Cinq choses à savoir sur Anasse Kazib, cheminot candidat aux présidentielles
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Derrière ces chiffres encourageants, une fracture demeure – silencieuse mais coûteuse : celle qui sépare les systèmes d’information des établissements publics des standards qu’impose désormais la compétition bancaire moderne. Cette fracture n’est ni une fatalité héritée, ni la conséquence inévitable du statut public. Elle est le produit d’un choix – celui d’avoir traité le système d’information comme un centre de coût à minimiser, plutôt que comme l’actif stratégique qu’il est devenu partout ailleurs. Ce choix est aggravé, il est vrai, par des freins structurels réels : la rigidité réglementaire portant sur les marchés publics, l’absence d’infrastructures Cloud souveraines certifiées et la fuite des talents informatiques vers le secteur privé ou l’étranger. Ces obstacles existent, mais ils ne doivent plus justifier l’immobilisme.
Cet impératif surgit à un moment charnière pour notre nation. Le Plan de Développement national 2026–2030, désormais soumis à l’examen approfondi du Parlement sous la Coupole du Bardo, engage la responsabilité historique des banques publiques. Ce passage devant la représentation nationale souligne la légitimité institutionnelle des grandes orientations économiques du pays. Dans une économie mondiale dictée par la maîtrise technologique, l’institution financière de l’État ne peut plus se limiter à un rôle de guichet de financement passif. Elle doit s’affirmer comme le bras opérationnel des politiques publiques sur deux axes indissociables : l’intégration de l’intelligence artificielle et la réalisation des objectifs de souveraineté numérique. Ce que le Parlement approuve, les banques publiques doivent être en mesure de l’exécuter — et cette capacité d’exécution commence par une décision majeure d’architecture organisationnelle.
Les banques publiques tunisiennes affichent historiquement des taux de créances accrochées supérieurs à ceux de leurs homologues privés. La cause principale ne réside pas dans la nature intrinsèque de leur clientèle — un argument commode mais contredit par le fait que le secteur privé sert des segments comparables avec une sinistralité bien moindre. La racine du problème se trouve dans la précision des outils d’évaluation de la solvabilité des clients au moment de l’octroi.
Un moteur de scoring moderne, alimenté par la donnée comportementale et transactionnelle, permet de segmenter la clientèle avec une granularité inaccessible aux méthodes traditionnelles. Le coût de cette absence d’outils analytiques de pointe est quantifiable : chaque point de réduction du taux de sinistralité de la clientèle libère instantanément des dizaines de millions de dinars de provisions, renforçant directement les fonds propres sans nécessiter d’extension coûteuse du réseau physique.
Le second déficit est d’ordre réglementaire et prudentiel. Les observations techniques parfois formulées par les commissaires aux comptes sur la granularité des systèmes comptables ne sont pas de simples détails. L’implémentation rigoureuse des nouvelles normes de classification des expositions et de calcul des provisions en pertes attendues exige une infrastructure de données d’une précision absolue. Enfin, le troisième défi concerne l’efficience opérationnelle : alors que les banques privées migrent une part massive de leur clientèle vers des canaux digitaux à des coûts de transaction optimisés, les banques publiques continuent d’absorber le poids financier de réseaux physiques denses, là où la transition numérique de la clientèle permettrait de réaliser d’importantes économies d’échelle.
L’argument classique consistant à affirmer que le statut public imposerait une lenteur bureaucratique incompatible avec l’agilité digitale est contredit par les faits économiques régionaux.
Au Maroc, la Banque Centrale Populaire – institution publique dont la mission d’inclusion est comparable à celle de nos institutions – démontre une croissance remarquable de ses bénéfices, portée par une stratégie numérique qui intègre plus d’un million de clients actifs sur ses plateformes. De même, la CIH Bank réalise la quasi-totalité de ses flux transactionnels en ligne. En Égypte, Banque Misr, institution publique centenaire, s’est imposée comme un leader de la banque digitale en lançant avec succès une filiale 100 % numérique.
Certes, ces modèles évoluent dans des contextes spécifiques : le cadre marocain bénéficie d’une grande flexibilité de gouvernance, tandis que le modèle égyptien s’appuie sur une impulsion étatique centralisée à forte échelle. La Tunisie possède ses propres spécificités réglementaires et un marché fragmenté. Toutefois, ces exemples prouvent une vérité fondamentale : le statut public n’est pas un frein, il est un levier de stabilité permettant d’investir sur le temps long, à condition que la structure organisationnelle soit pensée pour l’exécution.
En management des organisations, la structure doit impérativement suivre la stratégie. Un organigramme calqué sur des modèles bureaucratiques hérités condamne les meilleures ambitions technologiques à la paralysie.
Le principal goulot d’étranglement de nos banques publiques réside dans le cloisonnement historique entre le pôle Opérations (traitement des flux, gestion de la clientèle, engagements) et la Direction des Systèmes d’Information (DSI). Ces deux univers cohabitent sans véritable synergie fonctionnelle. Il en résulte des projets IT déconnectés des réalités métiers, des processus numérisés en surface sans réingénierie préalable, et un capital informationnel sous-exploité.
La création d’un pôle unifié « Opérations & Technologies », réunissant sous une même ligne hiérarchique de premier rang le Back-office et la DSI, constitue la seule réponse managériale adaptée. Lorsque la gestion des processus métiers et l’infrastructure technique partagent les mêmes objectifs de performance, le moteur de scoring cesse d’être un projet informatique pour devenir un levier d’évaluation de la clientèle ; le reporting prudentiel s’automatise à la source ; et la transformation digitale devient une réalité opérationnelle. C’est cette synergie structurelle qui éliminera la « dette d’exécution » et permettra aux banques publiques de jouer pleinement leur rôle de bras financier de l’État dans le cadre du Plan 2026–2030.
Certains théoriciens de l’organisation soutiennent que le rattachement de la DSI à un pôle d’appui transversal garantit sa neutralité et la préserve des arbitrages entre directions métiers concurrentes. Cette approche avait sa cohérence à une époque où la technologie était un simple outil de support.
En 2026, cette prémisse est obsolète. Un algorithme de scoring ou une plateforme d’architecture de données ne sont plus des outils périphériques : ce sont les piliers mêmes de la politique de maîtrise des risques et de la stratégie commerciale. Reléguer la DSI au rang de fonction support revient à marginaliser la technologie au moment où elle doit être au centre des d’arbitrages stratégiques. Pour pallier tout risque de conflit d’intérêts sectoriel, la mise en place de ce pôle intégré s’accompagne d’une charte de cohérence architecturale globale et d’un comité de gouvernance IT rattaché directement à la Direction Générale. L’enjeu est de traiter la technologie comme un actif stratégique majeur.
La première urgence est la mise en conformité absolue des architectures de reporting prudentiel et comptable. Pour accélérer ce processus dans un cadre légal sécurisé, l’extension des mécanismes de « bac à sable réglementaire » par les autorités de tutelle permettrait de fluidifier les acquisitions technologiques critiques des banques publiques.
