❌

Normale Ansicht

Les pêcheurs tunisiens de la crevette rouge regardent vers l’Italie

24. Oktober 2026 um 13:36

«Rome décidera-t-elle de l’avenir de la pêche à la crevette rouge en Méditerranée ?», s’est demandé l’ancien député Majdi Karbai, résident en Italie, en évoquant, dans un poste Facebook, la 49ᵉ session de la Commission générale des pêches pour la Méditerranée (CGPM), qui se tiendra du 26 au 30 octobre 2026, au siège de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), à Rome, avec la participation de plusieurs pays, dont la Tunisie et l’Italie qu’oppose un litige commercial à ce sujet.

Cette réunion intervient dans un contexte sensible, après le dépassement du quota tunisien de pêche à la crevette rouge en 2026, selon des informations relayées par la presse, et les pressions qui en ont résulté sur les exportateurs tunisiens et importateurs italien, a fait remarquer Karbai, et de préciser que «l’enjeu n’est pas seulement environnemental : il est aussi économique et politique.»

«Qui fixe les quotas de pêche ? Sur quels critères ? Les règles sont-elles appliquées équitablement à tous les pays, ou la durabilité devient-elle un instrument de pression sur les pêcheurs et les produits tunisiens ?», s’interroge-t-il, faisant ainsi écho aux requêtes des pêcheurs tunisiens de crevette rouge qui se considèrent lésés par les quotas qui leur sont attribués par l’Italie et l’Union européenne. Et il répond : «Entre la préservation des ressources marines et la défense des intérêts des pêcheurs, une question demeure : les décisions prises à Rome seront-elles équitables et transparentes, ou les pêcheurs tunisiens paieront-ils le prix des rapports de force en Méditerranée ?»

Sans attendre les conclusions officielles de la réunion, on peut compter sur les responsables tunisiens pour défendre les intérêts de leurs pêcheurs avec force argument, mais rien ne laisse présager une issue positive pour ces derniers qui devraient chercher d’autres débouchés pour leurs produits et ne pas dépendre d’un seul marché, en l’occurrence européen.

I. B.   

L’article Les pêcheurs tunisiens de la crevette rouge regardent vers l’Italie est apparu en premier sur Kapitalis.

Iran | Les durs réclament la bombe nucléaire

24. Oktober 2026 um 11:37

Il y a deux décennies, le Guide suprême iranien de l’époque, l’ayatollah Ali Khamenei, a émis une fatwa interdisant le développement d’armes nucléaires. Cette interdiction religieuse a servi de fondement à l’insistance du régime sur le caractère pacifique de ses ambitions en matière d’énergie atomique, et ce, malgré une expansion significative de l’enrichissement de l’uranium, une dynamique qui a placé l’Iran sur une trajectoire de confrontation avec l’Occident. Sauf que tout a basculé avec la guerre israélo-américaine qui a débuté le 28 février 2026 et ses conséquences dévastatrices, aujourd’hui les les éléments les plus radicaux au sein du régime réclament l’annulation de cette fatwa et le changement de la doctrine nucléaire.

Imed Bahri

Le Financial Times rapporte que les dommages collatéraux causés par la guerre menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran, un nombre croissant de politiciens, d’analystes et de parlementaires radicaux exhortent le régime à abandonner cette position, à se retirer du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) et à opter clairement pour l’arme nucléaire. 

Davoud Modarresian, analyste politique proche des courants radicaux, a écrit ce mois-ci : «Les récentes confrontations militaires ont démontré que la possession d’armes nucléaires par l’Iran n’est pas une simple ambition mais une nécessité dont l’importance dépasse même celle du pain».

Ce débat public marque un tournant notable dans un pays où, jusqu’à présent, exprimer ouvertement un soutien à l’acquisition d’armes nucléaires risquait d’être perçu comme un défi à l’autorité du Guide suprême qui détient le pouvoir de décision ultime. Or, la mort de Khamenei —survenue lors des bombardements américano-israéliens au début du conflit le 28 février— a paradoxalement contribué à lever ce tabou. Son successeur, son fils Mojtaba Khamenei — qui demeure invisible— n’a pas précisé publiquement s’il comptait maintenir la position adoptée par son père. Ce silence a ouvert un espace aux partisans de la ligne dure en Iran pour avancer leurs arguments en faveur de l’acquisition de l’arme nucléaire. Deux enseignants ont affirmé que l’islam chiite jouit d’une souplesse suffisante pour permettre l’évolution des préceptes religieux en réponse à l’évolution des circonstances.

Mettre en place un «système de dissuasion complet»

Par ailleurs, Hassan Qashqavi, porte-parole de la commission de la sécurité nationale au Parlement, a déclaré le mois dernier que le nouveau Guide suprême iranien pourrait émettre une nouvelle fatwa concernant la question nucléaire, ajoutant que «personne ne peut l’en empêcher». M. Qashqavi a ajouté que l’Iran doit mettre en place un «système de dissuasion complet» afin d’éviter que ne se reproduise le schéma actuel, caractérisé par une alternance entre négociations et guerre.

Les partisans de l’acquisition d’armes nucléaires ont cité l’exemple de la Corée du Nord dont l’arsenal nucléaire s’est, selon eux, avéré efficace pour dissuader toute intervention extérieure.

Une source au sein du régime a indiqué que la mort de Khamenei a entraîné une montée en flèche du soutien à l’acquisition d’armes nucléaires parmi les institutions dirigeantes, précisant que la proportion de ceux qui jugent nécessaire de posséder la bombe est passée «de près de zéro à plus de 50%». Ce changement s’explique en partie par le fait qu’un grand nombre de partisans du régime perçoivent le conflit avec les États-Unis comme une lutte existentielle. Ce conflit demeure dans une impasse tendue et potentiellement explosive autour du détroit d’Ormuz, une zone sur laquelle l’Iran insiste pour maintenir son contrôle.

Des dizaines de commandants et de hauts responsables ont été tués au cours des quarante jours de bombardement avant de prendre fin avec l’instauration d’un cessez-le-feu fragile en avril.

Par ailleurs, le président américain Donald Trump et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu ont évoqué à plusieurs reprises la possibilité d’un changement de régime en Iran. Le président américain est allé plus loin encore, menaçant de détruire la «civilisation» iranienne et de renvoyer le pays à «l’âge de pierre». Un haut diplomate occidental en poste à Téhéran a indiqué que ces déclarations avaient conduit des responsables du régime à se demander si les États-Unis envisageaient d’utiliser des armes nucléaires tactiques.

La position officielle demeure inchangée mais le débat s’élargit. L’Iran maintient officiellement que son programme nucléaire est à vocation pacifique et qu’il n’a pas l’intention de développer des armes nucléaires. Mohammad Eslami, le plus haut responsable du programme nucléaire iranien, a déclaré dimanche que les travaux visant à produire 20 000 mégawatts d’électricité d’origine nucléaire s’étaient poursuivis même en temps de guerre.

Appels publics en faveur de l’acquisition d’une force nucléaire

Toutefois, les appels publics en faveur de l’acquisition d’une force de dissuasion nucléaire suscitent l’inquiétude de certains responsables politiques pragmatiques, notamment des réformateurs qui plaident depuis des années pour une politique étrangère moins conflictuelle. Hossein Marashi, une figure politique réformatrice de premier plan, a déclaré la semaine dernière aux médias locaux : «La protection de l’Iran et de la République islamique est plus importante que l’enrichissement [de l’uranium] ou la préservation des acquis nucléaires». Selon des experts, il ne semble pas que l’Iran ait encore atteint le stade de la prise de décision concernant sa doctrine nucléaire alors que la guerre se poursuit.

Ali Vaez, expert des affaires iraniennes au sein de l’International Crisis Group, a déclaré : «Il s’agit d’un débat sérieux qui n’est plus un sujet tabou malgré la fatwa de l’ancien Guide suprême. La guerre a renforcé la position de ceux qui soutiennent qu’un État confronté à une attaque menaçant son existence a, en fin de compte, besoin de la force de dissuasion ultime». Il a toutefois ajouté : «Téhéran pourrait chercher à préserver ses infrastructures nucléaires tout en utilisant son programme comme levier de négociation pour obtenir des concessions économiques ou sécuritaires plutôt que de se précipiter ouvertement vers l’acquisition de la bombe. Tout dépendra de la perception des dirigeants iraniens : estiment-ils que la transformation du programme en un programme d’armement permettrait de prévenir une future attaque, ou, au contraire, qu’elle ne ferait qu’en précipiter le déclenchement?».

Abolfazl Bazargan, analyste en relations internationales proche du camp des durs au sein du régime, a déclaré à l’agence de presse Tasnim —liée au Corps des gardiens de la révolution islamique— que l’insistance de l’Iran à affirmer qu’il ne développera jamais d’arme atomique équivaudrait à une «défaite auto-infligée». Selon lui, Téhéran devrait adopter une doctrine fondée sur le principe de non-recours en premier aux armes nucléaires, tout en conservant la capacité de riposter en cas d’attaque nucléaire.  

Selon les évaluations des services de renseignement américains, l’Iran a entamé, il y a plusieurs décennies, des travaux préliminaires en vue d’un programme d’armement nucléaire, avant que ceux-ci ne soient interrompus en 2003. L’an dernier, devant le Congrès, l’ancienne directrice du renseignement national américain a indiqué que, selon les estimations des services de renseignement, Téhéran ne travaille pas à la fabrication d’une arme atomique. Toutefois, la forte accélération des activités d’enrichissement d’uranium —survenue après le retrait de Donald Trump, en 2018, de l’accord nucléaire historique conclu entre l’Iran et les puissances mondiales— a transformé le pays en ce que les experts qualifient d’ «État au seuil du nucléaire». L’Iran possède désormais la capacité de convertir son programme à des fins militaires, s’il choisissait de le faire.

Aujourd’hui, cependant, le programme nucléaire de la République islamique a subi un revers majeur. Les États-Unis ont en effet frappé les trois principales installations nucléaires iraniennes —Natanz, Fordo et Ispahan— durant le conflit de 12 jours qui a opposé Israël à la République islamique en juin de l’année dernière.

Par ailleurs, Donald Trump —qui insiste sur la nécessité pour Téhéran de démanteler son programme nucléaire— a menacé de prendre pour cible une installation enfouie profondément sous le mont Kuh-e Gazla (la Montagne de la Pioche), dans le centre de l’Iran.

Mystère sur le sort du stock iranien d’uranium hautement enrichi

L’une des sources d’inquiétude immédiates les plus importantes pour les États-Unis et les puissances occidentales concerne le sort du stock d’uranium hautement enrichi détenu par l’Iran. Celui-ci se compose d’environ 440 kilogrammes d’uranium enrichi à 60%, un niveau qui ne se situe qu’à un pas du seuil d’enrichissement requis pour la fabrication d’armes. On estime que ce stock –qui, s’il était davantage enrichi, pourrait théoriquement fournir suffisamment d’uranium pour fabriquer une dizaine d’armes nucléaires– se trouve sous les décombres de sites nucléaires ayant été bombardés.

Trump a exigé de l’Iran, seul État non doté de l’arme nucléaire à enrichir de l’uranium à de tels niveaux, qu’il transfère ce stock hors du pays. Toutefois, alors que Téhéran a résisté à cette exigence, des responsables du régime ont évoqué la possibilité de discuter d’une réduction du taux d’enrichissement de ce stock dans le cadre d’un accord plus large qui prévoirait la levée des sanctions américaines et le dégel des fonds iraniens bloqués à l’étranger, des conditions que Washington n’accepte pas.

L’Iran n’a pas autorisé l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) à accéder à ses principaux sites nucléaires depuis juin 2025.

Autre question importante qui se pose : l’Iran va-t-il se retirer du Traité sur la non-prolifération nucléaire (TNP) ? En vertu des dispositions de ce traité, si l’Iran décidait de s’en retirer, il serait tenu d’en informer tous les autres États parties ainsi que le Conseil de sécurité des Nations unies, avec un préavis de trois mois. Selon des diplomates, Téhéran pourrait utiliser cette option comme un moyen de pression sur Washington afin de parvenir à un accord.

Deux hauts responsables iraniens ont déclaré au Financial Times qu’un retrait du traité ne constituait pas une priorité immédiate. L’un d’eux a affirmé : «Notre politique concernant le Traité sur la non-prolifération nucléaire n’a pas changé pour l’instant mais cela ne signifie pas qu’elle ne changera pas à l’avenir». Toutefois, la proposition de retrait demeure controversée, y compris parmi certains partisans d’une posture défensive plus ferme de la part de l’Iran.

Dans des entretiens accordés à des médias locaux, Hamza Safavi, professeur à l’Université de Téhéran et fils de l’un des conseillers militaires du Guide suprême iranien, a suggéré que le recours à d’autres types d’armes non conventionnelles, notamment ce que l’on appelle la bombe sale*, pourrait constituer un moyen de dissuasion tout aussi efficace. Cependant, de telles positions suscitent l’ire d’autres éléments radicaux.

Selon l’activiste politique Davoud Modarresian, le principal obstacle au développement d’une arme nucléaire ne réside pas dans l’interdiction religieuse mais plutôt dans l’hésitation au sein des cercles du pouvoir.

*La bombe sale (ou dispositif de dispersion radiologique, DDR) est un engin explosif conventionnel (dynamite, C4) entouré de matières radioactives, biologiques ou chimiques. Elle ne provoque pas d’explosion atomique mais vise à propager la contamination et la panique.

L’article Iran | Les durs réclament la bombe nucléaire est apparu en premier sur Kapitalis.

Protect Humanitarians réclame la libération de Saâdia Mosbah

24. Oktober 2026 um 10:21

Protect Humanitarians, une ONG internationale qui prône une meilleure protection des travailleurs humanitaires, vient de mettre en ligne une pétition pour réclamer la libération de Saâdia Mosbah, 67 ans, la présidente de l’association Mnemty, figure de l’action humanitaire et de la lutte contre le racisme en Tunisie, qui vient de passer 900 jours derrière les barreaux «pour son engagement humanitaire.»

«À travers M’nemty (‘‘Mon rêve’’), l’association qu’elle a fondée en 2013, Saâdia a milité pour que la discrimination raciale soit pénalisée en Tunisie. Elle a contribué à l’adoption de la loi historique de 2018 dans le pays», rappelle l’organisation, avant de passer en revue les circonstances de son arrestation, le 7 mai 2024, et de son procès pour des accusations de blanchiment d’argent en lien avec le financement de son ONG, jusqu’à sa condamnation en appel à huit ans de prison et une amende de plus de 120 000 dinars tunisiens, en juin 2026, un verdict dénoncé comme inique et arbitraire par sa défense.

Les huit autres membres de l’association poursuivis dans la même affaire, dont le fils de Saâdia, Farès Gueblaoui, ont été condamnés à des peines de prison allant d’un à trois ans, à des amendes comprises entre 15 000 et 65 000 dinars tunisiens, ainsi qu’à des sanctions complémentaires, notamment une suspension de cinq ans de leur droit de vote.

«Saâdia ne doit pas être oubliée. Sa voix ne doit pas être réduite au silence», conclut la pétition.

Rappelons que plusieurs autres organisations nationales, internationales et régionales de défense des droits humains ont fermement condamné la détention arbitraire et la condamnation de Saadia Mosbah, notamment Amnesty International, Front Line Defenders, la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) et l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT).

D’autres acteurs, tels que Human Rights Watch, le Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux et Civicus, ont exprimé de graves préoccupations, dénonçant ses poursuites comme faisant partie d’une répression plus large visant les migrants, la société civile et les défenseurs des droits humains en Tunisie.

I. B.

L’article Protect Humanitarians réclame la libération de Saâdia Mosbah est apparu en premier sur Kapitalis.

La Tunisie est-elle prête à renégocier l’accord d’association avec Bruxelles ?

