppose aux États-Unis et à Israël depuis février 2026, sortait «vainqueur» ? L’Iran est vainqueur s’il reste debout et ne perd pas ou reconstitue ses programmes balistique et nucléaire en gardant sa capacité de nuisance démontrée sur le détroit d’Ormuz — face à une Amérique qui, lassée du coût, de l’enlisement et de l’impopularité intérieure, se retire sans avoir obtenu la capitulation qu’elle exigeait.

La victoire iranienne est une démonstration que l’on peut défier la première puissance mondiale, encaisser ses frappes, perdre son Guide suprême, et demeurer debout.

Pour les monarchies du Golfe, cette démonstration-là vaudrait toutes les défaites, et impose d’avoir une stratégie pour vivre à côté d’un Iran vainqueur de la première puissance mondiale. Ce qui se joue au-delà de l’avenir du Golfe, c’est la crédibilité des alliances américaines, la sécurité énergétique mondiale, le destin du pétrodollar, la place de la Chine et, peut-être, la forme même du premier véritable ordre post-américain du XXIᵉ siècle.

Depuis le pacte scellé en 1945 sur le croiseur Quincy entre Roosevelt et Ibn Saoud, l’architecture de sécurité du Golfe repose sur une équation , celle du pétrole contre la protection. Cette équation s’est fissurée bien avant 2026. Les frappes sur Abqaiq en 2019, restées sans riposte américaine, avaient déjà enseigné à Riyad que le parapluie fuyait. Le retrait d’Afghanistan avait montré que l’Amérique savait partir. La guerre actuelle — où les capitales du Golfe elles-mêmes ont été touchées par les salves iraniennes précisément parce qu’elles abritent des bases américaines — a transformé le doute en certitude que la protection américaine est inexistante et devenue un facteur de risque.

Un retrait américain consommerait trois faillites simultanées

La faillite du garant. Une garantie de sécurité ne vaut que par la croyance qu’on lui accorde. Un Iran vainqueur détruirait cette croyance, dans le Golfe et de Taipei à Varsovie. Les monarchies du Golfe découvrent qu’elles ont financé pendant des décennies, à coups de centaines de milliards d’achats d’armements quasiment inutiles, une assurance dont le sinistre révèle qu’elle ne couvrait rien.

La faillite du modèle économique régional incarné par la Vision 2030 saoudienne, la diversification émiratie, et le hub qatari. Tous ces projets présupposent une chose que nul ne songeait à écrire tant elle allait de soi — la paix.  Aujourd’hui après le défaut de la protection américaine, on sait que, désormais, rien ne pourrait se construire sous la menace des drones. Les fonds souverains peuvent absorber un choc pétrolier ; ils ne peuvent pas absorber la fuite durable du capital humain expatrié, qui est la véritable matière première des économies post-pétrolières du Golfe. Un Iran vainqueur, maître du tempo sur Ormuz, détiendrait un droit de veto permanent sur le développement de ses voisins.

La faillite démographique et confessionnelle, avec un Bahreïn à majorité chiite, la province orientale saoudienne — celle-là même où gît le pétrole et vit la communauté chiite —, la communauté chiite du Koweït, la victoire de Téhéran réactiverait des lignes de faille internes que des décennies de prudence avaient assoupies. La subversion redeviendrait moins coûteuse que la guerre, et infiniment plus difficile à dissuader.

Le dilemme du survivant : trois stratégies pour un monde sans garant

Les monarchies du Golfe ne peuvent envisager une autonomie stratégique. En effet cette dernière repose partout et toujours sur trois socles — la science, le nombre, l’usine — et les monarchies n’en possèdent aucun.

Le socle scientifique d’abord, une dissuasion se conçoit avant de se fabriquer. Elle suppose des générations de physiciens, de chimistes, de métallurgistes, un tissu de recherche fondamentale patiemment sédimenté. La bombe pakistanaise elle-même, si pauvre que fût le pays, sortit de décennies de formation d’ingénieurs. Les monarchies, elles, achètent la technologie, elles ne la produisent pas — universités récentes, brevets rares, laboratoires peuplés de chercheurs sous contrat qui repartiront comme ils sont venus. Un État qui importe ses savants importe aussi leur loyauté, et nul ne bâtit un secret d’État sur des visas de travail.

Le socle démographique ensuite. L’Arabie saoudite aligne une vingtaine de millions de citoyens, les Émirats un million à peine sur dix millions d’habitants, le Qatar moins encore. Ces sociétés sous-peuplées, où le national est parfois minoritaire sur son propre sol, ne peuvent ni lever des armées de masse, ni encaisser des pertes, ni militariser leur économie sans la confier à d’autres. Leurs forces reposent déjà sur des techniciens étrangers jusque dans les cockpits et les salles de maintenance. On ne fait pas la guerre en profondeur avec une démographie de comptoir.

Le socle industriel enfin, une industrie d’armement est le sommet d’une pyramide — machine-outil, métallurgie fine, chimie, électronique, réseaux de sous-traitants. Les économies rentières du Golfe n’ont pas construit la base et prétendent ériger le sommet. Même la bombe achetée n’y changerait rien. Une dissuasion louée obéit à son bailleur — la dépendance migrerait de Washington vers Islamabad sans s’abolir. Et la géographie achève l’argument.

Face à ce paysage, les monarchies disposeraient de trois stratégies qui ne s’excluent pas et qui peuvent se combiner. Mais chacune a son prix.

La première est la finlandisation négociée. La Finlande de la guerre froide avait compris qu’on ne déménage pas sa géographie, elle acheta sa liberté intérieure au prix d’une déférence extérieure envers Moscou. La version des monarchies existe déjà, c’est la politique d’Oman depuis un demi-siècle, c’est la reprise du dialogue saoudo-iranien parrainée par Pékin en 2023. Poussée à son terme, elle signifierait un démantèlement des bases américaines, une exigence que Téhéran a déjà formulée – neutralité proclamée dans les conflits impliquant l’Iran, coopération économique en gage de bonne volonté. En contrepartie, la fin des actes de guerre iraniens contre les monarchies du Golfe. C’est la stratégie du roseau. Son prix est la souveraineté diplomatique ; son gain, la survie du modèle économique. Pour des régimes dont la légitimité repose sur la prospérité plus que sur la puissance, le calcul n’est pas absurde.

