Le parquet de Paris a requis, mardi 20 octobre 2026, dix mois de prison avec sursis et deux ans d’inéligibilité contre l’eurodéputée de La France insoumise, poursuivie pour apologie du terrorisme. À l’origine de l’affaire, une publication sur X citant Kozo Okamoto, l’un des auteurs de l’attentat de 1972 à l’aéroport de Lod, en Israël. Les réquisitions ont provoqué une réaction virulente de Jean-Luc Mélenchon, qui dénonce un abus de pouvoir et met en cause le gouvernement. Le jugement est attendu le 30 novembre.
Djamal Guettala
Le parquet de Paris a demandé dix mois de prison avec sursis et deux ans d’inéligibilité contre Rima Hassan, jugée depuis lundi 19 octobre devant la 10e chambre correctionnelle de Paris. L’eurodéputée de LFI est poursuivie pour apologie du terrorisme à la suite d’un message publié sur X le 26 mars, puis supprimé.
La publication reprenait une citation attribuée à Kozo Okamoto, membre de l’Armée rouge japonaise et l’un des trois auteurs de l’attentat commis le 30 mai 1972 à l’aéroport de Lod, près de Tel-Aviv. L’attaque avait fait 26 morts et environ 80 blessés.
Le message relayé par Rima Hassan indiquait : «J’ai consacré ma jeunesse à la cause palestinienne. Tant qu’il y aura oppression, la résistance ne sera pas seulement un droit, mais un devoir.»
Pour le ministère public, la publication ne peut être dissociée de la participation d’Okamoto à cet attentat. Le parquet estime qu’en reprenant ces propos sans prendre ses distances avec leur auteur, l’eurodéputée a contribué à banaliser le massacre et à valoriser celui qui l’a commis. Il a écarté l’idée d’une instrumentalisation des poursuites en raison de ses opinions politiques.
Mélenchon dénonce un abus de pouvoir
Les réquisitions ont suscité une réaction immédiate de Jean-Luc Mélenchon. Sur X, le fondateur de LFI a dénoncé ce qu’il considère comme une procédure abusive et accusé la «Macronie» de se montrer servile envers Benjamin Netanyahu, le Premier ministre israélien.
Cette réaction inscrit le procès dans la confrontation politique autour de la guerre à Gaza et des prises de position de Rima Hassan sur la Palestine. Pour le dirigeant insoumis, les poursuites visent une élue dont les interventions dérangent le pouvoir. Cette lecture est contestée par le ministère public, qui affirme que l’affaire porte sur le contenu d’une publication et non sur les opinions politiques de son auteure.
Lors de l’audience du lundi 19 octobre, Rima Hassan avait elle-même dénoncé une «tentative d’intimidation» et une volonté de «mise sous silence d’une élue de l’opposition». Elle avait ensuite choisi d’exercer son droit au silence. Son avocat, Vincent Brengarth, conteste également la procédure et estime que la liberté d’expression de sa cliente est en jeu.
Une décision attendue le 30 novembre
Au-delà de l’affrontement entre LFI et le parquet, le tribunal doit déterminer si le message publié répond aux critères juridiques de l’apologie du terrorisme. La question est précise : il ne s’agit pas de juger la défense des droits des Palestiniens en général, mais d’apprécier la portée d’une citation attribuée à un homme impliqué dans un attentat meurtrier.
La distinction est importante. La défense d’une cause politique ne constitue pas en elle-même une apologie du terrorisme. Mais la référence à cette cause ne suffit pas non plus à soustraire une publication à l’examen de la justice, estime l’accusation, qui n’aurait sans doute pas utilisé ce même argument si l’auteur du poste n’était pas connu pour ses positions propalestiniennes. C’est une justice sur-mesure ou à la tête du client, disent les soutiens de la Palestinienne, qui se trouve ainsi entraînée dans une casuistique consistant à apprécier les termes employés dans une simple citation, leur auteur, leur contexte, leur signification et quoi encore.
Rima Hassan encoure jusqu’à sept ans d’emprisonnement et 100 000 euros d’amende. Les peines demandées par le parquet ne constituent pas une condamnation. Le tribunal rendra sa décision le 30 novembre, date à laquelle les arguments des parties seront confrontés à l’appréciation judiciaire des faits.
D’ici là, l’affaire continuera vraisemblablement d’alimenter les débats sur la limite de la liberté d’expression au supposé pays des droits de l’homme et le traitement politique des prises de position sur le conflit israélo-palestinien, souvent biaisé par des partis-pris pro-israéliens flagrants.
Le maréchal Khalifa Haftar, commandant en chef de l’Armée nationale libyenne (ANL) et homme fort de l’Est de la Libye (Cyrénaïque) fêtera le 7 novembre prochain son 83e anniversaire et la question de sa succession se fait de plus en plus pressante surtout avec la montée en puissance de son fils Saddam, 35 ans, nommé le 11 août 2025 commandant en chef adjoint de l’Armée nationale libyenne et dont le rôle dépasse aujourd’hui le seul champ militaire, son rôle diplomatique et politique s’accentue de plus en plus. Toutefois, rien n’est joué d’avance, les allégeances des tribus ne sont pas tranchées et la rivalité avec ses frères Khaled (chef d’état-major de l’ANL) et Belgassem (qui dirige le Fonds libyen de développement et de reconstruction, le bras financier de la Cyrénaïque) peuvent peser sur la succession.
Imed Bahri
Selon le journal londonien arabophone Al-Quds al-Arabi, la question de la succession du maréchal Khalifa Haftar qui dirige d’une main de fer l’est de la Libye ne relève plus de simples spéculations liées à son âge avancé. Les manœuvres de son fils, Saddam, dessinent désormais une trajectoire claire visant à réorganiser les centres de pouvoir au sein du camp oriental. Cette stratégie combine nominations militaires, rencontres diplomatiques de haut niveau, mobilisation de soutiens tribaux ainsi qu’une extension de l’influence politique et économique. Si ces démarches témoignent d’une volonté d’assurer une transmission du pouvoir au sein de la famille, elles soulèvent également des interrogations quant à la capacité de Saddam à hériter des alliances tissées par son père et quant à la disposition de ses frères —ainsi que des dirigeants militaires et tribaux— à l’accepter comme chef pour la phase à venir.
Ces dispositions revêtent une importance particulière alors que Khalifa Haftar aura 83 ans le mois prochain et que ses fils occupent une place croissante dans la gestion des dossiers militaires, économiques et politiques. L’avenir de l’est de la Libye se trouve ainsi lié aux rapports de force au sein de la famille Haftar ainsi qu’à la nature des alliances qui ont assuré la cohésion du camp Haftar depuis 2014.
La fabrique d’un héritier
La date du 11 août 2025 a marqué un tournant décisif dans l’ascension de Saddam Haftar. Son père a en effet pris la décision de le nommer adjoint, une mesure qui lui confère une position de premier plan dans la chaîne de commandement des forces armées basées dans l’est de la Libye, faisant de lui, sur le plan institutionnel, le mieux placé pour assumer le commandement en cas d’absence de son père.
Cette nomination s’inscrit dans une série de changements incluant la désignation de son frère, Khaled Haftar, à la tête de l’État-major général et le transfert d’Abdelrazzaq al-Nadori au poste de conseiller à la sécurité nationale. Une réorganisation qui a permis une redistribution des prérogatives militaires entre l’ancienne génération de dirigeants et les fils de Haftar.
Ces changements ne se limitaient pas à une simple restructuration administrative, ils s’accompagnaient d’une extension des prérogatives de Saddam. Ce dernier avait déjà dirigé des unités militaires de premier plan, notamment la brigade Tariq ibn Ziyad, avant de s’imposer progressivement comme l’une des figures centrales chargées des dossiers militaires et sécuritaires ainsi que des relations extérieures.
La nature de ces nouvelles fonctions témoigne d’une volonté d’institutionnaliser le transfert d’influence au sein de la famille plutôt que de laisser la question de la succession à la merci des équilibres militaires et tribaux en cas de disparition du père. Toutefois, ces mesures en faveur de Saddam ne suffisent pas, à elles seules, à garantir une transition en douceur du pouvoir.
La préparation de Saddam ne s’est pas limitée à l’appareil militaire, elle s’est étendue à la base sociale qui constituait l’un des piliers de la puissance de son père. Ainsi, sa nomination au poste de commandant adjoint a coïncidé avec des célébrations et des rencontres tribales exprimant un soutien explicite à ces nouveaux arrangements.
Le 18 août 2025, la ville de Syrte a été le théâtre d’une manifestation de soutien à la nomination de Saddam, en présence de représentants du Conseil social des tribus de Syrte, ainsi que de cheikhs, de notables et de responsables locaux. Cette initiative visait à démontrer une acceptation sociale de la décision, au-delà de la ville de Benghazi.
Par ailleurs, la cérémonie de son investiture a vu la participation de figures tribales, suivie d’entretiens avec des représentants des tribus Awlad Suleiman et Darsa. Saddam a également reçu une délégation de cheikhs issus des tribus égyptiennes Awlad Ali venus le féliciter pour ses nouvelles fonctions. Ces démarches se sont étendues au sud du pays, où, à Sebha, des rencontres ont eu lieu avec des représentants de tribus et de composantes sociales influentes —notamment les Gaddafa, les Magarha, les Ziyadin, les Ouled Bou Saif, les Warfalla et les Mashashia— dans le but de renforcer les liens avec des régions dotées d’un poids social et militaire significatif.
Bien que certaines manifestations de soutien aient pris une tournure s’apparentant à une allégeance politique, les déclarations publiques ne confirment pas l’existence d’une allégeance formelle et globale de la part de ces tribus envers Saddam en tant que successeur de son père. Elles attestent plutôt d’un soutien, exprimé par des délégations et des chefs tribaux, à sa nomination et à l’élargissement de son rôle.
L’importance de ces manœuvres réside dans le fait que la loyauté des tribus envers Khalifa Haftar ne s’est pas construite en une seule fois, elle est le fruit d’années d’alliances sécuritaires et politiques ainsi que d’une répartition des influences et des intérêts. Par conséquent, le transfert de ces loyautés à son fils n’est nullement garanti d’autant plus que les positions des notables et des dirigeants locaux peuvent diverger au sein même d’une seule tribu.
Par ailleurs, le sud de la Libye —marqué par une rivalité entre groupes armés et par l’enchevêtrement des intérêts tribaux et économiques— constitue un défi supplémentaire pour Saddam qui doit démontrer sa capacité à préserver les alliances nouées par son père.
Présence sur la scène internationale
Parallèlement à ces activités internes, la présence de Saddam Haftar sur la scène internationale s’est intensifiée. Il est devenu un interlocuteur clé lors de rencontres avec des responsables occidentaux, russes et arabes, ce qui semble s’inscrire dans une stratégie visant à le présenter comme l’un des principaux décideurs dans l’est de la Libye.
Ainsi, en janvier 2026, il a mené des entretiens avec des responsables français au palais de l’Élysée, ses contacts avec Paris s’étant par la suite multipliés au cours des mois suivants. En juin, il a rencontré le secrétaire d’État américain Marco Rubio à Washington, en présence du conseiller du président américain Massad Boulos, afin de discuter de l’initiative américaine concernant la crise libyenne et de la possibilité d’unifier les institutions militaires et politiques.
Il s’est également rendu à Moscou en août, où il a rencontré le ministre russe de la Défense, Andreï Belooussov, pour discuter de coopération militaire et sécuritaire. Cette démarche témoigne de la volonté du camp Haftar de maintenir des canaux de communication avec les puissances internationales qui rivalisent d’influence en Libye.
Cette présence offre à Saddam une plus grande marge de manœuvre, dépassant le rôle traditionnel d’un commandant militaire, et lui permet de tisser un réseau de relations directes avec des acteurs qui, par le passé, traitaient principalement avec son père.
Toutefois, ces rencontres ne signifient pas nécessairement qu’il a obtenu une reconnaissance internationale en tant que successeur de Haftar, elles sont également liées aux intérêts sécuritaires et politiques de ces États, ainsi qu’à leur besoin d’interagir avec les personnalités qui pèsent sur les rapports de force actuels.
Rivalités entre frères
Malgré les avancées de Saddam sur les plans militaire et diplomatique, la répartition de l’influence au sein de la famille Haftar fait apparaître d’autres centres de pouvoir susceptibles de devenir des sources de rivalité à l’avenir.
Son frère Khaled occupe le poste de chef d’état-major, une position qui lui confère une présence significative au sein de l’institution militaire, ainsi que des liens directs avec les commandements et les unités qui en dépendent. De son côté, son autre frère Belgacem supervise le Fonds pour le développement et la reconstruction de la Libye, qui gère des projets chiffrés en milliards de dinars libyens ce qui lui confère une influence économique et un vaste réseau de relations avec des entreprises, des entrepreneurs et des acteurs aussi bien locaux qu’étrangers. L’une des prérogatives du Fonds est de sceller les contrats avec des entreprises étrangères (notamment égyptiennes, turques et émiraties) pour mener à bien les grands chantiers d’infrastructures.
Cette répartition illustre un modèle où le pouvoir militaire s’entremêle avec les ressources économiques et les fonctions politiques, chaque frère conservant ainsi sa propre sphère d’influence, liée à des institutions, des individus et des intérêts distincts.
Des rapports de presse ont fait état de divergences entre Saddam et ses deux frères, Khaled et Belgacem, concernant certains choix politiques et la répartition des prérogatives. Ces tensions surviennent notamment alors que le rôle de Saddam s’élargit dans la gestion des relations extérieures et dans le remodelage des équilibres politiques dans l’est du pays.
La gravité de ces divergences réside dans le fait que, tant que le père est présent, il constitue une référence commune permettant de trancher les différends. En revanche, sa disparition pourrait rouvrir le débat sur le partage du pouvoir et des ressources ainsi que sur le commandement des unités armées.
Cela étant, évoquer un conflit militaire imminent entre les frères reste prématuré, faute d’indices tangibles d’une scission directe des forces entre les membres de la famille.
L’éviction d’Aguila
Les récents développements au sein de la Chambre des représentants ont ajouté une nouvelle dimension politique aux arrangements liés à la succession. Le 6 octobre, Benghazi a été le théâtre de l’élection d’un nouveau bureau de présidence, une manœuvre qui, selon ses initiateurs, met fin à la présidence d’Aguila Saleh à la tête de l’institution.
Ces événements surviennent dans un contexte marqué par des informations faisant état du rôle joué par Saddam Haftar dans le soutien aux démarches visant à changer la présidence du Parlement. Cela témoigne d’une implication croissante de sa part dans des dossiers politiques qui, pendant des années, étaient étroitement liés aux relations que son père entretenait avec les institutions en place dans l’est du pays.
