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Sidi Bou Saïd | D’une gestion d’urgence à un plan d’action structurel 

27. Januar 2026 um 13:21

La colline de Sidi Bou Saïd, l’un des sites les plus emblématiques de la région de Tunis et un haut lieu du patrimoine architectural et paysager tunisien, est de nouveau la proie des intempéries et de l’instabilité du terrain. Suite aux fortes pluies tombées la semaine dernière sur le nord et le centre de la Tunisie, provoquant des inondations et d’importants dégâts matériels, la municipalité du village arabo-andalous a averti les habitants des risques de glissements de terrain et de coulées de boue.

Le colonel Mounir Riabi, directeur régional de la Protection civile, a tiré la sonnette d’alarme quant à la fragilité persistante du terrain et à la menace que représentent les mouvements de terrain pour les habitations et les habitants, d’autant que de nouvelles vagues de fortes pluies attendues au cours des prochains jours pourraient aggraver la situation.

Les interventions ponctuelles ne suffisent plus et une approche globale est nécessaire, s’appuyant sur des études géotechniques approfondies, des solutions robustes et une surveillance continue de la zone, a souligné le colonel Riabi.

Ces derniers jours, plusieurs familles ont dû quitter temporairement leur domicile par mesure de sécurité, tandis que les fortes pluies ont mis en évidence la vulnérabilité du versant et la forte exposition de la zone à l’instabilité hydrogéologique.

La zone la plus à risque semble être le versant de la colline surplombant la mer, où se trouve la célèbre villa de l’ancien baron d’Erlanger, classée monument historique et abritant, depuis 1991, le Centre des musiques arabes et méditerranéenne (Cmam).

Parallèlement, la municipalité de Sidi Bou Saïd a annoncé des fermetures préventives de routes «jusqu’à nouvel ordre», interdisant la circulation des véhicules et des piétons sur certains tronçons jugés les plus vulnérables.

Ces restrictions interviennent dans un contexte météorologique qui, dans la région du Grand Tunis et le nord-est du pays, a provoqué des inondations localisées, des perturbations du trafic et des glissements de terrain, nécessitant le renforcement des équipes de protection civile.

Les intempéries ont été particulièrement violentes et l’Institut météorologique national a émis de multiples alertes, avec des niveaux élevés dans plusieurs régions, signalant des conditions exceptionnelles et un impact important sur les infrastructures de drainage.

Géologiquement, Sidi Bou Saïd repose sur un système de pentes côtières et de falaises sensibles à la saturation en eau : l’eau de pluie, s’infiltrant dans le sous-sol, augmente la pression interstitielle et réduit la friction interne, favorisant les glissements de terrain, en surface ou en profondeur, notamment là où le réseau de drainage est insuffisant ou en présence de charges urbaines et de vibrations liées à la circulation.

Ce n’est pas une situation inédite et le phénomène est connu depuis plusieurs décennies. Les services de protection civile et les autorités locales indiquent qu’il est nécessaire de passer d’une gestion d’urgence à un plan d’action structurel : consolidation ciblée, drainage en profondeur, réduction des facteurs d’instabilité et surveillance continue des déformations du sol, afin de prévenir que de nouvelles pluies ne déclenchent des glissements de terrain plus importants dans cette zone densément urbanisée à forte valeur touristique.

Dans l’attente de décisions opérationnelles et de financements, les autorités continuent d’appeler à la prudence : limiter les déplacements dans les zones réglementées, respecter les consignes municipales et signaler rapidement toute fissure, tout affaissement et toute anomalie du sol pouvant annoncer de nouveaux glissements de terrain.

I. B.

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Tunisie | Évasion de poissons des installations aquacoles

27. Januar 2026 um 12:48

Les fortes vagues et l’instabilité atmosphérique liées au cyclone méditerranéen «Harry» auraient endommagé plusieurs cages d’élevage au large de la presqu’île du Cap Bon, en Tunisie. Ce phénomène a provoqué la fuite des poissons d’élevage vers la mer et entraîné une augmentation des prises le long de la côte nord-est tunisienne.

Les pêcheurs de Nabeul, Hammamet (Cap Bon) et Ghar El Melh (entre Tunis et Bizerte) ont récemment enregistré des prises exceptionnellement importantes d’espèces aquacoles courantes, notamment le bar, la dorade et le maigre, tandis que les prix de détail ont chuté brutalement, estimés à environ 10 dinars le kilo.

Les mêmes sources attribuent ce phénomène aux dégâts subis par les cages flottantes, les systèmes d’ancrage et les filets des fermes piscicoles de la région, endommagés par les fortes vagues et les vents violents des récentes tempêtes.

De nombreux messages circulent sur les réseaux sociaux faisant état de ventes et de témoignages sur des poissons «s’échappant des cages» après la tempête, notamment le long du littoral entre Cap Bon et la zone de Ghar El Melh.

Le cyclone méditerranéen «Harry» a frappé la Tunisie la semaine dernière, provoquant de fortes pluies, des rafales de vent et des problèmes hydrogéologiques dans plusieurs régions du nord et du centre, incitant les autorités à renouveler leurs appels à la prudence. À l’heure actuelle, aucune estimation officielle n’est disponible concernant l’étendue des dégâts causés aux installations aquacoles ni la quantité de poissons qui se sont échappés en mer.

I. B.

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UGTT | Du tournant historique de 1978 à l’impasse bureaucratique de 2026

27. Januar 2026 um 11:23

Aujourd’hui plus que jamais, l’Union générale tunisienne du travail (UGTT) doit choisir : l’autonomie réelle et le conflit social assumé, ou l’effacement progressif. Entre le tournant historique du 26 janvier 1978 et l’impasse du 21 janvier 2026, la centrale syndicale donne à voir une transformation profonde de son rapport à la mobilisation, au pouvoir et à elle-même. Le prochain congrès de mars 2026 sera-t-il capable de tourner la page ? (Ph. Marche de l’UGTT à Tunis le 21 août 2025).

Moncef Ben Slimane *

Le 26 janvier 1978 demeure l’un des épisodes les plus symboliques de l’histoire sociale et politique de notre pays. Cette date correspond à la première grève générale nationale déclenchée par l’UGTT, annonçant une rupture ouverte avec le pouvoir destourien.

Rappelons qu’à la fin des années 1970, la politique économique libérale menée par le gouvernement de Hédi Nouira provoqua une nette détérioration du pouvoir d’achat et accentua les inégalités entre ceux qui ont profité du climat affairiste et ceux en qui ont payé les conséquences sociales.

Face à l’échec des négociations salariales et aux pressions croissantes exercées sur ses militants et ses structures, l’UGTT décida alors de recourir à la grève générale.

Les semaines qui précèdent le 26 janvier 1978, date de la grève, voient le pouvoir mobiliser tous ses moyens contre la centrale syndicale. Des attaques de commandos appartenant à la milice du Parti socialiste destourien (PSD) sont lancées contre les locaux des Unions régionales : comme à Tozeur le 20 janvier, à Sousse le 21 et à Zaghouan le même jour.

Le 20 janvier, le Comité central du PSD adopte une résolution qui constitue une véritable déclaration de guerre à la liberté syndicale. Le texte est sans ambiguïté : le PSD et le gouvernement posent un ultimatum à l’UGTT, sommée de «purger ses rangs» de plusieurs dizaines de responsables jugés indésirables par les autorités.

Sur le plan médiatique, les journaux La Presse et Al Amal des mercredi 25 et jeudi 26 janvier 1978 publient des articles incendiaires. La radio et la télévision multiplient les appels aux militants du PSD «afin qu’ils descendent dans la rue et brisent par tous les moyens la grève».

Pour que les choses soient parfaitement claires, les médias précisent à l’intention de ces «militants du parti» que «la police sera, le 26 janvier, à leur disposition pour les aider à briser ce mouvement insurrectionnel qui vise à détruire le régime et à s’emparer du pouvoir».

Dès l’après-midi du 25 janvier, le siège de la rue Mohamed Ali est encerclé par des forces de police lourdement armées. Près de 200 dirigeants et responsables syndicaux, retranchés à l’intérieur, sont empêchés de sortir jusqu’à l’aube du 27 janvier, moment où ils sont tous arrêtés et conduits dans les locaux du ministère de l’Intérieur.

L’état d’urgence est proclamé le jour même. Il restera en vigueur jusqu’au 20 mars 1978.

Le secrétaire général de l’UGTT, Habib Achour, est arrêté le 28 janvier, tout comme 240 responsables et dirigeants syndicaux.

Le 2 février, des éléments exclus de l’UGTT depuis plusieurs années pour certains, et pour d’autres n’y ayant jamais appartenu, se réunissent avec Tijani Abid, seul «rescapé»  du Bureau exécutif (BE), qui a trahi son organisation. Ils proclament la mise en place d’un «BE provisoire».

Le 25 février est organisé un «Congrès» dont les travaux ne durent, en tout et pour tout, que trois heures. Tijani Abid est alors élu secrétaire général.

La répression ne connaît pas de répit. Les grandes villes du pays sont paralysées. Les forces de sécurité, sous la direction de Zine El-Abidine Ben Ali, ainsi que les milices du PSD sous celle Mohamed Sayah, sont massivement engagées. Les affrontements se multiplient. Les tirs à balles réelles font près de 400 morts et plus de 2 500 blessés.

Si la grève générale du 26 janvier 1978 est violemment réprimée, ses conséquences politiques sont considérables. Elle impose durablement la question de l’autonomie syndicale au cœur du débat national et annonce les grandes mobilisations sociales qui secoueront la Tunisie, plus tard en 1986, et jusqu’à nos jours.

La résistance des «légitimes» face à «l’UGTT officielle»

La grève générale du 26 janvier 1978 s’inscrit profondément dans la mémoire collective comme la date de la rupture entre le pouvoir et le mouvement syndical. Elle rappelle, à une échelle plus large, le 5 février 1972 et la lutte de l’Union générale des étudiants tunisiens (Uget) pour son autonomie. Officiellement, après le parachutage de Tijani Abid à la tête de l’UGTT, le calme est rétabli. Sur le terrain, la contestation se replie, sans pour autant s’éteindre.

Les syndicalistes qualifiés de «légitimes», par opposition aux «imposés» de l’UGTT officielle, réorganisent leur action dans la discrétion. Réseaux de coordination et de solidarité avec les victimes de la répression deviennent les principaux moyens de résistance. Plusieurs structures nationales et internationales manifestent leur soutien, parfois au prix de lourds risques.

Cette mobilisation dépasse rapidement les frontières nationales. En France, Khemais Chammari organise et anime le «Collectif du 26 janvier», qui apporte un soutien politique et financier déterminant à l’UGTT légitime et aux familles des syndicalistes emprisonnés.

Des organisations syndicales étrangères réagissent à leur tour. La Confédération internationale des syndicats libres (CISL) relaie la situation tunisienne sur la scène internationale, tandis que des syndicats européens et arabes expriment leur solidarité avec l’UGTT.

Si ces actions ne modifient pas immédiatement le rapport de force, elles empêchent l’isolement total des structures légitimes de l’UGTT. Elles redonnent du souffle à une résistance qui adopte des modalités de lutte moins visibles, mais plus durables.

Les syndicalistes – dont certains issus de groupes politiques de gauche – ayant accepté de reconnaître et de «collaborer» avec le BE de Tijani Abid font fausse route et sont progressivement marginalisés.

Avec le recul, le 26 janvier apparaît comme bien plus qu’un épisode de confrontation sociale et de violence politique. Il constitue un moment de vérité, révélant les limites d’un pouvoir fondé sur la contrainte et sur l’inféodation des organisations de la société civile.

Au-delà des événements, le cœur du conflit réside dans la défense de l’autonomie de la centrale syndicale. En mettant fin à la tradition de la double appartenance à la direction de l’UGTT et au PSD, l’UGTT affirme son droit d’agir comme une organisation indépendante de l’État et du parti au pouvoir.

L’UGTT aujourd’hui : l’heure du choix

Par-delà les déclarations incendiaires ou les appels à l’unité, l’UGTT traverse aujourd’hui une crise qui engage son avenir ainsi que son passé et ses acquis. Ce qui se joue n’est pas seulement un conflit interne ou le sort d’une grève générale, mais une question autrement plus grave : l’UGTT peut-elle encore incarner une force syndicale autonome démocratique et crédible ?

Il faut d’abord souligner que le marasme dans lequel se trouve le BE de l’UGTT a été précédé d’un problème plus profond encore : le déficit de sa légitimité suite à un mandat supplémentaire obtenu, lors du «Congrès extraordinaire non électif» de juillet 2021, au prix d’un amendement — pour ne pas dire détournement — de l’article 20 du règlement intérieur, qui fixe les règles de durée et de renouvellement des responsabilités.

