L’Institut arabe des chefs d’entreprise (IACE) a publié, jeudi 10 septembre 2026, une note stratégique intitulée «Le capital scientifique, un levier de croissance » et en sous-titre : «Pourquoi la réforme des mathématiques doit devenir une priorité économique nationale». Première d’une série de trois publications de l’IACE consacrées aux mathématiques, cette note analyse le rôle du capital scientifique dans la capacité de la Tunisie à innover, à créer de la valeur et à renforcer sa compétitivité. Elle met en lumière les conditions nécessaires pour faire du capital scientifique un levier de croissance et de souveraineté économique.
Le recul des performances en mathématiques ne concerne pas uniquement la Tunisie. Les résultats de Pisa 2025 montrent une baisse de 22 points des scores en mathématiques dans les pays de l’OCDE entre 2015 et 2025, soit plus d’une année d’apprentissage, constate d’emblée l’étude.
Les mathématiques sont généralement abordées comme une question relevant du système éducatif. Selon la note, qui propose un changement de perspective, les mathématiques constituent également un enjeu de politique économique.
Dans une économie fondée sur la connaissance, les compétences scientifiques conditionnent la capacité d’un pays à former les talents, à soutenir l’innovation, à améliorer sa productivité et à renforcer sa compétitivité. Leur développement relève ainsi d’un investissement stratégique dans le capital humain.
Un affaiblissement global des compétences scientifiques
L’analyse de l’IACE montre que la Tunisie est confrontée à une érosion progressive de son capital scientifique. Cette évolution ne résulte pas uniquement des performances scolaires, mais d’un affaiblissement plus global de la capacité du système à produire, renouveler et valoriser les compétences scientifiques nécessaires aux transformations économiques futures.
Or, ces compétences ne font pas encore l’objet d’un pilotage stratégique comparable aux autres déterminants de la croissance. L’absence d’indicateurs réguliers et d’un cadre de suivi dans la durée limite la capacité des décideurs à anticiper les fragilités et à orienter les politiques publiques.
Cette situation engendre un coût économique largement sous-estimé. Les insuffisances dans les apprentissages scientifiques affectent progressivement le potentiel d’innovation, de productivité et de création de valeur de l’économie nationale, tout en réduisant la capacité de la Tunisie à répondre aux besoins croissants en compétences technologiques et industrielles.
Le développement du capital scientifique exige ainsi une approche de long terme, dépassant les cycles politiques et budgétaires. Il suppose une vision stratégique, des indicateurs de suivi et une gouvernance capable d’assurer la continuité des choix publics. Au regard de ces constats, trois orientations apparaissent prioritaires :
• Mettre en place un système national de suivi des compétences scientifiques ;
• Définir une trajectoire nationale de développement du capital scientifique ;
• Renforcer la gouvernance interministérielle de cette politique.
Renforcer la qualité des compétences mobilisées par l’économie
Au-delà de la seule question des mathématiques, la note de l’IACE invite à reconnaître le capital scientifique comme une infrastructure immatérielle essentielle de la compétitivité nationale.
Ses messages clés sont les suivants :
• Les compétences mathématiques constituent un levier stratégique de compétitivité nationale : dans une économie fondée sur la connaissance, elles conditionnent la capacité à former les talents, soutenir l’innovation et renforcer durablement la productivité ;
• La Tunisie connaît une érosion progressive de son capital scientifique : Cette évolution fragilise la capacité du pays à produire les compétences nécessaires aux transformations économiques futures ;
• Le capital scientifique doit devenir un objet de pilotage stratégique : son développement exige des indicateurs réguliers, une vision de long terme et une gouvernance capable d’assurer la continuité des politiques publiques ;
• Transformer le capital éducatif en capacité productive constitue l’enjeu central : l’objectif n’est plus seulement d’accroître le nombre de diplômés, mais de renforcer la qualité des compétences mobilisées par l’économie.
Les analyses présentées dans cette note montrent que la capacité d’un pays à développer son capital scientifique constitue désormais un facteur déterminant de sa compétitivité économique.
Le défi tunisien ne réside pas uniquement dans le niveau des ressources consacrées à l’éducation. Il concerne surtout la capacité à transformer cet investissement en compétences capables de soutenir l’innovation, la productivité et la création de valeur.
Dans une économie fondée sur la connaissance, la qualité des apprentissages et la maîtrise des compétences scientifiques fondamentales deviennent des conditions essentielles du développement.
Le capital scientifique doit ainsi être considéré comme une infrastructure immatérielle stratégique. Comme toute infrastructure essentielle, il nécessite une vision de long terme, des mécanismes de suivi et une gouvernance capable d’assurer la continuité des choix publics.
Pour la Tunisie, l’enjeu n’est donc plus seulement de renforcer l’enseignement des mathématiques. Il est de reconnaître que les compétences scientifiques fondamentales constituent un investissement dans la capacité productive future du pays. Cette reconnaissance constitue une première étape. Elle doit désormais être accompagnée d’une réflexion sur les conditions permettant de préserver et de renouveler durablement ce capital scientifique, en particulier à travers la capacité du système national à former les compétences nécessaires aux générations futures.
L’Union générale tunisienne du travail (UGTT) durcit le ton face aux autorités et envisage l’hypothèse d’une grève générale, accusant le pouvoir d’avoir aggravé la crise économique et sociale du pays et d’avoir fermé toute porte au dialogue.(Photo : Meeting devant le siège de l’UGTT en août 2025).
Cette position a été arrêtée lors de la réunion de l’instance administrative nationale de la principale centrale syndicale tunisienne, qui a examiné la situation politique et sociale ainsi que les prochaines formes de mobilisation.
Le secrétaire général de l’UGTT, Slaheddine Selmi, a qualifié la situation du pays de «grave et critique», affirmant que «toutes les portes sont désormais fermées» et que la Tunisie est passée de l’absence de dialogue social à une «absence totale de dialogue» entre les autorités et les différentes composantes de la société.
Selon M. Selmi, toutes les formes de mobilisation restent envisageables, y compris la grève générale.
Le dirigeant syndical a appelé les structures régionales et sectorielles de l’UGTT à se préparer aux prochaines initiatives par le biais de réunions et d’activités de mobilisation sur le terrain. La centrale n’a toutefois pas annoncé, pour l’heure, de date pour une éventuelle grève. Elle a par ailleurs annoncé la préparation d’une marche nationale de protestation en collaboration avec certaines organisations de la société civile. La date sera fixée en coordination avec les partenaires de la centrale.
Cette initiative s’inscrit dans le nouveau cadre de coordination mis en place par l’UGTT avec la Ligue tunisienne des droits de l’homme (LTDH) et l’Ordre national des avocats ; ces organisations, distinguées par le Prix Nobel de la Paix en 2015 pour leur contribution au dialogue national ayant alors contribué à la sortie du pays de la crise, ont récemment dénoncé conjointement la détérioration de la situation politique, économique et sociale et appelé à la reprise d’un dialogue national.
Il y a quatre ans, la Tanzanie était confrontée à une grave pénurie d’électricité, contraignant la compagnie nationale d’électricité à rationner l’approvisionnement. Certaines régions subissaient des coupures de courant quotidiennes allant jusqu’à neuf heures. Nous vivons aujourd’hui une situation comparable en Tunisie. Notre déficit énergétique dépasse 60% et nous sommes contraints d’importer, au prix fort et en devises étrangères, l’essentiel du gaz nécessaire à la production de nos besoins en électricité. Qui plus est, nous faisons face, depuis le début de l’été, à des coupures intempestives d’électricité qui ont provoqué la colère des citoyens et beaucoup nui à l’économie du pays. Pour nous, la Tanzanie, où la situation a radicalement changé en seulement quelques années, offre un exemple à méditer et, surtout, à suivre.
Imed Bahri
En effet, la semaine dernière lorsque la présidente Samia Suluhu Hassan a inauguré officiellement une centrale hydroélectrique de grande envergure sur le fleuve Rufiji, le plus important du pays, faisant de la Tanzanie une nation excédentaire en matière de production d’électricité.
La spécificité de ce mégaprojet qui a coûté 2,9 milliards de dollars est le non recours à l’endettement extérieur pour le financer, la Tanzanie l’a intégralement autofinancé, un exploit qualifié par Bloomberg de «moment charnière pour l’Afrique». Seul hic, les conséquences environnementales.
L’analyse de l’économiste et éditorialiste de Bloomberg Mihir Sharma,, intitulée «Le barrage tanzanien marque un moment charnière pour l’autofinancement de l’Afrique», indique que le projet hydroélectrique Julius Nyerere, du nom du premier président tanzanien, a doublé la capacité de production d’électricité du pays. La production dépasse désormais la demande, ce qui signifie que les turbines du barrage ne fonctionneront qu’à 40% ou 50% de leur capacité si la Tanzanie n’investit pas davantage dans le développement de son réseau électrique et de ses interconnexions avec les pays voisins.
Prouesse financière, problème écologique
Un tel niveau d’abondance énergétique est un rêve même pour les pays développés, et a fortiori pour un pays comme la Tunisie.
Fait remarquable, la Tanzanie a réalisé cet exploit presque entièrement grâce à un autofinancement. Le budget de l’État a couvert ce projet de 2 115 mégawatts, ce qui en fait le plus important de ce type en Afrique après le barrage de la Renaissance éthiopienne, un ouvrage colossal et controversé.
Mihir Sharma écrit : «Pendant plus d’une décennie, nous avons craint que la baisse des financements occidentaux pour les projets d’infrastructure dans les économies émergentes ne contraigne les gouvernements asiatiques et africains à supporter des niveaux alarmants de dette envers la Chine. Or, il s’avère qu’une autre option existe: l’autofinancement, à condition de choisir avec soin les conditions et les entreprises».
L’auteur précise que l’idée de ce projet remonte à 1907, lorsque l’ingénieur colonial allemand Franz Stiegler (qui sera tué plus tard par un éléphant) proposa la construction d’un barrage sur le fleuve Rufiji mais il faudra attendre plus d’un siècle ! Le projet ne put véritablement démarrer qu’après que John Magufuli (président de 2015 à 2021), prédécesseur de l’actuelle présidente Samia Suluhu Hassan, l’eut adopté comme le projet phare de sa présidence.
Mihir Sharma indique que ce projet aura toutefois des conséquences négatives sur l’environnement mais les deux dirigeants précédemment cités l’ont imposé et personne ne pouvait bloquer le projet étant donné le caractère autoritaire du régime. Il rappelle que les deux dirigeants ont fait l’objet d’accusations crédibles de violence politique et de persécution de leurs opposants.
L’auteur s’alarme que dans les régimes autoritaires, l’impact environnemental de tels projets est difficile à évaluer, ce qui est regrettable car ces préoccupations ne doivent pas être ignorées. Les eaux du projet inonderont entre 1,5% et 3% de la réserve de gibier de Selous, site inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1982.
Les écologistes craignent que le projet ne perturbe les migrations et les habitats de la faune locale, notamment des éléphants et du rhinocéros noir, une espèce en danger critique d’extinction. L’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) affirme que l’évaluation environnementale du gouvernement tanzanien «est loin de respecter les normes internationales».
Compte tenu des nombreux écueils liés à la construction de grands barrages, la réussite de la Tanzanie dans la réalisation de ce projet demeure toutefois remarquable. Malgré les critiques de l’organisme de surveillance gouvernemental concernant la mauvaise préparation des documents contractuels, qui a engendré des retards pour le gouvernement, le projet semble avoir été mené à bien dans les limites du budget et sans difficultés majeures. Selon les autorités, son coût s’est élevé à 2,9 milliards de dollars. Il a été financé, avec un nombre limité d’autres grands projets, presque entièrement par les recettes publiques, notamment grâce à une augmentation d’environ un tiers des taxes sur les carburants.
Cela n’a pas aggravé la dette nationale ni détourné l’attention du gouvernement de ses autres priorités pendant la construction du barrage. Les dépenses d’éducation et de santé ont augmenté au même rythme que la croissance du PIB au cours des deux dernières années et le gouvernement a mis en place un système d’assurance maladie universelle et dispensé six années d’enseignement secondaire gratuit.
La Tanzanie détermine les options de mise en œuvre
La Tanzanie a pris plusieurs décisions qui ont contribué au succès du projet. Premièrement, elle a écarté la possibilité d’obtenir un financement occidental, difficile à obtenir de toute façon, les banques de développement et les agences d’aide étant devenues réticentes à financer des projets hydroélectriques dans les pays en développement suite aux campagnes menées par des militants dans les années 1990.
Deuxièmement, la Tanzanie n’a pas remplacé l’Occident par Pékin. Magufuli avait auparavant rejeté une offre chinoise de 10 milliards de dollars pour la modernisation du port de Bagamoyo, la qualifiant d’«abusive et confuse», tandis que des responsables se plaignaient d’avoir été traités «comme des écoliers» par les négociateurs chinois.
Troisièmement, la Tanzanie n’a pas accepté précipitamment la première offre reçue, émanant de l’entreprise de construction brésilienne Odebrecht SA, connue pour ses antécédents de corruption en Amérique latine et dans les Caraïbes et qui cherchait à s’implanter en Afrique. Entreprise qui d’ailleurs s’est placée sous la protection de la loi sur les faillites en 2019. Odebrecht a également proposé de réaliser le projet à un coût bien supérieur à ce qu’aura finalement coûté le projet.
