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Pour une vision audacieuse de la Tunisie de demain

27. Februar 2026 um 11:30

Le paradoxe de la Tunisie actuelle est d’appeler au renouveau tout en s’accrochant aux choix et vestiges du passé, notamment dans le domaine économique où elle affiche aujourd’hui ses plus fortes fragilités.

Elyes Kasri *

En dépit des rêves éveillés et des incantations exaltées des idéologues incurables, la Tunisie d’aujourd’hui est, comme beaucoup d’autres pays, confrontée à des défis de modernisation et de repositionnement dans un monde en pleine mutation vers des rapports et équilibres encore flous et incertains.

Face aux choix qui s’imposent avec une grande acuité, la Tunisie semble faire preuve de frilosité et de manque de vision, avec une prédilection pour les anciens choix économiques, espérant remettre en marche des dynamiques anciennes, relevant d’une époque révolue ou d’options qui l’ont menée à sa précarité actuelle.

Un avantage géographique réduit à néant

Si la production et la distribution nécessitent une nouvelle vision loin des mythes fondateurs de la deuxième moitié du siècle dernier, le transport, grande faiblesse qui réduit à néant l’avantage géographique de la Tunisie, a grandement besoin d’une vision futuriste d’une Tunisie hub de production, de service et de savoir, loin des replâtrages des modèles et choix du passé.

Outre une politique tous azimuts du ferroviaire urbain et interurbain, avec tous les gains envisageables en mobilité, énergie, coûts de tout genre et qualité de l’environnement, la Tunisie devrait repenser le modèle des points d’entrée portuaires et aéroportuaires en hubs multimodaux de services.

Il faut se rendre à l’évidence que l’aéroport de Tunis-Carthage représente une nuisance et un handicap au développement immobilier du grand Tunis et que sa place est ailleurs, dans la périphérie de Tunis (Utique ou Jebel Ressas ou ailleurs).

Pour sa part, le choix d’Enfidha pour le grand port tunisien en eau profonde aurait été politique sous le règne de feu Ben Ali et ne pourrait être situé, selon de nombreux experts tunisiens et étrangers, qu’à Bizerte dont seul Jules Ferry avait saisi la valeur stratégique.

Le paradoxe de la Tunisie actuelle est d’appeler au renouveau tout en s’accrochant aux choix et vestiges du passé.

Pour être conséquent, il serait judicieux de faire un constat serein des limites et insuffisances des choix du passé pour éviter d’en perpétuer les retours négatifs en osant concevoir une vision audacieuse de la Tunisie de demain.

* Ancien ambassadeur.

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Natation | Rami Rahmouni a-t-il fait un mauvais choix ?

27. Februar 2026 um 10:22

La polémique suscitée par le choix de Rami Rahmouni, grand espoir junior de la natation tunisienne, qui a opté pour l’Arabie saoudite comme nationalité sportive, n’a pas de raison d’être. Et pour cause…

Latif Belhedi

Dire que le nageur de 17 ans a privilégié son intérêt financier sur celui, sportif, de son pays natal, est inexact. Car le nageur n’a pas fait ce choix de gaieté de cœur, ou pour seulement gagner de l’argent. Il l’a fait pour se donner les moyens de ses ambitions sportives que son pays natal risquerait, malheureusement, de ne pas lui fournir suffisamment, d’autant plus qu’il se donne pour objectif d’atteindre le niveau de l’excellence sportive internationale.

Quand on connaît les difficultés qu’ont rencontrées ces dernières années les champions olympiques ou du monde tunisiens, tels les nageurs Ahmed Ayoub Hafnaoui et Ahmed Jaouadi, à financer leurs entraînements, leurs voyages et leurs participations aux tournois internationaux, on comprend les craintes de Rami Rahmouni et on ne peut que le conforter dans le choix d’une nationalité sportive autre, l’Arabie saoudite en l’occurrence, qui lui épargnera ce genre de tracasseries extra-sportives risquant de contrarier sa marche vers les podiums, et lui donnera les moyens d’aller le plus loin possible sur la voie qu’il s’était choisie : celle des titres mondiaux.

Sur un autre plan, le choix de Rami Rahmouni de concourir sous le drapeau de l’Arabie saoudite, pays qui lui en a donné la possibilité, est dicté aussi par une considération d’opportunité sportive. Car un pays n’a le droit d’aligner que deux représentants dans une finale olympique en natation. Or, explique un spécialiste de la discipline, et sauf énorme surprise, Ahmed Jaouadi et Ahmed Ayoub Hafnaoui seront très probablement les représentants de la Tunisie en finales des 800m et 1500m NL (et peut être du 400 aussi pour le second) lors des prochaines joutes olympiques, ce qui empêchera Rahmouni de concourir dans ces mêmes distances de demi-fond s’il concourait sous la bannière tunisienne. En portant les couleurs de l’Arabie Saoudite, il aurait sans doute plus se chance de se qualifier à la finale et, pourquoi pas, rivaliser ses «anciens» compatriotes.

Pour le reste, c’est-à-dire l’essentiel, l’attachement de Rami Rahmouni à son pays natal, pas plus que l’amour de ses parents, personne ne l’arrachera du cœur pour tout l’argent du monde.

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Ramadan en Tunisie | Une société sous tension 

27. Februar 2026 um 09:35

Dans de nombreuses villes du monde musulman, le Ramadan est un mois de lumière. Les rues s’illuminent, les marchés s’animent à la tombée du jour, les citoyens se réunissent dans une atmosphère de fête contenue. Le jeûne y est perçu comme une discipline spirituelle, certes exigeante, mais enveloppée d’un imaginaire collectif de joie et de partage. En Tunisie, l’expérience semble souvent différente. Explications… (Ph. L’heure de rupture du jeûne pendant Ramadan: la délivrance!)

Manel Albouchi

À mesure que le soleil décline, une autre tension apparaît : impatience dans les embouteillages, irritabilité dans les commerces, susceptibilités exacerbées dans les foyers.

Ce phénomène a un nom en arabe tunisien, la «h’chicha» (nervosité liée à la faim), souvent attribué à la fatigue ou à la faim, mérite pourtant une lecture plus profonde. Car le Ramadan tunisien agit moins comme une simple pratique religieuse que comme un révélateur psychique et social. 

 Le mois du manque 

Le jeûne est, par définition, une expérience du manque. Manque de nourriture, d’eau, de sommeil. Mais lorsque ce manque physiologique entre en résonance avec d’autres formes de privation : économique, sociale, symbolique, il prend une dimension plus vaste. 

La Tunisie traverse depuis plusieurs années une fragilité économique persistante. Inflation, précarité, incertitude. Le Ramadan, loin d’atténuer cette réalité, la met en relief. Les dépenses alimentaires augmentent, les attentes sociales se renforcent, la pression d’offrir une table «digne» devient plus intense. 

Le manque n’est plus seulement corporel. Il devient existentiel. Et lorsque les manques se superposent, ils ne s’additionnent pas : ils se multiplient. 

L’anxiété du manque 

Ce que l’on observe alors n’est pas uniquement de l’irritabilité liée à la faim. C’est ce que l’on pourrait appeler une «anxiété du manque», la crainte diffuse de ne pas avoir assez : assez de ressources, assez de reconnaissance, assez de valeur morale. 

Cette anxiété est alimentée par plusieurs couches :  une pression économique tangible ; un regard social omniprésent ; une religiosité parfois vécue dans le registre de la crainte plutôt que de la conscience. 

Dans ce contexte, le Ramadan peut devenir un espace où s’intensifie le sentiment d’insuffisance. Ne pas être à la hauteur économiquement. Ne pas être un croyant suffisamment pieux. Ne pas correspondre aux attentes implicites. 

La peur du jugement «social ou divin» transforme l’expérience intérieure du jeûne. 

Pourquoi cette hypersensibilité ?

La psychanalyse offre une clé de lecture éclairante. Le psychiatre britannique Wilfred Bion décrivait la «fonction alpha» comme la capacité de transformer une émotion brute en pensée. Lorsque le nourrisson supporte l’absence du sein, il en crée une image mentale. Cette image constitue la première forme de pensée : une manière de tolérer le manque. Mais si l’absence devient insupportable, l’angoisse ne se transforme pas. Elle se décharge. 

À l’échelle individuelle comme collective, le Ramadan agit comme un test de cette capacité. Si le manque est symbolisé, il devient intériorité, maturation, spiritualité. S’il déborde les capacités psychiques, il se traduit par agitation, agressivité ou panique. 

L’irritabilité n’est pas le signe d’une faiblesse morale. Elle est souvent l’indice d’un espace intérieur saturé. 

Contrôle et conformisme 

Dans la société tunisienne, le Ramadan est également traversé par une forte dimension normative. Beaucoup jeûnent non seulement par conviction, mais aussi par conformité. Le regard des autres pèse lourd. La différence expose. 

Or, lorsque la pratique religieuse est motivée principalement par la peur : peur du jugement social, peur de la condamnation divine, elle génère une tension interne supplémentaire. Le contrôle devient externe, rigide, défensif. 

À l’inverse, lorsqu’il est intériorisé, le contrôle devient maturation. La même pratique peut alors produire apaisement plutôt que crispation. 

La nuance est invisible de l’extérieur. Mais psychiquement, elle est déterminante. 

Sublimation ou décharge 

Le jeûne mobilise une énergie considérable : pulsionnelle, émotionnelle, corporelle. Cette énergie peut suivre deux voies. Elle peut se décharger sous forme d’irritabilité, de conflits, de susceptibilité exacerbée. Ou elle peut être sublimée : transformée en création, en prière consciente, en solidarité, en réflexion, en production artistique ou intellectuelle. 

La sublimation n’est pas automatique. Elle suppose un minimum de sécurité intérieure. Or, dans un contexte économique et social fragilisé, cette sécurité fait parfois défaut. 

Ramadan comme révélateur 

Il serait erroné de considérer que le Ramadan crée la tension. Il la révèle. 

Dans des sociétés où le tissu social est stable et la sécurité économique relativement assurée, le mois sacré peut être porté par un imaginaire collectif festif et contenant. 

En Tunisie, le Ramadan agit comme un amplificateur. Il met en lumière les fragilités préexistantes : anxiété économique, rigidité normative, hypersensibilité au regard social. Mais il offre également une possibilité. Car la capacité à supporter le manque sans se désorganiser est au cœur de toute maturation psychique. Supporter l’absence sans se décharger immédiatement ; transformer la frustration en pensée. Et faire du vide un espace de conscience. 

Une épreuve de maturité collective 

Le véritable enjeu n’est pas de savoir si les Tunisiens sont «rapides à la détente » en Ramadan. Il est de comprendre ce que cette réactivité dit d’un climat intérieur et collectif. 

Avons-nous appris, individuellement et collectivement, à tolérer le manque sans nous effondrer ? Avons-nous développé suffisamment d’espace intérieur pour symboliser plutôt que réagir ? La foi est-elle vécue comme une contrainte extérieure ou comme une construction intérieure ? 

Le Ramadan, en Tunisie, est moins un mois religieux qu’une épreuve de maturité psychique collective. 