Ce contournement statutaire n’est pas un détail technique car il mine la crédibilité morale et syndicale de la direction et affaiblit toute décision qu’elle prend au nom des travailleurs. En manipulant ses propres règles, le BE a ouvert une brèche dangereuse : celle d’une UGTT perçue non plus comme une organisation régie par la volonté et les aspirations de ses adhérents, mais comme un appareil bureaucratique soucieux de la propre reproduction de ses dirigeants.

Les tribulations autour de la grève générale du 21 janvier 2026 sont un tournant. Présentée initialement comme une réponse légitime à l’effondrement du pouvoir d’achat et à la fermeture du dialogue social, elle a été déclarée puis suspendue et à la fin transférée au prochain congrès sans explications convaincantes pour les bases syndicales.

Est-il sérieux de demander aux congressistes de mars 2026 de décider du sort d’une grève générale alors qu’ils ne sont ni statutairement ni réglementairement habilités à le faire ? Tout responsable de l’UGTT débutant sait qu’une grève générale exige la présence dans un Conseil national ou une Commission administrative des représentants des régions et des secteurs qui sont seuls capables de la décider, de la préparer et de l’exécuter.

Ces gesticulations ont non seulement démobilisé adhérents et responsables syndicaux, mais elles ont aussi renforcé l’idée que la grève générale ne pouvait être qu’un instrument au service des pratiques bureaucratiques et des guerres de clans et de chefs.

Dans ce contexte, l’autonomie syndicale ne peut être évaluée uniquement à l’aune des déclarations des leaders du BE. Une autonomie proclamée peut parfaitement coexister avec une dépendance invisible, plus subtile mais tout aussi contraignante.

Quelles conditions pour sortir de l’impasse ?

Aujourd’hui plus que jamais, la centrale syndicale doit choisir : l’autonomie réelle et le conflit social assumé, ou l’effacement progressif.

Entre le tournant historique du 26 janvier 1978 et l’impasse du 21 janvier 2026, l’UGTT donne à voir une transformation profonde de son rapport à la mobilisation, au pouvoir et à elle-même. Le prochain congrès de mars 2026 sera-t-il capable de tourner la page ?

Ceux qui ont à cœur l’UGTT, son passé et son avenir, ne peuvent qu’espérer que cette page sombre soit véritablement et démocratiquement tournée, comme le furent celles qui l’ont précédée : la direction de Tijani Abid de 1978, le congrès de Gafsa de 1981, ou encore le soutien du BE à la candidature anticonstitutionnelle de Ben Ali en 2009.

Débloquer aujourd’hui la situation syndicale implique que l’UGTT soit capable de renouer avec son rôle national irremplaçable et indispensable au progrès du pays et du peuple tunisien.

Des centaines de milliers de syndicalistes ne se reconnaîtront jamais dans une nouvelle UGTT en mars 2026, manipulée par la bureaucratie ou ballotée par la guerre des clans et des chefs.

Croire qu’un congrès organisé à la hâte pourrait déboucher sur une nouvelle direction crédible relève de l’illusion. Un tel congrès ne produirait que de simples doublures, un clone du BE sortant.

Un dépassement sérieux et efficace de la crise exige 4 conditions :

1) le retour à l’activité et le rétablissement dans leurs droits des syndicalistes punis suite à leur opposition à l’amendement de l’article 20 ;

2) la présentation, par le BE sortant, d’un rapport moral sincère et responsable, mettant en lumière les erreurs commises et les leçons tirées ;

3) la limitation des mandats à la tête du Bureau exécutif ainsi que des structures nationales et régionales ;

4) la fin du monopole du contrôle du BE sur les avantages accordés aux responsables (voitures de fonction, primes et indemnités, honoraires d’études et d’expertise…).

Cette dernière proposition est importante, car mettra un terme au clientélisme syndical garantira l’autonomie des structures et renforcera durablement la démocratie interne de l’UGTT.

L’annonce de la date officielle de mars 2026 pour le congrès a déclenché des discours pour la consommation de masse de ceux qui vendent « une UGTT de rêve». Espérons que ce prochain rendez-vous de l’UGTT avec l’histoire, ne soit pas une lutte de listes de candidats au BE ou un compromis opportuniste sur une liste, mais qu’il soit un véritable tournant démocratique de l’UGTT.

* Ex-SG du Syndicat de l’enseignement supérieur.

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Amen Bank met l’IA au cœur de la transformation des entreprises

27. Januar 2026 um 10:42

Longtemps perçue comme une technologie réservée aux géants mondiaux, l’intelligence artificielle (IA) s’impose désormais comme un levier stratégique incontournable pour les entreprises tunisiennes. Performance, compétitivité, gestion des risques, innovation : l’IA redessine en profondeur les modèles économiques. C’est autour de ces enjeux qu’Amen Bank a réuni experts et décideurs pour une réflexion pragmatique sur l’IA au service du développement économique et financier.

Latif Belhedi

L’IA n’est plus une promesse lointaine ni un simple effet de mode. Elle est désormais au cœur des stratégies de transformation des entreprises, y compris en Tunisie. Consciente de ces mutations profondes, Amen Bank a organisé, lundi 26 janvier 2026, une rencontre stratégique dédiée à l’IA, placée sous le thème : « L’intelligence artificielle au service du développement économique et financier des entreprises tunisiennes ». Une initiative visant à dépasser le discours technologique pour explorer des usages concrets, créateurs de valeur et adaptés aux réalités du tissu économique national.

Décider mieux, anticiper plus loin 

Réunissant experts, décideurs et acteurs économiques, cette matinée d’échanges a permis de mettre en lumière le rôle croissant de l’IA comme levier de performance opérationnelle, d’optimisation des décisions et d’innovation. Au-delà du discours technologique, l’accent a été mis sur des applications accessibles et directement exploitables par les entreprises, quel que soit leur secteur d’activité.

Néji Ghandri, président du directoire d’Amen Bank, a dressé un constat sans détour : « Nous vivons aujourd’hui une période de transformation profonde et rapide. Les entreprises font face à une pression croissante : durcissement de la réglementation, intensification de la concurrence, exigences accrues des clients et nécessité de prendre des décisions plus rapides et plus fiables ».

Dans ce contexte, l’IA s’impose, selon lui, comme un outil stratégique capable de transformer l’information en valeur, d’anticiper les risques et de répondre de manière plus fine aux besoins spécifiques de la clientèle. Une dynamique qui s’inscrit dans un mouvement mondial d’investissement massif. D’après les estimations de Gartner, les dépenses mondiales liées à l’IA devraient dépasser 1 500 milliards de dollars en 2025, en intégrant les infrastructures, les logiciels, les modèles, le conseil et les équipements.

« Ces investissements colossaux traduisent une attente claire en matière de retour sur investissement, mais aussi la nécessité d’arbitrages économiques précis. L’industrialisation de l’IA repose en effet sur l’équilibre entre les coûts de développement des modèles, leur exploitation à grande échelle et les besoins croissants en puissance de calcul. Un enjeu qui soulève des questions centrales pour la Tunisie, notamment en matière de cloud, d’infrastructures, de souveraineté numérique et de conformité réglementaire », a expliqué M. Ghandri.

Mais au cœur de cette transformation se trouve un actif devenu stratégique : la donnée. « Qu’elle soit opérationnelle, financière, client ou sectorielle, la donnée constitue la matière première essentielle de l’intelligence artificielle. Sa qualité, sa gouvernance, sa profondeur historique et sa sécurité conditionnent directement la fiabilité des analyses et des décisions qui en découlent. À cela s’ajoutent des exigences fortes en matière de compliance, de protection des données et de cybersécurité, désormais indissociables de tout projet d’IA », a-t-il encore précisé.

Concrètement, les applications sont déjà multiples : détection de tendances comportementales grâce au machine learning, analyse automatisée des documents et des interactions clients via le traitement du langage naturel, ou encore exploitation de volumes massifs de données rendue possible par des infrastructures GPU de plus en plus performantes. 

Pour l’économie tunisienne, ces avancées ouvrent des perspectives concrètes : meilleure anticipation des attentes clients, optimisation de la performance financière, réduction des risques, soutien à l’innovation et création de nouvelles opportunités de valeur. Mais, comme l’a souligné M. Ghandri, l’IA ne génère de valeur durable que si elle est correctement gouvernée, avec une implication forte des équipes dirigeantes.

« À travers cette initiative, Amen Bank réaffirme son rôle de partenaire de long terme des entreprises tunisiennes. Un rôle qui dépasse le simple financement pour englober l’accompagnement stratégique, l’aide à la décision et la construction collective de solutions innovantes… Notre ambition est de faire de l’intelligence artificielle un catalyseur réel de transformation et de performance», a-t-il conclu, appelant à une approche pragmatique, responsable et collaborative de l’innovation.

Agir dès maintenant…

Par ailleurs, et à l’heure où l’IA générative s’invite dans tous les discours et s’impose progressivement dans les outils du quotidien, une question centrale demeure : les entreprises sont-elles prêtes à en faire un véritable levier stratégique ?

Pour Nozha Boujemaa, experte internationale en IA, la réponse est nuancée, mais lucide : l’IA ne crée de valeur que si elle est comprise, appropriée et gouvernée avec responsabilité.

En effet, l’experte a insisté sur un principe fondamental : passer du statut de simple consommateur à celui d’acteur. Une transition qui ne s’improvise pas et qui nécessite, notamment pour les entreprises qui démarrent, un accompagnement structuré. « Se faire accompagner au départ est essentiel », souligne-t-elle, plaidant pour une externalisation intelligente, encadrée par des équipes internes réellement impliquées. L’objectif n’est pas de déléguer aveuglément à des consultants, mais de comprendre, apprendre et s’approprier progressivement les usages.

Selon Mme Boujemaa, l’histoire industrielle offre un parallèle éclairant. À l’image de certains pays qui ont d’abord importé des savoir-faire avant de développer leurs propres compétences, les entreprises doivent accepter une phase d’apprentissage, tout en veillant à ne pas rester durablement dépendantes. « Il n’y a que l’entreprise elle-même qui connaît réellement ses besoins, ses contraintes et sa culture », rappelle-t-elle.

Et contrairement aux idées reçues, l’IA générative ne se limite pas à des cas d’usage spectaculaires ou futuristes. Bien au contraire. Les applications les plus répandues aujourd’hui concernent les tâches quotidiennes : veille informationnelle, synthèse de documents, génération de rapports, recommandations, aide à la décision.

Finalement et non moins important, l’experte appelle à une responsabilité collective face à un cadre encore en construction. Standards, certifications, métriques : les repères font encore défaut à l’échelle mondiale. Dans ce contexte, chaque organisation doit assumer ses choix en cohérence avec ses valeurs, ses obligations légales et son impact social.

« L’IA n’est pas une question de technologie, mais de responsabilité », conclut l’experte, appelant les entreprises à agir dès maintenant, avec discernement, pour ne pas subir demain une transformation qu’elles auraient pu anticiper.

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La Tunisie renforce sa coopération transfrontalière avec l’Italie

27. Januar 2026 um 09:58

Depuis 2007, la Tunisie est un acteur central des programmes européens de coopération transfrontalière, tant à travers sa participation au programme bilatéral Italie–Tunisie, que dans le cadre d’une coopération à l’échelle méditerranéenne à travers les différentes éditions du programme « Bassin Maritime Méditerranée », aujourd’hui dénommé Interreg Next Med.

Forte de près de vingt années d’engagement commun, cette coopération soutient l’action conjointe entre la Tunisie et l’Union européenne et constitue aujourd’hui un levier de développement territorial, en renforçant les liens, en bâtissant des ponts de coopération et en favorisant l’échange d’expertises entre les administrations et les institutions publiques, les universités, les centres de recherche et les pôles de compétitivité, ainsi que les chambres de commerce et d’industrie, les groupements professionnels et les organisations nationales des deux rives de la Méditerranée.

À l’occasion du lancement des nouveaux projets Interreg Next financés en Tunisie, les programmes Interreg Next Med et Interreg Next Italie–Tunisie, en collaboration avec le ministère de l’Économie et de la Planification et le soutien du projet Interreg Tesim Next, organisent un événement conjoint le 28 janvier 2026, de 9h30 à 17h00, au Radisson Blu Hotel & Convention Center.

La dynamique de coopération transfrontalière entre la Tunisie et l’Union européenne se traduit aujourd’hui par des résultats significatifs.

La Tunisie compte 43 partenaires impliqués dans 37 projets Interreg Next Med et 72 partenaires engagés dans 30 projets Interreg Next Italie–Tunisie, confirmant son rôle de partenaire clé dans l’espace euro-méditerranéen.