La deuxième priorité est la valorisation de la donnée pour l’évaluation des risques. Les banques publiques possèdent des historiques transactionnels d’une richesse inestimable, mais cette matière brute nécessite une gouvernance des données stricte et centralisée au sein du nouvel organigramme. Ce chantier est également un levier d’attraction majeur pour retenir nos compétences et ingénieurs tunisiens.
La troisième priorité est la refonte de l’expérience client digitale, avec des objectifs chiffrés à moyen terme. Cette transition n’altère pas le capital humain : elle le valorise en réorientant les équipes des agences vers des missions de conseil à forte valeur ajoutée. Ce qui implique un dialogue managérial proactif pour accompagner le changement. Enfin, la sécurité des systèmes d’information et la souveraineté des données doivent être élevées au rang de priorité absolue, les fonctions de cybersécurité devant être connectées directement à la haute gouvernance de l’institution. Afin de piloter cette feuille de route sans dérive, l’utilisation d’outils d’audit dynamiques, à l’instar de l’indice IMIB (Maturity Index for Banking Intelligence), s’avère indispensable pour mesurer en continu l’adéquation entre l’organisation humaine et les objectifs macroéconomiques du pays.
La fenêtre d’opportunité financière et stratégique dont disposent actuellement les banques publiques tunisiennes est précieuse, mais elle a une durée de vie limitée. Il appartient désormais aux instances de gouvernance et aux directions générales de prendre les décisions structurelles nécessaires pendant que toutes les conditions de succès sont réunies.
Les opinions exprimées dans cette tribune reflètent une analyse économique et technique personnelle et n’engagent que leur auteur.
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« Mon Dieu, gardez-moi de mes amis ! Quant à mes ennemis, je m’en charge ! ». Cette célèbre formule souvent attribuée à Voltaire, illustre parfaitement le sentiment de trahison ou de déception ressenti lorsque l’on subit des coups bas de la part d’un ami. C’est le cas de Mme Meloni qui était jusqu’alors le chouchou de Donald Trump sur le Vieux Continent.
Pourtant, cette promiscuité affective et idéologique n’aura pas empêché le milliardaire républicain de tenir des propos désobligeants, discourtois voire blessants envers Giorgia Meloni. Cette dernière s’efforçant souvent de jouer un rôle de médiatrice entre les positions divergentes des États-Unis et de l’Europe.
Ainsi, lors d’une interview téléphonique accordée la semaine écoulée à la chaîne télévisée italienne La7, le président américain a affirmé que la dirigeante italienne l’avait « supplié » de prendre une photo avec lui en marge du sommet du G7 en France. De quoi provoquer la colère de Rome et l’annulation de la visite du ministre italien des Affaires étrangères aux Etats-Unis, qui était prévue les 21 et 22 juin. A cause justement de ces propos du milliardaire président envers la cheffe du gouvernement italien.
Même tonalité chez le ministre italien de la Défense, Guido Crosetto : « Je n’imagine pas Giorgia Meloni demander une photo à qui que ce soit, même sous la contrainte. En revanche, j’imagine combien cela lui a demandé de passer outre les propos de Trump tenus il y a quelques semaines afin de servir les intérêts de l’Italie, de l’Europe et de l’Occident », a-t-il écrit sur X.
« Elle avait tellement envie de prendre une photo avec moi. Je ne l’aurais pas fait, mais j’ai eu pitié d’elle ! », a ajouté le président américain. Provoquant ainsi l’ire de la présidente du Conseil italien qui, en réponse, a diffusé vendredi 19 juin sur X une vidéo où elle s’est dite « consternée » par les déclarations « totalement inventées » de Donald Trump.
« Je ne comprends pas pourquoi le président des États-Unis se comporte ainsi envers ses propres alliés – ce n’est d’ailleurs pas la première fois », a-t-elle déclaré.
Et de conclure : « Je ne peux que déplorer qu’il ne fasse pas preuve de la même détermination envers les ennemis de l’Occident, envers les ennemis des États-Unis, envers des dirigeants avec lesquels il se montre au contraire bien plus conciliant », a ajouté la première ministre italienne.
Pourtant, dans un désir évident d’apaiser la tension avec l’administration américaine, quitte à avaler sa fierté, Giorgia Meloni évoque, à l’issue du sommet du G7 à Évian, un « climat très positif » et « aucune friction » entre Trump et les autres dirigeants mondiaux présents. La preuve ? Elle a été vue à plusieurs reprises aux côtés du président américain lors du sommet, notamment lors d’une rencontre sur un canapé à l’issue de laquelle il a semblé lui tapoter l’épaule.
Les choses auraient pu s’arrêter à ce stade ; sauf que revenant à ses vieux démons, Donald Trump a remué le couteau dans la plaie en martelant lourdement samedi 20 juin que Giorgia Meloni lui avait demandé « encore et encore de prendre une photo avec lui lors du Sommet du G7 », a écrit le président américain sur sa plateforme Truth Social. Et d’enfoncer le clou : « Elle se débrouille mal en Italie en matière de popularité, peut-être parce qu’elle a tourné le dos aux États-Unis d’Amérique, un pays qui aime et protège vraiment l’Italie ».
Réponse outragée de l’intéressée : « Ces attaques constantes et non provoquées sont insensées. Quant à ma popularité, le fait d’être ton amie ne l’a certainement pas aidée, et elle ne dépend pas de ma relation avec toi ». Ainsi a répliqué sèchement la présidente du gouvernement italien, suggérant au président des États-Unis de se « concentrer sur la sienne ».
Mais que reproche Donald Trump à son alliée, jadis la plus proche en Europe ? Evidemment le manque de soutien selon lui de la Première ministre italienne, mais aussi des autres États membres de l’OTAN, dans la guerre déclenchée par les États-Unis et Israël contre l’Iran.
« Elle ne nous a même pas laissé utiliser les pistes d’atterrissages ou les tarmacs, un désagrément important », a-t-il dit à propos du refus fin mars de l’Italie d’autoriser des avions de combat américains engagés dans la guerre au Moyen-Orient à atterrir sur une base en Sicile. Sachant qu’en avril dernier, le président américain avait déjà critiqué Giorgia Meloni pour ce refus d’impliquer son pays dans la guerre en Iran, se disant « sous le choc » et déçu de son manque de « courage ».
« Maintenant que les États-Unis ont vaincu l’Iran militairement, elle veut de nouveau être amie afin de voir sa ‘côte remonter’. Non merci ! », conclut Donald Trump dans son message.
« Ma popularité dépend de ma capacité à défendre les intérêts de l’Italie. C’est ce que j’ai toujours fait, y compris pour l’utilisation des bases militaires américaines régie par des accords qui ne peuvent être violés », a rétorqué Giorgia Meloni. Du tic au tac.
