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Tunisie | Le Mouvement Echaab condamne «l’intensification des atteintes aux libertés»

23. September 2026 um 08:05

Dans un communiqué rendu public mardi 22 septembre 2026 à Tunis et traduit ci-dessous, le Conseil national du Mouvement Echaab (nationaliste arabe) «condamne le ciblage des journalistes, des militants politiques, des défenseurs des droits humains et des acteurs de la société civile» et «rejette l’incarcération de citoyens pour des motifs dénués du moindre fondement, ainsi que la fabrication d’affaires de toutes pièces et de dossiers vides».

Le Conseil national du Mouvement Echaab s’est réuni en session ordinaire le 20 septembre 2026, dans un climat politique tendu marqué par une intensification des atteintes aux libertés individuelles et publiques, des restrictions pesant sur toutes les formes d’activité partisane et associative, ainsi qu’un appauvrissement du paysage médiatique, situation à laquelle s’ajoute à la dégradation continue de la conjoncture sociale, menaçant désormais les conditions de vie minimales garantissant la dignité des citoyens, alors que les services et infrastructures de base (eau, électricité, santé, éducation, transports…) sont paralysés.

Tout cela est naturellement le résultat de l’obstination du pouvoir en place à s’arroger le monopole de l’élaboration des politiques et de la prise de décision, en dépit de l’échec manifeste de ses choix au cours des cinq dernières années ; une période dont la Tunisie n’a retiré que le recul du développement, le manque d’investissements — tant intérieurs qu’étrangers — et une dépendance accrue à l’égard de la fiscalité et de l’endettement pour soutenir les finances publiques, avec pour corollaire l’hypothèque de l’avenir des générations actuelles et futures.

L’obstination du pouvoir à se retrancher derrière la thèse du complot — un argument qui ne convainc plus personne — pour masquer son échec et son incapacité manifeste à élaborer des solutions répondant aux attentes minimales des citoyens, constitue un signal d’alarme devant lequel nous devons tous nous arrêter.

Il convient d’imputer l’entière responsabilité de ces impasses, qui ne cessent de se complexifier et de mener le pays au bord de l’effondrement, à ceux qui en sont à l’origine.

C’est dans ce contexte que s’est réuni le Conseil national du Mouvement Echaab, réaffirmant l’attachement de ses militants à leur projet politique national ainsi que la poursuite des préparatifs du troisième congrès général du mouvement dans les délais légaux, conformément aux dispositions du règlement intérieur et aux principes d’alternance aux responsabilités et aux postes au sein du mouvement.

Après avoir délibéré sur les différents points inscrits à l’ordre du jour, les participants ont conclu ce qui suit :

1. Le Conseil salue l’engagement des militants du Mouvement, à tous les niveaux et dans toutes les régions, ainsi que leur mobilisation autour de ses structures ; il salue également leur souci de voir le congrès du Mouvement se tenir dans les meilleures conditions, garantissant ainsi son rayonnement et sa capacité à jouer son rôle national, en particulier dans la conjoncture de crise actuelle.

2. Le Conseil condamne le ciblage des journalistes, des militants politiques, des défenseurs des droits humains et des membres de la société civile. Il rejette l’incarcération de citoyens pour des motifs dénués du moindre fondement sérieux, ainsi que la fabrication d’affaires et de dossiers vides de toute substance ; il en veut pour preuve l’injustice flagrante subie par les frères Lassaad Yacoubi et Khaled Krichi, maintenus en détention alors que leurs dossiers ne contiennent aucune preuve de culpabilité réelle, et ce, au mépris des procédures légales et de l’indépendance de la justice. Le Conseil tient également les autorités pour responsables de la détérioration de l’état de santé des militants de la «Flottille Soumoud» qui observent une grève de la faim en détention.

