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ZLECAf : la Tunisie face à l’équation africaine, paiement, logistique et transition verte

09. Oktober 2026 um 17:12

La Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) promet un marché unique de plus d’un milliard de consommateurs. Pour la Tunisie, l’enjeu n’est plus de démontrer l’intérêt du continent, mais de lever les obstacles concrets qui empêchent encore les entreprises d’en saisir les opportunités. Paiements, coût logistique, financement et organisation de l’appui à l’export constituent aujourd’hui les principaux chantiers. À cela s’ajoute une dimension émergente : la transition énergétique et l’industrialisation verte, désormais au cœur de l’agenda continental.

La conjoncture internationale fragilisée par les tensions géopolitiques et le durcissement des règles d’accès aux marchés traditionnels pousse la Tunisie à diversifier ses débouchés. L’Afrique apparaît alors comme une évidence géographique et économique. Mais cette évidence se heurte encore à des réalités opérationnelles.

Foued Guedich, président de Taste Tunisia (Agrigold International), membre du bureau exécutif de la CONECT et ancien président de la CONECT International, identifie deux freins majeurs : la logistique et le paiement.  « Ce sont les deux leviers essentiels pour améliorer nos performances à l’export vers les marchés africains », estime-t-il.

Le problème du paiement est particulièrement parlant. Dans plusieurs pays d’Afrique subsaharienne, notamment en Côte d’Ivoire et au Sénégal, la Tunisie ne reconnaît pas le franc CFA dans ses transactions. L’exportateur tunisien doit donc être réglé en euros ou en dollars. Le client d’Abidjan ou de Dakar est contraint d’acheter des devises fortes pour payer une facture, alors même que l’entreprise tunisienne a besoin de francs CFA pour se déplacer, prospecter, importer ou financer ses activités sur place.

Le PAPSS, une avancée encore inachevée

Le mécanisme PAPSS, mis en place sous l’égide de la ZLECAf, vise précisément à faciliter les virements entre monnaies africaines. La Banque centrale de Tunisie l’a adopté, ce qui constitue une avancée institutionnelle importante. Mais, souligne Foued Guedich, l’adoption ne suffit pas : les banques, en tant qu’intermédiaires agréés, doivent réellement le mettre en œuvre.

Or, à ce jour, les transactions restent limitées. Les établissements bancaires peuvent y voir une réduction de certaines commissions, alors que les opérateurs économiques y voient un outil indispensable pour fluidifier leurs échanges. Le défi est donc autant réglementaire que pratique : transformer une décision de la Banque centrale en service bancaire accessible, simple et compétitif pour les PME exportatrices.

Logistique et barrières invisibles

La question logistique constitue le second verrou. Zied Jaouadi, vice-président de la Chambre des sociétés de commerce international de l’UTICA et de la Chambre panafricaine de commerce et d’industrie, relève que la Tunisie affiche l’un des coûts logistiques les plus élevés de la Méditerranée. Le problème ne se limite pas aux ports tunisiens : de nombreuses liaisons vers l’Afrique nécessitent deux ou trois transbordements, ce qui alourdit les délais, les coûts et les risques.

À cela s’ajoutent les barrières non tarifaires. Foued Guedich rappelle que l’accès à l’Union européenne ne se résume plus aux droits de douane : les exigences liées à l’empreinte carbone et aux normes environnementales s’appliquent dès l’entrée des conteneurs. Cette tendance protectionniste renforce l’intérêt d’une stratégie africaine, mais exige aussi des entreprises tunisiennes qu’elles montent en gamme et anticipent les nouvelles règles du commerce international.

Financement et accompagnement : le maillon manquant

Pour Zied Jaouadi, le premier défi du secteur privé reste l’accès au financement. Avec des taux d’intérêt élevés, le coût du crédit pèse particulièrement sur les PME exportatrices, souvent fragiles et peu capitalisées. Le deuxième défi est logistique. Le troisième, plus structurel, concerne la réforme des organismes d’appui à l’exportation, notamment les chambres de commerce et les centres de promotion des exportations.
Son constat est net : il faut passer d’une logique de promotion à un accompagnement de long terme du développement exportateur. Cela suppose des services plus proches des entreprises, une meilleure connaissance des marchés africains, un appui juridique et commercial, ainsi qu’un suivi après l’implantation.

La solution proposée est l’implantation directe sur place, à travers des filiales ou des comptoirs commerciaux. Ce modèle permettrait de disposer de stocks sur les marchés africains, de réduire la dépendance aux transbordements et de mieux répondre à la demande locale. Encore faut-il que le financement suive et que les entreprises pensent les flux dans les deux sens : vendre, mais aussi acheter. Cette approche permettrait d’optimiser les flux financiers et de consolider la présence tunisienne en Afrique.

La transition verte, nouveau champ de la ZLECAf

La ZLECAf ne se limite toutefois pas au commerce des marchandises. La transition énergétique occupe une place croissante dans son agenda. Cynthia Gnassingbé-Essonam, conseillère principale pour l’engagement du secteur privé auprès du secrétaire général de la ZLECAf, souligne le lancement de l’Africa Green Industrialization Initiative (AGII).

L’objectif est de fédérer banques multilatérales, banques commerciales et investisseurs afin de financer des projets verts réellement bancables. La question dépasse la seule production d’énergies renouvelables : elle touche aux minéraux critiques, à la transformation locale et aux chaînes de valeur industrielles. L’exemple des véhicules électriques est révélateur : des pays comme la Zambie et la République démocratique du Congo, riches en cobalt, doivent pouvoir transformer leurs ressources au lieu de les exporter brutes.

Un protocole continental sur l’industrialisation et la politique commerciale est en préparation. Il devra intégrer la transition énergétique, les minéraux critiques et, à terme, un cadre harmonisé pour les énergies renouvelables.

Une opportunité à condition d’agir

La Tunisie dispose d’atouts pour devenir un acteur crédible dans cette dynamique : position géographique, savoir-faire industriel, expérience à l’export et intérêt croissant pour les marchés africains. Mais les promesses de la ZLECAf ne se concrétiseront pas par les seuls accords commerciaux.

Il faut activer le PAPSS, réduire les coûts logistiques, faciliter le financement des PME, réformer l’accompagnement à l’export et encourager les implantations directes. Il faut également préparer les entreprises aux exigences de la transition verte, via la mise en place des outils pratiques du commerce:  payer, transporter, financer et s’implanter  ne seront pas réellement opérationnels.

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Foued Guedich : « Le paiement interafricain est la clé pour dynamiser nos exportations »

09. Oktober 2026 um 16:59

Le potentiel du marché africain est immense pour les exportateurs tunisiens, mais son exploitation reste entravée par des difficultés logistiques et, surtout, par les dysfonctionnements du système de paiement. Foued Guedich président de Taste Tunisia (Agrigold international), membre du bureau exécutif de la CONECT et ancien président de la CONECT International, livre à L’Economiste Maghrébin son analyse de cette question.

Il estime que le paiement interafricain constitue aujourd’hui le principal chantier à activer pour concrétiser les promesses de la ZLECAf. Tout en précisant: «  La conjoncture internationale actuelle pousse la Tunisie à se tourner davantage vers l’Afrique. Le continent représente un potentiel considérable, mais son exploitation se heurte encore à deux obstacles majeurs : la logistique et le paiement. Ce sont, à mon sens, les deux leviers essentiels pour améliorer nos performances à l’export vers les marchés africains, dans un contexte international fragilisé par les tensions géopolitiques. »

Sur les barrières non tarifaires

Il souligne à cet effet: « La situation est très différente de celle que nous connaissons avec l’Union européenne. Au-delà des droits de douane, il existe aujourd’hui des barrières non tangibles, comme les exigences liées à l’empreinte carbone. Ces mécanismes ne se voient pas directement au moment du dédouanement, mais ils s’appliquent dès l’entrée d’un conteneur dans l’Union européenne. La tendance générale est clairement protectionniste. »

Sur l’intérêt des échanges interafricains, Foued Guedich met l’accent sur l’importance de mettre en place des outils concrets, en particulier des mécanismes de paiement interafricains. 

Sur le problème du franc CFA

Citant l’exemple de  la Côte d’Ivoire ou du Sénégal, deux marchés subsahariens importants pour la Tunisie.  Foued Guedich revient sur les réelles difficultés de paiement. Il indique: « La Tunisie ne reconnaît pas le franc CFA dans ses transactions. L’exportateur tunisien doit donc être payé en euros ou en dollars. Le client d’Abidjan ou de Dakar est ainsi contraint d’acheter des euros pour régler sa facture à un Tunisien. Or, paradoxalement, l’exportateur tunisien a besoin de francs CFA pour se déplacer, prospecter, importer, payer des commissions ou financer ses activités sur place. Le système bancaire tunisien ne permet pas aujourd’hui d’effectuer ces transactions en franc CFA. »

Sur le mécanisme PAPSS

« Il existe pourtant un dispositif mis en place sous l’égide de la ZLECAf : le PAPSS, qui permet les virements entre monnaies africaines. La Banque centrale de Tunisie a adopté ce mécanisme, ce qui constitue une avancée importante. Mais son adoption ne suffit pas : encore faut-il que les banques, en tant qu’intermédiaires agréés, le mettent réellement en œuvre. C’est là que se situe le problème. À ce jour, les transactions restent limitées et nous revenons, en quelque sorte, à la case départ. », poursuit-il. 

Sur les solutions à mettre en œuvre

« L’adoption du PAPSS par la Banque centrale doit désormais s’accompagner d’un effort pour convaincre les banques de l’appliquer. Certes, cela réduira certaines commissions et certains gains pour elles, mais l’enjeu est essentiel pour les opérateurs économiques, exportateurs comme importateurs. Faciliter les paiements, c’est fluidifier les exportations tunisiennes vers l’Afrique ». C’est l’un des points sur lesquels Foued Guedich demande à ce que l’on se concentre en priorité.

Et de conclure: « Au-delà du paiement, il y a les aspects douaniers et logistiques, qui sont tout aussi déterminants. La ZLECAf a le mérite d’avoir posé les bases d’un mécanisme continental, mais ces dispositifs doivent maintenant être effectivement appliqués pour que la Tunisie puisse avancer et saisir les opportunités du marché africain. »

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Vacances d’hiver : le tourisme tunisien réclame le 1er janvier

09. Oktober 2026 um 14:44

La Fédération interprofessionnelle du tourisme tunisien (FIPT) demande de prolonger les vacances d’hiver 2026-2027 jusqu’au 1er janvier 2027, au lieu du 14 au 27 décembre fixé par le ministère de l’Éducation. Dans un communiqué publié le vendredi 9 octobre 2026, l’organisation estime que ce calendrier prive les familles et les professionnels des offres de fin d’année.

Cette décision menace l’activité du tourisme intérieur, dont le pic coïncide habituellement avec les congés scolaires. Agences de voyages, hôtels, structures d’hébergement alternatif et restaurants en subiraient les conséquences, tout comme les emplois dans les régions.

La FIPT propose d’instaurer une rotation des vacances scolaires entre les cinq régions. Une telle mesure répartirait mieux la demande, notamment dans les régions de l’intérieur, allégerait la pression sur les établissements, limiterait la hausse des prix et améliorerait l’exploitation des capacités d’hébergement.

Des vacances plus longues étaleraient par ailleurs l’emploi saisonnier, très présent dans le secteur, au lieu de le concentrer sur quelques semaines, ce qui stabiliserait les revenus des travailleurs.

