Mnaouar Sghaier, directeur du département de la production agricole de l’Union tunisienne de l’agriculture et de la pêche (Utap), a déclaré à Mosaique FM que le secteur agricole tunisien souffre d’un manque d’aliments pour animaux, notamment d’aliments composés, estimée à 25 % des besoins.
M. Sghaier, qui a fait cette déclaration en marge d’un symposium sur les aliments composés, organisé dans le cadre du Salon méditerranéen des productions animales et de l’élevage (Pamed), organisé du 28 avril au 1er mai 2026 à l’Expo Center Médina – Yasmine Hammamet, a expliqué que la culture du colza, introduite en Tunisie en 2014, représente la solution idéale pour pallier ce déficit, car il s’agit d’une culture fourragère riche en protéines, fournissant également des huiles végétales à haute valeur nutritionnelle.
Le responsable a souligné l’importance de développer la culture locale de fourrage dans le cadre d’un plan national visant à atteindre l’autosuffisance et à réduire les importations. Il a indiqué que la superficie actuellement cultivée atteint 15 000 hectares, produisant environ 16 000 quintaux, dont environ 7 000 quintaux sont destinés à la production d’huile végétale.
En conclusion, M. Sghaier a affirmé que l’objectif est d’atteindre 100 000 hectares de colza, soulignant que cette expansion apportera des avantages considérables au secteur, notamment en palliant la pénurie de fourrage, en préservant la fertilité des sols et en les enrichissant en matière organique grâce à un système de rotation des cultures blé-colza.
La Chambre criminelle du Tribunal de première instance de Tunis a prononcé des peines de prison allant de 20 à 31 ans, assorties d’amendes dépassant 400 000 dinars, à l’encontre de membres d’un réseau international de trafic de stupéfiants, rapporte Mosaïque FM.
Les prévenus ont été reconnus coupables d’avoir introduit clandestinement d’importantes quantités de cocaïne et d’autres stupéfiants en provenance d’un pays européen, destinés à être distribués en Tunisie.
L’affaire a débuté lorsque les douaniers du port de La Goulette ont été intrigués par la voiture d’un expatrié tunisien de retour d’une traversée maritime. Une fouille approfondie du véhicule à l’aide d’un scanner a révélé la présence de compartiments dissimulés dans les portières et la roue de secours.
L’opération a permis la saisie d’une importante cargaison de 11 000 comprimés de stupéfiants, ainsi que de 26 sachets de cocaïne pure.
Grâce à des interrogatoires approfondis menés auprès du chauffeur et de son complice, les deux hommes ont avoué travailler pour un réseau criminel transnational. Ils ont confirmé que la cargaison était destinée à un important trafiquant résidant dans le quartier d’El Aouina, à Tunis.
En coordination avec le parquet, une embuscade a permis l’arrestation du troisième suspect à son domicile, où d’autres quantités de stupéfiants, prêtes à être distribuées, ont été saisies.
Le président de la Chambre des volailles relevant de l’Utica, Wassim Boukhris, a alerté, vendredi 1er mai 2026, sur le risque de faillite imminente des petits et moyens producteurs d’œufs de consommation, en raison des pertes financières accumulées et des répercussions de l’application rétroactive de la réglementation du secteur.
Lors d’une interview radio Diwan FM, M. Boukhris a expliqué que le secteur des œufs de consommation traverse une grave crise structurelle, entraînant des pertes financières estimées à 10 millions de dinars par mois pour les producteurs. Des pertes dues, selon lui, à une surproduction et à une chute des prix de vente en dessous du coût de production réel au cours des trois derniers mois.
M. Boukhris a, également, fait valoir que l’application rétroactive des spécifications publiées en décembre 2022 excluait une grande partie des éleveurs de volailles actifs depuis des décennies, ajoutant que ces mesures, relatives aux distances légales entre les exploitations, empêchaient les éleveurs d’accéder aux financements bancaires et aux avantages fiscaux offerts par l’Agence de promotion des investissements agricoles (Apia).
Le président de la Chambre des volailles a appelé au rétablissement immédiat du système de quotas de production et à sa répartition équitable entre les éleveurs établis et les nouveaux venus. Il a également exigé la mise en œuvre des conclusions de la Stratégie de réforme du secteur avicole de 2018, qui prévoit des mécanismes clairs de contrôle de la production et l’abattage obligatoire des volailles vieillissantes.
En revanche, M. Boukhris a exclu le recours aux exportations comme solution immédiate pour absorber le surplus de production actuel. Il a attribué cette position à l’absence de stratégie gouvernementale durable dans ce domaine depuis la perte des marchés étrangers directs, notamment le marché libyen, suite aux précédentes interdictions d’exportation.
A l’occasion de la Journée mondiale de la liberté de la presse, célébrée le 3 mai de chaque année, le Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT) a publié son rapport annuel sur l’état de la liberté de la presse pour la période du 1er avril 2025 au 1er avril 2026. Il met en lumière les restrictions croissantes imposées à l’espace public et le rôle de plus en plus marginal des organes intermédiaires et de la société civile. Et souligne que la crise des médias en Tunisie a dépassé son caractère sectoriel pour devenir une crise structurelle, reflet d’un déséquilibre entre l’État et la société. Cette crise menace les garanties démocratiques et les acquis de la révolution, et compromet l’avenir du journalisme.
Le rapport a recensé 154 attaques contre des journalistes durant cette période, expliquant que la baisse enregistrée par rapport aux quatre années précédentes ne reflète pas une réelle amélioration du climat des libertés, mais masque plutôt de profonds changements dans la nature des violations et une diminution de la capacité à les signaler et à les documenter dans un contexte particulièrement répressif.
Le syndicat a affirmé que la profession est aujourd’hui confrontée à des défis existentiels qui menacent son indépendance et sa capacité à exercer son rôle de contrôle et de critique, en raison du déclin des mécanismes de régulation, des restrictions croissantes imposées au droit d’accès à l’information et d’un climat caractérisé par des pressions politiques et sécuritaires et un contrôle centralisé sur des aspects clés du paysage médiatique, ce qui a d’ailleurs valu à la Tunisie de reculer de 8 places en an dans le classement mondial de la liberté de la presse de Reporters Sans Frontières (RSF) à, passant de la 129e place en 2025 à la 137e en 2026.
Le syndicat a formulé des recommandations urgentes à l’intention des institutions étatiques, appelant la Présidence de la République à revoir sa politique de communication et à y inscrire les principes de transparence et de diffusion proactive de l’information.
Il a exhorté l’Assemblée des représentants du peuple à accélérer la modification du décret 54 afin d’empêcher l’imposition de peines d’emprisonnement dans les affaires liées à la presse, et à ratifier la loi portant création d’une Haute autorité indépendante de la communication audiovisuelle (Haica) et la loi sur l’éducation aux médias. Il a également exhorté le cabinet du Premier ministre à dialoguer avec tous les médias sur un pied d’égalité, à abroger les circulaires entravant le droit d’accès à l’information, à reprendre l’octroi de licences aux médias internationaux et à mettre en place un mécanisme national indépendant de contrôle des violations.
Le rapport a souligné le rôle du pouvoir judiciaire, appelant à ne plus déférer les journalistes en vertu du décret 54 et des textes punitifs généraux, et à adopter le décret 115 comme cadre exclusif pour les affaires relatives à la presse, tout en garantissant le droit à la couverture médiatique au sein des tribunaux et en respectant les normes d’un procès équitable.
Le syndicat a exhorté le ministère de l’Intérieur à assurer une protection efficace aux journalistes de terrain, à traduire en justice les auteurs de violences à leur encontre et à activer la cellule de crise conjointe.
Il a également demandé au ministère de la Culture d’enquêter sur les violations commises contre les journalistes lors des manifestations qu’elle organise.
En conclusion, le syndicat a appelé les médias à garantir l’indépendance des rédactions et à activer les comités de rédaction, et a appelé les forces politiques et civiles à s’unir pour défendre la liberté de la presse, pilier fondamental du processus démocratique et de l’espace public.
La Tunisie fait partie intégrante de l’économie mondiale et des accords de Bretton Woods. Elle doit collaborer avec les institutions internationales et ne peut s’isoler du système financier et monétaire mondial. Si le président Kaïs Saïed avait accepté, en 2023, le prêt du FMI d’un montant de 1,9 milliard de dollars US assorti d’un taux d’intérêt de 3 %, l’économie tunisienne serait aujourd’hui en meilleure situation et nos entreprises auraient disposé des fonds nécessaires à la réalisation des cinq projets d’énergie solaire récemment attribués à des entreprises étrangères. Et la notation de la Tunisie par Fitch Rating se serait considérablement améliorée pour atteindre, aujourd’hui, BBB-.
