Le 22 septembre à Tunis, Arabsat et China Great Wall Industry Corporation (CGWIC) ont signé le contrat d’Arabsat-50. Derrière la célébration des 50 ans de l’opérateur arabe se joue une première pour l’industrie spatiale chinoise : il s’agit de son premier projet d’exportation d’un satellite de télécommunications complet vers le marché du Moyen-Orient.
La signature, passée relativement inaperçue en Tunisie, prend une autre dimension à la lecture des sources chinoises et de la presse spatiale internationale. Le contrat prévoit une solution complète fournie par la Chine : conception et fabrication du satellite, puis lancement et mise en orbite. Le satellite sera développé par la China Academy of Space Technology sur la plateforme DFH-3E, tandis que son lancement est prévu à bord d’une Longue Marche 3B depuis le centre spatial de Xichang.
La Chine franchit un cap commercial au Moyen-Orient
Arabsat-50 doit fournir des services en bande Ku pour les communications fixes et la diffusion audiovisuelle. Sa couverture s’étendra à l’Europe, au Moyen-Orient et à l’Afrique du Nord. Le satellite est notamment destiné à renforcer la continuité des services de télévision directe à domicile depuis la position orbitale de 26° Est, tout en offrant des capacités de secours à la flotte d’Arabsat.
L’importance du contrat dépasse donc le seul remplacement ou renforcement d’un satellite de la flotte Arabsat. Selon la communication chinoise, Arabsat-50 est le premier achat par l’organisation arabe d’un satellite de télécommunications chinois et constitue surtout le premier projet chinois d’exportation d’un satellite de télécommunications complet vers le marché moyen-oriental.
Pour Pékin, le contrat illustre la volonté de transformer son offre spatiale en produit d’exportation intégré. CGWIC, branche commerciale internationale de l’industrie spatiale chinoise, commercialise à la fois les satellites chinois et les services de lancement. La Chine a déjà livré des satellites de télécommunications à d’autres clients étrangers, notamment au Pakistan et à l’Algérie, mais le contrat Arabsat marque une nouvelle étape par son entrée sur le marché satellitaire moyen-oriental avec un opérateur régional majeur.
Pourquoi la signature a eu lieu à Tunis
La Tunisie n’est pas le client du satellite. Elle a toutefois servi de cadre à cette signature, organisée le 22 septembre dans le contexte du 50e anniversaire d’Arabsat et du 26e Festival arabe de la radio et de la télévision. La cérémonie s’est tenue en présence notamment de représentants diplomatiques arabes en Tunisie.
Ce choix donne à Tunis une visibilité particulière dans une opération qui rapproche deux acteurs majeurs des télécommunications spatiales : une organisation interarabe basée à Riyad et une entreprise chinoise chargée des exportations commerciales de l’industrie spatiale de Pékin.
Pour Arabsat, Arabsat-50 doit accompagner les besoins futurs en capacité Ku et améliorer la résilience de sa flotte. Pour la Chine, le contrat ouvre surtout une nouvelle référence commerciale sur le marché moyen-oriental. Et pour la Tunisie, la signature rappelle que ses rendez-vous internationaux peuvent aussi servir de cadre à des opérations industrielles et technologiques dépassant largement le seul marché tunisien.
Le président américain Donald Trump a accueilli en grandes pompes à la Maison Blanche, Xi Jinping, pour un sommet fastueux, riche en symboles mais pauvre en substance.
« Trump et Xi ont beaucoup parlé, mais ont obtenu peu de choses, à moins de considérer comme une percée majeure l’annonce par le président chinois de l’envoi de deux pandas géants au zoo d’Atlanta », ironise le magazine américain Foreign Policy, résumant ainsi l’impression laissée par le sommet sino-américain.
Rapports de force
Washington et Pékin ont certes décidé de prolonger leur trêve commerciale jusqu’au 10 janvier – sachant que les deux superpuissances avaient décidé en octobre 2025 de mettre fin à une surenchère de droits de douanes et de mesures commerciales restrictives, qui avait secoué toute l’économie mondiale -, mais l’accord semble davantage confirmer le rapport de forces actuel qu’ouvrir une nouvelle étape dans les relations entre les deux pays.
D’ailleurs, une partie de la presse américaine estime que Pékin serait même parvenu à imposer ses conditions à un Donald Trump affaibli sur deux fronts : à l’extérieur, par une guerre contre l’Iran qui s’enlise sans issue claire; et à l’intérieur, par une érosion sensible de sa cote de popularité, à quelques mois de midterms qui s’annoncent particulièrement périlleuses pour le président américain.
A part la décision de prolonger la trêve commerciale jusqu’au 10 janvier, les observateurs ne s’attendent guère au terme de cette visite à une percée sur les autres dossiers épineux, qu’il s’agisse de l’intelligence artificielle ou de l’accès aux terres rares chinoises. Pas davantage de coup d’éclat en perspective sur les sujets diplomatiques les plus sensibles, notamment le soutien militaire américain à Taïwan ou encore le rapprochement stratégique entre Pékin et Téhéran.
Faste protocolaire
Pourtant, lors de cette visite officielle de Xi Jinping aux États-Unis, du 23 au 25 septembre – la première visite du président chinois à la Maison Blanche depuis plus de dix ans et sa troisième rencontre avec Donald Trump depuis que ce dernier est revenu au pouvoir, deux autres pouvant suivre avant la fin de l’année, lors du sommet de l’APEC en Chine et du G20 en Floride -, rien n’a été épargné pour épater « l’empereur rouge » : accueil solennel sur le tarmac, militaires en grande tenue d’apparat, fanfare, fleurs et survol de bombardiers, dîner d’État, entretien privé autour d’un thé, visite des Archives nationales… Tout a été pensé pour soigner les apparences et marquer le caractère exceptionnel de la visite. Donald Trump espère sans doute reléguer un temps au second plan ses grandes difficultés politiques, tout en satisfaisant son goût du faste protocolaire.
En effet, jeudi 24 septembre, Xi Jinping a eu droit à toute la pompe d’une visite d’État. Une nouvelle cérémonie d’accueil militaire s’est tenue à la Maison Blanche, ponctuée de salves de canon et du survol spectaculaire d’un bombardier B-2, escorté par des chasseurs F-22 Raptor. Le président chinois a ensuite été convié à un dîner de gala réunissant quelques-unes des figures les plus influentes de la tech américaine, parmi lesquelles Sam Altman, patron d’OpenAI, Jensen Huang, dirigeant de Nvidia, et Elon Musk, à la tête de Tesla et SpaceX.
Et que dire du geste protocolaire rarissime : un président américain ne se déplace presque jamais pour accueillir un dirigeant étranger à l’aéroport, d’ordinaire, les chefs d’État étrangers en visite aux États-Unis sont accueillis sur le tarmac par des responsables d’un rang inférieur et ne rencontrent le président américain qu’à leur arrivée à la Maison Blanche. Mais Donald Trump l’a fait mercredi 23 septembre pour accueillir son homologue chinois à son arrivée sur le sol américain, bousculant les usages diplomatiques. Une attention particulière envers celui qu’il présente lui-même comme un dirigeant avec lequel il entretient des « affinités particulières » là où Xi Jinping aborde leur relation avec plus de pragmatisme.
D’ailleurs, n’est-il pas curieux de constater que le milliardaire républicain semble cultiver des « affinités particulières » avec les dirigeants « à poigne » tels le leader maximo nord-coréen Kim Jong-un ou encore Vladimir Poutine, le maître du Kremlin ?
Ces sujets qui fâchent
Toutefois, Pékin et Washington restent confrontés à de multiples sujets de friction. De l’Iran à Taïwan, revendiqué par la Chine mais soutenue militairement par les États-Unis, en passant par l’accès aux minerais stratégiques chinois et la course effrénée à la suprématie dans l’intelligence artificielle, les dossiers de confrontation ne manquent pas entre les deux puissances.
Mais c’est Taïwan qui est le principal sujet de discorde. Ainsi, lors d’un entretien bilatéral jeudi avec son homologue américain, Xi Jinping a exhorté les États-Unis à s’opposer à « l’indépendance de Taïwan ». En effet, la Chine revendique Taïwan, comme faisant partie intégrante de son territoire et n’exclut pas le recours à la force pour en prendre le contrôle.
Rappelons qu’en signe d’apaisement sur ce sujet épineux, Donald Trump avait déclaré après sa visite à Pékin au printemps qu’il suspendait une commande d’armes à Taïwan d’une valeur d’environ 14 milliards de dollars, une décision qui avait suscité l’inquiétude de Taipei, et même de certains républicains proches du président. Ce geste de bonne volonté de la part de Washington serait-il le reflet d’un rapport de force qui aurait basculé en faveur de l’Empire du Milieu ?
Le sommet entre Donald Trump et Xi Jinping à Washington s’est déroulé jeudi 24 septembre sous le signe d’une volonté affichée de stabiliser les relations sino-américaines. Les deux dirigeants ont évoqué le commerce, l’intelligence artificielle et les relations économiques bilatérales.
La rencontre entre Donald Trump et Xi Jinping à la Maison-Blanche, jeudi 24 septembre, a confirmé la volonté des deux premières puissances économiques mondiales de maintenir un dialogue direct, malgré des divergences persistantes sur le commerce, les technologies, Taïwan et les conflits au Moyen-Orient.
À l’issue de leurs échanges, Xi Jinping a appelé Washington et Téhéran à régler leurs différends « le plus rapidement possible » par la négociation, selon des propos rapportés par l’agence Chine nouvelle. A noter au passage du reste que les États-Unis et l’Iran ont engagé des contacts diplomatiques après plusieurs mois de confrontation.
Le président chinois a également insisté sur la nécessité pour Washington et Pékin d’éviter toute confrontation, appelant les deux pays à « coexister en paix » et à maintenir un dialogue régulier entre leurs forces armées afin de renforcer les mécanismes de prévention des crises…
Les États-Unis et la Chine ont conclu en 2025, rappelons-le, une trêve commerciale dont la prolongation constitue l’un des principaux enjeux du sommet. Les discussions portent notamment sur les droits de douane, les exportations américaines vers la Chine, les produits agricoles et les matières premières stratégiques.
Le commerce reste au centre de la relation
Au-delà des dossiers géopolitiques, les intérêts économiques occupent une place centrale dans la relation entre Washington et Pékin. Les deux pays cherchent à éviter une nouvelle escalade tarifaire qui pourrait affecter les chaînes d’approvisionnement mondiales.