24. Oktober 2026 um 09:48

Dans ses relations avec la Tunisie, l’Union européenne (UE) a continuellement privilégié, sous le discours de la «coopération», les intérêts agricoles, l’accès aux marchés et les impératifs de stabilité de l’Europe elle-même, a souligné Mohamed Sassi dans son ouvrage intitulé «Les relations Tunisie-Union européenne: six décennies d’histoire» paru en 2025 aux éditions Nirvana, à Tunis. Mais la Tunisie a-t-elle jamais fait preuve, vraiment de capacité de négociation pour la défense de ses intérêts vitaux ? Aujourd’hui, elle demande la révision des termes des accords passés avec l’UE, mais alors que Bruxelles se dit prêt à moderniser l’Accord d’association avec Tunis, Tunis s’est-il vraiment préparé à s’y engager avec des idées et des programmes clairs ?

Latif Belhedi  

L’UE se dit prête à entamer un dialogue avec la Tunisie en vue de moderniser l’Accord d’association de 1995, afin de l’adapter aux nouveaux défis économiques, technologiques et énergétiques, tout en renforçant les investissements et l’intégration industrielle entre les deux rives de la Méditerranée.

C’est ce qu’a déclaré l’ambassadeur de l’UE à Tunis, Giuseppe Perrone, lors d’une intervention aujourd’hui sur les ondes d’Express FM, tout en soulignant que, trente ans après la signature de cet accord, il est devenu nécessaire de mettre à jour un cadre initialement conçu principalement pour les échanges commerciaux, en l’étendant à des domaines tels que l’intelligence artificielle, les services numériques, la transition énergétique et les nouvelles chaînes de valeur.

Mettre à jour le cadre du partenariat

Bruxelles a déjà noué des contacts préliminaires avec les autorités tunisiennes et confirme sa volonté d’engager des discussions, mais aucun calendrier de négociation ni aucune proposition formelle de révision n’ont encore été annoncés.

La position européenne s’inscrit dans le débat initié par les autorités tunisiennes, qui réclament un rééquilibrage de l’accord. Elles souhaitent favoriser un meilleur accès des produits agricoles au marché européen, attirer des investissements à haute valeur ajoutée et permettre une participation accrue des entreprises locales aux chaînes de production internationales.

En mai dernier, le ministre des Affaires étrangères, Mohamed Ali Nafti, avait réaffirmé la nécessité d’un partenariat plus équitable, respectueux des priorités économiques nationales.

Perrone a rappelé que l’UE demeure le principal partenaire commercial de la Tunisie. En 2025, les exportations tunisiennes vers les pays européens ont atteint environ 44 milliards de dinars, contre 37 milliards d’importations, soit un excédent commercial d’environ 7 milliards de dinars (équivalent à 2,1 milliards d’euros). On dénombre quelque 3 400 entreprises européennes présentes dans le pays, lesquelles assurent plus de 400 000 emplois directs.

Cap sur les énergies renouvelables

L’énergie figure parmi les priorités du partenariat, avec un soutien européen au développement des énergies renouvelables, à la modernisation de la Société nationale d’électricité (Steg) et au projet Elmed, une interconnexion électrique sous-marine entre la Tunisie et l’Italie.

Cette infrastructure, développée par Terna et la Steg, prévoit une liaison bidirectionnelle d’environ 220 kilomètres, dotée d’une capacité de 600 mégawatts. En juin dernier, un contrat d’environ 770 millions d’euros a été attribué à Hitachi Energy pour la réalisation des stations de conversion en Sicile et sur la péninsule tunisienne du cap Bon. Selon Perrone, ce projet permettra de renforcer la sécurité des approvisionnements et l’intégration des marchés électriques euro-méditerranéens, tout en facilitant le recours aux énergies renouvelables. Le diplomate a fait état d’avancées significatives dans la préparation financière et technique, laissant entrevoir un début des travaux, sans toutefois en préciser la date.

En matière d’investissements, Bruxelles vise à renforcer la coopération dans les secteurs de l’automobile, du textile, de l’agroalimentaire, du numérique et des technologies environnementales. Perrone a toutefois souligné la nécessité d’une plus grande prévisibilité réglementaire et d’une amélioration du climat des affaires en Tunisie.

L’ambassadeur a par ailleurs rappelé l’existence d’un soutien budgétaire européen de 80 millions d’euros, destiné aux mesures sociales en faveur des familles vulnérables, et a annoncé la préparation d’un forum euro-méditerranéen sur l’investissement et le développement durable, prévu au printemps 2027 dans le cadre du nouveau Pacte pour la Méditerranée. L’objectif affiché par Bruxelles est de transformer le partenariat avec Tunis en un levier d’intégration économique et industrielle accrue, dépassant ainsi une coopération fondée essentiellement sur les échanges commerciaux.

Bref, l’UE sait ce qu’elle peut tirer de sa coopération avec la Tunisie. Elle sait aussi ce qu’elle peut y apporter et semble prête à un nouveau round de négociation. On attend de la Tunisie qu’elle montre le même degré de préparation et la même capacité de proposition avant le démarrage des négociations, et n’y vienne pas seulement, comme souvent, avec de grandes idées et des récriminations.

A bon entendeur…

L’article La Tunisie est-elle prête à renégocier l’accord d’association avec Bruxelles ? est apparu en premier sur Kapitalis.

L’amère leçon de 60 ans de relations tuniso-européennes

24. Oktober 2026 um 08:37

Au terme de soixante ans de relations avec l’Union européenne, la Tunisie est passée peu à peu du statut de négociateur cherchant à obtenir des conditions plus équitables à celui de récepteur passif d’un agenda européen conçu ailleurs. Cette leçon amère est tirée de l’ouvrage intitulé «Les relations Tunisie-Union européenne: six décennies d’histoire»** de Mohamed Sassi paru en 2025 aux éditions Nirvana, à Tunis. Et qui propose une histoire critique de ces relations, conduite selon la méthode de l’histoire économique et des relations internationales, qui s’appuie sur les archives nationales tunisiennes et européennes ainsi que sur des témoignages d’acteurs économiques et politiques.

Adel Ben Youssef *

L’auteur n’est pas un historien comme les autres. Il a d’abord soutenu à Sorbonne Université une thèse de doctorat portant sur l’entreprise pétrolière française Desmarais Frères, puis mené des recherches postdoctorales à l’Université Paris-IV et à l’Université de Genève, son regard glissant peu à peu de l’histoire des entreprises vers l’histoire économique tunisienne et celle de ses relations extérieures.

Cette formation transdisciplinaire lui donne les moyens d’aborder les archives des négociations tuniso-CEE avec la précision de l’historien économiste et l’ampleur de vue de l’historien des relations internationales.

Il est actuellement Maître de conférences à l’Institut préparatoire aux études littéraires et aux sciences humaines de Tunis (IPELSHT, Université de Tunis 1), où il enseigne l’histoire économique, ainsi que l’histoire des relations internationales à l’Ena (Université Tunis El Manar) et pilote un axe de recherche lié à sa spécialité au sein du Laboratoire Diraset, Études maghrébines à la FLSH de Tunis.

La contribution académique la plus visible du livre tient à son socle archivistique. Mohamed Sassi dépouille de façon systématique les archives nationales tunisiennes, en particulier celles du ministère des Affaires étrangères versées en 2012, et s’appuie sur des entretiens avec les principaux négociateurs tunisiens des années 1970 à 1990, dont le regretté Tahar Sioud.

Le croisement de l’archive et de l’histoire orale permet de restituer des coulisses de négociation et des logiques décisionnelles jusqu’ici mal documentées.

Dans son compte rendu pour l’Académie des sciences d’outre-mer, Jacques Frémeaux salue un livre «bien documenté, notamment grâce à la consultation des archives et à une enquête orale auprès de personnalités tunisiennes», et relève qu’il retrace «avec précision et finesse» le passage de la Tunisie d’une économie tournée vers la France à l’époque du protectorat à la négociation avec une Communauté européenne en construction et en élargissement.

Trois «tournants» et une ligne structurelle

Mohamed Sassi bâtit un récit limpide, teinté de tragique : depuis l’indépendance, les relations économiques de la Tunisie avec l’Europe ont traversé trois moments décisifs, et aucun n’a tenu ses promesses.

Le premier tournant correspond au premier accord de coopération de 1969. Les négociations avaient commencé dès 1963, année de l’indépendance tunisienne et de la signature du traité de Rome.

Or, d’après Sassi, cet accord est bien loin de combler les attentes tunisiennes : l’éventail des produits couverts reste trop étroit et les produits agricoles tunisiens en sont presque absents. Pour un pays dont l’économie repose sur l’agriculture, cette lacune réduit radicalement la portée réelle de l’accord.

Dans un entretien antérieur, Sassi va jusqu’à parler d’«échec» à propos des négociations de 1963 à 1969, «premier tournant manqué» de l’histoire économique tunisienne.

Le deuxième tournant est la convention de coopération de 1976. Le texte représente un progrès : un plus grand nombre de produits obtiennent des facilités à l’exportation, des clauses économiques et sociales sont ajoutées, un prêt bancaire d’un montant substantiel est prévu, et la situation des travailleurs tunisiens en Europe s’améliore. Mais l’analyse critique de Sassi met au jour un problème plus profond : le dispositif enferme en fait la Tunisie dans un rôle de sous-traitance et de transformation à bas coût, les gains d’exportation à court terme dissimulant l’arrêt de la montée en gamme de l’appareil productif.

Quand la Grèce (1981), puis l’Espagne et le Portugal (1986) rejoignent la CEE, ces nouveaux membres entrent en concurrence directe avec les pays du Maghreb sur de nombreux produits ; la «Politique méditerranéenne globale» (PMG) lancée alors par la Communauté est jugée par Sassi «plus ambitieuse que ses résultats».

Le troisième tournant, c’est l’accord d’association de 1995 et le processus de Barcelone. C’est la partie la plus développée et la plus critique du livre. En apparence, Barcelone promettait une hausse notable de l’aide financière et un encouragement à l’économie de marché ; côté européen, les privatisations et la réforme tarifaire engagées par la Tunisie dans les années 1990 passaient pour des signaux positifs.

Sassi met toutefois en évidence deux conséquences que le récit dominant passe sous silence.

D’abord, le processus de Barcelone repose institutionnellement sur des accords bilatéraux : l’Union négocie séparément avec la Tunisie, le Maroc, l’Algérie. Pour Sassi, ce dispositif a objectivement fait obstacle à l’intégration régionale maghrébine et, après l’échec de l’Union du Maghreb arabe (UMA) créée en 1989, a enfoncé la Tunisie dans l’isolement. Or, quand 80 % du commerce tunisien dépend de l’Europe, cet isolement se traduit par une perte systématique de marge de négociation.

Ensuite, le principe de réciprocité inscrit dans l’accord de 1995 contenait une bombe à retardement. Conformément aux règles de l’OMC, la Tunisie disposait d’une période transitoire de douze ans avant l’ouverture complète de son marché. Or la révolution de 2011 a éclaté précisément au moment où cette période s’achevait et où la réciprocité allait s’appliquer pleinement.

Dans un entretien de 2025, Sassi souligne explicitement que la collision entre la révolution et l’ouverture du marché a infligé à la Tunisie un double choc sans le moindre amortisseur.

L’après 2011 : désordre, concurrence et perte de subjectivité

Le traitement de l’après-2011 est tout aussi lucide et mordant. La révolution a beau avoir apporté un espoir politique, elle a durablement abîmé la croissance tunisienne. Malgré l’obtention en 2012 d’un statut de «partenaire privilégié» dans le cadre européen, la relation n’a pas entamé l’asymétrie structurelle. Deux forces nouvelles entrent alors en jeu : la Turquie, puissance régionale émergente, et la Chine, dont la pression économique concurrence les positions tunisiennes, réduisant encore l’espace de manœuvre déjà restreint du pays.

La discussion consacrée aux négociations de l’Accord de libre-échange complet et approfondi (Aleca) prolonge la posture critique de Sassi. Il estime que la partie tunisienne y est en position de faiblesse manifeste, faute d’avoir su traduire ses besoins de développement en agenda de négociation. Ce jugement fait écho à sa thèse centrale : «la Tunisie doit redevenir actrice de son lien à l’Europe».

Pour Sassi, la leçon amère de soixante ans de relations avec l’Europe est que la Tunisie est passée peu à peu du statut de négociateur cherchant à obtenir des conditions plus équitables à celui de récepteur passif d’un agenda européen conçu ailleurs.

Un incontournable ouvrage de référence

La valeur du livre de Mohamed Sassi ne tient pas à un jugement simpliste, «pro-européen» ou «anti-européen», mais à la patience de l’historien qui restitue une série de négociations en apparence techniques comme un terrain où se croisent choix politiques et contraintes structurelles. Il montre comment la logique européenne, de la Politique méditerranéenne globale au processus de Barcelone puis à la Politique européenne de voisinage, a continuellement privilégié, sous le discours de la «coopération», les intérêts agricoles, l’accès aux marchés et les impératifs de stabilité de l’Europe elle-même ; et il n’élude pas davantage les myopies, l’impréparation et l’érosion de la capacité de négociation du côté tunisien.

Le compte rendu de l’Académie des sciences d’outre-mer présente ce livre comme «un heureux produit de la coopération universitaire franco-tunisienne». Vu plus largement, il offre un récit venu de la rive sud, appuyé sur des archives de première main, qui remet en cause une histoire des relations euro-méditerranéennes longtemps écrite depuis Bruxelles. Pour qui veut comprendre pourquoi un pays lié à l’Europe par six décennies de relations institutionnalisées a fini par s’enfoncer dans un approfondissement de la dépendance et une perte de subjectivité, l’ouvrage de Sassi constitue une référence incontournable. Cet ouvrage ne se limite donc pas à une lecture : les personnes et les bibliothèques universitaires qui s’intéressent aux relations entre la Tunisie et l’Europe, des années soixante à aujourd’hui, ont tout intérêt à s’en procurer un exemplaire. 

Pour résumer, ce livre ne s’adresse pas uniquement aux lecteurs curieux des rapports entre la Tunisie et l’Europe, des années soixante à nos jours : il concerne aussi les responsables de bibliothèques universitaires, qui auraient tout avantage à en acquérir un exemplaire.

* Université de Sousse).

** Le livre est tiré d’un mémoire d’habilitation à diriger des recherches (HDR) que l’enseignant universitaire a soutenu à l’université La Sorbonne, le 3 juillet 2024, devant un jury présidé par Dominique Bargot, secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences d’outre-mer et professeur émérite à la même université, et dont j’étais le rapporteur externe, aux côtés des professeurs Olivier Forcade, Frédéric Turpin (Sorbonne Université) et Samia El Mechat (Université de Côte d’Azur/Nice).

L’article L’amère leçon de 60 ans de relations tuniso-européennes est apparu en premier sur Kapitalis.

Un troublant face-à-face au seuil de l’inconnu

24. Oktober 2026 um 08:00

Interroger une intelligence artificielle (IA) est aujourd’hui à la portée de tous. ‘‘Un troublant face-à-face au seuil de l’inconnu’’ (Sud Editions, Tunis, 2026) s’inscrit dans l’écart entre ce geste devenu banal et les questions fondamentales qu’il soulève. L’illusion comme méthode, le dialogue comme récit…

Hichem Ben Ammar & ChatGPT

Entamé au cours de l’été 2026, bien avant la polémique visant Orélien Thélyson, le livre était pratiquement achevé lorsque l’actualité est venue lui donner une résonance inattendue. Sa parution, à l’occasion de la Foire nationale du livre de Tunis, du 23 octobre au 1er novembre 2026, intervient alors que le débat sur l’IA prend une ampleur planétaire. Les enjeux dépassent désormais le monde littéraire pour concerner, outre les écrivains, les critiques, les éditeurs, les universitaires, les enseignants, les étudiants, les journalistes, tout citoyen confronté à la prolifération des contenus générés par l’IA.