Et peut-être est-ce précisément dans cette tension que réside son potentiel : non pas seulement comme rituel, mais comme laboratoire de transformation.

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Jeûne du Ramadan | Prudence pour les insuffisants cardiaques  

27. Februar 2026 um 08:18

«Le Ramadan est un mois de spiritualité, mais aussi un moment qui modifie profondément nos habitudes alimentaires, hydriques et de sommeil. Chez le patient insuffisant cardiaque, ces changements peuvent être neutres… ou parfois déstabilisants», note Dr Faouzi Addad, professeur en cardiologie, qui donne dans le post Facebook reproduit ci-dessous des indications et des conseils pour les patients atteints du cœur en vue d’un jeûne sans problèmes.

Ce qu’il faut comprendre, c’est que le jeûne entraîne une réduction des apports hydriques pendant la journée avec augmentation de la viscosité sanguine ; une concentration hormonale différente (en particulier le système rénine-angiotensine) ; une modification du rythme veille-sommeil ; et parfois des excès alimentaires le soir.

Chez un patient stable, cela peut être bien toléré, mais chez un patient fragile, cela peut favoriser la déshydratation, l’hypotension, l’insuffisance rénale fonctionnelle et une surcharge si excès de sel à l’iftar, le repas de rupture du jeûne.

Pour le traitement, il y a quelques principes simples à suivre et des règles à respecter : les diurétiques plutôt après l’iftar ; l’hydratation répartie entre iftar et souhour ; une surveillance quotidienne du poids ; et un contrôle de la tension et du pouls.

Cependant, il convient d’arrêter le jeûne immédiatement s’il y a un essoufflement inhabituel, une prise de poids rapide (>2 kg en 48h), malaise, vertige ou fatigue extrême.

Au final l’idée qu’un patient insuffisant cardiaque ne doit jamais jeûner est fausse : si la maladie est stable et suivie médicalement, cela peut être possible, mais la décision doit être personnalisée, jamais automatique.

Le Ramadan n’est pas une épreuve pour le cœur. Il doit être vécu avec sagesse, équilibre et avis médical.

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Gabès et la nouvelle culture protestataire en Tunisie

27. Februar 2026 um 07:45

Comment la campagne Stop Pollution–Gabès transforme-t-elle un épisode de pollution aiguë en conflit socio-écologique structuré ? C’est pour répondre à cette question que l’auteur a réalisé une étude publiée en anglais publiée sur le site de l’Arab Reform Initiative, dont nous avons traduit les extraits ci-dessous.

Sofiane Jaballah *

Depuis l’implantation du complexe chimique en 1972,Gabès s’est imposée comme l’un des foyers emblématiques de la conflictualité écologique en Tunisie. La dégradation progressive des oasis, la pollution atmosphérique et marine, la multiplication des maladies respiratoires et des cancers ont façonné, chez une partie de la population, le sentiment de vivre dans un territoire sacrifié au nom d’un modèle de développement imposé d’en haut. Cette situation nourrit un vécu d’injustice environnementale et de vulnérabilité sociale, où se croisent enjeux sanitaires, économiques, territoriaux et symboliques.

Un moment de rupture

Les épisodes d’asphyxie collective de l’automne 2025, touchant notamment des élèves, s’inscrivent dans ce contexte de crise prolongée, mais prennent la forme d’un moment de rupture : un événement qui rend visible ce qui était déjà ressenti, et qui transforme un risque chronique en sujet de conflit public.

C’est dans cette séquence que la campagne Stop Pollution–Gabès se déploie, au croisement entre mobilisation citoyenne, production de contre-discours et remise en cause du modèle chimico-industriel dominant.

Ce papier analytique et critique, se propose d’interroger ce que cette campagne fait à la fois au conflit écologique local, et à la culture contestataire tunisienne. Il s’agit d’en analyser les formes d’action, les cadrages, les acteurs et les registres de politisation qu’elle met en jeu, dans un contexte national marqué par la fermeture du champ politique et la recomposition des modes de protestation.

Les questions de recherche peuvent être formulées ainsi : Comment la campagne Stop Pollution–Gabès transforme-t-elle un épisode de pollution aiguë en conflit socio-écologique structuré ? Quels cadrages du problème, quels adversaires, quels horizons de solution construit-elle, et avec quels répertoires d’action ? Comment cette campagne redéfinit-elle les formes de politisation en Tunisie post-2011, en contestant moins un gouvernement qu’un modèle de développement, et en faisant de la revendication d’un air respirable et d’une vie sans cancer un nouveau langage du politique ?

Recomposition de la culture contestataire

La séquence ouverte à Gabès à l’automne 2025 montre que l’on ne peut plus saisir les mobilisations locales uniquement à partir des vieux schèmes de la «protestation sociale» pour l’emploi ou contre la cherté de la vie.

En transformant un épisode aigu de pollution, des asphyxies d’élèves, des fuites de gaz, une panique sanitaire, en campagne de mouvement social structurée, Stop Pollution-Gabès donne à voir une recomposition profonde de la culture contestataire tunisienne.

La campagne ne surgit ni dans le vide, ni sur le seul registre de l’émotion : elle s’inscrit dans une histoire longue d’injustice environnementale documentée par la recherche, dans des décennies de sacrifices imposés au nom de l’industrialisation, et dans un sentiment durable de relégation territoriale. C’est parce que ce «déjà-là» scientifique, sanitaire et social existe que l’événement de 2025 peut fonctionner comme bifurcation et non comme simple fait divers.

L’analyse a montré que Stop Pollution-Gabès répond aux critères d’une campagne de mouvement social au sens de Tilly et Tarrow : séquence de revendications publiques continues, cadrage cohérent du problème, désignation d’adversaires, répertoire d’action diversifié, alliances multi-sectorielles, inscription dans la durée.

Le travail de cadrage est central : diagnostic d’un modèle de développement toxique, identification de responsables (complexe chimique, choix étatiques, déni institutionnel), formulation d’un horizon alternatif fondé sur le droit à la vie, à la santé et à un environnement non mortifère. Cette opération de framing permet de passer d’une indignation localisée à une cause partagée, trans-classe et trans-générationnelle, dont les slogans, les visuels et les hashtags fixent la grammaire («Nous voulons vivre» ; «Gabès s’asphyxie» ; «Démanteler les unités »).

Loin d’être «apolitique», cette campagne repolitise autrement : non pas en se positionnant sur l’axe classique régime/opposition, mais en contestant le cœur des politiques publiques de développement.

La comparaison avec la [campagne protestataire antérieure] Manich Msameh éclaire cette spécificité. Là où Manich Msameh visait un objectif défensif et ad hoc, empêcher une loi de réconciliation perçue comme un retour des élites corrompues, Stop Pollution–Gabès porte un projet de transformation radicale du modèle socio-économique. Moins politisé en apparence (absence de partis, de mots d’ordre sur le changement de régime, revendication d’«apolitisme»), le mouvement est en réalité plus politique dans son contenu : il ne conteste pas seulement un texte de loi ou un gouvernement, mais un régime de production du social qui accepte la maladie et la mort comme externalités ordinaires de la croissance. La revendication ne porte plus sur «plus d’emplois» dans un complexe chimique premier employeur de la région, mais sur le refus d’un emploi et d’une richesse qui tuent. En ce sens, Gabès propose une bifurcation écologique de la contestation.

Un projet de transformation radicale

Le rôle de certains acteurs collectifs et individuels, comme l’UGTT régionale et des figures civiques, apparaît décisif dans cette transformation. La centrale syndicale confère au mouvement un surcroît de légitimité, de capacité d’organisation et de puissance numérique, en certifiant que la cause écologique relève aussi de la justice sociale et du monde du travail. De son côté, un ingénieur-activiste comme Ammar incarne la montée en puissance d’un leadership expert qui articule contre-expertise scientifique, indignation morale et répertoires numériques, reliant l’échelle locale à des registres transnationaux de justice environnementale. Ensemble, ces ressources prolongent le conflit au-delà du moment de crise, le traduisent en campagne d’un mouvement social et lui donnent une épaisseur stratégique qui dépasse largement la seule réaction à l’événement.

Enfin, la trajectoire de la relation entre Stop Pollution-Gabès et la présidence de la République montre comment un conflit socio-écologique peut reconfigurer les lignes de la légitimité politique.

En ouvrant la «boîte de Pandore» par un second discours qui criminalise implicitement la mobilisation, le président rompt symboliquement avec une partie de la population de Gabès qui voyait encore en lui un possible allié. Celui qui se disait porteur de la volonté populaire devient, pour beaucoup, l’incarnation d’un État qui persiste à asphyxier une région au nom de la rentabilité industrielle.

La politisation se déplace alors : du modèle de développement vers la figure présidentielle elle-même, sans que le mouvement ne bascule pour autant dans une opposition partisane classique. C’est là l’un des apports majeurs de ce cas : montrer comment, dans la Tunisie post-2011, la conflictualité écologique devient un nouveau langage du politique, capable de déplacer les frontières entre gouvernants et gouvernés, entre «peuple» et «élites», entre centre et périphérie.

Cet article invite à considérer Gabès non comme une «exception écologique», mais comme un laboratoire socio-politique. Il suggère que les futurs conflits centraux ne porteront peut-être plus d’abord sur le partage du pouvoir institutionnel ou sur la seule question de l’emploi, mais sur la possibilité matérielle de vivre, de respirer et de rester sur place. Autrement dit, la lutte de Gabès ne réclame pas seulement la fermeture d’unités polluantes : elle met en scène, au présent, une bataille pour définir ce que «vivre dignement» signifie dans une Tunisie traversée par la crise climatique, les inégalités territoriales et l’épuisement des modèles de développement hérités.

Au-delà de l’analyse rétrospective, la séquence ouverte par Stop Pollution–Gabès invite à une projection prudente mais sociologiquement fondée. Par sa structuration horizontale, son inscription territoriale profonde et la nature même de ses revendications, la campagne semble porteuse d’un horizon stratégique difficilement neutralisable par les instruments classiques du pouvoir.

Revendiquer le droit de respirer, de vivre sans maladie et sans mort prématurée, ne renvoie ni à une idéologie ni à une doctrine religieuse, il s’agit d’une exigence vitale, transversale, qui excède les clivages politiques ordinaires et échappe aux dispositifs habituels de délégitimation.

Forte de plus d’une décennie d’expérience militante, de savoirs accumulés, de mémoire des promesses non tenues et de pratiques de mobilisation éprouvées, Stop Pollution–Gabès ne se contente plus de réagir aux crises ; elle anticipe, documente, organise et inscrit le conflit dans la durée.

Face à un système politique qui multiplie les tactiques de court terme sans proposer de stratégie crédible de sortie du modèle extractiviste, la campagne dessine progressivement un futur possible : celui d’une ville affranchie du complexe chimique, non comme utopie abstraite, mais comme trajectoire construite par la praxis collective. En ce sens, Gabès avance, lentement, «conflictuellement», mais résolument, vers la reconfiguration de son destin urbain, écologique et social, faisant de la justice environnementale non plus une revendication marginale, mais un principe organisateur du devenir politique local.**

* Sociologue, chercheur à l’Institut de recherche sur le Maghreb contemporain (IRMC-Tunis).