Larbi Benbouhali *
Le président Kaïs Saïed aurait pu prendre cinq mesures pour préserver l’économie tunisienne dans le contexte économique mondial incertain et se préparer aux conséquences de la guerre Iran-États-Unis et aux pénuries de pétrole et de produits alimentaires. Ces mesures, présentées ci-dessous, je les avais proposées depuis 2023. Mais elles n’ont pas retenu l’attention des décideurs.
Le gouvernement tunisien aurait pu prendre cinq mesures pour aider les entreprises tunisiennes à investir dans des projets d’envergure, réduire le déficit énergétique, générer davantage de devises étrangères et créer des milliers d’emplois.
Mesure 1 : si le président Kaïs Saïed avait collaboré avec le FMI, le gouvernement tunisien aurait pu verser 300 millions de dollars US à Steg pour la construction des centrales solaires de 600 MW, conservé tous les bénéfices en Tunisie, réduit la dette de Steg et le déficit énergétique tunisien.
Mesure 2 : si le président Kaïs Saïed avait collaboré avec le FMI, le gouvernement tunisien aurait pu accorder 300 millions de dollars US à l’Etap pour l’exploration de pétrole brut et de gaz naturel en Algérie et en Libye, puis vendu ce pétrole brut et ce gaz naturel sur les marchés mondiaux, et rapatrié les bénéfices en devises étrangères (dollars américains) au Trésor tunisien.
La Tunisie n’aurait besoin que de 5 puits de pétrole brut en Algérie ou en Libye pour produire 80 000 barils par jour (la consommation quotidienne de la Tunisie est de 110 000 barils par jour, et sa production n’est que de 30 000 barils par jour).
Mesure 3 : si le président Kaïs Saïed avait collaboré avec le FMI, le gouvernement tunisien aurait pu accorder 500 millions de dollars US à la CPG pour l’acquisition de nouveaux équipements, permettant ainsi une production de 8 millions de tonnes et la génération de bénéfices en dollars américains. Ces bénéfices seraient restés intégralement en Tunisie, réduisant ainsi la dette de CPG et portant les réserves de change à 150 jours d’importation.
Mesure 4 : si le président Kaïs Saïed avait collaboré avec le FMI, le gouvernement tunisien aurait pu accorder 300 millions de dollars US à Tunisair pour la location de trois nouveaux avions et pour couvrir les coûts supplémentaires liés au kérosène. Ceci aurait permis d’attirer davantage de touristes en Tunisie, d’accroître les réserves de change, de réduire la dette de Tunisair et de conserver l’intégralité des bénéfices en Tunisie.
Mesure 5 : si le président Kaïs Saïed avait collaboré avec le FMI, le gouvernement tunisien aurait pu accorder 500 millions de dollars US à la BNA et à la STB afin de leur permettre d’octroyer davantage de prêts au secteur privé et de stimuler la croissance économique. Les prêts et les investissements du secteur privé auraient permis d’accroître la capacité de production, d’augmenter le produit intérieur brut et de réduire la dette publique.
Un pont de coopération territoriale se dessine entre le sud de l’Italie et le centre de la Tunisie, entre Murgia et Semmama, commune du gouvernorat de Kasserine, située dans les collines du centre-ouest de la Tunisie.
Selon l’agence de presse Tap, cette initiative est portée par le collectif italien Avrusc, né d’une collaboration artistique et territoriale et désormais engagé dans un dialogue permanent avec la communauté tunisienne locale.
Le projet vise à relier deux régions rurales méditerranéennes unies par des économies fondées sur l’agriculture, le pastoralisme, l’artisanat et la valorisation du patrimoine local.
Fondé par sept jeunes Italiens – Angela, Anna, Claudio, Fedeliano, Mariantonietta, Michele et Rosalba – Avrusc se présente comme une expérience de «résilience territoriale» qui entremêle pratiques agricoles, création artistique, savoir-faire artisanal et développement communautaire.
La Murgia, plateau rural du sud de l’Italie, et le Semmama, massif montagneux du centre-ouest tunisien, sont décrits par les promoteurs comme des territoires «jumeaux» : des zones à faible densité de population, marquées par leur situation périphérique par rapport aux grands centres nationaux, mais dotées d’un riche capital social et culturel.
Dans les deux cas, la marginalisation géographique et économique s’accompagne de formes de solidarité communautaire et de la mise en œuvre de modèles de développement durable fondés sur les ressources locales.
Le nom Avrusc s’inspire de l’asphodèle, plante robuste originaire des terres arides de la Murgia, choisie comme symbole de renaissance et de continuité.
Selon les promoteurs, l’accueil chaleureux des habitants du Semmama a transformé une première visite en un projet de coopération à long terme, ouvrant la voie à des échanges culturels, sociaux et économiques entre les deux rives de la Méditerranée.
Cette initiative s’inscrit dans un cadre plus large de coopération italo-tunisienne en faveur du développement durable.
Dans ce contexte, le projet Semmama-Murgia revêt une importance essentiellement symbolique et territoriale, illustrant une forme de diplomatie participative qui place les communautés rurales et les savoirs locaux au cœur des préoccupations.
Pour la Tunisie, ce partenariat met en lumière une région souvent associée à la marginalisation économique et sociale.
Pour l’Italie, il représente un exemple de coopération méditerranéenne, ancrée dans la communauté, l’environnement, l’artisanat et la culture.
Le film ‘‘Round 13’’ de Mohamed Ali Nahdi poursuit une trajectoire remarquée sur la scène des festivals internationaux, confirmant la reconnaissance croissante de ses interprétations principales. La distinction la plus récente revient à Helmi Dridi, couronné du prix du meilleur acteur lors du Festival du film méditerranéen d’Annaba. Une récompense qui vient saluer une performance intense, habitée, construite dans une logique de justesse et de retenue, loin de toute démonstration excessive.
Cette consécration s’ajoute à celle obtenue par Afef Ben Mahmoud, distinguée pour la meilleure interprétation féminine au Festival international du film du Caire.
Ensemble, ces distinctions dessinent un parcours cohérent qui met en lumière la solidité du travail d’interprétation au sein du film.
Au-delà des prix individuels, ces récompenses soulignent un engagement artistique global, fondé sur une exigence de jeu, une précision dans l’incarnation des personnages et une recherche constante de vérité à l’écran. Le travail des comédiens s’inscrit dans une approche épurée, privilégiant la sincérité et la densité émotionnelle plutôt que l’effet spectaculaire.
Le choix de réunir ces deux interprètes apparaît aujourd’hui comme un pari pleinement assumé, porté notamment par le travail de direction artistique et de casting de Rahma Zoghlami, dont la contribution s’est révélée déterminante dans la construction de cette distribution.
Enfin, au-delà de la reconnaissance professionnelle, le film porte également une dimension humaine et mémorielle, inscrite dans une démarche de sens et de dédicace.
Actuellement projeté en France et en Tunisie, ‘‘Round 13’’ confirme ainsi son positionnement dans un cinéma d’exigence, attentif à l’humain et à la vérité des trajectoires.
Après l’échec américain en Iran, le monde entre dans une ère de recomposition et d’instabilité où les grandes puissances conservent la capacité de détruire, mais perdent celle d’ordonner. Il y eut un temps où la puissance était capable d’engendrer l’ordre par la seule menace de sa force. Puis vint un temps plus impérial, où elle devint architecte, bâtissant des systèmes stables sur les ruines des vaincus. Nous entrons désormais dans un troisième âge, celui des puissances du désordre, qui excellent à détruire, à sanctionner, à paralyser le monde —incapables de produire autre chose que l’incertitude et le chaos. La force demeure ; l’autorité s’est évaporée. Et dans ce vide, l’Histoire ne s’arrête pas, elle redevient imprévisible et conflictuelle.
Yahya Ould Amar *
La puissance n’est pas l’autorité. La puissance contraint ; l’autorité fait consentir. La puissance impose un comportement ; l’autorité fonde une durée. Pendant longtemps, l’Occident a confondu les deux parce que sa supériorité matérielle semblait produire naturellement de la légitimité. Cette illusion est morte. Ce qui s’effondre aujourd’hui est la croyance selon laquelle la victoire militaire peut encore se transformer en obéissance politique.