Inscrites dans une approche participative, ces propositions appellent au dialogue entre le ministère et les acteurs du tourisme, afin que le calendrier scolaire tienne compte des enjeux sociaux, économiques et touristiques.

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La Poste tunisienne comptait 4,7 millions d’épargnants à fin septembre

09. Oktober 2026 um 14:20

La Poste tunisienne comptait 4,713 millions d’épargnants à fin septembre 2026, représentant environ 25 % de l’épargne nationale. Ces chiffres ont été communiqués à l’occasion de la célébration de la Journée mondiale de la poste, organisée le vendredi 9 octobre à Gammarth.

Placée sous le thème « La Poste tunisienne : l’intelligence artificielle au service de l’inclusion et de la durabilité », la célébration s’est déroulée sous l’égide du ministre des Technologies de la communication, Sofiane Hemissi, en présence du secrétaire général de l’Union postale panafricaine, Sifundo Chief Moyo, du président-directeur général de La Poste tunisienne, Yassine Freïaa, ainsi que de cadres et d’agents de l’institution et de représentants de ses partenaires stratégiques.

Le choix de ce thème s’inscrit dans le cadre du plan stratégique de La Poste tunisienne pour la période 2026-2030. Celui-ci vise à renforcer l’inclusion financière, sociale et économique, à accélérer la transformation numérique et à développer l’utilisation de l’intelligence artificielle dans les services financiers et postaux.

Le plan prévoit également de soutenir le commerce électronique, de mettre en œuvre le projet « Poste verte » afin de réduire la consommation énergétique et de promouvoir le développement durable, ainsi que de renforcer les compétences des ressources humaines.

À travers ces orientations, La Poste tunisienne entend poursuivre la modernisation de ses services tout en consolidant son rôle dans l’inclusion financière et la transition numérique.

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La Tunisie officielle se porte comme un charme

09. Oktober 2026 um 13:49

Les responsables du gouvernement ont la fâcheuse tendance de mettre la poussière sous le tapis et de brosser un tableau reluisant de la situation générale dans le pays. Zouhair Attallah, chef de cabinet du ministère des Finances, qui est parmi les mieux informés des indicateurs financiers de la Tunisie, ne déroge pas à cette règle. (Photo: ministère des Finances, La Kasbah, Tunis).

Intervenant lors du 4e Forum financier arabe du Prix de Sharjah pour les finances publiques, organisé à Tunis les 6 et 7 octobre 2026, en collaboration avec l’Organisation arabe pour le développement administratif (relevant de la Ligue des États arabes) et le Département central des finances de Sharjah, sous le thème «Résilience financière et durabilité : concevoir des budgets adaptables et maximiser la valeur pour l’argent public», il a déclaré que la Tunisie a réussi — malgré les crises sanitaires, les catastrophes naturelles et l’instabilité du contexte mondial — à faire preuve de résilience, à enregistrer des taux de croissance positifs et à maintenir l’inflation, le déficit et l’endettement à des niveaux qu’il a qualifiés d’«acceptables». «Ces résultats ont été obtenus grâce aux efforts considérables déployés par les institutions publiques et à une bonne préparation pour absorber et affronter ces circonstances exceptionnelles», a-t-il précisé, selon le compte-rendu du forum diffusé sur la page Facebook du ministère, vendredi 9 octobre.

M. Attallah a également souligné la démarche de réforme engagée par le ministère à court et moyen termes, notamment à travers le renforcement des cadres juridique, institutionnel, organisationnel et humain, la consolidation des principes de bonne gouvernance, ainsi que l’amélioration de l’efficacité et de la transparence des politiques publiques.

Que de bonnes nouvelles en somme pour un auto-satisfécit que des économistes objectifs, examinant les indicateurs macroéconomiques de notre pays, trouveraient immérité.

Avec une inflation de 5,3 %, un déficit budgétaire de 5,2 %, un endettement de 82 % et un chômage de 15,2 %, pour une croissance atone d’à peine 2,5 % (chiffres officiels de 2025), on ne peut pas dire que la Tunisie se porte bien ou qu’elle est en train d’avancer sur la voie du progrès socio-économique.

Non seulement, notre pays a beaucoup régressé par rapport à ses indicateurs de 2010, mais il est en train de manger le pain de ses générations montantes en s’endettant à tour de bras. Et il ne s’endette pas pour investir dans la mise en place d’infrastructures publiques mais pour financer ses dépenses de fonctionnement, et notamment les salaires de ses 700 000 à 750 000 fonctionnaires, ni inventifs, ni productifs ni efficaces.

Non, M. Atallah, la Tunisie ne se porte pas aussi bien que vous le dites ! Interrogez les Tunisiens, qui voient leur pouvoir d’achat régresser et leurs conditions de vie se détériorer jour après jour, ils vous diront exactement le contraire.

I. B.

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Tunisie | Le maintien du taux d’intérêt à 7 % ne durera pas longtemps

09. Oktober 2026 um 13:03

L’économiste universitaire Moez Soussi a qualifié d’inattendu le maintien à 7 % du taux d’intérêt directeur de la Banque centrale de Tunisie (BCT), car il anticipait personnellement une hausse d’au moins 50 points de base — pour le porter à 7,5 % — compte tenu des indicateurs économiques nationales et internationales et des pressions inflationnistes croissantes. Ce maintien du taux d’intérêt à 7 % ne durera pas longtemps, a-t-il cependant estimé.

M. Soussi, qui intervenait sur les ondes de Diwan FM, a expliqué que ses prévisions reposaient sur divers facteurs externes et internes, notamment l’évolution du marché mondial de l’énergie, la décision d’augmenter leur taux directeur par la plupart des grandes banques centrales, ainsi que les pressions pesant sur le dinar tunisien et la hausse du taux d’inflation.

S’agissant des facteurs externes, l’économiste a souligné la hausse des prix des hydrocarbures sur le marché mondial dans un contexte d’incertitude persistante, estimant que l’évolution des prix de l’énergie pourrait accentuer les pressions sur l’économie de la Tunisie qui doit importer plus de 60% de ses besoins énergétiques.

Il a également attiré l’attention sur la tendance des grandes banques centrales à durcir leur politique monétaire, évoquant la décision de la Fed, la Réserve fédérale américaine, de relever ses taux d’intérêt de 25 points de base — les portant de 3,75 % à 4 % — ainsi que celle de la Banque centrale européenne de les augmenter de 25 points de base, pour atteindre 2,65 %.

M. Soussi a souligné que la hausse du rendement du dollar et des devises étrangères exercerait une pression supplémentaire sur les flux de devises et sur le taux de change du dinar tunisien. Selon lui, cela nécessite de ménager une marge de manœuvre accrue pour atténuer les risques de change et limiter l’impact de l’inflation importée sur les coûts de production.

Sur le plan intérieur, M. Soussi a attiré l’attention sur plusieurs indicateurs économiques et monétaires, notamment l’écart entre l’hypothèse retenue dans la loi de finances 2026 et le prix du pétrole effectivement enregistré. Les prévisions budgétaires tablaient sur un prix de 63,3 dollars le baril, alors que la moyenne réelle, sur la période allant de janvier à septembre, s’est établie à environ 94 dollars le baril.

Il a également souligné le ralentissement de la croissance économique, passée de 2,6 % au premier trimestre à 2,3 % au deuxième, estimant que la baisse de la production pourrait accentuer les pressions sur les prix.

Concernant l’inflation, M. Soussi a relevé une hausse du taux en glissement annuel à 5,6 % en septembre, contre 4,8 % en début d’année, ajoutant que l’inflation a augmenté pour le deuxième mois consécutif en août et septembre, une première depuis 2023.

En se projetant sur la période à venir, l’économiste a estimé peu probable que le taux directeur soit maintenu à 7 % pour une longue durée. Selon lui, la BCT sera contrainte, prochainement, de le relever de 50 points de base, ajoutant que cette hausse éventuelle s’inscrit dans le cadre de sa politique monétaire, consistant à préserver la stabilité des prix, à protéger le pouvoir d’achat, à soutenir la stabilité de la valeur du dinar et à renforcer la compétitivité de l’économie nationale.

Rappelons qu’un taux directeur élevé, et le 7% en vigueur en Tunisie l’est à coup sûr. Censé juguler l’inflation, il entraîne plusieurs impacts négatifs majeurs : il renchérit le coût du crédit, baisse la capacité d’emprunt, freine l’investissement, ralentit l’activité économique et, notamment, le marché immobilier.

I. B.

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15-30 ans : une génération tunisienne en salle d’attente, le départ se prépare et la facture s’annonce lourde

09. Oktober 2026 um 12:29

Chômage des jeunes à 35,4 %, diplômes sans emploi, départ envisagé par 71 % des 18-29 ans. Pour le sociologue Mamdouh Ezzeddine, la jeunesse tunisienne attend et la facture s’annonce lourde.

C’est dans une déclaration exclusive à L’Économiste Maghrébin que le sociologue livre son analyse sur la situation des 15-30 ans en Tunisie. Selon lui, cette tranche d’âge représentant la jeunesse tunisienne, censée être celle de la formation, de l’entrée dans le travail et de la construction d’un projet personnel, ressemble pour une grande partie des jeunes à une salle d’attente : celle d’un diplôme, d’un emploi, d’un logement, d’un mariage, voire du moment de partir.

Le sociologue refuse d’y voir une simple difficulté conjoncturelle. La question qui se pose, estime-t-il, est celle du devenir d’une génération lorsque l’école et le travail, voies traditionnelles d’accès à l’autonomie, ne tiennent plus la promesse d’avenir qui était la leur.

Des chiffres qui dessinent l’ampleur du problème

Les données les plus récentes donnent la mesure de cette inquiétude. Au deuxième trimestre 2026, le chômage atteignait 35,4 % chez les 15-24 ans, soit plus du double du taux observé pour l’ensemble de la population active, établi à 14,9 %. Il grimpait à 37,1 % chez les jeunes femmes. Les diplômés de l’enseignement supérieur ne sont pas épargnés : leur taux de chômage s’élève à 26,6 %, avec un écart considérable entre les femmes (35,6 %) et les hommes (14,2 %).

Pour Mamdouh Ezzeddine, ces chiffres traduisent une réalité qui dépasse le marché de l’emploi, puisque c’est l’entrée dans la vie adulte qui devient de plus en plus incertaine.

De la crise économique à la précarité

Le sociologue rappelle d’abord que le chômage des jeunes n’est pas un simple déficit de revenu. Survenant au début du parcours adulte, il retarde l’accès à l’autonomie, prolonge la dépendance à l’égard de la famille, repousse le mariage comme l’installation dans un logement indépendant et limite la capacité à se projeter sur le long terme. Cette précarité prend souvent racine dès l’école. Si la Tunisie a accompli des progrès considérables en matière de scolarisation, l’accès à l’école, souligne-t-il, ne garantit pas la réussite du parcours. D’après l’UNICEF, entre 63 000 et 100 000 enfants quittent chaque année le système éducatif à différents niveaux, et près de 30 000 d’entre eux ne trouvent aucune alternative de formation ou d’éducation. Ce décrochage constitue, selon le sociologue, l’une des premières portes d’entrée dans la vulnérabilité, car il réduit les chances d’accéder à un emploi stable et expose davantage à l’économie informelle, à la dépendance familiale ou à l’exclusion durable.

Mais la difficulté touche aussi ceux qui restent sur les bancs et décrochent un diplôme. L’éducation continue d’être présentée comme le principal levier de mobilité sociale, alors que le marché du travail ne crée pas assez d’opportunités à la hauteur des qualifications acquises. Le jeune est alors conduit à se demander à quoi sert l’effort scolaire si le diplôme ne garantit ni l’emploi ni l’autonomie. Lorsque ce doute devient collectif, précise l’expert, c’est la confiance dans l’ascenseur social qui se fragilise.

