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Empfangen — 07. August 2026 Französischsprachig

Pêche | Les exportateurs tunisiens doivent respecter les normes d’emballage de l’UE

07. August 2026 um 13:33

Les entreprises tunisiennes exportant des produits de la pêche et de l’aquaculture vers l’Union européenne ont été invitées à se conformer d’urgence aux nouvelles normes communautaires en matière d’emballages, qui entreront en vigueur le 12 août 2026.

Cet appel a été lancé par la Direction générale des services vétérinaires (DGSV) de Tunisie et relayé par le Groupement interprofessionnel des produits de la pêche (Gipp), qui recommandent aux établissements exportateurs d’engager immédiatement les démarches nécessaires auprès de leurs fournisseurs d’emballages afin de vérifier la conformité des matériaux utilisés au nouveau cadre européen.

Le règlement de l’UE 2025/40 relatif aux emballages et aux déchets d’emballages, connu sous l’acronyme PPWR, est entré en vigueur le 11 février 2025 et sera applicable de manière générale à partir du 12 août 2026.

La réglementation concerne tous les emballages mis sur le marché européen, quels que soient le matériau et le pays d’origine, et introduit des exigences relatives à la composition, à la durabilité, à la recyclabilité, à l’étiquetage et à la documentation technique.

Pour les emballages destinés au contact alimentaire – y compris ceux utilisés pour le poisson frais, congelé, transformé ou conservé – des limitations sont également prévues concernant la présence de substances per- et polyfluoroalkylées (PFAS) au-delà de certains seuils.

Les fabricants devront être en mesure de démontrer la conformité des emballages au moyen d’une documentation technique et d’une déclaration UE, tandis que les fournisseurs seront tenus de transmettre les informations nécessaires.

Cet avertissement des autorités revêt une importance particulière pour la filière halieutique tunisienne, fortement tournée vers les marchés européens.

En 2025, la Tunisie a exporté 35 500 tonnes de produits de la pêche pour une valeur de 878 millions de dinars (environ 260 millions d’euros). L’Italie est la principale destination, absorbant 28 % des exportations, devant l’Espagne, la Libye, l’Algérie et le Japon.

La mise en conformité des emballages constitue donc une étape essentielle pour éviter tout retard d’expédition, contestation documentaire ou difficulté d’accès au marché communautaire, notamment pour les crustacés, les mollusques, le poisson réfrigéré et les conserves, secteurs pour lesquels l’UE représente l’un des principaux débouchés commerciaux de la Tunisie.

I. B.

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Tunisie | Restauration et réaffectation d’édifices religieux abandonnés

07. August 2026 um 13:14

La Tunisie a lancé un recensement des églises et synagogues dans les différentes régions du pays, dans le but de clarifier leur statut juridique et foncier et faire un l’état des bâtiments. Un plan d’entretien, de restauration et de mise en valeur est prévu ainsi que de nouvelles affectations pour des activités à caractère culturelle. (Photo: Eglises catholiques de Sfax et Gabès).

Selon un communiqué du ministère des Affaires culturelles — qui ne précise pas le nombre total de biens concernés —, ce travail devra permettre d’actualiser les informations disponibles sur chaque bâtiment, d’en vérifier la situation juridique et d’identifier les éventuels problèmes liés à la propriété, à l’affectation ou aux modalités de gestion. Ce recensement servira également à établir un ordre de priorité pour les interventions, en tenant compte des caractéristiques architecturales et historiques de chaque édifice.

Le programme prévoit des contrôles des infrastructures ainsi que la mise en place d’opérations d’entretien périodique ou de restauration, dans le respect des normes techniques applicables à la conservation des monuments historiques.

Il s’agit de renforcer le nettoyage, l’entretien et le suivi régulier de ces sites, considérés comme faisant partie intégrante de la mémoire nationale et comme un témoignage de la pluralité culturelle et religieuse ayant marqué l’histoire de la Tunisie.

Sont concernés de nombreux édifices construits à différentes époques et qui ne sont pas toujours affectés au culte aujourd’hui. Dans plusieurs cas, les autorités envisagent leur transformation en bibliothèques, médiathèques ou espaces culturels.

Parmi les projets encore à l’étude figure la reconversion de l’ancienne église Saint-Pierre-et-Saint-Paul de Sfax, construite entre 1940 et 1953, un chantier lancé en 2016 mais ralenti par des problèmes techniques et fonciers. En mars dernier, le ministère a annoncé la création d’un comité de pilotage chargé de relancer les travaux et de définir un nouveau calendrier opérationnel.

L’ancienne église de Gabès, construite à partir de 1886, précédemment utilisée comme bibliothèque publique, est aussi concernée. Inscrit en janvier 2024 à l’inventaire des monuments du gouvernorat, l’édifice nécessite, selon le ministère, une régularisation de son statut foncier ainsi que des travaux structurels avant de pouvoir rouvrir au public.

L’église Santa Croce, construite en 1837 dans la médina de Tunis, constitue un précédent significatif : restaurée grâce à la contribution de la Coopération italienne, elle a été reconvertie en espace culturel municipal. L’ensemble accueille aujourd’hui des expositions, des ateliers et des spectacles, tout en préservant les éléments principaux de son architecture d’origine.

Ce patrimoine religieux pluriel figure également parmi les éléments ayant conduit, en 2023, à l’inscription de Djerba sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco. Outre les mosquées historiques de l’île, le dossier inclut la synagogue de la Ghriba ainsi que les églises catholique et orthodoxe, considérées comme l’expression de la stratification culturelle et religieuse du pays.

Les autorités parlent de d’assurer une gestion pérenne de ces édifices qui, même lorsqu’ils ne conservent plus leur fonction religieuse initiale, demeurent partie intégrante du patrimoine historique et architectural tunisien.

I. B.

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Caméras sur 200 km le long de la frontière libyenne avec la Tunisie

07. August 2026 um 12:35

La Garde-frontière libyenne, qui relève du ministère de l’Intérieur du Gouvernement d’unité nationale de Tripoli, a lancé la première phase d’un projet de surveillance électronique destiné à couvrir environ 200 kilomètres de la frontière occidentale de la Libye, le long de la frontière avec la Tunisie. Est-ce que cela va se traduire par une baisse des flux de migrants illégaux subsahariens vers la Tunisie ? On attendra pour voir si ce machin, entre les mains des gardes frontières libyens, va servir à cela ou… à autre chose de plus inavouable.

Cette initiative, communiquée par la Garde-frontière libyenne sur sa page Facebook officielle et relayée par le ministère libyen de l’Intérieur, est menée en collaboration avec la mission de l’Union européenne (UE) d’assistance à la gestion intégrée des frontières en Libye (Eubam), précise l’agence italienne Ansa, ajoutant qu’une délégation conjointe s’est rendue dans le secteur frontalier d’Al-Assa, dans la partie nord de la frontière libyo-tunisienne, pour vérifier la mise en œuvre des travaux prévus dans le cadre de cette première phase.

Le projet comprend l’installation d’un système de surveillance optique et thermique reposant sur des caméras et des technologies de pointe, conçu pour surveiller la zone frontalière 24 heures sur 24, de jour comme de nuit.

Selon la Garde-frontière libyenne, ces équipements devraient améliorer les capacités d’observation et de détection précoce des menaces, tout en renforçant la préparation opérationnelle des unités déployées dans la zone.

Ce système vise également à soutenir la lutte contre la contrebande, la migration irrégulière et la criminalité transfrontalière.

La coopération dans la zone d’Al-Assa avait déjà été identifiée comme prioritaire en 2024, lors de la première réunion du comité conjoint entre les autorités libyennes et l’Eubam. Les parties avaient convenu de concentrer une première phase d’interventions sur le renforcement des capacités libyennes à Al-Assa et au poste-frontière de Ras Jedir, principal point de passage terrestre entre la Libye et la Tunisie. Eubam est une mission civile de l’UE chargée d’aider les autorités libyennes à gérer les frontières terrestres, maritimes et aériennes, ainsi qu’à lutter contre la traite des êtres humains, le trafic de migrants, la criminalité transfrontalière et le terrorisme. Son mandat actuel a été prorogé jusqu’en juin 2027.

I. B.

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Budget 2027 | Opération réussie, mais le patient cherche encore son pouls

07. August 2026 um 11:08

Le projet de loi de finances 2027 de la Tunisie avance, comme chaque année, drapé de son vocabulaire propre : trajectoire budgétaire, équilibres macroéconomiques, hypothèses de croissance. Parmi ces chiffres, un seul retiendra l’attention du grand public, parce qu’il est censé résumer tous les autres : +1,9%. C’est le taux de croissance annoncé pour porter le budget de l’année qui vient. Un chiffre sobre, presque discret, qui ne fera pas la une, et c’est bien pour cela qu’il mérite qu’on s’y arrête.

Ilyes Bellagha *

Un pourcentage de croissance nationale ne parle jamais d’un foyer. Il parle d’un agrégat — la somme de tout ce qui se produit dans le pays, exportateurs prospères et petits commerces à l’arrêt confondus, ramenée à une seule ligne. Cette ligne a une vertu et un vice identiques : elle rassure en lissant. Elle additionne la marge d’une entreprise qui exporte et le panier qui rétrécit chaque semaine chez une mère de famille, et en tire une moyenne qui ne ressemble à la vie de personne en particulier.

Or cette croissance de 1,9% doit être mise en regard d’une inflation attendue autour de 5% pour la même période. Un pays qui produit un peu plus de richesse, pendant que les prix montent trois fois plus vite, ne s’enrichit pas : il perd du pouvoir d’achat réel, même si les communiqués officiels parlent, eux, d’une économie «en résilience» ou , mieux, «en croissance». Ajoutons à cela un chômage des jeunes qui dépasse 38%, et l’idée qu’une croissance sous les 2% puisse créer un mouvement sensible dans la vie de ce tiers de la jeunesse relève de la fiction statistique plus que de l’analyse économique.

Rien de tout cela n’est un mensonge à proprement parler. C’est plus subtil, et plus grave : c’est une vérité qui a cessé de regarder ce qu’elle est censée décrire : un processus d’appauvrissement général que rien, pour le moment, ne semble pouvoir arrêter.

Peut-on vivre sans chiffres ?

Il fut un temps où un Tunisien savait que l’année avait été mauvaise sans qu’aucun institut ne le lui confirme. Il le savait au poids du couffin, à la file qui s’allongeait devant la boulangerie, au silence plus lourd dans les cafés, au nombre de mariages reportés dans le quartier. Ce savoir-là n’avait besoin d’aucun médiateur : il naissait directement de l’expérience vécue, lentement, mais il appartenait à celui qui le portait.

Le chiffre est venu s’interposer entre l’homme et sa propre condition. Il ne s’est pas contenté de la mesurer — il a fini par l’arbitrer. Un citoyen peut aujourd’hui sentir sa vie se dégrader et douter malgré tout de sa propre perception, parce que «les chiffres» annoncent une amélioration, qui, à l’analyse, n’en serait finalement pas une. Le rapport entre le sentir et le savoir s’est inversé : ce n’est plus l’expérience qui nourrit le chiffre, c’est le chiffre qui autorise, ou interdit, l’expérience.

Peut-on alors vivre sans chiffres ? Non, évidemment — aucune société complexe ne se gouverne à l’instinct, et le prétendre serait une régression, pas une lucidité. Mais la vraie question n’est pas l’existence du chiffre : c’est sa justesse et sa place dans la hiérarchie du savoir. Est-il un outil au service de ce que les gens vivent, ou est-il devenu le seul juge légitime de ce qu’ils ont le droit de ressentir ? Le glissement s’est fait sans bruit, du chiffre-témoin au chiffre-verdict.

Le jargon comme dissimulation

Foucault l’avait déjà repéré : la statistique n’est pas née pour éclairer les gouvernés, mais pour permettre à l’État de gérer sa population comme on gère un cheptel — natalité, mortalité, rendement. Le mot lui-même le trahit : Statistik, la science de l’État. Le chiffre n’a jamais été un outil démocratique de transparence ; il a toujours été, à l’origine, un instrument de pilotage du haut vers le bas. Ce qui a changé, ce n’est pas sa nature, c’est le discours qui l’accompagne aujourd’hui, celui d’une transparence «partagée avec le citoyen» — alors que le citoyen, précisément, n’en possède ni le code ni la clé.

Le jargon médical fonctionne selon la même logique. Une bosse devient un hématome sous-cutané, une fêlure une fissure corticale : la précision n’est pas fausse, mais elle déplace l’autorité du patient vers celui qui maîtrise le vocabulaire. Le citoyen qui dit «je n’arrive plus à finir le mois» est renvoyé, poliment, à son ignorance des grands équilibres — pendant que le communiqué, avec ses trois chiffres après la virgule, est reçu comme la vérité elle-même.

Le politique n’a donc plus besoin de mentir pour dissimuler une décision : il lui suffit de la formuler dans une langue que le citoyen ne parle pas. Ce n’est plus la censure qui protège l’arbitrage budgétaire, c’est le jargon. On ne cache plus l’information, on la rend techniquement imprenable — comme un dossier médical illisible pour qui n’a pas fait la faculté.

L’opération a réussi

Le budget 2027 sortira du bloc opératoire dans quelques mois, et l’on nous dira, avec la fierté calme des grands communiqués, que la croissance atteindra 1,9%, l’inflation sera contenue et les équilibres financiers de l’Etat plus ou moins préservés. L’opération, en somme, aura parfaitement réussi… dans les limites de ce qui est permis d’espérer ou de prévoir.

Personne, dans le compte-rendu, ne demandera comment ira le patient.

C’est tout le génie du jargon : il permet de déclarer un succès sans jamais croiser le regard de celui qu’on a opéré. Le chirurgien qui annonce que l’opération a réussi ne ment qu’à moitié — techniquement, son geste a été exact, son protocole respecté à la lettre. Il a raison dans sa langue. Il a simplement oublié de vérifier si quelqu’un respirait encore de l’autre côté du drap.

Le +1,9% sera de la même nature : une opération réussie, sur le papier, dans la langue de ceux qui l’ont conduite. Que le patient — cette majorité qui vit dans une tout autre langue, celle du couffin et de la fin de mois — n’en ait pas survécu, cela ne figurera dans aucun rapport, parce que ce n’est simplement pas ce que le rapport a été conçu pour mesurer.

Alors on pourra, comme Pangloss au chevet des ruines, continuer d’affirmer que tout va pour le mieux dans le meilleur des budgets possibles — pendant que le patient, lui, cherche encore son pouls.

* Architecte.

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Les menaces de Trump ne font plus peur à personne !