La deuxième consiste à remplacer un garant défaillant par un portefeuille de garants. C’est la voie déjà engagée, et la plus conforme au génie marchand du Golfe, ne plus dépendre d’un protecteur unique, mais diversifier la sécurité comme on diversifie un portefeuille de fournisseurs. La Chine, premier client du pétrole du Golfe et de l’Iran, a un intérêt existentiel à la libre circulation dans Ormuz. Elle est le seul acteur que Téhéran ne peut se permettre d’étrangler. Le pacte de défense saoudo-pakistanais a déjà esquissé l’adossement à une puissance nucléaire musulmane, mais la dissuasion élargie ne vaut que ce que vaut son garant — Islamabad, qui calibre son arsenal contre l’Inde et survit sous perfusion financière, ne sacrifiera jamais Karachi pour sauver Riyad, et une garantie à laquelle l’adversaire ne croit pas ne protège personne. La Turquie vend ses drones et son savoir-faire, l’Inde sa marine et son marché, la France et la Corée leurs armements sans conditionnalité politique. Israël, enfin, garant paradoxal — le seul qu’on n’ait pas à payer, car contenir l’Iran relève pour lui de la survie et non du service rendu.

Aucun de ces acteurs ne remplacera la Ve flotte américaine ; ensemble, ils tissent un filet de dissuasion diffuse — pas la certitude d’une riposte à une éventuelle agression, mais la certitude, pour l’agresseur, de se fâcher avec tout le monde à la fois. Le prix de cette stratégie est sa lenteur et son ambiguïté ; son gain, l’irréversibilité, un portefeuille ne se retire pas d’un coup, contrairement à un protecteur.La troisième est l’interdépendance.

Reste l’arme du capital. Quatre mille milliards de dollars de fonds souverains ne dissuadent pas un missile, mais ils achètent des intérêts. Investir massivement en Iran même — dans son économie exsangue, ses infrastructures détruites, sa reconstruction inévitable — serait le judo stratégique ultime en transformant le vainqueur en débiteur, faire de la prospérité iranienne un otage de la paix régionale. Une communauté de l’énergie, de l’eau et des infrastructures incluant l’Iran est l’idée la plus contre-intuitive et peut-être la plus féconde. Son prix est un courage politique dont l’histoire offre peu d’exemples. Son gain est la seule paix qui dure, c’est-à-dire celle qui rapporte.

La variable israélienne

Le paradoxe d’une victoire iranienne est qu’elle ferait d’Israël un vaincu stratégique — supérieur sur le champ de bataille, orphelin sur le seul théâtre qui compte, celui de la garantie américaine.

Toute la doctrine israélienne depuis Ben Gourion repose sur deux piliers, la supériorité militaire qualitative et l’adossement à une grande puissance. Un retrait américain sur fond d’échec briserait le second et, à terme, éroderait le premier, car la supériorité qualitative est elle-même fille du réapprovisionnement, du renseignement et du veto américains.

Israël se retrouverait dans la situation qu’il redoute depuis 1948 : seul face à son environnement. Sa réponse la plus probable, à moins d’un accord de paix sur les territoires occupés, serait la fuite en avant. Frappes préventives unilatérales et récurrentes contre tout programme iranien, sortie assumée de l’ambiguïté nucléaire pour restaurer par la terreur ce que l’alliance ne garantit plus, réactivation de la vieille «doctrine de la périphérie» — Azerbaïdjan, Kurdes, Inde, et les fonds marins du renseignement. Un Israël sans garant serait plus dangereux qu’un Israël protégé, c’est le pays dont la vulnérabilité maximise l’agressivité. Il deviendrait l’acteur dont l’intérêt objectif est qu’aucun ordre post-américain ne se stabilise, car tout ordre stabilisé consacrerait la centralité iranienne.

Les accords d’Abraham parrainés par les Etats-Unis reposaient sur un syllogisme désormais caduc, même protecteur, même ennemi, donc même camp. Si le protecteur se retire et que l’ennemi triomphe, le syllogisme s’inverse, l’association ouverte avec Israël, hier police d’assurance complémentaire, deviendrait une provocation gratuite envers le nouveau fort iranien. Les monarchies ne rompraient pas — Israël demeure irremplaçable en trois domaines : le renseignement sur l’Iran, la cyberdéfense, et la technologie. Mais elles feraient ce que les cités marchandes ont toujours fait de leurs liaisons compromettantes, elles les rendraient clandestines. Retour à la situation d’avant 2020 — coopération sécuritaire profonde et déni public — avec cette différence que le mouvement se ferait cette fois à front renversé, hier on cachait Israël pour ménager la rue arabe, demain on le cacherait pour ménager Téhéran. La normalisation ne mourrait pas ; elle retournerait dans la pénombre d’où elle était sortie. Seule exception envisageable, si les monarchies choisissaient la stratégie de l’interdépendance (notre troisième stratégie), elles auraient intérêt à y inclure Israël à terme — non par affection, mais parce qu’un ordre régional dont Israël est exclu est un ordre qu’Israël fera tout pour le défaire.

Un Iran «vainqueur» des États-Unis n’aurait ni les moyens ni, en réalité, l’intérêt de faire la guerre à Israël. La victoire par épuisement laisse le vainqueur exsangue, son axe régional décimé, sa reconstruction prioritaire. Certes, depuis 1979, l’ennemi israélien est la pièce maîtresse de la légitimité révolutionnaire en Iran ; un régime recomposé, fragilisé de l’intérieur par les protestations et la succession, aurait plus que jamais besoin de l’ennemi comme ciment. L’Iran choisirait donc la posture qui a fait ses preuves et qui est ni paix, ni guerre totale — l’attrition calibrée, le seuil nucléaire entretenu comme épée de Damoclès permanente, la reconstitution patiente de l’axe. Il s’installerait ainsi entre Israël et lui un équilibre de la terreur : deux puissances du seuil ou de la bombe, sans lignes rouges négociées, sans téléphone rouge, sans le demi-siècle d’apprentissage qui rendit supportable la dissuasion soviéto-américaine. La guerre froide du Golfe serait plus froide que l’originale — et plus inflammable.

