Sous la bannière « Tunisie, Terre de Saveurs », des producteurs d’huile d’olive et de dattes seront présents à Paris du 16 au 21 octobre 2026, entre rendez-vous grand public, événement gastronomique et prospection professionnelle au SIAL.
Neuf entreprises tunisiennes de l’agroalimentaire se réunissent à Paris du 16 au 21 octobre 2026 pour promouvoir l’huile d’olive, les dattes et leurs produits dérivés. Six d’entre elles relèvent de la filière oléicole et trois de celle des dattes. Objectif : accroître la visibilité de ces produits emblématiques auprès des consommateurs et des professionnels européens, et ouvrir de nouvelles perspectives commerciales.
Trois rendez-vous dans la capitale française
Le programme s’articule autour de trois temps forts :
Du 16 au 18 octobre, au Centre Beaugrenelle Paris : trois journées d’exposition, de dégustation et de découverte. Le public pourra goûter une sélection d’huiles d’olive extra vierges, de dattes Deglet Nour et de produits dérivés, et échanger directement avec les producteurs.
Le 16 octobre, au Cordon Bleu Paris : une expérience gastronomique orchestrée par un chef étoilé, qui cuisinera à partir des produits des entreprises participantes. L’événement vise à valoriser ces produits par leurs qualités gustatives, leur diversité et les histoires qui entourent leur production.
Du 19 au 21 octobre, au SIAL Paris 2026 : l’un des grands rendez-vous internationaux de l’industrie agroalimentaire. Les entreprises y poursuivront leur prospection auprès d’acheteurs, de distributeurs et de partenaires commerciaux.
Les entreprises participantes
Filière huile d’olive : Daoud Grove, Greatlines (marque « Firma »), Ferme Ali Sfar (« Tesoro Del Rio »), Oléa Amiri, Olyfo et Garrach Food (« NARA »).
Filière dattes et dérivés : Tazart, Bra Dattes (Bra International) et Ben Moussa Dattes.
Une initiative portée par le MIME, avec l’appui de l’UE et de l’Allemagne
Portée par le ministère de l’Industrie, des Mines et de l’Énergie (MIME), l’initiative s’inscrit dans la Stratégie industrielle et d’innovation à l’horizon 2035, qui vise à favoriser l’internationalisation des entreprises tunisiennes, à renforcer leur compétitivité et à soutenir leur accès aux marchés internationaux.
Elle relève également de la mission EXPORTI de la composante « Appui à la Modernisation de l’Industrie Tunisienne » (AMIT) du Programme d’Appui à la Compétitivité et aux Exportations (PACE). Ce programme fait partie du projet « Croissance Qualitative pour l’Emploi » (CQE), financé par l’Union européenne et le ministère fédéral allemand de la Coopération économique et du Développement (BMZ), et mis en œuvre par la GIZ en partenariat avec le MIME. L’ambassade de Tunisie en France est associée à la réalisation de l’opération.
Les partenaires entendent ainsi renforcer le positionnement de l’offre tunisienne sur les marchés européens, accompagner les entreprises dans leur internationalisation et favoriser le développement de produits à plus forte valeur ajoutée.
La saison de récolte des grenades a commencé depuis quelques semaines dans le gouvernorat de Nabeul, troisième producteur à l’échelle nationale après les gouvernorats de Gabès et Béja. La production des grenades dans la région est estimée cette année à 15 000 tonnes contre 20 000 tonnes lors des saisons précédentes, a indiqué à l’Agence TAP le président de l’Union locale de l’agriculture à Béni Khalled, Béchir Ounallah. Il a attribué cette baisse à l’augmentation des coûts de production, au manque d’eau d’irrigation et à l’absence de circuits de distribution organisés. Il a souligné la nécessité de préserver cette culture en raison de son importance nutritionnelle et ses multiples bienfaits pour la santé, appelant les autorités compétentes à fournir des incitations pour son développement en créant des marchés extérieurs et en soutenant les usines de transformation comme solutions pour promouvoir et garantir la durabilité du secteur. La même source a renouvelé l’appel à la création d’un marché de gros commun entre les municipalités de Béni Khalled et Zaouiet Jedidi ainsi qu’à la réactivation des coopératives agricoles qui se chargeaient auparavant de la collecte et de la distribution des produits des agriculteurs sur les marchés intérieur et extérieur, rappelant que la grenade tunisienne était exportée vers les marchés du Golfe en raison de sa bonne qualité.
La filière oléicole dispose d’un potentiel considérable, mais elle reste freinée par des défis structurels majeurs : vieillissement du verger, faiblesse des rendements, manque de données fiables, hausse des coûts de production, difficultés d’accès au financement et dépendance envers les intermédiaires.
Rencontré en marge d’un événement, Mnaouer Sghaier, membre de l’UTAP, a souligné que le patrimoine oléicole tunisien affiche un âge moyen estimé à environ 57 ans, ce qui pèse directement sur la productivité. Le rendement moyen demeure faible, autour de 0,7 tonne à l’hectare, alors que certains pays concurrents atteignent près de 2 tonnes à l’hectare.
Cette situation s’explique notamment par le vieillissement des arbres, des pratiques culturales parfois inadaptées, les contraintes hydriques et l’insuffisance de la mécanisation. Selon les intervenants, la Tunisie ne peut plus se contenter de sa position historique sur le marché mondial : la modernisation du verger est désormais indispensable pour améliorer à la fois les rendements et la qualité de l’huile.
Un secteur sans données fiables
Le premier obstacle identifié est l’absence d’un système national actualisé d’information et de suivi. Le dernier recensement agricole remonte à 2004-2005, ce qui rend difficile l’établissement d’un état des lieux précis des superficies plantées, du nombre d’arbres, des variétés cultivées et du volume réel de production.
