Normale Ansicht

Géopolitique – « Verticale » AME : La Tunisie saura-t-elle jouer sa carte ?

28. August 2026 um 20:00

On parle souvent de la position stratégique de la Tunisie. Au carrefour de l’Europe et de l’Afrique, notre pays dispose d’un atout géographique rare. Hélas, nous peinons encore à le transformer en véritable avantage économique. La montée en puissance de la « Verticale » Afrique-Méditerranée-Europe pourrait pourtant offrir à la Tunisie l’occasion de mieux valoriser […]

L’article Géopolitique – « Verticale » AME : La Tunisie saura-t-elle jouer sa carte ? est apparu en premier sur La Presse de Tunisie.

Tunisie – Qatar : volonté de renforcer les relations de coopération bilatérale

28. August 2026 um 19:54

Mohamed Ben Ayed, Secrétaire d’État auprès du Ministre des Affaires Étrangères, de la Migration et des Tunisiens à l’Étranger, a reçu, le 28 août 2026, Zayed Bin Said Rached Al Koumait Al Khiareen, Ambassadeur de l’État du Qatar en Tunisie. L’entretien a porté sur les moyens de consolider et renforcer davantage les relations de fraternité […]

L’article Tunisie – Qatar : volonté de renforcer les relations de coopération bilatérale est apparu en premier sur La Presse de Tunisie.

Météo : des cellules orageuses et quelques pluies attendues dans le Nord cette nuit

28. August 2026 um 19:49

Le temps sera marqué, en début de nuit de vendredi, par des nuages denses accompagnés de cellules orageuses localisées et de quelques pluies dans les régions du Nord, avant le passage de nuages intermittents sur la plupart des régions, selon l’Institut national de la météorologie (INM). Les vents souffleront de secteur Est, assez forts près […]

L’article Météo : des cellules orageuses et quelques pluies attendues dans le Nord cette nuit est apparu en premier sur La Presse de Tunisie.

Carburants : Agil assure un retour à la normale de l’approvisionnement dès samedi

28. August 2026 um 19:48

L’approvisionnement en carburants devrait retrouver son rythme normal à partir de samedi 29 août 2026, a affirmé vendredi le président-directeur général de la Société nationale de distribution des pétroles (Agil), Khaled Bettine. D’importantes quantités de carburants seront injectées dans les stations-service dès vendredi soir, ce qui devrait contribuer à une amélioration progressive de la situation […]

L’article Carburants : Agil assure un retour à la normale de l’approvisionnement dès samedi est apparu en premier sur La Presse de Tunisie.

Coupures d’électricité : voici les zones concernées ce vendredi soir dans toute la Tunisie

28. August 2026 um 19:42

La Société tunisienne de l’électricité et du gaz (STEG) a annoncé d’éventuelles coupures tournantes d’électricité dans plusieurs régions du pays, les jeudi 27 et vendredi 28 août 2026, entre 21h00 et minuit, et ce, à intervalles intermittents en fonction de l’état du réseau électrique. Dans un avis, la STEG explique que cette mesure s’inscrit dans […]

L’article Coupures d’électricité : voici les zones concernées ce vendredi soir dans toute la Tunisie est apparu en premier sur La Presse de Tunisie.

Tunisie : lancement d’une plateforme numérique unifiée pour les services du ministère de l’Industrie

28. August 2026 um 19:25

Une plateforme numérique unifiée dédiée aux services administratifs du ministère de l’Industrie, des Mines et de l’Énergie vient d’être mise en service, a annoncé le ministre de l’Équipement et de l’Habitat, chargé de la gestion du ministère de l’Industrie, Salah Zouari. Accessible à l’adresse www.e-industrie.gov.tn , cette plateforme s’inscrit dans le cadre du programme de […]

L’article Tunisie : lancement d’une plateforme numérique unifiée pour les services du ministère de l’Industrie est apparu en premier sur La Presse de Tunisie.

Gaza | Mohammed Dahlan tire les ficelles depuis Abou Dhabi

28. August 2026 um 10:52

Il a initié et financé le nouveau gouvernement d’Ali Chaath qui administre Gaza, conseille la Maison-Blanche et fournit une partie des aides fournies aux personnes déplacées. Les dirigeants du Hamas coopèrent avec lui mais ils n’oublient pas que son objectif ultime est de les destituer. Lui, c’est le très décrié Mohammed Dahlan, ancien chef des Forces de sécurité préventive (liées à l’OLP) dans la bande de Gaza et exilé à Abou Dhabi depuis bientôt deux décennies. Un homme de l’ombre, très soluble dans l’argent et dont les liens avec les Israéliens sont un secret de polichinelle.

Imed Bahri

Jacky Hugi a consacré une enquête au rôle actuel de Dahlan intitulée «Entre Kushner et le Hamas: comment Mohammed Dahlan reconstruit son pouvoir à Gaza?», publiée dans le journal israélien Maariv.  

«Voici Mohammed Dahlan de retour sur le devant de la scène, comme s’il était sorti de nulle part. Ce vétéran de la politique palestinienne est devenu l’une des figures les plus influentes des initiatives internationales concernant la bande de Gaza», cest par ces mots que Jacky Hugi a commencé son enquête. Ce n’est pas l’Autorité palestinienne, mais Dahlan lui-même, exclu du Fatah, qui a été présent dans tous les événements importants concernant Gaza au cours de l’année écoulée : de l’aide alimentaire à l’accord de cessez-le-feu et au projet de reconstruction mené par la Maison-Blanche, a-t-il écrit.

La plupart de ses actions se déroulent discrètement et ne font donc pas la une des journaux mais une chose est sûre, lorsqu’il veut se faire un nom, il sait parfaitement comment s’y prendre.

Dahlan a conseillé les Américains tout au long de cette période, depuis le début de la guerre jusqu’à aujourd’hui. Ses conseils ont notamment porté sur la manière de communiquer avec le Hamas. Il a également mis en place un réseau de fidèles et d’agents dans toute la bande de Gaza, ce qui lui permet de sonder l’opinion publique sur l’ensemble du territoire.

Il y a environ cinq ans, il a fondé le parti Courant démocratique national, dont les représentants sont très actifs dans la bande de Gaza et ont été impliqués dans des échanges avec les services de renseignement égyptiens concernant un cessez-le-feu.

Depuis sa résidence à Abou Dhabi, Dahlan a mis en place un système d’aide alimentaire et matérielle aux populations déplacées, financé par ses propres fonds et par le gouvernement des Émirats arabes unis.

L’économie de Gaza est quasiment paralysée, avec un taux de chômage dépassant les 80%. De ce fait, les besoins fondamentaux de la population dépendent actuellement en grande partie des dons.

Parmi les entités et les pays qui soutiennent l’acheminement de nourriture et de produits de première nécessité à la population de Gaza figurent le Qatar, la Jordanie, les Nations Unies, des associations turques et même certains pays de l’UE. Cependant, Dahlan et les Émirats les ont tous surpassés et certainement pas pour des raisons liées uniquement à la charité.

Ensemble, Dahlan et les fonds gouvernementaux d’Abou Dhabi ont investi plus d’un milliard de dollars dans la bande de Gaza depuis le début du conflit. Et ce n’est sans doute pas par simple philanthropie.

Liens avec les Israéliens

Aujourd’hui, grâce à ses relations et à ses activités dans la bande de Gaza, Dahlan est considéré par beaucoup comme la figure politique la plus influente parmi les différentes factions qui gèrent actuellement la situation.

Il bénéficie d’une ligne de communication directe avec Jared Kushner, conseiller et gendre de Trump. Il entretient également des liens étroits avec le président égyptien Abdel Fattah Sissi depuis des années, en plus de ses contacts avec les services de renseignement égyptiens.

Dahlan n’a pas non plus rompu ses relations avec les dirigeants israéliens. Selon l’enquête de Maariv, presque tous les hauts responsables israéliens qui se sont rendus à Abou Dhabi au cours de la dernière décennie l’ont rencontré secrètement.

Cette semaine, Dahlan a envoyé ses hommes au Caire pour rencontrer des dirigeants du Hamas et d’autres factions palestiniennes. Le sujet de discussion portait sur la coordination des positions pour les mois à venir, jusqu’à la proclamation des résultats des élections israéliennes.

Chacun s’accorde à dire que le plan en quinze points proposé par les Américains a peu de chances d’être mis en œuvre rapidement en raison de l’opposition israélienne.

De nombreux points nécessitent une coordination entre les différentes parties. La bande de Gaza est actuellement une zone d’intense activité politique, militaire et internationale.

Les premiers soldats marocains sont arrivés dans la bande ces derniers jours et ont commencé à prendre position. Le projet de reconstruction est également en cours et, cette semaine, grâce aux pressions exercées par Jared Kushner lors de sa rencontre avec Benjamin Netanyahu, Israël a autorisé pour la première fois l’entrée de bulldozers pour déblayer les décombres.

Au Caire, le gouvernement technocratique palestinien d’Ali Chaath attend le feu vert pour entrer dans la bande. Israël continue d’empêcher son entrée en raison du refus du Hamas de rendre les armes.

Parallèlement, Israël et le Hamas continuent d’échanger des tirs, l’armée israélienne attaquant et tuant presque quotidiennement des chefs de la branche armée du Hamas

Dimanche dernier a marqué une nouvelle étape politique importante. Jared Kushner a rencontré Khalil al-Hayya, chef du bureau politique du Hamas.

Depuis le début du conflit, des responsables américains ont rencontré des dirigeants du Hamas mais une rencontre de cette ampleur est sans précédent. Le plus haut responsable du Hamas face à face avec le plus haut envoyé du président américain!

Tout cela se déroule alors que les États-Unis considèrent le Hamas, dans son intégralité, comme une organisation terroriste en vertu de leur législation.

Une fortune amassée grâce aux conseils en sécurité

Mohammed Dahlan, âgé de 64 ans, est né et a grandi à Khan Younis. Il a bâti sa fortune considérable en fournissant des services de conseil en sécurité aux gouvernements, se spécialisant dans la protection des personnes et des infrastructures étatiques.

Il a acquis son expérience dans sa jeunesse auprès des Soviétiques, lorsqu’il était officier au sein du Fatah. Durant la Première Intifada, il fut expulsé vers la Jordanie, puis s’installa en Tunisie où il rejoignit la direction palestinienne.

Après les accords d’Oslo, il retourna dans la bande de Gaza et devint un proche collaborateur de Yasser Arafat. Ce dernier le nomma à la tête du Service de sécurité préventive de la bande de Gaza et il devint par la suite ministre de l’Intérieur de l’Autorité palestinienne.

Les dirigeants du Hamas et du Jihad islamique, ainsi que leurs branches armées, figuraient parmi ses principales cibles sécuritaires. Il entreprit alors une répression féroce contre eux, œuvrant à déjouer les attaques contre les Israéliens.

Cependant, un profond désaccord éclata rapidement entre Dahlan et Arafat, Dahlan jugeant le style administratif d’Arafat obsolète et la promotion de personnes non qualifiées à des postes clés.

Lorsque la bande de Gaza tomba aux mains du Hamas en 2007, Dahlan se trouvait à Ramallah et n’occupait aucune fonction officielle. Il demeura néanmoins l’artisan de la doctrine de sécurité de l’Autorité palestinienne à Gaza.

L’affrontement avec Abou Mazen

Dahlan s’installa en Jordanie puis à Abou Dhabi où il commença à se constituer une base populaire en soutenant les Palestiniens indépendamment de l’Autorité palestinienne. Il se distingua notamment par le financement de colis alimentaires pour les personnes démunies dans les camps de réfugiés. Mahmoud Abbas, alias Abou Mazen, considéra cela comme une activité subversive contre son autorité et tenta de l’arrêter. Au plus fort de leur conflit, il exclut Dahlan du Fatah.

Aujourd’hui, en l’absence d’un leader palestinien charismatique, Dahlan représente pour les Américains et les Israéliens un interlocuteur de premier plan. Il est à leurs yeux relativement jeune, modéré, laïc et très éloigné de l’appareil pléthorique de l’Autorité palestinienne. Politiquement, il est perçu comme modéré, pragmatique et indépendant mais aussi comme un homme politique avisé et difficile à gérer.

Le partenariat actuel entre Dahlan et le Hamas pourrait être trompeur. À ce stade, le Hamas avait désespérément besoin de lui pour défendre sa position face aux Américains. Et c’est précisément ce qui s’est produit. Dahlan a été l’un des principaux facteurs ayant conduit la Maison-Blanche à privilégier la reconstruction de Gaza plutôt que de poursuivre ses efforts pour éliminer le Hamas. Cependant, pour le mouvement, Dahlan demeure un adversaire politique. Nul ne peut prédire l’évolution de la situation et il pourrait redevenir un ennemi du Hamas. Les dirigeants du mouvement se souviennent encore très bien des dures années 1990, lorsque Dahlan agissait comme le shérif de Gaza, les traquant sans relâche.

Une force de police de deux mille membres

Outre ses autres responsabilités, Dahlan a obtenu avec succès le financement nécessaire à la création de la nouvelle force de police palestinienne. Dans sa phase initiale, cette force devrait compter deux mille officiers en uniforme, tous originaires de la bande de Gaza, déjà recrutés, certains ayant reçu une formation en Égypte et en Jordanie. Cette force est destinée à remplacer la police du Hamas. Sa mission principale sera le maintien de l’ordre public mais elle sera également chargée de récupérer les armes du Hamas et de protéger les membres du mouvement contre les représailles.

Si le Hamas ainsi que les milices armées par Israël pour combattre le Hamas étaient désarmés, cette force de police deviendrait la seule force de sécurité restante dans la bande de Gaza. Cependant, cette force serait loyale à celui qui la paie, à savoir Mohammed Dahlan.

Le rapport indique que le Hamas est pleinement conscient des implications de ce plan, Dahlan est en train de bâtir sa propre force privée sur les ruines de l’appareil dirigeant du mouvement.