** Le titre et les intertitres sont de la rédaction.

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Quand l’ambassadeur américain en Israël se lâche grave

26. Februar 2026 um 11:04

Dans une interview avec le célèbre éditorialiste et commentateur américain de droite Tucker Carlson, l’ambassadeur américain en Israël, Mike Huckabee, exprime des idées fort peu diplomatiques voire explosives où, citant le verset (15) de la Genèse dans la Bible, a cru pouvoir affirmer que tout le Moyen-Orient (Palestine, Jordanie, Liban, Syrie, Irak), mais aussi des parties de l’Egypte et l’Arabie saoudite, devrait appartenir aux Juifs.

Mohamed Larbi Bouguerra *

Ces déclarations ont scandalisé le journaliste israélien Gideon Levy qui s’est interrogé dans une chronique parue dans ‘‘Haaretz’’ du 22 février 2026 : «Existe-t-il des accélérateurs d’antisémitisme ou des pourvoyeurs de positions anti-israéliennes plus grands que ceux qui poussent Israël à devenir un empire régional, tout cela à cause d’une promesse biblique délirante faite il y a 3 000 ans ?»

Il est clair que Huckabee n’a jamais lu ‘‘Le traité sur la tolérance’’ de Voltaire qui écrivait en 1763 : «Les mahométans sont des usurpateurs depuis plus de mille ans (du bien des juifs). Si les juifs raisonnaient ainsi aujourd’hui, il est clair qu’il n’y aurait d’autre réponse à leur faire que de les mettre aux galères. Ce sont à peu près les seuls cas où l’intolérance paraît raisonnable.» (Edition Folio, p. 107) 

Ce monsieur Huckabee a été un pasteur chrétien baptiste puis est devenu gouverneur de l’Arkansas puis deux fois candidat à la présidentielle.

En tant que baptiste, il attend la venue du Messie en Terre Sainte. C’est alors, dit la Bible dans l’Apocalypse, qu’il convertira tous les juifs. S’ils refusent, il les passera au fil de l’épée.

Comprenne qui pourra !

* Professeur honoraire à la Faculté des sciences de Tunis et ancien directeur associé de recherche au CNRS (Université Paris VI).

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CPJ | Israël a tué 86 journalistes en 2025

26. Februar 2026 um 09:50

Un nombre record de 129 journalistes ⁠et professionnels des ​médias ont été tués dans l’exercice de leurs fonctions en 2025, dont les deux tiers par Israël, a déclaré mercredi 25 février 2026 le ​Comité pour la protection des journalistes (CPJ) dans son dernier rapport.

Le nombre de journalistes tués dans le monde a atteint un record pour la deuxième année consécutive, après 124 décès recensés en 2024, dont les deux tiers également tués par Israël, relève l’organisation indépendante. Le CPJ recense ​depuis plus ‌de 30 ans les attaques contre la presse.

Israël a été responsable de la mort de 86 journalistes en 2025. Ils sont, à plus de 80%, Palestiniens. Dans ce classement du crime abject, l’Etat hébreu devance de très loin le Soudan (9), le Mexique (6), la Russie (4), et les Philippines (3).

L’État hébreu est aussi responsable de 81 % des 47 assassinats ciblés de journalistes classés comme «meurtres» par l’organisation dans son rapport.

«Dans un contexte de tensions croissantes à travers le monde, le mépris d’Israël pour la vie des journalistes – et pour le droit international censé les protéger – est sans précédent», note le rapport. Il ajoute : «Depuis que le CPJ a commencé à compiler ces données en 1992, Israël a tué plus de journalistes que tout autre gouvernement, faisant de la guerre israélo-palestinienne (qui inclut les massacres perpétrés par Israël à Gaza ainsi que ses attaques meurtrières au Liban, au Yémen et en Iran) la plus meurtrière jamais enregistrée pour les journalistes.»

Le CPJ écrit, également : «Si couvrir la guerre est intrinsèquement dangereux, Israël a franchi un nouveau cap en ciblant délibérément et illégalement les journalistes. En 2025, le CPJ a recensé 47 cas de journalistes assassinés en raison de leur travail, Israël étant responsable de 81 % de ces assassinats. Le nombre total de ces assassinats ciblés pourrait être bien plus élevé. Compte tenu des restrictions extrêmes imposées à Gaza, notamment l’interdiction d’accès à la presse étrangère indépendante, la destruction des infrastructures de communication, les déplacements massifs de population et les pertes humaines considérables, il est difficile d’enquêter sur les circonstances de chaque décès. La plupart des preuves contemporaines ayant été détruites, le nombre exact de journalistes palestiniens à Gaza délibérément ciblés par Israël restera peut-être à jamais inconnu.»

I. B.

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Les dessous de l’accord d’armement russo-iranien

26. Februar 2026 um 08:57

Le Financial Times, citant des sources bien informées et se référant à des documents russes confidentiels qu’il a consultés, a révélé les détails d’un accord secret irano-russe prévoyant une commande iranienne de systèmes de défense aérienne russes d’une valeur de 545 millions de dollars en juillet de l’année dernière, quelques jours seulement après la fin de la guerre des douze jours. 

Imed Bahri

Ces révélations interviennent alors que les États-Unis déploient une force militaire considérable au Moyen-Orient, sur fond de menaces du président américain Donald Trump à l’encontre de l’Iran s’il ne conclut pas à un «bon accord» concernant son programme nucléaire.

Le journal britannique indique que l’accord signé à Moscou en décembre dernier oblige la Russie à livrer 500 lanceurs mobiles Verba et 2500 missiles 9M336 à Téhéran sur une période de trois ans.

Les négociations ont eu lieu entre Rosoboronexport (l’agence d’État russe chargée des exportations d’armement) et un représentant du ministère iranien de la Défense à Moscou.

Le journal précise que Rouhollah Katibi, un haut responsable du ministère iranien de la Défense basé à Moscou, a coordonné l’accord. Il avait auparavant contribué à la vente de centaines de missiles balistiques à courte portée Fateh-360 à la Russie, destinés à être utilisés en Ukraine.

Les États-Unis ont imposé des sanctions à Katibi en 2024, l’accusant d’agir pour le compte du ministère iranien de la Défense. Le département du Trésor américain l’a qualifié de trait d(union entre le gouvernement russe et le ministère iranien de la Défense.

Le système Verba

Le système Verba est l’un des systèmes de défense aérienne les plus avancés de la Fédération de Russie. Il s’agit d’un missile sol-air portable à guidage infrarouge, capable de cibler les missiles de croisière, les aéronefs volant à basse altitude et les drones.

Ce système permet aux forces terrestres de déployer rapidement des défenses dispersées sans dépendre d’installations radar fixes, plus vulnérables aux attaques.

Selon les termes du contrat, les livraisons sont prévues en trois phases entre 2027 et 2029.

Un ancien haut responsable américain a déclaré : «La Russie a peut-être perçu cet accord comme un moyen de rétablir ses relations avec l’Iran après son incapacité apparente à soutenir son allié lors de la guerre de douze jours contre Israël». Il a ajouté : «Ils souhaitent que l’Iran reste un partenaire. Par conséquent, même s’ils n’ont pas pu intervenir pendant la crise, ils tenteront de renouer les liens par la suite»

Le FT a cité une source proche du dossier qui a déclaré : «Il est probable qu’un petit nombre de ces systèmes aient été livrés à l’Iran dès le début». L’ambassadeur d’Iran à Moscou Kazem Jalali l’a également laissé entendre en confirmant plusieurs vols récents entre Moscou et Téhéran. 

Un avion-cargo russe Iliouchine Il-76TD a effectué au moins trois vols entre Mineralnye Vody, dans le Caucase du Nord, et la ville iranienne de Karaj au cours des dix derniers jours. Au moins un autre appareil du même type est arrivé en Iran en provenance de la même région fin décembre. L’Iran aurait également reçu jusqu’à six hélicoptères d’attaque russes Mi-28 en janvier et aurait commencé à en utiliser un à Téhéran ce mois-ci.

Le système Verba est-il suffisant ?

Ruslan Pukhov, directeur du Centre d’analyse des stratégies et des technologies (un groupe de réflexion basé à Moscou) a expliqué que «si certaines unités étaient livrées et déployées en Iran, il est peu probable qu’elles améliorent significativement la défense globale de Téhéran en cas de nouvelle guerre contre Israël ou les États-Unis».

Cependant, M. Pukhov a souligné que ce nouveau système pourrait rendre beaucoup plus dangereuses les opérations américaines impliquant des hélicoptères et des avions volant à basse altitude, tactiques récemment utilisées pour capturer le président vénézuélien Nicolás Maduro. «Si une attaque héliportée comme celle contre Maduro devait se produire, ce système pourrait s’avérer très utile aux Iraniens. Si les missiles sont confiés aux bonnes personnes au bon moment, ils peuvent causer d’importants dégâts» du côté américain, a-t-il ajouté. 

Un changement de stratégie pour Téhéran

Nicole Grajewski, professeure assistante à l’Institut d’études politiques de Paris et spécialiste des relations stratégiques irano-russes, a déclaré : «Cet accord témoigne d’un changement de stratégie pour Téhéran après la destruction de ses défenses aériennes par Israël l’an dernier».  Elle a ajouté : «Contrairement aux systèmes de défense aérienne stratégiques russes de plus grande envergure, tels que les S-300 et S-400, le Verba ne nécessite pas de formation ni d’intégration poussées et peut être déployé beaucoup plus rapidement. Aucun de ces transferts ne modifiera fondamentalement la capacité de l’Iran à rivaliser avec les forces armées les plus avancées au monde mais ils pourraient prolonger le prochain conflit».

Le FT rappelle que Téhéran a fourni à Moscou des drones et des missiles pendant la guerre russo-ukrainienne. Les deux pays ont également signé un traité visant à renforcer leurs relations bilatérales en janvier 2025 et l’Iran a cherché à acquérir deux escadrons de chasseurs Soukhoï Su-35 de pointe auprès de la Russie.

En juin 2025, la confrontation militaire la plus directe et la plus violente entre l’Iran et Israël a éclaté lorsque Tel-Aviv, avec le soutien militaire direct des États-Unis, a lancé une série de frappes aériennes ciblant trois installations nucléaires iraniennes clés.

Cette guerre a marqué un tournant radical dans le cours du conflit régional, Washington s’engageant, pour la première fois, ouvertement et immédiatement dans des opérations offensives. Cela a entraîné la destruction massive des infrastructures de défense de Téhéran et a plongé toute la région au bord d’un conflit ouvert, qui a pris fin après l’annonce par le Pentagone et l’armée israélienne du succès des «frappes chirurgicales» ayant permis de détruire les principales cibles dont des réacteurs et des installations d’enrichissement vitaux. 

L’intensification de l’activité militaire américaine durant ce mois de février s’inscrit dans la continuité des conséquences de cette guerre. Washington cherche à tirer profit de la supériorité aérienne acquise l’été dernier pour imposer de nouvelles conditions nucléaires à Téhéran, tandis que ce dernier s’efforce de reconstruire au plus vite ses systèmes de défense en concluant ces accords avec Moscou pour l’acquisition de missiles portables Verba, dans le but de créer une défense aérienne au sol capable de pallier les vulnérabilités techniques révélées par les douze jours de la précédente guerre.