Il n’existe pas non plus de tableau de bord national permettant de suivre, en temps réel, l’état du verger, les variétés telles que Chetoui, Chemlali entre autres ni les besoins réels de la filière. Cette lacune complique l’élaboration de politiques publiques fondées sur des données vérifiables et rend difficile l’évaluation des pertes, notamment après les coupures d’électricité ou les vagues de chaleur.
Des coûts de production en hausse
La mécanisation de la récolte reste insuffisante, alors que la main-d’œuvre devient à la fois plus coûteuse et moins disponible. Selon les régions et les périodes, le coût journalier peut atteindre entre 35 et 50 dinars.
L’absence de machines de récolte adaptées au contexte actuel fragilise davantage la filière. Certaines pratiques, comme l’usage de bâtons pour faire tomber les olives, peuvent également affecter la qualité du fruit et, par ricochet, celle de l’huile. Il estime que la Tunisie devrait développer des solutions technologiques propres, adaptées à la taille des exploitations et aux spécificités locales.
La 16e édition du Salon international de l’investissement agricole et de la technologie (SIAT 2026) se tiendra du 28 au 31 octobre au Parc des expositions du Kram. Au programme : innovations technologiques, opportunités d’investissement et partenariats pour une agriculture plus durable.
Organisé avec la participation des principaux acteurs du secteur agricole, le SIAT 2026 ambitionne de promouvoir les nouvelles technologies et de stimuler l’investissement dans une agriculture durable. L’annonce a été faite par l’Agence de promotion des investissements agricoles (APIA) dans un communiqué publié mardi.
Ce rendez-vous professionnel constituera une vitrine des dernières innovations et des avancées de la recherche dans les domaines de l’agriculture, des industries agroalimentaires, de la pêche maritime et des services associés. Il permettra également de mettre en avant les produits agricoles contribuant à la sécurité alimentaire nationale, ainsi que ceux destinés à l’exportation et à la conquête de nouveaux marchés.
Des partenariats pour dynamiser l’investissement agricole
Le salon entend aussi favoriser les échanges entre investisseurs tunisiens et étrangers, avec pour objectif de faire émerger des projets communs et de développer la coopération commerciale et financière. Des rencontres professionnelles sont ainsi prévues pour présenter des plans d’affaires, des contrats de production et différentes opportunités de partenariat.
Le programme comprendra également des démonstrations pratiques consacrées aux nouvelles technologies et techniques visant à améliorer la productivité et à valoriser les produits agricoles et halieutiques. Les dispositifs de contrôle de la qualité, la certification des produits et les procédés de production modernes seront également à l’honneur.
L’innovation numérique au cœur de cette 16e édition
Un forum international consacré aux enjeux stratégiques de l’investissement agricole viendra compléter le programme. Il sera accompagné d’ateliers portant notamment sur la qualité et les nouvelles opportunités d’investissement, afin d’informer les opérateurs et de mettre en lumière les créneaux porteurs.
Cette édition accueillera par ailleurs le concours national « GREEN’TIC », dédié aux solutions fondées sur les technologies de l’information et de la communication appliquées à l’agriculture. Cette initiative vise à encourager l’innovation numérique et à promouvoir l’utilisation des nouvelles technologies au service du développement du secteur.
À travers cette 16e édition, le SIAT entend renforcer les échanges d’expertise, rapprocher les différents intervenants et soutenir la modernisation de l’agriculture tunisienne, dans un contexte où l’amélioration de la productivité, la valorisation des ressources et la transition vers des pratiques plus durables constituent des enjeux majeurs.
Face à une époque qui multiplie les dispositifs d’inhospitalité et érige des remparts là où il faudrait construire des ponts, Souleymane Bachir Diagne plaide pour un sursaut éthique : l’hospitalité universelle.
Invité le 13 octobre 2026 à l’Institut français de Tunisie, le philosophe sénégalais et professeur à l’université Columbia aux Etats-Unis y a dévoilé les grandes lignes de son ouvrage à paraître dans 15 jours, L’Hospitalité, Affirmer l’humanité, devant un auditoire comptant notamment l’ambassadrice de France, Anne Guéguen, et le directeur de l’institut, Julien Chenivesse, lors d’une rencontre où la docteure en littérature française et poétesse, Ahlem Ghayaza, a orchestré les échanges avec le philosophe.
Cette prise de parole s’inscrit dans un contexte où l’empathie, traditionnellement considérée comme le sentiment le plus immédiat permettant de se mettre à la place d’autrui, se voit désormais critiquée. Le Pr Diagne pointe l’émergence aux États-Unis d’ouvrages remettant en cause cette notion depuis deux horizons distincts. Le premier, issu de la psychologie évolutionniste, affirme que l’empathie nous égare, dans la lignée des travaux de Paul Bloom avec Against Empathy. Parmi ces publications, Suicidal Empathy de Gad Saad a été salué par Elon Musk – par ailleurs d’origine sud-africaine -, qui voit dans une trop grande ouverture aux autres la menace majeure pour la civilisation occidentale. Le second courant adopte une rhétorique religieuse : dans The Sin of Empathy, Compassion and Its Counterfeits, le pasteur Joe Rigney dénonce les fautes d’empathie envers les migrants. Ces livres s’inscrivent dans une tendance mondiale à la banalisation de ces discours.
La sacralité du visage et la refondation du lien humain
En réponse à ces critiques qui réduisent l’empathie à une émotion irrationnelle, Souleymane Bachir Diagne rappelle que le terme a été créé au XIXe siècle en Allemagne dans le champ de la philosophie de l’art pour décrire l’immersion dans un paysage par la contemplation. Les papes François et Léon XIV sont d’ailleurs intervenus pour réaffirmer le sens de l’amour du prochain. À cette vision défigurée, le philosophe oppose la formule du Livre de la jungle, « nous sommes du même sang », expression d’une reconnaissance mutuelle présente dans toutes les cultures et qui sacralise l’autre comme un dieu déguisé. Chez les Grecs, l’hospitalité relevait de la protection de Zeus. Ce concept apparaît indispensable pour contrecarrer la fabrication de la figure repoussoir du migrant musulman, instrumentalistée à des fins électorales. Face aux traversées mortelles en Méditerranée devenue un cimetière marin, l’indignation surgit quand le corps d’un enfant s’échoue sur une plage, illustrant le « visage de l’autre » théorisé par Levinas. Les défis migratoires concernent l’humanité tout entière, qui doit s’affirmer en véritable acteur politique.