Ces projets couvrent des thématiques stratégiques telles que les transitions verte et digitale, l’efficacité énergétique, la formation et l’inclusion sociale, la santé, l’innovation, ainsi que le développement économique local. Au total, les partenaires tunisiens des projets Next bénéficient d’une contribution financière de l’Union européenne s’élevant à 25 millions d’euros.

L’événement du 28 janvier sera l’occasion de dresser un bilan de cette coopération, d’en illustrer l’impact sur le territoire tunisien et de mettre en lumière la contribution des projets Interreg Next à la construction d’une Méditerranée plus intelligente, plus verte et plus sociale.

Les échanges permettront également d’ouvrir une réflexion sur l’avenir de la coopération transfrontalière entre la Tunisie et l’Union européenne, notamment dans la perspective du prochain cycle de programmation européen 2028–2034.

Interreg Next Med est un programme de coopération transnationale de l’Union européenne réunissant 15 pays de l’espace euro-méditerranéen. Doté d’un budget de plus de 292 millions d’euros, il soutient des projets conjoints dans des domaines clés tels que l’adaptation au changement climatique, l’innovation, l’inclusion, le développement des PME, la formation, la santé et la gouvernance locale. L’autorité de gestion du programme est la Région autonome de Sardaigne (Italie). Consultez le site web du programme pour plus d‘informations :

Le programme Interreg Next Italie–Tunisie vise à renforce la coopération transfrontalière entre la Sicile (9 provinces) et la Tunisie afin de répondre à des défis socio-économiques et environnementaux communs. Doté d’un budget de 35 millions d’euros, le programme soutient des actions en faveur de l’innovation et de la compétitivité, de la transition verte ainsi que du développement du tourisme et de la culture. L’autorité de gestion est la Région Sicile (Italie).

Les programmes Interreg NEXT sont mis en œuvre dans le cadre de l’initiative Interreg de l’Union européenne, sous la responsabilité de la Direction générale de la politique régionale et urbaine (DG Regio) de la Commission européenne.

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Crise de confiance mondiale dans les monnaies imprimables

27. Januar 2026 um 08:40

L’accélération, sans précédent, ces dernières années de l’érosion du pouvoir d’achat est devenue une réalité quotidienne dans le monde entier. Les salaires réels progressent plus lentement que le coût de la vie, lorsque leur croissance n’est pas simplement négative, tandis que les ménages constatent que l’épargne accumulée perd continuellement de sa valeur. Pour les investisseurs de long terme, il devient clair que la monnaie ne préserve plus la valeur dans le temps. Cette inquiétude générale nourrit une remise en cause plus profonde du système monétaire contemporain, fondé sur des monnaies imprimables « à volonté », dont l’émission dépend davantage des contraintes budgétaires et financières des États que de la création de richesse réelle. Comme l’écrivait John Maynard Keynes, « la monnaie est un lien entre le présent et le futur ». Lorsque ce lien se distend, ce n’est pas seulement un mécanisme économique qui se fragilise, mais la capacité d’une société à se projeter dans le temps, à transformer l’épargne en investissement et la promesse politique en contrat crédible.

Yahya Ould Amar *

Dans ce contexte, la confiance qui soutient les monnaies fiduciaires (billets et pièces) s’effrite. La multiplication des crises, l’accumulation des dettes publiques et le recours répété à la création monétaire comme solution par défaut ont progressivement affaibli la crédibilité des promesses économiques.

Lorsque la monnaie peut être produite sans ancrage tangible et sans contrainte effective, elle cesse d’apparaître comme une réserve de valeur fiable et tend à devenir un instrument d’ajustement politique.

Cette évolution pose une question centrale pour les années à venir, un système monétaire reposant sur la capacité illimitée à actionner la planche à billets peut-il encore remplir durablement ses fonctions fondamentales, ou doit-il être réformé afin d’introduire des mécanismes de discipline capables de restaurer la confiance, de protéger l’épargne et de réancrer la monnaie dans des limites économiques crédibles ?

Quand la dette ne crée plus de richesse

L’économie mondiale a progressivement substitué à la dynamique de la croissance réelle une logique d’expansion des bilans publics et privés. La dette mondiale est estimée entre 350-355 mille milliards de dollars en ce mois de janvier 2026, représentant près de 300% du Produit Intérieur Brut (PIB) mondial – une mesure de la richesse – contre environ 210 % au début des années 2000.

Dans le même temps, la croissance réelle moyenne mondiale est restée inférieure à 3 % sur la période 2015–2025, malgré des politiques monétaires exceptionnellement accommodantes.

Cette divergence se reflète dans le rendement macroéconomique de la dette. Aux États‑Unis, les données du Bureau of Economic Analysis et de la Réserve fédérale (Banque Centrale) indiquent qu’un dollar de dette supplémentaire générait en moyenne entre 0,60 et 0,70 dollar de PIB additionnel au début des années 2000, contre moins de 0,30 dollar dans la période récente. En zone euro, où la dette publique moyenne dépasse désormais 90 % du PIB, plusieurs grandes économies ont enregistré une croissance réelle annuelle inférieure à 1 % sur la dernière décennie, signalant une dissociation croissante entre accumulation financière et capacité de production réelle.

Ce phénomène s’apparente à ce que certains économistes qualifient de trappe de l’endettement, un régime dans lequel l’accumulation financière ne génère plus un surplus de capacité productive, mais alimente principalement la valorisation des actifs existants. Dans ce cadre, la croissance devient une variable résiduelle, dépendante non de l’innovation ou du capital humain, mais de la tolérance des marchés à l’expansion continue des bilans publics et monétaires.

Cette trajectoire rappelle une régularité historique en économie, lorsque le ratio de dette publique par rapport au PIB dépasse durablement certains seuils, la croissance potentielle tend à s’affaiblir de manière persistante. L’endettement cesse alors d’être un pont vers l’avenir pour devenir un héritage transmis au présent, dont le service mobilise une part croissante des ressources productives.

L’endettement comme substitut à la croissance

Depuis plus d’une décennie, l’endettement est devenu une variable d’ajustement structurelle des politiques économiques, pas pour financer des investissements productifs à long terme, mais pour stabiliser des équilibres budgétaires fragilisés par une croissance insuffisante et des dépenses publiques rigides. Cette évolution a transformé la dette en condition permanente de fonctionnement des États.

Depuis 2008, les politiques dites d’assouplissement quantitatif, qui consistent pour les banques centrales à créer de la monnaie afin de racheter massivement des obligations d’État et des actifs financiers aux banques et aux investisseurs, ont conduit à une multiplication sans précédent de la base monétaire et des agrégats de liquidité.

Aux États‑Unis, la masse monétaire M2 (billets + Pieces + Epargne liquide) a été multipliée par 3 entre 2008 et 2025, tandis que la zone euro a suivi une trajectoire comparable sous l’effet des programmes de rachats d’actifs de la Banque centrale européenne, dont le bilan est passé de moins de 2 000 milliards d’euros à plus de 7 500 milliards. Ce mécanisme a permis de maintenir des taux d’intérêt durablement bas et de contenir les crises financières en finançant des dettes, mais il a aussi réduit la capacité des autorités monétaires à intervenir autrement que par de nouvelles injections de liquidité, rendant le système financier structurellement dépendant de la création monétaire publique.

Cette évolution s’accompagne d’une dissociation croissante entre l’abondance monétaire et la performance économique réelle. Alors que la croissance mondiale est restée en moyenne inférieure à 3 % sur la période 2015-2025, la valorisation des actifs financiers et immobiliers a progressé à des rythmes nettement supérieurs, traduisant une orientation de la liquidité vers les marchés d’actifs plutôt que vers l’investissement productif. Dans plusieurs économies, l’expansion rapide de la masse monétaire a coïncidé avec une hausse du coût de la vie et une pression sur les salaires réels, sans amélioration proportionnelle de la productivité.

Selon la Banque des règlements internationaux, la part de la dette publique mondiale détenue ou refinancée indirectement par les banques centrales a atteint des niveaux historiquement élevés depuis 2020, renforçant l’interdépendance entre politiques budgétaires et politiques monétaires dans plusieurs économies.

Crise de confiance

La dissociation entre création monétaire et croissance réelle se traduit par des signaux de marché de plus en plus explicites. Entre début 2023 et janvier 2026, le prix de l’or a progressé de plus de 170%, franchissant des sommets historiques à plus de 5000 dollars l’once, tandis que l’argent a enregistré une hausse cumulée dépassant 332% sur la même période. Ces records traduisent une préférence accrue pour des actifs perçus comme des réserves de valeur face à l’érosion du pouvoir d’achat des monnaies fiduciaires.

Cette dynamique se reflète également dans les stratégies officielles. Depuis 2022, les banques centrales ont acquis plus de 1 000 tonnes d’or par an, un niveau sans précédent dans l’histoire moderne. Parallèlement, plusieurs monnaies de pays émergents ont subi des dépréciations marquées face aux principales devises. Entre 2022 et 2025, plusieurs monnaies d’Amérique latine, d’Afrique et d’Asie ont perdu entre 20 et 40 % de leur valeur nominale, sous l’effet combiné du resserrement financier mondial, du poids de la dette extérieure libellée en devises fortes et de déficits courants persistants. Cette fragilité alimente une crainte de perte durable de pouvoir d’achat et renforce la perception d’une tension structurelle sur la crédibilité des monnaies imprimables.

Dans une perspective plus longue, ce mouvement rappelle l’observation de Fernand Braudel selon laquelle les sociétés se tournent vers des formes de richesse « hors du temps politique » lorsque la stabilité institutionnelle devient incertaine. L’or n’est alors pas seulement un actif financier, mais une référence symbolique à une valeur qui échappe aux cycles électoraux et aux arbitrages budgétaires de court terme.

Géopolitique et instabilité monétaire

La résurgence des politiques protectionnistes, la remise en cause des chaînes de valeur mondiales et l’usage des instruments commerciaux comme leviers stratégiques introduisent une incertitude durable dans les anticipations des entreprises et des investisseurs. Les annonces de barrières tarifaires, de restrictions technologiques ou de sanctions financières se traduisent par des ajustements immédiats sur les marchés de change, révélant la sensibilité accrue des monnaies aux décisions politiques.

Dans ce contexte, l’économie mondiale évolue dans un état de déséquilibre structurel marqué par une croissance potentielle affaiblie et des pressions inflationnistes sectorielles persistantes. Les monnaies fiduciaires se trouvent prises dans une triple tension, celle de l’endettement élevé des États, de la nécessité de préserver le pouvoir d’achat intérieur et de la volatilité induite par les chocs géopolitiques. Cette combinaison fragilise leur rôle de repère stable pour le commerce et l’épargne.

Le modèle monétaire fiduciaire

Le modèle monétaire fiduciaire repose sur un socle immatériel, celui de la confiance dans la solidité des institutions et la prévisibilité des politiques publiques. Lorsque cette crédibilité se fragilise, la valeur monétaire devient plus sensible aux anticipations qu’aux fondamentaux productifs. En l’absence d’ancrage tangible, l’expansion monétaire ne rencontre d’autre limite que la tolérance des agents économiques à l’inflation, à la dépréciation externe et à la volatilité financière.

La stabilité de la monnaie est une condition de la liberté économique, une monnaie imprimable donc manipulable « à volonté » affaiblit la capacité des individus à planifier, à épargner et à contracter sur le long terme. Dans cette perspective, l’instabilité monétaire ne constitue pas seulement un déséquilibre macroéconomique, mais une contrainte sur l’autonomie économique des sociétés.

Ce cadre montre un paradoxe structurel, celui d’un endettement qui progresse plus rapidement que la richesse qu’il est censé financer. La dette, soutenue par la création monétaire, permet de différer les ajustements réels mais au prix d’une pression cumulative inflationniste et sur la valeur externe des devises. À moyen terme, cette dynamique tend à déplacer le coût de l’équilibre économique vers les détenteurs de monnaie et d’épargne, à travers l’érosion du pouvoir d’achat.

Perspectives pour l’avenir des monnaies

Les évolutions récentes suggèrent que l’avenir des systèmes monétaires ne s’inscrira pas dans une rupture brutale mais dans une recomposition progressive des ancrages de confiance. Face aux limites des monnaies exclusivement fiduciaires, les États et institutions peuvent explorer des formes d’adossement partiel à des valeurs réelles, qu’il s’agisse de réserves accrues de métaux précieux, de paniers de matières premières stratégiques ou de dispositifs hybrides associant actifs réels et règles de discipline monétaire renforcées.