De ce triangle découle, pour les monarchies du Golfe, une quatrième stratégie en devenant les courtiers de cette dissuasion sans règles. Qatar et Oman parlent déjà aux deux camps ; les fonds du Golfe seront indispensables à la reconstruction iranienne comme à l’économie israélienne coupée de ses marchés. Celui qui tient les canaux et les capitaux tient la médiation. Le rôle historique des monarchies dans l’après-guerre ne serait ni de choisir Israël ni de choisir l’Iran, mais d’écrire entre eux les règles que Washington et Moscou mirent des décennies à inventer : lignes directes, codes de conduite, seuils notifiés. La pax americana morte, il n’y aurait pas de pax iranica ni de pax israeliana — il pourrait y avoir une «pax pecuniaria», garantie par ceux qui financent les deux camps.

Ce que le Golfe déciderait, le monde le subirait

On aurait tort de lire ce qui précède comme une affaire régionale. Le choix que feraient les monarchies dessinerait l’ordre mondial de la seconde moitié du siècle, par trois canaux au moins.

Le canal monétaire. Le recyclage des pétrodollars est l’un des piliers discrets de l’hégémonie du billet vert. Des monarchies qui ne croient plus à la protection américaine finiront par se demander pourquoi elles continuent de facturer, d’épargner et de prêter dans la monnaie d’un protecteur défaillant. La facturation partielle en yuan, déjà testée, passerait du symbole à la structure. La fin du pacte du Quincy serait, à terme, un événement monétaire mondial.

Le canal énergétique.Un Ormuz sous condominium irano-golfien, avec la Chine en garant tacite, signifierait que 20 % du pétrole mondial circule désormais sous un régime de sécurité dont l’Occident est absent. L’Europe, qui n’a pas de politique pour ce théâtre, en serait réduite au statut de spectatrice de son propre approvisionnement.

Le canal de l’exemple. Enfin et surtout, un Golfe qui réussirait sa transition — d’un ordre de protection vers un ordre de transaction — offrirait au monde le premier prototype fonctionnel du système post-américain, pas un nouvel hégémon remplaçant l’ancien, mais un concert d’assurances croisées, de dépendances mutuelles et de garanties multiples. Le XIXe siècle avait inventé l’équilibre des puissances ; le Moyen-Orient pourrait inventer l’équilibre des interdépendances.

Enfin, l’Iran, sans le conquérir, aurait contraint le Golfe à changer de monde. Les monarchies, longtemps protégées par la puissance américaine et enrichies par l’ordre qu’elle garantissait, devraient apprendre à survivre au milieu d’un réseau de dépendances croisées — ménager Téhéran sans s’y soumettre, conserver Israël sans l’exhiber, attirer Pékin sans remplacer une tutelle par une autre, mobiliser Islamabad, Ankara, Delhi ou Paris sans croire qu’aucun d’eux deviendra le nouveau Washington, et surtout transformer leur puissance financière en instrument de paix. Si elles y parvenaient, la disparition de la pax americana déboucherait sur quelque chose d’inédit, un ordre fondé sur la transaction, moins sur l’hégémonie que sur l’interdépendance, une véritable pax pecuniaria. Et c’est précisément pourquoi l’issue de cette crise dépasserait de loin Ormuz, ce que les monarchies du Golfe inventeraient pour survivre à l’Amérique pourrait bien devenir, demain, la manière dont le monde apprendrait à vivre après elle.

* Economiste, banquier et financier.

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Transition énergétique en Tunisie | Urgence des réformes et défi des infrastructures

19. August 2026 um 07:06

La Tunisie se trouve à un tournant décisif de sa politique énergétique. Et le diagnostic est sans concession : l’autonomie énergétique est devenue une urgence nationale.

Lotfi Sahli

Lors de la restitution de la Consultation nationale sur la transition énergétique, menée sous l’égide du Groupement professionnel des énergies renouvelables (GPER) de la Confédération des entreprises citoyennes de Tunisie (Conect), l’expert économique Chekib Ben Mustapha a dressé un constat particulièrement préoccupant : l’indépendance énergétique du pays est passée de 93 % en 2010 à seulement 48 % en 2023 et pourrait tomber sous le seuil des 30 % à l’horizon 2030 si le rythme actuel des réformes et des investissements ne s’accélère pas.

L’enjeu dépasse largement la seule question de l’approvisionnement énergétique. Le déficit du secteur pèse lourdement sur les équilibres extérieurs, l’énergie représentant à elle seule près de la moitié du déficit commercial national. Dans le même temps, la production électrique demeure très largement dépendante du gaz naturel, qui alimente encore l’essentiel des centrales thermiques de la Steg, et dont la plus grande partie est importée de l’Algérie voisine via le gazoduc Transmed transportant le gaz algérien vers l’Italie.

Le «grand écart» entre ambitions et réalité

Pendant des années, la transition énergétique tunisienne a été marquée par un décalage entre les ambitions affichées et la réalité opérationnelle. Le Plan solaire tunisien fixe notamment un objectif de 35 % d’électricité d’origine renouvelable à l’horizon 2030. Pourtant, le solaire et l’éolien ont longtemps progressé à un rythme insuffisant pour permettre au pays de se rapprocher de cette cible : la part des énergies renouvelables dans la production électrique nationale a atteint à peine 9,2 % à la fin du premier semestre 2026.