Les discussions préparatoires ont notamment porté sur une possible réduction des droits de douane appliqués à certains produits, dont le gaz naturel liquéfié américain. Washington et Pékin ont également examiné un éventuel paquet de réductions tarifaires portant sur plusieurs dizaines de milliards de dollars d’échanges.
Le sommet n’a toutefois pas permis de régler les principaux différends structurels entre les deux économies. Il confirme surtout l’existence d’un canal de dialogue entre Washington et Pékin. Alors que les deux puissances cherchent à contenir les risques d’une nouvelle confrontation commerciale et stratégique.
Le dîner d’État organisé jeudi soir à la Maison-Blanche, en présence de plusieurs dirigeants des grandes entreprises américaines de la technologie et de la finance, a prolongé cette volonté d’afficher une relation plus stable. Derrière les gestes diplomatiques, les dossiers de Taïwan, de l’IA, du commerce et de l’Iran restent cependant ouverts.
L’IA, nouveau terrain de coopération et de rivalité
L’intelligence artificielle figure également parmi les dossiers abordés par les deux dirigeants. Washington et Pékin cherchent chacun à préserver leur avance dans les technologies de pointe, tout en maintenant des restrictions sur certains composants et équipements stratégiques.
Des discussions préparatoires avaient notamment porté sur la mise en place éventuelle d’un mécanisme de notification concernant les incidents liés à l’intelligence artificielle susceptibles d’avoir des conséquences sur la sécurité nationale.
Le sujet reste cependant marqué par une forte concurrence technologique. Les États-Unis continuent de limiter l’accès de la Chine à certaines technologies avancées, notamment les semi-conducteurs destinés aux applications d’IA. Tandis que Pékin cherche à renforcer ses propres capacités.
Par ailleurs, Xi Jinping a invité Washington à faire preuve de « prudence » sur la question de Taïwan. En effet, Pékin considère l’île comme faisant partie de son territoire. Tandis que les États-Unis entretiennent avec Taipei des relations étroites et lui fournissent des équipements destinés à sa défense, entre autres.
La question des ventes d’armes américaines à Taïwan demeure ainsi l’un des dossiers les plus sensibles de la relation sino-américaine. Elle s’ajoute aux tensions concernant les technologies, les exportations et la présence militaire américaine en Asie-Pacifique…
L’Iran, un dossier stratégique pour Pékin
L’appel de Xi à un règlement rapide du différend entre Washington et Téhéran revêt également une dimension économique. La Chine est le principal acheteur du pétrole iranien et demeure l’un de ses principaux partenaires commerciaux.
La guerre entre les États-Unis et l’Iran a par ailleurs contribué à perturber les marchés énergétiques et les routes commerciales, notamment autour du détroit d’Ormuz. Washington souhaite obtenir une issue au conflit; tandis que Pékin entend préserver ses relations économiques avec Téhéran.
Au-delà de l’essor impressionnant de la Chine actuelle, un pays dont il n’y a pas si longtemps on considérait comme un exploit d’avoir réussi à assurer à ses habitants le bol de riz quotidien, mais dont l’ambition affichée est désormais de contrôler l’économie mondiale et d’assurer sa suprématie incontestée en mer de Chine aux dépens de ses voisins, force est de constater que la question des minorités n’y est pas réglée, malgré l’unité affichée de la nation, du reste portée par un nationalisme ombrageux.
Naturellement le caractère insolite d’une telle réaction, en particulier le droit de censure autoproclamé sur les publications d’un modeste journal électronique dans un pays étranger, a suscité des recherches pour en comprendre les raisons. S’agissait-il d’un simple dérapage ou d’un acte délibéré ?
Concernant les accusations d’intervention dans les affaires intérieures d’un État souverain, elles étaient plutôt disproportionnées relativement à la modestie de la page électronique. Il semble que le sujet ait été jugé suffisamment sensible pour ne pas être ignoré.
Une histoire de conflits entre États et de guerres civiles
En évoquant Taiwan, c’est évidemment toute la légitimité territoriale de la Chine Populaire qui est remise en question, et pas parce qu’elle se dit communiste, ou bien parce que les sécessionnistes de l’île constituent une menace militaire pour le continent. Mais l’Histoire démontre que cette nation n’a pas toujours été politiquement unie, loin de là, et que les conflits entre États ou bien les guerres civiles y ont fait rage bien avant l’ère universelle (eU), d’une manière souvent cruelle.
L’un des exemples les plus marquants de l’âpreté des luttes pour le pouvoir est l’assassinat en 197 (eU) du général Dong Zhou, dont le corps obèse servit de combustible et se consuma pendant plusieurs jours comme une bougie après que ses assassins lui eurent allumé une mèche préalablement introduite dans son nombril.
La perception de la menace si elle existe viendrait donc peut-être d’un sentiment du caractère fragile et éphémère de l’État et de l’union territoriale.
Si, à l’époque contemporaine, une partie quelconque de la Chine, composée de Hans, c’est-à-dire de vrais Chinois, s’estime en droit de faire sécession, pour des raisons qui lui sont propres, que faudrait-il alors dire des minorités périphériques non chinoises dont les territoires constituent 2/3 de la surface actuelle du pays qui ne peuvent pas vivre libres sur les terres de leurs ancêtres comme le ferait n’importe quel peuple du monde ?
Cette question a conduit à revoir le rôle des minorités, 15% de l’ensemble actuel de la population, dans la genèse de la Chine.
Force est de constater que leur rôle y fut immense. Il faut d’abord réaliser que le berceau originel de l’État chinois basé sur l’agriculture et le commerce couvre environ 270 000 km2 (une fois et demi la Tunisie) sur le cours moyen du Fleuve Jaune, face à la steppe plus au nord, peuplée de pasteurs, de chasseurs et de nomades toujours enclins à attaquer et piller les territoires sédentaires. Mais l’État chinois assure sa pérennité en se dotant d’une organisation, avec une administration utilisant une écriture unifiée et dont les membres, les mandarins, sont recrutés sur le mérite et le savoir, et une idéologie, le confucianisme, pour qui l’harmonie qui règne dans le ciel n’a de correspondance sur terre que par l’autorité exercée par l’Empereur, le Fils du Ciel disposant de tous les pouvoirs.
L’État chinois survit et s’étend particulièrement vers l’Est, vers la mer, puis petit-à-petit vers le sud vers le fleuve Yangtsé recouvert de forêts et de tribus non sinisées qui finissent par adopter progressivement les normes de l’État pour s’y fondre. Mais au nord du Fleuve Jaune les Chinois, qu’ils demeurent fédérés dans le cadre d’un seul État, ou qu’ils subissent les aléas des guerres civiles qui les divisent, s’accordent pour chercher protection contre les maraudeurs de la steppe toujours à l’affut, qu’ils soient Turcs, Mongols, ou Mandchous, en construisant des hautes murailles. Ils ne cesseront de le faire durant 2700 ans jusqu’à l’érection de la Grande Muraille actuelle par les Ming qui d’ailleurs ne leur servira à rien. Et naturellement ils n’auront de cesse de diviser le monde de la steppe afin d’empêcher leurs adversaires de se constituer en États capables de conquérir leur territoire, et le cas échéant d’y porter la désolation par la guerre et la conquête.
Un État forgé par des conquérants étrangers
C’est ainsi que finit par se constituer dans les environs immédiats de la frontière avec la steppe et au contact de la Grande Muraille un glacis fait de tribus indépendantes mais culturellement assez sinisées avec qui les Chinois traitent pour se protéger contre les nomades de l’arrière-pays demeurés tels quels, de pures barbares aux yeux de leurs voisins parangons de la culture et de la civilisation.
Les Chinois qualifieront de barbares cuits ceux parmi eux qui leur paient tribut, et de barbares crus ceux qui ne le font pas. Il est à noter que la ville de Pékin n’est jusqu’au XIe siècle qu’une ville frontière au nord à la jonction de la Mongolie et de la Mandchourie dont seuls des conquérants étrangers, les Khitans puis les Mongols, feront leur capitale. Autrement dit, la capitale de la Chine actuelle se situe à l’origine sur un territoire étranger, et cela démontre déjà toute la complexité de la situation. D’autant plus complexe que les peuples nomades qui régulièrement envahissent la Chine après en avoir défait les armées n’ont de cesse de se siniser et leurs chefs qui ont chassé les empereurs de leur trône n’ont d’autre hâte que de se proclamer fils du ciel à leur place et de se substituer à eux sur le même trône dont ils les ont chassés, tout en gardant la même administration composée des mandarins chinois pour gouverner le pays.
En ce sens, ce sont les fils de Gengis Khan le Mongol qui finissent par unifier la Chine. La dynastie nationale chinoise des Ming qui leur succèdera trouvera un pays politiquement et territorialement unifié, tout comme leurs successeurs, les Mandchous, issus eux des steppes du Nord. Parmi les empereurs mandchous qui se comportent ainsi qu’on l’a dit comme de véritables Chinois, il faut citer Qianlong, ce précurseur de Mao , dont «la Prison des Lettres» fut un autodafé des livres critiques de sa dynastie, une véritable amnésie d’État instaurée par la terreur, qui servit sans doute de modèle à la Révolution Culturelle. Qianlong le Mandchou se révéla en fait l’un des véritables fondateurs de l’État chinois actuel, et paradoxalement il fut l’un des représentants les plus accomplis du chauvinisme Han, lui qui selon les normes chinoises n’était qu’un barbare. De 1750 à 1755 il fit exterminer le peuple Dzoungare bouddhiste qui s’était révolté contre l’occupation chinoise. Environ en 1795 il débuta la guerre contre les Miao, ces montagnards du Sud qui refusaient de se soumettre à l’autorité impériale, et son successeur l’acheva par le massacre de ce peuple dont les survivants appelés Hmongs se réfugièrent en masse au Vietnam.
Ce sont donc les Mandchous, des étrangers, qui imposèrent les normes chinoises aux populations qui ne l’étaient pas, qui écrasèrent dans le sang les révoltes des musulmans turcs ouïghours au XIXe siècle, et qui assurèrent l’unification territoriale du pays d’une manière souvent rien moins que pacifique en parachevant un processus d’expansion de 20 siècles entre le Gobi au nord, l’Himalaya au sud, et la chaîne du Pamir à l’Est.