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Si les tensions demeurent (à cause de la poursuite des bombardements israéliens contre le Liban) et que l’accord n’est pas certain d’être respecté, cette guerre illustre combien la puissance militaire peut connaître des limites stratégiques et politiques. Une réalité que les Etats-Unis ont déjà pu constater en Irak et en Afghanistan, mais qu’ils semblent avoir oublié…
La réélection de Donald Trump (2024) a été soutenue par un mouvement populaire favorable au désengagement des Etats-Unis des affaires internationales, remettant ainsi en cause sa traditionnelle fonction de « gendarme du monde ». Motif : mieux se concentrer sur les affaires nationales au nom du principe à connotation nationaliste : America first, « l’Amérique d’abord ». La victoire du milliardaire américain et son entrée en fonction à la Maison Blanche devaient ainsi sonner la fin des « aventures extérieures ».
Finalement, depuis son second mandat, Donald Trump s’avère très interventionniste. Les Etats-Unis n’ont pas hésité à recourir à la force. Et ce, en violation du droit international : actes d’agression contre des Etats (Iran, Venezuela), « assassinats ciblés » ou extrajudiciaires (contre des narco-traficants vénézuéliens ou des responsables iraniens).
Des chefs d’Etats eux-mêmes n’échappent pas à cette violence, comme l’illustrent l’enlèvement du président vénézuélien Nicolas Maduro (janvier 2026) et l’assassinat du Guide suprême iranien Ali Khamenei (février 2026). Des opérations qui confirment le caractère imprévisible de la présidence Trump …
Des interventions qui mobilisent la force, mais qui amènent à souligner l’impuissance de la première puissance mondiale. C’est en particulier le cas de la guerre contre l’Iran (février-juin 2026), déclenchée en dehors de toute légalité internationale et qui s’est conclue sur un accord dont les termes témoignent d’une défaite stratégique des Etats-Unis. La stratégie des frappes aériennes qui n’ont pas fait plier le régime iranien. Une impasse qui tend à affaiblir la crédibilité et l’efficacité de cette stratégie.
Derrière une capacité militaire toujours inégalée, les Etats-Unis sont confrontés à ce paradoxe : les frappes militaires décidées unilatéralement par Donald Trump sont révélatrices de sa propre impuissance politique dans un Moyen-Orient en recomposition.
En effet, l’opération « Fureur épique » déclenchée contre l’Iran a de nouveau montré les limites de la puissance militaire des Etats-Unis, en général, et de sa stratégie basée sur sa supériorité aérienne, en particulier. Elle a porté un coup à l’image de puissance irrésistible que Donald Trump voulait donner de son pays.
C’est la crédibilité internationale des Etats-Unis qui s’en trouve affectée par la guerre contre l’Iran. La première puissance mondiale n’arrive à imposer sa volonté ni à son ennemi l’Iran ni à son allié Israël (qui continue son agression contre le Liban, malgré les appels de Trump au respect du cessez-le-feu).
Quant à Gaza, derrière son plan et la mise en place du « Conseil de la paix », la réalité est cruelle : depuis l’instauration de cette organisation internationale et du cessez-le-feu, le bilan des bombardements israéliens atteint plus de 1 000 morts civils… Ici la responsabilité est partagée avec l’allié israélien : la politique israélienne au Moyen-Orient relève moins de la rationalité et de la sécurité du pays que de la volonté d’hégémonie qui anime ses dirigeants soutenus par leur opinion publique.
Enfin, le comportement des Etats-Unis comme d’Israël souligne un point : si le droit international est affaibli, ineffectif, c’est d’abord de la responsabilité des puissances qui le violent en toute impunité …
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Aujourd’hui, la Réserve fédérale américaine, la célèbre Fed, se retrouve une nouvelle fois au centre de cette contradiction. Derrière les conférences de presse soigneusement scénarisées, derrière les graphiques colorés et les discours pesés au gramme près, se joue une bataille autrement plus importante : celle de sa crédibilité, de son indépendance et, finalement, de sa capacité à arbitrer entre deux maux dont aucun ne peut être véritablement accepté.
Car l’époque n’est plus celle des certitudes. Dans un monde traversé par les crises géopolitiques, les guerres commerciales, les fractures sociales, les tensions énergétiques et les bouleversements technologiques, les banques centrales, toutes – y compris la BCT – avancent désormais comme des funambules. À chaque pas, elles risquent de tomber d’un côté ou de l’autre du précipice. Elles sont, plus que jamais, sur le fil du rasoir.
Autrefois, les banques centrales parlaient peu. Elles cultivaient même une certaine opacité, convaincues que le mystère renforçait leur autorité. Cette époque semble appartenir à un autre siècle. Aujourd’hui, la communication est devenue un outil aussi important que le taux directeur lui-même. Chaque conférence de presse de la Fed est disséquée par les marchés mondiaux. Chaque phrase est analysée, interprétée, parfois surinterprétée. Les investisseurs cherchent dans le moindre mot un indice sur les décisions futures. Une simple nuance de langage peut provoquer des milliards de dollars de mouvements sur les marchés financiers.
Mais derrière cette volonté affichée de transparence se cache une réalité plus profonde. La Fed ne communique pas seulement pour expliquer ses décisions. Elle communique parce qu’elle ressent le besoin de défendre sa légitimité. Depuis la crise financière de 2008, puis la pandémie, puis le retour brutal de l’inflation, les critiques se sont multipliées. Certains l’accusent d’avoir créé des bulles spéculatives géantes. D’autres lui reprochent d’avoir laissé l’inflation s’installer. D’autres encore estiment qu’elle a favorisé Wall Street davantage que l’économie réelle.
La communication est ainsi devenue une forme de bouclier institutionnel. Plus les critiques augmentent, plus la banque centrale éprouve le besoin de justifier ses choix. Car derrière les débats économiques se profile une menace autrement plus sérieuse : celle de voir son indépendance remise en cause.
Contrairement aux entreprises, les banques centrales ne produisent ni voitures, ni téléphones, ni services marchands. Leur principal actif est immatériel. Cet actif s’appelle la confiance. Une banque centrale efficace n’est pas seulement celle qui agit. C’est celle dont les décisions sont crues.
Lorsque les citoyens croient qu’elle luttera contre l’inflation, ils adaptent spontanément leurs comportements. Les entreprises limitent leurs hausses de prix. Les salariés modèrent leurs revendications salariales. Les investisseurs évitent les comportements spéculatifs excessifs.
L’essentiel de la politique monétaire moderne repose donc sur les anticipations. Or, lorsqu’une banque centrale perd sa crédibilité, ce mécanisme se dérègle. L’histoire économique regorge d’exemples dramatiques. De l’Amérique latine des années 1980 à certaines économies émergentes plus récentes, la perte de confiance dans les autorités monétaires a souvent conduit à des épisodes inflationnistes destructeurs.
C’est précisément ce spectre qui hante aujourd’hui les grandes banques centrales, notamment occidentales. Après avoir injecté des milliers de milliards de dollars dans l’économie mondiale durant les crises successives, elles savent qu’elles marchent désormais sur une ligne extrêmement étroite.
Toute la difficulté réside dans une question apparemment simple. Faut-il privilégier la stabilité des prix ou l’emploi ? Sur le papier, la réponse semble évidente : il faut les deux. Dans la réalité, les choses sont infiniment plus complexes. Lorsque l’inflation augmente, la banque centrale relève ses taux d’intérêt.
