À l’occasion d’un workshop dédié aux réseaux électriques et aux énergies renouvelables, les responsables tunisiens du secteur de l’énergie ont rencontré leurs homologues belges et européens à Bruxelles
Ce déplacement, soutenu par l’ambassade de Tunisie en Belgique, marque une étape clé dans l’acquisition du savoir-faire technique nécessaire à la gestion future du projet Elmed.
A cette occasion, Sahbi Khalfallah, Ambassadeur de Tunisie à Bruxelles, a reçu une délégation du ministère tunisien de l’Industrie, de l’Energie et des Mines et de responsables à la Société tunisienne de l’électricité et du gaz (Steg).
Pour rappel, le projet Elmed est une infrastructure monumentale décrite comme un «pont énergétique» entre l’Italie (station de Partanna en Sicile) et la Tunisie ( Mlaabi dans le Cap Bon), qui reliera les grands systèmes électriques de l’Europe et de l’Afrique du Nord.
Sur une longueur totale d’environ 220 kilomètres (dont environ 200 km en câble sous-marin) avec une capacité de 600 MWh ce «pont énergétique» sera construit dans le plein respect de l’environnement et vise « à assurer une plus grande sécurité, durabilité et résilience dans l’approvisionnement en énergie, ainsi que le développement des échanges d’électricité produite à partir de sources renouvelables ».
Dans une interview avec le célèbre éditorialiste et commentateur américain de droite Tucker Carlson, l’ambassadeur américain en Israël, Mike Huckabee, exprime des idées fort peu diplomatiques voire explosives où, citant le verset (15) de la Genèse dans la Bible, a cru pouvoir affirmer que tout le Moyen-Orient (Palestine, Jordanie, Liban, Syrie, Irak), mais aussi des parties de l’Egypte et l’Arabie saoudite, devrait appartenir aux Juifs.
Mohamed Larbi Bouguerra *
Ces déclarations ont scandalisé le journaliste israélien Gideon Levy qui s’est interrogé dans une chronique parue dans ‘‘Haaretz’’ du 22 février 2026 : «Existe-t-il des accélérateurs d’antisémitisme ou des pourvoyeurs de positions anti-israéliennes plus grands que ceux qui poussent Israël à devenir un empire régional, tout cela à cause d’une promesse biblique délirante faite il y a 3 000 ans ?»
Il est clair que Huckabee n’a jamais lu ‘‘Le traité sur la tolérance’’ de Voltaire qui écrivait en 1763 : «Les mahométans sont des usurpateurs depuis plus de mille ans (du bien des juifs). Si les juifs raisonnaient ainsi aujourd’hui, il est clair qu’il n’y aurait d’autre réponse à leur faire que de les mettre aux galères. Ce sont à peu près les seuls cas où l’intolérance paraît raisonnable.» (Edition Folio, p. 107)
Ce monsieur Huckabee a été un pasteur chrétien baptiste puis est devenu gouverneur de l’Arkansas puis deux fois candidat à la présidentielle.
En tant que baptiste, il attend la venue du Messie en Terre Sainte. C’est alors, dit la Bible dans l’Apocalypse, qu’il convertira tous les juifs. S’ils refusent, il les passera au fil de l’épée.
Comprenne qui pourra !
* Professeur honoraire à la Faculté des sciences de Tunis et ancien directeur associé de recherche au CNRS (Université Paris VI).
Un nombre record de 129 journalistes et professionnels des médias ont été tués dans l’exercice de leurs fonctions en 2025, dont les deux tiers par Israël, a déclaré mercredi 25 février 2026 le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) dans son dernier rapport.
Le nombre de journalistes tués dans le monde a atteint un record pour la deuxième année consécutive, après 124 décès recensés en 2024, dont les deux tiers également tués par Israël, relève l’organisation indépendante. Le CPJ recense depuis plus de 30 ans les attaques contre la presse.
Israël a été responsable de la mort de 86 journalistes en 2025. Ils sont, à plus de 80%, Palestiniens. Dans ce classement du crime abject, l’Etat hébreu devance de très loin le Soudan (9), le Mexique (6), la Russie (4), et les Philippines (3).
L’État hébreu est aussi responsable de 81 % des 47 assassinats ciblés de journalistes classés comme «meurtres» par l’organisation dans son rapport.
«Dans un contexte de tensions croissantes à travers le monde, le mépris d’Israël pour la vie des journalistes – et pour le droit international censé les protéger – est sans précédent», note le rapport. Il ajoute : «Depuis que le CPJ a commencé à compiler ces données en 1992, Israël a tué plus de journalistes que tout autre gouvernement, faisant de la guerre israélo-palestinienne (qui inclut les massacres perpétrés par Israël à Gaza ainsi que ses attaques meurtrières au Liban, au Yémen et en Iran) la plus meurtrière jamais enregistrée pour les journalistes.»
Le CPJ écrit, également : «Si couvrir la guerre est intrinsèquement dangereux, Israël a franchi un nouveau cap en ciblant délibérément et illégalement les journalistes. En 2025, le CPJ a recensé 47 cas de journalistes assassinés en raison de leur travail, Israël étant responsable de 81 % de ces assassinats. Le nombre total de ces assassinats ciblés pourrait être bien plus élevé. Compte tenu des restrictions extrêmes imposées à Gaza, notamment l’interdiction d’accès à la presse étrangère indépendante, la destruction des infrastructures de communication, les déplacements massifs de population et les pertes humaines considérables, il est difficile d’enquêter sur les circonstances de chaque décès. La plupart des preuves contemporaines ayant été détruites, le nombre exact de journalistes palestiniens à Gaza délibérément ciblés par Israël restera peut-être à jamais inconnu.»
Le Financial Times, citant des sources bien informées et se référant à des documents russes confidentiels qu’il a consultés, a révélé les détails d’un accord secret irano-russe prévoyant une commande iranienne de systèmes de défense aérienne russes d’une valeur de 545 millions de dollars en juillet de l’année dernière, quelques jours seulement après la fin de la guerre des douze jours.
Imed Bahri
Ces révélations interviennent alors que les États-Unis déploient une force militaire considérable au Moyen-Orient, sur fond de menaces du président américain Donald Trump à l’encontre de l’Iran s’il ne conclut pas à un «bon accord» concernant son programme nucléaire.
Le journal britannique indique que l’accord signé à Moscou en décembre dernier oblige la Russie à livrer 500 lanceurs mobiles Verba et 2500 missiles 9M336 à Téhéran sur une période de trois ans.
Les négociations ont eu lieu entre Rosoboronexport (l’agence d’État russe chargée des exportations d’armement) et un représentant du ministère iranien de la Défense à Moscou.
Le journal précise que Rouhollah Katibi, un haut responsable du ministère iranien de la Défense basé à Moscou, a coordonné l’accord. Il avait auparavant contribué à la vente de centaines de missiles balistiques à courte portée Fateh-360 à la Russie, destinés à être utilisés en Ukraine.
Les États-Unis ont imposé des sanctions à Katibi en 2024, l’accusant d’agir pour le compte du ministère iranien de la Défense. Le département du Trésor américain l’a qualifié de trait d(union entre le gouvernement russe et le ministère iranien de la Défense.
Le système Verba
Le système Verba est l’un des systèmes de défense aérienne les plus avancés de la Fédération de Russie. Il s’agit d’un missile sol-air portable à guidage infrarouge, capable de cibler les missiles de croisière, les aéronefs volant à basse altitude et les drones.
Ce système permet aux forces terrestres de déployer rapidement des défenses dispersées sans dépendre d’installations radar fixes, plus vulnérables aux attaques.
Selon les termes du contrat, les livraisons sont prévues en trois phases entre 2027 et 2029.
Un ancien haut responsable américain a déclaré : «La Russie a peut-être perçu cet accord comme un moyen de rétablir ses relations avec l’Iran après son incapacité apparente à soutenir son allié lors de la guerre de douze jours contre Israël». Il a ajouté : «Ils souhaitent que l’Iran reste un partenaire. Par conséquent, même s’ils n’ont pas pu intervenir pendant la crise, ils tenteront de renouer les liens par la suite».
Le FT a cité une source proche du dossier qui a déclaré : «Il est probable qu’un petit nombre de ces systèmes aient été livrés à l’Iran dès le début». L’ambassadeur d’Iran à Moscou Kazem Jalali l’a également laissé entendre en confirmant plusieurs vols récents entre Moscou et Téhéran.
Un avion-cargo russe Iliouchine Il-76TD a effectué au moins trois vols entre Mineralnye Vody, dans le Caucase du Nord, et la ville iranienne de Karaj au cours des dix derniers jours. Au moins un autre appareil du même type est arrivé en Iran en provenance de la même région fin décembre. L’Iran aurait également reçu jusqu’à six hélicoptères d’attaque russes Mi-28 en janvier et aurait commencé à en utiliser un à Téhéran ce mois-ci.