Une unification linguistique, culturelle et idéologique
Cette unification politique n’aurait bien entendu pas été possible sans une autre, idéologique, constituée autour de l’écriture chinoise et de la langue parlée par les fonctionnaires lettrés de l’État, le mandarin, du Bouddhisme souvent combattu comme une foi étrangère mais finalement intégré, du néo-Taoïsme et du néo Confucianisme. Que cette idéologie ait abouti à une vision mécaniste d’un univers en perpétuel expansion et rétraction rappelant d’une manière étrange les théories les plus modernes de l’astrophysique, importe peu.
Le phénomène historique, c’est donc que les conquérants étrangers, la moitié du temps à la tête du pays du fait de leur supériorité militaire, se sont toujours pliés après leurs victoires aux normes de l’État chinois, seul légitime et auquel tout autre État de la Terre se doit selon eux de rendre hommage et d’accepter de payer le tribut.
Le conquérant étranger s’est ainsi mué la plupart du temps en représentant le plus chauvin de l’expansionnisme han. Cela n’a pas empêché en 1911 le grand soulèvement national contre les Mandchous, accusés par les Han de toutes les turpitudes dont leur pays a été la victime dans ses rapports avec les grandes puissances.
Chassés du pouvoir, les Mandchous furent partout en Chine pourchassés et massacrés. Paradoxalement ils avaient bien pris soin de ne pas se mêler à une population à laquelle ils avaient imposé des marques distinctives humiliantes comme le port de la natte et le rasage du crâne. Il faut reconnaître qu’à leur décharge ils n’imposaient pas à leurs filles les bandages serrés qui dès le plus jeune âge afin de satisfaire à une esthétique jugée érotique finissaient par leur briser les pieds. Mais les nationalistes Han réalisèrent que les minorités périphériques, dont les territoires couvraient les deux tiers de la surface du pays, ne s’estimaient liés par une quelconque allégeance que d’une manière personnelle envers les empereurs mandchous, et une fois ceux-là partis, ils n’étaient plus tenus par aucun devoir envers la nouvelle république.
Tenant compte de cette réalité, les nationalistes jouèrent donc de la carte de la nation constituée par plusieurs peuples unis fraternellement, en choisissant le drapeau à bandes horizontales multicolores, représentant chacune une minorité, celle du haut, la rouge, symbolisant évidemment la majorité Han.
Que le drapeau intégralement rouge ait été plus tard choisi peut donc donner lieu à plusieurs interprétations différentes, et pas nécessairement celle de la révolution communiste. Néanmoins, les Tibétains en profitèrent à l’avènement de la République pour s’affranchir de la tutelle chinoise. Leur indépendance ne durera qu’une cinquantaine d’années. D’autres minorités comme les Turcs musulmans de l’Ouest tentèrent de les imiter en 1933 et 1944, dans le Turkestan Oriental, mais les Soviétiques qui les soutenaient cessèrent de le faire en 1949 après la victoire finale des communistes chinois.
Pour en revenir au courroux de l’ambassade évoqué ci-haut, nous avons essayé d’en rechercher les raisons à travers une histoire il est vrai tumultueuse et une idéologie sans doute pas aussi fraternelle que l’internationalisme prolétarien. C’est au lecteur, en l’occurrence un barbare cru, qu’il revient de se faire sa propre opinion sur la question, derrière l’essor impressionnant d’un pays dont il n’y a pas si longtemps on considérait comme un exploit d’avoir réussi à assurer à ses habitants le bol de riz quotidien, mais dont l’ambition affichée est désormais de contrôler l’économie mondiale et d’assurer sa suprématie incontestée en mer de Chine aux dépens de ses voisins.
Néanmoins malgré une politique d’assimilation tout-azimut par l’ethnie dominante, la question des minorités semble loin d’avoir été réglée. Je le dis avec tout le détachement possible sans remettre en question le profond respect que je porte à ce pays et ses habitants.
* Médecin de libre pratique.
‘‘Histoire de la Chine : Des origines à la seconde révolution’’, de René Grousset, éditions Payot, Paris, 17 mars 2004, 360 pages.
Le ministre de l’Économie et de la Planification, Samir Abdelhafid, a affirmé, mardi, à Tunis, que de grandes opportunités existent pour promouvoir le partenariat entre la Tunisie et la Chine dans divers domaines, notamment économiques et sociaux.
S’exprimant lors d’une cérémonie organisée à l’occasion de la Journée nationale de la Chine, le ministre a souligné que le Plan de développement 2026-2030 constitue un cadre pour le renforcement de la coopération bilatérale au cours des prochaines années.
Il a salué l’engagement du gouvernement chinois à renforcer la coopération et les relations de partenariat avec les pays arabes et africains, dont la Tunisie, se félicitant de la mesure prise récemment concernant l’exemption des marchandises africaines exportées vers la Chine des droits de douane.
Les relations bilatérales avec la Chine ont connu un essor au cours des dernières années, a estimé Samir Abdelhafid, évoquant à cet égard la visite d’État effectuée en 2024 par le président Kaïs Saïed en Chine, au cours de laquelle il a rencontré le président de la République populaire de Chine, Xi Jinping, ainsi que la multiplication des rencontres d’affaires entre les représentants du secteur privé et l’échange de visites officielles de hauts responsables des deux pays.
Les relations entre la Tunisie et la Chine connaissent une nouvelle dynamique depuis l’établissement d’une partenariat stratégique entre les deux pays en 2024. Santé, infrastructures, investissements industriels et échanges commerciaux figurent parmi les principaux axes de cette coopération, selon l’ambassadeur de Chine à Tunis, Wang Li.
Dans une déclaration à Mosaïque FM à l’occasion du 77e anniversaire de la fondation de la République populaire de Chine, le diplomate a indiqué que la coopération bilatérale avait enregistré plusieurs avancées au cours de la période récente, avec l’objectif de porter les relations entre Tunis et Pékin à un niveau supérieur.
Un centre anticancer à Gabès et une possible extension à Sfax
Dans le secteur de la santé, la Chine a accordé une subvention destinée à la réalisation du Centre de traitement des cancers de Gabès. Les travaux de ce projet ont officiellement démarré en août dernier.
L’ambassadeur chinois a également fait état de discussions autour d’une éventuelle coopération dans le projet d’extension du Centre hospitalo-universitaire de Sfax. Cette coopération s’inscrit dans la volonté des deux pays de renforcer leurs échanges dans le domaine de la santé.
Sur le plan des infrastructures sportives, le projet de reconstruction du stade olympique d’El Menzah avance également, selon Wang Li. Des entreprises chinoises ont participé à l’appel d’offres et les résultats devraient être annoncés prochainement.
La coopération économique se traduit également par l’arrivée de nouvelles entreprises chinoises en Tunisie. L’ambassadeur a indiqué que plusieurs sociétés chinoises se sont implantées dans le pays au cours de l’année 2026.
Certaines ont déjà commencé la construction de leurs unités industrielles, notamment dans le secteur des composants automobiles et celui des câbles. Ces implantations devraient contribuer à renforcer la présence industrielle chinoise en Tunisie et à développer les échanges dans les chaînes de production liées à l’industrie automobile.
De nouvelles entreprises chinoises dans l’industrie tunisienne
Sur le volet commercial, Pékin et Tunis travaillent par ailleurs à identifier les moyens de tirer profit de la politique chinoise annoncée en faveur de l’application de droits de douane nuls sur les produits importés des pays africains.
Le marché chinois affiche également une demande croissante pour certains produits tunisiens. Selon Wang Li, les exportations tunisiennes d’huile d’olive vers la Chine ont enregistré une hausse notable durant les premiers mois de l’année. Plusieurs entreprises tunisiennes ont par ailleurs rejoint la liste des sociétés autorisées à exporter vers le marché chinois après avoir achevé les procédures d’enregistrement requises.
Pour l’ambassadeur chinois, ces évolutions illustrent le potentiel de développement de la coopération entre les deux pays. Pékin entend poursuivre le renforcement des relations avec Tunis sur la base du respect mutuel, de la coopération et des intérêts communs.
Les relations entre la Tunisie et la Chine connaissent une nouvelle dynamique depuis la visite d’État effectuée par le président Kaïs Saïed à Pékin en mai 2024. Dans un entretien accordé au quotidien « Al Chourouk », l’ambassadeur de Chine en Tunisie, Wan Li, souligne que cette visite a marqué, selon lui, une nouvelle étape dans les relations bilatérales, caractérisée par une accélération de la coopération dans plusieurs domaines.
Le diplomate relève notamment un intérêt croissant des entreprises chinoises pour l’investissement en Tunisie, qu’il présente comme un pays bénéficiant d’un positionnement géographique stratégique entre l’Afrique, l’Europe et l’Asie. Cette évolution intervient alors que Tunis cherche à diversifier ses partenariats économiques et à attirer davantage d’investissements industriels et technologiques.
La visite de Kaïs Saïed à Pékin avait effectivement débouché sur l’établissement d’un partenariat stratégique entre les deux pays. Plusieurs accords avaient alors été signés, portant notamment sur la coopération économique et technique, la création d’un groupe de travail consacré à l’investissement, le développement vert et à faibles émissions de carbone ainsi que la coopération dans les médias.
Des investissements chinois qui se concrétisent
La dynamique ne se limite plus aux déclarations d’intention. Plusieurs projets illustrent l’élargissement de la présence chinoise en Tunisie. Dans l’industrie, Taikang Electronics a officiellement engagé son implantation à Novation City. Un accord d’acquisition de terrain a été signé en mai 2026, faisant entrer le projet dans sa phase opérationnelle. La Tunisia Investment Authority présente cette implantation comme un investissement susceptible de contribuer à la création d’emplois, au transfert de compétences et à l’intégration de la Tunisie dans les chaînes de valeur industrielles internationales.
Dans le secteur des composants automobiles, le groupe chinois Kunshan Chemitec Automotive Components étudie actuellement la création d’une unité industrielle en Tunisie. L’investissement initial envisagé dépasserait 3 millions d’euros et pourrait générer entre 30 et 50 emplois directs au démarrage.
Le secteur automobile pourrait également connaître une nouvelle évolution avec l’intérêt exprimé par BYD pour de nouvelles opportunités d’investissement en Tunisie. Les discussions portent notamment sur les véhicules électriques et hybrides, les infrastructures électriques et le transfert de technologies liées à l’énergie.