La famille joue dans ce contexte un rôle de protection déterminant, mais celui-ci a ses limites. Quand un jeune adulte reste plusieurs années dépendant de ses parents, le soutien familial peut devenir source de tensions, car l’argent, la liberté, les choix professionnels, le mariage, la migration et l’avenir deviennent des sujets de négociation permanente.

C’est à ce stade que la vulnérabilité économique commence, estime Mamdouh Ezzeddine, à produire du déséquilibre social. Le jeune n’est plus seulement privé d’emploi : il se trouve empêché d’acquérir les ressources matérielles et symboliques de son autonomie. Le sociologue parle à ce propos de « panne biographique », c’est-à-dire d’une situation où l’individu subit non seulement une interruption de sa trajectoire professionnelle, mais aussi le retard de plusieurs étapes fondamentales de son parcours de vie. L’attente cesse alors d’être un passage pour devenir un état durable.

Une salle d’attente aux places inégales

Il met toutefois en garde contre la tentation de parler d’une jeunesse homogène. La crise est fortement différenciée selon le sexe, le territoire, le milieu social et le niveau d’éducation. Les données de l’Institut national de la statistique montrent que la pauvreté frappe davantage les zones non communales et les régions de l’intérieur : en 2021, elle atteignait 37 % dans le Centre-Ouest, contre 12,7 % dans les zones communales. Les écarts se retrouvent à l’école, puisqu’en 2024 le taux de fréquentation scolaire et universitaire des 3-24 ans s’établissait à 81,1 % en milieu urbain, contre 72,1 % en milieu rural.

Les jeunes femmes illustrent une autre contradiction. Très présentes dans l’enseignement supérieur, elles peinent davantage que leurs homologues masculins à convertir leurs qualifications en emploi et en indépendance économique, ce que confirme un chômage féminin nettement supérieur.

Le sociologue évoque ainsi plusieurs jeunesses tunisiennes : celle qui quitte l’école trop tôt, celle qui obtient un diplôme sans trouver d’emploi, celle qui vit dans une région où les opportunités sont rares, celle dont le capital familial permet de prolonger l’attente et celle qui n’a même pas cette possibilité. La crise est commune, mais les moyens d’y faire face sont profondément inégaux.

Le départ se prépare : l’avenir se projette à l’étranger

Cette transformation des trajectoires trouve, selon lui, son expression la plus nette dans le désir de migration. D’après le Baromètre arabe, 46 % des Tunisiens déclaraient envisager de partir en 2023-2024, une proportion qui atteignait 71 % chez les 18-29 ans.

Mamdouh Ezzeddine juge réducteur d’expliquer ce choix par la seule quête d’un meilleur salaire. Pour une partie de la jeunesse, partir, c’est chercher une vie où le travail permet l’autonomie, où les institutions paraissent plus prévisibles et où l’avenir peut être planifié. On ne parle donc plus seulement de « fuite des cerveaux », mais d’une véritable migration des attentes, une partie du futur imaginé par les jeunes se situant désormais ailleurs. Le phénomène est d’autant plus préoccupant qu’il ne concerne pas uniquement les jeunes peu qualifiés. Une proportion importante de diplômés envisage également le départ, et le pays risque de perdre ainsi, au-delà des compétences, une part de son potentiel d’innovation et de transformation.

Sur le plan social, le sociologue appelle à la rigueur. Il serait scientifiquement abusif, avertit-il, d’établir un lien mécanique entre chômage ou pauvreté, d’une part, et délinquance, addictions ou suicide, d’autre part. Ces phénomènes résultant de facteurs économiques, familiaux, psychologiques, culturels et institutionnels étroitement imbriqués.

Il existe en revanche, observe-t-il, une relation plus générale entre vulnérabilité, perte de reconnaissance, isolement et fragilisation des perspectives d’avenir. Certaines études consacrées aux adolescents tunisiens font ainsi apparaître une consommation de substances psychoactives associée à d’autres fragilités, comme l’absentéisme scolaire, la consommation d’alcool et de tabac ou la rupture avec les cadres familiaux et scolaires. Il applique la même prudence au suicide : ni la pauvreté ni le chômage ne le « causent » mécaniquement, mais l’accumulation de l’échec, de la dépendance, de l’humiliation et du sentiment d’un avenir fermé peut constituer un terrain de vulnérabilité. La véritable question sociologique, résume-t-il, est de savoir ce qui se passe lorsque l’individu ne perçoit plus de correspondance entre ses efforts et les résultats qu’il peut raisonnablement espérer.

Du « comment réussir ? » au « comment survivre ? »

C’est là, selon lui, que se situe le cœur de la crise. Longtemps, la société tunisienne a proposé à ses jeunes un récit relativement clair : étudier, obtenir un diplôme, travailler, devenir autonome, fonder une famille et améliorer sa condition. Ce récit n’a jamais fonctionné à la perfection, mais il formait un horizon collectif dont l’efficacité symbolique semble aujourd’hui s’affaiblir.

Quand le diplôme ne garantit plus l’emploi, que l’emploi ne garantit plus l’autonomie et que celle-ci devient difficile d’accès, la confiance dans les institutions et dans les parcours traditionnels s’érode. Le jeune s’interroge alors sur l’intérêt de longues études, sur l’acceptation d’un emploi précaire, sur l’utilité d’attendre des années avant de construire sa vie, voire sur la nécessité de rester dans un pays dont l’avenir semble plus accessible ailleurs. La question centrale glisse ainsi de « comment réussir ma vie ? » vers « comment parvenir à vivre ? » Ce qui marque, pour Mamdouh Ezzeddine, le passage d’une société de la projection à une société de la survie.

Une facture économique et démographique qui s’annonce lourde

Ce basculement a un prix, que le sociologue juge bien supérieur au montant des allocations ou des programmes dédiés aux jeunes. Il faut compter d’abord l’investissement éducatif qui ne se convertit pas en activité productive, puis le chômage prolongé, synonyme d’années de travail potentiel perdues. S’y ajoutent les coûts du décrochage scolaire, de l’économie informelle, de l’exode des compétences, des problèmes sociaux et de la pression financière qui pèse sur les familles.

Il existe enfin un coût démographique. Lorsque l’entrée dans la vie adulte est retardée, le mariage et la constitution d’une famille le sont aussi, si bien que la difficulté économique finit par modifier les comportements démographiques eux-mêmes. La jeunesse devient dès lors, selon lui, un enjeu de développement national, car un pays ne peut durablement financer l’éducation de ses jeunes sans parvenir à la transformer en autonomie, en emploi et en production.

Sortir de la salle d’attente : reconstruire le passage vers la vie adulte

Pour le sociologue, la réponse ne saurait se limiter à la création de quelques milliers d’emplois ou à la multiplication de programmes temporaires. Il plaide d’abord pour une refonte du lien entre l’école et le travail, en repensant comme un système unique l’orientation, la formation professionnelle, les stages et l’acquisition de compétences réellement adaptées aux besoins de l’économie.

Le décrochage scolaire doit en outre être traité comme un problème national d’inclusion sociale, car quitter l’école ne devrait jamais signifier quitter du même coup l’éducation, la formation et toute perspective d’insertion. Le chômage des diplômés relève quant à lui d’un défaut structurel d’articulation entre l’université et l’économie : il ne s’agit pas de demander aux jeunes de réduire leurs aspirations, mais de bâtir une économie capable de mieux employer leurs qualifications.

Mamdouh Ezzeddine insiste également sur la dimension territoriale, une politique uniforme ne pouvant répondre aux mêmes difficultés dans le Grand Tunis, le Centre-Ouest, le Sud ou les zones rurales. Il appelle enfin à réintroduire la santé mentale dans les politiques publiques de jeunesse, à renforcer la prévention et à créer des espaces où les jeunes puissent exprimer leurs difficultés avant qu’elles ne se muent en ruptures. Toutes ces mesures resteront toutefois insuffisantes, prévient-il, si elles ne s’accompagnent pas d’une reconstruction de la confiance.

Le véritable enjeu : l’avenir

En conclusion, le sociologue estime que la jeunesse tunisienne ne fait pas face à une simple crise de l’emploi, mais à une crise des transitions : de l’école vers le travail, de la dépendance vers l’autonomie, de l’autonomie vers la famille et du présent vers l’avenir. Quand ces passages s’éternisent, l’attente finit par devenir une condition sociale.

Le processus, explique-t-il, est progressif : la crise économique engendre la vulnérabilité, celle-ci installe le déséquilibre et la dépendance, puis un chômage qui suspend le parcours de vie et, au bout du compte, une crise du sens. Il ne frappe pas tous les jeunes de la même manière, mais il touche assez largement la société pour devenir une question collective.

Le risque pour la Tunisie, avertit Mamdouh Ezzeddine, n’est donc pas seulement de compter davantage de chômeurs, de diplômés sans emploi ou de candidats à l’exil. Il est plus profond : qu’une génération cesse peu à peu de croire que son avenir peut se construire dans son propre pays.

Investir dans la jeunesse, conclut-il, ne revient pas à dépenser davantage pour elle, mais à rebâtir les conditions qui permettent de passer de la dépendance à l’autonomie, de l’attente à l’action et de l’incertitude à la capacité de se projeter. Car lorsque les jeunes ne parviennent plus à construire leur avenir, c’est la société tout entière qui cesse de construire le sien.

La question n’est donc plus seulement de savoir que faire pour la jeunesse, mais bien de déterminer quelle société les Tunisiens veulent bâtir pour que leurs jeunes aient de nouveau envie d’y construire leur vie.

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La Tunisie enregistre une forte baisse de la production d’olive

09. Oktober 2026 um 12:20

La saison oléicole 2026-2027 en Tunisie devrait enregistrer une baisse de la production à 200 000 ou 250 000 tonnes, presque la moitié de celle enregistrée au cours de la saison 2025-2026, qui s’est élevée à 500 000 tonnes, un record national validé par le Conseil oléicole international (COI).

Selon Midani Dhaoui, président du Syndicat national des agriculteurs (Synagri), cité par Diwan FM, ce recul de la production est principalement dû au retard pris dans la récolte des olives lors de la saison écoulée, ce qui a eu un impact négatif sur les oliviers. Aussi doit-on œuvrer à assurer le succès de la saison qui commence et surmonter toutes les difficultés pouvant survenir au niveau de la collecte.

C’est là une très mauvaise nouvelle pour les finances publiques qui risquent de souffrir, en 2027 et 2028, de la baisse des recettes d’exportation d’huile d’olive, lesquelles contribuent habituellement au rééquilibrage des balances alimentaire, commerciale et extérieure.

I. B.

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El Menzah, la promesse chinoise face au désert des stades tunisiens

09. Oktober 2026 um 11:56
En grande difficulté, la reconstruction du stade olympique d’El Menzah, confiée à une entreprise chinoise, remet en lumière l’état de délabrement avancé des équipements sportifs tunisiens. Plus qu’un chantier emblématique, le projet est un test de crédibilité pour un pays…

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Alkimia : les pertes bondissent de 23 %, les passifs dépassent 420 MDT

09. Oktober 2026 um 11:55

Le groupe Alkimia a enregistré une perte nette de 54,6 millions de dinars en 2025, malgré une progression de ses revenus de 2,1 %. Ses capitaux propres consolidés affichent un solde négatif de 244,7 MDT.

