Le cinéma tunisien fait parler de la Palestine à la Mostra de Venise (28 septembre – 9 octobre 2025) avec ‘‘La Voix d’Hind Rajab’’, le nouveau long-métrage de la réalisatrice Kaouther Ben Hania, en lice pour le Lion d’or. Déjà proposé aux Oscars, le film raconte la tragique histoire de Hind Rajab, fillette palestinienne de six ans tuée en janvier 2024 par des tirs israéliens à Gaza.
Le film repose sur l’enregistrement d’un appel au Croissant-Rouge palestinien. Plutôt que de montrer la violence, Kaouther Ben Hania choisit le silence et l’attente, transformant la détresse de l’enfant en expérience cinématographique intense.
Soutenu par des noms prestigieux – Brad Pitt, Joaquin Phoenix, Rooney Mara, Jonathan Glazer et Alfonso Cuarón –, le film illustre la puissance du cinéma à transmettre mémoire et émotion. Il représente également la Tunisie aux Oscars 2026 dans la catégorie meilleur film international.
Sur Son compte Facebook, l’autre réalisatrice tunisienne, Erige Shiri, a rappelé la dimension humaine et politique du cinéma. Dans un message fort, elle a expliqué : «Cette année, j’ai l’honneur de participer à La Biennale di Venezia… Pourtant, alors que nous célébrons le cinéma, je ne peux ignorer la réalité du monde dans lequel nous vivons – le silence, la déshumanisation. J’ai choisi de porter un foulard palestinien traditionnel fait main, ramené par ma mère de Palestine, non pas comme un simple symbole mais comme un rappel vivant. Le ‘‘tatreez’’ qu’il porte est une tradition transmise de génération en génération, témoignage des racines et de la résilience du peuple palestinien. Il raconte la lutte continue de ce peuple et le génocide qui frappe aujourd’hui hommes, femmes et enfants. Nous avons besoin d’action pour que cette tragédie cesse.»
Elle a également évoqué la mémoire de deux journalistes et pères de famille, Bilal Hassan et Bilal Jaddalah, tués par l’armée israélienne, ainsi que les milliers d’autres vies perdues. «Gaza n’est pas une abstraction : son annihilation se déroule sous nos yeux, dans une impunité glaçante», conclut-elle.
Entre art et engagement, ‘‘La Voix d’Hind Rajab’’ et le message d’Erige Shiri montrent que le cinéma peut être à la fois célébration artistique et acte de conscience.
Le Centre National du Cinéma et de l’Image (CNCI) a annoncé ce 27 août 2025 que la Tunisie présenterait pour la prochaine édition des Oscars, dans la catégorie du Meilleur Film International, le dernier long-métrage de Kaouther Ben Hania, La voix de Hind Rajab. Ce choix souligne l’importance croissante de la réalisatrice sur la scène internationale et témoigne de l’ambition tunisienne de briller dans la compétition mondiale.
La voix de Hind Rajab raconte le destin tragique de Hind Rajab, une fillette palestinienne de six ans, au cœur du conflit à Gaza. Hind se trouvait en voiture avec sa famille, qui tentait de fuir les bombardements. Des tirs israéliens ont d’abord coûté la vie à plusieurs membres de sa famille. Dans un ultime geste de survie, Hind et sa cousine ont réussi à contacter les secours par téléphone. Cet appel désespéré a été enregistré par le Croissant-Rouge et largement diffusé sur Internet, donnant un écho mondial à l’horreur vécue par les civils palestiniens.
Plusieurs jours plus tard, les voitures de la famille Rajab et des secouristes ont été retrouvées. Sur la voiture de la famille, 355 impacts de balles ont été relevés, témoignant de la violence extrême qui a frappé cette famille. Kaouther Ben Hania, à travers ce récit bouleversant, expose l’impact du conflit palestinien sur les vies des enfants et des familles, et offre au public international une œuvre qui donne voix à ceux que l’on entend rarement sur la scène mondiale.
Le film tunisien rejoint ainsi la compétition pour les Oscars 2026, dont la première liste restreinte de 15 films sera publiée le 16 décembre 2025, suivie de la liste finale le 22 janvier 2026. La 98ᵉ cérémonie des Oscars se tiendra à Los Angeles le 15 mars 2026.
Avec ce long-métrage, Kaouther Ben Hania confirme sa capacité à mêler exigence artistique, engagement et portée internationale, en plaçant la Tunisie au cœur de la scène cinématographique mondiale.
En 2025, le Prix du Meilleur Film International avait été attribué au Brésil pour I’m Still Here de Walter Salles, rappelant que les films combinant puissance narrative et impact universel ont toutes leurs chances dans cette compétition.
La voix de Hind Rajab s’annonce ainsi comme un événement cinématographique majeur, alliant force émotionnelle et engagement, et pourrait devenir un jalon historique du cinéma tunisien contemporain.
Le comité accrédité par l’Académie des Oscars, sous la supervision du Centre national du cinéma et de l’image (CNCI), a sélectionné le film ‘‘La voix de Hind Rajab’’ de Kaouther Ben Hania pour représenter la Tunisie dans la catégorie du meilleur film international aux Oscars.
«Ce film répond à l’ensemble des critères d’éligibilité tels que définis par l’Académie», lit-on dans l’annonce publiée sur la page Facebook du CNCI, le 27 août 2025.
Ce long métrage de fiction (89’), porté par un casting composé d’Amer Hlehel, Clara Khoury, Motaz Malhees et Saja Kilani, est le 6e long-métrage de Ben Hania : ‘‘L’Homme qui a vendu sa peau’’ et ‘‘Les filles d’Olfa’’ ont été candidats de la Tunisie aux 93e et 96e Oscars. Il est inspiré d’un fait réel lié au drame qui se déroule actuellement à Gaza.
