L’économiste et ancien ministre du Commerce, Mohsen Hassan, a estimé jeudi 3 avril 2025 que la décision du président américain Donald Trump d’augmenter les droits de douane sur les importations aurait un impact direct limité sur la Tunisie, contrairement aux effets indirects, à la fois positifs et négatifs, pour l’économie nationale.
Les nouvelles mesures américaines, annoncées mercredi, prévoient une hausse des tarifs douaniers pouvant atteindre 28% sur certaines marchandises tunisiennes, comme les dattes, l’huile d’olive et le textile. Selon Hassan, cette décision s’inscrit dans une guerre commerciale mondiale qui pourrait pénaliser les exportations tunisiennes vers les États-Unis, un marché qui a absorbé 17,2% des exportations tunisiennes d’huile d’olive entre novembre 2024 et janvier 2025. « La compétitivité de ces produits va reculer en raison de la hausse de leurs prix sur le marché américain », a expliqué Mohsen Hassan. Cependant, l’effet global sur la balance commerciale resterait modéré, les échanges entre les deux pays étant relativement faibles. En 2024, la Tunisie a enregistré un excédent commercial de 215,8 millions de dinars (MD) avec les États-Unis, avec des exportations évaluées à 360 MD contre des importations d’environ 480 MD à fin février 2025.
Effets positifs indirects : baisse du pétrole et appréciation du dinar
Malgré ces craintes, Hassan relève plusieurs retombées favorables pour la Tunisie. La politique protectionniste de Trump a notamment entraîné une baisse du prix du pétrole Brent, passé de 80 à 70 dollars le baril depuis janvier 2025, ce qui allégera la facture énergétique du pays. Cette diminution est bénéfique pour les finances publiques, la Loi de Finances 2025 ayant tablé sur un baril à 74 dollars.
Autre effet positif : la dépréciation du dollar face à l’euro, qui renforce le dinar tunisien et réduit le coût des importations de matières premières et produits de base. « Cette dynamique pourrait améliorer les réserves en devises et contribuer à l’ajustement des finances publiques », a souligné l’expert.
Risques indirects : récession européenne et baisse de la demande
Néanmoins, Hassan met en garde contre les contrecoups négatifs de cette guerre commerciale. Une récession économique et une inflation accrue en Europe pourraient réduire la demande en produits tunisiens, aggravant ainsi le déficit commercial et fragilisant les entreprises locales.
Face à ces défis, l’économiste appelle à une révision des politiques commerciales, notamment de l’accord de libre-échange avec l’UE. Il plaide pour :
Un relèvement des droits de douane sur les produits non essentiels ;
Une diversification des partenariats, notamment vers l’Amérique latine et l’Afrique ;
Une relance de la diplomatie économique pour profiter des nouveaux marchés que l’Europe et la Chine pourraient cibler en Afrique et au Moyen-Orient.
Pour Mohsen Hassan une opportunité à saisir
Pour Hassan, la Tunisie doit tirer parti des bouleversements géoéconomiques actuels en modernisant son environnement des affaires et en renforçant sa compétitivité à l’international. « L’activation d’une stratégie commerciale proactive est plus que jamais nécessaire », a-t-il insisté.
Les tarifs douaniers annoncés le 2 avril par Donald Trump pourraient-ils marquer la fin de l’incertitude qu’il a créée depuis son retour à la Maison Blanche ? Bien que la complexité de la grille tarifaire dévoilée par le président américain soit évidente, il semble que l’administration Trump ait presque achevé d’élaborer sa stratégie commerciale.
En effet, la Maison Blanche continue d’évoquer des droits de douane sur des secteurs clés comme les produits pharmaceutiques, le bois et les semi-conducteurs. Cependant, avec l’annonce de ces tarifs, Donald Trump a réalisé ce qu’il souhaitait. Sa politique repose sur la déstabilisation des autres pays, maintenant considérés comme des partenaires commerciaux peu fiables et sur l’application de tarifs généralisés.
Maintenant que Trump a mis en œuvre sa panoplie de tarifs douaniers, les pays touchés, tels que le Canada, le Mexique, l’Union européenne et le Royaume-Uni, peuvent enfin préparer une riposte coordonnée. Après des mois d’incertitude, il est possible d’imaginer l’élaboration d’une stratégie pour sortir de cette crise. Une réponse régionale ou internationale pourrait s’organiser, avec des réactions variées selon les régions.
Pour la Tunisie, par exemple, les exportations tunisiennes vers les États-Unis ne représentent pas un chiffre important, car elles ne dépassent pas 10 % du total des exportations. Cependant, dans un contexte où la Tunisie connaît de grandes difficultés pour mobiliser des ressources financières en devise forte, cela affecte les équilibres financiers extérieurs et les avoirs en devise forte de la Banque centrale.
Depuis Samarkand, en Ouzbékistan, où elle est en visite officielle, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, s’est exprimée au sujet des nouveaux droits de douane annoncés par le président américain Donald Trump. Elle met en garde, sur un ton dramatique, sur les conséquences qu’ils auront sur l’économie mondiale, les consommateurs et les entreprises.
Pour Mme von der Leyen, « l’annonce par le président Trump de droits de douane généralisés dans le monde entier, y compris dans l’UE, porte un coup dur à l’économie mondiale. Je regrette profondément ce choix. Soyons clairs quant aux conséquences considérables. L’économie mondiale en souffrira énormément. L’incertitude s’accentuera et entraînera une montée du protectionnisme. Les conséquences seront désastreuses pour des millions de personnes dans le monde, y compris pour les pays les plus vulnérables, désormais soumis à des droits de douane américains parmi les plus élevés ».
La présidente de la Commission européenne a évoqué les conséquences sur la vie quotidienne des consommateurs, notamment en matière de shopping, de médicaments et de transports. « Les droits de douane toucheront les consommateurs du monde entier. Les conséquences seront immédiates. Des millions de citoyens devront faire face à des factures plus élevées dans les magasins où ils achètent des biens. Les médicaments coûteront plus cher, tout comme les transports. L’inflation augmentera […] Toutes les entreprises, petites et grandes, souffriront dès le premier jour. De l’incertitude accrue aux perturbations des chaînes d’approvisionnement en passant par la lourdeur administrative, le coût des affaires sur le marché américain augmentera considérablement ».
Cependant d’accord avec Trump sur « la concurrence déloyale »
La présidente de la Commission a parlé de « chaos », de « désordre ». Tout en soulignant que, même si elle partage l’avis du président Trump sur la concurrence déloyale, les tarifs douaniers ne sont pas la solution. « Il ne semble pas y avoir d’ordre dans le désordre. Il n’y a pas de voie claire à suivre pour sortir de la complexité et du chaos qui se créent; alors que tous les partenaires commerciaux des États-Unis sont touchés », a-t-elle déclaré.
« Je suis d’accord avec le président Trump sur le fait que d’autres profitent injustement des règles actuelles. Et je suis prête à soutenir tout effort visant à adapter le système commercial mondial aux réalités de l’économie mondiale. Mais je tiens également à être claire : compter sur les droits de douane comme premier et dernier recours ne résoudra pas les problèmes », a-t-elle insisté.
La présidente de la Commission européenne a souligné que les négociations se poursuivront tandis que l’Europe présentera en même temps le retour. « C’est pourquoi, dès le début, nous avons toujours été prêts à négocier avec les États-Unis pour supprimer tous les obstacles restants au commerce transatlantique. Parallèlement, nous sommes prêts à réagir. Nous finalisons déjà une première série de contre-mesures face aux droits de douane sur l’acier. Et nous nous préparons désormais à d’autres contre-mesures pour protéger nos intérêts et nos entreprises en cas d’échec des négociations. Nous surveillerons également de près les effets indirects que ces droits de douane pourraient avoir. Car nous ne pouvons absorber la surcapacité mondiale et n’accepterons pas le dumping sur notre marché ».
« Il n’est pas trop tard pour répondre aux préoccupations par la négociation. C’est pourquoi notre commissaire au commerce, Maros Šefčovič, est en contact permanent avec ses homologues américains. Nous nous efforcerons de réduire les obstacles et non de les ériger. Passons de la confrontation à la négociation », a-t-elle ajouté.
Le président Donald Trump vient d’annoncer la signature d’un décret imposant des « droits de douane réciproques » dans le monde entier. Ceux-ci se traduisent notamment par de très lourdes taxes douanières pour la Chine (+ 34 %) et l’UE (+ 20 %). La Tunisie n’est pas en reste puisqu’elle est frappée d’un tarif de 28 %, presque trois fois plus que le Maroc qui bénéficie d’un taux préférentiel de 10 % seulement grâce à son accord de libre-échange avec les États-Unis.
L’information est tombée aux premières heures de ce jeudi 3 avril 2025. A l’occasion de ce qu’il a appelé une « déclaration d’indépendance économique » des États-Unis, le président américain Donald Trump dégaine une bagarre commerciale généralisée. Et ce, en annonçant l’instauration de droits de douane réciproques sur les produits importés depuis plus de 180 pays. Objectif avoué : faire « renaître » l’industrie américaine et mettre fin au « pillage » des États-Unis.
« Un pays pillé, saccagé, violé.. »
Dans la pratique, les produits étrangers seront désormais taxés à un minimum de 10 %; et jusqu’à 49 % pour les pays accusés de pratiques commerciales jugées « injustes » par le locataire de la Maison Blanche.
« Depuis des décennies, notre pays a été pillé, saccagé, violé et dévasté par des nations proches et lointaines, des alliés comme des ennemis ». C’est ce qu’il a asséné au milieu des jardins de la Maison Blanche.