Le groupe Alkimia a clôturé l’exercice 2025 sur une perte nette part du groupe de 54,6 millions de dinars tunisiens (MDT), contre 44,4 MDT en 2024, soit une aggravation de 23 %. Ses revenus consolidés ont atteint 172 MDT, contre 168,5 MDT un an auparavant. Dans le même temps, le total des passifs a grimpé à 420,2 MDT, contre 384,4 MDT à fin 2024, tandis que les actifs ont reculé à 175,5 MDT, contre 194,4 MDT.

Ces chiffres figurent dans les états financiers consolidés arrêtés au 31 décembre 2025, qui seront soumis à l’approbation de l’assemblée générale ordinaire convoquée le 8 octobre 2026. La situation des fonds propres s’est également détériorée. Les capitaux propres consolidés sont passés d’un déficit de 190,1 MDT en 2024 à un solde négatif de 244,7 MDT en 2025. Les dettes fournisseurs ont atteint 209,5 MDT, contre 199,6 MDT un an plus tôt. Les concours bancaires et autres passifs financiers ont augmenté à 44,4 MDT, contre 40,3 MDT. À l’inverse, les emprunts non courants ont diminué à 26,9 MDT, contre 30,5 MDT en 2024.

Des charges financières en hausse

Les charges financières nettes se sont établies à 28,7 MDT, contre 25,8 MDT en 2024. Les charges d’intérêts ont progressé à 27,8 MDT, contre 25,6 MDT. Tandis que les pertes de change ont atteint 0,93 MDT, contre 0,14 MDT. Les produits des placements ont augmenté à environ 647 000 dinars, contre 218 000 dinars lors de l’exercice précédent. La perte par action s’est élevée à 13,836 dinars, contre 11,248 dinars en 2024. Le capital social du groupe s’élève à 39,47 MDT, réparti en 3 947 253 actions d’une valeur nominale de 10 dinars chacune.

Des évolutions contrastées selon les produits

Les ventes de STPP ont reculé de 10,4 %, passant de 74,2 MDT en 2024 à 66,5 MDT en 2025. À l’inverse, le carbonate de sodium (Na2CO3) a enregistré une progression de 40,5 %, avec des revenus de 33,9 MDT, contre 24,1 MDT un an auparavant. Le sulfate de sodium a généré 32 MDT, contre 33,4 MDT en 2024. Les revenus du MAP se sont établis à 32,1 MDT, contre 32,7 MDT lors de l’exercice précédent. Enfin, Alkimia Commerciale, filiale intégrée au périmètre de consolidation, a réalisé 4,37 MDT de revenus, contre 2,28 MDT en 2024. Les données de l’exercice précédent ont été retraitées en conséquence.

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Société de transport du Sahel : une perte nette de 11,32 MDT en 2021

09. Oktober 2026 um 10:23

La Société de transport du Sahel a clôturé l’exercice 2021 sur un déficit net de 11,32 millions de dinars, contre 5,99 millions de dinars en 2020. Ses états financiers, arrêtés au 31 décembre 2021, font également apparaître un recul des revenus d’exploitation, passés de 56,52 millions à 50,596 millions de dinars.

 Les comptes de la Société de transport du Sahel (STS) pour l’exercice 2021 font ressortir une dégradation du résultat net par rapport à l’année précédente. En effet, l’entreprise a enregistré une perte de 11 322 836 dinars, alors que son déficit s’établissait à 5 999 298 dinars en 2020. 

Cette évolution intervient dans un contexte de diminution des revenus d’exploitation. Ceux-ci se sont élevés à 50 596 000 dinars en 2021; contre 56 520 000 dinars un an auparavant. C’est ce qu’il ressort des données figurant dans les états financiers de la société. Les charges d’exploitation et les autres postes comptables détaillés dans les documents financiers accompagnent cette évolution du résultat annuel. Les comptes présentent également les différentes composantes des produits et des charges, ainsi que la situation patrimoniale de la Société de transport du Sahel, à la clôture de l’exercice.

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African ESG Summit : les entreprises africaines appelées à anticiper les exigences climatiques européennes

09. Oktober 2026 um 09:18

À l’occasion de la quatrième édition de l’African ESG Summit, organisé par Managers, Gérard Sié Kambiré, Managing Partner d’ESG Sustainable Finance et expert ivoirien des risques climatiques, a appelé les entreprises exportatrices africaines à intégrer les risques climatiques et les nouvelles exigences environnementales européennes dans leur stratégie. 

Rencontré lors de cet événement, Gérard Sié Kambiré souligne que la conformité à ces dispositifs constitue désormais une condition essentielle pour préserver l’accès au marché européen et renforcer la bancabilité des entreprises africaines. Il a souligné que les risques climatiques ne doivent plus être considérés comme des risques futurs ou exceptionnels, mais comme des facteurs à intégrer dans la gestion globale des entreprises.

En Côte d’Ivoire, comme en Tunisie, les cadres prudentiels spécifiques à la gestion des risques climatiques restent encore en développement. La BCEAO participe toutefois aux initiatives internationales visant à encourager les banques centrales à intégrer les stress tests climatiques et les risques environnementaux dans la supervision du secteur financier.

“Les risques traditionnels reposent principalement sur des données historiques. Aujourd’hui, les entreprises doivent également travailler sur des trajectoires et des scénarios plausibles afin d’anticiper les conséquences du changement climatique”, nous a-t-il expliqué.

Pour accompagner cette transition, Gérard Sié Kambiré estime que les gouvernements doivent accorder une attention particulière aux PME, qui sont les plus vulnérables, mais disposent rarement des ressources nécessaires pour recruter des spécialistes ou mettre en place des départements dédiés à la gestion des risques. Il préconise la mobilisation de fonds concessionnels et de mécanismes internationaux de financement climatique afin d’aider ces entreprises à renforcer leurs capacités.

Il insiste également sur la nécessité de faire de la gestion des risques une véritable culture d’entreprise. Celle-ci doit être intégrée à l’ensemble des processus internes, depuis la première ligne de défense jusqu’aux fonctions de contrôle et d’audit, y compris dans les PME qui ne disposent pas nécessairement d’une structure formelle de gestion des risques.

Évoquant sa participation à la quatrième édition de l’African ESG Summit, il a salué la qualité de l’organisation, le dynamisme des échanges et l’engagement collectif des participants en faveur d’une transformation durable des économies africaines.

« J’ai été marqué par l’énergie collective et par la volonté de promouvoir un modèle d’exportation durable. Je souhaite m’inspirer de cette expérience dans le cadre du Sommet de la finance durable d’Abidjan, prévu en mars 2027 « , a-t-il déclaré.

Pour la prochaine édition, Gérard Sié Kambiré recommande d’élargir la participation à d’autres pays africains, notamment le Togo et le Ghana, afin de faire de la Tunisie un véritable hub africain de l’ESG. Il a également insisté sur l’importance de renforcer la participation des femmes, qu’il considère comme des actrices essentielles de la transformation économique du continent.

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Guerre d’Ukraine | Un deal pétrolier au cœur des pourparlers américano-russes

09. Oktober 2026 um 08:26

Business, zones d’ombre, mélange des genres et conflits d’intérêts sont devenus la marque de fabrique de la gestion des grands dossiers internationaux par l’administration Trump.

Imed Bahri

Les négociations américano-russes visant à mettre fin à la guerre en Ukraine ne se limitent plus aux modalités d’un cessez-le-feu et au sort des territoires disputés, elles englobent désormais un accord énergétique se chiffrant en milliards de dollars dans lequel les intérêts géopolitiques s’entremêlent aux relations commerciales de la famille de Donald Trump et de ses proches. Les actifs internationaux de l’entreprise pétrolière russe Lukoil sont au cœur des négociations.

Une enquête du New York Times a révélé que les efforts de Washington et de Moscou pour parvenir à un règlement politique sont désormais liés au sort des actifs internationaux du géant pétrolier russe. Cet accord implique des investisseurs entretenant des liens politiques ou commerciaux avec la famille du président américain ainsi qu’avec ses émissaires Steve Witkoff et Jared Kushner.

Les actifs internationaux de Lukoil font saliver les Américains

L’enquête intitulé «Les pourparlers américano-russes sur l’Ukraine incluent désormais un accord pétrolier lié aux alliés de Trump» met en lumière des détails controversés indiquant que les négociations de paix sur l’Ukraine se sont élargies pour inclure un accord de plusieurs milliards de dollars portant sur l’acquisition d’un vaste portefeuille d’actifs internationaux de Lukoil, l’une des plus grandes compagnies énergétiques russes.

Ces actifs comprennent des champs pétroliers, des raffineries et des stations-service répartis dans diverses régions du monde, notamment des gisements au Cameroun, des raffineries en Europe et des stations-service dans l’État américain du New Jersey.

La société avait évalué ses actifs internationaux à environ 20 milliards de dollars plus tôt dans l’année, bien que la valeur finale de la transaction envisagée et sa structure financière ne soient pas encore précisées.

Le moment choisi pour cette opération revêt une importance particulière. L’administration Trump avait imposé des sanctions à Lukoil il y a environ un an, dans le cadre des pressions exercées sur Vladimir Poutine pour mettre fin à la guerre. Toutefois, ces mêmes sanctions ont incité l’entreprise à céder ses actifs à l’étranger, créant ainsi une opportunité d’investissement majeure pour les acheteurs en mesure d’obtenir l’aval de Washington.

Le paradoxe réside dans le fait que les sanctions, utilisées initialement pour punir Moscou, sont devenues un élément d’un mécanisme susceptible de libérer des actifs russes des restrictions américaines, augmentant ainsi considérablement leur valeur d’investissement. Ces sanctions confèrent également à Washington une influence décisive sur le processus de vente, car la conclusion de toute transaction nécessite son feu vert pour lever les restrictions pesant sur les actifs concernés.

Selon l’enquête, le président russe a évoqué cette transaction lors de sa rencontre avec Wittkoff et Kushner au Kremlin, le 5 septembre dernier, la présentant comme un moyen de démontrer que les relations commerciales avec les États-Unis demeurent possibles. Les deux émissaires américains ont répondu qu’ils œuvreraient à faire avancer le projet, d’après des personnes informées de la teneur de la réunion et citées par le journal américain sous couvert d’anonymat.

De leur côté, Wittkoff et Kushner voient dans cette opération une opportunité de renforcer la confiance avec le Kremlin et de contribuer à la baisse des prix mondiaux de l’énergie, d’autant que l’aval du gouvernement américain entraînerait la levée des sanctions sur ces actifs et une augmentation immédiate de leur valeur.

Un mélange des genres qui soulève des questions

Bien que les responsables de l’administration assurent que les émissaires du président n’ont aucun intérêt financier direct, la liste des investisseurs est dominée par des personnalités étroitement liées au premier cercle de Trump.

Le NYT signale que l’un des principaux acteurs de cette liste est un groupe d’investissement dirigé par le milliardaire américain Todd Boehly, copropriétaire de l’équipe des Dodgers de Los Angeles et l’un des grands donateurs qui soutiennent soutenues Trump. Il a fait un don d’un million de dollars au comité «Maga Inc.», qui soutient le président, en décembre 2025 et a également versé un million de dollars supplémentaires par l’intermédiaire de sa société d’investissement Eldridge Industries pour la cérémonie d’investiture de Trump.

Toutefois, l’enquête souligne l’absence de preuve indiquant que Kushner ou Witkoff détiennent une participation financière directe dans l’accord avec Lukoil ou qu’ils en tireraient un profit personnel. Néanmoins, des partenaires commerciaux de la famille Trump et de ses émissaires bénéficieraient financièrement de la conclusion de cet accord, compte tenu des liens d’investissement existants qui les unissent.