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Roman | Hella Feki sur les pas d’une reine exilée

26. Februar 2026 um 08:19

La romancière franco-tunisienne Hella Feki vient de publier son second roman ‘‘Une reine sans royaume’’ (éditions JC Lattès / La Grenade, Paris, septembre 2025, 192 pages) où elle ressuscite une figure de femme oubliée de l’Histoire, la dernière reine malgache, Ranavalona III, exilée loin de son royaume dans l’île de la Réunion puis à Alger, et qui va vivre une renaissance le temps d’un séjour à Tunis en 1907 en pleine effervescence intellectuelle.

En débarquant à Tunis en 1907, Ranavalona III, dernière reine de Madagascar, est submergée par les souvenirs de sa jeunesse à Tananarive, ses amours passionnées et la tragédie de son exil forcé.

Elle découvre aussi un pays, la Tunisie sous colonisation française, où bat le pouls intellectuel de l’Orient d’alors, avec ses salons de pensée tenus par des souveraines lumineuses, la princesse égyptienne Nazli (1853-1913) et l’épouse du bey de Tunis Lella Kmar (1862-1942), ainsi que des aventurières européennes éprises de l’Orient, notamment la romancière Myriam Harry (1869-1958). Toutes ont en commun l’amour de la littérature et de la politique, et aux côtés de ces femmes, Ranavalona retrouve son souffle.

Dans ce deuxième roman poétique et envoûtant, Hella Feki redonne voix à cette reine qui n’était pas destinée à régner. Un voyage d’un bout à l’autre de l’Afrique, une variation romanesque sur cette figure oubliée de l’Histoire. «Une voix envoûtante, une vie édifiante», lit-on dans la quatrième de couverture.

Hella Feki, née le 27 mars 1982, à Tunis, de père tunisien et de mère française, est professeure de lettres et formatrice d’enseignants. Elle est l’autrice d’un premier roman, ‘‘Noces de Jasmin’’, paru aux Éditions JC Lattès / La Grenade en 2020.

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Artisanat | Lauréats du concours Artiterroir à Nabeul

26. Februar 2026 um 07:42

La deuxième édition du concours régional Artiterroir, organisée par la Délégation régionale de l’Office national de l’artisanat tunisien (Onat) et le Hub Design Nabeul, avec l’appui du projet Pampat (Onudi/Seco), sous le thème : «Les produits du terroir de Nabeul, source d’inspiration pour l’artisanat local», a été clôturée lors d’une cérémonie tenue mardi 24 février 2026 à Dar Machat.

Cette édition a rassemblé 23 participants représentant différentes activités artisanales, principalement la céramique, produit artisanal emblématique de la région.

Les créations ont mis en avant des techniques innovantes et créatives, traduisant une évolution des savoir-faire traditionnels vers des formes contemporaines.

Le concours a mis à l’honneur les trois produits phares du terroir de Nabeul : la fleur de bigaradier, symbole sensoriel et agricole de la région ; la harissa, à travers son ingrédient central, le piment rouge ; et la figue de barbarie, notamment celle de Bouargoub, reconnue pour sa qualité. Ces produits ont servi de source d’inspiration pour la création d’objets artisanaux pensés comme des cadeaux et souvenirs porteurs de sens.

Les lauréats de la deuxième édition

Le premier prix a été attribué à Lotfi Boughzela pour une création originale de peinture sur verre inspirée du piment rouge de la harissa. «J’ai souhaité traduire la force symbolique du piment rouge à travers une approche artistique contemporaine qui valorise notre identité culinaire», a-t-il déclaré.

Le deuxième prix a été décerné à Maha Mami pour deux créations en céramique mettant en valeur la fleur de bigaradier. «La fleur de bigaradier est un symbole sensoriel fort de Nabeul ; j’ai choisi de la mettre en valeur à travers un décor en relief finement modelé, afin d’en souligner la délicatesse et l’élégance», a-t-elle expliqué.

Le troisième prix a été remis à Rahma Bouaoun, déjà lauréate en 2025, pour une création en céramique mettant à l’honneur la figue de barbarie. «Après une première distinction en 2025, j’ai souhaité relever un nouveau défi en proposant une interprétation revisitée de la figue de barbarie, à travers une approche contemporaine», a-t-elle commenté.

Au-delà de la compétition, le concours vise à renforcer le lien entre artisanat, agriculture et tourisme. En développant des objets inspirés des produits du terroir, les artisans contribuent à enrichir l’offre de souvenirs authentiques, adaptés à un tourisme culturel et alternatif, complémentaire au tourisme balnéaire. Ces créations permettent aux visiteurs d’emporter avec eux une part de l’identité de Nabeul, à travers des pièces uniques ancrées dans le territoire.

Les créations primées seront exposées dans un espace dédié lors du Salon de la Création Artisanale, prévu du 27 mars au 5 avril 2026 au Parc des Expositions du Kram, offrant ainsi une visibilité nationale aux lauréats.

Développement économique et attractivité touristique

Depuis l’année dernière, l’Onat met davantage en avant les produits du terroir et travaille en étroite collaboration avec les acteurs des secteurs agroalimentaire et touristique, afin de positionner l’artisanat comme un pilier de l’attractivité touristique de la région.

La cérémonie s’est tenue en présence de représentants de l’Onudi Tunisie, de l’ambassade de Suisse ainsi que des membres du comité de pilotage de la Stratégie nationale de valorisation et de promotion des produits du terroir. Cette stratégie, initiée par le ministère de l’Agriculture, des Ressources hydrauliques et de la Pêche en partenariat avec l’Agence de promotion des investissements agricoles (Apia), vise à structurer et à promouvoir les produits du terroir comme leviers de développement économique et d’attractivité touristique. Sa mise en œuvre bénéficie de l’appui du Projet d’accès aux marchés des produits agroalimentaires et de terroir (Pampat), mis en œuvre par l’Onudi avec le financement du Secrétariat d’État à l’Économie de la Confédération Suisse (Seco).

Dans le cadre du déploiement national du concours Artiterroir, la région de Kairouan constitue la deuxième zone pilote où la première édition du concours est actuellement en cours de réalisation et les résultats seront annoncés prochainement.

Les créations portent sur trois produits emblématiques de la région : la figue de barbarie d’El Ala, la rose et l’huile d’olive Oueslati, confirmant ainsi la volonté de dupliquer ce modèle dans d’autres régions, afin de créer des synergies entre agriculture, artisanat et tourisme et de générer davantage de valeur ajoutée au niveau local.

Communiqué.

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Tunisie | Une souveraineté à la croisée des chemins

25. Februar 2026 um 11:09

La Tunisie de 2026 ne peut plus se contenter de gérer sa fragilité. Elle doit utiliser son ancrage historique, sa position géographique et ses compétences mondialement reconnues pour forger un partenariat de type Plan Marshall, seul garant d’une sortie de l’orbite de tutelle et d’un retour au progrès.

Elyes Kasri *

En 2026, la Tunisie fait face à une impasse économique et budgétaire critique. L’assèchement des financements internationaux a favorisé un «tête-à-tête» inégal avec l’Algérie, matérialisé par l’accord militaire d’octobre 2025. Cette dépendance, aux allures, selon certains commentateurs algériens et tunisiens, de protectorat, pèse sur les choix socio-politiques et la stature internationale du pays. Paradoxalement, les menaces (migratoires, contrebande, instabilité) émanent principalement d’une Algérie elle-même fragilisée (dissensions internes, revendications kabyles, isolement via la résolution 2797 de l’Onu et pressions de l’administration Trump).

En Tunisie, un courant intérieur de plus en plus puissant réclame désormais un rôle actif et la récupération pacifique des territoires et ressources spoliés, refusant l’alignement sur un régime militaire voisin en difficulté et aux valeurs socio-économiques et diplomatiques divergentes de la Tunisie.

Économie : le «Plan Marshall» et l’autonomie énergétique

Pour briser ce siège économique, la Tunisie doit opérer une bascule vers la Souveraineté des Ressources.

Union Européenne : dépasser l’Accord de 1997 : le partenariat avec l’Union Européenne doit se muer en une intégration structurelle. La Tunisie gagnerait à revendiquer un accès total aux mécanismes communautaires (Fonds de cohésion, Fonds pour une transition juste, Fonds Européen pour les affaires maritimes, la Pêche et l’aquaculture, Horizon Europe, Erasmus, Garantie de la BEI) et au marché unique (services/agriculture), transformant le pays en une extension organique de l’Espace économique européen.

Rupture énergétique : accélération massive du solaire et de l’hydrogène vert. L’objectif est de substituer le gaz importé par une production nationale exportable via le câble Elmed, brisant ainsi le levier de pression algérien.

Le levier G7 : négocier un «Debt-for-Sovereignty Swap» (conversion de la dette en investissements) pour financer la modernisation industrielle et les infrastructures critiques, garantissant une indépendance financière réelle.

Sécurité et diplomatie : le rééquilibrage global:

La Tunisie doit passer du statut de «zone tampon» à celui de «pôle régional de liberté et de progrès».

Désengagement de la tutelle : actualisation des clauses de l’accord militaire de 2025. La sécurité des frontières doit reposer sur une autonomie technologique (drones, surveillance IA) fournie par des partenariats avec le G7 (USA, France, Italie) et l’Asie (Japon, Corée), et non sur une délégation de souveraineté au voisin. Le souvenir de Gafsa (janvier 1980) ne doit jamais être refoulé.

Pivot vers le Golfe et l’Asie : réengagement avec l’Arabie Saoudite, les Émirats et les autres membres du CCG pour capter des IDE massifs sans conditions politiques, et positionnement comme base de production «nearshore» pour les géants asiatiques ciblant le marché européen (Japon, Corée, Inde et Malaisie…).

Diplomatie territoriale : ouverture d’un processus de négociations pacifiques et documentées pour la restauration des droits territoriaux historiques, ouvrant la voie à une réconciliation et un apaisement durables, et cimentant la cohésion nationale autour d’un projet de grandeur retrouvée, en vue d’une relance sur des bases solides et sans rancœurs ou arrière-pensées de l’édification du Grand Maghreb.

Recommandations stratégiques pour 2026 :

Institutionnaliser la «neutralité de puissance» : se distancier des blocs régionaux en déclin pour devenir la «Suisse et Singapour de la Méditerranée».

Science, technologie et économie du savoir : lancer le plan «Souveraineté technologique, numérique et énergétique»; faire de la Tunisie une «digital sandbox» attractive pour les talents mondiaux (zones franches technologiques, universités et centres de recherche mondiaux).

Plan Marshall : activer la clause de sauvegarde G7/UE; solliciter une conférence internationale pour la résilience tunisienne, liant la stabilité sécuritaire de l’Europe à la prospérité souveraine de la Tunisie.

Une coopération multidirectionnelle non exclusive et dépourvue de tout sentimentalisme ou relent idéologique avec seul fondement les intérêts réciproques et l’apport à la renaissance et la prospérité de la Tunisie.