3. Le Conseil national constate l’incapacité totale des autorités à faire face à la crise de l’eau et de l’électricité, ainsi qu’aux pénuries de médicaments et de nombreux produits de première nécessité durant l’été dernier ; une situation qui a manifestement perturbé le quotidien des citoyens et gravement nui, comme jamais auparavant, à l’image du pays tant à l’intérieur qu’à l’extérieur. Les autorités auraient dû se préparer à affronter ces circonstances — dont tous les indicateurs confirmaient l’inévitabilité — au lieu de recourir, comme à leur habitude, à la diffusion de contre-vérités et de justifications fallacieuses, invoquant notamment les lobbies, les pratiques monopolistiques et autres prétextes.
4. Le Conseil national exprime son soutien inconditionnel aux luttes des chômeurs, qui sont confrontés aux pires formes de négligence, d’indifférence, de tergiversations et au non-respect des engagements pris à leur égard par les autorités. Ils subissent une nouvelle injustice du fait de la non-application de la Loi n° 18, après que le pouvoir a renié la Loi n° 38 — texte qui constituait l’aboutissement d’un parcours de lutte soutenu par toutes les forces nationales, au premier rang desquelles le Mouvement Echaab.

5. Le Conseil national met en garde contre le risque de se laisser entraîner vers une polarisation binaire opposant un pouvoir impuissant, qui nie la réalité des crises traversées par le pays, à des forces politiques ne voyant d’autre issue que de solliciter l’intervention de puissances internationales ou d’appeler à un retour à des situations politiques rejetées par le peuple, tant avant qu’après la révolution. Par ailleurs, le Conseil national appelle toutes les forces nationales, les acteurs politiques ainsi que les composantes de la société civile et des défenseurs des droits humains opposés à la situation actuelle, à s’opposer aux appels à une intervention étrangère ou à la recherche de protection auprès d’axes régionaux. Il les exhorte à œuvrer pour instaurer une dynamique politique et populaire capable de mettre un terme au chaos et à l’échec, et d’empêcher tout retour aux situations que le peuple a rejetées et contre lesquelles il s’est soulevé.

6. Il condamne l’ingérence étrangère dans la région — en particulier au Maghreb et dans le voisinage africain — visant à déstabiliser certains États et à leur imposer des politiques et des choix, au premier rang desquels figurent la normalisation avec l’ennemi sioniste et l’acceptation de son hégémonie sur la région, avec le soutien manifeste de l’administration américaine et de certains pays européens.

7. Le Conseil national réaffirme l’engagement du Mouvement Echaab en faveur de l’option de la résistance sur l’ensemble du territoire arabe et salue la ténacité de toutes les factions, dans les différents pays arabes, face à la machine à tuer sioniste et à l’arrogance américaine. Il tient le régime officiel arabe pour responsable des massacres quotidiens, des déplacements forcés et de la politique de la terre brûlée auxquels sont exposés nos peuples à Gaza, en Cisjordanie et au sud du Liban.

8. Le Conseil national appelle les frères yéménites à privilégier la logique de l’unité et à mettre fin à toutes les formes de fragmentation, afin de protéger le peuple yéménite contre les complots hostiles qui visent à l’appauvrir davantage et à exploiter sa position stratégique pour consolider l’hégémonie de l’ennemi sioniste sur les régions de la mer Rouge et de la Corne de l’Afrique.

9. Le Conseil condamne la poursuite de l’agression américaine contre le peuple iranien frère et réitère son salut et sa haute estime pour la résilience de l’Iran face à notre ennemi commun, ainsi que pour son engagement à défendre son peuple et à rester fidèle à ses choix nationaux et à ses intérêts légitimes. Il considère que la relation avec l’Iran — principal soutien de l’Axe de la Résistance — doit reposer sur les principes de bon voisinage et sur l’élargissement du champ des intérêts communs, loin des tensions confessionnelles destructrices et des allégeances ou alliances hostiles, tant au peuple arabe qu’aux peuples iraniens.

Président du Conseil national

Abderrazak Aouidat

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La Tunisie renouvelle son appel à la restitution des avoirs spoliés et à la refonte de l’architecture financière mondiale

Von: farhat
20. September 2026 um 19:32

La Tunisie a réaffirmé, à Genève, son appel à la restitution des fonds détournés et transférés illégalement à l’étranger, tout en plaidant pour une réforme du système financier international en vue de contribuer à alléger le poids de la dette qui pèse sur de nombreux pays en développement.