07. August 2026 um 09:00

Pour la plupart des pays qu’ils soient alliés ou adversaires des États-Unis, les menaces et les intimidations du président américain Donald Trump ne sont plus prises au sérieux. Ils ont compris que les menaces précèdent souvent les compromis et le président américain revient fréquemment sur ses positions initiales. Désormais, la méthode Trump bat de l’aile et a fini par perdre son efficacité.

Imed Bahri

Dans une enquête publiée par le Washington Post, Steve Hendrix et Anthony Faiola constatent le déclin des effets produits par les menaces et les pressions du président Trump. De nombreux gouvernements considèrent désormais ses menaces comme faisant partie intégrante de sa stratégie de négociation et ne les appréhendent plus avec la même crainte qu’au début de son second mandat, écrivent-ils. 

Lorsque Trump s’est tenu dans la roseraie de la Maison-Blanche le 2 avril 2025, brandissant une pancarte annonçant d’importantes hausses de droits de douane, le monde a réagi comme si une alarme incendie avait été déclenchée. Les marchés se sont effondrés, des milliers de milliards de dollars ont été perdus, des délégations diplomatiques se sont précipitées à Washington et plus de 75 pays se sont empressés d’ouvrir des canaux de négociations avec l’administration américaine. Certains ont même renoncé à leurs plans de représailles, espérant un règlement rapide.

Seize mois plus tard, la situation a radicalement changé. Trump continue de proférer les mêmes menaces, qu’il s’agisse d’instrumentaliser le commerce, d’annexer le Canada, de s’emparer du Groenland, de quitter l’Otan ou de lancer des frappes dévastatrices contre l’Iran. Cependant, les réactions internationales ne sont plus ce qu’elles étaient.

Les observateurs estiment que les dirigeants mondiaux se préoccupent moins de la rhétorique de Trump après avoir constaté que ses décisions se heurtent aux décisions de la Justice américaine et à l’opposition au sein du Congrès. Ils ont également vu Téhéran ignorer ses avertissements répétés, tandis que la popularité du chef de la Maison Blanche aux États-Unis a décliné.

Lorsque Trump a annoncé une nouvelle série de droits de douane le mois dernier, invoquant cette fois des accusations de travail des enfants pour contourner les restrictions imposées par la Cour suprême à ses pouvoirs, la décision n’a pas provoqué la panique qu’elle avait suscitée auparavant.

Le gouverneur de la Banque de France a prédit que l’impact des droits de douane serait limité, tandis que le gouvernement britannique a confirmé que ses exportations ne seraient pas significativement affectées. Le ministre mexicain de l’Économie a considéré qu’il s’agissait simplement de remplacer un droit de douane par un autre. Même les marchés financiers, qui réagissaient auparavant violemment aux déclarations de Trump, n’ont quasiment pas réagi.

Selon des responsables et des analystes, Trump, qui approche de la mi-mandat, commence à perdre l’un de ses atouts politiques les plus précieux à savoir l’utilisation des réseaux sociaux pour diffuser des déclarations chocs et alarmistes puis exploiter cette inquiétude afin d’obtenir des concessions politiques ou économiques de ses adversaires comme de ses alliés.

Si la présidence lui confère toujours une tribune influente, le public, qui accueillait autrefois ses déclarations avec appréhension, n’y réagit plus de la même manière.

«Nous ne les prenons plus aussi au sérieux»

«Nous nous sommes habitués à ces annonces quotidiennes», déclare Brando Benefe, député européen et chef de la délégation pour les relations avec les États-Unis, avant d’ajouter : «Nous ne les prenons plus aussi au sérieux».

Malgré sa présence constante sur la scène politique américaine et sa mainmise sur l’agenda public, Trump n’est pas parvenu à convaincre le Sénat, à majorité républicaine, de maintenir le secret sur les dossiers Jeffrey Epstein. Il n’a pas non plus réussi à faire adopter son Save America Act et a été contraint cette semaine de faire des concessions pour relancer la nomination de Todd Blanch au poste de procureur général.

Sur le plan international, sa politique s’est heurtée à des obstacles encore plus marqués. L’Iran a refusé de céder aux pressions militaires américaines et a maintenu la fermeture du détroit d’Ormuz, tandis que le président russe Vladimir Poutine poursuit toujours sa guerre en Ukraine alors que Trump avait affirmé durant la campagne électorale de 2024 que s’il retourne à la Maison-Blanche, il appellerait Poutine et en 24 heures, la guerre d’Ukraine prendrait fin.

Ses nouvelles revendications concernant le Groenland ont suscité une indifférence manifeste de la part des Européens et les principales nations commerçantes ont manifesté peu d’intérêt pour ses dernières menaces tarifaires.

Il revient fréquemment sur ses positions initiales

Pour de nombreux pays, les déclarations de Trump font désormais partie intégrante de son style politique habituel. Les menaces précèdent souvent les compromis et le président américain revient fréquemment sur ses positions initiales.

C’est pourquoi le terme «Taco», abréviation de «Trump Always Chickens Out» (Trump se dégonfle toujours), a commencé à circuler dans les milieux financiers et politiques. Jeremy Shapiro, directeur du programme américain au Conseil européen des relations étrangères, affirme que cette perception se répand dans de nombreuses capitales à travers le monde.

Shapiro ajoute avoir été initialement surpris par l’efficacité des tactiques d’intimidation de Trump durant les premiers mois de son second mandat mais il estime que ce succès ne s’explique pas uniquement par la personnalité du président. Il découle du capital politique et diplomatique considérable que les États-Unis ont accumulé pendant des décennies, un capital qui s’est érodé avec le temps. Il déclare : «Les responsables commencent à comprendre que Trump se comporte parfois comme un tyran mais qu’en même temps, il est facilement déstabilisé face à une position ferme».

Les droits de douane, annoncés par Trump le 2 avril 2025 qu’il a surnommé «Liberation Day», ont perdu la majeure partie de leur impact en quelques jours, suite à l’exemption de nombreux secteurs et au report à plusieurs reprises de leur application puis dans un second temps, la Cour Suprême a fini par les invalider purement et simplement.

Par ailleurs, ses menaces d’imposer des droits de douane élevés aux pays européens au sujet du Groenland ont abouti, au Forum de Davos, à la simple annonce d’un «cadre de négociation» auquel le Danemark n’avait même pas consenti et qui n’a entraîné aucun changement concret.

La Chine contraint les Etats-Unis à reculer

À l’inverse, la Chine a choisi de ne pas céder aux menaces américaines d’imposer des droits de douane pouvant atteindre 100%. Elle a riposté en tirant parti de son influence sur le marché des terres rares et en suspendant les importations de soja américain, contraignant Washington à reculer. Cette expérience a incité d’autres pays à penser que résister fermement aux pressions de Trump pourrait être le meilleur moyen d’obtenir des concessions de sa part.

Au Brésil, le président Lula da Silva a ignoré les menaces de Trump d’imposer des droits de douane de 50%, mesures sur lesquelles la Maison-Blanche comptait pour contraindre le gouvernement à suspendre le procès de l’ancien président Jair Bolsonaro, accusé de tentative de coup d’État armé. Le procès s’est néanmoins poursuivi et Bolsonaro a été condamné à 27 ans de prison, sans que les pressions américaines n’aient atteint leur objectif.

Le WP indique que l’exemple le plus frappant de l’inefficacité croissante de la politique des menaces est celui de l’Iran. Les États-Unis et Israël y ont lancé une vaste campagne militaire qui a entraîné la mort du Guide suprême et de plusieurs hauts responsables, sans pour autant provoquer l’effondrement du régime ni permettre à Téhéran de reprendre le contrôle du détroit d’Ormuz qui demeure un atout stratégique majeur.

Trump avait adressé une série d’avertissements aux dirigeants iraniens, exigeant la réouverture du détroit et menaçant de détruire la civilisation iranienne en cas de refus mais le détroit est resté fermé et Téhéran n’a pas cédé et ce, malgré l’ampleur de la menace militaire. Cela a incité le président américain à revoir progressivement ses objectifs, tant en ce qui concerne le renversement du régime iranien que le sort de son stock d’uranium enrichi.

Un président qui menace et bombarde, puis recule

Ronald Neumann, ancien ambassadeur des États-Unis en Afghanistan, à Bahreïn et en Algérie, affirme que la leçon que Téhéran tire de cette situation est claire : le pays voit un président qui menace, puis bombarde, puis recule, ce qui, aux yeux des négociateurs iraniens, les amène à croire que Washington est la partie la plus désireuse de parvenir à un accord. Il ajoute : «Dans le monde de la négociation, quand l’autre partie sent que vous êtes pressé, elle ne voit aucune raison de faire des concessions».

Neumann va même plus loin : «Si j’allais faire mes courses dans un bazar oriental, je ne donnerais pas d’argent à Trump pour négocier à ma place».

La méthode Trump ne se limite pas à l’Iran, elle s’étend à l’Europe. Il a tenté d’entraîner ses alliés européens dans une confrontation plus large avec Téhéran, menaçant l’Espagne d’un embargo commercial après son refus de participer, faisant pression sur la Grande-Bretagne, la France et l’Allemagne pour qu’elles réimposent les sanctions de l’Onu contre l’Iran et laissant entendre une possible révision des engagements américains au sein de l’Otan.

Cependant, les pays européens ont refusé de s’impliquer davantage dans la guerre. Certains, comme l’Espagne et l’Italie, ont même fermé leurs bases militaires ou leur espace aérien aux opérations liées à la guerre.

Un diplomate européen affirme que la menace de Trump d’interrompre le commerce avec l’Espagne a été accueillie avec une relative indifférence cette fois-ci car de nombreux responsables estimaient que les déclarations du président américain seraient rapidement rétractées si elles ne suscitaient pas de réaction.

Néanmoins, le diplomate reconnaît que traiter avec Trump reste complexe car son comportement est imprévisible. «Il est vrai qu’il fait souvent marche arrière mais pas toujours», dit-il.

Le WP rappelle que Trump a démontré, à plusieurs reprises, sa volonté de recourir à la force militaire, contrairement aux attentes d’une partie de son électorat qui espérait une réduction des interventions étrangères.

Il a ordonné plus d’opérations militaires à l’étranger que tout autre président américain de l’ère moderne, notamment la capture du président vénézuélien Nicolás Maduro lors d’une opération des forces spéciales, le bombardement de l’Iran et des dizaines de frappes contre des navires soupçonnés de trafic de drogue dans les Caraïbes et le Pacifique.

Sur le plan intérieur, il a déployé la Garde nationale à Washington, D.C., tandis que sa politique d’immigration radicale a suscité une vive controverse après que des descentes d’agents fédéraux masqués dans des lieux de travail et des tribunaux ont entraîné des morts et des manifestations.

Cependant, la propension de Trump à recourir à la force ne suffit plus à imposer l’obéissance qu’il exigeait. Les gouvernements et les responsables politiques, tant aux États-Unis qu’à l’étranger, sont désormais mieux préparés à faire face à ses menaces ou à les ignorer purement et simplement.

Mujtaba Rahman, expert au cabinet de conseil Eurasia Group, explique que les gouvernements européens sont moins sujets à la panique et plus aptes à distinguer la rhétorique de Trump des politiques réellement mises en œuvre par son administration. Il ajoute que cette tendance ne se limite plus à l’Europe mais s’étend désormais aux pays du Golfe qui considèrent le style de négociation de Trump comme faisant partie intégrante de sa gestion habituelle des problèmes.

Le Washington Post cite en exemple l’accord annoncé par Washington et Riyad concernant le programme nucléaire civil saoudien, avant que Trump ne surprenne tout le monde avec une publication sur TruthSocial liant la mise en œuvre de cet accord à l’adhésion de l’Arabie saoudite aux accords d’Abraham.

Andrew Lieber, chercheur à la Fondation Carnegie pour la paix internationale, affirme que les responsables saoudiens ont été surpris et mécontents de cette condition, d’autant plus qu’ils avaient déjà annoncé l’accord par voie officielle.

Lieber estime que Riyad a acquis une expérience considérable dans ses relations avec Trump et comprend désormais que les décisions soudaines et les déclarations contradictoires font partie intégrante de son style politique habituel.

Il vaut mieux résister aux pressions que faire des concessions

Durant la première année du second mandat de Trump, les capitales européennes ont adopté une politique d’éloges et d’apaisement, la considérant comme le meilleur moyen de contenir le président américain.

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, s’est rendue au complexe golfique de Trump en Écosse pour tenter de résoudre les différends commerciaux selon ses conditions à lui et le Royaume-Uni lui a adressé une invitation sans précédent pour effectuer une seconde visite d’État.

Un diplomate européen confirme toutefois que cette approche commence à évoluer. Les dirigeants européens continuent de flatter Trump, notamment lors de réunions à huis clos, mais ils sont de moins en moins disposés à faire les concessions qu’il exige.

«Ils savent que la flatterie a un effet sur lui, qu’il pourrait se montrer plus conciliant lors d’une seule rencontre mais cela ne signifie pas qu’ils doivent céder à ses exigences», explique-t-il. Et d’ajouter que la question du Groenland a marqué un tournant, les menaces de Trump ayant été neutralisées par une position européenne unie. La Chine et le Brésil ont également démontré qu’il est plus efficace de résister aux pressions que de faire des concessions, tandis que la capitulation de l’Europe au début de la guerre commerciale n’a fait qu’attiser les exigences américaines.

L’enquête du WP indique qu’apprendre à ignorer les menaces de Trump peut en revanche attiser sa frustration et peut rendre son comportement encore plus imprévisible, surtout si les Républicains perdent leur majorité aux élections de mi-mandat et que le président est contraint de s’appuyer davantage sur ses pouvoirs exécutifs.

Jeremy Shapiro prévient que Trump n’est pas du genre à accepter sans broncher un déclin de son influence. S’il sent son influence diminuer, il pourrait recourir à des méthodes nouvelles et plus risquées pour utiliser la puissance américaine.

En conclusion, les auteurs de l’enquête du WP estiment que le monde ne réagit plus aux menaces de Trump comme au début de son second mandat et qu’après une série d’avertissements qui se sont soldés par des reculs ou des compromis, nombre d’alliés et d’adversaires font désormais la distinction entre l’escalade verbale et les politiques concrètes, un changement qui pourrait affaiblir la capacité du président américain à utiliser ces tactiques de choc habituels pour obtenir des gains politiques et diplomatiques mais qui, à l’inverse, pourrait le pousser vers des options plus dangereuses pour restaurer son prestige et son influence.

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Ce que la crise de la Steg révèle de notre faillite invisible

07. August 2026 um 08:04

La chronique des pannes électriques qui affectent la vie quotidienne des Tunisiens en pleine canicule estivale, souvent conjuguées à des pannes de l’approvisionnement en eau potable, n’est pas seulement un problème technique, mais psychologique et systémique.