Pour un universel latéral et décolonial
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Cette démarche irrigue également sa vision des débats décoloniaux. Aucune culture ne peut se prétendre naturellement dépositaire de l’universel. La décolonisation ne doit pas être menée contre l’universel sous prétexte qu’il serait impérial, mais en son nom, pour faire advenir un universel latéral auquel toutes les cultures contribuent. Refusant l’ethnonationalisme du Sud global qui reprend le discours de l’extrême droite sous couvert d’anti-impérialisme, le professeur sénégalais Diagne maintient le terme d’universel face aux notions d’universalité ou de diversalité. Il rattache l’hospitalité universelle à Emmanuel Kant, pour qui la forme sphérique de la Terre contraint les hommes à habiter ensemble aux côtés du vivant, rejoignant les perspectives décoloniales contemporaines axées sur la mondialité et la conscience planétaire.
Dans De langue à langue. L’hospitalité de la traduction, paru en 2022 et traduit depuis en plusieurs langues, notamment en anglais par un de ses anciens étudiants, Diagne définit la traduction comme l’accueil dans sa langue de ce qui a été pensé dans une autre. Face à l’intelligence artificielle capable de traduire parfaitement, il alerte sur le risque de perdre le décentrement du bilinguisme cher à Paul Ricœur, qui définissait l’humain par sa capacité à parler la langue de l’autre. Le recours systématique à la machine risque d’enfermer chacun dans son identité, comme le montre le cas d’étudiants chinois réclamant le retrait de l’anglais de leurs examens.
Démocratie fragilisée et défis globaux pour l’avenir
Cette préoccupation s’inscrit dans un constat d’affaiblissement de la démocratie, attaquée par des régimes illibéraux et fragilisée par un scepticisme croissant. En Afrique, des dirigeants militaires, notamment au Burkina Faso, réutilisent l’idée que la démocratie ne serait pas faite pour le continent, tandis qu’aux États-Unis, la liberté d’expression, les droits des femmes et les universités sont remis en cause dans un contexte de montée du masculinisme.
Concernant les menaces d’une dictature cognitive, le professeur rappelle que la pensée exige de sortir des cadres établis. Si l’IA résout des problèmes par accumulation de données et s’approche de la création artistique, elle bouscule la distinction traditionnelle de l’humain fondée sur la raison et la parole, alarment ceux-là mêmes qui la développent.
Pour l’avenir, le philosophe identifie quatre enjeux prioritaires exigeant une action politique globale : l’environnement, la santé et sa communauté de destin face aux virus, les migrations face à l’échec du multilatéralisme, et l’intelligence artificielle, dont le cadre reste façonné depuis le Bureau ovale sous l’influence de milliardaires détenant des médias et véhiculant un discours d’extrême droite.
Trente ans après le concert historique de Michael Jackson au stade olympique d’El Menzah, le 7 octobre 1996, la Tunisie s’apprête à célébrer de nouveau le King of Pop.
L’Orchestre symphonique tunisien lui consacrera en effet un spectacle exceptionnel le…
L’Orchestre symphonique tunisien rendra hommage à Michael Jackson le jeudi 29 octobre au Théâtre de l’Opéra de Tunis, à la Cité de la Culture Chedly Klibi. Dirigé par Shady Garfi, ce spectacle de 1h45 revisitera plusieurs grands succès du chanteur américain, trente ans après son concert au stade olympique d’El Menzah, le 7 octobre 1996.
Les grands succès du King of Pop revisités
Intitulé « Tribute to Michael Jackson », le spectacle proposera une relecture symphonique de titres emblématiques du répertoire de l’artiste, notamment Billie Jean, Thriller, Beat It et Smooth Criminal.
Produite par le Pôle Musique et Opéra du Théâtre de l’Opéra de Tunis, cette représentation associera instruments classiques et rythmes pop, avec des prestations vocales et chorégraphiques sur scène.
Les parties vocales seront assurées par de jeunes solistes tunisiens : Daly Mj, Rabaa Ben Ammar et Farah Zribi. Sous la direction du chef d’orchestre Shady Garfi, cette création entend faire dialoguer l’univers de la musique symphonique avec les rythmes et les sonorités qui ont marqué la carrière du chanteur.
Trente ans après le concert d’El Menzah
Ce rendez-vous culturel intervient dans le sillage du trentième anniversaire du passage de Michael Jackson en Tunisie. Le 7 octobre 1996, la star américaine s’était produite au stade olympique d’El Menzah dans le cadre de sa tournée mondiale HIStory World Tour.
Le concert avait marqué une étape particulière dans l’histoire des spectacles internationaux accueillis en Tunisie. Trois décennies plus tard, l’hommage proposé à la Cité de la Culture remet le répertoire du chanteur à l’honneur dans une interprétation orchestrale.
Des billets entre 30 et 80 dinars
Le concert est programmé au Théâtre de l’Opéra de Tunis pour une durée annoncée d’une heure et 45 minutes. Quatre catégories de billets sont proposées selon l’emplacement dans la salle :
Orchestre Gold : 80 dinars
Orchestre : 60 dinars
Premier balcon : 40 dinars
Second balcon : 30 dinars
Les informations relatives à la disponibilité des places et aux modalités de réservation sont à vérifier auprès du Théâtre de l’Opéra de Tunis.