Face à un monde en mutation profonde, des fois violente et pleine de défis, la Tunisie est en mesure de transformer les menaces qui se profilent à l’horizon en opportunités. Tel un sphynx, la Tunisie a toujours su trouver à travers sa riche histoire plurimillénaire les ressorts de la renaissance et de la gloire.

La Tunisie de 2026 ne peut plus se contenter de gérer sa fragilité. Elle doit utiliser son ancrage historique, sa position géographique et ses compétences mondialement reconnues pour forger un partenariat de type Plan Marshall, seul garant d’une sortie de l’orbite de tutelle et d’un retour au progrès.

Une vision audacieuse avec une communication internationale bien ajustée grâce à une diplomatie rénovée et motivée seront en mesure de transformer ce rêve en réalité.

* Ancien ambassadeur.

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Du Nil à l’Euphrate | Quand la Bible devient carte géopolitique

25. Februar 2026 um 10:55

Les civilisations humaines prospéraient avant Abraham ; les royaumes du Levant existaient avant les textes bibliques. L’histoire humaine est stratifiée, cumulative, mouvante. La transformer en titre de propriété de l’Etat d’Israël, né en 1948 d’un arrangement entre puissances occidentales, c’est ouvrir la voie à une compétition infinie des mémoires — et à l’instabilité permanente dans le monde.

Yahya Ould Amar *

Les empires disparaissent ; les textes demeurent. Mais aucun verset d’un livre saint n’a jamais servi pour tracer une frontière reconnue par le droit des nations. Si l’on devait fonder la géopolitique contemporaine sur l’antériorité ou les promesses les plus anciennes, le monde redeviendrait instantanément ingouvernable.

Aux États-Unis, les nations amérindiennes pourraient revendiquer l’intégralité du territoire ; en Europe, les royaumes médiévaux réapparaîtraient sous forme de prétentions territoriales contemporaines ; en Méditerranée, les héritiers de Carthage, de Rome invoqueraient leurs anciens empires ; au Proche-Orient, chaque dynastie disparue redessinerait les frontières selon ses propres souvenirs, en Asie, les empires disparus revendiqueraient leurs anciennes provinces.

L’histoire humaine est une succession de conquêtes, de migrations, de métissages et de recompositions. Si chaque présence ancienne devenait un titre de propriété éternel, aucun État moderne ne survivrait.

C’est pourtant une brèche de cette nature qu’a entrouverte Mike Huckabee, ambassadeur des États-Unis en Israël nommé en 2025 par le président Donald Trump, lorsqu’il a affirmé dans un entretien avec Tucker Carlson que la promesse biblique «entre le Nil et l’Euphrate» pouvait fonder une légitimité territoriale contemporaine d’Israël sur cette partie du Moyen Orient — allant jusqu’à ajouter : «ce serait bien s’ils prenaient tout». Ce n’est pas une simple déclaration théologique. C’est un glissement conceptuel aux conséquences diplomatiques majeures. Car cet ambassadeur ne parle jamais seulement en croyant, il parle au nom de la première puissance mondiale.

Prise au sérieux, cette interprétation implique bien davantage qu’une formule symbolique. Elle suggère l’effacement de la Jordanie, du Koweït et du Liban, l’amputation de larges portions de l’Égypte — dont le Canal de Suez —, de l’Arabie saoudite incluant Médine, ainsi que de vastes territoires irakiens et syriens. Autrement dit, elle superpose un récit théologique ancien à des souverainetés contemporaines internationalement reconnues, dont certaines plongent leurs racines bien au-delà de l’époque patriarcale évoquée par la Genèse. Parler de «prendre tout» revient à envisager une refonte radicale de la carte régionale au détriment de peuples établis et d’États constitués.

Les civilisations mésopotamiennes prospéraient avant Abraham ; les royaumes du Levant existaient avant les textes bibliques. L’histoire humaine est stratifiée, cumulative, mouvante. La transformer en titre de propriété, c’est ouvrir la voie à une compétition infinie des mémoires — et à l’instabilité permanente.

La Genèse n’est pas un cadastre

La Genèse est un texte fondateur des traditions abrahamiques, dont nous sommes pour la plupart les héritiers. Elle appartient au patrimoine spirituel de milliards d’êtres humains. Mais la Genèse n’est pas un cadastre. Elle n’est ni une convention frontalière ni un traité international.

Entre le Nil et l’Euphrate, bien avant qu’Abraham ne devienne figure de foi pour les monothéistes, vivaient déjà des peuples multiples — Cananéens, Amorites, Hourrites, Égyptiens, Mésopotamiens. Des cités se sont élevées, des empires ont dominé, des langues se sont croisées, des civilisations se sont succédées. Le Croissant fertile fut l’un des berceaux de l’agriculture, de l’écriture, de la ville.

L’histoire de cette région ne se résume pas à un seul récit fondateur, aussi central soit-il pour la tradition juive ; elle s’inscrit dans une continuité plurimillénaire où se sont succédé et mêlées de nombreuses civilisations.

Il serait malhonnête d’ignorer que la notion de «terre promise» occupe une place centrale dans la tradition juive et qu’elle constitue pour des millions de croyants un élément fondateur d’identité spirituelle. Mais une mémoire religieuse, aussi légitime soit-elle, ne se confond pas avec une norme juridique internationale. La foi structure des consciences ; elle ne délimite pas des souverainetés. Cela n’ôte rien à la réalité historique du lien plurimillénaire du peuple juif à cette terre, attesté par toutes les religions monothéistes et l’histoire, ni à la légitimité internationale issue du processus onusien de 1947 et de la reconnaissance de l’État d’Israël. La question n’est pas celle de l’existence d’Israël, mais celle des fondements invoqués pour redéfinir ses frontières.

Cette terre n’a jamais été l’espace exclusif d’un seul peuple. Au fil des siècles, des populations juives et arabes y ont coexisté, parfois en tension, parfois en proximité. Le droit international contemporain, notamment à travers la résolution 181 de l’Assemblée générale des Nations unies en 1947, a d’ailleurs envisagé la création de deux États — l’un juif, l’autre arabe — reconnaissant ainsi l’existence de deux légitimités nationales sur un même territoire.

Lorsqu’on se place du point de vue du croyant, l’ordre du monde et le déploiement de son histoire ne relèvent pas du hasard ni de la seule volonté humaine, mais d’une souveraineté divine. Pour celui qui croit, la création, les nations, les événements et leurs enchaînements procèdent d’un dessein qui dépasse l’homme. Pour le croyant, l’histoire s’inscrit dans une relation à Dieu et dans une promesse qui relève de la foi. Mais précisément parce que cette conviction relève de l’adhésion spirituelle, elle ne peut être transposée mécaniquement dans l’ordre juridique international. La foi engage la conscience ; le droit engage les peuples.

Du mythe au droit

Depuis 1945, la Charte des Nations unies repose sur un principe simple qui est l’interdiction de l’acquisition territoriale par la force et la reconnaissance mutuelle des États souverains. C’est précisément pour empêcher, entre autres, la résurgence des légitimations mythologiques de l’expansion territoriale que l’ordre juridique international a été construit.

Car si la théologie devient doctrine territoriale, alors l’histoire des évolutions humaines — migrations, métissages, souverainetés construites — pourrait être suspendue au profit d’une interprétation d’un récit antique.

Le Proche-Orient n’est pas une carte biblique en attente d’accomplissement. C’est un espace habité, souverain, traversé de mémoires concurrentes et d’équilibres fragiles. L’Égypte n’est pas une métaphore ; c’est l’une des plus anciennes continuités étatiques de l’histoire humaine, structurée bien avant l’émergence du prophète Abraham dans les récits bibliques. L’Irak et la Syrie sont les héritiers des premières cités mésopotamiennes, des royaumes araméens, des civilisations assyriennes et babyloniennes, toutes antérieures aux traditions abrahamiques. La Jordanie, le Liban, le Koweït, l’Arabie saoudite — dont la ville sacrée de Médine occupe une place centrale dans l’histoire de l’islam — ne sont pas des espaces symboliques interchangeables, ce sont des États souverains, reconnus, porteurs d’identités historiques façonnées au fil des siècles.

Ce qui trouble, au fond, n’est pas qu’un homme de foi interprète un verset biblique. C’est que cette interprétation soit formulée par un diplomate représentant la première puissance mondiale. La diplomatie moderne repose sur la reconnaissance mutuelle des souverainetés et sur l’équilibre fragile des puissances. Introduire dans ce langage la logique d’une promesse sacrée, c’est déplacer le débat du terrain juridique vers celui de l’absolu. Et l’absolu, en politique internationale, n’a jamais été un facteur de paix.

La théologie devient doctrine implicite

Les déclarations de l’ambassadeur américain en Israël, validant l’idée que la promesse biblique «entre le Nil et l’Euphrate» pourrait fonder une légitimité territoriale contemporaine, ne relèvent pas d’une simple opinion personnelle. Elles introduisent, dans le langage diplomatique d’une superpuissance, une référence théologique comme possible source de droit politique. Or depuis 1945, l’ordre international repose sur la souveraineté des États et l’intangibilité des frontières reconnues. Substituer à ce cadre juridique une lecture littérale d’un texte sacré revient à déplacer la légitimité du consensus international vers l’absolu religieux — un terrain par nature non négociable.

Une doctrine territoriale fondée sur une promesse divine transforme le désaccord politique en affrontement existentiel. Elle discrédite la posture de médiation des États-Unis, alimente les radicalités régionales et rouvre la porte à une diplomatie identitaire où les récits sacrés concurrencent le droit international. Si chaque nation revendiquait ses frontières au nom de ses écritures, l’équilibre mondial serait rapidement submergé par des absolus rivaux. L’enjeu dépasse donc la polémique, il interroge la nature même de la diplomatie contemporaine et la capacité des grandes puissances à distinguer conviction personnelle et responsabilité stratégique.

Une onde de choc régionale

Évoquer favorablement une extension territoriale israélienne «du Nil à l’Euphrate» revient, pour des millions de citoyens arabes, à suggérer l’effacement symbolique de leurs États. En Egypte où la stabilité repose sur un équilibre délicat entre souveraineté nationale et coopération sécuritaire avec Israël, une telle rhétorique ne peut qu’alimenter les discours nationalistes et fragiliser les autorités modérées. En Iraq et en Syrie, pays marqués par les guerres et recompositions territoriales, l’idée d’une légitimation religieuse de l’expansion israélienne réactive des mémoires coloniales et des peurs existentielles. Ce n’est pas seulement une provocation théologique — c’est une négation explosive de souverainetés reconnues et d’équilibres régionaux déjà fragiles.

L’Iran, qui se présente comme défenseur de la cause palestinienne pourrait instrumentaliser ces propos pour renforcer l’idée d’un affrontement civilisationnel. Les groupes armés non étatiques y trouveraient une justification supplémentaire pour radicaliser leurs bases. Même les États signataires des accords d’Abraham, engagés dans une normalisation pragmatique avec Israël, se verraient placés sous pression intérieure, comment défendre un rapprochement stratégique si la perspective d’une expansion sacrée devient audible dans le discours diplomatique américain ?