Les Tanzaniens ont quant à eux opté pour un consortium égyptien. Le président égyptien Abdel Fattah Al-Sissi, présent aux côtés du président Hassan lors de la cérémonie d’inauguration, souhaitait démontrer que les vives objections de son pays au barrage de la Renaissance éthiopienne sur le Nil ne s’étendaient pas à d’autres projets. Le lac Victoria, dont la moitié est contrôlée par la Tanzanie, étant la source du Nil Blanc, il est dans l’intérêt de l’Égypte de maintenir des relations amicales avec la Tanzanie et que cette dernière conserve un potentiel hydroélectrique maximal.
Ainsi, ce projet colossal a été réalisé en deçà du budget, pour un coût de 1,37 million de dollars par mégawatt, soit un prix parmi les plus bas pour des projets similaires. Il a également été financé par les impôts africains et est resté sous le contrôle d’un consortium africain ce qui est une réussite remarquable.
La Chine participe et l’Occident est perdant
Bien entendu, une part importante des fonds est allée à la Chine. L’entreprise publique Dongfang Electric a fourni les turbines servant à la production d’électricité. Le groupe Sinohydro aurait reçu 969 millions de dollars pour la conception et la construction du barrage principal.
Toutefois, cela ne change pas grand-chose. Le coût est resté raisonnable, les conditions transparentes et le projet a largement fait appel à la main-d’œuvre locale tandis que le contrôle est resté entre les mains des autorités tanzaniennes et des maîtres d’œuvre égyptiens.
Le véritable perdant dans cette histoire, outre la faune sauvage de la réserve naturelle et les communautés de pêcheurs en aval, est le financement occidental. Les investisseurs, y compris ceux qui acheminent les fonds par le biais d’organismes multilatéraux et de la Banque mondiale, se sont montrés réticents à financer des projets de grande envergure dans les économies émergentes, en particulier les projets hydroélectriques.
Mihir Sharma conclut: «À mesure que les pays découvrent leur capacité à mener à bien ces projets de manière indépendante, ils n’ont plus besoin de l’Occident et de ses activistes ni de la Chine et de ses diplomates».
Tout en laissant Israël poursuivre son génocide à Gaza et sa politique de terreur à l’encontre des Palestiniens de Cisjordanie, dont l’Etat hébreu continue de détruire les habitations, de brûler les champs et occuper les terres, les Etats-Unis s’inquiètent de la poursuite des massacres au Soudan et voudraient mettre fin à la guerre civile sévissant dans le pays de l’est africain.
Imed Bahri
Depuis avril 2023, la guerre au Soudan fait rage et toutes les atrocités sont commises. C’est indiscutablement le conflit le plus meurtrier de l’époque actuelle, à côté de la guerre israélienne contre Gaza.
Le Soudan, pour sa part, traverse la pire crise humanitaire au monde. La communauté internationale a jusque-là manqué de vigueur et de volonté pour mettre fin à cette tragédie mais il semble qu’enfin les États-Unis ont pris le taureau par les cornes en établissant un diagnostic lucide, objectif et impartial et en proposant les solutions adéquates. Reste le plus dur, l’adoption par le conseil de sécurité de l’Onu et l’application des mesures américaines.
Le représentant permanent des États-Unis auprès des Nations Unies Michael Waltz et l’envoyé spécial du président Donald Trump pour les affaires arabes et africaines Massad Boulos ont publié une tribune conjointe dans le magazine américain Foreign Policy dans laquelle ils affirment que la paix au Soudan ne sera possible qu’avec un embargo sur les armes. Ils plaident pour un embargo strict englobant tout le territoire du Soudan, ciblant tous les protagonistes et qui concerne toutes les armes et les nouveaux moyens utilisés dans la guerre comme les drones.
Ils rappellent que le Soudan sombre dans le chaos depuis des années et que le Conseil de sécurité de l’Onu a désormais l’opportunité de rendre justice au peuple soudanais et de se rappeler sa mission à savoir mettre fin aux guerres, maintenir la paix et protéger les vies humaines. Cela ne sera possible que si ses membres font preuve d’une réelle volonté d’agir.
Au moins 150 000 morts
Les auteurs soulignent que le Soudan traverse la pire crise humanitaire au monde, avec plus de 33 millions de personnes ayant besoin d’une aide d’urgence. Quelque 19,5 millions de personnes, principalement des femmes et des enfants, souffrent de famine aiguë, près de 9 millions ont été déplacées et 4,5 millions ont fui le pays. Le bilan des victimes s’élève à au moins 150 000 morts. Pourtant, cette catastrophe historique n’a suscité que des murmures de la part des institutions occidentales faibles.
Ils ont déclaré que les Forces de soutien rapide (FSR) dirigées par Hemedti Dagalo et les milices alliées avaient commis un génocide, tuant des hommes et des garçons en raison de leur appartenance ethnique et violant des femmes et des filles.
L’Onu estime que plus de 12 millions de femmes et de filles soudanaises –près de la moitié de la population féminine du pays– sont exposées à des violences sexuelles. Les Forces armées soudanaises (FAS) ont également commis des atrocités similaires, estiment les auteurs, ajoutant que plus de 150 travailleurs humanitaires avaient été tués dans le conflit.
Ils accusent les deux camps de piller et de détourner l’aide humanitaire. L’année dernière, 2 670 personnes ont été tuées par des frappes de drones, soit une augmentation de 600% en un an seulement. Au cours des cinq premiers mois de cette année, les drones ont tué plus de 1 000 personnes dont 80% étaient des civils.
Les marchés, les hôpitaux, les écoles et les axes d’acheminement de l’aide sont devenus des cibles pour les deux camps et pour les utilisateurs de drones télécommandés. Il n’a jamais été aussi facile de maintenir un rempart contre les violences de masse au Soudan cependant la résolution des Nations Unies d’il y a plus de vingt ans est caduque. La résolution 1591 du Conseil de sécurité, qui a imposé un embargo sur les armes au Darfour en 2005, est antérieure à l’apparition de l’iPhone, sans parler des drones qui survolent le Soudan aujourd’hui.
Cependant, selon les deux envoyés américains, la communauté internationale n’a pas su suivre le rythme des progrès militaires et technologiques rapides à bien des égards.
Tout d’abord, il y a le champ de bataille, qui s’est étendu à la région du Kordofan et à l’État du Nil Bleu, tandis que l’embargo sur les armes imposé par le Conseil de sécurité s’arrête au Darfour, à des centaines de kilomètres de ces nouvelles zones de conflit.
Ensuite, il y a l’intervention internationale, qui a indéniablement prolongé les combats et aggravé le nombre de victimes civiles. Plus d’une douzaine de pays, pour diverses raisons, apportent un soutien militaire aux belligérants. Des mercenaires ont été recrutés jusqu’en Colombie. Des réseaux étrangers de tous bords fournissent aux pays des drones, des armes, des pièces détachées et des fonds ainsi que leur propre expertise.
Les munitions ne deviendront pas inutilisables et les drones ne s’écraseront pas s’ils franchissent des zones d’exclusion aérienne imaginaires, comme celle qui marque le début du Kordofan et celle qui s’étend jusqu’à la fin du Darfour. Les trafiquants ne restent pas inactifs lorsqu’ils peuvent acheminer des armes depuis d’autres régions du Soudan, ils savent s’adapter comme l’ont démontré les FSR et les FAS.
Ne pas agir contre les bourreaux, c’est se rendre complice de leur crime
Pourtant, les Nations Unies n’ont pas su s’adapter. Depuis plus de vingt ans, le Conseil de sécurité maintient l’embargo sur les armes dans la même zone géographique, alors que le champ de bataille, les armes et les fournisseurs ont considérablement évolué. C’est pourquoi le G7, États-Unis compris, a exhorté le Conseil de sécurité à étendre l’embargo à l’ensemble du Soudan. C’est la seule solution, affirment les auteurs de la tribune, en indiquant que les États-Unis ont soumis une résolution au Conseil de sécurité visant à étendre l’embargo sur les armes à tout le pays, et soulignant que les sanctions et l’application de ces règles par les États membres s’appliquent à tous les réseaux qui perpétuent ce conflit, des deux côtés, sans exception.
Les co-auteurs ont insisté sur le fait que cet embargo devrait également viser les trafiquants d’armes, les intermédiaires, les recruteurs de mercenaires, les commanditaires étatiques, les financiers connus, les fournisseurs de drones et les responsables du génocide qui bénéficient depuis longtemps de l’impunité.
C’est pourquoi certains membres du Conseil de sécurité ont déjà commencé à feindre l’opposition à la résolution ou à s’abstenir lors du vote. Certains pourraient tenter de présenter cet embargo comme une prise de position partiale en faveur de l’un des camps dans la guerre civile soudanaise tandis que d’autres pourraient nier leur implication directe au Soudan, suggérant plutôt que des commerçants et intermédiaires privés sont responsables de l’afflux d’armes dans le pays. Or, un embargo total concernerait à la fois les FSR et les FAS ainsi que toute partie fournissant des munitions à l’un ou l’autre camp.
Waltz et Boulos estiment que l’insistance sur l’accusation de partialité révèle une contradiction : accuser les trafiquants et les intermédiaires indépendants d’être les véritables responsables, tandis que certains s’opposent à une résolution spécifiquement conçue pour les cibler. Si les financiers privés, les contrebandiers et les réseaux d’approvisionnement informels sont réellement responsables, les États doivent contribuer à les identifier, leur imposer des sanctions, empêcher le trafic d’armes et démanteler leurs réseaux. Dans ce contexte, tout gouvernement qui affirme n’avoir rien à cacher ne devrait pas hésiter à aider l’Onu à surveiller et à fermer les filières d’armes qui, selon lui, échappent à son contrôle.
Les auteurs de la tribune ont évoqué les mesures prises sous la présidence de Donald Trump. Les États-Unis, qui ont déjà commencé à agir, ont imposé des sanctions aux individus et aux entités qui facilitent le recrutement de mercenaires et de combattants étrangers, la fourniture d’armes et d’autres formes de soutien à cette guerre. D’autres États devraient suivre cet exemple, au sein et en dehors de l’Onu. Les États devraient considérer cette résolution comme un point de référence permettant de tenir responsables les responsables du conflit soudanais mais que la responsabilité de la mise en œuvre des sanctions incombe aux États membres.
De son côté, l’Onu surveillera les violations, identifiera les réseaux de trafic d’armes et documentera les contrevenants à l’embargo. En fin de compte, les belligérants au Soudan doivent aboutir à un cessez-le-feu. Et cela ne sera possible qu’avec un accord sur la trêve humanitaire proposée par les États-Unis, ainsi qu’un mécanisme onusien pour acheminer l’aide et créer un espace propice à un processus de paix plus large. Tant qu’il sera plus facile de se procurer des armes que de la nourriture au Soudan, le conflit ne pourra pas prendre fin. Certains membres du Conseil de sécurité semblent se satisfaire de cette situation et tout membre envisageant de s’abstenir ou de voter contre doit comprendre qu’il vote pour le maintien du statu quo au Soudan et toutes les violences aveugles que cela implique.
Non à une année supplémentaire de chaos
Au mieux, ceux qui disposent du droit de veto et ceux qui s’abstiennent ferment les yeux sur les frappes de drones contre les hôpitaux et les marchés, l’obstruction de l’aide aux familles affamées et les souffrances de millions d’innocents, au détriment des intérêts d’autrui.
Au pire, ceux qui opposent leur veto ou s’abstiennent devraient se poser la question suivante : pourquoi soutenez-vous, de fait, ceux qui, des deux côtés, détruisent le Soudan, son peuple et son avenir ?
Les deux diplomates soulignent que ni les FSR ni les FAS n’ont le droit de gouverner le Soudan après la fin de cette guerre. Toutes deux ont commis des atrocités contre le peuple soudanais et ont perdu toute légitimité politique.
L’avenir du Soudan ne peut appartenir à aucune faction armée issue de ce conflit. Il doit plutôt découler d’un dialogue crédible, indépendant et civil qui donne au peuple soudanais lui-même les moyens de décider de son propre destin et non à ceux qui possèdent le plus d’armes ou qui possèdent les drones les plus meurtriers.
Pour Waltz et Boulos, les États-Unis ne permettront pas une année supplémentaire de chaos. Ils observeront, de concert avec le monde entier, qui se range du côté du peuple soudanais et qui s’y oppose.
La BNA Bank veut désigner un nouvel administrateur indépendant pour son mandat 2026-2028. Le poste sera également associé à la présidence du comité des risques de la banque.
Dans un appel à candidature référencé AC 03/2026, publié par le Conseil du Marché Financier (CMF), la banque précise les conditions à remplir pour ce poste. La démarche intervient dans le cadre des règles de gouvernance qui encadrent le fonctionnement des banques et établissements financiers en Tunisie.
Le candidat recherché doit être titulaire au minimum d’un diplôme universitaire de niveau maîtrise ou équivalent en finance, comptabilité ou audit. Il devra également justifier d’au moins 10 ans d’expérience professionnelle ou académique dans la finance et/ou la gestion des risques. Une expérience au sein d’un conseil d’administration ou d’un conseil de surveillance est aussi demandée. Une connaissance du secteur bancaire ou financier sera, de son côté, considérée comme un atout.