Le 16 octobre, Disney+ diffusera en exclusivité le gala francophone du Marrakech Comedy Festival, imaginé par Malik Bentalha et produit par Karim Debbouze. Enregistré en juin dans la ville ocre, ce spectacle s’apprête à toucher un public bien au-delà de…
Le Théâtre de l’opéra de Tunis accueille samedi 17 octobre à 19h un spectacle chorégraphique qui célèbre la légende de Didon et Énée.
Interprété par les danseurs du Ballet de l’Opéra de Tunis sur une chorégraphie de Mathieu Geffré et une dramaturgie d’Andrew Gardiner, le spectacle sera également porté par la musique baroque d’Henry Purcell.
À découvrir pour les amateurs de la danse et de la grande musique ainsi que les férus d’histoire.
Un concert réunissant des musiciens tunisiens et américains et une masterclass consacrée au jazz sont prévus les 15 et 16 octobre à la Cité de la Culture de Tunis, a annoncé le Théâtre de l’Opéra de Tunis. Intitulé « TUNIS Meets NEW YORK », le concert se tiendra jeudi 15 octobre au Théâtre des Jeunes […]
La Banque tunisienne de solidarité (BTS) a annoncé, mardi 14 octobre, la mobilisation d’une enveloppe de 20 millions de dinars au profit des petits agriculteurs de Kébili, Tozeur, Gafsa et Gabès. Ces financements prendront la forme de crédits saisonniers destinés à couvrir les besoins liés à la campagne des dattes 2026-2027.
Les prêts serviront notamment à financer la récolte et le stockage des dattes, mais aussi les travaux d’entretien et de préservation des oasis. L’objectif est de permettre aux petits exploitants de préparer la campagne dans de meilleures conditions et de sécuriser les opérations nécessaires à la valorisation de leur production.
Selon le communiqué de la banque, ces crédits seront accordés à un taux d’intérêt bancaire fixe, sans exigence de garanties ni d’apport personnel. Les procédures d’octroi seront simplifiées et les décaissements effectués dans des délais adaptés aux besoins des agriculteurs pendant la campagne.
Les bénéficiaires pourront accéder directement à ces financements ou passer par des sociétés coopératives de services agricoles, des groupements de développement agricole ou des sociétés communautaires opérant dans le secteur. Cette seconde possibilité sera encadrée par des conventions conclues à cet effet.
À travers ce dispositif, la BTS entend faciliter l’accès des petits agriculteurs au financement bancaire, tout en leur permettant de couvrir les dépenses saisonnières liées à la récolte et au stockage. Le programme vise également à soutenir l’entretien des oasis, dont la préservation constitue un enjeu pour la continuité de la production dattière dans les régions concernées.
L’Assemblée des représentants du peuple (ARP) a organisé, lundi 12 octobre 2026, une journée d’étude consacrée à la proposition de loi relative à la régularisation de la situation des puits agricoles profonds non autorisés.
À cet effet, le président de la Commission de l’agriculture, de la sécurité alimentaire et hydrique et de la pêche de l’ARP, Omar Ben Omar, a indiqué que cette proposition de loi vise notamment à faire face à l’ampleur croissante du phénomène des puits agricoles non autorisés.
«En effet, certains agriculteurs se trouvent contraints de recourir au puits non autorisé en raison des difficultés rencontrées pour obtenir les autorisations nécessaires, notamment à cause de la bureaucratie administrative et de la complexité des procédures», a-t-il expliqué.
Le député a souligné qu’à l’issue de cette journée d’étude, la proposition de loi devrait être soumise à la séance plénière.
Il a ainsi rappelé que cette initiative fait suite à l’adoption de l’article 81 de la loi de Finances pour l’année 2025, qui prévoit la régularisation de la situation des puits anarchiques. «Toutefois, cet article n’a pas été mis en application», a-t-il précisé.
Le nombre de puits est passé de 246 en 2010 à plus de 3.000 en 2025
De son côté, le ministère de l’Agriculture, des Ressources hydrauliques et de la Pêche, représenté par le directeur général des ressources hydrauliques, Issa Hlimi, a révélé, lors de cette journée d’étude, que le nombre de puits est passé de 246 en 2010 à plus de 3.000 en 2025, sans compter les puits qui n’ont pas été recensés.
S’agissant des répercussions négatives des puits anarchiques, il a notamment évoqué, sur les plans économique et social, l’augmentation des coûts de pompage et de l’énergie, les conflits entre les exploitants, ainsi que les difficultés liées au contrôle des volumes d’eau prélevés et à leur répartition équitable.
Sur le plan environnemental, il a mis en garde contre la dégradation des écosystèmes oasiens, le recul de la biodiversité, l’affaissement des sols dans le Sud tunisien et la pollution des ressources en eau.
S’agissant des ressources hydriques, il a indiqué que les puits anarchiques contribuent à la baisse du niveau des nappes souterraines, à l’assèchement des anciens puits de surface et à l’intrusion d’eau salée dans les nappes d’eau douce, notamment dans les zones côtières.
«Le volume des ressources en eaux souterraines renouvelables s’élève à 2,5 milliards de mètres cubes», a-t-il déclaré.
Concernant le cadre juridique régissant les eaux souterraines, le responsable a rappelé que celles-ci constituent un domaine public soumis aux dispositions du Code des eaux.
«L’exploitation des eaux souterraines nécessite une autorisation préalable du ministre chargé des ressources hydrauliques. Cette autorisation ne confère pas un droit de propriété sur l’eau, mais définit les conditions de son utilisation», a-t-il expliqué.
Il a également précisé que l’administration peut refuser une demande lorsque celle-ci risque de compromettre l’équilibre des ressources hydriques. En cas d’infraction ou de risque pour ces ressources, elle peut ordonner la fermeture ou le comblement du puits ou encore limiter le débit de prélèvement.
