Pour une souveraineté totale, et afin qu’aucune donnée ne quitte votre infrastructure, imaginez, en une phrase, un assistant IA intelligent, qui ne dépend ni d’OpenAI, ni du cloud américain, et qui respecte totalement la confidentialité de vos données. C’est ce que permet une architecture RAG sur un cluster de calcul local (chez vous ou dans votre entreprise).
Heni Bouhamed *
Les briques techniques expliquées simplement
Comment ça marche (étape par étape) :
Ingestion : Vous chargez vos documents (PDF, bases de données, logs) dans le cluster.
Indexation : Solr les organise pour qu’ils soient cherchables rapidement (texte + sens).
Question utilisateur : Vous posez une question à l’assistant.
Recherche : Le système va chercher les passages pertinents dans Solr.
Génération : Le LLM local rédige une réponse précise en s’appuyant uniquement sur ces passages.
Résultat : une réponse juste, traçable, et sans risque de fuite de données.
Des exemples concrets prouvant que c’est important :
Santé : les dossiers patients ne quittent jamais l’hôpital.
Banque / Finance : les données sensibles restent dans le data center de l’entreprise.
Administration publique : souveraineté nationale garantie.
Start-up / PME : pas de dépendance aux géants du cloud, coût maîtrisé.
Cette architecture permet de :
– traiter descentaines de téraoctets de données brutes ;
– répondre à des millions de requêtes (ex: Black Friday) ;
– résister à des pannes machines (redondance) ;
– fonctionner sans connexion Internet possible.
En résumé,vous installez un “mini Google + ChatGPT” chez vous, totalement privé, capable de comprendre vos propres documents et d’y répondre intelligemment – sans jamais envoyer vos données ailleurs.
Cela s’adresse aux ingénieurs data, DSI d’entreprises sensibles ; toute organisation publique ou privée qui veut reprendre le contrôle de ses données.
De nombreux témoignages sur les réseaux sociaux révèlent un plan détaillé des réseaux de passeurs qui ont transformé le Sahara en un marché aux êtres humains à ciel ouvert vers la Tunisie.
Sami Jallouli *
Le premier noyau de ce réseau se forme à Agadez, au nord du Niger, d’où les migrants se dirigent vers la frontière algérienne via Aïn Amenas ou bifurquent vers Tombouctou et Gao, au Mali, zones hors de contrôle officiel où des structures hybrides, composées de bandes de passeurs et d’organisations armées, organisent des convois de la mort à bord de camions et de véhicules tout-terrain.
La traversée du désert est l’étape la plus lucrative pour les passeurs. Les migrants paient entre 500 et 2 000 dollars pour le transport et la protection jusqu’à Tamanrasset, plaque tournante logistique du voyage.
À Tamanrasset, ils deviennent ouvriers au marché noir, travaillant dans le bâtiment et l’agriculture pour financer la suite du voyage, dont le coût oscille entre 300 et 600 dollars. Une fois l’argent réuni, les clients passent d’un passeur à l’autre et entament leur périple vers le nord, en direction d’Ouargla, principal centre de tri. De là, certains rejoignent la Libye via Ghadamès, tandis que d’autres poursuivent leur route vers Tébessa.
Trafic d’êtres humains et frontières poreuses !
À Tébessa, des guides spécialisés dans les sentiers de montagne facilitent le passage des migrants à travers des zones accidentées et non officielles, moyennant une somme allant de 100 à 250 dollars, avant de les déposer en territoire tunisien près de Kasserine.
Une fois la frontière franchie, les réseaux de passeurs tunisiens prennent le relais et transportent les migrants de nuit jusqu’à Sfax pour 500 dinars par personne. Aux abords de Sfax, les passeurs disparaissent, laissant la place à des intermédiaires locaux… et des ateliers de construction de bateaux en fer prospèrent, vendant ces embarcations entre 30 000 et 40 000 dinars pièce, générant d’immenses profits pour les courtiers locaux qui ont acheté des loyautés et recruté des informateurs pour se protéger des descentes de police.
Face à ce réseau de passeurs, qui communiquent par codes numériques, GPS et guides experts, son démantèlement par les méthodes de sécurité traditionnelles est quasiment impossible, d’autant plus que la plupart de ces individus sont entrés par la frontière algérienne avec la complicité de réseaux transnationaux.
Migration irrégulière et tissu urbain tunisien
S’attaquer au problème de la migration irrégulière à une telle échelle au sein du tissu urbain tunisien est extrêmement complexe et presque impossible d’un point de vue sécuritaire et logistique.
La solution réside dans le bouclage de tous les points de passage frontaliers grâce à des systèmes de surveillance avancés et des drones de reconnaissance couvrant les terrains accidentés et les zones vulnérables, ainsi que dans la traque des chefs des réseaux locaux de passeurs.
Il est donc devenu essentiel de concentrer les efforts sur la zone frontalière. Il faut stopper net le flux migratoire à la frontière. Ces efforts doivent s’accompagner d’une documentation numérique et juridique précise de chaque passage, non seulement pour contrôler la frontière, mais aussi pour définir les responsabilités internationales et régionales et responsabiliser chaque partie quant à ses obligations en matière de protection des frontières communes.
Plusieurs organisations de la société civile appellent à une mobilisation massive ce jeudi 23 avril 2026, en soutien à Jawaher Chenna et Ghassan Henchiri membres de la flottille Al-Soumoud.
Ces derniers sont attendus pour une séance d’interrogatoire au Pôle judiciaire économique et financier à Tunis, rappelle le Comité national de défense des activistes de la Flottille qui ont lancé un appel à la solidarité.
Le rassemblement de soutien est prévu demain, jeudi 23 avril, à partir de 10h, devant le Pôle judiciaire situé à l’avenue Mohammed V au centre-ville de Tunis.
Pour rappel, le 17 avril dernier, Sana Msahli a bénéficié d’une libération, alors que Wael Nawar ( époux de Jawaher Chenna) a été maintenu en détention.
Même si dans les livres d’histoire, on s’évertue à être pointilleux et rigoureux chaque fois qu’il est question du passé, les récits de voyages et les témoignages anecdotiques d’époque restent, souvent, des sources vivantes capables d’alimenter notre intelligence et de nourrir notre propre imaginaire à propos des temps révolus. Pour appréhender une période aussi mouvementée qu’est notre histoire d’avant le «Protectorat» français, Abdeljalil Karoui, professeur émérite de littérature française, choisit le parti-pris de nous faire voyager, autrement, dans le temps, à travers le regard curieux, percutant ou simplement fantasque des voyageurs venus de l’autre rive, à la découverte de la «Régence de Tunis».
Salah Gharbi *
Ainsi, avec ‘‘La Tunisie et son image dans la littérature du XIXème siècle et de la première moitié du XXème’’, un ouvrage réédité chez Arabesques éditions, l’auteur nous promène d’un texte à l’autre, alliant la rigueur de l’analyse, au souci du détail et à la pertinence du propos. Le tout est rendu dans un style à la fois précieux et limpide, l’œuvre d’un brillant francophile doublé d’un grand passionné d’histoire et d’un méticuleux chercheur chevronné.
Ecrivains, savants, missionnaires et militaires
Dans ce livre, l’auteur exhume, pour nous, à travers une pléthore de voix étrangères, tant d’aventures et d’expériences personnelles vécues sur notre sol, et nous révèle, grâce à leurs témoignages, certains aspects de la vie politique et sociale de notre pays.
Notre plaisir est encore plus grand quand on découvre que ces voix, sont portées par de grands noms de la littérature française du 19ème et du début du siècle dernier, comme Chateaubriand, Alexandre Dumas, Gustave Flaubert, Alexandre Dumas ou André Gide…, mais aussi, par des moins connues, parmi lesquels, il y a des scientifiques, des missionnaires et des militaires, mais aussi de simples curieux de passage dans notre pays.
À travers ces écrits prolifiques, on est constamment surpris, à la fois, par la variété des points de vue, la liberté de ton et la pertinence de l’analyse. Dans ces innombrables récits où les indiscrétions nous peignent la vie de l’époque, aussi bien publique que privée, montrées dans ses divers aspects, rien ne semble échapper à la curiosité de ces voyageurs, ni l’ambiance feutrée du sérail, ni l’exquise légèreté des maisons bourgeoises, ni l’univers tumultueux et débraillé des tavernes et des maisons closes.
Des regards étrangers dignes d’intérêt
Point de hiérarchie. À travers, les anecdotes et les comptes-rendus des uns et des autres, les petites histoires côtoient la grande et les scènes pittoresques de la vie quotidienne des Tunisiens de l’époque font écho aux témoignages, souvent critiques, sur la gestion des affaires de la Régence de Tunis.
Tantôt amusé, tantôt étonné, mais toujours curieux, le regard étranger, aussi étrange, impressionniste ou étriqué fût-il, reste digne d’intérêt. Du moment qu’il nous interpelle et qu’il nous éclaire sur des pans de notre histoire commune, ce regard devient instructif et édifiant.
En témoignent, à titre d’exemple, les impressions pertinentes de Flaubert, après sa visite du palais du bey au Bardo, au cours de laquelle l’écrivain français note la présence d’un mobilier («Empire» et «Restauration») avec ses pendules dorées à sujets, ses canapés et ses fauteuils en acajou avec des lithographies coloriées, ce qui, trouve-t-il, «déshonore cette merveille (faisant allusion au patio) de l’architecture arabe». D’ailleurs, au cours de son séjour, qui coïncide avec la fin de ramadan, l’auteur de ‘‘Salammbô’’, roman inspiré de l’histoire de Carthage, en assistant à la cérémonie de la fin du jeûne, organisée au Palais dont il fait un compte-rendu, ne résiste pas à mentionner, comme surpris, le rituel du «baisemain».