Cette orientation rejoint les secteurs identifiés par l’ambassadeur chinois comme présentant un potentiel important pour les prochaines années : énergies renouvelables, industrie manufacturière, infrastructures, technologies, santé et chaîne de valeur minière. Dans un entretien accordé à « La Presse », Wan Li avait notamment évoqué l’intérêt d’entreprises chinoises pour le marché tunisien et la nécessité de développer davantage la valeur ajoutée produite localement.
Des infrastructures aux technologies et à la santé
La coopération sino-tunisienne repose également sur plusieurs projets structurants déjà réalisés ou en cours. La Chine a notamment contribué au financement et à la réalisation du Centre culturel et sportif de Ben Arous, de l’Académie diplomatique internationale et de l’hôpital universitaire de Sfax. D’autres projets ont été évoqués, notamment la rénovation d’infrastructures sportives, l’extension de l’aéroport Tunis-Carthage, le transport ferroviaire, les bus électriques et de nouveaux projets dans le secteur de la santé.
Le projet du pont de Bizerte constitue également un exemple particulier de coopération internationale impliquant une entreprise chinoise. Son financement repose notamment sur la Banque européenne d’investissement et la Banque africaine de développement, tandis que les travaux sont réalisés par une entreprise chinoise avec des équipements et un savoir-faire chinois.
Dans le domaine sanitaire, le futur centre d’oncologie de l’hôpital universitaire de Gabès fait également partie des projets associés au renforcement de cette coopération. Selon les déclarations de l’ambassadeur chinois, une délégation d’entreprises chinoises a effectué une mission sur le terrain dans le cadre de ce projet.
La coopération s’étend par ailleurs aux technologies. En juillet 2026, l’ambassadeur Wan Li a participé à la cérémonie d’achèvement du Centre tunisien de calcul haute performance, financé par un don chinois.
Pékin cherche aussi à renforcer les échanges commerciaux
L’investissement constitue désormais l’un des volets d’une relation économique plus large. En juin 2026, le Centre de promotion des exportations tunisien a signé un mémorandum d’entente avec le Conseil chinois pour la promotion du commerce international de la province du Hunan. L’objectif affiché est notamment de renforcer les échanges, d’organiser des missions économiques et de faciliter l’accès des entreprises tunisiennes au marché chinois.
Cette coopération intervient alors que Pékin a annoncé une politique d’exonération des droits de douane pour les importations provenant de plusieurs pays africains, dont la Tunisie, ouvrant potentiellement de nouvelles possibilités pour les exportateurs tunisiens.
Parallèlement, Tunis cherche à mobiliser davantage de financements chinois. En juillet 2026, des discussions ont été engagées avec le Fonds de développement Chine-Afrique, le CADFund, afin de renforcer les investissements des entreprises chinoises en Tunisie et d’examiner des mécanismes de soutien financier et technique, notamment au profit des PME.
Le président russe Vladimir Poutine a intensifié son activité diplomatique ces dernières semaines à travers sa participation à une série de sommets importants pour prouver au monde qu’il maintient une présence sur la scène internationale et qu’il n’est pas le paria que l’Occident pointe du doigt mais en même temps il n’a montré aucun signe de renoncement aux objectifs de la Russie dans la guerre en Ukraine et n’est pas pressé d’y mettre fin.(Photo : Le président Vladimir Poutine et le Premier ministre Narendra Modi plantent des arbres lors du 18e sommet des BRICS au Bharat Mandapam, à New Delhi, le 12 septembre 2026. )
Imed Bahri
Grégoire Ross, directeur du programme Europe, Russie et Eurasie au Royal Institute of International Affairs à Londres (Chatham House), explique que l’Europe semble encline à interpréter cette activité diplomatique accrue comme un signe de désespoir de Moscou sauf que c’est une erreur d’appréciation. En réalité, la stratégie du Kremlin mêlant impassibilité diplomatique et escalade calibrée pourrait être plus solide qu’il n’y paraît.
Ross revient sur les entretiens menés le 5 septembre à Moscou entre les envoyés américains Steve Witkoff et Jared Kushner et le président Poutine afin de discuter des moyens de mettre fin à la guerre. Le Kremlin a qualifié les pourparlers de «très utiles» sans pour autant manifester la moindre volonté d’assouplir ses exigences. Quelques jours plus tard, il a rejeté l’offre du président ukrainien Volodymyr Zelensky de rencontrer Poutine lors du sommet du G20 à Miami en décembre.
Parallèlement, les attaques russes contre l’Ukraine se sont intensifiées. Le 13 septembre, un drone russe a frappé une infrastructure ferroviaire près de Yahodyn, peu après le passage d’un train transportant l’ancien Premier ministre britannique Boris Johnson, l’ancien directeur de la CIA David Petraeus et d’autres personnalités. Cette frappe s’inscrivait dans le cadre de la plus vaste vague de drones lancée par la Russie depuis des mois.
De nombreux responsables européens affirment que le comportement de la Russie témoigne de l’impasse dans laquelle elle se trouve en Ukraine. Selon eux, elle subit des pertes considérables et ses avancées territoriales demeurent lentes et coûteuses. En même temps, les forces ukrainiennes ont regagné du terrain. Pourtant, conclure que l’escalade russe trahit le désespoir relève davantage du vœu pieux que de la réalité. Poutine se comporte comme quelqu’un qui croit encore pouvoir compter sur le temps et conserver une marge de manœuvre. Sa diplomatie récente offre un cadre d’interprétation pertinent.
Poutine peut encore se permettre d’ignorer les conseils amicaux
Ross cite l’initiative très médiatisée du président kazakh Kassym-Jomart Tokaïev en juillet concernant la guerre en Ukraine. Assis aux côtés de Poutine à Omsk, Tokaïev a déclaré que le conflit devait être gelé et les négociations reprises mais le Kremlin a rapidement rejeté l’idée d’un cessez-le-feu.
Le Premier ministre indien Narendra Modi est allé encore plus loin à Bichkek, la capitale du Kirghizistan, le 31 août, lors du sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai, lorsqu’il a déclaré publiquement à Poutine que le monde devait «passer d’une guerre sans fin à la fin de la guerre». En même temps, Modi s’est adressé à Poutine en l’appelant «mon ami» et a salué la solidité des relations bilatérales.
Moins de deux semaines plus tard, lors du sommet des Brics à New Delhi, Modi et Poutine ont discuté d’un objectif d’échanges commerciaux bilatéraux de 100 milliards de dollars.
Il ne fait guère de doute que des gouvernements comme ceux de l’Inde et du Kazakhstan souhaitent sincèrement mettre fin à la guerre mais cela ne signifie pas qu’ils soient prêts à conditionner leurs relations avec la Russie à la fin du conflit.
C’est cette nuance qui explique en grande partie l’assurance de Poutine. Malgré ses critiques, l’Inde continue de considérer la Russie comme un partenaire stratégique clé. De même, si le Kazakhstan a pris soin de diversifier ses relations extérieures, il a préservé des liens étroits avec Moscou. Parallèlement, la déclaration des Brics à New Delhi a critiqué les sanctions unilatérales et les restrictions commerciales, tout en évitant de s’opposer directement à la Russie au sujet de l’Ukraine.
Ces partenariats durables pourraient apporter à Moscou des éléments dont elle a un besoin presque aussi vital que du soutien à l’effort de guerre en Ukraine à savoir une intégration économique en Asie, une légitimité diplomatique et un rôle respecté au sein de groupements internationaux influents.
Pour Xi Jinping, Poutine demeure un acteur clé utile.
L’importance de la Russie pour la Chine
Lors du sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai, le président chinois Xi Jinping a déclaré à Poutine que les fondements des relations bilatérales entre les deux pays se renforceraient.
Les Européens qualifient souvent la Russie d’«État vassal» de la Chine, une perception qui reflète une réelle disparité économique : l’économie chinoise est environ huit fois plus importante que l’économie russe. De plus, la Russie réalise au moins 34% de son commerce international avec la Chine alors qu’elle ne représente qu’environ 4% du commerce chinois.
Toutefois, cette vision occulte un aspect crucial du partenariat qui ne se mesure pas uniquement par les échanges commerciaux bilatéraux. Pékin a tout intérêt à maintenir Moscou suffisamment forte pour qu’elle demeure une puissance indépendante. La Russie possède un arsenal nucléaire, un siège permanent au Conseil de sécurité de l’Onu, d’immenses ressources énergétiques et de matières premières et une position stratégique à cheval sur l’Asie centrale et l’Arctique. Plus important encore, Moscou est prête à contester ce qui reste de l’ordre mondial dominé par les États-Unis.
L’implication de la Chine dans l’économie de guerre russe démontre que la relation entre les deux pays est plus stable que beaucoup en Europe ne le pensent.
À cet égard, Ross cite des documents révélés ce mois-ci par Politico indiquant qu’une entreprise publique chinoise a livré de la fibre de carbone —utilisée dans les drones d’attaque Geran— à Alabuga-Volokno, une filiale sous sanctions de Rosatom (le conglomérat nucléaire public russe). Une enquête antérieure du Robert Lansing Institute avait déjà attesté la présence de moteurs et de composants chinois dans des drones russes. L’année dernière, Reuters avait rapporté que des spécialistes chinois des drones collaboraient avec des fabricants russes
Cela ne prouve pas que chaque transaction ait été ordonnée par Pékin ni que le soutien chinois soit sans limites. Xi n’a aucun intérêt à se retrouver otage des décisions de Poutine et Pékin continuera de calibrer très soigneusement son exposition. Cela démontre toutefois à quel point il est trompeur d’assimiler la prudence rhétorique de la Chine concernant l’Ukraine à une prise de distance vis-à-vis de la Russie.
Pour Pékin, Moscou demeure un acteur clé et utile, dont les actions contribuent à l’émergence d’un ordre international alternatif au sein d’organisations telles que l’Organisation de coopération de Shanghai et les Brics, où l’influence des États-Unis et de l’Europe est moindre.
Ross soutient que l’Inde ne partage peut-être pas la vision chinoise de l’ordre mondial mais qu’elle ne voit aucun intérêt à isoler la Russie. Il en va de même pour le Kazakhstan et tout autre membre des Brics. Cette ambiguïté convient parfaitement à Poutine.