Tant qu’il continuera à faire avancer le projet de reconstruction et à envoyer des centaines de millions de dollars d’équipements et de vivres, il bénéficiera du soutien du Hamas mais le moment décisif surviendra lorsqu’il commencera à «recouvrer sa dette» et à étendre son influence sur la bande de Gaza par le biais de la police. À ce moment-là, le Hamas tentera probablement de l’entraver. Jacky Hugi conclut par une affirmation frappante : «Tant qu’ils sont en vie !», ce qui sous-entend que l’élimination physique des membres du Hamas même s’ils ont accepté le plan international et le nouveau gouvernement technocratique n’est pas définitivement exclue par les ennemis du mouvement. 

Ce qui est certain pour le moment c’est que Mohammed Dahlan a réussi deux choses, redevenir un protagoniste de premier plan à Gaza ce qui était impensable il y a encore quelques années et en même temps, il a pris sa revanche sur l’OLP et Abou Mazen qui sont complètement exclus du dossier de Gaza.

L’article Gaza | Mohammed Dahlan tire les ficelles depuis Abou Dhabi est apparu en premier sur Kapitalis.

La Tunisie face aux intempéries socio-économiques

28. August 2026 um 10:12

Le monde traverse de grandes intempéries socio-économiques. Tous les observateurs s’accordent à dire qu’une transition vers un nouvel ordre mondial s’opère. Un processus irréversible qui semble hélas dominé par la guerre, l’injustice et le chaos s’est mis en place. Bien que tous les pays soient affectés à des degrés divers, les Tunisiens sont légitimement en droit de chercher les moyens d’intégrer cette mutation avec le minimum de désagréments. Pour y parvenir, il convient de faire un état des lieux sans complaisance.

Med-Dahmani Fathallah *

La Tunisie fait face à une crise structurelle profonde, née de l’interconnexion de trois cercles vicieux :

– le piège de la rente administrative et économique : la Tunisie souffre d’une économie duale. D’un côté s’impose un secteur privé corporatiste, protégé par des barrières à l’entrée et une bureaucratie asphyxiante ; de l’autre subsiste un secteur informel massif qui absorbe une jeunesse marginalisée. L’État-providence historique, jadis vecteur de mobilité sociale par l’éducation, est devenu budgétairement insoutenable ;

– l’épuisement du contrat social post-indépendance : la promesse d’ascension sociale par le diplôme est rompue, générant un chômage structurel massif chez les jeunes diplômés (de 25 % à 38 % selon les catégories). Il en résulte une fuite dramatique des cerveaux et une érosion de la confiance envers l’ensemble des institutions (partis, syndicats, justice, corporations, associations) ;

– le choc géopolitique et environnemental mondial : dépendante des importations d’énergie et de céréales, la Tunisie subit de plein fouet la fragmentation du commerce international, le resserrement financier mondial et la crise climatique (les sécheresses récurrentes frappant de plein fouet l’agriculture). À cela s’ajoutent des pressions extérieures étouffantes visant à forcer le pays à s’aligner sur l’une ou l’autre des puissances rivales.

Que peuvent faire les Tunisiens pour traverser la tempête ?

Face à l’inflation, à l’effondrement du pouvoir d’achat et à l’incertitude du quotidien, des tentations collectives surgissent fréquemment : le repli, la colère stérile et la confrontation. Pourtant, la sociologie des crises nous enseigne qu’aucun pays ne s’est jamais redressé par le chaos. Toute refondation durable exige deux préalables absolus : la sagesse collective et la non-violence méthodique, fondements de la résilience.

La violence, qu’elle soit physique, verbale ou institutionnelle détruit le capital social, effraie l’investissement et dégrade le tissu communautaire. Les révolutions sociales dépourvues de projet économique rationnel mènent invariablement à des récessions plus sévères. La sagesse consiste à reconnaître que les solutions miracles venues d’ailleurs ou dictées par des slogans partisans conduisent inévitablement à d’amers échecs.

Pour surmonter ces intempéries, l’effort doit devenir horizontal : il s’agit de mobiliser le pouvoir d’agir des citoyens à travers des actions concrètes, pacifiques et structurantes.

Nous avons identifié quatre leviers citoyens pour l’action :

– basculer de la culture de la rente vers celle de l’initiative : pendant des décennies, le modèle tunisien a habitué le citoyen à tout attendre de l’État. Aujourd’hui, l’État n’en a plus les moyens financiers ;

– s’orienter vers le micro-entrepreneuriat et les coopératives : plutôt que de viser l’emploi public, la jeunesse doit s’organiser en coopératives agiles, ciblant les secteurs d’avenir : agriculture durable, économie circulaire, traitement de l’eau et le numérique en intégrant l’IA comme technologie incontournable ;

– mettre le cap sur la simplification citoyenne : les communautés locales peuvent instaurer des réseaux d’entraide pour contourner les lourdeurs administratives, notamment en mutualisant l’outillage agricole ou en organisant des circuits courts entre producteurs et consommateurs ;

– réinventer le lien communautaire et la solidarité locale : la force historique de la Tunisie réside dans la solidité de son tissu familial et social. Face à la crise, ce réseau doit se structurer de manière novatrice :

– s’orienter vers les tontines d’investissement et la micro-épargne : structurer des fonds de solidarité de quartier afin de financer des micro-projets locaux, sans dépendre de taux bancaires prohibitifs ;

– miser sur l’économie du partage : généraliser l’entraide pour la garde d’enfants, le covoiturage et le soutien scolaire gratuit, garantissant ainsi le niveau éducatif des enfants issus de milieux défavorisés ;

– réorienter la diaspora vers l’investissement d’impact : la communauté tunisienne à l’étranger transfère chaque année des devises essentielles à la subsistance des familles. Toutefois, cet appui ne doit plus se limiter à la simple consommation et s’orienter vers des investissements rentables. La diaspora peut structurer des fonds d’investissement à impact social pour soutenir directement les startups et PME dans les régions de l’intérieur (investisseurs citoyens et «business angels») ;

– transférer les compétences : organiser des programmes de mentorat à distance pour former les jeunes aux compétences les plus recherchées sur le marché international.

Exercer une citoyenneté responsable et éclairée

Bien naviguer à travers les intempéries sociales exige une transformation des comportements individuels au quotidien.

Consommation locale et raisonnée : privilégier les produits nationaux pour limiter la fuite des devises et soutenir l’agriculture comme l’artisanat locaux.

Sobriété énergétique et gestion de l’eau : face aux défis climatiques, l’adoption de gestes civiques rigoureux pour la préservation des ressources constitue un acte de patriotisme économique direct.

Il convient de souligner que plusieurs de ces recommandations font déjà l’objet d’initiatives sur le terrain. Il importe de les soutenir et de les auditer régulièrement afin d’en assurer la pérennité.

Le rôle de l’État à l’avenir

L’État doit demeurer le socle indéfectible de cet édifice. Son rôle consiste à moderniser les infrastructures et, surtout, à abroger les lois obsolètes tout en promulguant un cadre légal incitatif pour stimuler l’effort citoyen.

En soi, la tempête actuelle n’est ni une fatalité, ni une sentence de souffrances infinies. Elle constitue le signal brutal qu’un modèle épuisé doit céder la place à une société de responsabilité.

En plaçant la retenue, le travail collaboratif et la non-violence au cœur de leur démarche, les Tunisiens ont l’opportunité de prouver que la véritable souveraineté d’un peuple ne réside pas dans la rhétorique politique, mais dans sa capacité à se prendre en charge avec dignité et solidarité.

* Universitaire.

Note de l’auteur : En tant qu’universitaire retraité, mon analyse est affranchie de toute posture partisane ou idéologique. Mon unique objectif est d’examiner rigoureusement les dynamiques de la crise tunisienne afin de proposer un cadre citoyen et pragmatique.

L’article La Tunisie face aux intempéries socio-économiques est apparu en premier sur Kapitalis.

La Tunisie prise dans un cercle vicieux de pénuries, de subventions et d’inflation

28. August 2026 um 08:59

Depuis plusieurs années, la Tunisie connaît une cascade de ruptures d’approvisionnement touchant des biens sensibles. La liste comprend farine, semoule, sucre, lait, certains médicaments, carburant de temps à autres, café, viande blanche, et plus récemment l’électricité et l’eau minérale.

 

Chaque secteur a ses propres dysfonctionnements structurels, mais tous partagent un dénominateur commun : le prix.

Le poids écrasant des subventions sur les finances publiques

Pour les produits subventionnés, les prix de vente sont maintenus artificiellement bas, l’État absorbant la différence via le mécanisme de la compensation. Un simple regard sur la facture des subventions des cinq dernières années suffit à mesurer son ampleur. Elles ont totalisé plus de 52 milliards de dinars. Cette charge a directement freiné les investissements d’infrastructure, y compris les centrales électriques et le renouvellement des canalisations de l’eau potable, ce qui a conduit à un été 2026 critique. Sans cette facture excessive, l’État disposerait d’une bien plus grande marge de manœuvre et ses comptes publics seraient nettement meilleurs.

 

Lire aussi: La compensation, ou comment l’État subventionne sa propre stagnation

 

Une pression fiscale croissante qui étouffe les entreprises

Faute de pouvoir réduire les dépenses, très rigides, les gouvernements successifs ont misé sur un meilleur recouvrement fiscal et un tour de vis accru. Mais la hausse de la pression fiscale a été plus rapide que l’élargissement de la base des contribuables.

Les entreprises, déjà alourdies par des charges fiscales élevées, des cotisations sociales toujours plus coûteuses et des factures de matières premières gonflées, voient leurs marges fondre. Or, elles ne sont pas des associations caritatives et leur raison d’être est de dégager des bénéfices et de verser des dividendes aux actionnaires. Face à l’étau des coûts, elles cherchent des hausses de prix, comme on le voit actuellement pour l’eau minérale ou la viande de volaille.

Cette logique alimente un cercle vicieux : les prix augmentent, les salaires sont revendiqués à la hausse, le coût des intrants s’alourdit, et les producteurs réclament de nouvelles majorations. C’est ce que l’on résume en Tunisie par la fameuse expression « ajoute de l’eau, ajoute de la farine », autrement dit, chaque renchérissement en appelle un autre, sans rupture du cycle.

 

La nécessité économique d’un système de prix libres

Face à une situation intenable, la solution ne peut pas se limiter à des ajustements budgétaires ponctuels. Elle réside, sur le fond, dans un retour à des prix déterminés librement par le marché, dans un cadre régulé et concurrentiel.

Des prix libres jouent trois rôles essentiels. Primo, ils sont des signaux pour informer les producteurs et les consommateurs sur la rareté réelle des biens.

Secundo, ils incitent à l’investissement là où la demande est forte et les marges sont attractives. Grâce à l’entrée de nouveaux opérateurs et la modernisation des capacités, les prix peuvent baisser. C’est à cause de la rigidité des prix que certaines filières sont en profonde crise, comme celle laitière. Pourtant, une augmentation de quelques centaines de millimes par litre sauverait un secteur clé et des milliers d’éleveurs.

Tertio, ils allègent l’État en supprimant les subventions généralisées. Il pourra dégager des marges budgétaires pour financer des transferts sociaux ciblés, comme des aides directes aux ménages modestes, plutôt que des prix artificiellement bas qui profitent à tous, y compris aux plus aisés.

 

Une transition difficile mais inévitable

Certes, une libération brutale des prix serait socialement douloureuse. Mais maintenir le statu quo, c’est condamner le pays à des pénuries chroniques, à une détérioration des services publics et à une perte de confiance des investisseurs.

L’enjeu est donc de conduire une transition progressive, accompagnée de filets de protection sociale efficaces et d’une communication transparente. À terme, seule une économie où les prix retrouvent leur fonction régulatrice permettra à la Tunisie de sortir durablement de l’impasse, de restaurer ses équilibres macroéconomiques et de redonner un souffle à sa croissance.

L’article La Tunisie prise dans un cercle vicieux de pénuries, de subventions et d’inflation est apparu en premier sur Leconomiste Maghrebin.

Pénurie d’eau minérale : un deuxième communiqué, les mêmes explications

27. August 2026 um 15:18

Dix jours à peine après sa première note explicative, la Chambre nationale syndicale de l’industrie des boissons non alcoolisées (CNSIBA) est repassée à l’offensive communicationnelle. Le constat qui s’impose à la lecture des deux textes est simple : rien n’a vraiment changé, ni dans le diagnostic ni dans les résultats sur le terrain, seul le ton se fait un peu plus insistant.

Le communiqué du 27 août reprend, presque mot pour mot, la trame de celui publié à la mi-août : la canicule, la hausse de la demande estimée à 30 %, l’épuisement du stock stratégique, les coupures d’électricité, et le démenti systématique de toute spéculation ou rétention organisée. Ce sont les mêmes causes, présentées avec les mêmes formules, pour une situation qui, dix jours plus tard, n’est toujours pas résolue. Si les explications n’ont pas varié d’un communiqué à l’autre, c’est peut-être aussi qu’aucune mesure concrète et vérifiable n’a été prise entre-temps pour changer la donne.

Comme lors de la première sortie, les coupures d’électricité sont mentionnées presque en passant, comme une simple coïncidence malheureuse, alors que plusieurs observateurs avaient déjà relevé, dès la mi-août, que ce facteur méritait un traitement bien plus approfondi que la chaleur estivale. Combien d’usines ont été concernées ? Pendant combien de jours cumulés ? Quel volume de production a été perdu ? Le communiqué ne répond à aucune de ces questions, alors qu’il s’agit précisément du seul facteur qui relève, en partie, de décisions publiques et non de la météo.

Des chiffres qui rassurent sur le papier, mais pas dans les rayons

La Chambre rappelle, comme la fois précédente, l’atomisation du secteur : 31 unités de production, aucun acteur ne dépassant 25 % de parts de marché, pour écarter toute hypothèse de position dominante. L’argument est recevable sur le plan structurel, mais il n’explique en rien pourquoi les rayons restent vides dans certaines régions plus de deux semaines après les premières alertes. Une structure de marché non concentrée n’empêche pas des déséquilibres locaux de distribution, et le communiqué reste muet sur les disparités régionales déjà documentées, y compris les interventions ponctuelles des autorités locales pour renflouer certains points de vente.