Ironie ultime, cette rhétorique pourrait également fragiliser Israël. La sécurité à long terme d’un État ne repose pas sur l’adhésion à une vision maximaliste, mais sur la reconnaissance mutuelle et la stabilité régionale. En accréditant l’idée d’un horizon territorial illimité, on complique toute solution négociée, on éloigne les compromis nécessaires et on alimente les discours de ceux qui, de part et d’autre, refusent toute coexistence. Dans une région où chaque mot peut devenir étincelle, la diplomatie devrait apaiser les braises — non souffler dessus.

L’Amérique, puissance juridique ou puissance identitaire ?

Au-delà du Moyen-Orient, cette polémique touche au cœur même du leadership américain. Depuis 1945, les États-Unis se sont présentés comme les architectes d’un ordre international fondé sur des règles, des institutions et un droit commun. Leur puissance ne reposait pas seulement sur la force militaire, mais sur une autorité normative, celle d’un pays qui défendait la stabilité des frontières et la primauté du droit. Si un discours officiel laisse désormais place à une justification territoriale d’inspiration théologique, c’est cette crédibilité qui s’écroule. Car si l’on redessine des cartes au nom d’un récit sacré ici, pourquoi d’autres puissances n’invoqueraient-elles pas ailleurs leurs empires passés, leurs dynasties ou leurs mythes fondateurs ?

L’Amérique veut-elle demeurer la puissance qui arbitre et stabilise, ou glisser vers une diplomatie identitaire où la politique étrangère épouse des convictions religieuses et culturelles particulières ?

Lorsque la diplomatie devient le prolongement d’une ferveur électorale, la frontière entre mandat démocratique et mission sacrée se trouble dangereusement.

La ligne rouge entre mythe et responsabilité

Les civilisations ont besoin de récits, mais la diplomatie est un exercice de responsabilité. Lorsque la référence du «Nil à l’Euphrate» glisse du registre spirituel vers celui de la politique étrangère, elle ne réactive pas seulement une promesse ancienne ; elle ravive des peurs actuelles, durcit les positions et fragilise des équilibres déjà instables. Le Moyen-Orient n’est pas une abstraction théologique, mais un espace peuplé, structuré par des souverainetés reconnues et par une histoire longue, complexe, faite de strates successives. Il est impossible d’ignorer la dynamique réelle des sociétés humaines.

Il ne s’agit pas d’exclure la foi de la sphère publique, mais de rappeler qu’entre conviction personnelle et parole d’État existe une frontière qui ne doit jamais être franchie. La première relève de la liberté intime ; la seconde engage la stabilité internationale. Confondre les deux, même brièvement, fragilise la primauté du droit au profit d’un récit. Entre le mythe et la responsabilité, la diplomatie doit choisir la prudence, car franchir cette ligne rouge, c’est risquer de substituer l’absolu au compromis — et sans compromis, il n’y a pas d’ordre viable.

Enfin, il existe, dans toutes les grandes traditions politiques, la tentation de relire le présent à la lumière d’un passé sacralisé. Chaque époque croit parfois retrouver dans ses textes anciens la justification de ses ambitions contemporaines.

Avant le prophète Abraham, des peuples vivaient déjà sur ces terres ; après lui, d’autres sont venus, se sont mêlés, ont bâti des villes, des cultures, des États. Les identités n’y sont pas linéaires, elles sont tissées de migrations, de conquêtes, de métissages. Prétendre figer ce mouvement au nom d’une promesse originelle revient à nier la dynamique même de l’histoire humaine.

Au fond, la question posée par cette polémique est simple et immense à la fois, la diplomatie du XXIᵉ siècle sera-t-elle guidée par la complexité du réel ou par la certitude des récits religieux ?

Entre le Nil et l’Euphrate, il n’y a pas qu’une promesse biblique. Il y a des États, des peuples, et une paix fragile.

Un monde où les promesses sacrées seraient traduites littéralement en revendications territoriales ne serait pas un monde plus spirituel, mais un monde plus instable. Les nations se construisent et se préservent par la négociation et le compromis, non par la transposition directe de leurs héritages religieux dans l’ordre juridique international.

Les mots ne déplacent pas les frontières. Mais ils peuvent embraser les peuples.

* Economiste, banquier et financier.

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La Tunisie pourra-t-elle remédier à ses fragilités structurelles ?

25. Februar 2026 um 10:03

La dernière revue de Moody’s souligne plusieurs fragilités structurelles de la Tunisie : déficit budgétaire persistant, dépendance au financement interne et accès limité aux marchés financiers internationaux. Ces alertes indiquent des contraintes réelles, mais elles ne constituent pas une impasse. Elles pourraient même indiquer des opportunités qui ne demandent qu’à être exploitées.

Abdelwaheb Ben Moussa *

Le Plan national de Développement 2026‑2030 identifie plusieurs axes pour répondre à ces fragilités, en proposant une stratégie de long terme visant à stimuler l’investissement et à renforcer la compétitivité. Son impact dépendra cependant de l’exécution et de la cohérence des mesures mises en œuvre.

Les évaluations de Moody’s servent de baromètre de risque souverain. Elles mettent en avant l’importance d’une vision macroéconomique cohérente, d’une capacité d’exécution tangible et d’une stabilité réglementaire pour renforcer la confiance des investisseurs.

Certaines analyses indépendantes soulignent que la crédibilité économique repose sur des résultats mesurables plutôt que sur les intentions. Leur observation enrichit la lecture stratégique en rappelant que la réussite économique dépendra de la discipline dans la mise en œuvre.

La Tunisie présente un potentiel réel pour les IDE :

– opportunités sectorielles ciblées : transition énergétique, numérique et services innovants ;

– zones à fort potentiel de développement ;

– cadre progressif pour sécuriser les investissements.

Si les mesures du Plan sont exécutées de manière cohérente et transparente, ces opportunités pourraient transformer certaines vulnérabilités en avantages compétitifs durables.

Le succès du Plan dépend de la discipline budgétaire, de la cohérence des réformes et de la transparence. Les effets sur les marchés et sur l’économie réelle ne pourront être évalués qu’à travers la mise en œuvre concrète et mesurable des actions prioritaires.

Dans un contexte où les alertes de Moody’s sont aussi précises qu’inquiétantes, la question n’est plus de savoir si la Tunisie peut agir, mais si elle saura transformer ses vulnérabilités en opportunités tangibles avant que les marchés ne fixent eux-mêmes l’agenda.

* Ingénieur en informatique, cadre de banque.  

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Textile | La Tunisie subit la recomposition du marché européen

25. Februar 2026 um 09:20

Les dernières données d’Eurostat sur les importations européennes de vêtements pour 2024-2025 révèlent une recomposition accélérée du marché. Si les dynamiques asiatiques dominent les analyses, l’impact sur les fournisseurs africains géographiquement proches – Maroc, Tunisie, Égypte – est palpable et différencié. L’analyse de ces chiffres démontre clairement que la Tunisie subit la pression concurrentielle la plus forte. (Photo: Usine de textile à Monastir).

Habib Glenza, à Lodz, Pologne

Commençons par les constats statistiques relatifs aux trois pays africains dans le top 10 des fournisseurs de l’Union européenne (UE). L’examen des données et des parts de marché Eurostat pour les importations européennes de vêtements correspondant aux chapitres du Système Harmonisé (couvrant respectivement les articles en bonneterie ou en tricot et les vêtements tissés et accessoires non maillé) révèle que l’Égypte émerge comme le seul acteur africain affichant une dynamique nettement positive, avec une croissance remarquable de +16,9% en valeur de ses exportations textiles vers l’UE. Une performance qui lui permet de progresser dans la hiérarchie des fournisseurs, gagnant +0,10 point de pourcentage (pp) de part de marché, passant ainsi de 0,67% à 0,77%. Bien que partant d’une base modeste, cette hausse constitue un démarrage prometteur dans un marché en recomposition.

À l’inverse, le Maroc enregistre un léger recul de -0,4% en valeur de ses exportations, accompagné d’une érosion marginale mais perceptible de sa position relative, avec une perte de -0,08 pp de part de marché (de 3,11% à 3,03%). Une stagnation relative, bien que moins prononcée, qui souligne une fragilisation dans un marché en croissance.

La Tunisie est le pays qui subit le plus fort recul (-3,6%) parmi les fournisseurs nord-africains de l’UE, entre 2024 et 2025. Ses exportations chutent significativement de -3,6% en valeur, entraînant une perte de -0,14 pp de part de marché, la faisant passer de 2,50% à 2,36%. Une érosion, sur une période aussi courte, qui signale une pression concurrentielle accrue sur ses segments traditionnels.

Redistribution des positions concurrentielles

Les chiffres sont clairs. Sur la seule année 2024-2025, la Tunisie affiche la plus forte contraction en valeur absolue (-3,6%) et la plus importante perte relative de parts de marché (-0,14 pp) parmi les trois pays d’Afrique du Nord. Le Maroc, malgré un recul très limité en valeur (-0,4%), voit aussi sa position se fragiliser dans un marché qui croît globalement, mais profite davantage aux géants asiatiques et à l’Égypte. Parlons, justement, de l’Égypte : bien que partant de très loin, ce pays est le seul du trio à tirer véritablement son épingle du jeu sur cette période, affichant une dynamique positive robuste.

Redouane Lachgar, professionnel marocain associé au secteur textile et habillement, insiste : «Nous ne sommes plus dans une simple fluctuation annuelle. Nous observons une redistribution graduelle des positions concurrentielles». Une redistribution qui profite massivement à l’Asie du Sud et du Sud-Est : Bangladesh (+5,9%, +0,78 pp), Inde (+7,9%, +0,27 pp), Pakistan (+9,7%, +0,30 pp), Cambodge (+14,5%, +0,54 pp). Même la Chine, géant incontesté mais sous pression, parvient à une légère croissance (+1,2%) malgré une petite perte de part de marché (-0,27 pp).

Une phase de réalignement stratégique

Le facteur structurant majeur identifié est l’impact des accords commerciaux récents. L’accord de libre-échange UE-Inde, récemment finalisé, prévoit explicitement une réduction progressive des droits de douane sur le textile et l’habillement.

En parallèle, les États-Unis ont renforcé leurs cadres avec l’Inde et le Bangladesh, incluant des allègements tarifaires textiles. Des dispositifs qui améliorent la compétitivité-prix de ces pays sur le marché européen, accélérant un basculement structurel déjà amorcé par leurs coûts de production et leurs capacités industrielles.

Disons que la redistribution des positions concurrentielles n’est pas conjoncturelle, elle est structurelle et accélérée par la géopolitique commerciale. Le commerce textile mondial entre dans une phase de réalignement stratégique.

La Tunisie, avec le recul le plus marqué en valeur et en parts parmi ses pairs africains directs sur 2024-2025, en est le premier impacté. Le Maroc, bien que plus résistant, voit sa position stagnante devenir relativement plus fragile face au bond en avant de l’Égypte et surtout des géants asiatiques boostés par les accords des exportations avec l’UE.

Cette analyse sur la régression des exportations nord-africaines de vêtements vers l’UE suscite plusieurs interrogations sur l’écroulement de l’industrie tunisienne du textile, jadis secteur clé de l’économie tunisienne, pourvoyeur de main d’œuvre et de devises.