Raccourcir le délai d’application
Il convient de rappeler que la proposition de loi présentée par l’ARP comprend quatre articles définissant les conditions et les modalités de régularisation de la situation des puits agricoles non autorisés.
Le premier article prévoit la régularisation des puits agricoles non autorisés creusés avant le 10 décembre 2024, moyennant le paiement d’une redevance de 3.500 dinars, selon des conditions et des procédures fixées par arrêté du ministre chargé des Ressources hydrauliques. Le texte fixe au 31 décembre 2027 la date limite de dépôt des demandes de régularisation.
Le deuxième article prévoit le rejet systématique des demandes comportant des informations erronées, tandis que le troisième article stipule que la décision de régularisation est annulée en cas de manquement du bénéficiaire à ses obligations. Le quatrième article prévoit l’abrogation des dispositions de l’article 81 de la loi n° 48 de 2024 du 9 décembre 2024, relative à la loi de Finances pour l’année 2025.
Toutefois, lors de la journée d’étude, les représentants du ministère de l’Agriculture ont proposé des amendements à cette proposition de loi.
Le premier amendement vise à étendre le champ de la régularisation aux puits agricoles non autorisés creusés jusqu’au 31 décembre 2024, au lieu du 10 décembre de la même année.
Par ailleurs, le ministère propose de remplacer la date limite du 31 décembre 2027 par un délai maximal d’un an à compter de la publication de l’arrêté du ministre chargé des ressources hydrauliques pour le dépôt des demandes de régularisation.
L’actrice française Marion Cotillard présidera le jury de la 23e édition du Festival International du Film de Marrakech, qui se tiendra du 20 au 28 novembre prochain dans la cité ocre.
En bref
Marion Cotillard présidera le jury de la…
La quatrième édition du Festival international du Oud à la Médina commencera le vendredi 16 octobre 2026 avec une exposition consacrée au oud tunisien et oriental, présentée par Hédi Bel Asfar.
La soirée d’ouverture sera également marquée par un hommage au oudiste tunisien Hédi Bel Asfar, en reconnaissance de son parcours et de sa contribution à la fabrication de cet instrument, ainsi que par un atelier vivant permettant au public de découvrir les différentes étapes de fabrication du oud.
Le rendez vous est donné au Club Culturel Tahar Haddad à Tunis ce vendredi 16 octobre 2026 à 18h30. La soirée sera par ailleurs suivie du concert de l’artiste Zied Gharsa à 20h30.
La Tunisie prévoit de lancer son premier recensement général agricole entièrement numérique avant la fin de 2026. Évalué à environ 5 millions de dinars, le projet reposera sur des tablettes, une base de données géolocalisée des exploitations et une collecte déployée dans les 24 gouvernorats.
Une collecte numérique sur le terrain
Le recensement agricole 2026-2027 doit permettre de constituer une base de données actualisée sur les exploitations agricoles, leurs caractéristiques et leur répartition géographique. Le coût prévisionnel de l’opération est estimé à près de 5 millions de dinars, selon Nabil Zarrouk, responsable à la direction générale des études et du développement agricole au ministère de l’Agriculture, cité le 13 octobre par Mosaïque FM.
Pour la première fois, la collecte des données sera entièrement numérique. Les agents utiliseront des tablettes pour saisir les informations sur le terrain, avant leur contrôle et leur validation au niveau central.
Le transfert des données vers les serveurs dédiés sera sécurisé, en collaboration avec Tunisie Telecom. Le dispositif prévoit également le respect du secret statistique et la protection des données personnelles des agriculteurs.
Les 24 CRDA mobilisés
La mise en œuvre sur le terrain sera confiée aux commissariats régionaux au développement agricole (CRDA), dans les 24 gouvernorats. Le projet associe notamment le ministère de l’Agriculture, l’Institut national de la statistique, l’Office des céréales et Tunisie Telecom.
L’objectif est de recenser les exploitations et de mieux documenter les caractéristiques du secteur agricole, avec des données actualisées à l’échelle nationale et régionale.
Une conférence de presse est annoncée pour le 30 octobre 2026 afin de présenter les modalités du lancement officiel et les différentes étapes de l’opération. Le recensement doit être achevé avant le début de la campagne agricole 2027-2028.
Des données pour orienter les politiques agricoles
Au-delà de la modernisation statistique, les données recueillies doivent aider les autorités à mieux préparer les politiques agricoles, à évaluer les besoins des exploitations et à orienter les investissements.
La constitution d’une base géolocalisée doit également permettre d’affiner la connaissance des réalités territoriales et des capacités de production. Les effets concrets sur le ciblage des programmes de soutien ou l’allocation des investissements dépendront toutefois de l’exploitation qui sera faite de ces données après le recensement.
Le prince héritier Moulay El Hassan a présidé, le 12 octobre, la cérémonie d’ouverture de la 17e édition du Salon du Cheval d’El Jadida. Jusqu’au 18 octobre, la manifestation célèbre le patrimoine équestre marocain, entre Tbourida, compétitions internationales et créations…
Les actionnaires de la Société Marja de développement de l’élevage et de l’agriculture -SMADEA ont été convoqués en une Assemblée générale extraordinaire le mercredi 28 octobre 2026. La principale résolution à voter est une augmentation de capital, pour le porter de 18 835 254 à 33 484 896 TND, et ce, par l’augmentation de la valeur nominale de 18 TND actuellement à 32 TND. L’opération sera réalisée par la transformation d’une partie des résultats reportés à la date du 31 août 2025, d’une valeur de 14 649 642 TND.
La SMADEA a pour vocation la création et l’exploitation des projets agricoles et industriels intégrés. Son domaine se situe à Bou Salem et s’étend sur une superficie de l’ordre de 4 070 hectares.