La banque met également l’accent sur l’indépendance du futur administrateur. Celui-ci, comme son conjoint, ses ascendants et ses descendants au premier degré, ne doit détenir aucune participation directe ou indirecte dans le capital de la BNA. De même, les personnes ayant occupé une fonction de dirigeant, d’administrateur ou de salarié au sein de la banque au cours des cinq dernières années ne peuvent pas se porter candidates.
D’autres incompatibilités sont prévues. Le candidat ne doit notamment pas être membre de l’Ordre des Experts Comptables de Tunisie, ni salarié ou administrateur d’une autre banque ou d’une société concurrente. Il doit également présenter des garanties en matière d’intégrité, avec notamment une situation fiscale régulière, l’absence de condamnation pénale et de sanctions disciplinaires prononcées par les autorités de contrôle.
Pour candidater, les intéressés devront fournir un dossier comprenant notamment une demande de candidature, un CV, plusieurs déclarations et engagements, les copies certifiées des diplômes et des justificatifs d’expérience, un extrait de casier judiciaire datant de moins de trois mois, un certificat de non-faillite ainsi qu’une copie de la déclaration de revenus 2025. Tout dossier incomplet sera écarté, précise la BNA.
Les candidatures doivent être déposées ou envoyées sous pli fermé au siège social de la banque, situé avenue Mohamed V à Tunis. Elles peuvent être transmises par courrier recommandé avec accusé de réception, par Rapid-Post ou déposées directement au Bureau d’Ordre Central.
La date limite est fixée au 24 septembre 2026 à 16h00. Le cachet du Bureau d’Ordre Central fera foi.
À l’issue de cette première étape, le Comité de Nomination et de Rémunération examinera les dossiers et établira la liste des candidats répondant aux critères. Cette liste sera ensuite soumise au CMF pour avis. Le Conseil d’Administration procédera alors à la sélection et à la cooptation du candidat retenu, avant que sa nomination ne soit soumise à l’approbation de la prochaine Assemblée Générale Ordinaire, après notification à la Banque centrale de Tunisie.
Poursuivi en diffamation par Saâda Arbane, l’écrivain franco-algérien Kamel Daoud a été relaxé mardi 8 septembre 2026 par le tribunal correctionnel de Paris. Une décision qui constitue une victoire judiciaire pour l’auteur du roman à succès ‘‘Houris’’, sans pour autant mettre un terme au feuilleton judiciaire qui l’oppose à la plaignante.
Djamal Guettala
La justice française vient de refermer, provisoirement, l’un des volets de l’affaire ‘‘Houris’’. Poursuivi pour diffamation par Saâda Arbane, Kamel Daoud a été relaxé par le tribunal correctionnel de Paris. L’audience concernait des propos tenus par l’écrivain dans un entretien accordé au ‘‘Figaro’’ en avril 2025.
Le tribunal a estimé que les propos incriminés ne permettaient pas d’identifier Saâda Arbane. La qualification de diffamation n’étant pas constituée, Kamel Daoud a donc été relaxé. La décision intervient alors que le nom de l’écrivain est au centre, depuis près de deux ans, d’une succession de procédures judiciaires liées à son roman ‘‘Houris’’, couronné du prix Goncourt en 2024.
Il convient de distinguer les différentes affaires pour comprendre la portée du jugement parisien.
La procédure ne portait pas directement sur ‘‘Houris’’
Saâda Arbane accuse Kamel Daoud d’avoir utilisé des éléments de son histoire personnelle, qu’elle affirme avoir confiés dans le cadre de consultations psychiatriques auprès de son épouse, Aïcha Dehdouh, pour nourrir le personnage principal de ‘‘Houris’’. L’affaire a donné lieu à plusieurs procédures, en France comme en Algérie.
Mais le procès qui vient de s’achever à Paris ne portait pas directement sur la question de savoir si l’écrivain avait utilisé ou non l’histoire de Saâda Arbane dans son roman.
La plainte en diffamation concernait des déclarations faites par Kamel Daoud au ‘‘Figaro’’. La défense soutenait notamment que l’écrivain avait dénoncé une instrumentalisation judiciaire et médiatique de l’affaire.
Le tribunal a finalement considéré que les propos poursuivis ne désignaient pas suffisamment Saâda Arbane pour constituer une diffamation à son encontre. Cette distinction juridique est essentielle : la relaxe ne constitue donc pas un jugement sur les accusations portant sur la genèse de ‘‘Houris’’.
La décision parisienne comporte également un autre volet. Saâda Arbane a été condamnée à verser un euro de dommages et intérêts à Kamel Daoud ainsi que 1 500 euros à Marc Feuillée, directeur de la publication du ‘‘Figaro’’. Le tribunal a retenu le caractère manifestement infondé des poursuites engagées dans cette procédure.
Pour Kamel Daoud, cette décision constitue évidemment un soulagement. Depuis la publication de ‘‘Houris’’, l’écrivain se trouve pris dans un conflit qui dépasse largement la seule question littéraire.
Son roman, consacré aux blessures laissées par la décennie noire algérienne, a rencontré un immense succès en France et remporté le prix Goncourt. Mais il est interdit de publication en Algérie, où la législation encadre strictement l’évocation publique de cette période. La controverse autour du roman a ainsi rapidement quitté le terrain de la littérature pour devenir une affaire judiciaire et politique.
La bataille qui se poursuit en Algérie
La relaxe prononcée à Paris ne signifie donc pas que toutes les procédures opposant Kamel Daoud à Saâda Arbane sont terminées.
En Algérie, l’écrivain a annoncé en avril 2026 avoir été condamné par contumace à trois ans de prison ferme et à une amende de cinq millions de dinars dans une affaire liée à ‘‘Houris’’. Cette procédure repose sur des accusations concernant notamment l’utilisation alléguée d’éléments de la vie personnelle de Saâda Arbane dans le roman.
Kamel Daoud n’était pas présent à ce procès et a dénoncé une procédure qu’il considère comme politique. Ses avocats ont également contesté les poursuites engagées contre lui en France et en Algérie.
Le contraste entre les deux systèmes judiciaires est dès lors frappant : en France, l’écrivain vient d’obtenir une relaxe dans une procédure en diffamation ; en Algérie, il reste sous le coup d’une condamnation prononcée par contumace.
Derrière le contentieux judiciaire demeure une question autrement plus complexe : jusqu’où un écrivain peut-il transformer une histoire réelle en fiction lorsqu’elle touche à l’intime, au traumatisme et à la mémoire collective ?
C’est tout le paradoxe de ‘‘Houris’’. Le roman est une œuvre de fiction, mais il puise dans une histoire algérienne profondément réelle : celle de la décennie noire, de ses violences, de ses victimes et de ses silences. La polémique autour de Saâda Arbane a ainsi ouvert un débat sur les frontières entre témoignage, mémoire, fiction et appropriation littéraire.
La justice française vient de trancher un point précis : les propos poursuivis ne constituaient pas une diffamation. Elle n’a pas pour autant dit le dernier mot sur l’ensemble du conflit.
Pour Kamel Daoud, la journée du 8 septembre marque donc une victoire importante. Mais elle ne clôt pas le dossier ‘‘Houris’’. Le livre qui avait fait entrer la mémoire de la guerre civile algérienne dans les vitrines de la littérature française continue désormais de vivre dans les tribunaux. Et derrière le succès du Goncourt, une question demeure : à qui appartient une histoire lorsqu’elle devient littérature ?
Lors des élections régionales du dimanche 6 septembre 2026 dans le Land de Saxe-Anhalt, le parti d’extrême droite AfD (Alternative pour l’Allemagne) a réalisé une performance historique en récoltant 43,8% des suffrages, devançant massivement les conservateurs de la CDU et les socio-démocrates du SPD, les deux principaux partis de gouvernement en Allemagne.
Imed Bahri
Cette percée historique inquiète, toutefois, il convient de rappeler que dans cet État fédéré de l’Allemagne de l’Est, le vote pour l’AfD est depuis dix ans le double de la moyenne nationale. De plus, le parti n’a pas obtenu la majorité absolue dans le Parlement régional pour pouvoir diriger le gouvernement régional*.
«Les chiffres parlent d’eux-mêmes. L’AfD a presque doublé son score lors des élections régionales de dimanche en Saxe-Anhalt, atteignant 43,8 % des voix», c’est par ce constat que Jon Henley commence son analyse dans The Guardian.
Dans le même temps, la CDU, parti de centre-droit du chancelier Friedrich Merz, s’est effondrée à 17,2%, soit moins de la moitié de son score obtenu lors du même scrutin il y a cinq ans et le SPD, parti de centre-gauche et autre grand parti au pouvoir en Allemagne depuis une soixantaine d’années, a péniblement recueilli 9,3% des suffrages. Force est de constater que le centre n’a pas résisté.
On ignore encore si l’AfD, dont la section locale en Saxe-Anhalt, dans l’est de l’Allemagne, est officiellement classée comme «extrême droite avérée» par les services de renseignement intérieur allemands, parviendra à former un gouvernement régional, elle compte 39 députés sur 83 au Parlement, soit un nombre insuffisant pour obtenir la majorité absolue.
Une onde de choc en Europe
Ce résultat représente néanmoins le meilleur score jamais obtenu par le parti dans un État fédéré allemand et le rapproche plus que tout autre parti d’extrême droite depuis la Seconde Guerre mondiale de former gouvernement fût-il régional et non national ! Il a provoqué une onde de choc en Europe, les nationalistes célèbrent une «victoire historique qui n’est qu’un début», tandis que les dirigeants traditionnels mettent en garde contre un «moment grave» pour l’Europe.
La Suède organise des élections législatives le week-end prochain. La France sera confrontée à une élection présidentielle cruciale au printemps prochain. Des élections législatives importantes se tiendront en Italie, en Espagne et en Pologne plus tard dans l’année. Les partis d’extrême droite sont en tête des sondages dans tous ces pays et le centre de l’Europe craint une vague nationaliste continentale.
Toutefois, il serait judicieux de ne pas tirer de conclusions hâtives d’un seul résultat électoral dans un Land allemand bien particulier. La Saxe-Anhalt, notent les analystes, compte à peine 1,8 million d’électeurs et constitue depuis longtemps un bastion de l’extrême droite. Lors des élections fédérales et régionales de la dernière décennie, le soutien à l’AfD y a systématiquement été le double de la moyenne nationale.
Tarik Abou-Chadi, professeur de politique européenne à l’université d’Oxford explique : «La Saxe-Anhalt ne devrait pas servir de base à des conclusions générales sur la sociologie électorale de l’AfD». Néanmoins, l’AfD est en tête des sondages nationaux. Elle est également en tête –bien que dans une course beaucoup plus serrée avec le SPD– dans le Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, où des élections régionales sont prévues ce mois-ci, et elle occupe la deuxième place même à Berlin, pourtant réputée pour son orientation libérale. Son essor s’inscrit dans une marche d’une décennie menée par les partis d’extrême droite à travers l’Europe.
Près d’un électeur européen sur quatre vote désormais pour des partis d’extrême droite, selon une étude menée par Matthijs Rooduijn, politologue à l’Université d’Amsterdam. Cette proportion a presque quintuplé depuis le milieu des années 1990 et a connu une hausse particulièrement marquée ces trois dernières années.
Cette analyse, réalisée par plus de 150 politologues dans 31 pays, révèle que la proportion d’Européens ayant voté pour un parti d’extrême droite lors des dernières élections nationales de leur pays a dépassé les 23% en 2026, contre environ 10% il y a dix ans et environ 5% en 1995.
Les partis populistes d’extrême droite sont aujourd’hui au pouvoir au sein de coalitions gouvernementales en Croatie, en République tchèque, en Italie et en Finlande, soutiennent un gouvernement minoritaire de droite en Suède et sont en tête des sondages en Autriche, en Belgique, en France et en Allemagne (et, jusqu’à très récemment, au Royaume-Uni).
Ils ont également subi des défaites récentes, notamment aux Pays-Bas, où le parti de la liberté (PVV) de Geert Wilders a perdu près d’un tiers de ses sièges pour terminer deuxième l’année dernière, et en Hongrie, où le Fidesz de Viktor Orbán a été largement battu par son rival de centre-droit en avril.
L’extrême droite est là pour durer
La tendance semble claire. Comme l’a déclaré Cas Mudde, de l’Université de Géorgie, spécialiste reconnu de l’extrême droite européenne, après la défaite d’Orbán : «L’extrême droite est là pour durer et nombre de ses partis sont aussi bien implantés que les partis traditionnels. À l’instar des autres partis, leur soutien électoral fluctue».
Cette progression électorale constante s’est produite malgré le refus des partis traditionnels, dans des pays comme la France et l’Allemagne, de collaborer avec l’extrême droite, ce qui a conduit certains observateurs à affirmer que le «cordon sanitaire» a désormais échoué voire s’est révélé contre-productif.
En excluant l’AfD, soutiennent-ils, les partis traditionnels allemands l’ont en réalité renforcée : le parti a été protégé par des compromis et des échecs inhérents au pouvoir. Parallèlement, le centre s’est trouvé vidé de sa substance, il a été contraint à des alliances fragiles et instables, fondées sur des consensus et, surtout, peu de résultats concrets, ce qui frustre davantage les électeurs et renforce le soutien aux extrêmes.
