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Décryptage – La dette n’est jamais qu’une affaire de chiffres

27. August 2026 um 06:00

La dette ? 90 % du PIB, 100 milliards de dinars, quelques points de déficit, quelques milliards à refinancer. Nous faisons défiler les chiffres sur les écrans, comparons les ratios, commentons les décisions des banques centrales et les perspectives des agences de notation. Puis nous passons à autre chose.

Mais la dette, elle, ne passe jamais vraiment à autre chose. Elle reste là. Elle accompagne les budgets, les salaires, les retraites, les investissements publics, les crédits bancaires. Elle finit par entrer silencieusement dans la vie des ménages et des entreprises. Elle se retrouve dans le prix d’un crédit, dans le coût d’un logement, dans la capacité d’une PME à investir, dans l’entretien d’une route, dans le financement d’un hôpital ou dans la possibilité pour un jeune diplômé de trouver un emploi.

Derrière un milliard de dinars emprunté, il y a donc toujours une histoire humaine. Il y a quelqu’un qui paiera. La question essentielle n’est d’ailleurs pas de savoir si un Etat peut s’endetter. Bien sûr qu’il le peut. La dette est un instrument économique aussi ancien que les Etats eux-mêmes. Elle permet de construire aujourd’hui ce que les recettes d’aujourd’hui ne permettent pas de financer. Elle peut soutenir l’investissement, absorber un choc, éviter une récession ou accompagner une transformation économique.

Le problème commence lorsque la dette cesse d’être un outil pour devenir une dépendance. Et c’est précisément cette frontière invisible que les marchés cherchent aujourd’hui à identifier.

Le chiffre qui impressionne n’est pas toujours celui qui inquiète

Dans les débats économiques, nous avons pris l’habitude de considérer le ratio dette/PIB comme une sorte de thermomètre universel. Plus il monte, plus nous avons peur. La réalité est beaucoup plus subtile. Deux Etats peuvent afficher le même niveau d’endettement et présenter des situations radicalement différentes. L’un peut emprunter dans sa propre monnaie, disposer d’un marché financier profond, bénéficier d’une épargne domestique abondante et avoir des échéances étalées sur plusieurs décennies. L’autre peut dépendre largement de créanciers étrangers, devoir rembourser en devises et faire face à d’importantes échéances dans les prochains mois.

Sur le papier, les deux ont la même dette. Dans la réalité, ils ne vivent absolument pas le même problème. C’est pourquoi les marchés regardent moins le chiffre brut que la mécanique qui se trouve derrière lui.

Qui prête ? Dans quelle monnaie ? À quel taux ? Pour combien de temps ? Et surtout : que se passe-t-il lorsque le prêteur commence à douter ? Cette dernière question est probablement la plus importante de toutes. Car une dette n’est jamais dangereuse tant que quelqu’un accepte de la refinancer à des conditions supportables.

Le jour où le créancier commence à avoir peur

La finance possède une particularité presque psychologique : elle fonctionne aussi longtemps que la confiance fonctionne. Une entreprise peut être parfaitement viable et connaître une crise de liquidité simplement parce que ses créanciers cessent de croire en son avenir. Un Etat peut être solvable sur le long terme mais connaître une crise parce qu’il doit rembourser beaucoup trop d’argent à très court terme. C’est là toute la différence entre solvabilité et liquidité.

La première question est : « Peut-il payer ? » La seconde est : « Peut-il payer maintenant ? » Et dans les marchés, la deuxième question peut devenir plus urgente que la première.

Lorsque les investisseurs commencent à demander une rémunération plus élevée pour prêter, les choses peuvent rapidement se compliquer. Le taux d’intérêt augmente. Le coût du service de la dette s’alourdit. Le déficit se creuse. Il faut emprunter davantage. Les investisseurs deviennent encore plus méfiants.

La dette crée alors sa propre dynamique. Ce n’est pas nécessairement une explosion brutale. C’est parfois beaucoup plus insidieux. Un budget devient un peu plus serré. Puis un peu plus encore. Une entreprise publique reporte un investissement. Une banque devient plus prudente.

Un entrepreneur attend. Un ménage renonce à emprunter. Une administration retarde un paiement. Et, progressivement, l’économie perd de l’oxygène.

La Tunisie face à son propre miroir

Pour la Tunisie, cette réflexion est loin d’être théorique. Depuis plusieurs années, le pays évolue dans un environnement où les besoins de financement de l’Etat restent considérables alors que les marges de manœuvre se sont réduites. Le problème n’est plus simplement de trouver de l’argent. Il faut trouver de l’argent sans asphyxier le reste de l’économie. Cette nuance est fondamentale. Lorsque l’Etat mobilise davantage de ressources auprès du système bancaire local, il sécurise à court terme son financement. Les fonctionnaires sont payés. Les échéances sont honorées. Les dépenses publiques continuent.

Et, humainement, cela compte énormément. Derrière la ligne « masse salariale », il y a des familles. Derrière les dépenses sociales, il y a des personnes qui en dépendent. Derrière une pension versée à temps, il y a parfois un ménage entier. On ne peut donc pas regarder les finances publiques uniquement avec la froideur d’un tableur Excel.

Mais l’autre réalité est tout aussi importante : lorsque le système bancaire consacre une part croissante de ses ressources au financement du Trésor, il dispose potentiellement de moins d’espace pour accompagner les entreprises. Et là encore, les conséquences sont humaines. C’est l’industriel qui reporte l’achat d’une machine. C’est la PME qui renonce à recruter. C’est l’entrepreneur qui abandonne un projet parce que le crédit coûte trop cher. C’est l’entreprise exportatrice qui aurait pu agrandir son atelier mais préfère attendre. Une économie peut donc être financièrement « stabilisée » à court terme tout en devenant progressivement moins dynamique. C’est l’un des paradoxes les plus difficiles de la situation tunisienne.

Quand l’Etat emprunte, l’économie privée regarde

Il existe une expression technique pour décrire ce phénomène : l’« effet d’éviction ». Elle paraît froide. Elle ne l’est pas. Elle signifie simplement qu’un Etat qui absorbe une quantité croissante de ressources financières peut laisser moins de place aux entreprises privées. Dans une économie où l’investissement privé est déjà insuffisant, cette question devient cruciale. Car la Tunisie n’a pas seulement besoin de financer son déficit. Elle a besoin de financer son avenir. Et cet avenir ne sera pas produit par les seuls budgets publics. Il sera produit par des entreprises qui investissent, exportent, innovent, recrutent et prennent des risques.

Le paradoxe est donc saisissant : pour protéger l’économie aujourd’hui, l’Etat peut être obligé de mobiliser davantage de ressources ; mais en mobilisant ces ressources, il peut réduire la capacité de l’économie à produire demain. C’est exactement le genre de piège dans lequel une économie peut rester enfermée pendant des années.

Les banques au milieu de la tempête

Il faut également regarder un autre acteur : les banques. Elles se retrouvent dans une position particulièrement délicate.

D’un côté, elles doivent financer l’Etat. De l’autre, elles doivent financer l’économie. Et entre les deux, elles doivent préserver leurs propres équilibres. Plus le lien entre les banques et le souverain devient étroit, plus le risque souverain peut se transformer en risque bancaire. Le phénomène est bien connu dans les économies fragiles : l’Etat a besoin des banques pour se financer, tandis que les banques ont besoin d’un Etat solide pour préserver la qualité de leurs actifs. C’est une relation de dépendance réciproque.

Lorsque tout va bien, personne ne s’en préoccupe. Lorsque la confiance commence à se fissurer, chacun découvre brutalement à quel point les deux destins sont liés. La question n’est donc pas seulement : « La Tunisie pourra-t-elle financer son déficit ? » Il faut aussi demander : « À quel prix, et avec quelles conséquences pour le financement de l’économie ? »

Le marché obligataire est redevenu le grand juge

Partout dans le monde, les dernières années ont rappelé une vérité que l’on avait quelque peu oubliée. L’argent a un prix. Pendant longtemps, les taux d’intérêt extrêmement faibles ont donné l’impression que l’endettement pouvait continuer presque indéfiniment. Les Etats empruntaient. Les entreprises empruntaient. Les ménages empruntaient. Les banques centrales achetaient. Et tout semblait fonctionner. Puis l’inflation est revenue. Les banques centrales ont relevé leurs taux. Et soudain, les anciennes dettes ont commencé à coûter beaucoup plus cher à refinancer. Le changement est profond. Pendant les années de taux bas, la question était souvent : « Pourquoi ne pas emprunter ? »

Aujourd’hui, elle devient : « Sommes-nous certains de pouvoir continuer à payer ? » Le marché obligataire est redevenu une sorte de juge silencieux. Il ne vote pas. Il ne manifeste pas. Il ne tient pas de conférence de presse. Il modifie simplement les taux. Et parfois, quelques dizaines de points de base suffisent à rappeler à un gouvernement que les marchés ont, eux aussi, une mémoire.

La Banque centrale dans une position impossible

Cette transformation place les banques centrales face à des arbitrages particulièrement délicats. La stabilité des prix exige une politique monétaire suffisamment ferme. Mais une politique monétaire restrictive renchérit le crédit. Et un crédit plus cher pèse sur l’investissement. La Tunisie connaît parfaitement cette tension. Pendant longtemps, la priorité était de lutter contre l’inflation et de préserver les équilibres extérieurs. Mais lorsque l’inflation ralentit, une autre question apparaît immédiatement : comment permettre au crédit de redevenir un moteur de croissance sans relancer les déséquilibres ? La réponse n’est jamais simple. Car derrière chaque décision de taux se trouvent des intérêts différents. Le déposant souhaite une rémunération correcte de son épargne. L’emprunteur souhaite un crédit moins cher. L’entreprise souhaite investir. L’Etat souhaite réduire le coût de son financement. La banque centrale souhaite préserver la stabilité des prix et du système financier. Il n’existe aucune décision qui puisse satisfaire tout le monde. La politique monétaire est donc, contrairement à ce que son vocabulaire technocratique pourrait laisser croire, profondément humaine.

La vraie question n’est pas : combien devons-nous ?

C’est probablement ici que le débat tunisien doit évoluer. Nous avons beaucoup parlé de dette. Nous devrions parler davantage de capacité à créer de la richesse. Car un pays ne rembourse pas sa dette avec des ratios. Il la rembourse avec des revenus. Et les revenus viennent de la production, des exportations, de l’investissement, de l’emploi et de la croissance. C’est pourquoi la question fondamentale n’est pas simplement de savoir comment réduire la dette. Elle est de savoir comment faire en sorte que le PIB augmente suffisamment pour que cette dette devienne progressivement moins lourde. Cela suppose de sortir du court terme permanent. Depuis des années, l’économie tunisienne est régulièrement ramenée à la même logique : trouver des ressources pour passer l’échéance suivante. Mais une économie ne peut pas construire son avenir en vivant éternellement dans l’urgence. Il faut retrouver le temps long. Le temps d’investir. Le temps de réindustrialiser. Le temps de moderniser les infrastructures.

Le temps de réformer les entreprises publiques lorsque cela est nécessaire. Le temps de simplifier l’environnement des affaires. Le temps surtout de redonner aux entrepreneurs une raison de croire qu’investir en Tunisie peut encore être une aventure rentable.

Derrière la dette, il y a finalement une question de confiance

C’est peut-être le mot le plus important de toute cette histoire. La confiance. Un ménage s’endette parce qu’il croit pouvoir rembourser. Une entreprise investit parce qu’elle croit en son marché. Une banque prête parce qu’elle croit en son client. Un investisseur achète une obligation parce qu’il croit que son argent lui sera rendu. Et un citoyen accepte l’effort fiscal lorsqu’il croit que cet effort contribue à construire quelque chose de collectif. Lorsque cette confiance disparaît, les comportements changent.

L’épargne quitte parfois les circuits productifs. L’investissement recule. Les entreprises deviennent prudentes. Les ménages consomment moins. Les banques deviennent plus sélectives. Les capitaux cherchent ailleurs des rendements et surtout de la sécurité. La crise financière commence alors bien avant la crise comptable. Elle commence dans les têtes.

La Tunisie n’a pas seulement besoin d’un désendettement. Elle a besoin d’un nouveau récit économique

C’est peut-être finalement le véritable enjeu. Réduire mécaniquement la dette ne suffira pas si, parallèlement, l’économie reste incapable de créer suffisamment de croissance. Augmenter les impôts ne suffira pas si l’investissement productif continue de reculer. Réduire les dépenses ne suffira pas si l’Etat ne parvient pas à améliorer l’efficacité de chaque dinar dépensé. Emprunter davantage ne suffira pas si chaque nouvel emprunt sert principalement à financer les déséquilibres du passé. La sortie ne peut être durable que si l’on parvient à transformer progressivement la dette de consommation en capacité de production. C’est une différence fondamentale.

Une dette qui finance une infrastructure productive, une entreprise exportatrice, une centrale énergétique, une technologie ou une formation peut préparer les revenus futurs. Une dette qui sert indéfiniment à couvrir des déficits courants ne fait que déplacer le problème. Et c’est là que se joue probablement le véritable débat économique tunisien.

Nous ne devons pas seulement nous demander combien coûte notre dette. Nous devons nous demander ce qu’elle nous permet encore de construire.

Car derrière les milliards de dinars, les émissions obligataires, les décisions de la Banque centrale et les négociations financières, il y a une société entière qui attend. Elle attend des emplois. Elle attend des services publics qui fonctionnent. Elle attend des entreprises qui investissent. Elle attend une monnaie stable. Elle attend surtout que l’effort demandé aujourd’hui ait un sens demain. Une dette peut être élevée sans condamner un pays. Mais une dette élevée, combinée à une croissance faible, à un investissement insuffisant et à une confiance qui s’érode, finit par devenir beaucoup plus qu’un problème financier. Elle devient une question de société.

Et peut-être est-ce cela que les marchés nous disent aujourd’hui, avec leur langage froid et silencieux : le véritable risque n’est pas d’avoir beaucoup de dettes. Le véritable risque est de ne plus avoir assez d’avenir pour les rembourser.