L’Europe a besoin de plus de réalisme
Ces derniers mois, marqués par l’escalade russe contre l’Ukraine et l’Europe ainsi que par le renforcement des liens diplomatiques de la Russie avec l’Asie, devraient servir de leçon aux dirigeants européens : leur tentative de faire pression sur les gouvernements pour les amener à choisir entre la Russie et l’Occident a clairement atteint ses limites voire a échoué.
Les relations de l’Union européenne (UE) avec l’Inde pourraient offrir un modèle plus pertinent. L’UE a en effet renforcé ses liens commerciaux avec l’Inde tout en adoptant un ton plus modéré concernant les relations entre New Delhi et Moscou.
Ross juge cela logique car il existe un potentiel considérable pour approfondir les relations avec l’Inde et l’Asie centrale. L’Europe peut proposer des investissements, des technologies, un accès au marché unique ainsi que des partenariats dans le domaine des minerais rares. Elle peut également offrir des voies de transport réduisant la dépendance à l’égard de la Russie comme le corridor transcaspien. En adoptant une telle approche, l’Europe peut s’adapter à une nouvelle réalité et œuvrer patiemment à creuser l’écart entre la Russie et ses partenaires.
Concernant la Chine, l’UE a déjà imposé des sanctions à un nombre croissant d’entreprises chinoises impliquées dans le contournement des sanctions et leurs activités dans l’industrie de la défense russe. La réussite de cette stratégie européenne à long terme pourrait dépendre de la volonté de l’UE d’étendre ces sanctions et de cibler des chaînes d’approvisionnement stratégiques lorsque les preuves confirmeront l’implication directe de grands fournisseurs chinois ou d’entreprises publiques chinoises.
L’escalade russe en Ukraine montre que Poutine parie toujours sur sa capacité à tenir plus longtemps que les soutiens de l’Ukraine. Il reste convaincu que la Russie est suffisamment connectée au reste du monde pour encaisser la pression occidentale. Il estime également que sa position est renforcée par ce qu’il perçoit comme un affaiblissement des États-Unis dû à la guerre avec l’Iran. La diplomatie des sommets menée par Poutine ces derniers mois suggère que, du moins pour l’instant, il a quelques raisons d’être confiant.
Toutefois, l’Europe n’est pas tenue d’accepter ce pari. Elle doit avant tout comprendre les dynamiques sous-jacentes à long terme et y répondre de manière appropriée. Si Poutine joue la carte du temps long, peut-être est-il temps pour l’Europe d’en faire autant.
Trois jeunes Tunisiens originaires de Jendouba ont décroché la première place dans la catégorie intelligence artificielle lors d’un rassemblement international consacré aux logiciels et à la robotique organisé en Chine. Une distinction obtenue par Aziz Rabii Abassi, Sakhr Mounir Sellami et Mayssa Lotfi Mohsni, encadrés par Mohamed Amine Hajji.
La Tunisie s’est distinguée en Chine dans le domaine de l’intelligence artificielle. Trois jeunes de Jendouba, représentants de la Tunisie lors d’un rassemblement international consacré aux logiciels et à la robotique, ont obtenu la première place dans la catégorie intelligence artificielle. Il s’agit d’Aziz Rabii Abassi, Sakhr Mounir Sellami et Mayssa Lotfi Mohsni, encadrés par Mohamed Amine Hajji.
Une première place pour l’équipe tunisienne
La distinction vient récompenser la participation des trois jeunes Tunisiens à cette manifestation internationale organisée en Chine. Ils y représentaient leur région de Jendouba ainsi que la Tunisie dans les domaines des logiciels, de la robotique et de l’intelligence artificielle, rapporte Mosaique fm.
Le résultat constitue une nouvelle étape pour cette équipe. La première place obtenue dans la catégorie dédiée à l’intelligence artificielle vient ainsi concrétiser leur présence dans cette compétition internationale.
Jendouba à l’honneur
Cette distinction met également en lumière la participation de jeunes issus de Jendouba à un événement à dimension internationale dans un secteur technologique en plein développement.
L’exploit d’Aziz Rabii Abassi, Sakhr Mounir Sellami et Mayssa Lotfi Mohsni permet ainsi à la Tunisie de s’illustrer dans la catégorie intelligence artificielle, face à des participants venus de plusieurs pays.
Le président chinois Xi Jinping est attendu à Washington le 24 septembre pour rencontrer Donald Trump. Avec au programme la prolongation de la trêve tarifaire, les achats chinois de produits américains, les terres rares, l’énergie et l’IA.
Le président américain Donald Trump doit recevoir son homologue chinois Xi Jinping à Washington le 24 septembre, pour une rencontre destinée à stabiliser une relation commerciale toujours marquée par les droits de douane et les restrictions sur les technologies et les matières premières stratégiques.
Cette rencontre interviendra alors que la trêve commerciale conclue en octobre 2025 doit arriver à échéance dans quelques semaines. Les deux parties cherchent à la prolonger, mais divergent encore sur sa durée et sur les contreparties à obtenir.
Selon des informations rapportées par Reuters, Washington et Pékin discutent notamment d’une réduction, voire d’une suppression, des droits de douane chinois sur le gaz naturel liquéfié (GNL) américain. Cette mesure pourrait s’inscrire dans un ensemble plus large prévoyant des réductions tarifaires réciproques portant sur environ 30 milliards de dollars de marchandises de part et d’autre. Les discussions ne sont toutefois pas finalisées.
Pékin souhaite obtenir davantage qu’une simple reconduction de la trêve. Selon les éléments cités par Euronews, les autorités chinoises pourraient chercher à obtenir environ 30 milliards de dollars d’importations américaines exonérées de droits ou soumises à des tarifs réduits, en contrepartie du respect d’engagements d’achat déjà pris…
Le GNL américain dans la négociation
La question énergétique apparaît comme un nouveau levier des discussions. La Chine avait imposé en 2025 un droit de douane de 15 % sur le GNL américain, entraînant pratiquement l’arrêt des flux importants de GNL entre les deux pays.
Washington et Pékin examinent désormais la possibilité de réduire ou de supprimer cette taxation. Pour les producteurs américains, l’enjeu est important alors que les capacités d’exportation de GNL des États-Unis doivent fortement augmenter dans les prochaines années.
Un retour progressif de la Chine sur le marché américain du GNL permettrait parallèlement à Pékin de diversifier ses approvisionnements énergétiques.
A noter qu’aux États-Unis, les tensions sur les prix de l’énergie et le coût de la vie constituent un enjeu économique important. En Chine, la consommation intérieure demeure plus faible, tandis que l’investissement dans les actifs fixes a reculé de 7,2 % sur les huit premiers mois de 2026 par rapport à la même période de 2025. Les ventes au détail n’ont progressé que de 0,4 % en août…
Dans ce contexte, une stabilisation des relations commerciales pourrait offrir un soutien aux entreprises des deux pays, même si les principaux différends structurels restent ouverts.
Agriculture et terres rares
Les produits agricoles devraient également figurer parmi les dossiers susceptibles de déboucher sur des annonces. Les exportations américaines de produits agricoles vers la Chine avaient atteint environ 29 milliards de dollars en 2024, avec le soja en première ligne. Washington souhaite de son côté obtenir des garanties concernant l’accès aux terres rares et aux minerais critiques, essentiels à de nombreuses chaînes industrielles et technologiques.
Ces matières premières sont devenues l’un des principaux instruments de négociation dans le conflit commercial. Pékin avait accepté de maintenir leurs exportations dans le cadre de la trêve de 2025, tandis que Washington cherche à limiter la vulnérabilité de ses entreprises aux décisions chinoises.
L’intelligence artificielle et les enjeux stratégiques
Au-delà du commerce, l’intelligence artificielle devrait également être abordée lors de la visite. Plusieurs dirigeants de groupes technologiques américains sont attendus au dîner d’État organisé à la Maison-Blanche, notamment les dirigeants d’Amazon, Alphabet, Apple, Nvidia et OpenAI.
Les discussions devraient également porter sur les restrictions technologiques américaines, les exportations de composants avancés et l’accès aux technologies stratégiques.
Les dossiers géopolitiques pourraient toutefois compliquer les négociations économiques. La question de Taïwan est particulièrement sensible alors qu’un programme américain d’armements d’environ 14 milliards de dollars destiné à l’île a été préapprouvé par le Congrès américain, mais n’a pas encore fait l’objet d’une notification officielle.
Le sommet de Washington devra ainsi déterminer si les deux dirigeants peuvent prolonger la trêve commerciale et obtenir des engagements concrets sur les échanges, sans régler pour autant les différends stratégiques plus larges qui opposent les États-Unis et la Chine.
La Chine et l’Inde ont réagi aux nouvelles mesures américaines visant le secteur énergétique russe et les pays qui continuent d’acheter ses hydrocarbures. Le dispositif adopté par le Congrès américain autorise notamment Donald Trump à imposer des droits de douane pouvant atteindre 100 % aux principaux acheteurs d’énergie russe.
La Chine et l’Inde ont exprimé leurs réserves face au nouveau dispositif américain destiné à renforcer la pression économique sur la Russie et à réduire les achats de son pétrole et de son gaz. Le texte adopté par la Chambre des représentants américaine prévoit notamment la possibilité d’imposer des droits de douane allant jusqu’à 100 % aux pays figurant parmi les principaux acheteurs d’énergie russe.
Le texte, déjà approuvé par le Sénat, doit désormais être promulgué par le président Donald Trump. Il vise également des responsables et entreprises russes, le secteur de la défense ainsi que la flotte fantôme de pétroliers utilisée pour contourner les sanctions occidentales.
La Chine, premier acheteur mondial de pétrole russe, a contesté la légitimité de mesures américaines susceptibles de viser ses importations. Pékin estime que ses échanges énergétiques avec la Russie relèvent de relations commerciales normales et ne devraient pas être soumis à l’intervention d’un pays tiers.
La position chinoise intervient alors que le pays représente environ la moitié des exportations de brut russe, selon les données d’août compilées par le Centre for Research on Energy and Clean Air (CREA)…
New Delhi a, de son côté, averti Washington que les nouvelles mesures pourraient affecter les relations bilatérales. Le ministère indien des Affaires étrangères a indiqué avoir déjà fait part aux responsables américains des conséquences potentielles du dispositif sur les relations entre les deux pays et sur les marchés énergétiques internationaux. L’Inde se dit déterminée à garantir la sécurité énergétique de sa population et à diversifier ses fournisseurs en fonction des conditions du marché.