Opérateurs et responsables aux abonnés absents

Que font les opérateurs privés du secteur qui voient ainsi leurs positions continuellement grignotées ? Où sont les responsables gouvernementaux pour promouvoir l’exportation de nos vêtements ? Le Cepex, le ministère de l’Industrie, la Fédération tunisienne de textile-habillement… Que font tous ces hauts responsables qui dépensent l’argent du contribuable dans des soi-disant voyages de promotion pas toujours utiles ou rentables ? Pourquoi n’écoutent-ils pas un citoyen tunisien résidant à l’étranger, qui connait très bien le marché de son pays de résidence, la Pologne en l’occurrence, pays de 37 millions d’habitants et qui abrite un mégacentre de textile, l’un des plus grands au monde, visité par 4000 clients, locaux et étrangers, par jour ?

Voilà un autre secteur qui va mal, tout comme ceux du tourisme, de l’huile, des dattes et des produits de la mer. Mais que fait-on pour les sauver d’une débandade qui ne fait que commencer ? 

UE – Importations de vêtements 2024 -2025 : 

Pays d’Afrique du Nord (+ Turquie)

Égypte : +16,9 %

Maroc : -0,4 %     

Tunisie: -3,6 %           

Turquie : -10,8 %

Pays asiatiques :

Cambodge : +14,5 %

Pakistan : +9,7 %

Inde : +8,0 %

Bangladesh : +6,0 %

Chine : +1,2 %

Source : Eurostat.

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L’Arabie saoudite investit dans la reconstruction de la Syrie

25. Februar 2026 um 08:12

Après avoir œuvré à introduire le nouveau président syrien Ahmed Al-Charaa au sein de la communauté internationale, à organiser sa première rencontre avec le président américain Donald Trump à Riyad en mai 2025, à peser pour que les sanctions internationales imposées à la Syrie soient levées, voilà que l’Arabie saoudite investit une somme conséquente dans l’économie syrienne qui en a cruellement besoin. Riyad entend être un acteur de premier plan dans le processus de reconstruction du pays du Levant détruit par quinze ans de guerre civile. 

Imed Bahri

Alaa Shahine Salha, chercheur au Saudi Research & Media Group et chroniqueur économique pour Asharq Business (partenaire de Bloomberg au Moyen-Orient) s’est penché sur le sujet dans le média américain Semafor. Il considère que l’annonce par l’Arabie saoudite d’un investissement de 5,3 milliards de dollars via certaines de ses entreprises les plus importantes dans les secteurs des télécommunications, de l’aviation et des infrastructures hydrauliques en Syrie ne suffira probablement pas à elle seule à changer la donne dans un pays ravagé par la guerre. Il estime que le montant en lui-même n’est pas l’essentiel. 

Ce qui importe davantage c’est que cette annonce s’inscrit dans un plan plus vaste visant à mener à bien l’un des projets de reconstruction nationale les plus complexes au monde depuis l’invasion américaine de l’Irak il y a plus de vingt ans.

Endiguer le trafic de drogue

L’intérêt de l’Arabie saoudite à soutenir la nouvelle administration de Damas est facile à comprendre. La destitution de Bachar Al-Assad a anéanti un pilier essentiel de l’influence régionale iranienne. Le Royaume ainsi que d’autres pays se sont empressés de combler ce vide. L’une des priorités saoudiennes était également d’endiguer le trafic de drogue illicite que le régime d’Assad, véritable narco-État, produisait et faisait transiter dans le Golfe. L’Onu affirme que ce trafic a été fortement perturbé et un responsable syrien déclare qu’il est «pratiquement à l’arrêt».

Cependant, l’ampleur de la tâche est trop importante pour que les États du Golfe puissent l’assumer seuls, ce qui explique l’empressement de Riyad, dès le départ, à impliquer les puissances mondiales et les institutions financières internationales.

Les besoins de reconstruction de la Syrie sont colossaux, quel que soit le critère retenu. Selon l’estimation prudente de la Banque mondiale, ils s’élèvent à 216 milliards de dollars. Ce montant est comparable aux dépenses engagées pour la reconstruction de l’Irak après la chute de Saddam Hussein et dépasse même, au regard des normes actuelles, le plan Marshall américain pour la reconstruction de l’Europe après la Seconde Guerre mondiale.

Trouver des précédents inspirants dans la région environnante n’offre guère de raisons d’être optimiste. Les États-Unis n’ont pas réussi à reconstruire l’Afghanistan après leur invasion suite aux attentats du 11 septembre. Ils ont également aggravé la situation en Irak, laissant le pays sombrer dans des années de violence brutale, de mauvaise gestion et de corruption. La reconstruction du Liban après la guerre civile (1975-1990) a été alimentée par une vague d’emprunts effrénée qui a finalement abouti à une impasse dans un pays miné par une corruption endémique, un climat politique délétère et des conflits récurrents avec Israël.

Les piliers de la reconstruction

Des discussions avec des responsables syriens et saoudiens, ainsi qu’avec des organisations internationales impliquées dans le dossier ou étroitement liées à celui-ci, ont permis de dresser un tableau réaliste des défis à relever : un contexte politique instable, des infrastructures massivement détruites et un état catastrophique des institutions syriennes. Ceci explique peut-être la prudence des acteurs de la reconstruction de la Syrie.

Cette approche repose sur quatre piliers essentiels :

– La sécurité avant tout : le rétablissement de la sécurité et de la stabilité politique est une condition préalable à toute autre initiative.

– La levée des sanctions pour stimuler la croissance : la levée des sanctions internationales l’an dernier a été obtenue en grande partie grâce aux pressions saoudiennes et devrait entraîner une croissance économique à deux chiffres en 2026, à mesure que la Syrie renoue avec le reste du monde.

– L’État doit fonctionner : le renforcement des capacités des principales institutions économiques syriennes, notamment le ministère des Finances et la Banque centrale, est désormais une priorité pour le Fonds monétaire international.

– Évaluer les dégâts, puis mobiliser les financements : une cartographie précise des besoins de reconstruction est essentielle pour mobiliser l’aide internationale.

Tel est le plan. Rien n’est garanti, car la stratégie comporte de multiples risques susceptibles de compromettre le redressement à chaque étape.

Par exemple, si le gouvernement du président Ahmed Al-Charaa est parvenu à réduire le niveau global de violence, des flambées de violence communautaire ont persisté. Les pays du Golfe, et le reste du monde, préfèrent traiter avec un homme fort capable d’imposer les réformes nécessaires par la force, contrairement à la situation au Liban voisin, par exemple. Cependant, force est de constater qu’Al-Charaa ne contrôle pas encore totalement le territoire syrien.

Les bilans mitigés des «hommes forts»

De plus, les bilans des «hommes forts» en matière de gestion économique ne sont guère glorieux. Alaa Shahine Salha estime que sous la présidence d’Abdelfattah Al-Sissi, ancien chef militaire, les performances économiques de l’Égypte ont été mitigées et ont contraint le pays à solliciter deux importants plans de sauvetage auprès du FMI.

À cela s’ajoutent les risques liés à l’économie politique. Des experts comme Yezid Sayigh du Carnegie Middle East Center ont averti que des accords d’investissement sans plan de relance transparent pourraient reproduire le capitalisme de connivence qui prévalait sous Assad.

Néanmoins, des sources saoudiennes et des responsables internationaux semblent plus optimistes concernant l’évolution de la situation. Riyad met davantage l’accent sur la reconstruction des institutions étatiques et insiste pour que les financements de grande envergure soient étroitement surveillés par le Fonds monétaire international et la Banque mondiale.

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Le «Grand Israël» selon l’ambassadeur américain à Tel Aviv

25. Februar 2026 um 07:45

L’ambassadeur des Etats-Unis ne représente pas Israël : il représente à peine ses mabouls. Mais il est tout à fait possible qu’il représente une AmérKKKe en devenir.

Gideon Levy

«La Genèse 15 dit que c’est Abram – avant Abraham, c’est Abram – qui reçoit de Dieu la nouvelle que ses descendants hériteront de la terre. Et vous me direz, en tant que théologien, si je me trompe, ça va de l’Euphrate au Nil, je pense. Et ça inclurait pratiquement tout le Moyen-Orient. Ce serait le Levant. Donc Israël, la Jordanie, la Syrie, le Liban. Ça inclurait également une grande partie de l’Arabie saoudite et de l’Irak. … Je veux dire, je ne suis pas sûr que ça irait aussi loin. … ça inclurait beaucoup d’endroits qui sont aujourd’hui des pays. (…) Mais cette zone particulière dont nous parlons maintenant – Israël est une terre que Dieu a donnée par l’intermédiaire d’Abraham à un peuple qu’il a choisi. C’était un peuple, un lieu et un but. (…) Israël a-t-il droit à cette terre ? (…) Ce serait bien s’ils prenaient tout ça ».

Du fleuve au fleuve

Le lieu : le terminal diplomatique de l’aéroport Ben-Gourion. Le moment : au milieu de la semaine dernière. L’occasion : ce n’est pas ce que vous pourriez croire. Non, ce n’était pas une conversation entre des personnes échappées d’une unité fermée de quelque asile psychiatrique.

Il s’agissait d’une conversation entre Tucker Carlsonet l’ambassadeur états-unien en Israël, Mike Huckabee, dans le cadre de son programme d’entretiens.

Le terme «Grand Israël» est devenu trop restrictif, modeste et anachronique. Ce n’est plus de la mer au désert. Maintenant c’est du fleuve (l’Euphrate) au fleuve (le Nil). Tout ça est à nous.

Ça ne sort pas de la bouche des déjantés du Mont du Temple, ni des foldingues qui parlent de retourner à Gaza, mais de la bouche de l’ambassadeur états-unien en Israël, une personne nommée personnellement par le président Donald Trump, qui connaissait très bien les opinions lunatiques de l’ambassadeur.

La promesse de Dieu à Abraham

Il visite ce pays depuis 53 ans, a déclaré Huckabee-l’ami-d’Israël, principalement les colonies que son pays n’a jamais reconnues. Il estime que tout le Moyen-Orient appartient aux Juifs. Ciao ciao, Mohammed ben Salmane ; bye bye, Abdel Fattah Al-Sissi, allez vous chercher d’autres pays. Celui-ci est à nous, celui-là aussi, et celui-là aussi. La base juridique est solide et bien établie : c’était la promesse de Dieu à Abraham. Ainsi parla l’éminent ambassadeur en Israël.

À la liste interminable des ambassadeurs et envoyés états-uniens au Moyen-Orient qui étaient juifs et sionistes, y compris les actuels, Steve Witkoff et Jared Kushner, s’ajoute désormais un impérialiste chrétien, qui agit non seulement au nom d’Israël, mais aussi au nom du messianisme juif.

Ce n’est pas pour rien que Carlson a dit : «Cet homme ne représente pas mon pays ; il représente Israël.» Ce n’est ni l’un ni l’autre, Carlson. Cet homme ne représente pas Israël ; il représente à peine ses mabouls. Mais il est tout à fait possible qu’il représente une AmériKKKe en devenir, dont le secrétaire d’État Marco Rubio a récemment loué «l’héritage chrétien» de l’Occident quand il était à Munich.