Cette recomposition implique également la nécessité d’instaurer des garde‑fous institutionnels empêchant le recours discrétionnaire et répété à la création monétaire, qui conduit naturellement à la dilution de la valeur de la monnaie et à un transfert progressif du coût de l’ajustement vers les détenteurs d’épargne.

La généralisation de la monnaie électronique ouvre la possibilité d’introduire des mécanismes de contrainte et de traçabilité directe sur l’expansion monétaire. Les monnaies numériques de banque centrale permettent d’associer l’émission de nouvelles unités monétaires à des règles programmées, telles que des plafonds quantitatifs ou des conditions macroéconomiques prédéfinies, rendant plus visibles et plus vérifiables les choix de politique monétaire. Cette capacité technique ne saurait toutefois se substituer à une gouvernance crédible. Sans discipline budgétaire et sans cadre institutionnel garantissant la prévisibilité des décisions, la monnaie programmable risque de devenir un outil de contrôle plus qu’un instrument de stabilité. La confiance durable ne naît pas de la technologie seule, mais de la cohérence entre règles d’émission, soutenabilité des finances publiques et responsabilité politique dans l’usage du pouvoir monétaire.

Enfin, l’avenir des monnaies imprimables touche au cœur du contrat social qui lie les États à leurs citoyens et les économies nationales au système mondial. Une monnaie est une promesse de stabilité entre le présent et l’avenir, un lien de confiance entre l’effort productif et la valeur conservée. Lorsque cette promesse est discréditée, les comportements d’épargne, d’investissement et de travail se transforment, révélant une société qui doute de la capacité de ses institutions à préserver la valeur de ce qu’elle produit.

Entre la contrainte de dettes accumulées, la fragmentation géopolitique et les limites d’une création monétaire devenue structurelle, le système fiduciaire est placé devant une exigence de réinvention.

L’enjeu est de redéfinir des cadres où la flexibilité nécessaire à la gestion des chocs s’accompagne de bornes crédibles à l’expansion monétaire. De cette capacité à réancrer la monnaie dans des règles lisibles, des institutions responsables et une discipline budgétaire durable dépend la confiance des sociétés dans la valeur du temps qu’elles investissent, des richesses qu’elles créent et de l’avenir qu’elles transmettent.

Une monnaie stable est une promesse tenue entre générations ; une monnaie instable est une dette transmise dans le temps. Un ordre monétaire qui ne parvient plus à convertir la confiance en investissement productif cesse d’être un moteur de développement pour devenir un simple mécanisme de préservation des équilibres passés, appelant, à terme, une refondation de ses principes et de sa légitimité.

* Economiste, banquier et financier.

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Saïd Mekbel | Un journalisme debout face à la peur

27. Januar 2026 um 07:54

Plonger dans ‘‘Saïd Mekbel – Chroniques d’une vie (1963-1994)’’ (Éditions Chiheb, Alger, 2025), c’est entrer dans un monde où écrire relevait autant de courage que d’engagement. Ce livre, établi par son fils Nazim Mekbel, rassemble près de deux cents billets choisis parmi les quelque 1 500 textes écrits par Saïd Mekbel, sous les pseudonymes El Ghoul puis Mesmar Dj’ha, accompagnés de dessins, photographies et notes manuscrites, offrant une mémoire visuelle et intime de l’homme.

Djamal Guettala 

Pour ma part, j’ai reçu le livre deux jours avant ma rencontre avec Nazim Mekbel à la librairie L’île aux Mots à Marseille. Recevoir un livre édité en Algérie procure toujours une joie particulière, mais celui-ci avait une dimension intime et inédite : il m’a permis de découvrir ce que je ne connaissais pas de l’homme, ses billets écrits avant ma naissance, pendant mon enfance et ma jeunesse. Relire tout cela aujourd’hui, en tant qu’adulte contribuant moi-même comme chroniqueur au Matin d’Algérie, c’est percevoir le journalisme dans un temps où la peur et la violence façonnaient chaque mot.

La plume qui traverse le temps

Saïd Mekbel débute sa carrière à Alger Républicain, critique de cinéma, puis chroniqueur satirique. Avec la création du quotidien Le Matin, il adopte le pseudonyme Mesmar Dj’ha – le « clou qui dérange partout où il est planté ».

Son style, à la fois ironique et incisif, est illustré par la chronique suivante :

Billet choisi “Et mon stylo ?”

« Hier, dans un autobus bondé, je me trouvais debout près d’un jeune homme d’une trentaine d’années, visiblement soucieux d’impressionner une jeune fille. À un moment, il prétend être Mesmar Dj’ha, alias Saïd Mekbel, et assure user d’un pseudonyme pour publier ses billets. Pour appuyer ses dires, il énumère plusieurs titres, récite même un de mes textes. La jeune fille, surprise et admirative, lui dit qu’elle lit Mesmar Dj’ha tous les jours. Comblé, l’homme griffonne un autographe au dos d’une carte :

— « À Saïd Mekbel, fraternellement, Mesmar Dj’ha », me dit-il en me tendant la carte.

Je décline mon identité. L’histoire pourrait s’arrêter là, mais à l’arrêt suivant, le prétendu admirateur accompagne la jeune fille… et emporte le stylo que j’avais posé dans ma pochette.

Le stylo, simple objet, devient symbole : celui d’une plume admirée, imitée, mais que l’on ne peut usurper. Et moi, auteur véritable, je reste spectateur de ma propre légende. »

Les carnets et les dessins

Au-delà de l’humour et de l’observation sociale, Mekbel tenait un carnet manuscrit glaçant en 1994, où il consigne les assassinats, de journalistes, d’ingénieurs, de civils :

« 27 oct 1994 : Benchour Med Salah, journaliste à l’APS, assassiné à Baraki…

18 octobre 1994 : Deux ingénieurs, un Italien et un Français assassinés dans la région de Khenchela… »

Ces listes, mécaniques et précises, racontent la terreur et le poids du quotidien. Le 3 décembre 1994, le GIA revendique son assassinat via un tract faxé à la rédaction du Matin, signé Mohammed Saïd : « Mekbel, mécréant notoire… renégat… propagandiste du pouvoir…

La plume de Saïd Mekbel illustre parfaitement la mort. Il est responsable de la mort de dizaines de milliers d’innocents. »

Dans ces carnets, les dessins prolongent la plume :

«Avril 1991 – schéma d’atome pour illustrer la logique électorale : siège de député au noyau, candidats gravitant autour.

Novembre 1990 – un couple face à la pénurie, mimant l’absurde quotidien.

Juin 1990 – critique de l’absurdité politique : « ‘voter contre sans être pour  » ou  »voter pour sans être avec » ».

Chaque croquis est une chronique graphique, un regard acéré sur la société.

L’ultime témoignage

Ironie tragique : le dernier billet, publié le jour de son assassinat, est un témoignage poignant et universel : « Ce voleur qui, dans la nuit, rase les murs pour rentrer chez lui, c’est lui.

Ce père qui recommande à ses enfants de ne pas dire dehors le méchant métier qu’il fait, c’est lui.

Ce mauvais citoyen qui traîne au palais de justice, attendant de passer devant les juges, c’est lui…

Cet individu pris dans une rafle de quartier et qu’un coup de crosse propulse au fond du camion, c’est lui.

C’est lui qui, le matin, quitte sa maison sans être sûr d’arriver à son travail. Et lui qui quitte, le soir, son travail sans être certain d’arriver à sa maison.

Ce vagabond qui ne sait plus chez qui passer la nuit, c’est lui.

C’est lui qu’on menace dans les secrets d’un cabinet officiel, le témoin qui doit ravaler ce qu’il sait, ce citoyen nu et désemparé…

Cet homme qui fait le vœu de ne pas mourir égorgé, c’est lui.

Ce cadavre sur lequel on recoud une tête décapitée, c’est lui.

C’est lui qui ne sait rien faire de ses mains, rien d’autre que ses petits écrits, lui qui espère contre tout, parce que, n’est-ce pas, les roses poussent bien sur les tas de fumier.

Lui qui est tous ceux-là et qui est seulement journaliste. » (Saïd Mekbel, 3 décembre 1994).

Ce texte est un testament, une démonstration de courage et de lucidité, et l’ultime hommage aux victimes dont il parlait chaque jour.

Entre mémoire et présent

Le livre est également un album visuel : Mekbel enfant à l’école Maudet, Béjaïa ; à Alger Républicain avec Henri Alleg et l’équipe de journalistes ; réunions du Matin, soirées, cartes de presse depuis 1963 ; dernière photographie connue, quelques jours avant son assassinat, au restaurant El Bahdja, Alger.

Dans son épilogue, Nazim Mekbel explique sa démarche : « Le tri par thèmes, la contextualisation de chaque chronique… Un tel ouvrage n’est jamais terminé, ainsi va l’écriture de l’histoire. » Il ajoute : « Ses manuscrits du dernier trimestre 1994 apportent un éclairage précieux… Ils lèvent le voile sur son combat et sa survie en tant que citoyen et journaliste libre. »

Recevoir ce livre à Marseille, juste avant notre rencontre à la librairie L’île aux Mots, m’a rappelé que certaines plumes, une fois brisées, ne se remplacent pas. Mais elles demeurent, vivantes dans les mots, dans les billets, dans les dessins et dans le regard des lecteurs.

Relire Mekbel aujourd’hui, c’est entendre sa voix ironique et lucide, traverser l’histoire de l’Algérie contemporaine, sentir l’engagement et le courage qui continuent de nourrir le journalisme.

‘‘Saïd Mekbel – Chroniques d’une vie (1963-1994)’’ est un document vivant, un acte de mémoire et une leçon de résistance, indispensable pour tous ceux qui s’intéressent à la presse, à l’histoire et à la vérité.

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Gestern — 26. Januar 2026Haupt-Feeds

Tunis | Report de l’affaire de Marouane Mabrouk  

26. Januar 2026 um 12:30

La chambre criminelle spécialisée dans les affaires de corruption financière du tribunal de première instance de Tunis a décidé, ce lundi 26 janvier 2026, de reporter à une date ultérieure l’audience concernant le dossier déposé contre l’homme d’affaires Marouane Mabrouk.

Dans cette même affaire, liée à la levée par l’Union européenne du gel des fonds de l’homme d’affaires Marouane Mabrouk déposés dans les banques européennes, suite à un accord entre Bruxelles et Tunis, sont également cités l’ancien Premier ministre Youssef Chahed (en fuite), l’ancien directeur général d’Al Karama Holding, Adel Grar et l’homme d’affaires Mehdi Ben Gharbia (en détention), ainsi que d’anciens ministres, dont Mabrouk Korchid (en fuite).

Diwan FM a indiqué que le tribunal a rejeté la demande de liberté provisoire déposée par l’avocat de l’ancien PDG d’Al Karama Holding, demandée par ses avocats.

I. B.

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Etude | Etat et perspectives du marché de l’auto en Tunisie

26. Januar 2026 um 12:06

Les résultats d’une enquête de l’Observatoire de l’Automobile viennent d’être dévoilés dans le cadre des Victoires de l’Automobile, référence annuelle du secteur, organisées le 23 janvier 2026, à Tunis. L’enquête, réalisée par le cabinet spécialisé Emrhod Consulting, décrypte les évolutions, tendances et perspectives du marché automobile tunisien. Elle constitue un outil d’analyse stratégique destiné aux professionnels du secteur, aux décideurs publics et aux acteurs économiques de la filière automobile.

 « Nous avons commandé cette enquête qui permet d’explorer en profondeur le marché de l’automobile, d’en interpréter les évolutions et d’en extraire des enseignements pertinents pour mieux appréhender les attentes des consommateurs », ont déclaré Hédi Hamdi et Sadri Skander, les organisateurs des Victoires de l’Automobile.

Reposant sur une méthodologie quantitative, l’enquête a été conduite auprès d’un échantillon représentatif de 3 000 personnes, couvrant l’ensemble des 24 gouvernorats, en zones urbaines et rurales. « Cette année, la méthodologie a évolué pour s’appuyer sur un échantillon très large de 3 000 répondants, utilisant la méthode du tirage aléatoire. Cette approche garantit une représentativité de l’ensemble de la population tunisienne avec une marge d’erreur estimée à environ 2 % », précise Nébil Belaam, président d’Emrhod Consulting.

L’enquête a été effectuée durant la première quinzaine de janvier 2026, à travers des entretiens administrés selon la méthode Cati et des dispositifs de prospection structurés.

L’Observatoire dresse un état des lieux des comportements et intentions d’achat des automobilistes tunisiens, en abordant notamment l’intention d’acquisition de véhicules neufs et d’occasion, les critères déterminants du choix automobile, les préférences en matière de motorisation (thermique, hybride, électrique), les freins et leviers liés à l’adoption des véhicules électriques, la perception de la fiscalité et des mesures d’incitation, et la fidélité aux marques et l’importance du pays d’origine.