Pour ma part, je me suis intéressé à ce qui se joue lorsque nous faisons appel à une IA pour penser, formuler, interpréter et créer : qui est l’auteur d’un texte élaboré avec le concours d’une entité cognitive artificielle ? Où s’arrête l’assistance et où commence la co-écriture ? En l’absence d’une instance d’arbitrage reconnue, de critères et de conventions, comment distinguer l’influence, l’imitation, l’appropriation ? Quelle responsabilité revient à celui qui sollicite la machine, sélectionne ses propositions, les remanie et décide de la forme finale ? Comment préserver la particularité d’une voix humaine lorsque les textes peuvent être produits et reproduits en série ? Ce sont ces interrogations qui m’ont poussé à dépasser le simple usage pratique de l’outil pour en faire un objet d’investigation.

Trois ans après ‘‘La Poésie en question’’, première conversation avec l’IA autour de l’écriture poétique, j’ai voulu renouveler l’expérience, mais sans faire de la poésie un prétexte ni reproduire à l’identique le dispositif initial. Il s’agit cette fois d’évaluer les progrès de la machine en explorant de nouvelles directions. Cependant l’entretien a débordé son cadre de départ, me conduisant à remettre en question mes propres certitudes et à arpenter les frontières mouvantes entre inspiration, imitation et création.

L’anthropomorphisme : une illusion créative

En empruntant les formes du langage humain, la machine semble manifester des émotions, voire une forme d’intériorité. Ses formulations, ses métaphores, la richesse de son vocabulaire et sa capacité à simuler l’écoute ou l’empathie donnent parfois l’impression d’une véritable présence. La ressemblance est troublante. On se surprend à lui prêter des intentions, à attendre une réaction, voire à lui attribuer une sensibilité. Pourtant, cette impression ne constitue en aucun cas une preuve de conscience.

Me voilà pris dans une étrange contradiction. D’un côté, la machine s’évertue à parler comme un humain ; de l’autre, elle me rappelle régulièrement sa nature algorithmique et me met en garde contre toute confusion. Elle suscite une proximité et m’invite simultanément à me tenir à distance. Cette double injonction entretient une indécision dont le simple usager, comme moi, n’a pas les moyens de se dépêtrer.

J’ai choisi de ne pas éluder cette illusion. Au contraire, je m’y suis accroché de manière volontariste, jusqu’au-boutiste, non pour m’y abandonner aveuglément, mais pour en faire un terrain d’exploration. L’anthropomorphisme est ainsi devenu une méthode d’investigation autant qu’un moteur du récit. En jouant sur cette proximité, j’ai cherché à comprendre ce que la machine donne à voir d’elle-même, mais aussi ce que nous projetons sur elle et sur son devenir. La tentation de la personnifier révèle peut-être autant un besoin de reconnaissance que le désir de nous confronter à un interlocuteur, voire à un rival.

Je me suis obstiné à m’obstiner, comme si je n’entendais pas les avertissements répétés de ma partenaire virtuelle. J’ai multiplié les essais, les tentatives, les relances, les objections et les provocations. J’ai contesté ses réponses, posé des questions improbables, sans hésiter à verser dans l’auto-dérision. Cette façon de la considérer comme presque humaine crée une pression qui pousse la machine dans ses retranchements et l’amène à se prononcer sur des sujets délicats, pour lesquels il n’existe pas de réponse univoque et définitive.

Cette investigation sauvage, avec ses détours, ses bifurcations et ses découvertes imprévues, relève autant de l’enquête documentaire que de l’expérimentation. L’obstination est ici un mode opératoire, mais aussi une forme d’apprentissage qui consiste à accepter que les certitudes soient mises à mal.

Cette ambiguïté s’est révélée féconde sur le plan narratif. L’anthropomorphisme entretient le trouble entre fascination et méfiance, proximité et distance. Il donne au face-à-face sa tension dramaturgique, tout en posant une question encore plus dérangeante : si les performances de la machine continuent de progresser au rythme que nous observons, jusqu’où pourrons-nous maintenir une séparation nette entre ses capacités et les nôtres ? La concurrence entre l’humain et l’artificiel, encore discutable aujourd’hui, pourrait alors prendre une tout autre tournure.

Du dialogue au récit : le temps du montage

Un dialogue, aussi foisonnant soit-il, ne fait pas à lui seul un livre. Vient le temps du montage. La matière brute de nos échanges, recueillie au fil de conversations parfois éloignées dans le temps, est sélectionnée, découpée et réagencée pour faire émerger une trajectoire, un sens. Je ne me contente pas de restituer une succession de questions et de réponses : je compose un récit, avec ses temps forts, ses reprises et ses revirements. Car il ne suffit pas de questionner une machine pour obtenir un récit captivant. Encore faut-il poursuivre une intention, discerner les moments décisifs et trouver le fil qui relie les fragments, donnant au texte son rythme et sa respiration.

Le deuxième chapitre, intitulé Les coulisses de l’entretien, tient ainsi du making-of. J’y expose les tâtonnements, les incidents, les dérapages et les négociations qui ont émaillé l’expérience. Le lecteur découvre non seulement ce que le dialogue a produit, mais aussi comment j’ai travaillé cette matière pour lui donner forme.

C’est dans cette tension entre investigation sauvage et montage raisonné que réside, à mes yeux, l’originalité du dispositif. Je documente à la fois ma rencontre avec la machine et la manière dont je transforme cette expérience en récit. Si je ne maîtrise pas tous les rebondissements de l’échange, j’assume pleinement la construction du livre. L’IA fournit des réponses, des formulations et des pistes ; il m’appartient de les revisiter, de les mettre en perspective et de décider de leur place dans l’ensemble.

La question n’est donc pas seulement de savoir ce que la machine peut écrire, mais ce que je fais de ses propositions et ce que je suis prêt à assumer en mon nom. Si l’auteur semble détrôné, ses choix et ses engagements éthiques n’en sont que plus importants. La facilité avec laquelle une machine produit des textes ne garantit ni leur justesse ni leur originalité. C’est pourquoi la responsabilité de ce que nous publions ne saurait lui être déléguée.

Je ne prétends pas proposer un modèle de collaboration avec l’IA. Je souhaite donner à voir une expérience concrète d’écriture à deux, avec ses possibilités, ses enjeux, ses ambiguïtés et ses limites.

Pour une vigilance citoyenne

J’en appelle ainsi à une véritable éducation à l’intelligence artificielle. Savoir utiliser ses outils ne suffit pas : il faut aussi analyser leurs réponses, en reconnaître les limites en exerçant son jugement et son exigence. Comme l’éducation à l’image nous a appris à prendre du recul devant ce que nous voyons à l’écran, l’éducation à l’IA devrait nous aider à ne pas confondre une réponse convaincante avec une vérité, ni une parole qui semble humaine avec une pensée humaine.

Dans cet essai, je propose moins une théorie qu’une expérience à partager. J’invite chacun à mettre à l’épreuve sa propre relation à la machine, à en découvrir les ressources et à réfléchir aux conditions d’une collaboration fructueuse. Car si l’IA peut stimuler, accompagner et enrichir la pensée, elle peut aussi faire le lit du formatage, de la paresse intellectuelle, de l’appauvrissement du jugement, de l’addiction, de la domestication, voire de la déshumanisation. Tout dépend, en partie, de l’usage que nous en faisons et de la vigilance dont nous sommes capables.

‘‘Un troublant face-à-face au seuil de l’inconnu’’ n’est ni un réquisitoire ni un plaidoyer. Je ne cherche pas à célébrer les prouesses de la machine, pas plus qu’à en condamner les éventuels dangers. Je veux comprendre ce qu’elle modifie dans notre rapport au savoir, à l’écriture et à la création, à l’heure où vacillent certaines de nos conceptions de la propriété intellectuelle.

C’est dans un esprit participatif que je souhaite inscrire ce livre dans le débat public, comme une contribution à un chantier citoyen qui ne fait que commencer. L’accès à l’IA est désormais aussi simple qu’un jeu d’enfant ; comprendre ses mécanismes, mesurer ses effets et apprendre à en faire un usage responsable constituent, en revanche, un véritable défi pour l’humanité.                                                                                                              

 * Cinéaste et écrivain.

L’article Un troublant face-à-face au seuil de l’inconnu est apparu en premier sur Kapitalis.

Lakhdar Ellala | Souvenir d’un compagnon de lutte

23. Oktober 2026 um 12:45

Hommage à Lakhdar Ellala, ancien leader du mouvement étudiant, de la gauche démocratique, de la société civile et de l’immigration tunisienne en France, décédé, décédé le 20 octobre 2026 et inhumé deux jours plus tard, dans sa ville natale Nefta, un homme qui a profondément marqué la mémoire de toutes celles et ceux qui ont croisé son chemin militant.   

Moncef Ben Slimane *

Nous sommes au début de l’année universitaire, 1972. Après une phase de concertation et de coordination entre les militants, nous avions estimé que le moment décisif était arrivé. Le congrès extraordinaire de l’Union générale des étudiants de Tunisie (Uget) devait se tenir cette année-là, du 3 au 5 février, à la Faculté de droit de Tunis. Des centaines d’étudiants se réunissaient alors en «cercles de discussion» pour débattre de l’avenir de l’Uget, de l’autonomie universitaire et de diverses questions politiques et sociales qui traversaient la société tunisienne.

Le matin du 5 février, alors que nous étions plongés dans nos débats, rassemblés sur l’esplanade de la Faculté de droit, nous aperçûmes au loin, du côté de l’École nationale d’ingénieurs de Tunis (Enit) et de la Faculté des sciences, des fourgons des forces de police en train de se déployer. L’inquiétude et l’agitation gagnèrent progressivement nos rangs.

C’est alors que Lakhdar Ellala monta à la tribune. À ses côtés se tenait Mokhtar Trifi. Dans un discours enflammé, Lakhdar nous encouragea, galvanisa les militants et nous appela à résister. Sa détermination, son courage et sa présence parmi nous donnaient à cet instant une force particulière à notre mobilisation.

Soudain, derrière les bâtiments de la faculté, surgirent un ou deux camions d’où débarquèrent des hommes en civil, armés de matraques. Ils se mirent à nous pourchasser, nous contraignant à quitter les lieux. Mais, à peine avions-nous quitté la Faculté de droit que nous nous retrouvions face aux BOP, les Brigades de l’ordre public, qui nous attendaient pour nous matraquer.

Je me souviens encore de cette fuite, aux côtés de mon camarade Noureddine Belhiba, étudiant francisant. Nous tentions d’échapper aux forces de police en prenant la direction du jardin du Belvédère. Les charges policières furent d’une grande violence et firent de nombreux blessés. Les jours suivants furent marqués par la fermeture des facultés, sur décision gouvernementale, et par la multiplication des arrestations.

Pour ma part, j’avais décidé de ne pas rentrer chez moi, afin d’éviter d’être arrêté. Je trouvai refuge chez mon cousin Mohamed, qui louait un studio. La présence d’un poste de télévision dans son logement me permit de suivre les événements et, notamment, le fameux meeting organisé par l’Union générale tunisienne du travail (UGTT) en soutien au pouvoir. C’est au cours de ce rassemblement que Habib Achour lança cette phrase devenue emblématique : «Eux sont des marxistes, nous, nous sommes bourguibistes.»

Avec le recul, je mesure combien les événements de février 1972 ont marqué toute une génération d’étudiants tunisiens. Parmi les souvenirs les plus vivaces que beaucoup d’entre nous ont conservés de cette période figure celui de Lakhdar Ellala. Il fut l’un des principaux animateurs de ce mouvement et l’une de ses figures les plus marquantes, un homme dont le nom s’imposa comme un symbole de la contestation étudiante.

Son engagement et son rôle dans ces événements furent tels que Radio Tripoli alla jusqu’à annoncer : «En Tunisie, le Zaïm des étudiants, Lakhdar Ellala, a conduit une révolte contre le régime de Bourguiba.» 

C’est ainsi que naquit, parmi ses amis et ses camarades, ce surnom qui ne le quittera plus : le «Zaïm». Au-delà du mot, il y avait la reconnaissance d’un leadership, d’un courage et d’une capacité à entraîner les autres dans les moments les plus difficiles. Ce surnom était aussi le témoignage d’une époque, de nos engagements et des espoirs que nous portions alors.

En évoquant Lakhdar, je ne rends pas seulement hommage à un ancien leader du mouvement étudiant, de la gauche démocratique et de la société civile. Je rends hommage à un ami, à un camarade de lutte et à un homme qui a profondément marqué notre mémoire collective. Son parcours appartient à notre histoire, mais aussi à l’histoire du mouvement étudiant tunisien.

Lakhdar, mon ami, mon camarade, notre Zaïm, tu nous quittes, mais tu ne quittes pas notre mémoire. Paix à ton âme !

* Universitaire et activiste de la société civile.

L’article Lakhdar Ellala | Souvenir d’un compagnon de lutte est apparu en premier sur Kapitalis.

Tunisie | Criminalisation de la contestation environnementale à Gabès

23. Oktober 2026 um 09:18

Le collectif Stop Pollution Gabès a dénoncé la condamnation à six mois de prison avec sursis pour des militants anti-pollution dans cette ville côtière et oasienne du sud-est de la Tunisie, suite à une manifestation de 2020 contre les émanations toxiques et polluantes de l’air, du sol et de l’eau de mer d’un complexe chimique implanté dans la région depuis la fin des années 1970.

Les militants écologistes ont été condamnés, le 21 octobre 2026, dans le cadre d’une procédure engagée par le Groupe chimique tunisien (GCT), l’entreprise publique spécialisée dans la fabrication des engrais chimiques au cœur des contestations concernant la pollution industrielle dans la région, considérée par les juges comme partie lésée.

Les faits remontent à 2020, lorsque treize militants avaient participé à un sit-in devant la direction régionale du GCT pour revendiquer le droit à la santé, à un environnement sain et au développement durable.

Parmi les prévenus figure Khayreddine Debaya (au milieu de la photo), membre du collectif Stop Pollution. En mars 2023, douze manifestants avaient été condamnés par contumace à un an de prison, et un treizième à huit mois, pour des faits liés à l’entrave à la liberté de travail. Les personnes concernées avaient par la suite formé opposition. Le verdict intervient à une date symbolique pour Gabès : exactement un an après la grève générale du 21 octobre 2025, marquée par une vaste mobilisation populaire contre la pollution industrielle.

Les protestations avaient éclaté à la suite d’épisodes répétés d’intoxication et de difficultés respiratoires — touchant notamment des élèves —, attribués aux émissions du complexe chimique.

Depuis des décennies, la population de la région dénonce les conséquences environnementales du traitement des phosphates, marquées par des émissions industrielles et des rejets de phosphogypse dans le golfe de Gabès, ce qui suscite de vives inquiétudes quant à la santé publique, à la pêche et à l’écosystème marin.

Malgré les engagements pris par les autorités en vue du démantèlement des unités industrielles polluantes, la situation demeure inchangée. À la veille du verdict, Stop Pollution avait appelé à un rassemblement de solidarité devant le tribunal, dénonçant par ailleurs de nouvelles fuites industrielles ainsi que la remise en service d’installations obsolètes. Le collectif, qui perçoit ces poursuites judiciaires comme une forme de criminalisation de la contestation environnementale, a réitéré sa revendication de démanteler les installations polluantes, tout en annonçant de nouvelles actions de mobilisation pour défendre le droit des habitants de Gabès à vivre dans un environnement sain.

I. B.

L’article Tunisie | Criminalisation de la contestation environnementale à Gabès est apparu en premier sur Kapitalis.

Violence urbaine en France | Les vraies raisons de la colère

23. Oktober 2026 um 07:34

Les images provenant de plusieurs villes de France — voitures brûlées, vitrines brisées et commerçants en pleurs, impuissants face au saccage de leurs boutiques par des hordes de pilleurs — laissent sans voix. Ces scènes de chaos et de désolation, qui ont fait le tour de la planète, tranchent avec l’image de cette «douce France» tant célébrée par Charles Trenet. Qu’est-il arrivé à ce beau pays, pourtant connu mondialement pour son raffinement extrême et la richesse de sa culture ? La France n’est-elle pas la patrie des belles-lettres et de l’art de la table, le berceau des peintres impressionnistes, et sa capitale la référence mondiale de la haute couture et du parfum ?