Manel Albouchi *

Une panne coupe le courant dans une maison, immobilise des chaînes de production, plonge des quartiers dans l’obscurité. Mais elle éclaire aussi ce que nous ne voulions plus voir : les lignes de fracture invisibles d’un système, les tensions qui s’accumulent sous la surface et les silences…

Cet été, les coupures d’électricité rythment le quotidien des Tunisiens. En pleine canicule, lorsque les températures dépassent les quarante degrés, la lumière s’éteint, les climatiseurs cessent de fonctionner, les ascenseurs s’immobilisent, les machines s’arrêtent. Les foyers s’organisent comme ils peuvent. Les entreprises comptent les pertes. Les hôpitaux renforcent leurs dispositifs de secours. Chacun cherche une explication. La plus simple serait de parler d’une crise énergétique. Pourtant, lorsqu’une panne devient récurrente, elle cesse d’être un simple incident technique. Elle devient le symptôme d’un système. Et tout symptôme mérite d’être écouté avant d’être diagnostiqué.

L’intérêt général et le poids des tiroirs

«Tant que les gens ne sont pas animés par l’esprit de l’intérêt général, tous les projets resteront dans les tiroirs. J’en sais quelque chose malheureusement… C’est l’amère constat que je retiens de mon expérience au ministère», m’a confié un ancien ministre.

Ce constat désabusé pointe l’inertie des rouages administratifs, la lenteur des réformes et ce sentiment d’impuissance face à une machine étatique qui semble parfois pétrifiée. Mais à cette vision, une réponse s’impose : et si le problème ne venait pas uniquement d’un manque de civisme ou de la mauvaise volonté des agents, mais d’une faillite de l’institution à nourrir le sens de l’action ? Peut-être que pour ranimer l’intérêt général, il faut commencer par renouer avec ce qui fonde une véritable communauté.

Un pays n’est pas un simple regroupement d’individus isolés : c’est un corps vivant où le sort de chacun est irrémédiablement lié à celui des autres. Lorsque le lien social se distend et que la solidarité organique fait défaut, le service public perd sa boussole et le collectif éclate en fragments solitaires.

Au-delà du poste et de la rémunération, le travail n’est pas juste l’exécution d’une tâche. C’est comme en cuisine. Cuisiner c’est toujours inventer un peu plus que ce qui est prescrit. Entre la recette et la réalité du terrain, il existe un espace d’intelligence, un véritable espace potentiel ou transitionnel : celui des ajustements, de l’expérience, de l’intuition. C’est dans cet espace que naissent les innovations. Mais cet espace est aussi celui de la reconnaissance.

Chaque professionnel pose, souvent sans le dire, une question silencieuse : «Ce que je vois a-t-il de la valeur ?» Lorsque cette question reste trop longtemps sans réponse, le désengagement commence. Il ne s’agit pas d’une rébellion ouverte, mais d’un retrait progressif et intime. On cesse de proposer, on cesse de croire, et l’énergie créatrice se retire des tiroirs ministériels pour laisser place au strict minimum.

Anatomie d’un renoncement étouffé

Dans les ateliers de la Société tunisienne de l’électricité et du gaz (Steg), un ingénieur rencontré dans le cadre d’une recherche sur l’innovation raconte une histoire qui, à elle seule, résume une partie du problème : «Les idées d’innovation, on en a. Mais pour les mettre en œuvre, c’est compliqué. Il y a deux ans, j’ai imaginé une bobine pour enrouler les fils de conduction afin qu’ils ne traînent plus au sol. Il fallait passer par le sous-directeur, le directeur, puis la direction centrale. Tu sais, l’innovation demande de la rapidité… J’ai laissé tomber.» Cette phrase est sans doute la plus importante de tout son témoignage : «J’ai laissé tomber.» Ce ne sont pas seulement quelques mots prononcés avec résignation. C’est un basculement où l’idée cesse d’être un projet pour devenir un renoncement. C’est plus qu’une perte d’énergie, c’est une rupture entre le désir et l’action.

Le désir n’est pas seulement l’envie de faire. Il est cette force intérieure qui pousse un sujet à transformer le monde qui l’entoure. Travailler, créer, réparer, inventer, transmettre : toutes ces actions naissent d’un investissement psychique.

Lorsqu’une organisation répond durablement à cet investissement par des obstacles, des délais ou une absence de reconnaissance, quelque chose finit par se retirer. Ce retrait n’est ni un désamour de la patrie, ni de la paresse, ni un manque de compétence. Il est une forme de protection. Les travaux sur l’impuissance apprise montrent qu’un individu confronté à des situations répétées où son action semble sans effet peut progressivement cesser d’agir, non parce qu’il en est incapable, mais parce qu’il ne croit plus que son action puisse produire une différence. Autrement dit, le problème n’est pas seulement que les idées meurent. Le problème est que le désir de proposer finit lui aussi par s’éteindre.

Un cadre qui étouffe au lieu de soutenir

Il serait pourtant injuste de réduire la Steg à l’image d’une administration figée. Car une institution n’est jamais homogène. Au sein de la direction du management-qualité, des équipes ont obtenu plusieurs certifications en développant des projets innovants dans le domaine des normes de sécurité. Les membres décrivent un climat de coopération, un responsable qui encourage les initiatives, une dynamique de groupe où chacun ose proposer et expérimenter.

Autrement dit, les compétences existent. L’engagement existe. Le désir d’innover existe. La question n’est donc plus de savoir si les femmes et les hommes de la Steg sont capables d’innover. La véritable question est : pourquoi certaines parties d’une même institution permettent-elles au désir de circuler alors que d’autres finissent par l’étouffer ? Les bureaucraties ne deviennent pas inefficaces parce que leurs membres seraient incompétents. Elles deviennent vulnérables lorsqu’elles cherchent à réduire toute incertitude par l’accumulation de règles et la concentration du pouvoir de décision. Ce qui devait sécuriser l’organisation finit alors par ralentir sa capacité d’adaptation.

Une institution n’est pas seulement un ensemble de règles, de bâtiments et de procédures. Elle est aussi un espace psychique où des femmes et des hommes déposent leurs attentes, leurs peurs, leurs ambitions, leurs frustrations et leurs espoirs. Confrontée à l’incertitude, une organisation développe des mécanismes de défense : la multiplication des contrôles et des validations administratives, la concentration excessive des décisions au sommet, et la recherche d’une sécurité illusoire au détriment de l’apprentissage par l’essai.

Ces mécanismes ont certes une fonction positive pour sécuriser ou éviter les erreurs. Mais toute protection excessive peut devenir une prison. Comme un sujet qui, pour ne plus souffrir, finit par ne plus prendre de risques, une organisation peut se défendre tellement fortement contre l’erreur qu’elle finit par empêcher l’apprentissage. La question n’est donc pas de supprimer les règles car une organisation sans cadre devient chaotique, mais de savoir si le cadre contient ou s’il enferme.

Le miroir d’une crise profonde

Les coupures électriques qui touchent la société tunisienne ne sont pas seulement un phénomène matériel. Elles deviennent un miroir. Elles interrogent notre rapport collectif à la sécurité, à la responsabilité et à la confiance.

Dans une période où les citoyens vivent déjà des formes d’incertitude économique, sociale et environnementale, une interruption du courant touche une dimension symbolique profonde : la sensation que les structures qui soutiennent la vie quotidienne peuvent devenir fragiles. La question qui surgit alors dépasse largement l’électricité : sur quoi pouvons-nous encore compter ?

La transition énergétique ne pourra pas être seulement une transition technologique. Elle devra être une transition humaine. Installer des réseaux intelligents et développer des infrastructures modernes sont des nécessités, mais aucune technologie ne remplacera une organisation capable d’apprendre. Un Smart Grid nécessite des capteurs et des algorithmes. Une institution intelligente nécessite aussi de l’écoute, de la confiance et du dialogue.

Le véritable défi n’est donc pas uniquement de produire davantage d’énergie. Il est de permettre à l’énergie humaine de mieux circuler. Car derrière chaque infrastructure, il y a des personnes ; derrière chaque procédure, il y a une intention humaine ; et derrière chaque innovation abandonnée, il y a parfois une part de désir qui s’est retirée.

Une étape nécessaire

Les crises ne sont pas des accidents chaotiques ou des anomalies qu’il s’agirait simplement de gommer. Elles sont le prix à payer pour l’émancipation. À travers ces ruptures, ces pannes et ces contradictions, c’est l’institution — et à travers elle, la société tout entière — qui est sommée de se dépasser, de surmonter ses rigidités et d’accéder à une conscience plus haute d’elle-même.

La crise de la Steg, vue sous cet angle, n’est pas qu’une défaillance technique : c’est le moment dialectique où le système est mis face à ses propres impasses pour être forcé de réinventer son rapport au travail, au désir et à l’intelligence collective.

La crise de la Steg nous rappelle une vérité simple mais profonde : une institution ne s’affaiblit pas uniquement lorsqu’elle manque de ressources. Elle s’affaiblit lorsqu’elle perd sa capacité à transformer ses ressources en intelligence collective. Le courant électrique a besoin de réseaux pour circuler. L’intelligence humaine aussi. Elle a besoin de liens, de reconnaissance, de confiance et d’espaces où elle peut prendre forme.

La véritable énergie d’un pays ne se mesure donc pas seulement en mégawatts produits, mais aussi à la manière dont il traite celles et ceux qui créent, réparent, imaginent et maintiennent ses structures vivantes.

* Psychothérapeute Intégrative, consultante en psychologie organisationnelle.

Références :

Alter N., L’Innovation ordinaire (2000) (sur les marges de manœuvre et l’initiative des acteurs).

Bion W., Recherches sur les petits groupes (1965) (pour l’approche psychanalytique des dynamiques et de l’angoisse collective).

Chebbi H., (Université de Sfax), Revue Tunisienne des Sciences Sociales (2025) Problématique de l’innovation dans les entreprises publiques : Entre contraintes et initiatives des acteurs (pour les témoignages au sein de la STEG).

Crozier M., L’Acteur et le Système (1977) : (sur sociologie des organisations, le pouvoir et la bureaucratie).

Dejours C., Souffrance en France (1998) : (pour la psychopathologie du travail et la centralité de la reconnaissance).

Edmondson A., The Fearless Organization (2018) (sur la sécurité psychologique et l’apprentissage organisationnel).

Hegel, Phénoménologie de l’esprit (1807) / Principes de la philosophie du droit(1821) (pour la conception dialectique de la crise et du dépassement).

Kaës R., Le Mal-être des institutions (2012) : (Les institutions comme espaces psychiques et porteurs d’alliances inconscientes).

Morin E., La Méthode : (La pensée systémique et complexe).

Seligman M., Helplessness (1975) : (sur les fondements théoriques de l’impuissance apprise).

Winnicott, Jeu et réalité (1975) : (pour le concept d’espace transitionnel et la créativité).

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La hausse de la température marine impactera l’économie en Tunisie

07. August 2026 um 07:24

En juillet 2026, les températures marines dans le golfe de Gabès ont dépassé les 30  °C avec des pics atteignant environ 34 °C, menaçant la pêche et les écosystèmes côtiers d’une région qui concentre 23 % de la capacité d’hébergement touristique du pays, notamment dans les zones de Djerba et Zarzis. La menace concerne les deux principales activités économiques de la région du sud-est tunisien: la pêche et le tourisme, déjà très affectés par la pollution industrielle.

Latif Belhedi

Cette hausse des températures marines, phénomène marin distinct des températures de l’air ambiant, témoigne d’un important stress écologique. Si les activités touristiques immédiates ne sont pas affectées, ce réchauffement menace la viabilité à long terme de la pêche et de la biodiversité côtière.

Réchauffement marin exceptionnel en Méditerranée

Cette situation s’inscrit dans une crise régionale plus vaste. Au 1er août 2026, la température moyenne de surface de la mer dans le bassin méditerranéen s’élevait à 27,3 °C. Les données indiquent qu’à cette date, environ 65,8 % de la Méditerranée subissait des conditions de canicule marine.

Les tendances mondiales reflètent cette hausse régionale : la température moyenne de surface de la mer hors zones polaires a atteint 20,86 °C en juin 2026, soit le niveau le plus élevé jamais enregistré officiellement pour un mois de juin.

Bien que les prévisions pour le 1er août aient laissé entrevoir une diminution de l’étendue et de l’intensité de la canicule, des conditions modérées à fortes ont persisté dans plusieurs secteurs.

Une analyse des données historiques révèle une baisse de 44 % de la productivité de la pêche dans le golfe de Gabès entre 2000 et 2015. La vague de chaleur de 2026 aggrave ces facteurs de stress existants, exerçant une pression supplémentaire sur un écosystème déjà fragilisé.

Exposition économique : tourisme et pêche

Les enjeux économiques pour le sud de la Tunisie sont considérables. Le corridor Djerba-Zarzis-Gabès constitue un moteur essentiel de l’industrie touristique nationale.

En 2023, la capacité d’hébergement de la région s’élevait à 150 établissements et 53 114 lits, soit environ 23 % du total des 230 726 lits touristiques que comptait à cette date la Tunisie.

Le tourisme côtier et la pêche soutiennent, ensemble, environ 450 000 emplois à l’échelle nationale. Et l’économie bleue tunisienne a contribué à près de 14 % de la production économique nationale en 2018. Pr ailleurs, plus de 66 % de la population (environ 7,6 millions de personnes) réside dans les zones côtières. Ce qui donne une idée des impacts attendus du réchauffement climatique sur l’économie tunisienne en général et sur celle du Golfe de Gabès en particulier.

Avec Nomad.

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Empfangen — 06. August 2026 Französischsprachig

Tunisie | Baisse d’activité dans le marché de l’or

06. August 2026 um 12:57

Contrairement aux années précédentes, le secteur de l’or en Tunisie n’a pas connu la reprise habituellement observée lors de l’afflux de touristes algériens et libyens, notamment pendant la saison estivale, a indiqué Hatem Ben Youssef, président de la Chambre syndicale des bijoutiers, dans une déclaration à Mosaïque, mercredi 5 août 2026.

Les activités du secteur sont en baisse constante d’année en année, a indiqué le responsable syndical, en précisant que la plupart des touristes algériens se rendent dans les bijouteries de Souk El Berka à Tunis, ou sur d’autres marchés, pour vendre de l’or — et non pour en acheter — afin de se procurer les liquidités nécessaires pour couvrir leurs frais de séjour et leurs déplacements entre les villes et les destinations touristiques.

Il en est de même pour les touristes libyens, dont un grand nombre se rend en Tunisie pour vendre de l’or, notamment pour financer des soins médicaux.

Quant aux Tunisiens résidant à l’étranger — qui ont longtemps été parmi les principaux moteurs du marché de l’or, notamment durant leurs vacances d’été en Tunisie—, ils ne jouent plus ce même rôle comme auparavant.