D’ailleurs, il est tellement frappé par la scène qu’il s’y attarde, dans ses ‘‘Notesde voyage’’ (Ed. Conard, 1910). «… un gros homme, écrit-il, habillé de rouge, portant un bâton à trois chaînettes, hurle d’une voix formidable ; le bey paraît et il s’assoie sur sa chaise en os de poisson…Chacun à la file l’un de l’autre, vient baiser l’intérieur de sa main, dont il appuie le coude sur un coussin. Presque tous donnent deux baisers : un, puis ils touchent le haut de la main avec le front, et un second pour finir…»
Dans sa riche correspondance, le ton de Flaubert apparaît un peu polisson, surtout lorsqu’il s’agit d’évoquer ses escapades à travers notre pays, ses soirées dans la banlieue de Tunis «dans des cabarets maures à entendre chanter les juifs et à voir des obscénités de Karrageuss» ou à propos de ses nuits «de débauche qu’il allait décrire en termes souvent scabreux».
Dans son ‘‘Carnet 10’’, Flaubert nous rend compte d’une de ces soirées de débauche passée auprès de la courtisane Ra’hel : «Dans le patio, flambeaux d’argile verts au milieu, sur une table, poissons dans un bocal et de l’eau de vie. Les deux chambres ouvertes, un grand flambeau par terre, au milieu, comme un candélabre d’église : Ra’hel petite, maigre, museau allongé, les sourcils complètements rejoints par la peinture noire rouge. Dance du crapaud… Le valet de Marsen en veste rouge cumule les deux goûts…»
Observations pertinentes sur la vie politique
À côté de ces histoires anecdotiques, les observations pertinentes sur la vie politique de la Régence de Tunis, sont légion. Celles d’Henri Duveyrier, un archéologue et explorateur du Sahara, se caractérisent par la pertinence et la gravité du ton. Ainsi, dans ‘‘La Tunisie’’, un livre publié en 1881, chez Hachette, l’auteur fait un témoignage accablant contre l’administration beylicale. «Nulle règle ne préside au choix des fonctionnaires et n’assure le recrutement d’hommes capables de remplir les postes de l’administration, écrit-il. En haut, c’est le caprice du souverain qui désigne les ministres. Tant mieux si par hasard son caprice le fait tomber sur un homme droit, énergique, intelligent et dévoué tant pis si l’élu ne gravit les degrés du pouvoir que grâce aux sommes d’argent, aux chevaux de race, aux belles négresses et bien plus jolis garçons de Circassie, d’Arménie ou d’ailleurs…».
Dans le monde fermé des femmes
Alors que Duveyrier nous offre l’image d’un pays qui s’enlisait dans la morosité, dans son livre sur ‘‘LesTunisiennes’’, paru en 1937, chez Denoël, Lucie Paul-Marguerite nous introduit dans le monde fermé des femmes, sous la Régence de Tunis. À travers les portraits qu’elle y brosse des femmes, elle transporte son lecteur dans un univers plein de grâce et de volupté et où une revue féministe, telle ‘‘Leila’’, osait déclarer, déjà, la guerre au «voile assassin qui a permis à tant d’écrivains d’Europe de dire tant de mal de nous».
D’ailleurs, dans son livre, tout en s’intéressant à la condition féminine, l’auteure profite d’une rencontre impromptue avec Dr Mahmoud El Materi, qui était à l’époque le chef du Néo-Destour, pour recueillir auprès de lui des déclarations importantes aussi bien sur la tension qui mine les relations entre les membres du Parti et sur la crise politique générale à l’intérieur du Parti, mais aussi sur le moment crucial que la Régence était en train de vivre…
Après ‘‘Sortilèges d’une jeunesse’’(2020) et ‘‘Mes années parisiennes’’, (2021), parus chez Arabesques,avec cette escapade dans notre passé vu et rendu à travers les regards étrangers, Abdeljalil Karoui, vient d’offrir, aussi bien aux familiers des auteurs français du 19ème et du début du 20ème qu’aux profanes, un savoureux et fructueux périple, passé à déambuler parmi les textes racontant notre pays.
La représentante de Scatec en Tunisie, Maha Ben Hmidane, a déclaré que la centrale solaire photovoltaïque de l’entreprise à Tozeur, d’une capacité de 60 mégawatts, inaugurée officiellement lundi 20 avril 2026, est construite sur plusieurs hectares et utilise environ 95 000 panneaux solaires.
La centrale alimentera en électricité près de 40 000 habitants et la totalité de la production sera utilisée par la Société tunisienne d’électricité et de gaz (Steg) pour renforcer le réseau national, a-t-elle expliqué, ajoutant que l’investissement est étranger, assuré par une entreprise norvégienne, à travers sa filiale en Tunisie, qui emploie environ 90 ingénieurs, techniciens et gestionnaires ayant tous contribué à la réalisation du projet et acquis une expertise dans le domaine des énergies renouvelables.
La représentante de Scatec a souligné que ce projet s’inscrit dans le cadre de la transition énergétique et de la promotion des énergies propres de la Tunisie.
Le secrétaire d’État à la Transition énergétique, Wael Chouchane, a confirmé à Mosaique FM que ce projet fait partie de la première phase des projets du système de concessions, d’une capacité totale de 500 mégawatts, indiquant que plusieurs autres projets sont en voie de mise en service, notamment la centrale de Kairouan (100 mégawatts) et celle de Mazouna (50 mégawatts) à Sidi Bouzid.
Ce projet s’inscrit dans le cadre de la mise en œuvre de la Stratégie énergétique nationale à l’horizon 2035, qui vise à porter à 35 % la part de la production d’électricité à partir de sources d’énergie renouvelable, contre environ 9 % actuellement, a souligné le responsable, ajoutant que la centrale de Tozeur va contribuer au renforcement de la sécurité et de la souveraineté énergétiques, tout en réduisant le coût de production de l’électricité, qui est actuellement en grande parte issue du gaz naturel. Elle devrait aussi générer des économies annuelles d’environ 60 millions de dinars.
Une enveloppe de financement de 10 millions de dinars sera mobilisée pour soutenir les petits agriculteurs, dans le cadre d’un accord conclu entre le ministère de l’Agriculture, des Ressources hydrauliques et de la Pêche et la Banque Tunisienne de Solidarité (BTS).
Cette initiative cible les exploitants agricoles âgés de moins de 70 ans. Particularité de ce dispositif : les bénéficiaires pourront accéder à ces crédits sans avoir à fournir d’apport personnel ni de garanties.
Les financements, accordés sous forme de crédits saisonniers, seront assortis d’un taux d’intérêt de 5 %. Le remboursement est prévu en une seule échéance, à la fin de la campagne agricole, avec une date limite fixée au 31 mars 2027.
Sur le plan opérationnel, le ministère sera chargé des visites de terrain, de l’évaluation technique des dossiers ainsi que de l’accompagnement des agriculteurs. La BTS, pour sa part, assurera l’étude des demandes selon ses procédures en vigueur et statuera sur leur approbation.
Le Parquet près le tribunal de première instance de Tunis a ordonné, ce lundi, le placement d’un migrant subsaharien en situation irrégulière, après une intrusion insolite et inquiétante au domicile d’une avocate à Laouina.
Les faits, qui ont suscité une vive émotion, se sont déroulés durant la nuit au domicile de l’avocate, où suspect avait fait irruption, prenant son aise en se douchant, en portant les habits de l’époux, avant de s’endormir confortablement dans la chambres à coucher du couple
À l’issue de son interrogatoire, le ministère public a retenu plusieurs charges à l’encontre du suspect, et le dossier a été immédiatement transféré devant la chambre correctionnelle du Tribunal de première instance de Tunis.
Le prévenu devra y répondre de ses actes dans les plus brefs délais.
L’enseignement de l’histoire devient un outil détourné de légitimation politiqueplutôt qu’une discipline de recherche scientifique. Le débat sur l’usurpation vient souvent du fait que les frontières d’aujourd’hui ne correspondent pas aux réalités historiques durant des siècles. Une grande partie du patrimoine «numide» ou «punique» est partagée entre la Tunisie et ses voisins de l’Est comme de l’Ouest. Cependant, la Tunisie (l’ancienne Ifriqiya) a toujours été le centre névralgique, urbain et intellectuel de toute la région.
Ridha Ben Slama *
Faut-il rappeler encore à ceux qui se confinent dans une posture pathétique et feignent d’ignorer que notre pays possède une identité étatique propre, bien antérieure à la colonisation (1881), et ce contrairement à beaucoup d’autres pays ? Faut-il répéter que la Tunisie actuelle est l’aboutissement d’une longue succession de civilisations qui ont chacune contribué à son assise territoriale et culturelle ? Depuis des millénaires, elle possède l’une des identités étatiques les plus anciennes et les plus continues au monde, dépassant largement le cadre des frontières coloniales du dernier siècle.
1- La Tunisie (Ifriqiya) le centre névralgique, urbain et intellectuel de toute la région
La justesse de l’approche exige de dépasser un exercice trop contemporain, qui envisage une souveraineté territoriale définie seulement par des frontières, à savoir le «contour extérieur d’une nation pleinement consciente d’elle-même»(1).
Pratiquement, durant des siècles, l’autorité d’un État s’exerçait non sur un espace borné par des frontières identifiées, mais également sur son rayonnement culturel. Les limites de l’État enfermeraient aussi celles, mouvantes, des terrains de parcours de ces tribus vassales à un État.
Carthage (IXe-IIe siècle av. J.-C.) avait déjà structuré le territoire sous une forme étatique puissante, avec une administration, une monnaie et une diplomatie propre. Ce n’était pas seulement une cité, mais le centre d’un empire maritime thalassocratique qui comprenait la majeure partie de la Tunisie actuelle (le Zeugitane et la Byzacène). L’empire s’étendait sur toutes les côtes de la Méditerranée occidentale, de l’actuelle Libye (Tripolitaine) jusqu’au sud de l’Espagne, en passant par la Sardaigne, la Corse, la Sicile et les côtes actuellement algériennes et marocaines.