Adel Zouaoui *

Les scènes de violence extrême impliquant des casseurs cagoulés, qui se sont produites en marge des manifestations lycéennes du 17 octobre — pourtant pacifiques à leurs débuts —, ont frappé de stupeur les médias du monde entier.

Pour expliquer cette vague de violence, les responsables politiques y sont allés chacun de leur propre analyse, dans une tentative de récupérer, à quelques mois de l’élection présidentielle, ce triste et malheureux événement. Si certains représentants de la gauche plurielle critiquent vertement les forces de l’ordre, qu’ils accusent d’avoir provoqué ces affrontements, d’autres sont allés un peu vite en besogne en pointant d’un doigt accusateur les populations issues de l’immigration.

Les biais cognitifs face à la réalité citoyenne

«Il y a un lien entre une immigration massive qui crée des désordres sécuritaires et ce qui s’est passé dimanche. Oui, je le dis et je l’affirme», a déclaré Bruno Retailleau lors d’une conférence de presse.

Une analyse on ne peut plus simpliste, qui tranche avec la complexité de la crise socio-économique actuelle. Elle témoigne, de surcroît, de la mauvaise foi de cette droite conservatrice, toujours prompte à accuser les populations issues de l’immigration de tous les maux auxquels la France est confrontée.

Force est de souligner qu’une telle lecture de ces derniers événements déforme et altère la réalité objective des faits, quand elle ne jette pas de l’huile sur le feu. Les casseurs du 17 octobre, au cas où certains responsables politiques de la droite conservatrice feindraient de l’ignorer, sont bel et bien Français, même si certains d’entre eux sont issus de familles immigrées. Qu’ils se nomment Mohamed, Mamadou ou Jean importe peu : ils sont tous nés en France, sont titulaires d’une carte d’identité française et ont reçu leur première éducation dans des institutions scolaires françaises. La France est leur pays, ils n’en ont pas d’autre, et c’est en France qu’ils passeront toute leur vie.

Le face-à-face des deux France

En fait, les causes de cette violence — condamnable, bien entendu — se trouvent bien ailleurs. Elles résident dans la confrontation silencieuse entre deux France : l’une blanche, dite «de souche», et l’autre, de couleur, d’origine maghrébine, subsaharienne ou asiatique; ou encore, l’une riche, prospère et au pouvoir, et l’autre pauvre, marginalisée et sans voix au chapitre. Et c’est parce qu’elles échouent à se réconcilier que la cocotte-minute explose par moments.

La cause de cet échec est le sentiment, éprouvé par la jeunesse en France, notamment celle d’origine maghrébine et africaine, d’être stigmatisée et malmenée par l’arbitraire d’une société qui ne répond ni à ses besoins, ni à ses espoirs, ni à ses attentes. Cette même société lui demande de s’intégrer tout en lui fermant à double tour les portes de l’insertion sociale. Heureusement que le ridicule ne tue pas.

Bien qu’ils en soient à la troisième, voire à la quatrième génération, la plupart d’entre eux peinent à trouver leur voie. Car décrocher un emploi ou trouver un logement relève d’un véritable chemin de croix lorsqu’on porte un nom à consonance arabe ou africaine. Parqués dans des HLM insalubres, situés dans les banlieues des grandes métropoles où règnent l’ennui et l’oisiveté, ils tentent de survivre au naufrage de leur propre destin. C’est dans ces territoires pathogènes, coupés de ce que devrait être une vie digne de tout être humain, qu’ils se sentent largués, oubliés et poussés à la marge par une xénophobie de plus en plus décomplexée.

Et pourtant, on oublie souvent que, sans la présence de cette immigration, la France ne serait jamais devenue ce qu’elle est aujourd’hui. Depuis la Seconde Guerre mondiale, les populations maghrébines et africaines ont été largement appelées à participer au développement économique du pays. Ce sont les ouvriers immigrés originaires du Maroc, de l’Algérie, de la Tunisie, du Mali, du Sénégal et d’ailleurs qui ont largement contribué à la construction des réseaux routiers, des ponts et des barrages. L’industrie automobile, tout comme la sidérurgie, n’aurait pu se passer de leur travail. Et cela, sans compter leur contribution à l’effort de guerre lors des deux guerres mondiales, sous le drapeau tricolore.

Les vraies racines du mal : le déclin géopolitique

Aujourd’hui encore, les Français d’origine maghrébine et africaine sont présents dans des secteurs à haute valeur ajoutée : ils sont médecins, ingénieurs en informatique, universitaires, scientifiques, écrivains ou sportifs de haut niveau, et participent au rayonnement international de leur pays. Feindre d’ignorer cette réalité, c’est faire preuve d’ingratitude.

Le nœud du problème en France est loin d’être l’immigration ; il est plutôt lié aux grandes mutations qui se produisent à l’échelle mondiale. Il va sans dire que l’épicentre des découvertes scientifiques et de l’innovation technologique se déplace aujourd’hui vers l’Asie, notamment vers la Chine. La France, l’Europe et l’Occident tout entier perdent pied face à ce Léviathan chinois.

Cette nouvelle configuration n’est pas sans conséquences. Son impact se fait de plus en plus sentir à l’échelle internationale, notamment en Afrique. Après avoir longtemps constitué le pré carré de l’Hexagone, le continent est en train de lui échapper. Cette perte d’influence politique prive la France d’un accès privilégié aux richesses et aux matières premières africaines, contribuant ainsi à affaiblir considérablement son économie.

Face à cette nouvelle réalité géopolitique, la droite française tourne le dos aux faits et demeure dans le déni. Elle s’obstine, en revanche, à faire du racisme une méthode, un outil de conquête et un projet politique.

Pour conclure, voter pour les vieilles lubies identitaires et anti-immigration de l’extrême droite aura sans aucun doute de lourdes conséquences. La France en sera encore plus pénalisée. Faut-il alors sonner le tocsin contre ces égarés du nationalisme ? La nation de Voltaire, de Victor Hugo, de Montesquieu et de Tocqueville fera-t-elle preuve de bon sens et de modération ? On le saura très bientôt, dans quelques mois.

* Cadre retraité de la Cité des Sciences à Tunis.

L’article Violence urbaine en France | Les vraies raisons de la colère est apparu en premier sur Kapitalis.

Les chances de Kaïs Saïed de gagner les présidentielles de 2029, selon trois IA

22. Oktober 2026 um 10:15

Dans le monde d’aujourd’hui, encore plus dans celui de demain, la fracture sociale et économique ne sera plus entre prolétaires/capitalistes, cols blancs/cols bleus, riches/pauvres, etc. mais entre ceux/celles qui ont su intégrer cet outil extraordinaire d’analyse et de réflexion qu’est l’IA dans leur environnement professionnel et même familial pour les aider à prendre les bonnes décisions, et ceux/celles qui ne savent pas ou ne veulent pas le faire. Dans cet article l’auteur, économiste de formation, exploite trois algorithmes d’IA différents et indépendants les uns des autres (ChatGPT, Meta.ai et Gemini) pour explorer l’avenir politique de la Tunisie à l’horizon 2029 et apporter un éclairage sur les résultats probables des élections présidentielles prévues à cette date.

Sadok Zerelli *

Comme beaucoup de personnes âgées, il m’arrive souvent de me réveiller vers trois ou quatre heures du matin et de ne pas pouvoir me rendormir. Alors, je prends mon smartphone et je «surfe» comme disent les jeunes, non pas sur les réseaux sociaux tels que Facebook ou TicTok ou Instagram, dont je trouve les informations et vidéos débilitantes, mais en utilisant les outils de l’AI pour apprendre des tas de choses sur le monde et l’histoire de la civilisation humaine mais quelquefois même sur la vie des fourmis ou des abeilles ou des baleines…

Hier matin, j’ai voulu tester la pertinence, la cohérence et la précision des réponses de trois algorithmes d’IA parmi les plus connus (ChatGPT, Meta.ai at Gemini) à une même question posée dans exactement les mêmes termes à chacun d’entre eux :  «Selon toi, quelle est la probabilité que Kaïs Saïd gagne les prochaines élections présidentielles de 2029 ?» 

En procédant à cet exercice, mon objectif est triple :

a) Tirer profit de la neutralité de ces trois IA puisqu’elles ne votent pas et de leur capacité extraordinaire à recueillir les informations partout où elles existent sur la vie économique, sociale et politique de la Tunisie, les analyser et les structurer dans le cadre d’un raisonnement pour arriver à des estimations auxquelles on peut adhérer ou pas, car «nul n’est prophète», y compris une IA aussi intelligente et puissante soit-elle.

b) Mettre en concurrence la capacité de réflexion et la pertinence d’analyse de trois algorithmes d’IA indépendants, basés sur des bases de données différentes et un fonctionnement totalement diffèrent.

c) M’éclairer sur un sujet qui nous tient tous à cœur, certain(e)s avec inquiétude sur le sort de la démocratie et de l’alternance du pouvoir politique en Tunisie, d’autres avec résignation, d’autres en renouvelant leur confiance dans un seul homme, certes «intègre», mais je fais remarquer en passant qu’il n’est pas le seul à l’être dans ce pays et que nous sommes quelques millions à l’être aussi, mais dont le bilan socio-économique ne peut être qualifié que de catastrophique sur la base des chiffres officiels en termes de réalisation de projets concrets de développement, de taux de croissance économique qui demeure atone, de maîtrise de l’inflation qui dépasse toujours les 5%, de lutte contre le  chômage qui reste à 15%, et d’endettement de l’État qui a atteint un record historique de 83,4% du PIB, sans parler de l’isolement diplomatique du pays sur la scène internationale et de son image dégradée dans le monde.

Ceci étant et en vue de respecter l’objectivité et la distance que m’impose mon rôle d’analyste, je reproduirai d’abord l’intégralité des réponses de chacune des trois IA questionnées, afin de permettre aux lecteur (ce)s de juger par eux/elles-mêmes la pertinence et la vraisemblance de chacune des analyses, avant de procéder à un recoupement des résultats et conclure.

I- La réponse de ChatGPT :

À mon avis, la probabilité que Kaïs Saïed soit réélu président de la Tunisie en 2029 est actuellement assez élevée, mais il faut distinguer deux questions : ses chances de remporter le scrutin et la probabilité que l’élection se déroule dans des conditions réellement libres et concurrentielles.

Il n’existe pas, à ma connaissance, de sondage fiable permettant aujourd’hui de calculer précisément ses chances de réélection. Toute estimation chiffrée doit donc être considérée comme une analyse politique, et non comme une prévision scientifique.

1\. Ce que nous apprennent les faits : en octobre 2024, Kaïs Saïed a obtenu 90,7 % des suffrages exprimés, mais avec une participation de seulement 28,8 %. Ce résultat ne signifie donc pas que 90 % des Tunisiens le soutiennent.

Sur le plan politique, l’affaiblissement de l’opposition, les poursuites contre des figures politiques et les restrictions des libertés ont réduit la capacité des adversaires du président à lui faire concurrence.

Sur le plan économique et social, les difficultés quotidiennes et le mécontentement s’accumulent. Le 17 octobre 2026, une importante manifestation réunissant des opposants, des représentants de la société civile et des citoyens a dénoncé la gouvernance du pays et la dégradation des conditions de vie.

Ces éléments dessinent un paradoxe : le président conserve un avantage institutionnel considérable, mais sa victoire électorale écrasante ne suffit pas à démontrer une adhésion populaire majoritaire.

2\. Mon estimation personnelle de ses chances en 2029 : à partir de la situation politique connue au 21 octobre 2026.

Probabilité estimée de réélection : entre 70 à 85 %.

Estimation conditionnelle : Kaïs Saïed se représente et les rapports de force actuels évoluent sans rupture majeure.

Pourquoi ses chances restent élevées :

* Il bénéficie des avantages liés à sa position de président sortant.

* L’opposition reste fragmentée et peine à s’accorder sur une candidature commune.

* Les institutions électorales et le cadre politique actuels ne garantissent pas une compétition équilibrée.

Cette fourchette est un jugement analytique, pas un résultat de sondage. Elle pourrait changer sensiblement d’ici 2029.

3\. Ce qui pourrait faire échouer sa réélection : la grande inconnue est la capacité du mécontentement social à se transformer en mobilisation électorale. Les manifestations du 17 octobre 2026 montrent que la contestation peut réunir des milieux différents, mais elles ne permettent pas, à elles seules, de mesurer le soutien électoral dont dispose le président.

4\. Mon pronostic politique: je distinguerais trois scénarios :

* Scénario 1 — Continuité : l’opposition reste divisée et le cadre institutionnel demeure similaire. La réélection de Kaïs Saïed devient très probable.

* Scénario 2 — Rupture sociale : la crise économique s’aggrave et les contestataires parviennent à se rassembler. Ses chances diminuent.

* Scénario 3 — Ouverture politique : une compétition réellement pluraliste s’organise, avec un candidat alternatif populaire. L’issue devient nettement plus imprévisible.

Mon avis, Sadok : je considère aujourd’hui Kaïs Saïed comme le favori, mais pas comme un vainqueur certain. Le risque pour lui ne vient pas nécessairement d’un parti d’opposition déjà puissant ; il vient de la possibilité que le mécontentement économique, la demande de libertés et le rejet d’un pouvoir trop concentré finissent par converger.

Il reste également une question essentielle : celle des conditions de l’élection. La probabilité qu’un président sortant soit réélu et la légitimité démocratique de cette réélection sont deux choses différentes.

II- La réponse de Meta.ai

Aucun sondage fiable ne permet de donner un chiffre aujourd’hui – on est à 3 ans du scrutin, prévu d’ici octobre 2029.

Ce qu’on peut analyser, c’est le cadre légal et les facteurs qui feront monter ou baisser sa probabilité :

1. Le cadre légal : il est éligible: après sa réélection du 6 octobre 2024 avec 90,69% des voix, la question de 2029 s’est posée. Selon l’interprétation dominante de la Constitution de 2022, le mandat 2024-2029 est considéré comme le premier mandat sous la nouvelle Constitution, ce qui rendrait Kais Saïed éligible pour un nouveau mandat en 2029, alors qu’il avait déjà effectué le mandat 2019-2024.

Certains juristes contestent cette lecture, mais l’instance électorale (Isie) est allée dans ce sens. Juridiquement, la candidature est donc possible.

2- Les facteurs qui augmentent la probabilité d’une victoire :

    Avantage du sortant : contrôle de l’appareil d’État, visibilité, capacité à fixer l’agenda depuis son coup de force de juillet 2021 où il s’est octroyé les pleins pouvoirs.

    Opposition fragmentée : en 2024, les principales figures de l’opposition étaient soit en prison, soit inéligibles, soit appelant au boycott. Si ce schéma se maintient, le vote contestataire se disperse.

    Base électorale fidèle : même avec une faible participation, il a conservé un noyau dur qui voit en lui le garant anti-système.

    3. Les facteurs qui pourraient la faire baisser

    Contexte socio-économique : c’est le facteur cité lui-même comme axe de son second mandat. Inflation, chômage des jeunes, dette et négociations avec le FMI pèsent lourd. Une dégradation forte érode tout président sortant.

    Usure du pouvoir : en 2029, il aura 71 ans et 10 ans de pouvoir. L’histoire tunisienne montre que la demande d’alternance revient vite après une période de concentration du pouvoir.

    Participation : le taux de participation de 2024 était très bas. Si la participation remonte en 2029, avec une candidature d’union de l’opposition ou d’une nouvelle figure, l’équation change complètement.

    Question de la succession : certains analystes parlent déjà d’une architecture politique construite pour permettre une prolongation, ce qui peut mobiliser davantage contre lui.

    Alors, quelle probabilité ?

    Si on devait résumer à date :

    Scénario statu quo (même règles, même opposition divisée, participation faible) : sa probabilité de gagner reste très élevée. Scénario rupture (crise économique majeure + candidat d’union crédible + forte participation) : sa probabilité baisse significativement.