S’agissant de la saison des mariages, également propice aux achats de bijoux, elle est désormais davantage tributaire du pouvoir d’achat des citoyens, ainsi que de la hausse constante et de l’instabilité des prix de l’or observées ces dernières années, a aussi expliqué le président de la Chambre syndicale des bijoutiers, précisant que le prix du gramme d’or neuf s’élève actuellement à environ 500 dinars, voire plus, tandis que l’or d’occasion peut être acquis à des tarifs avoisinant les 340 dinars le gramme.

L’or d’occasion racheté par les bijoutiers se répartit en trois catégories : l’or destiné à être poli et remis en vente, l’or destiné à la fonte et au recyclage, et enfin l’or ayant perdu son poinçon officiel avec le temps — lequel peut être accepté dans certains cas, bien qu’une grande partie de ce type d’or soit détournée vers le marché parallèle.

M. Ben Youssef a souligné que, malgré la fluctuation des cours mondiaux de l’or, il reste possible d’acheter des bijoux pour la mariée à des prix compris entre 2 500 et 5 000 dinars, selon le budget et les goûts. Il a ajouté que de nombreuses femmes privilégient désormais des pièces plus légères aux designs épurés, mieux adaptées à leur pouvoir d’achat.

Par ailleurs, les prix de l’or 9 carats sont estimés entre 100 et 150 dinars, tandis que ceux de l’or 18 carats ont reculé de 160 à 190 dinars.

I. B.

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Conseils médicaux pour bien traverser la vague de chaleur

06. August 2026 um 12:06

Les températures grimpent, et avec elles, le risque pour la santé. Comment bien traverser ces journées caniculaires ? Mauvais sommeil, maux de tête et problèmes de concentration : la chaleur pèse sur le corps et l’esprit. Dans le pire des cas, elle peut devenir mortelle. Avec le changement climatique, les vagues de chaleur deviennent plus fréquentes, plus intenses et plus longues – devenant ainsi l’un des plus grands risques pour la santé en été. Comment se protéger, quels signaux d’alarme prendre au sérieux et quels mythes sur la chaleur ont la vie dure ? En ma qualité de médecin pédiatre, voici ce que je conseille.

Dr Salem Sahli *

La chaleur représente un stress pour l’organisme. Lors de températures élevées, le cœur, les reins et la circulation sanguine tournent à plein régime. L’organisme tente de maintenir sa température corporelle constante. Et cela coûte de l’énergie avec pour conséquences des problèmes circulatoires, des maux de tête et des difficultés de concentration.

Les personnes particulièrement vulnérables sont les personnes âgées, les jeunes enfants et les personnes souffrant de maladies cardiovasculaires ou d’autres maladies chroniques. Mais la chaleur peut s’avérer très dangereuse même pour les personnes en bonne santé. Même si l’on se sent en forme, il convient d’adapter son quotidien lors des journées de canicule et de renoncer durant la journée à tout ce qui fatigue le corps, qu’il s’agisse du jardinage ou du sport.

L’une des règles les plus importantes est de boire suffisamment. En transpirant, le corps ne perd pas seulement de l’eau, mais aussi des minéraux. C’est pourquoi toute personne qui transpire abondamment doit non seulement boire en quantité suffisante, mais aussi veiller à un apport adéquat en électrolytes, par exemple via des boissons isotoniques.

Le corps souffre d’une vague de chaleur de jour comme de nuit. Si les températures ne descendent pas en dessous de 20°C, on parle de nuit tropicale. L’organisme peut alors à peine se régénérer, car il doit continuer à dépenser de l’énergie pendant le sommeil pour se refroidir. Ceux qui ont du mal à s’endormir devraient appliquer des compresses fraîches, prendre une douche tiède avant de se coucher et n’utiliser qu’une couverture légère. Je déconseille en revanche les douches glacées qui ont tendance à stimuler le corps plutôt qu’à le détendre. Un rafraîchissement doux, comme un bain de pieds froid, est bien plus judicieux.

Les personnes sous traitement médical doivent redoubler de vigilance les jours de forte chaleur. La perte d’eau réduit le volume sanguin, ce qui augmente la concentration de certains médicaments dans le sang. Les médicaments agissent alors différemment. Cela concerne surtout les antihypertenseurs et les diurétiques. La chaleur pouvant abaisser davantage la pression artérielle, le dosage doit être adapté avec le médecin traitant, jamais de son propre chef.

Lors de la prise d’antalgiques, il faut veiller à boire beaucoup pour maintenir une bonne irrigation des reins. Les sédatifs, quant à eux, peuvent atténuer les signaux d’alarme émis par le corps. Il est également essentiel de conserver les médicaments au frais et au sec, conformément à la notice.

Les jours de canicule, il faut être attentif aux signaux d’alerte : si l’on ne se sent pas bien, qu’on a des vertiges, des maux de tête ou des démarches hésitantes, il faut prendre cela au sérieux. La règle est alors de se mettre immédiatement à l’ombre ou dans un endroit frais, de s’asseoir ou de s’allonger, et de refroidir progressivement son corps. Si des symptômes tels que des crampes musculaires, des difficultés respiratoires ou des malaises circulatoires apparaissent, il faut contacter immédiatement les secours.

La chaleur n’affecte pas seulement le corps – elle impacte aussi le mental. Les gens sont plus irritables, plus agressifs et souffrent plus souvent d’anxiété. Une étude américaine menée sur 45 ans a montré que les violences augmentent les jours de canicule. En plus du potentiel d’agressivité, le risque de suicide augmente également.

Le corps est tellement concentré sur la régulation de sa température que le moindre stress supplémentaire le surcharge rapidement. De plus, l’équilibre hormonal est perturbé. Le cerveau sécrète davantage d’hormones de stress comme le cortisol ou l’adrénaline, ce qui peut favoriser l’agitation, l’anxiété et les états dépressifs.                                                                                                                                                         

Insolation, coup de chaleur ou malaises : lors des journées chaudes, les services d’urgence sont sollicités bien plus souvent qu’à l’accoutumée. Bien souvent, un simple coup d’œil et un contact tactile suffisent pour identifier le problème. La chaleur monte dans le corps, les gens ont souvent le visage très rouge. Quand on touche leur peau, elle est totalement sèche parce qu’ils ont déjà évacué toute leur transpiration.

Les personnes âgées sont particulièrement exposées. Elles ne boivent pas assez et sont souvent habillées trop chaudement. Je suis souvent surpris, en me promenant en ville, de voir que même par forte chaleur, les personnes âgées restent habillées de façon très stricte. Au lieu de pantalons longs et de chemises, des tissus clairs et légers sont recommandés. Les courses ou les promenades doivent être planifiées de préférence tôt le matin ou en soirée.

Pour éviter que les logements ne surchauffent, il faut aérer à fond tôt le matin, puis garder fenêtres et volets fermés. On n’aère à nouveau que lorsque la température extérieure baisse en soirée.

Il est également conseillé de privilégier des repas légers, une consommation d’eau suffisante et un peu moins de café afin d’éviter de surcharger le système cardiovasculaire.

* Médecin pédiatre.

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Tunisie – Algérie | Aux origines d’un contentieux territorial

06. August 2026 um 11:28

L’auteur de cette tribune répond à l’article du Dr Abderrahmen Cherfouh ‘‘En diabolisant l’Algérie, on dessert les intérêts de la Tunisie’’, qui répondait, pour sa part, à un article de l’ambassadeur Elyes Kasri intitulé ‘‘Les menaces réelles de l’instabilité tunisienne’’, tous deux publiés par Kapitalis. Il situe les relations tuniso-algériennes, et notamment les vieux différends frontaliers entre les deux pays, dans leur contexte historique exact, loin de toute propagande ou de révisionnisme. (Photo : Houari Boumediene revient sur la parole donnée par le GPRA et Ahmed Ben Bella à Habib Bourguiba).

 Abderrahmane Fekih *

Je n’ai aucune raison de douter de votre sincérité mais je dois à la vérité d’apporter quelques éclaircissements à votre discours par des faits historiques que vous semblez ignorer, dans le seul but de rétablir la vérité afin de mieux dépasser nos malentendus pour ne pas dire nos différends.

Attaché comme vous à des relations algéro-tunisiennes de coopération fraternelle à l’abri de tous risques de conflit mais j’ai du mal à comprendre les faits exposés ci-après à moins que vous ayez des éléments de réponse correctifs que je ne connais pas.

La dimension coloniale des frontières terrestres

Durant l’occupation de l’Algérie par la France celle-ci se croyant installée pour toujours a annexé plus d’un territoire de tous les pays limitrophes à l’Algérie : c’est une vérité historique bien établie.

A l’aube de l’indépendance, la Tunisie a réclamé à la France de lui restituer les territoires spoliés, le contentieux n’est-il pas franco-tunisien sur le plan juridique Dr. Cherfouh ?

La réaction du GPRA à l’époque fut immédiate, en prétendant que c’est «un coup de poignard dans le dos de l’Algérie combattante» et d’ajouter qu’après l’indépendance de l’Algérie «le problème sera réglé entre frères». La mauvaise foi du GPRA ne peut être plus flagrante car transformer un litige franco-tunisien en litige algéro-tunisien n’est pas la meilleure façon de le résoudre, mais d’«acheter du temps ! ». Car la France ayant rogné de façon arbitraire des terres sur le territoire tunisien pour les annexer à l’Algérie, il était de son devoir de corriger son abus de pouvoir d’autant plus qu’elle avait le pouvoir de le faire sans aucune difficulté et sans léser l’Algérie : c’était juste retour à la situation antérieure.

Le GPRA n’a rien voulu savoir et a maintenu sa position contre toute logique. Ainsi donc tout se passe comme si le GPRA s’est déjà approprié les territoires annexés.

Quand l’Algérie a recouvré son indépendance le gouvernement tunisien a rappelé au gouvernement algérien sa promesse de solution à l’amiable («entre frères» !) du problème. Mais le gouvernement algérien, au lieu d’honorer son engagement envers la Tunisie (vous savez certainement comme moi le caractère sacré de la parole donnée dans notre culture commune), a préféré se référer au principe de ne pas modifier les frontières héritées de la colonisation décrété par l’Organisation de l’Unité Africaine de l’époque pour éviter à l’Afrique les affres des guerres de frontières. Ce principe étant décrété après l’engagement pris par le GPRA n’est pas opposable à la Tunisie car il ne pouvait pas avoir d’effet rétroactif (vous en convenez j’espère, vous qui semblez si bien connaitre le droit).

Devant la position ferme de l’Etat algérien, Bourguiba a préféré contre mauvaise fortune faire bon cœur pour ne pas entrer en conflit (pour ne pas dire en guerre) contre son voisin en déclarant qu’«il renonce à ses revendications (pourtant légitimes) en hommage aux martyres algériens».

C’est dans ce contexte qu’il faut placer l’accord du 20 mars 1970 : ce dernier n’est pas le résultat d’une négociation (mais d’un rapport de forces !) entre deux partenaires égaux mais entre une Algérie dominante imbue de sa puissance (et non de son droit) et une Tunisie qui n’a pour elle que la légitimité des faits historiques qui ne pèsent pas lourds malheureusement dans les relations internationales.

Certes l’accord ci-dessus (résultat du rapport des forces de l’époque !) a réglé définitivement le problème sur le plan juridique pour établir la paix entre voisins mais pas sur le plan légitimité. La mémoire populaire en gardera souvenir longtemps comme d’une injustice insupportable.

Le comble c’est que l’Etat Algérien, pour remercier Bourguiba de son geste de conciliation, n’a pas trouvé mieux que de forer un puit oblique pour pomper le pétrole du seul bassin pétrolier tunisien El Borma !

On ne peut pas qualifier cet acte de bienveillant ni de fraternel mais bel et bien de prédateur, ne vous en déplaise !

La sécurité énergétique en question  

Cette sécurité n’est pas due à la magnanimité de l’Algérie ni à sa bienveillance envers la Tunisie mais à la position stratégique dont l’Algérie bénéficie pour exporter son gaz vers l’Europe. Donc un peu d’humilité SVP (pour ne pas dire trêve d’arrogance !).

Vous prétendez que l’Algérie «subventionne le gaz qui éclaire les foyers tunisiens» sans préciser à quelle hauteur, c’est pour le moins une contrevérité (pour ne pas dire une insulte gratuite aux Tunisiens), car les fournitures de gaz à la Tunisie sont régies par la loi de l’offre et la demande et les prix sur le marché international (je suis bien placé pour le savoir en tant qu’ingénieur ex-chef du Département de la distribution électrique de la Steg à la retraite) : donc l’Algérie ne nous fait pas de cadeaux contrairement à vos insinuations.

Les vérités historiques étant ainsi établies, à mon humble avis les peuples nord-africains resteront unis à jamais par les liens de fraternité, de sang et d’entraide tissés durant des siècles de vie commune malgré les aléas politiques. Mais les responsables algériens seront toujours vus par les Tunisiens comme arrogants, dominateurs et particulièrement malveillants envers la Tunisie, tant qu’ils ne changent pas de comportements sur la base du principe «il faut rendre à César ce qui appartient à César ! Est-ce trop demander ?»

J’ose espérer que la compétition entre les responsables nord-africains pour exercer leur hégémonie sur la Région se transforme en volonté de servir sincèrement les intérêts bien compris de leurs peuples respectifs loin de tout esprit hégémonique et de toute volonté de puissance.

Ils gagneraient à réduire leurs égos pour se mettre au service de leurs peuples et non au service de leurs intérêts personnels étroits. Ces derniers ont coûté déjà à la communauté nord-africaine la non-réalisation de son unité décidée pourtant par l’accord de Tanger de 1958, la même année que la création du pool charbon acier fondateur de l’Union Européenne actuelle.

Tandis que les Européens que tout séparent (langues, religions, histoires tumultueuses, etc.) construisent leur Etat Fédéral patiemment «pierre à pierre et brique à brique», nos leaders ont perdu leur temps dans des querelles marginales stériles (d’abord querelle de leadership ensuite le problème du Sahara créé de toutes pièces et maintenant le Maroc trouve son intérêt avec le pire ennemi des Arabes et des Musulmans, Israël, et non avec son voisin, l’Algérie, à laquelle tout le lie (géographie, langue, culture, religion, histoire commune, etc.).

Le statu quo n’est pas dans l’intérêt des peuples nord-africains mais il faut espérer que ces derniers finissent par imposer à leurs leaders les mesures correctives nécessaires pour assurer d’abord la réalisation de l’unité nord-africaine ensuite sa prospérité.

* Ingénieur, ex-chef du département de la distribution électrique de la Steg à la retraite.