Le système Verba est-il suffisant ?
Ruslan Pukhov, directeur du Centre d’analyse des stratégies et des technologies (un groupe de réflexion basé à Moscou) a expliqué que «si certaines unités étaient livrées et déployées en Iran, il est peu probable qu’elles améliorent significativement la défense globale de Téhéran en cas de nouvelle guerre contre Israël ou les États-Unis».
Cependant, M. Pukhov a souligné que ce nouveau système pourrait rendre beaucoup plus dangereuses les opérations américaines impliquant des hélicoptères et des avions volant à basse altitude, tactiques récemment utilisées pour capturer le président vénézuélien Nicolás Maduro. «Si une attaque héliportée comme celle contre Maduro devait se produire, ce système pourrait s’avérer très utile aux Iraniens. Si les missiles sont confiés aux bonnes personnes au bon moment, ils peuvent causer d’importants dégâts» du côté américain, a-t-il ajouté.
Un changement de stratégie pour Téhéran
Nicole Grajewski, professeure assistante à l’Institut d’études politiques de Paris et spécialiste des relations stratégiques irano-russes, a déclaré : «Cet accord témoigne d’un changement de stratégie pour Téhéran après la destruction de ses défenses aériennes par Israël l’an dernier». Elle a ajouté : «Contrairement aux systèmes de défense aérienne stratégiques russes de plus grande envergure, tels que les S-300 et S-400, le Verba ne nécessite pas de formation ni d’intégration poussées et peut être déployé beaucoup plus rapidement. Aucun de ces transferts ne modifiera fondamentalement la capacité de l’Iran à rivaliser avec les forces armées les plus avancées au monde mais ils pourraient prolonger le prochain conflit».
Le FT rappelle que Téhéran a fourni à Moscou des drones et des missiles pendant la guerre russo-ukrainienne. Les deux pays ont également signé un traité visant à renforcer leurs relations bilatérales en janvier 2025 et l’Iran a cherché à acquérir deux escadrons de chasseurs Soukhoï Su-35 de pointe auprès de la Russie.
En juin 2025, la confrontation militaire la plus directe et la plus violente entre l’Iran et Israël a éclaté lorsque Tel-Aviv, avec le soutien militaire direct des États-Unis, a lancé une série de frappes aériennes ciblant trois installations nucléaires iraniennes clés.
Cette guerre a marqué un tournant radical dans le cours du conflit régional, Washington s’engageant, pour la première fois, ouvertement et immédiatement dans des opérations offensives. Cela a entraîné la destruction massive des infrastructures de défense de Téhéran et a plongé toute la région au bord d’un conflit ouvert, qui a pris fin après l’annonce par le Pentagone et l’armée israélienne du succès des «frappes chirurgicales» ayant permis de détruire les principales cibles dont des réacteurs et des installations d’enrichissement vitaux.
L’intensification de l’activité militaire américaine durant ce mois de février s’inscrit dans la continuité des conséquences de cette guerre. Washington cherche à tirer profit de la supériorité aérienne acquise l’été dernier pour imposer de nouvelles conditions nucléaires à Téhéran, tandis que ce dernier s’efforce de reconstruire au plus vite ses systèmes de défense en concluant ces accords avec Moscou pour l’acquisition de missiles portables Verba, dans le but de créer une défense aérienne au sol capable de pallier les vulnérabilités techniques révélées par les douze jours de la précédente guerre.
Le mouvement Haq a fermement condamné, dans un communiqué publié ce mercredi 25 février 2026, l’agression dont a été victime son porte-parole Chokri Anane.
Ce grave incident s’est produit aux alentours de 11h20 dans le quartier Taïeb Mhiri à Laouina, lorsqu’un groupe de marchands ambulants installés illégalement a encerclé Chokri Anane, qui a été la cible d’insultes et de menaces directes de lynchage en raison de ses prises de position publiques contre l’occupation anarchique de l’espace public.
L’intervention de la propriétaire d’un commerce local lui a permis de se réfugier, avant que la police n’intervienne, ajoute la même source, saluant au passage l’intervention sécuritaire
Une plainte a été déposée, annonce le mouvement qui impute la responsabilité de toute atteinte à l’intégrité de son porte-parole aux agresseurs et qui a appelé les autorités à assurer la protection de Chokri Anan
Le mouvement Haq réaffirme, par la même occasion, sa détermination à poursuivre son combat pour le respect de la loi et la sécurisation de l’espace public, malgré ces méthodes de pressions qu’il qualifie de « gangstérisme ».
Le parti islamiste Ennahdha a fermement dénoncé le verdict rendu, hier, par le tribunal de première instance de Tunis dans l’affaire Jilani Daboussi.
Dans cette affaire, Noureddine Bhiri et Mondher Ounissi qui font partis des principaux accusés, ont écopé chacun de quatre ans de prison ferme, ce que leur parti a qualifié de « verdict préétabli », tout en rappelant que les avocats se sont retirés, hier, de l’audience pour protester contre ce qu’ils considèrent comme une « violation des règles du procès équitable ».
Ennahdha crie l’innocence de Noureddine Bhiri et de Mondher Ounissi en disant s’appuyer sur un rapport d’expertise ordonné par le doyen des juges d’instruction et en affirmant que ce document conclurait que la sortie d’hôpital de M. Daboussi était conforme à son état de santé et aux avis médicaux de l’époque.
Dans son communiqué, le parti a par ailleurs réitéré son appel à la libération de tous les « détenus politiques » et exhorte les organisations de défense des droits de l’homme à se mobiliser contre ce qu’elle qualifie de « dérives judiciaires ».
La Tunisie de 2026 ne peut plus se contenter de gérer sa fragilité. Elle doit utiliser son ancrage historique, sa position géographique et ses compétences mondialement reconnues pour forger un partenariat de type Plan Marshall, seul garant d’une sortie de l’orbite de tutelle et d’un retour au progrès.
Elyes Kasri *
En 2026, la Tunisie fait face à une impasse économique et budgétaire critique. L’assèchement des financements internationaux a favorisé un «tête-à-tête» inégal avec l’Algérie, matérialisé par l’accord militaire d’octobre 2025. Cette dépendance, aux allures, selon certains commentateurs algériens et tunisiens, de protectorat, pèse sur les choix socio-politiques et la stature internationale du pays. Paradoxalement, les menaces (migratoires, contrebande, instabilité) émanent principalement d’une Algérie elle-même fragilisée (dissensions internes, revendications kabyles, isolement via la résolution 2797 de l’Onu et pressions de l’administration Trump).
En Tunisie, un courant intérieur de plus en plus puissant réclame désormais un rôle actif et la récupération pacifique des territoires et ressources spoliés, refusant l’alignement sur un régime militaire voisin en difficulté et aux valeurs socio-économiques et diplomatiques divergentes de la Tunisie.
Économie : le «Plan Marshall» et l’autonomie énergétique
Pour briser ce siège économique, la Tunisie doit opérer une bascule vers la Souveraineté des Ressources.
Union Européenne : dépasser l’Accord de 1997 : le partenariat avec l’Union Européenne doit se muer en une intégration structurelle. La Tunisie gagnerait à revendiquer un accès total aux mécanismes communautaires (Fonds de cohésion, Fonds pour une transition juste, Fonds Européen pour les affaires maritimes, la Pêche et l’aquaculture, Horizon Europe, Erasmus, Garantie de la BEI) et au marché unique (services/agriculture), transformant le pays en une extension organique de l’Espace économique européen.
Rupture énergétique : accélération massive du solaire et de l’hydrogène vert. L’objectif est de substituer le gaz importé par une production nationale exportable via le câble Elmed, brisant ainsi le levier de pression algérien.
Le levier G7 : négocier un «Debt-for-Sovereignty Swap» (conversion de la dette en investissements) pour financer la modernisation industrielle et les infrastructures critiques, garantissant une indépendance financière réelle.
Sécurité et diplomatie : le rééquilibrage global:
La Tunisie doit passer du statut de «zone tampon» à celui de «pôle régional de liberté et de progrès».
Désengagement de la tutelle : actualisation des clauses de l’accord militaire de 2025. La sécurité des frontières doit reposer sur une autonomie technologique (drones, surveillance IA) fournie par des partenariats avec le G7 (USA, France, Italie) et l’Asie (Japon, Corée), et non sur une délégation de souveraineté au voisin. Le souvenir de Gafsa (janvier 1980) ne doit jamais être refoulé.