L’éviction d’Aguila Saleh revêt une importance particulière, étant donné qu’il a été l’un des principaux alliés politiques de Haftar depuis 2014. Il bénéficie, en outre, de solides réseaux tribaux dans l’est du pays et de liens régionaux influents, notamment avec l’Égypte.
Par ailleurs, le maintien de Saleh à son poste lui conférait une capacité d’influence sur la législation et les accords politiques relatifs à l’avenir du pouvoir, y compris sur toute disposition susceptible d’affecter la position de la famille Haftar au sein des institutions.
Toutefois, l’élection d’une nouvelle direction a suscité des objections et des recours juridiques donnant lieu à une controverse sur la légitimité de la procédure et sur le quorum requis dans un contexte marqué par une division persistante des institutions judiciaires et étatiques.
Ainsi, cette tentative de recomposition du Parlement pourrait offrir à Saddam Haftar une marge de manœuvre politique accrue, elle comporte néanmoins le risque d’accentuer les clivages au sein du camp de l’Est surtout si les différends entre les dirigeants politiques et tribaux se cristallisent en factions rivales.
Les enjeux d’un règlement
Les tractations autour de la succession s’inscrivent également dans le cadre des efforts déployés par les États-Unis pour parvenir à un règlement entre l’est et l’ouest de la Libye. Dans ce contexte, Saddam Haftar est apparu comme un acteur impliqué dans les discussions liées à l’initiative portée par Massad Boulos.
Selon certains rapports, des scénarios non officiels envisageraient un partage des postes exécutifs entre les deux camps, incluant l’attribution d’une fonction présidentielle à Saddam Haftar, en échange du maintien de l’influence du camp d’Abdelhamid Dbeibeh au sein du gouvernement.
Cependant, ces pistes n’ont pas abouti à un accord formel et se heurtent toujours à des obstacles liés à la légitimité constitutionnelle, aux positions des différentes parties politiques et militaires ainsi qu’à l’avenir du processus électoral.
Le passage de Saddam d’une position de commandement militaire à un rôle politique national exige des consensus qui dépassent les zones d’influence de son père. Cela soulève également des interrogations quant à la possibilité d’intégrer les forces de l’Est au sein d’une institution militaire unifiée sans pour autant maintenir les centres de pouvoir existants.
L’ensemble de ces manœuvres révèle que la préparation de Saddam Haftar s’opère via des axes parallèles: consolidation de sa position militaire, élargissement de son ancrage tribal et diplomatique, et, à terme, influence sur la refonte des institutions politiques.
Toutefois, la réussite de ces arrangements successoraux dépend de facteurs qui ne sauraient être tranchés par de simples nominations. Il s’agit notamment de la pérennité de la loyauté des chefs militaires, des positions des tribus, de l’équilibre des intérêts entre les frères, sans oublier les calculs des acteurs régionaux et internationaux.
Alors que Khalifa Haftar s’appuie sur un réseau de relations tissé au fil de plus d’une décennie de conflits et d’alliances, Saddam, quant à lui, en est encore à transformer une influence héritée en une autorité fondée sur sa propre position et sur sa capacité à gérer les équilibres.
Dans un pays où les institutions demeurent fragmentées et où le processus électoral se heurte à des obstacles politiques et juridiques, la question de la succession dans l’est de la Libye pourrait bien passer du statut d’affaire familiale à celui de facteur déterminant dans la reconfiguration du paysage du pouvoir. Ainsi, la question ne se limite plus à savoir si Saddam est préparé à succéder à son père, elle porte davantage sur la capacité des alliances militaires, tribales et politiques sur lesquelles repose le camp de Haftar à perdurer sous une nouvelle direction. Il s’agit également de déterminer si cette transition du pouvoir préservera l’équilibre actuel ou si elle ouvrira la voie à des rivalités internes susceptibles de remodeler le paysage dans l’est du pays.
La journaliste tunisienne a perdu son emploi après que son traitement de la guerre à Gaza a fait l’objet de la critique tendancieuse d’un journaliste israélien. La direction de la SSR, un groupe de presse jusque-là réputé pour sa rigueur professionnelle et son irréprochable déontologie, n’a pas reproché des erreurs factuelles ou professionnelles à Amal Mekki, dont les articles étaient justes, documentés et équilibrés. Ce qu’on lui a reproché c’est en quelque sorte son origine arabo-musulmane et ses positions pro-palestiniennes exprimées sur les réseaux sociaux avant même son entrée dans le groupe d’information suisse.
«Cette histoire révèle le climat de peur qui semble régner dans une partie de la presse suisse», souligne notre confrère. Et ajoute : «Le silence de la presse suisse est sidérant! Ici, dès qu’on aborde la question d’Israël, beaucoup semblent tétanisés à l’idée d’être accusés d’antisémitisme. Il faut pourtant pouvoir interroger les pratiques journalistiques et les rapports de pouvoir sans que toute critique soit immédiatement disqualifiée.»
Interrogé sur les réactions suscitées par cette affaire chez les journalistes suisses, notre interlocuteur a enchaîné : «Beaucoup d’entre eux ont exprimé leur étonnement face à cette affaire et aux pratiquesdouteuses au sein deSwissinfo, mais ils se sont gardés de le faire publiquement, de crainte de subir le sort de leur consœur tunisienne. Mais pourquoi tant de prudence, voire de peur ? Et pourquoi ce silence du Syndicat suisse des mass media (SSM) ? Beaucoup de nos confrères hésitent encore à afficher publiquement leur soutien à Amal Mekki, par crainte des conséquences ou par manque de courage. On ne peut s’empêcher de se demander si les réactions auraient été les mêmes si elle n’était pas arabe. D’autant plus que, selon les éléments rapportés dans cette affaire, son rédacteur en chef lui aurait demandé de se faire passer pour juive.Pourquoi cette humanité à deux vitesses, cette morale à géométrie variable dans la presse suisse ? Les principes de justice, de solidarité et de dignité humaine ne devraient connaître ni frontières ni origines. Défendre une journaliste face à des pratiques potentiellement contraires à l’éthique ne devrait jamais dépendre de son origine ni du sujet sur lequel elle travaille.»
Il convient, cependant, de rappeler que ce climat vénéneux, entretenu par les lobbys pro-israéliens, n’est pas spécifique à la Suisse. Il est pire en France, en Allemagne et dans d’autres pays de l’Union européenne, où il n’est pas facile d’être un journaliste arabe ou musulman ou même seulement de critiquer Israël, quand bien même il commettrait un génocide condamné par la communauté internationale. Ceux qui l’ont fait, pour être en cohérence avec leurs principes et en paix avec leur conscience, dont plusieurs intellectuels de haut niveau, se sont trouvés, du jour au lendemain, carrément interdits d’antennes et de plateaux. C’est la démocratie occidentale dans toute sa splendeur !
Selon l’édition d’octobre 2026 de son classement des passeports, IziVisas, un site gratuit qui détaille les conditions de visa de 199 destinations, nationalité par nationalité, le passeport tunisien est classé 130e sur 196 passeports comparés sur 198 destinations.
Notre passeport ouvre 99 destinations sans démarche consulaire préalable (35 sans visa, 25 avec un visa à l’arrivée, 39 avec un e-visa), et 99 destinations demandent encore un visa au consulat.
À titre de comparaison, un passeport français en ouvre 182 et le passeport des Émirats arabes unis, en tête, 185.
«Contrairement au Henley Passport Index, nous comptons les e-visas à part : une demande en ligne n’est pas la même démarche qu’un rendez-vous au consulat, et c’est ce qui fait bouger les passeports africains. Le classement est mis à jour chaque trimestre», explique Kévin Boileux, fondateur d’IziVisas. Consultez toutes les destinations du passeport tunisien, classées par régime d’entrée sur ce lien ; et le classement, la méthode et les données sur ce lien.
Un procès historique s’est ouvert devant un tribunal à Hambourg, en Allemagne : Serhii Kuznetsov, un soldat des forces spéciales ukrainiennes est accusé d’avoir saboté, en septembre 2022, les gazoducs sous-marins Nord Stream 1 et 2 en mer Baltique, qui approvisionnent l’Allemagne en gaz russe. Ce fut l’un des grands mystères du début de la guerre en Ukraine.
Habib Glenza, à Lödz
Au début, des accusations ont été portées contre la Russie, mais très vite, le soupçon s’est tourbé vers l’Ukraine qui avait tiré profit de l’attaque contre le Nord Stream et qui pouvait être, de ce fait, à l’origine de cette opération.
Les autorités allemandes ont mené l’enquête et ont remonté la piste jusqu’à Kuznetsov, un soldat ukrainien stationné en Italie. Son extradition a été demandée, il a été arrêté et est actuellement jugé en Allemagne.
Kuznetsov a comparu pour la première fois devant le tribunal allemand, le mercredi 14 octobre 2026, faisant preuve d’un calme olympien. Il a même souri à plusieurs reprises.
De graves accusations contre l’Ukraine
Kuznetsov nie catégoriquement toute implication dans l’attaque contre le Nord Stream. L’Ukraine nie également tout lien avec le sabotage du gazoduc. Nicola Canestrini, l’avocat de la défense, a déclaré à la BBC que l’accusation ne reposait sur aucune preuve : «Ils n’ont trouvé aucun témoin, aucune preuve médico-légale, pas d’ADN, pas d’empreintes digitales, rien !» Comme si un agent des forces spéciales pouvait laisser ce genre d’indices lors de ses missions secrètes !
La défense a également fait valoir que Kuznetsov se trouve dans une position de faiblesse, puisqu’il est un soldat affecté à des opérations secrètes et ne peut pas parler de ce qu’il a fait aux dates auxquelles il est accusé d’avoir attaqué le Nord Stream. Argument très commode pour éviter de répondre aux questions des juges !
Un autre suspect impliqué dans l’attaque du Nord Stream se trouve en Croatie et lutte pour éviter son extradition vers l’Allemagne.
Deux hypothèses sont avancées. La première suggère une implication des États-Unis dans les attaques contre le Nord Stream.
Le journaliste chevronné Seymour Hersh (lauréat du prix Pulitzer pour avoir révélé des crimes commis par l’armée américaine, comme le massacre de Mỹ Lai au Vietnam) a publié un rapport faisant état de l’implication directe de plongeurs de la marine américaine. Ce rapport a été réfuté et contesté par d’autres journalistes, qui ont souligné les incohérences des preuves présentées.
La seconde, avancée par des analystes et des journalistes spécialisés, suggère une hypothèse plus réaliste : la CIA était au courant du sabotage avant qu’il ait lieu, mais a décidé de le laisser se produire.
L’attaque contre le Nord Stream aurait eu pour but de démontrer à l’Europe et à l’Allemagne en particulier que la guerre en Ukraine avait des conséquences directes sur son territoire. Il s’agissait d’un moyen de contraindre l’Union européenne à s’impliquer davantage dans la guerre et à soutenir Zelensky.
Ce procès est délicat pour l’Ukraine comme pour l’Allemagne. Toutes deux sont alliées contre la Russie. Mais la justice allemande ne peut ignorer ce qui a porté un coup dur à une infrastructure vitale pour l’économie du pays.
Par ailleurs, ce procès soulève un autre débat : est-il acceptable que l’Ukraine et la Russie bombardent des cibles non militaires telles que des infrastructures énergétiques, des centres de données ou des installations logistiques ? Ces attaques constituent-elles des crimes de guerre ? Poutine et Zelensky devraient-ils tous deux être jugés pour les avoir commis ?
Cette affaire est un sujet épineux pour les puissances occidentales. S’il s’agit d’un sabotage perpétré par l’Ukraine, c’est une grave erreur, mais l’Ukraine est un pays ami qu’il faut protéger. Que faire ? Noyer le poisson ? C’est peut-être cette hypothèse qui fait sourire Kuznetsov, très à l’aise lors de son procès qui devrait se terminer en février 2027.
En conclusion, la position occidentale concernant la guerre russo-ukrainienne alterne le clair et l’obscur, le chaud et le froid, et enveloppe d’un voile d’ambiguïté des motivations des différents protagonistes, notamment l’Ukraine, la Russie et l’Allemagne qui en ont été les plus affectés jusque-là.
La Tunisie prend des mesures pour contrer la propagation de la tuberculose de l’olivier, une maladie bactérienne qui menace cette culture importante pour l’économie du pays. Parallèlement, les prévisions pour la campagne oléicole 2026-2027 indiquent une baisse de la production d’environ 40 % par rapport à la saison précédente, qui pourrait être encore davantage impactée par la recrudescence de cette maladie.
Le ministère de l’Agriculture a annoncé un programme exceptionnel d’interventions phytosanitaires, suite à la détection de foyers dans la zone de Melloulech, située dans le gouvernorat côtier de Mahdia — une région du pays à forte vocation oléicole.
Cette maladie, également appelée «tuberculose de l’olivier», est causée par la bactérie Pseudomonas savastanoi. Elle se manifeste par des excroissances noueuses sur les branches et les troncs, susceptibles de compromettre la vitalité des arbres et de réduire leur productivité. L’agent pathogène se propage principalement par le biais de lésions de l’écorce, favorisées notamment par les opérations de taille et l’utilisation d’outils agricoles contaminés.
Selon un communiqué du ministère de l’Agriculture, des équipes techniques pluridisciplinaires sont à pied d’œuvre dans les zones concernées depuis fin septembre, afin d’évaluer l’étendue des infections et d’identifier les arbres touchés.
Le plan d’urgence prévoit le confinement des zones infectées, l’élagage des arbres les plus gravement atteints, l’élimination des résidus végétaux infectés par brûlage contrôlé, ainsi que des traitements préventifs dans les oliveraies avoisinantes.
Surveillance dans tous les gouvernorats oléicoles
Les autorités ont par ailleurs mis en place des équipes régionales de surveillance dans tous les gouvernorats oléicoles, chargées de détecter rapidement tout nouveau foyer d’infection.
Aucune donnée officielle n’a encore été communiquée concernant les superficies touchées, ni aucune évaluation quantitative des pertes de production imputables à la maladie.
Cette urgence phytosanitaire survient à une période délicate pour le secteur. Selon Najah Saïdi Hamed, présidente de la Chambre nationale des producteurs d’olives, la production tunisienne d’huile devrait s’établir autour de 300 000 tonnes pour la campagne 2026-2027, contre environ 500 000 tonnes estimées pour la campagne précédente, soit une baisse de 200 000 tonnes (40 %).
Ce recul est principalement attribué au phénomène d’alternance biennale des oliviers : après une saison particulièrement abondante, les arbres ont tendance à enregistrer des rendements plus faibles. Par conséquent, il n’existe pas, à l’heure actuelle, d’éléments permettant d’établir un lien direct entre la baisse de production nationale prévue et la tuberculose de l’olivier. Toutefois, la prévision, formulée dès début septembre, a précédé l’annonce de l’urgence bactérienne.