Dans ce contexte, le NYT a cité Hui Chen, ancienne procureure fédérale et experte en éthique gouvernementale, qualifiant ces enchevêtrements d’effarants et extrêmement préoccupants. Elle a affirmé que cette situation soulève des questions majeures quant à la manière dont l’administration américaine évalue les candidats aux appels d’offres et à l’influence que les intérêts personnels pourraient exercer sur l’issue du processus.

En revanche, la porte-parole de Witkoff a défendu le rôle de ce dernier, soulignant qu’il œuvre bénévolement et sans rémunération pour instaurer la paix et obtenir la libération des otages et qu’il ne présente aucun conflit d’intérêts ni participation financière dans ce dossier.

La Maison-Blanche au cœur du processus de décision

L’accord dépassant le cadre d’un simple investissement commercial, sa conclusion nécessite l’aval conjoint du gouvernement américain et du Kremlin. Si l’approbation du département du Trésor américain est indispensable pour alléger les restrictions liées aux sanctions, des observateurs avertis estiment que la décision finale se joue désormais à la Maison-Blanche.

Une porte-parole du Trésor résume cette dynamique en expliquant que le Bureau de contrôle des actifs étrangers (Office of Foreign Assets Control dit l’OFAC) met en œuvre la politique étrangère définie par la Maison-Blanche.

À Moscou, Poutine est considéré comme le décideur ultime, bien que Lukoil soit juridiquement une entreprise privée. Le NYT souligne ainsi que l’accord est tributaire d’une entente politique entre les présidents américain et russe plutôt que de relever d’une simple transaction entre vendeur et acheteur.

Washington affirme que l’implication de la Société de financement du développement international des États-Unis (DFC*) dans l’opération renforcerait la sécurité économique des États-Unis, soutiendrait la politique étrangère et réduirait les prix de l’énergie pour les consommateurs. Un responsable de l’institution a par ailleurs indiqué que cette participation pourrait également consolider la sécurité énergétique des alliés américains.

Un responsable de l’administration Trump a également précisé que Witkoff et Kushner avaient directement participé à la négociation des conditions financières de l’investissement public américain afin de garantir aux États-Unis un versement initial substantiel ainsi qu’une part des bénéfices.

Toutefois, toujours selon l’enquête du NYT, ces arguments se heurtent à la réalité du dossier. Il ne s’agit pas d’une acquisition purement américaine, il y aussi des investisseurs étrangers notamment du Moyen-Orient et donc des profits vont être logiquement générés par ces investisseurs.

Il y a également un autre problème à savoir une offre antérieure de la société américaine de capital-investissement Carlyle. Celle-ci avait conclu, en janvier dernier, un accord de principe pour le rachat d’une part importante des actifs, ce qui aurait permis une détention américaine intégrale des actifs. Le NYT rapporte que l’offre de Carlyle est toujours en attente d’approbation alors que le groupe de Todd Boehly, l’ami de Trump, a émergé comme un concurrent majeur. Si l’enquête ne démontre pas que ce sont des liens politiques et commerciaux qui ont propulsé l’offre de Boehly au premier plan, elle soulève néanmoins des questions quant aux critères de sélection entre les différentes offres, en particulier compte tenu du pouvoir décisif dont dispose la Maison-Blanche pour les approuver ou les bloquer.

*La DFC (U.S. International Development Finance Corporation) est l’institution fédérale américaine de financement du développement, créée en 2019 pour mobiliser des capitaux privés au service de la politique étrangère et de la sécurité économique des États-Unis.

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Le financement incertain des économies du Sud à l’heure de l’IA

09. Oktober 2026 um 07:52

Les géants de l’intelligence artificielle (IA) empruntent sans regarder le prix, le rendement de la dette du Trésor américain à cinq ans a dépassé 5 % et l’aide publique au développement recule comme jamais. Le Sud découvre que l’argent du monde a trouvé preneur mieux noté et plus attractif, que les réserves de ses banques centrales financent la course dont il est exclu, et que l’avenir de son financement ne s’écrira plus à New York. Il s’écrira chez lui, ou il ne s’écrira pas.

Yahya Ould Amar *

Une règle gouverne les marchés depuis qu’ils existent, et on l’enseigne encore dans les universités. Quand le prix de l’argent monte, les emprunteurs se retirent, la demande de crédit faiblit et le prix finit par redescendre. Cette règle vient de mourir sous les coups d’un emprunteur d’un genre nouveau, dont le calcul ne porte pas sur le coût du capital mais sur la survie de son empire.

Les neuf premiers hyperscalers – ce noyau des géants du numérique qui possède et bâtit les centres de données de la planète – engageront près de 830 milliards de dollars d’investissements en 2026, soit une hausse d’environ 80 % en un an. Microsoft annonce 190 milliards, Google entre 180 et 190, Amazon au-delà de 230, Meta entre 125 et 145. Les agences de notation projettent déjà 1000 milliards par an à l’horizon 2027. Aucune industrie, à aucune époque de l’histoire humaine, n’a mobilisé un tel volume de capital en si peu de temps pour un chiffre d’affaires encore à venir.

Cet effort ne se finance plus par l’émission d’actions, car les fondateurs ne partagent pas leur pouvoir. Il se finance par la dette. En sept mois, cinq groupes ont absorbé plus de deux fois l’encours total des eurobonds souverains africains, qui s’élève à 115 milliards pour 21 pays.

Pour un emprunteur engagé dans une course où le second n’existe pas, payer l’argent 5 % ou 10 % revient au même. Cinq points de plus sur 200 milliards représentent 10 milliards par an, soit une fraction de la trésorerie trimestrielle de chacun de ces groupes. La seule perte qu’ils redoutent se mesure en rang, à la survie de leur empire, pas en points de base. Face à un acheteur insensible au prix, le mécanisme d’enchères qui répartissait l’épargne mondiale ne répartit plus rien. Il adjuge.

Le rendement du bon du Trésor américain à 5 ans a dépassé 5 % un niveau inconnu depuis vingt ans. On y lit une inflation qui résiste, une offre massive de titres publics, un pétrole au-delà de 100 dollars et, pour une part désormais explicite, la demande de capital née de la course à l’IA. Ce rendement sert de plancher à tous les taux de la planète, puisque nul ne prête à Nairobi ou à Bogota moins cher qu’il ne prête sans risque à Washington, et que tout emprunt en dollars s’évalue comme ce rendement augmenté d’une prime. Lorsqu’il monte d’un point, il soulève d’un point le coût de la dette de Colombo ou de Bogota, avant même que leur propre risque soit tarifé.

Les eurobonds émis par les pays émergents, signés entre 2017 et 2021 à 5 ou 6 % arrivent à échéance et se refinanceront à 9, 10 ou 11 %. Quatre points de plus sur un milliard refinancé, ce sont 40 millions de dollars par an prélevés sur des budgets où 40 millions construisent des écoles ou des dispensaires. L’Afrique affrontera cette année un besoin de financement non couvert de près de 100 milliards de dollars.

Un pays du Sud qui doit refinancer sa dette entre 2026 et 2028 ne se présente pas devant un marché tendu, qui finit toujours par se détendre. Il se présente devant un marché occupé, qui ne libère rien tant que l’occupant n’a pas achevé la construction de ses infrastructures. La différence entre les deux fait toute la différence entre une crise et un changement d’époque.

Le mur, la facture et le retrait de l’aide

Cette occupation du marché survient au moment où les trois piliers de l’ancien financement du développement cèdent ensemble.

Le premier pilier, la dette extérieure, s’est transformé en pompe aspirante. Le rapport que la Cnuced a publié le 7 octobre 2026 indique que les pays en développement ont payé 995 milliards de dollars d’intérêts nets sur leur dette publique en 2025, près du triple de 2010. L’État médian y consacre 8,1 % de ses recettes, deux fois plus qu’il y a quinze ans. Cinquante-et-un pays, où vivent 3,7 milliards d’êtres humains, dépensent davantage pour servir leurs intérêts que pour la santé ou l’éducation. S’ils empruntaient aux conditions des économies avancées, ils économiseraient 500 milliards de dollars par an, davantage que toute l’aide publique au développement jamais versée en une année.

Le deuxième pilier, l’aide publique, se retire. L’aide des pays de l’OCDE a chuté de 23,3 % en termes réels en 2025, après un recul de 8,5 % en 2024, une contraction sans précédent dans l’histoire de l’aide au développement. L’OCDE projette une nouvelle baisse de 6,9 % en 2026, de 11,6 % pour l’aide bilatérale à l’Afrique subsaharienne et de 10,9 % pour celle aux pays les moins avancés. En trois ans, l’aide mondiale aura perdu plus d’un tiers de sa valeur réelle.

Le troisième pilier, la promesse climatique, n’a jamais été construit. Le Programme des Nations unies pour l’environnement chiffre les besoins d’adaptation des pays en développement entre 310 et 365 milliards de dollars par an d’ici 2035 – une sous-estimation manifeste en comparaison avec d’autres sources scientifiques plus crédibles. Les flux publics internationaux d’adaptation, selon l’OCDE, représentent un peu moins de 35 milliards en 2024. Les pays dont la responsabilité dans le réchauffement est infime doivent construire digues, réseaux et systèmes d’irrigation avec un argent qui n’arrive pas, pour survivre à des catastrophes climatiques devenues récurrentes.

Le Sud doit donc emprunter davantage, pour rembourser plus cher, sur un marché où le capital a déjà trouvé preneur, pendant que l’aide se retire et que le climat présente sa facture.

La Federal Reserve (banque centrale américaine) combat une inflation qu’elle impute à l’économie réelle alors qu’une part croissante vient d’une poignée de bilans. Chaque durcissement frappe la mauvaise cible. Il écrase le logement et l’investissement des entreprises ordinaires sans retarder d’un seul serveur la construction des centres de données, puisque leurs promoteurs ne regardent pas le prix.

Cette erreur de visée se propage aux banques centrales du Sud, contraintes de suivre pour défendre leur monnaie, et qui étranglent leur propre économie pour compenser une dépense dont elles ne tireront aucun bénéfice.

Solvabilité ou liquidité, le dilemme sans bon choix

Une banque centrale sait traiter une crise de liquidité. Elle prête contre de bons actifs à des institutions solides momentanément privées de trésorerie. Elle ignore en revanche comment traiter une crise de solvabilité, où les actifs ne valent plus ce qu’ils ont coûté et où aucune avance ne rendra au débiteur la richesse perdue. La bulle de l’IA prépare une crise du second type. Des centres de données amortis sur quinze ou vingt ans abritent des processeurs dépassés en trois à cinq ans. Des dettes à trente ans reposent sur des revenus dont aucun compte de résultat ne porte encore la trace à la hauteur des sommes engagées. Tout cela ne manquera pas de liquidité. Tout cela manquera de valeur.

Prêter à des insolvables prolonge l’agonie et transforme la banque centrale en caisse de garantie des mauvais paris. Refuser de prêter précipite la chute et emporte les banques, d’abord celles qui ont financé la course au Nord, ensuite celles du Sud par contagion. Entre les deux, toute banque centrale émettrice de monnaie de réserve choisira la création monétaire, c’est-à-dire la conversion d’une perte privée en impôt diffus sur tous les détenteurs de la monnaie.