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TRIBUNE – Axe Tunis-Alger : le corridor ferroviaire face au mur de l’exécution douanière et financière

25. August 2026 um 12:02

Comme nous le soulignions dans notre lecture du Plan de développement 2026-2030, le corridor ferroviaire maghrébin porte en lui la promesse d’un saut stratégique majeur, à une condition : surmonter notre dette historique d’exécution.
L’échange téléphonique intervenu ce dimanche 23 août entre les présidences tunisienne et algérienne vient opportunément conforter le socle politique de cette ambition. Mais transformer cet alignement au sommet en corridor commercial fluide exigera bien davantage qu’une mise à niveau des infrastructures physiques. Le véritable défi commence désormais avec le software du corridor : la donnée, la douane et l’ingénierie financière.
Le rail : une infrastructure en attente de son système d’exploitation
L’enjeu du corridor ferroviaire à l’horizon 2030 n’est pas simplement de relier des gares. Il est de connecter des écosystèmes industriels et logistiques de part et d’autre de la frontière, tout en articulant la liaison tuniso-algérienne avec les grands corridors maghrébins et la branche tunisienne de la Route transsaharienne. Un train de marchandises du XXIe siècle ne peut cependant fonctionner avec une frontière administrée selon les standards du siècle dernier. Une infrastructure lourde risque de devenir un investissement sous-performant si la marchandise reste immobilisée par les formalités, les contrôles successifs, les ruptures d’information ou les délais de règlement. Le véritable indicateur de performance ne sera donc pas uniquement la vitesse du train, mais le temps total nécessaire pour faire circuler une marchandise d’un opérateur à l’autre.
Passer de la frontière physique à la frontière pilotée par la donnée
La Tunisie et l’Algérie disposent déjà de mécanismes de coopération douanière et de facilitation des échanges. L’enjeu n’est donc pas de repartir de zéro, mais de franchir une étape supplémentaire : faire dialoguer les systèmes et les procédures. Les déclarations validées d’un côté de la frontière devraient pouvoir alimenter, dans un cadre sécurisé, les procédures de l’autre côté. Le pré-dédouanement, l’échange électronique de données et le partage des informations nécessaires au contrôle permettraient de réduire les temps d’immobilisation.
Cette évolution suppose une véritable interopérabilité des systèmes d’information, accompagnée de standards communs de données et de règles claires de responsabilité. Elle devrait également s’appuyer sur une reconnaissance renforcée des opérateurs économiques fiables. Un dispositif d’Opérateur économique agréé (OEA) coordonné entre les deux pays permettrait de concentrer les contrôles sur les flux présentant effectivement un risque, grâce à une analyse de risque plus fine. Il ne s’agit pas de supprimer le contrôle douanier. Il s’agit de le rendre plus intelligent, plus ciblé et moins pénalisant pour les opérateurs conformes.
La frontière financière, deuxième test de l’exécution
Un corridor commercial performant ne peut reposer sur une infrastructure ferroviaire moderne tout en conservant des circuits financiers lents ou coûteux. Le déplacement physique des marchandises doit être accompagné par une circulation suffisamment fluide des paiements, des garanties et des financements.
Une réflexion pourrait ainsi être engagée sur des mécanismes de compensation bilatérale permettant, lorsque cela est économiquement et réglementairement pertinent, de réduire certains coûts de règlement et le recours à des monnaies intermédiaires pour une partie des échanges. L’objectif ne serait pas de créer artificiellement un nouveau système monétaire, mais de réduire les frottements financiers qui peuvent décourager les opérateurs économiques.
Parallèlement, les banques tunisiennes et algériennes pourraient jouer un rôle plus structurant dans le financement de l’écosystème du corridor : plateformes logistiques, entrepôts sous douane, dry ports, équipements de manutention, systèmes numériques et solutions de traçabilité. Le financement du corridor ne devrait donc pas être pensé uniquement comme le financement d’une voie ferrée. Il doit être conçu comme le financement d’une chaîne logistique intégrée.
Mesurer le corridor par sa performance
C’est ici que se situe probablement le véritable changement de méthode. Un corridor économique ne doit pas seulement être annoncé. Il doit être piloté par des indicateurs d’exécution. Quelques indicateurs simples permettraient d’en mesurer objectivement la performance : temps moyen de passage à la frontière, durée de dédouanement, temps d’immobilisation des wagons, part des procédures dématérialisées, taux de contrôle fondé sur l’analyse de risque, coût logistique par tonne et délai moyen de règlement des transactions.
Ces indicateurs permettraient de passer d’une logique de projet à une logique de résultat. ls donneraient également aux pouvoirs publics un instrument de pilotage commun et aux opérateurs économiques une visibilité indispensable pour investir.
De la décision à la livraison
Le socle politique est posé. Les instruments de coopération existent. Les infrastructures peuvent être modernisées. Mais un corridor ne se décrète pas. Il se mesure, se pilote et se livre. La vraie question n’est donc plus seulement de savoir si Tunis et Alger veulent le corridor. Elle est de savoir si leurs administrations, leurs banques et leurs opérateurs économiques sont capables de le faire fonctionner — wagon après wagon, déclaration après déclaration, paiement après paiement. Le rail constitue le hardware. La donnée et la douane en constituent le software. La finance en est le système circulatoire.

Sans cette architecture d’exécution, le corridor restera une infrastructure. Avec elle, il peut devenir un véritable levier d’intégration économique tuniso-algérienne et, plus largement, un modèle de nouvelle génération pour l’intégration maghrébine. L’heure n’est plus à la décision. Elle est à la livraison.

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Guerre commerciale: Trump ouvre les hostilités, Ottawa relève le gant !

25. August 2026 um 09:35

Le bras de fer commercial entre Washington et Ottawa franchit un nouveau cap après l’imposition de nouveaux droits de douane américains. Loin de céder, le Premier ministre canadien, Mark Carney, riposte.

 

Le Canada, que Donald Trump rêve de voir devenir le 51ᵉ État américain, pourra-t-il longtemps tenir tête à son puissant voisin du Sud ? Avec près de 8 900 kilomètres de frontière commune, la plus longue frontière terrestre non militarisée au monde, les deux économies sont étroitement imbriquées.

Et si la dépendance canadienne à l’égard du marché américain est indéniable, les experts soulignent qu’une guerre commerciale qui risque de s’éterniser ne serait pas sans conséquences pour les États-Unis. Loin de là. Car l’enlisement de cette guerre commerciale pourrait aussi faire mal à des pans de l’économie des États-Unis. Très mal.

Rappelons à ce propos que depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche en janvier 2025, le Canada se retrouve en première ligne de l’offensive commerciale lancée par le président républicain, qui ne cesse de répéter son ambition de faire de son voisin du nord le « 51ᵉ État » américain. Mais après un an et demi de tensions croissantes, le bras de fer entre Washington et Ottawa vient de franchir un nouveau seuil. La nouvelle salve de surtaxes américaines frappe en effet des produits jusque-là protégés par l’accord de libre-échange liant les États-Unis, le Canada et le Mexique, remettant directement en cause les fondements de l’intégration économique nord-américaine.

 

Mark Carney, le nouveau héros canadien

Pour rappel, c’est Donald Trump qui a ouvert les hostilités en annonçant, le 22 août, de nouveaux droits de douane de 50 % sur certains produits canadiens, soit environ 20 milliards de dollars de produits canadiens. Ottawa n’a pas tardé à riposter, promettant une réponse « au dollar près » et des mesures de rétorsion ciblant notamment l’acier, la pâte à papier et les produits laitiers. Une escalade qui intervient après l’échec des négociations commerciales entre les deux pays.

Paradoxalement, Mark Carney tire pour l’instant profit de cette confrontation. La popularité du Premier ministre atteint des sommets, portée notamment par son refus de céder aux pressions de son homologue américain. En adoptant une ligne ferme face à Washington, Carney semble avoir transformé le bras de fer commercial en enjeu de souveraineté nationale, renforçant ainsi sa position politique intérieure.

Arrogance

Manifestement surprise par la résistance de Mark Carney, dont la popularité s’appuie désormais sur un soutien politique dépassant les clivages partisans, l’administration Trump, qui ne brille pas par la subtilité de ses analyses, a choisi de hausser le ton. Le ministre américain des Transports, Sean Duffy, a ainsi averti, dimanche 22 août, que le Canada ne pouvait se permettre de s’engager dans un conflit commercial avec les États-Unis, dont les conséquences seraient, selon lui, « dévastatrices ». Convaincu qu’Ottawa finirait par céder, il prédit même le retour prochain de Mark Carney à la table des négociations, mais cette fois la queue entre les jambes. « S’imaginer qu’ils puissent entrer en guerre avec Donald Trump et gagner cette guerre avec les États-Unis, c’est bête de leur part », a-t-il lancé, avec un mépris à peine dissimulé, sur Fox News. Une déclaration qui en dit long sur l’arrogance de Washington vis-à-vis d’Ottawa ; mais aussi sur la sous-estimation de la détermination canadienne.

Talon d’Achille

Mais au-delà des déclarations parfois tapageuses, la véritable question n’est désormais plus de savoir si le Canada est capable de riposter aux États-Unis, Ottawa vient d’en apporter la démonstration. Car l’enjeu est autrement plus redoutable. Le Canada pourra-t-il tenir dans la durée face à un voisin dont l’économie pèse près de dix fois plus lourd et dont le marché demeure, de loin, le principal débouché de ses exportations ?

La réponse est nuancée. Le Canada dispose d’une économie riche, de ressources naturelles considérables, d’un secteur énergétique puissant et d’un système financier solide ; sans oublier que le pays possède un avantage souvent sous-estimé puisqu’il contrôle des ressources dont les États-Unis ont besoin : énergie, minerais critiques, uranium, potasse, produits agricoles.

Mais sa proximité géographique avec les États-Unis est son talon d’Achille en raison de dépendance commerciale envers son puissant voisin. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. En 2025, 72,5 % des exportations canadiennes de marchandises étaient encore destinées au marché américain, même si cette proportion a diminué par rapport aux 76,3 % enregistrés en 2024. Le Canada a commencé à diversifier ses débouchés, notamment vers l’Europe et l’Indo-Pacifique, mais cette réorientation reste encore insuffisante pour remplacer rapidement le marché américain.

De même, par mesure de rétorsion, Ottawa peut fermer ses portes aux produits américains. Mais Washington dispose d’un levier beaucoup plus puissant, à savoir la capacité de perturber l’accès des entreprises canadiennes à leur principal marché extérieur.

C’est particulièrement vrai pour les secteurs intégrés aux chaînes de production nord-américaines, à l’instar de l’automobile, l’énergie, du bois, l’agriculture, les minerais, l’industrie manufacturière. Sauf que, dans plusieurs domaines, les deux économies (canadienne et américaine) ne sont pas simplement partenaires, elles sont imbriquées.

Realpolitik

Pour résumer, entre fermeté politique, représailles économiques et dépendance commerciale, le Canada dispose d’armes pour résister à Washington. Mais dans un bras de fer prolongé, le rapport de force reste largement favorable aux États-Unis.

Réaliste, et conscient que son pays ne pourrait gagner une guerre commerciale classique contre les États-Unis, il compte démontrer que toute offensive américaine aura un coût pour les entreprises et les consommateurs américains et rendre ainsi le coût politique et économique de l’affrontement suffisamment élevé pour pousser l’imprévisible milliardaire américain à revenir à la table des négociations.

Bien joué.

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Le coûteux ratage du « raccourci nucléaire » par l’Iran

24. August 2026 um 08:07

La rumeur que l’administration Trump discute l’option d’utiliser « l’arme nucléaire tactique » contre l’Iran circule depuis quelque temps dans les réseaux sociaux. Le 15 août, cette rumeur s’est amplifiée par ce tweet sur X publié par l’ancienne représentante de Géorgie au Congrès, Marjorie Taylor Greene : « L’administration Trump a évoqué la possibilité d’utiliser l’arme nucléaire contre l’Iran lors de réunions stratégiques de haut niveau. » Sans surprise, la Maison Blanche a démenti l’allégation, la qualifiant de « pure invention. »

Juste une semaine plus tard, le samedi 22 août, l’Agence Tasnim nous informe que deux parlementaires iraniens, Akhlaqi-Amiri et Ravanbakhsh ont soumis au Parlement une proposition de « retrait de l’Iran du traité de non-prolifération nucléaire (TNP) et de révision de la doctrine de Défense de la République islamique. » Les deux députés expliquent, d’après Tasnim : « Après l’attaque sauvage contre l’Iran, l’assassinat du Guide suprême et d’un grand nombre de commandants et de citoyens, une révision de la doctrine de Défense s’impose. »

Le même jour, le nouveau chef des Gardiens de la Révolution, Mohsen Redhaï, publie ce texte sur les réseaux sociaux : « L’attaque de Trump contre l’Iran a accru le désir de certains pays d’acquérir l’arme nucléaire. Un désir d’autant plus justifié qu’ils ont constaté l’inefficacité de l’adhésion à l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) et au TNP de prévenir les attaques américaines. » Il faut bien préciser ici que l’adhésion de l’Iran au Traité de non-prolifération nucléaire remonte à 1968, ratifiée en 1970, soit neuf ans avant l’établissement de la République islamique. En d’autres termes, si la proposition des deux députés est adoptée par le Parlement et Téhéran se retire du TNP, l’ultime trace juridique du régime du Chah s’effacera.

Il est certain que des millions d’Iraniens, y compris parmi les hauts responsables de l’Etat, doivent ressentir une grande amertume à l’idée que leur pays est resté 47 ans durant fidèle à l’engagement signé par le Chah auprès de l’AIEA. Si Khomeiny avait abrogé cet engagement avec tout l’arsenal juridique du régime du Chah, l’Iran, la région et le monde seraient aujourd’hui dans un bien meilleur état. Peut-être Khomeny ne l’a pas fait alors, parce que, il y a 47 ans, le monde était beaucoup plus sûr. La division Est-Ouest avec l’Otan d’un côté et le Pacte de Varsovie de l’autre ne permettait à aucune puissance, petite ou grande, de se comporter en force sanguinaire sans foi ni loi, comme le font aujourd’hui les Etats-Unis et Israël.

Mais, malgré les huit ans de guerre dévastatrice avec l’Irak (1980-1988) que Saddam Hussein, encouragé par les Américains et les Européens, avait déclenchée ; malgré les provocations, les agressions et les assassinats perpétrées par Israël et malgré les sanctions étouffantes imposées par les Etats durant des décennies, l’Iran est non seulement resté fidèle au TNP, mais subissait en silence tout le mal dont était capable de lui infliger l’alliance américano-sioniste. A Téhéran, cette passivité était appelée « patience stratégique ». Certes, il s’est avéré que durant les décennies de « patience stratégique », l’Iran se préparait à la guerre inévitable que l’alliance américano-sioniste déclenchera un jour ou l’autre et a fini par déclencher. Et la République islamique s’est bien préparée. Ses missiles et ses drones ont terrifié les ennemis qui ne s’attendaient certainement pas à une telle réaction, et enchanté les amis qui ne s’attendaient pas non plus à de telles performances militaires de la part d’un pays sous sanctions depuis un demi-siècle.

Mais en dépit de la résistance héroïque iranienne, en dépit de la défaite des agresseurs dans le sens où ils n’ont accompli aucun de leurs objectifs de départ, la guerre n’est pas finie pour autant. Trump et Netanyahu refusent de reconnaître leur défaite, et le monde se trouve en 2026 dans une situation « plus grave » que celle dans laquelle il se trouvait en 1939, à la veille du déclenchement de la Deuxième Guerre mondiale.

Deux puissances nucléaires dont l’une vise la domination de la planète entière et l’autre la domination du grand Moyen-Orient, ne reconnaitront jamais leur défaite face à un pays sous sanctions depuis des décennies, et dont le budget militaire est moins de 1% de celui des Etats-Unis. D’où la peur que, face à son impuissance de résoudre le conflit ni par les moyens militaires, ni diplomatiques, ni à travers les pressions économiques, Trump ne recoure, dans un accès de folie, à l’arme nucléaire.

La peur est exacerbée par un récent rapport de la CIA qui détaille les dangers stratégiques qui menacent les Etats-Unis en cas de défaite : « effondrement de la crédibilité de la dissuasion américaines, la crise énergétique mondiale, et le renforcement de l’axe multipolaire adverse. » Pour ne pas en arriver là, le rapport recommande implicitement « une victoire de quelque manière que ce soit. » De là à penser que l’usage de l’arme nucléaire n’est plus exclu, beaucoup d’analystes ont franchi le pas.