Quant à Thugga (actuelle Dougga) (2), elle est reconnue par les historiens comme l’une des premières capitales, foyer majeur du royaume Massyle au IVe siècle av. J.-C. Elle est décrite par Diodore de Sicile comme une «ville d’une belle grandeur», servant de résidence royale avant l’unification des différentes tribus. Cette dynastie était traditionnellement une alliée de Carthage. Les rois Massyles participaient grâce à ses cavaliers, réputés au combat, avec les troupes carthaginoises, notamment en Sicile ou en Espagne. Les textes des auteurs de l’antiquité soulignent que des rois comme Zelalsen (grand-père de Massinissa) ou l’ancêtre Aylimas y avaient établi leur centre de pouvoir. Le roi Gaïa, père de Massinissa, maintenait cette alliance étroite, envoyant même son fils combattre aux côtés des Carthaginois en Espagne contre Rome. La cavalerie numide, considérée comme l’une des meilleures cavaleries légères de l’Antiquité, reposait sur une organisation unique centrée sur la mobilité extrême et une symbiose parfaite entre le cavalier et sa monture.
L’influence carthaginoise à Thugga était manifeste à travers l’architecture et les inscriptions. Le célèbre Mausolée libyco-punique témoigne de ce mélange des cultures libyque et punique au sein de la noblesse massyle. Les Massyles occupaient la région entre l’Ampsaga (correspondant aujourd’hui à l’Oued el-Kebir, dont le Rhummel est le principal affluent en Algérie actuelle) et les terres carthaginoises, avec pour capitale Sarim Batim (actuelle Constantine) qui était le nom donné à la ville par les Carthaginois lorsqu’ils y ont établi un comptoir commercial, bien avant qu’elle ne devienne à une certaine époque la capitale de la Numidie.Né à Thugga, Massinissa servit d’abord dans les rangs de l’armée carthaginoise avant de s’allier à Rome en 206 av. J.-C. après avoir été évincé de son trône par Syphax (roi des Massæsyles soutenu par Carthage). Sa victoire lui avait permis d’unifier les deux royaumes.
Le revirement de Massinissa a été l’un des tournants majeurs de l’histoire antique. Ce n’était pas une défection soudaine, mais une décision stratégique dictée par la survie du royaume de ses ancêtres mais aussi pour des motifs personnels. Plusieurs facteurs avaient poussé Massinissa à abandonner l’alliance carthaginoise pour rejoindre Scipion l’Africain (Rome). À la mort de son père Gaïa, le trône massyle était disputé entre les héritiers. Les suffètes de Carthage, au lieu de soutenir Massinissa (pourtant l’un de leurs généraux en Espagne), jouèrent double jeu pour garder le contrôle sur la Numidie.
Massinissa était d’abord fiancé à la belle Sophonisbe, fille du général carthaginois Hasdrubal Gisco. Pour sceller une alliance politique plus «utile», Carthage la donna finalement en mariage à son rival, Syphax (roi des Massæsyles). Humilié et spolié de ses terres par Syphax avec l’appui de Carthage, Massinissa rompit définitivement. En combattant en Espagne, il put observer de près la puissance militaire de Rome. Il comprit que le vent tournait et que Rome était un allié plus solide pour réaliser son ambition. Après la guerre, il annexa les territoires de Syphax et unifia les tribus sous un seul sceptre, de la Moulouya jusqu’aux frontières de Carthage. Il poursuivit la sédentarisation des populations et développa l’agriculture. Les quartiers «numides» à Thugga, sous le forum romain, montrent que la ville était déjà une cité organisée et prospère sous son règne.
Après la chute de Carthage en 146 av. J.-C., les Romains conservèrent cette unité territoriale. Le nom «Africa» désignait spécifiquement la Tunisie avant de s’étendre à tout le continent. Situé au cœur de la Méditerranée, le territoire constituait une entité historique qui contrôlait des contrées s’étendant à travers l’Afrique du Nord et la Méditerranée. Cela correspondait au nord et à l’est de la Tunisie actuelle, avant de s’étendre pour inclure l’actuelle Tripolitaine (Libye) et une partie de l’Est actuellement algérien (Constantinois).
Massinissa était donc né à Dougga (Thugga). Pour les historiens, c’est un enfant du pays, à savoir la Tunisie. Pourtant, quelques faussaires prétendent que Massinissa serait «le père de l’État algérien moderne», puisqu’il avait unifié les tribus numides. Une statue lui a d’ailleurs été érigée au cœur d’Alger en 2021, ce qui a été perçu comme une tentative de «captation» d’une figure massyle, issue d’une dynastie établie à Thugga.
La seconde «captation» est celle de Saint Augustin qui était certes né à Thagaste (Souk Ahras, en Algérie actuelle). Thagaste est située à environ 240 km de Carthage, mais elle faisait partie d’une région profondément «punicisée». Saint Augustin lui-même, bien que citoyen romain de culture latine, se revendiquait fier de ses origines puniques. Car le punique était encore parlé par les populations rurales autour de Thagaste au IVe siècle apr. J.-C., soit plus de 500 ans après la chute de Carthage.
Augustin s’était formé intellectuellement à Carthage, y avait enseigné et avait passé une grande partie de sa vie dans la sphère d’influence carthaginoise. Il se définissait lui-même comme un «fils de Carthage»(3), ce qui pousse les historiens tunisiens à rappeler que son héritage philosophique et théologique appartient à l’école de pensée de l’actuelle Tunisie.
À l’époque, il se considérait comme un «Africain» au sens de la province d’Africa (Tunisie), et non selon des frontières nationales nées en 1962.
Même si ces grandes figures appartenaient à une époque où les frontières actuelles n’existaient pas formellement (la Numidie ou l’Afrique proconsulaire), leur existence résulte d’une culture et d’une civilisation punique incarnées par Carthage. Les transformer en «citoyens» d’un pays parce qu’ils auraient vécu, à un certain moment, dans des villes «recouvrées» est une incongruité.
Quelques mythomanes invétérés mènent aujourd’hui une politique active de «patrimonialisation» (colloques sur Massinissa, promotion du circuit de Saint Augustin) pour assoir une profondeur historique nationale qui fait défaut dans le récit colonial. Il est indubitable que même leurs concitoyens en Algérie, qui font preuve de discernement, ne peuvent que se dissocier de leurs supercheries. Saint Augustin et Massinissa ont agi dans un cadre géographique et politique dont Tunis-Carthage était le pôle majeur.
Cette territorialisation de l’histoire, où un pays cherche par tous les moyens à construire un récit national exclusif, est un anachronisme qui sert surtout des agendas politiques douteux. L’objectif serait vraisemblablement de créer un lien fictif direct. Il y a une inexactitude géographique qui utilise les frontières actuelles, imposées par le colonialisme, pour diviser des empires (Carthage, la Numidie, la Proconsulaire).
L’enseignement de l’histoire devient un outil détourné de légitimation politique plutôt qu’une discipline de recherche scientifique. Un exemple parmi d’autres, le Haut-Commissariat à l’Amazighité en Algérie milite activement pour l’unification de ces concepts dans les manuels afin de consacrer l’image d’un État numide précurseur de l’Algérie ! Le débat sur l’usurpation vient souvent du fait que les frontières d’aujourd’hui ne correspondent pas aux réalités historiques durant des siècles. Une grande partie du patrimoine «numide» ou «punique» est partagée entre la Tunisie et ses voisins de l’Est comme de l’Ouest. Cependant, la Tunisie (l’ancienne Ifriqiya) a toujours été le centre névralgique, urbain et intellectuel de toute la région.
Une mise au point sur la situation de toutes ces figures historiques et du patrimoine, permet de distinguer les faits historiques des dynamiques de «nationalisation» de l’histoire.
Le concept d’Ifriqiya est un patrimoine centralisé à Tunis. Par contre historiquement, le terme «Algérie» est une création administrative bien plus tardive, alors que le terme Ifriqiya (dont dérive le nom Tunisie) désignait un ensemble cohérent incluant l’Est algérien actuel et la Tripolitaine. Quant à la controverse historique sur Cirta, j’ai eu l’occasion de l’aborder amplement dans un article précédent (4).
Ce procédé apocryphe appliqué à la géographie et à l’histoire sert à faire des raccourcis pour imposer une lecture biaisée. Cela s’apparente à de l’instrumentalisation ou «mésusage» de l’histoire et de la géographie. Lorsqu’on simplifie à l’extrême ou qu’on manipule ces disciplines, l’objectif est généralement de créer un récitqui semble, de premier abord, indiscutable parce qu’il s’appuie sur des «faits» — même si ces derniers sont sortis de leur contexte.
On projette arbitrairement des concepts modernes (nations, frontières…) sur des époques anciennes où ils n’existaient pas réellement sous ces formes. Le fait d’utiliser des toponymes anciens ou spécifiques pour nier l’identité actuelle d’un lieu, en modifiant légèrement le curseur, on transforme une analyse complexe en un outil de triviale propagande.
Après les guerres puniques, Carthage fut reconstruite par Rome, devenant l’une des provinces les plus prospères (Africa proconsulaire 146 av. J.-C. – 439 ap. J.-C.). Puis, elle a été envahie par les Vandales, suivie de la reconquête byzantine sous Justinien Ier en 533. L’année 698 marqua un tournant définitif avec la fin de l’influence byzantine en Afrique du Nord. La confrontation décisive opposa les armées du Hassan Ibn Numan, aux forces de l’Exarchat de Carthage. Plutôt que de reconstruire Carthage, trop exposée aux attaques maritimes de la flotte byzantine, Tunis fut choisie en tant que site plus protégé.
En 705, Kairouan devint officiellement la capitale de l’Ifriqiya et la base de rayonnement au Maghreb. Sous la dynastie Aghlabide (800–909), la Tunisie connut une prospérité immense. On lança la conquête de la Sicile, le pays devient une puissance maritime majeure. Kairouan dirigeait la Tunisie, l’Est algérien, la Tripolitaine et avait même conquis la Sicile et Malte. L’Ifrîqiya proprement dite, comprenait les anciennes Proconsulaire (ou Zeugitane) et Byzacène, séparées depuis Dioclétien, d’autre part le Zâb (une province stratégique entre le Sahara et la Méditerranée, servant de carrefour commercial majeur). On rencontre également l’expression d’«Ifrîqiya proprement dite» chez H. R. Idris qui écrit : «À l’Ifrîqiya proprement dite, ensemble de plaines où les communications sont faciles, rares les passages obligés et les massifs fermés, pays fortement organisé autour de Kairouan, s’oppose le Maghreb central, complexe de massifs montagneux, plus ou moins anarchiquement isolés les uns des autres»(5). Il retrouve là une distinction strictement géographique, voire topographique, qui rejoint implicitement des considérations plus politiques (opposition entre l’«organisation» autour de Kairouan et l’«anarchie» à l’ouest).