«Il existe une dynamique politique qui s’auto-alimente et favorise la montée en puissance de l’AfD», explique Mujtaba Rahman, du cabinet de conseil en gestion des risques Eurasia Group qui ajoute : «Plus les résultats électoraux sont faibles, moins il y a de points d’accord au sein de la coalition et moins les résultats politiques sont concrets. Moins les résultats sont concrets, plus la frustration de l’électorat est grande et plus le score de l’AfD est élevé».
De nombreux politologues affirment cependant que blâmer le système de coalition est une excuse et les données suggèrent que les partis d’extrême droite ne s’affaiblissent pas lorsqu’ils sont au pouvoir, mais se renforcent : une étude récente portant sur des gouvernements dans 57 pays a révélé que les partis d’extrême droite entrés au pouvoir obtenaient en moyenne un score supérieur de six points de pourcentage lors des élections suivantes.
Des électeurs désabusés par la flambée des prix
Outre l’incapacité persistante des gouvernements traditionnels à répondre aux attentes des électeurs désabusés par la flambée du coût de la vie, c’est avant tout la normalisation et l’intégration progressive des idées d’extrême droite qui ont alimenté –et continuent d’alimenter– sa progression constante, soutiennent les politologues.
Les recherches suggèrent que l’attitude des électeurs envers les thèmes centraux de l’extrême droite, comme l’immigration, n’a pas fondamentalement évolué au fil du temps mais que ces thèmes ont pris une importance accrue dans leurs décisions de vote. La banalisation de ces thèmes par les médias et par les partis traditionnels qui les adoptent sans hésiter a légitimé les idées d’extrême droite.
«Tout le débat sur le succès ou le renforcement de l’extrême droite par le cordon sanitaire passe complètement à côté du sujet», affirme Gabriela Greilinger, politologue austro-hongroise qui ajoute : «Les politiques et les idées d’extrême droite occupent déjà une place centrale dans le débat public, que l’extrême droite soit au pouvoir ou non. Leurs idées ne sont pas censurées».
* L’Allemagne qui est un État fédéral est composée de 16 États fédérés (Länder), chacun d’entre eux est dirigé par un gouvernement régional (Landesregierung) qui doit bénéficier du soutien de la majorité absolue du Parlement régional (Landtag).
Connaissez-vous l’histoire de Jugurtha, l’Africain, le Numide, l’ami-ennemi de Rome cent ans avant Jésus-Christ ? Savez-vous quelque chose de Marius et de Sylla ? C’est une histoire passionnante, car elle pourrait, dans une certaine mesure, se reproduire aujourd’hui… au Chili, ou partout ailleurs, en ce XXIe siècle. Me permettez-vous de vous la raconter, très brièvement ?(Photo : Sénat romain et, en médaillon, Jugurtha).
Arturo Alejandro Muñoz
La Numidie correspondait à ce qui est aujourd’hui l’Algérie et une partie du Maroc et de la Tunisie, en Afrique du Nord. Les cavaliers numides, admirés par les légions romaines, ravageaient violemment les peuples voisins d’Afrique du Nord. Jugurtha en était le chef suprême, une sorte de roi tout-puissant, habile et dépourvu de scrupules (ce qui n’a rien d’étonnant : sans cela, il n’aurait pu devenir roi).
Habile comme il l’était, ainsi que nous venons de le dire, il comprit combien il serait vain, pour ses cavaliers et son armée, d’affronter les légions romaines, presque invincibles, et le pouvoir du Sénat de cette république ; car à cette époque Rome était encore une république. Jugurtha accepta donc de signer un accord de paix et de coopération avec la puissante Rome, conscient qu’il devrait verser de lourds tributs pour préserver la paix, non seulement avec elle, mais aussi avec ses voisins d’Afrique du Nord, territoires placés sous la protection (c’est-à-dire la propriété) du Sénat.
La paix signée, Jugurtha continua cependant d’assiéger ses voisins et de ravager leurs territoires. Jour après jour, le roi numide s’enrichissait davantage, tandis que diminuait le versement des tributs convenus. Le Sénat finit par décider de le convoquer, en l’«invitant» à venir s’expliquer à Rome.
Assailli par des sénateurs habiles dans l’art de la joute politique, Jugurtha, à bout de patience face à tant de discussions byzantines, fit face au Sénat en désignant du doigt la plupart de ces sénateurs qu’il avait comblés, à plusieurs reprises, de présents en or et en bijoux.
«Vous êtes ici, dans cet hémicycle, nobles citoyens romains, grâce aux présents en or et aux tributs personnels que je vous ai maintes fois offerts», phrase attribuée au Numide.
Ce qu’il affirmait était vrai, mais ce fut aussi son arrêt de mort.
Jugurtha achète les nobles «pater familias»
La légende raconte (non l’Histoire, la «légende») que le Sénat décida d’envoyer en Numidie quelques légions commandées par des généraux appartenant à la noblesse en tant que «pater familias», avec l’ordre d’arrêter Jugurtha et de le ramener enchaîné à Rome pour qu’il y soit jugé devant la plèbe, selon la loi correspondante.
Souhaitez-vous connaître la fin de cette histoire ? Eh bien, poursuivons…
Les nobles qui commandaient ces premières légions n’eurent aucun succès. Bien au contraire, selon la légende, ils ne combattirent même pas, car Jugurtha les acheta à prix d’or… et ces nobles «pater familias» décidèrent de rester en Numidie, jouissant de la richesse et des largesses que leur accordait le grand Jugurtha.
Le Sénat changea alors de tactique. Plus de nobles, plus de «pater familias» à la tête des légions. Cette fois, ce seraient deux tribuns de la plèbe qui commanderaient les armées en route vers l’Afrique du Nord : Lucius Cornelius Sylla et Caius Marius.
Sylla et Marius arrivèrent en Numidie et déclinèrent l’invitation de Jugurtha à venir s’entretenir dans son palais. Ils attaquèrent les Numides, les vainquirent, unirent aux leurs les anciennes légions déjà établies sur place (formant ainsi une armée considérable), et enchaînèrent Jugurtha pour le ramener à Rome afin qu’il y soit jugé.
Mais, tout comme le ferait des années plus tard Jules César, Lucius Sylla et Caius Marius allaient s’affronter dans ce que l’Histoire a appelé «la première guerre civile romaine». Pour abréger, Lucius Cornelius Sylla, appuyé par les «optimates» (les nobles), vainquit Caius Marius (appuyé par des secteurs de la plèbe) et transforma la vieille république en une dictature cruelle.
Jugurtha ramené, enchaîné, à Rome
Et Jugurtha, qu’était-il devenu ?
Il fut exécuté en 104 avant J.-C., dans la prison Mamertine.
Vous vous demanderez, aimable lecteur : «Et qu’est-ce que tout cela a à voir avec la réalité chilienne actuelle ?»
Je pense aux «Amarillos»(1) (Sylla ?), à l’UDI/RN (2) (le Sénat romain ?), à Caius Marius (le centre-gauche en échec ?), à Jugurtha (les «patriotes» et les «républicains»)… à la guerre civile romaine ?
Je ne sais pas… dites-moi ce que vous en pensez, ce que vous y voyez, ce que vous pressentez. Pour ma part, j’y perçois certaines similitudes, bien qu’il n’y ait ni troupes, ni légions, ni batailles rangées. Seulement la guerre politique dans sa plus pure essence. Je crois l’avoir déjà écrit, un jour, dans d’autres textes : «tout ce qui se produit aujourd’hui en politique s’était déjà produit à Rome, non seulement sous l’Empire, mais aussi avant, sous la République et sous la Dictature».
C’est peut-être pour cela que l’étude et l’enseignement de l’Histoire constituent, pour la droite et l’establishment lèche-bottes, une matière pernicieuse qui attente contre le très catholique et apostolique statu quo patronal-néolibéral.
Traduit de l’espagnol.
* Professeur à l’Université du Chili.
Notes :
1- Amarillos (Jaunes) : mouvement puis parti fondé en 2022 par Cristián Warnken pendant le référendum constitutionnel, rassemblant d’anciens dirigeants de centre-gauche et centre-droit ; dissous par le Servel en février 2026 faute d’avoir atteint le seuil électoral.
2- UDI/RN : les deux grands partis de la droite traditionnelle chilienne, historiquement alliés dans «Chile Vamos», aujourd’hui soutiens du gouvernement Kast — avec la tension actuelle sur une éventuelle dissolution de cette coalition au profit d’un bloc unique.
Depuis près de vingt ans, Rahul Gandhi, fils de Rajiv et petit-fils d’Indira, est dépeint comme un homme politique privilégié et inefficace voire raté, incapable aussi bien de relancer le Parti du Congrès que de concurrencer le Premier ministre Narendra Modi et de faire vaciller son pouvoir. Le dirigeant nationaliste dirige l’Inde d’une main de fer depuis mai 2014. Toutefois, la donne semble enfin changer grâce à la génération Z qui ébranle Modi et qui semble trouver en Rahul Gandhi son nouveau leader. Ce dernier assume enfin l’héritage de sa famille et tisse des liens avec de jeunes électeurs désabusés. Gandhi, va-t-il faire sa mue d’un chef de l’opposition faible à un chef de l’opposition coriace ?
Imed Bahri
Dans une tribune publiée par le Washington Post, Rana Ayyub affirme que le paysage politique indien est témoin d’une transformation remarquable de l(image du chef de l’opposition, Rahul Gandhi, après qu’il ait été moqué et dénigré pendant des années de la part des partisans du Premier ministre Narendra Modi.
Gandhi, longtemps dépeint comme un héritier politique incapable de défier Modi, a commencé à se défaire de cette image l’année dernière, profitant notamment du mécontentement croissant des jeunes Indiens face au chômage, au coût élevé des études, aux fuites d’examens et à la diminution des perspectives d’ascension sociale.
Relier les luttes quotidiennes des jeunes
Ayyub attribue ce changement à l’émergence de la génération Z qui, selon elle, se détache de l’image stéréotypée de Gandhi et interagit avec lui d’une manière spontanée via les réseaux sociaux. Elle souligne également que Gandhi lui-même a modifié son image publique, abandonnant une image politique traditionnelle pour une tenue plus jeune, afin de se rapprocher d’une génération qui a le sentiment que l’ancienne classe politique ne comprend ni son langage ni ses problèmes.
Le tournant décisif remonte à la Bharat Jodo Yatra (La Marche pour l’unité de l’Inde), marche que Gandhi a entreprise à travers l’Inde et qui s’est achevée début 2023 et au cours de laquelle, ses échanges avec les étudiants, les chômeurs et les travailleurs précaires lui ont permis de prendre conscience de l’ampleur de la frustration économique chez les jeunes.
Le Washington Post soutient que les récentes manifestations de la jeunesse ont offert à Gandhi une opportunité politique majeure, lui permettant de recentrer sa campagne sur les jeunes et d’aborder des problèmes tels que la fraude aux examens, le chômage et la hausse des frais universitaires.
Dans ce contexte, il a lancé la campagne «La Voix des Étudiants», étendant ainsi son action aux étudiants de centaines de villes indiennes. Il cherche également à relier les luttes quotidiennes des jeunes à un problème plus vaste à savoir la concentration des richesses, du pouvoir et des opportunités économiques entre les mains d’une minorité.
L’héritier des traditions démocratiques et laïques
Parallèlement, Gandhi a commencé à renouer avec l’héritage politique de sa famille plutôt qu’à le défendre. Il invoque l’histoire de son arrière-grand-père, Jawaharlal Nehru, Premier ministre de l’Inde, ainsi que les sacrifices de sa grand-mère, Indira Gandhi, et de son père, Rajiv Gandhi, pour se présenter comme l’héritier des traditions démocratiques, laïques et constitutionnelles, et non simplement comme l’héritier d’une dynastie politique.
Ayyub soutient que cela représente une tentative de renverser l’un des principaux arguments de Modi contre Gandhi, transformant l’histoire de sa famille, utilisée pour le dépeindre comme un politicien privilégié, en un moyen de souligner les sacrifices de sa famille pour l’Inde.
Ayyub met toutefois en garde contre les limites de cette évolution notamment dans la relation de Rahul Gandhi avec la jeunesse musulmane. S’il s’exprime ouvertement sur la discrimination envers les Dalits*, il reste moins loquace sur la persécution des musulmans. Elle estime que si Gandhi veut convaincre les jeunes musulmans que sa défense de la Constitution et de la démocratie les inclut, il doit faire preuve de clarté dans ses déclarations publiques, au lieu de limiter ses véritables positions aux réunions de son parti.
En définitive, Gandhi est largement parvenu à se défaire de l’image dénigrante que ses adversaires lui ont forgée. Cependant, se débarrasser de cette image de «politicien raté» ne signifie pas nécessairement qu’il soit désormais capable de construire une opposition forte au gouvernement de Modi. Son véritable défi réside dans sa capacité à transformer les divers problèmes auxquels sont confrontés les jeunes –du chômage aux fuites d’examens, en passant par l’impunité policière et la persécution des dissidents– en un seul enjeu politique lié à l’érosion des institutions démocratiques caractérisée par l’affaiblissement progressif des contre-pouvoirs et de l’État de droit par le pouvoir en place.