Lors de l’exercice 2025, la société a réalisé des revenus de 33,841 MTND, en hausse de 24,1% en glissement annuel. Cette performance repose sur l’activité de l’élevage (27,489 MTND), portée principalement par les ventes de lait qui ont totalisé 25,119 MTND. Les revenus de l’agronomie ont enregistré 6,347 MTND. Les charges d’exploitation ont augmenté de 11,3%, à 27,489 MTND. Grâce à cette dynamique, le résultat d’exploitation a quasiment doublé pour s’élever à 13,492 MTND. La société affiche une situation financière particulièrement saine, avec un endettement quasi nul. Les charges financières nettes ne sont que de 0,013 MTND. Le bénéfice net est de 11,525 MTND.
Pour rappel, la liste des actionnaires comporte, essentiellement, le Comité arabe d’investissement et de développement agricole (63,33%), la TSB (20,34%), la TSPI (9,66%) et la BTK Finance (3,78%).
Quatre professionnels et œuvres tunisiens sont annoncés à la 47e édition du Festival international du film du Caire, prévue du 11 au 20 novembre 2026. Le long métrage d’Aziz Shennawy figure en compétition, tandis qu’un court métrage d’animation, une participation au jury et un projet en développement complètent cette présence tunisienne.
Un long métrage en compétition
Premier long métrage de fiction du réalisateur tunisien Aziz Shennawy, To the Sun and Beyond (Au-delà du Soleil) a été retenu dans la section « Horizons du cinéma arabe », qui réunit sept films. Coproduite par la Tunisie et l’Arabie saoudite, l’œuvre raconte l’histoire de Linda, une veuve qui surprotège son fils de sept ans, atteint de xeroderma pigmentosum, une maladie génétique caractérisée notamment par une sensibilité extrême aux rayons ultraviolets.
Le récit suit la prise de conscience progressive de cette mère, qui comprend la nécessité de permettre à son enfant de vivre pleinement malgré les contraintes liées à sa maladie. Le film bénéficie notamment du soutien du Fonds de la mer Rouge, du Centre national du cinéma et de l’image (CNCI) et du ministère des Affaires culturelles.
L’animation tunisienne à l’honneur
La présence tunisienne se prolonge avec Sociophobia, un court métrage d’animation de Malek Hebiri, sélectionné dans « Cairo Kids », une section consacrée au jeune public. D’une durée de 13 minutes, le film, soutenu par le Doha Film Institute, met en scène un enfant de sept ans poursuivi par une foule qui fusionne pour former un monstre géant, avant qu’une menace plus redoutable ne surgisse.
Une Tunisienne au jury de la Semaine de la critique
La directrice de la photographie franco-tunisienne Farida Marzouk rejoint également le jury de la Semaine de la critique internationale. Elle y siégera aux côtés de la monteuse vidéo égyptienne Heba Othman.
Enfin, le projet Terminus, de la réalisatrice tunisienne Oumaima Trabelsi, a été retenu dans la catégorie des films documentaires en développement du Cairo Film Connection, la plateforme professionnelle organisée dans le cadre des Cairo Industry Days.
La 47e édition du Festival international du film du Caire se tiendra du 11 au 20 novembre 2026. Selon les informations annoncées lors de la présentation du programme, cette édition réunira 145 films issus de 64 pays et entités de production.
Le musée archéologique de Nabeul compte parmi les pépites mettant en valeur l’histoire antique de toute la région du Cap Bon. Plusieurs merveilles en mosaïque et de nombreux artefacts font de ce musée une destination de choix.
Organisé selon les régions du Cap Bon, ce musée rassemble des mosaïques de Kélibia, de Nabeul – notamment celles de la villa du Sphinx – et de Hammamet. On y trouve également une collection d’objets et de statues en provenance de Kerkouane et Thinissut.
Très didactique et déployé avec beaucoup de pédagogie, ce musée de Nabeul permet également de s’initier à l’exploitation antique du murex et du garum.
Avec une seule salle et un déambulatoire parfaitement organisé, ce musée démontre que la richesse des collections n’est pas seulement dans le nombre des pièces mais aussi dans leur qualité et leur état de conservation.
Le musée archéologique de Nabeul apporte en effet que les musées en région recèlent de véritables trésors qui attendent plus de visibilité.
De la polémique sur l’immigration à la récupération politique de son image, le parcours médiatique de l’écrivain français d’origine algérienne Boualem Sansal interroge les rapports entre littérature, pouvoir et instrumentalisation des figures intellectuelles. Derrière la célébration d’un écrivain présenté comme un symbole absolu de la liberté se dessine une question essentielle : où s’arrête l’admiration sincère d’un auteur et où commence son exploitation politique ? Question que l’écrivain doit du reste se poser à lui-même…
Dr Abderrahmane Cherfouh *
À force de renier ses principes, on finit par se confronter aux conséquences de ses propres choix. Le temps finit parfois par rendre à chacun le fruit de ses actes. Dans un récent entretien, l’écrivain Boualem Sansal se lamentait de l’accueil qui lui est désormais réservé à Paris après son feuilleton éditorial et ses déclarations fracassantes, résumant son quotidien par cette formule : «C’était matin et soir, j’étais l’ingrat et le salaud». L’ironie est le désespoir de ceux que le spectacle du monde a cessé de faire rire.
Voilà un homme qui découvre, feignant la surprise, des qualificatifs que le peuple algérien lui attribue pourtant depuis des années. Sauf que cette fois, ce ne sont pas les Algériens qui le pointent du doigt, mais ses propres soutiens du microcosme parisien.
En se retournant contre le système qui l’a médiatiquement fabriqué après avoir renié la patrie qui l’a nourri et formé, Sansal fait face au miroir de ses propres turpitudes. L’instrument de l’extrême droite française est en train de réaliser, à ses dépens, qu’un mercenaire idéologique n’a pas d’amis : il n’a que des utilisateurs.