Le passage appelant les consommateurs à éviter les achats de précaution et à privilégier les « sources officielles d’information » interroge par son timing. Après deux communiqués et plusieurs semaines de tensions non résolues, demander aux citoyens de ne pas s’inquiéter revient à leur transférer une partie de la responsabilité d’une pénurie qu’ils n’ont pas créée, sans que la profession ne s’engage sur un calendrier de retour à la normale ni sur des indicateurs chiffrés et vérifiables permettant de mesurer les progrès.

Ce qui manque toujours

Aucun des deux textes ne fournit :

  • de données chiffrées précises sur les volumes produits, perdus ou distribués ;
  • de calendrier engageant pour un retour à la normale ;
  • de bilan sur les mesures concrètes prises depuis le premier communiqué ;
  • d’explication sur les écarts de traitement entre régions, alors que certaines ont bénéficié d’approvisionnements d’urgence pendant que d’autres restaient en tension.

Tant que ces éléments resteront absents, la répétition des mêmes éléments de langage risque surtout de nourrir la défiance qu’elle prétend dissiper.

L’article Pénurie d’eau minérale : un deuxième communiqué, les mêmes explications est apparu en premier sur Leconomiste Maghrebin.

Les Houthis ne sont pas des marionnettes de Téhéran

27. August 2026 um 07:56

Il y a quelques années encore, les Houthis du Yémen étaient considérés comme des membres de second ou troisième rang de l’Axe de résistance iranien, ce qui incitait les décideurs politiques à les traiter comme un instrument de Téhéran. Même s’ils bénéficient des armes, de l’entraînement et de l’expertise des Iraniens, ils ont aussi leurs propres calculs et leurs propres intérêts et agissent en conséquence.

Imed Bahri

Le groupe armé, qui contrôle une grande partie du nord du Yémen, est désormais en mesure d’influencer la prochaine phase du conflit irano-américain s’il tente de rétablir le blocus du détroit de Bab el-Mandeb, considère Alexandra Stark dans le New York Times. Les Houthis pourraient relancer la guerre au Yémen, faire dérailler les efforts visant à parvenir à un accord avec l’Iran et entraîner les États-Unis plus profondément dans les conflits de la région, estime-t-elle.

L’une des principales hypothèses précédant l’attaque américano-israélienne contre l’Iran, qui a débuté en février, était que les milices supplétives de l’Iran avaient été considérablement affaiblies.

Le Hezbollah, le groupe armé libanais qui fut jadis le plus fidèle allié de l’Iran dans la région, a subi de lourdes pertes face à Israël, tout comme le Hamas.

L’Iran a perdu un autre allié clé avec la chute du régime de Bachar el-Assad en Syrie en décembre 2024.

Les Houthis, dont les capacités militaires avaient également été affaiblies par les frappes américaines de 2024 et 2025, ne se sont pas précipités dans les combats lorsque les États-Unis et Israël ont commencé à frapper l’Iran cette année, ce qui, semble-t-il, les a épargnés d’attaques similaires. Peut-être, estime Alexandra Stark, attendaient-ils simplement le moment opportun.

La géographie confère aux Houthis un pouvoir exceptionnel

Grâce à leur position géographique unique, les Houthis peuvent perturber le commerce via le détroit de Bab el-Mandeb, un passage étroit à l’entrée de la mer Rouge par lequel transite entre 12 et 15% du commerce maritime mondial.

À l’autre extrémité de la mer Rouge se trouve le canal de Suez, voie de passage essentielle pour le pétrole et le gaz naturel liquéfié destinés aux marchés nord-américain et européen.

Avec la fermeture effective du détroit d’Ormuz par l’Iran, les Houthis se trouvent aujourd’hui dans une position de force exceptionnelle.

Leur influence mondiale s’est considérablement accrue depuis la prise de Sanaa, la capitale yéménite, en 2014 et le renversement du gouvernement internationalement reconnu début 2015.

Lorsque les forces houthies ont progressé vers le sud en mars de la même année pour tenter de s’emparer de territoires dans le sud du Yémen, une coalition dirigée par l’Arabie saoudite et soutenue par les États-Unis est intervenue. Un conflit local s’est ainsi transformé en conflit régional et en une crise humanitaire dévastatrice. Finalement, face à l’impasse des combats et à la pression internationale croissante, les deux camps ont convenu d’un cessez-le-feu négocié par l’Onu en avril 2022.

À cette date, les Houthis avaient établi un État de facto dans le nord du Yémen, tandis que le gouvernement, faible et soutenu par l’Arabie saoudite, contrôlait des parties du sud et de l’ouest.

Comment sont-ils parvenus à fermer la mer Rouge ?

Les Houthis ont démontré leur puissance en attaquant des navires en mer Rouge au début du conflit israélo-palestinien de 2023.

Utilisant du matériel rudimentaire et peu coûteux, comme des drones kamikazes, des missiles et des embarcations de surface autonomes (les USV, Uncrewed Surface Vessel), les Houthis ont rendu la navigation dans la région beaucoup plus dangereuse.

Le coût des assurances pour les navires commerciaux a été multiplié par vingt, bloquant de facto le détroit.

La seule alternative consistait à contourner la pointe sud de l’Afrique, ce qui allongeait le trajet de plus de 4 000 milles marins et augmentait considérablement les coûts de transport maritime.

Le mois dernier, les Houthis ont repris leurs attaques contre la navigation en mer Rouge, ciblant des pétroliers commerciaux liés à l’Arabie saoudite et des infrastructures énergétiques et de transport saoudiennes.

Les Houthis ont affirmé qu’il s’agissait de représailles suite à des frappes aériennes saoudiennes qui auraient visé la piste de l’aéroport de Sanaa le 13 juillet, apparemment pour empêcher l’atterrissage d’un avion iranien.

Actuellement, le transit des navires commerciaux se poursuit en mer Rouge mais le trafic des pétroliers a considérablement diminué au cours du mois dernier.

Les attaques des Houthis contre des navires, que le groupe armé revendique comme étant liés à l’Arabie saoudite, se sont poursuivies. L’attaque d’un cargo le 12 août a fait les premiers morts recensés lors de cette nouvelle vague d’attaques.

Ces derniers jours, les Houthis ont revendiqué des attaques contre un navire dans le port de Moka, en mer Rouge, contrôlé par les forces alliées au gouvernement yéménite internationalement reconnu. Ils ont également affirmé avoir ciblé des aéroports et des raffineries de pétrole en Arabie saoudite.

Ormuz fermé, la mer Rouge prend une importance accrue

Avec la fermeture effective du détroit d’Ormuz, la route mer Rouge-canal de Suez est devenue cruciale.

L’Arabie saoudite, en particulier, tentait de contourner Ormuz en transportant le pétrole brut par oléoduc jusqu’au port de Yanbu, sur sa côte ouest de la mer Rouge mais les récentes attaques des Houthis ont également compromis cette option.

Une fermeture quasi simultanée du détroit d’Ormuz et du canal de Suez aggraverait les problèmes du commerce mondial et ferait grimper encore davantage les prix du pétrole et l’inflation.

Les Houthis agissent-ils sur ordre de l’Iran ? Ce n’est pas aussi simple. Les Houthis sont désormais en mesure d’intensifier leur implication dans un conflit régional déjà dévastateur, compliquant davantage les efforts déployés pour y mettre fin.

Certains pourraient supposer que leurs actions sont dictées par l’Iran mais la réalité est probablement plus complexe. Les Houthis sont très opportunistes et ont fait preuve de pragmatisme sur la scène internationale, démontrant leur capacité à choisir le moment opportun pour s’engager dans des conflits et pour les intensifier.

Lorsqu’ils ont attaqué des navires en mer Rouge entre 2023 et 2025, ils ont affirmé que leur objectif était de faire pression sur Israël pour stopper la guerre à Gaza. Cependant, ces frappes ont également renforcé leur légitimité dans les zones qu’ils contrôlent au nord du Yémen, détournant l’attention de leurs échecs de gouvernance à un moment où leur popularité était en déclin.

Les Houthis semblent y voir une occasion d’accroître leur influence dans leurs négociations avec l’Arabie saoudite en vue d’un règlement politique du conflit yéménite, ou peut-être une chance de reprendre leurs attaques contre le gouvernement soutenu par la communauté internationale.

La précédente vague d’attaques houthies, entre 2023 et 2025, a eu un impact significatif, mais finalement gérable, sur l’économie mondiale. Des études réalisées à l’époque estimaient que les perturbations du transport maritime résultant de ces attaques n’auraient qu’un effet limité sur l’inflation. Cependant, la fermeture du détroit de Bab el-Mandeb conjointement à celle du détroit d’Ormuz, serait tout autre, et ses répercussions économiques seraient probablement bien plus graves.

L’accord américano-iranien ne résoudra pas le problème

Alors que les États-Unis tentent de mettre fin à la guerre avec l’Iran, les Houthis menacent de reprendre les hostilités au Yémen.

Cette situation risque d’entraîner à nouveau l’Arabie saoudite dans le conflit, de menacer le commerce mondial du pétrole et de maintenir la région dans l’instabilité.

Il sera difficile de désamorcer les tensions régionales sans s’attaquer directement à la menace houthie, plutôt que de supposer que le problème puisse être résolu par un accord avec leur prétendu «maître», l’Iran.

Parallèlement, il ne faut pas croire qu’un accord avec l’Iran contraindra les Houthis à agir en conséquence.

La bonne approche, selon Alexandra Stark, consiste à les considérer comme un acteur indépendant, pragmatique et dangereux, prenant des décisions en fonction de leurs propres intérêts et non comme une marionnette agissant sur ordre de Téhéran.

L’article Les Houthis ne sont pas des marionnettes de Téhéran est apparu en premier sur Kapitalis.

L’Algérie face à l’Histoire | De la souveraineté à la reconquête 

27. August 2026 um 07:10

En réponse à l’article du Dr Mounir Hanablia intitulé «Tunisie / Du souverainisme à la question numide, ou l’opposition aveugle» — dans lequel il affirme notamment que «l’État algérien est le successeur en droite ligne de l’État français», réduisant ainsi l’Algérie contemporaine à un simple legs colonial —, cette tribune offre une mise au point historique et politique nécessaire. (Photo : l’Émir Abdelkader – 1808-1883 , fondateur de l’État algérien moderne).

Dr Abderrahmane Cherfouh *

En s’appuyant sur les travaux de grands historiens et sociologues — de Charles-Robert Ageron à Pierre Bourdieu, de Mostefa Lacheraf à Benjamin Stora —, ce texte retrace le fil ininterrompu de la souveraineté algérienne. De la diplomatie active de la Régence d’Alger avant 1830 à la fermeté des négociateurs d’Évian sur l’indivisibilité du Sahara, en passant par le martyre des camps de regroupement et le rôle des pionniers du mouvement national, cette analyse dresse un réquisitoire rigoureux contre l’amnésie mémorielle et la falsification de l’Histoire.

Selon les nostalgiques de l’Algérie française qui n’ont jamais assimilé l’indépendance de 1962, l’Algérie ne serait qu’une création française. L’idée véhiculée par ce discours révisionniste est généralement que l’Algérie n’existait pas en tant que nation ou État avant la colonisation entreprise en 1830.

La réapparition récente, dans les colonnes de Kapitalis, sous la plume du Dr Mounir Hanablia, de la prétention selon laquelle l’Algérie serait une création française — thèse soutenant que «l’État algérien est le successeur en droite ligne de l’État français forgé par les troupes de Bugeaud et le duc d’Aumale » — ne relève pas d’un simple débat historiographique anodin. Elle s’inscrit dans la résurgence d’un récit largement entretenu par les officines nostalgiques de la colonisation et relayé sur certains plateaux télévisés français, visant à dénier au peuple algérien la profondeur historique de sa souveraineté.

En affirmant que l’Algérie contemporaine ne doit son existence qu’au tracé territorial de l’occupant et que le Sahara lui aurait été «octroyé» en 1962, ces postures procèdent d’une double confusion : l’assimilation abusive entre la délimitation administrative des frontières et l’existence pluricentenaire d’une nation, doublée d’une méconnaissance délibérée du droit international et de la mémoire des luttes populaires.

I. Avant 1830, la réalité oubliée de l’État d’Alger et de sa souveraineté

Pour mesurer l’inanité de l’argument de la «création coloniale», il convient de rappeler ce qu’était la Régence d’Alger (Dawlat Al-Jaza’ir) bien avant le débarquement de 1830. Loin d’être un territoire vacant, Alger fonctionnait comme une entité politique pleinement souveraine, dotée d’un gouvernement centralisé (Diwan), d’une administration fiscale, d’une puissance navale et d’une diplomatie active.

Comme le rappelle l’historien Charles-Robert Ageron : «L’Algérie n’était pas une tabula rasa sur laquelle la France a écrit son histoire. La société algérienne, malgré les déstructurations du Code de l’Indigénat et les spoliations foncières, a conservé sa cohésion culturelle et son identité face à la domination coloniale.»

Entre le XVIe et le début du XIXe siècle, l’État d’Alger a signé des dizaines de traités bilatéraux de paix, de commerce et de navigation avec l’Angleterre, les Pays-Bas, les États-Unis et la France elle-même. En droit des gens, la conclusion de ces conventions emportait reconnaissance explicite de la souveraineté algérienne. C’est d’ailleurs auprès d’Alger que la République française avait contracté des emprunts cruciaux pour approvisionner ses armées en blé sous la Révolution. La France n’a rien créé ex nihilo : elle a agressé et occupé un État souverain préexistant.

II. Derrière le mythe de la «pacification» : la résistance d’un peuple face aux crimes d’État

L’affirmation selon laquelle la France aurait «forgé» l’Algérie masque une réalité sanglante : loin de toute soumission, le pays fut le théâtre d’une résistance populaire ininterrompue face à une politique systématique de terre brûlée et de crimes de masse.

Forgé par qui, prétendez-vous ? Par Bugeaud, précisément — cet homme que la rigueur de l’histoire a définitivement relégué au rang des bourreaux. Un personnage aujourd’hui rattrapé par sa mémoire sanguinaire : à mesure que tombent ses statues et que s’efface son nom des plaques de rues et de places, la mémoire universelle le condamne définitivement comme l’un des criminels de guerre les plus atroces de son époque.