Toute cette affaire aurait pu servir de diversion comique en marge d’événements plus importants si elle n’avait pas été centrée sur un homme choisi pour ce rôle d’ambassadeur non pas malgré ses opinions, mais précisément à cause d’elles. Meir Kahane n’aurait pas osé s’exprimer de la même manière ; Itamar Ben-Gvir se contente de beaucoup moins.

Ce type est le porte-parole de la puissance qui est en train de façonner actuellement le caractère du Moyen-Orient, peut-être pour des générations. C’est le porte-parole d’un État qui s’apprête à lancer une guerre contre l’Iran parce qu’Israël l’y exhorte, du moins selon Carlson. Ce sont là les derniers amis d’Israël dans le monde et telle est leur vision.

Peut-on ne pas devenir antisémite ?

Existe-t-il de plus grands accélérateurs de l’antisémitisme ou de plus grands instigateurs de positions anti-israéliennes que ceux qui poussent Israël à devenir un empire régional, tout ça à cause d’une promesse biblique pipeau faite il y a 3 000 ans ?

Israël est le pays natal des Juifs, a déclaré Huckabee. Et qu’en est-il de sa maison en Arkansas ? À qui appartient-elle ? Pas à la tribu des Quapaw ? Ou bien Huckabee et ses semblables ont-ils une règle morale pour le monde entier et une autre pour le peuple élu ? Compte tenu de tout ça, est-il possible de ne pas devenir antisémite ?

Et enfin, que penseront les Arabes du pouvoir que représente Huckabee ? C’est la concrétisation de toutes leurs craintes primitives à l’égard du sionisme. Imaginez les Etats-Unis envoyant en Israël un ambassadeur djihadiste, qui croit en l’établissement d’un califat islamiste dans tout le Moyen-Orient. C’est là, juste à l’envers, leur ambassadeur en Israël, et il est considéré comme légitime. C’est tout sauf drôle.

Source Haaretz. Traduit par Tlaxcala

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Data centers | La part mondiale de l’Afrique bloquée à 0,6%

25. Februar 2026 um 07:18

L’Afrique est en voie de tripler sa capacité de data centers d’ici la fin de la décennie, mais le continent ne représentera toujours que 0,6 % de l’infrastructure informatique mondiale, selon le rapport publié ce mardi 24 février 2026 par l’Africa Data Centres Association (Adca) et Rising Advisory.

La charge informatique active en Afrique s’élève à 360 mégawatts (MW), avec 238 MW en cours de construction et 656 MW supplémentaires prévus. Si tous les projets aboutissent, la capacité totale atteindrait environ 1,2 gigawatt. Malgré cette expansion, la part de l’Afrique dans la capacité mondiale devrait rester globalement inchangée alors que l’investissement s’accélère aux États-Unis, en Europe et en Asie.

En dehors de l’Afrique du Sud, les niveaux d’occupation moyens restent proches d’un tiers de la capacité disponible, reflétant des infrastructures construites en anticipation de la demande future des fournisseurs de cloud hyperscale et de l’intelligence artificielle.

Le rapport souligne que l’approvisionnement en énergie, plutôt que la connectivité par fibre optique, est devenu la principale contrainte au développement de nouveaux sites. Les déficits énergétiques et les pertes de transmission atteignant jusqu’à 25 % dans certains centres urbains poussent les opérateurs vers des accords d’achat d’énergie à long terme, des micro-réseaux et la colocalisation avec des infrastructures d’énergie renouvelable.

Plus de 40 pays africains ont désormais adopté des lois sur la protection des données, et 15 ont formalisé des stratégies nationales en matière d’IA, reflétant un virage vers la souveraineté numérique et l’hébergement local des données.

L’Afrique représente environ 20 % de la population mondiale, mais héberge moins de 1 % de la capacité mondiale des centres de données.

«Il ne s’agit pas d’un simple rattrapage technologique, c’est une course contre la montre pour éviter que l’Afrique ne soit durablement exclue de la nouvelle économie mondiale de l’intelligence artificielle», a déclaré Faith Waithaka, présidente de l’Adca.

Le rapport complet, Data Centres in Africa 2026, est disponible publiquement.

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Iran | Le régime peut-il résister à une attaque israélo-américaine ?

24. Februar 2026 um 13:25

Alors que les paris vont bon train sur la probabilité d’une attaque de l’Iran par les États-Unis et Israël, sur l’ampleur de l’opération et sur son timing, il y a un sujet qui passe inaperçu qui est le conflit actuel en Iran entre les conservateurs et les réformateurs dans la gestion de la crise et la possibilité que la guerre puisse faire tomber le régime. C‘est le sujet d’un article du Times, qui est revenu sur ce différend opposant les deux camps.

Imed Bahri

Le journal britannique indique qu’alors que le guide suprême Ali Khamenei se cache, les conservateurs reconnaissent que les États-Unis sont capables d’infliger des dégâts importants à leur pays mais ils pensent également pouvoir leur résister. 

«À Washington comme à Téhéran, on a l’impression qu’un conflit pourrait faciliter la diplomatie car il rendrait l’autre partie plus rationnelle lors des négociations», explique Ali Vaez, responsable du projet Iran au sein de l’International Crisis Group, avant d’ajouter : «Je trouve cela complètement absurde. Bien sûr, l’Iran serait vaincu [dans une guerre prolongée], mais certains conservateurs à Téhéran croient que le seul moyen de mettre fin à ce cycle d’agressions américaines et israéliennes est de verser le sang».

Ce point de vue n’est pas partagé par tous les dirigeants iraniens, notamment par le camp relativement pragmatique des réformateurs représentés par le président Massoud Pezeshkian. Leur priorité est d’obtenir un allègement des sanctions américaines afin de sauver l’économie iranienne chancelante et de contenir le mécontentement généralisé qui a suivi la répression violente du soulèvement populaire.

Sauvetage ou capitulation

Sanam Vakil, directrice du projet Moyen-Orient à Chatham House, déclare : «Le camp réformateur considère cet accord comme le seul moyen de sauver le régime et de consolider son influence. Les conservateurs, quant à eux, estiment que l’accord proposé équivaut à une capitulation totale. Face à l’absence de levée substantielle des sanctions de la part des États-Unis, ils y voient un prélude à des pressions accrues et à un changement de régime». Elle ajoute : «Leurs calculs reposent donc sur un pari risqué, voire une guerre, pour améliorer les termes de l’accord final. À mon avis, c’est extrêmement dangereux, et il est incompréhensible qu’ils pensent pouvoir tenir tête aux États-Unis».

Les deux camps ont une longue tradition d’erreurs d’appréciation dans les conflits. Cette situation a enlisé les États-Unis dans des conflits interminables au Vietnam, en Irak et en Afghanistan et a entraîné l’Iran dans une série de guerres menées par Israël, au cours desquelles les milices supplétives de Téhéran dans la région ont été décimées et nombre de leurs généraux les plus gradés tués.

Toute guerre contre les États-Unis serait probablement bien plus destructrice que la campagne aérienne menée par Israël l’an dernier qui a gravement endommagé les installations nucléaires iraniennes et décapité son commandement militaire. L’Iran a tiré les leçons de ce conflit, en créant un nouveau conseil de défense habilité à prendre des décisions à un moment où Khamenei –qui pourrait figurer en tête d’une liste noire américaine– pourrait se cacher.

La carte du détroit d’Ormuz

Depuis des années, l’Iran renforce ses forces navales dans le but de fermer le détroit d’Ormuz, par lequel transite un tiers du pétrole mondial transporté par voie maritime, et d’attaquer les navires de guerre américains avec des missiles, des vedettes suicides, des drones kamikazes (munitions rodeuses) et des sous-marins.

«Toutes les capacités développées par l’Iran visent à cibler les forces navales et les bases américaines dans la région ce qui représente un danger réel», a déclaré Vaez avant d’ajouter : «Les États-Unis en sont conscients. Si une attaque était facile à lancer, elle aurait été menée depuis des semaines».

Vaez a ajouté que les dirigeants iraniens estiment que, si les États-Unis sont capables d’infliger des dégâts importants, ils sont mieux armés pour y résister. «Si un seul navire de guerre américain était touché par des milliers de missiles, de missiles antinavires, de drones sous-marins et de vedettes rapides, ce serait un désastre pour le président Trump. Voilà la différence», a-t-il souligné.

Toutefois, même un seul tir pour les Iraniens –bien qu’il en faille plusieurs pour endommager un navire de guerre– pourrait déclencher une offensive militaire d’une ampleur bien plus grande contre eux.

«Ils n’ont pas vraiment d’issue», estime, de son côté, Farzan Sabet, chercheur à l’Institut de hautes études internationales et du développement de Genève. «Supposons qu’ils survivent à une guerre et que le régime ne s’effondre pas. Que se passera-t-il ensuite ?», s’interroge-t-il. 

L’Iran ciblerait probablement les bases américaines dans toute la région mais les États arabes, craignant d’être pris entre deux feux, ont quasiment renoncé à tenter d’endiguer le conflit.

«Nous avons baissé les bras. Les Iraniens sont irrationnels et Trump est totalement imprévisible», a déclaré une source bien informée du Golfe, sous couvert d’anonymat.

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Départ de travailleurs tunisiens du BTP vers l’Italie

24. Februar 2026 um 12:29

Le lundi 23 février 2026, l’aéroport international de Tunis-Carthage a vu le départ d’un premier groupe de jeunes Tunisiens vers l’Italie pour entamer une expérience professionnelle dans le secteur du bâtiment et des travaux publics (BTP).

Ce départ s’inscrit dans le cadre du programme Thamm Plus – Pour une approche globale de la gouvernance de la migration et de la mobilité de la main-d’œuvre en Italie et en Afrique du Nord.

«Développer des parcours de mobilité légale sûrs, équitables et répondant aux besoins respectifs de nos marchés du travail est au cœur du Partenariat des Talents entre la Tunisie et l’Union Européenne», indique un communiqué de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). Qui souligne l’ambition commune aux deux parties de «faire de la migration un levier de développement, plutôt qu’un facteur de vulnérabilité, et bâtir des cadres de coopération gagnant-gagnant qui répondent aux aspirations des jeunes, soutiennent les besoins des économies et reposent sur les principes de solidarité et de responsabilité partagée.»

Le programme est mis en œuvre par l’OIM en partenariat avec l’Associazione Centro Elis, ainsi que l’Association italienne des constructeurs en bâtiment (Ance), en collaboration avec le ministère de l’Emploi et de la Formation professionnelle (MEFP), l’Agence nationale pour l’emploi et le travail indépendant (Aneti), et l’Agence tunisienne de la formation professionnelle (ATFP), sur financements de l’UE et du ministère italien de l’Intérieur.

On espère que tous ces acteurs institutionnels garantiront aux jeunes travailleurs une situation professionnelle stable et digne dans leur pays d’accueil et qu’ils ne se retrouvent pas dans la rue, après que leurs futurs employeurs seraient revenus sur leurs engagements, comme cela est déjà arrivé à certains d’entre eux par le passé.

I. B.   

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