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Hausse du prix de certains médicaments | Un mal nécessaire

06. August 2026 um 09:59

Selon Naoufel Amira, ancien président du Syndicat des pharmaciens d’officine de Tunisie (Spot), la mise à jour et l’ajustement (traduire : la hausse) des prix d’un certain nombre de médicaments, dont se plaignent les citoyens, n’ont pas permis de couvrir les coûts supportés par la Pharmacie centrale, qui, on le sait, fait face à de grandes difficultés financières et a du mal à s’acquitter des dettes qu’elle a contactées auprès d’un certain nombre de fournisseurs étrangers.

Dans une déclaration, mardi 4 août 2026, à l’agence officielle Tap, M. Amira a expliqué que la révision des prix des médicaments de référence a concerné une large gamme de produits, précisant que cette mesure s’inscrit dans le cadre de la révision périodique des tarifs — déjà effectuée l’année dernière ainsi qu’en 2018 et 2019 — mais que ces ajustements n’ont pas suffi à couvrir le coût initial des médicaments.

Pour M. Amira, la hausse du prix de certains médicaments n’est pas excessive, l’augmentation n’étant souvent que de quelques dinars. Le but n’est pas tant d’impacter le pouvoir d’achat du citoyen – même si c’est, au final, la conséquence immédiate et directe de l’opération, dirions-nous – que de contribuer à couvrir une partie des coûts et à soulager les finances de la Pharmacie centrale.

Le pharmacien a attribué la controverse actuelle concernant les nouveaux tarifs à ce qu’il a qualifié de manque de connaissances suffisantes, ainsi qu’à une désinformation délibérée de la part de certaines parties, soulignant que le rétablissement de l’équilibre financier de la Pharmacie centrale demeure une garantie fondamentale pour la sécurité sanitaire et la poursuite de l’approvisionnement du marché en médicaments importés.

M. Amira a insisté sur le fait que les prix des médicaments en Tunisie, suite à la récente mise à jour, restent acceptables et abordables, appelant à éviter de prendre position sans tenir compte de l’intérêt des citoyens ni de leur droit d’accéder aux médicaments nécessaires à leurs besoins thérapeutiques.

Il convient de noter que la Pharmacie centrale a publié, le 24 juillet, la circulaire n° 30 de la même année mettant à jour les codes de certains médicaments et augmentant réviser leurs prix.

I. B.

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Le «Mardi noir» à la Bourse de Tunis

06. August 2026 um 09:03

Cinq jours après la publication dans le Jort du décret le décret n°2026-148 faisant obligation aux banques commerciales d’allouer 8% de leurs bénéfices nets de l’exercice 2025 pour accorder des prêts sur l’honneur, sans intérêts, ni garantis ni frais de dossier, aux ménages à faibles revenus, aux promoteurs de petits projets et aux PME et sociétés communautaires, le mardi 28 juillet, l’indice boursier Tunindex chute de 3,7%, obligeant les autorités de la BVMT à suspendre la séance pour limiter les dégâts et éviter une chute plus brutale des cours des titres bancaires qui ont néanmoins continué à chuter les jours suivants. S’agit-il d’une correction technique suite à l’accroissement de cet indice durant le premier semestre de 2026 et à la prise de bénéfices par les actionnaires, comme l’affirme la présidente de la BVMT, ou d’un «Mardi noir» qui, toutes proportions gardées, rappelle le «Jeudi noir» qu’a connu la Bourse de Wall Street le 29 octobre 1929 et qui a déclenché la Grande Dépression et un chômage massif aux USA et dans toute l’Europe ? La question mérite au moins d’être posée et analysée. L’auteur, un économiste, tente de répondre à cette question par une approche universitaire, qui a au moins l’avantage d’appeler les choses par leurs noms et de mettre les points sur les «i», sans ménager les politiciens démagogues.

Dr. Sadok Zerelli

Le 23 juillet 2026, en application des dispositions de la nouvelle loi sur les chèques adoptée le 2 août 2024 (loi n°2024-41), le décret n° 2026-148 faisant obligation aux banques commerciales d’allouer 8% de leurs bénéfices nets de l’exercice 2025 pour accorder des crédits sur l’honneur, sans intérêts, ni garantis ni frais de dossier, aux ménages à faibles revenus, aux promoteurs de petits projets et aux PME et sociétés communautaires, a été publié au Jort.

Cinq jours après, soit le 28 juillet , qui tombe un mardi, le Tunindex (indice de la Bourse de Tunis) à chute de 3,7%, obligeant les autorités boursière à suspendre la séance (en vertu d’un mécanisme de coupe-circuit, propre à la BVMT, qui ressemble aux coupures d’électricité que nous connaissons ces-jours-ci lorsqu’il y a une chute de tension dans le réseau électrique !) afin de limiter les dégâts et éviter un effondrement des cours, en particuliers ceux des titres bancaires qui ont chuté ce jour-là de 4% et 11%, tandis que le Tunindex a chuté de 8,7% depuis.

S’agit-t-il d’une coïncidence de dates et d’une correction technique du Tunindex,  suite aux prises de bénéfices par les actionnaires et une forte augmentation du Tunindex durant le premier semestre de l’année 2026 (+60,24%) comme l’affirme Sonia Ben Fredj, présidente de la BVMT, pour rassurer les investisseurs et l’opinion publique  (voir Kapitalis), ou d’une panique générale à la suite de la publication de ce  décret n° 2026-148 décret et d’un crash boursier annonciateur d’une grave crise financière dans le dernier secteur qui  résiste encore à la crise économique que le pays traverse depuis 2011 et demeure malgré tout rentable, celui des banques ?

Cette question est d’autant plus importante à se poser et à analyser que l’Histoire nous apprend que le crash de Wall Street (la Bourse de New York ) qui s’est produit le jeudi 29 octobre 1929, connu dans les manuels d’Histoire sous le nom du «Jeudi noir» (d’où le titre de cet article, choisi par analogie), a abouti à la Grande Dépression, caractérisée par des milliers de faillites d’entreprises et un chômage massif qui a constitué un terrain fertile pour la propagation de l’idéologie nazie et la prise du pouvoir par Hitler qui a finalement décidé de  déclencher la seconde guerre mondiale ayant fait 70 millions de morts.

Je fais ce rappel historique pour expliquer que les fluctuations boursières ne sont pas seulement une affaire de spécialistes et de traders, mais peuvent être les signes annonciateurs de graves crises économiques et même politiques qui se profilent à l’horizon.

Heureusement que la BVMT n’est en rien comparable à celle de New York (NYSE) ni en termes de titres côtés (2500 à NYSE contre ….74 à la BVMT !) ni en termes de volumes des opérations, de sorte qu’en cas de crise dans le secteur bancaire tunisien, elle ne sera que locale et ne fera qu’aggraver la crise économique générale que le pays traverse, plus particulièrement depuis 2019, selon le proverbe bien Tunisien «Kannet techkhir zadet baff !»

Importance du secteur bancaire dans la BVMT

Le secteur financier est le pilier central de la Bourse de Tunis. Son importance est à la fois quantitative — par son poids dans la capitalisation et les échanges — et qualitative, parce que les banques et les compagnies financières jouent un rôle majeur dans le financement de l’économie tunisienne.

En effet, les banques et sociétés financières représentent une part considérable des entreprises cotées à la BVMT et les grandes banques tunisiennes figurent parmi les sociétés ayant les plus fortes capitalisations boursières.

Ainsi, banques + assurances + services financiers représentent environ 54,4 % de la capitalisation boursière selon les données de mars 2025 (source : BVMT). À elles seules, les banques représentent près de la moitié de toute la capitalisation de la BVMT. 

Du côté des transactions, les banques occupent également une place dominante : elles représentaient 38,37 % des capitaux échangés en février 2025. 

Ces chiffres permettent de comprendre pourquoi une crise de confiance envers les banques peut provoquer une forte baisse de la BVMT. Si les investisseurs anticipent une diminution des bénéfices bancaires, une augmentation des charges ou une intervention réglementaire susceptible d’affecter la rentabilité des banques, tel que ce décret n° 2026-148, les valeurs bancaires peuvent être vendues massivement. Comme elles pèsent très lourd dans l’indice et la capitalisation, leur baisse peut entraîner mécaniquement une baisse de l’ensemble du marché.

La rentabilité du secteur bancaire

Les données de la Bourse de Tunis montrent que les revenus du secteur bancaire coté ont progressé de 4,3 % en 2025, atteignant environ 7,29 milliards de dinars, contre 6,99 milliards en 2024. Parmi les grandes banques, la progression des revenus a été de +7,8 % pour la Biat, +11,2 % pour la BNA et +4,3 % pour Amen Bank, tandis que les revenus ont reculé de 2,8 % pour BH Bank. 

Au total, les banques cotées ont enregistré 885,6 millions de dinars de bénéfices au premier semestre 2025, contre 830,8 millions au premier semestre 2024, soit une progression de 6,6 %. 

Ces résultats sont importants pour mon analyse, car ils montrent que, malgré la nouvelle loi sur les chèques qui s’est traduite par un recours massif aux paiements en espèces hors du circuit bancaire, la rentabilité des banques tunisiennes reste importante et leurs actionnaires ne sont pas à plaindre, ce qui n’explique pas la panique qui s’est emparée d’eux le mardi 29 juillet et les jours suivants, qui ne peut donc s’expliquer que par les dispositions arbitraires du décret n°2026-148 et leur anticipation de son impact négatif sur la rentabilité future des banques.

Les défaillances économiques du décret n° 2026-148 

Mon angle d’analyse est celui d’un universitaire, qui a enseigné durant sa carrière plusieurs disciplines économiques et de gestion.

De ce point de vue, et sans remettre en cause les objectifs sociaux de ce décret, j’ai relevé que ses dispositions et même sa date de publication bafouent les fondamentaux de l’économie, de la finance, du droit et même de la comptabilité, des disciplines universitaires enseignées dans nos facultés de droit et de sciences économiques et nos instituts supérieurs de gestion, au point où j’en suis arrivé à me demander s’il ne vaudrait pas mieux fermer toutes ces facultés et instituts de gestion et gérer ce pays comme on gère une épicerie !

Ainsi, au niveau de l’économie en tant que discipline universitaire, les auteurs de ce décret semblent ignorer la différence entre dinars courants et dinars constants.

Stipuler que les bénéficiaires de ces prêts sur l’honneur rembourseront exactement la même somme dans deux ans (plus un possible délai de grâce de six mois) signifie qu’en dinars constats (d’aujourd’hui), ils vont rembourser moins que ce qu’ils ont reçu et ont donc bénéficié d’un taux d’intérêt négatif.

Ainsi, dans l’hypothèse où le taux de l’inflation n’augmente pas et reste à son niveau actuel qui est de l’ordre 5% (hypothèse très favorable compte tenu de l’inefficacité prouvée depuis des années de la politique monétaire menée par la BCT, basée à tort sur le taux directeur au lieu du taux de réserve obligatoire des banques – voir mon article ‘‘L’inflation a-t-elle baissé en Tunisie ?’), rembourser dans deux ans un prêt sur l’honneur de 5000 D, ou 10000 D ou 25000 D (selon le profil des bénéficiaires) revient à rembourser respectivement 4535 D, 9070 D et 22675 D en dinars constants d’aujourd’hui.

En réalité, les bénéficiaires de ces prêts sur l’honneur vont rembourser même moins, si on tient compte du concept économique qui est à la base de la Théorie d’allocation optimale des ressources (TAOR) à savoir la «préférence pour le présent de la collectivité nationale». Celui-ci est un taux positif, qui vient s’ajouter au taux d’inflation anticipé pour constituer le taux d’actualisation économique, et qui est d’autant plus élevé que la structure d’âge de la population est vieille (l’objectif étant de permettre aux personnes du troisième âge de bénéficier au maximum des projets d’investissement avant leur décès)

Ainsi, pour un taux de préférence pour le présent minimum de 3%, compte tenu de la structure d’âge de la population en Tunisie, soit un taux d’actualisation économique de 8%, les bénéficiaires des mêmes prêts sur l’honneur rembourseront en fait respectivement 4286 D, 8573 D et 21433 D !

Qui n’en voudrait pas ? Même les classes moyennes qui ont des difficultés à joindre les deux bouts, et elles sont légion dans notre pays, vont essayer de profiter de ce décret.

En fait, mon sentiment est qu’on va assister à partir du mois de septembre à une ruée sur les banques et à une gigantesque opération de corruption où les relations personnelles et familiales dans le milieu bancaire vont jouer un rôle déterminant. L’honneur de certain(e)s ne valant pas cher, on peut s’attendre aussi à un très faible taux de recouvrement de ces prêts sur l’honneur avec un impact négatif sur l’équilibre financier des banques et les ratios prudentiels qu’elles sont tenues d’observer, ce qui peut mettre en péril l’ensemble du système bancaire, même si l’enveloppe globale à consacrer à ces prêts sur l’honneur n’est pas à priori très importante (129 millions de dinars, selon certains experts).

Les défaillances financières du décret n° 2026-148 

En finances, on apprend aux étudiants que le taux d’intérêt est la rémunération du facteur capital qui doit être positif car il s’agit d’une ressource rare. On leur apprend aussi que pour qu’un projet d’investissement soit rentable, il faut que son Taux de rentabilité interne (TRI) soit supérieur au taux d’intérêt. Si ce dernier est nul, tous les projets deviennent rentables et cela engendra un gaspillage du peu de ressources financières dont le pays dispose.

En fait, pour respecter les fondements de la finance en tant que discipline universitaire, et atteindre en même temps les objectifs sociaux de ce décret, il aurait fallu ce décretn° 2026-148associe à ces prêts sur l’honneur un taux d’intérêt aussi faible soit-il mais positif, avec une prise en charge de ces intérêts par le budget de l’Etat ou d’autres sources de financement, de sorte que les bénéficiaires de ces prêts ne paieront pas d’intérêts mais l’orthodoxie financière de l’opération est respectée.

Une autre solution technique serait de consacrer les 8% des dividendes des banques pour renflouer les fonds propres et la capacité de financement de la Banque Tunisienne de Solidarité (BTS) ou de la Banque pour le financement des petites et moyennes entreprises (BFPME), deux institutions bancaires qui ont l’avantage d’exister et d’avoir des procédures d’attribution et de recouvrement qui   fonctionnent et dont les objectifs et attributions recouvrent ceux de ce décret.

Bref, les solutions techniques pour atteindre les objectifs sociaux de ce décret, sans mettre en péril l’ensemble du secteur bancaire comme les dispositions de ce décret le font, existent mais c’est l’imagination qui manque et surtout une approche scientifique qui respecte un tant soit peu ce que, moi-même et des milliers d’autres collègues, ont passé leur vie à enseigner.