L’Émir Abdelkader et les traités de souveraineté (1832-1847) : l’Émir n’a pas seulement combattu la politique de la terre brûlée de Bugeaud ; il a réorganisé un État moderne unifié (Al-Dawla Al-Jaza’iriya), doté d’une armée régulière, d’une monnaie et d’une administration. La France a dû reconnaître sa souveraineté par les traités internationaux de Desmichels (1834) et de Tafna (1837).

Les enfumades et la terreur : Bugeaud et ses généraux (Pélissier dans le Dahra en 1845, Cavaignac chez les Sbéhas) ont inauguré des méthodes de guerre génocidaires, enfumant et murant des tribus entières dans des grottes.

Lalla Fatma N’Soumer (1854-1857) : dans le Djurdjura, la résistance menée par cette figure héroïque a prouvé le rôle fondamental et précoce des femmes algériennes dans la défense de la patrie.

Les Ouled Sidi Cheikh, 1871 et les déportations en Nouvelle-Calédonie : du Sud aux Hauts-Plateaux, puis en Kabylie sous l’impulsion du Cheikh Mokrani et du Cheikh El-Haddad, le peuple s’est soulevé. La réponse coloniale fut d’une fureur féroce : séquestre de 500 000 hectares de terres, spoliations foncières (loi Warnier) et effondrement social qui provoqua la terrible famine de 1867-1869 où plus de 500 000 Algériens périrent. Pour parfaire cette entreprise de déstructuration, l’administration coloniale a systématiquement décapité la résistance de ses cadres dirigeants. Assimilés cyniquement à des criminels de droit commun par des juridictions d’exception, des centaines de chefs d’insurrection, d’érudits et de notables furent condamnés au bannissement et déportés vers le bagne de Nouvelle-Calédonie afin d’isoler le peuple de ses guides légitimes.

III. Du mouvement national à la Guerre de Libération : la reconquête de la souveraineté

L’Algérie moderne s’est forgée dans le sang de ses martyrs et la maturation de son mouvement national — et non, comme le prétend l’auteur, sous l’effet d’une prétendue impulsion extérieure attribuée au débarquement américain de 1942 et à la défaite nazie en Tunisie. L’intellectuel et historien Mostefa Lacheraf rappelait justement que la résistance algérienne, au XIXe comme au XXe siècle, témoigne d’un refus permanent de l’état de fait colonial pour réaffirmer une personnalité historique que la violence coloniale n’a jamais pu dissoudre.

De l’Émir Khaled à l’Étoile Nord-Africaine, jusqu’au 8 mai 1945 : dès les années 1920, l’Émir Khaled — petit-fils de l’émir Abdelkader — posait les premières pierres du nationalisme moderne en réclamant la fin du régime de l’indigénat et une représentation politique réelle pour les Algériens. Dans cette continuité, Messali Hadj et l’Étoile Nord-Africaine (ENA) franchirent un cap décisif dès 1926 en revendiquant l’indépendance totale. L’historien Mahfoud Kaddache a parfaitement démontré comment la conscience nationale s’est structurée à travers cette trajectoire du mouvement national. Malgré les péripéties politiques, la rupture définitive fut consommée le 8 mai 1945 : les massacres de Sétif, Guelma et Kherrata démontrèrent tragiquement l’illusion et l’impossibilité de toute voie réformiste.

Le CRUA et le 1er Novembre 1954 : l’aboutissement de l’unité nationale : face aux divisions politiques, la jeune garde révolutionnaire fonde le Comité Révolutionnaire d’Unité et d’Action (CRUA), jetant les bases de l’insurrection décisive. En juin 1954, la réunion historique du «groupe des 22» à Clos-Salembier scelle l’option des armes, portée par des figures issues de toute l’Algérie profonde — des Aurès à la Kabylie, du Nord au Sud, de l’Oranie au Titteri. Cette convergence totale des provinces et des trajectoires militantes apporte la preuve éclatante de l’unité fondamentale du pays et de sa résistance face au colonisateur. Comme le souligne fort justement l’historien Benjamin Stora : « La guerre d’indépendance algérienne n’est pas née d’un coup de tonnerre dans un ciel serein le 1er novembre 1954. Elle est le produit d’un long processus de dépossession, de refus du statut colonial et d’une suite de résistances jamais éteintes depuis 1830.»

La guerre contre-insurrectionnelle et les camps de regroupement : cette politique de répression a atteint son paroxysme avec l’instauration des «zones interdites» et la création des camps de regroupement. Comme l’ont établi les travaux d’historiens et de sociologues — notamment Michel Cornaton, Pierre Bourdieu, Abdelmalek Sayad et Régine Goutalier —, plus de 2,3 millions de paysans algériens ont été arrachés à leurs terres et déportés dans des camps d’enfermement. Ce déracinement forcé a provoqué la mort de près de 200 000 civils, principalement des enfants et des vieillards, emportés par la faim et la maladie. Ce drame humain à huis clos témoigne de la volonté de déstructurer fondamentalement la société rurale algérienne pour briser son soutien à la Révolution.

Pendant la Guerre de Libération nationale (1954-1962), la puissance coloniale a déployé un système répressif et contre-insurrectionnel global visant à briser la résistance populaire, à isoler le territoire et à étouffer l’Armée de Libération Nationale (ALN) :

L’institutionnalisation de la torture : sous le couvert de la loi sur les «pouvoirs spéciaux» (1956) et durant la bataille d’Alger (1957), la torture est passée d’un excès individuel à une méthode d’État rationalisée et généralisée par l’armée coloniale (notamment les parachutistes) et les services de renseignement (DOP). Utilisation de la gégène, exécutions sommaires ciblées (les «crevettes Bigeard»), noyades, immersions et sévices atroces sont devenus des pratiques courantes.

Le martyre des femmes algériennes : les femmes algériennes — moudjahidate, poseuses de bombes, agentes de liaison ou civiles — ont payé un tribut particulièrement lourd, subissant des violences sexuelles ciblées et la torture. L’arrestation de Djamila Boupacha en 1960 et sa défense par l’avocate Gisèle Halimi, soutenue par Simone de Beauvoir et le «Comité Djamila Boupacha» (rejoint par Jean-Paul Sartre, Louis Aragon et Pablo Picasso), dévoila au monde entier l’usage du viol et de la torture comme armes de guerre coloniales. Elles s’inscrivent dans la lignée des figures majeures comme Djamila Bouhired, Djamila Bouazza, Zohra Drif et Baya Hocine.

Le soutien des clercs et des intellectuels : face aux dérives, une minorité d’hommes d’Église et d’intellectuels français choisirent la conscience contre la raison d’État : Mgr Thomas Duval (archevêque d’Alger), le théologien Jacques de Bollardière démissionnant de son commandement, ou encore le réseau Jeanson organisant le soutien logistique et financier au FLN en métropole.

L’enferment territorial : pour étouffer la Révolution, l’armée française entreprit l’isolement hermétique des frontières par les lignes électrifiées Morice et Challe (plus de 2 000 km de barrières sous haute tension) et l’enfouissement de millions de mines antipersonnel («bandes de la mort»), tuant et mutilant des combattants et des civils pendant et longtemps après le conflit.

IV. Le Sahara : un territoire libéré, non une concession coloniale

Prétendre que le Sahara aurait été «octroyé» à l’Algérie lors des Accords d’Évian relève d’une contrevérité flagrante. Consciente de la manne pétrolière de Hassi Messaoud et des enjeux nucléaires, la France a tenté d’amputer l’Algérie de son Sud en créant l’Organisation Commune des Régions Sahariennes (OCRS) en 1957.

Comme l’a souligné l’historien Gilbert Meynier, le FLN a su incarner l’âme d’une nation en armes, imposant au GPRA une intransigeance absolue lors des négociations d’Évian quant à l’indivisibilité du territoire. De Gaulle a dû renoncer à ce projet de partition face à la fermeté des négociateurs algériens. Le Sahara algérien n’a pas été donné : il a été défendu par les armes depuis la résistance des Touaregs sous Moussa ag Amastan jusqu’à l’intransigeance politique des négociateurs de la Révolution.

Conclusion : la souveraineté ne se donne pas, elle s’arrache

L’Algérie n’est pas née d’un décret du duc d’Aumale ni d’une concession de la France aux Accords d’Évian. Elle est le produit d’une continuité étatique séculaire et du prix exorbitant payé par plusieurs générations d’Algériens pour recouvrer leur liberté.

L’histoire ne saurait être falsifiée au point de présenter la fin de la colonisation comme un legs ou un arrangement de circonstance.

L’indépendance de l’Algérie n’a été ni négociée par complaisance, ni «octroyée» par un décret français : elle a été arrachée dans le sang, au prix du sacrifice ultime d’un million et demi de martyrs. Présenter un tel peuple comme l’héritier passif d’une structure «forgée par Bugeaud» relève d’une profonde indignité mémorielle et d’un déni de la réalité historique.

Répéter la rhétorique mémorielle des nostalgiques de la colonisation pour nourrir des ressentiments politiques au Maghreb est une démarche historiquement fausse et irresponsable. Face aux révisionnismes, la rigueur des faits, des traités, de la recherche historique et du sang versé demeure la seule vérité intemporelle.

* Médecin.

L’article L’Algérie face à l’Histoire | De la souveraineté à la reconquête  est apparu en premier sur Kapitalis.

Décryptage – La dette n’est jamais qu’une affaire de chiffres

27. August 2026 um 06:00

La dette ? 90 % du PIB, 100 milliards de dinars, quelques points de déficit, quelques milliards à refinancer. Nous faisons défiler les chiffres sur les écrans, comparons les ratios, commentons les décisions des banques centrales et les perspectives des agences de notation. Puis nous passons à autre chose.

Mais la dette, elle, ne passe jamais vraiment à autre chose. Elle reste là. Elle accompagne les budgets, les salaires, les retraites, les investissements publics, les crédits bancaires. Elle finit par entrer silencieusement dans la vie des ménages et des entreprises. Elle se retrouve dans le prix d’un crédit, dans le coût d’un logement, dans la capacité d’une PME à investir, dans l’entretien d’une route, dans le financement d’un hôpital ou dans la possibilité pour un jeune diplômé de trouver un emploi.

Derrière un milliard de dinars emprunté, il y a donc toujours une histoire humaine. Il y a quelqu’un qui paiera. La question essentielle n’est d’ailleurs pas de savoir si un Etat peut s’endetter. Bien sûr qu’il le peut. La dette est un instrument économique aussi ancien que les Etats eux-mêmes. Elle permet de construire aujourd’hui ce que les recettes d’aujourd’hui ne permettent pas de financer. Elle peut soutenir l’investissement, absorber un choc, éviter une récession ou accompagner une transformation économique.

Le problème commence lorsque la dette cesse d’être un outil pour devenir une dépendance. Et c’est précisément cette frontière invisible que les marchés cherchent aujourd’hui à identifier.

Le chiffre qui impressionne n’est pas toujours celui qui inquiète

Dans les débats économiques, nous avons pris l’habitude de considérer le ratio dette/PIB comme une sorte de thermomètre universel. Plus il monte, plus nous avons peur. La réalité est beaucoup plus subtile. Deux Etats peuvent afficher le même niveau d’endettement et présenter des situations radicalement différentes. L’un peut emprunter dans sa propre monnaie, disposer d’un marché financier profond, bénéficier d’une épargne domestique abondante et avoir des échéances étalées sur plusieurs décennies. L’autre peut dépendre largement de créanciers étrangers, devoir rembourser en devises et faire face à d’importantes échéances dans les prochains mois.

Sur le papier, les deux ont la même dette. Dans la réalité, ils ne vivent absolument pas le même problème. C’est pourquoi les marchés regardent moins le chiffre brut que la mécanique qui se trouve derrière lui.

Qui prête ? Dans quelle monnaie ? À quel taux ? Pour combien de temps ? Et surtout : que se passe-t-il lorsque le prêteur commence à douter ? Cette dernière question est probablement la plus importante de toutes. Car une dette n’est jamais dangereuse tant que quelqu’un accepte de la refinancer à des conditions supportables.

Le jour où le créancier commence à avoir peur

La finance possède une particularité presque psychologique : elle fonctionne aussi longtemps que la confiance fonctionne. Une entreprise peut être parfaitement viable et connaître une crise de liquidité simplement parce que ses créanciers cessent de croire en son avenir. Un Etat peut être solvable sur le long terme mais connaître une crise parce qu’il doit rembourser beaucoup trop d’argent à très court terme. C’est là toute la différence entre solvabilité et liquidité.

La première question est : « Peut-il payer ? » La seconde est : « Peut-il payer maintenant ? » Et dans les marchés, la deuxième question peut devenir plus urgente que la première.

Lorsque les investisseurs commencent à demander une rémunération plus élevée pour prêter, les choses peuvent rapidement se compliquer. Le taux d’intérêt augmente. Le coût du service de la dette s’alourdit. Le déficit se creuse. Il faut emprunter davantage. Les investisseurs deviennent encore plus méfiants.

La dette crée alors sa propre dynamique. Ce n’est pas nécessairement une explosion brutale. C’est parfois beaucoup plus insidieux. Un budget devient un peu plus serré. Puis un peu plus encore. Une entreprise publique reporte un investissement. Une banque devient plus prudente.

Un entrepreneur attend. Un ménage renonce à emprunter. Une administration retarde un paiement. Et, progressivement, l’économie perd de l’oxygène.

La Tunisie face à son propre miroir

Pour la Tunisie, cette réflexion est loin d’être théorique. Depuis plusieurs années, le pays évolue dans un environnement où les besoins de financement de l’Etat restent considérables alors que les marges de manœuvre se sont réduites. Le problème n’est plus simplement de trouver de l’argent. Il faut trouver de l’argent sans asphyxier le reste de l’économie. Cette nuance est fondamentale. Lorsque l’Etat mobilise davantage de ressources auprès du système bancaire local, il sécurise à court terme son financement. Les fonctionnaires sont payés. Les échéances sont honorées. Les dépenses publiques continuent.