En effet, fasciné par le protectionnisme en vigueur aux Etats-Unis à la fin du XIXème siècle et au début du XXème, Donald Trump, élu sur une promesse de faire baisser le coût de la vie, espère faire des droits de douane un outil susceptible de réindustrialiser le pays, de rééquilibrer la balance commerciale et d’éponger le déficit budgétaire.
Mais la note est particulièrement lourde pour la Chine, dont les produits seront taxés à 34 %, et l’Union européenne, dont les marchandises se verront infliger 20 % de droits.
Des tarifs à la tête du client
A noter que les pays du Maghreb ne sont pas épargnés puisque la Tunisie est frappée d’un tarif de 28 %. A savoir un taux élevé qui pourrait affecter certains secteurs d’exportation tunisiens notamment l’huile d’olive et les dattes, deux piliers des exportations tunisiennes vers les États-Unis. Pour sa part, l’Algérie se voit imposer 30 %; tandis que le Maroc est taxé à seulement 10 %.
Pour ce qui est du monde arabe, il est évident que les droits de douane varient selon la « proximité géopolitique » de ces pays avec les Etats-Unis. Ainsi, l’Arabie saoudite, le Qatar, les Emirats arabes unis, la Jordanie et l’Égypte figurent parmi les pays pour lesquels les taxes restent à 10 %; un niveau jugé « modéré » par l’administration Trump. En revanche, l’Irak est fortement pénalisé avec 39 % de droits de douane. La Libye se voit imposer 31 % et la Syrie, pays en guerre et sous sanctions, 41 %.
Notons enfin que ce coup de barre protectionniste pourrait rebattre les cartes des échanges commerciaux mondiaux, relancer des tensions commerciales et affecter les balances commerciales des pays ciblés. D’ailleurs, l’annonce a provoqué une réaction immédiate sur les marchés : le dollar a reculé face à l’euro (-1,09 %) et à la livre sterling (-0,75 %).
Voici la liste complète des tarifs annoncés par continent :
AFRIQUE
Tunisie : 28 %
Algérie : 30 %
Maroc : 10 %
Égypte : 10 %
Afrique du Sud : 30 %
Nigeria : 14 %
Kenya, Sénégal, Ghana, Cameroun, Tanzanie, Angola, etc. : 10 % à 32 % selon les cas.
La Maison Blanche précise que les importations de pétrole, de gaz et de produits raffinés seraient exemptées des nouveaux tarifs douaniers globaux imposés par le président américain, Donald Trump.
L’exemption est un soulagement pour l’industrie pétrolière américaine, qui avait exprimé des inquiétudes quant au fait que les nouveaux tarifs pourraient perturber les flux et augmenter les coûts pour tout. Et ce, du pétrole brut canadien qui alimente les raffineries du Midwest aux expéditions européennes d’essence et de diesel vers la côte est américaine.
En effet, notons que Trump a annoncé mercredi soir qu’il imposerait un tarif de base de 10 % sur toutes les importations aux États-Unis. De même que des tarifs plus élevés sur des dizaines des plus grands partenaires commerciaux du pays s’appliqueront. Intensifiant ainsi une guerre commerciale qu’il a commencée à son retour à la Maison Blanche.
Cependant, un responsable de la Maison Blanche a déclaré que la protection commerciale ne s’applique pas aux importations d’énergie en provenance du Canada ou du Mexique – qui sont déjà exemptés en vertu de l’Accord de libre-échange entre les États-Unis, le Mexique et le Canada (ALENA) – ni aux importations d’énergie en provenance de tout autre pays.
Le Canada et le Mexique sont les plus grandes sources de pétrole brut importé aux États-Unis. Tandis que l’Europe est une source importante de carburant importé sur la côte est des États-Unis, où les raffineries de pétrole sont peu nombreuses.
Les prix du pétrole chutent de plus de 2 dollars à cause des tarifs douaniers de Trump
Dans ce contexte, les contrats à terme sur le brut Brent ont chuté jeudi 3 avril de plus de 2 dollars le baril à 72,89 dollars le baril, affectés par les répercussions des nouveaux tarifs douaniers imposés par Donald Trump.
Le brut West Texas Intermediate (WTI) est quant à lui tombé à 69,71 dollars le baril, soit une perte de 2 dollars et de 2,79 en pourcentage.
Cette baisse des prix du pétrole intervient dans un contexte d’inquiétudes quant à la possibilité d’une guerre commerciale à grande échelle, qui pourrait affaiblir le commerce mondial et réduire la consommation d’énergie industrielle.
Les investisseurs attendent l’évolution de la situation pour déterminer si les conflits commerciaux entraîneront des mesures de rétorsion de la part des pays concernés. Ce qui pourrait exacerber les défis auxquels sont confrontés les marchés de l’énergie.
Les récentes décisions économiques prises par l’administration Trump ont provoqué de vives réactions à travers le monde, notamment en Europe, où la mise en place de nouveaux droits de douane a engendré une division sur la manière de répondre. Alors que certains plaident pour des négociations, d’autres optent pour des mesures de représailles. L’Union Européenne, par exemple, semble avoir trouvé un consensus politique pour répondre à ces nouvelles mesures, qui visent à renforcer l’économie américaine mais qui, selon les experts, risquent de perturber l’équilibre du commerce mondial.
Du côté européen, des discussions sont en cours sur l’impact de ces mesures sur les secteurs économiques, notamment les entreprises et les consommateurs européens, mais aussi américains. En conséquence, l’UE prévoit des contre-mesures, notamment un ensemble de taxes de l’ordre de 26 milliards d’euros sur les produits américains. Ces sanctions devraient entrer en vigueur d’ici la mi-avril, avec des ajustements supplémentaires possibles dans les mois à venir.
En Allemagne, le secteur automobile est particulièrement préoccupé. L’augmentation des droits de douane sur les voitures importées des États-Unis affecte non seulement les entreprises allemandes, mais également les ouvriers américains. En effet, des usines automobiles américaines, telles que celles des grandes marques allemandes, emploient des milliers de travailleurs sur le sol américain, et les nouvelles mesures pourraient faire grimper les prix des véhicules et perturber la production.
La France, quant à elle, se prépare à riposter en augmentant les taxes sur des services numériques américains, incluant des géants comme Google et Facebook. L’objectif est d’adopter une position coordonnée au sein de l’Union Européenne pour répondre aux augmentations de tarifs, tout en évitant d’aggraver la situation économique.
Trump, pour sa part, défend ses décisions en arguant que les nouvelles taxes sont un moyen de renforcer l’économie américaine et de rétablir un équilibre commercial. Cependant, les experts économiques soulignent les risques d’une inflation accrue, de la hausse des coûts de la vie, et d’un possible ralentissement économique mondial. Les relations avec des alliés traditionnels comme le Japon et la Corée du Sud sont également menacées, exacerbant la tension sur le commerce international.
Les conséquences de ces décisions pourraient redéfinir le système économique mondial tel qu’il existe depuis la Seconde Guerre mondiale, notamment en modifiant les dynamiques des échanges commerciaux entre les États-Unis et leurs partenaires historiques.
Le président américain, Donald Trump, a annoncé hier mercredi 02 avril 2025, une nouvelle série de droits de douane visant plusieurs pays à travers le monde. Ces mesures, qui concernent notamment plusieurs nations arabes, imposent des tarifs variables, avec un minimum fixé à 10 %.
La Tunisie figure parmi les pays les plus touchés par cette décision, avec un droit de douane de 28 % sur ses exportations vers les États-Unis. Cette mesure pourrait avoir des répercussions significatives sur le commerce bilatéral et certains secteurs clés de l’économie tunisienne.
Outre la Tunisie, d’autres pays arabes sont concernés par ces nouveaux tarifs douaniers :
Selon la Maison-Blanche, cette initiative s’inscrit dans une volonté de rééquilibrer les échanges commerciaux et de protéger les industries américaines. Toutefois, plusieurs experts mettent en garde contre un risque de tensions diplomatiques et d’une hausse des prix pour les consommateurs américains.
En Tunisie, aucune réaction officielle n’a encore été enregistrée, mais une telle mesure ne devrait pas passer inaperçue. Les acteurs du secteur industriel et commercial pourraient exprimer leurs préoccupations face à l’impact potentiel de ces nouveaux tarifs sur la compétitivité des exportations tunisiennes vers les États-Unis. Le gouvernement tunisien pourrait, quant à lui, engager des consultations afin d’évaluer les options à sa disposition pour répondre à cette décision américaine.
Il est à noter que les droits de douane entreront en vigueur en deux phases : le 5 avril 2025 pour la taxe de base de 10 %, et le 9 avril 2025 pour les tarifs spécifiques à chaque pays.
La Chine demande aux Etats-Unis d’annuler immédiatement leurs derniers droits de douane. Promettant, dans le cas contraire, des contre-mesures pour protéger ses propres intérêts. Et ce, après que le président Donald Trump a déclaré des taxes radicales sur tous les partenaires commerciaux des Etats-Unis dans le monde.
La décision des États-Unis ne tient pas compte de l’équilibre des intérêts atteint dans les négociations commerciales multilatérales au fil des ans et du fait qu’ils ont longtemps grandement bénéficié du commerce international. C’est ce qu’a déclaré le ministère chinois du Commerce dans un communiqué publié jeudi 3 avril 2025.
« La Chine s’oppose fermement à cela et prendra des contre-mesures pour protéger ses propres droits et intérêts », a déclaré le ministère. Alors que les plus grandes économies du monde semblent prêtes à s’enfoncer davantage dans une guerre commerciale. Laquelle risque de bouleverser les chaînes d’approvisionnement mondiales.