S’il y parvient, la génération qui a mis au jour la vulnérabilité du gouvernement Modi pourrait aussi avoir fait émerger le chef de l’opposition que Modi n’a jamais eu à affronter.
* Les Dalits, encore appelés Intouchables, sont des groupes d’individus considérés, du point de vue du système des castes, comme hors castes et affectés à des fonctions ou métiers jugés impurs. L’Inde compte 200 millions de Dalits.
Le ministre de la Formation professionnelle et de l’Emploi, Riadh Chaoued, a annoncé un programme visant à créer 1 200 nouvelles entreprises communautaires dans les différentes régions du pays, en affirmant que les services de son ministère commencent à constater, à travers les chiffres recueillis, l’impact positif de ces entreprises sur la création d’emplois et la dynamisation du développement local, a rapporté Mosaique FM.
Le ministre a ajouté que son département ministère a mis en place une plateforme électronique dédiée aux entreprises communautaires, actuellement en phase finale de développement, précisant que le rôle de ces structures ne se limite pas à la création d’emplois, mais s’étend également à la fixation des populations dans leurs régions d’origine.
Voilà pour la théorie ou pour la propagande officielle, sauf que M. Chaoued n’a pas cru devoir citer le moindre chiffre pouvant justifier les largesses accordées par les pouvoirs publics (donc par nous autres contribuables) à ces entreprises si chères au président de la république Kaïs Saïed, et ce sous diverses formes : subventions, facilités fiscales et autres, terres domaniales, biens publics, etc… Alors que beaucoup d’experts doutent sérieusement de la crédibilité de ces entreprises, de leur rentabilité et de la transparence de leur gestion.
Des chiffres, monsieur le ministre, et vérifiables s’il vous plait, afin de rassurer les Tunisiens que leur argent n’est pas en train d’être jeté par la fenêtre, alors qu’il aurait mieux servi à créer des centrales électriques, à équiper les hôpitaux publics et à améliorer un transport public dans un état déplorable !
À une semaine de la rentrée scolaire, 1,89 million d’élèves, soit 90 % des élèves concernés, sont désormais inscrits sur la plateforme « Vie scolaire ». Parmi eux, 1,781 million ont déjà réglé les frais d’inscription, soit 85% du total. En trois jours, près de 199.000 nouvelles inscriptions ont ainsi été enregistrées, alors que la rentrée scolaire est fixée au 15 septembre 2026.
Près de 200.000 inscriptions en trois jours
Le dernier point communiqué par le ministère de l’Éducation, arrêté au dimanche 6 septembre, fait état de 1,89 million d’élèves enregistrés sur la plateforme « Vie scolaire », contre 1,691 million au 3 septembre.
La progression atteint ainsi près de 199.000 inscriptions supplémentaires en trois jours, portant le taux d’enregistrement à 90% des élèves concernés. Il reste donc environ 10% des élèves qui n’ont pas encore finalisé leur inscription sur la plateforme.
Le dispositif concerne l’ensemble des niveaux de l’enseignement public et s’inscrit dans la généralisation de l’inscription scolaire à distance pour l’année 2026-2027.
15% n’ont pas encore finalisé le paiement
L’écart reste toutefois plus important concernant le règlement des frais d’inscription.
Au 6 septembre, 1,781 million d’élèves, soit 85%, avaient finalisé le paiement. Cela signifie qu’environ 15% des élèves concernés n’ont pas encore achevé cette étape.
Là encore, la situation a nettement évolué depuis le précédent bilan : au 3 septembre, 1,587 million d’élèves avaient payé, soit 76%. Le nombre de paiements finalisés a donc augmenté d’environ 194.000 en trois jours.
L’inscription scolaire 2026-2027 s’effectue exclusivement à travers la plateforme « Vie scolaire », lancée par le ministère de l’Éducation pour centraliser les services destinés aux élèves et aux parents.
La procédure commence par la création d’un compte sur la plateforme, puis par l’identification de l’élève concerné. Le paiement des frais peut ensuite être effectué à distance à travers plusieurs moyens électroniques.
La Poste tunisienne a notamment indiqué que les parents peuvent utiliser le portefeuille électronique Wallet e-Dinar, l’application D17, les cartes de paiement électronique ou encore le code *181# avec les moyens de paiement compatibles. Aucun frais supplémentaire n’est appliqué au paiement des frais d’inscription par ces moyens.
Que faire en cas de blocage ?
À l’approche de la rentrée, les parents qui n’ont pas encore finalisé l’une des étapes sont donc invités à vérifier leur situation sur la plateforme et à s’assurer que le paiement a bien été enregistré.
En cas de difficulté technique ou de problème lié au dossier de l’élève, il est recommandé de conserver les justificatifs disponibles et de se rapprocher des structures éducatives compétentes afin de régulariser la situation avant la rentrée.
La consommation tunisienne d’acier fini se maintiendra à 720 000 tonnes en 2026. Il n’y a pas de potentiel de croissance de la demande d’acier en Tunisie en raison de contraintes budgétaires sévères. Le pays ne connaît pas de programmes gouvernementaux de grande envergure pour la construction de logements et d’infrastructures, contrairement à ses voisins comme l’Algérie, l’Égypte et le Maroc. On observe également un manque d’investissements étrangers. En conséquence, la consommation d’acier est restée stable, oscillant entre 670 000 et 730 000 tonnes au cours des dernières années.(Photo: Visite du président Saïed à l’usine El Fouladh en décembre 2023).
Ihor Vorontsov
Les produits longs représentent 70 à 75 % des ventes d’acier fini. Il s’agit principalement de barres d’armature et de fil machine. Les produits plats représentent environ 20 % du marché. Il s’agit pour l’essentiel de bobines laminées à chaud (HRC) destinées à la fabrication de structures métalliques et de conduites en acier pour les infrastructures d’approvisionnement en eau.
La Tunisie affiche un important déficit commercial. Toutefois, les importations ne couvrent que 40 % de la demande en acier laminé. Une part significative de ces importations est constituée de produits semi-finis destinés aux laminoirs locaux.
La Turquie occupe solidement la première place en tant que fournisseur de billettes et de barres d’acier de construction, grâce à l’accord de libre-échange qui la lie à la Tunisie. Cet accord garantit aux producteurs et négociants turcs un accès au marché en franchise de droits de douane.
L’Italie, la France et l’Espagne fournissent des produits plats, des conduites pour le secteur pétrolier et gazier ainsi que des structures métalliques finies. Des producteurs chinois et indiens tentent de les concurrencer sur ce segment.
Les exportations d’acier depuis la Tunisie restent sporadiques. Lorsque les laminoirs locaux disposent d’un excédent de barres d’armature et que les prix en Italie et en Espagne deviennent plus attractifs que les prix intérieurs, de petites quantités y sont expédiées. De faibles volumes sont également acheminés vers les pays voisins, la Libye et l’Algérie, dans le cadre du commerce transfrontalier.
Demande de produits sidérurgiques finis
La construction résidentielle représente 55 % des ventes d’acier. Environ la moitié des travaux de ce secteur concerne l’autoconstruction privée, une pratique courante en banlieue et dans les zones rurales. Ces logements sont bâtis «à l’œil», sans plan formel, en utilisant les barres d’armature les moins coûteuses.
L’autre moitié du marché est le fait de promoteurs immobiliers. Ces derniers réalisent des centres commerciaux et des immeubles de bureaux, ainsi que des complexes résidentiels de hauteur moyenne dans de grandes villes telles que Tunis, Sfax, Sousse et Bizerte. Ces projets sont soumis à un contrôle technique et les promoteurs y utilisent des barres d’armature certifiées. La construction de tours est limitée par les normes parasismiques.
La Tunisie dispose d’un programme public de logement géré par la SNIT, un organisme d’État. Toutefois, en raison de contraintes budgétaires, son impact sur le marché reste minime. Chaque année, entre 4 000 et 5 000 logements sont lancés dans le cadre de ce programme.
Le secteur des infrastructures en Tunisie est d’une envergure bien moindre que celui de l’Égypte, de l’Algérie ou du Maroc. Les principaux projets de ces dernières années ont porté sur la construction d’un nouveau pont à Bizerte et sur la modernisation des lignes ferroviaires n° 22 et n° 6. Le taux d’avancement actuel du pont principal de Bizerte est de 25 %.
L’ouvrage mesure 2,1 km de long et s’élève à 60 mètres au-dessus du niveau de l’eau. Le projet représente un investissement de 250 millions d’euros, financé par la Banque européenne d’investissement (BEI) et la Banque africaine de développement (BAD). Les travaux sont réalisés par l’entreprise publique chinoise SRBG. Les voies d’accès sont achevées à 75 %. Elles se composent de deux tronçons autoroutiers rapides d’une longueur totale de 7,2 km. Ces travaux sont exécutés par des entreprises tunisiennes. La mise en service de l’ensemble du projet est prévue pour septembre 2027.
Le coût de la modernisation des lignes ferroviaires s’élève à 185 millions d’euros, financés par la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (Berd). La ligne n° 22 est celle dont la réalisation est la plus avancée ; la construction d’une seconde voie est en cours sur le tronçon de 22 km reliant Moknine à Mahdia. Sur la ligne n° 6, les travaux se poursuivent : il s’agit de démonter la superstructure de la voie sur les tronçons vétustes et de préparer les remblais sur les nouveaux tronçons. Ces derniers doivent être mis en place pour ajuster la géométrie du tracé, dans le but d’améliorer la sécurité et d’augmenter la vitesse des trains.
Pour ces projets, les producteurs d’acier locaux ne fournissent que des structures en acier simples ; les normes techniques imposant l’utilisation de nuances d’acier de haute qualité, l’acier laminé est donc importé.
Le secteur de la fabrication de tubes est un consommateur majeur de produits plats en acier en Tunisie. La capacité de production totale s’élève à 75 000 – 90 000 tonnes par an. Ce secteur dépend entièrement des importations de bobines d’acier. Le taux d’utilisation des capacités dépend de l’accessibilité financière des bobines laminées à chaud en provenance d’Italie, de Chine et d’Inde, ainsi que du niveau actuel de l’activité dans le secteur de la construction.
L’influence des acteurs locaux
Le seul producteur intégré est l’entreprise publique El Fouladh, située à Menzel Bourguiba. Elle utilise la technologie du four à arc électrique (FAE) alimenté par de la ferraille. Sa capacité annuelle de production d’acier et de produits laminés est identique : 200 000 tonnes. Elle est spécialisée dans les barres d’armature et le fil machine.
Le secteur compte également des laminoirs :
– Intermetal, située à Radès, dispose d’une capacité annuelle de 300 000 tonnes. Elle produit des barres d’armature et du fil machine à l’aide d’équipements Danieli ;
– SM Tunis Acier est implantée dans la zone industrielle de Bizerte. Avec une capacité annuelle de 200 000 tonnes, elle produit de l’acier laminé à froid (CRC) et galvanisé à chaud (HDG). Il s’agit d’une coentreprise entre les sociétés italiennes Marcegaglia et Sideralba ;
– SMC, située à Monastir, possède une capacité annuelle de 150 000 tonnes et produit des barres d’armature ainsi que du fil machine.
La production nationale d’acier ne couvre que 15 à 20 % des besoins des laminoirs. Ces derniers fonctionnent principalement à partir de demi-produits importés. La sous-utilisation des capacités de laminage reflète la stagnation du secteur de la construction.
La stratégie d’investissement des producteurs tunisiens pour la période 2021-2025 était ciblée :
– SM Tunis Acier a investi pour améliorer l’efficacité de ses lignes de production de CRC et de HDG. L’investissement estimé pour la période 2022-2025 se situe entre 20 et 50 millions d’euros ;
– Intermetal a procédé à une modernisation progressive de ses laminoirs. Les investissements consacrés à ces projets pour la période 2021-2025 se sont élevés à une somme comprise entre 10 et 25 millions d’euros ;
– El Fouladh a maintenu sa capacité actuelle grâce à la remise en état de ses fours à arc électrique.
Le rôle important de l’État
Les autorités sont contraintes de soutenir les activités d’El Fouladh compte tenu de son importance sociale. L’usine elle-même est structurellement déficitaire en raison de l’usure de ses équipements. Ponctuellement, le gouvernement alloue des fonds pour apurer ses dettes, acheter un volume minimal de ferraille et payer les salaires.
Les laminoirs privés bénéficient de régimes douaniers relativement souples pour l’importation de billettes, étant donné la pénurie critique de ce matériau sur le marché intérieur.
Les débouchés des acteurs locaux sont garantis par la protection du marché intérieur contre les importations et par un traitement préférentiel dans les marchés publics. Le mécanisme fonctionne comme suit :
Barrière tarifaire : le taux de droit de douane de base applicable aux importations de produits sidérurgiques laminés finis en provenance de pays n’ayant pas conclu d’accord de libre-échange (ALE) avec la Tunisie est compris entre 15 et 20 % ;
La majeure partie des importations d’acier en Tunisie provient de Turquie et de l’Union européenne (UE) ; ces échanges bénéficient d’un taux de droit de douane nul en vertu des ALE. Toute augmentation indésirable des approvisionnements en provenance de ces sources est bloquée par des mesures non tarifaires.