Et, humainement, cela compte énormément. Derrière la ligne « masse salariale », il y a des familles. Derrière les dépenses sociales, il y a des personnes qui en dépendent. Derrière une pension versée à temps, il y a parfois un ménage entier. On ne peut donc pas regarder les finances publiques uniquement avec la froideur d’un tableur Excel.

Mais l’autre réalité est tout aussi importante : lorsque le système bancaire consacre une part croissante de ses ressources au financement du Trésor, il dispose potentiellement de moins d’espace pour accompagner les entreprises. Et là encore, les conséquences sont humaines. C’est l’industriel qui reporte l’achat d’une machine. C’est la PME qui renonce à recruter. C’est l’entrepreneur qui abandonne un projet parce que le crédit coûte trop cher. C’est l’entreprise exportatrice qui aurait pu agrandir son atelier mais préfère attendre. Une économie peut donc être financièrement « stabilisée » à court terme tout en devenant progressivement moins dynamique. C’est l’un des paradoxes les plus difficiles de la situation tunisienne.

Quand l’Etat emprunte, l’économie privée regarde

Il existe une expression technique pour décrire ce phénomène : l’« effet d’éviction ». Elle paraît froide. Elle ne l’est pas. Elle signifie simplement qu’un Etat qui absorbe une quantité croissante de ressources financières peut laisser moins de place aux entreprises privées. Dans une économie où l’investissement privé est déjà insuffisant, cette question devient cruciale. Car la Tunisie n’a pas seulement besoin de financer son déficit. Elle a besoin de financer son avenir. Et cet avenir ne sera pas produit par les seuls budgets publics. Il sera produit par des entreprises qui investissent, exportent, innovent, recrutent et prennent des risques.

Le paradoxe est donc saisissant : pour protéger l’économie aujourd’hui, l’Etat peut être obligé de mobiliser davantage de ressources ; mais en mobilisant ces ressources, il peut réduire la capacité de l’économie à produire demain. C’est exactement le genre de piège dans lequel une économie peut rester enfermée pendant des années.

Les banques au milieu de la tempête

Il faut également regarder un autre acteur : les banques. Elles se retrouvent dans une position particulièrement délicate.

D’un côté, elles doivent financer l’Etat. De l’autre, elles doivent financer l’économie. Et entre les deux, elles doivent préserver leurs propres équilibres. Plus le lien entre les banques et le souverain devient étroit, plus le risque souverain peut se transformer en risque bancaire. Le phénomène est bien connu dans les économies fragiles : l’Etat a besoin des banques pour se financer, tandis que les banques ont besoin d’un Etat solide pour préserver la qualité de leurs actifs. C’est une relation de dépendance réciproque.

Lorsque tout va bien, personne ne s’en préoccupe. Lorsque la confiance commence à se fissurer, chacun découvre brutalement à quel point les deux destins sont liés. La question n’est donc pas seulement : « La Tunisie pourra-t-elle financer son déficit ? » Il faut aussi demander : « À quel prix, et avec quelles conséquences pour le financement de l’économie ? »

Le marché obligataire est redevenu le grand juge

Partout dans le monde, les dernières années ont rappelé une vérité que l’on avait quelque peu oubliée. L’argent a un prix. Pendant longtemps, les taux d’intérêt extrêmement faibles ont donné l’impression que l’endettement pouvait continuer presque indéfiniment. Les Etats empruntaient. Les entreprises empruntaient. Les ménages empruntaient. Les banques centrales achetaient. Et tout semblait fonctionner. Puis l’inflation est revenue. Les banques centrales ont relevé leurs taux. Et soudain, les anciennes dettes ont commencé à coûter beaucoup plus cher à refinancer. Le changement est profond. Pendant les années de taux bas, la question était souvent : « Pourquoi ne pas emprunter ? »

Aujourd’hui, elle devient : « Sommes-nous certains de pouvoir continuer à payer ? » Le marché obligataire est redevenu une sorte de juge silencieux. Il ne vote pas. Il ne manifeste pas. Il ne tient pas de conférence de presse. Il modifie simplement les taux. Et parfois, quelques dizaines de points de base suffisent à rappeler à un gouvernement que les marchés ont, eux aussi, une mémoire.

La Banque centrale dans une position impossible

Cette transformation place les banques centrales face à des arbitrages particulièrement délicats. La stabilité des prix exige une politique monétaire suffisamment ferme. Mais une politique monétaire restrictive renchérit le crédit. Et un crédit plus cher pèse sur l’investissement. La Tunisie connaît parfaitement cette tension. Pendant longtemps, la priorité était de lutter contre l’inflation et de préserver les équilibres extérieurs. Mais lorsque l’inflation ralentit, une autre question apparaît immédiatement : comment permettre au crédit de redevenir un moteur de croissance sans relancer les déséquilibres ? La réponse n’est jamais simple. Car derrière chaque décision de taux se trouvent des intérêts différents. Le déposant souhaite une rémunération correcte de son épargne. L’emprunteur souhaite un crédit moins cher. L’entreprise souhaite investir. L’Etat souhaite réduire le coût de son financement. La banque centrale souhaite préserver la stabilité des prix et du système financier. Il n’existe aucune décision qui puisse satisfaire tout le monde. La politique monétaire est donc, contrairement à ce que son vocabulaire technocratique pourrait laisser croire, profondément humaine.

La vraie question n’est pas : combien devons-nous ?

C’est probablement ici que le débat tunisien doit évoluer. Nous avons beaucoup parlé de dette. Nous devrions parler davantage de capacité à créer de la richesse. Car un pays ne rembourse pas sa dette avec des ratios. Il la rembourse avec des revenus. Et les revenus viennent de la production, des exportations, de l’investissement, de l’emploi et de la croissance. C’est pourquoi la question fondamentale n’est pas simplement de savoir comment réduire la dette. Elle est de savoir comment faire en sorte que le PIB augmente suffisamment pour que cette dette devienne progressivement moins lourde. Cela suppose de sortir du court terme permanent. Depuis des années, l’économie tunisienne est régulièrement ramenée à la même logique : trouver des ressources pour passer l’échéance suivante. Mais une économie ne peut pas construire son avenir en vivant éternellement dans l’urgence. Il faut retrouver le temps long. Le temps d’investir. Le temps de réindustrialiser. Le temps de moderniser les infrastructures.

Le temps de réformer les entreprises publiques lorsque cela est nécessaire. Le temps de simplifier l’environnement des affaires. Le temps surtout de redonner aux entrepreneurs une raison de croire qu’investir en Tunisie peut encore être une aventure rentable.

Derrière la dette, il y a finalement une question de confiance

C’est peut-être le mot le plus important de toute cette histoire. La confiance. Un ménage s’endette parce qu’il croit pouvoir rembourser. Une entreprise investit parce qu’elle croit en son marché. Une banque prête parce qu’elle croit en son client. Un investisseur achète une obligation parce qu’il croit que son argent lui sera rendu. Et un citoyen accepte l’effort fiscal lorsqu’il croit que cet effort contribue à construire quelque chose de collectif. Lorsque cette confiance disparaît, les comportements changent.

L’épargne quitte parfois les circuits productifs. L’investissement recule. Les entreprises deviennent prudentes. Les ménages consomment moins. Les banques deviennent plus sélectives. Les capitaux cherchent ailleurs des rendements et surtout de la sécurité. La crise financière commence alors bien avant la crise comptable. Elle commence dans les têtes.

La Tunisie n’a pas seulement besoin d’un désendettement. Elle a besoin d’un nouveau récit économique

C’est peut-être finalement le véritable enjeu. Réduire mécaniquement la dette ne suffira pas si, parallèlement, l’économie reste incapable de créer suffisamment de croissance. Augmenter les impôts ne suffira pas si l’investissement productif continue de reculer. Réduire les dépenses ne suffira pas si l’Etat ne parvient pas à améliorer l’efficacité de chaque dinar dépensé. Emprunter davantage ne suffira pas si chaque nouvel emprunt sert principalement à financer les déséquilibres du passé. La sortie ne peut être durable que si l’on parvient à transformer progressivement la dette de consommation en capacité de production. C’est une différence fondamentale.

Une dette qui finance une infrastructure productive, une entreprise exportatrice, une centrale énergétique, une technologie ou une formation peut préparer les revenus futurs. Une dette qui sert indéfiniment à couvrir des déficits courants ne fait que déplacer le problème. Et c’est là que se joue probablement le véritable débat économique tunisien.

Nous ne devons pas seulement nous demander combien coûte notre dette. Nous devons nous demander ce qu’elle nous permet encore de construire.

Car derrière les milliards de dinars, les émissions obligataires, les décisions de la Banque centrale et les négociations financières, il y a une société entière qui attend. Elle attend des emplois. Elle attend des services publics qui fonctionnent. Elle attend des entreprises qui investissent. Elle attend une monnaie stable. Elle attend surtout que l’effort demandé aujourd’hui ait un sens demain. Une dette peut être élevée sans condamner un pays. Mais une dette élevée, combinée à une croissance faible, à un investissement insuffisant et à une confiance qui s’érode, finit par devenir beaucoup plus qu’un problème financier. Elle devient une question de société.

Et peut-être est-ce cela que les marchés nous disent aujourd’hui, avec leur langage froid et silencieux : le véritable risque n’est pas d’avoir beaucoup de dettes. Le véritable risque est de ne plus avoir assez d’avenir pour les rembourser.

L’article Décryptage – La dette n’est jamais qu’une affaire de chiffres est apparu en premier sur Leconomiste Maghrebin.

Classement de Shanghai 2026 : aucune université tunisienne dans le Top 1000

26. August 2026 um 11:39

La Tunisie ne compte aucune université dans les 1 000 premières du monde dans le classement de Shanghai 2026, publié le 15 août. Une sortie du palmarès qui intervient après la présence de l’Université de Tunis El Manar dans la tranche 901-1000 lors de l’édition 2024.

Le classement aadémique des universités mondiales, ou ARWU (Academic Ranking of World Universities), est l’un des principaux palmarès internationaux de l’enseignement supérieur. Sa méthodologie privilégie largement la recherche scientifique et repose notamment sur les prix Nobel et médailles Fields, le nombre de chercheurs hautement cités, les publications dans Nature et Science, les articles indexés dans les grandes bases scientifiques internationales ainsi que la performance académique rapportée au nombre d’enseignants-chercheurs.

Plus de 2 500 universités évaluées, 1 000 publiées

Une précision est toutefois essentielle pour interpréter le le classement de la Tunisie. ShanghaiRanking indique que plus de 2 500 universités sont effectivement évaluées chaque année, mais que seules les 1 000 premières sont publiées dans le classement général. Il n’est donc pas possible d’attribuer un rang précis aux établissements situés au-delà de la 1 000e place sur la base du palmarès publié.

La dernière présence tunisienne dans ce classement remonte à 2024. L’Université de Tunis El Manar avait alors été classée dans la tranche 901-1000 mondiale. Sa fiche officielle ShanghaiRanking confirme ce résultat. En 2026, elle n’apparaît plus parmi les 1 000 établissements publiés.

Cette évolution ne permet donc pas d’affirmer que l’université occupe un rang déterminé entre 1 001 et 2 500 en 2026. Elle signifie uniquement qu’aucune université tunisienne ne figure dans la liste des 1 000 établissements dont les résultats sont rendus publics.

Harvard toujours en tête

À l’échelle mondiale, Harvard University conserve la première place du classement 2026, devant Stanford University et le Massachusetts Institute of Technology (MIT). De son côté, le Royaume-Uni place deux établissements dans le Top 10, avec Cambridge à la quatrième place et Oxford à la septième.

Le Top 10 est complété par University of California, Berkeley, 5e, Princeton University, 6e, Columbia University, 8e, University of Chicago, 9e, et California Institute of Technology (Caltech), 10e. Les États-Unis occupent ainsi huit des dix premières places, contre deux pour le Royaume-Uni.

Cette domination traduit le poids considérable des grandes universités américaines dans la recherche scientifique mondiale, notamment à travers les publications à fort impact, les chercheurs hautement cités et les distinctions scientifiques prises en compte par l’ARWU.

Des universités arabes et africaines dans le Top 1000

Si la Tunisie est absente cette année du classement de Shanghai, d’autres établissements arabes et africains parviennent à se maintenir dans le Top 1000. C’est le cas de l’Arabie saoudite qui se distingue notamment avec King Saud University (classée 151-200e mondiale), et King Abdulaziz University (dans la tranche 501-600), sans oublier l’Université du Roi Fahd du Pétrole et des Minéraux qui figure dans la tranche 601-700.

Pour sa part, l’Égypte est représentée à plusieurs niveaux du classement. L’Université du Caire se situe dans la tranche 401-500, tandis que l’Université d’Alexandrie figure dans la tranche 601-700 et l’Université Al-Azhar dans la tranche 701-800. L’Université de Zagazig apparaît quant à elle dans la tranche 901-1000.

Du côté africain, l’Afrique du Sud conserve une présence significative. L’University of South Africa (Unisa) est classée 801-900, tandis que l’University of Pretoria figure dans la tranche 501-600.

Lire aussi: Tunis El Manar dans le Top 200 mondial des universités durables

Un classement qui mesure surtout la puissance de la recherche

Le classement de Shanghai ne constitue pas une évaluation globale de la qualité de l’enseignement universitaire. Sa méthodologie accorde une place prépondérante aux performances scientifiques. Les six indicateurs utilisés concernent notamment les prix Nobel et médailles Fields, les chercheurs hautement cités, les publications dans Nature et Science, les articles indexés dans le Science Citation Index Expanded et le Social Sciences Citation Index, ainsi que la performance académique par enseignant.

Pour la Tunisie, la sortie du Top 1000 constitue donc avant tout un signal sur la visibilité et la performance internationale de sa recherche universitaire. Elle intervient alors que certaines universités tunisiennes continuent d’apparaître dans les classements internationaux par discipline.

L’Université de Tunis El Manar, par exemple, figure dans le classement mondial des disciplines de ShanghaiRanking avec notamment une présence en mathématiques et en santé publique, dans la tranche 401-500 lors de l’édition 2023 de ce classement par discipline. L’Université de Carthage apparaît également dans le classement par discipline, notamment en sciences agricoles.