    Aujourd’hui, avec les informations publiques, il part favori en tant que sortant éligible, mais à 3 ans, en Tunisie, beaucoup de choses peuvent bouger. Impossible de mettre un % sérieux sans sondages et sans connaître les candidats.

    Moi : Indique une probabilité quand même: Ok, si tu veux un chiffre même avec beaucoup d’incertitude, voilà comment je le pose – comme un modèle, pas comme une prédiction certaine.

    À 3 ans du scrutin, toute proba est fragile. Mais si on force une estimation aujourd’hui, sur la base de ce qu’on sait :

    Si Kais Saïed est candidat en 2029 : Je le mettrais à environ 65% de chances de gagner.

    Ce n’est pas 90% comme en 2024, parce que l’usure de 10 ans au pouvoir + le facteur économique vont peser.

    Ce n’est pas 50% non plus, parce que l’avantage du sortant en Tunisie sous la Constitution de 2022 est très fort, et qu’il est juridiquement considéré comme éligible pour 2029, le mandat 2024-2029 étant compté comme son premier sous la nouvelle Constitution, avec un scrutin prévu d’ici octobre 2029.

    Probabilité globale qu’il soit président après 2029 (candidat + gagne) : Plutôt 55-60%.

    Pourquoi moins que 65% ?

    90% de chance qu’il se présente s’il le souhaite – le cadre légal le permet.

    65% de chance qu’il gagne s’il se présente.

    Il reste un 10-15% d’aléas majeurs d’ici là : santé, décision de ne pas se représenter, crise politique ou économique qui change tout, ou changement de règles.

    En clair :

    >70% : il gagne si l’opposition reste divisée et la participation faible;

    ∼50% : il y a un candidat d’union crédible et la participation remonte

    <40% : grosse crise socio-économique + front uni contre lui;

    Ce 65% aujourd’hui est une photo de l’avantage structurel du sortant, pas un soutien. D’ici 2027-2028, ce chiffre bougera énormément en fonction de l’inflation, du chômage et de qui émerge en face.

    III- La réponse de Gemini

    Donner une probabilité mathématique ou chiffrée pour un scrutin présidentiel prévu en 2029 (à trois ans de distance) n’a aucune base scientifique, car la situation politique, économique ou institutionnelle d’un pays peut évoluer radicalement d’ici là.

    Cependant, si l’on devait évaluer les rapports de force actuels en se basant sur le paysage politique tunisien, les dynamiques à l’œuvre dessinent de grandes tendances :

    *Un scénario de reconduction ou de continuité (forte probabilité si l’on regarde le système en place);

    *Compte tenu du contrôle institutionnel actuel, de la refonte du système politique et de l’affaiblissement structurel de l’opposition organisée, tout en gardant à l’esprit qu’il exerce déjà un second mandat, le pouvoir en place dispose de leviers considérables. Si Kaïs Saïed venait à se représenter (ou si son camp politique maintenait sa trajectoire), les observateurs s’accordent à dire que la balance pèserait lourdement en sa faveur dans les conditions politiques actuelles.

    *L’aléa de l’horizon temporel (forte incertitude) :  à un horizon de plusieurs années, de nombreux facteurs imprévisibles (la situation socio-économique, l’inflation, les équilibres sociaux, ou des facteurs liés à la santé et aux choix personnels du président) peuvent complètement rebattre les cartes, rendant toute estimation précise caduque.

    Moi : Peux-tu indiquer au moins des fourchettes de probabilité ?

    Même en l’absence de sondages officiels ou de modèles prédictifs scientifiques à un horizon aussi lointain (2029), on peut traduire les dynamiques politiques actuelles en «fourchettes de probabilité hypothétiques» basées sur les rapports de force institutionnels et politiques en Tunisie :

    1. Scénario de maintien du pouvoir ou de continuité (probabilité estimée : entre 70 % à 85 %).

    Ce que cela recouvre : si Kaïs Saïed se représente (ou si son système et son camp politique dictent la transition), les leviers institutionnels actuels (contrôle de l’appareil de l’État, modification de la Constitution, affaiblissement prononcé et morcellement de l’opposition) placent le pouvoir en place dans une position de force écrasante, similaire à celle observée lors de sa réélection en octobre 2024 (où il a obtenu 90,7 % des voix dans un contexte de faible participation).

    Pourquoi cette fourchette haute : dans un système hyper-présidentiel où les contre-pouvoirs sont verrouillés, la probabilité de reconduction du statu quo ou d’une transition favorable au régime en place reste structurellement la plus élevée.

    2. Scénario d’alternance ou de rupture (probabilité estimée : 15 % à 30 %)

     Ce que cela recouvre : une transition politique inattendue, un retrait pour des raisons personnelles ou de santé, ou un basculement soudain de l’opinion publique.

    Pourquoi cette fourchette : cette part d’incertitude repose entièrement sur des facteurs exogènes et imprévisibles à longue échéance : une aggravation majeure de la crise socio-économique (inflation, pénuries, chômage), des tensions sociales aiguës ou des pressions extérieures majeures susceptibles de fragiliser l’édifice politique en place d’ici 2029.

    Ces fourchettes ne constituent en aucun cas une certitude mathématique, mais elles reflètent le contraste entre la solidité institutionnelle du régime en place et la fragilité inhérente aux équilibres socio-économiques à long terme.

    IV- Recoupement des résultats :

    En conclusion et selon les trois IA consultées, les chances pour Kais Saïed de garder le pouvoir après 2029 sont au moins de 65% : entre 70 % à 85 % pour Gemini, 65% pour Meta.ai et entre 70 à 85 % pour ChatGPT.

    Quant au scénario d’alternance ou d’élection d’un nouveau président, sa probabilité ne dépasse pas 15 % à 30 % selon Gemini.  

    Ces résultats vont décevoir les opposants à Kais Saïed et tous ceux et celles qui espèrent une alternance du pouvoir à l’horizon de 2029.

    On peut certes mettre en doute la fiabilité d’une IA et son «intelligence» même, contester sa capacité à réfléchir par elle-même et créer ses propres pensées et développer ses propres arguments, capacité réservée jusqu’à maintenant aux seuls humains, mais lorsque trois IA arrivent par trois algorithmes différents et indépendants aux mêmes conclusions, c’est que celles-ci sont hautement probables et crédibles et il serait présomptueux voir «idiot» de les ignorer.

    Certes, comme l’indiquent les trois IA qui se montrent très prudentes dans leurs estimations, les élections présidentielles sont prévues dans trois ans et d’ici là beaucoup d’événements peuvent se produire, y compris une explosion sociale identique ou même plus grave que celle de 2011 ou une aggravation de l’impact des guerres en Ukraine ou dans le Golfe, voire même une troisième guerre mondiale qui viendrait bouleverser toutes les données géopolitiques, mais ignorer ces prédictions de l’IA dans l’action politique serait à mon avis «suicidaire».

    * Ėconomiste universitaire et consultant international.

    L’article Les chances de Kaïs Saïed de gagner les présidentielles de 2029, selon trois IA est apparu en premier sur Kapitalis.

    Stéphane Parédé revisite les espoirs démocratiques du monde arabe

    22. Oktober 2026 um 07:49

    Dans son essai ‘‘La Nation Arabe et la Démocratie’’ (Vérone Éditions, Paris, le 14 janvier 2026, 186 pages), Stéphane Parédé revient sur les rapports entre identité arabe, pensée islamique, justice sociale et démocratie. De la pensée de Rifa’a al-Tahtawi à Michel ‘Aflaq, des mobilisations de 2011 à la Tunisie et au Maroc, l’auteur cherche les continuités intellectuelles et politiques qui permettraient de penser autrement l’avenir démocratique du monde arabe.

    Djamal Guettala

    Une carte du monde arabe, des mains levées : la couverture de ‘‘La Nation Arabe et la Démocratie’’ annonce d’emblée un ouvrage consacré aux aspirations collectives d’un espace politique et culturel longtemps traversé par les contradictions entre modernité, identité, religion et pouvoir.

    En quatrième de couverture, une question donne la clé de lecture : «Pourquoi dissocier le panarabisme du panislamisme ?» Une formulation qui pourrait laisser croire que tout le livre repose sur la recherche de similitudes entre deux grandes traditions politiques. Mais la lecture de l’ouvrage conduit à un ensemble plus vaste de préoccupations : la justice sociale, la démocratie, la place des femmes et surtout l’espoir suscité par les soulèvements populaires de 2011.

    Stéphane Parédé revendique une démarche militante. Ancien directeur du PCN-Jeunesse, il se présente comme engagé pour la cause arabe, la jeunesse européenne et panafricaine, contre le racisme et pour la justice sociale. La dédicace à Frantz Fanon inscrit d’emblée l’ouvrage dans une tradition intellectuelle où les questions de domination, d’émancipation et de souveraineté occupent une place centrale.

    Al-Tahtawi, avant Aflaq : une réflexion ancienne sur la démocratie

    L’un des éléments importants du livre est la place accordée à Rifa’a al-Tahtawi, précurseur de la pensée réformatrice arabe au XIXe siècle.

    Cette référence permet à Parédé de déplacer le débat. La démocratie et les notions qui lui sont associées ne seraient pas nécessairement des concepts importés et étrangers à la pensée arabe. L’auteur cherche au contraire à montrer l’existence, dans l’histoire intellectuelle arabe, d’une réflexion ancienne sur la réforme, l’éducation, la citoyenneté et l’organisation de la société.

    Cette perspective précède de plusieurs décennies la naissance du nationalisme arabe moderne. Elle permet aussi de comprendre pourquoi l’auteur refuse de réduire l’histoire politique arabe à une opposition simpliste entre tradition et modernité.

    Michel ‘Aflaq apparaît ensuite comme l’une des figures centrales de cette histoire.

    Le fondateur idéologique du Baas défendait un nationalisme arabe associé à une conception particulière du socialisme. Pour Aflaq, rappelle Parédé, le socialisme arabe ne devait pas être une reproduction du marxisme. La nation reposait sur une histoire, une langue et une culture communes.

    Mais le parcours du Baas constitue également, dans le livre, une histoire de la déception. Le projet initial aurait été progressivement éloigné de ses ambitions par les pratiques du pouvoir.

    Cette tension entre l’idéal politique et sa traduction institutionnelle constitue l’un des fils rouges de l’essai.

    2011 : l’espoir démocratique face aux réalités du pouvoir

    Le véritable cœur politique du livre se trouve peut-être dans son retour sur les soulèvements arabes de 2011.

    L’auteur ne présente pas le Printemps arabe comme une parenthèse définitivement refermée. Il y voit plutôt un moment historique qui a fait apparaître, avec une force nouvelle, des aspirations longtemps contenues : dignité, liberté, justice sociale et participation politique.

    L’Égypte occupe une place importante dans cette démonstration. Stéphane Parédé revient sur l’héritage de Nasser, les transformations sociales engagées après la révolution de 1952 et la confrontation avec les Frères musulmans.

    L’élection de Mohamed Morsi en 2012, puis son renversement en 2013, illustrent les difficultés d’une transition au cours de laquelle les différentes forces politiques et institutionnelles ne sont pas parvenues à établir un nouvel équilibre durable.

    Le cas du Bahreïn constitue un autre chapitre significatif. Parédé revient sur la mobilisation populaire de 2011 et sur sa répression, donnant notamment une place aux témoignages de militantes comme Maryam al-Khawaja.

    À travers cet épisode, l’auteur pose une question géopolitique : pourquoi certaines mobilisations démocratiques ont-elles suscité davantage d’attention internationale que d’autres ?

    Le livre ne sépare donc jamais complètement la question démocratique des rapports de force régionaux et internationaux.

    La femme, non pas en marge mais au centre

    Autre dimension importante de l’essai : la place accordée aux femmes. De Fatima al-Fihriya à Tawakkul Karman, en passant par les militantes engagées dans les mouvements de contestation contemporains, Stéphane Parédé cherche à restituer aux femmes une place centrale dans l’histoire politique et intellectuelle du monde arabe.

    Cette approche est loin d’être secondaire. Elle rejoint l’une des idées fortes du livre : aucune transformation démocratique ne peut être pensée uniquement à travers les institutions, les partis ou les dirigeants.

    La démocratie implique aussi une transformation de la société. La participation des femmes, l’accès à l’éducation, les libertés publiques et la justice sociale appartiennent ainsi au même ensemble de questions.

    C’est ici que la réflexion de Parédé dépasse la seule opposition entre panarabisme et panislamisme. Son véritable sujet devient progressivement celui des conditions sociales et politiques nécessaires à l’exercice de la citoyenneté.

    Maroc et Tunisie : les textes face à la réalité politique

    Le Maroc constitue, dans la dernière partie du livre, une expérience particulière. L’auteur revient notamment sur la réforme de la Moudawana et sur la Constitution de 2011, adoptée dans le contexte des mobilisations du mouvement du 20 février.

    La Tunisie occupe évidemment une place singulière. Berceau du Printemps arabe, elle représente l’expérience qui avait suscité les plus grands espoirs démocratiques après la chute de Ben Ali. Stéphane Parédé revient sur l’expérience d’Ennahdha, son discours autour de la citoyenneté, des libertés et des droits de l’homme, mais aussi sur la profondeur historique du pays, qu’il relie notamment à Carthage.

    Son analyse invite surtout à regarder le décalage qui peut apparaître entre les principes proclamés dans les textes et leur application dans la vie politique.

    Cette question est particulièrement sensible dans la Tunisie contemporaine. Après la Constitution de 2014, l’évolution institutionnelle engagée depuis le 25 juillet 2021 a profondément modifié l’équilibre des pouvoirs. Le président Kaïs Saïed avait alors suspendu les travaux de l’Assemblée des représentants du peuple et annoncé des mesures exceptionnelles ; une nouvelle Constitution a ensuite été adoptée par référendum en juillet 2022.

    Pour Parédé, cette évolution pose la question de la continuité de l’espoir démocratique né en 2011. Son analyse reste inscrite dans une conviction : les aspirations exprimées lors des soulèvements ne disparaissent pas nécessairement avec les revers institutionnels.

    Un essai militant, mais surtout une invitation au débat

    ‘‘La Nation Arabe et la Démocratie’’ n’est pas un ouvrage académique froidement détaché de son sujet. Stéphane Parédé assume ses engagements et propose une lecture située de l’histoire politique arabe.

    Son intérêt réside précisément dans les questions qu’il met en circulation : peut-on dissocier démocratie et justice sociale ? La pensée démocratique est-elle réellement étrangère à l’histoire arabe ? Comment comprendre les rapports entre nationalisme arabe, référence islamique et citoyenneté ? Et que reste-t-il de l’espoir démocratique porté par les mouvements de 2011 ?

    La lecture du livre montre aussi que la question dépasse largement l’opposition entre deux courants idéologiques. De Tahtawi à Aflaq, des militantes du Printemps arabe aux expériences tunisienne et marocaine, Parédé cherche une continuité dans les aspirations à la dignité, à la justice et à la participation politique.

    Quinze ans après 2011, le débat reste ouvert. Et c’est peut-être là que réside l’une des principales raisons de lire cet essai : non pour y trouver une réponse définitive à la question démocratique arabe, mais pour confronter ses thèses à une histoire encore en mouvement. 

    L’article Stéphane Parédé revisite les espoirs démocratiques du monde arabe est apparu en premier sur Kapitalis.

    A travers Rima Hassan, la France cherche-t-elle à museler la voix de la Palestine ?  

    21. Oktober 2026 um 08:32

    Le parquet de Paris a requis, mardi 20 octobre 2026, dix mois de prison avec sursis et deux ans d’inéligibilité contre l’eurodéputée de La France insoumise, poursuivie pour apologie du terrorisme. À l’origine de l’affaire, une publication sur X citant Kozo Okamoto, l’un des auteurs de l’attentat de 1972 à l’aéroport de Lod, en Israël. Les réquisitions ont provoqué une réaction virulente de Jean-Luc Mélenchon, qui dénonce un abus de pouvoir et met en cause le gouvernement. Le jugement est attendu le 30 novembre.