Les enjeux sont importants pour l’économie tunisienne. En 2025, les exportations d’huile d’olive ont généré environ 4,07 milliards de dinars, soit l’équivalent d’environ 1,35 milliard de dollars. Au cours des dix premiers mois de la campagne 2025-2026, de novembre à août, les ventes à l’étranger ont atteint 381 200 tonnes, pour une valeur de 4,78 milliards de dinars, selon les données de l’Observatoire national de l’agriculture (Onagri).
L’Union européenne demeure la principale destination, absorbant 56,6 % des exportations en volume, tandis que l’Espagne et l’Italie en captent respectivement 31,9 % et 19,8 %. Environ 85,5 % de l’huile tunisienne exportée continue d’être commercialisée en vrac. Une récolte moins abondante pourrait avoir une incidence sur les quantités destinées à l’exportation ainsi que sur les prix ; toutefois, une éventuelle hausse des cours internationaux pourrait compenser, au moins partiellement, la baisse des volumes.
Cyberharcèlement, contenus inappropriés, hyperconnexion : Orange Tunisie a organisé, samedi 17 octobre 2026, la deuxième édition de la journée #ForGoodConnectionsDay, en partenariat avec la Fédération tunisienne des sports scolaires et universitaires (FTSSU). À Tunis, 120 adolescents âgés de 11 à 15 ans ont participé à des activités sportives et ludiques conçues pour promouvoir des usages plus sûrs et responsables du numérique.
Le sport et le jeu pour prévenir les risques en ligne
Pour cette deuxième édition, Orange Tunisie a misé sur une approche participative afin d’aborder les dangers auxquels les jeunes peuvent être exposés sur Internet. Matchs de football, olympiades, défis collectifs et stands de jeux ont rythmé cette journée, dans un cadre favorisant la coopération, le respect et le partage.
Un atelier pédagogique fondé sur un jeu de cartes a également permis aux adolescents d’examiner différentes situations rencontrées en ligne, de confronter leurs réactions et de réfléchir aux comportements à adopter. L’objectif est de leur donner des repères concrets pour mieux appréhender les risques numériques et développer des réflexes adaptés.
En rapprochant les valeurs du sport des comportements attendus sur Internet, l’initiative entend rappeler que le respect d’autrui, la solidarité et la responsabilité s’appliquent aussi aux échanges dans l’environnement numérique.
Près de 10.000 bénéficiaires depuis juin 2025
L’opération s’inscrit dans le programme #ForGoodConnections, à travers lequel Orange Tunisie affirme poursuivre ses actions de sensibilisation aux usages responsables du numérique. Depuis juin 2025, ce programme a permis de sensibiliser près de 10.000 bénéficiaires à travers le pays, parmi lesquels des adolescents, des parents et des enseignants, selon l’entreprise.
La journée du 17 octobre a réuni des jeunes, dont des enfants de salariés d’Orange Tunisie, aux côtés des encadrants de la FTSSU et de salariés bénévoles de l’opérateur. Leur mobilisation illustre l’importance de la coopération entre les entreprises et les acteurs éducatifs dans la prévention des risques liés aux usages numériques.
Une responsabilité partagée
La protection des mineurs en ligne ne repose pas uniquement sur les outils techniques ou les règles de sécurité. Elle suppose également un travail de sensibilisation permettant aux jeunes de reconnaître les situations à risque, de comprendre les conséquences de leurs comportements et de savoir comment réagir.
À travers #ForGoodConnectionsDay, Orange Tunisie et la FTSSU entendent ainsi associer apprentissage, activité physique et échanges collectifs pour encourager des pratiques numériques plus sûres.
L’initiative met en avant une approche qui implique aussi les familles, les enseignants, les associations et les entreprises. Un enjeu qui prend une importance croissante à mesure que les usages connectés occupent une place centrale dans le quotidien des adolescents.
Une délégation de la Banque islamique de développement(BID)a effectué, lundi 19 octobre 2026, une visite de travail dans le gouvernorat de Bizerte pourexaminer les possibilités de financement d’un projet de restructuration et de modernisation de plusieurs unités de l’aciérie El Fouladh, à Menzel Bourguiba,pour un coût global estimé à330 millions de dinars,en vued’accroître ses capacités de production etde renforcer son rôle économique et social aux niveaux local, régional et national.
Sami Gabtni, PDG de l’aciérie, a déclaré à Diwan FM que cette visite constitue l’étape finale des négociations relatives au financement du projet de restructuration et de développement de l’entreprise, dont des tentatives de cession à des opérateurs étrangers ont échoué au cours des dernières années.
Le projet de modernisation vise à multiplier par trois environ les capacités de production actuelles de l’usine, ce qui permettra de couvrir les besoins de la Tunisie en billettes d’acier par une production locale, plutôt que par des importations.
Selon la même source, le projet comprend la réalisation d’un four à creuset et l’installation de machines de coulée continue, ainsi que l’élaboration des études d’ingénierie de base et de détail, la réalisation des travaux de génie civil et des structures métalliques, et la fourniture des équipements nécessaires à la modernisation des unités de production, tout en préservant les capacités opérationnelles de l’entreprise et les emplois.
À l’issue de sa visite, la mission élaborera un rapport qui sera transmis au comité technique de la BIB ; ce dernier préparera, à son tour, une note qui sera soumise au CA en vue d’approuver le financement du projet.
De son côté, le gouverneur de Bizerte, Salem Ben Yaâcoub, a souligné l’importance de renforcer les capacités de production de l’aciérie et de développer ses rôles en matière de développement et d’impact social durable, s’agissant d’une entreprise publique qu’il convient de préserver, de développer et de renforcer, afin d’accroître sa contribution à l’économie nationale.
De son côté, Habib Haouala, représentant de la BID en Tunisie, a indiqué que l’institution financière constitue un partenaire stratégique pour la Tunisie depuis sa création en 1975, précisant qu’elle a financé plus de 316 projets dans des secteurs stratégiques, en phase avec les orientations nationales du pays, pour une valeur globale avoisinant les 6,5 milliards de dollars.
Le gouvernorat de Bizerte a bénéficié d’une part significative de cette coopération, notamment à travers le financement des importations des usines El Fouladh et la Société tunisienne des industries de raffinement (Stir), ainsi que par une contribution à des projets relevant de l’économie verte. Au total, 71 projets — considérés comme des réussites — ont été financés, profitant à 631 promoteurs et promotrices.
L’ancien chef d’état-major de l’armée israélienne de 2015 à 2019 Gadi Eisenkot est aujourd’hui le principal adversaire du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et sa formation politique Yashar a toutes ses chances pour battre le Likoud lors des élections législatives du mardi 27 octobre 2026. Les Israéliens le perçoivent comme «intègre» contrairement à Netanyahu dont les scandales de corruption n’en finissent pas. Il se distingue de l’actuel Premier ministre par son style et son tempérament cependant il entretient une ambiguïté savamment cultivée sur des points politiques essentiels.
Imed Bahri
«On a dit de lui qu’il incarne tout ce que le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu n’est pas», c’est par ces mots que Peter Beaumont commence son analyse du profil d’Eisenkot dans The Gardian.
La différence entre Gadi Eisenkot, ancien général et principal candidat de l’opposition lors des élections israéliennes de ce mois-ci, et Netanyahu commence par l’apparence.
C’est un homme à l’allure parfois négligée, une apparence qui contraste avec celle de Netanyahu, adepte des teintures capillaires, du maquillage et d’un besoin obsessionnel de maîtriser son image médiatique.
Selon l’analyse du commentateur israélien Anshel Pfeffer, il représente «l’anti-Bibi» au sein d’une classe politique israélienne où beaucoup aspirent, au contraire, à lui ressembler.
Une image lisse mais une même propension à casser du Palestinien
Dans un paysage politique israélien marqué par les trahisons, les coups bas et les campagnes de dénigrement —publiques comme privées—, Eisenkot se distingue par sa droiture selon Pfeffer. Il est entré en politique il y a seulement quatre ans et son parti a été baptisé «Yashar», un terme qui signifie «droit» ou «honnête», «droiture» et «honnêteté» qui, en Israël, n’excluent pas une centaine volonté de spolier les Palestiniens de ce qui reste de leurs terres.
En effet, sur les dossiers fondamentaux, un Israël dirigé par Eisenkot ne différerait pas radicalement de la situation actuelle. Il est en effet resté évasif sur des questions cruciales, notamment la solution à deux États et la colonisation israélienne en Cisjordanie occupée.
«Il n’est pas lisse. Il n’est pas corrompu. Je pense qu’il se concentrera davantage sur les enjeux internes que sur la scène internationale. En tant qu’ancien militaire, il cherche avant tout à apaiser les tensions mais il reste très prudent et évite de prendre des positions tranchées», explique Mairav Zonszein, analyste principale au sein de l’International Crisis Group.
Pour de nombreux électeurs, l’attrait qu’exerce Eisenkot tient moins à son idéologie qu’à l’image qu’il dégage.
Selon Dahlia Scheindlin, sondeuse et analyste politique israélienne, l’un des atouts majeurs d’Eisenkot réside dans ses «origines très modestes».
Alors que Netanyahu est le fils d’un universitaire né en Pologne, Eisenkot est issu d’une famille juive mizrahi (oriental en hébreu) originaire du Maroc. Il a débuté sa carrière militaire comme simple soldat d’infanterie, gravissant les échelons jusqu’à devenir chef d’état-major de l’armée israélienne.
«Le fait qu’il soit issu d’un milieu populaire, originaire d’une zone périphérique, renforce l’impression, chez les électeurs, qu’il est plus proche du peuple. Il est perçu comme quelqu’un d’empathique et de direct. C’est sans doute pour cela qu’ils ont testé auprès de l’opinion des noms pour le parti et qu’ils ont fini par choisir Yashar. Les gens ont probablement trouvé qu’il dégageait une grande honnêteté».
Mais si l’idéologie demeure un facteur déterminant du vote des Israéliens, en quoi Eisenkot croit-il, au juste ?
Sur le plan intérieur, il réclame une enquête approfondie sur les défaillances des services de renseignement qui ont rendu possible l’opération Déluge d’Al Aqsa le 7 octobre 2023. Plus clivant encore, il plaide pour la fin de l’exemption du service militaire dont bénéficient les ultra-orthodoxes, une question qui, depuis longtemps, est source de tensions au sein de la société israélienne.
Sur les enjeux majeurs —notamment celui de la solution à deux États, qui impliquerait la création d’un État palestinien—, il reste ambigu.
«Je n’ai jamais affirmé que la solution consistait en deux États pour deux peuples. Nous sommes confrontés à un conflit religieux et national très profond, quiconque imagine qu’un accord est possible à l’heure actuelle se trompe lourdement», déclaré Eisenkot durant la campagne.
Eisenkot soutient d’une façon générale la colonisation
Concernant la question plus large des colonies juives en Cisjordanie, Eisenkot demeure également évasif. S’il s’oppose au projet de colonisation de la zone E1* —perçu comme un obstacle potentiel à tout futur État palestinien—, il soutient, plus généralement, la colonisation.
Là où Eisenkot se distingue du gouvernement actuel, c’est sur la décision de Netanyahu de confier la gestion de la Cisjordanie occupée à Bezalel Smotrich, ministre d’extrême droite favorable à la colonisation. Or, cette zone connaît une recrudescence des violences commises par des colons, ce qui a suscité de vives condamnations internationales et entraîné des sanctions. Eisenkot a déclaré qu’il «renverserait» immédiatement cette situation et rendrait à l’armée le contrôle de la Cisjordanie.
Les sceptiques estiment qu’Eisenkot et ses alliés prônent un retour à une ancienne stratégie qui a fait ses preuves : gérer le conflit avec les Palestiniens sans chercher à le résoudre dans le but d’atténuer la pression internationale sur Israël.
«Ce qu’Eisenkot et les autres disent, en somme, c’est ‘‘Nous serons de meilleurs gestionnaires. Nous dirigerons mieux le pays, sans pour autant changer de cap. Ils ne parlent pas vraiment de la question palestinienne’’», explique le professeur Yossi Mekelberg du groupe de réflexion Chatham House. Par conséquent, il s’agit uniquement d’un changement de méthode mais pas de politique.
Un militaire belliqueux, faucon parmi les faucons
En ce qui concerne l’usage de la force militaire, Eisenkot est tout sauf une colombe. En tant que commandant du front nord d’Israël durant la seconde guerre du Liban en 2006, il fut l’architecte de la tristement célèbre «doctrine Dahiya», selon laquelle Israël devait déployer une «force disproportionnée et causer des dommages et des destructions immenses» dans la banlieue sud de Beyrouth, fief du Hezbollah. Une politique qui trouve sa pleine expression dans la guerre actuelle à Gaza.
Selon The Guardian, il a fait preuve d’un réalisme plus militaire concernant Gaza. Il y a deux ans, il soulignait qu’il était peu probable qu’Israël remporte une «victoire totale» sur le Hamas et préconisait une stratégie donnant la priorité à la vie des détenus israéliens dans la bande de Gaza. Son fils, Gal Meir Eisenkot, âgé de 25 ans, a succombé à ses blessures fin 2023, après une opération menée à Gaza pour récupérer les corps de détenus israéliens.
La position d’Eisenkot quant à l’usage de la violence par l’État diffère de celle de Netanyahu qu’il a d’ailleurs critiqué l’an dernier pour avoir affirmé qu’Israël devait devenir une «super-Sparte», un État militarisé et craint par ses voisins.
Si les observateurs estiment qu’une administration dirigée par Eisenkot sévirait probablement contre les violences commises par les colons en Cisjordanie, ils se demandent si elle irait beaucoup plus loin.
«C’est une mesure facile à mettre en œuvre et environ la moitié de la société israélienne estime qu’il serait judicieux de sévir davantage contre les colons violents. De plus, cela faciliterait ses relations internationales», note Scheindlin. Elle ajoute : «Il ne serait pas un Premier ministre confronté à des accusations de corruption [comme Netanyahu]. J’imagine un gouvernement qui jouerait un rôle de stabilisation, offrant l’opportunité de renouer des relations avec le reste du monde, plutôt que de voir des ministres multiplier des déclarations qui mènent tout droit devant la Cour internationale de justice ou la Cour pénale internationale».
Elle soulève cependant une question importante qui va se poser en cas de victoire de Yashar : «Combien de temps un tel gouvernement pourrait-il survivre et quelle marge de manœuvre aurait-il pour mener une politique?»
Si Eisenkot a su incarner un espoir pour les opposants à Netanyahu, Scheindlin s’interroge : «Quelle part revient réellement à sa personnalité et quelle part relève de la simple projection?»