L’argument est simple. Si le monde s’est montré incapable de prévenir le génocide de Gaza et indifférent à sa banalisation, que peut-il faire pour empêcher un usage de l’arme nucléaire et la banalisation de l’holocauste qui s’ensuivrait ? C’est là où l’amertume ressentie par des millions d’Iraniens de ne pas avoir quitté plus tôt le TNP prend tout son sens. Car, en toute logique, au lieu d’avoir dépensé autant d’énergie, d’effort et de temps à construire des usines de fabrication de missiles et de drones sous les montagnes, il aurait été beaucoup plus simple de prendre, à l’exemple de la Corée du nord, « le raccourci nucléaire. »

En d’autres termes, à la lumière de la dangereuse impasse dans laquelle se trouve non seulement les belligérants, mais le monde dans son ensemble, il aurait été plus judicieux que l’Iran quitte à temps le TNP, construise une dizaine de bombes, faire exploser une dans le désert pour annoncer officiellement son entrée dans le club nucléaire et assurer ainsi sa paix et sa sécurité par le biais de la dissuasion.

L’Iran et le monde avec sont en train de payer le prix fort de ce ratage du « raccourci nucléaire » par la République islamique. La proposition des deux députés de soumettre au parlement iranien un vote sur le retrait du TNP vient peut-être un peu tard.

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Tunisie – La balance des paiements courants à -2,3 % du PIB fin juin 2026

24. August 2026 um 06:00

Parmi les indicateurs clés pour l’économie tunisienne et qu’il faut suivre de près, nous trouvons la balance des paiements. C’est l’indicateur le plus important pour comprendre la politique monétaire et la marge de manœuvre réelle de l’exécutif. 

 

En analysant les chiffres de 2026, il convient de tenir en considération la conjoncture internationale – hostile – durant les six premiers mois de l’année. L’aggravation des incertitudes économiques est un fait, sous l’impact des tensions géopolitiques au Moyen-Orient.

 

Les importations ont gagné du terrain

La conséquence de ces instabilités est une forte fluctuation des cours des produits énergétiques et une hausse des prix des matières premières ainsi que leurs coûts de fret. Pour un pays importateur net d’énergie et dont l’intégration aux chaînes de valeur des secteurs technologiques demeure limitée comme la Tunisie, c’est bien une mauvaise nouvelle. La facture énergétique a bien été salée. Le déficit énergétique s’est élargi de 1 565 millions de dinars (MDT) pour atteindre 6 779 MDT fin juin 2026.

Au niveau des autres importations, nous notons que celles des produits alimentaires se sont inscrites en hausse de 27,1 % à 4 192 MDT, sous l’effet de l’accroissement des importations des produits non céréaliers (+36,0 %) à l’instar du sucre (730 MDT contre 128 MDT) et du maïs (599 MDT contre 410 MDT en 2025). Parallèlement, les approvisionnements des produits céréaliers ont augmenté de 8,7 % en valeur et 20,4 % en volume.

Quant aux biens d’équipement et de consommation, les importations ont accusé une décélération (8,4 % et 9,3 % respectivement contre 17,6 % et 11,6 % une année auparavant). L’augmentation des achats des biens de consommation a concerné principalement les voitures de tourisme (24,1 %) et les produits pharmaceutiques (8,7 %). Cela a significativement contribué à l’aggravation du déficit commercial de 26,9 % pour se situer à -12 569 MDT.

Quant à la balance des services, elle a enregistré une quasi-stagnation au cours du premier semestre de 2026, pour se situer à 10 265 MDT contre 10 274 MDT en 2025.

 

 

Consolidation de la balance des revenus

En même temps, la bonne tenue des principaux secteurs pourvoyeurs de devises, essentiellement la bonne performance du secteur oléicole et la résilience du secteur touristique et des envois de fonds des Tunisiens résidents à l’étranger, a permis à la balance des paiements de résister.

La balance des revenus primaire et secondaire a dégagé un excédent qui s’est nettement consolidé, pour atteindre 3 889 MDT au cours du premier semestre 2026 (2 982 MDT en 2025).

Cette évolution est principalement imputable à l’accroissement des revenus du travail de 9,8 % à 5 708 MDT et la baisse des dépenses au titre des revenus des investissements (-11,5 % à 2 760 MDT) sous l’effet conjugué du repli des paiements des intérêts de la dette extérieure à long terme (-18,3 %) et de la diminution des dépenses au titre des revenus des investissements directs et de portefeuille (-5,7 %).

Ainsi, le déficit de la balance courante s’est creusé, au cours du premier semestre de 2026, pour s’établir à -4 241 MDT, soit -2,3% du PIB contre, respectivement, -2 844 MDT et -1,6 % une année auparavant.

 

Creusement des besoins de financement

Le compte de capital a dégagé un excédent qui s’est replié au cours du premier semestre 2026, pour revenir à 394 MDT, contre 588 MDT une année auparavant. 

Par ailleurs, le compte financier a dégagé un besoin de financement de -3 847 MDT, contre -2 256 MDT en 2025. Cela est principalement attribuable à la détérioration de la balance des investissements de portefeuille et des autres investissements. Cette dernière a dégagé un solde débiteur de -2 187 MDT (contre un solde créditeur de +3 612 MDT en 2025).

De son côté, le solde débiteur de la balance des investissements direct a accusé un léger repli pour s’établir à -1 551 MDT (contre -1 598 MDT en 2025).

Quant au déficit de la balance générale des paiements, il s’est nettement contracté pour revenir à -109 MDT (contre -4 270 MDT une année auparavant).

Suite à ces évolutions, les avoirs nets en devises se sont repliés à 24 754 MDT, soit l’équivalent de 98 jours d’importation, au terme du premier semestre de 2026 (contre 25 115 MDT et 106 jours, respectivement, à la fin de 2025).

Dans ces conditions, il est logique que la Banque centrale garde son taux directeur stable. L’objectif est de préserver le dinar. Il ne faut pas s’attendre à une révision à la baisse dans les mois à venir, surtout que l’environnement est très favorable à une résistance de l’inflation.

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TRIBUNE – Plan de développement 2026-2030 : Le corridor ferroviaire, entre saut stratégique et impératif d’exécution

23. August 2026 um 06:06

Tandis que le Plan de développement 2026-2030 remet au cœur de l’agenda national le grand corridor ferroviaire Bizerte – Ben Guerdane, le débat s’enlise trop souvent entre rejet frileux et enthousiasme incantatoire. Ce projet de rupture constitue une opportunité historique d’aménagement du territoire et de souveraineté économique. Mais sa viabilité financière ne sera garantie qu’à une condition : renoncer au financement budgétaire direct au profit d’une ingénierie d’exécution hors-bilan rigoureuse.

 

Le projet de corridor ferroviaire structurant à haute performance – souvent qualifié de « TGV tunisien » – polarise l’opinion. Face aux défaillances quotidiennes de nos transports publics, il est aisé d’y voir une ambition déconnectée des réalités immédiates. C’est ignorer la logique fondamentale du développement : une nation ne restaure pas son potentiel productif en réparant uniquement les urgences du passé, mais en posant les réseaux structurants de demain.

Ce grand chantier n’est pas une figure de style. Il porte en lui les leviers d’une recomposition territoriale majeure, d’un désenclavement réel de l’intérieur du pays et d’une décarbonation structurelle de notre économie. Toutefois, la clarté de la vision politique ne saurait suffire. Dans un contexte macroéconomique sous forte contrainte, le succès de cette ambition du Plan 2026-2030 dépendra exclusivement de la rigueur de sa feuille de route opérationnelle et de son architecture financière.

 

Trois leviers stratégiques pour la compétitivité nationale

L’équité territoriale par la connectivité : relier le Nord et le Sud par une artère logistique à haute performance est le seul moyen de rompre le dualisme entre le littoral saturé et les régions intérieures. La réduction des distances-temps est le préalable indispensable à l’attractivité des investissements privés dans l’arrière-pays.

La souveraineté énergétique et logistique : dans un pays où les importations d’hydrocarbures pèsent lourdement sur la balance des paiements, le report massif du trafic routier vers un réseau ferré électrifié constitue un levier direct de sobriété énergétique et de baisse des coûts logistiques pour nos exportateurs.

L’effet d’entraînement industriel : un chantier de cette envergure agit comme un catalyseur technologique. Il stimule l’ingénierie nationale, modernise le BTP et crée un écosystème de compétences autour des services numériques et de la maintenance ferroviaire.

 

La feuille de route opérationnelle : quatre conditions d’exécution

Pour prémunir le projet contre les dérives budgétaires et garantir son efficacité socio-économique, la puissance publique doit appliquer une méthode stricte axée sur quatre piliers.

 

Ancrer la mixité fret-passagers dès la conception

Un réseau dédié exclusivement au transport de voyageurs présente un risque financier élevé. La ligne doit être pensée dès l’origine comme un **corridor multimodal mixte**, accueillant le fret industriel à haute valeur ajoutée la nuit et les flux voyageurs le jour. C’est l’intégration du fret connecté aux ports et zones industrielles qui garantira la rentabilité intrinsèque de l’infrastructure.

 

Opter pour un phasage territorial intelligent

Vouloir engager 1 000 kilomètres d’un seul bloc équivaudrait à saturer nos capacités d’endettement. La démarche pragmatique impose un déploiement séquentiel :

– Phase prioritaire : traiter en urgence les tronçons à haute densité de trafic et les nœuds logistiques névralgiques (raccordements portuaires et grands bassins industriels).

– Phase d’extension : mailler progressivement le territoire vers l’intérieur au rythme du renforcement des capacités de financement.

 

Déployer un schéma de financement souverain hors-bilan

Le modèle de financement ne doit en aucun cas peser sur la dette souveraine directe de l’État. La réussite repose sur la mobilisation de mécanismes financiers novateurs capables de valoriser le patrimoine public et d’attirer les capitaux privés.

 

Décryptage technique : quel montage financier sans endetter l’Etat ?

Pour exécuter ce projet tout en préservant les ratios macro-prudentiels du pays, le gouvernement doit s’appuyer sur un triptyque financier hors-bilan :

– Partenariat Public-Privé (PPP) concessionnel (DBFOM) : confier la construction et la maintenance à une Société de Projet (SPV) privée/mixte. L’opérateur public verse une redevance d’usage du sillon couverte par les contrats d’expédition du fret industriel (take-or-pay), prémunissant l’État contre le risque de trafic.

– Captage de la Valeur Foncière (Land Value Capture) : création d’une entité foncière publique chargée de valoriser les périmètres autour des gares. La plus-value foncière est monétisée via le Tax Increment Financing (TIF), la concession de baux d’emphytéose commerciaux et la cession de droits d’air (Air Rights).

– Obligations Vertes (Green Bonds) et Titrisation : émission d’emprunts obligataires ESG certifiés conformes aux standards ICMA, permettant d’accéder à des capitaux internationaux à taux bonifiés (réduction de 100 à 150 bps) garantis par la titrisation des recettes futures du fret et des concessions en gare.

 

Adosser le projet à la modernisation du réseau classique

Le grand corridor ne doit pas fonctionner en enclave technologique. Pour que le gain de temps soit réel pour le citoyen, les réseaux régionaux, les métros et les transports urbains doivent être réhabilités en parallèle. Le grand projet doit servir de levier pour moderniser l’ensemble du système de mobilité nationale.

 

De l’ambition politique à la rigueur du bilan

L’annonce du corridor ferroviaire fixe le cap dont la Tunisie a besoin pour se projeter dans l’avenir. Mais l’enthousiasme politique ne remplace pas la rigueur du bilan.

Financer cette ambition par l’endettement public classique serait une erreur macroéconomique dramatique ; y renoncer par peur du risque serait une démission stratégique impardonnable. Entre la fuite en avant budgétaire et le fatalisme de l’immobilité, la Tunisie doit choisir la voie de la maturité : une ingénierie d’exécution hors-bilan irréprochable. On ne bâtit pas l’avenir d’un pays avec des incantations, mais avec des bilans solides et des infrastructures financées avec précision.

Le Plan 2026-2030 sera jugé sur cette seule exigence : transformer un grand rêve d’acier en un moteur financier viable pour la République.

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Trump veut étrangler l’Iran, Pékin refuse de lui tendre la corde !

22. August 2026 um 11:01

La nouvelle stratégie américaine visant à asphyxier économiquement l’Iran pourrait se heurter à un obstacle majeur : la Chine. Principal partenaire commercial de Téhéran et premier débouché de son pétrole, Pékin n’entend pas se plier aux exigences de Washington.

C’est manifestement un aveu d’échec. Confronté à une impasse militaire et incapable de dégager une issue à une guerre dans laquelle il s’est enlisé jusqu’au cou, ni de transformer la démonstration de force militaire en victoire politique, Donald Trump change désormais de stratégie. Plutôt que de poursuivre une confrontation militaire sans perspective de victoire, le président américain fait le choix d’intensifier la pression sur Téhéran pour l’isoler et l’asphyxier économiquement. Jusqu’à provoquer l’effondrement du régime des mollahs de l’intérieur, tel un château de cartes.

Ainsi, après avoir brandi régulièrement la menace d’une intervention militaire massive, Donald Trump change de cap en s’appuyant désormais sur les sanctions et la pression économique pour faire plier Téhéran. Il se pourrait que le président américain ait précisément choisi cette nouvelle stratégie pour offrir un répit à l’action militaire, alors que les polémiques s’accumulent, notamment sur l’état des stocks de missiles américains ou encore sur la situation à bord du porte-avions « USS Abraham Lincoln » ? L’hypothèse n’est pas à écarter.

Toujours est-il que, toutes proportions gardées, ce nouveau virage rappelle curieusement le scénario actuellement à l’œuvre à Cuba. Là encore, Washington a privilégié l’étau économique, les sanctions et la pression maximale pour tenter d’étouffer un adversaire que la force n’a pas suffi depuis plus d’un demi-siècle à faire plier.

Coup de sang

Sitôt dit, sitôt fait. Les Etats-Unis et le milliardaire américain ont pressé jeudi 20 août leurs alliés et la Chine de rejoindre une vaste opération de pression économique contre l’Iran, censée faire « chuter le régime » de Téhéran sans reprise des opérations militaires. Tout en menaçant sans ambiguïté tout pays qui, de près ou de loin, apporterait son soutien à son ennemi juré « de subir les foudres de Washington ».

« J’annonce que TOUT pays qui permettra à ses institutions financières, à ses entreprises, à ses aéroports ou à ses entités gouvernementales d’offrir une quelconque forme de bouée de sauvetage à l’Iran fera lui-même face à de TERRIBLES répercussions économiques », a écrit le président américain sur son réseau Truth Social. Ajoutant sur un ton guerrier qu’il s’agit de « l’opération économique la plus écrasante jamais entreprise ».

« Contrebande de pétrole, swaps de devises, transferts de fonds, bureaux de change, registres de navires, sociétés écrans : tout cela doit cesser immédiatement », a aussi détaillé le locataire de la Maison-Blanche, qui explique sa décision par le fait que l’Iran a « échoué à saisir » l’opportunité de conclure un accord.