Les raffineurs indiens ont déjà organisé des cargaisons pour septembre et octobre, dont certaines en provenance de Russie. Ils redoutent qu’une application intégrale des nouveaux droits de douane américains ne renchérisse leurs coûts et ne provoque une nouvelle hausse des prix des carburants.
Un marché pétrolier déjà sous tension
L’enjeu dépasse les seules relations entre Washington, Pékin et New Delhi. Une réduction brutale des exportations russes pourrait intervenir dans un marché pétrolier déjà fragilisé par les perturbations au Moyen-Orient.
Les tensions autour du détroit d’Ormuz ont réduit la disponibilité de plusieurs catégories de brut sur les marchés internationaux. Dans ce contexte, les acheteurs asiatiques pourraient avoir davantage de difficultés à remplacer rapidement les volumes russes par d’autres sources d’approvisionnement.
Les données disponibles montrent d’ailleurs que la Russie reste fortement dépendante de quelques grands clients. En août, la Chine demeurait le premier acheteur de combustibles fossiles russes. Tandis que l’Inde occupait la deuxième place. Le brut représentait l’essentiel des achats énergétiques russes des deux pays…
Pour la Chine comme pour l’Inde, le dossier pose ainsi un double enjeu : préserver leurs approvisionnements énergétiques tout en limitant les conséquences commerciales d’une éventuelle confrontation accrue avec Washington.
L’Union européenne attend de la Chine qu’elle présente d’ici octobre des mesures concrètes et crédibles pour rééquilibrer les relations commerciales, prévenant qu’à défaut, elle est prête à utiliser « tous les outils » à sa disposition.
Le commissaire européen au commerce, Maros Šefčovič, s’est entretenu jeudi 17 septembre par téléphone avec son homologue chinois, Wang Wentao, au sujet de la gestion des exportations chinoises vers l’UE, de l’accès des entreprises européennes au marché chinois et des contrôles sur les exportations de terres rares. C’est ce qu’il ressort d’une déclaration du porte-parole de la Commission européenne, Olof Gill.
Comme l’a déclaré M. Gill, une coopération concrète demeure une priorité, mais il est tout aussi important d’obtenir de premiers résultats concrets lors de la réunion qui se tiendra à Pékin en octobre, sous la présidence de Šefčovič. Le communiqué précise aussi que cela démontrera que les deux parties passent des paroles aux actes.
Déficit commercial de plus d’un milliard d’euros par jour
Le déficit commercial de l’UE avec la Chine a désormais dépassé le milliard d’euros par jour. Ce qui a conduit la Commission européenne, ainsi que des États membres comme l’Allemagne, à adopter une position plus ferme à l’égard de Pékin.
Les dirigeants européens devraient aborder la question à la mi-octobre, et examiner également de nouveaux outils qui pourraient être utilisés en réponse aux pratiques commerciales chinoises.
Dans son discours sur l’état de l’Union prononcé mercredi, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a averti que le déficit commercial de l’UE avec la Chine avait atteint un « point de bascule ».
« Certains disent qu’un second choc venu de Chine est imminent. Mais il est déjà là », a-t-il déclaré, soulignant que l’UE utilisera « tous les outils » à sa disposition pour équilibrer la relation.
M. Sefcovic a également déclaré mercredi que lors de sa visite en Chine le mois prochain, il cherchera à obtenir des « indications claires » que les négociations aboutissent à un résultat positif et à des « résultats tangibles ».
Les discussions devraient porter notamment sur le renforcement des exportations européennes vers la Chine, ainsi que sur différents régimes tarifaires.
L’arrivée de la langue chinoise sur les ondes de Radio Tunis chaîne internationale (RTCI) marque une nouvelle étape dans le rapprochement entre la Tunisie et la Chine. Au-delà de l’introduction d’une nouvelle langue dans la programmation de la radio publique tunisienne, cette initiative s’inscrit dans une dynamique plus large de coopération entre Tunis et Pékin, qui touche désormais plusieurs secteurs, dont les médias et l’audiovisuel.
RTCI a annoncé l’entrée du chinois dans sa programmation avec une émission consacrée à cette langue. Cette nouvelle offre intervient alors que les échanges entre les deux pays se sont intensifiés ces dernières années dans les domaines économique, culturel, éducatif et médiatique.
Une coopération médiatique qui s’est structurée ces dernières années
Le secteur des médias occupe une place croissante dans cette coopération. En juin 2024, à l’occasion de la visite du président Kaïs Saïed en Chine, plusieurs représentants de médias tunisiens avaient participé à des rencontres consacrées au renforcement du partenariat entre les deux pays. Des représentants de journaux, de radios et de télévisions tunisiennes avaient notamment été reçus par l’ambassade de Chine à Tunis.
La même année, un protocole d’accord ainsi que plusieurs accords de coopération dans le secteur audiovisuel avaient été conclus entre l’Union africaine de radiodiffusion et de télévision (ASBU) et la partie chinoise. Ces accords s’inscrivent dans une volonté de développer les échanges audiovisuels et les coopérations entre médias.
La coopération médiatique s’est également prolongée à travers les échanges entre professionnels. En 2025, des responsables chinois avaient évoqué la volonté de multiplier les initiatives de coopération entre les médias tunisiens et chinois, dans un contexte où les relations bilatérales dépassent désormais les seuls domaines économique et diplomatique.
Cette dynamique s’inscrit aussi dans un cadre africain plus large. En août 2026, le 7e Forum sur la coopération des médias sino-africains a débouché sur une déclaration commune appelant à approfondir la coopération dans les médias audiovisuels.
De l’économie aux médias, une présence chinoise qui se diversifie
Le rapprochement entre la Tunisie et la Chine ne se limite toutefois pas au secteur médiatique. Les deux pays développent parallèlement des coopérations dans les infrastructures, le commerce, l’industrie, le tourisme, l’éducation et la formation.
Dans le domaine touristique, par exemple, un programme promotionnel prévu pour 2026 prévoit notamment l’organisation de visites d’information en Tunisie pour des journalistes et influenceurs chinois, ainsi que des campagnes sur les plateformes numériques chinoises.
Sur le plan économique, des entreprises chinoises participent également à plusieurs projets en Tunisie, tandis que les autorités des deux pays cherchent à élargir les échanges commerciaux et les investissements. La coopération bilatérale fait ainsi l’objet de nouvelles orientations dans plusieurs secteurs.
Dans ce contexte, l’arrivée du chinois à RTCI peut être considérée comme un développement à la croisée de plusieurs dynamiques : enseignement des langues, ouverture culturelle, échanges médiatiques et volonté de renforcer les relations entre les deux pays.
Pour la radio internationale tunisienne, cette nouvelle programmation constitue aussi un moyen de s’adresser directement à un espace linguistique et culturel chinois, alors que les relations entre Tunis et Pékin prennent une place plus importante dans la politique de coopération internationale de la Tunisie.
La multiplication des échanges entre journalistes, médias, institutions audiovisuelles et acteurs du numérique pourrait ainsi constituer l’un des nouveaux axes de cette relation bilatérale, parallèlement aux grands projets économiques et aux échanges institutionnels.
Une nuance à souligner
Mais autant rappler que cette présence chinoise croissante ne signifie toutefois pas une implantation homogène dans l’ensemble des secteurs de la vie tunisienne. Elle reste largement structurée autour d’accords interétatiques, de projets économiques, d’échanges culturels et de programmes de coopération ciblés. Dans le domaine des médias notamment, l’intensification des échanges pose aussi la question de la diversification des partenariats internationaux de la Tunisie et de la capacité des acteurs médiatiques à multiplier les sources, les collaborations et les regards sur l’actualité internationale.
Depuis 2014, la Chine a procédé à plus de 650 acquisitions d’entreprises en Europe, dont 174 en Allemagne, 102 au Royaume-Uni et 72 en France. Une grande partie de ces acquisitions ont été effectuées par des conglomérats appartenant, totalement ou en partie, à l’Etat chinois et ont une forte valeur technologique. D’où les inquiétudes que cette main basse chinoise sur la high-tech européenne alimente aujourd’hui dans les cercles économiques et politiques.(L’illustration de l’article est générée par IA).
Habib Glenza
«En 2014, le gouvernement chinois a ouvert grand les vannes, encourageant ses entreprises à procéder à des acquisitions à l’étranger», rappelle Agatha Kratz, directrice associée au Rhodium Group, spécialiste des relations entre l’Union européenne et la Chine. Les groupes chinois ont aussi profité de la crise de l’euro de 2008 et 2009 pour se livrer à une vague d’acquisitions parmi les entreprises européennes au bord de la faillite.
En 2017, Pékin a toutefois placé des limites aux sorties de capitaux et durci les conditions pour obtenir des emprunts, afin de stopper les acquisitions à but purement spéculatif, faisant baisser le nombre de transactions chinoises en Europe. La pandémie leur a apporté un nouveau coup de frein. Mais les transactions sont reparties à la hausse depuis le troisième trimestre de 2020, dans le sillage du déploiement des vaccins contre le Covid-19 et de la position de plus en plus dure de Washington contre Pékin. «Un certain nombre d’acquisitions prévues à l’origine aux Etats-Unis se sont reportées sur l’Europe», note Neil Campling, analyste chez Mirabaud Securities.
L’accord d’investissement conclu fin 2020, après plus de sept ans de négociations par Pékin et Bruxelles, qui doit encore être validé par le Parlement européen, devrait encore accroître le nombre d’investissements chinois en Europe, car il prévoit une ouverture respective des marchés des deux blocs économiques. À titre d’exemple, il permet aux firmes chinoises d’accéder au secteur des énergies renouvelables dans les pays européens, avec une limite fixée à 5 % de part de marché nationale dans chaque Etat-membre.
La crise offre des opportunités de rachat à bon prix
Comme en 2008 et 2009, on peut imaginer que les difficultés économiques de certains secteurs, après la fin des plans massifs de soutien à l’économie, leur fourniront d’ici quelques mois de nombreuses opportunités de rachat à bon prix. «Sur le moyen terme, les Chinois continueront à faire leurs courses en Europe. Les conditions-cadres qui les ont attirés en premier lieu n’ont pas changé», estime l’ Institute for Mergers, Acquisitions and Alliances (IMAA).