En 909, une nouvelle dynastie s’établit. L’Empire Fatimide avait englobé tout le Maghreb. Il fonda une nouvelle capitale sur la côte, Mahdia, avec son port militaire fortifié. Les Fatimides finirent par partir conquérir l’Égypte pour y fonder Le Caire, laissant la Tunisie sous la gestion des Zirides. Lorsque ces derniers rompirent avec le Caire, le calife fatimide envoya les tribus bédouines des Banu Hilal et des Banu Salim pour punir l’Ifriqiya. Avec les invasions hilaliennes (XIe siècle), c’était un tournant dramatique. Ces invasions entrainèrent une désorganisation immense, notamment de l’agriculture sédentaire.
Tunis devint la capitale de la Tunisie (Ifriqiya) en deux étapes majeures : elle fut d’abord promue sous les Almohades en 1159, puis son statut est définitivement scellé sous la dynastie des Hafsides en 1228. Les Almohades (1121-1269) chassaient les Normands Tunisie (qui occupaient les côtes) et unifiait le Maghreb. Au cours de cette période la notion de territoire tunisien «central» se cristallisa le mieux sous le nom d’Ifriqiya. L’empire almohade, affaibli militairement et idéologiquement, se désagrégea, perdant sa cohésion sous le règne d’Al-Ma’moun (1227-1232). C’est dans ce contexte de déclin que la Tunisie s’émancipa de fait sous la tutelle de la dynastie hafside.
En 1229, les Hafsides rejettent l’autorité des Almohades et deviennent maîtres de l’Ifriqiya. L’Empire Hafside (1229-1574) représenta l’âge d’or de l’État tunisien médiéval. À son apogée, le royaume hafside de Tunis s’étendait de Bougie (Béjaïa en Algérie actuelle) à l’ouest jusqu’à Tripoli à l’est. Tunis était alors la capitale culturelle et politique incontestée du Maghreb central et oriental. C’était sans doute la période la plus stable et la plus riche de la Tunisie médiévale. Des liens commerciaux intenses se nouèrent avec les cités italiennes (Venise, Gênes) et l’Espagne. La capitale Tunis était devenue l’une des cités les plus peuplées et les plus riches, au rayonnement intellectuelreconnu. C’est l’époque du grand historien et philosophe Ibn Khaldoun, père de la sociologie moderne.
Pour le pouvoir central de Tunis, la frontière incluait la province de Bougie, avec à sa tête un gouverneur doté de compétences élargies. Les premiers souverains hafsides maintinrent un contrôle direct sur cette région. Dès 1280 le sultan nomme son fils gouverneur de Bougie et de sa région, avec une autonomie de commandement (Ibar, VI, p. 685, Berbères, II, p. 384), reconnaissant la nécessité de donner à ce gouverneur les moyens de faire face à la menace des Abdelwadides ou des Mérinides à l’ouest. Vers 1370, le sultan de Tunis nomma à son tour à Bougie son fils aîné. Il lui céda son autorité sur les impôts et sur l’armée (Ibar, VI, p. 88, Berbères, III, p. 88.), lui donna «le commandement absolu [de sa ville et de sa province] et la permission de prendre le titre, le cérémonial et les insignes de la royauté» (Ibar, VI, p. 876, Berbères, III, p. 90.). Ces prérogatives exceptionnelles ne sont pas sans risque. On connaît le passage de la Muqaddima dans lequel Ibn Khaldûn explique que «toute dynastie est plus forte à son centre qu’à ses frontières», où se manifeste souvent en premier la perte de vitalité de la dynastie (6).
Cette situation provoqua en effet, à plusieurs reprises, des sécessions par rapport à Tunis. Néanmoins ces dernières étaient davantage motivées par les prétentions des émirs de Bougie au sultanat que par une réelle volonté d’indépendance, donc par un sentiment centrifuge. Lorsque le sultan Abû Zakariyâ’ (1228-1249) confie à son fils et héritier Abû Zakariyâ’ Yahyâ le gouvernement de Bougie, il étend la domination de ce dernier à l’ensemble des anciens territoires hammadides, avec des villes comme Alger, Constantine, Bône, et le territoire du Zâb : «il donna à son fils le gouvernement de la marche de Bougie, capitale du royaume des Banû Hammâd et lui confia l’administration de l’ensemble de sa région» (Ibar, VI, p. 619, Berbères, II, p. 329).
Ibn Khaldûn définit donc ce territoire frontière avant tout par un ensemble de villes dominées par Bougie, avec leurs arrière-pays. L’allégeance de ces villes envers le pouvoir central se manifeste par l’acceptation des gouverneurs envoyés par le souverain et par la bay‘a prononcée au moment de l’accession au trône de ce dernier, renouvelée régulièrement par la khutba prononcée en son nom.
La délimitation du territoire de cette marche occidentale repose donc sur une autre unité de base, la tribu. Mais il serait erroné de considérer ces tribus d’un point de vue purement ethnique, sans référence à l’espace(7). Outre le fait que certaines de ces tribus sont sédentaires, le nomadisme n’exclut nullement la conscience d’un territoire tribal articulé autour de points d’eau et de zones de pâturages, à l’intérieur duquel se font les déplacements saisonniers. Il n’exclut pas plus le fait que ce territoire soit perçu comme faisant partie de l’espace de souveraineté d’un pouvoir d’État auquel la tribu faisait allégeance (8).
Il s’agit de relever un fait authentifié, sous les Aghlabides, les Fatimides puis l’État Hafside qui s’étendait sur l’Ifriqiya, ce qui signifie que la Tunisie englobait des territoires allant de Bougie (Béjaïa) jusqu’aux environs de Tripoli, et incluait des zones de la Grande Kabylie notamment Alger et contrôlant des territoires jusqu’à la Grande Syrte (1228 à 1574). Le pays avait maintenu une autonomie politique forte, centrée sur Mahdia, Kairouan puis Tunis.
2- Alerte, face aux tentatives d’expropriation mémorielle
En 1574, la Tunisie fut appariée à l’Empire Ottoman, avant d’acquérir une autonomie relative à partir de 1705. Le règne de Hammouda Pacha (1782-1814) marqua l’apogée de la dynastie husseinite en Tunisie. Son autorité a été testée par plusieurs conflits armés contre la Régence d’Alger, où Mustapha Pacha a été assassiné et les chroniques mentionnent Ahmed II Pacha comme successeur, une période marquée par de forte agitation et de successions rapides. La milice des janissaires jouait un rôle prédominant dans la destitution ou l’assassinat des deys d’Alger, rendant le pouvoir instable.
Cherchant à mettre fin au tribut versé à Alger, Hammouda Pacha fit réparer les remparts de la Médina de Tunis, de la Kasbah, et fit construire de nouvelles casernes comme celle d’El Attarine. Il déclara la guerre au Dey d’Alger en 1807. Le conflit culmina lors de la bataille de Constantine, où les troupes d’Alger subirent une défaite décisive. La victoire la plus emblématique contre les Algériens (ou plutôt Algérois) a été celle de juillet 1807. Le vizir Youssouf Saheb Ettabaâ intercepta l’armée algérienne à l’Oued Sarrat et l’écrasa, l’obligeant à fuir et à abandonner son artillerie. Cette victoire permit à la Tunisie de ne plus payer le tribut annuel à Alger. Une seconde guerre éclata en 1813. Les défenses tunisiennes ont tenu bon. Les troupes algériennes ont tenté de pénétrer en Tunisie mais ont été maintenues à la frontière. Le conflit s’est achevé par un traité en décembre 1813, signé par le Dey Hadj Ali d’Alger et le Bey Hammouda Pacha de Tunis.
Avec les Husseinites, la Tunisie avait agi comme un État quasi indépendant du pouvoir ottoman, avec ses propres traités internationaux et son premier texte constitutionnel en 1861 (le premier de la sphère proche orientale). Il est documenté que cette quête d’autonomie s’est manifestée par des actions symboliques, les navires tunisiens utilisaient leur propre pavillon et refusaient de se conformer strictement à l’usage des fanions ottomans, surtout lors de la période d’autonomie croissante sous Ahmed Bey I (1837-1855). Mais, avec la signature du Traité du Bardo en 1881, la Tunisie fut placée sous domination française.
À travers ce rapide périple historique, il a été possible de constater que, depuis l’antiquité et durant des siècles, le pouvoir central sur une vaste superficie était basé à Carthage-Dougga, Le Kef, Kairouan, Mahdia puis à Tunis. Par conséquent, son autorité se déployait sur des espaces territoriaux plus vaste que ceux de la Tunisie actuelle, aussi bien à l’Est qu’à l’Ouest. Des villes comme Annaba (Hippone) ou Constantine étaient administrativement et culturellement rattachées à la mouvance tunisienne. Cette antériorité historique explique pourquoi de nombreux Tunisiens perçoivent les digressions actuelles comme une tromperie et une forme d’expropriation mémorielle. Dès la fin du Moyen Age, le discours comme la pratique montrent l’émergence d’une appréhension politique de l’espace, qui se développe à l’époque moderne et contemporaine. La marche de Bougie à l’époque hafside en offre un bon exemple (9).
Depuis quelques années, de nombreux Tunisiens relèvent avec étonnement la diffusion de contrevérités instillées notamment sur les réseaux sociaux, traduisant des tentatives de captation du patrimoine tunisien par certains individus qui manquent de tact et souffrent d’une carence éducative. Cette posture fourbe touche au cœur de l’identité nationale et de la légitimité historique, elle représente une tentative de réappropriation patrimoniale. Ajoutant à ces divagations, les propos d’un ancien parlementaire algérien et expert économique, du nom de Houari Tigharsi, qui ont suscité une vive controverse. En juillet 2022 (10), lors d’une intervention télévisée, ce quidam a qualifié la Tunisie de «wilaya» (province ou gouvernorat) de l’Algérie, dans une interview accordée à la chaîne Sky News Arabia.