Surenchère

Reprenant le ton spartiate et sans détour de son patron, le secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent, enfonce le clou. Il brandit à son tour la menace d’un isolement économique de l’Iran « comme le monde n’en a jamais vu », auquel pourrait s’ajouter un blocus naval du détroit d’Ormuz. De quoi faire monter d’un cran la pression sur Téhéran et transformer l’arme économique en véritable instrument d’asphyxie stratégique.

« Tout pays qui maintiendrait un lien avec Téhéran précipiterait sa propre économie vers les oubliettes, que ce lien soit entretenu volontairement ou délibérément ignoré », a menacé sur X le secrétaire américain au Trésor.

« Nous sommes en quelque sorte dans une nouvelle phase où l’outil le plus efficace que nous ayons est la pression économique que nous pouvons leur imposer », a assuré de son côté le vice-président JD. Vance, invité d’un podcast conservateur. « Ce sera une danse délicate » parce que l’Iran « essaiera de faire pression économiquement sur nous », a-t-il toutefois averti.

Le niet chinois

Reste également à savoir quelle attitude adopteront les alliés des États-Unis, qui ont jusqu’ici choisi de rester à l’écart des opérations militaires, une prudence qui leur vaut désormais la rancœur tenace du président américain.

Mais c’est surtout de l’attitude de Pékin que dépendra le succès ou l’échec de cette nouvelle offensive économique américaine.

En effet, Donald Trump se dit convaincu de bénéficier d’une relation privilégiée avec le président chinois Xi Jinping, qu’il doit recevoir le 24 septembre aux États-Unis.

Reste que cette proximité affichée sera mise à rude épreuve dès lors qu’il s’agira de l’Iran. Car plus d’un quart des échanges commerciaux de la République islamique ont été réalisés avec la Chine en 2024, faisant de Pékin un partenaire économique incontournable de Téhéran. La Chine est également l’un des principaux débouchés du pétrole iranien, que Téhéran continue d’exporter malgré les sanctions américaines, notamment grâce au recours à une vaste flotte dite « fantôme ». Dès lors, sans la coopération ou à tout le moins la neutralité de Pékin, l’ambition américaine d’asphyxier économiquement l’Iran risque de se heurter à un obstacle de taille.

Et c’est sans surprise que la Chine a réagi, vendredi 21 août, à la pression des États-Unis menaçant les pays « partenaires » de l’Iran d’une guerre économique.

Ainsi, Pékin dit « s’opposer aux sanctions unilatérales illégales qui n’ont aucun fondement en droit international et qui n’ont pas l’autorisation du Conseil de sécurité des Nations unies ». « Les sanctions et les pressions ne permettront pas de résoudre le problème », a affirmé un porte-parole des Affaires étrangères chinoises, Lin Jian en appelant « toutes les parties concernées à prendre des mesures responsables et à régler le problème par la voie politique et diplomatique ».

Pour résumer, Pékin ne semble pas disposé à se plier automatiquement à l’injonction de Washington. La Chine s’oppose au principe des sanctions extraterritoriales américaines et entend préserver ses intérêts énergétiques avec l’Iran. Dans le même temps, elle cherche à éviter une confrontation frontale avec Washington.

Difficile à concilier, quitte à jouer le grand écart.

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Rénovation du Stade d’El Menzah : le coût d’une opportunité manquée!

22. August 2026 um 06:03

Le projet de réhabilitation et de modernisation du stade olympique d’El Menzah s’apprête à prendre un tournant radical. Ce qui devait être un chantier emblématique de rénovation lourde confié à l’ingénierie et aux entreprises nationales se transforme désormais en un grand projet de reconstruction intégrale sous pavillon chinois. Révélations et analyse d’un dossier complexe aux multiples enjeux financiers, techniques et industriels.

 

Genèse : un appel d’offres initial et un blocage technique

Initialement, le marché de réhabilitation avait été attribué au groupement tunisien AMA Group (dirigé par l’ingénieur Anis Ben Mahmoud), dont l’offre financière de 95 millions de dinars (MDT) s’était imposée face à des concurrents nationaux de premier plan (tels que SBA Bouzguenda, positionné à 105 MDT), selon une source bien informée.

En effet, AMA Group, entreprise d’ingénierie active à l’international (notamment via des filiales au Burundi et au Bénin) et forte de réalisations d’envergure comme le siège de banques centrales et d’ambassades à l’étranger, avait pour « mission de remettre à niveau le mythique stade tunisois ».

Cependant, le chantier s’est rapidement heurté à des difficultés structurelles majeures. Les premières phases de démolition et de diagnostic sur le béton armé existant auraient mis en évidence de graves divergences par rapport au cahier des charges initial : la section et l’état des ferraillages ne permettaient pas une simple consolidation, mais imposaient une démolition et un remplacement complet des pylônes de structure, nous explique notre source.

A noter qu’en ingénierie de la construction, cette réévaluation fondamentale constitue un « changement de périmètre ». Elle implique théoriquement une révision complète de l’offre technique, une réévaluation financière et la signature d’avenants au contrat initial. Mais face à l’absence d’accord avec le ministère de l’Équipement sur cette réévaluation financière, les travaux auraient été suspendus et le différend porté devant les juridictions compétentes.

 

Lire aussi : Arrêt des travaux du Stade d’El Menzah: Kamel Déguiche dément

 

Choix du pivot chinois : une multiplication du budget par cinq

Pour débloquer la situation, la Tunisie s’est alors tournée vers un accord de coopération bilatérale avec la Chine. La stratégie change radicalement : abandon du projet de simple rénovation au profit d’une démolition totale et d’une reconstruction à neuf, tout en préservant l’architecture patrimoniale d’origine.

 

Une séance de travail s'est tenue, mercredi 14 mai, au siège du ministère de la jeunesse et des sports (MJS), consacrée aux préparatifs de la visite d'une délégation chinoise en Tunisie à la fin du mois en cours.
Photo : Page du ministère de la Jeunesse et des Sports

 

Quant au montage financier et technique, il s’établirait désormais sur des bases financières sans commune mesure avec le projet initial :

  • Budget global : estimé à 180 millions de dollars US (soit environ 480 millions de dinars), représentant un coût cinq fois supérieur à l’enveloppe initiale de 95 MDT.
  • Structure du financement :
    • 30 % sous forme de don non remboursable de la République populaire de Chine ;
    • 20 % financés sur le budget de l’État tunisien ;
    • 50 % sous forme de prêt concessionnel chinois.

Un nouveau cahier des charges technique et l’étude globale du projet ont été confiés au bureau d’études tunisien SCET Tunisie.

 

Lire également : La rénovation du Stade d’El Menzah confiée à des architectes chinois 

 

Calendrier et modalités de réalisation

Le modèle retenu est celui du « clé en main » (EPC), conditionné par les règles de financement des bailleurs chinois :

  • Appel d’offres restreint : la compétition serait actuellement ouverte en Chine entre quatre grandes entreprises de BTP présélectionnées, informe notre source. La date limite de remise des offres est fixée au 2 septembre 2026.
  • Délais : Avec une durée prévisionnelle de chantier fixée à 40 mois et un démarrage effectif envisagé d’ici 2027, la livraison du nouveau complexe ne devrait pas intervenir avant 2030.
  • Partenariat local : Si le maître d’œuvre principal sera un major chinois du BTP, plusieurs lots secondaires de second œuvre et de prestation logistique devraient être sous-traités à des entreprises tunisiennes.

Bilan et enseignements économiques : quel impact pour la Tunisie ?

Dans cette optique, sur le plan des infrastructures, la Tunisie se dotera à terme d’une enceinte sportive moderne, aux normes internationales, bénéficiant de l’expertise de construction et des capacités de financement chinoises. Toutefois, sur le plan strictement économique et industriel, le dossier “El Menzah“ soulève trois interrogations stratégiques :

Rigueur des études préalables : l’épisode met en lumière l’importance cruciale des études d’opportunité et des diagnostics de structure préalables dans la commande publique. Les lacunes des diagnostics initiaux ont conduit à un blocage juridique et à un glissement calendaire de plusieurs années.

Transfert de valeur et champion national : confier la réalisation globale à un géant étranger dans le cadre d’un prêt lié prive temporairement le tissu du BTP national d’un projet structurant d’envergure. Pour les majors tunisiennes du BTP, capables d’exporter leur savoir-faire en Afrique subsaharienne, ce chantier aurait pu constituer une vitrine technologique majeure pour la création de valeur et d’emplois locaux. Hélas, il n’en sera rien.

Poids sur les finances publiques : bien que bénéficiant d’un don à hauteur de 30 %, le projet mobilisera 20 % de fonds propres nationaux et générera une dette souveraine à hauteur de 50 % du montant total, dans un contexte budgétaire où chaque dinar d’investissement public doit être maximisé.

À retenir

  • Montant initial : 95 MDT (entreprise tunisienne)
  • Nouveau montant : 180 millions $ (~480 MDT) sous financement bilatéral chinois
  • Changement de concept : démolition totale et reconstruction à neuf
  • Horizon de livraison : 2030 (40 mois de travaux à partir de 2027)
  • Enjeu central : renforcement de l’expertise de la maîtrise d’ouvrage publique face aux grands projets d’infrastructure.

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Sortir de la spirale des pénuries par le sursaut productif

21. August 2026 um 07:43

Jeudi 20 août, les Tunisiens ont une nouvelle fois fait l’expérience d’une crise, celle du carburant. Même si le calme a regagné les esprits au courant de l’après-midi, la mémoire encore vive des pénuries passées a réveillé les angoisses et provoqué un mouvement de panique.

 

Il est indéniable que les pénuries récurrentes d’électricité, d’eau potable, de médicaments ou encore de certaines denrées de base ne sont plus des accidents conjoncturels. Elles sont le symptôme visible d’un mal profond, celui de l’épuisement d’un modèle de gouvernance hérité, où la gestion des ressources publiques a trop souvent cédé le pas aux logiques clientélistes, à l’absence de vision stratégique et à une bureaucratie paralysante.

 

Lire aussi : Hydrocarbures : la grève surprise à Radès fait-elle planer un risque de pénurie

 

Gouvernance à bout de souffle

Les infrastructures, mal entretenues et sous-investies, craquent sous le poids d’une demande croissante, tandis que la régulation des marchés, notamment alimentaires, souffre de dysfonctionnements chroniques qui favorisent la spéculation et la pénurie souvent artificielle. Ce n’est pas un concours de circonstances, mais bien le fruit d’années de choix myopes, où l’urgence a constamment pris le pas sur la planification à long terme.

Face à cette situation, la production et le travail constituent la seule thérapie durable face à ces crises. La Tunisie ne manque ni de potentiel agricole, ni de ressources humaines qualifiées, ni d’atouts géostratégiques. Pourtant, le tissu productif est asphyxié par une fiscalité lourde, un accès au crédit restrictif, une bureaucratie lourde et un manque de stabilité juridique et sociale.

 

Remèdes durables

Relancer la production nationale, qu’il s’agisse de l’agriculture, de l’industrie ou des services, permettrait non seulement de réduire la dépendance aux importations, mais aussi de créer des emplois, de reconstituer les réserves de change et de restaurer la confiance des investisseurs. Mais pour cela, il faut un choc de compétitivité et une refonte en profondeur de notre modèle économique, en passant par la numérisation, la simplification administrative et une politique industrielle clairement orientée vers l’exportation et la substitution aux importations. Sans un retour au travail comme valeur cardinale et à l’entreprise comme moteur de richesse, aucun plan d’austérité ni aucune aide extérieure ne viendront à bout de nos déséquilibres structurels.

Par ailleurs, l’investissement public, actuellement freiné par les contraintes budgétaires, est un levier essentiel pour créer un effet d’entraînement et redynamiser l’activité à court terme. Les signes récents de résilience, avec une croissance du PIB de 2,4 % au premier semestre 2026, restent fragiles et ne doivent pas masquer l’urgence des réformes structurelles.

 

Lire également : Tribune – Réforme de la protection sociale : du cap politique aux leviers d’exécution opérationnelle

Un sursaut national pour sortir de l’impasse

Continuer à gérer la pénurie au jour le jour ne fera qu’aggraver la précarité. L’unique issue réside dans un sursaut national : refonder l’État sur la transparence, la responsabilité et l’efficacité, libérer les énergies productives par des réformes économiques audacieuses et mettre le travail et l’innovation au centre du projet de société.

Cela nécessite un consensus social et un leadership capable de dire la vérité aux citoyens et de les associer à un effort collectif. Les crises actuelles ne sont pas une fatalité, elles sont le révélateur d’un système à bout de souffle. La question n’est plus de savoir si la Tunisie peut changer, mais si elle en aura la volonté avant que le temps ne rende le choix impossible.

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Les Emirats ont-ils tourné le dos au pragmatisme économique ?

20. August 2026 um 10:29

Les Émirats arabes unis ont annoncé suspendre tous les échanges commerciaux et financiers avec l’Iran, en raison du tir de deux missiles ciblant, selon eux, des navires. Une décision lourde de conséquences pour les deux puissances régionales du Golfe.

Analyse.

C’est un tournant majeur dans la relation entre les deux puissances régionales du Golfe. Les Émirats arabes unis « ont suspendu tous les échanges commerciaux et transactions financières avec l’Iran jusqu’à nouvel ordre », a annoncé la directrice de la communication du ministère des Affaires étrangères émiratie, Afra Al Hameli. Cette mesure intervient après plusieurs mois de dégradation spectaculaire des rapports entre les deux pays.

En effet, le ministère de la Défense émirati a déclaré dans un communiqué publié sur X, mercredi 19 août, que l’Iran avait tiré deux missiles vers son territoire, affirmant que « les systèmes de défense aérienne des Émirats arabes unis ont détecté deux missiles balistiques lancés depuis l’Iran en direction du pays. Le premier est tombé hors des eaux territoriales, tandis que le second est tombé dans les eaux territoriales ». Une information aussitôt démentie par Téhéran qui qualifie cette accusation de « préjudiciable à la confiance régionale et aux efforts en faveur de la sécurité ».

Qui croire ?

Alors, quelle version croire ? Cette question reste entière, d’autant que les autorités émiraties imposent un véritable black-out sur les frappes iraniennes visant leur territoire, allant jusqu’à menacer de lourdes sanctions les ressortissants qui filment et diffusent les dégâts causés par les missiles, au nom de la « sécurité nationale ».

Qu’en est-il précisément des deux missiles balistiques que Téhéran aurait tirés en direction du richissime émirat pétrolier ? Difficile, à ce stade, de trancher. Cela étant, les autorités émiraties ont déclenché une alerte téléphonique appelant la population à se mettre à l’abri face à des « menaces de missiles ». « En raison de la situation actuelle et des menaces de missiles, rejoignez immédiatement un endroit sûr dans le bâtiment sécurisé le plus proche », indiquait le message envoyé par le ministère de l’Intérieur. Une alerte particulièrement significative, puisqu’elle constitue la première depuis la fausse alerte enregistrée en juillet.