L’Europe représente un vivier technologique de premier plan. «L’objectif pour Pékin est d’acquérir des savoir-faire et des technologies de pointe en Europe, pour éviter de devoir mener sa propre recherche et développement», relève encore l’IMAA. Un gain de temps et d’argent qui lui permettra à terme de surpasser le monde occidental dans un certain nombre de domaines clés, comme les semi-conducteurs, les véhicules verts, la robotique ou l’intelligence artificielle.
La transaction la plus emblématique des dernières années est la vente, en 2016, de l’allemand Kuka, l’un des leaders mondiaux de la robotique, au géant de l’électroménager chinois Midea. On citera aussi le rachat chinois d’Anteryon, spin-off néerlandais de Philips Electronics qui fabrique des composants pour caméras, et de Fuba, spécialiste allemand de la communication entre véhicules autonomes.
En France, les groupes Echosens et eDevice, à la pointe de l’innovation dans le domaine médical ; les groupes CTI et Manoir Industries, fournisseurs de pièces pour centrales nucléaires, SES-Imageotag, le numéro 1 mondial des étiquettes électroniques, et les fabricants de puces Almae Technology et Linxens sont tous tombés dans l’escarcelle de Pékin.
Ce dernier cas est particulièrement parlant. Le groupe, spécialisé dans les micro connecteurs permettant aux bornes électroniques de communiquer avec les cartes à puces, a été racheté en 2018 pour 2,2 milliards d’euros par la société chinoise Ziguang Liansheng, par l’entremise d’une série de véhicules basés en France, au Luxembourg et à Hong Kong. Or le nouveau propriétaire du groupe français appartient au groupe Tsinghua Unigroup, un conglomérat affilié au ministère de l’Education chinois qui sert de fer de lance à Pékin dans sa stratégie de développement d’une industrie domestique des semi-conducteurs. Un an après l’acquisition, Linxens a annoncé la construction d’une gigantesque usine et d’un centre de recherche à Tianjin, juste à côté d’un nouveau hub consacré à l’innovation mis en place par Tsinghua Unigroup.
Les transferts de technologie n’expliquent cependant pas tous les rachats chinois d’entreprises européennes. «Un certain nombre de transactions ont simplement pour but de permettre à des groupes chinois de prendre pied sur le marché européen ou d’améliorer leurs ventes sur le plan domestique en bénéficiant du renom d’une marque occidentale de prestige», explique Jaap van Etten, entrepreneur et ancien diplomate spécialiste de la Chine.
Un mouvement d’une ampleur inquiétante
Le rachat du fabricant de pneus italien Pirelli, du producteur de matériel sportif finlandais Amer Sports (Salomon, Arc’teryx, Peak Performance), la prise de participation de Geely au capital du groupe automobile allemand Daimler-Mercedes doivent être interprétés à cette aune. Tout comme l’acquisition des marques françaises Baccarat, Club Med, Lanvin et Sandro.
Si ces rachats chinois n’enfreignent en rien la loi, ils inquiètent par leur ampleur. «Veut-on vraiment voir nos technologies de pointe tomber entre les mains d’entités étrangères, notamment d’un concurrent stratégique comme la Chine qui cherche à surpasser l’Europe ?», s’interroge le Britannique Neil Campling, Senior Strategist Markets. Les produits innovants développés par Linxens, Almae Technologies, CTI et Manoir Industries appartiennent tous désormais à des conglomérats étatiques chinois.
La question se pose de façon plus pressante encore lorsqu’il s’agit de technologies à usage militaire ou dual (satellites, moteurs, radars, hélicoptères, etc.). Le Français All Circuits, qui fabrique des circuits électroniques, est ainsi tombé dans le giron du groupe Aerospace Hi-Tech, dont le principal actionnaire est Casic, l’un des principaux fournisseurs de l’armée chinoise.
De même, céder ses infrastructures critiques ou les «commodités» dont dépend son économie à un Etat étranger met en péril la sécurité nationale. Si la Chine se décidait à les interrompre ou à les accaparer pour alimenter ses propres besoins, les pays dont ils sont issus s’effondreraient.
En France, des groupes affiliés à l’Etat chinois ont mis la main sur plusieurs entreprises opérant dans des infrastructures critiques, dont Engie et Alcatel-Lucent. Des sociétés chinoises possèdent des parts dans Engie, Air France et l’aéroport de Toulouse.
En Grande-Bretagne, le conglomérat China General Nuclear, partenaire d’EDF en France, a pris une participation dans la centrale nucléaire Sizewell C. Certaines technologies acquises par les Chinois, à l’image de celles liées à la reconnaissance faciale, pourraient en outre être déployées au Xinjiang.
Des entreprises rachetés puis mises en caution
Pire, les nouveaux patrons chinois mettent parfois en danger la survie même de leurs acquisitions, comme dans le cas de Baccarat. «Certains groupes chinois se sont surendettés pour procéder à des acquisitions à l’étranger, puis se sont retrouvés en difficulté financière», relève Alicia García Herrero, spécialiste des marchés émergents à Bruegel. C’est le cas du groupe HNA, un conglomérat à la structure opaque, qui a racheté de nombreuses entreprises dans le secteur aérien – dont les françaises Aigle Azur et Servair – à partir de 2015.
Pour y parvenir, HNA s’est endetté à hauteur de 100 milliards de dollars, parfois en engageant comme garantie les actions des entreprises qu’il rachetait. Début 2018, la firme a commencé à faire défaut sur certaines de ses lignes de crédit et s’est retrouvée dans l’obligation de céder une partie de ses acquisitions à ses créditeurs. Servair a ainsi été revendu en 2019 au fonds asiatique RRJ Capital, par l’entremise de son propriétaire GateGroup. Air Azur a pour sa part été mis en faillite en septembre 2019.
Le groupe Shandong Ruyi, qui avait pour ambition de devenir le LVMH chinois, est lui aussi au bord de la débâcle financière après s’être lourdement endetté pour racheter une douzaine de marques de luxe dont les françaises Sandro, Maje et Claudie Pierlot. À court de liquidités, il a à plusieurs reprises fait défaut sur des obligations ces derniers mois.
Le groupe de distribution de produits pétroliers Dyneff s’est, quant à lui, retrouvé au cœur d’un scandale de corruption en mars 2018 lorsque le fondateur de CEFC, le conglomérat pétrolier qui l’avait racheté un an plus tôt, a été arrêté pour avoir versé des pots-de-vin. L’entreprise chinoise a été démantelée et confiée à un groupe lié aux autorités de la ville de Shanghai.
Des contre-exemples existent. À l’instar de Lanvin. Certaines firmes européennes ont bénéficié d’investisseurs chinois aux poches profondes qui leur ont permis d’accéder au marché chinois et ont élaboré d’ambitieuses stratégies de développement pour elles.
Racheté par le constructeur automobile chinois Zhejiang Geely en 2010, alors qu’il traversait une passe difficile, le suédois Volvo a depuis retrouvé ses galons sur le marché des voitures de luxe. Son nouveau patron a notamment injecté 10 milliards de dollars dans la société, lancé des nouveaux modèles et démultiplié ses capacités de production. L’arrivée en Europe du dragon chinois peut aussi déboucher sur de beaux succès.
Dans toute l’Europe, Pékin a procédé à plus de 650 acquisitions depuis 2014, dont 174 en Allemagne, 102 au Royaume-Uni et 72 en France. «Parmi les 72 acquisitions que nous avons recensées en France, près de 40 % ont été effectuées par des conglomérats appartenant totalement ou partiellement à l’Etat chinois», précise Jaap van Etten, le fondateur de Datenna. Mais l’implication de Pékin est souvent dissimulée sous plusieurs couches de sociétés écran situées dans des centres offshore ou ailleurs en Europe, souligne cet ancien diplomate à l’ambassade des Pays-Bas de Pékin.
NB :L’essentiel des informations contenues dans cet articles sont puisées dans les données publiées par l’Institut pour les fusions, les acquisitions et les alliances (IFAA ou IMAA en anglais).
‘‘Quand la Chine s’éveillera… le monde tremblera’’ titrait Alain Peyrefitte un essai publié en 1973. Soixante ans plus tard, ce présage qui avait valeur d’avertissement est en train de se réaliser et le monde commence déjà à trembler car le dragon chinois crache du feu et risque de tout brûler sur son passage. Dans le secteur de l’automobile, en tout cas, les constructeurs chinois sont déjà en avance sur leurs homologues européens et américains.(Photo: Station de recharge électrique pour camions créée par Huawei).
Habib Glenza
La Chine déplace des volumes massifs, atteignant des dizaines de milliards de tonnes de marchandises par an grâce à ses réseaux logistiques. Le marché du transport routier de marchandises est un pilier majeur de sa logistique intérieure et transfrontalière, évalué à environ 500 milliards de dollars et en forte croissance. Et il devrait atteindre une valeur de 668,55 milliards de dollars d’ici 2031.
Profitant de cette forte croissance commerciale et économique, le pays veut franchir un nouveau cap dans l’électrification du transport de marchandises. Il vient d’ailleurs de dévoiler un plan massif visant à porter à 40 % la part des camions à énergie électrique dans les immatriculations de poids lourds d’ici 2030. Avec des milliers de stations de recharge et d’échange de batteries, le pays entend accélérer encore et creuser l’écart avec les marchés occidentaux.
Onze agences gouvernementales chinoises ont publié une feuille de route destinée à révolutionner le transport routier de marchandises. La Chine, déjà largement en avance sur l’Europe dans ce domaine, veut désormais changer d’échelle. Le plan fixe trois objectifs pour les poids lourds de plus de 12 tonnes à l’horizon 2030. Les véhicules à énergies nouvelles devront représenter 40 % des immatriculations neuves. Le parc total atteindra 1,6 million d’unités, soit environ 20 % des poids lourds en circulation. Enfin, ces véhicules devront assurer 18 % du fret transporté sur les grands axes autoroutiers.
Un fossé toujours plus grand avec l’Europe
Pour soutenir cette transition, Pékin prévoit de subventionner la construction de 3 000 stations de recharge et d’échange de batteries. Objectif : créer 30 000 kilomètres de corridors de fret décarbonés sur les principales autoroutes du pays. Les nouvelles aires d’autoroute, ainsi que celles rénovées, devront intégrer des infrastructures de recharge ou réserver des espaces pour leur installation future.