Bien que ces propos n’engagent pas -heureusement- l’État algérien, ils ont provoqué une vague d’indignation et ont été largement relayés par des médias comme une ébauche de velléités hégémoniques. Certains observateurs notent que ce type de discours (qualifier la Tunisie de «wilaya») circule parfois dans des cercles proches du pouvoir des voisins de l’Ouest sans être ouvertement approuvé, ce qui contribue à alimenter les critiques sur une volonté d’hégémonie régionale qui avancerait à pas de loup. Cette «maladresse» n’est pas un hasard. Elle répondrait à un besoin intériorisé de forger une identité nationale (sur le dos des autres) dans une profondeur historique mythique dépassant l’ère coloniale. Surtout, il n’y a pas eu de dénonciation officielle spécifique du gouvernement algérien concernant ces propos, alors qu’ils avaient provoqué une vive indignation en Tunisie, les autorités n’ont pas émis de condamnation publique directe à propos de ses déclarations.
Au-delà de ce personnage, la même expression est parfois utilisée de manière condescendante dans certains débats médiatiques algériens. En mai 2023, l’ambassadeur d’Algérie en Italie avait déclaré que Rome et Alger s’entendaient pour «préserver la stabilité de la Tunisie», une phrase perçue à Tunis comme une forme d’ingérence (D’aucuns diront : de quoi je me mêle).
L’absence de justifications est précisément ce qui alimente régulièrement la rancœur d’une partie importante de l’opinion tunisienne, qui n’y voit non pas un dérapage isolé, mais le reflet d’une certaine perception condescendante persistante.
L’ancien diplomate Elyes Kasri (11) a été l’une des voix les plus critiques, alertant sur ce qu’il perçoit comme une «dérive», certains observateurs allant jusqu’à évoquer ironiquement une transformation en «70e wilaya algérienne». Il a récemment remis sur le tapis la question des territoires frontaliers (environ 20 000 km²) qui ont été intégrés à l’Algérie après l’indépendance, perçus par certains Tunisiens comme une spoliation historique.
Cette perception d’une «main basse» sur le patrimoine tunisien alimente effectivement de vifs débats, où la question de l’appropriation culturelle est devenue un sujet de tension récurrent.
Le conflit le plus emblématique concerne la zone saharienne et la célèbre Borne 233 (Garet El Hamel). La Tunisie revendiquait une bande de territoire au sud-ouest, s’étendant de la borne 222 (Fort Saint) jusqu’à la borne 233. Ce territoire, riche en ressources pétrolières (gisement d’Edjelé), aurait permis à la Tunisie d’étendre sa souveraineté sur environ 20 000 km². En plein conflit de Bizerte (1961), le président Habib Bourguiba a tenté de matérialiser cette souveraineté en envoyant un commando planter le drapeau tunisien sur la borne 233. Un affrontement armé avec les troupes françaises stationnées sur place fit 13 morts côté tunisien.
Il y a lieu de souligner que la frontière tuniso-algérienne a été historiquement une zone complexe, avec des barrages érigés pendant la guerre d’Algérie et des conflits territoriaux passés (1628, 1807). Les frontières actuelles sont en partie le résultat de négociations laborieuses, notamment le traité de 1628 entre la Régence indépendante de Tunis et la Régence du Dey d’Alger, qui est resté la base jusqu’à ce que les autorités militaires françaises en Algérie ne le remettent en cause en 1845. Les frontières modernes commencent à se dessiner, souvent au prix de conflits avec la Régence d’Alger à l’ouest (appelé traité d’Es-Settara), qui mit fin à la guerre et confirma la fixation de l’Oued Serrat comme frontière ouest. Les traités successifs ont fini par fixer les limites que nous connaissons aujourd’hui, bien que les tribus frontalières aient longtemps circulé librement.
L’examen des documents cartographiques coloniaux révèle que le tracé des frontières actuelles est le produit d’une série de conventions et de décisions administratives françaises qui ont systématiquement favorisé l’Algérie (alors considérée comme un prolongement de la métropole) au détriment de la Régence de Tunis. La Convention de 1901: un procès-verbal entre le gouverneur général d’Algérie et le résident général de France en Tunisie amorce le détachement de portions territoriales au profit de l’administration algérienne.
La Convention de Tripoli (1910)signée entre le Bey de Tunis et l’Empire Ottoman (pour la Tripolitaine), délimite la frontière sud. Bien qu’elle reconnaisse la borne 233 (12) (Garet El Hamel) comme point ultime du territoire tunisien, la France refusa par la suite d’appliquer strictement ce tracé pour conserver le contrôle sur des zones qu’elle considérait comme stratégiques.
Le grignotage du Sahara s’est effectué à travers les conventions successives en 1910 et 1929 qui ont entériné un «découpage imaginaire». Avant que la France et l’Italie ne figent les frontières par des traités (comme celui de 1910 avec la Libye), les tribus et populations (comme les Werghemma) évoluaient dans un espace fluide, défiant les tentatives coloniales de fixer des limites territoriales strictes.
Il est clairement établi que la France privilégia l’unité administrative de son «département algérien», annexant de facto des zones de parcours de tribus tunisiennes (comme les Frachich) pour garantir la sécurité des colons en Algérie. Le contentieux majeur portait donc sur une étendue de près de 20 000 km² (soit la superficie d’un pays comme la Slovénie) située au sud. Ce territoire englobe des zones riches comme El Borma, Ouargla et Berkine, piliers de l’actuelle puissance pétro-gazière algérienne.
Quant à la Borne 233, elle demeure le symbole de la spoliation. La France avait juridiquement reconnu son appartenance à la Tunisie, mais a maintenu une ambiguïté pour protéger le triangle stratégique Bir Romane – Borne 233 – Fort Saint.
L’accord de 1964, lors de la conférence du Caire, représentait un arrangement entre Habib Bourguiba et Ahmed Ben Bella. Il prévoyait la restitution de ces 20 000 km² à la Tunisie. Après la chute de Ben Bella en 1965, le nouveau pouvoir algérien (Boumediene) a refusé d’honorer cet accord, s’appuyant astucieusement sur le principe de l’OUA concernant «l’intangibilité des frontières héritées du colonialisme» pour sanctuariser ces gains territoriaux.
Ces documents montrent que la cartographie n’était pas un simple relevé géographique, mais un outil de gestion des conflits et d’expansion coloniale, transformant des limites de parcours tribaux en frontières d’État rigides au profit de l’entité la plus «française» du Maghreb à l’époque.
On ne peut que constater que la Tunisie a dû faire face à des tensions territoriales significatives avec ses voisins, principalement liées au legs de l’administration coloniale française qui avait favorisé l’Algérie (considérée comme un prolongement de la métropole) au détriment de la Tunisie.
Finalement, le pouvoir tunisien abandonna ses revendications pour préserver la paix, par des accords successifs : celui de 1970 sur le tracé sud (Bir Romane – Fort Saint) et celui de 1983 sur le tracé nord (Méditerranée – Bir Romane).
En dépit de toutes ces péripéties, Tunisiens et Algériens dans leur ensemble partagent des liens profonds et sont pour une coexistence pacifique. Car la proximité n’est pas seulement géographique, elle est humaine. Les familles transfrontalières, les mariages mixtes et l’histoire commune de la lutte pour l’indépendance créent un sentiment d’appartenance commune qui dépasse les discours politiques ou les polémiques de réseaux sociaux.
Les populations des deux pays aspirent avant tout à la paix, au développement économique et à la libre circulation sans arrière-pensées hégémoniques. La coexistence paisible est perçue comme la seule voie viable pour la prospérité régionale dans un monde de plus en plus instable.
Pourtant, ces «fauteurs de troubles» qui cherchent à semer la discorde, bénéficient souvent d’une visibilité disproportionnée sur internet, mais ils ne représentent pas la volonté des millions de Tunisiens et d’Algériens qui cultivent le respect et l’amitié au quotidien. Cette notion grotesque de «grand frère» est souvent perçue comme paternaliste et ne correspond pas aux aspirations des sociétés modernes qui privilégient le partenariat et l’égalité.
Une logique de respect mutuel est essentielle pour plusieurs raisons. Chaque nation a son propre parcours, ses défis et sa souveraineté à protéger. Le respect de ces spécificités est la base de toute relation saine et durable, c’est le meilleur rempart contre les malentendus. En se traitant d’égal à égal, la coopération devient plus efficace. Il ne s’agit pas de «donner des leçons», mais de partager des solutions. Les termes de supériorité ou les tentatives d’ingérence sont souvent ceux qui alimentent les réactions de rejet. Toute tentative perçue comme hégémonique risque de compromettre les relations en brisant la confiance et en créant un déséquilibre qui génère inévitablement résistance et conflits. Ce qui crée un terrain propice aux blocages de communication, nuisant à la relation sur le long terme.
En somme, la force de la relation entre deux États souverains et ses citoyens réside dans cette capacité à se considérer comme des partenaires stratégiques, sans qu’une tutelle morale ou politique ne vienne entacher cette amitié. À bon entendeur, salut !
* Ecrivain.
Notes :
1- Lucien Febvre, “Frontières : le mot et la notion”, Bulletin du Centre International de Synthèse, XLV, 1928, repris dans Pour une histoire à entière, Paris, 1962, p. 17-18.
2- Dougga (Thugga). Études épigraphiques – Sous la direction de Mustapha Khanoussi et Louis Maurin, Ausonius Éditions,1997, 278 pages.
3- Saint Augustin, numide universel, La Vie, 16/04/2026.
4- Carthage, la Tunisienne (1-2), Nos ancêtres les Massyles, Kapitalis, 5 et 6 juillet 2025.
5– Hady-Roger Idris, La Berbérie orientale sous les Zirides, Xème-XIIème siècle, Paris, 1962, p. 409.
6- Ibn Khaldûn, Discours sur l’Histoire universelle. Al-Muqaddima, trad. Vincent Monteil, Paris, 1967-8, p. 318.