Enseignements clés pour le marché

Les résultats révèlent un marché encore largement dominé par les véhicules thermiques, tout en mettant en évidence une prise de conscience croissante autour des enjeux liés à l’électromobilité, conditionnée par le développement des infrastructures, le coût d’acquisition et les incitations publiques.

L’étude met également en lumière le poids du prix d’achat, du coût d’entretien et de la fiabilité dans la décision des consommateurs. Comme le souligne Nébil Belaam : « L’enquête met en lumière que le critère financier demeure le facteur déterminant et prioritaire dans le processus d’achat des Tunisiens lorsqu’ils choisissent leur véhicule. »

Un marché attentiste mais actif

L’enquête révèle que 55 % des répondants affichent une faible intention d’achat de véhicule dans les 12 prochains mois, contre 32 % une intention modérée et 13 % une intention forte.

Cette prudence traduit un contexte économique contraint, mais l’existence d’un socle de 45 % de consommateurs potentiellement acheteurs confirme la persistance d’une demande latente.

Par ailleurs, l’arbitrage entre véhicules neufs (52 %) et d’occasion (48 %) souligne un marché relativement équilibré, fortement influencé par le pouvoir d’achat.

Le prix et le coût d’usage en tête

Le prix d’achat demeure le critère dominant (44,7%), suivi par la consommation de carburant (29,5 %) et le design (19,9 %).

Le coût d’entretien constitue également un facteur structurant, pris en compte par 82 % des répondants, un taux qui atteint près de 88 % chez certaines catégories budgétaires.

Ces résultats confirment que la décision d’achat repose avant tout sur une logique de coût global de possession, plus que sur l’innovation technologique seule.

La nette domination du thermique

Les préférences en matière de motorisation restent largement en faveur du véhicule thermique, envisagé par 86,6 % des personnes interrogées.

Les véhicules électriques (2,6 %) et hybrides (environ 7 % cumulés) demeurent marginaux, confirmant que la transition énergétique du parc automobile tunisien reste à un stade précoce, malgré une sensibilité croissante aux enjeux environnementaux.

Intérêt pour l’électrique freiné

Parmi les principaux freins à l’adoption du véhicule électrique figurent le coût d’achat jugé trop élevé (26,2 %), le manque de confiance dans la technologie (23,5 %), l’autonomie des batteries (20 %), et le déficit d’infrastructures de recharge (19,6 %).

Toutefois, 83 % des répondants estiment que le marché des véhicules électriques devrait être davantage développé, révélant un décalage entre l’intérêt théorique et la capacité réelle d’adoption.

« Bien que des obstacles majeurs freinent l’achat d’un véhicule électrique avec principalement un coût d’acquisition jugé trop élevé, un manque de confiance dans la technologie et une autonomie encore insuffisante, les perspectives d’avenir sont surprenantes : 39 % des interrogés sont convaincus que la voiture électrique remplacera complètement le véhicule thermique d’ici les 5 prochaines années, tandis que 25 % prévoient plutôt un équilibre durable entre le thermique et l’électrique », explique Nébil Belaam.

Levier de la fiscalité et des incitations

Seuls 46 % des automobilistes déclarent avoir connaissance de la baisse de la fiscalité sur les véhicules hybrides rechargeables, mais parmi eux, 65 % considèrent cette mesure comme incitative.

Ce constat met en évidence un déficit de communication et de lisibilité des dispositifs publics, alors même que les incitations fiscales constituent un levier décisif pour accélérer la transition.

« Concernant la baisse de la fiscalité sur les voitures hybrides rechargeables introduite par la Loi de finances, le constat est sans appel : seuls 46 % des Tunisiens sont informés de cette mesure, contre 54 % qui l’ignorent totalement. Ces chiffres soulignent la nécessité d’une plus grande vulgarisation de cette disposition légale pour encourager la transition énergétique », commente le président d’Emrhod Consulting.

Repères des marques et pays d’origine

La fidélité à la marque reste élevée, avec 59 % de répondants se déclarant fidèles, principalement pour des raisons de fiabilité (59 %) et de service après-vente (37 %).

Par ailleurs, près de deux tiers des consommateurs estiment que le pays d’origine de la marque joue un rôle important dans leur décision d’achat, confirmant le poids de la réputation et de la confiance dans un marché perçu comme engageant financièrement.

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Hachemi Alaya | « Le modèle économique et social tunisien est en mode crash »

26. Januar 2026 um 11:18

La croissance économique tunisienne en 2026-2027, en termes de croissance réelle du PIB, selon les prévisions de la Banque Mondiale (BM), dans ses «Perspectives économiques mondiales» publiées début janvier 2026, est, à de rares exceptions près, la plus basse d’Afrique et de la région Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord (Mena).

Alors que la croissance mondiale devrait ralentir cette année à 2,6 % et que les pays des régions Mena et Afrique subsaharienne devraient connaître une croissance plus soutenue et grimper à 3,6 % en 2026 puis 3,9 % en 2027, la croissance du PIB réel tunisien devrait fléchir, en 2026, à 2,5% après 2,6% attendu pour 2025. Ce ralentissement devrait même se poursuivre pour se situer à 2,2% en 2027. Et ce, en raison de la persistance du chômage, du manque d’opportunités économiques, de l’insuffisance des services publics, de la stagnation économique qui perdure depuis bientôt deux décennies, ainsi que de l’endettement et de l’inflation…

«En Afrique subsaharienne, seulement quatre pays sur 47, feraient moins bien que la Tunisie : Afrique du Sud, Botswana, Lesotho et la Guinée Équatoriale », constate l’économiste Hachemi Alaya dans son bulletin hebdomadaire ‘‘Ecoweek’’ (n° 04-26 du 25 janvier 2026), qui parle d’un modèle économique et social tunisien « en mode crash ».

« Les cinq menaces identifiées par le Global Risks Report 2026, qui pèsent sur la Tunisie témoignent de l’incapacité structurelle du modèle économique et social tunisien à générer une croissance durable, créatrice d’emplois. L’aggravation inédite de la dépendance énergétique de la Tunisie interpelle les choix stratégiques du pays en matière de transport et menace l’avenir industriel du pays. La Tunisie n’a jamais été aussi dépendante d’une Chine qui de facto, répugne à l’inscrire dans sa mappemonde. La Tunisie ne cesse d’accumuler les retards dans les technologies à fort potentiel de croissance. Enfin et non des moindres, l’État-social n’a guère réussi à améliorer le ‘‘progrès social’’ du Tunisien si l’on en croit le rapport Social Progress Index 2026 publié cette semaine », écrit le célèbre économiste.

I. B.  

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L’«érosion» géopolitique de l’Afrique du Nord

26. Januar 2026 um 10:45

Alors que l’opinion publique tunisienne s’émeut à juste titre de l’érosion subie par la colline de Sidi Bou Saïd en fustigeant les abus et le non-respect des normes d’aménagement et de prévention de l’érosion risquant de compromettre sérieusement un joyau architectural et touristique, la question pourrait être, dans une certaine proportion, extrapolée vers le constat de non-succès, pour ne pas dire les choses plus crûment, de l’Afrique du nord, zone géopolitique dont le bilan sur tous les plans sociaux, économiques, démocratiques, sécuritaires et diplomatiques peut à juste titre être considéré comme une sous-performance et une série d’opportunités perdues, pour le moins que l’on puisse dire. (Ph. Migrants illégaux nord-africains à Lampedusa, Italie).

Elyes Kasri *

De nombreux pays semblent pétrifiés par la nécessité de plus en plus pressante de changement de paradigme socio-économique et de mode de gouvernance en se cachant derrière ou en prenant pour alibi les risques d’instabilité que causerait la perturbation des lignes rouges qui ne sont en fait que des situations de rente calcifiées à force d’intérêts corporatistes ou parasitaires finissant par occulter l’intérêt collectif jusqu’à l’hypothéquer et entraîner tout le système dans une spirale d’inadéquation, de perte de compétitivité avec de sérieux risques de faillite et d’explosion, malgré le potentiel humain, naturel et de positionnement géographique.

Réservoir de migrants face à une forteresse assiégée

L’Afrique du nord semble particulièrement vulnérable et volatile peut être en raison d’une configuration territoriale et politique post-coloniale mal assumée et qui, après plus d’un demi-siècle, a démontré son inaptitude à honorer les promesses et attentes de stabilité, d’autodétermination et de liberté des peuples avec les prérequis de démocratie et de bien-être, faisant de cette région un réservoir de migrants de tout genre de l’économique, au politique et l’humanitaire, forçant ainsi l’Europe à s’ériger en forteresse assiégée par une vague migratoire et la hantise d’un raz-de-marée transformé en leitmotiv par une extrême droite en croissance rapide, exploitant avec succès les inadéquations, rigidités et contradictions de son flanc sud en les présentant comme atteignant des seuils alarmants frisant la perte de contrôle et l’explosion socio-sécuritaire avec les retombées migratoires et identitaires assimilées à un grand remplacement.

Remettre en question les tabous post-coloniaux

Outre des choix économiques et politiques susceptibles d’être considérés à l’origine de cet état des lieux insatisfaisant pour certains et alarmant pour d’autres, il serait judicieux de s’interroger sur les causes profondes qui pourraient émaner d’un tracé colonial des frontières mal assumé ou carrément inassumable et dont les enseignements gagneraient à être tirés d’abord dans la perception des menaces et des obstacles à la stabilité, au développement et à la démocratie, loin des hauts le cœur et des cris effarouchés des tenants du statu quo à tout prix et de la sacralité des frontières héritées de la colonisation, préférant ainsi le confort de l’échec patent sur tous les plans à la nécessité historique d’un bilan serein d’un demi-siècle de déceptions, de soubresauts et d’échecs.

Tant que l’Afrique du nord n’aura pas eu le courage de remettre en question les lignes rouges et tabous post-coloniaux à tous les niveaux y compris territoriaux et frontaliers, la perspective de la perpétuation des échecs et des menaces du demi-siècle écoulé risque d’être exacerbée à la faveur des mutations géostratégiques et des bouleversements qui se profilent à l’horizon et qui semblent destinées à fracasser le statu quo et forcer le changement qui ne laissera aux peuples que l’option de le subir à leurs dépens faute de l’avoir anticipé et assumé.

* Ancien ambassadeur.

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Syrie | Les États-Unis sacrifient les Kurdes au profit d’Al-Charaa

26. Januar 2026 um 09:51

Les États-Unis ont toujours été fidèles à leur réputation d’opportunistes qui utilisent leurs alliés puis les jettent comme un mouchoir. Les Kurdes de Syrie et spécifiquement les Forces démocratiques syriennes (FDS) dirigés par Mazloum Abdi n’ont pas dérogé à ce traitement humiliant après avoir été les partenaires les plus solides et les plus fiables de Washington dans le Levant pendant plus d’une décennie.

Imed Bahri

On sent que le cœur du président américain Donald Trump bat pour le président syrien Ahmed Al-Charaa sur lequel il est dithyrambique depuis leur première rencontre à Riyad en mai 2025 et lors de laquelle il l’avait notamment qualifié de jeune homme séduisant et de dur à cuire, et depuis l’étoile des Kurdes a commencé à pâlir.

L’envoyé spécial américain pour la Syrie Tom Barrack a déclaré que la meilleure chance des Kurdes en Syrie résidait désormais dans le nouveau gouvernement dirigé par le président Al-Charaa et que la mission des FDS à savoir combattre l’Etat islamique (EI, Daech) n’était plus d’actualité sur le terrain. Un sentiment de trahison et d’aigreur a saisi les Kurdes qui se sentent désormais en danger comme le sont les Alaouites et les Druzes.

Dans l’enquête du Financial Times intitulée «Les Kurdes syriens sur la défensive alors que les États-Unis tournent le dos à leurs anciens alliés», Raya Jalabi rapporte qu’à l’automne 2014, la ville de Kobané, majoritairement kurde, dans le nord de la Syrie, était sur le point de tomber aux mains des combattants de l’État islamique, numériquement et matériellement supérieurs. Les combattants kurdes luttaient pour la défendre lorsque des avions de combat américains ont commencé à leur larguer des munitions. 

Une autonomie kurde éphémère

Ce pont aérien a changé le cours de la bataille et a contribué à forger un partenariat avec Washington qui allait façonner le destin des Kurdes du nord-est de la Syrie pour les années à venir. Ces combattants ont donné naissance aux Forces démocratiques syriennes (FDS) qui, grâce à l’armement et à l’entraînement fournis par les États-Unis, ont contribué à la défaite de l’État islamique. Les Kurdes ont ensuite profité de cette victoire pour prendre le contrôle incontesté d’un tiers du territoire syrien.