Rappelons que Trump a annoncé dans la soirée de mercredi 2 courant que la Chine serait frappée d’un tarif douanier de 34 %; et ce, en plus des 20 % qu’il avait déjà imposés plus tôt cette année. Ce qui porte le total des nouveaux prélèvements à 54 % et proche du chiffre de 60 % qu’il avait menacé d’imposer pendant sa campagne électorale.
Les exportateurs chinois, comme ceux de toutes les autres économies, seront confrontés à un tarif de base de 10 %, dans le cadre du nouveau prélèvement de 34 %, sur presque toutes les marchandises expédiées vers la plus grande économie de consommation du monde à partir de samedi 5 avril; avant que les « tarifs réciproques » restants, plus élevés, n’entrent en vigueur à partir du 9 avril.
L’avenir du système « minimis » et de l’accord commercial « Phase 1 »
Trump a signé également un décret exécutif fermant une faille commerciale connue sous le nom de « minimis ». Celle-ci a permis aux colis de faible valeur en provenance de Chine et de Hong Kong d’entrer aux États-Unis en franchise de droits.
Trump avait ordonné au représentant américain au Commerce de déterminer si la Chine respectait ses engagements dans le cadre de l’accord commercial « Phase 1 » de 2020 entre les États-Unis et la Chine d’ici le 1er avril.
L’accord obligeait la Chine à augmenter ses achats d’exportations américaines de 200 milliards de dollars sur une période de deux ans. Mais Pékin n’a pas réussi à atteindre ses objectifs lorsque la pandémie de COVID-19 a frappé.
La Chine a acheté pour 153 milliards de dollars de biens américains en 2017, avant le début de la guerre commerciale, selon les données des douanes chinoises. Et ce chiffre est passé à 164 milliards de dollars l’année dernière.
Tarifs mondiaux
« On peut dire que les tarifs douaniers imposés par le président Trump ailleurs sont ceux qui causeront le plus de maux de tête », a déclaré Ruby Osman, experte de la Chine au Tony Blair Institute for Global Change.
« Les entreprises chinoises ont réorienté leurs échanges commerciaux vers des pays comme le Vietnam et le Mexique pour éviter les sanctions américaines. Mais ces marchés sont désormais frappés par des droits de douane importants ».
Les stratégies « Chine + 1 » ont été adoptées par les exportateurs chinois et les multinationales qui avaient fait de cette puissance de production le cœur de leurs chaînes d’approvisionnement durant le premier mandat de Trump.
Mais avec l’Inde, le Mexique, le Vietnam et la Malaisie – les pays qui ont le plus bénéficié de ce changement – confrontés à des droits de douane compris entre 24 % et 46 %, l’avantage de coût de la délocalisation de la production hors de Chine est considérablement réduit.
Les tarifs douaniers de Trump pourraient encourager la Chine à intensifier ses échanges commerciaux avec des marchés alternatifs. Mais aucun autre pays ne se rapproche actuellement de la puissance de consommation des États-Unis, où les producteurs chinois vendent pour plus de 400 milliards de dollars de marchandises chaque année.
« Les tarifs douaniers de Trump n’aideront certainement pas les entreprises chinoises et causeront de réelles difficultés dans certains secteurs. Mais ils n’auront pas d’impact définitif sur l’économie chinoise ». C’est ce qu’a déclaré William Hurst, professeur Chong Hua de développement chinois à l’Université de Cambridge.
« Les exportations américaines sont de moins en moins importantes pour la Chine. Les droits de douane américains stimuleront les échanges commerciaux chinois avec d’autres pays, de l’Europe à l’Asie du Sud-Est et à l’Afrique », a-t-il ajouté.
Objectif « 5% » de croissance maintenu
D’ailleurs, la Chine a maintenu son objectif économique pour cette année inchangé à « environ 5 % ». Malgré les salves de tarifs douaniers de Trump qui pourraient stopper une reprise largement tirée par les exportations en cours depuis la fin de la pandémie de COVID-19.
En outre, le gouvernement s’est engagé à : mettre en place davantage de mesures de relance budgétaire; augmenter l’émission de dette; assouplir davantage la politique monétaire; et à mettre davantage l’accent sur la stimulation de la demande intérieure pour amortir l’impact de la guerre commerciale.
« La Chine savait que ce jour arriverait bien à l’avance. Les annonces de relance relativement modérées lors des deux sessions de mars étaient un calcul, pas un oubli ». Ainsi a ajouté Mme Osman, faisant référence aux réunions parlementaires annuelles de la Chine.
« Pékin a délibérément gardé davantage de réserves, tant en termes de mesures de relance intérieures que de mesures de rétorsion, au cas où il devrait réagir plus énergiquement », a-t-elle poursuivi.
Enfin, le président chinois Xi Jinping pourrait entrer dans la mêlée, suite aux informations selon lesquelles les deux dirigeants pourraient se rencontrer en juin aux États-Unis.
La dernière série de droits de douane américains dévoilée dans la soirée de mercredi 2 avril 2025 va encore saper la vigueur d’une économie mondiale à peine remise de la poussée d’inflation post-pandémique, plombée par une dette record et perturbée par des conflits géopolitiques.
Selon la manière dont le président Donald Trump et les dirigeants d’autres nations procèdent désormais, cela pourrait également être considéré comme un tournant pour un système mondialisé qui, jusqu’à présent, tenait pour acquis la force et la fiabilité de l’Amérique, sa plus grande composante.
« Les tarifs douaniers de Trump risquent de détruire l’ordre mondial de libre-échange que les États-Unis ont eux-mêmes mené depuis la Seconde Guerre mondiale », a déclaré Takahide Kiuchi, économiste exécutif au Nomura Research Institute.
Mais dans les mois à venir, ce sont les effets purs et simples de hausse des prix – et donc de baisse de la demande – des nouvelles taxes appliquées à des milliers de biens achetés et vendus par les consommateurs et les entreprises à travers la planète qui prévaudront.
« Je vois cela comme une dérive de l’économie américaine et mondiale vers de moins bonnes performances, davantage d’incertitude et peut-être vers ce que nous pourrions appeler une récession mondiale », a déclaré Antonio Fatas, macroéconomiste à l’INSEAD, école de commerce en France.
S’exprimant dans la roseraie de la Maison Blanche, Trump a déclaré qu’il imposerait un tarif de base de 10 % sur toutes les importations et a présenté un graphique montrant des droits plus élevés sur certains des plus grands partenaires commerciaux du pays, dont 34 % sur la Chine et 20 % sur l’Union européenne.
Un grand risque
Un tarif douanier de 25 % sur les automobiles et les pièces détachées a été confirmé plus tôt. Trump a déclaré que ces droits de douane permettraient aux États-Unis de restituer des capacités de production stratégiquement vitales.
En raison des nouvelles taxes mondiales imposées par Trump, le taux de droits de douane américain sur toutes les importations est passé de seulement 2,5 % en 2024 à 22 % – un taux observé pour la dernière fois vers 1910 -, a déclaré Olu Sonola, responsable de la recherche économique américaine chez Fitch Ratings.
« C’est un tournant, non seulement pour l’économie américaine, mais aussi pour l’économie mondiale », a déclaré Sonola. « De nombreux pays vont probablement se retrouver en récession »
La directrice générale du FMI, Kristalina Georgieva, a déclaré lors d’une conférence cette semaine qu’elle ne prévoyait pas de récession mondiale pour l’instant. Mais elle a ajouté que le Fonds devrait prochainement procéder à une légère correction à la baisse de sa prévision de croissance mondiale de 3,3 % pour 2025.
Menaces sur les économies asiatiques
Mais l’impact sur les économies nationales devrait être très différent, étant donné l’éventail des tarifs douaniers allant de 10 % pour la Grande-Bretagne à 49 % pour le Cambodge.
Si le résultat est une guerre commerciale plus large, cela aurait des répercussions encore plus importantes pour les producteurs comme la Chine, qui se retrouveraient à la recherche de nouveaux marchés face à une faible consommation intérieure.
« Les économies asiatiques seront plus durement touchées que la plupart des autres par les droits de douane réciproques imposés par les États-Unis », a déclaré Marcel Thieliant, responsable Asie-Pacifique chez Capital Economics. « Non seulement les économies asiatiques sont soumises à des droits de douane plus élevés que beaucoup d’autres, mais elles sont aussi plus dépendantes de la demande américaine en biens que la plupart ».
Si les tarifs douaniers poussent les États-Unis eux-mêmes vers la récession, cela pèsera lourdement sur les pays en développement dont la fortune est étroitement liée à celle de la plus grande économie du monde.
Déjà, les actions ont plongé et les investisseurs se sont précipités vers la sécurité des obligations, de l’or et du yen ce jeudi 3 avril en raison des inquiétudes économiques accrues.
Les États-Unis imposent de nouvelles taxes douanières sur les importations, à compter de mercredi 2 avril 2025, a annoncé le président Donald Trump. Selon la Maison Blanche, ces droits de douane pourraient rapporter 600 milliards de dollars par an, soit six trillions de dollars sur une décennie. Trump qualifie ce jour de “jour de libération pour l’Amérique”, estimant que ses prédécesseurs n’ont pas réussi à gérer les relations commerciales avec des pays ayant des excédents commerciaux importants. Il met également en avant que les entreprises produisant sur le sol américain seront exemptées de ces droits.
Cette mesure a déjà provoqué des réactions internationales, notamment de la part de la Chine, qui a restreint les investissements de ses entreprises aux États-Unis afin d’exercer une pression dans d’éventuelles négociations futures. La Chine, premier partenaire commercial des États-Unis, a en 2023 enregistré un excédent commercial avec l’Amérique de 32 milliards de dollars.