Rupture

Faut-il voir dans ce durcissement le constat, à Abou Dhabi, de l’échec de la politique du « bon voisinage » avec Téhéran ? Pendant des années, les Émirats ont privilégié le pragmatisme économique et le dialogue, allant jusqu’à rétablir progressivement leurs canaux diplomatiques avec l’Iran.

Une stratégie dictée par une conviction simple : pour les dirigeants émiratis, une confrontation directe avec Téhéran risquait de se révéler désastreuse, aussi bien pour les intérêts économiques que pour la sécurité de la Fédération.

Le calcul était avant tout pragmatique. Comment, en effet, faire abstraction de la géographie ? L’Iran est un voisin immédiat, une puissance régionale incontournable et, surtout, un partenaire commercial dont les Émirats ne pouvaient se permettre d’ignorer le poids. Abou Dhabi avait donc choisi de composer avec Téhéran plutôt que de risquer une confrontation dont le coût aurait pu s’avérer considérable.

La question est donc moins de savoir pourquoi les Émirats ont brutalement suspendu leurs échanges avec l’Iran que de comprendre pourquoi le calcul coût-bénéfice qui favorisait jusqu’ici le dialogue semble désormais avoir basculé en faveur de la fermeté.

Talon d’Achille

Et c’est le dernier incident qui a été le point de bascule ayant déclenché cette rupture. Quelques jours auparavant, deux navires appartenant à ADNOC, la compagnie pétrolière nationale émiratie, ont été attaqués alors qu’ils transitaient par le détroit d’Ormuz, et ayant entraîné des dégâts mais sans faire de victimes. Abou Dhabi avait attribué ces attaques à l’Iran.

Pour les Émirats, une ligne rouge semble désormais avoir été franchie. Le différend avec Téhéran ne relève plus seulement d’un affrontement géopolitique, il touche directement à la sécurité des infrastructures, des navires et des routes commerciales qui constituent l’épine dorsale de la puissance émiratie. Car le modèle d’Abou Dhabi et de Dubaï repose précisément sur la finance, la logistique et l’ouverture au commerce international. Dès lors, toute menace pesant sur la libre circulation des marchandises, au premier rang desquelles le pétrole et le gaz, ne constitue plus une simple perturbation conjoncturelle. Elle s’attaque directement aux fondements mêmes du modèle émirati.

Et c’est précisément le détroit d’Ormuz, l’un des principaux passages énergétiques de la planète, qui devient désormais le talon d’Achille des Émirats. Or, sa sécurisation est vitale, notamment parce qu’une partie importante de leurs exportations d’hydrocarbures et de leurs importations dépend de la circulation maritime dans le Golfe.

Avertissement

Au final, la suspension de tous les échanges commerciaux et transactions financières entre les deux pays voisins apparaît ainsi comme une mesure de protection, mais également comme un avertissement lancé au régime des mollahs selon lequel la relation économique ne saurait désormais être dissociée de la sécurité.

Et comme l’Iran dépendait largement des infrastructures commerciales émiraties pour accéder à certains produits et marchés internationaux, sans oublier que Dubaï constituait notamment une importante plateforme de réexportation vers l’Iran, le durcissement actuel frappe donc également l’économie iranienne. L’avertissement est clair.

La véritable question est désormais de savoir si cette suspension restera une mesure temporaire ou si elle marque le début d’une nouvelle fracture dans le Golfe. Car derrière la décision d’Abou Dhabi se joue quelque chose de beaucoup plus important qu’un simple conflit commercial, à savoir la redéfinition des rapports de force entre les Émirats, l’Iran et les États-Unis dans un Golfe devenu l’un des principaux théâtres de la confrontation régionale.

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Tribune – Réforme de la protection sociale : du cap politique aux leviers d’exécution opérationnelle

20. August 2026 um 06:00

Dans le prolongement de nos analyses du 22 juillet (« Protection sociale 2030 : la Tunisie doit-elle créer une Autorité nationale des retraites ? ») et du 10 août (« Plan 2026-2030 et Loi de finances 2027 face au choc démographique : la réforme intégrée des retraites comme impératif de souveraineté »), l’arbitrage rendu le 18 août 2026 par La Kasbah marque une étape décisionnelle majeure. L’État renonce officiellement aux arbitrages parcellaires pour engager une refonte systémique. Mais alors que s’ouvrent les travaux préparatoires de la Loi de finances 2027 et du Plan 2026-2030, le véritable défi commence : réussir le « dernier kilomètre » opérationnel.

 

En actant le lancement immédiat de la rédaction des textes législatifs relatifs à la sécurité sociale, le gouvernement a validé trois ruptures doctrinales majeures : l’impératif d’une gouvernance unifiée des caisses, l’extension de la couverture aux nouvelles formes de travail (Gig Economy, indépendants, secteur informel), et la numérisation intégrale comme levier d’équité et de traçabilité.

Pour convertir ce cap politique en réalité mesurable d’ici 2030, l’ingénierie d’exécution doit désormais s’articuler autour de quatre leviers opérationnels critiques.

 

Repère stratégique

Les quatre piliers du « dernier kilomètre » d’exécution :

  1. L’Identifiant Social Unique (ISU) :Sanctuariser l’infrastructure de données et l’interopérabilité applicative en temps réel.
  2. Le secteur bancaire & Fintech :Transforme le paiement mobile (Wallet-to-CNSS) en canal de collecte de proximité.
  3. Le pilotage actuariel :Passer de la gestion comptable rétrospective à des modèles algorithmiques prospectifs.
  4. L’ancrage budgétaire :Inscrire les arbitrages techniques dès la Loi de finances 2027 et le Plan 2026-2030.

 

 

 

L’Identifiant Social Unique : l’infrastructure de données comme actif souverain

Le déploiement de l’Identifiant Social Unique (ISU) dépasse le cadre d’un simple projet informatique d’administration publique. L’ISU constitue le cœur battant du nouveau contrat social : c’est l’infrastructure de données critique qui permettra le suivi des carrières hachées et la portabilité effective des droits. Sa réussite repose sur une architecture technique stricte :

Unité et immuabilité : garantir un registre unique pour chaque citoyen, de son premier emploi à sa retraite, indépendamment des changements de statut (salarié, indépendant, pluriactif) ;

Interconnexion en temps réel : faire dialoguer les systèmes d’information des caisses (CNRPS, CNSS, CNAM), de l’administration fiscale et du réseau de santé pour éliminer les pertes en ligne et la fraude ;

Souveraineté des données : sanctuariser les données sociales sur un cloud souverain conforme aux plus hauts standards de cybersécurité.

 

Le secteur bancaire et le mobile paiement : catalyseurs de la collecte de proximité

Prétendre intégrer les travailleurs du secteur informel, les agriculteurs et les professionnels de la Gig Economy via les guichets administratifs traditionnels est un contresens opérationnel. L’extension effective de la couverture sociale exige d’adosser la collecte à l’écosystème bancaire et financier. Le secteur bancaire et les établissements de paiement doivent devenir les bras armés de cette inclusion :

La micro-cotisation via le paiement mobile (Wallet-to-CNSS) : capitaliser sur le paiement mobile pour permettre une cotisation instantanée, fluide et sans frais d’intermédiation dissuasifs ;

Le prélèvement à la transaction : Automatiser le prélèvement d’une fraction sociale minimale lors de chaque transaction commerciale ou paiement de prestation sur les plateformes numériques ;

L’adossement à l’inclusion financière : Associer l’affiliation sociale à des services bancaires simplifiés (comptes de paiement, micro-assurance), créant ainsi une double incitation à la formalisation économique.

 

Pilotage prudentiel : du contrôle a posteriori au tableau de bord actuariel

La création de « systèmes d’alerte précoce » décidée par le Conseil ministériel exige de doter le régulateur d’outils décisionnels de nouvelle génération. La gestion des caisses ne peut plus s’appuyer sur des données comptables arrêtées à l’exercice précédent.

Le pilotage prudentiel moderne doit intégrer :

Des projections démographiques glissantes réévaluées en continu ;

La simulation d’impact en temps réel des variations de la masse salariale et de l’inflation sur les équilibres futurs ;

Une gestion des risques prospective, capable d’éclairer les décisions politiques bien avant l’apparition des impasses de trésorerie.

 

Le rendez-vous de la Loi de finances 2027 et du Plan 2026-2030

Alors que la rédaction des textes juridiques est désormais engagée, les travaux préparatoires de la Loi de Finances 2027 et du Plan 2026-2030 doivent constituer le premier réceptacle budgétaire et technique de cette refonte. La maturité d’une réforme ne se mesure pas à la solennité de ses déclarations d’intention, mais à la précision de ses processus opérationnels.

Le cadre politique est posé ; il appartient désormais aux ingénieurs, aux décideurs publics et aux institutions financières de bâtir l’architecture technique garantissant la pérennité de notre modèle de souveraineté sociale.

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Fonction publique 2018–2025 : stabilisation des effectifs, féminisation et pression salariale

19. August 2026 um 09:54

Le rapport d’analyse publié par l’Institut national de la statistique (INS) sur la population de la fonction publique offre une vision rétrospective complète de ses transformations structurelles sur la période 2018–2025.

 

Entre maîtrise des effectifs, vieillissement démographique, progression de la place des femmes et envolée de la masse salariale nominale, retour sur les grandes tendances qui façonnent l’administration tunisienne.

 

Un cycle de contraction et rebond de 2025

En décembre 2025, la fonction publique tunisienne comptait 652 498 agents, enregistrant un rebond modéré de 0,8 % en rythme annuel (ou 5 343 agents). Les agents hors collectivités locales totalisent 625 801 personnes (95,9 % de l’ensemble), contre 26 697 agents au sein des municipalités et collectivités locales. Cette légère reprise met un terme à une phase de compression nette observée entre 2022 et 2024.

L’année 2025 a été marquée par une reprise vigoureuse des recrutements avec 38 701 entrées face à 33 358 sorties, dégageant un solde positif de 5 343 agents, après trois années consécutives de solde négatif, notamment -10 842 en 2022 et -9 257 en 2024.

 

Féminisation et vieillissement structurel

L’effectif masculin s’est contracté, passant de 416 200 en 2018 à 394 800 en 2025. À l’inverse, l’effectif féminin a crû de manière ininterrompue (hors léger repli en 2024), grimpant de 236 000 à 257 700. La part des femmes dans la fonction publique atteint ainsi 39,5 % en 2025 (contre 36,2 % en 2018).

Les jeunes de moins de 25 ans ne représentent plus que 2,4 % des effectifs en 2025 (contre 4,0 % en 2018). Les 45-49 ans forment désormais la cohorte la plus importante avec 120 164 agents (18,4 %).  Les tranches supérieures (55-59 ans et 60 ans et plus) regroupent 15,2 % des personnels (près de 100 000 agents), annonçant un mur de départs à la retraite au cours de la décennie.

Quatre ministères concentraient à eux seuls 70,6 % de l’ensemble des agents de l’État en 2025, à savoir l’Éducation (197 836 agents) l’Intérieur (96 146 agents), la Défense (87 765 agents) et la Santé publique (78 622 agents).

Les fonctionnaires représentent 80,1 % du total, tandis que les effectifs d’ouvriers ont fortement reculé, passant de 126 200 en 2018 à 103 600 en 2025. Au sein des fonctionnaires, les catégories supérieures A1 (194 200) et A2 (163 200) ont connu les progressions les plus spectaculaires, illustrant l’élévation continue du niveau moyen de diplôme des agents recrutés et promus.

 

Une hausse soutenue du salaire nominal

La dynamique salariale a été particulièrement vive en 2019 (+17,6 % en brut) et 2020 (+12,0 %) suite aux accords salariaux majeurs, avant de connaître une décélération relative (2021–2023) puis une réaccélération modérée en 2024–2025 (+3,5 % à +5,2 %).

En 2025, un agent de la catégorie A1 perçoit en moyenne 3 106,7 dinars bruts, contre 1 758,3 dinars pour la catégorie D et 1 460,5 dinars pour la moyenne des ouvriers.

 

Enseignements à tirer

En tenant compte des indicateurs d’emploi publiés récemment, plusieurs points sont à retenir. Le premier est le paradoxe de l’insertion féminine et le « refuge public » contre « exclusion privée ». La part des femmes dans la fonction publique ne cesse de s’élargir alors que sur le marché global du travail, le chômage féminin est à 21,6 % (contre 11,8 % pour les hommes), et le taux d’activité des femmes est à 27,1 % (contre 63,3 % pour les hommes). En l’absence de recrutements massifs dans la fonction publique, qui concentre désormais l’essentiel des emplois qualifiés féminins, le secteur privé n’absorbe pas les femmes actives, les renvoyant soit vers le chômage de longue durée, soit vers l’inactivité.

Le second est le gaspillage massif du capital humain hautement qualifié. Plus d’un tiers des femmes diplômées de l’université sont au chômage (35,6 % au T2 2026, contre 14,2 % pour les hommes diplômés). La fonction publique absorbe une part croissante, mais limitée, de cadres supérieurs. L’investissement éducatif national ne trouve pas de relais productif hors de l’administration. Dès que les concours publics ralentissent, les diplômées subissent un chômage massif en raison de l’inadéquation entre filières universitaires et besoins du secteur privé.

Le troisième est le double choc du vieillissement administratif et de l’exclusion des jeunes. Les agents de moins de 25 ans ne représentaient plus que 2,4 % des fonctionnaires en 2025 (contre 4,0 % en 2018), tandis que les tranches de 55 ans et plus totalisent près de 100 000 agents appelés à partir à la retraite d’ici la fin de la décennie. En même temps, le chômage des jeunes de 15 à 24 ans reste supérieur à 35 % au niveau national. Le gel ou le ciblage restrictif des recrutements publics pour maîtriser la masse salariale a fermé la porte d’entrée aux jeunes générations, créant un déficit de renouvellement des compétences dans les services publics.

Le quatrième concerne le pouvoir d’achat net. Entre 2018 et 2025, le salaire brut moyen a bondi plus rapidement que celui net. L’État supporte une charge budgétaire nominale très lourde par agent, alors même que les agents subissent une perte réelle de pouvoir d’achat face à l’inflation cumulée, limitant les marges de manœuvre pour l’investissement d’infrastructure ou la transition écologique. Le blocage touche à tous les agents économiques.

Qu’il s’agisse de la population active, des flux démographiques ou des infrastructures vitales (eau, énergie), la taille brute des effectifs ou des marchés ne crée pas spontanément la prospérité. Sans institutions efficaces, sans gestion prévisionnelle des emplois et compétences et sans réformes sectorielles, les déséquilibres d’emploi se traduisent par une précarité accrue au lieu d’un dividende économique.

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Un général américain chargé de la supervision du désarmement du Hamas à Gaza?

18. August 2026 um 12:07

A l’issue de la rencontre lundi 17 août entre l’émissaire américain, Jared Kushner, et le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, il a été envisagé, selon NBC News, de confier à un général américain la supervision du désarmement du Hamas à Gaza.

 

Y a-t-il encore une réelle perspective de voir le plan de paix de Donald Trump pour Gaza se concrétiser à brève échéance ? La question se pose avec d’autant plus d’acuité que la feuille de route américaine se heurte déjà à l’une de ses principales difficultés, à savoir l’intransigeance du gouvernement israélien.