Licences d’importation d’acier : ce dispositif est périodiquement mis en place par le ministère du Commerce et du Développement des exportations, en accord avec le ministère de l’Industrie, en cas de baisse de la demande intérieure. Actuellement, ce régime s’applique aux importations de produits sidérurgiques laminés finis.
Le décret gouvernemental n° 2014-1039 du 13 mars 2014 fixe les dispositions relatives à la préférence nationale dans les marchés publics. En vertu du présent document et du décret antérieur n° 99-825, les pouvoirs adjudicateurs peuvent, lors de l’évaluation des offres, appliquer une majoration de prix aux offres émanant de participants étrangers ou accorder une réduction pouvant aller jusqu’à 10 % pour les produits d’origine locale.
Pour les grands projets d’infrastructure, le dossier d’appel d’offres doit inclure des exigences relatives au recours à des sous-traitants locaux et à l’utilisation de matériaux produits dans le pays, lorsqu’ils sont disponibles.
L’impact réel de ces préférences sur le secteur sidérurgique est minime. Les principaux clients pour les projets d’infrastructure – la compagnie publique d’électricité Steg et la société nationale des eaux Sonede – souffrent de manière chronique d’un manque de ressources budgétaires et d’un endettement élevé. Les producteurs d’acier locaux hésitent à participer aux appels d’offres publics en raison des délais de paiement ; ils privilégient le secteur privé et la vente au détail, où les flux de trésorerie sont plus rapides.
Prévisions de consommation d’acier
En théorie, la Tunisie pourrait au moins doubler sa demande en produits sidérurgiques finis grâce aux investissements étrangers. À titre d’exemple, la construction du port en eau profonde d’Enfidha – conçu pour devenir le plus grand hub de Méditerranée, avec un quai de 5 km de long et une profondeur de 17 à 20 mètres au poste d’accostage – permettrait d’accueillir des porte-conteneurs géants.
Le projet a été officiellement dévoilé en 2008, mais n’a jamais vu le jour. Des tentatives de relance ont eu lieu entre 2015 et 2019. À l’époque, les investisseurs avaient été dissuadés par l’instabilité politique en Tunisie. En 2023, ils ont décliné les offres de participation à l’appel d’offres, invoquant des «conditions financières inacceptables» et un «manque de transparence législative» en Tunisie.
Pour la même raison, la mise en œuvre du plan gouvernemental visant à construire de nouveaux parcs éoliens d’une capacité totale de 1,7 GW d’ici 2030 suscite des doutes. En Tunisie, un gouffre bureaucratique, des problèmes de financement au sein de la Steg et des procédures interminables d’approbation des tarifs séparent la «signature d’un protocole d’accord devant les caméras» du «coulage du premier mètre cube de béton pour une éolienne». Par conséquent, le secteur éolien y vit dans un état de promesses perpétuelles. Les nouveaux projets restent bloqués au stade de la «recherche d’investisseurs et de l’évaluation des risques».
Les moteurs d’une demande soutenue demeurent la construction de logements privés non autorisés, le pont de Bizerte, les lignes ferroviaires n° 6 et n° 22, ainsi que le projet de renouvellement des infrastructures d’approvisionnement en eau.
Selon les estimations de la BAD, la croissance du secteur de la construction en Tunisie ralentira pour s’établir à 0,6 % en termes réels en 2026, contre 3,7 % en 2025. Cela implique que les volumes de ventes d’acier se maintiendront au niveau de l’année dernière, soit 720 000 tonnes.
Othman Jallouli, secrétaire général adjoint de l’Union générale tunisienne du travail (UGTT) chargé du département de l’information et des publications, a déclaré vendredi 4 septembre à Diwan FM que le cadre de coordination — dont le lancement a été annoncé avec la participation de l’Ordre national des avocats et de la Ligue tunisienne des droits de l’homme — vise à rassembler le plus grand nombre possible d’organisations et d’acteurs de la société civile, ainsi que diverses forces vives du pays, afin que «le peuple tunisien puisse faire entendre sa voix», selon ses termes.
M. Jallouli a expliqué que la mise en place de cette structure de coordination intervient dans un contexte marqué par ce qu’il considère comme «l’incapacité du pouvoir politique à résoudre les problèmes accumulés», ajoutant que ces problèmes se sont aggravés et que les Tunisiens font face désormais à des difficultés qui perdurent depuis des décennies.
«Il y a un champ politique bloqué, incapable jusqu’à présent de rassembler les Tunisiens autour d’une position commune face à la situation actuelle», a estimé Othman Jallouli. C’est ce qui a incité les trois organisations à se mobiliser «pour rendre la parole aux Tunisiens», lesquels, a-t-il affirmé, «sont restés silencieux tout en subissant les conséquences de politiques défaillantes, tant anciennes que nouvelles».
«Lorsque les partis politiques et la politique elle-même sont absents, les Tunisiens ne peuvent rester de simples spectateurs d’une situation insoutenable», a encore souligné Othman Jallouli, précisant qu’ils «ont le droit d’exprimer leurs opinions et de défendre leur point de vue par tous les moyens pacifiques et civiques». Les partis politiques ne sont pas les bienvenus au sein du cadre de coordination, a encore précisé le responsable syndical, ajoutant que les discussions en cours portent sur «l’adhésion de nombreux acteurs de la société civile, qui ont un avis sur diverses questions, qu’elles soient sectorielles ou d’intérêt général».
M. Jallouli a souligné que «le cadre de coordination n’a aucun lien avec l’expérience du Dialogue national» de 2015, expliquant que ce dernier «revêtait un caractère spécifique et relevait d’une expérience passée non transposable dans la phase actuelle». Le dirigeant syndicaliste a fait remarquer, à ce propos, qu’auparavant, «il y avait des responsables politiques au pouvoir et une opposition active, alors qu’actuellement, le pouvoir prend des décisions de manière unilatérale».
Le cadre de coordination en cours de constitution examine actuellement une série d’actions qui restent à définir et qui ont vocation à rassembler les forces vives du pays autour d’un projet de redressement national.
Il convient de noter que ce cadre de coordination, dont le lancement a été annoncé jeudi 3 septembre, vise à défendre les droits et les libertés, à promouvoir l’État de droit et les institutions, ainsi qu’à préserver l’indépendance de la société civile.
Le journaliste Mohamed Yousfi, rédacteur en chef du média d’investigation Alqatiba, arrêté et placé en garde-à-vue hier soir, vendredi 4 septembre 2026, a fait parvenir, par le biais de son avocate Hela Ben Salem, cette lettre à ses collègues journalistes et aux Tunisiens en général, pour les exhorter à défendre leur dignité et leurs droits. Nous traduisons cette lettre de l’arabe et la reproduisons ci-dessous…
Mohamed Yousfi *
Mon message aux journalistes indépendants de ce pays : N’ayez pas peur ; continuez à écrire, à vous exprimer, à porter la voix des citoyens, celle des personnes marginalisées et opprimées.
Défendez l’État de droit, les droits humains et la dignité du citoyen tunisien — une dignité que nous avons perdue dans ce pays.
Je m’adresse tout particulièrement à mes collègues d’Alqatiba : Poursuivez le chemin que nous avons tracé ; n’ayez crainte ; j’ai une immense confiance en vous. Les tentatives de harcèlement et d’acharnement dont je fais l’objet ne visent en réalité qu’à atteindre Alqatiba et à entraver la ligne éditoriale indépendante de cette entreprise.
Tous les Tunisiens connaissent la valeur de cette plateforme, ainsi que ses réalisations et sa contribution au droit d’accès à l’information et au journalisme d’investigation.
Aujourd’hui, les faits, enquêtes et données présentés par Alqatiba sont utilisés par la justice elle-même comme référence dans des affaires majeures d’évasion fiscale, de blanchiment d’argent et de corruption ; c’est l’un des derniers bastions de la liberté de pensée, d’expression et de la presse.
Ce n’est pas Mohamed Yousfi qui est sanctionné aujourd’hui, mais Alqatiba, pour son attachement à son indépendance et aux valeurs journalistiques léguées par la Révolution, au prix du sang des martyrs et des blessés. Il est donc impératif de poursuivre ce chemin, et j’ai une confiance totale en mes collègues d’Alqatiba.
Mon message aux Tunisiens : si je suis actuellement en garde à vue, c’est pour une raison très simple : j’exerce mon métier de journaliste de manière indépendante et professionnelle.
Je défends votre droit à une vie digne, à l’eau, à l’électricité, à la santé et à l’enseignement public, ainsi que votre droit de défendre votre dignité, de bénéficier d’une presse libre et d’accéder à l’information.
Les véritables criminels sont ces blogueurs corrompus qui tentent de salir la réputation des journalistes libres du pays ; mais le mensonge a les jambes courtes.
Aujourd’hui, j’ai été enlevé alors que j’exerçais mes fonctions de journaliste. On m’a appréhendé comme si j’avais été pris en flagrant délit ou que je tentais de fuir, alors qu’il aurait suffi de me convoquer : mon identité et mon adresse sont connues, et il n’y avait aucune raison de faire une telle démonstration de force.
Tenter de me discréditer en m’accusant de blanchiment d’argent relève de l’absurde et témoigne de la faillite de ce système.
Au moment de mon arrestation, je ne possédais rien : ni argent, ni biens immobiliers. Je vis de mon salaire et mon compte bancaire est même débiteur de quelques dinars.
Espérons que cette épreuve passera ; la vérité finira par éclater, tôt ou tard.
Dans un communiqué publié ce samedi 5 septembre 2026, la Fédération internationale des journalistes (FIJ) s’est jointe au Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT), pour exiger la libération immédiate du journaliste Mohamed Yousfi, arrêté la veille devant les locaux d’Express FM, à Tunis, alors qu’il s’apprêtait à participer à une émission consacrée à la politique de l’eau en Tunisie.
Le journaliste, rappelons-le, a été conduit à la troisième brigade centrale d’enquête sur les crimes financiers complexes de la Garde nationale, située à El Aouina, à Tunis et placé en garde.
Selon les informations recueillies par le SNJT auprès de son équipe juridique, Mohamed Yousfi a été interrogé sur des publications diffusées sur Facebook, mais aussi sur son travail journalistique et la ligne éditoriale d’Alqatiba, l’un des médias indépendants de référence en Tunisie. Son arrestation intervient après une campagne de dénigrement et d’incitation menée contre lui sur les réseaux sociaux.
«Mohamed Yousfi vient allonger la liste des journalistes emprisonnés en Tunisie en raison de leur travail ou de leurs prises de position. Il rejoint notamment Mourad Zeghidi et Borhen Bsaïes, détenus depuis mai 2024 et condamnés à de lourdes peines de prison, ainsi que Zied El Heni, arrêté en avril 2026 et condamné à un an de prison après avoir critiqué une décision judiciaire», souligne la FIJ.
Zied Dabbar, président du SNJT et vice-président de la FIJ, a déclaré : «L’arrestation de Mohamed Yousfi est directement liée à son travail journalistique indépendant et à ses prises de position critiques. Lorsqu’un journaliste peut être arrêté sur le chemin d’un studio de radio, c’est à toute la profession qu’un message d’intimidation est adressé. Les journalistes tunisiens ne renonceront pourtant ni à enquêter, ni à interroger les responsables publics, ni à exercer leur indispensable mission d’information.»
Anthony Bellanger, secrétaire général de la FIJ, a déclaré : «Je connais personnellement Mohamed Yousfi. Je connais son engagement, son courage et son attachement à un journalisme libre, rigoureux et de qualité. Son travail au sein d’Alqatiba et ses interventions critiques dérangent manifestement le pouvoir. Son arrestation s’inscrit directement dans la politique répressive tunisienne, qui vise, poursuit et emprisonne les journalistes. La Tunisie s’enfonce chaque jour davantage dans la criminalisation du journalisme indépendant. Nous exigeons la libération immédiate de Mohamed et de tous les journalistes détenus.»
Mohamed Ali, député de l’Assemblée des représentants du peuple (ARP), a réagi sur les réseaux sociaux à l’interpellation du journaliste Mohamed Yousfi, rédacteur en chef du média Alqatiba, qui a eu lieu, dans la soirée du vendredi 4 septembre 2026, devant les locaux de la radio Express FM, où il devait intervenir à 18 heures, aux côtés de son confrère Walid Ben Rhouma, dans une émission consacrée à la crise de l’eau en Tunisie.
«Toute ma solidarité avec le journaliste indépendant Mohamed Yousfi, interpellé dans un contexte précédé d’une campagne d’incitation systématique sur les réseaux sociaux», a écrit le député, ajoutant que «la concomitance entre cette incitation et l’interpellation soulève des questions sérieuses qu’il n’est plus possible d’ignorer ; en effet, les campagnes de diffamation et de pression exercées sur les journalistes ne sauraient constituer un prélude ‘‘normal’’ ou une justification tacite à des arrestations et à des poursuites [judiciaires]»
«Mohamed Yousfi est un journaliste qui a choisi d’exercer son métier en toute indépendance et de poser les questions qu’il juge d’intérêt public. Être en désaccord avec ses écrits ou ses propos ne saurait constituer un délit ; de même, la critique et le débat public ne justifient pas que l’on fasse d’un journaliste une cible d’incitation à la haine, pour ensuite le placer en détention», a encore écrit le député.