Plusieurs obstacles ont contribué à ralentir cette dynamique : la complexité des procédures administratives pour l’installation d’équipements solaires photovoltaïques dans les entreprises et les foyers, les délais d’autorisation, les limites du réseau de transport électrique, le coût élevé du financement pour les entreprises et, enfin, le décalage entre la recherche universitaire et les besoins du tissu industriel.

Face à la dégradation des équilibres énergétiques, mais aussi à la pression croissante des politiques européennes de décarbonation, les pouvoirs publics ont engagé une évolution du cadre réglementaire.

Les arrêtés du 9 octobre 2024 ont notamment révisé les tarifs d’achat garantis de l’électricité solaire photovoltaïque produite sous le régime de l’autorisation et approuvé un contrat-type de vente d’électricité entre les producteurs privés et la Société tunisienne d’électricité et de gaz (Steg). Parallèlement, la clarification des tarifs de transit et des mécanismes de rachat des excédents a renforcé l’intérêt de l’autoproduction pour les entreprises.

Cette dynamique est également portée par le contexte international. Pour les entreprises exportatrices, investir dans les énergies renouvelables constitue désormais un moyen de réduire leur facture énergétique, mais aussi d’anticiper les nouvelles exigences environnementales du marché européen, notamment le Mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (Macf).

Les premiers résultats commencent à se mesurer

La mise à jour sectorielle de 2026 montre que la transition énergétique tunisienne entre progressivement dans une phase plus concrète. À la mi-2026, la capacité solaire photovoltaïque installée dépasse les 630 MW, selon les données sectorielles fournies par l’Agence nationale de maîtrise de l’énergie (ANME) et le ministère de l’Industrie, des Mines et de l’Énergie.

L’autoproduction constitue le principal moteur de cette progression. Le parc résidentiel atteint près de 500 MW, porté notamment par le programme Prosol Elec et les mécanismes de mensualisation sur les factures de la Steg. Les secteurs industriel, tertiaire et agricole représentent, pour leur part, environ 130 MW d’installations autonomes.

Sur les douze derniers mois, la production électrique nationale atteint environ 9 550 GWh, tandis que la part des énergies renouvelables s’établit désormais à 9,2 %. Malgré cette progression, le gaz naturel conserve une place dominante dans le mix électrique, la Steg assurant encore environ 91 % de la fourniture globale à partir de cette source.

Le paysage de la production s’est toutefois enrichi au printemps 2026 avec la mise en service commerciale de deux centrales solaires en concession de 50 MW chacune, à Tozeur et Sidi Bouzid. Cette dynamique s’est poursuivie avec le bouclage financier du projet Sidi Bouzid II, d’une capacité de 120 MW, ainsi qu’avec le lancement du programme Chems, soutenu par la Banque africaine de développement et l’ANME, destiné notamment à accompagner l’équipement des PME.

Les appels à projets continuent également de se multiplier, avec notamment le lancement, en avril 2026, d’un nouveau programme de 200 MW sous régime d’autorisation.

Le véritable défi se déplace vers le réseau

Ces avancées ne doivent cependant pas masquer la principale faiblesse du système : la capacité du réseau électrique à absorber rapidement les nouvelles productions renouvelables.

Le problème n’est désormais plus uniquement de produire de l’électricité verte, mais de pouvoir la transporter, la distribuer et l’intégrer au réseau dans de bonnes conditions. Plusieurs régions du Centre et du Sud présentent déjà des contraintes d’accueil qui pourraient ralentir le développement de nouveaux projets.

Autrement dit, les textes réglementaires peuvent accélérer l’investissement, mais ils ne suffisent pas à transporter les électrons. Le prochain chantier de la transition énergétique tunisienne sera donc nécessairement celui des infrastructures de transport.

Pour atteindre l’objectif de 35 % de renouvelables en 2030, correspondant à une capacité cumulée estimée entre 3 800 et 4 700 MW, la Tunisie devra engager des investissements importants dans la modernisation de son réseau de transport et de distribution.

Le développement des smart grids, le renforcement des interconnexions et le déploiement de solutions de stockage par batteries apparaissent désormais comme des conditions essentielles à la réussite de cette transformation.

La transition énergétique tunisienne n’est donc plus une simple ambition environnementale. Elle est devenue une question de compétitivité industrielle, de maîtrise du déficit commercial et, plus largement, de souveraineté économique. Le véritable enjeu des prochaines années sera de transformer l’accélération réglementaire et l’essor de l’autoproduction en une mutation durable du système énergétique national.

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Tunisie – Algérie | Le grand reniement de l’été 1962

18. August 2026 um 12:40

Comment l’«armée algérienne des frontières», logée et nourrie par la Tunisie, a retourné ses armes contre son hôte dès l’indépendance algérienne, acquise en 1962. Ce rappel historique ne cherche pas à enfoncer un coin entre deux pays «frères, amis et voisins», comme on dit habituellement, et qui ont appris, au fil des décennies, à coopérer dans le respect de leurs intérêts mutuels, mais à maintenir présent à l’esprit des faits qui ne doivent jamais être oubliés ou passés sous silence au prétexte de ne pas remuer l’eau stagnante du conformisme. (Photo: Combattants de l’ALN à Ghardimaou en Tunisie en mars 1962).

Elyes Kasri *

La mémoire des relations maghrébines contemporaines reste profondément marquée par la fracture de l’été 1962. Au cœur de cette rupture se trouve la trajectoire de l’Armée de libération nationale (ALN) algérienne basée à l’extérieur, surnommée «l’Armée des frontières», dont le passage sur le sol tunisien et les choix politiques post-indépendance ont durablement redéfini la géopolitique régionale. (Lire à ce sujet « Algérie 1962 : reportage dans les rangs de l’Armée de libération nationale », par Béchir Ben Yahmed (Jeune Afrique, mars 1962).

Le confort de la base arrière face au sacrifice des maquis :

À partir de 1958, le conflit algérien subit un tournant stratégique. Le commandement militaire français érige les lignes Morice et Challe, des barrières électrifiées et minées qui coupent hermétiquement l’Algérie de ses voisins tunisien et marocain.