Pression américaine

Ainsi, reprenant son bâton de pèlerin, l’émissaire américain Jared Kushner, également gendre du président américain, s’est rendu lundi 17 août en Israël pour rencontrer Benjamin Netanyahu. Sa mission est pour le moins délicate, car il s’agit de convaincre le Premier ministre israélien d’assouplir sa position et d’accepter les concessions nécessaires à la mise en œuvre du plan de Washington.

Lors de sa visite à Tel-Aviv, Jared Kushner a aussi cherché à mettre en place la deuxième phase du plan voulu par la Maison Blanche pour Gaza et obtenir le retrait de l’armée israélienne de l’enclave en échange du désarmement du Hamas qui la gouverne depuis 2007, un projet qui patine depuis deux mois, chaque camp restant sur ses positions.

 

Lire aussi: Le « Conseil de la paix » de Trump

 

Au cours d’un entretien de quatre heures, Jared Kushner aurait notamment demandé à Benyamin Netanyahu de ne pas « créer d’obstacles » au plan de paix, assure la chaîne de télévision américaine CNN, dont Donald Trump avait annoncé dès le mois de janvier le lancement prochain de la phase 2. Un plan imaginé autour de la conclusion de l’accord de cessez-le-feu en octobre dernier qui, outre le désarmement du Hamas, prévoit le retrait progressif de l’armée israélienne de la bande de Gaza et la reconstruction de l’enclave palestinienne.

Après sa rencontre avec Benjamin Netanyahu à Tel-Aviv, Jared Kushner a surtout voulu donner corps à la feuille de route américaine en lui fixant un calendrier précis. L’émissaire de Donald Trump espère ainsi voir les premières armes du Hamas remises dans un délai de trente jours. « Nous pourrions constater des progrès d’ici à peine 30 jours, avec, espérons-le, le début du retrait d’une partie des armes », a-t-il déclaré à Fox News.

Défiance

Le calendrier se veut également plus ambitieux sur la question des infrastructures souterraines du mouvement palestinien. Kushner table sur le comblement de certains tunnels dans les 60 à 90 prochains jours. Une échéance qui témoigne de la volonté américaine d’inscrire le processus de désarmement dans une séquence concrète et vérifiable, plutôt que de le laisser au stade des déclarations de principe.

Mais l’émissaire américain ne cache pas les difficultés qui l’attendent. Après avoir rencontré le Hamas dimanche 16 août en Égypte, il a reconnu la défiance persistante de Washington à l’égard du mouvement islamiste palestinien. « Ils ont dit tout ce qu’il fallait mais, à l’évidence, il est très très difficile de leur faire confiance », a-t-il confié à Fox News. Autrement dit, l’obstacle ne réside pas seulement dans l’obtention d’engagements, mais dans la capacité à les transformer en actes vérifiables.

Cette méfiance explique également l’une des conditions évoquées lors de l’entretien entre Netanyahu et Kushner : aucun redéploiement ni aucun chantier de reconstruction ne devraient être engagés à Gaza avant le désarmement complet du Hamas, selon un responsable israélien cité par l’Agence France-Presse. Une position qui rejoint l’exigence défendue depuis plusieurs mois par le gouvernement israélien d’un désarmement « véritable » du mouvement palestinien.

Quel rôle pour l’armée américaine ?

Reste enfin la question cruciale du contrôle et de la mise en œuvre sur le terrain. Le plan de Donald Trump prévoit une présence internationale à Gaza, avec notamment une Force internationale de stabilisation (ISF), placée sous le commandement du général américain, Jasper Jeffers. Mais le rôle exact de cette force, et en particulier celui du commandement américain dans le processus de désarmement du Hamas, reste encore à préciser.

Rencontre avec le Hamas

Rappelons que l’émissaire américain Jared Kushner a rencontré des dirigeants du mouvement islamiste palestinien en Égypte, avant sa visite en Israël, au moment où les États-Unis cherchent à faire avancer le plan de paix à Gaza.

Lors de la réunion, le Hamas a réaffirmé son engagement en faveur de l’accord, tandis que M. Kushner a insisté sur un désarmement total du mouvement islamiste et sur l’absence de tout rôle futur du Hamas dans la gouvernance de Gaza, ont indiqué les sources, s’exprimant sous couvert d’anonymat.

Il s’est aussi à Al-Alamein avec le président égyptien, Abdel Fattah al-Sissi, alors que le chef du Hamas, Khalil al-Hayya, a rencontré, de son côté, le chef du renseignement égyptien, Hassan Rachad.

A noter également que huit pays musulmans en l’occurrence les Émirats arabes unis l’un des plus proches alliés d’Israël dans le monde arabe, et sept autres pays dont l’Égypte, la Jordanie, le Qatar, l’Indonésie, l’Arabie saoudite, la Turquie et le Pakistan ont appelé le Conseil de Paix, créé par Donald Trump pour mettre en œuvre son plan, à prendre des mesures afin de préserver l’accord et à favoriser son application.

Au final, et au-delà des annonces, c’est donc désormais la crédibilité du mécanisme de contrôle qui sera déterminante. Car entre la promesse d’un désarmement dans les prochaines semaines et sa réalisation effective, le chemin reste considérable.

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La route de la soie polaire : un détour stratégique pour contourner les turbulences du Moyen-Orient

17. August 2026 um 10:00

Les récentes perturbations au Moyen-Orient ont rappelé à la Chine la fragilité de ses routes commerciales historiques. Face à cette vulnérabilité, Pékin semble avoir trouvé une issue inattendue, la route maritime du Nord, cette voie arctique longeant les côtes russes.

 

Pour la première fois, une liaison régulière est en cours d’établissement sur cet itinéraire polaire. Un tournant symbolique et pratique, qui pourrait redessiner les équilibres du commerce mondial dans les décennies à venir.

 

Un passage qui gagne en fiabilité

La route maritime du Nord n’est navigable que pendant les mois les plus chauds. Mais avec l’accélération du dérèglement climatique, la fenêtre de navigation s’allonge année après année, transformant progressivement cette voie glacée en couloir commercial viable.

Pour certains navires, l’itinéraire arctique réduit de plus de moitié le temps de trajet entre la Chine et l’Europe, un gain logistique considérable. Ce raccourci offre surtout un avantage décisif pour les marchandises sensibles aux variations de température et aux délais, comme les véhicules électriques, les batteries au lithium et les équipements solaires.

 

Lire aussi: Blocus de l’Arabie saoudite par les Houthis : nouvel embrasement au Moyen-Orient ?

 

Une promesse écologique en trompe-l’œil

Pourtant, cette route qui réduit les émissions liées au transport maritime en raccourcissant les distances présente des risques écologiques qui pourraient aisément anéantir ces gains carbone.

En cas de déversement de carburant, les conséquences seraient catastrophiques. Dans les eaux glacées de l’Arctique, le fioul lourd est plus visqueux que les autres hydrocarbures, ce qui rend son nettoyage extrêmement difficile. Le pétrole se décompose en outre beaucoup plus lentement sous les climats froids, et une fois emprisonné sous la glace, il devient quasiment impossible à extraire. Une marée noire dans cette région serait une tragédie écologique sans précédent, aux répercussions irréversibles.

 

Des changements majeurs à venir

La Russie voit dans cette route un levier géopolitique majeur. En contrôlant les passages et en imposant ses conditions, Moscou espère redessiner la carte du commerce mondial à son avantage. Mais cette mainmise russe suscite de vives réticences chez de nombreux armateurs internationaux, qui y voient un risque politique et sécuritaire trop élevé pour s’y engager pleinement.

La route maritime du Nord ne peut donc pas, à court ou moyen terme, se substituer aux artères historiques que sont le détroit d’Ormuz et le canal de Suez. Elle reste pour l’heure un complément, une option de repli, davantage qu’une véritable alternative. À plus long terme, en revanche, l’équation pourrait changer. Si la route arctique devenait pleinement opérationnelle, elle menacerait directement les recettes du canal de Suez, qui a généré plus de 4 milliards de dollars en 2025. Or, l’Égypte, lourdement endettée et en quête permanente de liquidités, ne peut pas se permettre de voir cette manne financière se tarir.

Le canal de Suez reste pour l’instant indispensable. Mais l’ombre portée de la route polaire, encore lointaine, est déjà suffisamment grande pour inquiéter Le Caire. La Chine, elle, avance ses pions, entre promesses de nouveaux horizons et périls écologiques et politiques.

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TRIBUNE – Conseil supérieur de l’éducation : de l’affichage constitutionnel à la gouvernance macroéconomique du capital humain

16. August 2026 um 07:12

L’installation officielle du Conseil supérieur de l’éducation et de l’enseignement (CSEE), matérialisée par la publication au JORT de la composition de son Instance supérieure et la tenue de sa session inaugurale, parachève la mise en place d’un organe prévu par l’article 135 de la Constitution de 2022. Dans un contexte macroéconomique marqué par de fortes contraintes budgétaires et un modèle de croissance en quête de souffle, cette décision ne saurait être appréhendée comme un simple réaménagement administratif.

 

Toute la question est désormais de savoir si cette nouvelle instance saura s’imposer comme un véritable directoire de pilotage stratégique ou si elle viendra grossir le rang des structures consultatives sans prise sur le réel. Pour éviter l’écueil de la coquille vide, le CSEE doit opérer un changement de paradigme majeur : passer d’une gestion administrative des flux scolaires à une gouvernance macroéconomique et prospective du capital humain.

 

La dépréciation du capital humain : un risque systémique pour la croissance

En matière de finances publiques, la trajectoire du secteur éducatif a trop longtemps été traitée sous le seul angle de la dépense de fonctionnement et de la résorption de la masse salariale. Or, l’analyse des rendements factoriels montre que le capital humain tunisien subit une dépréciation accélérée, créant trois goulots d’étranglement majeurs pour l’économie :

Un déficit de rendement de l’investissement public : En dépit des ressources budgétaires mobilisées, l’inefficience des cycles de formation se traduit par un décalage croissant entre le coût de formation par élève/étudiant et les gains de productivité observés dans l’économie réelle.

Un décalage structurel sur le marché du travail : L’inadéquation quantitative et qualitative entre l’offre de diplômés et les besoins des secteurs à haute valeur ajoutée (finance, technologies de l’information, ingénierie, transition énergétique) entretient un chômage structurel tout en bridant la compétitivité des entreprises.

Une fuite des compétences assimilable à une fuite de capitaux : L’émigration massive des cadres, ingénieurs et professionnels de santé constitue un transfert net de valeur vers les économies développées, réduisant le rendement de l’effort fiscal national et affaiblissant le potentiel de croissance à long terme.

 

Lire aussi : Tunisie – Éducation : un ex-ministre limogé sans explication, de retour aux commandes

 

Vers une gouvernance par la donnée et l’efficience allocative

Pour agir comme un levier de transformation économique, le CSEE doit structurer ses travaux autour de mécanismes rigoureux de pilotage et d’incitations :

Un pilotage par les données et des KPI d’employabilité : Le Conseil doit introduire des indicateurs chiffrés pour mesurer la performance des filières : taux d’insertion professionnelle à 12 et 24 mois, niveau d’alignement avec les besoins du tissu productif et évaluation continue de la qualité de l’enseignement.

L’alignement stratégique avec le tissu industriel et financier : La gouvernance du capital humain ne peut se faire en vase clos. Le CSEE doit formaliser un cadre de concertation permanente avec les acteurs économiques, le secteur bancaire et les entreprises technologiques afin d’orienter les investissements pédagogiques vers les compétences du XXIe siècle (digitalisation, intelligence artificielle, ingénierie normative).

La sanctuarisation technologique face aux arbitrages de court terme : Pour préserver la valeur de la signature éducative tunisienne, l’instance doit prémunir le système des surenchères corporatistes et centrer la priorité sur la modernisation des infrastructures numériques, la révision de l’ingénierie des programmes et le développement de la culture d’entreprise.

 

L’éducation comme pilier de la souveraineté économique

À l’heure où la Tunisie s’attache à moderniser ses structures productives, à désamorcer les logiques de rente et à consolider sa souveraineté financière, la valorisation du capital humain constitue le facteur d’ajustement le plus déterminant. Sans un réservoir de compétences adapté aux exigences de la compétition internationale, aucune politique industrielle ou stratégie de numérisation ne pourra atteindre sa masse critique.

La séance inaugurale du Conseil supérieur de l’éducation offre l’opportunité d’installer une véritable doctrine d’efficience. Il appartient à cette nouvelle instance de dépasser la dimension protocolaire pour transformer une exigence constitutionnelle en une stratégie d’impact économique durable.

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Poutine dans les îles Kouriles : Provocation délibérée ?

15. August 2026 um 10:20

Le président russe s’est rendu jeudi 13 août pour la première fois dans les îles Kouriles, un archipel contrôlé par Moscou depuis la fin de la 2ème Guerre mondiale et revendiqué en partie par Tokyo. Avec le risque de rouvrir une querelle diplomatique jamais résolue … depuis 1945.

 

 

 

 

 

 

 

De la provocation gratuite de la part de Vladimir Poutine, passé maître dans l’art de jouer avec les nerfs de ses adversaires ? En se rendant, jeudi 13 août, dans les îles Kouriles, cet archipel volcanique perdu entre la Russie et le Japon, au cœur d’un contentieux territorial vieux de plus de huit décennies, le maître du Kremlin fait d’une pierre trois coups : réaffirmer la souveraineté russe sur un territoire hautement stratégique, adresser au Japon un message de fermeté et, surtout, lui faire payer son alignement sur les sanctions occidentales contre Moscou depuis le début de la guerre en Ukraine. Bref, une visite soigneusement calculée qui vaut donc autant comme démonstration de souveraineté que comme avertissement stratégique adressé à Tokyo et, au-delà, à Washington. « Absolument inacceptable », a aussitôt réagi l’altière Première ministre nippone, Sanae Takaichi, estimant que cette visite « heurtait les sentiments du peuple japonais ». Pour sa part, le chef de la diplomatie japonaise a convoqué l’ambassadeur russe.

Enjeux stratégiques

Mais pourquoi la visite de l’homme fort du Kremlin à cette île perdue au bout du Pacifique revêt-elle une telle importance ? Pour comprendre les dessous des cartes de ce déplacement hautement symbolique, « il faut également savoir lire une carte », comme le disait à juste titre le Général de Gaulle.

Géographie d’abord. Les Kouriles dessinent une longue chaîne volcanique qui s’étire entre la péninsule russe du Kamtchatka et Hokkaido, l’île la plus septentrionale de l’archipel japonais. Mais derrière cette succession d’îles se cache un contentieux territorial qui empoisonne les relations entre Moscou et Tokyo depuis des décennies. Le différend porte sur quatre îles situées à l’extrémité méridionale de l’archipel : Kounachir, Habomai, Chikotan et Itouroup selon la terminologie russe ; Kunashiri, Habomai, Shikotan et Etorofu selon les Japonais. C’est précisément sur cette dernière, Itouroup, que Vladimir Poutine a choisi de poser le pied jeudi où vivent quelque vingt mille Russes.