Le dilemme se pose ensuite, en miroir et avec moins de moyens, aux banques centrales du Sud. Elles n’ont ni la monnaie de réserve ni la profondeur de marché qui permettent d’absorber une crise de solvabilité par la planche à billets. Fournir de la liquidité à un système devenu insolvable revient à financer la fuite des capitaux et à détruire la monnaie. La refuser à un système seulement illiquide revient à provoquer la faillite que l’on voulait éviter. La frontière entre les deux diagnostics se révèle invisible dans l’instant, et l’erreur se paie en dévaluation ou en années perdues. Le Sud n’a jamais eu le droit à l’erreur que le Nord s’accorde depuis toujours.

La fin du refuge et le second prélèvement

Dans l’ancien monde, la récession américaine venait au secours des pays émergents. Les rendements chutaient, le dollar reculait, les capitaux repartaient vers le Sud en quête de rendement meilleur. Cette respiration risque de ne plus venir. Les grandes économies développées creusent leurs déficits au même moment, le Japon et la Chine cessent d’absorber la dette américaine, et les taux longs peuvent rester élevés au cœur même d’un ralentissement. Le Sud perd ainsi le seul mécanisme automatique qui lui rendait, périodiquement, l’accès au capital.

Lorsque le pari de l’IA se dénouera, les pertes s’ajouteront à celles, encore enfouies, du capital-investissement et du crédit privé contractées au temps de l’argent quasi gratuit. Un problème de solvabilité de cette ampleur se traite par une création monétaire assumée et massive, dont la facture atterrit sur tous ceux qui détiennent des dollars. Or les économies émergentes et en développement détiennent plus de la moitié des quelque 13 000 milliards de dollars de réserves de change mondiales, dans leurs banques centrales, leurs fonds de stabilisation et les comptes de leurs exportateurs. Le Sud aura été évincé pendant la bulle et dilué pendant la purge. Deux fois prélevé dans une partie à laquelle il n’a jamais joué.

Les fonds souverains de Riyad, de Doha et d’Abou Dhabi, qui gèrent ensemble plus de 4 000 milliards de dollars, se sont fait une place au cœur de la course. MGX, le véhicule d’Abou Dhabi, compte parmi les fondateurs du programme Stargate, chiffré à 500 milliards de dollars d’infrastructures américaines. Le fonds saoudien, par sa filiale Humain, a investi trois milliards dans xAI.

L’épargne du Sud nourrit la course qui exclut le Sud. Les capitaux de la péninsule arabique financent, au Texas et dans l’Ohio, les centres de données, la rareté qui frappe Le Caire ou Lima. Aucune conférence sur le financement du développement n’a jamais déplacé des sommes comparables à celles que le Sud déplace lui-même, chaque trimestre, en direction du Nord.

L’économie comme champ de bataille

Une vieille conviction gouverne les chancelleries depuis que les nations existent. Une économie forte a besoin d’une armée forte, et une armée forte a besoin d’une économie forte. Les deux se nourrissent jusqu’au jour où l’une faiblit. Ce jour venu, la peur s’installe, et la peur d’une grande puissance qui se sent décliner constitue une menace sur la paix mondiale.

La course à l’IA appartient autant au Pentagone qu’à la Silicon Valley. Les centres de données que finance l’épargne du monde entier sont des arsenaux, et le crédit qui s’y engouffre relève du budget de la défense autant que de celui de l’innovation. Cela explique la passivité des autorités monétaires devant la bulle de l’IA. On ne modère pas un réarmement. Une banque centrale qui relèverait ses taux jusqu’à freiner la construction des centres de données serait accusée de livrer la supériorité technologique à l’adversaire, et aucune institution ne survit à une telle accusation. La hiérarchie des urgences a été renversée dans l’ombre. La stabilité financière s’efface devant la sécurité nationale, et le prix de l’argent devient une variable stratégique avant d’être une variable économique.

Le Sud global se trouve à l’autre bout de cette chaîne. Il finance, par les taux qu’il subit, une course aux armements numériques dont il ne possède ni les laboratoires ni les armées. Il en subira les retombées lorsque la peur des puissances se traduira en sanctions, en contrôles des exportations, en fragmentation des circuits de paiement et en guerres par procuration sur son propre sol.

Le Sahel, la Corne de l’Afrique et la mer Rouge savent déjà ce que signifie devenir le terrain où des grandes puissances inquiètes règlent leurs comptes. Une économie du Sud qui veut se protéger doit comprendre que sa faiblesse financière constitue désormais une faiblesse militaire, et que sa souveraineté monétaire relève de sa défense.

Il reste à comprendre pourquoi cette bulle rencontre si peu de résistance dans les opinions du Sud, alors même qu’elle les appauvrit. Des décennies de promesses non tenues, de budgets détournés, d’élections sans alternance et d’alternances sans changement ont vidé la parole des dirigeants de toute crédibilité. Lorsque l’on ne croit plus en ceux qui gouvernent, on se prend à croire en ce qui pourrait gouverner à leur place. L’IA recueille un espoir. On lui prête la capacité de détecter la fraude, de distribuer l’aide sans intermédiaire, de rendre la justice sans clientèle. Une machine réputée sans appétit paraît, aux peuples qui ont trop connu l’appétit des puissants, une promesse de probité.

Cette foi mérite le respect, car elle naît d’une blessure réelle. Mais les systèmes que l’on espère incorruptibles sont conçus et détenus par des groupes dont l’intérêt diffère de celui des citoyens de Bangkok ou de Kinshasa. Ils absorbent les données du Sud, en restituent les décisions et en conservent la valeur. Une gouvernance déléguée à des algorithmes financés par la dette que nous payons ne corrige pas l’absence de confiance envers nos dirigeants. Elle la déplace vers des maîtres plus lointains et moins comptables encore. La seule probité qui dure se construit dans des institutions que les peuples contrôlent, et aucun modèle de langage ne remplacera un parlement qui vote, une cour qui juge et une presse qui enquête.

Ce que sera le financement du développement

Le modèle qui a financé le Sud depuis un demi-siècle, une aide publique en complément, une dette extérieure en devises pour l’essentiel, et une fenêtre de marché qui se rouvrait à chaque ralentissement américain, est mort en 2026. L’aide recule, la dette aspire plus qu’elle n’apporte, la fenêtre est occupée. L’avenir du financement du développement repose sur trois déplacements, et chacun se chiffre.

Le premier déplacement va de la devise empruntée à l’épargne mobilisée. Les transferts des migrants vers les pays à revenu faible et intermédiaire ont atteint 685 milliards de dollars en 2024, davantage que l’investissement direct étranger et l’aide publique réunis, et l’Afrique en reçoit près de 100 milliards par an. L’épargne nationale brute du continent dépasse 500 milliards de dollars par an, soit plus de quatre fois l’encours de l’ensemble de ses eurobonds. Cette épargne existe, elle dort dans des dépôts à vue rémunérés en dessous de l’inflation, s’exporte vers des bons du Trésor étrangers appelés à être dilués, ou se perd dans l’immobilier improductif. On observe déjà que la dette domestique a progressé plus vite que la dette extérieure dans 62 pays sur 86.

Un pays qui place chez lui -sur son marché boursier- un dixième de son épargne annuelle lève davantage, à moindre coût et sans risque de change, que par l’eurobond signé au mauvais moment.

Le deuxième déplacement va de la dette à la rente partagée. L’IA a faim de ce que le Sud possède. L’Agence internationale de l’énergie attend un doublement de la consommation électrique des centres de données d’ici 2030, à près de 945 térawattheures, davantage que ce que consomme le Japon. La République démocratique du Congo fournit environ 70 % du cobalt mondial, le Niger et la Namibie figurent parmi les premiers producteurs d’uranium, la Guinée détient les premières réserves de bauxite. Vendre ces ressources brutes contre des dollars, puis emprunter ces mêmes dollars à 10 %, revient à payer deux fois ce que l’on possède une fois. L’enjeu consiste à exiger des participations au capital plutôt que des redevances, des contrats d’électricité à long terme libellés en partie en monnaie locale plutôt que des exportations de minerai, une transformation sur place plutôt qu’un embarquement au port, et une cotation locale des sociétés d’exploitation afin que la rente devienne un capital qui reste plutôt qu’une facture qui revient de loin. Le Sud détient ce que la bulle convoite. Il doit se faire payer en patrimoine, pas en dette.

Le troisième déplacement va de la dépendance cyclique à la profondeur institutionnelle. Les banques multilatérales de développement peuvent, par une utilisation plus audacieuse de leur capital et le recours au capital hybride, dégager plusieurs centaines de milliards de dollars de capacité de prêt supplémentaire sur la décennie sans un dollar de contribution nouvelle. Les droits de tirage spéciaux alloués en 2021, 650 milliards de dollars, sont allés pour l’essentiel aux économies riches qui n’en avaient pas besoin, et les pays à faible revenu en ont reçu moins de 4 %. Leur réaffectation vers des mécanismes de garantie en monnaie locale et des lignes de liquidité régionales vaut davantage que dix conférences de bailleurs.

Ces trois déplacements ne relèvent ni de la charité du Nord ni de la bonne volonté des marchés. Ils relèvent de décisions que les États du Sud peuvent prendre seuls, et dont la plupart ont déjà le cadre juridique. Ils supposent, en revanche, la confiance des peuples dans leurs propres institutions. Une épargne nationale ne se mobilise que vers des bourses dont les règles sont respectées. La souveraineté financière commence par la probité domestique, et la probité domestique ne se délègue à aucune machine.

Enfin, le Sud global a connu la dette comme un fardeau, puis comme un instrument. Il la découvre aujourd’hui comme un droit d’entrée dans une partie truquée, où le prix de l’argent ne mesure plus la rareté du capital mais la peur de déclin des puissances. Les économies qui comprendront les premières que la sortie se trouve dans la profondeur de leurs propres marchés, dans la rente convertie en patrimoine et dans une souveraineté financière pensée comme une ligne de défense, auront moins à craindre du jour où les emprunteurs sans limite, cesseront de payer. Les autres apprendront, une fois encore, que l’on ne négocie pas avec un marché occupé. On le quitte, ou on en construit un autre non truqué.

Économiste, banquier et financier.

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Diaspora tunisienne : le cap historique des 2 milliards d’euros franchi à fin septembre

08. Oktober 2026 um 14:58

Les Tunisiens résidant à l’étranger (TRE) confirment une fois de plus le rôle crucial de la diaspora comme pilier financier de la Tunisie.

Ainsi, à la fin du mois de septembre 2026, les transferts de la diaspora ont franchi la barre symbolique des 2 milliards d’euros (soit 6 893 millions de dinars). C’est ce que font ressortir les chiffres de la Banque centrale de Tunisie (BCT). Il s’agit d’une hausse remarquable de près de 5 % par rapport à la même période en 2025 (6 563 MDT). Les TRE injectant 330 millions de dinars supplémentaires dans l’économie nationale en seulement un an.

C’est de toute évidence, un bol d’air pour l’économie tunisienne à deux niveaux. Tout d’abord, cela constitue un soutien direct aux ménages. En effet, dans un contexte économique sous tension, ces envois de fonds soutiennent directement le pouvoir d’achat des familles restées au pays. De même qu’ils dynamisent la consommation ainsi que l’investissement, notamment dans l’immobilier.

Dans un second temps, cela renforce le matelas des réserves en devises. Au final, aux côtés du tourisme et des exportations, la diaspora demeure l’une des principales sources d’incrément en devises. Contribuant ainsi à consolider les avoirs nets du pays et à stabiliser le dinar face à l’euro, mais aussi face au dollar.