Toutefois, cette expérience d’autonomie kurde, qui dure depuis dix ans, semble toucher à sa fin cette semaine suite à une offensive rapide de Damas au cours de laquelle les forces gouvernementales ont repris le contrôle de territoires qui étaient sous le contrôle des FDS depuis des années et l’alliance avec Washington a été effectivement rompue.

Selon l’enquête, la position de Washington, fortement appuyée par la Turquie, constitue un soutien sans équivoque au redécoupage radical de la carte du pays opéré par Al-Charaa un peu plus d’un an après la chute du régime de Bachar Al-Assad.

Un tournant dans la transition syrienne

Le journal britannique soutient que cette initiative, un pari risqué qui semble avoir porté ses fruits pour Al-Charaa, représente un tournant dans la transition syrienne. Le président syrien s’est efforcé d’unifier le pays fracturé après 14 années d’une guerre civile sanglante et l’offensive gouvernementale a permis à ses forces de prendre le contrôle de la région riche en pétrole et de consolider leur emprise sur une grande partie du pays.

Toutefois, FT souligne que, pour les Kurdes et leurs soutiens, il s’agit d’une trahison qu’ils redoutaient déjà après le retour de Trump à la Maison-Blanche l’année dernière.

Comme d’autres minorités en Syrie, les Kurdes se méfient du régime d’Al-Charaa et de ses forces indisciplinées et confondent souvent son mouvement avec les combattants de Daech qu’ils ont combattus par le passé. 

Le journal cite le responsable politique kurde Hassan Mohammed Ali: « La déclaration de Barrack est on ne peut plus claire. La communauté kurde se sent trahie. Nous avons combattu Daech et perdu plus de 10 000 vies et voilà que ce même Daech est de retour avec les mêmes forces de la coalition. Nous avons le sentiment d’avoir été sacrifiés au profit d’autres »

Le FT indique que Trump, après s’être entretenu avec Al-Charaa mardi dernier, a déclaré que « bien qu’il apprécie les Kurdes, ces derniers ont reçu d’énormes sommes d’argent, du pétrole et d’autres ressources et agissaient donc davantage pour leur propre intérêt que pour le nôtre mais nous entretenons de bonnes relations avec les Kurdes et nous nous efforçons de les protéger ».

Les FDS ont émergé du chaos de la guerre civile syrienne, qui a débuté en 2011, grâce à leurs liens avec le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), d’inspiration marxiste-léniniste. Ses combattants étaient perçus comme l’antithèse des combattants loyalistes de l’EI, ce qui en faisait des alliés pragmatiques de Washington, qui les a soutenus en tant que forces terrestres pour la campagne aérienne menée par les États-Unis. Ce partenariat a provoqué la colère d’Ankara car le PKK menait une insurrection contre l’État turc depuis des décennies.

Les FDS ont atteint un effectif de 60 000 hommes et femmes, dont plus de la moitié étaient des combattants arabes et non kurdes, selon des sources officielles. Si leurs efforts contre l’État islamique ont été largement salués, leur gouvernance interne, notamment leur vaste administration civile, a suscité des critiques de la part de certains Arabes syriens en raison de leurs méthodes de plus en plus autoritaires, en particulier dans les zones majoritairement arabes qu’elles contrôlaient. De nombreux rebelles anti-Assad les considéraient également avec méfiance car elles privilégiaient le contrôle territorial à l’opposition au dictateur.

Lorsque Al-Charaa a pris le pouvoir en décembre 2024, le compte à rebours a commencé, le nouveau président ayant clairement indiqué qu’il ne tolérerait pas un État fracturé.

Les États-Unis ont rapidement soutenu Al-Charaa aux côtés de puissants alliés comme la Turquie et l’Arabie saoudite et ont cherché à réconcilier les deux camps. En mars de l’année dernière, Washington a négocié un accord entre Al-Charaa et le commandant des FDS, Mazloum Abdi, visant à intégrer celles-ci et leurs organes affiliés à l’État syrien. Les modalités pratiques devaient être finalisées avant la fin de 2025. Cependant, ces négociations ont piétiné, chaque partie s’accusant mutuellement de mauvaise foi et de refus de compromis.

Dans les semaines précédant l’offensive, Al-Charaa a proposé un accord aux responsables kurdes, à condition qu’ils l’acceptent immédiatement, selon des responsables syriens et kurdes ainsi que des personnes proches des pourparlers. Cet accord stipulait que les FDS pourraient intégrer trois divisions et deux bataillons à l’Armée nationale syrienne et leur commandant Abdi deviendrait vice-ministre de la Défense.

L’envoyé américain Barrack et d’autres ont exhorté les FDS à accepter l’accord, selon un haut responsable syrien et d’autres personnes au fait des négociations.

Selon le FT, les FDS ont tenté de renégocier en exigeant des conditions qui, selon un responsable syrien, rendraient l’intégration pratiquement impossible, une affirmation corroborée par plusieurs autres.

Les responsables kurdes ont pour le part estimé qu’ils attendaient simplement des garanties de sécurité, compte tenu des massacres sectaires perpétrés par les forces gouvernementales et leurs alliés ailleurs en Syrie.

L’échéance a expiré, les FDS rejetant ce qu’elles savaient être la dernière offre de Damas et les deux parties sont restées dans l’impasse quant à l’acceptation par les Kurdes du déploiement des forces gouvernementales syriennes dans le nord-est du pays.

Quelques jours plus tard, le 6 janvier, les forces gouvernementales ont pénétré dans les quartiers kurdes d’Alep, la deuxième ville de Syrie, lors d’une opération planifiée qui, grâce à la médiation américaine, a permis aux Kurdes de se retirer de la ville en deux jours.

De là, les forces gouvernementales ont rapidement conquis les provinces de Raqqa et de Deir ez-Zor, tombées après la défection de combattants tribaux arabes des FDS.

Eviter de nouveaux combats

Selon le journal britannique, Al-Charaa et Abdi ont conclu un accord en 14 points et un cessez-le-feu dimanche 17 janvier au soir. Comme prévu, Damas a imposé un accord plus contraignant : le personnel kurde sera désormais intégré individuellement et non plus en unités collectives, un coup dur pour les FDS qui espéraient conserver leur influence. La proposition de nommer Abdi vice-ministre a été également retirée.

Le FT indique qu’après la perte du soutien de Washington à l’autonomie kurde, l’identité de ceux qui soutiendront désormais les objectifs kurdes, reste incertaine. Des sources proches des négociations ont indiqué que l’intransigeance des Kurdes sur des points clés leur a coûté des alliés essentiels ces derniers jours, tout comme leur décision d’abandonner leurs postes de garde dans certaines prisons et camps de détention abritant des membres de l’EI. La version des responsables kurdes fait état que ce retrait fait suite à des attaques menées depuis Damas.

L’armée américaine a commencé à transférer des prisonniers en Irak par crainte d’une reprise des combats, signe qu’elle craint que le cessez-le-feu ne tienne pas.

« Ils ont maintenant prouvé que nous ne pouvons pas leur faire confiance pour gérer les prisons. Leur volonté de les abandonner et de risquer de libérer des prisonniers endurcis de l’EI a suscité l’indignation générale », a déclaré un diplomate occidental.

Certains combattants kurdes se sont repliés sur leurs positions initiales, se cachant dans la ville lourdement fortifiée de Kobané. Ils affirment se préparer à combattre les forces gouvernementales qu’ils accusent de commettre des atrocités dans un climat de désinformation généralisée.

Les FDS et les habitants de Kobané affirment que la ville est déjà assiégée et accusent le gouvernement d’avoir coupé l’électricité et l’eau.

Dareen Khalifa, conseillère principale à l’International Crisis Group a déclaré : « Tout au long de cette année, les Forces démocratiques syriennes ont mal interprété les signaux et commis des erreurs d’appréciation, ne prenant pas pleinement en compte les conséquences du fait que les États-Unis ne s’appuient pas exclusivement sur elles comme principal partenaire dans la lutte contre le terrorisme »

Elle estime que malgré le faible niveau de confiance, les deux parties doivent reprendre rapidement les négociations et finaliser l’accord afin d’éviter de nouveaux combats.

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Tunisie | La formation professionnelle comme moteur de la transformation économique

26. Januar 2026 um 08:58

La formation professionnelle en Tunisie se trouve aujourd’hui à un moment charnière. Face à un marché du travail en pleine mutation et des besoins économiques croissants, il est crucial de repenser son modèle, son financement et sa gouvernance. Le chômage des jeunes, la digitalisation des métiers et les nouveaux besoins des entreprises exigent un système agile et performant, capable de préparer les compétences de demain.

Ferid Herelli & Taoufik Halila *

La formation professionnelle en Tunisie, se base actuellement sur un réseau d’établissements publics (Epna), supervisé par l’Agence tunisienne de la formation professionnelle (ATFP) qui est chargée de mettre en œuvre la politique nationale en matière de formation professionnelle, en coordination avec les différents acteurs du secteur. Elle suit et contrôle la gestion de l’ensemble des centres de formation répartis sur l’ensemble des régions dans différentes spécialités.

La mission du Centre national de formation continue et de promotion professionnelle (CNFCPP) consiste à jouer un rôle moteur d’assistance et d’accompagnement dans le diagnostic des besoins en formation ; élaborer les différents plans de formation, et les évaluer ; gérer le dispositif de financement des activités de la formation continue programmée par les entreprises; soutenir le secteur de la consultance et des études dans le domaine de la formation continue et dispenser des cycles de formation diplômante au profit des travailleurs favorisant la promotion professionnelle.

Le Centre national de formation de formateurs et d’ingénierie de formation (Cenafif) est chargé, quant à lui, d’arrêter les méthodologies relatives aux différents domaines de l’ingénierie de la formation et ce en tenant en compte l’évolution technologique dans chaque secteur d’activité économique et assister les établissements de formation dans leurs implantations ; d’élaborer et actualiser les programmes de formation professionnelle et aider à leurs exploitations dans les établissements concernés ; de promouvoir la recherche appliquée à l’ingénierie et à l’innovation et mettre en œuvre les outils et moyens pédagogiques et didactiques nécessaires à leurs implémentations dans les programmes de formation ; et d’élaborer les plans de formation technique, pédagogique et fonctionnelle visant la qualification et le recyclage des personnels de formation relevant des secteurs public et privé, les mettre en œuvre et en évaluer les résultats.

Il y a lieu de mentionner aussi que la loi d’orientation de 1993 a structuré le système en distinguant formation initiale et continue, et encadrant l’offre privée avec une harmonisation des diplômes délivrés. Toutefois, il demeure, à ce jour, quelques lourdeurs procédurales, bureaucratiques qui entravent la bonne marche de la globalité du système.

Formation initiale et continue

La formation initiale délivre trois principaux diplômes : le Certificat d’aptitude professionnelle (CAP), le Brevet de technicien professionnel (BTP) et le Brevet de technicien supérieur (BTS). Ces parcours visent à préparer les jeunes à un métier précis et à faciliter leurs insertions dans le marché du travail.

Financée par la faxe de formation professionnelle (TFP) et le Programme national de formation continue (Pronafoc), la formation continue met l’accent sur la mise à jour de développement des compétences, notamment dans les métiers en évolution rapide.

Par ailleurs, des formations non diplômantes sont également proposées par des organismes ou grandes entreprises publics et privés, qui disposent de centres de formation intégrés tels que la STEG, la SNCFT, Tunisair, la Stir, la CTFA (assurances), etc.

Comparaison au niveau international 

Contrairement à la Tunisie, où l’État finance majoritairement la formation, des pays comme l’Allemagne, la Suisse et l’Autriche reposent sur un modèle dual où les entreprises sont pleinement impliquées dans le système de formation tutoriel, ou les stagiaires suivent un régime pratique de près de 60% de présence dans les entreprises et ce selon chaque spécialité. En effet, 80 % du financement provient du secteur privé, et les apprentis alternent école et entreprise, garantissant l’adéquation des compétences aux besoins économiques avec un solide partenariat entre entreprises, syndicats et institutions de formation.