Pivot vers le Golfe et l’Asie : réengagement avec l’Arabie Saoudite, les Émirats et les autres membres du CCG pour capter des IDE massifs sans conditions politiques, et positionnement comme base de production «nearshore» pour les géants asiatiques ciblant le marché européen (Japon, Corée, Inde et Malaisie…).
Diplomatie territoriale : ouverture d’un processus de négociations pacifiques et documentées pour la restauration des droits territoriaux historiques, ouvrant la voie à une réconciliation et un apaisement durables, et cimentant la cohésion nationale autour d’un projet de grandeur retrouvée, en vue d’une relance sur des bases solides et sans rancœurs ou arrière-pensées de l’édification du Grand Maghreb.
Recommandations stratégiques pour 2026 :
Institutionnaliser la «neutralité de puissance»: se distancier des blocs régionaux en déclin pour devenir la «Suisse et Singapour de la Méditerranée».
Science, technologie et économie du savoir : lancer le plan «Souveraineté technologique, numérique et énergétique»; faire de la Tunisie une «digital sandbox» attractive pour les talents mondiaux (zones franches technologiques, universités et centres de recherche mondiaux).
Plan Marshall : activer la clause de sauvegarde G7/UE; solliciter une conférence internationale pour la résilience tunisienne, liant la stabilité sécuritaire de l’Europe à la prospérité souveraine de la Tunisie.
Une coopération multidirectionnelle non exclusive et dépourvue de tout sentimentalisme ou relent idéologique avec seul fondement les intérêts réciproques et l’apport à la renaissance et la prospérité de la Tunisie.
Face à un monde en mutation profonde, des fois violente et pleine de défis, la Tunisie est en mesure de transformer les menaces qui se profilent à l’horizon en opportunités. Tel un sphynx, la Tunisie a toujours su trouver à travers sa riche histoire plurimillénaire les ressorts de la renaissance et de la gloire.
La Tunisie de 2026 ne peut plus se contenter de gérer sa fragilité. Elle doit utiliser son ancrage historique, sa position géographique et ses compétences mondialement reconnues pour forger un partenariat de type Plan Marshall, seul garant d’une sortie de l’orbite de tutelle et d’un retour au progrès.
Une vision audacieuse avec une communication internationale bien ajustée grâce à une diplomatie rénovée et motivée seront en mesure de transformer ce rêve en réalité.
Les civilisations humaines prospéraient avant Abraham ; les royaumes du Levant existaient avant les textes bibliques. L’histoire humaine est stratifiée, cumulative, mouvante. La transformer en titre de propriété de l’Etat d’Israël, né en 1948 d’un arrangement entre puissances occidentales, c’est ouvrir la voie à une compétition infinie des mémoires — et à l’instabilité permanente dans le monde.
Yahya Ould Amar *
Les empires disparaissent ; les textes demeurent. Mais aucun verset d’un livre saint n’a jamais servi pour tracer une frontière reconnue par le droit des nations. Si l’on devait fonder la géopolitique contemporaine sur l’antériorité ou les promesses les plus anciennes, le monde redeviendrait instantanément ingouvernable.
Aux États-Unis, les nations amérindiennes pourraient revendiquer l’intégralité du territoire ; en Europe, les royaumes médiévaux réapparaîtraient sous forme de prétentions territoriales contemporaines ; en Méditerranée, les héritiers de Carthage, de Rome invoqueraient leurs anciens empires ; au Proche-Orient, chaque dynastie disparue redessinerait les frontières selon ses propres souvenirs, en Asie, les empires disparus revendiqueraient leurs anciennes provinces.
L’histoire humaine est une succession de conquêtes, de migrations, de métissages et de recompositions. Si chaque présence ancienne devenait un titre de propriété éternel, aucun État moderne ne survivrait.
C’est pourtant une brèche de cette nature qu’a entrouverte Mike Huckabee, ambassadeur des États-Unis en Israël nommé en 2025 par le président Donald Trump, lorsqu’il a affirmé dans un entretien avec Tucker Carlson que la promesse biblique «entre le Nil et l’Euphrate» pouvait fonder une légitimité territoriale contemporaine d’Israël sur cette partie du Moyen Orient — allant jusqu’à ajouter : «ce serait bien s’ils prenaient tout». Ce n’est pas une simple déclaration théologique. C’est un glissement conceptuel aux conséquences diplomatiques majeures. Car cet ambassadeur ne parle jamais seulement en croyant, il parle au nom de la première puissance mondiale.
Prise au sérieux, cette interprétation implique bien davantage qu’une formule symbolique. Elle suggère l’effacement de la Jordanie, du Koweït et du Liban, l’amputation de larges portions de l’Égypte — dont le Canal de Suez —, de l’Arabie saoudite incluant Médine, ainsi que de vastes territoires irakiens et syriens. Autrement dit, elle superpose un récit théologique ancien à des souverainetés contemporaines internationalement reconnues, dont certaines plongent leurs racines bien au-delà de l’époque patriarcale évoquée par la Genèse. Parler de «prendre tout» revient à envisager une refonte radicale de la carte régionale au détriment de peuples établis et d’États constitués.
Les civilisations mésopotamiennes prospéraient avant Abraham ; les royaumes du Levant existaient avant les textes bibliques. L’histoire humaine est stratifiée, cumulative, mouvante. La transformer en titre de propriété, c’est ouvrir la voie à une compétition infinie des mémoires — et à l’instabilité permanente.
La Genèse n’est pas un cadastre
La Genèse est un texte fondateur des traditions abrahamiques, dont nous sommes pour la plupart les héritiers. Elle appartient au patrimoine spirituel de milliards d’êtres humains. Mais la Genèse n’est pas un cadastre. Elle n’est ni une convention frontalière ni un traité international.
Entre le Nil et l’Euphrate, bien avant qu’Abraham ne devienne figure de foi pour les monothéistes, vivaient déjà des peuples multiples — Cananéens, Amorites, Hourrites, Égyptiens, Mésopotamiens. Des cités se sont élevées, des empires ont dominé, des langues se sont croisées, des civilisations se sont succédées. Le Croissant fertile fut l’un des berceaux de l’agriculture, de l’écriture, de la ville.
L’histoire de cette région ne se résume pas à un seul récit fondateur, aussi central soit-il pour la tradition juive ; elle s’inscrit dans une continuité plurimillénaire où se sont succédé et mêlées de nombreuses civilisations.
Il serait malhonnête d’ignorer que la notion de «terre promise» occupe une place centrale dans la tradition juive et qu’elle constitue pour des millions de croyants un élément fondateur d’identité spirituelle. Mais une mémoire religieuse, aussi légitime soit-elle, ne se confond pas avec une norme juridique internationale. La foi structure des consciences ; elle ne délimite pas des souverainetés. Cela n’ôte rien à la réalité historique du lien plurimillénaire du peuple juif à cette terre, attesté par toutes les religions monothéistes et l’histoire, ni à la légitimité internationale issue du processus onusien de 1947 et de la reconnaissance de l’État d’Israël. La question n’est pas celle de l’existence d’Israël, mais celle des fondements invoqués pour redéfinir ses frontières.
Cette terre n’a jamais été l’espace exclusif d’un seul peuple. Au fil des siècles, des populations juives et arabes y ont coexisté, parfois en tension, parfois en proximité. Le droit international contemporain, notamment à travers la résolution 181 de l’Assemblée générale des Nations unies en 1947, a d’ailleurs envisagé la création de deux États — l’un juif, l’autre arabe — reconnaissant ainsi l’existence de deux légitimités nationales sur un même territoire.
Lorsqu’on se place du point de vue du croyant, l’ordre du monde et le déploiement de son histoire ne relèvent pas du hasard ni de la seule volonté humaine, mais d’une souveraineté divine. Pour celui qui croit, la création, les nations, les événements et leurs enchaînements procèdent d’un dessein qui dépasse l’homme. Pour le croyant, l’histoire s’inscrit dans une relation à Dieu et dans une promesse qui relève de la foi. Mais précisément parce que cette conviction relève de l’adhésion spirituelle, elle ne peut être transposée mécaniquement dans l’ordre juridique international. La foi engage la conscience ; le droit engage les peuples.
Du mythe au droit
Depuis 1945, la Charte des Nations unies repose sur un principe simple qui est l’interdiction de l’acquisition territoriale par la force et la reconnaissance mutuelle des États souverains. C’est précisément pour empêcher, entre autres, la résurgence des légitimations mythologiques de l’expansion territoriale que l’ordre juridique international a été construit.
Car si la théologie devient doctrine territoriale, alors l’histoire des évolutions humaines — migrations, métissages, souverainetés construites — pourrait être suspendue au profit d’une interprétation d’un récit antique.