Ce n’est plus la puissance qui ordonne le chaos ; c’est le chaos qui révèle l’impuissance souveraine de la puissance. Nous assistons à l’usure intérieure de l’empire américain, plus une grande puissance dépense d’énergie pour imposer son ordre, plus cet ordre se dissout en désordre.
Le nouvel Atlas est un monde sans puissance capable de le porter sur ses épaules. Les États-Unis ne soutiennent plus l’ordre qu’ils prétendent défendre ; ils le déchirent. La Chine ne veut pas encore porter ce fardeau ; elle préfère en observer l’usure. La Russie n’a ni les moyens ni le désir de stabiliser. Le monde entre dans un âge où personne ne veut payer le prix de le gouverner.
Entre Iran et États-Unis, aucun des belligérants n’a été battu au sens classique du terme. Les guerres contemporaines ne se gagnent que rarement. L’échec est ailleurs, dans l’écart devenu béant entre la performance tactique et le résultat stratégique. Washington et ses alliés peuvent dégrader des capacités militaires, imposer des coûts ; mais ils ne peuvent ni fabriquer un ordre régional accepté, ni garantir la docilité d’un État, ni empêcher un adversaire affaibli de rendre la victoire politiquement toxique.
Ormuz ou la revanche de la vulnérabilité
L’Iran a montré qu’il pouvait imposer des coûts durables aux marchés énergétiques mondiaux par des moyens limités — drones, mines, missiles — tandis que les États-Unis se retrouvent pris dans une forme de «piège de crédibilité», soit escalader au risque d’enlisement, soit temporiser au risque d’apparaître impuissants.
En poursuivant le blocus, les Etats-Unis exercent bien plus de pression sur leur propre économie que sur l’Iran qui a prouvé qu’il pouvait endurer la douleur économique — il le fait depuis 47 ans. Alors que les familles américaines n’ont qu’environ 40 secondes de patience pour de l’essence aujourd’hui à 6 $ le gallon.
Ormuz est le symbole d’une démocratisation de la vulnérabilité. Un État moyen, sans flotte, sans armée de haute technologie, peut désormais tenir en otage l’économie planétaire avec quelques drones et un savoir-faire asymétrique.
La globalisation, qui devait être l’arme ultime des puissants, s’est retournée contre eux, elle a multiplié les points de pression que les faibles peuvent actionner. En fait, la vraie dissuasion est logistique et temporelle.
La mondialisation a multiplié les points de strangulation. Elle a rendu le monde plus intégré, donc plus exposé et moins résilient. L’ancien monde craignait l’invasion de ses frontières. Le nouveau craint l’interruption de ses flux. Ce qui fait la souveraineté aujourd’hui, ce sont les câbles, les ports, les détroits, les satellites, les semi-conducteurs, les assurances maritimes, les marchés de l’énergie. La géopolitique devient l’art d’interrompre la circulation.
La dissuasion change de camp
La première conséquence de l’impuissance souveraine des puissances sera le changement de camp de la dissuasion. La leçon à retenir est qu’il n’est pas nécessaire de vaincre les États-Unis ; il suffit de rendre leur victoire trop chère et trop longue. C’est la revanche du politique sur le militaire.
La nouveauté est que les faibles peuvent rendre la victoire des forts inutilisable. Ils n’ont pas besoin de conquérir ; il leur suffit de contaminer le sens de la victoire. Une victoire qui ruine les finances, fracture les alliances, épuise les opinions publiques et ne produit aucun ordre stable cesse d’être une victoire. Elle devient un événement militaire sans traduction historique.
États affaiblis, autonomies de fait et fédéralisations contraintes
La deuxième conséquence sera territoriale. L’impuissance souveraine des puissances ne produit pas immédiatement l’éclatement généralisé des États ; elle produit d’abord leur délitement intérieur – cas de l’Irak, la Syrie, le Liban, le Yémen ou la Lybie.
Demain, cette logique peut s’étendre. En Iran même, le scénario le plus probable n’est pas une indépendance immédiate des minorités kurdes, baloutches, arabes ou azéries. Le nationalisme iranien reste profond et ancien. Mais le durcissement du régime, la crise économique, la militarisation de la société et l’affaiblissement du centre peuvent ouvrir la voie à des autonomies de fait. L’éclatement juridique est peu probable à court terme ; la fédéralisation de facto l’est davantage.
Ce modèle de transformation en fédération pourrait devenir la forme dominante de la crise étatique au XXIe siècle. Le Pakistan, l’Irak, la Syrie résiduelle, la Libye, le Soudan, le Liban, le Yémen, certains pays africains, voire demain des États plus solides mais ethniquement ou régionalement tendus, peuvent connaître cette évolution : une capitale, un drapeau, un siège à l’Onu — et, sous cette surface, des souverainetés négociées, armées, concurrentes.
Ce seront des États spectraux, visibles dans les institutions internationales, absents dans une partie de leur propre territoire ; souverains en droit, partagés en fait ; reconnus à l’extérieur, contestés à l’intérieur. Le XXIe siècle ne verra peut-être pas seulement la multiplication des nouveaux États, mais la prolifération d’États diminués, survivant par leur façade juridique alors que leur substance politique se disperse entre milices, régions, clans, partis armés, puissances étrangères et économies parallèles.
La troisième conséquence sera la montée des autonomies sans indépendance. Car l’indépendance coûte cher. Elle suppose une reconnaissance internationale, une monnaie, des frontières défendables, des parrains extérieurs. L’autonomie, elle, peut être conquise sans proclamation. Le Kurdistan irakien l’a compris depuis longtemps. Les entités kurdes de Syrie l’ont pratiqué. Des pouvoirs locaux au Yémen, en Libye ou au Soudan le démontrent chaque jour.
Dans un monde où les grandes puissances ne peuvent plus imposer de règlements définitifs, les acteurs locaux n’attendent plus la permission de l’histoire.
Pendant longtemps, les grandes puissances se sont arrogé le monopole de l’avenir, elles décidaient quels États devaient survivre, quels régimes devaient tomber, quelles frontières devaient être intangibles, quelles révolutions étaient légitimes. Ce monopole est terminé. L’avenir se localise. Il se fabrique désormais dans des périphéries armées, des provinces oubliées, des ports secondaires, des montagnes, des déserts.
Il faut donc s’attendre à moins de traités de paix et à plus d’arrangements, moins de frontières nouvelles et plus de frontières intérieures.
L’Occident exposé, la Russie attentive, la Chine calculatrice
La quatrième conséquence sera la crise de l’alliance occidentale. L’Europe a subi les impacts économiques d’un conflit qu’elle n’avait ni initié ni souhaité, tandis que la fermeture d’Ormuz et la hausse des prix de l’énergie ravivent sa dépendance stratégique. L’Europe reste divisée sur la légalité de l’opération et la perspective d’une «coalition de volontaires» pour l’ouverture du détroit d’Ormuz.
L’autonomie stratégique européenne devient une question de survie politique. Si l’Europe suit l’Amérique, elle paie des guerres qu’elle n’a pas décidées. Si elle s’en sépare, elle découvre l’insuffisance de ses moyens militaires. Si elle tergiverse, elle devient un théâtre secondaire où les autres puissances testent leurs rapports de force. L’impuissance souveraine américaine ne libère pas automatiquement l’Europe ; elle l’expose.
L’Europe découvre ainsi sa propre contradiction. Elle a voulu être une puissance normative, elle a cru que le droit pouvait remplacer la force, que le commerce pouvait désarmer la géographie, que l’interdépendance pouvait abolir les tragédies. L’Europe n’est pas faible parce qu’elle manque seulement d’armes. Elle est faible parce qu’elle peine encore à penser politiquement l’usage de la force.
La cinquième conséquence concerne la Russie et la Chine. Moscou n’a pas besoin que l’Iran triomphe ; il lui suffit que les États-Unis s’usent. La Russie cherche à exploiter le chaos, à pousser Washington à disperser ses ressources et à observer les méthodes militaires américaines pour en tirer des leçons. La guerre d’Iran devient ainsi une annexe indirecte de la guerre d’Ukraine, dans la mesure où elle disperse l’attention, les ressources et la volonté stratégique de l’Occident.
Quant à la Chine, elle ne souhaite pas l’effondrement complet des pays du Golfe, dont elle dépend économiquement, mais elle étudie la fatigue américaine, la réaction des alliés, la vulnérabilité énergétique de Taïwan, le comportement des marchés et la solidité des bases américaines. Pékin peut tirer des bénéfices de court terme de la diversion américaine, tout en redoutant les conséquences économiques d’une crise prolongée au Moyen-Orient.