Le Royaume-Uni, de son côté, s’est déclaré prêt à gérer les conséquences de ces nouvelles taxes tout en privilégiant le dialogue avec Washington. Le Premier ministre Keir Starmer a souligné que toute guerre commerciale nuirait à tous et a mis en avant la nécessité d’une approche calme et pragmatique dans les discussions futures.
Les entreprises américaines, comme Nike, Walmart, Ford et General Motors, qui produisent à l’étranger, risquent d’être les premières touchées par ces droits de douane. Nike, par exemple, qui fabrique une grande partie de ses chaussures au Vietnam, pourrait voir ses coûts augmenter. De même, Ford prévoit que les nouvelles taxes affecteront ses chaînes d’approvisionnement internationales, impactant ainsi les consommateurs et les commerçants. Boeing, l’un des leaders de l’industrie aéronautique, pourrait également souffrir d’une hausse des coûts de production en raison de ces taxes.
Les nouvelles mesures risquent de perturber non seulement les grandes entreprises américaines, mais aussi les relations commerciales internationales. Plusieurs pays, comme la Chine et l’Union européenne, ont déjà annoncé des représailles potentielles, ouvrant la voie à une guerre commerciale globale.
On le redoutait, malheureusement on n’y a pas échappé. A l’instar de 179 autres pays, la Tunisie « écope » de 28 % d’imposition de droits de douane sur ses produits exportés sur le marché américain.
Donald Trump, le président américain, a décrété, mercredi 2 avril, une nouvelle batterie de tarifs douaniers, applicables en partie dès le week-end (du 5 avril).
En effet, dans une première phase, tous les produits entrant aux Etats Unis seront taxés à hauteur d’au moins 10 % à partir du 5 avril. Et dans une deuxième phase, des droits de douanes entreront en vigueur sur les produits chinois à hauteur de 34 %. Les produits taiwanais subiront, eux, une taxe de 32 %. Ceux indiens seront taxés de 26 % de droits de douanes. Contre 24 % pour les japonais, et 20 % ceux venant l’Union européenne.
Bien évidement, le chef de la La Maison Blanche n’a pas épargné les importations de la Tunisie aux Etats-Unis qui subiront 28 % de droits de douane. A noter au passage que la Tunisie exporte principalement de l’huile de l’olive aux USA, néanmoins la balance commerciale est excédentaire en faveur de la Tunisie.
En revanche, le Maroc ne supportera qu’une taxe de 10 % seulement, a priori à cause de l’accord de libre-échange liant les deux pays. Tiens, Trump a des amis « pays »!
La guerre commerciale lancée par l’administration Trump contre le reste du monde a suscité des débats passionnés sur les conséquences d’une telle politique. Le dollar américain, en tant que monnaie de référence mondiale, joue un rôle central dans cette dynamique.
Toutefois, la stratégie adoptée par le président américain pourrait créer des effets boomerangs, nuisant non seulement aux partenaires commerciaux, mais également aux États-Unis eux-mêmes.
Et les implications de cette guerre commerciale sur l’économie tunisienne méritent une attention particulière.
La guerre des changes : un contexte historique
La guerre des changes est une dynamique où les pays s’efforcent de dévaluer leur monnaie pour rendre leurs exportations plus compétitives. Cette pratique, bien que tentante, a souvent des côtés sombres.
Dans les années 1930, des dépréciations successives ont engendré une spirale de récessions économiques, où aucun pays n’est réellement sorti gagnant. En ce sens, la guerre commerciale de Trump pourrait être vue comme un retour à des pratiques économiques désuètes, où l’absence de coopération internationale peut mener à un isolement économique.
Dans le contexte actuel, la Chine a souvent été accusée de manipuler sa monnaie pour favoriser ses exportations. Cela a conduit à des tensions croissantes, où les États-Unis, sous la direction de Trump, semblent vouloir appliquer des mesures de réciprocité, augmentant les droits de douane tout en appelant à une dépréciation significative du dollar.
L’idée est claire : en rendant le dollar moins fort, les exportations américaines gagneraient en compétitivité. Cependant, cette approche présente des risques considérables.
Le dollar, arme monétaire
Sous l’influence de Stephen Miran, conseiller économique clé, Trump a fait le choix d’utiliser le dollar non seulement comme une monnaie d’échange, mais comme une arme dans la guerre commerciale.
L’idée est claire : en rendant le dollar moins fort, les exportations américaines gagneraient en compétitivité. Cependant, cette approche présente des risques considérables.
La dépréciation du dollar, couplée à des droits de douane élevés, pourrait provoquer une augmentation des prix à la consommation. Les produits importés deviendraient plus coûteux, ce qui générerait une inflation qui pourrait rapidement se transformer en une crise économique.
La crainte d’une inflation galopante pourrait également susciter des tensions sociales croissantes, notamment dans un climat politique déjà polarisé.
En outre, l’anticipation d’une dépréciation du dollar pourrait dissuader les investisseurs étrangers d’acheter des actifs libellés en dollars, mettant ainsi en péril la capacité des États-Unis à financer leurs déficits.
Une stratégie autodestructrice ?
L’approche protectionniste de Trump pourrait donc s’avérer contre-productive, tant sur le plan économique que politique. En effet, la hausse des prix due à l’inflation pourrait nuire à la classe moyenne américaine, réduisant ainsi le pouvoir d’achat et provoquant une montée des tensions sociales.
De plus, les déficits jumeaux des États-Unis – le déficit commercial et le déficit budgétaire – posent un défi majeur. Le financement des déficits dépend largement des investissements étrangers.
Cette situation pourrait se retourner contre l’administration, surtout à l’approche des élections de mi-mandat de 2026, où l’insatisfaction populaire pourrait se traduire par des pertes électorales.
De plus, les déficits jumeaux des États-Unis – le déficit commercial et le déficit budgétaire – posent un défi majeur. Le financement des déficits dépend largement des investissements étrangers.
Les investisseurs craignent une dépréciation du dollar, ils pourraient choisir de diversifier leurs portefeuilles en se tournant vers d’autres devises, comme l’euro ou le yuan. Cela pourrait entraîner une hausse des taux d’intérêt pour compenser le risque accru, annihilant ainsi les gains de compétitivité escomptés par la dépréciation du dollar.
L’impact sur l’économie tunisienne?
Les répercussions de cette stratégie ne se limitent pas aux frontières américaines. Pour la Tunisie qui dépend fortement des exportations et des investissements étrangers, les implications pourraient être significatives.
Théoriquement, une dépréciation du dollar pourrait offrir une opportunité pour les exportations tunisiennes, rendant les produits tunisiens plus attractifs sur le marché américain. Cependant, la réalité est plus nuancée.
Une inflation accrue aux États-Unis pourrait entraîner une réduction de la demande pour les biens importés, y compris ceux en provenance de Tunisie. Les consommateurs américains, confrontés à des prix en hausse, pourraient réduire leurs dépenses, affectant ainsi les exportations tunisiennes.
De plus, l’incertitude économique liée à la guerre commerciale pourrait rendre les investisseurs étrangers plus prudents, entraînant une baisse des investissements directs étrangers en Tunisie, ce qui pourrait freiner la croissance économique du pays.
En outre, la nécessité de diversifier les marchés d’exportation devient encore plus pressante pour la Tunisie. En réponse à la guerre commerciale américaine, le pays pourrait envisager de renforcer ses liens commerciaux avec d’autres régions, notamment l’Union européenne et les pays d’Afrique, afin de réduire sa dépendance à l’égard du marché américain.
Pour la Tunisie, ces développements soulignent la nécessité d’une stratégie économique adaptative et résiliente. Face à une instabilité mondiale croissante, les décideurs tunisiens doivent naviguer avec précaution, en cherchant à diversifier les partenariats commerciaux et en renforçant la position du pays dans un environnement économique incertain.
En définitive, la guerre commerciale menée par l’administration Trump, centrée sur une dépréciation stratégique du dollar, soulève des questions sur la viabilité de cette approche à court et à long terme.
Tandis que les États-Unis tentent de protéger leur marché intérieur, ils s’exposent à des conséquences économiques indésirables qui pourraient nuire à leur position sur la scène mondiale.
Pour la Tunisie, ces développements soulignent la nécessité d’une stratégie économique adaptative et résiliente. Face à une instabilité mondiale croissante, les décideurs tunisiens doivent naviguer avec précaution, en cherchant à diversifier les partenariats commerciaux et en renforçant la position du pays dans un environnement économique incertain.
La coopération internationale et la planification stratégique seront essentielles pour atténuer les impacts négatifs de la guerre commerciale sur l’économie du pays.
L’économie américaine se trouve aujourd’hui à un point de rupture historique. Entre une dette fédérale vertigineuse, des taux d’intérêt élevés, un déficit budgétaire hors de contrôle et une inflation persistante, les marges de manœuvre de la première puissance mondiale s’amenuisent. Incapable de corriger ses déséquilibres par les outils budgétaires classiques, l’administration Trump serait tentée de recourir à des leviers monétaires non conventionnels : affaiblissement volontaire du dollar, restructuration sélective de la dette, voire lancement d’un crypto-dollar souverain. Mais ces choix — aux implications géopolitiques majeures — feraient peser un risque systémique inédit sur l’économie mondiale, en particulier sur celles des pays du Sud Global.
Yahya Ould Amar *
Ce basculement stratégique, inspiré de l’héritage du Plaza Accord, signale une redéfinition potentielle de l’ordre économique global, dans un climat politique américain profondément fragmenté, où la cohérence doctrinale et la discipline institutionnelle font défaut.
La conjonction d’un niveau élevé des taux d’intérêt, d’une inflation persistante et d’un endettement public historique — évalué à 36 500 milliards de dollars, dont 28 900 milliards arriveront à échéance au cours du mandat de Trump — réduit drastiquement la flexibilité budgétaire de l’administration américaine.