Le Proche-Orient n’est pas une carte biblique en attente d’accomplissement. C’est un espace habité, souverain, traversé de mémoires concurrentes et d’équilibres fragiles. L’Égypte n’est pas une métaphore ; c’est l’une des plus anciennes continuités étatiques de l’histoire humaine, structurée bien avant l’émergence du prophète Abraham dans les récits bibliques. L’Irak et la Syrie sont les héritiers des premières cités mésopotamiennes, des royaumes araméens, des civilisations assyriennes et babyloniennes, toutes antérieures aux traditions abrahamiques. La Jordanie, le Liban, le Koweït, l’Arabie saoudite — dont la ville sacrée de Médine occupe une place centrale dans l’histoire de l’islam — ne sont pas des espaces symboliques interchangeables, ce sont des États souverains, reconnus, porteurs d’identités historiques façonnées au fil des siècles.
Ce qui trouble, au fond, n’est pas qu’un homme de foi interprète un verset biblique. C’est que cette interprétation soit formulée par un diplomate représentant la première puissance mondiale. La diplomatie moderne repose sur la reconnaissance mutuelle des souverainetés et sur l’équilibre fragile des puissances. Introduire dans ce langage la logique d’une promesse sacrée, c’est déplacer le débat du terrain juridique vers celui de l’absolu. Et l’absolu, en politique internationale, n’a jamais été un facteur de paix.
La théologie devient doctrine implicite
Les déclarations de l’ambassadeur américain en Israël, validant l’idée que la promesse biblique «entre le Nil et l’Euphrate» pourrait fonder une légitimité territoriale contemporaine, ne relèvent pas d’une simple opinion personnelle. Elles introduisent, dans le langage diplomatique d’une superpuissance, une référence théologique comme possible source de droit politique. Or depuis 1945, l’ordre international repose sur la souveraineté des États et l’intangibilité des frontières reconnues. Substituer à ce cadre juridique une lecture littérale d’un texte sacré revient à déplacer la légitimité du consensus international vers l’absolu religieux — un terrain par nature non négociable.
Une doctrine territoriale fondée sur une promesse divine transforme le désaccord politique en affrontement existentiel. Elle discrédite la posture de médiation des États-Unis, alimente les radicalités régionales et rouvre la porte à une diplomatie identitaire où les récits sacrés concurrencent le droit international. Si chaque nation revendiquait ses frontières au nom de ses écritures, l’équilibre mondial serait rapidement submergé par des absolus rivaux. L’enjeu dépasse donc la polémique, il interroge la nature même de la diplomatie contemporaine et la capacité des grandes puissances à distinguer conviction personnelle et responsabilité stratégique.
Une onde de choc régionale
Évoquer favorablement une extension territoriale israélienne «du Nil à l’Euphrate» revient, pour des millions de citoyens arabes, à suggérer l’effacement symbolique de leurs États. En Egypte où la stabilité repose sur un équilibre délicat entre souveraineté nationale et coopération sécuritaire avec Israël, une telle rhétorique ne peut qu’alimenter les discours nationalistes et fragiliser les autorités modérées. En Iraq et en Syrie, pays marqués par les guerres et recompositions territoriales, l’idée d’une légitimation religieuse de l’expansion israélienne réactive des mémoires coloniales et des peurs existentielles. Ce n’est pas seulement une provocation théologique — c’est une négation explosive de souverainetés reconnues et d’équilibres régionaux déjà fragiles.
L’Iran, qui se présente comme défenseur de la cause palestinienne pourrait instrumentaliser ces propos pour renforcer l’idée d’un affrontement civilisationnel. Les groupes armés non étatiques y trouveraient une justification supplémentaire pour radicaliser leurs bases. Même les États signataires des accords d’Abraham, engagés dans une normalisation pragmatique avec Israël, se verraient placés sous pression intérieure, comment défendre un rapprochement stratégique si la perspective d’une expansion sacrée devient audible dans le discours diplomatique américain ?
Ironie ultime, cette rhétorique pourrait également fragiliser Israël. La sécurité à long terme d’un État ne repose pas sur l’adhésion à une vision maximaliste, mais sur la reconnaissance mutuelle et la stabilité régionale. En accréditant l’idée d’un horizon territorial illimité, on complique toute solution négociée, on éloigne les compromis nécessaires et on alimente les discours de ceux qui, de part et d’autre, refusent toute coexistence. Dans une région où chaque mot peut devenir étincelle, la diplomatie devrait apaiser les braises — non souffler dessus.
L’Amérique, puissance juridique ou puissance identitaire ?
Au-delà du Moyen-Orient, cette polémique touche au cœur même du leadership américain. Depuis 1945, les États-Unis se sont présentés comme les architectes d’un ordre international fondé sur des règles, des institutions et un droit commun. Leur puissance ne reposait pas seulement sur la force militaire, mais sur une autorité normative, celle d’un pays qui défendait la stabilité des frontières et la primauté du droit. Si un discours officiel laisse désormais place à une justification territoriale d’inspiration théologique, c’est cette crédibilité qui s’écroule. Car si l’on redessine des cartes au nom d’un récit sacré ici, pourquoi d’autres puissances n’invoqueraient-elles pas ailleurs leurs empires passés, leurs dynasties ou leurs mythes fondateurs ?
L’Amérique veut-elle demeurer la puissance qui arbitre et stabilise, ou glisser vers une diplomatie identitaire où la politique étrangère épouse des convictions religieuses et culturelles particulières ?
Lorsque la diplomatie devient le prolongement d’une ferveur électorale, la frontière entre mandat démocratique et mission sacrée se trouble dangereusement.
La ligne rouge entre mythe et responsabilité
Les civilisations ont besoin de récits, mais la diplomatie est un exercice de responsabilité. Lorsque la référence du «Nil à l’Euphrate» glisse du registre spirituel vers celui de la politique étrangère, elle ne réactive pas seulement une promesse ancienne ; elle ravive des peurs actuelles, durcit les positions et fragilise des équilibres déjà instables. Le Moyen-Orient n’est pas une abstraction théologique, mais un espace peuplé, structuré par des souverainetés reconnues et par une histoire longue, complexe, faite de strates successives. Il est impossible d’ignorer la dynamique réelle des sociétés humaines.
Il ne s’agit pas d’exclure la foi de la sphère publique, mais de rappeler qu’entre conviction personnelle et parole d’État existe une frontière qui ne doit jamais être franchie. La première relève de la liberté intime ; la seconde engage la stabilité internationale. Confondre les deux, même brièvement, fragilise la primauté du droit au profit d’un récit. Entre le mythe et la responsabilité, la diplomatie doit choisir la prudence, car franchir cette ligne rouge, c’est risquer de substituer l’absolu au compromis — et sans compromis, il n’y a pas d’ordre viable.
Enfin, il existe, dans toutes les grandes traditions politiques, la tentation de relire le présent à la lumière d’un passé sacralisé. Chaque époque croit parfois retrouver dans ses textes anciens la justification de ses ambitions contemporaines.
Avant le prophète Abraham, des peuples vivaient déjà sur ces terres ; après lui, d’autres sont venus, se sont mêlés, ont bâti des villes, des cultures, des États. Les identités n’y sont pas linéaires, elles sont tissées de migrations, de conquêtes, de métissages. Prétendre figer ce mouvement au nom d’une promesse originelle revient à nier la dynamique même de l’histoire humaine.
Au fond, la question posée par cette polémique est simple et immense à la fois, la diplomatie du XXIᵉ siècle sera-t-elle guidée par la complexité du réel ou par la certitude des récits religieux ?
Entre le Nil et l’Euphrate, il n’y a pas qu’une promesse biblique. Il y a des États, des peuples, et une paix fragile.
Un monde où les promesses sacrées seraient traduites littéralement en revendications territoriales ne serait pas un monde plus spirituel, mais un monde plus instable. Les nations se construisent et se préservent par la négociation et le compromis, non par la transposition directe de leurs héritages religieux dans l’ordre juridique international.
Les mots ne déplacent pas les frontières. Mais ils peuvent embraser les peuples.
Après avoir œuvré à introduire le nouveau président syrien Ahmed Al-Charaa au sein de la communauté internationale, à organiser sa première rencontre avec le président américain Donald Trump à Riyad en mai 2025, à peser pour que les sanctions internationales imposées à la Syrie soient levées, voilà que l’Arabie saoudite investit une somme conséquente dans l’économie syrienne qui en a cruellement besoin. Riyad entend être un acteur de premier plan dans le processus de reconstruction du pays du Levant détruit par quinze ans de guerre civile.