«Je pense qu’Israël peut retrouver une trajectoire normale à condition qu’il y ait quelqu’un qui se soucie réellement de la population. Or, les gens ont projeté sur lui l’idée qu’il se soucie sincèrement des citoyens. Plus les gens le voient, plus ils projettent sur lui ce qu’ils souhaitent y trouver. Il est perçu comme celui qui apportera du ‘‘professionnalisme’’, il bénéficie de cette aura d’homme au-dessus de la mêlée précisément parce qu’il est issu de l’armée», explique-t-elle.
Shai Bazak, ancien diplomate israélien, spécialiste de la communication et ex-conseiller de Netanyahu, soutient que le principal atout d’Eisenkot pourrait bien être, justement, son absence de volonté de prendre des mesures radicales.
«Après un dirigeant très charismatique et dominant, les gens choisissent délibérément quelqu’un de moins charismatique car ils aspirent tout simplement au calme et à la tranquillité. Ils ne veulent plus de tout ce tumulte», a-t-il déclaré à Politico.
*E1 est un projet d’extension colonial israélien sur un territoire de 12 km2 situé à l’ouest de la colonie Ma’aleh Adumim, près de Jérusalem-Est, en Cisjordanie (territoire palestinien occupé). L’objectif est de rendre impossible la création d’un État de Palestine en menaçant la continuité territoriale de la Cisjordanie occupée et en la coupant de Jérusalem-Est.
Qu’est-ce que l’État tunisien ne ferait pas pour aider les entreprises communautaires, dont le président de la république Kaïs Saïed attend monts et merveilles pour relancer une économie tunisienne en panne, sauf que malgré les privilèges fiscaux, les aides administratives et financières et les coups de pouce institutionnels, dont elles bénéficient et dont sont privées les autres types d’entreprises, ces «chères privilégiées» peinent à démarrer. Et, en dépit du bon sens, on continue à les doper par de nouveaux «cadeaux» pas toujours mérités…
C’est ainsi que le projet de budget de l’État pour 2027 prévoit de nouvelles mesures visant à poursuivre le soutien aux entreprises communautaires et à accélérer leur création, comme s’il n’y en a pas assez qui vivotent difficilement. Cela passe par l’allocation de crédits supplémentaires de 35 millions de dinars à une ligne de financement dédiée à ces structures, ainsi que par la mise en place d’une ligne de financement de 5 millions de dinars destinée à appuyer l’autofinancement de leurs promoteurs.
Ce qui a fait réagir le conseiller fiscal Mohamed Salah Ayari qui, dans une déclaration faite à la radio Diwan FM, a estimé que les résultats de l’expérience des entreprises communautaires ne se sont pas encore révélés positifs, tout en soulignant qu’elles pourraient générer une rentabilité satisfaisante si elles étaient gérées correctement et sur des bases saines. Et tout en appelant à soutenir davantage les entreprises communautaires, afin qu’elles puissent contribuer à l’économie nationale et atteindre les objectifs pour lesquels elles ont été créées, M. Ayari a salué l’article 22 du projet de loi de finances pour 2027, qui prévoit la prolongation de l’exonération fiscale accordée aux entreprises nouvellement créées.
Cette mesure concerne les entreprises ayant obtenu un certificat de dépôt de déclaration d’investissement auprès des services compétents durant la période allant du 1er janvier 2027 à fin décembre 2030.
Le conseiller fiscal a précisé que cette mesure avait déjà été instaurée dans le cadre de la loi de finances pour 2018, soulignant qu’elle a contribué à la création de nouvelles entreprises, favorisant ainsi l’investissement et encourageant le lancement de projets. Espérons qu’elle donnera encore une fois ses fruits et que ces générosités consenties par les contribuables -ou imposées à eux- seront utiles pour ceux et celles qui vont en profiter. Ce dont beaucoup doutent, à juste titre…
Après avoir comparu vendredi dernier au palais de justice de Montréal par visioconférence, Youcef Moussaoui a été formellement accusé du meurtre de la Tunisienne Leila Ben Salem.
Arrêté jeudi dernier, placé en détention puis inculpé vendredi de meurtre au premier degré, l’individu de 33 ans, qui travaillait comme concierge dans le même quartier que sa victime, devra comparaître à nouveau devant le tribunal le 21 décembre prochain, affirment les médias canadiens.
Le mobile du crime n’a pas encore été révélé par le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), qui avait indiqué que les éléments de l’enquête seraient rendus publics lors des procédures judiciaires.
Pour rappel, ce drame est survenu le 22 septembre dernier, alors que Leila Ben Salem, mère de famille, participait à une réunion de travail virtuelle depuis son domicile.
Il est des hommes politiques que l’on comprend mal lorsqu’on les enferme dans les catégories qui ont façonné les débats idéologiques d’autres sociétés. Habib Bourguiba est de ceux-là. Vouloir déterminer s’il fut un homme de gauche en le comparant exclusivement aux traditions marxistes européennes, aux expériences bolcheviques ou aux modèles classiques de la social-démocratie risque de nous éloigner de l’essentiel.
Zouhaïr Ben Amor *
Bourguiba a vécu et agi dans un contexte historique particulier : celui d’une Tunisie qui sortait du protectorat, d’une société profondément marquée par les traditions, d’un pays où l’instruction demeurait insuffisamment répandue et où les inégalités sociales, régionales et entre les hommes et les femmes pesaient lourdement sur les possibilités de chacun. C’est à partir de cette réalité qu’il faut juger son projet.
La question n’est donc pas de savoir s’il fut un disciple de Marx, s’il partageait les conceptions révolutionnaires des partis communistes ou s’il aurait trouvé sa place dans les classifications politiques de l’Europe industrielle. La véritable question est ailleurs : quelle société voulait-il construire, quels privilèges entendait-il remettre en cause, quelle place accordait-il à l’éducation, à la femme, à la religion, à la mobilité sociale et à la dignité humaine ? Et surtout, quelle idée de l’avenir portait-il dans une région du monde où le poids de la tradition était souvent invoqué pour justifier l’immobilisme ?
À mes yeux, c’est d’abord par cette volonté de transformer la société, de combattre les inégalités héritées et de refuser que les individus soient enfermés dans leur condition de naissance que Bourguiba peut être considéré comme un homme de gauche. Une gauche qui ne se définit pas prioritairement par la propriété collective des moyens de production, mais par une certaine conception de la justice sociale, par la conviction que les sociétés peuvent progresser et par le refus d’accepter la fatalité comme une réponse aux difficultés humaines.
Cette lecture ne suppose ni d’ignorer les contradictions de son régime ni de transformer son parcours en récit sans défaut. Elle exige simplement que nous replacions l’homme dans son temps, dans sa culture et dans les défis auxquels il entendait répondre. L’histoire tunisienne mérite mieux que des jugements importés, appliqués mécaniquement à une expérience qui possédait sa propre logique.
Une gauche de l’émancipation des dogmes
La gauche n’a jamais été une réalité uniforme. Elle a pris des formes différentes selon les pays, les périodes historiques et les sociétés dans lesquelles elle s’est développée. En Europe, elle s’est notamment construite autour de la question ouvrière, de la lutte contre les privilèges économiques, de la protection des travailleurs et de la remise en cause de l’ordre social. Dans les pays anciennement colonisés, les priorités pouvaient être différentes. L’indépendance politique, l’accès à l’école, la construction d’institutions nationales, l’émancipation des femmes et la réduction des inégalités héritées du colonialisme constituaient souvent des urgences aussi fondamentales que les débats sur la propriété ou la lutte des classes.
La Tunisie de 1956 ne pouvait pas être abordée comme une société européenne déjà industrialisée, dotée d’institutions anciennes et d’une longue tradition de participation politique. Elle devait construire son État, former ses cadres, généraliser l’instruction, organiser ses services publics et modifier des structures sociales qui limitaient les possibilités de larges catégories de la population. Dans ce contexte, l’égalité ne pouvait pas se réduire à une formule économique. Elle devait signifier que l’enfant né dans une famille modeste aurait, autant que possible, accès à l’école ; que la femme ne serait pas condamnée à la dépendance juridique ; que l’origine géographique ne déterminerait pas définitivement le destin d’un individu ; que la société ne considérerait pas la pauvreté comme une condition naturelle dont il serait vain de vouloir sortir.
C’est sur ce terrain que se situe une part essentielle de l’action de Bourguiba. Son ambition consistait à substituer progressivement à une société dominée par les héritages familiaux, les hiérarchies traditionnelles et les inégalités d’accès au savoir un ordre social dans lequel l’État pourrait ouvrir de nouvelles possibilités. Il ne voulait pas seulement administrer la Tunisie indépendante. Il voulait transformer les mentalités, les comportements et les rapports entre les individus.
Cette démarche correspond à une conception profondément sociale de la gauche. Elle repose sur l’idée que l’être humain n’est pas prisonnier de son milieu, de sa famille ou de son passé. La société peut intervenir pour lui donner les moyens de changer de condition. L’éducation, la santé, la formation et l’égalité devant la loi deviennent alors des instruments d’émancipation.
Il faut également tenir compte de la place qu’occupait la religion dans la société tunisienne. Bourguiba n’a pas agi dans un environnement où l’islam aurait été une référence secondaire. Il savait que la religion appartenait à l’histoire, à la culture et à la vie quotidienne de la population. Son ambition consistait cependant à contester les interprétations qui transformaient certaines pratiques héritées en obligations immuables et qui présentaient l’ordre social existant comme une réalité qu’il serait dangereux de remettre en question.
Une telle attitude ne correspond pas à une gauche nécessairement antireligieuse. Elle relève plutôt d’une conception non fataliste de la société : les croyances peuvent demeurer vivantes sans que toutes les coutumes deviennent intouchables. La fidélité à une civilisation ne signifie pas l’interdiction de la réformer. Une tradition qui ne permet aucune évolution finit par confondre sa propre histoire avec une vérité éternelle.
Bourguiba voulait précisément ouvrir cet espace. Son rapport à la religion fut complexe, parfois autoritaire et souvent contesté, mais il reposait sur une conviction fondamentale : la société tunisienne pouvait évoluer sans devoir renoncer à son identité arabo-musulmane. C’est une dimension déterminante de son parcours, trop souvent négligée lorsque l’on cherche à le faire entrer dans une opposition simpliste entre religion et modernité.
La femme tunisienne, une révolution au cœur du projet social
S’il est un domaine dans lequel l’orientation progressiste de Bourguiba apparaît avec une force particulière, c’est bien celui de la condition féminine. Le 13 août 1956, quelques mois après l’indépendance, la promulgation du Code du statut personnel engage la Tunisie dans une transformation juridique et sociale d’une portée exceptionnelle. L’interdiction de la polygamie, l’encadrement du mariage par le consentement et le remplacement de la répudiation unilatérale par le divorce judiciaire constituent des ruptures majeures avec des pratiques qui plaçaient les femmes dans une situation d’inégalité.
Il faut mesurer ce que représentait une telle décision dans son contexte historique. Dans une grande partie du monde arabo-musulman, la condition féminine restait profondément liée à des structures familiales patriarcales et à des interprétations religieuses qui limitaient l’autonomie des femmes. Bourguiba choisit de faire de leur émancipation un axe central de la construction nationale. Il ne considérait pas cette question comme un sujet secondaire, destiné à être traité après les problèmes économiques ou une fois que le pays aurait atteint un certain niveau de développement. Il en fit une priorité dès les premiers mois de l’indépendance.
L’originalité tunisienne fut précisément de considérer que la transformation de la société ne pouvait pas attendre. Il ne suffisait pas de proclamer la souveraineté nationale si la moitié de la population demeurait enfermée dans des rapports juridiques inégalitaires. L’indépendance devait aussi modifier la vie au sein des familles, la place des femmes dans l’espace public et les possibilités offertes aux nouvelles générations.
Rayed Khedher (2017) montre que cette réforme s’inscrit dans une trajectoire historique particulière, nourrie par les débats intellectuels tunisiens, les réformateurs qui avaient précédé l’indépendance et la volonté de modernisation portée par le nouvel État. Il rappelle également l’importance du Code du statut personnel dans la singularité de l’expérience tunisienne au sein du monde arabo-musulman. La politique de Bourguiba ne fut donc pas une décision isolée, surgie de nulle part. Elle s’appuyait sur un héritage intellectuel national, mais elle eut besoin d’une volonté politique capable de transformer ces idées en droit.
C’est ici que son rapport à la religion prend tout son sens. Bourguiba refusait que des interprétations figées de l’islam servent à interdire toute réforme du droit familial. Il mobilisait une lecture réformatrice, faisant place à l’interprétation et à la raison, pour défendre la possibilité d’une société musulmane moderne. Cette démarche permettait de poser autrement une question souvent présentée comme insoluble : fallait-il choisir entre l’identité religieuse et l’égalité des femmes ? Pour Bourguiba, ce choix n’avait rien d’inévitable.
On peut discuter sa méthode, son intervention dans les pratiques sociales et le caractère parfois paternaliste de sa politique. On peut aussi rappeler que l’émancipation des femmes fut portée par des intellectuelles, des militantes et des réformatrices qui ne doivent pas disparaître derrière la seule figure présidentielle. Il serait injuste de faire de Bourguiba l’unique auteur d’une évolution à laquelle d’autres femmes et hommes avaient contribué bien avant lui.
Mais il serait tout aussi injuste de minimiser son rôle politique. Il eut le courage d’engager une réforme qui touchait à des structures profondément enracinées et dont les conséquences dépassaient largement le cadre juridique. Emma C. Murphy (1996) souligne l’importance de la trajectoire tunisienne dans l’histoire des droits des femmes, en mettant en évidence le rôle joué par Bourguiba et par les réformateurs qui l’avaient précédé.
La portée de cette orientation dépasse les frontières tunisiennes. L’émancipation féminine constitue l’un des éléments les plus originaux de l’expérience bourguibienne dans le monde arabe. Elle donne à son héritage une dimension qui ne peut être appréciée uniquement à travers les politiques économiques ou les relations entretenues avec les grandes puissances.
Une société qui reconnaît aux femmes une capacité juridique plus grande, favorise leur accès à l’éducation et leur permet de participer progressivement à la vie professionnelle et publique modifie en profondeur ses propres équilibres. Elle élargit le champ des libertés individuelles et remet en question la transmission automatique des rapports de domination d’une génération à l’autre.
Voilà pourquoi la question féminine est centrale lorsqu’on cherche à situer Bourguiba à gauche. L’égalité sociale ne se limite pas au partage des revenus. Elle concerne aussi la liberté de disposer de sa vie, de participer à la société et de ne pas être assigné à une place par sa naissance ou son sexe.