À ce fardeau s’ajoutent un déficit annuel de près de 1900 milliards de dollars et une charge d’intérêt estimée à près de 900 milliards de dollars par an. Or, avec un taux d’intérêt moyen actuel sur la dette fédérale de 2,7 %, la dette arrivant à maturité devra être refinancée à des conditions moins favorables, à des taux dépassant les 4%. Cette dynamique entraînera une hausse mécanique du service de la dette, qui pourrait passer de 900 milliards à plus de 1500 milliards de dollars par an dans les toutes prochaines années, exacerbant le risque d’effet boule de neige sur les finances publiques.
Economie sous contrainte, géopolitique sous pression
Dans ce contexte, les choix politiques, économiques et géostratégiques de Washington seront nécessairement subordonnés à une contrainte de soutenabilité budgétaire croissante, forçant l’administration Trump à arbitrer entre stabilité financière, ambition géopolitique et impératifs de croissance.
Certes, un ratio d’endettement public avoisinant aujourd’hui les 130% du PIB ne constitue pas, en soi, un facteur déclencheur immédiat de crise dans un monde où le dollar demeure la principale monnaie de réserve et où la demande pour les obligations du Trésor américain reste soutenue. Ce seuil ne devient véritablement critique qu’au-delà de 250%, niveau à partir duquel la confiance des marchés, à l’égard des États-Unis, pourrait vaciller, compliquant le financement des déficits et contraignant la Federal Reserve (FED) – la Banque centrale américaine – à des choix douloureux entre inflation, croissance et stabilité monétaire.
À ces vulnérabilités économiques majeures s’ajoutent des contraintes institutionnelles structurelles et une incertitude politique grandissante, nourrie par le caractère encore incertain des résultats de la politique économique menée à l’approche des élections de mi-mandat, prévues dans un an et huit mois. Ce scrutin, qui renouvellera l’ensemble des 435 sièges de la Chambre des représentants ainsi qu’un tiers des 100 sièges du Sénat, pourrait profondément reconfigurer les équilibres du pouvoir législatif et, partant, la capacité de l’exécutif à mettre en œuvre son agenda.
Le président Trump ne dispose ni d’un contrôle effectif sur le Congrès (élection de John Thune à la tête des sénateurs républicains, au détriment de Rick Scott, le préféré de Trump), ni d’un ascendant incontesté sur l’ensemble de son parti, limitant de facto sa capacité à abroger des textes structurants tels que l’Inflation Reduction Act – IRA (de nombreux États républicains bénéficient directement des investissements de l’IRA).
Cette fragilité politique est aggravée par une équipe économique fragmentée, où coexistent sans cohérence doctrinale des profils technocratiques, des faucons protectionnistes et des représentants des intérêts financiers de Wall Street.
En l’absence de vision stratégique unifiée en raison des clivages idéologiques et d’un pilotage institutionnel stabilisateur, les orientations économiques de l’administration Trump pourraient non seulement accentuer la volatilité macroéconomique dans le monde, mais aussi perturber l’équilibre financier international, dans un contexte où la prévisibilité et la cohérence des politiques publiques deviennent des actifs critiques.
La doctrine Trump : vers un affaiblissement monétaire assumé
Face à la dérive de l’endettement, les réponses classiques – relèvement des impôts, réduction des dépenses discrétionnaires, retour à une stricte discipline budgétaire – apparaissent insuffisantes, voire inopérantes. Le total des recettes fiscales fédérales s’élève à environ 5 000 milliards de dollars par an, un niveau structurellement insuffisant au regard des besoins budgétaires actuels. Même en envisageant une hausse théorique de 50% des impôts, hypothèse économiquement irréaliste et politiquement inapplicable, le déséquilibre fondamental des finances publiques américaines ne serait pas résorbé.
Faute de marges budgétaires et conscient de la position centrale du dollar dans l’ordre monétaire international offrant une latitude unique dont aucun autre pays ne dispose, l’attention de l’équipe économique de Trump se déplace alors vers les leviers monétaires et commerciaux.
Dans la vision qui semble se dessiner, Trump attribue l’érosion de l’économie américaine à un dollar structurellement surévalué, conséquence directe de son statut de monnaie de réserve mondiale, qui attire les capitaux internationaux mais pénalise la compétitivité industrielle des États-Unis. Ce déséquilibre, amplifié selon lui par les subventions injustes accordées à l’industrie dans des pays comme la Chine, aurait conduit à la désindustrialisation, à l’explosion des importations et à la perte d’emplois — un diagnostic qu’il conviendrait toutefois de nuancer : le taux de chômage américain demeure proche de 4%, soit un quasi plein emploi, et l’économie regorge d’emplois de qualité dans les secteurs non industriels à haute valeur ajoutée notamment les technologies de pointe.
À cela s’ajoute, dans sa lecture, le rôle stratégique des États-Unis en tant que garant de la sécurité mondiale, qui engendre un fardeau militaire croissant, financé par une dette publique soutenable uniquement grâce à la primauté du dollar.
Dans ce cadre, Trump considère qu’un affaiblissement volontaire du dollar, combiné à une limitation des importations et à un rééquilibrage du partage des dépenses de défense avec les alliés, permettrait de restaurer l’appareil productif national. Ceux qui refuseraient ces nouvelles règles du jeu seraient, selon cette doctrine, privés de la protection sécuritaire américaine.
Cependant, cette analyse fondée sur la seule appréciation du dollar apparaît aujourd’hui discutable. Si le billet vert a connu d’importantes fluctuations, l’indice du dollar (DXY), mesuré face à un panier de six grandes devises, se situe actuellement autour de 104, un niveau déprécié par rapport à celui de janvier 1971, où il culminait à 120.
Dévaluer pour dominer : l’héritage du Plaza
Cette vision n’est pas sans rappeler l’Accord du Plaza de 1985, lorsque les États-Unis, rejoints par la France, le Japon, l’Allemagne de l’Ouest et le Royaume-Uni, avaient coordonné leurs efforts pour provoquer une dépréciation du dollar, jugé alors excessivement fort. Ce précédent historique résonne aujourd’hui avec une acuité particulière, tant il semble offrir une grille de lecture intellectuelle aux orientations actuelles de la politique économique et stratégique américaine. L’affaiblissement délibéré du dollar, loin d’être une simple tactique conjoncturelle, s’inscrit de plus en plus clairement dans une doctrine cohérente visant à restaurer la compétitivité industrielle, rééquilibrer les charges géopolitiques et redéfinir les rapports de force commerciaux et sécuritaires.
Dans le contexte actuel de marchés financiers hautement interconnectés et dominés par des acteurs privés, tenter de piloter le niveau du dollar via une intervention concertée ou unilatérale serait infiniment plus complexe qu’à l’époque du Plaza Accord où la majorité des monnaies étaient encore administrées par les banques centrales et les marchés financiers jouaient un rôle beaucoup plus marginal dans les économies.
Pour mémoire, le volume des transactions sur le seul marché des changes équivaut, en à peine deux semaines, à l’intégralité du produit intérieur brut mondial annuel. Ce simple ordre de grandeur illustre à quel point les États ou banques centrales, malgré leur puissance nominale, pèsent peu face à la profondeur, la vitesse et la masse de feu des marchés financiers internationaux. Toute tentative de manipulation monétaire ou d’intervention unilatérale s’y heurte à des dynamiques systémiques largement hors de portée du contrôle public.
Les droits de douane
Les droits de douane instaurés par l’administration Trump apparaissent vraisemblablement comme le prélude à une stratégie plus large visant à refaçonner l’économie par le biais d’une dévaluation progressive du dollar, amorcée dès son arrivée au pouvoir. En combinant un retrait méthodique des engagements multilatéraux, des pressions accrues sur les partenaires traditionnels — notamment européens, canadiens, mexicains — ainsi que des incitations fiscales ciblées en faveur de l’investissement productif domestique, Trump initie une dynamique de désaffection relative envers le dollar.
Vers une restructuration de la dette américaine?
Dans ce contexte, une mesure encore hypothétique mais de plus en plus discutée à Washington serait une restructuration explicite de la dette publique américaine. Celle-ci pourrait prendre la forme, entre autres, d’une taxation des coupons obligataires perçus par les non-résidents, d’une réduction unilatérale des taux faciaux des obligations du Trésor américain. Une telle évolution remettrait en cause l’intégrité perçue d’un pilier central de l’architecture financière mondiale : la dette souveraine américaine, dont moins d’un tiers est actuellement détenue par des entités étrangères, mais qui demeure le principal actif de réserve à l’échelle planétaire. Le risque majeur réside dans le reflux des capitaux étrangers hors des Titres du Trésor qui provoquerait une hausse brutale des taux d’intérêt américains, se répercutant instantanément sur les taux de référence internationaux.
Dans la logique doctrinale de l’équipe Trump, une telle restructuration de la dette publique ne pourrait qu’être suivie d’une intervention massive sur les marchés des changes. Faute de consensus international, notamment avec les alliés et partenaires des Etats-Unis, la stratégie américaine pourrait alors basculer vers des mesures unilatérales coercitives, visant à restreindre les flux de capitaux entrants ou à taxer les achats étrangers de titres du Trésor américain. Si de telles actions contribueraient mécaniquement à affaiblir le dollar, elles exerceraient en revanche une pression haussière sur les taux d’intérêt américains, allant à rebours des objectifs de relance économique et de soutenabilité budgétaire.