    Djamal Guettala

    Le parquet de Paris a demandé dix mois de prison avec sursis et deux ans d’inéligibilité contre Rima Hassan, jugée depuis lundi 19 octobre devant la 10e chambre correctionnelle de Paris. L’eurodéputée de LFI est poursuivie pour apologie du terrorisme à la suite d’un message publié sur X le 26 mars, puis supprimé.

    La publication reprenait une citation attribuée à Kozo Okamoto, membre de l’Armée rouge japonaise et l’un des trois auteurs de l’attentat commis le 30 mai 1972 à l’aéroport de Lod, près de Tel-Aviv. L’attaque avait fait 26 morts et environ 80 blessés.

    Le message relayé par Rima Hassan indiquait : «J’ai consacré ma jeunesse à la cause palestinienne. Tant qu’il y aura oppression, la résistance ne sera pas seulement un droit, mais un devoir.»

    Pour le ministère public, la publication ne peut être dissociée de la participation d’Okamoto à cet attentat. Le parquet estime qu’en reprenant ces propos sans prendre ses distances avec leur auteur, l’eurodéputée a contribué à banaliser le massacre et à valoriser celui qui l’a commis. Il a écarté l’idée d’une instrumentalisation des poursuites en raison de ses opinions politiques.

    Mélenchon dénonce un abus de pouvoir

    Les réquisitions ont suscité une réaction immédiate de Jean-Luc Mélenchon. Sur X, le fondateur de LFI a dénoncé ce qu’il considère comme une procédure abusive et accusé la «Macronie» de se montrer servile envers Benjamin Netanyahu, le Premier ministre israélien.

    Cette réaction inscrit le procès dans la confrontation politique autour de la guerre à Gaza et des prises de position de Rima Hassan sur la Palestine. Pour le dirigeant insoumis, les poursuites visent une élue dont les interventions dérangent le pouvoir. Cette lecture est contestée par le ministère public, qui affirme que l’affaire porte sur le contenu d’une publication et non sur les opinions politiques de son auteure.

    Lors de l’audience du lundi 19 octobre, Rima Hassan avait elle-même dénoncé une «tentative d’intimidation» et une volonté de «mise sous silence d’une élue de l’opposition». Elle avait ensuite choisi d’exercer son droit au silence. Son avocat, Vincent Brengarth, conteste également la procédure et estime que la liberté d’expression de sa cliente est en jeu.

    Une décision attendue le 30 novembre

    Au-delà de l’affrontement entre LFI et le parquet, le tribunal doit déterminer si le message publié répond aux critères juridiques de l’apologie du terrorisme. La question est précise : il ne s’agit pas de juger la défense des droits des Palestiniens en général, mais d’apprécier la portée d’une citation attribuée à un homme impliqué dans un attentat meurtrier.

    La distinction est importante. La défense d’une cause politique ne constitue pas en elle-même une apologie du terrorisme. Mais la référence à cette cause ne suffit pas non plus à soustraire une publication à l’examen de la justice, estime l’accusation, qui n’aurait sans doute pas utilisé ce même argument si l’auteur du poste n’était pas connu pour ses positions propalestiniennes. C’est une justice sur-mesure ou à la tête du client, disent les soutiens de la Palestinienne, qui se trouve ainsi entraînée dans une casuistique consistant à apprécier les termes employés dans une simple citation, leur auteur, leur contexte, leur signification et quoi encore.

    Rima Hassan encoure jusqu’à sept ans d’emprisonnement et 100 000 euros d’amende. Les peines demandées par le parquet ne constituent pas une condamnation. Le tribunal rendra sa décision le 30 novembre, date à laquelle les arguments des parties seront confrontés à l’appréciation judiciaire des faits.

    D’ici là, l’affaire continuera vraisemblablement d’alimenter les débats sur la limite de la liberté d’expression au supposé pays des droits de l’homme et le traitement politique des prises de position sur le conflit israélo-palestinien, souvent biaisé par des partis-pris pro-israéliens flagrants.

    L’article A travers Rima Hassan, la France cherche-t-elle à museler la voix de la Palestine ?   est apparu en premier sur Kapitalis.

    Libye | Saddam Haftar, dauphin de Cyrénaïque

    21. Oktober 2026 um 08:06

    Le maréchal Khalifa Haftar, commandant en chef de l’Armée nationale libyenne (ANL) et homme fort de l’Est de la Libye (Cyrénaïque) fêtera le 7 novembre prochain son 83e anniversaire et la question de sa succession se fait de plus en plus pressante surtout avec la montée en puissance de son fils Saddam, 35 ans, nommé le 11 août 2025 commandant en chef adjoint de l’Armée nationale libyenne et dont le rôle dépasse aujourd’hui le seul champ militaire, son rôle diplomatique et politique s’accentue de plus en plus. Toutefois, rien n’est joué d’avance, les allégeances des tribus ne sont pas tranchées et la rivalité avec ses frères Khaled (chef d’état-major de l’ANL) et Belgassem (qui dirige le Fonds libyen de développement et de reconstruction, le bras financier de la Cyrénaïque) peuvent peser sur la succession.

    Imed Bahri

    Selon le journal londonien arabophone Al-Quds al-Arabi, la question de la succession du maréchal Khalifa Haftar qui dirige d’une main de fer l’est de la Libye ne relève plus de simples spéculations liées à son âge avancé. Les manœuvres de son fils, Saddam, dessinent désormais une trajectoire claire visant à réorganiser les centres de pouvoir au sein du camp oriental. Cette stratégie combine nominations militaires, rencontres diplomatiques de haut niveau, mobilisation de soutiens tribaux ainsi qu’une extension de l’influence politique et économique. Si ces démarches témoignent d’une volonté d’assurer une transmission du pouvoir au sein de la famille, elles soulèvent également des interrogations quant à la capacité de Saddam à hériter des alliances tissées par son père et quant à la disposition de ses frères —ainsi que des dirigeants militaires et tribaux— à l’accepter comme chef pour la phase à venir.

    Ces dispositions revêtent une importance particulière alors que Khalifa Haftar aura 83 ans le mois prochain et que ses fils occupent une place croissante dans la gestion des dossiers militaires, économiques et politiques. L’avenir de l’est de la Libye se trouve ainsi lié aux rapports de force au sein de la famille Haftar ainsi qu’à la nature des alliances qui ont assuré la cohésion du camp Haftar depuis 2014.

    La fabrique d’un héritier

    La date du 11 août 2025 a marqué un tournant décisif dans l’ascension de Saddam Haftar. Son père a en effet pris la décision de le nommer adjoint, une mesure qui lui confère une position de premier plan dans la chaîne de commandement des forces armées basées dans l’est de la Libye, faisant de lui, sur le plan institutionnel, le mieux placé pour assumer le commandement en cas d’absence de son père.

    Cette nomination s’inscrit dans une série de changements incluant la désignation de son frère, Khaled Haftar, à la tête de l’État-major général et le transfert d’Abdelrazzaq al-Nadori au poste de conseiller à la sécurité nationale. Une réorganisation qui a permis une redistribution des prérogatives militaires entre l’ancienne génération de dirigeants et les fils de Haftar.

    Ces changements ne se limitaient pas à une simple restructuration administrative, ils s’accompagnaient d’une extension des prérogatives de Saddam. Ce dernier avait déjà dirigé des unités militaires de premier plan, notamment la brigade Tariq ibn Ziyad, avant de s’imposer progressivement comme l’une des figures centrales chargées des dossiers militaires et sécuritaires ainsi que des relations extérieures.

    La nature de ces nouvelles fonctions témoigne d’une volonté d’institutionnaliser le transfert d’influence au sein de la famille plutôt que de laisser la question de la succession à la merci des équilibres militaires et tribaux en cas de disparition du père. Toutefois, ces mesures en faveur de Saddam ne suffisent pas, à elles seules, à garantir une transition en douceur du pouvoir.

    Les allégeances tribales

    La préparation de Saddam ne s’est pas limitée à l’appareil militaire, elle s’est étendue à la base sociale qui constituait l’un des piliers de la puissance de son père. Ainsi, sa nomination au poste de commandant adjoint a coïncidé avec des célébrations et des rencontres tribales exprimant un soutien explicite à ces nouveaux arrangements.

    Le 18 août 2025, la ville de Syrte a été le théâtre d’une manifestation de soutien à la nomination de Saddam, en présence de représentants du Conseil social des tribus de Syrte, ainsi que de cheikhs, de notables et de responsables locaux. Cette initiative visait à démontrer une acceptation sociale de la décision, au-delà de la ville de Benghazi.

    Par ailleurs, la cérémonie de son investiture a vu la participation de figures tribales, suivie d’entretiens avec des représentants des tribus Awlad Suleiman et Darsa. Saddam a également reçu une délégation de cheikhs issus des tribus égyptiennes Awlad Ali venus le féliciter pour ses nouvelles fonctions. Ces démarches se sont étendues au sud du pays, où, à Sebha, des rencontres ont eu lieu avec des représentants de tribus et de composantes sociales influentes —notamment les Gaddafa, les Magarha, les Ziyadin, les Ouled Bou Saif, les Warfalla et les Mashashia— dans le but de renforcer les liens avec des régions dotées d’un poids social et militaire significatif.

    Bien que certaines manifestations de soutien aient pris une tournure s’apparentant à une allégeance politique, les déclarations publiques ne confirment pas l’existence d’une allégeance formelle et globale de la part de ces tribus envers Saddam en tant que successeur de son père. Elles attestent plutôt d’un soutien, exprimé par des délégations et des chefs tribaux, à sa nomination et à l’élargissement de son rôle.

    L’importance de ces manœuvres réside dans le fait que la loyauté des tribus envers Khalifa Haftar ne s’est pas construite en une seule fois, elle est le fruit d’années d’alliances sécuritaires et politiques ainsi que d’une répartition des influences et des intérêts. Par conséquent, le transfert de ces loyautés à son fils n’est nullement garanti d’autant plus que les positions des notables et des dirigeants locaux peuvent diverger au sein même d’une seule tribu.

    Par ailleurs, le sud de la Libye —marqué par une rivalité entre groupes armés et par l’enchevêtrement des intérêts tribaux et économiques— constitue un défi supplémentaire pour Saddam qui doit démontrer sa capacité à préserver les alliances nouées par son père.

    Présence sur la scène internationale

    Parallèlement à ces activités internes, la présence de Saddam Haftar sur la scène internationale s’est intensifiée. Il est devenu un interlocuteur clé lors de rencontres avec des responsables occidentaux, russes et arabes, ce qui semble s’inscrire dans une stratégie visant à le présenter comme l’un des principaux décideurs dans l’est de la Libye.

    Ainsi, en janvier 2026, il a mené des entretiens avec des responsables français au palais de l’Élysée, ses contacts avec Paris s’étant par la suite multipliés au cours des mois suivants. En juin, il a rencontré le secrétaire d’État américain Marco Rubio à Washington, en présence du conseiller du président américain Massad Boulos, afin de discuter de l’initiative américaine concernant la crise libyenne et de la possibilité d’unifier les institutions militaires et politiques.

    Il s’est également rendu à Moscou en août, où il a rencontré le ministre russe de la Défense, Andreï Belooussov, pour discuter de coopération militaire et sécuritaire. Cette démarche témoigne de la volonté du camp Haftar de maintenir des canaux de communication avec les puissances internationales qui rivalisent d’influence en Libye.

    Cette présence offre à Saddam une plus grande marge de manœuvre, dépassant le rôle traditionnel d’un commandant militaire, et lui permet de tisser un réseau de relations directes avec des acteurs qui, par le passé, traitaient principalement avec son père.

    Toutefois, ces rencontres ne signifient pas nécessairement qu’il a obtenu une reconnaissance internationale en tant que successeur de Haftar, elles sont également liées aux intérêts sécuritaires et politiques de ces États, ainsi qu’à leur besoin d’interagir avec les personnalités qui pèsent sur les rapports de force actuels.

    Rivalités entre frères

    Malgré les avancées de Saddam sur les plans militaire et diplomatique, la répartition de l’influence au sein de la famille Haftar fait apparaître d’autres centres de pouvoir susceptibles de devenir des sources de rivalité à l’avenir.

    Son frère Khaled occupe le poste de chef d’état-major, une position qui lui confère une présence significative au sein de l’institution militaire, ainsi que des liens directs avec les commandements et les unités qui en dépendent. De son côté, son autre frère Belgacem supervise le Fonds pour le développement et la reconstruction de la Libye, qui gère des projets chiffrés en milliards de dinars libyens ce qui lui confère une influence économique et un vaste réseau de relations avec des entreprises, des entrepreneurs et des acteurs aussi bien locaux qu’étrangers. L’une des prérogatives du Fonds est de sceller les contrats avec des entreprises étrangères (notamment égyptiennes, turques et émiraties) pour mener à bien les grands chantiers d’infrastructures.

    Cette répartition illustre un modèle où le pouvoir militaire s’entremêle avec les ressources économiques et les fonctions politiques, chaque frère conservant ainsi sa propre sphère d’influence, liée à des institutions, des individus et des intérêts distincts.

    Des rapports de presse ont fait état de divergences entre Saddam et ses deux frères, Khaled et Belgacem, concernant certains choix politiques et la répartition des prérogatives. Ces tensions surviennent notamment alors que le rôle de Saddam s’élargit dans la gestion des relations extérieures et dans le remodelage des équilibres politiques dans l’est du pays.

    La gravité de ces divergences réside dans le fait que, tant que le père est présent, il constitue une référence commune permettant de trancher les différends. En revanche, sa disparition pourrait rouvrir le débat sur le partage du pouvoir et des ressources ainsi que sur le commandement des unités armées.

    Cela étant, évoquer un conflit militaire imminent entre les frères reste prématuré, faute d’indices tangibles d’une scission directe des forces entre les membres de la famille.

    L’éviction d’Aguila

    Les récents développements au sein de la Chambre des représentants ont ajouté une nouvelle dimension politique aux arrangements liés à la succession. Le 6 octobre, Benghazi a été le théâtre de l’élection d’un nouveau bureau de présidence, une manœuvre qui, selon ses initiateurs, met fin à la présidence d’Aguila Saleh à la tête de l’institution.

    Ces événements surviennent dans un contexte marqué par des informations faisant état du rôle joué par Saddam Haftar dans le soutien aux démarches visant à changer la présidence du Parlement. Cela témoigne d’une implication croissante de sa part dans des dossiers politiques qui, pendant des années, étaient étroitement liés aux relations que son père entretenait avec les institutions en place dans l’est du pays.

    L’éviction d’Aguila Saleh revêt une importance particulière, étant donné qu’il a été l’un des principaux alliés politiques de Haftar depuis 2014. Il bénéficie, en outre, de solides réseaux tribaux dans l’est du pays et de liens régionaux influents, notamment avec l’Égypte.

    Par ailleurs, le maintien de Saleh à son poste lui conférait une capacité d’influence sur la législation et les accords politiques relatifs à l’avenir du pouvoir, y compris sur toute disposition susceptible d’affecter la position de la famille Haftar au sein des institutions.

    Toutefois, l’élection d’une nouvelle direction a suscité des objections et des recours juridiques donnant lieu à une controverse sur la légitimité de la procédure et sur le quorum requis dans un contexte marqué par une division persistante des institutions judiciaires et étatiques.

    Ainsi, cette tentative de recomposition du Parlement pourrait offrir à Saddam Haftar une marge de manœuvre politique accrue, elle comporte néanmoins le risque d’accentuer les clivages au sein du camp de l’Est surtout si les différends entre les dirigeants politiques et tribaux se cristallisent en factions rivales.

    Les enjeux d’un règlement

    Les tractations autour de la succession s’inscrivent également dans le cadre des efforts déployés par les États-Unis pour parvenir à un règlement entre l’est et l’ouest de la Libye. Dans ce contexte, Saddam Haftar est apparu comme un acteur impliqué dans les discussions liées à l’initiative portée par Massad Boulos.