Les défaillances juridiques du décret n° 2026-148 

Lors de mes études en maîtrise de sciences économiques à la Faculté de droit et des sciences économiques de Tunis, tous mes enseignants de disciplines juridiques (droit public, droit civil, droit constitutionnel, droit commercial, etc.) m’ont appris un principe juridique fondamental et universel : la loi n’est pas rétroactive, c’est-à-dire que ses effets et son application ne peuvent commencer qu’après son approbation par le parlement et sa publication dans le Journal officiel.

Dans ce cas, comment expliquer que le décret n°2026-148 qui a été publié en juillet 2026, porte sur les bénéfices réalisés par les banques durant l’exercice de 2025 et en affecte 8% à la distribution de crédits sur l’honneur ?

C’est la bonne question que j’aimerais poser à notre président, un éminent juriste en droit constitutionnel, ainsi qu’à sa ministre des Finances, qui est aussi juriste de formation et même ancienne juge !

Mes enseignants de droit commercial m’ont appris aussi que dans le régime des sociétés anonyme (SA), ce qui est le cas de toutes les banques commerciales, l’Assemblée générale des actionnaires, qu’elle soit ordinaire ou extraordinaire, est «souveraine», c’est-à-dire que ses décisions s’imposent à tous les acteurs économiques et sociaux, y compris au PDG lui-même.

Dans ce cas, comment expliquer que l’Etat interfère dans les attributions des AG des banques pour affecter par la force de la loi une partie des dividendes, dont la répartition relève exclusivement des attributions des AG d’actionnaires, selon les statuts même d’une SA ?

C’est une autre bonne question que j’aimerais poser à notre président et à sa ministre des Finances, qui est la ministre de tutelle du secteur bancaire.

Même si je ne suis pas juriste, j’aurais préféré que, pour préserver la face et respecter un tant soit peu les dispositions et l’esprit du droit commercial, l’Etat crée de nouvelles taxes sur l’activité bancaire ou décide d’augmenter encore plus l’impôt sur les bénéfices des banques, le faisant passer de 40% actuellement à 48%, et affecter les recettes supplémentaires qu’ils en retirent pour financer un fond social tel que le Foprolos ou même l’ex-Fond de Solidarité Social (FSN), pour aider les catégories sociales qu’il veut et sous la forme qu’il veut (dons, prêts avec ou sans intérêts, rénovation d’écoles ou de routes etc.).

Le résultat en termes de prélèvement sur les bénéfices des banques pour des objectifs sociaux sera le même, mais dans un cas on applique des techniques de gestion dignes d’un Etat moderne, et dans l’autre cas, on fait du bricolage juridico-financier.

Les défaillances comptables du décret n°2026-148 

Je ne terminerai pas cette attaque en règle mais scientifique, qui ne va certainement pas plaire en haut lieu, contre les dispositions et l’esprit même de ce décretn°2026-148, qui va faire vaciller le dernier secteur d’activité qui demeure rentable et tient encore debout dans notre économie moribonde, sans mentionner que les comptables des banques doivent se couper les cheveux en quatre pour savoir comment redresser les comptes de l’exercice 2025 pour y intégrer l’affectation obligatoire de 8% des dividendes à ces crédits sur l’honneur, décrétée en juillet 2026, sachant que la plupart des banques ont déjà tenu leur AG (en général, elles le font vers le mois d’avril) et distribué leurs dividendes à leurs actionnaires.

Là aussi, mes enseignants de comptabilité m’ont appris que les compte d’un exercice ne doivent prendre en compte que les dépenses et recettes imputables à cet exercice. Comment traiter cette affectation à posteriori des dividendes tout en respectant les mécanismes et règles comptables ? C’est un défi pour tous les comptables des banques et l’Ordre des experts comptables de Tunisie (OECT) devrait à mon avis intervenir pour trouver une procédure comptable «de moindre mal» et la recommander à toutes les banques, autrement chacune va inventer sa solution comptable, ce qui engendrera  une pagaille et mettra en cause la crédibilité et la fiabilité même des documents comptables des banques.

Les anticipations rationnelles des investisseurs

Le célèbre économiste américain et prix Nobel en économie, Robert E. Lucas, a développé la «Théorie des anticipations rationnelles» dans laquelle il explique, entre autres, que les investisseurs, notamment en bourse, ne prennent pas leurs décisions sur la base des valeurs des paramètres socio-économiques et financiers qu’ils observent actuellement sur les marchés, mais sur la base de leur anticipation ou prévision de l’évolution de ces paramètres dans un futur plus ou moins lointain correspondant à l’horizon de la portée de leurs décisions.

C’est par cette théorie qu’on peut expliquer pourquoi les actionnaires des banques qui viennent de toucher des dividendes confortables et supérieurs à ceux de l’exercice précédent, ont décidé quand même, le mardi 28 juillet et les jours suivants, de vendre leurs actions et de sortir d’un secteur d’activité qui demeure pourtant l’un des rares à être encore rentable en Tunisie.

Ils ont le sentiment, à tort ou à raison, que le secteur bancaire est désormais dans le collimateur du président de la république et que, tout comme ce décret n° 2026-148 a fixé à 8% des bénéfices à allouer aux prêts sur l’honneur, un autre décret pourrait être pris, dans un avenir plus ou moins proche, pour porter ce pourcentage à 15% ou pourquoi pas à 30% ou même 40%.

Ils ont parfaitement conscience de l’arbitraire de ce taux de 8% des bénéfices, fixé par la loi n°2024-41 et repris par le décret n° 2026-148 (sur quelle base et par quelle méthode ce pourcentage a-t-il été déterminé ? pourquoi pas 1% ou 10% ? etc.), du non-respect des dispositions du droit commercial par l’Etat qui se permet de piétiner sur les attributions des AG d’actionnaires et de l’impact attendu fort négatif de ces prêts sur l’honneur sur les ratios d’équilibre financier, la trésorerie et la rentabilité de tout le secteur bancaire.

Conclusion

Sans être un oiseau de mauvais augure, comme notre président de la république aime qualifier les économistes, ma conclusion est forcément politique, car les liens entre la chose économique et la chose politique sont évidents et ne sont plus à démontrer, au point que la science économique, en tant que discipline universitaire, s’appelait jusqu’au début des années 1950 «économie politique».

Sous cet angle, il me parait évident que la source du problème de l’inadaptation de l’esprit et les dispositions de ce décret n°2026-148, ainsi que de plusieurs autres textes législatifs qui se sont avérés des échecs et qui, non seulement  n’ont pas atteint leurs objectifs, mais ont même produit les résultats contraires (voir la nouvelle loi sur les chèques qui a abouti à une utilisation massive des espèces en tant que moyen de paiement alors qu’elle visait à réduire cette pratique, ou la loi sur la sous-traitance qui a finalement abouti à un accroissement du chômage parmi les ouvriers occasionnels…) est à rechercher dans… le taux de participation aux dernières élections législatives qui n’a pas dépassé 11%.

Ce très faible taux a créé selon moi un «syndrome de légitimité» chez nos députés, qui n’oublient pas que neuf Tunisiens sur dix ne les ont pas élus, ce qui les pousse à rechercher cette légitimité et à élaborer souvent dans la précipitation et sans consulter les experts concernés ni aucune étude d’impact, des lois destinées avant tout à accroitre leur popularité et à justifier leurs présence à l’Assemblée et leurs salaires : loi sur le droit de chaque famille, y compris celles résidentes, à acquérir une voiture au régime FCR, loi sur les chèques pour libérer des milliers de prisonniers et forcer les banques à accorder des prêts sans intérêts et sans garanties, contrairement à toutes les pratiques bancaires dans tous les pays du monde, etc.

Que ces lois bouleversent les secteurs d’activité concernés et mettent leur existence en péril, c’est le dernier de leurs soucis, à partir du moment où ils acquièrent la popularité et la légitimité qu’ils recherchent.

Pour moi, un économiste de la vieille école, au sens propre et figuré, le travail législatif de nos députés n’est pas de l’économie, ni de la politique ni même de l’économie politique, mais de la démagogie politique !

Que Dieu sauve ce pays, parce que ses enfants n’en sont pas capables.

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La reconversion des chefs du Mossad dans les multinationales !

06. August 2026 um 08:52

Ondas, société américaine opérant dans le secteur de la défense a annoncé lundi 3 août 2026 la nomination de David Barnea, ancien directeur du Mossad, à la présidence mondiale de son groupe, suite à la fin de son mandat de cinq ans à la tête du Mossad en juin dernier. Roman Gofman, ancien secrétaire militaire du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, lui avait succédé à la direction de l’agence de renseignement israélienne. Al Jazeera note que la nomination de Barnea s’inscrit dans la lignée des anciens directeurs du Mossad qui rejoignent une multinationale présente dans les secteurs de la finance, de la technologie ou de la sécurité, à l’instar de Tamir Pardo et Yossi Cohen, également anciens chefs du Mossad, ainsi que d’autres officiers chevronnés des services de renseignement israéliens. (Photos de gauche à droite : Yossi Cohen, Tamir Pardo et David Barnea).

Imed Bahri

Ondas a fait part dans un communiqué de presse, relayé par la Radio-Télévision israélienne, que «M. Barnea jouera un rôle déterminant dans le développement international de l’entreprise, l’élaboration de sa stratégie technologique et la supervision de son intégration commerciale».

Le Chief Executive Officer (Ceo) d’Ondas, Eric Brock, a affirmé que Barnea «possède une combinaison exceptionnelle d’expérience opérationnelle moderne, de vision stratégique, de leadership technologique et de réseaux internationaux».

Dans le monde des affaires, le Ceo est responsable de la gestion et de la direction des opérations, tandis que le rôle du président monde (Global President) est axé sur la définition de la stratégie globale de l’entreprise et la gestion de ses relations internationales.

Du renseignement à l’intelligence artificielle

Selon le quotidien israélien Israel Hayom, Ondas, société cotée au Nasdaq, est spécialisée dans le développement de systèmes autonomes et de solutions de défense basées sur l’Intelligence Artificielle (IA), notamment dans les domaines de la défense aérienne, du renseignement, des frappes de précision et de la robotique terrestre.

Le journal Israélien précise que Barnea a dirigé le Mossad de 2021 à 2026, pilotant l’agence durant l’une des périodes les plus complexes et tumultueuses de son histoire, marquée par des guerres sur plusieurs fronts et des confrontations directes avec l’Iran et le Hezbollah. 

Sous sa direction, le Mossad a entrepris une refonte opérationnelle complète, plaçant les technologies de pointe, notamment l’IA, la cybersécurité et les systèmes de communication modernes, au cœur de ses activités.

Avant de rejoindre le Mossad, Barnea a servi au sein de Sayeret Matkal, l’unité d’élite du renseignement militaire israélien, et a acquis une expérience dans le secteur privé, notamment dans le domaine des fusions-acquisitions. Il est également titulaire d’une licence en administration des affaires du New York Institute of Technology et d’un master de l’Université Pace.

Commentant sa nomination, Barnea a déclaré à Israel Hayom : «La nature de la guerre évolue rapidement au Moyen-Orient et en Europe. La supériorité opérationnelle repose aujourd’hui sur l’intégration du renseignement, de l’intelligence artificielle et des plateformes autonomes au sein d’un environnement unique et coordonné».

Dans ses fonctions de président mondial de l’entreprise, Barnea devrait se concentrer, dans les prochains mois, sur le développement de relations stratégiques avec les gouvernements et les organisations de sécurité du Moyen-Orient, d’Europe et d’Asie, ainsi que sur l’identification de nouvelles techniques d’investissement.

Yossi Cohen rejoint la japonaise SoftBank

La reconversion au privé et à l’international de Barnea n’est pas un précédent. Son prédécesseur Yossi Cohen qui a dirigé le Mossad de 2016 à 2021 a intégré SoftBank, le conglomérat international du milliardaire japonais Masayoshi Son, en tant que directeur général des opérations en Israël.

SoftBank est un investisseur majeur dans les secteurs de la technologie, de l’énergie et de la finance.

Selon certaines sources, Cohen a été recruté par le Mossad à l’âge de 22 ans, alors qu’il étudiait à Londres. Il a gravi les échelons jusqu’à devenir directeur, après un bref passage à la tête du Conseil de sécurité nationale.

Son passage à la tête du Mossad a été marqué par les opérations contre le programme nucléaire iranien et pour son rôle dans le développement des relations clandestines d’Israël avec les États arabes.

Malgré son passage dans le secteur privé international, Cohen n’exclut pas de se présenter un jour au poste de Premier ministre.

L’expertise du renseignement au service de l’entreprise

À l’instar de Cohen, l’ancien chef du Mossad Tamir Pardo a vécu une expérience similaire lorsqu’immédiatement après avoir quitté ses fonctions en 2016, il a rejoint la société pharmaceutique américaine NRX, qui a développé le vaccin contre la Covid-19, baptisé BriLife, destiné au marché israélien.

La liste comprend également l’officier de renseignement Ephraim Halevy, qui a dirigé le Mossad de 1998 à 2002. Après sa retraite, il a travaillé comme consultant pour des entreprises internationales dans les domaines de la sécurité et de la gestion des risques. Il a également siégé aux conseils consultatifs d’entreprises privées, sans toutefois occuper de poste de premier plan.

On y trouve aussi les vétérans Noam Erez et Boaz Gorodissky, qui ont servi comme officiers de renseignement pendant près de 30 ans au sein des divisions des opérations, de la technologie et de la cybersécurité offensive.

Erez est le PDG et fondateur de la société de cybersécurité XM Cyber, tandis que Gorodesky en est le directeur technique et cofondateur.

Ces recrutements permettent aux entreprises de bénéficier de l’expertise de professionnels des services de renseignement dans les domaines technologiques, de la gestion des risques et de la lutte contre les cyberattaques.

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Un dictionnaire pour penser le patrimoine tunisien autrement

06. August 2026 um 08:21

Plus de 1 270 entrées, quatre parties thématiques, un atlas de cinquante planches illustrées : le ‘‘Dictionnaire du patrimoine tunisien’’, en préparation, ne se contente pas d’inventorier, il pense. Et il pense autrement. Complété par deux planches de synthèse sur les biens tunisiens inscrits au patrimoine mondial et au patrimoine culturel immatériel de l’Unesco, l’ouvrage donne désormais à voir ce qu’il donne à penser.

Abdelhamid Larguèche *

Recenser un patrimoine et le penser : deux gestes qu’on confond trop souvent, alors qu’ils n’ont rien à voir. Le premier relève de l’administration. Le second, de l’intelligence critique. Le ‘‘Dictionnaire du patrimoine tunisien’’ choisit sans détour le second camp.