Cette hausse renchérit le crédit, freine la consommation, ralentit l’investissement et réduit progressivement la demande. Les prix finissent par se stabiliser. Mais ce traitement produit également des effets secondaires. Les entreprises investissent moins. Les recrutements ralentissent. Le chômage progresse. L’activité économique perd de sa vigueur.
À l’inverse, lorsque la banque centrale soutient fortement l’économie par des taux faibles, elle stimule la croissance et l’emploi mais prend le risque d’alimenter les tensions inflationnistes. Ainsi, chaque décision ressemble à un arbitrage douloureux. La Fed ne choisit jamais entre le bien et le mal. Elle choisit entre deux souffrances.
À première vue, cette préférence peut sembler injuste. Après tout, le chômage détruit des vies. Il fragilise les familles. Il nourrit les tensions sociales. Il peut même compromettre durablement les perspectives d’une génération entière. Pourquoi alors les banques centrales semblent-elles souvent plus préoccupées par l’inflation ?
La réponse est d’abord politique. Un chômeur souffre profondément, mais son malheur reste individuel. L’inflation, elle, touche simultanément toute la population. Chaque passage à la caisse devient un rappel permanent de la hausse des prix. Chaque facture d’électricité, chaque plein de carburant, chaque achat alimentaire transforme une abstraction économique en expérience quotidienne.
L’inflation possède donc une visibilité politique considérable. Elle nourrit rapidement le mécontentement populaire. Elle fragilise les gouvernements. Elle alimente les mouvements protestataires. Elle remet en question la crédibilité des institutions. Pour une Banque centrale, laisser s’installer une inflation durable revient souvent à signer son propre procès public.
Le chômage, même élevé, peut être attribué à des facteurs structurels, à la mondialisation, aux mutations technologiques ou aux tensions géopolitiques. L’inflation, en revanche, est presque toujours perçue comme un échec monétaire.
Pour justifier leurs décisions, les banques centrales invoquent fréquemment des règles théoriques. Parmi elles figure la célèbre règle de Taylor. Cette approche suggère qu’une banque centrale doit réagir plus fortement aux dérapages inflationnistes qu’aux fluctuations du chômage.
Pendant longtemps, cette doctrine a constitué une sorte de boussole intellectuelle. Mais les crises récentes ont révélé ses limites. Car les modèles économiques sont construits à partir du passé. Or le monde actuel est devenu extraordinairement imprévisible. Les pandémies paralysent les chaînes d’approvisionnement. Les guerres bouleversent les marchés énergétiques. Les tensions géopolitiques fragmentent le commerce mondial. Les changements climatiques affectent la production agricole. Les modèles traditionnels peinent à intégrer cette accumulation de chocs. La politique monétaire devient alors autant un exercice de jugement qu’un exercice de calcul.
Ces débats peuvent sembler lointains. Ils ne le sont pas. La Tunisie est elle aussi confrontée à un arbitrage extrêmement délicat entre stabilité des prix et soutien à l’activité. Depuis plusieurs années, l’économie tunisienne évolue dans un environnement marqué par une croissance faible, un chômage persistant, une inflation élevée et des tensions budgétaires importantes.
Dans ce contexte, la Banque centrale de Tunisie se trouve confrontée à une difficulté comparable à celle de la Fed, même si les échelles sont différentes. Relever les taux permet de limiter certaines pressions inflationnistes. Mais cela augmente également le coût du financement pour les entreprises. Or l’investissement privé est déjà insuffisant. Les PME rencontrent des difficultés croissantes. Les jeunes diplômés peinent à trouver des emplois stables. L’économie souffre d’un déficit chronique de création de richesse.
Plus encore, une partie significative de l’inflation tunisienne ne trouve pas son origine dans un excès de demande. Elle résulte de dysfonctionnements structurels : pénuries récurrentes, coûts logistiques élevés, faiblesse de la concurrence, dépendance énergétique, dépréciation du dinar et vulnérabilité aux chocs extérieurs.
Autrement dit, la politique monétaire seule ne peut résoudre le problème. Une hausse des taux ne fera pas apparaître davantage d’huile végétale, de café ou de médicaments sur les étagères. Elle ne supprimera pas les goulots d’étranglement logistiques. Elle ne restaurera pas instantanément la productivité.
L’un des personnages les plus fascinants de l’histoire économique récente demeure sans doute Ben Bernanke. Lorsque la crise des subprimes éclata, les recettes traditionnelles semblaient insuffisantes. Face au risque d’effondrement général, Bernanke décida d’explorer des territoires inconnus. Les achats massifs d’actifs, les politiques monétaires non conventionnelles et les interventions exceptionnelles ont profondément transformé le rôle des banques centrales. Cette expérience laisse un enseignement fondamental.
L’orthodoxie économique est utile en période normale. Mais les périodes exceptionnelles exigent parfois du courage intellectuel. Les banques centrales ne doivent pas devenir esclaves de leurs modèles. Elles doivent conserver la capacité d’innover lorsque les circonstances l’exigent.
Au fond, la question dépasse largement la seule inflation. Elle touche à la manière dont nos sociétés arbitrent entre stabilité économique et cohésion sociale (« Assabiya ou Asabiyya », selon Ibn Khaldoun). Une inflation incontrôlée détruit progressivement la confiance collective. Mais un chômage durable détruit tout autant l’espérance collective. L’un attaque la monnaie. L’autre attaque le tissu social. La mission des banques centrales consiste précisément à naviguer entre ces deux dangers.
La Fed, comme la Banque centrale de Tunisie, savent qu’il n’existe pas de solution parfaite. Seulement des compromis. Seulement des risques à hiérarchiser. Seulement des choix difficiles dont les conséquences se mesureront parfois des années plus tard. Voilà pourquoi les banquiers centraux ressemblent de plus en plus à des funambules. Sous leurs pieds, le fil est tendu entre inflation et chômage. À gauche, le gouffre de la perte du pouvoir d’achat.À droite, celui de l’exclusion économique.
Et tandis que les marchés, les gouvernements, les médias et les citoyens observent chacun de leurs mouvements, ils avancent lentement, conscients qu’un faux pas peut faire vaciller bien davantage qu’une institution : l’équilibre économique et social tout entier.
C’est là toute la tragédie de la politique monétaire moderne. Gouverner la monnaie n’est plus seulement une affaire de chiffres. C’est devenu un exercice d’équilibriste où se jouent simultanément la prospérité, la stabilité et parfois même la paix sociale. Sur ce fil du rasoir, la technique rencontre l’humain, et l’économie révèle finalement sa véritable nature : une science des choix impossibles.
* Dr. Tahar EL ALMI,
Economiste-Economètre.