Cette situation engendre une scission majeure au sein des forces nationalistes entre :

– celles de l’ALN de l’intérieur confinées dans les wilayas historiques : les maquisards subissent de plein fouet les grandes offensives françaises. Privés d’approvisionnement en armes et en soins, ils paient un tribut humain considérable ;

– et celles de l’ALN de l’extérieur : sous la direction du colonel Houari Boumédiène, près de 30 000 hommes se structurent en Tunisie, notamment autour du quartier général de Ghardimaou.

Préservée du gros des combats par le blocus de la frontière, cette force s’entraîne, s’arme lourdement auprès du bloc de l’Est et bénéficie d’une infrastructure logistique stable offerte par l’État tunisien.

Cette asymétrie suscite rapidement de vives tensions critiques. Dans les maquis exsangues de l’intérieur, l’armée de l’extérieur commence à être désignée sous les qualificatifs sévères d’«armée des planqués» ou de «touristes de Tunis».

Le politologue et historien Mohammed Harbi, lui-même ancien cadre du FLN, a largement analysé cette réalité : «L’Armée des frontières s’est constituée en dehors des combats réels du territoire national. Elle représentait une force d’appareil, un instrument de pouvoir politique plutôt qu’une force de libération active sur le terrain» (Mohammed Harbi, ‘‘Le FLN, mirage et réalité’’, 1980).

À l’été 1962, lors de la crise dite «de l’été», cette armée intacte et disciplinée marche sur Alger, écartant le Gouvernement provisoire (GPRA) et prenant le contrôle des structures de l’État pour fonder l’Armée nationale populaire (ANP).

L’accueil tunisien et le compromis de la Borne 233 :

L’installation de l’appareil politique et militaire algérien en Tunisie s’est faite avec l’appui direct du président Habib Bourguiba. Ce soutien s’est traduit par des coûts matériels et humains significatifs pour la jeune République tunisienne, illustrés notamment par le bombardement par l’armée française du village frontalier de Sakiet Sidi Youssef, le 8 février 1958, qui fit des dizaines de victimes civiles tunisiennes.

Parallèlement, un contentieux territorial existait concernant le tracé de la frontière saharienne. Durant la période coloniale, l’administration française avait unilatéralement modifié les délimitations au profit des Territoires du Sud de l’Algérie, englobant des zones potentiellement riches en hydrocarbures au détriment de la Tunisie (notamment autour de la Borne 233 / Garat El Hamel et du secteur d’El Borma).

Pour préserver la cohésion de la lutte de libération, Habib Bourguiba accepte de formaliser un compromis temporaire. Le 6 juillet 1961, un accord est signé à Tunis entre le gouvernement tunisien et Ferhat Abbas, président du GPRA.

Cet accord stipulait explicitement que les revendications territoriales tunisiennes étaient légitimes, mais que leur règlement définitif et la restitution des portions sahariennes contestées seraient traités de manière fraternelle au lendemain de l’indépendance de l’Algérie.

L’accord du 6 juillet 1961 ou le contrat de confiance bafoué :

L’argument souvent avancé par la suite selon lequel les frontières coloniales étaient intangibles occulte un document historique capital : cet accord officiel de 1961.

Ce texte prévoyait noir sur blanc la création d’une commission mixte tuniso-algérienne chargée de redéfinir le tracé frontalier saharien (autour de la borne 233) immédiatement après l’indépendance. Le GPRA y reconnaissait formellement le préjudice territorial subi par la Tunisie sous l’administration coloniale française.

En reniement complet de la signature du GPRA à l’été 1962, le clan militaire de Houari Boumédiène n’a pas seulement appliqué le droit international de l’époque ; il a orchestré un coup de force politique contre les engagements solennels de ses propres pères fondateurs civils.

La rupture de 1962 et l’établissement du rapport de force :

Dès l’accès à l’indépendance en juillet 1962 et l’évincement des cadres civils du GPRA par le commandement militaire de Boumédiène, les nouveaux dirigeants d’Alger opèrent un revirement complet sur la question des frontières.

Le principe de l’uti possidetis juris (l’intangibilité des frontières héritées de la colonisation) est immédiatement opposé à Tunis, annulant de fait les engagements contractés en 1961.

Avec le recul historique et géopolitique, ce principe adopté par l’Organisation de l’unité africaine lors du sommet du Caire (1964) prend de plus en plus l’allure d’une supercherie et d’une tentative de blanchiment du partage colonial fait par les puissances européennes lors du Congrès de Berlin de 1878.

Les diplomates et historiens soulignent le sentiment d’amertume engendré par cette volteface algérienne : «Le revirement algérien de 1962 sur la Borne 233 fut un choc pour Tunis. L’Algérie nouvelle, forte de l’arsenal militaire accumulé sur le sol tunisien, a immédiatement adopté un rapport de force hégémonique, opposant une fin de recevoir absolue aux requêtes de Bourguiba et menaçant d’utiliser la force si la Tunisie n’actait pas l’abandon de son Sahara», notait à ce propos Chantal Chanson-Jabeur, dans ‘‘Le différend frontalier tuniso-algérien’’ (in Cahiers de la Méditerranée).

Face aux revendications persistantes de Tunis, l’État algérien déploie des unités militaires le long de la frontière saharienne. Confronté à une disproportion manifeste des forces militaires, le gouvernement tunisien choisit la voie de la désescalade diplomatique pour éviter un conflit ouvert.

Le président Habib Bourguiba exprimera publiquement, lors d’un discours officiel devant l’Assemblée nationale, en 1962, cette frustration lors de plusieurs allocutions officielles : «Nous avons partagé notre pain, nos terres et notre sécurité avec nos frères algériens. Nous avons essuyé les bombes de Sakiet Sidi Youssef pour leur cause. Voir aujourd’hui une armée que nous avons aidé à nourrir et à abriter se retourner contre nos frontières et nous menacer par les armes pour garder les terres que la France nous avait volées est une amère démonstration d’ingratitude.».