Imed Bahri
Alaa Shahine Salha, chercheur au Saudi Research & Media Group et chroniqueur économique pour Asharq Business (partenaire de Bloomberg au Moyen-Orient) s’est penché sur le sujet dans le média américain Semafor. Il considère que l’annonce par l’Arabie saoudite d’un investissement de 5,3 milliards de dollars via certaines de ses entreprises les plus importantes dans les secteurs des télécommunications, de l’aviation et des infrastructures hydrauliques en Syrie ne suffira probablement pas à elle seule à changer la donne dans un pays ravagé par la guerre. Il estime que le montant en lui-même n’est pas l’essentiel.
Ce qui importe davantage c’est que cette annonce s’inscrit dans un plan plus vaste visant à mener à bien l’un des projets de reconstruction nationale les plus complexes au monde depuis l’invasion américaine de l’Irak il y a plus de vingt ans.
Endiguer le trafic de drogue
L’intérêt de l’Arabie saoudite à soutenir la nouvelle administration de Damas est facile à comprendre. La destitution de Bachar Al-Assad a anéanti un pilier essentiel de l’influence régionale iranienne. Le Royaume ainsi que d’autres pays se sont empressés de combler ce vide. L’une des priorités saoudiennes était également d’endiguer le trafic de drogue illicite que le régime d’Assad, véritable narco-État, produisait et faisait transiter dans le Golfe. L’Onu affirme que ce trafic a été fortement perturbé et un responsable syrien déclare qu’il est «pratiquement à l’arrêt».
Cependant, l’ampleur de la tâche est trop importante pour que les États du Golfe puissent l’assumer seuls, ce qui explique l’empressement de Riyad, dès le départ, à impliquer les puissances mondiales et les institutions financières internationales.
Les besoins de reconstruction de la Syrie sont colossaux, quel que soit le critère retenu. Selon l’estimation prudente de la Banque mondiale, ils s’élèvent à 216 milliards de dollars. Ce montant est comparable aux dépenses engagées pour la reconstruction de l’Irak après la chute de Saddam Hussein et dépasse même, au regard des normes actuelles, le plan Marshall américain pour la reconstruction de l’Europe après la Seconde Guerre mondiale.
Trouver des précédents inspirants dans la région environnante n’offre guère de raisons d’être optimiste. Les États-Unis n’ont pas réussi à reconstruire l’Afghanistan après leur invasion suite aux attentats du 11 septembre. Ils ont également aggravé la situation en Irak, laissant le pays sombrer dans des années de violence brutale, de mauvaise gestion et de corruption. La reconstruction du Liban après la guerre civile (1975-1990) a été alimentée par une vague d’emprunts effrénée qui a finalement abouti à une impasse dans un pays miné par une corruption endémique, un climat politique délétère et des conflits récurrents avec Israël.
Les piliers de la reconstruction
Des discussions avec des responsables syriens et saoudiens, ainsi qu’avec des organisations internationales impliquées dans le dossier ou étroitement liées à celui-ci, ont permis de dresser un tableau réaliste des défis à relever : un contexte politique instable, des infrastructures massivement détruites et un état catastrophique des institutions syriennes. Ceci explique peut-être la prudence des acteurs de la reconstruction de la Syrie.
Cette approche repose sur quatre piliers essentiels :
– La sécurité avant tout : le rétablissement de la sécurité et de la stabilité politique est une condition préalable à toute autre initiative.
– La levée des sanctions pour stimuler la croissance : la levée des sanctions internationales l’an dernier a été obtenue en grande partie grâce aux pressions saoudiennes et devrait entraîner une croissance économique à deux chiffres en 2026, à mesure que la Syrie renoue avec le reste du monde.
– L’État doit fonctionner : le renforcement des capacités des principales institutions économiques syriennes, notamment le ministère des Finances et la Banque centrale, est désormais une priorité pour le Fonds monétaire international.
– Évaluer les dégâts, puis mobiliser les financements : une cartographie précise des besoins de reconstruction est essentielle pour mobiliser l’aide internationale.
Tel est le plan. Rien n’est garanti, car la stratégie comporte de multiples risques susceptibles de compromettre le redressement à chaque étape.
Par exemple, si le gouvernement du président Ahmed Al-Charaa est parvenu à réduire le niveau global de violence, des flambées de violence communautaire ont persisté. Les pays du Golfe, et le reste du monde, préfèrent traiter avec un homme fort capable d’imposer les réformes nécessaires par la force, contrairement à la situation au Liban voisin, par exemple. Cependant, force est de constater qu’Al-Charaa ne contrôle pas encore totalement le territoire syrien.
Les bilans mitigés des «hommes forts»
De plus, les bilans des «hommes forts» en matière de gestion économique ne sont guère glorieux. Alaa Shahine Salha estime que sous la présidence d’Abdelfattah Al-Sissi, ancien chef militaire, les performances économiques de l’Égypte ont été mitigées et ont contraint le pays à solliciter deux importants plans de sauvetage auprès du FMI.
À cela s’ajoutent les risques liés à l’économie politique. Des experts comme Yezid Sayigh du Carnegie Middle East Center ont averti que des accords d’investissement sans plan de relance transparent pourraient reproduire le capitalisme de connivence qui prévalait sous Assad.
Néanmoins, des sources saoudiennes et des responsables internationaux semblent plus optimistes concernant l’évolution de la situation. Riyad met davantage l’accent sur la reconstruction des institutions étatiques et insiste pour que les financements de grande envergure soient étroitement surveillés par le Fonds monétaire international et la Banque mondiale.
L’ambassadeur des Etats-Unis ne représente pas Israël : il représente à peine ses mabouls. Mais il est tout à fait possible qu’il représente une AmérKKKe en devenir.
Gideon Levy
«La Genèse 15 dit que c’est Abram – avant Abraham, c’est Abram – qui reçoit de Dieu la nouvelle que ses descendants hériteront de la terre. Et vous me direz, en tant que théologien, si je me trompe, ça va de l’Euphrate au Nil, je pense. Et ça inclurait pratiquement tout le Moyen-Orient. Ce serait le Levant. Donc Israël, la Jordanie, la Syrie, le Liban. Ça inclurait également une grande partie de l’Arabie saoudite et de l’Irak. … Je veux dire, je ne suis pas sûr que ça irait aussi loin. … ça inclurait beaucoup d’endroits qui sont aujourd’hui des pays. (…) Mais cette zone particulière dont nous parlons maintenant – Israël est une terre que Dieu a donnée par l’intermédiaire d’Abraham à un peuple qu’il a choisi. C’était un peuple, un lieu et un but. (…) Israël a-t-il droit à cette terre ? (…) Ce serait bien s’ils prenaient tout ça ».
Du fleuve au fleuve
Le lieu : le terminal diplomatique de l’aéroport Ben-Gourion. Le moment : au milieu de la semaine dernière. L’occasion : ce n’est pas ce que vous pourriez croire. Non, ce n’était pas une conversation entre des personnes échappées d’une unité fermée de quelque asile psychiatrique.
Il s’agissait d’une conversation entre Tucker Carlsonet l’ambassadeur états-unien en Israël, Mike Huckabee, dans le cadre de son programme d’entretiens.
Le terme «Grand Israël» est devenu trop restrictif, modeste et anachronique. Ce n’est plus de la mer au désert. Maintenant c’est du fleuve (l’Euphrate) au fleuve (le Nil). Tout ça est à nous.
Ça ne sort pas de la bouche des déjantés du Mont du Temple, ni des foldingues qui parlent de retourner à Gaza, mais de la bouche de l’ambassadeur états-unien en Israël, une personne nommée personnellement par le président Donald Trump, qui connaissait très bien les opinions lunatiques de l’ambassadeur.
La promesse de Dieu à Abraham
Il visite ce pays depuis 53 ans, a déclaré Huckabee-l’ami-d’Israël, principalement les colonies que son pays n’a jamais reconnues. Il estime que tout le Moyen-Orient appartient aux Juifs. Ciao ciao, Mohammed ben Salmane ; bye bye, Abdel Fattah Al-Sissi, allez vous chercher d’autres pays. Celui-ci est à nous, celui-là aussi, et celui-là aussi. La base juridique est solide et bien établie : c’était la promesse de Dieu à Abraham. Ainsi parla l’éminent ambassadeur en Israël.
À la liste interminable des ambassadeurs et envoyés états-uniens au Moyen-Orient qui étaient juifs et sionistes, y compris les actuels, Steve Witkoff et Jared Kushner, s’ajoute désormais un impérialiste chrétien, qui agit non seulement au nom d’Israël, mais aussi au nom du messianisme juif.
Ce n’est pas pour rien que Carlson a dit : «Cet homme ne représente pas mon pays ; il représente Israël.» Ce n’est ni l’un ni l’autre, Carlson. Cet homme ne représente pas Israël ; il représente à peine ses mabouls. Mais il est tout à fait possible qu’il représente une AmériKKKe en devenir, dont le secrétaire d’État Marco Rubio a récemment loué «l’héritage chrétien» de l’Occident quand il était à Munich.