Organisé en quatre grandes parties, patrimoine monumental, patrimoine immatériel et mémoriel, patrimoine naturel et écologique, patrimoines et paysages culturels, il déploie plus de 1 250 entrées qui vont de la Grande Mosquée de Kairouan aux madragues du Cap Bon, des manuscrits médicaux d’Ibn al-Jazzar aux proverbes populaires, des collections archéologiques du musée du Bardo au patrimoine minier du bassin de Gafsa, jusqu’aux mémoires plurielles des communautés amazighes, juives et noires du pays.

En finir avec la hiérarchie monumentale

Première rupture : en finir avec une hiérarchie héritée de la colonisation, qui plaçait le monument de pierre au sommet d’une pyramide patrimoniale et reléguait au second plan l’oral, le populaire, le vivant. Ici, un mausolée classé et une recette de couscous se valent. Un site archéologique et un art du conte se répondent. C’est ce que l’ouvrage appelle un «bassin de patrimoine» : l’ensemble des traces matérielles et immatérielles d’une société pensées comme un système cohérent, non comme une collection de pièces isolées et inégalement dignes d’attention.

Cette approche n’est pas qu’une méthode. C’est un geste politique. En consacrant des entrées substantielles au patrimoine noir tunisien, aux héritages amazighs, aux traditions juives et tabarkines, le dictionnaire s’attaque frontalement aux mémoires silenciées, celles que l’historiographie officielle a longtemps laissées à la marge. Il prolonge et élargit un travail scientifique déjà engagé sur l’esclavage et l’après-abolition en Tunisie, en l’inscrivant cette fois dans un instrument de référence appelé à circuler bien au-delà du cercle des spécialistes.

Penser en réseau

L’apport du dictionnaire pour la recherche universitaire ne tient pas à l’accumulation de données : on les trouve déjà, dispersées, dans les monographies, les thèses, les rapports d’expertise. Il tient à leur mise en relation. Un chapitre théorique enrichi, qui mobilise notamment l’approche anthropologique de Mohammed Arkoun, pose désormais le patrimoine comme fait de sens autant que comme fait matériel. Le système de renvois croisés fait le reste, une notice sur un manuscrit médical kairouanais renvoie aux bibliothèques, à la ville de Kairouan, à la transmission des savoirs en Méditerranée. Aucun inventaire sectoriel n’avait offert jusqu’ici cette cartographie intellectuelle du patrimoine tunisien. C’est cette dimension relationnelle, plus que l’exhaustivité elle-même, qui fait du dictionnaire un instrument de travail pour l’historien, l’anthropologue, le patrimonialiste, et un point de départ pour les recherches à venir, que l’ouvrage appelle de ses vœux plutôt qu’il ne prétend les clore.

L’ouvrage assume cette limite avec une lucidité rare dans ce type d’entreprise éditoriale : il ne prétend pas épuiser son objet. Un dictionnaire du patrimoine, pensé comme exercice de réflexion plutôt que comme simple répertoire, sait qu’il documente une matière vivante, en perpétuelle redéfinition, et qu’il devra lui-même être repris, corrigé, augmenté. Cette posture réflexive, qui interroge ses propres catégories autant qu’elle les mobilise, tranche avec la tentation encyclopédique de figer un objet par nature mouvant.

Un levier pour l’action publique

C’est pourtant du côté des politiques publiques que l’ouvrage pourrait peser le plus. La Tunisie a une administration patrimoniale ancienne et compétente, mais freinée par la dispersion des sources et par des catégories héritées d’un droit du patrimoine construit, au XXe siècle, autour du seul monument protégé. Un instrument qui rassemble, hiérarchise et met en réseau l’ensemble du patrimoine national, y compris ce qui échappe aux classements juridiques existants, comme les savoirs de l’eau dans les oasis ou les techniques de pêche traditionnelle, donne aux administrations concernées une base directement mobilisable pour inventorier, protéger, valoriser.

Cette utilité dépasse le cadre national. Les dossiers d’inscription auprès de l’Unesco, qu’il s’agisse des ksour du Sud tunisien, de Sidi Bou Saïd, inscrit au Patrimoine mondial en juillet 2026, ou de la Muqaddima d’Ibn Khaldoun, exigent une contextualisation historique et anthropologique précise. Ce type d’ouvrage de référence la fournit, et l’actualise au fil de ses mises à jour. Les instances régionales de coopération culturelle, à commencer par l’Alecso, y trouvent de même une ressource pour penser le patrimoine tunisien dans son rapport aux dynamiques du monde arabe, sans céder ni au repli identitaire ni à l’effacement des singularités nationales.

Le patrimoine comme objet de pensée

Reste une question de fond, que l’ouvrage ne tranche pas mais qu’il pose avec insistance : que met-on vraiment sous le mot patrimoine ? En refusant de le réduire à ce qui se visite, se classe ou se monnaye, en l’ouvrant aux gestes ordinaires, aux savoirs oraux, aux paysages écologiques, aux mémoires douloureuses, le dictionnaire pousse chercheurs et décideurs à sortir d’une conception strictement conservatoire du patrimoine, pour lui restituer sa dimension proprement civilisationnelle. C’est peut-être là, plus que dans le nombre de ses entrées, que réside l’apport le plus durable de l’ouvrage : avoir fait d’un instrument de référence un exercice de pensée sur ce qu’une société choisit de retenir d’elle-même, et sur ce qu’elle décide, plus discrètement, de continuer à taire.

* Directeur scientifique du dictionnaire.

‘‘Dictionnaire du patrimoine tunisien : Monuments, Gestes et Mémoires’’, sous la direction de Abdelhamid Larguèche, préface de Latifa Lakhdar. A paraître.

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Empfangen — 05. August 2026 Französischsprachig

Tunisie | La fermeture du bureau de garantie prive l’État l’or circulant sur le marché noir

05. August 2026 um 12:58

Hatem Ben Youssef, président de la Chambre syndicale des bijoutiers, a affirmé ce mercredi 5 août 2026, sur les ondes de la radio Mosaïque, que le Bureau de garantie constitue un maillon essentiel pour le secteur. En effet, sa mission consiste à contrôler le titre des métaux précieux (or, argent, platine) et à apposer les poinçons officiels sur les objets d’orfèvrerie et de bijouterie, garantissant ainsi l’intégration des bijoux dans le circuit économique légal.

M. Ben Youssef a expliqué que la revendication urgente des professionnels du secteur — adressée principalement aux ministères des Finances, dont dépend les douanes, et du Tourisme et de l’Artisanat — porte sur la réouverture du Bureau de garantie tout en maintenant le dispositif de contrôle. Cette demande se justifie par le rôle clé que joue ce bureau dans le recensement et l’identification des quantités de bijoux en circulation, qu’il s’agisse de pièces vendues, acquises lors du pèlerinage (Omra ou Hajj) ou héritées, ainsi que dans la prise en charge des bijoux dont le poinçon s’est effacé avec le temps.

Le responsable syndical a souligné que la réouverture du Bureau de garantie constitue la solution idéale pour endiguer la contrebande de quantités importantes d’or via des circuits illégaux et non contrôlés, privant ainsi l’État de tirer profit de cette ressource, que ce soit par le renforcement de ses réserves d’or ou par les recettes financières qu’elle génère.

M. Ben Youssef a qualifié la fermeture du Bureau de garantie de «catastrophe» ayant gravement nui au secteur, estimant que le règlement intérieur en vigueur depuis 2005 n’est plus adapté et n’a pas été actualisé au cours de deux décennies.

Pour le bijoutier, on ne peut élaborer un cadre juridique régissant le secteur sans associer les professionnels eux-mêmes, qualifiant le texte actuel de véritable «code pénal» qui entrave l’activité des professionnels ; d’autant plus que seules certaines de ses dispositions sont appliquées et qu’il ne tient pas compte des spécificités du secteur.

M. Ben Youssef a précisé que le secteur de la bijouterie-joaillerie regroupe divers intervenants — commerçants, artisans, professionnels qualifiés, apprentis, gérants et propriétaires d’établissements — et emploie environ 15 000 personnes. Ce total comprend quelque 2 200 commerçants, plus de 1 000 artisans et environ 800 professionnels qualifiés, le reste de l’effectif étant constitué d’artisans, d’apprentis et de travailleurs du secteur.

I. B.  

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Football | Le milieu péruvien Castillo en route pour l’Espérance de Tunis

05. August 2026 um 12:25

Le milieu Jesús Castillo, joueur du club péruvien Universitario de Deportes (25 ans, 1m85), milieu de terrain défensif en équipe nationale depuis 2022, a annoncé son départ pour la Tunisie afin de finaliser son engagement avec l’Espérance sportive de Tunis pour une durée de trois saisons.

Dans une déclaration faite avant son départ, Castillo a souligné que les négociations avaient été rapides et qu’il n’avait pas hésité à accepter l’offre du club tunisois le plus capé du pays sur les plans national et international (dont quatre Champions League africaine).

Son arrivée à Tunis est prévue pour ce soir, mercredi 5 août 2026, en vue de passer les examens médicaux et de signer officiellement son contrat.

L’Espérance espère  voir ce joueur faire oublier le départ du Nigérian Onuche Ogbelu, qui faisait un abattage au milieu du terrain et dont la perte était fortement ressentie par les supporters.  

 S’il est tout aussi robuste sur l’homme, Castillo est plus porté sur l’attaque qu’Ogbelu. Il va devoir retrouver rapidement ses marques aux côtés des autres joueurs du milieu : Raed Chikhaoui, Mohamed Belhadj Mahmoud, Hamza Rafia, Mohammed Konaté, Chiheb Jebali et autres Moez Haj Ali.  

I. B.

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«L’UGTT ne restera pas inactive face à la crise en Tunisie» (Selmi)

05. August 2026 um 11:55

Marginalisé par le régime présidentialiste mis en place par Kaïs Saïed au lendemain de la proclamation de l’état d’exception le 25 juillet 2021, l’Union générale tunisienne du travail (UGTT) a de plus en plus mal à exister et à jouer le rôle qui fut longtemps le sien au centre du jeu politique en Tunisie.

C’est en réaction à cette marginalisation que son secrétaire général Slaheddine Selmi a déclaré que l’organisation ne resterait ni silencieuse ni inactive, soulignant que les structures de l’organisation sont en mouvement permanent — une caractéristique qui marque son histoire.

Dans une allocution prononcée, ce matin, mercredi 5 août 2026, lors d’une marche qui prit le départ devant le siège de l’Union régionale du travail à Sfax, à l’occasion de la commémoration des événements du 5 août 1947 *, Selmi a ajouté, selon ses propos rapportés par Diwan FM : «Lorsque les crises parlent, le silence équivaut à un abandon de la patrie», dans une allusion à la crise socioéconomique où continue de s’enfoncer le pays.   

Il a aussi appelé toutes les structures syndicales ainsi que les adhérents de l’UGTT à ne pas brader la patrie, soulignant qu’il s’agit là de sa mission à l’heure actuelle.

Le responsable syndical a poursuivi en affirmant que le rôle fondamental de l’UGTT consiste à défendre et à sauver le pays, déclarant : «Nous avons dépassé la question sociale et celle des augmentations de salaires.»

Tout en relevant la succession de crises dans divers domaines, Selmi a rappelé que le citoyen jouit de droits sociaux — tels que l’accès à l’eau, à l’électricité, à la santé, aux transports et à l’éducation — qui relèvent de la responsabilité de l’État, ajoutant : «Nous sommes des citoyens et non des sujets.»

Dans ce même contexte, il a estimé que la récente hausse du prix des médicaments découlait de recommandations du Fonds monétaire international (FMI), lequel cherche, selon lui, à réduire l’intervention de l’État dans le domaine social, par allusion à la levée des subvention sur beaucoup de médicaments importés qui a été décidée par le gouvernement à cause des difficultés financières et budgétaires auxquelles il fait face.

I. B.  

* Le 5 août 1947, une grève générale menée à Sfax par le leader syndicaliste Habib Achour sous la bannière de l’UGTT a réclamé un salaire minimum pour les ouvriers. Cette mobilisation sociale s’est heurtée à une violente répression militaire de l’armée coloniale française, faisant plusieurs victimes et marquant l’histoire du mouvement national.

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Tunisie | Y a-t-il ou non une crise du secteur avicole ?

05. August 2026 um 10:54

Selon Ibrahim Nefzaoui, président de la Chambre nationale des commerçants de volaille et de viandes blanches, il n’y a «aucune crise» dans le secteur de la volaille et des œufs en Tunisie. L’offre est supérieure à la demande, a-t-il déclaré, mardi 4 juin 2026, sur Diwan FM. Mieux encore, selon lui, les œufs, la volaille et les viandes blanches proposés sur le marché sont sains et soumis à des contrôles, sauf que les citoyens doivent s’approvisionner auprès de points de vente agréés et contrôlés, et éviter les abattoirs clandestins.

Concernant les prix, le prix du poulet s’établit à 8,5 dinars le kilogramme, tandis que celui des escalopes de dinde varie entre 15 et 19 dinars le kilogramme.

Tout cela est bon à noter, et on ne peut que s’en féliciter en cette période où les prix ont plutôt tendance à flamber. Mais s’il n’y a vraiment pas de crise de la volaille et des œufs, on se demande pourquoi le ministre du Commerce et du Développement des exportations, Samir Abid, a-t-il tenu, lundi, une réunion avec des représentants des entreprises du secteur de la volaille, ainsi qu’avec les structures professionnelles et administratives concernées.

Selon le communiqué officiel diffusé à l’issue de la rencontre, cette réunion était consacrée à «suivre la situation générale du secteur, particulièrement durant la période récente marquée par diverses évolutions, des fluctuations climatiques et une instabilité des prix, autant de facteurs ayant eu de multiples répercussions sur les différents maillons de la filière.»

Le ministre a d’ailleurs profité de cette occasion, pour «réitérer la nécessité d’œuvrer conjointement, au sein d’un groupe de travail réunissant toutes les parties prenantes de la filière avicole, pour examiner et résoudre les problèmes auxquels elle est confrontée», le but étantde «parvenir à des solutions structurelles garantissant la pérennité de la filière et renforçant sa capacité à surmonter les difficultés, dans l’intérêt général des acteurs du secteur — en particulier les petits et moyens éleveurs — et conformément à la politique sociale de l’État.»

Le ministre a également souligné la nécessité de «renforcer la coordination entre les structures administratives centrales et régionales ainsi que les organismes professionnels liés au secteur, de se préparer à d’éventuelles situations d’urgence et de prendre toutes les précautions nécessaires pour prévenir les phénomènes susceptibles d’engendrer des problèmes et des défis pour la filière.»

Paradoxalement, les mots utilisés par les autorités publiques (instabilité des prix, situations d’urgence, problèmes, difficultés…) parlent davantage aux consommateurs que les propos soporifiques des professionnels pour qui il n’y aurait pas de crise du secteur avicole, malgré la canicule et les coupures d’électricité enregistrées ces derniers temps et qui ont provoqué des pertes chez beaucoup de producteurs.