Du sanctuaire au chantage ou le crépuscule de la fraternité:

L’amertume tunisienne face à cet épisode ne relève pas seulement de la perte géopolitique, mais du cynisme de la méthode. Les troupes de l’ALN, incapables de briser le blocus français, avaient trouvé en Tunisie un sanctuaire inespéré où elles ont été nourries, soignées et protégées au prix de vies tunisiennes.

La tragédie de l’été 1962 réside dans ce basculement : cette même force militaire, devenue puissante grâce à l’hospitalité tunisienne, s’est retournée contre son bienfaiteur dès le lendemain de sa libération.

Face aux demandes légitimes de restitution de la Borne 233, Alger n’a pas répondu par le dialogue, mais par le déploiement de blindés et des menaces d’invasion.

Ce grand reniement a brutalement dissipé les illusions d’une fraternité maghrébine désintéressée — souvent résumée par le slogan populaire «Khawa Khawa» —, installant à sa place la dure réalité d’un rapport de force militaire dicté par la découverte des gisements de pétrole d’El Borma.

Ce différend frontalier a abouti le 16 avril 1970 à la signature d’un accord de délimitation de la frontière entre les deux États, entérinant le tracé colonial au profit de l’Algérie et taisant les revendications tunisiennes sur le secteur d’El Borma.

La conjoncture de cet accord et les modalités de sa signature rappellent de nombreux accords internationaux signés sous la pression et qui ont fini par s’estomper en raison de l’évolution de la conjoncture bilatérale ou internationale car bien mal acquis ne profite jamais.

فلا عاش في تونس من خانها

و لا عاش من ليس من جندها

نموت و نحيا على عهدها

حياة الكرام و موت العظام

* Ancien ambassadeur.

Éléments bibliographiques:

– Harbi, Mohammed, Le FLN, mirage et réalité : des origines à l’indépendance (1945-1962), Éditions Jeune Afrique, 1980.

– Meynier, Gilbert, Histoire intérieure du FLN (1954-1962), Fayard, 2002.

– Toumi, Mohsen, La Tunisie de Bourguiba à Ben Ali, PUF, 1989.

– Stora, Benjamin, Histoire de la guerre d’Algérie (1954-1962), La Découverte, 2004.

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La Tunisie et le spectre du sous-développement

18. August 2026 um 11:37

Le désordre et l’improvisation qui gagnent l’action publique tunisienne ne sont plus de simples accidents de parcours : à force de s’y habituer, le pays risque de basculer dans le sous-développement. Face à l’inertie du sommet de l’État, un sursaut citoyen et une gouvernance locale enfin imputable sont nécessaires pour rétablir la situation.

Ali Guidara *

Il suffit de traverser une ville tunisienne un jour ordinaire pour mesurer l’ampleur du glissement. Ruptures d’approvisionnement de certains produits, chantiers publics à l’abandon, feux de circulation ignorés, trottoirs envahis, déchets qui s’accumulent dans de nombreux espaces, même devant des administrations publiques : ce désordre diffus n’est plus un accident du quotidien, il est devenu le décor permanent d’un pays qui semble avoir perdu la maîtrise de ses propres rouages.

L’indiscipline et le laisser-aller se sont banalisés à tous les étages, du citoyen qui brûle un feu rouge ou qui jette ses poubelles sur la voie publique au fonctionnaire qui classe un dossier sans jamais le traiter. Derrière ces signes se profile un spectre bien plus grave : celui du sous-développement.

Un pays qui s’ampute de ses forces vives

Ce délitement se lit aussi dans les chiffres et dans les regards. La confiance dans l’avenir du pays s’est effondrée – c’est sans doute là l’échec le plus grave qu’une nation puisse connaître. Cette érosion se traduit par un phénomène que les autorités préfèrent ignorer : l’exode. Des milliers de jeunes, souvent parmi les plus qualifiés, choisissent chaque année la voie légale de l’émigration ou celle, tragique, de la traversée clandestine. Médecins, ingénieurs, informaticiens et autres partent ailleurs parce qu’ils ne voient plus, chez eux, de place pour leurs compétences ni de garanties pour leur avenir. Un pays qui exporte sa jeunesse la plus formée s’ampute lui-même de ses forces vives, et nourrit, un peu plus chaque année, le spectre qui plane sur son avenir.

À l’origine de cette spirale, il y a une réalité qui saute aux yeux depuis des années : l’incompétence et l’absence de décision qui caractérisent l’action publique, mais aussi un climat de découragement social et bureaucratique.

Au sommet de l’État, les décisions elles-mêmes se raréfient ; elles cèdent la place à un discours dogmatique, répétitif et stérile, qui tient lieu de politique.

Un navire dans la tempête

Pendant ce temps, les nominations aux postes publics obéissent davantage à des logiques d’allégeance qu’à des critères de compétence. L’administration, censée être l’ossature de l’État, s’est transformée en labyrinthe où chaque dossier devient un parcours d’obstacles. Ce n’est pas seulement un problème de personnes : c’est un vide de méthode et de vision. Gouverner sans décider, se réfugier dans le verbe plutôt que dans l’action, revient à laisser un navire déjà pris dans la tempête sans personne à la barre.

Le véritable danger n’est pourtant pas la crise elle-même – les nations traversent des crises et s’en relèvent. Le danger, c’est l’accoutumance à ce qui devrait rester intolérable. C’est le moment où le désordre cesse de choquer, où la saleté devient normale, où l’absence d’action au sommet n’étonne plus personne.

Cette normalisation silencieuse est le véritable seuil de bascule vers le sous-développement : non plus une difficulté conjoncturelle que l’on affronte avec détermination, mais un état permanent auquel on s’adapte avec résignation. Le sous-développement n’est pas seulement affaire de statistiques économiques et sociales ; c’est une dégradation qui touche les institutions, l’éducation, la santé, l’aménagement du territoire, et jusqu’à la manière dont un peuple se pense lui-même. Il s’installe rarement par une rupture brutale : il progresse par petites capitulations, par habitudes prises, par exigences abandonnées.