Une autre option envisagée serait d’imposer aux détenteurs étrangers une conversion forcée de leurs titres en obligations du Trésor à très longue maturité — 50 ou 100 ans —, peu liquides, mais adossées à des lignes de swap de court terme mises en place par la Réserve fédérale (FED). Ce mécanisme, reposant sur des accords bilatéraux entre la FED et d’autres banques centrales, permettrait à ces dernières d’obtenir des dollars contre leur propre monnaie, avec engagement de rachat à une échéance convenue, au même taux de change, majoré d’un intérêt. Cette architecture viserait à lisser les tensions de liquidité, tout en forçant une extension de la duration de la dette détenue par les non-résidents.
Un fonds souverain pour peser sur la valeur du dollar
Parallèlement, l’administration pourrait également envisager la création d’un fonds souverain américain, financé par endettement ou réallocation budgétaire, dont l’objectif serait de procéder à des achats massifs d’actifs étrangers pour peser structurellement sur la valeur du dollar. Ce levier financier pourrait être combiné à des instruments de pression géopolitique — notamment tarifaires ou militaires — pour inciter, voire contraindre, des partenaires stratégiques tels que l’Europe, le Canada, le Japon, Taïwan, la Corée du Sud ou l’Arabie Saoudite à souscrire à des titres de dette à très long terme – 50 ou 100 ans.
L’inflation comme outil d’érosion discrète
Moins visible mais historiquement redoutablement efficace, l’approche qui consisterait à laisser l’inflation autour de 4% éroder progressivement la valeur réelle des dettes. Cette stratégie peut être pilotée de manière indirecte par des choix politiques : en exerçant une pression sur la Réserve fédérale pour qu’elle baisse ou limite les relèvements de taux, en nommant des gouverneurs favorables à une politique monétaire accommodante, et en façonnant un discours public centré sur la croissance et l’emploi. Trump a déjà demandé à la FED de faire baisser son taux directeur (Federal Funds Rate).
Monnaie digitale adossée aux titres du Trésor à échéance
Plus audacieuse, mais porteuse d’un potentiel stratégique considérable, l’introduction d’une monnaie digitale souveraine américaine adossée aux titres du Trésor à maturités longues : 50 ou 100 ans – un crypto-dollar officiel – représenterait une véritable innovation de rupture dans l’ordre monétaire international.
Conçue comme un instrument exclusivement garanti par la dette fédérale à très long terme, et accessible aux banques centrales étrangères via un réseau sécurisé, cette devise numérique consoliderait le rôle des obligations du Trésor sur 50 ou 100 ans en tant que collatéral de référence à l’échelle mondiale. Un tel dispositif constituerait un levier inédit de projection de la puissance monétaire américaine à l’ère numérique.
Dollar faible entre soulagement géopolitique et risque systémique
Toutefois, affaiblir significativement le dollar reviendrait sans doute à un renchérissement des prix à l’importation aux Etats-Unis mais aussi à une remontée brutale des taux d’intérêt domestiques avec un risque systémique de panique des marchés financiers s’ils venaient à douter de la solvabilité ou de la fiabilité du Trésor américain. Une telle rupture de confiance dégraderait profondément la crédibilité du dollar en tant que monnaie de réserve mondiale et rendrait à terme insoutenable le service de la dette fédérale.
Certes, ces scénarios comportent des risques majeurs mais l’histoire économique est sans appel : les grandes crises systémiques surviennent non parce qu’aucune solution n’existe, mais parce que les dirigeants refusent d’embrasser la complexité et d’agir à temps. L’inaction équivaudrait à exposer l’économie mondiale à une crise évitable, dont le fardeau pèserait de manière disproportionnée sur les pays les plus vulnérables. Mais comment espérer bâtir un consensus international équilibré lorsque l’administration américaine actuelle récuse les principes mêmes du multilatéralisme?
Enfin, une politique américaine visant à affaiblir le dollar s’accompagnerait vraisemblablement d’un apaisement des tensions géostratégiques, notamment en mer de Chine ou au Moyen-Orient, afin de maintenir un climat de faible risque systémique.
En évitant de déclencher un effet refuge vers leurs propres actifs, les États-Unis chercheraient à limiter l’appréciation involontaire de leur monnaie. Si le coût d’une telle stratégie est porté à l’échelle globale, ses retombées, dans cette perspective, pourraient paradoxalement favoriser la stabilité internationale et contribuer à une forme de paix systémique, au moins temporairement.
Choc pour les économies du Sud Global
Si la vision de Trump, stratégiquement plausible, venait à concrétiser une politique américaine d’affaiblissement coordonné ou pas du dollar, les économies du Sud Global seraient en première ligne. Loin d’être un simple ajustement monétaire, ce projet représenterait une rupture majeure dans l’architecture économique mondiale, dont les conséquences se feraient sentir bien au-delà des frontières américaines.
La dépendance structurelle des économies du Sud au dollar — en tant que monnaie de facturation, d’endettement et de réserve — les rend particulièrement vulnérables à toute dévaluation du billet vert. Une telle évolution provoquerait une appréciation artificielle de nombreuses monnaies locales, détériorant leur compétitivité à l’export et réduisant la valeur réelle des réserves en dollars des pays. Dans les pays fortement dollarisés, cela se traduirait par une instabilité monétaire aiguë, une pression accrue sur les taux de change et des sorties de capitaux déstabilisatrices.
Resserrement financier au détriment du développement
En parallèle, l’un des axes clés de cette vision reposerait sur l’éviction des investisseurs étrangers des obligations du Trésor américain pour faire baisser la demande en dollar, via des mesures fiscales ou réglementaires. Ce retrait forcé ferait mécaniquement grimper les taux d’intérêt américains, avec un effet domino immédiat sur les taux mondiaux. Pour les pays en développement, cela signifierait un accès plus coûteux et plus restreint aux marchés internationaux de capitaux, une contrainte budgétaire renforcée, et des arbitrages douloureux entre service de la dette et investissement dans les priorités nationales.
À cela s’ajouteraient les retombées d’un climat commercial globalement plus conflictuel, caractérisé par le retour aux logiques bilatérales, les mesures de rétorsion et la fragmentation des chaînes d’approvisionnement — autant de facteurs qui affaibliraient l’intégration des pays du Sud dans le commerce mondial.
Fragmentation monétaire et recul du multilatéralisme
Enfin, au-delà de l’impact financier immédiat, la vision de Trump remettrait profondément en question les fondements du multilatéralisme économique. En substituant aux règles collectives une logique de rapports de force, les États-Unis fragiliseraient davantage encore des institutions déjà sous tension, comme l’OMC, le FMI ou la Banque mondiale — précisément celles où les pays du Sud peuvent encore faire entendre leur voix. Sur le plan monétaire, la perte de confiance dans le dollar pourrait contraindre ces pays à diversifier leurs ancrages, sans qu’aucune alternative crédible (euro, yuan, monnaies régionales) ne soit véritablement prête. Ce processus, s’il est précipité, risque d’aboutir à une fragmentation monétaire désordonnée, propice aux crises de change et à l’érosion des régulations financières nationales.
Stratégie de positionnement
Au-delà de la sphère diplomatique, la réponse du Sud Global doit être financièrement structurante. Il s’agit d’accélérer la diversification des ancrages monétaires par la mise en place de mécanismes régionaux robustes : paniers de devises pour le commerce intra-Sud, fonds de réserves multilatéraux, et accords de swap entre banques centrales du Sud.
Simultanément, le développement de marchés de capitaux régionaux devient un levier indispensable pour réduire la dépendance au dollar : cela implique le renforcement des bourses régionales, la création ou la consolidation d’agences de notation indépendantes, et un soutien accru aux banques publiques de développement. Cette stratégie vise à accroître la souveraineté financière, à amortir les chocs liés à la hausse des taux internationaux, et à offrir aux économies du Sud une capacité de financement endogène, plus prévisible et mieux adaptée à leurs priorités structurelles. Il s’agit de bâtir une architecture économique plus résiliente, fondée sur la coopération Sud-Sud, l’innovation monétaire et la réduction des asymétries systémiques.
En somme, la doctrine émergente autour d’un dollar affaibli, d’un repli fiscal et d’un désengagement multilatéral marque une rupture avec l’ordre économique qui a prévalu depuis l’après-guerre. Si cette stratégie offre, à court terme, une illusion de réindustrialisation et de souveraineté budgétaire, elle ouvre en réalité la voie à une instabilité financière accrue, à une fragmentation monétaire mondiale et à une remise en cause des équilibres multilatéraux.
Pour les économies du Sud Global, l’enjeu est vital : il ne s’agit plus seulement de s’adapter, mais de construire une réponse proactive et coordonnée, afin de préserver leur souveraineté économique et d’éviter d’être les victimes collatérales d’une nouvelle ère de désordre financier international.
Le président américain Donald Trump a annoncé mercredi l’instauration de nouvelles taxes douanières sur les produits importés de différents pays, dont la Tunisie. Ces droits de douane varient, mais aucun n’est inférieur à 10 %. Ainsi, les produits tunisiens seront désormais soumis à une taxe de 28 %, une mesure qui s’inscrit dans la politique […]
Donald Trump, 78 ans, vient d’affirmer qu’il y avait « des méthodes » pour briguer un nouveau mandat; alors que la Constitution américaine l’en empêche. Un scénario improbable? Il faut s’attendre à tout de la part du fantasque milliardaire républicain.
Faut-il prendre au sérieux l’imprévisible Donald Trump quand il déclare « ne pas plaisanter » à propos de son souhait de se présenter pour un troisième mandat de président des États-Unis?