L’éducation, ou la volonté de briser la fatalité sociale
Bourguiba avait compris qu’une réforme juridique, aussi audacieuse soit-elle, ne pouvait transformer durablement la société si elle n’était pas accompagnée d’une politique éducative ambitieuse. Le droit ouvre une possibilité ; l’éducation donne aux individus les moyens de s’en saisir. Il fallait donc construire des écoles, former des enseignants, développer l’enseignement secondaire et supérieur, élargir l’accès au savoir et préparer une génération capable de faire fonctionner les institutions d’un État moderne.
Dans la Tunisie indépendante, l’école publique représentait bien davantage qu’un service administratif. Elle constituait une promesse de mobilité sociale. Un enfant issu d’une famille modeste pouvait espérer devenir enseignant, médecin, ingénieur, magistrat ou haut fonctionnaire. Il pouvait envisager une vie différente de celle que son environnement semblait lui réserver.
Cette transformation fut considérable dans un pays qui devait former rapidement ses propres cadres après le départ d’une partie des responsables de l’administration coloniale. L’éducation devait répondre à une nécessité nationale, mais elle portait également une ambition égalitaire. Le savoir ne devait pas demeurer l’apanage d’une minorité. Il fallait le diffuser afin que la naissance, les ressources familiales ou l’appartenance à un milieu privilégié ne constituent plus les seules voies d’accès aux responsabilités.
On comprend mieux, dans cette perspective, la place accordée aux compétences issues de milieux modestes dans la construction de l’État. Des responsables politiques et des ministres venus de familles qui ne possédaient ni fortune considérable ni réseaux anciens ont pu accéder à des fonctions importantes grâce à leur formation, leur parcours et leur engagement. Cette mobilité n’a pas supprimé les privilèges, et elle ne signifie pas que toutes les régions ou toutes les catégories sociales aient bénéficié des mêmes possibilités. Elle indique néanmoins qu’un renouvellement des élites était possible.
Pour un pays qui cherchait à se construire, cette question avait une importance particulière. Il ne suffisait pas de remplacer les anciens dirigeants par une nouvelle aristocratie nationale. Il fallait former des compétences, faire émerger des responsables et permettre à des individus issus de milieux différents de participer à la direction du pays.
L’école constituait ainsi l’un des instruments essentiels du projet bourguibien. Elle devait former des citoyens capables de comprendre leur environnement, de participer au développement national et de s’affranchir progressivement des déterminismes sociaux. L’éducation ne pouvait pas garantir à elle seule l’égalité, mais elle en représentait une condition fondamentale.
Cette ambition explique aussi pourquoi Bourguiba accordait une telle importance à la formation des femmes. L’accès à l’école ne devait pas être réservé aux garçons ni dépendre exclusivement des ressources d’une famille. La transformation des mentalités exigeait que les nouvelles générations, filles et garçons, puissent acquérir les connaissances nécessaires à leur autonomie.
Il faut reconnaître les limites de cette politique. L’expansion scolaire n’a pas effacé les disparités régionales, les difficultés économiques ou les inégalités de départ. Les diplômes n’ont pas toujours débouché sur les emplois espérés, et la mobilité sociale est demeurée incomplète. Mais juger une politique éducative à l’aune de ses limites ne doit pas nous conduire à oublier l’ambition qui la portait.
Bourguiba voulait faire de l’instruction une responsabilité majeure de l’État. Dans un pays où la pauvreté et l’analphabétisme limitaient encore les possibilités d’une partie de la population, cette orientation représentait un choix social de première importance. Elle correspondait à une conviction qui demeure profondément actuelle : la société n’est pas condamnée à reproduire indéfiniment ses propres inégalités.
Le développement régional confronté aux limites du réel
La justice sociale ne concerne pas uniquement les rapports entre les classes ou entre les sexes. Elle se mesure également à la manière dont un pays traite ses territoires. Peut-on parler d’égalité lorsque les possibilités d’emploi, les services publics, les infrastructures et les établissements de formation sont concentrés dans quelques villes, tandis que d’autres régions voient leurs jeunes partir faute de perspectives ?
Bourguiba connaissait ce problème. La Tunisie indépendante héritait de déséquilibres territoriaux accentués par l’histoire coloniale, qui avait favorisé certains espaces littoraux et certaines activités économiques. La construction de l’État devait donc s’accompagner d’un effort de rééquilibrage. Il fallait créer des activités dans l’intérieur du pays, développer l’agriculture, moderniser les infrastructures et limiter l’exode rural en donnant aux populations des raisons de rester dans leurs régions.
Les politiques de planification des années 1960 témoignent de cette préoccupation. Hafedh Sethom (1979), dans son étude sur les transformations de l’espace tunisien depuis l’indépendance, décrit les efforts engagés pour créer des pôles industriels à l’intérieur du pays et réduire les disparités héritées du protectorat. L’État investit dans de grandes unités industrielles et tenta de faire du développement économique un instrument de transformation territoriale.
Les résultats furent cependant inégaux. Certains projets n’atteignirent pas les objectifs espérés en matière d’emploi et de rentabilité. Les investissements industriels ne suffirent pas à modifier profondément la répartition des activités et des possibilités économiques. Les régions de l’intérieur continuèrent à rencontrer des difficultés structurelles, tandis que les espaces les mieux intégrés aux circuits économiques conservaient des avantages importants.
Il faut donc éviter deux erreurs. La première serait de prétendre que Bourguiba a résolu le problème régional tunisien. Il ne l’a pas fait. La seconde consisterait à affirmer qu’il n’a pas compris l’importance de ce problème. Les orientations de développement et les investissements publics montrent qu’il existait une volonté de modifier la géographie économique du pays, même si cette volonté n’a pas produit tous les effets attendus.
Cette distinction est essentielle. Une ambition politique peut être réelle sans que sa mise en œuvre soit pleinement réussie. L’histoire du développement régional tunisien montre précisément la difficulté de transformer des déséquilibres anciens par la seule intervention de l’État, surtout lorsque les ressources sont limitées et que les projets industriels ne créent pas suffisamment d’emplois.
Mais l’existence de ces limites ne retire rien à la dimension sociale de la préoccupation. Le développement régional pose une question d’égalité : un jeune né à Kasserine, à Gafsa, au Kef ou dans une localité rurale doit-il avoir moins de possibilités qu’un jeune né dans une grande ville côtière ? La réponse ne peut être acceptable si elle transforme l’inégalité territoriale en fatalité.
Bourguiba avait fait du développement national une responsabilité publique. Il voulait que l’État intervienne pour transformer les conditions de vie et créer de nouvelles possibilités. Ce choix relève d’une conception de la justice sociale qui ne se confond pas avec le marxisme, mais qui partage avec les traditions progressistes le refus de laisser les inégalités se reproduire sans intervention collective.
L’autorité, l’éducation et la question démocratique
C’est sur la question démocratique que les jugements portés sur Bourguiba deviennent les plus difficiles. On ne peut nier le caractère autoritaire de son régime, la concentration du pouvoir, les restrictions imposées aux oppositions et les périodes de répression. Il faut les reconnaître sans détour. Mais les comprendre exige aussi de replacer les choix politiques dans le contexte de la Tunisie qui accédait à l’indépendance.
Le pays devait construire rapidement un État moderne, former ses responsables, généraliser l’éducation et transformer des structures sociales anciennes. Les institutions étaient jeunes, les ressources limitées et la culture de participation politique demeurait inégalement développée. Bourguiba estimait que la modernisation de la société devait précéder, ou du moins accompagner étroitement, l’élargissement de la participation politique. Il accordait à l’éducation et à la formation du citoyen une place prioritaire, convaincu qu’une démocratie durable ne pouvait reposer uniquement sur des textes juridiques si les conditions sociales nécessaires à son fonctionnement n’étaient pas réunies.
Cette conception mérite d’être examinée dans son contexte. Elle ne doit pas être confondue avec l’idée que les Tunisiens auraient été, par nature ou par culture, incapables de démocratie. Une telle affirmation serait injuste et historiquement réductrice. Elle ne tient pas compte des traditions de mobilisation nationale, des organisations syndicales, des associations et des courants politiques qui existaient déjà dans le pays. Elle néglige aussi les aspirations à la liberté exprimées par des générations de Tunisiens.
Il est cependant possible de soutenir que Bourguiba estimait que la priorité devait aller à la construction d’un État, à l’instruction et à la transformation des structures sociales avant de permettre une compétition politique pleinement ouverte. Dans sa vision, la modernisation devait créer les conditions d’une société nouvelle. Le problème est que cette transition, présentée comme nécessaire, n’a pas débouché sur une démocratisation progressive et durable de son régime. L’autorité destinée à préparer l’avenir a fini par se maintenir elle-même.
C’est là une limite importante de son projet. En concentrant les décisions entre les mains du pouvoir, le régime a réduit la possibilité pour les citoyens de participer librement à la définition de cet avenir. Il a parfois confondu la nécessité de construire l’État avec le droit de décider seul au nom de la société.
La question mérite néanmoins d’être abordée sans anachronisme. La démocratie n’est pas une institution qui fonctionne automatiquement dès lors que l’on proclame des élections. Elle demande des règles acceptées, des institutions solides, une culture du pluralisme, une administration impartiale, des contre-pouvoirs et une capacité à distinguer l’État des intérêts d’un parti. Elle suppose aussi que les désaccords politiques ne deviennent pas des conflits irréconciliables sur l’identité même de la nation.
Les événements qui ont suivi 2011 ont montré combien cette construction était difficile. La chute de Ben Ali a ouvert une possibilité historique considérable, mais elle n’a pas suffi à installer immédiatement une démocratie consolidée. Les tensions sociales, les attentes économiques, la fragilité des institutions et les affrontements idéologiques ont pesé sur la transition.
La place de la religion dans l’espace public est devenue l’un des principaux terrains de confrontation. Les débats sur l’identité, les libertés individuelles, la place de l’islam dans la Constitution et les rapports entre religion et politique ont parfois pris le pas sur les questions sociales qui avaient nourri les mobilisations populaires. Mohamed Nachi (2016) a analysé cette transformation du religieux en enjeu central de l’espace public tunisien durant la période de transition.
Dans cette perspective, je considère que les partis islamistes et la politisation de la religion ont contribué à brouiller le sens de l’événement de 2011. Une révolution portée par des aspirations à la dignité, à l’emploi, à la justice et à la liberté s’est trouvée confrontée à des conflits identitaires qui ont détourné une partie du débat public des urgences sociales. Il ne s’agit pas de nier le droit des citoyens croyants à participer à la vie politique, ni de réduire tous les échecs de la transition à une seule famille politique. Les difficultés économiques, les rivalités partisanes, les faiblesses institutionnelles et les choix de l’ensemble des acteurs ont également pesé.
Mais le problème apparaît lorsque la religion devient un instrument de compétition pour imposer une définition exclusive de la société. Une démocratie ne peut durablement fonctionner si les adversaires politiques sont présentés comme des ennemis de la foi, de l’identité ou de la nation. Elle exige que les convictions religieuses puissent s’exprimer librement, sans que l’autorité politique soit soustraite à la discussion au nom d’une légitimité supérieure.
Alfred Stepan (2012), en étudiant la transition tunisienne, insiste justement sur la nécessité d’établir un équilibre entre la liberté de participation des citoyens religieux et l’autonomie des institutions démocratiques. Cette exigence demeure centrale : ni l’exclusion des croyants de la vie publique ni la soumission de l’État à une autorité religieuse ne permettent de construire un espace politique commun.
L’expérience postérieure à 2011 invite donc à reconsidérer la question de la préparation démocratique, non pour justifier indéfiniment l’autoritarisme, mais pour comprendre les conditions nécessaires à l’enracinement des institutions. La société tunisienne avait besoin d’éducation, de culture civique, de justice sociale et d’institutions capables de protéger le pluralisme. Ces besoins ne disparaissent pas avec la chute d’un régime.
Bourguiba et l’héritage d’une gauche tunisienne
Alors, Bourguiba fut-il un homme de gauche ? Je réponds par l’affirmative, à condition de préciser le sens que je donne à cette expression. Il ne fut pas un homme de gauche au sens d’une fidélité constante au marxisme ou d’une adhésion aux traditions bolcheviques. Il ne fut pas davantage un démocrate libéral au sens plein du terme. Son parcours est celui d’un dirigeant nationaliste qui a voulu transformer la société tunisienne par l’éducation, la réforme du droit, la modernisation de l’État et la remise en cause de certaines hiérarchies traditionnelles.
Son orientation progressiste apparaît d’abord dans sa volonté de faire reculer les déterminismes sociaux. L’enfant d’une famille modeste devait pouvoir accéder à l’école et aux responsabilités. La femme devait disposer de droits qui lui permettent de ne plus dépendre entièrement de la volonté masculine. Les régions de l’intérieur devaient bénéficier d’investissements capables de créer des possibilités nouvelles. La religion ne devait pas être utilisée pour interdire toute réforme ou présenter les inégalités comme une fatalité.
Ce projet n’a pas tout réussi. Les disparités régionales ont persisté, l’égalité des femmes n’a pas été achevée et le pouvoir a refusé à la société une liberté politique suffisante. Mais les limites d’une expérience ne doivent pas conduire à en nier les ambitions. L’histoire exige que l’on distingue les réformes accomplies, les résultats obtenus, les échecs et les contradictions.
La singularité de Bourguiba tient justement à cette articulation entre la construction nationale et l’émancipation sociale. Il a voulu faire de l’État un instrument de transformation, non simplement une administration chargée de maintenir l’ordre. Il a considéré que l’avenir de la Tunisie dépendait de sa capacité à former ses citoyens, à réformer ses institutions et à modifier les rapports sociaux. Sa politique de la femme constitue, à cet égard, l’une des expériences les plus marquantes du monde arabo-musulman contemporain.
Il serait pourtant dangereux de transformer cette lecture en justification générale de l’autoritarisme. L’éducation peut préparer la démocratie, mais elle ne doit pas devenir le prétexte à reporter indéfiniment les libertés. La modernisation peut corriger les inégalités, mais elle perd une partie de sa portée lorsque les citoyens ne peuvent pas discuter les décisions prises en leur nom. L’État peut protéger la société, mais il ne doit pas se confondre avec un chef ou un parti.
Bourguiba nous laisse donc un héritage qui doit être interrogé plutôt que simplement célébré ou condamné. Il rappelle qu’une société peut accomplir des réformes sociales profondes sans suivre le modèle marxiste classique. Il montre aussi qu’un projet d’émancipation demeure incomplet lorsqu’il ne reconnaît pas pleinement aux citoyens la capacité de participer aux décisions collectives.