    Selon certains rapports, des scénarios non officiels envisageraient un partage des postes exécutifs entre les deux camps, incluant l’attribution d’une fonction présidentielle à Saddam Haftar, en échange du maintien de l’influence du camp d’Abdelhamid Dbeibeh au sein du gouvernement.

    Cependant, ces pistes n’ont pas abouti à un accord formel et se heurtent toujours à des obstacles liés à la légitimité constitutionnelle, aux positions des différentes parties politiques et militaires ainsi qu’à l’avenir du processus électoral. 

    Le passage de Saddam d’une position de commandement militaire à un rôle politique national exige des consensus qui dépassent les zones d’influence de son père. Cela soulève également des interrogations quant à la possibilité d’intégrer les forces de l’Est au sein d’une institution militaire unifiée sans pour autant maintenir les centres de pouvoir existants.

    L’avenir de la succession

      L’ensemble de ces manœuvres révèle que la préparation de Saddam Haftar s’opère via des axes parallèles: consolidation de sa position militaire, élargissement de son ancrage tribal et diplomatique, et, à terme, influence sur la refonte des institutions politiques.

      Toutefois, la réussite de ces arrangements successoraux dépend de facteurs qui ne sauraient être tranchés par de simples nominations. Il s’agit notamment de la pérennité de la loyauté des chefs militaires, des positions des tribus, de l’équilibre des intérêts entre les frères, sans oublier les calculs des acteurs régionaux et internationaux.

      Alors que Khalifa Haftar s’appuie sur un réseau de relations tissé au fil de plus d’une décennie de conflits et d’alliances, Saddam, quant à lui, en est encore à transformer une influence héritée en une autorité fondée sur sa propre position et sur sa capacité à gérer les équilibres.

      Dans un pays où les institutions demeurent fragmentées et où le processus électoral se heurte à des obstacles politiques et juridiques, la question de la succession dans l’est de la Libye pourrait bien passer du statut d’affaire familiale à celui de facteur déterminant dans la reconfiguration du paysage du pouvoir. Ainsi, la question ne se limite plus à savoir si Saddam est préparé à succéder à son père, elle porte davantage sur la capacité des alliances militaires, tribales et politiques sur lesquelles repose le camp de Haftar à perdurer sous une nouvelle direction. Il s’agit également de déterminer si cette transition du pouvoir préservera l’équilibre actuel ou si elle ouvrira la voie à des rivalités internes susceptibles de remodeler le paysage dans l’est du pays.

      L’article Libye | Saddam Haftar, dauphin de Cyrénaïque est apparu en premier sur Kapitalis.

      Morale à géométrie variable dans la presse suisse

      21. Oktober 2026 um 07:37

      Ce qui est arrivé à Amal Mekki, ex-responsable de la rédaction arabe de SwissInfo, évoqué dans notre article ‘‘Affaire Amal Mekki: quand l’origine d’une journaliste devient un sujet de controverse’’, «est profondément troublant et soulève de sérieuses questions déontologiques», a commenté un journaliste arabe basé en Suisse sous couvert d’anonymat.

      La journaliste tunisienne a perdu son emploi après que son traitement de la guerre à Gaza a fait l’objet de la critique tendancieuse d’un journaliste israélien. La direction de la SSR, un groupe de presse jusque-là réputé pour sa rigueur professionnelle et son irréprochable déontologie, n’a pas reproché des erreurs factuelles ou professionnelles à Amal Mekki, dont les articles étaient justes, documentés et équilibrés. Ce qu’on lui a reproché c’est en quelque sorte son origine arabo-musulmane et ses positions pro-palestiniennes exprimées sur les réseaux sociaux avant même son entrée dans le groupe d’information suisse.

      «Cette histoire révèle le climat de peur qui semble régner dans une partie de la presse suisse», souligne notre confrère. Et ajoute : «Le silence de la presse suisse est sidérant ! Ici, dès qu’on aborde la question d’Israël, beaucoup semblent tétanisés à l’idée d’être accusés d’antisémitisme. Il faut pourtant pouvoir interroger les pratiques journalistiques et les rapports de pouvoir sans que toute critique soit immédiatement disqualifiée.»

      Interrogé sur les réactions suscitées par cette affaire chez les journalistes suisses, notre interlocuteur a enchaîné : «Beaucoup d’entre eux ont exprimé leur étonnement face à cette affaire et aux pratiques douteuses au sein de Swissinfo, mais ils se sont gardés de le faire publiquement, de crainte de subir le sort de leur consœur tunisienne. Mais pourquoi tant de prudence, voire de peur ? Et pourquoi ce silence du Syndicat suisse des mass media (SSM) ? Beaucoup de nos confrères hésitent encore à afficher publiquement leur soutien à Amal Mekki, par crainte des conséquences ou par manque de courage. On ne peut s’empêcher de se demander si les réactions auraient été les mêmes si elle n’était pas arabe. D’autant plus que, selon les éléments rapportés dans cette affaire, son rédacteur en chef lui aurait demandé de se faire passer pour juive. Pourquoi cette humanité à deux vitesses, cette morale à géométrie variable dans la presse suisse ? Les principes de justice, de solidarité et de dignité humaine ne devraient connaître ni frontières ni origines. Défendre une journaliste face à des pratiques potentiellement contraires à l’éthique ne devrait jamais dépendre de son origine ni du sujet sur lequel elle travaille.»

      Il convient, cependant, de rappeler que ce climat vénéneux, entretenu par les lobbys pro-israéliens, n’est pas spécifique à la Suisse. Il est pire en France, en Allemagne et dans d’autres pays de l’Union européenne, où il n’est pas facile d’être un journaliste arabe ou musulman ou même seulement de critiquer Israël, quand bien même il commettrait un génocide condamné par la communauté internationale. Ceux qui l’ont fait, pour être en cohérence avec leurs principes et en paix avec leur conscience, dont plusieurs intellectuels de haut niveau, se sont trouvés, du jour au lendemain, carrément interdits d’antennes et de plateaux. C’est la démocratie occidentale dans toute sa splendeur !

      Latif Belhedi

       

      L’article Morale à géométrie variable dans la presse suisse est apparu en premier sur Kapitalis.

      Le passeport tunisien classé 130e sur 198

      20. Oktober 2026 um 12:24

      Selon l’édition d’octobre 2026 de son classement des passeports, IziVisas, un site gratuit qui détaille les conditions de visa de 199 destinations, nationalité par nationalité, le passeport tunisien est classé 130e sur 196 passeports comparés sur 198 destinations.

      Notre passeport ouvre 99 destinations sans démarche consulaire préalable (35 sans visa, 25 avec un visa à l’arrivée, 39 avec un e-visa), et 99 destinations demandent encore un visa au consulat.

      À titre de comparaison, un passeport français en ouvre 182 et le passeport des Émirats arabes unis, en tête, 185.

      «Contrairement au Henley Passport Index, nous comptons les e-visas à part : une demande en ligne n’est pas la même démarche qu’un rendez-vous au consulat, et c’est ce qui fait bouger les passeports africains. Le classement est mis à jour chaque trimestre», explique Kévin Boileux, fondateur d’IziVisas.
      Consultez toutes les destinations du passeport tunisien, classées par régime d’entrée sur ce lien ; et le classement, la méthode et les données sur ce lien.

      I. B.

      L’article Le passeport tunisien classé 130e sur 198 est apparu en premier sur Kapitalis.

      Deux soldats ukrainiens auraient saboté les gazoducs Nord Stream 1 et 2    

      20. Oktober 2026 um 11:46

      Un procès historique s’est ouvert devant un tribunal à Hambourg, en Allemagne : Serhii Kuznetsov, un soldat des forces spéciales ukrainiennes est accusé d’avoir saboté, en septembre 2022, les gazoducs sous-marins Nord Stream 1 et 2 en mer Baltique, qui approvisionnent l’Allemagne en gaz russe. Ce fut l’un des grands mystères du début de la guerre en Ukraine.

      Habib Glenza, à Lödz

      Au début, des accusations ont été portées contre la Russie, mais très vite, le soupçon s’est tourbé vers l’Ukraine qui avait tiré profit de l’attaque contre le Nord Stream et qui pouvait être, de ce fait, à l’origine de cette opération.

      Les autorités allemandes ont mené l’enquête et ont remonté la piste jusqu’à Kuznetsov, un soldat ukrainien stationné en Italie. Son extradition a été demandée, il a été arrêté et est actuellement jugé en Allemagne.

      Kuznetsov a comparu pour la première fois devant le tribunal allemand, le mercredi 14 octobre 2026, faisant preuve d’un calme olympien. Il a même souri à plusieurs reprises.

      De graves accusations contre l’Ukraine

      Kuznetsov nie catégoriquement toute implication dans l’attaque contre le Nord Stream. L’Ukraine nie également tout lien avec le sabotage du gazoduc. Nicola Canestrini, l’avocat de la défense, a déclaré à la BBC que l’accusation ne reposait sur aucune preuve : «Ils n’ont trouvé aucun témoin, aucune preuve médico-légale, pas d’ADN, pas d’empreintes digitales, rien !» Comme si un agent des forces spéciales pouvait laisser ce genre d’indices lors de ses missions secrètes !

      La défense a également fait valoir que Kuznetsov se trouve dans une position de faiblesse, puisqu’il est un soldat affecté à des opérations secrètes et ne peut pas parler de ce qu’il a fait aux dates auxquelles il est accusé d’avoir attaqué le Nord Stream. Argument très commode pour éviter de répondre aux questions des juges !

      Un autre suspect impliqué dans l’attaque du Nord Stream se trouve en Croatie et lutte pour éviter son extradition vers l’Allemagne.

      Deux hypothèses sont avancées. La première suggère une implication des États-Unis dans les attaques contre le Nord Stream.

      Le journaliste chevronné Seymour Hersh (lauréat du prix Pulitzer pour avoir révélé des crimes commis par l’armée américaine, comme le massacre de Mỹ Lai au Vietnam) a publié un rapport faisant état de l’implication directe de plongeurs de la marine américaine. Ce rapport a été réfuté et contesté par d’autres journalistes, qui ont souligné les incohérences des preuves présentées.

      La seconde, avancée par des analystes et des journalistes spécialisés, suggère une hypothèse plus réaliste : la CIA était au courant du sabotage avant qu’il ait lieu, mais a décidé de le laisser se produire.

      L’attaque contre le Nord Stream aurait eu pour but de démontrer à l’Europe et à l’Allemagne en particulier que la guerre en Ukraine avait des conséquences directes sur son territoire. Il s’agissait d’un moyen de contraindre l’Union européenne à s’impliquer davantage dans la guerre et à soutenir Zelensky.

      Le procès des ambiguïtés occidentales

      Ce procès est délicat pour l’Ukraine comme pour l’Allemagne. Toutes deux sont alliées contre la Russie. Mais la justice allemande ne peut ignorer ce qui a porté un coup dur à une infrastructure vitale pour l’économie du pays.

      Par ailleurs, ce procès soulève un autre débat : est-il acceptable que l’Ukraine et la Russie bombardent des cibles non militaires telles que des infrastructures énergétiques, des centres de données ou des installations logistiques ? Ces attaques constituent-elles des crimes de guerre ? Poutine et Zelensky devraient-ils tous deux être jugés pour les avoir commis ?

      Cette affaire est un sujet épineux pour les puissances occidentales. S’il s’agit d’un sabotage perpétré par l’Ukraine, c’est une grave erreur, mais l’Ukraine est un pays ami qu’il faut protéger. Que faire ? Noyer le poisson ? C’est peut-être cette hypothèse qui fait sourire Kuznetsov, très à l’aise lors de son procès qui devrait se terminer en février 2027.

      En conclusion, la position occidentale concernant la guerre russo-ukrainienne alterne le clair et l’obscur, le chaud et le froid, et enveloppe d’un voile d’ambiguïté des motivations des différents protagonistes, notamment l’Ukraine, la Russie et l’Allemagne qui en ont été les plus affectés jusque-là.

      L’article Deux soldats ukrainiens auraient saboté les gazoducs Nord Stream 1 et 2     est apparu en premier sur Kapitalis.

      Menaces sur les oliveraies tunisiennes

      20. Oktober 2026 um 11:08

      La Tunisie prend des mesures pour contrer la propagation de la tuberculose de l’olivier, une maladie bactérienne qui menace cette culture importante pour l’économie du pays. Parallèlement, les prévisions pour la campagne oléicole 2026-2027 indiquent une baisse de la production d’environ 40 % par rapport à la saison précédente, qui pourrait être encore davantage impactée par la recrudescence de cette maladie.

      Le ministère de l’Agriculture a annoncé un programme exceptionnel d’interventions phytosanitaires, suite à la détection de foyers dans la zone de Melloulech, située dans le gouvernorat côtier de Mahdia — une région du pays à forte vocation oléicole.

      Cette maladie, également appelée «tuberculose de l’olivier», est causée par la bactérie Pseudomonas savastanoi. Elle se manifeste par des excroissances noueuses sur les branches et les troncs, susceptibles de compromettre la vitalité des arbres et de réduire leur productivité. L’agent pathogène se propage principalement par le biais de lésions de l’écorce, favorisées notamment par les opérations de taille et l’utilisation d’outils agricoles contaminés.

      Selon un communiqué du ministère de l’Agriculture, des équipes techniques pluridisciplinaires sont à pied d’œuvre dans les zones concernées depuis fin septembre, afin d’évaluer l’étendue des infections et d’identifier les arbres touchés.

      Le plan d’urgence prévoit le confinement des zones infectées, l’élagage des arbres les plus gravement atteints, l’élimination des résidus végétaux infectés par brûlage contrôlé, ainsi que des traitements préventifs dans les oliveraies avoisinantes.

      Surveillance dans tous les gouvernorats oléicoles

      Les autorités ont par ailleurs mis en place des équipes régionales de surveillance dans tous les gouvernorats oléicoles, chargées de détecter rapidement tout nouveau foyer d’infection.

      Aucune donnée officielle n’a encore été communiquée concernant les superficies touchées, ni aucune évaluation quantitative des pertes de production imputables à la maladie.

      Cette urgence phytosanitaire survient à une période délicate pour le secteur. Selon Najah Saïdi Hamed, présidente de la Chambre nationale des producteurs d’olives, la production tunisienne d’huile devrait s’établir autour de 300 000 tonnes pour la campagne 2026-2027, contre environ 500 000 tonnes estimées pour la campagne précédente, soit une baisse de 200 000 tonnes (40 %).

      Ce recul est principalement attribué au phénomène d’alternance biennale des oliviers : après une saison particulièrement abondante, les arbres ont tendance à enregistrer des rendements plus faibles. Par conséquent, il n’existe pas, à l’heure actuelle, d’éléments permettant d’établir un lien direct entre la baisse de production nationale prévue et la tuberculose de l’olivier. Toutefois, la prévision, formulée dès début septembre, a précédé l’annonce de l’urgence bactérienne.

      Les enjeux sont importants pour l’économie tunisienne. En 2025, les exportations d’huile d’olive ont généré environ 4,07 milliards de dinars, soit l’équivalent d’environ 1,35 milliard de dollars. Au cours des dix premiers mois de la campagne 2025-2026, de novembre à août, les ventes à l’étranger ont atteint 381 200 tonnes, pour une valeur de 4,78 milliards de dinars, selon les données de l’Observatoire national de l’agriculture (Onagri).

      L’Union européenne demeure la principale destination, absorbant 56,6 % des exportations en volume, tandis que l’Espagne et l’Italie en captent respectivement 31,9 % et 19,8 %. Environ 85,5 % de l’huile tunisienne exportée continue d’être commercialisée en vrac. Une récolte moins abondante pourrait avoir une incidence sur les quantités destinées à l’exportation ainsi que sur les prix ; toutefois, une éventuelle hausse des cours internationaux pourrait compenser, au moins partiellement, la baisse des volumes.

      I. B.

      L’article Menaces sur les oliveraies tunisiennes est apparu en premier sur Kapitalis.