Toute cette affaire aurait pu servir de diversion comique en marge d’événements plus importants si elle n’avait pas été centrée sur un homme choisi pour ce rôle d’ambassadeur non pas malgré ses opinions, mais précisément à cause d’elles. Meir Kahane n’aurait pas osé s’exprimer de la même manière ; Itamar Ben-Gvir se contente de beaucoup moins.
Ce type est le porte-parole de la puissance qui est en train de façonner actuellement le caractère du Moyen-Orient, peut-être pour des générations. C’est le porte-parole d’un État qui s’apprête à lancer une guerre contre l’Iran parce qu’Israël l’y exhorte, du moins selon Carlson. Ce sont là les derniers amis d’Israël dans le monde et telle est leur vision.
Peut-on ne pas devenir antisémite ?
Existe-t-il de plus grands accélérateurs de l’antisémitisme ou de plus grands instigateurs de positions anti-israéliennes que ceux qui poussent Israël à devenir un empire régional, tout ça à cause d’une promesse biblique pipeau faite il y a 3 000 ans ?
Israël est le pays natal des Juifs, a déclaré Huckabee. Et qu’en est-il de sa maison en Arkansas ? À qui appartient-elle ? Pas à la tribu des Quapaw ? Ou bien Huckabee et ses semblables ont-ils une règle morale pour le monde entier et une autre pour le peuple élu ? Compte tenu de tout ça, est-il possible de ne pas devenir antisémite ?
Et enfin, que penseront les Arabes du pouvoir que représente Huckabee ? C’est la concrétisation de toutes leurs craintes primitives à l’égard du sionisme. Imaginez les Etats-Unis envoyant en Israël un ambassadeur djihadiste, qui croit en l’établissement d’un califat islamiste dans tout le Moyen-Orient. C’est là, juste à l’envers, leur ambassadeur en Israël, et il est considéré comme légitime. C’est tout sauf drôle.
Le président de la République Kaïs Saïed a effectué dans l’après-midi du mardi 24 février, une visite surprise à la Société Ellouhoum fondée en 1961. Sur place, il a examiné le fonctionnement des lieux et confronté les responsables aux irrégularités et abus de gestion, notamment les multiples dossiers de corruption mis au jour.
Évoquant plusieurs jalons historiques, le chef de l’État a réaffirmé suivre personnellement toutes les affaires de près. Il a souligné que le peuple tunisien surmontera ses défis actuels grâce à une détermination inébranlable et des réformes décisives, visant à ressusciter les institutions, entreprises et services publics en les restaurant dans leur pleine vitalité.
Direction ensuite sur le marché de Bab Fella, en pleine capitale, où il a recueilli, indique le communiqué de la présidence de la République, les témoignages des citoyens. Kaïs Saïed a promis que l’État maintiendra son engagement social jusqu’à la satisfaction totale des aspirations des Tunisiennes et des Tunisiens dans tous les domaines. Pas de quartier pour ceux qui ont pillé les richesses nationales ! « Le peuple tunisien ne sera pas la proie facile des illusionnistes opportunistes, a-t-il lancé. La loi est le seul juge et tous y sont égaux. »
La chambre criminelle du tribunal de première instance de Tunis a prononcé son verdict dans l’affaire du décès de l’ancien député Jilani Daboussi.
C’est ce qu’affirme une source proche du dossier, citée dans la soirée de ce mardi 24 février 2026, par Mosaïque FM, en préciant que les interrogatoires des accusés et les plaidoiries ont duré des heures ce jour.
A l’issue de cette audience, l’ancien ministre de la justice nahdhaoui, Noureddine Bhiri, a été condamné à quatre ans de prison, Mondher Lounissi a écopé d’une peine identique.
Une peine de deux ans de prison avec sursis a été prononcée à l’encontre d’un ancien procureur général retraité et d’un médecin ayant exercé à la prison civile de la Mornaguia, ajoute la même source.
L’ancien député de la coalition radicale Al-Karma, Seifeddine Makhlouf, devra rester en détention après la décision prise par la chambre criminelle du tribunal de première instance de Tunis.
Celle-ci a en effet décidé, ce mardi 24 février 2026, de rejeter la demande de libération de Makhlouf, tout en reportant l’examen de l’affaire le visant au mois prochain.
Pour rappel Seifeddine Makhlouf a fait l’objet d’une condamnation à cinq ans de prison ferme, prononcée par contumace pour des accusations liées au complot contre la sûreté de l’État.
Alors que les paris vont bon train sur la probabilité d’une attaque de l’Iran par les États-Unis et Israël, sur l’ampleur de l’opération et sur son timing, il y a un sujet qui passe inaperçu qui est le conflit actuel en Iran entre les conservateurs et les réformateurs dans la gestion de la crise et la possibilité que la guerre puisse faire tomber le régime. C‘est le sujet d’un article du Times, qui est revenu sur ce différend opposant les deux camps.
Imed Bahri
Le journal britannique indique qu’alors que le guide suprême Ali Khamenei se cache, les conservateurs reconnaissent que les États-Unis sont capables d’infliger des dégâts importants à leur pays mais ils pensent également pouvoir leur résister.
«À Washington comme à Téhéran, on a l’impression qu’un conflit pourrait faciliter la diplomatie car il rendrait l’autre partie plus rationnelle lors des négociations», explique Ali Vaez, responsable du projet Iran au sein de l’International Crisis Group, avant d’ajouter : «Je trouve cela complètement absurde. Bien sûr, l’Iran serait vaincu [dans une guerre prolongée], mais certains conservateurs à Téhéran croient que le seul moyen de mettre fin à ce cycle d’agressions américaines et israéliennes est de verser le sang».
Ce point de vue n’est pas partagé par tous les dirigeants iraniens, notamment par le camp relativement pragmatique des réformateurs représentés par le président Massoud Pezeshkian. Leur priorité est d’obtenir un allègement des sanctions américaines afin de sauver l’économie iranienne chancelante et de contenir le mécontentement généralisé qui a suivi la répression violente du soulèvement populaire.
Sauvetage ou capitulation
Sanam Vakil, directrice du projet Moyen-Orient à Chatham House, déclare : «Le camp réformateur considère cet accord comme le seul moyen de sauver le régime et de consolider son influence. Les conservateurs, quant à eux, estiment que l’accord proposé équivaut à une capitulation totale. Face à l’absence de levée substantielle des sanctions de la part des États-Unis, ils y voient un prélude à des pressions accrues et à un changement de régime». Elle ajoute : «Leurs calculs reposent donc sur un pari risqué, voire une guerre, pour améliorer les termes de l’accord final. À mon avis, c’est extrêmement dangereux, et il est incompréhensible qu’ils pensent pouvoir tenir tête aux États-Unis».
Les deux camps ont une longue tradition d’erreurs d’appréciation dans les conflits. Cette situation a enlisé les États-Unis dans des conflits interminables au Vietnam, en Irak et en Afghanistan et a entraîné l’Iran dans une série de guerres menées par Israël, au cours desquelles les milices supplétives de Téhéran dans la région ont été décimées et nombre de leurs généraux les plus gradés tués.
Toute guerre contre les États-Unis serait probablement bien plus destructrice que la campagne aérienne menée par Israël l’an dernier qui a gravement endommagé les installations nucléaires iraniennes et décapité son commandement militaire. L’Iran a tiré les leçons de ce conflit, en créant un nouveau conseil de défense habilité à prendre des décisions à un moment où Khamenei –qui pourrait figurer en tête d’une liste noire américaine– pourrait se cacher.
La carte du détroit d’Ormuz
Depuis des années, l’Iran renforce ses forces navales dans le but de fermer le détroit d’Ormuz, par lequel transite un tiers du pétrole mondial transporté par voie maritime, et d’attaquer les navires de guerre américains avec des missiles, des vedettes suicides, des drones kamikazes (munitions rodeuses) et des sous-marins.
«Toutes les capacités développées par l’Iran visent à cibler les forces navales et les bases américaines dans la région ce qui représente un danger réel», a déclaré Vaez avant d’ajouter : «Les États-Unis en sont conscients. Si une attaque était facile à lancer, elle aurait été menée depuis des semaines».
Vaez a ajouté que les dirigeants iraniens estiment que, si les États-Unis sont capables d’infliger des dégâts importants, ils sont mieux armés pour y résister. «Si un seul navire de guerre américain était touché par des milliers de missiles, de missiles antinavires, de drones sous-marins et de vedettes rapides, ce serait un désastre pour le président Trump. Voilà la différence», a-t-il souligné.