La fabrication d’une icône par une droite en manque de symboles
À Paris, le monde politique et les médias confondent trop souvent les enjeux électoraux avec la valeur littéraire d’un écrivain.
Dès qu’un auteur instrumentalise les thèmes incandescents de l’époque — l’autoritarisme, le fanatisme et les fractures géopolitiques —, une partie du complexe médiatique s’empresse de lui tailler un costume sur mesure : celui du «martyr absolu». C’est ainsi que s’est écrite la saga de Boualem Sansal, ou l’histoire stupéfiante d’un esprit aux prophéties apocalyptiques métamorphosé en icône nationale par une droite en quête de symboles.
Invité régulier des plateaux télévisés, l’écrivain n’a jamais hésité à surenchérir sur le lexique de l’extrême droite. Lors d’un entretien diffusé dans l’émission Les Conversations en mai 2024, alors que son interlocuteur évoquait prudemment la question de l’immigration, l’auteur coupait court pour imposer sa vision des choses : «Vous parlez d’immigration, mais c’est une invasion !» En qualifiant les flux migratoires de «colonisation à l’envers» et en affirmant sur CNews ou dans les colonnes du Figaro que la France perdait une guerre culturelle face à un projet de conquête, l’écrivain offrait sur un plateau d’argent la caution rêvée aux tenants du choc des civilisations.
Mais comment en est-on arrivé là ? Comment faire d’un écrivain jusque-là peu connu du grand public une star de dimension mondiale ? Le secret de cette élévation médiatique réside notamment dans la ferveur des campagnes politiques françaises. À l’approche d’échéances électorales majeures, la droite s’est disputé sa présence. Bruno Retailleau affichait fièrement son amitié avec lui et l’invitait à son premier meeting, dans une mise en scène qui a viré au fiasco. En cherchant à ériger une figure au discours si particulier en «faiseur de présidents», ce courant politique a rejoué le mythe de Frankenstein : il a façonné sa propre créature médiatique, un avatar idéologique nourri de surenchères, qui a fini par échapper à ses géniteurs.
Cet affaissement éthique et la dérive du débat public — où la course aux voix et le règne de l’image ont fini par banaliser la xénophobie et ériger des provocateurs en modèles de franc-parler — n’étaient en réalité que les signes avant-coureurs de cette séquence. C’est précisément dans cette brèche que s’engouffre l’intelligence cynique de Boualem Sansal : celle d’un auteur qui a su trouver sa place dans un écosystème médiatique avide de figures clivantes et de symboles politiques, échangeant une caution idéologique contre une visibilité et des dividendes considérables.
De l’intellectuel d’œuvre à l’intellectuel de plateau
Poussé sur le devant de la scène médiatique, Sansal y est resté non pas en raison de la profondeur d’une œuvre — car une simple succession de romans ne compose pas nécessairement une œuvre véritable —, mais parce qu’il s’est installé en symbiose parfaite avec une époque qui a fait de l’exclusion et du discours identitaire son terrain de prédilection. Nous assistons à une perversion des valeurs capable de transformer la moindre posture en événement de première importance.
L’époque est bien révolue où un intellectuel se définissait d’abord par la rigueur de son travail, par une création exigeante qui fondait sa légitimité lorsqu’il intervenait dans les affaires du siècle. Voltaire, Victor Hugo, Émile Zola, André Gide, Jean-Paul Sartre ou Pierre Bourdieu furent tous des créateurs qui ne devaient leur renommée qu’à leur talent, à la force de leurs écrits et à l’indépendance de leur pensée.
Aujourd’hui, peu importe la valeur ou la nullité d’une production : ce sont les médias, et la télévision en premier lieu, qui consacrent les intellectuels, décident qui l’est et qui ne l’est pas, modifiant radicalement leur statut. Il ne s’agit plus d’écrire les livres les plus substantiels pour être reconnu, mais d’être le plus visible possible, d’occuper l’antenne et les unes des journaux comme Le Monde ou Le Figaro. Grâce aux réseaux de connivence parisiens, l’auteur s’assure une place au soleil.
Dans cet échange de bons procédés, Sansal apporte aux médias la caution dont ils ont besoin pour leurs polémiques, tandis que les médias entretiennent sa réputation et le couronnent roi. Mais cette dépendance servile à l’égard de ceux qui l’ont fait roi — et qui peuvent du jour au lendemain le précipiter dans les oubliettes — se répercute sur la nature même de sa production. Tout se fait au détriment de la rigueur, du sérieux et de la vérité historique.
Faute d’innover et de créer, ces figures de plateau se distinguent toutes par un silence assourdissant sur les tragédies réelles du monde contemporain, qu’il s’agisse des massacres en Palestine, du drame du Soudan ou du blocus subi par Cuba. On assiste au contraire à leur alignement inconditionnel sur les politiques d’occupation, à leur soutien inlassable et inconditionnel à Israël et aux États-Unis, à leur dénigrement permanent du Sud Global et à leur obsession anti-immigrés. À chacun son fonds de commerce idéologique : pour peu qu’il soit rentable, son détenteur peut se permettre n’importe quelle fantaisie, jusqu’à soutenir qu’un raciste n’est qu’un humaniste persécuté.
Le prisme colonial : du ressentiment au reniement
Pour comprendre la mécanique de Sansal, il faut analyser le cadre mental dans lequel il s’est enfermé. Nous faisons face à une forme de racisme idéologique, tout aussi pernicieux que le racisme biologique. Il s’agit du logiciel propre aux esprits coloniaux et impérialistes : «Tu dois penser comme moi, adopter mes dogmes, sinon tu es considéré comme l’ennemi.»
Un esprit libre et véritablement universaliste sait travailler sur ce qui rassemble les êtres humains tout en acceptant ce qui les sépare. L’esprit colonial, lui, rejette viscéralement la différence. Si vous ne pensez pas comme lui, si vous ne validez pas ses obsessions, vous ne serez jamais le bienvenu. C’est ce fascisme identitaire qui caractérise aujourd’hui le discours de Sansal et qui est en train de subir un choc violent face au principe de réalité.