Au fond, le véritable apport de Bourguiba à une réflexion sur la gauche réside dans cette conviction que les sociétés ne sont pas condamnées à répéter leur passé. L’égalité n’est pas un état que l’on atteint une fois pour toutes ; c’est un travail de transformation qui concerne l’école, la famille, les territoires, les institutions et les mentalités. La modernité ne consiste pas à imiter mécaniquement un modèle étranger, mais à trouver, dans sa propre histoire et sa propre culture, les ressources nécessaires pour construire une société plus juste.
C’est à cette condition que l’héritage bourguibien conserve son intérêt. Non comme un modèle à reproduire sans critique, mais comme une expérience qui nous oblige à penser ensemble l’égalité, la liberté, la religion, l’éducation et la dignité humaine. Car une société véritablement progressiste n’est pas celle qui prétend avoir achevé sa transformation. C’est celle qui refuse de considérer les injustices comme une fatalité et qui donne à chaque génération les moyens de poursuivre le travail commencé.
*Universitaire.
Bibliographie
Khedher, Rayed (2017). « Tracing the Development of the Tunisian 1956 Code of Personal Status ». Journal of International Women’s Studies, 18(4), article 3.
Murphy, Emma C. (1996). « Women in Tunisia: A Survey of Achievements and Challenges ». The Journal of North African Studies, 1(2), p. 138-156.
Sethom, Hafedh (1979). « Les tentatives de remodelage de l’espace tunisien depuis l’indépendance ». Méditerranée, 35(1-2), p. 119-125.
Stepan, Alfred (2012). « Tunisia’s Transition and the Twin Tolerations ». Journal of Democracy, 23(2), p. 89-103.
À l’âge où la plupart de sa génération sont déjà grands-pères, voire même arrière-grands-pères, les aléas de la vie de l’auteur l’ont privé jusqu’à maintenant de cette chance et de cette joie de tenir un petit-fils (ou une petite-fille) dans ses bras et lui transmettre ce que la vie lui a appris. Alors, il a voulu le faire quand même à travers cette lettre et ce poème adressés à un petit-fils qui n’existe pas encore et qu’il espère qu’il lira peut-être un jour lorsqu’il viendra dans ce monde grâce à Google qui garde dans son «ventre» trace de toutes ses publications en ligne.
Sadok Zerelli *
Mon cher petit-fils,
Je ne sais pas quel prénom tu aurais porté, quels auraient été la couleur de tes yeux, le son de ton rire ou les rêves qui auraient peuplé ton enfance.
Je ne sais pas si tu aurais ressemblé à ton père, à ta mère ou peut être un peu à moi-même car les lois de la génétique sont impénétrables.
Et pourtant, aujourd’hui, à l’automne de ma vie, j’ai envie de t’écrire. Peut-être parce que l’âge transforme les souvenirs en leçons, les regrets en réflexions et les expériences en conseils que l’on aimerait transmettre à ceux qui viennent après nous.
J’ai longtemps cru que la vie était une course dont il fallait franchir la ligne d’arrivée avec le plus de réussites possibles. Aujourd’hui, je comprends qu’elle ressemble davantage à un voyage dont nous ignorons la destination, la durée et même, parfois, le sens.
Permets-moi donc, mon petit-fils imaginaire, de te transmettre quelques leçons que la vie m’a enseignée et que je ne voudrais pas emporter avec moi dans ma tombe, sans t’en faire profiter car elles t’aideront peut-être à réussir ta vie mieux que je n’ai pu le faire.
Leçon 1 : Ne confonds jamais réussir sa vie et réussir dans la vie.
La société te dira que réussir, c’est gagner beaucoup d’argent, posséder une belle maison, conduire une belle voiture, occuper un poste prestigieux et être admiré par les autres.
Ne méprise pas l’argent. Il est nécessaire pour vivre dignement, protéger ceux que tu aimes et faire face aux imprévus. Ne méprise pas non plus le travail, l’ambition ou le désir de progresser. Mais souviens-toi d’une chose : tu peux réussir professionnellement et échouer humainement. Tu peux posséder beaucoup de biens et manquer de paix intérieure. Tu peux être entouré de centaines de personnes et ne trouver personne à qui confier tes peines.
La réussite véritable ne se mesure pas seulement à ce que tu possèdes, mais aussi à ce que tu es devenu.
À la fin de ta vie, personne ne te demandera combien de réunions tu as présidées, combien de dossiers tu as signés ou combien de chiffres figuraient sur ton compte bancaire.
Tu te demanderas plutôt si tu as aimé, si tu as été aimé, si tu as rendu quelques personnes plus heureuses et si ton passage sur cette Terre a eu un sens pour quelqu’un.
Travaille donc pour réussir dans la vie, mais n’oublie jamais de réussir ta vie.
Leçon 2 : Apprends à connaître les autres, mais surtout à te connaître toi-même.
J’ai découvert durant ma vie que l’être humain est un univers de contradictions. Il peut être généreux un jour et égoïste le lendemain, courageux devant un danger et lâche devant une vérité qui le dérange.
Ne juge donc pas trop vite les autres. Derrière un sourire peut se cacher une souffrance. Derrière une colère, une blessure ancienne. Derrière une apparente indifférence, une immense solitude.
Essaie de comprendre avant de condamner. Mais applique aussi cette règle à toi-même. Interroge régulièrement tes intentions, tes décisions et tes comportements. Demande-toi si tu agis par conviction ou par peur, par générosité ou par intérêt, par amour ou par orgueil.
Le plus difficile des jugements n’est pas celui que nous portons sur les autres. C’est celui que nous devons avoir le courage de porter sur nous-mêmes.
Ne cherche pas à devenir parfait. La perfection est une illusion qui rend souvent les hommes malheureux. Cherche plutôt à reconnaître tes erreurs, à les réparer lorsque c’est possible et à ne pas les répéter volontairement.
La sagesse ne consiste pas à tout savoir. Elle consiste à comprendre combien il nous reste à apprendre.
Leçon 3 : Choisis tes amis avec ton cœur, mais aussi avec ton intelligence.
Tu rencontreras beaucoup de personnes au cours de ton existence. Certaines t’accompagneront pendant quelques kilomètres, d’autres pendant plusieurs années et quelques-unes, peut-être, jusqu’au bout du chemin.
Ne confonds pas les relations avec l’amitié.
Les relations naissent souvent d’un intérêt commun, d’un travail, d’une circonstance ou d’un avantage réciproque. L’amitié véritable, elle, survit parfois à la distance, aux difficultés et même aux longues périodes de silence.
Un véritable ami ne sera pas toujours d’accord avec toi. Il pourra te contredire, te prévenir d’un danger ou te dire une vérité désagréable. Mais il ne cherchera pas à t’humilier. Il voudra t’aider à devenir meilleur.
Ne mesure pas la valeur de tes amis à leur richesse, à leur influence ou à leur utilité.
Apprends à écouter sans interrompre, à garder les confidences, à tenir tes promesses et à être présent lorsque l’autre traverse une épreuve.
Tu découvriras peut-être, comme je l’ai découvert, que la solitude peut être une compagne exigeante. Apprends à apprécier ta propre compagnie, sans pour autant fermer la porte à ceux qui pourraient embellir ton existence.
Il vaut mieux quelques amitiés sincères qu’une foule de relations superficielles.
Leçon 4 : Aime, mais ne fais jamais de l’amour une prison.
Si un jour tu rencontres une fille que tu aimes, considère-la comme une personne libre, avec ses rêves, ses peurs, ses ambitions et ses contradictions.
Ne cherche pas à la posséder. Aimer quelqu’un ne signifie pas avoir des droits sur lui.
Respecte ses choix, écoute ses silences et apprends à parler de tes propres sentiments. N’attends pas qu’elle devine ce qui te blesse ou ce qui te rend heureux.
Ne crois pas que l’amour suffit toujours à sauver une relation. Il faut aussi de la confiance, du respect, de la patience et la volonté de construire ensemble.
Tu commettras peut-être des erreurs, comme j’en ai commises durant ma vie et même beaucoup, tu seras parfois déçu, incompris ou blessé comme je l’ai été souvent dans ma vie , mais ne transforme pas tes déceptions en mépris ou en haine.
Chaque relation nous apprend quelque chose sur l’autre, mais aussi sur nous-mêmes.
Et si tu fondes une famille, rappelle-toi que tes enfants ne t’appartiennent pas. Tu les accompagneras pendant une partie de leur vie, tu leur transmettras tes valeurs et tu les protégeras autant que possible. Mais leur existence ne sera pas la tienne.
Leçon 5 : Ne sacrifie jamais ta conscience à ton intérêt.
Mon petit-fils, tu vivras dans une société où l’on récompense davantage les apparences que les qualités, les relations que les compétences, la ruse que l’honnêteté.
Tu verras des personnes malhonnêtes réussir, des travailleurs honnêtes rencontrer des difficultés et des hommes courageux être injustement oubliés.
Tu te demanderas parfois si cela vaut la peine de rester honnête lorsque les autres ne le sont pas. Ma réponse est simple : oui. Non pas parce que l’honnêteté garantit le succès. Elle ne le garantit pas et ma vie personnelle le prouve. Mais parce qu’elle te permet de conserver quelque chose que l’argent ne peut pas acheter : la possibilité de te regarder dans un miroir sans avoir honte de celui que tu es devenu.
Ne sois pas naïf, comme je l’ai été. Défends tes droits, protège tes intérêts et apprends à reconnaître ceux qui veulent profiter de toi.
Garde toujours cette règle : ne fais pas volontairement à autrui ce que tu ne voudrais pas qu’il te fasse.
Et lorsque tu seras en position de pouvoir, souviens-toi que la valeur d’un homme se révèle moins dans la manière dont il traite ses supérieurs que dans celle dont il traite les personnes qui dépendent de lui.
Leçon 6 : Travaille pour vivre, mais ne vis pas uniquement pour travailler.
Le travail peut donner un sens à tes journées. Il peut te permettre d’acquérir des compétences, de devenir indépendant et de contribuer au bien-être collectif. Mais il peut aussi devenir une obsession qui dévore ton temps, tes relations et ta santé.
Ne remets pas indéfiniment ton bonheur à plus tard. Ne te dis pas que tu profiteras de tes enfants lorsque tu auras terminé ta carrière, que tu voyageras lorsque tu auras gagné davantage d’argent ou que tu prendras soin de toi lorsque tu auras satisfait toutes tes obligations. Les obligations ne finissent jamais. Et le temps, lui, ne revient pas.
Accorde de l’importance à ton métier, mais réserve aussi une place à la lecture, à la musique, à la nature, aux voyages, aux discussions sans but précis et aux plaisirs simples.
Apprends à admirer un coucher de soleil, à savourer un repas sans penser au lendemain et à rire sans te demander si cela est raisonnable.
La vie n’est pas seulement une succession d’objectifs à atteindre. Elle est aussi faite de moments qu’il faut savoir habiter pleinement.
Leçon 7 : Apprends à perdre une bataille sans perdre ta dignité.
Tu ne gagneras pas toutes les batailles. Tu connaîtras peut-être des échecs professionnels, des difficultés financières, des amitiés brisées ou des séparations douloureuses. Certains de tes projets n’aboutiront pas malgré tous tes efforts. Ne laisse pas ces revers définir toute ton existence. Et applique le proverbe chinois qui dit «le coup qui ne te tue pas, te renforce».
Un échec est un événement, pas une identité. Il peut révéler une erreur, une faiblesse ou une circonstance que tu n’avais pas prévue. Essaie d’en tirer une leçon, puis donne-toi la possibilité de recommencer. Mais apprends également à reconnaître les batailles qu’il est inutile de poursuivre.
Tout ne dépend pas de toi. Tu ne peux pas obliger quelqu’un à t’aimer, forcer les autres à reconnaître ta valeur ou changer seul les injustices du monde.
Concentre ton énergie sur ce que tu peux réellement modifier. Accepte avec lucidité ce qui échappe à ton pouvoir, sans renoncer pour autant à agir lorsque ton action peut être utile.
Il faut du courage pour lutter, mais il en faut parfois davantage pour renoncer à une lutte devenue stérile.
Leçon 8 : Prends soin de ton corps et de ton esprit.
Lorsque tu es jeune, tu peux avoir l’impression que ton corps est une ressource inépuisable. Tu remets le repos à demain, tu négliges parfois les signaux de fatigue et tu crois que les années sont encore trop nombreuses pour t’inquiéter de ta santé.
Puis le temps passe. Tu comprendras alors que la santé n’est pas un bien secondaire. Elle conditionne une grande partie de ta liberté. Mais prends également soin de ton esprit. Et surtout, ne mesure pas ta valeur à ta productivité. Tu restes digne d’amour et de respect même lorsque tu es fatigué, malade ou incapable de faire tout ce que tu voudrais.
Leçon 9 : Ne sois pas indifférent à la souffrance des autres.
Tu naîtras dans un monde où les destins seront inégalement distribués.
Certains enfants grandiront dans des familles aimantes, avec des moyens suffisants pour étudier et réaliser leurs rêves. D’autres connaîtront très tôt la pauvreté, la maladie, les conflits ou l’abandon.
Tu n’auras pas choisi les conditions de ta naissance. Beaucoup d’autres n’auront pas choisi les leurs non plus. N’oublie jamais cette vérité lorsque la vie te sera favorable.
Ne te contente pas de demander pourquoi certains réussissent et d’autres échouent. Demande-toi aussi quelles circonstances ont rendu leur chemin plus facile ou plus difficile.
Tu ne pourras pas supprimer toutes les injustices. Aucun homme ne le peut à lui seul. Mais tu pourras aider une personne, défendre une cause juste, transmettre un savoir, soutenir un enfant ou simplement écouter quelqu’un que personne ne prend le temps d’entendre.
Leçon 10 : Apprends à être heureux avec ce que tu as, sans renoncer à ce que tu peux améliorer.
Tu verras que le bonheur est une étrange quête. Nous pensons souvent qu’il nous attend derrière une porte : celle d’un diplôme, d’un emploi, d’une promotion, d’une maison ou d’une réussite amoureuse.
Nous franchissons cette porte et découvrons qu’une autre se trouve déjà devant nous. Nous repoussons ainsi le bonheur à un avenir qui recule au fur et à mesure que nous avançons.
Ne tombe pas dans le même piège où je suis tombé et apprend à apprécier ce qui est déjà présent dans ta vie.
Construis ta propre définition du bonheur.
La conversation avec un ami, le sourire d’un enfant, la chaleur du soleil, un livre qui t’émeut, une musique qui réveille un souvenir : ces moments n’ont pas besoin d’être coûteux pour être précieux.