Pourtant, le 22ᵉ amendement de la Constitution américaine– inspiré par la tradition instaurée par George Washington, qui aura refusé de briguer un troisième mandat et introduit après Franklin D. Roosevelt, seul président à avoir été élu quatre fois (1932, 1936, 1940, 1944)- stipule sans ambigüité aucune que : « Nul ne pourra être élu à la charge de président plus de deux fois, et nul qui a exercé la charge de président pendant plus de deux ans d’un mandat pour lequel une autre personne a été élue président ne pourra être élu à la charge de président plus d’une fois ». En résumé, cet amendement interdit à toute personne d’occuper la présidence pendant plus de deux mandats de quatre ans.
Contourner la Constitution?
Le 45e président des Etats-Unis compte-t-il braver l’une des plus anciennes constitutions en vigueur au monde?
Plutôt contourner le texte fondamental d’une manière sournoise : « Il existe des méthodes pour faire ça ». C’est ce qu’il a déclaré dimanche 30 mars lors d’une interview téléphonique avec la chaîne NBC. Tout en assurant que « beaucoup de gens veulent [qu’il le] fasse ». Avant d’ajouter qu’il était actuellement « bien trop tôt pour y penser ».
Pour rappel, ce n’est pas la première fois que le milliardaire américain de 78 ans- qui vient d’entamer son deuxième mandat, après avoir déjà été président entre 2017 et 2021- fait ce genre de commentaires.
Selon le New York Times, il avait déjà dit à des élus républicains : « J’imagine que je ne me présenterai pas à nouveau à moins que vous ne disiez : — Il est si bon que nous devions trouver un moyen ».
De plus, en janvier, il a déclaré à ses partisans que ce serait « le plus grand honneur de ma vie de servir non pas une fois, mais deux, trois ou quatre fois ». Ajoutant qu’il ne « savait pas » s’il lui était interdit de se présenter à nouveau à la présidentielle. Troublant.
Scénario russe
Mais qui l’empêcherait de s’inspirer du cas de Vladimir Poutine, le dirigeant russe qu’il admire tant?
Souvenez-vous, l’homme fort du Kremlin Poutine utilisa dans le passé un passe-passe juridique pour contourner la Constitution russe qui interdit d’effectuer plus de deux mandats consécutifs à la présidence. Ainsi, après avoir accompli deux mandats (2000-2008), il n’avait plus le droit de se représenter en 2008. Alors que faire? Soutenir son Premier ministre Dmitri Medvedev pour devenir président en 2008; puis, une fois élu, Medvedev nommait immédiatement Poutine Premier ministre. Ce qui lui permis de conserver un contrôle total sur le pouvoir.
En 2012, Medvedev n’a pas cherché à se faire réélire et a laissé la place à Poutine, qui est redevenu président. Ensuite, la durée du mandat présidentiel fut allongée de quatre à six ans, permettant à Poutine de rester au pouvoir jusqu’en 2036. Génial comme manœuvre politico-judiciaire!
D’ailleurs, interrogé par NBC sur cet éventuel scénario- dans lequel le vice-président, J. D. Vance se présenterait à l’élection présidentielle et lui céderait ensuite sa place- Trump a répondu que c’était « une » méthode. Tout en ajoutant qu’il « en existait d’autres ».
En effet, selon ce scénario un peu tiré par les cheveux, Donald Trump pourrait lors de l’élection de 2028 être le colistier d’un autre candidat à la vice-présidence; peut-être même de son propre vice-président, JD Vance. En cas de victoire, le candidat pourrait prêter serment à la Maison Blanche, puis démissionner immédiatement, laissant Trump prendre le relais par voie de succession! Diabolique.
Ceci-dit, l’hypothèse que Trump soit élu vice-président sur un ticket dont le président s’effacerait à son profit, se heurterait au 12ᵉ amendement qui impose en effet les mêmes conditions d’éligibilité à la fonction de vice-président qu’à celle de président.
A moins d’amender la Constitution américaine, ce qui semble peu probable. En effet, l’amendement du texte fondamental suppose de réunir une majorité des deux tiers au Congrès avant une ratification par au moins 38 Etats américains. Or, si le parti républicain de Donald Trump contrôle les deux chambres du Congrès; il ne dispose pas de la majorité nécessaire. En outre, le parti démocrate contrôle 18 des 50 assemblées législatives des États.
Débat
Au final, et nonobstant les calculs alambiqués de M. Trump qui aura 82 ans à la fin de son mandat, il convient de relever que l’amendement du 22ᵉ article de la Constitution américaine soulève en Amérique un débat sur son impact sur la démocratie. Car constitue-t-il une protection contre les abus de pouvoir ou bien une atteinte à la souveraineté populaire?
D’un point de vue favorable à l’amendement, il s’agit d’un garde-fou démocratique empêchant l’émergence d’une présidence perpétuelle. Evitant ainsi une concentration excessive du pouvoir exécutif.
Cependant, en restreignant le choix des électeurs, il peut être perçu comme une entrave à la souveraineté populaire. Dans une démocratie, le fondement du pouvoir réside dans la volonté des citoyens, qui devraient avoir le droit de réélire indéfiniment un président s’ils le jugent compétent et efficace. Or, empêcher un dirigeant populaire de se représenter peut être perçu comme une contrainte. Laquelle va à l’encontre du principe démocratique selon lequel les électeurs sont les seuls juges du maintien ou non d’un chef d’État en fonction.
Evidemment, la deuxième thèse est âprement défendue par les soutiens traditionnels de l’actuel locataire de la Maison Blanche, en l’occurrence les chrétiens évangéliques, les populistes et l’Amérique rurale. Cela va de soi.
L’administration américaine annoncera de nouveaux droits de douane sur les marchandises étrangères en réponse aux tarifs douaniers et autres barrières commerciales imposées par de nombreux pays, dont des alliés de longue date des États-Unis.
La Maison Blanche n’a pas encore dévoilé le montant exact des droits de douane ni leur méthode de calcul, et dans un premier temps… Mais le président américain Donald Trump devrait annoncer personnellement les détails des restrictions.
Selon Bloomberg, ces droits de douane compenseront les barrières commerciales non tarifaires imposées par d’autres pays et seront appliqués de manière ciblée. Trump prévoit d’imposer des droits de douane de rétorsion à grande échelle aux États et aux blocs commerciaux, bien que des exemptions puissent s’appliquer aux pays qui n’ont pas perçu de droits de douane sur les produits américains et avec lesquels les États-Unis maintiennent un excédent commercial.
Les nouveaux tarifs refléteront les taux appliqués par d’autres pays et tiendront compte des subventions étrangères. Des sources indiquent que les conseillers du président américain envisagent un système de droits à trois niveaux, regroupant les pays en fonction de la sévérité de leurs barrières commerciales, telle que perçue par l’administration américaine.
Bloomberg note que les tarifs supplémentaires risquent de tendre davantage les relations avec les alliés et de déclencher des mesures de rétorsion. Ce qui pourrait aggraver les tensions commerciales.
L’homme est familier des revirements. N’a-t-il pas annoncé, le 11 mars 2025, qu’il n’allait sans doute pas doubler à 50 % les droits de douane sur l’acier et l’aluminium canadiens, revenant sur des annonces faites plus tôt dans la même journée ?
« Il n’y a qu’à… ! ». Le président Donald Trump, comme nombre de populistes, a fait de cet axiome un principe de gouvernement et une ligne de conduite. Il a décidé de fixer, et dès le 2 avril 2025, « 25 % de droits de douane supplémentaires sur le secteur automobile ». Au mépris des complexités des réalités économiques.
Evidemment, avec sa vision simpliste du monde, ces tarifs devraient booster inéluctablement la production américaine. Son schéma mental tient logiquement la route : les tarifs douaniers augmentent les prix des produits importés ce qui est une aubaine pour leurs équivalents vendus sur place. Ils deviennent plus compétitifs.
« Evidemment avec sa vision simpliste du monde, ces tarifs devraient booster inéluctablement la production américaine. Son schéma mental tient logiquement la route : les tarifs douaniers augmentent les prix des produits importés ce qui est une aubaine pour leur équivalent vendus sur place. Ils deviennent plus compétitifs ».
Une atteinte au vécu économique du pays
Sauf que cela n’est pas toujours vrai et surtout n’est pas aussi facile. Et ce, pour de nombreuses raisons. En se penchant sur le cas américain, de nombreux spécialistes ont démontré par a + b, comme on dit, et averti que non seulement cela ne fonctionne aussi bien que prévu, mais qu’il y a une atteinte au vécu économique du pays.
Exemple parmi d’autres : les Etats-Unis d’Amérique acquièrent au Mexique des pièces détachées pour les voitures qu’ils fabriquent : un véhicule est composé de plusieurs milliers de pièces. En 2021, les États-Unis ont importé, cela dit, pour plus de 60 milliards de dollars de pièces automobiles en provenance du Mexique (environ 186,3 milliards de dinars).
Des voitures américaines moins compétitives
Autant dire que les taxes sur ces pièces détachées ne peuvent ne pas être comptabilisées dans le coût total des automobiles. Cela dépendra du nombre des pièces détachées et de leur prix, mais le résultat pourrait être des voitures américaines moins compétitives.
Le président Trump, qui a réponse à tout, a peut-être la solution. Evitera-t-il, cependant, l’inflation ? Où sera-t-il amené à retarder l’application des taxes prévues ? Ou les abandonnera-t-il purement et simplement ? On sait que l’homme est familier des marches arrière.
« Le président Trump, qui a réponse à tout, a peut-être la solution. Evitera, cependant, l’inflation ? Où sera-t-il amené à retarder l’application des taxes prévues ? Ou les abandonnera-t-il purement et simplement ! On sait que l’homme est familier des marches arrière ».