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ESG et finance climatique : Coris Holding vise l’accréditation du Fonds vert

08. Oktober 2026 um 14:33

D’abord imposée par un partenaire financier, la durabilité est désormais au cœur de la transformation de Coris Holding. C’est ce qu’a exposé son responsable durabilité, Isham Boris Sonny, lors de la 4e édition de l’African ESG Summit, le 8 octobre 2026 à Tunis.

 Le groupe bancaire transforme son modèle d’affaires pour y intégrer pleinement la finance verte et la finance climatique. Cette évolution s’accompagne d’une stratégie climat, d’une candidature à l’accréditation du Fonds vert pour le climat et de projets de produits financiers encore à l’étude. Deux obstacles freinent toutefois la démarche : l’absence de cadre réglementaire bancaire et les difficultés liées aux données.

Tout est parti de la filiale du Burkina Faso. Un financement obtenu auprès d’un partenaire international s’est accompagné d’une question inattendue : l’établissement disposait-il d’une politique environnementale et sociale ? Le sujet a surpris, une banque n’étant pas habituée à parler d’environnement. Le partenaire a expliqué qu’un établissement financier doit suivre et gérer les risques environnementaux et sociaux de ses clients, qui peuvent l’affecter directement. Il a accompagné la filiale dans la rédaction de cette politique.

Le financement obtenu, le document a été rangé dans un tiroir, son intérêt n’apparaissant pas fondamentalement. À la clôture du financement, l’évaluation a révélé que la politique n’avait pas été appliquée. Seule la liste d’exclusion, qui recense les activités à ne pas financer en raison de leurs impacts négatifs importants sur l’environnement et la société, était respectée. Pour Isham Boris Sonny, ce constat a marqué une première prise de conscience : l’établissement ne tenait pas un engagement qu’il avait pris.

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La politique a été ressortie, analysée, puis adaptée au contexte local afin d’être réellement applicable. Chaque demande de financement est désormais confrontée à la liste d’exclusion, puis soumise à une catégorisation environnementale et sociale en trois niveaux : « A » pour un risque élevé, « B » pour un risque moyen et « C » pour un risque faible. Les dossiers classés A ou B donnent lieu à une diligence environnementale. Son résultat détermine l’accompagnement proposé au client pour atténuer ses risques.

Une veille menée sur d’autres marchés a montré que la durabilité allait au-delà de la gestion des risques liés aux financements et engageait aussi des questions de responsabilité. La filiale a alors élaboré une politique de responsabilité sociétale des entreprises (RSE) autour de cinq axes : l’éthique, les clients, l’environnement et le climat, les collaborateurs, ainsi que les communautés au sein desquelles elle évolue.

Les autres filiales étant confrontées aux mêmes enjeux, ces sujets ont été portés au niveau de la holding par souci de cohérence. Une fonction durabilité y a été créée et positionnée de manière stratégique. Elle s’inscrit dans le plan stratégique 2025-2027, dont la durabilité constitue un axe fort. Isham Boris Sonny situe à ce stade le début de la transformation réelle du groupe. Le changement climatique, sujet nouveau et technique pour les équipes, a conduit le groupe à se faire accompagner, convaincu qu’il ne pourrait réussir seul. L’enjeu est de le traiter sous l’angle des risques comme des opportunités. Sur le premier volet, l’évaluation de l’exposition du portefeuille aux risques climatiques est en cours. Sur le second, une stratégie climat a été développée et se concentre désormais sur trois domaines : la transition énergétique, l’agriculture durable, ainsi que les villes, la mobilité et les infrastructures durables.

Le Fonds vert de l’ONU en point de mire

Coris Holding a également engagé un processus d’accréditation auprès du Fonds vert pour le climat, que son responsable présente comme le plus gros fonds climatique international. La candidature a été soumise le mois dernier. Le groupe espère obtenir l’accréditation en 2027, afin d’accompagner les économies des pays où il est présent. Le groupe affiche l’ambition de lancer, vraisemblablement en 2027, un produit de finance verte. Une réflexion est par ailleurs en cours sur les green bonds. Convaincu qu’il devait lui-même se montrer exemplaire avant de formuler des attentes envers ses clients, Coris Holding a commencé à travailler sur la quantification de ses émissions de gaz à effet de serre. L’exercice, reconnaît l’intervenant, n’est pas simple, et le groupe entend se conformer aux standards internationaux.

Au final, Isham Boris Sonny identifie deux défis. Le premier est l’absence, à ce stade, de réglementation bancaire encadrant ces sujets sur son marché, contrairement à d’autres. Il sait qu’elle viendra, mais aucun texte n’existe pour l’instant. Le second concerne les données, dont la disponibilité et la qualité posent de réelles difficultés, aussi bien en interne qu’en externe.

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Sahar Mechri à l’African ESG Summit : « La durabilité est devenue un argument de compétitivité »

08. Oktober 2026 um 13:49

À Tunis, le 8 octobre 2026, Sahar Mechri, directrice exécutive de Managers, a ouvert la quatrième édition de l’African ESG Summit. Son constat est direct : le risque climatique « s’est conjugué au présent » cet été. Et la preuve environnementale devient désormais un enjeu majeur de compétitivité pour les entreprises.

Après trois éditions consacrées à une menace abordée « au futur », la responsable a affirmé que les acteurs économiques n’ont plus à entendre le risque en conférence : ils l’ont vécu sur le terrain. Rappelant que le sommet vise à outiller les entreprises plutôt qu’à répéter l’existence des périls, elle a souligné que le prix, la qualité et le délai ne suffisent plus. « Il y en a désormais un quatrième, la preuve en est », a-t-elle insisté, en articulant son propos autour de trois axes : la valeur, la donnée et la traçabilité.

Sahar Mechri estime en effet que la durabilité n’est pas « un geste pour la planète que l’on ferait à perte », mais un argument de compétitivité. Elle précise qu’une entreprise capable de prouver son empreinte carbone protège ses parts de marché, accède plus facilement aux financements verts et conserve sa place dans des chaînes de valeur en pleine recomposition. Elle souligne aussi qu’il ne s’agit plus d’une simple exigence européenne, citant la Chine, le Brésil et le Nigeria, qui adoptent à leur tour des normes de reporting de durabilité.

La donnée, « monnaie d’échange »

Pour la responsable, la donnée est devenue une monnaie d’échange dans les chaînes de valeur. Les grands donneurs d’ordre, engagés sur des objectifs climatiques, dépendent directement des chiffres de leurs fournisseurs et de la traçabilité de leurs produits. En Europe, huit entreprises sur dix intègrent déjà des critères ESG dans la sélection de leurs partenaires, faisant de leurs achats le premier levier de réduction des émissions indirectes. Sahar Mechri y voit non une contrainte subie, mais un pouvoir de négociation : le fournisseur qui maîtrise ses données « ne subit plus le cahier des charges », il le discute.

La troisième conviction, qu’elle juge la plus décisive, tient en une formule : « Demain, on ne vous questionnera plus. On vous classera. » S’appuyant sur la directive européenne sur le devoir de vigilance révisée cette année, elle rappelle que les donneurs d’ordre concentreront leurs contrôles là où le risque est le plus probable. Faute de données publiées, « ce sont des moyennes qui parleront à votre place », au détriment des champions sectoriels du textile, du cuir ou de l’agroalimentaire. Si le risque n’est pas maîtrisé, les sanctions sont claires : l’absence de contrats ou la suspension des relations d’affaires. La traçabilité devient ainsi la véritable carte de visite des exportateurs.

Face à ces défis, les travaux de la journée, axés sur la décarbonation, la traçabilité et le financement, entendent apporter des réponses opérationnelles. Loin d’un simple lieu de constat, l’événement vise à faire émerger des solutions concrètes portées par les PME et startups locales, notamment à travers les rencontres B2B et la remise des Sustain’Awards. Revendiquant l’absence de chiffres d’affichage, Sahar Mechri a rappelé que l’édition précédente avait généré 60 transactions issues de 149 rendez-vous qualifiés. Elle a enfin mis en avant la dimension sociale de la valeur, illustrée par le hackathon mené avec STAR Assurances autour du sport comme levier d’inclusion.

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ESG et logistique : anticiper ou payer le prix de la conformité

08. Oktober 2026 um 13:09

Au panel « Chaîne de valeur, traçabilité, logistique : les nouvelles règles d’accès aux marchés »  dans le cadre de la quatrième édition de African ESG Summit, qui se tenait ce 8 octobre 2026, les intervenants plaident pour l’anticipation, la fin des kilomètres à vide, un tissu économique structuré et un cahier des charges sur l’énergie et les bornes de recharge. L’électrification des flottes est rentable, si le mix énergétique est en partie renouvelable et l’infrastructure au rendez-vous.

Les intervenants ont décrit des donneurs d’ordre européens en quête de données et d’attestations. De même, ils ont souligné le coût de cette conformité, l’absence de stratégie claire en Tunisie et le rôle de l’électrification des flottes. La modératrice Douja Gharbi, CEO de RedStart Tunisie, a ouvert les échanges en rappelant la nouvelle édition d’un indice de capacité productive couvrant 195 économies, où la Tunisie occupe le 99e rang mondial, le 5e africain et le 1er nord-africain, avec des points forts dans les TIC, le changement structurel, l’énergie et le capital humain, et un point faible dans le transport.

Pour Famke Schaap, consultante Sustainability & Supply chains chez Hyacint Consult, basée à Bruxelles, la pression sur les données est devenue, même en Europe, une charge administrative. Les entreprises européennes demandent à leurs partenaires des informations issues du reporting de durabilité, comme le nombre d’employés, ainsi que des preuves d’actions. Dans la logistique, la demande porte à la fois sur les émissions et sur les efforts pour les réduire.

Elle l’a illustré par un cas suivi lors d’une longue collaboration avec Samsung Electronics : en 2023 et 2024, Carrefour a poussé le groupe à rendre compte non seulement de son impact, mais aussi de ses réductions d’émissions, auprès de l’initiative Science Based Targets. La mise en place du management et des processus a pris environ deux ans, sous une pression devenue commerciale, l’absence de reporting faisant courir au groupe le risque de perdre sa place sur le marché. Samsung Electronics effectue désormais ce reporting.

Travaillant surtout avec des entreprises de la tech et des minerais comme le cobalt, Famke Schaap observe que les exigences climatiques, environnementales et sociales sont reportées vers l’amont de la chaîne. Les mines utilisent beaucoup de transport routier au pétrole, si bien que les émissions du scope 3 sont les plus lourdes dans les pays d’où l’Europe s’approvisionne. Constatant un intérêt croissant pour un travail commun en faveur des énergies renouvelables, elle a demandé s’il existait en Tunisie des partenariats où des entreprises européennes financent de telles améliorations. Tout en rappelant que, selon la législation européenne, les PME ne doivent pas être affectées de manière disproportionnée.

Une chaîne logistique émettrice, des coûts à la charge des entreprises

Nabgha Salem, PDG de Vectorys, a détaillé la chaîne entre la Tunisie et l’Europe : enlèvement chez le client, traversée vers Marseille ou Gênes, passage par un entrepôt de cross-docking, puis livraison, chaque maillon contribuant aux émissions. Vectorys investit depuis une quinzaine d’années dans des caisses mobiles pouvant voyager sur navire puis sur train, pour éviter de longs trajets de tracteurs. Depuis 2024, les navires ont mis en place un système de réduction de leur soufre. Ce qui passe par des taxes et impose de choisir les armateurs au meilleur taux. Les clients européens de Vectorys réclament des attestations annuelles de réduction du taux de carbone liées à ses flux.