Un pays qui s’habitue à mal fonctionner cesse, un jour, de chercher à bien fonctionner – et ce jour-là, le déclin cesse d’être un accident pour devenir une trajectoire. C’est ainsi que le pays s’enfonce dans un retard qu’il peine chaque jour davantage à combler.

Le sursaut ne peut être que collectif

Face à ce spectre, il serait vain d’attendre un sauvetage venu d’en haut. Les dernières années l’ont montré : les solutions promises par le sommet de l’État tardent, se diluent ou ne viennent tout simplement pas. C’est pourquoi le sursaut ne peut être que collectif, populaire, et d’abord local. Il appartient aux citoyens eux-mêmes de reprendre en main un pays qui leur appartient, de redevenir exigeants envers leurs institutions comme envers eux-mêmes, de refuser que le laisser-aller devienne une culture.

Ce sursaut suppose que chaque citoyen accepte de devenir, à son échelle, comptable de lui-même : de son quartier, de sa consommation, de son civisme, de son vote, de son engagement associatif. Aucune administration, si bien dotée soit-elle, ne peut se substituer à cette responsabilité individuelle et collective.

Ce sursaut nécessite aussi un cadre institutionnel : une gouvernance locale imputable – une urgence plus que jamais vitale pour sauver le pays. C’est cette architecture qui mettra gouvernés et gouvernants devant leurs responsabilités respectives.

Il ne s’agit pas d’un slogan décentralisateur de plus, mais d’un changement de méthode : donner aux collectivités locales et à leurs élus les moyens et la responsabilité réelle de gérer ce qui les concerne directement – propreté, transport, sécurité de proximité, développement économique local – avec une gestion transparente et des mécanismes de contrôle, en coordination avec les autres échelons de l’État.

Dotées de véritables leviers économiques et institutionnels, ces collectivités pourraient bâtir des pôles compétitifs capables même d’attirer investisseurs et talents, plutôt que de les voir s’en aller. C’est à cette échelle, la plus proche du quotidien, que la confiance peut se reconstruire, que les résultats deviennent visibles et que la gestion devient évaluable. C’est aussi une solution pour mobiliser les compétences dans la prise de décision et la gestion des affaires, et pour écarter l’improvisation et l’amateurisme de la chose publique.

Une approche ascendante, du bas vers le haut, n’est pas un renoncement à l’État central : c’est la condition pour qu’il redevienne crédible. Cela suppose toutefois une rupture précise : les collectivités locales ne doivent pas dépendre d’un ministère de l’Intérieur dont la vocation n’a jamais été celle du développement territorial, et dont la nature et le fonctionnement, hérités des républiques centralisatrices d’une autre époque, sont aujourd’hui dépassés, voire nuisibles. La nomination des gouverneurs et des délégués, calquée sur le modèle préfectoral français, en est l’illustration la plus criante : des responsables désignés par décret, sans la moindre légitimité électorale, redevables au seul pouvoir central.

Il est d’ailleurs regrettable de constater que la gestion des collectivités locales a été transférée à nouveau sous tutelle du ministère de l’Intérieur depuis 2021, renforçant la logique sécuritaire du régime.

Il n’y a pas de sauveur, prenez-vous en charge !

Tant que l’action publique restera pensée loin du terrain, dans les seuls cercles d’un pouvoir central, a fortiori sous un régime autocratique opaque et sans contre-pouvoirs, elle continuera de se heurter à l’indifférence ou à la défiance des citoyens. À l’inverse, une gouvernance locale représentative, évaluée par ses résultats, peut redonner du sens à l’action publique et, progressivement, restaurer la confiance perdue. Ce sursaut par le bas ne dispense pas, pour autant, d’une refondation au sommet de l’État, qui, elle, demeure plus que jamais nécessaire.

Le sous-développement ne s’installe pas toujours brutalement. Il s’infiltre par l’habitude, par la résignation, par l’attente d’un sauveur. La Tunisie n’est pas condamnée à ce destin, mais elle ne l’évitera pas en attendant que la solution tombe d’en haut. Elle l’évitera le jour où les Tunisiens décident de devenir les architectes de leur propre destin et les responsables de leurs propres choix.

Docteur en politiques publiques.

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Les Talibans veulent ouvrir un nouveau chapitre avec les États-Unis !

18. August 2026 um 08:01

Cinq ans après le retrait américain et leur retour au pouvoir, les Talibans souhaitent le retour de Washington en Afghanistan mais sous une forme radicalement différente : une présence diplomatique et des investissements économiques mais sans présence militaire. De leur côté, les Américains restent très prudents car même si Donald Trump n’est pas très regardant sur les droits humains, l’oppression des femmes par le sulfureux mouvement islamiste est telle que sauter le pas et ouvrir une nouvelle page avec les Talibans est loin de soulever l’enthousiasme de l’administration américaine. (Photo: Amir Khan Muttaqi).

Imed Bahri

Selon le New York Times, ce changement est clairement perceptible dans les déclarations du ministre afghan des Affaires étrangères Amir Khan Muttaqi qui a appelé les États-Unis à rouvrir leur ambassade à Kaboul et à maintenir une présence diplomatique dans son pays ainsi qu’à investir dans les minerais et les infrastructures notamment les barrages et les routes. 

Muttaqi présente cette invitation comme le début d’un «nouveau chapitre» dans les relations bilatérales, fondé sur le respect mutuel et la coopération plutôt que sur la guerre et le conflit.

Le NYT associe cette initiative à une tentative plus large des Talibans de sortir de l’isolement international dans lequel ils sont depuis leur retour au pouvoir en 2021. Ils ont intensifié leurs efforts diplomatiques et économiques en renforçant leurs relations avec la Russie et les pays d’Asie centrale, en concluant des accords commerciaux, en s’ouvrant aux États du Golfe et en coopérant avec plusieurs pays européens sur la question du rapatriement des migrants afghans.