«La solidarité avec Mohamed Yousfi ne se limite pas à la personne ; elle constitue une défense du droit du journaliste à travailler librement et du droit de la société à une presse affranchie de l’intimidation, de l’incitation à la haine et des arrestations. Nous refusons que l’incitation à la haine contre les journalistes devienne une banalité. Nous exigeons que toute la lumière soit faite sur les circonstances de l’interpellation de Mohamed Yousfi et que ses droits légaux soient garantis. Nous refusons également que les réseaux sociaux se transforment en un espace où l’on décide arbitrairement qui doit être poursuivi et qui doit être laissé tranquille», a souligné Mohamed Ali. E de conclure : «Liberté pour Mohamed Yousfi, et solidarité avec tout journaliste qui paie le prix de son attachement à sa liberté et à son indépendance».
Placé en garde-à-vue, Mohamed Yousfi serait visé par une information judiciaire du Pôle judiciaire économique et financier. Il serait soupçonné d’entente pour nuire aux personnes et aux biens, d’enrichissement illicite et de blanchiment d’argent liés à des flux financiers associatifs de son média d’investigation. Ses collègues affirment qu’il a été arrêté pour faire taire sa voix indépendante et libre et, à travers lui, intimider les journalistes soucieux de faire honnêtement leur travail d’information et d’analyse de la grave situation régnant dans le pays.
Ces derniers mois, les Tunisiens ont manifesté pour dénoncer la dégradation des conditions socio-économiques et du niveau de vie dans le pays. Pourtant, officiellement, les indicateurs de croissance économique sont à la hausse. Que se passe-t-il donc ?
Sahar Mechmech *
Au cours des dernières semaines, des manifestations ont éclaté dans toute la Tunisie pour dénoncer des coupures massives d’électricité et d’eau imposées par le gouvernement en pleine vague de chaleur, alors que les infrastructures du pays peinaient à répondre à la demande énergétique. Ces coupures surviennent dans un climat social tendu, les Tunisiens manifestant déjà contre la hausse du coût de la vie. Ainsi, le 16 mai, des centaines de Tunisiens sont descendus dans la rue pour dénoncer la répression ainsi que la détérioration des conditions socio-économiques et du niveau de vie. Pourtant, fin avril encore, le président Kais Saied vantait le succès de la politique d’autosuffisance de la Tunisie, affirmant qu’elle avait permis de réduire l’inflation et de relancer la croissance. Il n’a pas tort. Officiellement, la croissance s’est quelque peu améliorée, l’inflation a effectivement baissé et la situation de l’emploi s’est légèrement redressée. Qu’est-ce qui alimente alors la colère de la population ?
Un examen plus approfondi des perspectives et des réalités économiques intérieures de la Tunisie révèle une certaine fragilité, de fortes tensions sociales et des divisions politiques internes, exacerbées — en grande partie — par le fait que les indicateurs économiques ne se reflètent pas dans le quotidien des Tunisiens. Cette situation est toutefois nuancée par le financement croissant des partenaires internationaux qui, tantôt allège les pressions, tantôt les aggrave.
Excès d’optimisme ou triomphalisme prématuré
En 2026, le gouvernement ne propose pas de rupture avec les politiques économiques en vigueur avant le 25 juillet 2021 [date de la proclamation de l’état d’exception par Kaïs Saïed, Ndlr], caractérisées par des restrictions des dépenses publiques et des réductions d’impôts pour les entreprises et les hauts revenus. Alors que des réformes fiscales radicales en 2025 avaient amélioré la répartition de la charge fiscale et accru la contribution des entreprises, la loi de finances 2026 échoue à s’attaquer aux problèmes structurels de l’économie tunisienne. La hausse des dépenses sociales ne suffit pas à compenser l’inflation, ce qui se traduit par une réduction implicite des services sociaux.
Par ailleurs, aucune réforme structurelle profonde ne vise les acteurs en situation de monopole ou de rente qui constituent la trame de l’économie tunisienne. Depuis l’indépendance de la Tunisie dans les années 1950, ce groupe d’acteurs économiques bénéficiant de soutiens politiques a érigé un arsenal de barrières réglementaires à l’entrée dans des secteurs clés et contrôle la majeure partie du financement privé au sein de l’économie. La loi perpétue également une pratique risquée, en vigueur depuis des années, consistant à emprunter auprès de la Banque centrale à un taux d’intérêt de 0 % sans générer une croissance proportionnelle à l’endettement, ce qui menace d’alimenter l’inflation.
Malgré l’absence de réformes structurelles, le budget de l’État pour 2026 prévoit une croissance de 3,3 % sur l’année, un chiffre supérieur aux 2,1 % anticipés par le Fonds monétaire international (FMI), ce qui représente un écart significatif. Une croissance plus faible signifie moins de ressources pour l’État afin de répondre à des besoins sociaux croissants en pleine crise du coût de la vie.
Le budget table également sur un prix du pétrole avoisinant les 60 dollars le baril, une hypothèse mise à mal par la flambée des coûts de l’énergie consécutive à la guerre en Iran. Le prix a dépassé les 100 dollars le baril à plusieurs reprises cette année et s’établissait autour de 90 dollars le baril au 29 juillet.
La Tunisie reste un pays importateur d’énergie pratiquant des subventions énergétiques ; la hausse imprévue du prix du pétrole alourdira sa facture d’importation, entamant ainsi ses précieuses réserves de devises (dollars et euros) nécessaires au règlement des importations essentielles auprès de ses partenaires commerciaux. Cette hausse des prix pétroliers augmentera également les dépenses de l’État consacrées aux subventions énergétiques afin de maintenir la stabilité des prix des hydrocarbures sur le marché intérieur. La hausse des prix, supérieure aux prévisions, entraînera un creusement des déficits budgétaires, un besoin accru d’emprunt et, potentiellement, une pression croissante pour réduire les dépenses afin de remédier aux déséquilibres budgétaires.
L’inflation mondiale découlant de la guerre impliquant l’Iran menace également d’éroder les envois de fonds des Tunisiens résidant à l’étranger ; ces transferts constituent une source essentielle de devises pour les importations et représentaient 30 % des réserves en 2024. Le conflit suscite de vives inquiétudes quant à l’inflation en Europe — où vit la majeure partie de la diaspora tunisienne — ce qui pourrait entraîner une baisse de ces transferts de fonds.
Le secteur du tourisme, autre source majeure de devises, est lui aussi exposé à des risques. Malgré les assurances du gouvernement affirmant que le tourisme tunisien n’était pas affecté par le conflit régional, les premiers indicateurs font état d’un ralentissement et d’une baisse des réservations.
Les tensions sur les devises compromettent la capacité de la Tunisie à importer des produits de première nécessité — notamment des denrées alimentaires, des médicaments et de l’énergie — et pourraient provoquer des pénuries comparables à celles observées en 2023.
Les signes de telles restrictions sont déjà manifestes. En mars, la Banque centrale de Tunisie a émis de nouvelles directives visant à limiter les importations afin de préserver ses réserves limitées de dollars et d’euros. Ces directives stipulent que les importations de produits «non essentiels» — tels que les vêtements, le dentifrice et le papier toilette — doivent être réglées au comptant et non à crédit. Cette décision a été critiquée par des organisations influentes comme la Conect, qui représente les employeurs et les entreprises ; celle-ci a qualifié ces directives d’obstacle potentiel à la croissance.
De son côté, Alert, une organisation luttant contre les monopoles en Tunisie, a averti que ces mesures risquaient d’ancrer davantage les pratiques monopolistiques dans le secteur de l’import-export, les grandes entreprises disposant plus facilement de liquidités que les petites.
Ces restrictions à l’importation menacent d’aggraver les pénuries actuelles de médicaments, de denrées alimentaires et d’autres produits de première nécessité.
Fissures naissantes entre la présidence et le parlement
Parallèlement à la montée des pressions économiques, le gouvernement de Saïed fait face à des tensions politiques croissantes. L’Assemblée, qui était étroitement alignée sur Saïed à la suite des élections législatives de 2022, est de plus en plus en désaccord avec le gouvernement sur les questions économiques. En avril 2025, elle a refusé d’approuver un emprunt, invoquant le manque de clarté quant à ses retombées. Lors de l’examen de la loi de finances pour 2026, l’Assemblée a rejeté certaines propositions du ministère des Finances et en a adopté d’autres tout en émettant de vives réserves. Le ministre des Finances a même quitté une séance parlementaire après une vive altercation avec certains députés.
Lors des débats sur des contrats de concession controversés dans le domaine de l’énergie solaire, plusieurs députés ont dénoncé ces textes, les qualifiant tour à tour de dangereux, coloniaux, humiliants et contraires à la souveraineté énergétique. En réaction à cette levée de boucliers et avant le vote sur ces concessions, le président Saïed a limogé le ministre de l’Industrie, des Mines et de l’Énergie ainsi que le directeur général de l’Électricité et des Énergies renouvelables, bien que tous les contrats aient finalement été adoptés.
Plus récemment, à la suite de coupures massives d’électricité et d’eau survenues en juillet, le Parlement a tenu une séance le 27 juillet pour débattre de la situation ; les députés y ont critiqué la conjoncture ainsi que l’absence de réaction officielle du gouvernement. Ils ont également reproché au gouvernement son absence lors de cette séance, bien qu’un député ait précisé que l’Assemblée n’avait adressé aucune invitation ou convocation officielle au gouvernement pour y participer.
Ces tensions ne doivent pas être interprétées comme une rupture franche avec Kaïs Saïed. L’Assemblée continue de donner la priorité à bon nombre de ses réformes clés — celles qu’il qualifie de «révolution législative» et qui ont profondément restructuré l’arsenal juridique tunisien — et de les adopter. Il convient plutôt de voir dans ces tensions une tentative de l’Assemblée de se démarquer quelque peu de Saïed, dont le bilan économique est jugé insuffisant, alors même que la Tunisie se dirige vers les élections législatives de 2027.
Ces tensions dépassent le cadre politique pour s’étendre à l’espace civique dans son ensemble.
Les boucs émissaires, anciens comme nouveaux
Face à la montée des tensions économiques et politiques, le gouvernement tente de reproduire la stratégie qu’il a appliquée avec succès en 2023 : désigner des boucs émissaires.
Saïed continue d’évoquer de mystérieux saboteurs sans jamais les nommer. Il persiste à sacrifier des membres de son gouvernement pour apaiser la colère populaire, comme en témoigne le limogeage d’un ministre mentionné plus haut. Ses partisans — qu’ils siègent à L’Assemblée, soient présents sur le terrain ou actifs sur les réseaux sociaux — continuent de présenter les migrants subsahariens en situation irrégulière comme un fardeau pour les ressources économiques et une menace pour la sécurité nationale. Le conflit qui l’oppose depuis des années à la principale centrale syndicale du pays, l’Union générale tunisienne du travail (UGTT), s’est intensifié au cours de l’année écoulée. Parallèlement, la répression à l’encontre de la société civile — dont les acteurs sont perçus par Saïed comme des agents de l’ingérence étrangère — s’est accentuée ces derniers mois : les autorités suspendent des organisations, engagent des poursuites pour obtenir leur dissolution définitive et emprisonnent militants, journalistes, magistrats et même des députés dissidents.
La vague d’enquêtes pénales la plus récente vise des fonctionnaires chargés du dossier de l’électricité. Cette initiative, couplée aux déclarations du président qualifiant ces coupures d’«événements inhabituels» et affirmant que «l’État ne restera pas les bras croisés face à quiconque cherche à harceler les citoyens et à attiser les tensions», semble viser à présenter ces perturbations majeures comme le fruit d’un complot contre le pays.
Cette interprétation contredit les déclarations du syndicat de la Société tunisienne de l’électricité et du gaz (Steg), qui attribue les coupures à une hausse de la demande dépassant les capacités de production lors de la récente vague de chaleur. Le défi de répondre à la demande en électricité est aggravé par le manque d’investissements dans la production, la dernière grande centrale électrique ayant été inaugurée en 2019.
Pour expliquer ce déficit d’investissement, certains experts pointent du doigt l’insuffisance des ressources allouées par l’État, le non-paiement intégral par le gouvernement et les entreprises publiques de leurs dettes envers la Steg pour leur consommation d’électricité, ainsi que le défaut de paiement par le gouvernement des subventions universelles à l’électricité accordées aux citoyens.
Tout comme en 2023, cette répression vise à détourner l’attention des problèmes économiques chroniques et à vider l’espace politique et civique de toute opposition, laissant Saïed comme seul arbitre des décisions en Tunisie et unique interlocuteur pour les partenaires internationaux du pays.
La diplomatie tunisienne en quête d’alliances internationales
En contraste avec les divisions internes, la Tunisie intensifie sa coopération et ses emprunts financiers auprès de plusieurs partenaires internationaux.
À l’échelle régionale, la Tunisie poursuit son rapprochement avec l’Algérie, ayant signé fin 2025 plus de vingt accords de coopération dans des domaines variés, dont un accord controversé de coopération militaire. Récemment, lors d’une interview, le président algérien a tenu des propos fermes liant la sécurité des deux pays et réaffirmant l’engagement de l’Algérie à défendre la Tunisie contre le terrorisme.