Ancien Enseignant-Chercheur à l’ISG-TUNIS,
Psd-Fondateur de l’Institut Africain
D’Economie Financière (IAEF-ONG)
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À l’évidence, l’économie nationale n’a pas pleinement profité au plan mondial, tout au long de ces 15 dernières années, du choc démocratique à cause du bouillonnement et de l’instabilité post-révolution, ballottée qu’elle était par la déferlante et les dissensions politiques. En dépit de leur importance et de leurs retombées sur la croissance dont les besoins en ressources financières et en investissements n’ont jamais été aussi élevés, les TIF n’ont pas soulevé les montagnes si l’on en juge par la faible évolution des IDE.
Le TIF 2026 vient à point nommé pour cocher toutes les cases d’une croissance atone, privée de carburant, d’oxygène et de sources de motivation. Il sonne à son heure pour replacer l’investissement, en chute libre, au cœur des préoccupations et de l’action gouvernementale, pour évacuer au plus vite nuages, attentisme et climat délétère, qui sont de nature à refroidir l’ardeur entrepreneuriale.
Le TIF 2026, de par son ambition, c’est plus qu’un appel d’air dans le ciel chargé du pays. C’est notre planche de salut dans un contexte mondial marqué par les tensions, l’explosion des prix, les guerres et les bouleversements géopolitiques. Il est chargé de signes, de symboles et de sens. Il brise d’abord un tabou, et ce n’est pas le moindre de sa signification, né d’un effroyable malentendu. Il met fin à une terrible confusion aux retombées peu recommandables et très préjudiciables pour le pays. Il apporte un cinglant démenti aux agitprops, les va-t-en-guerre contre toute forme d’investissements étrangers. Lesquels se sont emparés à tort du mot d’ordre « compter sur nous-mêmes » pour monter sur leurs grands chevaux, sabre au clair, pour fustiger, torpiller, cibler les IDE et toute forme de financement extérieur, dans l’espoir de les faire capoter : allez savoir pourquoi.
Le TIF 2026, de par son ambition, c’est plus qu’un appel d’air dans le ciel chargé du pays. C’est notre planche de salut dans un contexte mondial marqué par les tensions, l’explosion des prix, les guerres et les bouleversements géopolitiques.
Le TIF 2026 réaffirme avec subtilité notre attachement aux investissements étrangers et notre volonté d’accentuer notre insertion dans les chaînes d’approvisionnement et de valeur mondiales. Il met un point final aux gesticulations d’apprentis sorciers qui se sont récemment bruyamment manifestés à l’occasion d’octroi, dans les règles de l’art et tout à l’avantage du pays, de concessions photovoltaïques à des sociétés étrangères. On ne comprend rien à ce déluge d’hostilité, d’incivilité et d’indécence, alors que le pays en tire un énorme bénéfice. Ils voulaient faire croire, contre toute évidence, que le pays n’a plus la maîtrise de son destin, qu’il capitule, mettant ainsi en péril notre souveraineté nationale alors que la réalisation de ces projets par ces mêmes sociétés – une goutte d’eau dans l’océan du Sahara tunisien – vise essentiellement à renforcer notre souveraineté énergétique, autant dire notre souveraineté nationale. Et ce n’est pas, une fois de plus, le moindre mérite du TIF 2026 que de remettre les pendules des IDE à l’heure d’une compétition internationale aux relents guerriers. N’en déplaise aux pseudo-experts dont la vacuité morale et intellectuelle mènera au naufrage de l’économie et à un suicide collectif.
Venons-en maintenant aux faits. L’organisation du TIF 2026 est certes nécessaire mais pas suffisante, elle ne saurait à elle seule constituer le point de départ d’une reprise de l’investissement et d’un redressement de l’économie nationale qui a nettement régressé sur le plan régional et mondial. Elle n’a d’efficacité que si elle est conçue et perçue comme l’aboutissement final, l’ultime étape d’un programme global de réformes structurelles à l’effet de délester l’économie de ses poids morts, de ses coûts cachés, de ses dysfonctionnements et de ses incohérences. Ultime objectif : améliorer autant que faire se peut l’environnement des entreprises et le climat des affaires. Il n’est aucun facteur qui ne soit à ce point déterminant : sécurité juridique de l’investissement, stabilité fiscale, législation du travail en ligne avec la marche du monde… C’est peu dire qu’il faut libérer les entreprises de l’emprise et des griffes de la bureaucratie administrative, qui n’envisage la révolution numérique qu’avec parcimonie et à dose homéopathique.
L’organisation du TIF 2026 est certes nécessaire mais pas suffisante, elle ne saurait à elle seule constituer le point de départ d’une reprise de l’investissement et d’un redressement de l’économie nationale qui a nettement régressé sur le plan régional et mondial.
De quoi avons-nous besoin pour nous attirer la sympathie, accélérer et renforcer l’accueil et l’installation d’investisseurs et de pourvoyeurs de fonds étrangers? Sans nul doute d’un apaisement général, d’un véritable consensus autour de la notion de valeur travail. Syndicat-patronat-État, même combat. Besoin aussi de construire sur des bases saines la confiance sans laquelle il serait vain d’espérer un réarmement industriel.
De quoi avons-nous besoin pour dissiper scepticisme, doute et hésitation des marchés et des investisseurs ? Sans doute aussi d’un mode de gouvernance qui scelle la réconciliation entre investissement privé et public, entre marché et État, qui donne plus de crédibilité au PPP toujours au point mort. Le principe de précaution de l’Administration et son cortège d’incertitude sont passés par là.
On ne s’avise pas à jouer dans la cour des grands, à vouloir rivaliser avec les meilleurs sans faire valoir une infrastructure et une logistique de tout premier plan. Port en eau profonde dont on n’arrête pas de parler sans jamais le réaliser, liaisons maritimes, aériennes, ferroviaires, et un réseau autoroutier de leur temps. Nos infrastructures sont à des années-lumière des standards mondiaux. On ne peut faire l’économie d’une connectivité à tous égards comparable à celle de nos compétiteurs. À défaut d’en faire la démonstration à l’occasion du TIF 2026, osons au moins l’annoncer avec force conviction, dans l’espoir d’honorer nos engagements.
De quels leviers avons-nous besoin pour soulever et porter au plus haut niveau les investissements à forte intensité technologique et à forte valeur ajoutée, ne serait-ce que pour limiter l’exode des cerveaux ? Sûrement pas de dumping social ou fiscal aux lendemains incertains. Pas plus que d’un code des changes désuet et de réglementation douanière d’une incroyable ambiguïté conçus au seul effet de sanctionner sans discernement, fût-ce de manière souvent peu orthodoxe. Il serait plus pertinent de mettre en avant l’argument de la qualité de vie, notamment dans l’arrière-pays : écoles privées, soins médicaux, loisirs, habitat, mobilité, sécurité… pour stimuler l’appétit des investisseurs aussi bien locaux qu’étrangers.
De quels leviers avons-nous besoin pour soulever et porter au plus haut niveau les investissements à forte intensité technologique et à forte valeur ajoutée, ne serait-ce que pour limiter l’exode des cerveaux ? Sûrement pas de dumping social ou fiscal aux lendemains incertains.