On peut légitimement s’interroger sur la trajectoire psychologique de l’écrivain : s’agit-il d’une naïveté politique sidérante, d’un aveuglement tragique sur les signaux et les marqueurs idéologiques qui l’entourent ? Ou alors, plus simplement, faut-il admettre que Sansal est irrémédiablement tombé, par le biais de ses frustrations et de ses ressentiments pathologiques, dans la sphère la plus réactionnaire ? Les notions d’«extrême droite», de neutralité ou de clairvoyance politique semblent désormais frappées d’un flou artistique absolu dans son esprit, masquant à peine un alignement total sur des dogmes xénophobes.
En diabolisant systématiquement les musulmans et les immigrants sous le qualificatif d’«envahisseurs», Sansal a tenté d’appliquer la stratégie classique du bouc émissaire. Mais ce principe politique comporte une règle d’or : il n’est jamais payant à long terme. Il finit toujours par se retourner contre son propre initiateur. En s’attaquant avec la même hargne aux voix laïques et progressistes qui dénonçaient ses amalgames, Sansal s’est définitivement aliéné ses soutiens historiques.
L’imposture du «Voltaire» autoproclamé face au miroir d’Émile Zola
Tant que Sansal servait les intérêts de ses promoteurs, ses courtisans les plus zélés n’hésitaient pas à le parer de vertus philosophiques indues, allant jusqu’à le qualifier grotesquement de «Voltaire algérien». Quelle insulte à l’esprit des Lumières et à l’honnêteté intellectuelle ! Voltaire, Sartre ou Beauvoir ont marqué l’Histoire en choisissant d’écouter leur conscience au détriment de la raison d’État ou des opportunismes de carrière. Sansal, lui, n’est qu’un pamphlétaire aux indignations sélectives.
Où est la conscience de ce prétendu «Voltaire» face aux tueries de masse perpétrées à Gaza ? Lors de son voyage en Israël en 2012, balayant les critiques relatives à l’occupation, Sansal déclarait toute honte bue : «Ma liberté de penser et de parler passe avant toute chose… Je suis venu avec joie et je reviendrai.» Plus tard, au micro de la radio Kan Reshet Bet, il scellait cette sélectivité morale en affirmant, sans le moindre mot pour la tragédie palestinienne : «Mon amitié avec Israël est ce que le régime algérien ne pouvait pas supporter», réduisant ainsi un conflit d’occupation à une simple «guerre civile». Ce refus de voir la souffrance des opprimés trahit une faillite morale absolue.
Comment ne pas éprouver une vive indignation en songeant, par contraste, au sort d’Émile Zola ? Candidat malheureux à dix-neuf reprises à l’Académie française, le titan du naturalisme et l’auteur de ‘‘J’accuse… !’’ a payé son engagement en faveur d’Alfred Dreyfus au prix de la haine, des menaces et de l’exil. Son combat demeure l’un des exemples les plus marquants du courage intellectuel. Un siècle plus tard, les institutions déroulent le tapis rouge devant un «athée mystique à double visage» dont la seule arme est l’amalgame anti-laïque et la provocation marchande.
La trahison éditoriale et la qualification juridique
Le cynisme marchand a fini par achever le personnage. Après avoir bénéficié de la mobilisation de son éditeur historique Gallimard et de soutiens européens pour sa libération, Sansal a cédé aux sirènes financières en rejoignant les écuries Grasset (groupe Hachette-Bolloré) contre un chèque mirobolant d’un million d’euros. Ce marchandage a suscité la désillusion de ses soutiens, jusque dans les rangs du Parlement belge et de l’Académie royale de Belgique, où ses pairs lui ont infligé un réquisitoire mémorable sur sa déchéance éthique.
Au-delà de la faillite morale, les propos répétés de Sansal relèvent d’une responsabilité civique et légale. Classer les êtres humains, désigner des communautés entières (musulmans, immigrants) sous le sceau de l’«invasion» ou de la menace constitue une forme intolérable de discrimination.
En droit français, de tels dérapages dépassent la simple liberté d’opinion :
L’article 24 de la loi du 29 juillet 1881 sanctionne l’incitation à la haine, à la violence ou à la discrimination envers un groupe de personnes en raison de leur origine ou de leur religion.
L’article 225-1 du Code pénal définit et réprime sévèrement les discriminations portées aux droits fondamentaux des individus.
Cet homme irresponsable ne saurait se draper plus longtemps dans le manteau de la laïcité. Il s’agit désormais d’informer les esprits éclairés et les vrais défenseurs des libertés que cet auteur n’est qu’un agitateur anti-laïque, dont les amalgames tombent sous le coup des principes civiques les plus élémentaires.
Le syndrome du citron pressé et le verdict de la postérité
Le vent tourne en France et l’autorité usurpée de Boualem Sansal s’émousse irrémédiablement. La dénonciation est désormais lancée, et elle se poursuivra de bouche à oreille, sur la toile et dans les médias indépendants.
Sansal est définitivement devenu semblable à ce citron que l’on presse jusqu’à la dernière goutte pour alimenter les polémiques des plateaux télévisés. Une fois totalement asséché, il sera mis au rebut par ceux-là mêmes qui l’ont instrumentalisé.
Traité de «salaud» et d’«ingrat» par le Tout-Paris littéraire et politique qu’il a tenté de berner, il subit aujourd’hui un juste retour des choses. L’arroseur est arrosé. L’Histoire retiendra qu’à force de nourrir son ego de contrevérités, d’amalgames répréhensibles et de reniements, Boualem Sansal aura fini par s’isoler totalement : rejeté par la patrie qu’il a trahie, méprisé par le système qui l’a utilisé, et condamné par la conscience des hommes libres.