Obstacles majeurs à Washington

Les Talibans considèrent le rétablissement d’une forme de relation avec Washington s’il se concrétise comme un grand succès diplomatique. Ils souhaitent que ceci ait lieu tant que le président Trump est encore au pouvoir car il accorde une grande importance aux deals et aux intérêts commerciaux et économiques.

Par conséquent, le mouvement tente de se présenter aux États-Unis comme une autorité capable d’imposer la sécurité et la stabilité et de créer un environnement propice aux investissements étrangers, bien que cette ambition se heurte à d’importants obstacles à Washington.

En effet, l’administration américaine ne semble pas actuellement disposée à normaliser ses relations avec les Talibans. De fait, elle a pris des mesures ces derniers temps qui ont creusé le fossé entre les deux camps.

Par ailleurs, les États-Unis conditionnent tout engagement avec les Talibans à la lutte contre le terrorisme et au respect des droits humains, alors même que le mouvement continue d’imposer de fortes restrictions aux femmes et aux filles dans le domaine de l’éducation.

Washington a également rejeté plusieurs revendications formulées précédemment par les Talibans, tandis que le mouvement n’a pas répondu aux demandes du président Trump, notamment le retour du contrôle américain sur la base aérienne de Bagram, la restitution des armes américaines laissées en Afghanistan après le retrait et le cas d’un citoyen américain qui, selon Washington, est détenu par les Talibans ce que ces derniers démentent.

À l’inverse, les Talibans tentent de convaincre Washington que le retour des Américains n’implique pas le retour des forces militaires. Muttaqi, selon le NYT, affirme que les Afghans n’acceptent pas une présence militaire étrangère sur leur territoire, compte tenu de la longue expérience historique du pays en matière d’interventions étrangères. C’est pourquoi les Talibans privilégient une approche fondée sur a représentation diplomatique, l’investissement et le commerce plutôt que sur des bases militaires.

Ressources minérales vitales

L’offre des Talibans met l’accent notamment sur les richesses minières de l’Afghanistan.  Le pays possède d’importantes réserves inexploitées de lithium, de cuivre et de minerai de fer, ainsi que des terres rares.

Certaines personnalités américaines interrogées par le NYT estiment que cette question pourrait constituer un point d’entrée concret pour relancer le dialogue entre Washington et Kaboul, d’autant plus que l’administration Trump a tendance à privilégier les intérêts économiques et les accords commerciaux.

Le journal américain rappelle l’expérience passée des États-Unis soulignant qu’ils ont dépensé près d’un milliard de dollars entre 2004 et 2021 pour tenter de développer le secteur extractif afghan, sans obtenir de résultats tangibles.

Actuellement, le gouvernement taliban a déjà commencé à signer des accords d’investissement minier avec des entreprises internationales, ce qui témoigne de sa volonté d’exploiter les ressources naturelles du pays afin d’attirer des capitaux étrangers.

Le NYT rappelle aussi que les pays européens ont commencé à dialoguer avec les Talibans notamment sur la question de l’immigration et de l’expulsion des demandeurs d’asile afghans déboutés ou des criminels de droit commun condamnés.

Les rencontres qui ont eu lieu entre diplomates afghans et européens sont le signe d’un assouplissement progressif de la distance politique qui avait caractérisé les premières années du retour au pouvoir des talibans.

Toutefois, cette ouverture ne constitue pas une reconnaissance internationale formelle du gouvernement taliban. Les pays européens ne reconnaissent toujours pas ce gouvernement comme l’autorité légitime en Afghanistan et les Talibans demeurent exclus des principales institutions internationales.

Par ailleurs, le chef du mouvement Haibatullah Akhundzada fait l’objet d’un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes contre l’humanité liés à la politique du mouvement à l’égard des femmes et des filles.

À Washington même, des voix se sont élevées pour réclamer une réévaluation de la politique d’isolement total des Talibans. D’anciens diplomates et chercheurs américains affirment que la poursuite du boycott pourrait nuire aux intérêts américains, notamment compte tenu de l’influence croissante de la Chine et de la Russie en Afghanistan.

Washington moins enthousiaste à l’idée d’un retour

Ces observateurs estiment qu’une présence diplomatique américaine à Kaboul offrirait à Washington une plus grande marge de manœuvre pour influencer l’évolution de la situation en Afghanistan, défendre ses intérêts économiques, renforcer ses relations avec les États d’Asie centrale et contrebalancer l’influence de la Chine et de la Russie.

Le chercheur Hassan Abbas résume l’essence du dilemme en affirmant que les Talibans n’ont pas encore fait assez pour modifier la position de la communauté internationale à leur égard et que toute véritable ouverture nécessite un changement dans certaines de leurs politiques, ce que le mouvement ne semble pas prêt à proposer pour le moment.

Alors qu’il y a quelques années, la question portait sur le retrait militaire américain d’Afghanistan, elle porte aujourd’hui sur un éventuel retour des États-Unis dans le pays, non pas en tant que force militaire mais en tant que puissance diplomatique et économique, un retour que les talibans semblent souhaiter ardemment tandis que Washington hésite encore à en payer le prix politique et sécuritaire. 

Il faut rappeler que depuis leur retour au pouvoir, les talibans n’ont montré aucun signe d’évolution sur les questions sociétales et particulièrement la condition des femmes. Depuis 2021, ils imposent aux femmes et aux filles en Afghanistan une exclusion systématique de la vie publique et des discriminations extrêmes que l’ONU qualifie « d’apartheid de genre ». Privées d’éducation secondaire et supérieure, d’accès à la plupart des emplois et de liberté de mouvement sans tuteur masculin, les Afghanes subissent une répression totale renforcée par de nouvelles lois punitives. Dans ce contexte où les talibans ne font aucun effort sur la question des droits des femmes, l’ouverture d’un nouveau chapitre entre Washington et Kaboul demeure suspendue. 

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