La Chine pratique une stratégie de la patience prédatrice. Elle n’a pas besoin de provoquer chaque crise ; il lui suffit d’apprendre de celles que l’Amérique s’inflige ou ne parvient plus à résoudre. Là où Washington consume de la crédibilité, Pékin accumule des observations dans la durée. La puissance chinoise se mesure à ce qu’elle laisse les autres s’auto-affaiblir eux-mêmes.
C’est là toute la nouveauté, les rivaux des États-Unis, au lieu de les affronter, préfèrent les regarder échouer dans des guerres qu’ils ont encore les moyens de commencer, mais plus toujours les moyens de conclure.
Le siècle des guerres ingagnables
La sixième conséquence sera intérieure. Les guerres modernes se perdent dans les stations-service, les supermarchés, les sondages, les parlements – pas seulement sur le champ de bataille. Les conséquences économiques, politiques et géopolitiques de la guerre d’Iran pourraient durer plusieurs années, notamment par le choc énergétique, l’inflation et leurs effets électoraux dans les démocraties.
L’impuissance souveraine des puissances est aussi démocratique. Les opinions publiques occidentales ne croient plus aux guerres pour défendre un quelconque droit des peuples. Elles rejettent l’engagement long, coûteux, ambigu. Or les adversaires l’ont compris. Ils ne visent plus seulement les bases militaires ; ils visent le consentement social. Ils frappent l’énergie, les chaînes logistiques, les infrastructures, l’attention médiatique.
Les régimes autoritaires ont compris que la faiblesse des démocraties est leur vulnérabilité au temps. Une démocratie supporte mal les coûts diffus, prolongés. Ses citoyens demandent une justification, ses marchés exigent une visibilité, ses élections imposent une échéance, ses médias transforment la durée en usure. Les adversaires des démocraties cherchent plus à survivre jusqu’à ce que la patience démocratique se défasse.
Que faut-il donc attendre ? Trois scénarios se dessinent.
Le premier est celui de la restauration autoritaire des États fragiles. Face au désordre, des pouvoirs centraux durcis — en Iran, en Égypte, en Turquie, dans le Golfe, au Sahel — peuvent renforcer leur appareil sécuritaire et neutraliser toute revendication autonomiste. Ce scénario ne produit pas la paix et repousse les fractures sans les résoudre.
Le deuxième est celui de la fédéralisation contrainte. Des États officiellement unitaires pourraient être forcés d’accepter des autonomies pour survivre avec un partage des revenus, un contrôle local de la sécurité, une reconnaissance communautaire, des administrations parallèles. Ce scénario est le plus réaliste dans plusieurs pays fragmentés. Il évite l’éclatement, mais institutionnalise la faiblesse.
Le troisième est celui de la sécession par effondrement. Il reste moins probable, mais plus dangereux. Il suppose la combinaison de trois facteurs : faillite économique du centre, militarisation des périphéries, parrainage extérieur. Là où ces trois conditions se réuniront, des indépendances pourront émerger — comme sous-produit d’une incapacité générale à gouverner au sens large.
Le paradoxe est que les grandes puissances redoutent l’éclatement des États tout en l’alimentant par leurs propres impasses. Elles sanctionnent, bombardent, financent des alliés locaux, puis appellent à l’intégrité territoriale. Elles dénoncent les milices après avoir sous-traité la sécurité. Elles invoquent l’ordre international quand elles ne peuvent plus le faire respecter.
L’échec américain en Iran n’annonce donc pas simplement le déclin des États-Unis. Ce serait une lecture trop courte. Il révèle que la force demeure, mais elle ne fonde plus l’autorité.
Notre monde sera polycentrique, transactionnel, travaillé par des souverainetés incomplètes et des conflits sans conclusion.
Car la grande inversion est accomplie, les puissants n’écrivent plus l’Histoire, ce sont ceux qui ont compris que la seule force réelle est la résilience existentielle. Les arsenaux grossissent, les empires s’essoufflent, et l’Histoire de mépris et d’humiliation, ironique, se met à sourire à ceux qui n’ont jamais cru qu’elle avait une fin.
C’est peut-être là la vraie leçon iranienne, la puissance ne sait plus produire la paix. Or, lorsque la force ne parvient plus à engendrer l’ordre, l’histoire cesse d’obéir à ceux qui frappent le plus fort ; elle se déplace vers ceux qui savent durer dans le désordre.
Le ministère des Affaires étrangères célèbre, le 3 mai 2026, le 70e anniversaire de sa réhabilitation au lendemain de l’indépendance de la Tunisie, le 20 mars 1956. Les Tunisiens lui sont gré de ses contributions importantes, souvent méconnues, dans l’essor du pays. Ses diplomates ont toujours représenté dignement le pays à l’étranger.
Raouf Chatty *
Ce département occupe une place centrale au sein de l’appareil de l’Etat. Il assume, sous l’autorité du Président de la République, la responsabilité de la mise en œuvre de la politique internationale du pays.
Favorisée par son emplacement au cœur de la Méditerranée, la Tunisie s’est toujours construite à travers son histoire depuis l’antiquité dans les brassages humains et les échanges culturels et a toujours été ouverte sur l’extérieur.
Notre diplomatie a toujours poursuivi les objectifs suivants, souvent rappelés par le Président de la République : la défense de la souveraineté nationale et la consolidation de son invulnérabilité, la défense de la légalité internationale, de la paix dans le monde et des causes justes, le rejet de toute ingérence dans les affaires intérieures des États, le renforcement des capacités du pays et de sa sécurité globale, l’accompagnement intelligent de la communauté tunisienne à l’étranger et la contribution à la stabilité régionale.
La fidélité à ces objectifs a valu à la Tunisie le respect de la communauté internationale. Elle a toujours été perçue de l’extérieur à raison comme un pôle de stabilité dans son environnement géopolitique souvent mouvementé.
L’obligation de s’adapter
Secteur fondamental dans la vie et la pérennité de l’État, pilier majeur dans l’œuvre de développement, notre diplomatie, tout en conservant ses constantes, a besoin aujourd’hui de s’auto-auditer pour lire lucidement ses forces et ses faiblesses, mesurer ses réalisations, identifier de manière claire ses choix, fixer ses priorités et réajuster le tir compte tenu des contraintes qui pèsent sur elle et de l’environnement régional et international très mouvementé dans lequel elle évolue.
Sa mission et sa responsabilité sont d’autant plus grandes que le pays évolue aujourd’hui dans un environnement intérieur complexe et dans un contexte international tendue et exigeant caractérisé par une grande confusion et où chaque pays cherche sa voie et revoit ses alliances pour se positionner sur le nouvel échiquier politique mondial de manière à pouvoir défendre au mieux ses intérêts dans un monde très compétitif.
Face à un monde en cours de recomposition, impulsée par l’extraordinaire révolution scientifique et technologique en cours, l’impitoyable compétition entre les grandes puissances, l’augmentation des angoisses, la multiplication des tensions, des guerres et des contraintes, la multiplication des défis en tous genres, le bouleversement de tous les repères et la naissance difficile de nouveaux paramètres, il pèse sur notre diplomatie l’obligation de s’adapter.
Il lui faudra donc lire de façon approfondie et lucide les nouvelles tendances, affiner ses moyens, mieux identifier ses espaces géopolitiques d’appartenance et mieux cibler et coordonner ses actions.
Des dossiers majeurs méritent d’être réexaminés de manière objective et approfondie : ceux relatifs à la sécurité des frontières, à l’entrée des migrants illégaux, subsahariens et autres, aux relations avec les pays voisins, à la place et au statut des colonies tunisiennes à l’étranger, à la migration des compétences nationales, aux rapports avec nos partenaires traditionnels, notamment les Etats-Unis et l’Europe (le sort de l’Aleca, dossier relégué aux oubliettes), aux difficultés rencontrées par les Tunisiens dans l’obtention des visas, aux relations avec nos partenaires arabes et africains, à la Chine, ainsi qu’avec les institutions financières internationales… Autant de dossiers stratégiques sur lesquels le ministère des Affaires étrangères doit dire son mot.
Redéfinir les priorités
Sur tous ces dossiers, la diplomatie tunisienne doit s’affranchir de la routine du quotidien, redessiner une vision globale, redéfinir ses priorités, engager nos missions diplomatiques et consulaires à faire preuve d’imagination, à mieux rentabiliser nos relations avec les pays d’accréditation, actionner davantage les leviers de la diplomatie économique et culturelle, drainer davantage de projets de développement…
Le ministère des Affaires étrangères, fort de ses nombreuses compétences, pourra s’acquitter brillamment de toutes ces missions.