La première liste restreinte de 15 films sera annoncée le 16 décembre 2025, suivie par la liste finale le 22 janvier 2026 et la 98e cérémonie des Oscars se tiendra à Los Angeles le 15 mars 2026.
Il est à noter que depuis sa création, le Prix de l’Oscar du meilleur film international constitue une vitrine majeure permettant aux cultures du monde entier de partager leur vision et leur créativité cinématographique avec le public international. Chaque pays participe à cette prestigieuse compétition en présentant le film qui le représente le mieux, conformément aux règles établies par l’Académie des Oscars.
Le Prix du meilleur film international en 2025 a été attribué au film brésilien ‘‘I’m Still Here’’ du réalisateur Walter Salles.
Un drame palestinien porté par les plus grandes voix du cinéma mondial
Brad Pitt, Joaquin Phoenix, Rooney Mara, Alfonso Cuarón et Jonathan Glazer viennent de rejoindre le projet The Voice of Hind Rajab /La voix de Hind Rajab en tant que producteurs exécutifs. Ce soutien massif de figures majeures d’Hollywood propulse le film de la réalisatrice tunisienne Kaouther Ben Hania, déjà deux fois nommée aux Oscars, au rang d’événement majeur de la Mostra de Venise. Plus qu’un simple geste de solidarité, il s’agit d’un engagement artistique et politique qui place le destin de la petite Hind Rajab au cœur des préoccupations du cinéma mondial.
Hind Rajab, six ans, est morte à Gaza en janvier 2024 après avoir été piégée dans une voiture bombardée, entourée des corps sans vie de ses proches. Son dernier appel au Croissant-Rouge palestinien, enregistré et diffusé sur Internet, résonne encore comme un cri d’impuissance. Kaouther Ben Hania a raconté combien ce moment avait bouleversé son propre parcours : « Puis, tout a basculé. J’ai entendu un enregistrement audio d’Hind Rajab implorant de l’aide. À ce moment-là, sa voix s’était déjà propagée sur Internet », confie-t-elle. « J’ai immédiatement ressenti un mélange d’impuissance et de tristesse immense. Une réaction physique, comme si le sol s’était effondré sous mes pieds. Je ne pouvais plus continuer comme prévu. »
Tourné dans un seul lieu, le film refuse la reconstitution spectaculaire pour se concentrer sur la peur, le silence et la solitude de l’enfant. « La voix de Hind Rajab est une histoire de perte profondément personnelle, mais elle a également une résonance plus large. Cette histoire ne concerne pas seulement Gaza. Elle témoigne d’un deuil universel. Le cinéma peut préserver la mémoire. Le cinéma peut résister à l’amnésie. Puisse la voix d’Hind Rajab être entendue. »
Quand Hollywood s’engage
La force du film a convaincu de véritables géants du cinéma international de se joindre au projet en tant que producteurs exécutifs. Brad Pitt et sa société Plan B — aux côtés de ses associés Dede Gardner et Jeremy Kleiner — figurent en tête de ce soutien inédit. Leur bannière a déjà porté des films oscarisés comme 12 Years a Slave, Moonlight ou The Tree of Life.
À leurs côtés, Joaquin Phoenix et Rooney Mara, figures hollywoodiennes connues pour leur engagement artistique et politique, apportent leur notoriété et leur conviction. Alfonso Cuarón, réalisateur oscarisé de Gravity et Roma, ajoute son aura d’auteur universellement respecté. Et enfin Jonathan Glazer, auréolé de l’Oscar du meilleur film international en 2024 pour The Zone of Interest, donne à ce projet une profondeur politique et mémorielle singulière.
Des propos qui avaient déclenché une polémique, certains le qualifiant d’antisémite. Mais une lettre ouverte signée par plus de 150 personnalités juives, dont Joaquin Phoenix, était venue défendre le cinéaste et dénoncer une attaque injuste, rappelant que l’attention devait se porter sur la tragédie en cours à Gaza. En rejoignant le projet de Kaouther Ben Hania, Jonathan Glazer poursuit sa réflexion sur la mémoire, la déshumanisation et la nécessité de témoigner.
Une production internationale
Aux côtés de ces figures majeures, d’autres personnalités influentes se sont engagées : Jemima Khan, Frank Giustra, Sabine Getty, ainsi que des producteurs de renom tels qu’Odessa Rae (Navalny), James Wilson (The Zone of Interest) et Nadim Cheikhrouha, collaborateur fidèle de Ben Hania. Le projet a également reçu l’appui de Sunnyland, Geralyn Dreyfous, Jorie Graham, Amed Khan, Rambourg, du ministère tunisien des Affaires culturelles, de Watermelon, Sawsan Asfari, 1888 Films, du Doha Film Institute et de Barc Productions.
Le casting rassemble Saja Kilani, Motaz Malhees, Clara Khoury et Amer Hlehel. Les ventes internationales sont assurées par The Party Film Sales et CAA.
Un film déjà annoncé comme marquant
Alberto Barbera, directeur de la Mostra, a d’ores et déjà présenté The Voice of Hind Rajab comme l’une des œuvres les plus puissantes de cette 82ᵉ édition. En compétition pour le Lion d’or, le film affrontera notamment Frankenstein de Guillermo del Toro, No Other Choice de Park Chan-wook et A House of Dynamite de Kathryn Bigelow.
Le parcours du film ne s’arrêtera pas à Venise : il est déjà annoncé à Toronto, Saint-Sébastien, Busan et Londres, confirmant son statut de véritable événement mondial.