Cette position a été réitérée par la mission permanente de la Tunisie auprès des Nations unies à Genève, en marge de sa participation à la 73e session du Conseil du commerce et du développement de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement et aux travaux des instances internationales consacrées aux questions de développement.

Dans une déclaration à la TAP, le chargé d’affaires par intérim de la mission permanente de Tunisie auprès de l’Office de Nations unies à Genève, Ramzi Louati, a souligné la nécessité d’une coopération effective entre les Etats concernés pour faciliter la récupération par les pays en développement de leurs fonds détournés et transférés à l’étranger.

Pour lui, la restitution de ces avoirs permettrait aux pays concernés de les consacrer à des projets de développement au bénéfice de leurs populations, notamment à la lutte contre la pauvreté, sans accroître leur recours à l’endettement.

La mission tunisienne a également appelé les pays dans lesquels ces fonds sont détenus à ne pas invoquer des obstacles procéduraux, judiciaires ou juridiques pour retarder leur restitution.

La Tunisie considère que la persistance de ces obstacles constitue un frein à l’exercice par les Etats concernés de leur droit à récupérer leurs avoirs, a indiqué Ramzi Louati.

Par ailleurs, la Tunisie a plaidé pour une réforme du système financier international pour le rendre plus équitable et plus inclusif, notamment en vue de répondre aux difficultés liées à l’endettement qui affectent de nombreuses économies en développement.

Dans ce cadre, elle a réaffirmé son soutien à l’adoption d’un instrument international juridiquement contraignant sur le droit au développement et au renforcement de la coopération et de la solidarité internationales.

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Dette : la Tunisie a-t-elle gagné du temps ou changé de piège ?

17. September 2026 um 17:52

Dans un contexte marqué par des mutations économiques rapides, des tensions budgétaires persistantes et un environnement international de plus en plus incertain, L’Économiste maghrébin lance « L’Éco en Clair », un talkshow dédié aux grands enjeux qui structurent l’actualité économique tunisienne. Pour son quatrième épisode, l’émission pose une question cruciale : la trajectoire d’endettement de la Tunisie traduit-elle une stratégie viable ou un simple report de problèmes structurels ? Décryptage.

Une dette comme système, pas seulement comme chiffre

Ouvrir le débat sur la dette en Tunisie, c’est d’abord refuser de la réduire à un simple ratio. Comme le rappelle l’introduction de l’émission, la dette est un système : un ensemble de sources, d’échéances, de risques et d’effets en cascade sur l’économie réelle.

Le constat est sans appel : la Tunisie rembourse sa dette extérieure tout en augmentant sa dette intérieure, dans une logique officiellement assumée d’ “autonomie”. Mais derrière cette stratégie se cache une interrogation fondamentale : cette politique finance-t-elle une nouvelle capacité productive ou reporte-t-elle, une fois de plus, des réformes structurelles douloureuses ?

La situation tunisienne s’inscrit dans un contexte africain plus large. Pendant des décennies, le continent a emprunté facilement, profitant de taux bas et d’une liquidité abondante. Aujourd’hui, la donne a changé. Ce n’est plus tant le volume de la dette qui pose problème que sa structure et ses sources de financement.

En Afrique du Nord, les trajectoires divergent. Si certains indicateurs montrent une stabilisation, voire une baisse projetée du ratio dette/PIB d’ici 2028, les chemins empruntés diffèrent radicalement : programme strict avec le FMI en Égypte, discipline budgétaire progressive et maîtrisée au Maroc, et en Tunisie, un programme national centré sur le remboursement de la dette extérieure et la stabilité du dinar, mais sans réformes structurelles suffisantes pour garantir la pérennité du modèle.

Le véritable risque, souligné par les intervenants, réside dans l’émergence d’une dette « invisible » et peu régulée. Ces financements opaques, souvent conclus hors des marchés publics, menacent de déplacer les risques du secteur public vers le secteur bancaire, étouffant au passage le financement de l’économie privée.