Et pour couronner le tout, il faut tout faire pour élever en permanence la courbe de satisfaction des 3 000 entreprises étrangères installées chez nous. Leur enracinement dans le pays sans chercher à se déployer ailleurs pour sécuriser leurs chaînes d’approvisionnement est le meilleur message que l’on puisse envoyer en dehors pour valoriser et renforcer l’attractivité du site Tunisie.
Où en sommes-nous de tous ces arguments qui sont autant de supports et de leviers pour repositionner la Tunisie au cœur des chaînes mondiales d’approvisionnement et de valeur ? Le moment s’y prête. Il y a aujourd’hui, au vu du mouvement de recomposition des chaînes de valeur en Europe, une fenêtre d’opportunité pour l’économie tunisienne de monter en gamme et en grade, passer du statut d’atelier à celui d’usine de l’Europe tout en développant nos laboratoires de recherche. Passer du made in Tunisia au made by Tunisia.
En matière d’attractivité, il n’y a pas de mystère, pas plus qu’il n’y a de miracle. Nous avons perdu, ces quinze dernières années, beaucoup de temps qu’il faut rattraper au prix d’une accélération des réformes structurelles, d’une réhabilitation et d’une reconnaissance assumées des chefs d’entreprise nationaux. La crédibilité de l’État est certes déterminante, mais le statut réservé aux capitaines d’industrie locaux, leur notoriété et leur rayonnement à l’international ne le sont pas moins pour attirer les investisseurs et les financiers étrangers. Sans champions nationaux, il ne peut y avoir de puissantes locomotives pour tirer l’ensemble des wagons de l’économie nationale. Plus ils sont nombreux, solides et en confiance, plus grande sera la capacité d’expansion de l’économie. Et plus ils entraîneront dans leur sillage, via des partenariats stratégiques, investisseurs et financiers étrangers. Cela est d’autant plus vrai que les grands groupes privés ont fait preuve d’une extraordinaire résilience quand les entreprises publiques, qui tenaient par le passé le haut du pavé, sont aujourd’hui en état de mort cérébrale.
Le jour où il n’y aurait plus de grains de sable à répétition de nature à enrayer la machine de l’investissement, ce jour-là, les investisseurs de tout bord choisiront d’eux-mêmes le site Tunisie…
C’est à ces conditions, au prix d’une révolution copernicienne, que le TIF 2026 préparera de nouveau la rentrée de la Tunisie dans le club des pays émergents, en nous faisant prendre un raccourci inéluctable. Qu’on se le dise. Le jour où il n’y aurait plus de grains de sable à répétition de nature à enrayer la machine de l’investissement, ce jour-là, les investisseurs de tout bord choisiront d’eux-mêmes le site Tunisie. D’autant que par son histoire, son passé, son climat, sa centralité aux confins de l’Europe, de l’Afrique et du M.-O., le pays a toujours été dans son rôle de fenêtre sur le monde. Un pays où il fait bon vivre, investir et travailler.
À quand la résurrection ?
L’article TIF 2026 : le rendez-vous de la reconquête économique est apparu en premier sur Leconomiste Maghrebin.
Commençons par reconnaître l’intention, car elle est respectable : demander une contribution particulière aux patrimoines les plus élevés répond à un objectif d’équité. La vraie question n’est pas là. Elle est de savoir si cet impôt rapporte vraiment et l’expérience internationale invite à la prudence.
L’OCDE a recensé douze pays qui le prélevaient en 1990; ils n’étaient plus que quatre en 2017. Et son produit reste généralement compris entre 0,1 et 0,4 % du produit intérieur brut. Autrement dit, il pèse très peu dans les recettes d’un État.
Pourquoi si peu ? Parce qu’un impôt sur la fortune ne vaut que par sa capacité à identifier le patrimoine et à lui donner une valeur. Et c’est là que la mécanique se grippe. L’assiette, c’est-à-dire ce qui entre réellement dans le calcul de l’impôt, est facile à établir pour un compte en banque, mais beaucoup moins pour un immeuble qui ne se vend pas tous les jours, un fonds de commerce, une part de société non cotée ou une collection : leur valeur ne se lit pas sur un relevé, elle se déclare, s’expertise et finit souvent par se discuter.
« En Tunisie, où une part importante du patrimoine n’est pas encore enregistrée et où l’informalité reste forte, la base que l’on parvient réellement à taxer sera étroite; alors que le coût pour gérer, vérifier et contester, lui, ne le sera pas ».
En Tunisie, où une part importante du patrimoine n’est pas encore enregistrée et où l’informalité reste forte, la base que l’on parvient réellement à taxer sera étroite; alors que le coût pour gérer, vérifier et contester, lui, ne le sera pas. À ce coût supporté par l’administration s’ajoute un coût privé, tout aussi réel pour le contribuable : faire évaluer ses biens; réunir et conserver les justificatifs; répondre aux demandes; et, parfois, contester. On voit alors le risque : un impôt coûteux pour l’administration comme pour le contribuable, et dont le rendement net peut rester faible une fois tous ces frais déduits.
Il faut d’ailleurs cesser de le regarder seulement comme une recette : en obligeant chacun à déclarer ce qu’il possède, il produit surtout de l’information sur les patrimoines. Sa principale production serait donc moins de la recette que de la donnée.
Le vrai sujet n’est pas le taux, qui reste modéré ; c’est le comportement que l’impôt encourage. Un impôt sur la fortune frappe le capital que l’on possède et non le revenu que l’on dépense : il pèse donc sur celui qui investit, immobilise et prend des risques et il épargne celui qui consomme.
Prenons un cas simple. Imaginons un placement qui rapporte 2 % par an et un impôt qui prélève chaque année 1 % de sa valeur : avant même l’impôt sur le revenu, la moitié du rendement est déjà partie. Quand un bien rapporte peu, prélever une fraction de sa valeur revient ainsi à entamer le capital lui-même.
« Un impôt sur la fortune frappe le capital que l’on possède et non le revenu que l’on dépense : il pèse donc sur celui qui investit, immobilise et prend des risques, et il épargne celui qui consomme ».
Un impôt sur le capital reste supportable tant que le rendement normal de l’actif suffit à l’absorber ; il devient distorsif dès lors que le contribuable doit vendre, désinvestir ou distribuer des dividendes pour le payer. L’investisseur réagit alors de façon prévisible : il préfère des placements liquides, peu visibles, ou logés hors du champ de l’impôt. Autrement dit une épargne défensive qui dort, plutôt que l’entreprise, l’emploi et l’innovation.
Le cas de l’entrepreneur est le plus parlant : sa fortune n’est souvent qu’une valeur sur le papier, celle de son outil de travail, qu’il n’a pas encore transformée en argent. Pour payer l’impôt, il peut être contraint de puiser dans la trésorerie de la société, voire de se verser des dividendes supérieurs aux bénéfices. Un effet que la Norvège a vu se produire concrètement. L’attractivité du pays, enfin, ne se joue pas dans un grand basculement, mais à la marge, décision par décision ; et à fiscalité comparable, le signal que l’on envoie compte souvent autant que le chiffre que l’on inscrit.