Dans ce contexte, il y a lieu de mentionner le fruit du partenariat réussi avec la Chambre de commerce tuniso-allemande (AHK), qui vient de fêter 10 ans d’existence, une unité spécialisée dans l’insertion professionnelle à travers le modèle Corp. et de saluer, d’autre part, l’expérience réussie de la coopération entre la Suisse (à travers l’organisme Swisscontact) et la Tunisie (à travers la Chambre nationale des intégrateurs des réseaux des télécommunications (Cnirt) relevant de l’Union tunisienne de l’industrie, du commerce et de l’artisanat (Utica) dans l’élaboration et l’exécution de programmes de formation des techniciens spécialisés dans la technologie de déploiement de la  fibre optique répondant aux normes nationales et internationales

Défis et opportunités

Le système actuel tunisien doit relever plusieurs défis/. Il doit, d’abord, renforcer le partenariat avec le secteur privé, en introduisant des incitations fiscales et financières. Il doit, ensuite, favoriser un rapprochement avec les Centres techniques sectoriels à travers des conventions de partenariat avec le secteur privé pour exploiter rationnellement les infrastructures technologiques et donner une nouvelle impulsion au développement des compétences au sein des PME-PMI. Il doit, également, moderniser les infrastructures et les contenus de la formation pour intégrer les métiers émergents (technologies numériques, cyber sécurité, énergies renouvelables, intelligence artificielle…)

Il doit, par ailleurs, développer la formation dans les secteurs à forte croissance et à fort potentiel d’emploi, tels que (composants automobiles, aéronautiques, industrie pharmaceutique, mécatronique, etc.), et assurer une gouvernance transparente, participative et orientée vers des résultats mesurables à travers des Key performance indicators (KPI).

Ces défis représentent des opportunités pour faire de la formation professionnelle un véritable moteur de croissance économique, en préparant des jeunes compétents et bien préparés afin de satisfaire les besoins des entreprises.

Quelques recommandations

Dans cette optique, quelques recommandations doivent être faites, notamment : 1- l’adaptation rapide aux nouveaux métiers, en révisant constamment les programmes pour qu’ils répondent aux exigences des secteurs émergents comme l’IA, les nouvelles technologies et la transition écologique ; 2- le renforcement de la formation tout au long de la vie par l’apprentissage continu, nécessitant des formations de courts durées, agiles et accessibles, aussi bien en présentiel qu’à distance ; 3- la personnalisation des parcours en offrant des formations sur mesure, s’intégrant dans le quotidien, pour fidéliser les jeunes ; 4- l’amélioration de l’insertion professionnelle en assurant une meilleure adéquation entre la formation et l’emploi, notamment pour réduire l’instabilité professionnelle des jeunes ; 5- le développement des compétences (soft skills) en faisant de l’adaptabilité, la collaboration et l’intelligence émotionnelle des éléments cruciaux au-delà des techniques proprement dites ; 5- la levée des barrières financières en garantissant l’accès de tous à ces formations, souvent coûteuses, pour éviter l’exclusion. 

Il s’agit, également, de 1- co-construire les programmes avec les acteurs économiques et les chambres professionnelles pour aligner compétences et besoins du marché ; 2- promouvoir la labellisation et la certification pour introduire une certification tierce partie à travers une mise à niveau systématique avec les labels internationaux. (ISO 9001-21000) etc. ;3- rééquilibrer le financement de la formation professionnelle en augmentant la contribution des entreprises tout en encourageant un soutien public plus vulnérable notamment au niveau de l’infrastructure technologique ; 4- valoriser la formation des formateurs et accorder des motivations substantielles pour le suivi des nouveautés technologiques, notamment auprès des jeunes et des startups, en mettant en avant les perspectives d’emploi et les évolutions de carrière ; 5- renforcer la culture de l’innovation et l’adoption de nouvelles technologies en sensibilisant les jeunes écoliers pour s’intéresser aux nouveaux métiers.

La Tunisie dispose de l’opportunité de transformer son système de formation professionnelle en un levier stratégique pour l’emploi, la compétitivité et l’avenir de sa jeunesse. En s’inspirant des modèles performants de l’Europe centrale, en modernisant les infrastructures, les contenus et la gouvernance, et en engageant activement les entreprises, le pays peut bâtir une formation professionnelle agile et pertinente pour 2030.

Cette réforme permettra non seulement de réduire le chômage, mais aussi de renforcer la compétitivité économique, de garantir un avenir prometteur à la jeune génération tunisienne et de créer une nouvelle richesse pour le pays.

* Conseillers du Doyen de l’Ordre des ingénieurs tunisiens (OIT).



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Faisons de Sidi Bou Saïd un village écoresponsable !

25. Januar 2026 um 14:08

A en croire certains habitants de Sidi Bou Saïd, et notamment ceux qui y exploitent des commerces touristiques, le célèbre village arabo-andalous a certes été affecté par les récentes intempéries ayant provoqué des glissements de terrain et menacé d’effondrement certains bâtiments, mais la vie s’y poursuit normalement et il n’y a rien à craindre à s’y rendre et à déambuler dans ses ruelles rutilantes et bariolées.   

Latif Belhedi

Le secrétaire général de la municipalité de Sidi Bou Saïd a été le premier à réagir pour atténuer l’effet négatif de certaines vidéos et images catastrophistes diffusées sur les réseaux sociaux sur les glissements de terrain survenus sous l’effet des forts écoulements enregistrés cette semaine.

Huit propriétés seulement, identifiées et inspectées par les services de la protection civile, ont fait l’objet d’une évacuation temporaire suite aux recommandations de la Commission régionale de prévention des catastrophes, a-t-il expliqué, dans un communiqué publié samedi 24 janvier 2026.

Le danger du déni

Il a aussi annoncé des mesures prises pour préserver le plateau de Sidi Bou Saïd, notamment l’interdiction de l’accès des bus et camions lourds à l’abri Sidi Azizi à partir de ce dimanche 25 janvier, l’évacuation des habitations dangereuses et la sensibilisation des habitants des propriétés voisines à la prudence, avec obligation de signaler tout signe de fissure à la municipalité.

Cependant, pour les commerçants du village, qui vivent du tourisme, Sidi Bou Saïd n’est pas en danger. Le village est sûr et aucun glissement de terrain ni dommage majeur n’y a été enregistré, affirment-ils, en avertissant contre les images et vidéos « exagérées » (sic !) qui sont diffusées sur les réseaux sociaux, et qui «nuisent au tourisme, source essentielle de revenus pour les habitants».

Alors que la météo annonce de nouvelles intempéries au cours des prochains jours, ces commerçants plaident pour la poursuite des visites du village normalement.

On sait cependant qu’après les dégâts enregistrés ces derniers jours, et pas seulement à Sidi Bou Saïd, les habitants du village ne pourront plus minimiser les dangers d’une surexploitation du site fragile sur lequel il a été construit.

Des sacrifices collectifs

Dans un poste Facebook Aïcha Gorgi, habitant Sidi Bou Saïd où elle dirige une galerie d’art, interpelle ses voisins et tire la sonnette d’alarme : « Continuer à faire l’autruche est une faute grave. Cette attitude nous mènera à des catastrophes annoncées. Protéger notre village exige des décisions difficiles et des sacrifices collectifs. Mais ne rien faire coûtera infiniment plus cher. »

Evoquant les études sérieuses réalisées par des bureaux spécialisés, qui ont fait des diagnostics et proposé des solutions aux menaces auxquelles fait face Sidi Bou Saïd depuis deux ou trois décennies, la galeriste demande à ses voisins de cesser de minimiser ces menaces en parlant d’«un simple arbre tombé sur un mur».

Parce qu’elle ne veut pas avoir un jour à « pleurer » son village, elle lance à tous les riverains : « Parler de tourisme aujourd’hui sans parler de sécurité, d’environnement et de durabilité est une illusion. S’il y a effondrement, il n’y aura plus de tourisme », avertit-elle. Et d’ajouter : « Partout dans le monde, les villages protégés, pensés pour les piétons, respectueux de leur environnement, sont ceux qui attirent. Le touriste d’aujourd’hui est conscient, exigeant, attentif. Un village écoresponsable n’est pas un luxe : c’est une nécessité. »

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Tunisie | Dernières nouvelles de prison du juge Ahmed Souab

25. Januar 2026 um 12:39

En plus de ses problèmes de santé en lien avec sa pathologie cardiaque, Me Ahmed Souab fait face, à l’intérieur de sa cellule de la prison de Mornaguia, aux problèmes que rencontrent les siens et notamment son épouse pour gérer ses besoins élémentaires de prisonnier et ceux de sa famille, hors des murs de la prison.

Sans entrer dans les détails des graves accusations portées contre l’ancien juge administratif et qui ont pour origine des déclarations médiatiques qu’il avait faites, en sa qualité d’avocat, sur l’affaire dite du complot contre l’Etat où sont poursuivis certains de ses clients, il est tout de même étonnant que les autorités n’aient pas daigné autoriser son épouse à disposer d’une partie de sa pension de retraite pour subvenir à ses propres besoins, ainsi qu’à ceux de son époux en prison et de sa fille, étudiante en Turquie.

C’est ce que vient de nous apprendre Mongi Souab, le frère cadet d’Ahmed, qui ajoute que Mme Souab sollicite cette autorisation depuis des mois et essuie encore un refus. Inexplicablement, car il s’agit d’un droit reconnu par la loi.

Mme Souab sollicite aussi une procuration pour pouvoir vendre la voiture de son époux, comme il le lui a lui-même demandé, afin de réunir un peu d’argent pour subvenir aux besoins de la famille. Et elle n’arrive pas, non plus, à avoir cette procuration, qui est également un droit.

Rappelons qu’Ahmed Souab, qui aura bientôt 70 ans, prend quotidiennement une dizaine de médicaments et qu’il a eu récemment des ennuis de santé, notamment un saignement inexplicable du nez. Il garde malgré tout le moral et aimerait voir fixée bientôt la date de son procès en appel, dans l’espoir de se voir blanchi de l’accusation de « terrorisme » (sic !) portée contre lui et que tous ceux qui le connaissent ont du mal à expliquer et encore moins à admettre.   

I. B.

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La construction navale emploie 20 000 personnes en Tunisie

25. Januar 2026 um 11:56

Le port de pêche de Jarzouna (Bizerte) a vu, samedi 24 janvier 2026, l’inauguration de trois bateaux de pêche modernes, fabriquées localement à partir d’acier de haute qualité et qui prouvent le niveau de développement de l’industrie de la construction navale en Tunisie et sa compétitivité sur les marchés internationaux.

Ces nouveaux bateaux ont entre 21 et 30 mètres de longueur et 7,5 mètres de largeur, tandis que leur capacité de chargement totale atteint entre 80 et 90 tonnes, ce qui leur permet de renforcer la flotte nationale de pêche et de s’orienter vers l’exportation.

Le directeur général des industries manufacturières au ministère de l’Industrie, de l’Énergie et des Mines, Fathi Sahlaoui, a souligné l’expertise tunisienne en matière de fabrication et d’exportation de navires de cette taille, ainsi que la volonté du gouvernement de développer la compétitivité dans ce secteur.

Sahlaoui a déclaré à Diwan FM que le secteur de la construction navale en Tunisie est devenu un pilier économique important, comprenant 50 établissements industriels spécialisés, en plus de 500 ateliers traditionnels, et fournissant plus de 20 000 emplois, dont 12 700 directs dans la conception, la fabrication, la réparation, l’entretien et la logistique.

Le responsable du ministère de l’Industrie a révélé que la production nationale annuelle s’élève actuellement à environ 2 000 navires, pour des exportations évaluées à 500 millions d’euros, soulignant l’ambition de l’État de créer 5 000 emplois supplémentaires et de doubler les exportations dans la période à venir en soutenant les petites et moyennes entreprises du secteur.

I. B.

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Tunisie | Les agriculteurs touchées par les inondations exigent une indemnisation urgente

25. Januar 2026 um 10:49

Le Conseil central de l’Union tunisienne de l’agriculture et de la pêche (Utap) a appelé les autorités compétentes à intervenir d’urgence et efficacement pour remédier aux dégâts causés par les fortes pluies récentes, exigeant une indemnisation juste et rapide pour les agriculteurs et les pêcheurs ayant subi des pertes importantes ayant directement affecté leurs moyens de subsistance.

Lors de sa huitième réunion ordinaire, tenue samedi 24 janvier 2025 dans la ville de Kairouan et présidée par Moez Ben Zaghdane (au centre de la photo), le conseil a souligné la nécessité de prendre des mesures préventives et proactives pour protéger les vies et les biens, et pour renforcer la résilience des producteurs face aux fortes fluctuations climatiques.

En signe de solidarité, les membres du conseil ont présenté leurs condoléances aux familles des pêcheurs qui se sont noyés lors des récents événements, affirmant le soutien de l’organisation aux familles des victimes et à toutes les personnes touchées.