Dhafer Saidane : la diversification, entre opportunité et bombe à retardement

Pour Dhafer Saidane, professeur à SKEMA Business School et président de l’African Finance Network (AFN), la diversification des sources de financement représente théoriquement une chance historique pour l’Afrique. Elle permet au continent de sortir d’un tête-à-tête exclusif avec les créanciers traditionnels et d’accéder directement aux marchés mondiaux.

Mais cette opportunité cache un péril majeur. “Sans gouvernance forte, cette diversification se transforme en bombe à retardement” , alerte le président de l’AFN. Les raisons sont multiples : une coordination extrêmement complexe en cas de restructuration de la dette, l’opacité croissante des engagements et l’absence de reporting consolidé transparent.

Sa recommandation est sans équivoque : il est impératif de mettre en place des cadres légaux contraignants obligeant les États à publier régulièrement des rapports transparents sur leur dette publique. La diversification ne doit jamais se faire au détriment de la redevabilité.

Le poids du service de la dette illustre l’urgence de la situation. Dans de nombreux pays africains, on consacre désormais plus de ressources au remboursement de la dette qu’à l’éducation et à la santé combinées. Ce constat amer s’explique par un “design” de la dette défavorable, caractérisé par des primes de risque élevées, mais aussi par une incapacité structurelle à transformer la dette en croissance. Trop de financements alimentent des dépenses courantes (salaires, fonctionnement) au lieu d’investissements productifs générateurs de richesse.

Dhafer Saidane met également en lumière l’effet d’éviction : l’endettement public excessif pousse les banques commerciales à préférer les titres publics, jugés moins risqués et plus rentables, au financement des PME et TPE. Résultat : un sous-financement chronique du secteur privé, alors même que l’Afrique regorge de richesses potentielles.

Parmi les pistes de sortie de crise, l’expert cite une coordination continentale unifiée face aux créanciers, le développement des marchés financiers régionaux (en particulier le compartiment obligataire en monnaie locale), le recours aux fonds de garantie et aux partenariats public-privé (PPP) pour les infrastructures, ainsi que l’accélération digitale pour mobiliser l’épargne intérieure.

La Tunisie sous surveillance : les chiffres qui inquiètent

Les indicateurs présentés dans l’émission dressent un tableau sans concession de la situation tunisienne :

Explosion du stock : sur 10 ans, le stock total de la dette a augmenté d’environ 150 %.

Bascule du risque : sur les trois dernières années, la structure s’est inversée. Hier composée à environ 75 % de dette extérieure, elle est aujourd’hui dominée à près de 70 % par la dette intérieure. Le risque s’est donc déplacé de l’extérieur vers l’intérieur.

Pression sur les devises : les besoins nets en devises pour 2025 sont estimés à 3,136 milliards de dinars, en hausse de 98 millions par rapport à 2024. La stabilité du dinar dépend plus que jamais de la disponibilité de devises.

Contexte africain : en 2024, environ 27,5 % des recettes publiques en Afrique seraient consacrées au seul paiement des intérêts de la dette, au détriment des secteurs sociaux et des transports.

Le débat des experts :  Ridha Chkoundali vs Mouez Soussi

Pour décrypter ces chiffres, deux éminents économistes ont confronté leurs analyses : l’universitaire et expert en économie Ridha Chkoundali et le professeur en Sciences Economiques Mouez Soussi.

Ridha Chkoundali : “La soutenabilité passe par l’économie réelle”

Pour le Professeur Ridha Chkoundali, la soutenabilité de la dette ne se mesure pas uniquement à l’aune du non-défaut. Le véritable indicateur de santé réside dans la capacité du pays à créer de la richesse et des devises via une économie réelle dynamique.

Il estime que le virage vers la dette intérieure est davantage une contrainte subie qu’un choix stratégique assumé. Faute d’avoir pu mobiliser les financements extérieurs budgétisés (l’objectif d’emprunt extérieur ayant été largement manqué en 2024), l’État s’est tourné vers le marché local par nécessité.

“Le service de la dette en 2025 pèse lourd : environ 24,4 milliards de dinars, soit près de 45 % des recettes totales de l’État”, souligne l’économiste. Ce poids comprimé menace dangereusement la marge de manœuvre pour l’investissement public et la croissance.