Toutefois, même un seul tir pour les Iraniens –bien qu’il en faille plusieurs pour endommager un navire de guerre– pourrait déclencher une offensive militaire d’une ampleur bien plus grande contre eux.
«Ils n’ont pas vraiment d’issue», estime, de son côté, Farzan Sabet, chercheur à l’Institut de hautes études internationales et du développement de Genève. «Supposons qu’ils survivent à une guerre et que le régime ne s’effondre pas. Que se passera-t-il ensuite ?», s’interroge-t-il.
L’Iran ciblerait probablement les bases américaines dans toute la région mais les États arabes, craignant d’être pris entre deux feux, ont quasiment renoncé à tenter d’endiguer le conflit.
«Nous avons baissé les bras. Les Iraniens sont irrationnels et Trump est totalement imprévisible», a déclaré une source bien informée du Golfe, sous couvert d’anonymat.
C’est le titre de l’article en anglais («Tunisia needs both bread and freedom») publié sur le site Atlantic Council par Ameni Mahrez, professeure adjointe de sciences politiques au College of William & Mary et chercheuse associée au programme Middle East Initiative de la Harvard Kennedy School.
Aussi l’avenir de la Tunisie repose-t-il, selon elle, sur «la recherche d’un juste équilibre entre la poursuite des réformes de marché et l’intégration mondiale, tout en renforçant les institutions démocratiques et en protégeant les libertés fondamentales», car, explique la chercheuse «la liberté seule ne permettra pas d’atteindre la prospérité, et la prospérité seule ne garantira pas la liberté».
La régression économique du pays au cours de la décennie qui a succédé à la Révolution du 14 janvier 2011, en apporte la preuve s’il en est encore besoin. Durant cette période, la liberté n’a pas apporté la prospérité espérée, mais une instabilité politique qui s’est traduite par un ralentissement de la croissance, une hausse de l’inflation et du chômage et une baisse du pouvoir d’achat des citoyens.
Pour sortir la Tunisie de l’ornière où elle se trouve aujourd’hui, Ameni Mahrez préconise «le renforcement des institutions démocratiques, la garantie d’une gouvernance transparente et d’une justice indépendante, ainsi que l’élargissement des libertés politiques [qui ] permettront de créer un environnement durable et inclusif pour tous les citoyens.»
De nouvelles réformes économiques sont également nécessaires, selon elle, «pour briser le pouvoir monopolistique du marché, favoriser une véritable concurrence et supprimer les obstacles bureaucratiques afin d’attirer les investissements nationaux et étrangers.»
«Le gouvernement tunisien doit se montrer plus à l’écoute et rendre davantage de comptes face aux griefs socio-économiques croissants des citoyens afin de prévenir de nouveaux troubles et de bâtir la confiance sociale indispensable à une stabilité durable», estime encore la chercheuse. Et pour cause, explique-t-elle : «L’accumulation de griefs économiques non résolus engendre une frustration que la répression politique ne peut contenir durablement.»
Ameni Mahrez, titulaire d’un doctorat en sciences politiques de la Central European University.
«La Tunisie a besoin d’un contrat social où les opportunités économiques se développent parallèlement à la participation politique, où la croissance se traduit par une amélioration du niveau de vie pour tous les citoyens, et non seulement pour les élites. Cela implique non seulement une croissance du PIB, mais aussi une attention particulière à la qualité de l’emploi, à la répartition des revenus et à l’accès aux services», écrit Ameni Mahrez, qui rappelle que le pays a connu une recrudescence des manifestations en 2025 et au début 2026.
«L’avenir de la Tunisie repose sur la recherche d’un juste équilibre entre la poursuite des réformes de marché et l’intégration mondiale, tout en renforçant les institutions démocratiques et en protégeant les libertés fondamentales. Seule cette combinaison permettra d’assurer une prospérité durable qui réponde aux aspirations des citoyens et jette les bases d’un développement stable à long terme», conclue-t-elle.
La promulgation de lois extrêmes sous l’effet de la colère ou de l’émotion suscitée par des faits divers douloureux ayant provoqué un terrible choc dans l’opinion publique est une très mauvaise chose, car le risque est grand de voir les législateurs animés non par la raison mais par le ressentiment ou, pire encore, sacrifier à un populisme de mauvais aloi.
Latif Belhedi
C’est l’erreur que risquent de commettre plusieurs députés, dont Chafik Zaafouri, en proposant un projet de loi sur la sécurité nationale dans le domaine de l’éducation, qui prévoit la peine maximale, à savoir la réclusion criminelle à perpétuité pour toute personne reconnue coupable de trafic de drogue à des mineurs dans le cadre d’un réseau organisé et pour tout abus sexuel commis sur un mineur dans l’enceinte d’un établissement scolaire, et une peine de 20 à 30 ans d’emprisonnement pour les autres crimes.
Les délits passibles des peines maximales
Les délits passibles de ces peines maximales sont la promotion, la distribution ou la facilitation de la circulation de drogues auprès des mineurs, les agressions sexuelles, l’exploitation ou le harcèlement, le grooming numérique, le chantage ou le recrutement de mineurs dans des activités criminelles, ainsi que l’introduction d’armes blanches ou d’outils dangereux et la formation de réseaux criminels ciblant le milieu scolaire.
Les auteurs de tels crimes doivent certes être lourdement sanctionnés et les peines pour de tels actes délictuels doivent être suffisamment dissuasives pour espérer combattre ces fléaux et empêcher qu’ils se développent dans la société. Mais il ne faut pas perdre de vue dans la détermination des peines le principe de la proportionnalité. Car, quelle peine devrait être infligée à l’auteur d’un meurtre prémédité ou d’un crime terroriste ayant fait plusieurs morts si un trafiquant de drogue ou un violeur est condamné à la perpétuité ? La justice doit être juste et équitable.
Les sirènes du ressentiment
Il semble que Chafik Zaafouri et ses collègues ont mis leur proposition sur la table suite aux récents délits commis dans certains établissements éducatifs, et notamment le viol présumé d’un enfant de 3 ans dans un jardin d’enfants du quartier Ennasr, à Tunis, qui a provoqué une forte émotion dans le pays.
L’initiative législative est louable, mais il faut garder la tête froide en examinant le texte, et ne pas succomber aux sirènes du ressentiment qui sont souvent de mauvais conseil.
Pour revenir au projet de loi proposé, il comprend 5 titres et 14 chapitres qui définissent l’enceinte éducative comme l’établissement d’enseignement à tous les niveaux, du primaire au supérieur, public ou privé, et étendent son champ d’application à un périmètre de 500 mètres autour de celui-ci.
Le projet de loi considère les établissements d’enseignement comme souverains et prioritaires dans le système de sécurité nationale globale et bénéficiant d’une protection souveraine, y compris les espaces numériques qui y sont liés.
Il détaille également l’ensemble des crimes qui menacent la sécurité nationale éducative et qui sont cités ci-haut.
Le texte de l’initiative législative précise, par ailleurs, que ces crimes ne sont pas prescrits et ne peuvent faire l’objet d’une réduction de peine ou d’une libération conditionnelle, ni d’une conciliation ou d’un abandon des poursuites, et que les biens de leurs auteurs sont confisqués.
Un système de surveillance permanente
D’autre part, l’initiative propose la mise en place d’un système de surveillance permanente devant les établissements d’enseignement, l’organisation des interventions de l’État dans le domaine de la santé mentale et l’élaboration d’un plan rigoureux de lutte contre la drogue dans les établissements d’enseignement.
«Qui trop embrasse mal étreint», dit le vieux proverbe français. CQFD : il ne s’agit d’en faire trop en mettant le curseur de la sanction pénale le plus haut possible, mais de créer les conditions objectives d’une meilleure sécurité dans les établissements d’enseignement et dans la société en général. Et pour cela, les lois ne suffisent pas, fussent-elles les plus sévères.
Rappelons que le bureau de l’Assemblée a renvoyé la première mouture du projet loi à la commission de la législation générale, à celle de l’éducation, de la formation professionnelle, de la recherche scientifique, de la jeunesse et des sports, ainsi qu’à celle de la défense, de la sécurité et des forces armées, qui donneront leurs avis. Cette version du texte va sans doute être améliorée.
Thierry Oberlé signe avec ‘‘Mohammed VI, le mystère’’ (paru le 14 janvier 2026) une enquête dense sur un règne à la fois omniprésent et insaisissable. Plus qu’un portrait royal, le livre dissèque un système de pouvoir fondé sur la discrétion, la verticalité et la gestion fine des équilibres — internes comme internationaux.
Djamal Guettala
Dès les premières pages, l’auteur donne le ton : «Un pouvoir qui ne s’exhibe pas, mais circule en permanence. Un pouvoir qui ne se raconte pas, mais s’exerce à chaque instant.»