L’histoire récente est plutôt un avertissement qu’un encouragement et elle mérite d’être lue calmement. L’Allemagne a renoncé à son impôt sur la fortune après que sa Cour constitutionnelle eut jugé, en 1995, qu’évaluer les biens de manière inégale d’un contribuable à l’autre rompait l’égalité devant l’impôt. La Suède l’a supprimé en 2007 parce qu’il rapportait peu et faisait fuir les contribuables. L’Autriche et le Danemark l’avaient fait avant elle. La France, en 2018, a préféré le recentrer sur le seul immobilier, par souci d’attractivité.
Ces exemples ne disent pas que l’impôt est impossible ; ils rappellent qu’il devient fragile dès que l’évaluation des biens prête à discussion ou que les contribuables peuvent déplacer leur résidence. L’illustration la plus frappante est toute récente : après que la Norvège eut relevé son taux en 2022, plusieurs centaines de contribuables fortunés ont quitté le pays. Soit 261 en 2022 et 254 en 2023 selon le centre de recherche Civita. Le troisième homme le plus riche du pays s’installant en Suisse.
Pour la Tunisie, j’en retire une leçon simple : un impôt sur la fortune ne tient que s’il reste modéré, lisible et accompagné d’une coopération réelle entre administrations fiscales. Sans cela, il fait surtout partir la richesse qu’il espérait taxer.
L’Espagne illustre l’écueil inverse : la concurrence entre ses régions a vidé l’impôt de sa substance à Madrid. Ce qui a obligé l’État central à créer, en 2022, un impôt de solidarité pour combler le manque. Pour la Tunisie, j’en retire une leçon simple : un impôt sur la fortune ne tient que s’il reste modéré, lisible et accompagné d’une coopération réelle entre administrations fiscales. Sans cela, il fait surtout partir la richesse qu’il espérait taxer.
Plutôt que de se demander si l’on est pour ou contre, posons les conditions qui rendraient cet impôt soutenable. La première est la clarté juridique. En matière fiscale, ce qui est taxé et ce qui est exonéré doit être décidé par la loi et non par un commentaire administratif ou par une case de formulaire. Or, dès la première année, une note commune et un imprimé déclaratif déplacent en pratique le périmètre voté par le législateur. Cela fragilise l’ensemble et plaide pour que ces choix soient consolidés par un texte de même rang que la loi.
La deuxième condition est la méthode d’évaluation. Tant qu’il n’existe pas de règle de valorisation claire, opposable et discutée de façon contradictoire, l’impôt se transforme en négociation au cas par cas. Et la négociation devient une source d’insécurité pour tout le monde, le contribuable comme l’administration.
La troisième est la mesure. Le seuil et le tarif devraient être calibrés sur la réalité d’une économie dont le revenu par habitant reste quatre à sept fois inférieur à celui des pays qui maintiennent cet impôt, avec un rendez-vous régulier pour réexaminer le dispositif. Le souvenir de 2014, où un impôt foncier fut introduit puis abrogé dans l’année, invite à cette prudence.
J’y ajouterais une exigence de cohérence : on ne peut pas, la même année, exonérer largement les dépôts dans la loi et resserrer cette exonération dans la doctrine. Un impôt sur la fortune réussi est d’abord un impôt que chacun comprend. Faute de quoi il reste, trop souvent, un symbole qui coûte plus qu’il ne rapporte.
Oui, et il est réel. En matière fiscale, la question n’est pas seulement de savoir si l’impôt est utile ou juste ; il faut aussi savoir qui a le droit d’en tracer les frontières. Sur ce point, notre droit est clair. La Constitution du 25 juillet 2022 réserve à la loi, par son article 75, le soin de fixer l’assiette des impôts, leurs taux et les modalités de leur recouvrement. Et son article 76 confirme la règle en renvoyant tout le reste au pouvoir réglementaire, c’est-à-dire à l’administration.
En clair, décider de ce qui est imposé ou exonéré appartient au législateur. C’est une règle de bon sens démocratique : celui qui paie l’impôt doit pouvoir retrouver ses obligations dans la loi, et non dans une instruction ou une case de formulaire. La difficulté apparaît précisément lorsque la note ou l’imprimé déplace, en pratique, ces frontières. Trois exemples le montrent. Pour l’exonération des participations professionnelles, ils introduisent un seuil de détention de 50 % que l’article 88 ne formule pas. Ils paraissent aussi resserrer, dans le développement administratif, l’exonération large que la loi attache aux fonds déposés. Et ils traitent comme exonérés certains produits financiers, notamment l’assurance-vie et les comptes épargne en actions, alors que la loi ne les nomme pas expressément. Aucun de ces choix n’est neutre, car ils touchent au cœur de ce que seul le législateur peut décider.
Et l’enjeu dépasse même notre seul droit interne. Parce qu’il atteint ce que les personnes possèdent, l’impôt sur la fortune met en jeu des droits fondamentaux que la Tunisie s’est engagée à respecter : le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, qu’elle a ratifié, garantit l’égalité devant la loi et la non-discrimination, ainsi que le droit à un examen équitable des différends. Un impôt dont le montant dépend fortement de valeurs estimées au cas par cas, ou dont les frontières pratiques se déduisent d’une note plutôt que de la loi, doit donc être conçu avec une vigilance particulière au regard de l’égalité de traitement et des garanties procédurales.
« … l’impôt sur la fortune met en jeu des droits fondamentaux que la Tunisie s’est engagée à respecter : le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, qu’elle a ratifié, garantit l’égalité devant la loi et la non-discrimination, ainsi que le droit à un examen équitable des différends ».
La jurisprudence comparée n’oblige pas la Tunisie, mais elle balise le terrain avec précision. Saisie de l’impôt français sur la fortune lui-même, la Cour européenne des droits de l’homme l’a jugé compatible avec le droit de propriété, au prix d’une réserve nette : un tel impôt n’est admis que s’il demeure proportionné et ne tourne pas à la confiscation. La même idée d’égalité devant l’impôt avait conduit, en 1995, la Cour constitutionnelle allemande à invalider un impôt sur la fortune assis sur des valeurs estimées de manière inégale d’un contribuable à l’autre. La convergence est nette : la solidité d’un impôt sur le capital se mesure autant à sa base légale et à son égalité qu’à son taux.
Le devoir de payer l’impôt, que rappelle l’article 15 de la Constitution, trouve sa contrepartie dans la légalité fiscale : les règles du jeu doivent être posées par la loi et votées par la représentation nationale. Tant que ce n’est pas le cas, le dispositif reste exposé à une critique sérieuse, sur le terrain de la légalité, de la constitutionnalité comme des droits fondamentaux du contribuable. La question, au fond, n’est pas seulement fiscale, elle est démocratique : qui décide de ce que l’on taxe, le Parlement ou l’administration ? La réponse devrait aller de soi : faire dire par la loi ce que la note a voulu dire.