Le résultat de 2026 ne signifie donc pas que la recherche tunisienne est absente des radars internationaux. Il met plutôt en évidence la difficulté pour les universités du pays à transformer leurs performances dans certains domaines en une présence suffisamment forte dans le classement général mondial.

Pour la Tunisie, l’enjeu est désormais de renforcer durablement la production scientifique, la qualité et l’impact des publications, la visibilité internationale des chercheurs ainsi que les collaborations avec les grandes institutions académiques mondiales. Autant de facteurs susceptibles de permettre aux universités tunisiennes de retrouver, à terme, une place parmi les établissements les mieux classés au niveau international.

 

L’article Classement de Shanghai 2026 : aucune université tunisienne dans le Top 1000 est apparu en premier sur Leconomiste Maghrebin.

Quand le « cash » devient le miroir d’une crise économique, selon Ridha Chkoundali

26. August 2026 um 09:27

Pour la première fois, la Tunisie constate plus de 30 milliards de dinars en espèces en circulation (août 2026), soit une hausse d’environ 4 milliards  de dinars en un an.  C’est ce qu’a fait savoir la Banque centrale de Tunisie (BCT). Cet indicateur mesure la monnaie fiduciaire réellement utilisée dans l’économie par les ménages et les entreprises. Pour comprendre les raisons de ce chiffre record, l’expert en économie Ridha Chkoundali  livre son analyse sur sa page officielle Facebook.

Il convient de noter que ce « cash » constitue un baromètre de la liquidité immédiate, à analyser avec les dépôts, le crédit et la masse monétaire globale. Cette hausse record s’inscrit dans une tendance continue d’augmentation du cash en circulation. Elle peut s’expliquer par une activité économique plus dynamique, des effets saisonniers, mais aussi par des comportements de précaution et une préférence accrue pour le liquide.

Selon l’analyse de Ridha Chkoundali,  une telle progression, qui dépasse la croissance réelle de l’économie, ne peut pas être imputée uniquement à l’inflation : elle reflète un déplacement des modes de paiement vers le cash. Plusieurs dynamiques expliquent ce phénomène. La réforme des règles sur les chèques a réduit leur usage sans que les paiements numériques ne comblent immédiatement le vide. La levée du plafond sur les paiements en espèces a rendu les transactions en cash plus faciles. Surtout, l’essor de l’économie parallèle encourage le recours au numéraire, car il facilite l’anonymat et l’évitement des circuits bancaires et fiscaux.

Il précise dans ce contexte: « Cette augmentation du cash fragilise l’intermédiation bancaire,  moins de dépôts signifient moins de crédits disponibles  et réduit la portée des instruments de politique monétaire. Elle érode aussi la base fiscale de l’État et crée une concurrence défavorable pour les acteurs qui respectent les obligations fiscales et sociales. En outre, une masse monétaire qui gonfle sans augmentation correspondante de la production peut alimenter l’inflation, surtout dans une économie déjà contrainte par des goulots d’offre. »

La réponse ne doit pas être une répression, mais une stratégie double : rendre le paiement électronique et bancaire plus attractif (coûts réduits, paiement instantané, confiance accrue, solutions alternatives au chèque) et s’attaquer à la racine du problème en intégrant l’économie informelle  via la simplification des règles fiscales et administratives et l’abaissement du coût d’entrée dans le secteur formel  plutôt que par des sanctions seules.

Il convient de noter  que pour la BCT, suivre cet indicateur aide à évaluer la dynamique de liquidité, le degré de désintermédiation bancaire et à orienter la politique monétaire (taux directeurs, contrôle de la masse monétaire, inflation). En bref, le franchissement des 30 milliards de dinars en cash est un signal d’alerte à surveiller : il reflète l’évolution des transactions et des comportements monétaires, et peut révéler des tensions sur la liquidité et la confiance dans le système financier. 

 

 

 

 

 

L’article Quand le « cash » devient le miroir d’une crise économique, selon Ridha Chkoundali est apparu en premier sur Leconomiste Maghrebin.

La carte énergétique se déplace du Moyen-Orient aux Amériques !

26. August 2026 um 08:23

Le pétrole de l’Amérique du Nord et l’Amérique du Sud est en train de concurrencer sérieusement celui du Moyen-Orient et ce n’est pas uniquement lié au contexte géopolitique relatif à la guerre d’Iran. Le président américain Donald Trump a toujours soutenu aussi bien la multiplication des plateformes de forage que la production effrénée du gaz de schiste. C’est un nouveau paysage énergétique qui émerge et presque entièrement sous l’influence de Washington. Aujourd’hui, le fameux slogan de Trump lors de sa campagne présidentielle «Drill baby, drill!» (Fore chérie, fore!) est en train de se matérialiser. (La carte pétrolière mondiale bascule davantage vers le Texas et le reste des Amériques. Photographe : Daniel Acker/Bloomberg).

Imed Bahri

Selon une enquête de Bloomberg préparée par Javier Blas, la carte mondiale du pétrole se déplace de plus en plus vers le Texas et le reste des Amériques. Pendant quelques semaines en 2026, les Amériques ont produit près de la moitié du pétrole mondial. Ce fut un moment exceptionnel, même s’il fut de courte durée. 

Il s’agissait en partie d’une anomalie statistique due aux circonstances exceptionnelles créées par la guerre d’Iran qui a paralysé une grande partie du secteur énergétique du Golfe mais c’était aussi un indicateur concret d’une forte augmentation de la production, déplaçant le centre de gravité du marché pétrolier mondial du Moyen-Orient.

L’augmentation de la production et le réalignement qui l’accompagne devraient se poursuivre jusqu’en 2027, voire bien au-delà, contrebalançant significativement la pression à la hausse sur les prix du pétrole résultant d’une guerre prolongée.

Jusqu’à présent, plusieurs facteurs ont contribué à maintenir les prix du pétrole à un niveau relativement bas par rapport au mois de mars. La mise à disposition des réserves stratégiques y contribue, tout comme les oléoducs qui contournent les goulets d’étranglement offshore.

La Chine a également drastiquement réduit ses importations, libérant ainsi davantage de barils pour d’autres acheteurs.

Boom pétrolier sur le continent américain

De plus, le volume de pétrole transitant par le détroit d’Ormuz reste supérieur à ce que l’on croit (ce n’est pas une fermeture totale comme au mois de mars lorsque la guerre battait son plein). 

Toutefois, le boom pétrolier sur le continent américain constitue un autre facteur important.

Si la révolution du gaz de schiste américain est l’un des événements géoéconomiques les plus sous-estimés de ces 25 dernières années, la forte augmentation de la production pétrolière dans le reste des Amériques, notamment au Brésil et au Canada, passe bien inaperçue.

Cette augmentation est d’autant plus remarquable compte tenu de l’effondrement de la production dans deux des principaux pays producteurs historiques de la région : le Venezuela, en raison d’une mauvaise gestion politique, et le Mexique, pour des raisons géologiques.

42 millions de barils par jour

Les Amériques produisent actuellement environ 39,5 millions de barils par jour de pétrole brut et autres liquides pétroliers.

De plus, le continent produit environ 2,5 millions de barils par jour d’éthanol et de biodiesel, des quantités généralement comptabilisées dans la production pétrolière totale.

Cela porte le total à 42 millions de barils par jour, plus que toute autre région du monde, y compris le Moyen-Orient.

L’hymne national américain proclame les États-Unis «terre de la liberté et patrie des braves» mais le boom énergétique est devenu si massif qu’on pourrait affirmer que le continent se transforme en une terre de magnats du pétrole et un foyer de richesse pétrolière.

En temps normal, les Amériques représentent environ 40% de la production mondiale totale de pétrole.

En quelques semaines seulement, en mars, ce chiffre a bondi à un peu plus de 45% après que l’Arabie saoudite, le Koweït, l’Irak, le Qatar, Bahreïn et les Émirats arabes unis ont été contraints de fermer leurs puits de pétrole suite à la fermeture du détroit d’Ormuz.

C’est une manne inestimable pour un continent où de nombreux pays sont préoccupés depuis des décennies par le problème de leur dépendance au pétrole étranger.

En 2000, les Amériques ne représentaient qu’environ 26% de la production mondiale, et ce, avant même la chute spectaculaire de la production au Venezuela et au Mexique.

La croissance est tout aussi importante que le volume. Toutefois, le volume de production n’est pas le seul indicateur important. Son taux de croissance l’est tout autant.

Les Amériques produisent actuellement environ 1,6 million de barils par jour de plus qu’il y a un an, soit suffisamment pour couvrir environ le double de la croissance annuelle habituelle de la demande mondiale.

Cette croissance dépasse les prévisions de la plupart des analystes il y a quelques mois à peine. Par rapport à il y a deux ans, le continent produit désormais 3,2 millions de barils supplémentaires par jour.

Cinq pays sont à l’origine de la majeure partie de cette augmentation: Les États-Unis, le Canada, le Brésil, le Guyana et l’Argentine. Un sixième pays, le Venezuela, rejoint cette tendance cette année.

Désormais, cette hausse va s’accélérer, les entreprises passant d’une stratégie de «production stagnante» à une croissance à un chiffre.

En mai, dernier mois pour lequel des données sont disponibles, les États-Unis ont produit environ 13,7 millions de barils par jour de pétrole brut, 8 millions de barils par jour d’autres liquides pétroliers et environ 1,5 million de barils par jour de biocarburants.

Le pétrole brut est de loin le composant le plus important, et sa production devrait bientôt atteindre 14 millions de barils par jour et continuer d’augmenter tant que les prix du pétrole resteront supérieurs à 70 dollars le baril.

La production d’autres liquides et de biocarburants devrait également augmenter.

La hausse des prix relance les plateformes de forage

Les prix du pétrole étant restés plus élevés que prévu il y a quelques mois, le nombre de plateformes de forage actives a atteint son plus haut niveau en un an.

Le nombre d’équipes chargées de la préparation des puits et de leur mise en production a également atteint un niveau record en 16 mois.

Outre les gains d’efficacité et l’augmentation des forages et des complétions de puits, un autre facteur crucial apparaîtra au second semestre à savoir la reprise des prix du gaz naturel dans le bassin permien.

Lorsque les compagnies pétrolières produisant du gaz de schiste forent dans le Permien, qui s’étend de l’ouest du Texas au sud-est du Nouveau-Mexique, elles produisent généralement du gaz naturel en même temps que du pétrole.

La production de ce «gaz associé» a plus que triplé depuis 2018, dépassant la demande intérieure et la capacité des pipelines.

Pendant des mois, ces compagnies payaient les consommateurs pour qu’ils absorbent leur gaz.

Avec tous les gazoducs disponibles saturés, le prix du gaz au hub de Waha, dans le bassin permien, a chuté à un niveau record de -10 dollars par million d’unités thermiques britanniques (MMBtu) fin avril.

Il s’agissait du point le plus bas enregistré en 132 jours de prix négatifs entre février et juin.

Les gazoducs changent la donne

Cependant, le prix du gaz à Waha a depuis remonté à environ 2 dollars par MMBtu grâce à la mise en service de nouvelles capacités de transport de gaz.

Parmi ces nouvelles capacités figurent l’extension du gazoduc Gulf Coast Express, développé par Kinder Morgan, et la mise en service du nouveau gazoduc Hugh Brinson d’Energy Transfer.

Le gazoduc Blackcomb, développé par un consortium dirigé par Whitewater, devrait également être mis en service plus tard cette année.

Face à la hausse des prix du gaz, les compagnies pétrolières produisant du gaz de schiste ont pu augmenter leur production, soit en forant de nouveaux puits, soit en remettant en service des puits qui avaient été fermés ou dont la production avait été réduite en raison des prix négatifs du gaz.

Permian Resources a informé ses investisseurs en début de mois qu’elle avait dû réduire la production de certains de ses puits au cours du deuxième trimestre mais la situation a depuis évolué.

«Lorsque les prix du gisement de Waha se sont améliorés fin juin, nous avons remis en service tous les puits dont la production avait été réduite, sans aucun problème opérationnel», a déclaré Will Hickey, co-PDG de l’entreprise. Et cette tendance se confirme chez de nombreuses autres sociétés.

Le Brésil, le Guyana et l’Argentine battent des records

Ce boom ne se limite pas aux États-Unis. Le Brésil, le Guyana et l’Argentine ont chacun enregistré leurs niveaux de production les plus élevés jamais atteints le mois dernier.

Le Canada est également en voie d’enregistrer sa production annuelle la plus élevée cette année.

D’ici fin 2027, le Brésil et le Canada réunis produiront plus de pétrole que l’Arabie saoudite. Le Guyana produira autant de pétrole brut que la Libye.

Une étude de JPMorgan met en lumière un facteur clé expliquant la poursuite de ce boom : les nouveaux projets pétroliers offshore au Brésil et au Guyana généreront des rendements sur de nombreuses années, ce qui les rendra relativement moins sensibles aux fluctuations à court terme des prix du pétrole.

Les barils supplémentaires produits au Canada et en Argentine proviennent de producteurs à bas coûts qui devraient continuer d’investir même si les prix baissent l’an prochain.

La carte mondiale du pétrole a été redessinée

La carte mondiale du pétrole a changé bien plus qu’on ne le pense. Les troubles au Moyen-Orient vont entraîner un afflux accru de capitaux vers les projets énergétiques des Amériques, ce qui stimulera la production et déplacera davantage le centre de gravité de l’industrie pétrolière mondiale vers l’ouest.

C’est un nouveau paysage pétrolier qui émerge et presque entièrement sous l’influence de Washington. Le «drill baby, drill !» cher à Donald Trump est passé d’un slogan de campagne à une réalité factuelle. Et pas seulement aux Etats-Unis.

L’article La carte énergétique se déplace du Moyen-Orient aux Amériques ! est apparu en premier sur Kapitalis.

Tunisie | Du souverainisme à la question numide, ou l’opposition aveugle

26. August 2026 um 07:48

Les récents articles** publiés dans Kapitalis font table rase du passé d’une manière somme toute radicale. De surcroît, l’idéologie souverainiste à la base de sa réflexion est assez insolite dans un pays par nature tolérant dont les élites se vantent volontiers d’être cosmopolites.