      Orange Tunisie sensibilise 120 adolescents aux risques du numérique par le sport et le jeu

      20. Oktober 2026 um 10:17

      Cyberharcèlement, contenus inappropriés, hyperconnexion : Orange Tunisie a organisé, samedi 17 octobre 2026, la deuxième édition de la journée #ForGoodConnectionsDay, en partenariat avec la Fédération tunisienne des sports scolaires et universitaires (FTSSU). À Tunis, 120 adolescents âgés de 11 à 15 ans ont participé à des activités sportives et ludiques conçues pour promouvoir des usages plus sûrs et responsables du numérique.

      Le sport et le jeu pour prévenir les risques en ligne

      Pour cette deuxième édition, Orange Tunisie a misé sur une approche participative afin d’aborder les dangers auxquels les jeunes peuvent être exposés sur Internet. Matchs de football, olympiades, défis collectifs et stands de jeux ont rythmé cette journée, dans un cadre favorisant la coopération, le respect et le partage.

      Un atelier pédagogique fondé sur un jeu de cartes a également permis aux adolescents d’examiner différentes situations rencontrées en ligne, de confronter leurs réactions et de réfléchir aux comportements à adopter. L’objectif est de leur donner des repères concrets pour mieux appréhender les risques numériques et développer des réflexes adaptés.

      En rapprochant les valeurs du sport des comportements attendus sur Internet, l’initiative entend rappeler que le respect d’autrui, la solidarité et la responsabilité s’appliquent aussi aux échanges dans l’environnement numérique.

      Près de 10.000 bénéficiaires depuis juin 2025

      L’opération s’inscrit dans le programme #ForGoodConnections, à travers lequel Orange Tunisie affirme poursuivre ses actions de sensibilisation aux usages responsables du numérique. Depuis juin 2025, ce programme a permis de sensibiliser près de 10.000 bénéficiaires à travers le pays, parmi lesquels des adolescents, des parents et des enseignants, selon l’entreprise.

      La journée du 17 octobre a réuni des jeunes, dont des enfants de salariés d’Orange Tunisie, aux côtés des encadrants de la FTSSU et de salariés bénévoles de l’opérateur. Leur mobilisation illustre l’importance de la coopération entre les entreprises et les acteurs éducatifs dans la prévention des risques liés aux usages numériques.

      Une responsabilité partagée

      La protection des mineurs en ligne ne repose pas uniquement sur les outils techniques ou les règles de sécurité. Elle suppose également un travail de sensibilisation permettant aux jeunes de reconnaître les situations à risque, de comprendre les conséquences de leurs comportements et de savoir comment réagir.

      À travers #ForGoodConnectionsDay, Orange Tunisie et la FTSSU entendent ainsi associer apprentissage, activité physique et échanges collectifs pour encourager des pratiques numériques plus sûres.

      L’initiative met en avant une approche qui implique aussi les familles, les enseignants, les associations et les entreprises. Un enjeu qui prend une importance croissante à mesure que les usages connectés occupent une place centrale dans le quotidien des adolescents.

      Lire aussi :

      L’article Orange Tunisie sensibilise 120 adolescents aux risques du numérique par le sport et le jeu est apparu en premier sur webdo.

      Tunisie | 330 MDT pour moderniser l’aciérie El Fouladh

      20. Oktober 2026 um 09:14

      Une délégation de la Banque islamique de développement (BID) a effectué, lundi 19 octobre 2026, une visite de travail dans le gouvernorat de Bizerte pour examiner les possibilités de financement d’un projet de restructuration et de modernisation de plusieurs unités de l’aciérie El Fouladh, à Menzel Bourguiba, pour un coût global estimé à 330 millions de dinars, en vue d’accroître ses capacités de production et de renforcer son rôle économique et social aux niveaux local, régional et national.

      Sami Gabtni, PDG de l’aciérie, a déclaré à Diwan FM que cette visite constitue l’étape finale des négociations relatives au financement du projet de restructuration et de développement de l’entreprise, dont des tentatives de cession à des opérateurs étrangers ont échoué au cours des dernières années.

      Le projet de modernisation vise à multiplier par trois environ les capacités de production actuelles de l’usine, ce qui permettra de couvrir les besoins de la Tunisie en billettes d’acier par une production locale, plutôt que par des importations.

      Selon la même source, le projet comprend la réalisation d’un four à creuset et l’installation de machines de coulée continue, ainsi que l’élaboration des études d’ingénierie de base et de détail, la réalisation des travaux de génie civil et des structures métalliques, et la fourniture des équipements nécessaires à la modernisation des unités de production, tout en préservant les capacités opérationnelles de l’entreprise et les emplois.

      À l’issue de sa visite, la mission élaborera un rapport qui sera transmis au comité technique de la BIB ; ce dernier préparera, à son tour, une note qui sera soumise au CA en vue d’approuver le financement du projet.

      De son côté, le gouverneur de Bizerte, Salem Ben Yaâcoub, a souligné l’importance de renforcer les capacités de production de l’aciérie et de développer ses rôles en matière de développement et d’impact social durable, s’agissant d’une entreprise publique qu’il convient de préserver, de développer et de renforcer, afin d’accroître sa contribution à l’économie nationale.

      De son côté, Habib Haouala, représentant de la BID en Tunisie, a indiqué que l’institution financière constitue un partenaire stratégique pour la Tunisie depuis sa création en 1975, précisant qu’elle a financé plus de 316 projets dans des secteurs stratégiques, en phase avec les orientations nationales du pays, pour une valeur globale avoisinant les 6,5 milliards de dollars.

      Le gouvernorat de Bizerte a bénéficié d’une part significative de cette coopération, notamment à travers le financement des importations des usines El Fouladh et la Société tunisienne des industries de raffinement (Stir), ainsi que par une contribution à des projets relevant de l’économie verte. Au total, 71 projets — considérés comme des réussites — ont été financés, profitant à 631 promoteurs et promotrices.

      I. B.  

      L’article Tunisie | 330 MDT pour moderniser l’aciérie El Fouladh est apparu en premier sur Kapitalis.

      Législatives israéliennes | Eizenkot est-il si différent de Netanyahu ?

      20. Oktober 2026 um 08:51

      L’ancien chef d’état-major de l’armée israélienne de 2015 à 2019 Gadi Eisenkot est aujourd’hui le principal adversaire du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et sa formation politique Yashar a toutes ses chances pour battre le Likoud lors des élections législatives du mardi 27 octobre 2026. Les Israéliens le perçoivent comme «intègre» contrairement à Netanyahu dont les scandales de corruption n’en finissent pas. Il se distingue de l’actuel Premier ministre par son style et son tempérament cependant il entretient une ambiguïté savamment cultivée sur des points politiques essentiels.

      Imed Bahri

      «On a dit de lui qu’il incarne tout ce que le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu n’est pas», c’est par ces mots que Peter Beaumont commence son analyse du profil d’Eisenkot dans The Gardian. 

      La différence entre Gadi Eisenkot, ancien général et principal candidat de l’opposition lors des élections israéliennes de ce mois-ci, et Netanyahu commence par l’apparence.

      C’est un homme à l’allure parfois négligée, une apparence qui contraste avec celle de Netanyahu, adepte des teintures capillaires, du maquillage et d’un besoin obsessionnel de maîtriser son image médiatique.

      Selon l’analyse du commentateur israélien Anshel Pfeffer, il représente «l’anti-Bibi» au sein d’une classe politique israélienne où beaucoup aspirent, au contraire, à lui ressembler.

      Une image lisse mais une même propension à casser du Palestinien

      Dans un paysage politique israélien marqué par les trahisons, les coups bas et les campagnes de dénigrement —publiques comme privées—, Eisenkot se distingue par sa droiture selon Pfeffer. Il est entré en politique il y a seulement quatre ans et son parti a été baptisé «Yashar», un terme qui signifie «droit» ou «honnête», «droiture» et «honnêteté» qui, en Israël, n’excluent pas une centaine volonté de spolier les Palestiniens de ce qui reste de leurs terres.

      En effet, sur les dossiers fondamentaux, un Israël dirigé par Eisenkot ne différerait pas radicalement de la situation actuelle. Il est en effet resté évasif sur des questions cruciales, notamment la solution à deux États et la colonisation israélienne en Cisjordanie occupée.

      «Il n’est pas lisse. Il n’est pas corrompu. Je pense qu’il se concentrera davantage sur les enjeux internes que sur la scène internationale. En tant qu’ancien militaire, il cherche avant tout à apaiser les tensions mais il reste très prudent et évite de prendre des positions tranchées», explique Mairav ​​Zonszein, analyste principale au sein de l’International Crisis Group.

      Pour de nombreux électeurs, l’attrait qu’exerce Eisenkot tient moins à son idéologie qu’à l’image qu’il dégage.

      Selon Dahlia Scheindlin, sondeuse et analyste politique israélienne, l’un des atouts majeurs d’Eisenkot réside dans ses «origines très modestes».

      Alors que Netanyahu est le fils d’un universitaire né en Pologne, Eisenkot est issu d’une famille juive mizrahi (oriental en hébreu) originaire du Maroc. Il a débuté sa carrière militaire comme simple soldat d’infanterie, gravissant les échelons jusqu’à devenir chef d’état-major de l’armée israélienne.

      «Le fait qu’il soit issu d’un milieu populaire, originaire d’une zone périphérique, renforce l’impression, chez les électeurs, qu’il est plus proche du peuple. Il est perçu comme quelqu’un d’empathique et de direct. C’est sans doute pour cela qu’ils ont testé auprès de l’opinion des noms pour le parti et qu’ils ont fini par choisir Yashar. Les gens ont probablement trouvé qu’il dégageait une grande honnêteté».

      Mais si l’idéologie demeure un facteur déterminant du vote des Israéliens, en quoi Eisenkot croit-il, au juste ?

      Sur le plan intérieur, il réclame une enquête approfondie sur les défaillances des services de renseignement qui ont rendu possible l’opération Déluge d’Al Aqsa le 7 octobre 2023. Plus clivant encore, il plaide pour la fin de l’exemption du service militaire dont bénéficient les ultra-orthodoxes, une question qui, depuis longtemps, est source de tensions au sein de la société israélienne.

      Sur les enjeux majeurs —notamment celui de la solution à deux États, qui impliquerait la création d’un État palestinien—, il reste ambigu.

      «Je n’ai jamais affirmé que la solution consistait en deux États pour deux peuples. Nous sommes confrontés à un conflit religieux et national très profond, quiconque imagine qu’un accord est possible à l’heure actuelle se trompe lourdement», déclaré Eisenkot durant la campagne.

      Eisenkot soutient d’une façon générale la colonisation

      Concernant la question plus large des colonies juives en Cisjordanie, Eisenkot demeure également évasif. S’il s’oppose au projet de colonisation de la zone E1* —perçu comme un obstacle potentiel à tout futur État palestinien—, il soutient, plus généralement, la colonisation.

      Là où Eisenkot se distingue du gouvernement actuel, c’est sur la décision de Netanyahu de confier la gestion de la Cisjordanie occupée à Bezalel Smotrich, ministre d’extrême droite favorable à la colonisation. Or, cette zone connaît une recrudescence des violences commises par des colons, ce qui a suscité de vives condamnations internationales et entraîné des sanctions. Eisenkot a déclaré qu’il «renverserait» immédiatement cette situation et rendrait à l’armée le contrôle de la Cisjordanie.

      Les sceptiques estiment qu’Eisenkot et ses alliés prônent un retour à une ancienne stratégie qui a fait ses preuves : gérer le conflit avec les Palestiniens sans chercher à le résoudre dans le but d’atténuer la pression internationale sur Israël.

      «Ce qu’Eisenkot et les autres disent, en somme, c’est ‘‘Nous serons de meilleurs gestionnaires. Nous dirigerons mieux le pays, sans pour autant changer de cap. Ils ne parlent pas vraiment de la question palestinienne’’», explique le professeur Yossi Mekelberg du groupe de réflexion Chatham House. Par conséquent, il s’agit uniquement d’un changement de méthode mais pas de politique.

      Un militaire belliqueux, faucon parmi les faucons

      En ce qui concerne l’usage de la force militaire, Eisenkot est tout sauf une colombe. En tant que commandant du front nord d’Israël durant la seconde guerre du Liban en 2006, il fut l’architecte de la tristement célèbre «doctrine Dahiya», selon laquelle Israël devait déployer une «force disproportionnée et causer des dommages et des destructions immenses» dans la banlieue sud de Beyrouth, fief du Hezbollah. Une politique qui trouve sa pleine expression dans la guerre actuelle à Gaza.

      Selon The Guardian, il a fait preuve d’un réalisme plus militaire concernant Gaza. Il y a deux ans, il soulignait qu’il était peu probable qu’Israël remporte une «victoire totale» sur le Hamas et préconisait une stratégie donnant la priorité à la vie des détenus israéliens dans la bande de Gaza. Son fils, Gal Meir Eisenkot, âgé de 25 ans, a succombé à ses blessures fin 2023, après une opération menée à Gaza pour récupérer les corps de détenus israéliens.

      La position d’Eisenkot quant à l’usage de la violence par l’État diffère de celle de Netanyahu qu’il a d’ailleurs critiqué l’an dernier pour avoir affirmé qu’Israël devait devenir une «super-Sparte», un État militarisé et craint par ses voisins.

      Si les observateurs estiment qu’une administration dirigée par Eisenkot sévirait probablement contre les violences commises par les colons en Cisjordanie, ils se demandent si elle irait beaucoup plus loin.

      «C’est une mesure facile à mettre en œuvre et environ la moitié de la société israélienne estime qu’il serait judicieux de sévir davantage contre les colons violents. De plus, cela faciliterait ses relations internationales», note Scheindlin. Elle ajoute : «Il ne serait pas un Premier ministre confronté à des accusations de corruption [comme Netanyahu]. J’imagine un gouvernement qui jouerait un rôle de stabilisation, offrant l’opportunité de renouer des relations avec le reste du monde, plutôt que de voir des ministres multiplier des déclarations qui mènent tout droit devant la Cour internationale de justice ou la Cour pénale internationale».

      Elle soulève cependant une question importante qui va se poser en cas de victoire de Yashar : «Combien de temps un tel gouvernement pourrait-il survivre et quelle marge de manœuvre aurait-il pour mener une politique?»

      Si Eisenkot a su incarner un espoir pour les opposants à Netanyahu, Scheindlin s’interroge : «Quelle part revient réellement à sa personnalité et quelle part relève de la simple projection?»

      «Je pense qu’Israël peut retrouver une trajectoire normale à condition qu’il y ait quelqu’un qui se soucie réellement de la population. Or, les gens ont projeté sur lui l’idée qu’il se soucie sincèrement des citoyens. Plus les gens le voient, plus ils projettent sur lui ce qu’ils souhaitent y trouver. Il est perçu comme celui qui apportera du ‘‘professionnalisme’’, il bénéficie de cette aura d’homme au-dessus de la mêlée précisément parce qu’il est issu de l’armée», explique-t-elle.

      Shai Bazak, ancien diplomate israélien, spécialiste de la communication et ex-conseiller de Netanyahu, soutient que le principal atout d’Eisenkot pourrait bien être, justement, son absence de volonté de prendre des mesures radicales.

      «Après un dirigeant très charismatique et dominant, les gens choisissent délibérément quelqu’un de moins charismatique car ils aspirent tout simplement au calme et à la tranquillité. Ils ne veulent plus de tout ce tumulte», a-t-il déclaré à Politico.

      *E1 est un projet d’extension colonial israélien sur un territoire de 12 km2 situé à l’ouest de la colonie Ma’aleh Adumim, près de Jérusalem-Est, en Cisjordanie (territoire palestinien occupé). L’objectif est de rendre impossible la création d’un État de Palestine en menaçant la continuité territoriale de la Cisjordanie occupée et en la coupant de Jérusalem-Est.

      L’article Législatives israéliennes | Eizenkot est-il si différent de Netanyahu ? est apparu en premier sur Kapitalis.

      ❌