Ridha Chkoundali met en garde contre une dette “cachée” : celle des entreprises et établissements publics, souvent garantie implicitement par l’État. Tant qu’aucune réforme profonde ne sera menée pour assainir ces structures, elles continueront de peser sur la soutenabilité globale. Sa priorité absolue ? Améliorer le climat des affaires. “La santé de l’économie réelle détermine in fine les équilibres financiers et monétaires”, conclut-il.

Mouez Soussi : “Une dette soutenable mais sous pression”

De son côté, Mouez Sassi défend une thèse nuancée : la dette tunisienne est “soutenable mais sous pression”. Il s’appuie sur des indicateurs quantitatifs pour étayer son propos, tout en reconnaissant les risques liés au financement par la Banque centrale.

Sa règle de base est technique mais éclairante : la croissance nominale doit rester supérieure au coût moyen de la dette. Avec une croissance réelle faible (~2–2,5%) et une inflation autour de 5–6%, la croissance nominale se situerait vers 8%. Tandis que le coût moyen de la dette oscillerait entre 4,75% et 7,5%. “Il reste une marge, mais elle est fragile” prévient l’expert.

Mouez Soussi note une évolution positive dans la structure de la dette intérieure : la part des bons du Trésor à court terme a baissé (de ~45,5% en 2022 à ~23–24% récemment), réduisant la pression de refinancement immédiat. Cependant, il alerte sur le recours aux avances de la Banque centrale et à l’utilisation du stock de devises pour éviter le défaut, des pratiques qu’il juge “non soutenables indéfiniment”.

Ses priorités pour sortir de l’impasse sont claires : cibler les subventions pour alléger la charge budgétaire et ancrer la politique monétaire sur la lutte contre l’inflation, sans pour autant étouffer l’investissement par des taux directeurs trop élevés.

Vers une prise de conscience ?

Comme l’a résumé la conclusion de l’émission : les pays qui sortent de la crise de la dette ne le font pas simplement parce qu’ils ont remboursé leurs échéances, mais parce qu’ils ont réussi à créer de la richesse, à exporter et à attirer l’investissement. Reste à savoir si la Tunisie a encore le temps d’opérer ce virage.

Voir l’intégralité de la vidéo:

Avec « L’Éco en Clair », L’Économiste Maghrébin propose ainsi un format à la fois pédagogique et analytique, destiné à éclairer des sujets souvent complexes. L’objectif est clair : offrir un espace de compréhension et de débat ouvert sur les réformes et les transformations en cours en Tunisie, afin de mieux en saisir les enjeux et les blocages réels.

L’intégralité de ce premier épisode de « L’Éco en Clair » est à retrouver sur la chaîne YouTube de L’Économiste Maghrébin, pour aller plus loin dans l’analyse des réformes et des défis économiques en Tunisie.

Cet article a été produit dans le cadre de « On en parle ! Tunisie 360° », un projet financé par l’Union Européenne, cofinancé par le ministère fédéral allemand de la Coopération économique et du Développement et mis en œuvre par le consortium DW Akademie et AMAJ.

Son contenu relève de la seule responsabilité de L’Économiste Maghrébin et ne peut en aucun cas être considéré comme reflétant la position des bailleurs et du consortium susmentionnés.

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Tunisair : le ministre du Transport parle d’un héritage lourd et promet un redressement accéléré.

Face au Parlement hier, le ministre du Transport, Rachid Amri a imputé l’état du groupe Tunisair a un passif sur lequel son département est en train de travailler pour y remédier.

La situation de Tunisair continue de cristalliser les inquiétudes à la lumière des dernières déclarations du ministre du Transport. Devant les députés, le 20 avril 2026, le ton s’est voulu lucide sur l’ampleur des difficultés mais à la fois (un peu trop) optimiste sur le redressement en cours.