Mais l’enjeu dépasse largement la seule question de souveraineté. Ces îles recèlent d’importantes ressources naturelles, notamment des gisements d’or et d’argent, tandis que leurs eaux comptent parmi les zones les plus poissonneuses de la région. Or, Moscou entend rappeler que ces îles sont russes, habitées, exploitées et qu’il n’est pas question de céder le moindre pouce de terrain.

Un verrou militaire

Sur un autre plan, les îles Kouriles sont surtout un verrou militaire dans le Pacifique. Pour Moscou, elles sont bien plus qu’un territoire disputé avec Tokyo. Leur importance est d’abord militaire et stratégique. En s’étirant entre la péninsule du Kamtchatka et Hokkaido, elles forment une véritable barrière naturelle entre la mer d’Okhotsk et le Pacifique Nord. Une position qui en fait l’un des verrous du dispositif russe dans cette partie du monde.

De plus, la chaîne des Kouriles contrôle en effet plusieurs passages maritimes permettant aux bâtiments de la flotte russe du Pacifique d’accéder au Pacifique depuis la mer d’Okhotsk. Or, cette dernière abrite des infrastructures militaires essentielles et constitue notamment une zone stratégique pour les sous-marins nucléaires russes. Tenir les Kouriles, c’est donc aussi protéger les approches de ce sanctuaire maritime.

D’ailleurs, Moscou ne s’est d’ailleurs pas contenté d’y planter son drapeau. Depuis plusieurs années, la Russie renforce sa présence militaire dans l’archipel en y déployant des systèmes de défense antiaérienne et des missiles côtiers capables de menacer les navires qui s’approcheraient de la zone. L’objectif est clair : transformer les Kouriles en ligne de défense avancée, capable de compliquer l’accès aux forces japonaises et américaines.

Blessure mémorielle

Côté japonais, les Kouriles ne sont pas que de simples îlots perdus aux confins du Pacifique. Les quatre territoires méridionaux constituent un contentieux territorial qui mêle mémoire de guerre, souveraineté, intérêts économiques et préoccupations sécuritaires. Un dossier vieux de plus de huit décennies, mais qui continue de peser lourdement sur les relations russo-japonaises.

En effet, Tokyo considère ces quatre îles comme faisant partie intégrante de son territoire et conteste leur prise de contrôle par l’Union soviétique dans les derniers jours de la Seconde Guerre mondiale. En effet, au mois d’août 1945, l’Union soviétique déclare la guerre au Japon, deux jours après le bombardement atomique d’Hiroshima et quelques jours avant la capitulation japonaise. Dans les derniers jours du conflit, les forces soviétiques prennent possession des Kouriles. Moscou expulse ensuite des îles environ 17 000 Japonais qui y vivaient, selon le gouvernement japonais.

Depuis, la restitution des « Territoires du Nord » est devenue une revendication récurrente de la diplomatie japonaise et l’un des principaux obstacles à la conclusion d’un traité de paix définitif entre les deux pays.

Sans oublier l’enjeu sécuritaire de ces îles. Situées à quelques dizaines de kilomètres de Hokkaido, les îles placent la présence militaire russe aux portes mêmes du territoire japonais. La militarisation progressive de l’archipel par Moscou ne peut donc que préoccuper Tokyo. Bases, infrastructures militaires et systèmes de défense renforcent la capacité russe à contrôler cette partie du Pacifique et compliquent la marge de manœuvre du Japon et de son allié américain.

L’enjeu est d’autant plus sensible que le Japon cherche parallèlement à renforcer son dispositif de défense face à la montée en puissance de la Chine, aux menaces nord-coréennes et à l’affirmation militaire de la Russie. Voir Moscou consolider sa présence aux portes de Hokkaido est donc loin d’être anodin pour Tokyo.

Au final, les Kouriles restent une plaie à vif dans les relations russo-japonaises, un contentieux hérité de 1945 que les décennies n’ont jamais réussi à cicatriser. Dans ce contexte, la visite de Vladimir Poutine à Itouroup prend des allures de véritable provocation. Car, en foulant le sol d’une île que Tokyo considère toujours comme japonaise, le maître du Kremlin ne se contente pas de réaffirmer la souveraineté russe mais adresse au Japon un message aussi clair que cinglant. Les Kouriles sont russes, Moscou les considère comme un acquis et n’entend en restituer aucun pouce.

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TRIBUNE – La femme tunisienne : Point de discorde

14. August 2026 um 14:22

Soixante-dix ans après la promulgation du Code du statut personnel, qui a interdit la polygamie, qui, rappelons-le, est permise par la charia (loi charaïque), la question du statut de la femme dans la société est loin d’être résolue. Il ne suffit pas d’une loi pour abolir et effacer un héritage, au moins vieux de quatorze siècles.

Pourtant l’évolution de la société tunisienne, et l’émergence des élites féminines, dans tous les domaines et secteurs, grâce principalement à l’école, devait logiquement suffire pour clore définitivement le débat, mais les dogmes particulièrement religieux sont plus tenaces que la réalité, ce qui fait que la question de la polygamie est périodiquement remise sur le tapis, car certains continuent à croire que le code du statut personnel tunisien, est fondamentalement opposé à la loi religieuse.

Et ce ne sont plus les seuls islamistes, qui jadis avaient mené, depuis sa promulgation, une guerre implacable contre ce code, mais d’autres hommes et femmes, qu’on ne peut soupçonner de sympathie envers le salafisme, osent maintenant demander l’abrogation de ce code, que seul la Tunisie de Bourguiba avait osé promulguer, avant même l’avènement de la République, puisqu’il fut signé par le souverain de Tunis, Ahmed Lamine Bey.

 

La propagation du mariage halal, sorte de concubinage islamique autorisé par la charia, … remet sur le plateau, pour des raisons sociales, la nécessité de revoir la copie actuelle du code, sans pour autant autoriser la polygamie, en dépénalisant par exemple l’adultère.

 

Les réalités sociales, dont le taux élevé du célibat, parmi les hommes et les femmes tunisiens, ajouté à cela l’augmentation vertigineuse du taux de divorce, et la baisse générale de la natalité, ont donné des arguments, qui peuvent êtres recevables, à ceux qui demandent l’annulation de ce code, ou du moins sa réforme profonde. La propagation du mariage halal, sorte de concubinage islamique autorisé par la charia, au sein d’une société où le taux du célibat augmente d’une façon vertigineuse, même avec des personnes mariées, remet sur le plateau, pour des raisons sociales, la nécessité de revoir la copie actuelle du code, sans pour autant autoriser la polygamie, en dépénalisant par exemple l’adultère.

La complexité de la situation est aggravée par la guerre politique entre les islamistes et une grande partie des laïcs, ces derniers considérant que le code est presque un texte sacré, qui doit rester intouchable.

Un point de démarcation politique

On est progressiste ou réactionnaire, conservateur ou moderniste, islamiste ou libéral, selon qu’on soit pour ou contre le Code de statut personnel. C’est le rapport avec ce code qui donne l’identité politique ou idéologique à tout citoyen tunisien. On ne peut être neutre sur ce point précisément. Et ceci depuis soixante-dix ans. Cette ligne de démarcation entre les camps cités plus haut est infranchissable, et quiconque ose la franchir subit les foudres de ses partisans. On ne peut pas être marxiste, progressiste, libéral, de gauche ou destourien sans être un inconditionnel du code initié et imposé par Habib Bourguiba il y a soixante-dix ans. Avant même d’être républicain car le code a précédé l’abolition du Beylicat.

Inversement, on ne peut être islamiste, salafiste conservateur religieux, ou, se réclamant d’un islam orthodoxe sunnite, sans reconnaître que la polygamie est autorisée par la religion musulmane, selon un verset clair et franc du saint Coran.

 

Le statut légal de la femme constitue la grande discorde de la société tunisienne et l’émancipation de la femme la pomme de discorde.

 

Bourguiba, pour donner une légitimité religieuse à cette loi, a eu recours, aux deux grands muftis, et savants, malikite et hanafite, al Shaykh Taher Ibn Achour pour le malikisme et al Shaykh Jaïet pour le Hanafisme, qui, se basant sur une tradition, appelée « le mariage Kairouanais », autorise la femme à exiger de son époux de ne pas contracter mariage avec une autre femme, sans son autorisation, ce qui constitue une forme de monogamie. Cette tradition remonte au premier calife abbasside (2ème siècle de l’hégire) qui avait demandé en mariage une Kairouanaise qui lui avait imposé cette condition dans le contrat. Une jurisprudence en fut la conséquence, sur laquelle les deux illustres muftis se sont basés.

Aucun autre Etat musulman n’a pu promulguer une loi comme celle qui régit les mariages en Tunisie, loi qui a joué un rôle fondamental dans l’émancipation de la femme tunisienne. On en conclut que l’avenir de celle-ci dépendra du sort qui sera réservé à cette juridiction. On peut dire, sans risque d’exagérer, que le statut légal de la femme constitue la grande discorde de la société tunisienne et l’émancipation de la femme la pomme de discorde.

Mariage halal, une solution tronquée

Le mariage dit « halal », une forme de concubinage, sans contrat de mariage légal, est une mode qui envahit tous les pays musulmans, et même les communautés musulmanes en Europe, mais aussi la Tunisie. Le cri d’alerte lancé par la présidente de l’Union nationale de la femme tunisienne (UNFT), organisation qui avait joué un rôle primordial dans l’application du Code du statut personnel, sur le développement du mariage halal en Tunisie, doit interpeler les autorités politiques sur la gravité de la question. Mais le recours à la répression, comme l’exige la présidente de l’UNFT, ne peut être la solution idoine. On ne peut pas stopper une vague sociétale par le durcissement législatif ou administratif, car il s’agit bien d’une vague qui traverse la société en réponse, à l’augmentation du célibat, notamment celui des femmes et du taux de divorce. Nos juristes feraient mieux à accorder un intérêt particulier à cette problématique au lieu de pérorer sur les droits de l’Homme et les libertés politiques.

Dans l’échelle des droits, comme partout, il y a des questions prioritaires. Or on observe un silence curieux qui en dit long sur nos élites. Il faut reconnaître qu’on touche à un nouveau tabou, et que se prononcer clairement sur une solution, c’est prendre des risques d’être classé par un camp comme par l’autre comme un ennemi, soit de l’Islam, soit de la femme. Mais le rôle des intellectuels n’est-il pas d’aller à contre-courant ? Ou faut-il attendre que le feu vert nous vienne encore une fois de l’Occident !

Le concubinage, une solution ?

Reconnaissons d’abord que le concubinage existe chez nous depuis longtemps, et que les autorités ont toujours fermé les yeux. Pour les hommes et les femmes mariés et en situation de concubinage avec d’autres partenaires, il n’y a intervention de l’autorité publique que lorsque le partenaire légal porte plainte, pour adultère. Or l’adultère est interdit avec contrainte par corps. Et le divorce peut être prononcé en faveur du plaignant. Mais le concubinage prend actuellement la forme d’un mariage « halal », encouragé par la mouvance politico-religieuse. Ce qui explique la levée du bouclier chez les laïcs, qui pourtant et souvent ferment les yeux sur le concubinage non religieux. D’où contradiction !

 

Pour les tenants purs et durs du code, le concubinage, comme pratiqué en France, garantit aussi les droits des femmes, hormis la pension alimentaire et surtout les droits des enfants.

 

Tant qu’il ne concernait que certaines franges, minoritaires, la tolérance était de mise, mais la tendance devient, semble-t-il lourde, si l’on croit la présidente de l’UNFT. Et il faut anticiper pour la gérer en réformant le code du statut personnel. Pourquoi alors ne pas faire comme dans les sociétés modernes en Europe ou ailleurs, en créant un statut légal pour le concubinage ? Ceci, d’autant plus que les courants de l’Islam politique n’y trouveront rien à y redire, car ils l’encouragent sous sa forme halal. Pour les tenants purs et durs du code, le concubinage, comme pratiqué en France, garantit aussi les droits des femmes, hormis la pension alimentaire et surtout les droits des enfants.

La société trouve empiriquement ses propres solutions, au mépris des lois, il est vrai, parfois. Il est temps d’anticiper sur cette évolution, car la nature a ses propres lois que les lois des hommes ou des dieux ne peuvent arrêter !

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La Tunisie à l’épreuve de la volatilité des cours des produits agricoles

14. August 2026 um 06:03

Alors que la majorité des Tunisiens sont en congé, les tensions géopolitiques et les phénomènes naturels mettent de la pression sur les marchés mondiaux. A la rentrée, il y a bien un risque de mauvaises surprises.

En fait, les prix alimentaires mondiaux sont à leur plus haut niveau depuis plus de 42 mois. Et ce, sous l’effet des vagues de chaleur estivales et des conflits en Ukraine et au Moyen-Orient.

 

Pression sur les céréales

La référence est l’indice des prix des produits alimentaires de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). L’indice, qui suit les variations mensuelles d’un panier de produits alimentaires échangés sur le marché international, est passé à 131,1 points en juillet. C’est un pic depuis janvier 2023, après une hausse des prix des céréales, du sucre et des huiles végétales. Ce trio est particulièrement critique pour la Tunisie.

La FAO a cité les vagues de chaleur comme facteur affectant les rendements du blé dans plusieurs pays producteurs clés. Les prix du sucre ont été tirés vers le haut par les dommages causés par le système météorologique El Niño qui se développe rapidement.

Les prix des céréales ont augmenté de 3,4 % sur un mois, incluant une hausse de 5,8 % du coût du blé mondial. Les perturbations persistantes des flux d’exportation de la mer Noire et les dommages causés aux infrastructures d’exportation, après l’intensification des attaques entre la Russie et l’Ukraine, ont fait monter les cours.

Les prix du maïs mondial ont augmenté de 3,6 %. Cela s’explique par les inquiétudes concernant le temps chaud et sec aux États-Unis. La vague de chaleur meurtrière qui a balayé l’Europe en juin, exacerbée par les émissions de carbone, aurait forcé les céréaliers à détruire 9 millions de tonnes de cultures telles que le blé, l’orge, le maïs et l’avoine.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le sucre et les huiles végétales suivent le pas

Pour leur part, les prix du sucre ont bondi de 5,6 % en juillet. Une tendance attribuée aux craintes météorologiques et aux nouvelles règles au Brésil augmentant la quantité d’éthanol pouvant être ajoutée à l’essence. Ce qui a entraîné une demande accrue de la part des fermenteries.

Les prix des huiles végétales ont augmenté de 2 %. Une hausse que le rapport attribue à une demande soutenue du secteur du biodiesel en Indonésie et à la hausse des prix du pétrole brut. La guerre en Iran a également fait monter les prix alimentaires ces derniers mois. Sachant qu’environ un tiers de la production d’engrais transite par le détroit d’Ormuz. Les prix de la viande ont chuté de 2,8 % en juillet.

 

Œuvrer pour des solutions durables

Cette situation risque d’alourdir la pression sur la balance commerciale dans les mois à venir. Depuis sept ans, les crises exogènes s’enchaînent sans répit. À court terme, nous n’avons d’autre choix que de subir. A moyen et long terme, il nous faudra impérativement trouver des solutions du côté de la production nationale. C’est un enjeu de souveraineté qui, au même titre que la santé, l’éducation ou les transports, doit se situer au cœur de l’action publique.