Ces chiffres illustrent une nouvelle fois l’avance prise par la Chine. En 2025, le pays a immatriculé 231 100 poids lourds à énergies nouvelles, contre seulement 6 372 camions rechargeables de plus de 16 tonnes en Europe, selon l’European Automobile Manufacturers’ Association (Acea).
Là où l’Europe avance progressivement avec un parc encore fortement diésélisé, Pékin combine subventions, réglementation et infrastructures à grande échelle pour accélérer la conversion des transporteurs.
Certaines régions bénéficieront de mesures encore plus ambitieuses. Dans les zones fortement urbanisées, les autorités visent un taux d’électrification de 80 % pour les liaisons courtes et régulières.
Il est à signaler que la plupart des batteries utilisées dans le monde sont fabriquées en Chine, ainsi que les cellules qui composent les batteries.
La Chine détient le monopole des métaux rares dans le monde, nécessaires pour la fabrication de batteries, ce qui explique les raisons qui ont poussé les fabricants chinois de batteries comme BYD et Xiaomi à s’investir fortement dans la production des véhicules électriques.
Vers de nouveaux modèles économiques
Le gouvernement prévoit de renforcer les aides financières pour l’achat des véhicules et le déploiement des infrastructures. Alors que les collectivités locales sont encouragées à mobiliser des fonds pour accompagner les transporteurs, les autorités souhaitent également favoriser la séparation entre le camion et sa batterie. Le leasing de batteries et les modèles d’échange rapide sont ainsi encouragés afin de réduire le coût d’acquisition des véhicules.
Pour accélérer l’adoption de poids lourds électriques, Pékin appelle à multiplier le «Battery Swap»
Il y a quatre ans, la Tanzanie était confrontée à une grave pénurie d’électricité, contraignant la compagnie nationale d’électricité à rationner l’approvisionnement. Certaines régions subissaient des coupures de courant quotidiennes allant jusqu’à neuf heures. Nous vivons aujourd’hui une situation comparable en Tunisie. Notre déficit énergétique dépasse 60% et nous sommes contraints d’importer, au prix fort et en devises étrangères, l’essentiel du gaz nécessaire à la production de nos besoins en électricité. Qui plus est, nous faisons face, depuis le début de l’été, à des coupures intempestives d’électricité qui ont provoqué la colère des citoyens et beaucoup nui à l’économie du pays. Pour nous, la Tanzanie, où la situation a radicalement changé en seulement quelques années, offre un exemple à méditer et, surtout, à suivre.
Imed Bahri
En effet, la semaine dernière lorsque la présidente Samia Suluhu Hassan a inauguré officiellement une centrale hydroélectrique de grande envergure sur le fleuve Rufiji, le plus important du pays, faisant de la Tanzanie une nation excédentaire en matière de production d’électricité.
La spécificité de ce mégaprojet qui a coûté 2,9 milliards de dollars est le non recours à l’endettement extérieur pour le financer, la Tanzanie l’a intégralement autofinancé, un exploit qualifié par Bloomberg de «moment charnière pour l’Afrique». Seul hic, les conséquences environnementales.
L’analyse de l’économiste et éditorialiste de Bloomberg Mihir Sharma,, intitulée «Le barrage tanzanien marque un moment charnière pour l’autofinancement de l’Afrique», indique que le projet hydroélectrique Julius Nyerere, du nom du premier président tanzanien, a doublé la capacité de production d’électricité du pays. La production dépasse désormais la demande, ce qui signifie que les turbines du barrage ne fonctionneront qu’à 40% ou 50% de leur capacité si la Tanzanie n’investit pas davantage dans le développement de son réseau électrique et de ses interconnexions avec les pays voisins.
Prouesse financière, problème écologique
Un tel niveau d’abondance énergétique est un rêve même pour les pays développés, et a fortiori pour un pays comme la Tunisie.
Fait remarquable, la Tanzanie a réalisé cet exploit presque entièrement grâce à un autofinancement. Le budget de l’État a couvert ce projet de 2 115 mégawatts, ce qui en fait le plus important de ce type en Afrique après le barrage de la Renaissance éthiopienne, un ouvrage colossal et controversé.
Mihir Sharma écrit : «Pendant plus d’une décennie, nous avons craint que la baisse des financements occidentaux pour les projets d’infrastructure dans les économies émergentes ne contraigne les gouvernements asiatiques et africains à supporter des niveaux alarmants de dette envers la Chine. Or, il s’avère qu’une autre option existe: l’autofinancement, à condition de choisir avec soin les conditions et les entreprises».
L’auteur précise que l’idée de ce projet remonte à 1907, lorsque l’ingénieur colonial allemand Franz Stiegler (qui sera tué plus tard par un éléphant) proposa la construction d’un barrage sur le fleuve Rufiji mais il faudra attendre plus d’un siècle ! Le projet ne put véritablement démarrer qu’après que John Magufuli (président de 2015 à 2021), prédécesseur de l’actuelle présidente Samia Suluhu Hassan, l’eut adopté comme le projet phare de sa présidence.
Mihir Sharma indique que ce projet aura toutefois des conséquences négatives sur l’environnement mais les deux dirigeants précédemment cités l’ont imposé et personne ne pouvait bloquer le projet étant donné le caractère autoritaire du régime. Il rappelle que les deux dirigeants ont fait l’objet d’accusations crédibles de violence politique et de persécution de leurs opposants.
L’auteur s’alarme que dans les régimes autoritaires, l’impact environnemental de tels projets est difficile à évaluer, ce qui est regrettable car ces préoccupations ne doivent pas être ignorées. Les eaux du projet inonderont entre 1,5% et 3% de la réserve de gibier de Selous, site inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1982.
Les écologistes craignent que le projet ne perturbe les migrations et les habitats de la faune locale, notamment des éléphants et du rhinocéros noir, une espèce en danger critique d’extinction. L’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) affirme que l’évaluation environnementale du gouvernement tanzanien «est loin de respecter les normes internationales».
Compte tenu des nombreux écueils liés à la construction de grands barrages, la réussite de la Tanzanie dans la réalisation de ce projet demeure toutefois remarquable. Malgré les critiques de l’organisme de surveillance gouvernemental concernant la mauvaise préparation des documents contractuels, qui a engendré des retards pour le gouvernement, le projet semble avoir été mené à bien dans les limites du budget et sans difficultés majeures. Selon les autorités, son coût s’est élevé à 2,9 milliards de dollars. Il a été financé, avec un nombre limité d’autres grands projets, presque entièrement par les recettes publiques, notamment grâce à une augmentation d’environ un tiers des taxes sur les carburants.
Cela n’a pas aggravé la dette nationale ni détourné l’attention du gouvernement de ses autres priorités pendant la construction du barrage. Les dépenses d’éducation et de santé ont augmenté au même rythme que la croissance du PIB au cours des deux dernières années et le gouvernement a mis en place un système d’assurance maladie universelle et dispensé six années d’enseignement secondaire gratuit.
La Tanzanie détermine les options de mise en œuvre
La Tanzanie a pris plusieurs décisions qui ont contribué au succès du projet. Premièrement, elle a écarté la possibilité d’obtenir un financement occidental, difficile à obtenir de toute façon, les banques de développement et les agences d’aide étant devenues réticentes à financer des projets hydroélectriques dans les pays en développement suite aux campagnes menées par des militants dans les années 1990.
Deuxièmement, la Tanzanie n’a pas remplacé l’Occident par Pékin. Magufuli avait auparavant rejeté une offre chinoise de 10 milliards de dollars pour la modernisation du port de Bagamoyo, la qualifiant d’«abusive et confuse», tandis que des responsables se plaignaient d’avoir été traités «comme des écoliers» par les négociateurs chinois.
Troisièmement, la Tanzanie n’a pas accepté précipitamment la première offre reçue, émanant de l’entreprise de construction brésilienne Odebrecht SA, connue pour ses antécédents de corruption en Amérique latine et dans les Caraïbes et qui cherchait à s’implanter en Afrique. Entreprise qui d’ailleurs s’est placée sous la protection de la loi sur les faillites en 2019. Odebrecht a également proposé de réaliser le projet à un coût bien supérieur à ce qu’aura finalement coûté le projet.
Les Tanzaniens ont quant à eux opté pour un consortium égyptien. Le président égyptien Abdel Fattah Al-Sissi, présent aux côtés du président Hassan lors de la cérémonie d’inauguration, souhaitait démontrer que les vives objections de son pays au barrage de la Renaissance éthiopienne sur le Nil ne s’étendaient pas à d’autres projets. Le lac Victoria, dont la moitié est contrôlée par la Tanzanie, étant la source du Nil Blanc, il est dans l’intérêt de l’Égypte de maintenir des relations amicales avec la Tanzanie et que cette dernière conserve un potentiel hydroélectrique maximal.
Ainsi, ce projet colossal a été réalisé en deçà du budget, pour un coût de 1,37 million de dollars par mégawatt, soit un prix parmi les plus bas pour des projets similaires. Il a également été financé par les impôts africains et est resté sous le contrôle d’un consortium africain ce qui est une réussite remarquable.
La Chine participe et l’Occident est perdant
Bien entendu, une part importante des fonds est allée à la Chine. L’entreprise publique Dongfang Electric a fourni les turbines servant à la production d’électricité. Le groupe Sinohydro aurait reçu 969 millions de dollars pour la conception et la construction du barrage principal.
Toutefois, cela ne change pas grand-chose. Le coût est resté raisonnable, les conditions transparentes et le projet a largement fait appel à la main-d’œuvre locale tandis que le contrôle est resté entre les mains des autorités tanzaniennes et des maîtres d’œuvre égyptiens.
Le véritable perdant dans cette histoire, outre la faune sauvage de la réserve naturelle et les communautés de pêcheurs en aval, est le financement occidental. Les investisseurs, y compris ceux qui acheminent les fonds par le biais d’organismes multilatéraux et de la Banque mondiale, se sont montrés réticents à financer des projets de grande envergure dans les économies émergentes, en particulier les projets hydroélectriques.
Mihir Sharma conclut: «À mesure que les pays découvrent leur capacité à mener à bien ces projets de manière indépendante, ils n’ont plus besoin de l’Occident et de ses activistes ni de la Chine et de ses diplomates».