I. B.

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D’où provient la résilience du régime iranien ?

05. August 2026 um 09:28

La génération actuellement aux affaires en Iran est composée de personnes qui ne sont ni des novices en politique ni des dirigeants facilement intimidés par les pressions extérieures. Leur longévité leur a conféré une solide expérience, un instinct aigu de survie du régime et une compréhension pragmatique des usages –et des limites– de la coercition comme du compromis. L’administration Trump qui cherche un épilogue au conflit avec Téhéran doit composer avec ces réalités. Ni la guerre ni la paix avec la République islamique ne seront faciles. Ce n’est pas un régime théocratique mais un régime militarisé avec une façade théocratique et c’est cette nuance que l’Occident n’a toujours pas assimilé.

Imed Bahri

Comprendre la capacité du régime iranien à résister aux pressions américaines et israéliennes exige bien plus qu’une simple analyse de l’establishment religieux. Il est nécessaire d’étudier la génération révolutionnaire qui a renversé le régime du Chah, bâti les institutions de la République islamique et qui exerce aujourd’hui une influence considérable dans le pays, explique l’universitaire irano-américain Mehrzad Boroujerdi, dans le New York Times, qui s’appuie sur une expérience personnelle douloureuse. Son père, cadre du secteur pétrolier iranien, a été assassiné en décembre 1978 par des membres du groupe armé islamiste Mansouroun, quelques semaines seulement avant la victoire de la révolution iranienne.

Boroujerdi souligne que plusieurs des personnes impliquées dans cet assassinat sont devenues par la suite des figures influentes au sein de l’armée et des services de sécurité iraniens et que certaines figurent encore aujourd’hui parmi les décideurs les plus importants de Téhéran.

Ne pas négliger la génération la plus influente

L’universitaire américano-iranien soutient que les administrations américaines successives ont longtemps appréhendé l’Iran uniquement à travers le prisme des théologiens négligeant une autre génération, bien plus influente, en l’occurrence celle des dirigeants issus des organisations révolutionnaires armées, ayant combattu lors de la guerre Iran-Irak puis établi les Gardiens de la révolution et l’appareil sécuritaire et militaire qui est devenu l’épine dorsale du régime.

Cette génération, née dans les années 1950, a acquis une vaste expérience de la gestion de crise, confrontée aux sanctions, à l’isolement international, aux protestations internes et aux conflits armés.

Cette expérience les a rendus plus adaptables aux pressions extérieures et plus conscients des limites du pouvoir et des frontières du compromis politique.

Boroujerdi indique que son père n’était ni un partisan du Chah ni du mouvement religieux dirigé par l’ayatollah Khomeini. Cependant, il a refusé de participer aux grèves visant à paralyser le secteur pétrolier, ce qui a conduit les groupes révolutionnaires à le considérer comme un ennemi de la révolution. Finalement, il fut assassiné avec un cadre américain de la même entreprise, un acte qui contribua à accélérer l’effondrement de la production pétrolière et à affaiblir le régime du Chah.

Etude du pouvoir iranien post-révolution

L’universitaire affirme que cet incident l’a incité à changer radicalement d’orientation. Il a abandonné ses études d’ingénierie pétrolière pour se tourner vers les sciences politiques, consacrant sa carrière universitaire à l’étude de la structure du pouvoir iranien et des élites apparues après la révolution. 

Il retrace le parcours de personnalités marquantes, notamment Mohsen Rezaei, qui a fondé et dirigé les Gardiens de la révolution pendant de nombreuses années et qui est aujourd’hui le conseiller militaire du guide suprême Mojtaba Khamanei, Ali Shamkhani, qui a occupé de hautes fonctions dans les domaines de la sécurité et de l’armée avant son assassinat lors du raid aérien israélo-américain de cette année, ainsi que Mohammad Baqer Zolghadr qui occupe actuellement un poste clé au sein du Conseil suprême de sécurité nationale iranien.

Pour Boroujerdi, l’assassinat du Guide suprême Ali Khamenei, conjugué aux répercussions de la récente guerre, a renforcé l’influence du pouvoir militaire au détriment de l’establishment religieux. De ce fait, les Gardiens de la révolution sont devenus la force la plus influente dans l’élaboration des politiques de l’État, tout en préservant la façade constitutionnelle du nouveau Guide suprême.

Le régime ne s’effondrera pas facilement

Le politologue met en garde contre l’idée que croire à un effondrement facile du régime iranien relève d’une interprétation erronée de la réalité.

En effet, l’État iranien dispose d’institutions sécuritaires et militaires bien établies, d’une élite dirigeante dotée d’une longue expérience de gestion des crises, malgré l’escalade des pressions économiques et sociales et le déclin de sa légitimité intérieure.

Boroujerdi conclut que l’Iran est actuellement confronté à un paradoxe complexe: le régime fait face à une accumulation de crises et à des défis sans précédent, tout en conservant une capacité de survie significative. Dès lors, toute politique américaine ou israélienne à l’égard de Téhéran doit impérativement appréhender la véritable nature des centres de pouvoir au sein de l’État et dépasser l’idée reçue selon laquelle ces centres seraient uniquement composés de religieux.

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‘‘L’étau’’ de Salah El Gharbi ou la torture au quotidien

05. August 2026 um 08:52

Ô lecteur, face au climat injonctif qui brutalise, ‘‘L’étau’’ (Contrastes Editions, Tunis, mars 2026), roman de Salah El Gharbi paru au printemps 2026, défie-toi des relents de dictature déchue, comme de ta dignité confisquée après la période phare 2011 ! Destinataire-miroir, il te convient de répondre à Bassam –pivot actant et écrivant–, par ce sourire de connivence que t’accorde en trompe-l’œil l’auteur, dans un simili futur d’anticipation.

Monique-Marie Akkari, Tahiti.

Jeux d’écriture d’une époque troublée ou maîtrise d’un écrivain-chercheur dont la littérature demeure le métier, la création un engagement ? Quant à lui attribuer un genre littéraire… Peu s’y hasardent… Peu le relèvent comme si les temps de l’oppression n’étaient pas encore advenus !!!

Certains voudraient nous rassurer en sous-estimant la fiction au délire parano d’un mythomane, – je désigne évidemment le personnage principal–, narrateur de surcroît ! Sa victimisation –au son, au volume, à la lettre près–, en constitue le moteur, l’emballe, en dissèque même l’intrigue : encore fallait-il le mettre en œuvre, dans tous les sens du terme ! Et pour parfaire l’ambiguïté –conçue par le romancier–, j’opterai pour une œuvre tout à fait fantastique dans sa première partie : le récit s’écrivant dans le présent non segmenté du narrateur protagoniste-lecteur ; la seconde partie se marquant par l’oubli ou la résilience –tellement à la mode–, pour accomplir un processus romantico-idéaliste : «l’amour est sourd, muet» sans parler de son aveuglement. Mais ce serait mésestimer les compétences de l’auteur en la matière.

Le pire, c’esl le vide culturel…face aux vociférations du monde

Rares sont les écrits qui prennent autant de soin à manier les contradictions et à échafauder des paravents de protection aussi méticuleux… pour le narrateur enfermé dans les pages aussi tranchantes que les pièges systématiquement mécaniques, ondulatoires ou moraux, autant que pour leur transcripteur de chair et d’os ! Le lecteur tranchera…

Le monde du «Fais ce que tu veux à condition que personne ne le sache», mieux «du pas vu, pas pris», fonctionne à merveille, parfaitement lubrifié : la machinerie en est tout autant performante et tourne au mieux…

L’instigateur –le malfaisant–, le monstre impalpable, invisible et invulnérable, à la pointe des techniques les plus sophistiquées, n’étant identifié, et impossible à démasquer, aucun des recours –même virtuels–, ne peut se trouver contourné ni anéanti… L’énigme reste en suspens … Fantastique à plein.

Suite à son premier ouvrage, ‘‘Perditions’’ (2004), qu’il s’empresse d’étiqueter récit, Salah El Gharbi, poursuit, avec son implacable rigueur d’enseignant universitaire, la fabrication textuelle qui lui coûte son indépendance et sa survie. Cette récente production, à la structure composite, se renvoie en écho, deux aspects d’une même réalité dont l’une s’approprie l’envers du décor.

Par enchâssement bilatéral d’un double récit, ‘‘L’étau’’ débonde l’inénarrable : en premier lieu, il se fait débusquer, la seconde partie débauche l’intimité.

Politique et relations intimes, encore versées de nos jours, au silence du tabou : la Constitution de 2022 réexpédie –tout en la limogeant–, la Tunisie au califat.

À contre-courant de l’engrenage du pouvoir

Si l’auteur n’en est pas à son coup d’essai politique, parfois romancé, du fait d’une génération prise en étau (!) par une Indépendance sacrément en danger, son ouvrage relève d’un genre très peu employé : le fantastique. L’irrationnel, faisant de son intrusion un présent de l’écriture, page après page –avec ses assauts invisibles, ses décharges, ses menaces explicites, ses «tapages et tasages» intempestifs (p.69), issus d’un surnaturel infernal–, et son diktat réitéré dès les 1ères lignes : «Tu n’écriras point», psalmodié, tel un précepte exhibé du seul livre autorisé !

Né au 19e siècle, le mouvement littéraire entre à plein dans nos sociétés contemporaines perturbées et chaotiques de par le monde, avant d’envahir le cinéma… Ce genre se justifiant –en tant que projet d’écriture–, face à une réalité d’une aberration et d’une absurdité éternelles !

Le châtiment liberticide

D’une discrétion à toute épreuve, arbitraire à souhait, sans risquer d’être dévoilé, aussi efficace que le goulag, mais moins onéreux, épargnant tout personnel qualifié ou non, tout en s’appliquant à un maximum de contrevenants et destiné sans doute aux collectivités et groupuscules irréductibles : telle se définit cette «répression impérativement secrète», apte à interagir parce qu’endoctrinée.

Cette pesanteur impersonnelle à ciel-ouvert disséminée à discrétion par «La Machine»(p.18) –engrenage-à-perpétuité–, sans même recourir à l’emprisonnement que cautionnerait quelque condamnation, s’adresse à quiconque revendique un soupçon d’affranchissement. «Être, se sentir, cogiter libre» équivaut à un délit majeur dans un bled où le pouvoir pense pour toi… en dépit des droits universels… L’opinion singulière subjective te définit par les idéologies communautaristes et despotiques comme AUTRE, dans ton propre pays : l’équivalent de la xénophobie ou de l’«hétéro phobie», ou de la «peur agressive d’autrui», définie en 1985, par Albert Memmi.

«La vérité, quoi qu’on fasse, est révolutionnaire» (2016, GN)

Il est vrai que l’unique personnage- narrateur, Bassam, se permet deux infractions majeures : l’écriture et la liberté sexuelle ! Ce qui n’est pas rien dans cette Terre non identifiée, majoritairement, réactionnaire et conformiste.

Tabous or not tabous ?

La critique locale évitant de «se mouiller», en qualifiant la plupart de ses romans d’intimistes, élude l’un des aspects-clé des romans réalistes de Salah El Gharbi à savoir : la peinture cinglante d’une société habituée à fonctionner sur l’hypocrisie, l’aversion du qu’en-dira-t-on… surtout quand il s’agit de mettre en cause les femmes. Ainsi le subit Rihab –employée de maison–, à peine tolérée, difficilement acceptée par le clan familial dans ‘‘La vie d’après’’ (2023) !

Si certaines de ses fictions décortiquent les relations familiales chagrines que semble uniquement offrir la Tunisie : outre une galerie de portraits pittoresques et tranchants, certains renvoient aux types dévastateurs de la belle-mère intransigeante, du patriarche obtus, au suiveur trivial et aux caricatures sans concession…

L’essentiel étant de conjuguer évolution des rôles –masculin/féminin–, avec progrès des droits humains ou des perspectives politiques…
Et si on parlait de sujets qui fâchent ?

Dans certaines figures ressortent les aspirations des jeunes générations à ne plus dépendre des impératifs de la terre et de l’honneur du nom… pour revendiquer une émergence des valeurs de reconnaissance mutuelle, de parité, ne reposant pas sur le seul milieu social et la précarité.

L’auteur ne se prive pas de nous faire côtoyer les lubies irrationnelles de certaines personnalités alambiquées : tel paterfamilias s’exilant pour se refaire une virginité ; telle matrone, gavée de principes jonglant entre fidélité, cruauté, vengeance…

Une forme couverte de dénonciation de principes moraux collectifs inégalement abusifs et la manière dont chacun s’arrange pour en déjouer les excès.

L’avenir serait-il l’apanage des femmes ?

La page finale de ses romans semble le confirmer. Dans ‘‘La vie d’après’’ –dont certaines réponses semblent déjà annoncées dans le titre, la dernière phrase (p.198) se clôt en s’ouvrant paradoxalement sur la totale émancipation de Rihab : «l’esprit et les sens entièrement affranchis». Abordez-le du point de vue que vous choisirez, mais l’analyse ne rappellerait-elle cet éclairage que nous devons à Aragon : «L’avenir de l’homme est la femme», en terminale de son recueil poétique ‘‘Le Fou d’Elsa’’, sans compter dans cette référence, la tradition andalouse du «zadjal» –ou chant poétique–, transmis en Tunisie par «arud al balad».

«Il est temps que je remette tout à plat et que je prenne mon destin en main», déclare Najla – «très résolue» –, en finale de ‘‘L’Étau’’ (p.184).

De même, l’acharnement et la persécution systématique s’appliquent à des individus isolés : semblent concrétiser une volonté de nettoyage et s’étendre subrepticement aux porteurs d’opinion. Les plus exposés, victimes d’intimidations et de persécutions systématiques, s’avèrent insignifiants, très ordinaires, otages de bourreaux machiavéliques, à la merci de factions incontrôlées. Plus faibles, en butte à des protocoles similaires aux lavages de cerveaux, ils finissent rapidement par craquer psychiquement et de traitements médicaux lourds.

Captive de la nuit, de l’isolement, de pouvoirs occultes qui «lient les mains de la démocratie» ou inversement (p.26), la menace cible les intellectuels…les isole par calomnie, fait éclater leur couple… La norme disparaît… «tapage et tasage» (p.62), discrédit et terreur (p.91), la coercition rythme le chaos : «On ne joue pas avec l’autorité» sera repris plus loin.

Soyons cohérents ! Dans un contexte de populace à lâcheté congénitale, le narrateur-écrivain se trouve à la merci d’un hackeur, qui lui pirate le système mental, dans un contexte d’Absurdie, et d’obscurantisme, identifiables au pays et relevant de forces mythiques infernales, caractéristiques des légendes populaires.

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