L’Académie diplomatique, en coopération avec l’Institut tunisien des études stratégiques (Ites), pourra apporter sa contribution à l’étude de tous ces dossiers…
Il faudra également penser à réhabiliter le rôle du ministère des Affaires étrangères en tant qu’autorité responsable de la coordination de l’activité de tous les intervenants officiels en relation avec l’étranger notamment dans les dossiers stratégiques et engager tous les autres intervenants à respecter cette règle.
Tous les ministères des Affaires étrangères dans les grands pays travaillent de la sorte. Cela évitera les doubles emplois et les mauvaises surprises et fera gagner à notre pays du temps et de l’argent tout en renforçant sa crédibilité sur le plan international.
Dans un discours prononcé le 1er mai 2026, à l’occasion de la Journée internationale des travailleurs, le secrétaire général de l’Union générale tunisienne du travail (UGTT), Slaheddine Selmi, a affirmé que cette date coïncidait avec le début d’un nouveau mandat, qui a débuté à la suite du 26e Congrès de la centrale syndicale, tenu fin mars à Monastir.Il a également souligné l’importance de renforcer l’indépendance financière du syndicat afin d’assurer la continuité de ses activités et le versement des salaires de ses employés, en toute indépendance administrative et financière.
Latif Belhedi
M. Selmi a remercié les délégués du Congrès pour la confiance qu’ils lui ont témoignée, estimant que l’élection d’une nouvelle direction renforce la tradition de rotation au sein de l’UGTT et redonne espoir en l’avenir de l’action syndicale dans le pays.
Tout en exprimant l’espoir que la Fête des travailleurs de cette année marque le début d’une nouvelle ère, caractérisée par la solidarité et la réconciliation entre les différentes composantes de l’UGTT, ainsi qu’entre les différentes générations de membres, les structures organisationnelles et les militants de base, M. Selmi a appelé à dépasser les différends passés et à tourner la page des rivalités étriquées et des exclusions.
Cette réconciliation, recommandée par le dernier congrès, devait être globale et inclusive, englobant tous ceux qui adhèrent aux principes et aux valeurs fondamentales du syndicat, a indiqué le SG de l’UGTT, tout en soulignant son engagement à mettre en œuvre au plus vite cette réconciliation.
Le syndicat n’a jamais cherché à conquérir le pouvoir, qui demeure du ressort des partis et des acteurs politiques, a assuré M. Selmi, en réponse à aux critiques souvent lancées par les adversaires de l’organisation, lui reprochant de trop s’immiscer dans les affaires politiques du pays. Il a cependant souligné le rôle de l’UGTT en tant que partenaire social, tel que garanti par la Constitution et la loi, et rejeté les tentatives visant à restreindre ce rôle ou à empêcher l’organisation de défendre les intérêts des travailleurs.
M. Selmi a également insisté sur le fait que le syndicat continuera d’exprimer son point de vue sur les différentes politiques ayant un impact économique et social, d’une manière qui serve les intérêts de ses membres en particulier et réponde aux aspirations du grand public en général.
Concernant la volonté de renouer le dialogue rompu avec les autorités, M. Selmi a nié que les appels en ce sens soient liés à une tentative de rétablir le système de retenue sur les salaires des travailleurs pour payer les cotisations syndicales, en vigueur depuis des décennies et auquel l’Etat a récemment mis en fin, tout en exhortant les instances de l’organisation à compter davantage sur leurs propres ressources pour gérer leurs affaires, grâce notamment à la collecte des cotisations et au développement des ressources.
Le SG de l’UGTT a également souligné l’importance de renforcer l’indépendance financière du syndicat afin d’assurer la continuité de ses activités et le versement des salaires de ses employés, en toute indépendance administrative et financière.
Alors que le marché mondial des hydrocarbures bascule dans une ère d’incertitudes majeures et que l’approvisionnement extérieur de la Tunisie, qui doit importer plus de la moitié de ses besoins énergétiques, commence à prendre l’allure d’une hypothèque sur sa souveraineté nationale, il est temps pour les Tunisiens de briser les chaînes de leur asservissement en faisant preuve de patriotisme financier. (Photo : Centrale solaire photovoltaïque de Metbasta, Kairouan).
Elyes Kasri *
La Tunisie traverse une heure de vérité. Son indépendance, acquise au prix de sacrifices historiques, fait face aujourd’hui à une menace silencieuse mais implacable : la dépendance énergétique avec ses facettes économique, politique et diplomatique.
Les récents accords avec des investisseurs étrangers soulignent douloureusement l’incapacité de la Tunisie de mobiliser les ressources nécessaires pour assurer sa souveraineté énergétique et la pleine exploitation de son soleil sans avoir à dépendre d’investisseurs étrangers selon des modalités sujettes à polémique, à tort ou à raison.
Alors que le marché mondial des hydrocarbures bascule dans une ère d’incertitudes majeures et que notre approvisionnement extérieur commence à prendre à prendre l’allure d’une hypothèque sur la souveraineté nationale, la Tunisie ne peut plus se permettre d’être la spectatrice passive de son asservissement.
Il est temps de briser les chaînes en mobilisant la ressource la plus précieuse de notre pays : le patriotisme financier des Tunisiens.
L’hypothèque de la dépendance
Aujourd’hui, l’électricité qui éclaire nos foyers et fait tourner nos usines dépend en grande partie d’un gaz que nous ne maîtrisons pas.
Cette vulnérabilité n’est pas seulement un fardeau budgétaire ou un gouffre pour nos réserves de devises ; elle est une érosion de notre dignité, notre souveraineté et notre droit de choisir notre gouvernance et nos partenaires.
Il faut avoir le courage de nommer la réalité : notre dépendance massive nous place dans un tête-à-tête asymétrique et inconfortable avec nos fournisseurs.
L’énergie tend à devenir un levier de «domestication» politique. Dépendre du gaz d’autrui, c’est accepter que notre souveraineté s’arrête là où commence le robinet du voisin.
Un acte de libération nationale
Face à l’essoufflement du financement public et du coût prohibitif des crédits bancaires, il serait judicieux d’envisager la création du Plan d’épargne pour la souveraineté énergétique (Pese).
Contrairement aux outils classiques de placement, le Pese n’est pas une spéculation, c’est une construction. Il propose de transformer l’épargne des citoyens résidents, des entreprises et de notre diaspora (TRE) en un bouclier contre la dépendance.
L’idée est simple : substituer le gaz importé par le soleil tunisien. Chaque dinar investi dans le Pese est un millimètre de liberté regagné. Chaque panneau solaire installé sur notre sol est un maillon brisé de la chaîne de notre subordination.
Le Pese répond à l’épuisement des capacités de financement de l’État et des entreprises :
– Défense du Dinar : en produisant notre énergie, nous cessons de brûler nos réserves de devises. Le Pese est une machine à stabiliser notre monnaie.
– Énergie contre inflation : contrairement au Pea (Plan d’épargne actions), tourné vers la spéculation boursière, le Pese investit dans le réel. Il offre un rendement indexé sur l’efficacité énergétique, protégeant l’épargnant contre la hausse inéluctable du coût de la vie.
– Survie industrielle : face aux futures taxes carbones européennes, le Pese garantit à nos entreprises une énergie propre, condition de leur survie à l’export.
Mécanismes et incitations
Pour mobiliser l’épargne des résidents, des entreprises et de la diaspora (TRE), le Pese pourrait proposer des avantages inédits :
– Le bouclier fiscal total : déduction d’impôt (IRPP/IS) allant jusqu’à 100% des sommes investies. L’État préfère voir l’impôt financer nos centrales solaires plutôt que le gouffre de la dette.
– La garantie diaspora ou bonus TRE : souscription en devises avec garantie de rapatriement au cours initial pour protéger nos concitoyens contre le risque de change.
– Le dividende énergétique : possibilité de lier l’investissement à des tarifs préférentiels sur la facture Steg personnelle.
Gouvernance et transparence
Pour garantir que chaque dinar sert exclusivement à l’autonomie énergétique :
– Conseil de gouvernance citoyen : composé d’experts indépendants, à l’abri de toute instrumentalisation bureaucratique ou politicienne, pour superviser l’allocation des fonds.
– Traçabilité numérique : une plateforme Open Data permettant de suivre en temps réel les projets financés et le «Compteur de Souveraineté» (gaz économisé).