7- Voir notamment les réflexions de Laroussi Amri, et sa critique des thèses d’É.-F. Gautier, Pour une sociologie 8 – des ruptures. La tribu au Maghreb médiéval, Tunis, 1997, p. 189 sqq.
8- Sur ce rapport entre allégeance et territoire, voir notamment Vincent Geisser, Rapport préliminaire à l’atelier «formes d’allégeances et territorialisation», Villes et territoires au Maghreb, op.cit., p. 115-117.
9 – Cf. Dominique Valérian, Bougie, port maghrébin à la fin du Moyen Age, thèse d’université, Université Paris I, décembre 2000.
En Tunisie, la floriculture, branche de l’horticulture qui s’intéresse à la culture des fleurs et des plantes ornementales, allie une dimension patrimoniale ancestrale et une valeur économique croissante, dans un contexte mondial marqué par une demande accrue en produits naturels et aromatiques, indique l’agence Tap.
Malgré le volume limité de sa production, ce secteur est considéré comme stratégique, car la richesse se mesure à la valeur ajoutée réalisée lors des étapes de transformation, de fabrication et d’exportation, souligne l’agence, évoquant les défis structurels freinant son développement.
Selon les statistiques de la Direction de la production végétale du ministère de l’Agriculture, des Ressources hydrauliques et de la Pêche, la production des fleurs coupées en Tunisie est principalement concentrée dans les gouvernorats, Kairouan (pôle principal du système), Nabeul, Ariana, Ben Arous, Béja, Sousse et Monastir.
Les superficies totales cultivées s’élèvent à environ 380 hectares, dont près de 370 hectares à Kairouan. Au niveau national, la production des fleurs varie entre 500 et 540 tonnes par an.
Une force économique réelle encore mal exploitée
La force économique réelle du secteur de la floriculture en Tunisie réside dans l’étape post-récolte, durant laquelle la rose (produit périssable) est transformée en produits à haute valeur ajoutée, tels que l’eau de rose, les huiles essentielles et la rose séchée, produits industriels pouvant être stockés, commercialisés et exportés.
Le processus de distillation, qu’il soit traditionnel ou moderne, constitue le maillon principal de cette chaîne, car il repose sur l’extraction des huiles essentielles par la vapeur et la condensation, avec des variations de qualité et d’efficacité selon le niveau technologique utilisé.
Les produits de transformation issus de la rose sont multiples. L’eau de rose est le produit le plus répandu et le plus consommé, soit dans le domaine alimentaire ou cosmétique, tandis que l’huile de rose est considérée comme l’une des huiles essentielles les plus chères au monde en raison de sa rareté et de sa forte concentration, utilisée principalement dans la parfumerie de luxe.
La rose est également utilisée dans la fabrication des pâtisseries traditionnelles et des boissons, en plus de divers produits cosmétiques, tels que les crèmes et les parfums naturels.
La rose tunisienne, en particulier les variétés Rosa damascena et Rosa centifolia, se caractérisent par une haute qualité qui les rend prisées sur les marchés extérieurs.
En effet, environ 60 % de la production sont orientés vers l’exportation, notamment vers la France, l’Italie et la Suisse, ce qui traduit l’intégration progressive du secteur dans les chaînes de valeur mondiales.
Néanmoins, ce succès à l’exportation reste déséquilibré en termes de répartition de la valeur, car les transformateurs et les exportateurs en bénéficient davantage que les agriculteurs qui restent liés à un revenu saisonnier affecté par les fluctuations des prix et de la production.
Contraintes entravant le développement du secteur
Malgré les potentialités dont bénéficie le secteur, des défis structurels majeurs s’imposent en limitant son développement et son exploitation optimale. Il s’agit, notamment, de la faiblesse de l’organisation entre les différents intervenants, le morcellement des exploitations agricoles et leur petite taille, en plus du manque d’investissement dans les technologies modernes de distillation et de transformation.
S’ajoute à cela une faible promotion à l’international par rapport aux pays concurrents dans le domaine des plantes aromatiques, outre l’absence de labels de qualité forts et structurés capables de renforcer la position de la rose tunisienne sur les marchés mondiaux.
Autre contrainte entravant le développement du secteur, la faiblesse du lien entre la production agricole et l’industrie de transformation.
Les effets des hausses des prix et de l’inflation importée ne se sont pas tous manifestés en mars. Leur véritable impact commencera à se faire sentir en avril et mai, et pourrait se prolonger jusqu’en juin et juillet, en grignotant sur le pouvoir d’achat,a averti Hatem Fathallah, lors d’une interview accordée à Diwan FM.
L’expert-comptable et professeur d’université a ajouté que ces hausses sont directement liées aux augmentations des prix sur les marchés mondiaux et que la guerre israélo-américaine contre l’Iran pourrait aggraver les pressions inflationnistes mondiales et, par conséquent, impacter le marché tunisien.
L’expert a, par ailleurs, exprimé son inquiétude quant au recours aux augmentations salariales comme mécanisme d’atténuation de l’inflation, dont le taux officiel a été estimé à 5% en mars dernier. Car, selon lui, augmenter les salaires sans une augmentation équivalente de la production et de la productivité alimenterait l’inflation au lieu de la freiner, entraînant de nouvelles flambées des prix.
Selon lui, ces approches «fragmentaires» n’apportant aucune valeur ajoutée réelle à l’économie, d’autant plus que l’augmentation salariale anticipée pourrait être inférieure à la hausse effective des prix. Par conséquent, elles n’auront pas d’impact positif sur le pouvoir d’achat des citoyens et pourront même engendrer de nouvelles pressions inflationnistes dans les semaines à venir.
M. Fathallah a souligné que les solutions durables résident dans le soutien à l’investissement, l’amélioration du climat des affaires, l’augmentation de la productivité et la résolution des problèmes structurels, notamment dans le secteur agricole.
Réunie jeudi 16 avril 2026, sous la houlette du nouveau bureau exécutif conduit par Slaheddine Selmi, la Commission administrative nationale de l’Union générale tunisienne du travail (UGTT), la première depuis le congrès de l’organisation tenu du 25 au 27 mars dernier à Monastir, a exigé des augmentations de salaires dans la fonction publique, le secteur public et le secteur privé, ainsi que des revalorisations des pensions, du salaire minimum dans l’industrie et l’agriculture, et la reprise du dialogue social.
Dans un communiqué publié hier, vendredi, la centrale syndicale a condamné la hausse incontrôlée et sans précédent des prix, qui a entraîné une forte baisse du pouvoir d’achat des travailleurs, selon ses termes. Elle a aussi appelé au versement des augmentations salariales prévues pour 2025 dans le secteur privé, à la mise en œuvre des accords existants afin de préserver la crédibilité de la négociation collective, au retour du dialogue social et à l’activation effective et régulière de ses mécanismes, ainsi qu’à l’adoption de réformes économiques et sociales équitables.
Le Commission administrative a également plaidé pour le retour au dialogue comme principal mode de résolution des différends et pour la libération du syndicaliste Sanki Assoudi.
Le syndicat a souligné que la défense des droits économiques et sociaux demeure intrinsèquement liée aux libertés syndicales, publiques et individuelles, à la liberté de la presse et d’expression, ainsi qu’au respect de l’État de droit et des institutions.
Il a réaffirmé son engagement à poursuivre la lutte légitime pour la défense des droits des travailleurs et de l’intérêt national supérieur, dans un esprit d’unité, d’indépendance et de respect des principes syndicaux.
L’UGTT a enfin exhorté les travailleurs à se préparer activement la plus large mobilisation possible pour assurer le succès des célébrations du 1er mai, fête du travail, préserver l’unité de l’organisation, renforcer la solidarité interne et intensifier les campagnes de recrutement et d’adhésion.
Sur un autre plan, l’organisation a réaffirmé son soutien indéfectible aux luttes du peuple palestinien et à sa résistance légitime pour la libération, condamnant la loi autorisant l’exécution de prisonniers palestiniens et exprimant sa solidarité avec tous les peuples luttant contre l’occupation et la domination.
En France, les menaces qui pèsent sur la liberté de la presse ne prennent pas toujours la forme de pressions visibles. Elles peuvent aussi s’inscrire dans des dispositifs juridiques discrets, intégrés aux contrats de travail. C’est ce que met en lumière le documentaire ‘‘La loi du silence : ces clauses qui font taire les journalistes’’, publié en mars 2025 par le studio de Reporters sans frontières.(Photo : Jean Bolloré, patron de Vivendi (CNews, Europe 1, JDD…), est l’un des visages de la censure des médias en France).
Djamal Guettala
Fondé sur des témoignages et des enquêtes, ce film révèle une pratique en progression : l’introduction, lors du départ de journalistes, de clauses de confidentialité, de loyauté ou de non-dénigrement. Si ces mécanismes sont courants dans le secteur privé, leur extension au champ médiatique suscite de vives interrogations.
Dans plusieurs situations documentées, ces clauses interdisent aux journalistes de critiquer leur ancienne rédaction ou de rendre publiques certaines informations internes. Certaines dispositions vont jusqu’à restreindre durablement, voire indéfiniment, leur prise de parole sur des sujets liés à leur ancien employeur.
Pour les défenseurs de la liberté de la presse, cette évolution constitue un risque réel : celui d’un affaiblissement progressif de la parole journalistique, y compris en dehors des rédactions.
Un enjeu démocratique et juridique majeur
Ce phénomène intervient dans un paysage médiatique français marqué par une concentration accrue des titres et des groupes de presse. Ce mouvement renforce le poids des acteurs économiques dans l’organisation de l’information, tandis que les journalistes, notamment les plus précaires, disposent de marges de négociation limitées.
Sur le plan légal, ces dispositifs se situent à l’intersection du droit du travail et de la liberté d’expression. Leur validité dépend de leur proportionnalité, mais appliquées au journalisme, elles posent une question centrale : jusqu’où peut-on restreindre la parole d’un professionnel de l’information sans porter atteinte à l’intérêt général ?
Reporters sans frontières alerte sur une possible dérive vers une forme de censure indirecte, moins visible que les pressions classiques, mais potentiellement tout aussi efficace.