Dr Mounir Hanablia *

Je dis bien souverainiste, le nationalisme au Maghreb étant d’essence arabo- musulmane, comme si dans le contexte le sentiment de tunisianité était exclusif, opposable à toute autre appartenance. C’est déjà faire insulte à la double nationalité.

L’auteur des articles ne laisse donc d’autre choix que de remonter le cours de l’Histoire afin de relativiser le bien-fondé de ses thèses.

On veut bien admettre l’existence d’un souverainisme tunisien dont il serait le fondateur, sans la référence à la bataille de Legnano. Mais dans ce cas pourquoi le limiter à la borne 233 ou aux redevances gazières ? Il n’est venu à l’esprit de quiconque de réclamer la souveraineté sur la Sicile qui pendant deux siècles a fait partie de l’émirat aghlabide de Kairouan, Fatimide de Mahdia ou Ziride, ou bien sur le Mezzogiorno quand Bari était le chef-lieu d’un émirat.

Mais revenons à l’époque moderne et à l’indépendance de la Tunisie. Force est d’admettre dans la polémique engendrée par ses opinions que l’impulsion décisive en faveur de l’indépendance au Maghreb est bien constituée par le débarquement américain au Maroc qui aboutira à la défaite des Nazis en Tunisie en juin 1943, ainsi que la volonté clairement exprimée par le président Roosevelt et ses représentants, ou bien perçue comme telle par les leaders nationalistes, de liquider l’empire français. La suite est donc dans l’ordre normal des choses même si l’affrontement Est-Ouest la retarde inévitablement.

Le Vietnam en 1954, le Maroc et la Tunisie en 1956, obtiennent l’indépendance. Seule l’Algérie du fait de son statut de territoire français pose problème, l’armée de Challe et de Salan qui émerge de l’humiliation de Dien Bien Phu avec une terrible soif de revanche refuse de l’abandonner et envisage la constitution d’une Algérie européenne sécessionniste, un Israël français.

L’Algérie est bien une création de la France

Cependant en 1962, elle accède à l’indépendance dans le cadre des accords d’Evian et le Sahara lui est attribué. Ainsi ce pays, contrairement à ses voisins, ne disposait d’aucun Etat unitaire en 1830. C’est bien une création de la France dont la colonne vertébrale est constituée non par la bourgeoisie citadine comme en Tunisie, ni par le Palais comme au Maroc, mais par les ultimes détenteurs de la force seule à même de maintenir la cohésion de cet immense espace, les prétoriens.

A ce titre l’État algérien est bien le successeur en droite ligne de l’État colonial français forgé par les troupes de Bugeaud et du Duc d’Aumale.

Malgré un vernis de socialisme, la coopération entre la métropole et l’ex- colonie, pas plus qu’avec les Américains, ne se démentira jamais, en particulier au Sahara dans le domaine des essais nucléaires ainsi que les exploitations du gaz et des hydrocarbures.

Contrairement à ce que d’aucuns affirment actuellement, c’est sciemment que la frontière algéro-tunisienne a été délimitée par la puissance coloniale et dans son intérêt. Et le Président Bourguiba l’a bien compris. Il n’était en effet pas question d’assurer au pays contrôlant Bizerte et le détroit de Sicile la part d’hydrocarbures et de gaz qui lui eût assuré la puissance. 

Bourguiba et la question des frontières

Bourguiba toujours visionnaire admettra également en réglant la question de la frontière ne pas vouloir chez lui d’un problème numide, c’est-à-dire d’un irrédentisme des habitants des montagnes de l’Ouest qui acceptent mal le diktat de populations côtières se prévalant de l’unité nationale et qui brandissent le drapeau du pays voisin dans des manifestations de protestation contre une politique de développement inégalitaire. C’est d’ailleurs du bassin minier à l’Ouest que naîtra l’incendie qui jettera à bas le régime de Ben Ali. 

Cependant l’Algérie elle-même en butte à un irrédentisme kabyle soutenu par Israël peut difficilement tabler sur la partition de la Tunisie ; il lui en coûterait la sécession de toute sa partie orientale pour former une nouvelle Numidie forcément hostile.

Néanmoins des arguments souverainistes totalement étrangers à la nature de notre pays prennent pour cible le voisin de l’Ouest, jugé hégémoniste. L’Etat, le nôtre, est accusé de complaisance coupable dans ses rapports avec lui, notamment sur la question du gaz. L’Histoire est là pour rappeler que Carthage fut une colonie étrangère, que Massinissa le Roi des Numides a bien contribué à sa destruction, que l’Afrique du Nord a été dans son ensemble une province romaine, arabe, française, que l’armée française est arrivée en Tunisie en 1881 en provenance d’Algérie pour imposer le protectorat, et que les enfants de Hussein Ben Ali Turki n’ont dû qu’au Dey d’Alger d’être rétablis sur le trône de leur père.

A l’inverse, c’est bien sûr à nos frontières que l’ALN algérienne s’est constituée en vue de prendre le pouvoir, avec le total assentiment de la puissance coloniale sur le départ.

Aujourd’hui et de nouveau on tient rigueur à Bourguiba de l’avoir accepté pour fustiger l’ingratitude. Mais que vaut la gratitude en politique ? C’est tout juste si on ne précise pas qu’on eût dû aider le colonel Tahar Zbiri en fuite chez nous à prendre le pouvoir à Alger, ou bien que de là-bas Ahmed Ben Salah ou Nabil Karoui, pour ne pas dire Mohamed Mzali, eussent dû trouver l’aide fraternelle nécessaire à la chute de la tyrannie. Qu’à cela ne tienne ; c’est désormais dans le Hirak, pour ne pas dire le MAK, que nous devons selon nos souverainistes placer nos espoirs d’entretenir des relations apaisées et équilibrées. Mais les acteurs politiques peuvent se suivre sans se ressembler, les réalités géostratégiques elles sont immuables, ainsi que le prouve du Chah aux mollahs la volonté iranienne de maîtriser le nucléaire.

Peut-on remettre en question l’intégrité territoriale de son pays ?

Avant donc de parler de jugulaire, de goulot de bouteille, ou d’étranglement, ou de terrorisme importé avec un parti Ennahdha au pouvoir, il convient de savoir s’il est dans l’intérêt de la Tunisie d’avoir à ses portes un nouvel Etat numide soutenu de l’étranger doté d’une idéologie expansionniste et revancharde qui rogne sur son territoire et pour qui Carthage ne soit qu’un ramassis d’envahisseurs.

Si donc le pouvoir tunisien est déstabilisé par les grèves, les pannes, les pénuries, ou selon certains, l’incompétence, et que l’opposition pour parvenir à ses fins est capable de placer son destin entre les mains de ceux qui remettent en question l’intégrité territoriale de son propre pays, faut-il s’étonner que nos voisins envisagent des projets alternatifs exclusifs à l’écoulement du gaz ?

Dans le contexte conflictuel que nous connaissons qui frappe la mer Rouge et le Golfe Persique, arguer des difficultés techniques de l’entreprise pour en faire un simple outil de propagande ne tient compte ni de la volonté européenne de garantir son approvisionnement énergétique, ni de le sécuriser, ni de l’évolution constante des moyens techniques disponibles vers plus d’efficacité. C’est dire combien minutieusement l’opposition doit choisir le panier où placer ses œufs. 

* Médecin de libre pratique.

** L’auteur fait allusion aux articles de l’ambassadeur Elyes Kasri sur le Transmed et la nécessité pour la Tunisie de mieux défendre ses intérêts dans le passage par ses territoires de ce gazoduc transportant le gaz algérien vers l’Italie.    

L’article Tunisie | Du souverainisme à la question numide, ou l’opposition aveugle est apparu en premier sur Kapitalis.

Tourisme et diaspora rapportent 11 milliards de dinars à la Tunisie en huit mois

25. August 2026 um 21:36

Les transferts des Tunisiens résidents à l’étranger (TRE) et les recettes touristiques ont atteint 11 milliards de dinars à la date du 20 août 2026, selon les indicateurs de la Banque centrale de Tunisie (BCT).

Les recettes touristiques cumulées s’élèvent à 5 127,5 millions de dinars, contre 4 885 MDT à la même date de 2025, soit une hausse de 5 %. Les revenus du travail cumulés progressent quant à eux de 5,4 %, à 5 868,7 MDT contre 5 568,3 MDT un an plus tôt.

Les avoirs nets en devises s’établissent à 25,154 milliards de dinars au 24 août 2026, couvrant 98 jours d’importation, contre 24,755 milliards de dinars et 107 jours d’importation à la même date de 2025.

La circulation fiduciaire (billets et monnaies) a par ailleurs augmenté de 16 %, atteignant 30 milliards de dinars au 21 août 2026, contre 25,9 milliards de dinars un an auparavant.

L’article Tourisme et diaspora rapportent 11 milliards de dinars à la Tunisie en huit mois est apparu en premier sur Leconomiste Maghrebin.

Fonction publique | Reclasser les diplômes ou libérer le capital humain de l’État ?

25. August 2026 um 11:01

À l’approche de la nouvelle session parlementaire, le débat autour d’un projet de loi visant à réaffecter et à reclasser certains agents de l’État en fonction de leurs niveaux et qualifications remet sur la table une question que l’administration tunisienne ne peut plus contourner : que faisons-nous réellement de nos compétences ?

Abdelwaheb Ben Moussa *

Sur le principe, difficile de contester l’objectif. Lorsqu’un agent de l’État dispose d’une qualification universitaire sans que ses fonctions, son grade ou ses responsabilités ne correspondent à son parcours, il existe une situation à examiner et, le cas échéant, à corriger.

La régularisation statutaire peut réparer cette anomalie. Mais elle ne suffira pas, à elle seule, à moderniser l’administration.

Car le véritable sujet n’est pas seulement celui du grade, du salaire ou de la carrière. Il est beaucoup plus stratégique : comment transformer les compétences déjà présentes dans l’administration en capacité réelle d’exécution ? C’est là que commence le véritable débat.

Le diplôme n’est pas une compétence inutilisée

La fonction publique tunisienne dispose d’un capital humain considérable. Des agents recrutés à des niveaux d’exécution ont, au fil des années, obtenu des licences, des maîtrises, des masters ou d’autres qualifications.

Dans certains cas, ces qualifications peuvent être insuffisamment exploitées au regard des missions exercées.

Le problème n’est donc pas nécessairement que les agents soient insuffisamment formés. Il peut résider dans l’écart entre les compétences disponibles et les besoins réels de l’administration.

Un diplômé en informatique affecté à des tâches essentiellement répétitives. Un juriste mobilisé sur des opérations qui utilisent peu son expertise. Un économiste consacré à la compilation manuelle de données. Un ingénieur éloigné des fonctions techniques correspondant à son expérience.

Ces situations, lorsqu’elles existent, ne sont pas seulement frustrantes pour les agents concernés. Elles peuvent aussi représenter un gaspillage de capital humain financé par la collectivité.

L’État a investi dans la formation. L’agent a acquis une qualification. Mais l’organisation ne parvient toujours pas à transformer cette qualification en valeur pour le service public. C’est une forme de capital humain sous-utilisé. Et dans une administration confrontée à la transformation numérique, à la complexification des dossiers et à l’accélération des attentes des citoyens et des entreprises, ce gaspillage devient difficilement acceptable.

Le piège d’une régularisation sans transformation

C’est ici que le projet de loi doit être regardé avec une exigence particulière : reclasser un agent peut être nécessaire, mais reclasser sans réaffecter, c’est risquer de déplacer le problème. Et reclasser sans revoir les missions, les processus et les responsabilités pourrait produire un effet paradoxal : une évolution statutaire et budgétaire sans amélioration correspondante du service public.

Il ne s’agit évidemment pas d’opposer la régularisation à la performance. La justice statutaire et l’efficacité administrative ne sont pas contradictoires. Elles doivent être pensées ensemble.

La question devrait donc être posée pour chaque situation : quelle qualification possède l’agent ? Quelle expérience a-t-il acquise ? Quelles compétences opérationnelles maîtrise-t-il ? Quelle mission exerce-t-il aujourd’hui ? Quelle mission pourrait-il exercer demain ? De quelle formation complémentaire aurait-il besoin ? Et surtout, quel besoin réel de l’administration justifie cette nouvelle affectation ?

Cette approche change la nature de la réforme. On ne parle plus simplement de reclassement. On parle de gestion stratégique des compétences publiques.

Mettre la bonne compétence au bon endroit

L’administration tunisienne n’a pas seulement besoin de recruter. Elle doit d’abord mieux utiliser ce qu’elle possède déjà. Avant de créer un nouveau poste, ne faudrait-il pas vérifier si la compétence nécessaire existe déjà ailleurs dans l’administration ? Avant de lancer une nouvelle formation, ne faudrait-il pas identifier les compétences disponibles mais sous-utilisées ? Avant d’ajouter une nouvelle couche organisationnelle, ne faudrait-il pas regarder où se trouvent les véritables goulots d’étranglement ?

Cela suppose de connaître beaucoup mieux le capital humain disponible. Non pas seulement combien d’agents travaillent dans chaque administration, mais qui sait faire quoi, où, avec quelle expérience, avec quelles compétences numériques et pour quels besoins.

Un référentiel des emplois et des compétences pourrait devenir un véritable outil de décision.

L’objectif ne serait pas de créer une nouvelle couche bureaucratique, ni un énième fichier administratif. Il s’agirait de rapprocher les compétences disponibles des besoins réels et de donner aux responsables publics une vision plus précise de leurs capacités d’action.

On passerait ainsi progressivement d’une administration organisée principalement autour des postes à une administration davantage organisée autour des compétences et des besoins.

La digitalisation peut accélérer le mouvement

La transformation numérique offre ici une opportunité considérable. Les tâches répétitives, la saisie, la circulation physique de documents ou certaines opérations de contrôle et de consolidation peuvent progressivement être automatisées. Mais l’automatisation ne devrait pas avoir pour seul objectif de supprimer des tâches. Elle doit surtout permettre de réaffecter du temps humain vers des missions à plus forte valeur.