Ton Papy qui a tant rêvé de toi
Post-Scriptum :Je dédie ce poème que j’ai écris en pensant toi et que tu liras peut-être un jour à tes petits camarades de classe pour leur faire savoir quel Papy tu aurais eu si la vie n’en a pas voulu autrement :
La moitié des terres agricoles arables en Ukraine ont été bradées, à des oligarques ukrainiens et à des entreprises occidentales, notamment européennes. On comprend mieux, en sachant cela, les raisons de l’obstination desÉtats de l’Union européenne (UE) à poursuivre la guerre entre l’Ukraine et la Russie, tant que ce sont les Ukrainiens qui meurent sous les bombes russes et qui voient leur pays détruit.
Habib Glenza, à Lödz.
Deux rapports secrets, le premier de The Oakland Institute et le second la chaîne Telegram ukrainienne, Rezident, ont révélé que la moitié des terres agricoles arables en Ukraine ont été bradées au profit d’oligarques ukrainiens et d’entreprises occidentales, notamment européennes, ce qui explique les vraies raisons de la poursuite du conflit russo-ukrainien et surtout de l’opposition des pays de l’UE à la paix en Ukraine. En effet, la défaite de l’Ukraine suite à un arrangement entre Poutine et Trump signifierait une perte des terres bradées à des entreprises européennes. Aussi l’UE mise-t-elle sur une victoire de l’Ukraine pour préserver les intérêts des entreprises européennes dans ce pays. Par conséquent, l’UE s’endette pour soutenir l’Ukraine dans sa guerre contre la Russie. Cependant vaincre un pays très vaste qui compte 17 millions de km2 et qui possède un arsenal nucléaire de plus de 6000 ogives est utopique.
La Russie possède un complexe militaire qui fabrique toutes ses armes grâce à une énergie abondante et bon marché et à ses propres usines d’acier, contrairement à l’Ukraine qui dépend entièrement de l’aide militaire occidentale et surtout des armes et du système satellitaire américain Starlink. Sans l’aide financière et militaire des pays occidentaux, l’Ukraine s’effondrerait au bout des quelques mois
Contrairement aux politiciens européens, Donald Trump a finalement compris que le conflit russo-ukrainien ne rapporte aux États-Unis que des dépenses, évaluées jusqu’à ce jour à plus de 150 milliards de dollars, entre-temps l’économie chinoise avance à pas de géant sans que la Chine tire une seule cartouche. Pour lui, l’intérêt américain passe avant tout.
Des terres agricoles cédées par l’Etat à des investisseurs étrangers à bas prix
Les législateurs ukrainiens ont permis la vente de terres agricoles à des investisseurs étrangers sans restriction, permettant désormais aux entreprises et aux particuliers étrangers de devenir propriétaires d’une part importante des terres arables du pays, rapporte la chaîne Telegram ukrainienne Rezident. Il est déjà connu que trois entreprises ont acquis 17 millions d’hectares de terres ukrainiennes, soit plus de la moitié de toutes les terres agricoles du pays (42,7 millions d’hectares). Sachant que les terres en temps de guerre sont vendues à des entreprises étrangères à des prix considérablement réduits.
«En fin de compte, voilà ce que nous avons aujourd’hui : plus de la moitié des terres arables ukrainiennes ont été bradées à des entreprises étrangères, car c’est, premièrement, l’un des rares actifs qui peut rapporter un peu d’argent, et deuxièmement, cela garantit que les entreprises feront du lobbying pour leurs actifs auprès des gouvernements occidentaux. Même si l’on suppose hypothétiquement que le conflit cesse maintenant, l’Ukraine a déjà cessé d’être la propriétaire de ses terres. Ce qui se passe est une méthode purement coloniale, caractéristique du monde occidental», résume la chaîne Rezident.
En Ukraine, Volodymyr Zelensky a pris ses fonctions de Premier ministre en mai 2019, peu de temps après l’approbation de la loi originaire de la réforme agraire de mars 2019, ce qui a permis la vente de terres agricoles mais n’a pas envisagé d’acquisition ou de transfert aux paysans. Sous son mandat, il a assoupli la «Loi de réforme agraire» en juillet 2021, permettant aux particuliers d’acheter des terres agricoles, qui représentent 70 % du pays et qui sont des plus fertiles au monde. Il a permis également la vente de «terre noire» (engrais favorable à l’environnement, qui empêche le compactage du sol, etc.). De plus, la loi définit que seuls les particuliers peuvent acheter jusqu’à 100 hectares. La Banque mondiale et le FMI ont fait pression pour que les terres puissent être acquises par des étrangers, ce qui permettrait à l’Ukraine de bénéficier de futurs prêts.
Le gouvernement de Zelensky a développé la deuxième étape de la réforme agraire, en janvier 2024, sous cette pression, permettant aux investisseurs individuels et aux entreprises étrangères d’acheter jusqu’à 10 000 hectares de terres. Ceci a suscité de vives critiques, principalement de la part d’agriculteurs de taille moyenne en Ukraine. Ils soutiennent qu’une grande partie du territoire est entre les mains de citoyens et d’entreprises étrangères (Monsanto, Dupont, Cargill, Black Rock, Blackstone et autres), pouvant être source d’incertitudes quant à l’avenir de l’État, à son intégrité territoriale et aux intérêts des gens ordinaires, puisque l’agriculture joue un rôle important dans l’économie de l’Ukraine.
Cela pourrait conduire à une réduction de la place de l’agriculture dans l’économie du pays, à une perte d’emplois, à un déplacement de la population de son habitat, à la détérioration économique et au manque de contrôle de la part de l’État sur la gestion de la terre. D’autre part, les investisseurs étrangers n’y voient que leurs avantages et leurs bénéfices, mais de telles transactions peuvent générer des conséquences dangereuses pour le pays.
Un autre problème central serait la perte de contrôle des ressources stratégiques de l’État. La terre a non seulement une valeur historique et culturelle, mais c’est aussi le facteur de production le plus important, qui a une relation directe avec l’économie nationale et la garantie de la sécurité alimentaire du pays.
La plupart des détracteurs de cette deuxième étape de la réforme agraire, qui permet la vente des terres à des étrangers, souligne la nécessité d’établir des mécanismes de contrôle et des restrictions strictes pour défendre les intérêts du pays. De l’avis de ces détracteurs, l’achat de terrains par des étrangers peut conduire à la désintégration de la société ukrainienne.
Les plus grands détenteurs de terres sont un mélange d’oligarques locaux et d’intérêts étrangers, principalement européens et nord-américains. Ces entreprises sont généralement des holdings qui gèrent leurs activités par l’intermédiaire de filiales locales.
Les oligarques:
• Avec 582 062 hectares, c’est Kernel qui détient le plus de terres et est également le plus grand producteur et exportateur d’huile de tournesol. Son propriétaire, Andriy Verevskyi, est la 16ᵉ personne la plus riche d’Ukraine.
• UkrLandFarming vient en seconde place avec 403 370 hectares. Fondée par l’oligarque Oleg Bakhmatyuk, qui était la 28ᵉ personne la plus riche d’Ukraine en 2016 et qui a depuis perdu une grande partie de ses terres et de ses biens à la suite de l’annexion de la Crimée par la Russie. Sa société est spécialisée dans la production de céréales, d’œufs, de lait et de viande.
• En troisième position, avec 360 238 hectares, MHP est le plus grand producteur et exportateur de poulets en Ukraine. La société a été fondée par son PDG actuel, Yuriy Kosyuk, la dixième personne la plus riche du pays.
• Avec 264 270 hectares, Astara est le plus grand producteur de sucre d’Ukraine et est également actif dans la production de lait industriel et la transformation du soja. Son fondateur et actuel PDG, Viktor Ivanchuk, est la 95ᵉ personne la plus riche du pays.
• Le fondateur de Nibulon, Oleksiy Vadatursky, était la 24ᵉ personne la plus riche d’Ukraine, mais il est décédé en juillet 2022 à la suite d’un tir de missile russe. Nibulon cultive des céréales pour l’exportation sur 82 500 hectares.
• System Capital Management (SCM) est une importante holding financière et industrielle contrôlée par l’homme le plus riche d’Ukraine, Rinat Akhmetov. SCM possède plusieurs filiales agricoles, notamment HarvEst, qui produit du blé, du tournesol, des légumineuses, du maïs et du bétail. L’entreprise gère 26 000 hectares de terres, ayant perdu le contrôle de plus de 100 000 hectares à cause de la guerre.
Les entreprises étrangères:
Plusieurs entreprises étrangères contrôlent de grandes surfaces agricoles dans le pays. Les trois plus importantes sont :
• NCH Capital, une société de capital-investissement basée aux États-Unis qui investit pour le compte d’importants fonds de pension américains, de dotations universitaires et de fondations. C’est le cinquième plus grand détenteur foncier du pays, avec 290 749 hectares, et opère en Ukraine par l’intermédiaire de la société AgroProsperis.
• PIF Saudi, détenue par le Fonds souverain d’Arabie saoudite, exploite 228 654 hectares par l’intermédiaire de la Saudi Agriculture and Livestock Investment Company (“Salic”) et de sa filiale ukrainienne, Continental Farmers Group.
• TNA Corporate Solutions, une autre société basée aux États-Unis, appartient à l’homme d’affaires américain Nicholas Piazza. Elle contrôle 295 624 hectares par l’intermédiaire de plusieurs filiales, dont Pivden Agro Invest, Podillya Agroprodukt, Hetmanski et Prydniprovske. La plupart des terres louées par la TNA proviennent de transferts effectués ces dernières années par UkrLandFarming.
Les actionnaires étrangers associés aux oligarques :
• NN Investment Partners Holdings N.V. est une société d’investissement privée basée aux Pays-Bas, qui détient des parts dans Kernel et Astarta. En avril 2022, elle a été rachetée par la banque d’investissement américaine Goldman Sachs et a été regroupée avec Goldman Sachs Asset Management. Au fil des ans, Goldman Sachs a été impliquée dans une série de controverses, notamment en jouant un rôle central dans la crise financière de 2008, et en prenant part au scandale de corruption 1MDB, d’une valeur de plusieurs milliards d’euros.
• Kopernik Global Investors LLC est une société d’investissement privée basée aux États-Unis qui gère 4,97 milliards de dollars d’actifs. Elle détient des parts dans Kernel, MHP et Astarta. Elle est le troisième investisseur privé en Ukraine en 2020. Gestionnaire de fonds «à contre-courant», elle est spécialisée dans la recherche d’entreprises à travers le monde qu’elle considère comme sous-évaluées dans des contextes marqués par l’instabilité politique et économique.
• Heptagon Capital LLP est une société d’investissement privée basée à Londres, qui gère 12,36 milliards de dollars d’actifs. Elle détient des actions de Kernel, MHP et Astarta. Avec Kopernik Global Investors LLC, elle gère le Kopernik Global All-Cap Equity Fund, qui détient des participations dans l’agriculture, la production d’huile de palme, l’extraction d’or et d’argent, la production d’uranium et le gaz naturel.
• Norges Bank Investment Management possède des parts dans Kernel et MHP. Elle gère le Norwegian Government Pension Fund Global – également connu sous le nom de Oil Fund – qui est le fonds souverain de la Norvège. Avec plus de 1,4 trillion de dollars d’actifs, elle est le plus grand propriétaire individuel du marché boursier mondial, contrôlant 1,5 % de toutes les actions des sociétés cotées en bourse dans le monde. En 2020, Norges Bank Investment Management était le quatrième investisseur en Ukraine.
• Hamblin Watsa Investment Counsel Ltd est une filiale à 100 % de Fairfax Financial Holdings Ltd, une société de gestion financière basée à Toronto. Détenant près de 31 % des actions d’Astarta, elle est le plus grand actionnaire de l’entreprise après son fondateur, ce qui lui confère un pouvoir important dans l’entreprise. Fairfax Financial Holdings Ltd. contrôle également 70 % de FFH Ukraine, la société holding de trois compagnies d’assurance ukrainiennes, et détient une part de 10 % dans Ovostar Union, un producteur d’œufs ukrainien.
• La société américaine de capital-investissement NCH Capital a été fondée en 1993 par George Rohr et Morris Tabacinic, deux hommes d’affaires américains fortement impliqués dans la frénésie de privatisation qui a suivi l’effondrement de l’Union soviétique. Ils ont créé une série de fonds pour louer ou acheter à bas prix des fermes dans la région, dans le but de les regrouper pour en faire de grandes exploitations de céréales et de soja. Ils ont ainsi réussi à constituer une banque de terres de 700 000 hectares en Ukraine et en Russie. Après avoir obtenu des investissements de la part d’institutions financières occidentales de premier plan, elle a fait transiter ces fonds par des sociétés offshore situées dans des paradis fiscaux tels que Chypre et les îles Caïmans, et par des joint-ventures avec des entreprises locales afin de s’approprier les terres. L’entreprise est accusée d’acquisition illégale de terres, d’évasion fiscale et d’activités financières illicites. NCH Capital a joué un rôle clé dans la promotion de la réforme agraire en Ukraine : en 2015, son fondateur et PDG George Rohr a participé aux réunions de haut niveau impliquant le président ukrainien et le secrétaire américain au Commerce qui ont conduit l’Ukraine à accepter un plan de réforme du FMI, comme condition à deux garanties de prêt d’un milliard de dollars du gouvernement américain
Des milliers de Tunisiens ont défilé dans la capitale, samedi 17 octobre 2025, pour protester contre le président Kaïs Saïed, dénonçant la dégradation des conditions de vie et les restrictions imposées aux libertés politiques. Au-delà du nombre de manifestants, qui était tout de même assez important et aurait même pu l’être davantage si les forces de sécurité n’ont pas bouclé certaines artères menant au centre-ville de Tunis, le pouvoir ne peut faire comme si rien ne s’était passé et poursuivre dans sa politique de fermeté et de fermeture qui ont mené à la situation de blocage actuelle où se trouve le pays sur fond de crise économique et sociale et de colère touchant désormais pratiquement toutes les couches de la société.
Ridha Kefi
On notera d’abord que la marche de protestation a drainé militants et citoyens de toutes obédiences politiques pour une fois unis dans un même élan de protestation contre le pouvoir en place.
On notera aussi que cette marche s’est déroulée dans le calme et la discipline, les manifestants comme les agents de l’ordre, qui étaient très nombreux, ont évité les contacts physiques et les heurts, contrairement aux manifestations qui eurent lieu, le même jour, dans plusieurs villes de France, et qui ont été marquées par des violences, des pillages, des destructions, des incendies, des blessés parmi les manifestants et les forces de l’ordre et plus de 1200 arrestations.
Autre leçon : les neuf organisations de la société civile ayant appelé à manifester – soutenues par les partis politiques, lesquels ont su mobiliser leurs militants et faire taire leurs divergences doctrinales et leurs différends politiques –, ont prouvé une grande capacité de mobilisation. Pour une fois, libéraux, nationalistes, islamistes et progressistes de gauche ont défilé ensemble, côte à côte, estimant peut-être que le blocage actuel dans le pays ne sert les intérêts d’aucune frange de la population.