Au niveau sectoriel, le syndicat a mis en garde contre les graves répercussions négatives de la pénurie importante de nitrate d’ammonium sur les principales cultures, exprimant sa profonde inquiétude quant à la perturbation de l’approvisionnement en cette substance vitale, qui menace la qualité des récoltes et la productivité globale du secteur des grandes cultures.

Le conseil a, également, attiré l’attention sur la situation «critique» du secteur oléicole où la saison est marquée par une baisse continue des prix, qui ne couvrent pas les coûts de production, ainsi que par une grave pénurie de main-d’œuvre ; autant de facteurs qui menacent la continuité de cette activité stratégique et la capacité des agriculteurs à persévérer.

I. B.

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Vers une hausse des exportations de l’huile d’olive tunisienne vers la Jordanie

25. Januar 2026 um 10:24

Le président-directeur général du Centre de promotion des exportations (Cepex), Mourad Ben Hassine, a révélé que la Jordanie s’oriente vers l’octroi de licences d’importation pour des quantités supplémentaires d’huile d’olive tunisienne, afin de répondre aux besoins du marché jordanien.

Lors d’un séminaire virtuel organisé par la mission commerciale à Amman, Ben Hassine a confirmé que cette mesure s’inscrit dans le cadre des dispositions exceptionnelles prises par le Royaume hachémite pour compenser la pénurie de récoltes locales due aux conditions climatiques difficiles.

Hichem Neji, directeur du bureau de représentation du Cepex à Amman, a annoncé que des contrats ont été signés pour la fourniture d’environ 3 000 tonnes d’huile d’olive tunisienne à la Jordanie dans une première phase, suite aux visites de terrain effectuées par plus de 40 fournisseurs jordaniens sur les sites de production tunisiens depuis novembre 2025.

Naji a prédit une forte hausse des exportations entre fin janvier et début février 2026, en raison de la demande croissante des Jordaniens pour les produits tunisiens.

Dans ce contexte, l’ambassadrice de Tunisie à Amman, Moufida Zribi, a souligné que cette coopération va stimuler les exportations nationales et renforcer les relations économiques bilatérales, notant que les échanges de visites entre hommes d’affaires ces dernières années ont ouvert la voie à renforcer la présence de l’huile d’olive tunisienne dans les habitudes alimentaires du consommateur jordanien, soutenue par d’importantes campagnes promotionnelles via les médias et les plateformes de médias sociaux.

Par ailleurs, les participants au séminaire, qui réunissait une cinquantaine d’entreprises exportatrices tunisiennes, ont abordé les aspects techniques et juridiques des mécanismes d’exportation. Les procédures réglementaires adoptées par les autorités jordaniennes et les spécificités de la plateforme numérique dédiée aux entreprises autorisées à importer, ont été explicitées.

Cette initiative, qui s’inscrit dans le cadre du programme de promotion spécial du secteur oléicole pour 2026, vise à renforcer les échanges commerciaux entre les deux pays.

Mourad Ben Hassine a conclu la réunion en appelant à un renforcement des efforts de promotion et au développement de partenariats avec les acteurs économiques jordaniens.

Il a souligné que la qualité tunisienne s’impose désormais comme un choix de premier ordre sur des marchés prometteurs, ce qui nécessite une participation accrue aux salons internationaux spécialisés afin d’attirer davantage d’investissements et de commandes commerciales, indique un communiqué de presse du Cepex.

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Tunisie | L’État se lave les mains dans l’eau des inondations

25. Januar 2026 um 08:47

Une dizaine de morts et de disparus. Des centaines de maisons détruites. Des milliers de familles sinistrées. Des dégâts estimés à plusieurs centaines de millions de dinars. Et la réponse de l’État tunisien aux victimes des inondations de janvier 2026 ? Douze millions de dinars de prêts – pas d’aides, de PRÊTS – pour les agriculteurs. « Allah ghaleb », comme on dit. Dieu est plus fort. Traduction : démerdez-vous…

Moktar Lamari *

« Allah Ghaleb », une expression nationale, devenue philosophie de gouvernance, résume parfaitement vingt-cinq ans d’irresponsabilité étatique face aux catastrophes naturelles. Pendant que les citoyens perdent tout, les politiciens débarquent en convoi dans des voitures blindées et limousines, pour des embrassades télévisées, promettent monts et merveilles, accusent leurs prédécesseurs, puis disparaissent jusqu’à la prochaine catastrophe. Et entre-temps ?

« Allah ghaleb », sous les crépitements des caméras et flashs intrusifs dans des maisons inondées et qui manquent de tout… Il faut le faire, des images qui offensent le respect et le droit à l’anonymat et à la discrétion de la vie privée.

Les miettes insultantes

La Banque tunisienne de solidarité (BTS) a donc « développé un programme spécial » : 12 millions de dinars de prêts pour six gouvernorats dévastés. Faisons le calcul. Nabeul, Monastir, Bizerte, Ariana, Manouba, Ben Arous – des centaines de milliers d’habitants touchés.

Douze millions divisés par, disons, 10 000 victimes potentielles ? Mille deux cents dinars par personne. Maximum 10 000 dinars si vous êtes agriculteur. À rembourser sur trois ans. Avec intérêts, sans période de grâce, ni subvention, évidemment.

Sami, maraîcher de 48 ans à Grombalia, a perdu toute sa production sous deux mètres d’eau : « Mes serres sont détruites. Cinquante mille dinars de dégât minimum. L’État m’offre un prêt de 10 000 dinars que je dois rembourser. C’est une blague ? Je viens de tout perdre et ils veulent m’endetter davantage ? Allah ghaleb, vraiment. »

Leïla, commerçante à Ariana, pleure devant sa boutique ravagée : « Toute ma marchandise est fichue. Cent mille dinars partis. Mon assurance ? Elle ne couvre rien. Les “catastrophes naturelles” sont exclues du contrat. L’État ? Il m’envoie remplir des formulaires pour peut-être obtenir 2 000 dinars d’aide dans six mois. Pendant ce temps, je mange quoi ? »

Le théâtre politique

Mais les victimes peuvent au moins compter sur la visite compassionnelle de leurs élus. Kaïs Saïed a fait une apparition éclair dans une zone sinistrée, entouré de caméras. Son message aux victimes ? « Les gouvernements précédents n’ont rien fait pour moderniser les infrastructures de drainage. C’est le résultat de décennies d’incompétence. » Magnifique. Lui qui est au pouvoir depuis 2019, dont le coup de force date de 2021, trouve encore le moyen d’accuser ses prédécesseurs plutôt que d’annoncer une aide concrète.

Un député local, dont le nom importe peu tant ils sont interchangeables, déclare devant les journalistes : « Je suis venu constater personnellement l’ampleur de la catastrophe. C’est inadmissible que nos concitoyens souffrent ainsi. J’interpellerai le gouvernement ! » Interpeller. Le verbe préféré des politiciens tunisiens. Cela ne coûte rien, ne change rien, mais fait bien dans les médias.

Abir Moussi, toujours prompte à surfer sur les tragédies, tweete ou fait twitter : « Sous Ben Ali, les infrastructures étaient entretenues. Les gens ne mouraient pas noyés dans leurs rues. #TunisieAvant #Nostalgie. » Oubliant opportunément que sous Ben Ali aussi, les égouts étaient bouchés et les crues dévastatrices. Mais pourquoi laisser les faits gâcher un bon tweet nostalgique ?

Un ministre, en visite protocolaire avec bottines cirées et parapluie présidentiel, déclare solennellement : « L’État est aux côtés de ses citoyens dans cette épreuve. » Traduction concrète : une équipe filmera votre détresse, un communiqué sera publié… puis plus personne ne répondra à vos appels pendant des mois.

Les médias surfent sur les émotions, les larmes, les pleurs… et la détresse des victimes ayant tout perdu. On demande de l’aide, mais on ne fait plus confiance et personne ne veut débourser pour aider et surtout en passant par ces médias devenus incrédibles et indignes de confiance. L’UGTT garde le silence, et aucune compassion. Idem pour le syndicat des patrons, l’Utica.

L’arnaque des assurances

Le vrai scandale reste invisible aux caméras : le système d’assurance tunisien, cette arnaque institutionnalisée. Les citoyens paient religieusement leurs primes. Puis quand survient le sinistre, ils découvrent les clauses en petits caractères. « Catastrophes naturelles : non couvert. » « Actes de Dieu : exclus. » « Inondations exceptionnelles : hors garantie. »

Ahmed, cadre bancaire, a une assurance multirisque habitation qui lui coûte 800 dinars par an : « Ma maison a pris l’eau. Cent vingt mille dinars de dégâts. L’assurance refuse de payer. Selon eux, des précipitations de 206 mm constituent une “catastrophe naturelle exceptionnelle” non couverte. J’ai payé cette assurance pendant quinze ans. Douze mille dinars de primes. Pour rien. C’est du vol légalisé. »

Les compagnies d’assurance tunisiennes ont perfectionné l’art de collecter les primes sans jamais indemniser. Inondation ? Catastrophe naturelle. Sécheresse ? Force majeure. Grêle ? Événement exceptionnel.

Incendie ? Ah non, celui-là ils le couvrent, à condition que vous prouviez que ce n’est pas vous qui l’avez allumé, que vous aviez trois extincteurs conformes, et que la lune était pleine un mardi.

Le résultat ? Un taux de couverture catastrophique. Selon les estimations, moins de 30% des biens sinistrés lors de catastrophes naturelles sont réellement indemnisés en Tunisie. Les 70% restants ? « Allah ghaleb. »

Le vrai coût de l’abandon

Pendant que l’État distribue des prêts ridicules et que les politiciens font leur tournée médiatique, les victimes se débrouillent. Elles empruntent à des usuriers à 20% d’intérêt. Elles vendent leurs bijoux. Elles sacrifient l’éducation de leurs enfants pour reconstruire. Elles s’endettent pour des décennies.

Fatma, enseignante à Bizerte, calcule : « Entre les réparations de ma maison, le remplacement de mes meubles, et la voiture détruite, j’en ai pour deux cent mille dinars. Mes économies ? Trente mille. L’assurance ? Rien. L’État ? Peut-être cinq mille si j’ai de la chance et que je connais quelqu’un. Je vais m’endetter jusqu’à ma retraite. »

Youssef, agriculteur à Manouba, est amer : « Ils m’offrent 10 000 dinars de prêt. Mes pertes dépassent cent mille. Et je dois rembourser en trois ans pendant que je reconstruis mon exploitation. C’est mathématiquement impossible. Dans six mois, je serai en défaut de paiement et la banque saisira mes terres. Merci l’État. »

Le programme de la BTS prévoit « l’acceptation des demandes et la détermination des procédures d’inspection, à partir du lundi 26 janvier 2026, jusqu’à la fin du mois de mars 2026. » Traduction : remplissez des formulaires pendant deux mois, attendez l’inspection, puis attendez encore six mois l’approbation, pour peut-être obtenir un prêt dérisoire qui vous enfoncera davantage.

« Allah Ghaleb », comme doctrine d’État

Rappelons les faits brutaux. Plus de mille morts et deux milliards de dinars de dégâts lors de catastrophes naturelles depuis 2000. Des infrastructures de drainage en ruine malgré des centaines de millions théoriquement alloués. Un système d’assurance qui ne protège personne. Et maintenant, face à une nouvelle tragédie, la réponse de l’État : douze millions de prêts à rembourser.

Comparez avec n’importe quel pays développé. En France, le système CatNat (Catastrophes Naturelles) garantit l’indemnisation systématique et rapide. En Allemagne, des fonds d’urgence sont débloqués dans les 48 heures. Aux États-Unis, la Fema intervient immédiatement avec des aides massives.

En Tunisie ? « Allah ghaleb. » Dieu est plus fort que nous. Nous ne pouvons rien faire. Sauf, bien sûr, organiser des visites médiatiques, tweeter notre compassion, accuser nos prédécesseurs, et offrir des prêts misérables aux victimes.

Cette expression n’est pas de la résignation fataliste. C’est devenu la doctrine officielle d’un État qui a abandonné ses citoyens. Quand l’eau monte, quand les morts s’accumulent, quand les familles perdent tout, l’État tunisien hausse les épaules : « Allah ghaleb. »

Traduction honnête ? « On s’en fout. Démerdez-vous. Et pendant que vous reconstruisez avec vos propres moyens, on viendra poser pour les photos et vous promettre notre soutien indéfectible. »

Les victimes de janvier 2026 l’ont compris. Comme celles de 2018, de 2012, de 2003. En Tunisie, face aux catastrophes, vous êtes seuls. L’État vous abandonne. Les assurances aussi. Les politiciens vous instrumentalisent.

« Allah ghaleb », pour nous. Et eux, ils marquent des points.

* Economiste universitaire.

Blog de l’auteur : E4T.

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