Le mystère n’est pas ici un attribut personnel du souverain. Il est une méthode.
Un roi rare, un pouvoir très centralisé
Le livre décrit un régime où rien d’essentiel ne se décide hors du Palais : «Mohammed VI parle peu, se montre rarement, mais décide de tout. La délégation est réelle, mais l’arbitrage demeure exclusivement royal», écrit Oberlé.
Cette architecture explique en partie la stabilité du Maroc dans une région traversée par les secousses politiques. Le souverain a absorbé les tensions du Printemps arabe, contenu les colères sociales, tout en lançant de grands chantiers économiques et diplomatiques. Mais cette stabilité repose sur une centralisation extrême : sécurité, diplomatie, économie stratégique — tout remonte au sommet.
Le cercle rapproché ou le triumvirat royal
L’accès au roi est rare et contrôlé. Oberlé décrit un fonctionnement où l’information circule par canaux étroits, filtrés par un cercle de fidèles. «L’accès au souverain n’est jamais direct. Les alertes, les analyses, les décisions passent par un noyau dur, dont la première fonction est de protéger le roi autant que de gouverner», explique Oberlé, qui identifie un trio central, souvent qualifié de triumvirat, non comme un partage du pouvoir mais comme son prolongement.
Il y a d’abord Fouad Ali El Himma, compagnon d’enfance du roi, surnommé le «vice-roi»,supervise les arbitrages politiques et les relations avec les élites.
Il y a ensuite Mounir Majidi, directeur du secrétariat particulier, contrôle l’agenda royal et la coordination administrative.
En enfin, Yassine Mansouri, chef du renseignement extérieur, pilote l’information stratégique et les relations internationales sensibles.
«Ces hommes n’exercent pas un pouvoir autonome. Ils incarnent une délégation totale mais révocable, entièrement subordonnée à la volonté royale», avertit cependant Oberlé.
Les frères Azaitar, proches du souverain, illustrent une autre facette du système : une proximité assumée, médiatisée, mais strictement encadrée, servant à canaliser certaines sphères sociales et symboliques.
L’économie parallèle comme soupape sociale
Oberlé consacre un chapitre particulièrement fouillé au Rif, territoire marginalisé où l’économie parallèle constitue un pilier social autant qu’un défi politique. «L’argent facile. En toute illégalité. Le Rif vit depuis des décennies d’un équilibre fragile entre tolérance et répression. L’économie informelle irrigue des villages entiers, fait vivre des familles, maintient une paix sociale relative. La répression totale provoquerait l’explosion. La tolérance absolue affaiblirait l’État», précise l’auteur, qui, en bon connaisseur des arcanes du pouvoir alaouite, décrit une gestion pragmatique, parfois cynique, de ces réalités : «Le pouvoir ferme les yeux, puis rappelle les règles lorsque l’équilibre menace de se rompre. Ce n’est pas une absence d’État, mais une présence calculée.»
Les mouvements de contestation, notamment ceux de 2016–2017, sont analysés comme des ruptures de cet équilibre implicite. «Le Rif rappelle brutalement au pouvoir que la stabilité a un prix. Lorsque l’économie parallèle ne suffit plus à contenir la colère, l’État réapparaît sous sa forme la plus visible : judiciaire, sécuritaire, symbolique», avertit Oberlé : sous couvert de tolérance, du reste bien relative, la violence d’Etat n’est jamais loin.
Cette logique des zones grises dépasse le Rif. Elle structure l’ensemble du modèle marocain, où certaines illégalités sont tolérées tant qu’elles contribuent à la stabilité.
L’influence comme prolongement de la diplomatie
Un chapitre central est consacré à l’affaire dite du «Marocgate», révélatrice des méthodes d’influence marocaines en Europe. Le rôle d’Abderrahim Atmoun, diplomate et parlementaire, y est longuement détaillé.
«Marocain de souche mais français d’adoption, Atmoun voit sa carrière politique décoller avec la mise en orbite par le Palais royal du PAM», ou Parti authenticité et modernité, parti de centre gauche, créé en 2008 par Fouad Ali El Himma, le conseiller du roi, rappelle Oberlé
Les enquêteurs belges découvrent 669 950 euros en espèces et évoquent un réseau structuré de lobbying clandestin.
«Il existe au sein des institutions européennes un réseau impliquant un lobbyiste, plusieurs parlementaires européens et des assistants parlementaires, travaillant de manière clandestine afin d’influencer les décisions en faveur du Maroc et du Qatar», écrit Oberlé, citant ce témoignage qui illustre la banalité apparente de ces pratiques : «À Rabat, à l’hôtel Sofitel, une chambre m’était réservée. On m’y conduisait l’après-midi, puis en soirée chez ce monsieur. Il n’y avait pas de remise d’argent directe. Les détails étaient réglés par son assistant.»
Les chiffres du Marocgate : 300 tentatives présumées de manipulation de la démocratie européenne ; 180 000 euros pour neutraliser des amendements jugés hostiles au Maroc ; plus de 600 000 euros en liquide saisis.
Préparer la succession sans affaiblir le règne
La question de la succession occupe une place stratégique dans le livre. Mohammed VI y prépare son fils aîné sans jamais apparaître comme un roi sur le départ. «La succession est pensée comme une continuité, non comme une transition. Moulay Hassan est formé, exposé progressivement, mais jamais placé au centre du jeu. Le père demeure le pivot», souligne Oberlé décrivant une pédagogie du pouvoir, discrète mais méthodique : «Chaque apparition du prince héritier est calibrée. Il observe plus qu’il ne parle, apprend plus qu’il ne décide. La monarchie marocaine a tiré les leçons des transitions brutales ailleurs dans la région.»
Le roi utilise également les leviers économiques et diplomatiques pour consolider cette continuité dynastique. Il négocie avec les grandes puissances, protège les intérêts du royaume et prépare, sans l’annoncer, la transmission du pouvoir.
La succession se construit donc dans le silence, à l’image du règne lui-même.
Le mystère comme outil de gouvernement
Pour Oberlé, le mystère n’est ni une posture ni une faiblesse. «La distance crée de l’autorité. Le silence fabrique de la rareté. Le mystère rend le système difficile à lire, même pour les observateurs avertis», écrit-il.
Mohammed VI apparaît comme un gestionnaire prudent des rapports de force : avec l’armée, les islamistes, les élites économiques et les partenaires étrangers. Il avance par ajustements successifs, sans rupture brutale.
Aboubakr Jamaï, journaliste d’investigation marocain, résume ainsi les motivations de Rabat dans l’affaire de Bruxelles : «Un mélange d’hubris et de panique.»
Les suspects marocains ont été entendus à Rabat en décembre 2023. Certains se font oublier, d’autres cultivent, selon Oberlé, un véritable «don d’invisibilité».
Un livre d’enquête, pas un réquisitoire
‘‘Mohammed VI, le mystère’’ n’est ni un pamphlet ni une hagiographie. C’est un travail d’enquête rigoureux qui met en lumière les ressorts d’un pouvoir discret, ses réussites, ses angles morts et ses zones d’ombre. «Derrière la vitrine d’un Maroc en mouvement demeure un centre invisible autour duquel tout gravite — silencieusement, mais fermement», avertit-il.
L’héritage du règne se dessine ainsi : une stabilité réelle, un pouvoir centralisé, une gestion sophistiquée des zones grises, et une succession préparée sans jamais être annoncée.
L’Organisation mondiale contre la torture (OMCT) a commenté ce lundi 23 février 2026, la libération de l’avocat et ancien juge Ahmed Souab a été libéré à l’issue de son procès en appel.
L’OMCT a exprimé son « immense soulagement » face à ce verdict en réaffirmant sa pleine solidarité avec Me Souab et sa famille, tout en rappelant un principe fondamental : « nul ne doit être poursuivi ou condamné pour avoir exercé son droit à la liberté d’expression ».
Cette libération met fin à une mobilisation intense de la société civile, portée par le mot d’ordre « #free_ahmed_souab » et pour l’OMCT, ce dénouement souligne « l’urgence de protéger les voix critiques et les défenseurs des droits humains contre toute forme de harcèlement judiciaire ».
La chambre criminelle spécialisée dans les affaires de terrorisme à la Cour d’appel de Tunis a décidé d’alléger la peine visant Ahmed Souab à 10 mois de prison.
Pour la deuxième accusation, la Cour d’appel a décidé une peine de deux ans avec sursis tout en annulant la mesure de contrôle administratif qui avait été décidée à l’encontre de l’avocat et ancien juge.
Ahmed Saoub est donc libre après avoir été placé en détention depuis avril dernier et écopé d’une peine de 5 ans de prison en première instance.