Le constat initial fait par le ministre a toutefois été jugé surprenant : celui-ci a soutenu avoir trouvé une compagnie dans une « situation lamentable », réduite à opérer avec seulement six à sept avions en état de service. Une configuration minimale pour une compagnie nationale, symptomatique selon le ministre d’années de gestion dégradée. Une déclaration qui n’est pas passée inaperçue dans les milieux avisés qui y ont vu un dédouanement de sa part, imputant implicitement la responsabilité de la situation à l’ancien dirigeant de la compagnie.

À cela s’ajoute un endettement jugé critique, évalué à près de 2 600 millions de dinars selon le chiffre avancé à l’ARP, niveau d’endettement qui a durablement pesé sur la capacité d’investissement et de fonctionnement de l’entreprise.

Etats financiers et retards de publication

Sur le plan financier, un effort de mise à jour est en cours promet Rachid Amri. Les états financiers des exercices 2021 et 2022 ont été validés, tandis que ceux de 2023, 2024 et 2025 devraient l’être dans le courant de l’année 2026. Une étape indispensable pour restaurer la crédibilité de la compagnie, aujourd’hui jugée non bancable. « Elle ne peut pas contracter de prêt dans sa situation actuelle, mais elle va le redevenir », a-t-il assuré, évoquant un objectif de retour progressif à la confiance des partenaires financiers.

Au cœur de cette stratégie, un plan de sauvetage qualifié d’« urgent » est déployé à court terme. L’objectif : remettre rapidement en exploitation un maximum d’appareils afin de générer des revenus, tout en finançant les réparations nécessaires, notamment celles des moteurs, particulièrement coûteuses.

Flotte en cours de développement

La flotte constitue ainsi un indicateur clé de ce redressement. Actuellement, Tunisair dispose de 12 avions opérationnels, auxquels s’ajoutent deux appareils en réparation, attendus en service d’ici la fin du mois. Dès juin, la flotte devrait atteindre 16 avions grâce à l’intégration de deux appareils supplémentaires, un Airbus A320 et un Airbus A330, pour lesquels les moteurs ont été acquis et les contrats finalisés.

À horizon fin 2026, la compagnie ambitionne d’exploiter 18 avions, dont trois en location de type « dry lease », avec option d’achat selon le ministre, quoique cette affirmation soit discutable étant donné que les appareils sous ce régime sont restitués à la fin du bail.

Selon les projections présentées, un seuil de 21 appareils serait nécessaire pour atteindre l’équilibre financier, illustrant le lien direct entre capacité opérationnelle et viabilité économique.

Filiales en déficit

Le ministre a également évoqué la situation des six filiales du groupe, bizarrement toutes décrites comme fortement endettées (les résultats montrent  au contraire qu’Amadeus qu’il a citée est la seule bénéficiaire), mais engagées dans des processus d’assainissement. Un chantier parallèle, essentiel pour restaurer la cohérence et la performance globale du groupe.

Sur le plan opérationnel, des progrès ont été revendiqués concernant l’état des avions, longtemps critiqué. Le ministre a indiqué qu’un indicateur interne de sécurité et de conformité (qu’il a désigné par le terme facteur), qui atteignait auparavant des niveaux préoccupants (jusqu’à 3,5), est désormais repassé sous la barre de 1. Une amélioration qui aurait permis de lever certaines immobilisations et de renforcer les standards de sûreté et de sécurité.

Enfin, la situation de Tunisair Express a été qualifiée de « plus préoccupante encore ». Malgré des tarifs de billets jugés élevés, la filiale demeure déficitaire et dépendante de subventions. Des mesures sont toutefois prévues, avec l’exploitation d’au moins deux avions de capacité moyenne d’ici la fin de l’année, dans l’espoir de renforcer son modèle économique.

Entre diagnostic sévère hérité du passé et projections volontaristes, le discours officiel dessine une trajectoire de redressement rapide, mais encore conditionnée à la capacité de la compagnie à exécuter son plan dans un contexte financier contraint.

Le sauvetage de Tunisair s’annonce ainsi comme un test majeur de résilience pour cette entreprise dont la main-mise de l’Etat demeure encore très prononcée malgré la décision de modifier son mode de gouvernance depuis 2024 qui n’a, dans les faits, jamais été appliqué malgré la nomination d’un président de conseil.

©Destination Tunisie

 

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