Elle estime que la Tunisie est « très loin », faute de stratégie claire, ce qui touche les moyens, l’infrastructure et toute la chaîne de valeur, avec des coûts pour l’entreprise. Elle voit un contraste entre le business et l’exigence environnementale : les navires mettent 24 à 36 heures pour rejoindre l’Europe, mais il est demandé de faire de l’express et des livraisons en 48 heures. Elle a rapporté le cas d’un tracteur resté allumé une journée dans un port pour embarquer.

Transporteur, elle aide les exportateurs par le conseil : plus l’opération est planifiée et anticipée, plus le taux de carbone baisse, notamment en évitant les kilomètres à vide, qui sont une perte pour le client comme pour le transporteur. D’après la PDG, la sensibilité des clients dépend de la taille de l’entreprise et de la présence de partenaires étrangers exigeant la conformité ESG, une démarche « pas encore très répandue ». Les entreprises qui exportent régulièrement sont concernées, l’exigence étant entrée dans leur quotidien. Pour les autres, sans politique ni stratégie d’État, l’avancée sera difficile, les entreprises pensant d’abord à leur survie.

Traçabilité des fournisseurs et conformité

Interrogé sur les exigences imposées aux fournisseurs et transporteurs, l’intervenant a indiqué que l’objectif n’était pas encore atteint, mais que son entreprise demandait la traçabilité des fournisseurs, surtout sur l’authenticité de la matière, et cherchait des fournisseurs plus proches, sans se limiter au prix. À ses yeux, l’empreinte n’est pas que carbone, mais environnementale. Et le tissu économique tunisien doit encore être structuré. La traçabilité classique est renforcée par les exigences du CMF, la société étant cotée en Bourse et tenue de matérialiser sa matérialité ESG. Les fournisseurs étant dictés par le groupe, aucun problème culturel ne se pose face aux nouveaux critères, l’image de la franchise de marques premium devant être respectée.

Les actions de la SFBT

Oussama Ghariani, Directeur Supply Chain du Groupe SFBT, a mis en avant la lutte contre les kilomètres à vide, avec des camions et des circuits optimisés. Le groupe privilégie la durabilité à long terme, même quand les camions coûtent plus cher, et dispose de sociétés de transport internes. Les efforts sur la consommation d’énergie et d’eau passent par la maintenance, les processus et la technologie du matériel, et sont menés avec la direction technique du groupe et d’autres cabinets d’études. Un objectif exigeant est fixé à trois ans. Sans communiquer d’indicateur exact, le directeur a évoqué des baisses d’au moins 15 à 18 % par rapport à la consommation passée.

Il affirme que les entreprises tunisiennes en sont à la conformité minimale; alors que l’Europe encourage ses entreprises et que la Chine le fait davantage encore. Il a cité Porsche, qui aurait quitté le pôle ESG de Volkswagen pour s’allier à un partenaire chinois, faute de moyens de relever le défi des émissions de CO2 au sein du groupe allemand.

L’électrification : rentabilité, frein d’infrastructure, mesures publiques

Interrogé sur la rentabilité de l’électrification des véhicules utilitaires, Mohamed Chedli El Fahem, Deputy CEO de BYD Tunisie, l’a jugée très rentable pour les livraisons et les flottes B2B; et ce, à condition que le mix énergétique comporte du renouvelable. La Chine repose désormais à 80 % sur le renouvelable. Tandis que l’Europe exige des produits importés une empreinte carbone maîtrisée. Ce qui pousse les écosystèmes des pays exportateurs, a-t-il précisé.

Sur l’autonomie vers le sud, il a expliqué que les bornes s’installent avec des moyens propres et que l’écosystème n’est pas au top. Selon lui, il manque un cahier des charges incitant à investir dans la production d’énergie et les bornes. Cela constitue donc un frein. Des partenaires pétroliers fournissent l’électricité gratuitement aux clients. Côté public, il a cité des droits de douane ramenés à zéro, une taxe baissée de 19 % à 7 % et une subvention du véhicule électrique de l’ordre de 40 %. Il reste du chemin, notamment pour investir dans l’énergie et la stocker, maillon présenté comme le plus important pour une logistique compétitive et pour faire de la Tunisie une plateforme d’export.

Avant toute vente, BYD propose aux clients B2B un audit du parc, un calcul du coût total de possession (carburant, entretien, taux d’exploitation) et une mesure des émissions de CO2, indicateur suivi par l’entreprise, a-t-il décrit. Le groupe annonce chaque mois, à l’échelle mondiale, les millions de tonnes de CO2 évitées, avec pour vision de faire baisser la température du monde d’un degré. La transition peut être graduelle : pour un périmètre de 200 kilomètres, le Deputy CEO estime que 80 % des flux peuvent être couverts avec des bornes installées sur les lieux de travail et au domicile. Au-delà de 300 kilomètres par jour, BYD conseille pour l’instant l’hybride rechargeable, en attendant que l’infrastructure soit au point. L’électrique fait gagner 80 % du budget énergétique, contre 50 % pour l’hybride rechargeable conclut-il.

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L’Italie à l’honneur au BigTech Africa 2026 à Tunis

08. Oktober 2026 um 12:49

L’intelligence artificielle, la cybersécurité, le cloud, l’innovation industrielle, les startups, les investissements et la coopération technologique seront au cœur de la troisième édition de BigTech Africa, organisé par TPM Events sous le patronage du ministère des Technologies de la communication, qui se tiendra les 13 et 14 octobre 2026 à la Cité de la Culture de Tunis.

L’événement se veut une plateforme panafricaine dédiée à la transformation numérique, aux investissements et à la coopération technologique.

Selon TPM Events, l’édition 2026 table sur 4 000 participants qualifiés, 100 experts et intervenants, 40 investisseurs internationaux et des représentants de 20 pays, avec un programme comportant un millier de rencontres B2B.

Parmi les thèmes abordés figurent l’IA souveraine, la cybersécurité, le cloud africain, la GovTech, la FinTech, la GreenTech, l’Industrie 4.0 ainsi que la confrontation entre l’IA générative et la DeepTech industrielle.

L’ICE-Agenzia (Agence italienne pour le commerce extérieur) sera présente avec un «Punto Italia» (Espace Italie) dédié à la promotion de l’écosystème national de l’innovation ; y seront présentées des initiatives telles que Labinnova, Terna Innovation Zone et Innovatech, ainsi que les activités d’incubateurs et d’accélérateurs italiens. Cet espace prévoit également des temps forts consacrés à la formation, au réseautage et à la présentation de projets et de compétences issus du système italien.

Le 14 octobre, de 14h25 à 15h25, la scène principale («Main Stage ») accueillera une table ronde intitulée «L’Italie comme pont pour l’innovation Italie-Afrique : dialogue entre institutions, innovation en entreprise et écosystème des startups», modérée par Bernard Prevete, directeur du bureau de l’ICE à Tunis. Parmi les intervenants figurent notamment Paolo Anselmo (président de l’Italian Business Angels Network), Luigi Giorgi (Terna), Marco D’Angelo (InnovUp et beeco), Francesco Gavanna (Fintech District) et Viera Schioppetto (CIES). Le débat portera sur l’établissement de partenariats entre l’Italie et l’Afrique dans les domaines du mentorat, de l’investissement, de l’incubation et du transfert de compétences.

Cette présence italienne s’inscrit dans le cadre d’un événement visant à faire de Tunis un carrefour entre les écosystèmes technologiques africains, européens et internationaux, en favorisant la mise en relation d’institutions, d’entreprises, de startups, d’investisseurs et de centres d’innovation.

Pour l’Italie, BigTech Africa constitue ainsi une opportunité de renforcer la coopération économique et technologique avec la Tunisie et, plus largement, avec les marchés africains émergents dans le secteur de l’innovation numérique.

I. B.

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Semaines décisives pour les quotas de capture des crevettes rouges par les pêcheurs tunisiens   

08. Oktober 2026 um 12:17

Des semaines décisives s’annoncent pour la filière halieutique tunisienne dans ses relations avec l’Union européenne (UE). Du 26 au 30 octobre 2026, la Tunisie participera à Rome à la 49e session de la Commission générale des pêches pour la Méditerranée (CGPM), chargée de définir de nouvelles mesures de gestion des stocks et de contrôles européens des quotas de crevettes rouges. Parallèlement, une délégation de l’UE est attendue en Tunisie le 16 novembre prochain; en prévision de cette visite, les contrôles et les travaux ont été intensifiés dans les ports de pêche de Sousse et de Hergla.

Le premier dossier concerne la crevette rouge dans le canal de Sicile. La recommandation CGPM/48/2025/9 a prorogé pour 2026 la période transitoire du plan pluriannuel de gestion dans les sous-zones 12 à 16, réduisant de 3 % les limites de capture pour la crevette rouge géante (Aristaeomorpha foliacea) et la crevette violette (Aristeus antennatus).

Les captures tunisiennes en question

Pour la Tunisie, la limite fixée pour 2026 concernant la crevette rouge géante est de 36 000 kilogrammes. Selon une note d’information du ministère italien de l’Agriculture, le quota était déjà épuisé le 15 mai, alors que les certificats de capture tunisiens enregistrés sur la plateforme européenne Catch atteignaient par la suite un total d’au moins 50 960 kilogrammes, soit 41,5 % au-delà du plafond autorisé. Le ministère italien (Masaf) a donc appelé les opérateurs italiens à ne pas accepter de lots issus de captures dépassant la limite internationale.

Les échanges se poursuivront également sur le plan scientifique. Une réunion technique consacrée à la préparation des données sur la crevette rouge de profondeur en Méditerranée centre-orientale est prévue du 9 au 11 novembre au siège de la FAO à Rome ; elle sera suivie, du 11 au 14 novembre, d’une réunion sur les stocks de Méditerranée centrale.

Le volet sanitaire constitue un autre dossier important, distinct de celui des quotas mais crucial pour l’accès au marché européen.

Selon Diwan FM, citant Samir Mhiri (responsable de la production animale au Commissariat régional au développement agricole de Sousse), une délégation de l’UE est attendue en Tunisie le 16 novembre. En amont de cette visite, les inspections dans les ports de Sousse et de Hergla ont été intensifiées afin de vérifier les conditions d’hygiène et de salubrité, ainsi que l’état des marchés de gros et des équipements.

À Sousse, des travaux sont en phase d’achèvement concernant les sols, le système d’évacuation des eaux usées, les chambres froides et l’installation de production de glace alimentaire.

A Hergla, le marché a repris son activité, mais la procédure d’agrément vétérinaire reste à finaliser. Ces interventions s’inscrivent dans le cadre d’une mise aux normes plus large de la filière tunisienne, conformément aux exigences sanitaires applicables aux produits destinés à l’exportation.

L’Italie, principal débouche des produits de pêche tunisiens

Les enjeux économiques sont considérables. Au cours des sept premiers mois de 2026, la Tunisie a exporté 18 400 tonnes de produits de la pêche pour une valeur de 422,3 millions de dinars (127 millions d’euros). L’Italie demeure le principal débouché, absorbant 34 % des exportations, suivie de l’Espagne avec 12 % ; ensemble, ces deux pays représentent 46 % des exportations tunisiennes de produits de la pêche.

Ces deux dossiers restent toutefois distincts : le différend concernant la crevette rouge porte sur les quotas de pêche, la durabilité des stocks et la traçabilité via le système Catch, tandis que la visite en Tunisie du 16 novembre concerne, selon les informations disponibles à ce jour, la conformité sanitaire et vétérinaire de la filière. Tous deux ont néanmoins une incidence sur la capacité de la Tunisie à maintenir un accès régulier de ses produits de la pêche au marché européen.

D’après Ansa.

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