Un agent libéré d’une partie de la saisie peut davantage analyser. Un juriste peut consacrer plus de temps à l’interprétation et à la sécurisation des décisions. Un économiste peut travailler sur les données plutôt que sur leur compilation manuelle.

Un informaticien peut contribuer à la transformation des processus au lieu d’être mobilisé sur des tâches sans rapport avec son expertise.

C’est là que la réforme des ressources humaines rejoint directement celle de l’administration.

Le numérique ne doit pas seulement transformer les outils. Il doit transformer l’utilisation des compétences. Mais cette transformation ne se fera pas automatiquement. Elle suppose une formation adaptée, une mobilité mieux organisée et surtout une définition claire des nouvelles missions.

Attention au piège «diplôme = reclassement automatique»

Il faut également éviter un autre écueil. Un diplôme ne constitue pas, à lui seul, une garantie de compétence immédiatement opérationnelle. Certains diplômes peuvent être anciens. Les métiers ont évolué. Les technologies ont changé. Les besoins de l’administration aussi.

La qualification doit donc être considérée comme un élément important de l’évaluation, mais pas comme le seul critère.

Le reclassement ou la réaffectation doivent pouvoir prendre en compte la qualification, l’expérience, les compétences effectivement maîtrisées, les besoins du service et, lorsque cela est nécessaire, une mise à niveau.

Il faut également éviter que la formation ne devienne une simple formalité administrative. Une formation n’a de sens que si elle répond à une mission.

Il ne s’agit pas d’accumuler des certificats. Il s’agit de permettre à un agent de réussir dans une nouvelle fonction.

Le diplôme peut ouvrir une possibilité. La compétence opérationnelle doit permettre de la concrétiser.

La réforme doit être pilotée par les résultats

C’est probablement le point le plus important. Comment saura-t-on que cette politique de réaffectation et de reclassement a fonctionné ?

Pas au seul nombre d’agents reclassés. Pas au nombre de décisions administratives prises. Pas au montant des nouvelles grilles indiciaires. Mais aux résultats produits. Les délais de traitement ont-ils diminué ? Les services ont-ils gagné en capacité ? Les compétences numériques disponibles ont-elles augmenté ? Les postes réellement en tension sont-ils mieux pourvus ? Les agents concernés exercent-ils effectivement des fonctions davantage en rapport avec leurs qualifications et leurs compétences ? Le citoyen bénéficie-t-il d’un meilleur service ?

Voilà les indicateurs qui devraient accompagner la réforme. Une réforme administrative qui ne produit aucune amélioration mesurable du service public reste une réforme de structure.

De la gestion des effectifs à l’ingénierie des compétences

La Tunisie doit désormais changer de logique. Pendant des décennies, la question de la fonction publique a souvent été posée en termes d’effectifs, de recrutements, de départs, de masse salariale et de statuts.

Ces questions restent importantes. Mais elles ne suffisent plus. Le véritable enjeu est celui de la capacité productive de l’administration. Combien de dossiers peut-elle traiter ? Dans quels délais ? Avec quelles compétences ? Avec quels outils ? Avec quelle qualité de décision ? Et avec quelle capacité d’adaptation ?

C’est cette approche qui permettrait de transformer une mesure de régularisation en véritable politique publique.

Le reclassement deviendrait alors non pas une fin, mais le premier acte d’une démarche plus ambitieuse : identifier les compétences, les repositionner, les former, les responsabiliser et mesurer leur contribution.

Le risque serait de manquer une occasion historique

La Tunisie dispose d’un avantage que beaucoup de pays aimeraient avoir : un capital humain important, formé par son système éducatif et déjà présent dans ses institutions.

Le problème n’est donc pas seulement de produire davantage de compétences. Il est de mieux utiliser celles qui existent.

À l’heure où le Plan 2026-2030 appelle à davantage d’efficacité, de transformation numérique et de capacité d’exécution, cette question devient centrale.

Une administration qui recrute de nouvelles compétences tout en sous-utilisant celles qu’elle possède déjà reproduit une contradiction coûteuse.

À l’inverse, une administration capable d’identifier ses talents, de les repositionner et de les faire monter en compétence peut accroître sa capacité d’action sans nécessairement augmenter ses effectifs dans les mêmes proportions.

C’est précisément là que la réforme peut devenir un levier de productivité publique.

La vraie question que le Parlement devrait poser

Le débat parlementaire ne devrait donc pas se limiter à une question statutaire : combien d’agents seront reclassés et à quel grade ? Il devrait poser une question beaucoup plus exigeante : que fera l’administration de ces compétences une fois qu’elles auront été reconnues ? Car la reconnaissance est nécessaire.

La valorisation est souhaitable. Mais la mobilisation est indispensable. Si le reclassement s’arrête au changement de grade et à la revalorisation salariale, l’État aura corrigé une situation statutaire. C’est légitime, mais ce ne sera pas encore une réforme de l’administration.

Si, au contraire, cette reconnaissance s’accompagne d’une identification précise des compétences, d’une réaffectation fondée sur les besoins réels, d’une formation ciblée, d’une transformation des processus et d’une évaluation des résultats, alors la mesure peut changer de nature. Elle ne sera plus seulement une régularisation. Elle deviendra une politique de valorisation du capital humain de l’État.

C’est là que se situe le véritable enjeu. La Tunisie n’a pas nécessairement besoin de créer une nouvelle administration pour faire plus. Elle doit d’abord apprendre à mieux utiliser celle qu’elle possède déjà. Car le problème n’est pas seulement de savoir combien de diplômes l’État peut reconnaître. Il est de savoir combien de compétences il est capable de transformer en capacité d’action. Et au bout du compte, le citoyen ne jugera pas la réforme au nombre de grades reclassés. Il la jugera au nombre de dossiers traités plus vite, de services améliorés et de problèmes enfin résolus.

C’est là que se fera la différence entre une régularisation administrative et une véritable réforme de l’État.

Reconnaître les compétences est une décision. Les mettre au bon endroit est une réforme. En faire des résultats, c’est l’exécution.

* Ingénieur informatique, cadre de banque publique.

L’article Fonction publique | Reclasser les diplômes ou libérer le capital humain de l’État ? est apparu en premier sur Kapitalis.

‘‘Zerda’’ de Radhia Toumi | Murmures du corps et des absents

25. August 2026 um 07:49

Publié vers la fin de l’année 2024 aux Éditions Khayal, ‘‘Zerda’’ est un recueil de poésie en langue française de la poétesse algérienne Radhia Toumi. En feuilletant et en lisant ce livre, on entre dans une poésie contemporaine en vers libres, intime et viscérale, où chaque mot semble taillé dans la chair et la mémoire. Le corps, l’âme, la solitude, la guerre, l’exil : tout est là, inscrit dans la tension fragile de l’existence.

Djamal Guettala

Dès «ADN», la douleur devient génétique. La double hélice «étourdie» égare son «écharpe hélicée», et l’ADN lui-même vacille. Le corps devient un champ de bataille intime, où chaque cellule porte le poids de l’histoire et de la souffrance.

Dans «Aide-moi à trouver mon corps», la tragédie prend la mer pour décor : corps engloutis, âmes séparées, disparition et exil se transforment en un «ventre immense d’eau et de sel». La poésie devient alors cri et témoignage, à la fois intime et collectif.

Le corps entre identité, mémoire, absence et exil

    La poésie de Radhia Toumi repose sur le vers libre, sans rimes ni métrique régulière, mais aussi sur une succession d’images, de métaphores, d’ellipses et de silences qui donnent au texte son rythme particulier. Des formules comme «la mer m’a pris les jambes» ou «les miroirs ne connaissent plus mon histoire» ne cherchent pas seulement l’effet poétique : elles déplacent le réel et le chargent d’une dimension symbolique. Le corps devient alors identité, mémoire, absence et exil. Chaque image semble ouvrir une seconde lecture derrière le récit apparent.

    Cette écriture reste pourtant accessible. Toumi ne s’enferme ni dans une poésie hermétique ni dans une expérimentation formelle gratuite. Ses textes possèdent souvent une dimension narrative : ils racontent une situation, une rencontre, une séparation, une douleur ou un souvenir, avant de basculer vers l’émotion et le symbole. La poésie naît précisément de cette transformation du quotidien en expérience intérieure. Certaines chutes reconfigurent ainsi le sens des vers précédents et laissent au lecteur un écho qui dépasse le poème lui-même.

    La solitude s’invite également dans les espaces domestiques. Dans «La chambre des invités», les chaises de bois et de cuir vides, le silence et l’absence transforment la pièce en miroir de la vacuité intérieure.

    «Regard furtif» saisit l’éphémère d’un désir timide qui s’éteint dans l’abîme : chambres fantômes secouées par le vent, mélancolie saccadée, cœur «à bout de force» qui crie sa fatigue. Le quotidien devient un territoire de mémoire et de contemplation, où le vent, l’espace et le silence traduisent la fragilité des liens humains.

    De l’amour virtuel aux blessures du monde

    Toumi mêle aussi la modernité à son souffle poétique. Dans «À mon chéri / À ma chérie», l’amour circule par Viber et par émojis : un «Je t’aime» devient un «colis virtuel instantané», tandis que la distance se transforme en chewing-gum que l’on peut étirer et rouler à volonté. L’humour, tendre et doux-amer, souligne la fragilité des relations contemporaines tout en célébrant leur capacité à se réinventer.

    Mais la gravité rôde toujours. Dans le poème de la page 43, l’un contemple un rayon sur sa chemise tandis que l’autre vit la guerre au quotidien. Les cœurs virtuels deviennent alors des symboles de résistance : «Y a-t-il un espace bleu qui voudrait abriter nos familles ?» Une question suspendue, un cri pour la paix, la recherche d’un abri qui semble ne pas exister.

    La langue de Toumi est claire, épurée, mais chargée de musique et de chair. Ses images sont à la fois organiques et surréalistes : l’ADN qui perd son écharpe, les poissons autour d’une chaise, la distance transformée en chewing-gum. Les poèmes courts frappent comme des scalpels, tandis que les textes plus longs explorent les tensions entre désir, mémoire et douleur. L’écriture avance ainsi par fragments, silences et associations d’images, sans jamais perdre le fil émotionnel qui relie les textes.

    Le titre lui-même mérite que l’on s’y arrête. En Algérie, la zerda (زردة) désigne traditionnellement un festin communautaire ou une cérémonie d’hommage à un saint local. On y partage un repas en signe de gratitude après une épreuve ou pour célébrer un bienfait. Par extension, le mot renvoie aussi à un grand banquet convivial, à un moment collectif où les individus se retrouvent autour d’un même espace, d’une même mémoire et d’un même geste de partage.

    Le corps absent, ou l’exil comme déchirure

    Chez Radhia Toumi, ce mot prend une résonance particulière. Le banquet collectif se déplace vers l’espace intérieur ; le rassemblement devient rassemblement des souvenirs, des blessures, des voix et des absences. La zerda n’est plus seulement ce qui réunit les vivants autour d’une table : elle devient une manière de convoquer ce qui manque, de faire revenir les absents par la parole et de transformer la douleur individuelle en expérience partagée. Le titre porte ainsi en lui une tension féconde entre le collectif et l’intime, entre la célébration et le deuil, entre la mémoire populaire et la quête intérieure.

    Cette lecture fait aussi surgir une autre voix possible, comme un écho lointain aux motifs qui traversent Zerda. Parmi les textes que l’on pourrait mettre en regard de l’univers de Radhia Toumi, «Le corps absent» possède, à mes yeux, une force particulière. Il rejoint naturellement plusieurs motifs de Zerda — le corps, la mer, l’exil, la mémoire et les absents — sans chercher à les expliquer. Tout passe par l’image, le déplacement et le silence.

    Le corps absent

    J’ai laissé mon corps

    sur le quai,

    entre deux valises

    et le dernier regard de ma mère.

    Depuis,

    je marche avec une ombre

    qui ne connaît plus mon nom.

    La mer m’a pris les jambes,

    les mains,

    la mémoire des matins.

    Elle a gardé quelque part

    mes vingt ans,

    mes rêves pliés

    dans une chemise blanche.

    Je cherche mon visage

    dans les vitrines du Nord,

    mais les miroirs

    ne connaissent pas mon histoire.

    Alors je parle au vent.

    Je lui demande

    où sont ceux

    qui sont partis avant moi.

    Il ne répond pas.

    Il soulève seulement

    un peu de poussière

    sur le chemin du retour.

    Et je comprends soudain

    que mon corps n’a pas disparu.

    C’est moi

    qui suis restée

    de l’autre côté de la mer.

    Ce poème me paraît particulièrement fort parce qu’il ne raconte pas l’exil de manière documentaire : il le fait ressentir à travers la dissociation du corps et de l’identité. Le quai devient le lieu de la séparation, la mer celui de la dépossession, les vitrines du Nord celui d’une identité devenue étrangère à elle-même. Quant à la chute — «C’est moi / qui suis restée / de l’autre côté de la mer» — elle renverse le sens de l’absence : le corps n’est pas perdu, c’est une part du sujet qui est demeurée dans l’autre rive.

    La proximité avec ‘‘Zerda’’ est donc thématique, mais elle ne doit pas devenir imitation. Ce qui importe est précisément que chaque écriture conserve sa voix. Chez Radhia Toumi comme dans ce texte, le corps devient une porte d’entrée vers des territoires plus vastes : l’exil, la mémoire, l’amour, la guerre, la perte et le retour impossible. La poésie ne cherche pas à donner une réponse ; elle creuse l’absence jusqu’à faire apparaître ce que les mots ordinaires ne parviennent plus à dire.

    À la fin de la lecture, on sort ébranlé mais aussi apaisé, avec le sentiment d’avoir touché une vérité à la fois intime et collective. Zerda murmure au lecteur sa force et sa fragilité, transforme la souffrance en beauté et invite chacun à méditer sur l’humain, ses corps, sa mémoire et le souffle des absents.

    L’article ‘‘Zerda’’ de Radhia Toumi | Murmures du corps et des absents est apparu en premier sur Kapitalis.

    ❌