Un sphinx nommé UGTT
L’Union générale tunisienne du travail (UGTT), la puissante centrale syndicale que le pouvoir issu du coup de force du 25 juillet 2021 avait cru avoir muselé et définitivement réduit à l’impuissance, a été hier au four et au moulin, prouvant par la même occasion sa capacité à rassembler les oppositions et agréger les forces sociales dans un même élan de protestation politique et de revendication sociale.
Tunis et les autres villes de l’intérieur ont certes connu ces derniers mois plusieurs marches de protestation, mais la mobilisation d’hier a été de loin la plus importante, en nombre et en portée, les divergences politiques habituelles n’ayant pas empêché les forces d’opposition d’agréger leurs forces et de scander les mêmes slogans réclamant la libération des détenus politiques et d’opinion et la levée des restrictions pesant sur les droits syndicaux. Les pancartes portant des slogans tels que «Pas de démocratie sans libertés» et «Pas de dignité avec la pauvreté» illustraient les revendications politiques et économiques au cœur de cette manifestation où des avocats, des médecins, des journalistes et des chômeurs se sont côtoyés en exprimant les mêmes revendications.
Desserrer la vis qui enserre la vie publique
Dans un contexte de blocage politique et de difficultés économiques durables, marquées par une croissance atone ne dépassant guère 2,5%, une inflation dépassant 5%, un endettement autour de 83%, un déficit budgétaire de 5,2%, un chômage persistant autour de 15%, une érosion du pouvoir d’achat, et surtout une absence de visibilité et de perspective d’avenir, la succession des mouvements de protestation et l’agrégation des colères ne présage rien de bon. Ce qui apelle la responsabilité du pouvoir exécutif (dans toutes ses composantes) et requiert un début d’ouverture de sa part ou, tout au moins, un desserrage de la vis qui enserre la vie publique et la maintient dans un étau étouffant.
Des milliers de Tunisiennes et de Tunisiens ont répondu à l’appel des neufs organisations nationales, dont l’UGTT, le SNJT, l’Ordre des avocats, la LTDH et le FTDES, pour une marche de protestation à Tunis, ce samedi 17 octobre 2026, sous le slogan rassembleur : «La Tunisie d’abord, et le peuple avant tout» (ou «Travail, liberté, dignité nationale»).
Le rassemblement a commencé au milieu de la matinée devant le siège de l’Union générale tunisienne du travail (UGTT), place Mohamed Ali, au centre-ville de la capitale, et la foule des manifestants a grossi au fil des heures et s’est rassemblée devant le théâtre municipal de Tunis. La marche pacifique se déroule encore ans heurts notables et les slogans scandés dénoncent le pouvoir en place, incarné par l’hyperprésidence de Kaïs Saïed, et son refus de tout dialogue politique ou social.
Les manifestants protestent aussi contre la détérioration de la situation socio-économique et politique, des libertés publiques et appellent à l’indépendance de la justice et la libération des détenus d’opinion.
La balance commerciale alimentaire de la Tunisie a enregistré, au cours des neuf premiers mois de l’année 2026, un excédent de 919,8 millions de dinars. Le taux de couverture des importations par les exportations a atteint 116,3 %, tandis que la valeur des exportations alimentaires a progressé de 19,9 % par rapport à la même période de l’année 2025. À fin septembre 2026, l’huile d’olive représentait 61 % et les dattes 9,4 % de la valeur totale des exportations alimentaires.
C’est ce qu’a indiqué le ministre du Commerce et du Développement des exportations, Samir Abid, lors d’une journée d’information organisée par son département en collaboration avec le Conseil bancaire et financier (CBF), le vendredi 16 octobre 2026, à Tunis, et qui visait à faire connaître les mécanismes et les facilités financières et bancaires disponibles pour financer les activités de transformation, de promotion et d’exportation de ces deux produits phares de l’agriculture tunisienne.
Selon Diwan FM, le ministre a souligné la nécessité de renforcer le financement des exportations d’huile d’olive et de dattes, et de développer le partenariat entre le secteur bancaire et financier et les entreprises exportatrices de ces deux filières exportatrices. Le but étant de soutenir la compétitivité des produits tunisiens et d’accroître leur valeur ajoutée sur les marchés mondiaux.
Concernant la campagne 2025-2026, M. Abid a indiqué que les exportations d’huile d’olive ont dépassé 399 400 tonnes durant la période allant de novembre 2025 à octobre 2026, pour une valeur avoisinant les 5,016 milliards de dinars. Cela représente une hausse de 48,7 % en volume et de 39,4 % en valeur par rapport à la campagne précédente. Par ailleurs, l’huile d’olive extra vierge a constitué environ 90 % des quantités exportées, tandis que la part de l’huile conditionnée n’a pas excédé 15 %.
Quant aux exportations de dattes, elles ont franchi pour la première fois la barre du milliard de dinars, atteignant 1,011 milliard de dinars, contre 882,7 millions de dinars lors de la campagne précédente ; les quantités exportées ont, quant à elles, progressé pour atteindre 159 400 tonnes, contre 138 300 tonnes auparavant. Actuellement, les dattes tunisiennes sont exportées vers environ 86 pays à travers les différents continents.
M. Abid a souligné l’importance de fournir des financements adaptés aux différentes étapes de l’activité — de la production et la transformation au stockage, au conditionnement et à la commercialisation —, en particulier au profit des petites et moyennes entreprises (PME). Il a également insisté sur le développement de mécanismes d’assurance des exportations et de couverture contre les risques de change.
Par ailleurs, il a réaffirmé la nécessité de poursuivre les efforts visant à diversifier les marchés extérieurs, à renforcer la promotion des produits tunisiens et à développer les exportations d’huile d’olive conditionnée ainsi que de produits à haute valeur ajoutée.
Il a enfin préconisé une révision des interventions du Fonds de promotion des exportations (Foprodex), afin d’améliorer l’efficacité du soutien accordé aux entreprises.
Dorra Borji, directrice générale du commerce extérieur au ministère du Commerce et du Développement des exportations, a affirmé que son département travaille sur une stratégie intégrée visant à soutenir et à développer les exportations d’huile d’olive et de dattes. Cette démarche s’accompagne d’un renforcement des mécanismes de financement et des facilités bancaires destinés aux professionnels actifs dans ces deux secteurs.
Mme Borji, citée par Diwan FM, intervenait lors d’une journée d’information, organisée en collaboration avec le Conseil bancaire et financier (CBF), le vendredi 16 octobre 2026, et qui avait pour objectif de faire connaître les mécanismes et les facilités financières et bancaires disponibles pour financer les activités de transformation, de promotion et d’exportation de ces deux produits phares de l’agriculture tunisienne.
Cette rencontre s’inscrivant dans le cadre de l’évaluation des résultats de la saison écoulée et de la préparation de la nouvelle saison, fait suite à une série de réunions entre les établissements bancaires et les professionnels, au cours desquelles le secteur bancaire a été encouragé à renforcer le financement des filières de l’huile d’olive et des dattes.
Les échanges ont également permis de mettre en lumière l’existence de mécanismes et de facilités financières dont certaines entreprises — notamment les PME — n’avaient pas une connaissance suffisante.
La directrice générale du Commerce extérieur a passé en revue les principaux indicateurs enregistrés durant la saison 2025-2026, indiquant que la valeur des exportations d’huile d’olive a atteint environ 5 milliards de dinars. Et celles de dattes ont franchi, pour la première fois de leur histoire, le seuil du milliard de dinars, pour s’établir à 1,011 milliard de dinars.
Mme Borji a souligné l’importance stratégique de ces deux produits pour le soutien des exportations nationales, précisant que le secteur agroalimentaire constitue le deuxième contributeur aux exportations tunisiennes : l’huile d’olive représente environ 61 % du total des exportations alimentaires, tandis que les dattes en représentent près de 10 %.
Stockage, financement et promotion pour soutenir les exportations
Concernant la stratégie adoptée pour les prochaines campagnes, Mme Borji a indiqué que le plan d’action pour le secteur de l’huile d’olive repose sur trois axes principaux — le stockage, le financement et la promotion — mis en œuvre en coordination avec les différents ministères concernés.
Les établissements bancaires ont, pour leur part, intégré les produits saisonniers parmi leurs priorités en matière de financement, a-t-elle aussi indiqué, en insistant, également, sur la nécessité de poursuivre les efforts visant à diversifier les marchés extérieurs, au-delà des destinations traditionnelles (Europe et Etats-Unis), soulignant que les dattes tunisiennes sont actuellement exportées vers 86 pays à travers différents continents.
Dans ce contexte, Mme Borgi a révélé que le ministère de l’Agriculture a récemment organisé une mission de prospection au Sénégal, dans le but d’explorer de nouvelles opportunités pour les produits tunisiens et de renforcer leur présence sur les marchés africains.
Le président du Conseil bancaire et financier (CBF), Néji Ghandri, a affirmé que le secteur bancaire et financier est prêt à accompagner la nouvelle campagne de l’huile d’olive et des dattes, en fournissant les financements nécessaires aux divers acteurs des chaînes de valeur, notamment les agriculteurs, les industriels, les collecteurs et les exportateurs.
Dans une déclaration à Diwan FM, M. Ghandri a précisé que le CBF, en partenariat avec le ministère du Commerce, a organisé, le vendredi 16 octobre 2026, une journée d’information et de sensibilisation à son siège, consacrée au financement des exportations d’huile d’olive et de dattes. L’objectif était de présenter les solutions financières disponibles et d’accompagner les professionnels pour répondre à leurs besoins en financement durant la nouvelle campagne.
M. Ghandri a indiqué que le secteur bancaire a enregistré, au cours de la saison écoulée, un volume record de financements alloués à la filière de l’huile d’olive, atteignant environ 3,2 milliards de dinars.
Il a ajouté que, bien que les données définitives concernant le volume de la récolte et les besoins de la saison en cours ne soient pas encore disponibles, les banques tunisiennes sont prêtes à mobiliser des capacités de financement additionnelles incluant des financements à court terme pour accompagner les opérations d’exportation, ainsi que des financements à moyen terme destinés à l’investissement dans les huileries et les centres de collecte des dattes.
M. Ghandri a également fait état de visites sur le terrain effectuées par des conseillers techniques du secteur bancaire, en collaboration avec les chambres professionnelles, l’Union tunisienne de l’industrie, du commerce et de l’artisanat (Utica) ainsi que les professionnels, dans le but de déterminer les besoins réels pour la saison et de définir les ressources financières nécessaires.
Le président du CBF a indiqué que la journée d’information a permis de présenter les produits financiers disponibles et les solutions proposées aux exportateurs d’huile d’olive et de dattes incluant des mécanismes de couverture contre les risques de change, des garanties et des assurances-exportation, ainsi que des crédits à moyen terme destinés à renforcer les capacités opérationnelles et à améliorer la qualité.
Ces solutions couvrent les différentes phases de la chaîne de valeur, de la collecte et du stockage jusqu’à l’exportation, grâce à des financements dédiés au stockage et à des avances sur marchandises, en plus de mécanismes d’assurance visant à atténuer les risques et à protéger les exportateurs.
Concernant les perspectives d’exportation, M. Ghandri a souligné l’importance de s’orienter vers l’exportation d’huile d’olive conditionnée et de renforcer la présence des marques tunisiennes à haute valeur ajoutée, expliquant que le développement de cette stratégie permettrait de soutenir les recettes d’exportation en devises et d’en assurer un flux continu tout au long de l’année, plutôt que de se limiter à la seule période de la récolte.
Le président du CBF a également appelé à diversifier les marchés extérieurs et à se tourner plus activement vers les marchés asiatiques, africains et autres, car l’élargissement de la base des marchés cibles renforcerait la compétitivité des produits tunisiens, améliorerait leurs conditions de vente sur les marchés internationaux et réduirait la dépendance à l’égard d’un marché de consommation unique, a-t-il expliqué.
Ce sera l’un des rendez-vous les plus originaux de la douzième édition du Festival de l’harissa de Nabeul, qui se tiendra du 30 octobre au 1er novembre 2026 dans cette ville côtière tunisienne, considérée comme l’une des capitales de la production de la célèbre sauce à base de piments rouges.
L’événement, organisé par l’Association pour la sauvegarde de la ville de Nabeul (ASVN), accueillera des pizzaiolos italiens experts, invités à proposer une réinterprétation de la pizza napolitaine agrémentée d’une sauce à base d’harissa.
Selon le quotidien La Presse, deux pizzaiolos napolitains sont attendus ; ils animeront des démonstrations gastronomiques visant à mettre en valeur la rencontre entre les traditions culinaires des deux rives de la Méditerranée.
Parmi les nouveautés de cette année, le festival s’étendra au-delà de ses espaces habituels à Dar Nabeul — siège de l’association organisatrice — pour investir l’avenue Habib Bourguiba, en plein centre-ville. Une structure d’exposition y sera installée pour accueillir une trentaine de producteurs et artisans, proposant des dégustations ainsi que la vente d’harissa traditionnelle et de ses diverses variantes.
Le programme culturel et scientifique restera, quant à lui, concentré à Dar Nabeul, avec trois conférences consacrées au patrimoine gastronomique local, des ateliers de préparation artisanale de l’harissa, des démonstrations culinaires, ainsi que des activités autour de la mosaïque, de la calligraphie et de la céramique — un autre fleuron de l’artisanat régional. Des spectacles folkloriques et diverses animations sont également au programme. L’objectif, a expliqué le directeur du festival, Samir Kerkeni, à la radio Diwan FM, est de valoriser l’harissa de Nabeul, de préserver le patrimoine alimentaire régional et de promouvoir de nouveaux usages du produit dans la gastronomie internationale.
Traditionnellement préparée à partir de piments rouges séchés au soleil, d’ail, de sel et de coriandre, l’harissa est l’un des ingrédients les plus emblématiques de la cuisine tunisienne ; elle est utilisée au quotidien comme condiment et entre dans la composition de nombreux plats.
En décembre 2022, l’Unesco a inscrit les savoir-faire, connaissances et pratiques culinaires et sociales liés à l’harissa tunisienne sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité, reconnaissant ainsi sa valeur culturelle et son rôle dans la transmission des traditions familiales et communautaires.
Le festival de Nabeul, créé en 2015, vise donc à conjuguer la préservation d’un patrimoine gastronomique profondément ancré dans l’identité tunisienne avec la promotion de l’artisanat, du tourisme et de nouvelles opportunités économiques. Dans ce contexte, la pizza à l’harissa devient un symbole du dialogue gastronomique entre la Tunisie et l’Italie.