Le Studio RSF au service de la liberté de la presse
À l’origine de ce travail, le Studio RSF développe une approche éditoriale fondée sur l’image et le récit. À travers des documentaires et formats vidéo, il s’attache à rendre accessibles des enjeux complexes liés à la liberté de la presse, en s’appuyant sur un réseau de journalistes présents à l’échelle internationale.
Cette démarche vise à donner à voir des réalités peu couvertes, parfois invisibles, en les inscrivant dans des récits incarnés. L’ambition est de permettre une meilleure compréhension des mutations du journalisme contemporain, tout en contribuant à renforcer la confiance dans une information indépendante et d’intérêt public.
Ce travail repose également sur le soutien du public, présenté comme un levier essentiel pour rendre possibles ces enquêtes et assurer leur diffusion.
Au-delà des cas individuels, c’est le fonctionnement du débat public qui est en jeu. Le silence imposé à des journalistes, même après leur départ, peut limiter la circulation d’informations essentielles.
Sans désigner de responsables uniques, le documentaire met en évidence une tendance structurelle. Une évolution qui, selon ses auteurs, appelle un débat public et, éventuellement, un encadrement plus strict.
L’exercice African Lion 2026, officiellement inauguré le 13 avril 2026 en Tunisie, par les forces armées tunisiennes, américaines et de pays partenaires internationaux inauguré, devrait s’achever le 30 avril. Cet engagement international vise à renforcer la coopération régionale en matière de sécurité et à perfectionner le niveau de préparation des forces participantes dans un contexte sécuritaire mondial complexe.(Photo: Des dirigeants des forces armées américaines et tunisiennes posent pour une photo de groupe à l’issue de la cérémonie d’ouverture d’African Lion 2026 sur la base aérienne d’El Aouina, en Tunisie, le 13 avril 2026).
La Tunisie accueille African Lion pour la dixième année consécutive et est le premier des quatre pays à organiser l’édition 2026. Les phases suivantes de l’exercice devraient débuter au Ghana, au Maroc et au Sénégal dans le courant du mois.
«African Lion 2026 (AL26) vise à renforcer la préparation opérationnelle des forces combinées et interarmées, à approfondir la compréhension mutuelle entre partenaires et à améliorer l’interopérabilité en vue de la réponse aux crises», a déclaré Eldridge Browne, chef des exercices de la Force opérationnelle américaine pour l’Europe du Sud en Afrique. Il a ajouté : «Pour sa dixième édition en Tunisie, cet exercice s’appuie sur les acquis des précédentes. AL26 renforce notre capacité collective à lutter contre le terrorisme, à contribuer à la sécurité régionale et à améliorer notre efficacité dans de nombreux domaines fonctionnels.»
Le colonel Jorn Pung, de l’armée américaine (à gauche), attaché de défense à l’ambassade des États-Unis en Tunisie, discute du lancement d’African Lion 2026 avec le colonel Majid Mguidich, de l’armée de terre tunisienne.
Des manœuvres régionales synchronisées
Cet exercice témoigne d’une intégration internationale d’envergure, avec la participation de plus de 7 000 militaires de plus de 30 nations réparties dans les quatre pays hôtes. Environ 560 militaires sont actuellement déployés en Tunisie. Les forces tunisiennes et américaines sont rejointes par des alliés de l’Otan, dont la France et l’Italie, pour mener des manœuvres synchronisées.
Le programme d’AL26 est conçu pour renforcer les capacités de réponse multinationales aux crises émergentes grâce à une série de colloques universitaires et d’exercices de terrain.
L’exercice porte sur l’intégration des armes combinées, les simulations de postes de commandement et les modules de planification avancée afin de garantir une interopérabilité optimale entre les différentes structures militaires.
Les compétences clés évaluées comprennent la défense chimique, biologique, radiologique et nucléaire.
Le colonel Drew Conover, de l’armée américaine (à gauche), avec le colonel Majid Mguidich, de l’armée tunisienne (au centre), et Emily Katkar, chef de mission adjointe de l’ambassade des États-Unis à Tunis, lors de la cérémonie d’ouverture d’AL25 sur la base aérienne d’El Aouina, en Tunisie.
Poursuite du partenariat Wyoming-Tunisie
Dans le cadre du Programme de partenariat d’État, la Garde nationale du Wyoming mène un entraînement conjoint avec les forces tunisiennes pour atténuer les menaces chimiques, biologiques, radiologiques et nucléaires. Cette année marque le 22e anniversaire du partenariat Wyoming-Tunisie.
L’entraînement comprend également l’intégration air-sol, les tactiques de lutte contre les engins explosifs improvisés et les manœuvres des forces spéciales. Des sessions stratégiques sur la cyberguerre et la formation à la sécurité sont également prioritaires afin de faire face aux menaces numériques modernes.
Le contingent américain en Tunisie représente une approche globale de la Force totale, intégrant des soldats d’active aux côtés de la Garde nationale, de la Réserve de l’Armée de terre, de l’Armée de l’air et du Corps des Marines.
En harmonisant les procédures et en renforçant les relations militaires professionnelles avec ses homologues tunisiens, européens et africains, l’exercice African Lion 2026 consolide l’engagement collectif en faveur de la stabilité régionale et du principe de la paix par la force.
En tant que pays hôte, la Tunisie affirme son rôle de chef de file régional dans la promotion de la stabilité et la prise en compte des enjeux de sécurité communs.
En Ligue des Champions de la CAF, les Mamelodi Sundowns accueilleront l’Espérance de Tunis, ce samedi 18 avril 2026, à 14 heures, à Loftus Versfeld, à Pretoria, pour le match retour de la demi-finale de Ligue des champions de la CAF. Ils tenteront de défendre leur avantage de 1-0 acquis grâce à un but de Brayan León à Radès, dimanche dernier. D’autant que la règle des buts à l’extérieur joue en leur faveur. Mais ils savent qu’ils vont faire face à un club tunisois déterminé à renverser la vapeur et qui ne manque pas d’atouts pour y arriver.
Latif Belhedi
Pour Sundowns, ces deux derniers mois ont été marqués par un redressement spectaculaire sous la houlette de Miguel Cardoso, dont le remplacement par Pitso Mosimane, l’artisan du premier sacre des Sundowns en Ligue des champions, était largement pressenti en milieu de saison.
«Nous ne prenons rien pour acquis. À Pretoria, l’attitude doit être encore plus forte : encore plus d’engagement, encore plus de rigueur tactique et encore plus de contrôle du match. Jouer pour gagner, car quand on ne joue pas pour gagner, on souffre, et c’est la seule façon de jouer que cette équipe sait faire», a déclaré le Portugais, qui a de bonnes raisons de craindre une réaction de l’Espérance. Et pour cause: il est bien placé pour connaître la détermination des Espérantistes à chaque fois qu’ils sont dos au mur. N’ont-ils pas battu Sundowns il y a deux ans à Pretoria même et ils étaient, à l’époque, sous sa conduite ?
Pour le match retour, Soundowns sera pivée de Grant Kekana, suspendu suite à son carton rouge reçu à la 84e minute du match aller pour un tacle dangereux sur Florian Danho. C’est un coup dur, car Kekana et Keanu Cupido étaient indispensables au cœur de la défense de l’équipe sud-africaine. Cardoso sera toutefois ravi de retrouver Aubrey Modiba, de retour de suspension au poste d’arrière gauche, après la prestation mitigée de Divine Lunga qui l’a remplacé.
L’Espérance, pour sa part, va devoir reconduire l’effectif du match aller en changeant de plan de jeu et de placement de certains joueurs en attaque, le but étant de jouer équilibrée pour ne pas encaisser de but et de presser l’adversaire au milieu de terrain dans l’espoir de mener des contre-attaques grâce à la vitesse et à la force physique de son attaquant Florian Danho, qui avait déjà beaucoup pesé sur la défense sud-africaine il y a une semaine.
Les protégés du coach Patrice Beaumelle doivent surtout éviter de s’enflammer, de jouer juste et de faire preuve de patience, en attendant la moindre erreur de l’adversaire pour marquer. Le Français semble avoir bien préparé son équipe sur le plan mental, qui sera déterminant cet après-midi. Ses déclarations le laissent penser: «Je me souviens qu’il y a un mois, nous sommes allés au Caire et l’Espérance n’avait jamais battu Al Ahly au Caire dans l’histoire, et nous l’avons fait, nous avons marqué trois buts. Évidemment, tout est possible dans le football», a-t-il lancé lors de la conférence de presse d’avant-match aux journalistes qui mettaient en avant les statistiques des deux équipes. Et d’ajouter : «Ce ne sont que des statistiques, et les statistiques sont faites pour être changées. Bien sûr, c’est un indicateur qu’ils sont très performants et qu’ils excellent dans cette compétition», a-t-il cependant admis.
Espérons qu’il a de bonnes idées pour réussir à dérégler la machine trop bien huilée des Sud-africains.
Après des alertes concernant un changement de goût suspect, le président de l’Instance nationale de la sécurité sanitaire des produits alimentaires (INSSPA), Mohamed Rebhi, a tenu à rassurer les consommateurs tunisiens ce vendredi.
L’alerte avait été donnée suite à plusieurs plaintes de consommateurs signalant une altération du goût et de l’odeur de certains packs de lait demi-écrémé. En réaction, l’INSSPA a procédé au retrait immédiat et préventif des lots concernés.
Selon Mohamed Rabhi, cité ce vendredi 17 avril 2026 par l’agence Tap, les investigations ont permis de cibler précisément les produits problématiques et il s’agit des lots produits les 1er et 2 avril avec une non-conformité au niveau des caractéristiques sensorielles (le goût), et non une toxicité sanitaire.
«Toutes les quantités suspectes ont été retirées ou leur distribution a été suspendue. et les quantités de lait stérilisé actuellement commercialisées sur le marché tunisien sont totalement sûres et propres à la consommation », a affirmé le responsable
Et d’ajouter, que l’entreprise productrice, qui a collaboré étroitement avec l’Instance, a fourni les documents prouvant l’efficacité de son système d’autocontrôle et de gestion de la qualité. Selon les analyses effectuées par l’industriel, ce changement de goût inhabituel serait dû à la qualité du fourrage (alimentation animale) consommé par le bétail, et non à un défaut dans le processus de stérilisation ou de conditionnement.