– Sanctuarisation légale : une loi de programmation érigeant les actifs du Pese en Patrimoine national intouchable, juridiquement séparé du budget de l’État.
Le contrat de fierté
Le Pese est la réponse tunisienne aux crises du siècle. Il propose de passer d’une économie de soumission à une économie de production.
La souveraineté de la Tunisie commence là où finit sa dépendance au gaz et au bon vouloir d’autrui.
Le Pese est la réponse d’un peuple qui refuse la fatalité et le chantage énergétique.
En unissant leurs forces financières, les Tunisiens ne feront pas qu’installer des mégawatts : ils rachètent, pièce par pièce, panneau par panneau, leur droit de choisir leur destin.
Le soleil tunisien est une mine d’or à ciel ouvert. Il est temps de lui donner les moyens d’éclairer la voie de la souveraineté du progrès et de l’invulnérabilité de la Tunisie et de tous les tunisiens sans exception.
Le ministre de la Défense, Khaled Sehili, a rencontré, mercredi 29 avril 2026, au siège de son ministère à Tunis, le chef d’état-major de la Marine italienne, l’amiral Giuseppe Berutti Bergotto, chargé des missions spéciales, lors d’une réunion consacrée au renforcement de la coopération navale italo-tunisienne et à la sécurité en Méditerranée centrale, en présence de l’ambassadeur d’Italie à Tunis et du chef d’état-major de la Marine tunisienne.
Selon un communiqué du ministère de la Défense, M. Sehili a souligné la solidité des relations historiques entre les deux pays et le niveau de coordination entre leurs marines respectives, insistant notamment sur l’échange d’expertise, la formation de plongeurs, les activités sous-marines et l’hydrographie, éléments essentiels à la sécurité de la navigation.
Parmi les domaines évoqués figurent les échanges d’officiers observateurs lors des exercices navals organisés conjointement.
M. Sehili s’est félicité du bon déroulement des travaux de la Commission militaire mixte italo-tunisienne et des résultats de sa 27e session, organisée par la Tunisie en mars dernier. Il a exprimé l’espoir que la coopération puisse évoluer vers un «partenariat stratégique» fondé sur la confiance, le respect mutuel et une vision partagée de la sécurité régionale.
La réunion a également mis en lumière la contribution de l’Italie à plusieurs projets intégrés dans les zones désertiques et le sud de la Tunisie, notamment les expériences de Rjim Maatoug et d’El Mahdeth, dans le gouvernorat de Kebili, ainsi que le soutien logistique apporté à l’Institut de formation professionnelle de plongée de Zarzis.
M. Sehili a décrit la Tunisie comme un acteur clé de la sécurité et de la stabilité dans la région, citant la criminalité organisée transfrontalière, la sécurité énergétique, les opérations de recherche et de sauvetage, les migrations irrégulières et la traite des êtres humains parmi les défis communs. M. Berutti Bergotto a réaffirmé, de son côté, la volonté de Rome de poursuivre le développement de la coopération bilatérale, afin de renforcer les capacités opérationnelles des deux marines et de contribuer à la stabilité en Méditerranée.
Cette visite coïncide avec la présence, au port de La Goulette à Tunis, de la frégate Federico Martinengo, une unité FREMM de la Marine italienne. La Martinengo est le septième navire FREMM italien et le troisième en configuration polyvalente.
Selon la fiche technique officielle de la Marine italienne, elle a été lancée en 2017 et possède des capacités antiaériennes, antinavires et multirôles, avec la possibilité d’embarquer des hélicoptères Sh90, NH90 ou EH101.
L’Italie est l’invitée d’honneur de la sixième édition du Festival international de théâtre du Sahara, qui se tient du 29 avril au 3 mai 2026 à El Golaa, dans la région de Douz Nord, dans le gouvernorat tunisien de Kebili, avec une prolongation le 5 mai à l’Opéra de Tunis.
Cet événement, organisé en partenariat avec l’Institut culturel italien de Tunis, est consacrée cette année à l’anthropologie théâtrale et vise à créer un espace de dialogue artistique au cœur du Sahara.
Parmi les protagonistes figurent Eugenio Barba, fondateur de l’Odin Teatret et figure majeure du théâtre contemporain, et Julia Varley, comédienne, metteuse en scène et écrivaine associée à cette compagnie historique. Un hommage leur sera rendu et ils animeront un atelier intensif les 2 et 3 mai à l’Espace culturel du Sahara. Le 5 mai, Barba, Varley et le professeur Jean-Marie Pradier animeront une masterclass à l’Opéra de Tunis.
Le festival, qui a été créé dans le but de réduire l’isolement culturel des régions de Nefzaoua en proposant des spectacles nationaux et internationaux, des camps de jeunes, des ateliers de formation et une exposition de produits artisanaux et transformés du Maghreb, confirme ainsi sa vocation d’atelier itinérant, capable de porter le théâtre au-delà de ses lieux de représentation traditionnels.
La présence italienne se caractérisera également par une forte dimension performative. La compagnie Oplas, Centre régional de danse d’Ombrie, participe au projet Co-CreART Boarding Pass Plus, qui comprend des ateliers de danse contemporaine, une résidence artistique et une performance liée au ‘‘Sacre du Printemps’’. Ce projet aboutira à une production finale prévue en Italie en 2027.
Les activités tunisiennes sont notamment menées par Luca Bruni, Mario Ferrari et Luana Rossetti. Outre la dimension performative, l’édition 2026 renforce le festival en tant que plateforme éducative et scientifique.
Daniela Giordano assurera la programmation des activités performatives destinées aux professionnels et aux acteurs des secteurs de l’éducation, de la culture et du social, tandis que Pradier se chargera du travail théorique et de la formation.
La documentation photographique confiée à Annalisa Gonnella permettra de transformer l’expérience théâtrale dans le désert en un souvenir visuel de l’événement.
Pour les organisateurs, le choix d’El Golaa comme lieu d’accueil renforce l’identité de l’événement : dunes, oasis et grands espaces forment un décor naturel, tandis que la communauté locale s’intègre pleinement à la programmation culturelle du festival.
L’événement est décrit comme une plateforme d’échange entre les peuples et les pratiques artistiques, avec l’Italie au cœur d’une programmation mettant en vedette des artistes de renommée internationale.
Le Festival international de théâtre du Sahara se présente ainsi non seulement comme un événement artistique, mais aussi comme une initiative de diplomatie culturelle entre l’Italie et la Tunisie.
Les Émirats arabes unis ont annoncé mardi 27 avril 2026 qu’ils vont se retirer de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) menée par l’Arabie saoudite ainsi que l’alliance Opep+ comptant aussi la Russie et ce, à partir du 1er mai 2026. Il ne faut pas être grand clerc pour comprendre que ce retrait des Émirats, membre depuis 1967 de l’organisation siégeant à Vienne et fondée en 1960, vise à affaiblir cette institution et par ricochet l’Arabie saoudite qui la domine. Un énième épisode dans la grande rivalité qui oppose Riyad et Abou Dhabi.
Imed Bahri
Selon une enquête de Bloomberg, la détérioration croissante des relations entre les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite est au cœur de la décision surprise d’Abou Dhabi de se retirer de l’Opep.
La rivalité entre les deux pays s’est intensifiée au fil des années mais les répercussions de la guerre américano-israélienne contre l’Iran ont offert l’opportunité de l’annonce de mardi 28 avril 2026, selon plusieurs sources proches du dossier. L’une d’elles a comparé la situation à celle d’un «petit frère» qui ne souhaite plus être sous la coupe du «grand frère».
Outre son retrait de l’Opep, les Émirats reconsidèrent leur adhésion à deux organisations régionales où l’Arabie saoudite exerce une influence considérable.
Bien qu’aucune décision définitive n’ait été prise, Abou Dhabi pourrait geler son siège au sein de la Ligue arabe, basée au Caire, et prendre une mesure similaire vis-à-vis de l’Organisation de la coopération islamique (OCI), basée à Djeddah.
Les Émirats réexaminent également l’avenir de leur participation de longue date au Conseil de coopération du Golfe (CCG), composé de six membres. Abou Dhabi a réaffirmé, mercredi 29 avril, son engagement envers le CCG malgré les propos tenus en début de semaine par Anwar Gargash, conseiller diplomatique du président des Émirats, le cheikh Mohammed Ben Zayed dit MBZ, selon lesquels l’organisation traverse «la période la plus fragile de son histoire».