Les familles démunies
Il est revenu, en janvier 2025, sur une mesure choc de gel des aides publiques fédérales. « Cela concernait potentiellement », nous dit notre confrère canadien, Le Devoir, « des centaines, voire des milliers de milliards de dollars irriguant tout le pays et bénéficiant aux personnes âgées, aux familles démunies ou encore aux anciens combattants ».
N’a-t-il pas annoncé, le 11 mars 2025, qu’il n’allait sans doute pas doubler à 50 % les droits de douane sur l’acier et l’aluminium canadiens, revenant sur des annonces faites plus tôt dans la même journée ?
« Il n’y a pas d’os dans une langue »
Nous dira-t-il, peut-être encore, qu’il n’a jamais dit qu’il n’a pas dit appliquer « 25 % de droits de douane supplémentaires sur le secteur automobile » ? N’a-t-il pas affirmé, par ailleurs, alors que des enregistrements existent, qu’il n’ait pas souvenance d’avoir qualifié, le 19 février 2025, le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, de « dictateur sans élection » ?
Un proverbe tunisien dit qu’« il n’y a pas d’os dans une langue ». Comprenez que la parole est un précieux outil pour dire ce que l’on ne fera pas !
Le président américain Donald Trump a adressé un avertissement sévère aux Houthis ce lundi, les mettant en garde contre des représailles encore plus fortes s’ils ne cessent pas leurs attaques contre les navires. Réagissant aux frappes américaines menées au Yémen, Trump a publié un message sur sa plateforme “Truth Social” déclarant : “Cessez de tirer […]
Nous avons trouvé cet article d’une importance capitale pour comprendre Trump, sa vision sur le Canada, le Canal de Panama, le Groenland, mais aussi sur la Bande de Gaza. En un mot, le concept « trumpisme ». Alors, nous avons choisi de le reproduire intégralement à l’intention des lecteurs de leconomistemaghrebin.com. Lisez-le, et vous comprendrez un peu plus le monde actuel et sans doute celui des prochaines années.
Et dès maintenant, on peut poser cette question : va-t-on vers la fin de la démocratie dans le monde? La réponse à cette question se trouve peut-être dans l’article ci-dessous.
Curtis Yarvin est la figure intellectuelle qui émerge de la galaxie trumpiste. Son projet politique, défini comme « néoréactionnaire », propose d’en finir avec l’idée démocratique et de structurer le gouvernement comme une entreprise dirigée par un monarque absolu.
Depuis l’investiture de Donald Trump et ses premières mesures de gouvernement, émerge le nom d’un mouvement intellectuel qui serait l’inspiration secrète de la nouvelle administration : la néoréaction, aussi désignée par l’expression « Lumières sombres » (Dark Enlightenment).
Il semble difficile, à brûle-pourpoint, de déterminer avec précision l’influence des idées néoréactionnaires sur la nouvelle administration, ce qui supposerait de mener une enquête de terrain. Néanmoins, nous pouvons dès maintenant nous intéresser à la pensée néoréactionnaire.
D’où vient-elle? Quelles sont ses propositions normatives? En d’autres termes, en quoi consiste la théorie politique néoréactionnaire qui semble inspirer les premières mesures de la nouvelle administration?
D’où vient la néoréaction?
Pour saisir toute la spécificité du courant néoréactionnaire, il faut accepter de la voir comme une véritable contre-culture intellectuelle. La néoréaction émerge sur Internet, à travers des blogs et des forums, mais aussi à travers la rencontre virtuelle de deux figures clés : Curtis Yarvin et Nick Land. Nous pouvons isoler deux moments fondateurs dans la structuration de la constellation néoréactionnaire.
Entre 2007 et 2008, grâce à un style provocateur et une grande productivité, Yarvin se constitue un contingent de lecteurs – principalement issu des cercles libertariens états-uniens. Rejetant avec fermeté le progressisme comme étant l’une des raisons pour lesquelles nous ne parvenons pas à nous défaire de l’absurdité démocratique, Yarvin se définit lui-même comme réactionnaire, ou même néo, post ou ultraréactionnaire. C’est le terme néoréactionnaire qui sera repris, à partir de 2010, pour décrire la néoréaction comme un mouvement intellectuel à part entière.
Le second moment tient à la découverte de Yarvin par Nick Land. Ce dernier est un ancien philosophe de l’Université de Warwick, figure de proue du CCRU, un collectif intellectuel d’avant-garde. Défendant une perspective « accélérationniste », Land critique le « misérabilisme » d’une gauche qui essaie vainement de contenir les effets néfastes du capitalisme, il faudrait au contraire épouser son mouvement et l’accentuer. Son accélérationnisme inconditionnel le pousse à adopter une position procapitaliste et à s’intéresser à la pensée de Yarvin. À partir de mars 2012, sur son blog Urban Future (depuis supprimé), il lui consacre une série d’articles intitulée « The Dark Enlightenment ». Cette série d’articles va conférer à la néoréaction une véritable notoriété en ligne et lui permettre de se constituer comme une contre-culture intellectuelle.
La théorie politique néoréactionnaire
S’il est une théorie politique néoréactionnaire, elle est à trouver sous la plume de Yarvin qui annonce l’ambition, dès son premier article, de « construire une nouvelle idéologie ». Si Yarvin la présente comme un dépassement du libertarianisme, il la décrit comme formaliste et néocaméraliste. Essayons d’expliquer ces termes.
L’élément fondamental de la pensée de Yarvin est la question de l’efficacité des systèmes politiques. Un modèle politique est bon s’il parvient à éviter la violence, c’est-à-dire l’apparition de conflits dont l’issue est incertaine. En cela, la politique est une lutte entre ordre et chaos au sein de laquelle « le bien, c’est l’ordre ».
Toute autre question, comme la pauvreté et le réchauffement climatique, est insignifiante. Il ne s’agit pas de réimaginer un ordre social plus juste, mais d’affermir l’ordre existant. Cette approche, que Yarvin nomme formalisme, n’a d’autre souci que de construire une ingénierie politique efficace.
C’est dans cette perspective formaliste que Yarvin analyse l’État américain comme une gigantesque entreprise complètement engluée dans son inefficacité. Parce que le personnel politique est enferré dans une mystique démocratique et dans une obsession de justice sociale, la politique américaine manque de cohérence. Personne ne sait vraiment qui est aux commandes, ni dans quel but.
Afin de régler le problème, Yarvin propose d’en finir avec l’idée démocratique et de restructurer le gouvernement sur le mode d’une entreprise souveraine (une SovCorp) dont la direction serait confiée à un PDG. Celui-ci prendrait les décisions gouvernementales les plus efficaces pour assurer la prospérité de l’État. Et si vous n’êtes pas satisfaits du service que propose ce gouvernement, vous n’avez qu’à vous en trouver un autre.
Pour Yarvin, cette réponse formaliste revient tout simplement à rétablir la monarchie absolue. En ce sens, il se déclare « royaliste », ou « restaurationniste », et considère que le PDG du gouvernement-entreprise n’est rien d’autre qu’un monarque.
Selon lui, la monarchie est une forme politique extrêmement stable, contrairement à la démocratie. Yarvin nomme son modèle « néocaméralisme », en référence au caméralisme de Frédéric II de Prusse (théorie mercantiliste, adossée à la monarchie, visant à accroître la prospérité économique de l’État).
Néanmoins, le caméralisme n’est pas le seul modèle auquel Yarvin se réfère. Les cités-États comme Dubaï ou Singapour sont, selon lui, des prototypes des futurs États néocaméralistes.
Afin de ne pas se méprendre sur la nature idéologique de la pensée néoréactionnaire, il est important d’éviter certaines confusions intellectuelles.
Tout d’abord, bien que Yarvin soit un défenseur de l’ordre, nous n’avons pas affaire à une simple pensée conservatrice. Yarvin ne promeut pas la préservation de valeurs morales ou religieuses (il se présente d’ailleurs comme athée, ou non théiste).
Il condamne violemment les conservateurs qui, en miroir des progressistes, sont incapables de penser le pouvoir tel qu’il est. Selon Yarvin, les conservateurs sont consubstantiellement arrimés à la démocratie. Le caractère réactionnaire de la pensée de Yarvin se traduit dans une volonté de dissoudre le politique dans une ingénierie économique autoritaire (il loue, à ce titre, la prospérité et l’« absence de politique » à Singapour, à Dubaï et à HongKong).
Si la néoréaction et l’alt-right partagent le refus du conservatisme traditionnel, ces deux courants ne nous semblent pas se confondre pour autant.
L’alt-right est populiste et à tendance suprémaciste, dans le sens où certaines composantes affirment clairement l’idée d’une supériorité raciale blanche. La néoréaction est, quant à elle, essentiellement formaliste et élitiste. Les néoréactionnaires méprisent le populisme comme étant fondamentalement démocratique : s’il y a un changement politique, il ne pourra venir que d’en haut.
Bien entendu, ces deux constellations intellectuelles ne sont pas imperméables et peuvent converger stratégiquement. Ainsi, lorsque Yarvin se défend de compter parmi les suprémacistes, il s’empresse de préciser qu’il les lit avec attention.
La néoréaction est parfois assimilée à l’« accélérationnisme » du fait de ses liens avec Nick Land. Si ces tendances convergent, il faut néanmoins être précis. Land est accélérationniste avant d’être néoréactionnaire. S’il considère la néoréaction comme un instrument efficace de destruction du « grand mécanisme de freinage » qu’est le progrès, elle reste un « accélérationnisme avec un pneu à plat » (« Re-Accelerationism », publié sur le site XenosystemNet, le 10 décembre 2013, depuis supprimé). Inversement, si Land a incontestablement contribué à sa popularité, Yarvin ne le cite pas et reste perméable à une perspective accélérationniste. La pensée néoréactionnaire est avant tout une pensée de l’ordre.