Les relations avec la Libye semblent également s’être intensifiées, marquées par une rencontre de haut niveau entre le Premier ministre tunisien et le président du Parlement libyen, la signature d’un nouveau protocole d’accord sur la coopération en matière de marché du travail, ainsi que l’annonce de projets concernant une nouvelle liaison maritime et la gestion partagée d’une nappe phréatique commune.
Ces initiatives témoignent de la volonté de la Tunisie de s’affirmer comme un partenaire actif en Afrique du Nord, s’assurant ainsi un accès privilégié aux ressources énergétiques de ses deux voisins riches en hydrocarbures.
La Tunisie a par ailleurs renforcé ses liens avec ses partenaires de l’autre rive de la Méditerranée ainsi qu’avec les institutions financières internationales. Cela s’est traduit par l’octroi de nouveaux prêts — notamment de la part de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (Berd), de la Banque européenne d’investissement (BEI), de la Banque mondiale (BM) et de la Banque africaine de développement (BAD)— par le renforcement des accords euro-tunisiens et par la mise à jour de la coopération migratoire avec l’Italie.
Une grande partie de ces financements vise à stabiliser le pays et à réduire la migration irrégulière, la Tunisie étant à la fois un pays d’origine et un pays de transit.
Toutefois, les retombées des récentes concessions dans le secteur de l’énergie solaire démontrent clairement que, sans adhésion de l’opinion publique, les financements internationaux risquent de susciter une levée de boucliers et de ne pas apporter de réponse aux tensions sociales et politiques.
Dans le domaine des énergies renouvelables, et bien que celles-ci soient indispensables à la sécurité énergétique du pays, la population a le sentiment que le gouvernement et le parlement offrent des contrats avantageux à des investisseurs étrangers et mettent en place un câble sous-marin pour exporter de l’électricité vers l’Italie, alors même que les entreprises tunisiennes peinent à opérer dans un contexte difficile et que le pays subit des coupures de courant à répétition.
Sortir de la crise pour aller vers la prospérité
Malgré l’intensification du soutien financier international, le statu quo politique et social en Tunisie demeure extrêmement fragile.
Le soutien extérieur ne suffira pas, à lui seul, à stabiliser l’économie tunisienne ou à apaiser la colère sociale.
Sur le plan intérieur, il est nécessaire de faire preuve de plus de sérieux pour identifier et démanteler les structures qui entravent la concurrence et perpétuent les monopoles, notamment les coûts élevés des prêts à l’investissement ainsi que les barrières administratives complexes et changeantes qui freinent la création et la gestion d’entreprises. Ces mesures permettraient aux petites et moyennes entreprises — véritables moteurs d’une croissance économique durable — de mieux accéder aux opportunités commerciales et aux financements.
Le gouvernement doit également rétablir sa crédibilité auprès de la population en investissant judicieusement dans les infrastructures et les dépenses sociales afin de répondre aux besoins des citoyens. Enfin, il doit mettre un terme à toutes les pratiques répressives contre-productives qui n’ont fait qu’attiser la colère et le sentiment de dépossession au sein de la population.
De leur côté, les alliés internationaux de la Tunisie doivent réorienter le financement pour s’attaquer aux causes profondes de la migration irrégulière : les problèmes structurels du pays et l’insuffisance des dépenses sociales. Les initiatives de coopération économique, y compris dans le secteur de l’énergie, doivent susciter l’adhésion du public en faisant preuve d’une plus grande transparence concernant la propriété des projets, les tarifs, les créations d’emplois prévues, les recettes publiques et l’impact environnemental. En l’absence de transparence et de redevabilité, les risques de rejet et de tensions continueront de s’accumuler.
Le soutien extérieur ne suffira pas, à lui seul, à stabiliser l’économie tunisienne ou à apaiser la colère sociale. Seules des réformes structurelles profondes, un nouveau contrat social et un retour à un contexte démocratique et ouvert permettront d’apaiser la colère sociale actuelle et de bâtir une économie stable, durable et inclusive, capable de répondre aux besoins fondamentaux de la population.
Traduit de l’anglais.
* Responsable du programme «Économies inclusives» au sein de Tahrir institute for Middle East Policy. (Timep).
Selon plusieurs responsables américains au fait du dossier, les États-Unis auraient perdu au moins 25% de leur flotte de drones MQ-9 Reaper, des engins qui coûtent entre 30 et 50 millions de dollars. Une perte colossale qui s’élève à plus de 1,3 milliard de dollars pour ce seul système d’armes.
Habib Glenza
Le drone Reaper est principalement utilisé pour la surveillance ainsi que les frappes ciblées. Selon l’armée américaine, son coût varie entre 30 et 50 millions de dollars selon le type de capteur et d’armements embarqués.
Ces engins ont été largement utilisés dans le détroit d’Ormuz. Néanmoins, ces appareils volent lentement et souvent à basse altitude. Ces contraintes en font des cibles relativement faciles pour l’armée iranienne et ses alliés régionaux au Yémen et en Irak.
Un responsable américain, sous couvert d’anonymat, a indiqué que tous les drones Reaper disparus n’avaient pas été abattus. Un certain nombre se sont écrasés après une rupture de liaison de communication entre leurs opérateurs et ces derniers.
De nombreuses armes comme le Reaper ont été mises à mal par la guerre en Iran et par des années de soutien militaire américain à l’Ukraine dans son conflit avec la Russie.
Un stock considérablement épuisé
Durant le premier mois de la campagne contre l’Iran, les forces américaines ont tiré plus de 850 missiles de croisière Tomahawk et plus de 1.000 missiles Patriot et Thaad (Terminal High Altitude Area Defense), réduisant considérablement les stocks d’une capacité de frappe à longue portée essentielle et des systèmes de défense aérienne les plus demandés par l’armée, comme l’a rapporté le Washington Post.
Alors que les tensions avec Téhéran restent vives, ces pénuries ont limité les options militaires du président Donald Trump. Certains commandants américains ont été contraints de modifier leurs tactiques défensives et de conserver des missiles en réserve.
Le Pentagone a de son côté démenti les informations selon lesquelles ses stocks d’armes seraient épuisés. L’administration du président américain a demandé au Congrès des dizaines de milliards de dollars de financement pour compenser les coûts engendrés par la guerre en Iran et reconstituer les stocks.
Avant le début du conflit, l’armée comptait 185 drones Reaper selon les données budgétaires publiques et les différentes armées. Ces appareils opèrent principalement dans la zone Asie-Pacifique.
En mai, le lieutenant-général David Tabor, un officier supérieur de l’armée de l’air au Pentagone, s’est dit préoccupé, indiquant que le nombre de drones restant était tombé à environ 135.
Réuni le 3 septembre 2026, le conseil de surveillance de Volkswagen a approuvé à l’unanimité le «Plan d’avenir 2030», qui porte à 100 000 le nombre total de suppressions de postes prévues d’ici la fin de la décennie, soit environ 15 % des effectifs mondiaux du groupe. Ce chiffre additionne 50 000 nouveaux départs à l’échelle mondiale aux 50 000 déjà actés en Allemagne depuis 2024, principalement chez la marque Volkswagen.
Après près de deux ans de tensions ouvertes, ponctuées de manifestations à Wolfsburg et Zwickau et d’une pétition syndicale signée par plus de 200 000 personnes, la direction et les représentants des salariés ont trouvé un compromis qui évite, au moins temporairement, l’affrontement frontal redouté depuis l’été. Le vote ne règle pas tout : le sort de quatre usines allemandes majeures, Emden, Zwickau, Hanovre et l’usine Audi de Neckarsulm, reste en suspens, reporté à des échéances allant de 2031 à 2034.
Un compromis négocié pied à pied
Le vote de vendredi a été précédé, la veille, d’une réunion de la commission de présidence du conseil, avant la séance plénière de l’organe de contrôle du groupe à Wolfsburg. En son sein, salariés et actionnaires pèsent à parts égales, et les représentants du personnel disposent, via le système allemand de cogestion, d’un poids déterminant sur les questions touchant aux sites industriels, une architecture qui a longtemps limité la capacité de la direction à imposer une restructuration rapide.
Au-delà du volume d’emplois supprimés, le «Plan d’avenir 2030» redessine en profondeur le modèle industriel du groupe. Volkswagen prévoit de réduire de moitié sa gamme de modèles d’ici 2035 et de diminuer de 75 % la complexité de son offre, en resserrant les plateformes techniques et les architectures logicielles pour éliminer les doublons. L’objectif financier affiché est une marge opérationnelle de 9 % en 2030, contre à peine 3,8 % au premier semestre 2026, soutenue par 135 milliards d’euros d’investissements programmés entre 2027 et 2031 dans les usines, la recherche et les nouvelles technologies. Le groupe reconnaît par ailleurs une surcapacité de plus de 500 000 véhicules par an en Europe, conséquence directe de la pression concurrentielle chinoise et du recul de la demande sur le Vieux Continent.
La gouvernance elle-même doit être «simplifiée», sans que les modalités précises aient été détaillées. Le projet le plus sensible sur ce terrain, le détachement de la marque Volkswagen en société distincte, continue de se heurter à l’opposition du comité d’entreprise et du Land de Basse-Saxe, qui y voient une menace pour les droits de codécision garantis par la loi spécifique à la gouvernance du groupe adoptée en 1960.
Quatre usines dans l’incertitude
Deux fermetures sont déjà actées : celle de Dresde, et l’arrêt de la production automobile à Osnabrück, prévu pour 2027. Le sort de quatre autres sites reste en revanche ouvert. Selon des informations de la WirtschaftsWoche reprises par Reuters début septembre, le directoire a proposé au conseil de surveillance l’arrêt d’ici 2034 de :
• Emden, qui produit aujourd’hui les ID.4 et ID.7, avec une fermeture envisagée en 2031 ;
• Zwickau, qui assemble les ID.3, ID.4, ID.5, l’Audi Q4 e-tron et la Cupra Born, et emploie environ 9 200 salariés ; sa fermeture est également envisagée en 2031, le site tournant déjà en deux équipes au lieu de trois, faute de débouchés suffisants ;
• Hanovre, dédiée à l’assemblage d’utilitaires, avec une échéance 2032 ;
• Neckarsulm, l’usine Audi qui produit les A5, A6, A8 et e-tron GT, visée pour 2034.
Ces quatre sites représenteraient à eux seuls environ 40 000 emplois. Le directeur général du groupe, Oliver Blume, a reconnu ne pas voir aujourd’hui d’utilisation compétitive suffisante de ces installations pour la décennie 2030, tout en précisant qu’aucune fermeture n’a été formellement décidée à ce stade.
Le vote du 3 septembre a validé le cap financier et le volume global de suppressions de postes, mais a repoussé l’arbitrage site par site : le point le plus explosif du dossier reste à trancher.
Le vote unanime obtenu à Wolfsburg donne à Volkswagen des objectifs financiers et stratégiques clairs et rendus publics, et aux syndicats des garanties sur l’absence de fermetures immédiates et le maintien de la codécision. Le destin des quatre usines encore menacées reste ouvert, reporté à un rendez-vous ultérieur.
Mohamed Yousfi, rédacteur en chef du média d’investigationAlqatiba(الكتيبة), est l’un des meilleurs journalistes de sa génération.Il est réputé pour sa rigueur professionnelle et sa liberté de ton. On comprend dès lors que son arrestation et son placement en garde à vue, le vendredi 4 septembre 2026, ait suscité une vague d’indignation et des interrogations sur les motivations d’une telle décision où beaucoup ont vu une volonté du régime de faire taire une voix jugée trop libre.
Mohamed Yousfi a été interpellé par la Brigade nationale d’El Gorjani alors qu’il s’apprêtait à intervenir sur Express FM pour présenter une enquête d’Alqatiba sur les politiques hydrauliques en Tunisie.
Alqatiba est un média en ligne indépendant et un magazine d’investigation tunisien spécialisé dans le journalisme de données et la presse d’enquête.
Fondé en 2019, le média est géré par l’organisation non gouvernementale Taqallam pour la liberté d’expression et de création (تكلّم من أجل حرية التعبير والإبداع), basée à Tunis. Il se positionne comme une plateforme alternative axée sur la transparence, les droits de l’homme, la gouvernance, le climat et la justice sociale et fiscale.
Selon les premières informations, Mohamed Yousfi serait visé par une information judiciaire du Pôle judiciaire économique et financier. Il serait soupçonné d’entente pour nuire aux personnes et aux biens, d’enrichissement illicite et de blanchiment d’argent liés à des flux financiers associatifs de son média d’investigation. Mais la réputation du journaliste, ses positions critiques à l’égard du pouvoir entourent son arrestation d’un soupçon de règlement de compte politique dans un contexte où, selon beaucoup d’organisations nationales et internationales, les droits et les libertés sont de plus en plus bafoués et réprimés dans le pays.
Rappelons, dans ce contexte, que plusieurs journalistes et chroniqueurs sont en prison depuis plusieurs années, condamnés dans des affaires similaires où la ligne de démarcation entre la liberté d’expression et le blanchiment d’argent est difficile à établir, tels Mourad Zeghidi, Borhen Bsaies et Zied El Heni. D’autres ont fait de la prison avant de retrouver une liberté somme provisoire telles Chadha Hadj Mbarek et Sonia Dahmani. Khaoula Boukrim, quant à elle, a eu le temps de s’exiler en France. Elle a été condamnée par contumace à quatre ans de prison ferme.