La même source rappelle que, dès le signalement, les équipes de l’INSSPA se sont rendues dans les unités de production pour inspecter chaque étape de la chaîne, à savoir, l’approvisionnement en matières premières, le processus de fabrication et d’emballage et les conditions de stockage et de distribution.
Mohamed Rebhi a par ailleurs réaffirmé l’engagement de l’Instance à poursuivre ses interventions de contrôle rigoureuses afin de garantir la sécurité alimentaire et de protéger la santé des citoyens contre toute défaillance technique ou sanitaire.
Les propos du député Tarek Mahdi a propos du viol présumé d’une migrante subsaharienne, tenus lors d’une séance de questions-réponses à l’Assemblée avec le ministre de l’Intérieur, lundi 13 avril 2026, n’ont pas manqué de provoquer l’indignation générale, les organisations de défense des droits humains dénonçant ces propos comme racistes et sexistes.
Le député par qui le scandale est arrivé savait pertinemment que la migration reste un sujet sensible en Tunisie, point de transit important pour des dizaines de milliers de personnes qui tentent chaque année de rejoindre l’Europe. Tout en affirmant que les récentes informations faisant état du viol d’une migrante subsaharienne par un agent de police tunisien, relayées sur les réseaux sociaux par une Ong internationale, étaient faux, il a lancé sur un ton goguenard : «Qu’une femme africaine soit violée est impensable. Les Tunisiennes sont suffisamment belles… Nous ne manquons de rien en Tunisie.» Ce qui est tout aussi insultant pour les Subsahariennes que pour les Tunisiennes, ainsi réduites à des objets sexuels.
La Ligue tunisienne des droits de l’homme (LTDH) n’a pas tardé à dénoncer ces propos «choquants» et à condamner une «mentalité rétrograde qui justifie la violence et banalise le crime de viol».
Le Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux (FTDES) a également critiqué les propos de Mahdi, les qualifiant de «violation flagrante de la dignité humaine» et de «dangereuse justification des violences sexuelles faites aux femmes.»
Face à la polémique grandissante, Mahdi a publié un communiqué affirmant que ses propos avaient été sortis de leur contexte.
«Je n’ai jamais eu l’intention d’encourager ou de justifier le viol, ni de porter atteinte à la dignité humaine, en particulier celle des Tunisiennes», a-t-il écrit sur Facebook. Et d’ajouter : «Si mes propos ont porté atteinte à la dignité des Tunisiens, ou à la dignité humaine en général, je présente bien entendu mes excuses.»
Lors de son intervention au parlement, le député avait également déclaré que les migrants subsahariens en Tunisie constituaient une «menace pour la paix sociale», ajoutant : «Ces personnes doivent partir à tout prix».
Le tollé soulevé par ces déclarations ont obligé le président de l’Assemblée, Ibrahim Bouderbala, à tenter de rectifier le tir en déclarant, lors de la plénière du mardi 14 avril, que les propos, tenus la veille, par le député Tarek Mahdi, «indépendamment de la bonne ou de la mauvaise foi», sont contraires aux constantes du peuple tunisien, basées sur le respect de la dignité humaine et le rejet de toute atteinte à la femme tunisienne.
Ibrahim Bouderbala a ajouté que la Tunisie adhère aux principes universels des droits de l’Homme et constitue une partie intégrante du continent africain, ajoutant que le pays accueille tous les «frères africains», mais ne saurait être une terre d’accueil des migrants irréguliers.
Dans une tribune précédente (Code des changes : Passer du contrôle à la confiance régulée), nous plaidions pour un changement de paradigme : passer d’un contrôle de change coercitif à une «confiance régulée». Le renvoi en commission au parlement, ce 14 avril 2026, du projet de loi sur la régularisation des infractions de change confirme que le législateur hésite encore au seuil de cette transition.
Abdelwaheb Ben Moussa *
Cette hésitation est légitime : comment libérer les flux sans ouvrir la porte au blanchiment ou à l’hémorragie des devises ? La réponse ne se trouve plus dans les textes juridiques seuls, mais dans la pertinence de nos intégrations technologiques.
Le projet de loi actuel, en proposant une amnistie contre une contribution libératoire, tente de ramener la liquidité informelle dans le giron de l’État.
Cependant, l’exclusion des personnes morales et la crainte d’un «blanchiment déguisé» montrent les limites d’un système de contrôle encore trop manuel. Pour que la «confiance régulée» devienne une réalité opérationnelle, le secteur bancaire doit intégrer l’Intelligence Artificielle (IA) non comme un gadget, mais comme un organe de conformité. Là où l’humain est submergé par le volume des transactions, l’IA peut analyser des patterns complexes en temps réel, distinguant les capitaux légitimes de ceux issus de réseaux illicites.
Blockchain : la traçabilité au service de la souveraineté
L’un des freins majeurs à la réforme est la traçabilité des fonds une fois régularisés. Ici, l’intégration de protocoles de registres distribués (Blockchain) offre une solution radicale.
En créant une piste d’audit immuable, elle transforme chaque transaction en une preuve de conformité infalsifiable. Contrairement au contrôle a priori qui paralyse l’agilité, la technologie permet un contrôle a posteriori chirurgical.
La souveraineté économique de la Tunisie d’ici 2035 ne se mesurera pas à la hauteur de ses barrières bureaucratiques, mais à la sophistication de ses outils de surveillance invisible.
Enseignement du benchmarking international
Le succès des opérations de régularisation à l’échelle mondiale ne repose plus sur la simple promesse d’immunité, mais sur la robustesse de l’infrastructure numérique. L’exemple de certains pays émergents montre que l’adoption de plateformes de E-Amnesty réduit drastiquement l’aléa moral.
Au Maroc ou en Indonésie, la dématérialisation et l’interconnexion des bases de données fiscales et bancaires ont permis de traiter des volumes massifs tout en garantissant une étanchéité totale contre les flux illicites.
Ces expériences prouvent que l’amnistie est un levier de croissance uniquement lorsqu’elle est portée par un écosystème RegTech (Regulatory Technology).
Le capital humain : la mue nécessaire
Cette intégration technologique restera lettre morte sans une acculturation profonde de notre capital humain. L’auditeur informatique, le gestionnaire de back-office et le décideur politique doivent former un front commun. Il ne s’agit plus de vérifier des formulaires papier, mais d’auditer des flux et des algorithmes. La gouvernance bancaire doit évoluer pour protéger ses cadres : l’erreur de jugement humaine doit être minimisée par l’assistance technologique, permettant aux banquiers de redevenir des partenaires du développement au service de tous les clients.
Un nouveau contrat technologique
Le renvoi en commission est une opportunité historique pour amender ce texte en s’appuyant sur les standards internationaux. Sans une digitalisation totale et une adoption massive des RegTech, la régularisation ne sera qu’un pansement sur une plaie structurelle. Pour que le «sursaut» se produise, la loi doit être le logiciel, et la technologie le processeur. Ensemble, ils forgeront la nouvelle ère d’une Tunisie financièrement transparente, agile et souveraine. **
* Ingénieur informatique, cadre d’une banque publique.
** L’auteur a recouru à un outil d’intelligence artificielle pour l’assistance à la structuration, au benchmarking international et à la génération de l’infographie illustrative jointe. Le fond analytique et les orientations stratégiques restent le fruit de son expertise professionnelle.
Quatre centrales solaires photovoltaïques, d’une capacité de 2 MW chacune, ont été inaugurées dans le gouvernorat de Médenine, au sud-est de la Tunisie. Selon l’agence Tunis Afrique Presse (Tap), le coût total des projets s’élève à 5,5 millions de dollars américains.
Ces nouvelles centrales devraient permettre de réduire les coûts de production d’électricité d’environ 518 000 dollars américains et les importations de gaz naturel d’environ 1,5 million de dollars américains par an.
Ces projets s’inscrivent dans le cadre de la stratégie énergétique nationale, qui vise à porter la part de l’électricité issue de sources renouvelables à 35 % d’ici 2030 et à 50 % d’ici 2035.
Le secrétaire d’État chargé de la Transition énergétique, Wael Chouchane,qui intervenait en marge des travaux de la deuxième édition du Salon de l’agriculture, de l’eau, de l’irrigation et des énergies renouvelables destiné aux gouvernorats de Médenine, Tataouine, Gabès et Kébili, le 16 avril 2026, à Médenine, a souligné que les nouvelles centrales électriques contribueront à diversifier le mix énergétique de la région, à stimuler son développement économique et social, à garantir un approvisionnement énergétique stable et à moderniser le réseau électrique afin de relever les défis climatiques.
Dans une démarche stratégique visant à consolider la position de la Tunisie comme destination de premier plan, une rencontre de haut niveau s’est tenue à Paris entre les autorités diplomatiques tunisiennes et les géants du tour-operating français.
L’Ambassadeur de Tunisie à Paris, M. Dhia Khaled, a reçu une délégation clé composée de figures majeures du secteur pour discuter de l’avenir du flux touristique entre les deux rives de la Méditerranée, notamment Patrice Caradec, Président du Syndicat des Entreprises du Tour-Operating (SETO), Hayet Bouali, Représentante générale de Tunisair en France, Lotfi Mani, Représentant de l’Office National du Tourisme Tunisien (ONTT) en France.
Si la Tunisie reste une destination privilégiée pour les Français grâce à sa proximité et son hospitalité, l’enjeu est désormais de moderniser son attractivité, indique l’ambassade de Tunisie en France, en précisant que les échanges ont mis en lumière une volonté commune de lancer des actions promotionnelles ciblées, mettant l’accent sur la diversification de l’offre.
L’accent a par ailleurs été mis sur le tourisme durable et responsable. La Tunisie ne se contente plus de ses acquis et mise sur son patrimoine naturel unique.
L’exemple phare cité lors des discussions est l’inscription récente du « Géoparc Dahar » sur la prestigieuse liste des Géoparcs mondiaux de l’UNESCO. Cette reconnaissance internationale confirme le potentiel du sud tunisien pour un tourisme alternatif, respectueux de l’environnement et des cultures locales.