Un responsable émirati a déclaré mercredi que les Émirats réévaluent leur rôle et leurs contributions aux organisations multilatérales mais n’envisagent pas actuellement de s’en retirer.
Aucune de ces trois organisations ne dispose d’une influence réelle significative mais un retrait soulignerait la frustration des Émirats à l’égard des autres États arabes, en particulier l’Arabie saoudite, face à ce qu’ils perçoivent comme un manque de solidarité face aux défis militaires et économiques régionaux depuis le début de la guerre d’Israël contre Gaza en 2023.
Les Émirats ont présenté leur retrait de l’Opep comme une décision économique liée à leurs besoins futurs en matière de production. La compagnie pétrolière émiratie est capable de produire bien plus que son quota actuel ne le permet et ne souhaite plus solliciter l’autorisation de l’Arabie saoudite pour approcher sa capacité maximale, selon une source proche d’Abou Dhabi.
De plus, les perturbations de l’approvisionnement mondial résultant de la fermeture du détroit d’Ormuz laissent penser que les prix ne devraient pas baisser dans l’immédiat.
Les Émiratis estiment également que la demande de pétrole commencera à décliner plus rapidement que prévu par les Saoudiens en raison de la transition énergétique et souhaitent donc liquider rapidement leurs réserves.
Cette décision constitue néanmoins la preuve la plus claire à ce jour que les Émirats n’hésitent plus à afficher leurs ambitions ni à nouer leurs propres alliances politiques et sécuritaires, même si celles-ci entrent en conflit avec les intérêts de l’Arabie saoudite, première économie arabe, qui se considère comme le leader du monde musulman.
«Nous construisons un modèle économique différent, ce qui exige un nouvel alignement politique et une restructuration», a déclaré le Libanais Nadim Koteich, conseiller politique et médiatique auprès de plusieurs entités gouvernementales émiraties et ancien directeur général de la chaîne basée à Abou Dhabi Sky News Arabiya. Il était précédemment proche des Saoudiens et avait travaillé pour leur chaîne Al Arabiya.
La décision de MBZ intervient après des années de tensions entre lui et le prince héritier saoudien Mohammed Ben Salmane dit MBS.
Ces deux pays, alliés clés des États-Unis et disposant de fonds souverains dépassant 1000 milliards de dollars se sont opposés politiquement sur de nombreux dossiers, de la Libye au Yémen en passant par le Soudan où ils soutiennent des camps opposés.
Riyad accuse généralement Abou Dhabi de soutenir des groupes séparatistes, tandis que les Émirats s’inquiètent du soutien apporté par l’Arabie saoudite à certains mouvements qu’ils considèrent comme islamistes.
La concurrence économique entre les deux pays s’intensifie également, l’Arabie saoudite cherchant à faire de Riyad une place financière capable de rivaliser avec Dubaï.
Des alliances opposées
Malgré ces tensions, les Émirats et l’Arabie devraient maintenir leurs relations commerciales avec des dizaines de milliards de dollars de marchandises transitant chaque année par leur frontière commune.
Un responsable émirati a déclaré qu’une réunion d’urgence non programmée du CCG à Djeddah, tenue presque simultanément à l’annonce de l’Opep et en présence du ministre des Affaires étrangères des Émirats, constituait un pas dans la bonne direction, sans fournir davantage de précisions.
La décision d’Abou Dhabi de quitter l’Opep devrait contribuer à consolider deux alliances régionales émergentes. La première est menée par l’Arabie saoudite et comprend l’Égypte, le Pakistan et la Turquie. La seconde regroupe les Émirats, Israël et l’Inde.
Du point de vue indien, le départ des Émirats de l’Opep s’apparente davantage à une rébellion politique qu’à une décision économique et pourrait fragiliser l’unité arabe, selon des responsables à New Delhi.
«Les Émirats ne souhaitent pas suivre un système dirigé par l’Arabie saoudite ou la Turquie», a déclaré Dania Zafer, directrice exécutive du Gulf International Forum à Washington qui ajoute : «Les Émirats se perçoivent comme une puissance moyenne et un contrepoids aux autres».
D’après des sources bien informées, les Émirats ont commencé à planifier sérieusement leur retrait de l’Opep vers novembre dernier mais ce sont des désaccords sur la meilleure façon de répondre aux attaques de missiles iraniens en cas de guerre contre les États-Unis et Israël qui ont finalement déclenché cette décision.
Les Émirats ont envisagé de participer à des attaques contre l’Iran et ont fait pression sur l’Onu pour obtenir son approbation afin de rouvrir de force le détroit d’Ormuz, une initiative à laquelle l’Arabie saoudite n’a pas adhéré.
À l’inverse, Riyad a soutenu activement les négociations diplomatiques et les efforts de médiation en coulisses pour résoudre le conflit.
Selon certaines sources, le renforcement de la coopération militaire et de renseignement entre les Émirats et Israël a exacerbé les tensions.
De nombreux États arabes perçoivent Israël comme une force expansionniste et déstabilisatrice au Moyen-Orient et le tiennent pour responsable d’avoir poussé les États-Unis à la guerre contre l’Iran.
«Il existe des divisions au sein du Golfe. Les Émirats ne bénéficient pas du soutien unanime des autres pays pour faire face à l’Iran», a déclaré Hasan Alhasan, chercheur spécialiste du Moyen-Orient à l’Institut international d’études stratégiques.
Les Émirats n’ont pas rejoint le conflit, actuellement soumis à un cessez-le-feu fragile, malgré les dégâts causés par les attaques iraniennes aux infrastructures énergétiques d’Abou Dhabi et à son statut de destination touristique et d’investissement privilégiée.
L’Iran a lancé davantage de missiles et de drones sur les Émirats que sur tout autre État du Golfe, alimentant ainsi la colère d’Abou Dhabi.
Lors d’une discussion ce mois-ci avec des responsables européens, MBZ a exprimé son mécontentement face à la réponse collective des pays voisins aux attaques iraniennes, selon des sources bien informées. Il a pointé du doigt les divisions au sein du CCG, le qualifiant de dysfonctionnel, selon certaines sources, ajoutant qu’il renforcerait la coopération avec les États-Unis et Israël.
Le moment opportun
Gargash, conseiller de MBZ, a déclaré que l’échec de la stratégie d’endiguement de l’Iran par le Golfe avant le début de l’offensive américano-israélienne démontrait que des organisations comme le CCG n’étaient plus adaptées à leur mission.
Il a ajouté que le Conseil, qui regroupe les Émirats, l’Arabie, Oman, le Qatar, Bahreïn et le Koweït, «se trouve au plus bas de son histoire, compte tenu de la nature de l’attaque et de la menace qu’elle représente pour tous».
La décision de quitter l’Opep témoigne de la réussite des Émirats dans la diversification de leur économie, désormais moins dépendante du pétrole. Le pays dégage des excédents budgétaires, ce qui lui permet de résister à la baisse des prix.
Le gouvernement saoudien, quant à lui, a enregistré un déficit en 2023 et devrait le rester pendant plusieurs années, à moins que la fermeture prolongée du détroit d’Ormuz ne fasse encore grimper les prix.
Koteich a déclaré que les motifs économiques d’une sortie de l’Opep étaient réunis et que les Émirats attendaient simplement «le bon moment politique».
La guerre en Iran et la grave perturbation des approvisionnements énergétiques mondiaux causée par la fermeture du détroit d’Ormuz, qui a fait grimper les prix du pétrole au-dessus de 100 dollars le baril, ont servi de catalyseur.
«Cela n’aura pas d’impact majeur sur le marché car le marché souffre déjà d’une pénurie d’approvisionnement», a déclaré le ministre de l’Énergie des Émirats Suhail Al-Mazroui lors d’une interview concernant la décision de quitter l’Opep.
La Palestine : une question de droit, mais aussi un test moral pour la conscience internationale. Tel était le thème central de la rencontre, le 29 avril 2026, avec Francesca Albanese au 40e Salon international du livre de Tunis, au parc des expositions de Kram.
La juriste italienne, Rapporteuse spéciale des Nations Unies sur les droits de l’homme dans les territoires palestiniens occupés depuis 1967, y a présenté son nouvel ouvrage, ‘‘Quand le monde dort Récits, voix et blessures de la Palestine’’, publié en Tunisie aux éditions Cérès.
Depuis Tunis, Mme Albanese a déclaré qu’«être aux côtés de la Palestine» signifie défendre «l’humanité commune» et, dans un passage encore plus clair de son discours, qu’«il n’y a pas de neutralité face au génocide».