Certes, les idées et les programmes ne manquent pas, mais leur mise en œuvre exige des financements conséquents. Surtout si nous voulons poser les bases d’une politique agricole durable. Toutefois, les capitaux ne manquent pas. Le secteur privé local peut y contribuer, à condition que les portes lui soient ouvertes. L’exemple du secteur photovoltaïque montre d’ailleurs ce qu’une telle politique peut produire.

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13 Août 1956 : le droit de décoller, le devoir d’embarquer toute la société

13. August 2026 um 16:49

Le Code du statut personnel (CSP) n’est pas seulement un texte juridique. Il est l’un des actes fondateurs de la Tunisie indépendante. Celui par lequel la dignité des femmes est devenue une condition de la modernité nationale. Soixante-dix ans après sa promulgation, son héritage appelle moins une célébration confortable qu’un sursaut collectif.

Le 13 août 1956, cinq mois après l’indépendance, la Tunisie accomplit une rupture d’une audace historique. Le CSP interdit la polygamie, substitue le divorce judiciaire à la répudiation et fait du consentement des deux époux une condition du mariage. Il déplace ainsi la famille du terrain de l’autorité unilatérale vers celui, encore imparfait mais décisif, du droit et de la citoyenneté.

Cette révolution ne fut pas seulement féminine. Elle fut aussi une révolution de l’État moderne : celui qui affirme que la loi commune doit protéger l’individu, y compris au sein de la famille, contre les dominations héritées de la coutume, de la force ou d’interprétations intéressées du sacré. Le Zaim Bourguiba avait compris une vérité essentielle : une nation qui maintient la moitié de ses citoyens sous tutelle ne se modernise pas; elle matérialise sa propre impuissance.

La Tunisie a ainsi porté les droits des femmes à un niveau rare dans son environnement arabe et africain. Mais un avion ne transforme pas, à lui seul, le paysage qu’il survole. La modernisation juridique n’a pas produit partout les mêmes capacités d’appropriation sociale. Si certaines catégories ont pleinement bénéficié de cette avancée, beaucoup de femmes demeurent confrontées à des réflexes de patriarcat, de hiérarchie familiale, de dépendance économique et de peur sociale.

Tel est le paradoxe tunisien : disposer d’un texte pionnier sans avoir créé, sur l’ensemble du territoire, les conditions socio-économiques, institutionnelles et culturelles de son application effective.

Quand le droit ne devient pas encore un pouvoir réel

Le CSP a posé un socle juridique; il n’a pas, à lui seul, bâti les conditions sociales de l’émancipation. En effet, les droits ne vivent pas seulement dans les recueils législatifs, ils vivent dans les écoles, les tribunaux, les entreprises, les médias, les familles et les communautés. Ils vivent surtout dans la capacité de chaque femme à les connaître, à les réclamer et à être protégée lorsqu’elle les exerce.
Dans les régions rurales, les quartiers périphériques et les petites villes, de nombreuses Tunisiennes restent confrontées à une double distance : celle des institutions et celle, plus invisible, du langage juridique. Là où l’État parle de consentement, de recours et d’égalité, d’autres discours imposent le devoir, la honte, l’honneur familial ou l’obéissance.
Ces discours peuvent envelopper des rapports de pouvoir dans une rhétorique religieuse.

Il faut l’affirmer sans ambiguïté : la foi est une liberté personnelle, respectable et protégée. Mais aucun discours religieux ne devrait servir à priver une citoyenne de droits garantis par la loi, ni à opposer sa spiritualité à son égalité en dignité.

Le chaînon manquant: une citoyenneté de proximité

Le projet modernisateur bourguibien fut immense. Il portait toutefois une fragilité stratégique: réformer la société d’en haut sans consolider suffisamment les forces autonomes capables de défendre durablement cette réforme. De plus, l’affaiblissement des forces progressistes, syndicales, intellectuelles et politiques a laissé un espace que des courants religieux organisés ont progressivement investi dans certains espaces associatifs, éducatifs et de socialisation. Ils ont notamment occupé le terrain laissé vacant par le recul des médiations civiques de proximité.

L’élite féminine a parfois agi comme une locomotive convaincue que sa vitesse entraînerait tous les wagons. Mais le lien s’était distendu sous l’effet de la précarité, de l’illettrisme juridique, de la dépendance économique, de la désaffiliation politique et d’un langage institutionnel souvent inaccessible.
Or un leadership réel ne se mesure ni au nombre de tribunes ni à la seule visibilité médiatique. Il se mesure à notre capacité de former des relais, de transmettre du pouvoir, de faire émerger des porte-parole locales et de rendre présentes dans l’espace public celles qui en sont encore absentes.

Faire du CSP un pouvoir vécu

La question n’est donc plus seulement : comment défendre le CSP ? Elle est devenue : comment faire de chaque Tunisienne et de chaque Tunisien les copropriétaires de ses principes ? La réponse exige une véritable infrastructure civique de l’égalité.

D’abord, il faut instaurer une éducation juridique populaire. Chaque lycée, maison de jeunes, centre de formation professionnelle et délégation devrait proposer, dans un langage clair, des ateliers réguliers sur le mariage, le divorce, la violence, l’héritage, le travail, la protection sociale et les recours disponibles. Connaître un droit, c’est déjà réduire la possibilité qu’il soit confisqué.

Ensuite, la création d’un réseau national de « sentinelles du CSP » mérite d’être envisagée. Ces femmes et ces hommes, formés localement et indépendants des partis, pourraient orienter gratuitement les citoyennes vers les structures juridiques, sociales et psychologiques compétentes. Il ne s’agit pas de substituer le militantisme à l’État, mais de rendre l’État accessible là où il demeure abstrait.

Enfin, une part des programmes de développement, y compris ceux financés avec des partenaires bilatéraux et multilatéraux, devrait être liée à des résultats mesurables : recours effectif à la justice, délais d’accès à l’aide juridique, maintien scolaire des filles, autonomie économique, protection des victimes et représentation des femmes dans les structures locales. Les droits des femmes ne peuvent plus être un chapitre décoratif des projets; ils doivent devenir un critère de performance institutionnelle.

La vigilance est le prix de la liberté. Aucun acquis n’est définitif lorsqu’il n’est ni compris ni approprié et pas défendu. Le 13 août doit cesser d’être une fête d’autosatisfaction, pour devenir un rendez-vous annuel de l’exigence démocratique. Celui où la Tunisie se demande non seulement ce qu’elle a donné aux femmes en 1956, mais ce qu’elle fait aujourd’hui pour que chacune puisse réellement en disposer.

Par Khadija T. Moalla

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13 Août – Khaled Dabbabi : « Le CSP a besoin d’une refonte réelle et courageuse »

13. August 2026 um 13:00

Considéré depuis 1956 comme la « Constitution sociale » de la Tunisie, le Code du statut personnel (CSP) a longtemps fait figure de texte avant-gardiste. Mais entre inégalités successorales, dot et statut de chef de famille réservé à l’époux, ses limites sont aujourd’hui pointées du doigt. Khaled Dabbabi, enseignant-chercheur en droit public et en sciences politiques, dresse un constat sans concession et plaide pour un véritable code de la famille. Entretien.

Depuis 2011, plusieurs voix, notamment des juristes, des acteurs de la société civile et des militants, revendiquent une réforme du CSP. Quelles réformes demandent-ils précisément et pourquoi sont-elles jugées nécessaires ?

Le CSP revêt une importance capitale dans l’histoire institutionnelle de l’État tunisien. Il a été adopté puis promulgué en 1956, c’est-à-dire trois ans avant la promulgation de la Constitution de 1959. C’est la raison pour laquelle que le CSP est considéré comme la « Constitution sociale » de la Tunisie.
Dans son contexte historique, le CSP peut être considéré comme un texte avant-gardiste (certains spécialistes l’ont qualifié de véritable « révolution par le droit »). Il a apporté avec lui des mesures innovantes et avant-gardistes pour l’époque et pour l’aire culturelle et civilisationnelle arabo-musulmane, telles que l’abolition de la répudiation et l’exigence du divorce judiciaire, l’exigence d’un âge minimum pour le mariage, l’abolition de la tutelle du père et, surtout, l’interdiction de la polygamie et sa pénalisation.
Par la suite, et par touches successives, ce socle initial a été consolidé par d’autres mesures. Et ce, aussi bien par des textes externes au CSP, telle la loi 58-27 du 4 mars 1958 relative à la tutelle publique, à la tutelle officieuse et à l’adoption, ou la loi 98-75 du 28 octobre 1998 relative à l’attribution d’un nom patronymique aux enfants abandonnés ou de filiation inconnue; que par la révision du CSP lui-même, dans le but de l’adapter davantage à l’évolution de la famille tunisienne. On peut citer, dans ce contexte, la loi 93-74 du 12 juillet 1993, qui a supprimé le devoir d’obéissance incombant à l’épouse.

Mais alors…?

Pourtant, et malgré tous ces efforts, le CSP a besoin d’une refonte réelle et courageuse pour qu’il rime réellement avec le vécu de la famille tunisienne du XXIe siècle, et pour qu’il devienne enfin compatible et conforme aux dispositions constitutionnelles et internationales dûment ratifiées par l’État tunisien en matière d’égalité devant la loi et de non-discrimination.

Le CSP souffre encore de plusieurs lacunes, insuffisances et inégalités devenues anachroniques. On peut citer à cet égard l’inégalité successorale, le maintien du statut de chef exclusif de famille au profit de l’époux-père, ou la pérennisation de la dot en tant que condition substantielle du contrat de mariage, etc.

En effet, le CSP souffre encore de plusieurs lacunes, insuffisances et inégalités devenues anachroniques. On peut citer à cet égard l’inégalité successorale, le maintien du statut de chef exclusif de famille au profit de l’époux-père, ou la pérennisation de la dot en tant que condition substantielle du contrat de mariage, etc.
Personnellement, je considère que le CSP était un bon code, mais pas aussi révolutionnaire, même pour son époque : on aurait pu et dû mieux faire. Il reste un code d’inspiration purement musulmane, présenté comme une relecture moderne du droit musulman classique.
Même dans son style et sa rédaction, ce texte s’apparente davantage à un recueil de fiqh (مدونة فقهية) qu’à un véritable code de droit positif étatique. Même sa dénomination pose problème : le terme « statut personnel » n’est pas un terme juridique ; il est issu du jargon du fiqh et du droit musulman classique.

Personnellement, je considère que le CSP était un bon code, mais pas aussi révolutionnaire, même pour son époque : on aurait pu et dû mieux faire. Il reste un code d’inspiration purement musulmane, présenté comme une relecture moderne du droit musulman classique.

Ce référentiel religieux a malheureusement toujours enfermé la question de la famille tunisienne dans un débat purement identitaire et religieux. Alors qu’il s’agit en réalité d’une question de droit objectif, de droits subjectifs, de citoyenneté, d’égalité et de constitutionnalité.
La famille tunisienne mérite désormais un véritable code de la famille, et non un code du statut personnel, qui opère une rupture courageuse, totale et radicale avec cet héritage identitaire archaïque, et au sein duquel toute famille tunisienne, musulmane ou non, puisse s’intégrer. Un code qui oriente enfin le débat vers son champ sémantique naturel, celui des droits et de la légalité constitutionnelle.

Le Parlement, dans sa configuration actuelle, est-il en mesure d’examiner, de débattre et d’adopter des réformes aussi avant-gardistes ?

On sait tous que le Parlement actuel n’est qu’une simple chambre d’enregistrement, au sein d’un régime et d’un système politiques largement inégalitaires qui profitent au chef de l’État et chef de l’exécutif. On a pu observer la très faible qualité du fonctionnement de cette institution. Elle est très mal partie, voire structurellement incapable d’assumer une mission aussi délicate.
Pire encore, on a vu et entendu certains députés inciter au retour de la polygamie et légitimer le viol des femmes. Comme disent les Français : « Qui souffre d’un manque ne peut guère l’offrir ». On ne peut pas demander à ce Parlement, faible, effrité et conservateur, de penser à des réformes aussi audacieuses.

La société tunisienne serait-elle prête à accepter une telle réforme si elle était adoptée, notamment face aux éventuelles résistances des milieux conservateurs ?

Contrairement à ce que l’on croit, la société tunisienne est une société largement conservatrice, qui envisage presque tout sous l’angle de l’identité et de la religion. Certains députés qui se disent de gauche sont contre l’égalité. Certains responsables politiques qui se disent laïcs tiennent des propos radicalement contraires à la laïcité et à la modernité.
La magistrature est également conservatrice ; sa jurisprudence, notamment judiciaire, reste marquée par une tendance largement conservatrice, en particulier en matière de droits et de libertés. Le même constat vaut pour l’administration, et même pour certains universitaires : que dire alors du citoyen ordinaire ?
Toutefois, l’égalité, la modernité et la démocratie ne doivent jamais attendre le changement de cette mentalité dominante. Parfois, pour pouvoir avancer et opérer la rupture épistémologique souhaitée, il faut savoir choquer, ne pas se contenter des perceptions et mentalités dominantes, et aller au-delà pour proposer un nouveau modèle sociétal, moderne, en phase avec le XXIe siècle. Si la mentalité dominante est en retard et reste figée dans des idéaux que l’humanité a dépassés, l’État doit, lui, vivre dans le présent et raisonner pour l’avenir.
René Descartes disait : « Pour atteindre la vérité, il faut une fois dans sa vie se défaire de toutes les opinions qu’on a reçues, et reconstruire tout à nouveau ». L’État tunisien est appelé ici à être, à la fois, audacieux et cartésien.

Comment sensibiliser l’opinion publique à l’importance d’une réforme en profondeur du Code du statut personnel ? Un débat sociétal préalable est-il indispensable pour parvenir à un consensus ?

Une loi efficiente et efficace est toujours une loi intériorisée par les citoyens.  On peut rédiger les plus beaux textes : ils resteront lettre morte s’ils ne reflètent pas un certain crédo politique et sociétal ancré dans la société, et une certaine maturité civilisationnelle enracinée.

La citoyenneté, la culture du respect du droit, le civisme et l’égalité doivent être inculqués dès l’école, le collège et le lycée. Il est trop tard pour devenir un citoyen démocrate à l’âge de vingt ans. La démocratie s’apprend bien avant et notre système éducatif reste lacunaire, voire stérile, sur ce point.

J’ai dit que l’État ne doit jamais attendre le changement des mentalités ; mais, au-delà du volet juridique, il doit lui-même œuvrer à ce changement des perceptions archaïques et les éradiquer par d’autres moyens, non juridiques cette fois. C’est-à-dire par une stratégie claire visant une refonte totale et une véritable révolution de notre système éducatif, l’un des maillons les plus faibles du passé comme du présent.
La citoyenneté, la culture du respect du droit, le civisme et l’égalité doivent être inculqués dès l’école, le collège et le lycée. Il est trop tard pour devenir un citoyen démocrate à l’âge de vingt ans. La démocratie s’apprend bien avant, et notre système éducatif reste lacunaire, voire stérile, sur ce point.
Notre système fait sortir des sujets et non des citoyens.

L’article 13 Août – Khaled Dabbabi : « Le CSP a besoin d’une refonte réelle et courageuse » est apparu en premier sur Leconomiste Maghrebin.

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