Dans ce livre, écrit en partie en Tunisie, où Albanese a déclaré avoir vécu à plusieurs reprises, l’auteure recueille les voix et les témoignages de femmes, d’hommes et d’enfants palestiniens marqués par la guerre, l’exil et la perte. C’est un récit choral où les mots deviennent des «actes de résistance».
La présence d’Albanese s’inscrit dans le cadre d’une foire qui, cette année, a accordé une large place à la Palestine, non seulement à travers le débat politique et culturel sur Gaza, mais aussi grâce au catalogue éditorial, aux traductions et à la participation d’auteurs arabes et internationaux.
Parmi les autres invités de la 40e édition figuraient également le poète et romancier palestinien Ibrahim Nasrallah, le romancier algérien Saïd Khatibi et l’écrivaine égyptienne Reem Bassiouney.
Le débat sur le financement de l’économie tunisienne — trop longtemps réduit à une simple question de liquidité — occulte une vérité dérangeante : la contrainte n’est pas tant la rareté des ressources que leur éviction systématique du secteur productif.
Abdelwaheb Ben Moussa *
Alors que la Tunisie amorce son Plan de développement 2026-2030, une question brutale doit être posée : notre système financier est-il encore au service de la croissance, ou est-il devenu le simple poumon artificiel d’un budget public en déficit chronique ?
L’analyse classique déplore souvent le manque de moyens. C’est un faux-semblant. Le véritable enjeu réside dans la capture des ressources disponibles. Ces dernières années, une part massive de la liquidité bancaire a été aspirée par le financement de l’État.
Le constat est sans appel : chaque dinar mobilisé pour éponger le déficit du Trésor est un dinar «enlevé» à l’innovation, à l’expansion des PME et aux projets industriels.
Cette réallocation passive de l’épargne nationale vers des usages non productifs constitue le premier verrou à faire sauter. On ne construit pas l’économie de demain avec des circuits financiers conçus pour financer les urgences d’hier.
Un système bancaire prisonnier de l’immédiat
Le système bancaire tunisien reste aujourd’hui enfermé dans une logique de court terme. L’essentiel des financements est orienté vers la gestion de trésorerie, les opérations commerciales courantes ou l’immobilier patrimonial.
En revanche, le financement de long terme — celui qui prend des risques, qui accompagne la transition énergétique et la montée en gamme technologique — reste le parent pauvre. Or, sans horizon étendu, il n’y a pas de transformation structurelle possible.
Les banques publiques, en particulier, se retrouvent dans une position hybride intenable : soumises aux exigences de rentabilité du marché tout en étant mobilisées comme le bras armé, souvent passif, des politiques publiques, sans spécialisation claire.
L’urgence d’une rupture institutionnelle
L’heure n’est plus aux ajustements à la marge. Pour briser ce cycle, la Tunisie doit s’inspirer des réussites internationales. En Allemagne, la KfW joue un rôle moteur depuis 1948 dans le financement de long terme. En France, Bpifrance a su créer un guichet unique mêlant financement, garantie et accompagnement.
La création d’une Institution de financement du développement (IFD) en Tunisie n’est plus une option, c’est un impératif stratégique. Son rôle ne serait pas de se substituer aux banques commerciales, mais d’agir comme un catalyseur capable d’orienter les flux vers les priorités du Plan 2026-2030. Trois piliers doivent porter cette institution :
– une gouvernance indépendante et rigoureuse pour garantir l’efficacité des choix ;
– une capacité de mobilisation de l’épargne nationale via des produits dédiés et souverains ;
– un mécanisme de co-financement avec le secteur privé pour diluer le risque et amplifier l’impact.
Le choix de la souveraineté
Réformer le financement du développement est, au fond, un acte de souveraineté économique. Le Plan 2026-2030 ne sera qu’une liste de vœux pieux si nous ne parvenons pas à aligner nos circuits d’allocation financière sur nos ambitions nationales.
Sortir de la dictature de l’immédiat pour transformer l’épargne des Tunisiens en un véritable moteur de croissance durable n’est plus une simple théorie d’expert : c’est désormais une question de survie pour notre tissu productif. Le temps des compromis budgétaires aux dépens de l’investissement est révolu ; il est temps de choisir entre financer les passifs du passé ou investir dans les actifs de l’avenir.
* Ingénieur informatique, cadre d’une banque publique.
Romain Pizzato, un entraîneur de ski de 42 ans, dans son département des Alpes-de-Haute-Provence, France, avait été retrouvé mort dans la piscine d’une maison de Djerba, le 17 septembre 2022. L’autopsie avait conclu à une mort par étranglement. Ses trois meurtriers tunisiens ont été définitivement condamnés à la perpétuité en appel.
«Nous nous réjouissons de cette décision. La mère de Romain a même pleuré», a déclaré Me Besma Maghrebi, l’avocate de la mère de la victime, jeudi 30 avril 2026, à l’AFP.
«Aujourd’hui, j’ai le sentiment que mon fils n’a pas été oublié. La justice a reconnu ce qui s’est passé, et c’est essentiel pour moi», a dit Odile Pizzato, citée dans un communiqué de l’avocate, qui a dit à l’AFP avoir pris connaissance mercredi soir du verdict.
L’audience s’est tenue lundi devant la cour d’appel de Médenine, juridiction dont dépend Djerba. «La culpabilité des trois accusés a été retenue. Je suis soulagée et satisfaite que la justice ait été rigoureuse et qu’elle ait été rendue à Romain», a ajouté Me Maghrebi.
Les accusés, trois Tunisiens, deux frères de 23 et 26 ans et une jeune femme de 28 ans, Samar, présentée comme «la fiancée» de la victime, avaient été interpellés trois jours plus tard. Ils avaient livré des versions différentes et contradictoires au cours de leurs auditions, a indiqué Me Magherbi.
L’autopsie avait conclu à une mort par étranglement. Des traces de coups et des griffures avaient aussi été relevées sur le corps de Romain Pizzato.
La Fondation Abdul Hameed Shoman, branche exécutive de la responsabilité culturelle et sociale de l’Arab Bank, organise ‘‘Les nuits du cinéma tunisien’’ dans la capitale jordanienne, Amman, du 5 au 7 mai 2026.
Cette manifestation, qui vise à mettre en lumière la vitalité et la singularité du cinéma tunisien contemporain, a porté son choix sur le cinéaste Habib Mestiri dont les œuvres cinématographiques seront présentées comme un modèle vivant reflétant l’évolution et la richesse du cinéma tunisien. Ce sera une occasion pour le public jordanien et arabe de découvrir des expériences cinématographiques uniques, porteuses d’une empreinte de réalisation distincte et abordant des questions profondes avec un style artistique raffiné.
Le département cinéma de la Fondation Abdul Hameed Shoman, dirigé par le critique de cinéma Adnan Madanat, consacre ses activités à la conviction profonde que le cinéma est l’un des outils d’expression culturelle les plus influents. Aussi s’efforce-t-il de présenter des projections de qualité sélectionnées, accompagnées de séances de discussion et d’analyse visant à approfondir la compréhension et à stimuler un débat cinématographique constructif.
Les œuvres du réalisateur Habib Mestiri qui seront projetés à cette occasion sont ‘‘Wed’’ et ‘‘Weld El Akri’’. Au programme aussi une rencontre avec le réalisateur qui parlera de son expérience du cinéma documentaire et du film de fiction.
La Chambre criminelle de la Cour d’appel de Tunis, spécialisée dans les affaires de corruption financière, a confirmé le jugement initial condamnant l’homme d’affaires Mehdi Ben Gharbia à cinq ans de prison et à une amende de plus de 48 millions de dinars, dans une affaire de nature financière et bancaire, selon le dossier et les enquêtes, rapporte Mosaïque.
Placé en garde à vue le 17 octobre 2021, l’homme politique, ancien constituant et ancien député, également ancien président du Club athlétique bizertin (CAB), est accusé de fraude fiscale et blanchiment d’argent au sein de deux de ses entreprises de fret (World Freight Service et Chronofret). Ses avocats dénoncent des poursuites à caractère politique et des dépassements en matière de droits de l’homme et de délai de détention de leur client.
En janvier 2025, il est condamné à quatre ans de prison et à une amende de 50 000 dinars pour corruption financière et administrative.
En mai 2025, il est visé par un mandat de dépôt dans le cadre de l’affaire du meurtre en 2020 de Rahma Lahmar qui travaillait dans l’une de ses entreprises.
Le 2 mars 2026, il est condamné à six ans de prison pour corruption.