Propos recueillis par Talel BAHOURY
*Rekik InTax Advisory · Tax Advisory | Transfer Pricing | Compliance &Reporting
Omar REKIK, ADIT · Expert-comptable membre de l’OECT · LL.M. Droit fiscal et contentieux administratif
Tél : +216 29 669 366 · o.rekik@rekikintaxadvisory.com
Document préparatoire à des fins d’entretien et d’analyse. Les positions exprimées engagent leur auteur et ne constituent ni un avis juridique ou fiscal individualisé ni une consultation. Les références internationales sont auditables et présentées selon la norme ISO 690. © Rekik InTax Advisory 2026.
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Pendant des décennies, elles ont cultivé cette image de gardiennes omniscientes de la stabilité. Une hausse des taux d’intérêt pour refroidir l’économie. Une baisse des taux pour relancer la machine. Quelques ajustements techniques, quelques opérations sur les marchés monétaires, et l’équilibre semblait préservé.
Aujourd’hui, pourtant, quelque chose s’est brisé. Derrière les discours prudents des gouverneurs de banques centrales, derrière les formulations diplomatiques des communiqués officiels, un aveu de faiblesse apparaît. Les certitudes d’hier vacillent. Les recettes qui semblaient infaillibles fonctionnent de moins en moins. Les modèles prédictifs se trompent davantage. Les crises surgissent là où personne ne les attendait.
Les économistes eux-mêmes semblent parfois désorientés face à un monde qui refuse obstinément de se comporter comme leurs équations l’avaient prévu. Le constat est d’autant plus saisissant qu’il intervient après près d’un demi-siècle de domination intellectuelle quasi absolue de la pensée monétaire orthodoxe. L’heure est peut-être venue de reconnaître que les grands prêtres de la monnaie ne maîtrisent plus totalement les forces qu’ils prétendaient gouverner.
L’histoire économique récente est celle d’une obsession. Une obsession née dans les années 1980 après les flambées inflationnistes des décennies précédentes. Cette obsession avait un chiffre : 2 %. Elle avait un parrain, Jean Claude Trichet, Gouverneur de la Banque de France et par la suite grand Manitou de la Banque Centrale Européenne. En Tunisie, cette même obsession avait aussi un chiffre : 2.9 %, arrondi à 3% depuis 2012.
Peu à peu, ce seuil est devenu bien davantage qu’un simple objectif technique. Il s’est transformé en véritable doctrine. Dans les salles de marché de New York, dans les bureaux de la Banque centrale européenne, dans les institutions financières internationales ou dans les universités les plus prestigieuses, une conviction s’est imposée partout, y compris en Tunisie, à la BCT : maîtriser l’inflation constituait la mission suprême de la politique économique.
Tout le reste devenait secondaire. L’emploi pouvait attendre. Les salaires pouvaient stagner. Les inégalités pouvaient se creuser. L’essentiel consistait à protéger la stabilité des prix. Cette vision trouvait sa légitimité dans les travaux de l’économiste monétariste Milton Friedman, dont l’influence intellectuelle a profondément marqué les politiques économiques occidentales, et par ricochet, les politiques économiques des pays en transition/émergents. La lutte contre l’inflation devint alors une croisade mondiale. Les banques centrales gagnèrent leur indépendance vis-à-vis des gouvernements afin de mener cette mission sans subir les pressions politiques. Sur le papier, l’idée semblait séduisante. Confier la monnaie à des techniciens afin de la soustraire aux tentations électoralistes. Mais à force de regarder exclusivement le thermomètre de l’inflation, beaucoup ont oublié d’observer l’état général du patient.
Ironie de l’histoire, les banques centrales ont finalement obtenu ce qu’elles cherchaient. L’inflation a effectivement disparu pendant de longues années dans la plupart des économies développées. Les prix semblaient sous contrôle. Les statistiques étaient rassurantes. Les modèles économiques paraissaient validés. Pourtant, derrière cette apparente victoire, d’autres déséquilibres se développaient silencieusement.
Les ménages s’endettaient davantage. Les entreprises empruntaient massivement. Les marchés financiers gonflaient sous l’effet d’une liquidité abondante. Les prix des actifs immobiliers et financiers s’envolaient. La richesse se concentrait. La spéculation prospérait.
Comme souvent dans l’histoire économique, l’excès de confiance a fini par masquer les fragilités profondes. La crise financière mondiale de 2008 est venue brutalement rappeler que la stabilité des prix n’était pas synonyme de stabilité économique. Les banques centrales avaient gagné leur guerre contre l’inflation mais perdu de vue les risques systémiques qui s’accumulaient sous leurs yeux. Elles avaient regardé le ciel pendant que la terre se fissurait sous leurs pieds.
Depuis la crise de 2008, les mauvaises surprises s’accumulent. Pandémie mondiale. Ruptures des chaînes logistiques. Crises énergétiques. Conflits géopolitiques. Guerres commerciales. Montée des tensions protectionnistes. Dérèglements climatiques. Chaque choc semble défier les certitudes héritées de l’ancienne mondialisation. Le problème fondamental est peut-être là.
Les modèles dominants ont été construits pour décrire un monde relativement stable, prévisible et rationnel. Or nous vivons désormais dans un univers caractérisé par l’incertitude permanente. Les comportements humains restent imprévisibles. Les marchés réagissent souvent à l’émotion davantage qu’à la raison. Les investisseurs alternent euphorie et panique. Les anticipations changent brutalement. L’économie réelle refuse obstinément de se conformer aux schémas théoriques. Et plus les économistes tentent d’affiner leurs modèles, plus la réalité semble leur échapper. Comme si la complexité du monde contemporain progressait plus vite que les outils censés l’expliquer.
Dans ce grand désarroi intellectuel, une voix venue du passé refait surface. Celle de l’économiste Hyman Minsky. Longtemps ignoré par les cercles dominants, Minsky avait développé une idée simple mais révolutionnaire : le capitalisme est intrinsèquement instable. Selon lui, les crises ne sont pas des accidents exceptionnels. Elles sont le produit naturel du fonctionnement du système. Lorsque tout va bien, les acteurs prennent davantage de risques. Lorsque les profits augmentent, les dettes progressent. Lorsque les marchés montent, l’optimisme devient excessif.
Puis vient inévitablement le moment où l’édifice vacille. Cette intuition paraît aujourd’hui presque prophétique. Car le monde contemporain ressemble étrangement à la description qu’il avait faite il y a plusieurs décennies. L’endettement mondial atteint des niveaux records. Les marchés financiers demeurent hypersensibles. Les États accumulent des déficits gigantesques. Les bulles spéculatives continuent d’apparaître sous différentes formes. Minsky avait compris ce que beaucoup refusaient d’admettre : l’économie n’est pas naturellement stable. Elle oscille en permanence entre euphorie et fragilité.
Pour la Tunisie, ce bouleversement intellectuel mondial revêt une importance particulière. Notre pays évolue dans un environnement déjà marqué par de nombreuses fragilités structurelles. Croissance insuffisante. Faiblesse de l’investissement. Endettement élevé. Pressions inflationnistes persistantes. Déficits extérieurs récurrents. Chômage des jeunes diplômés. Érosion du pouvoir d’achat.
Dans ce contexte, l’affaiblissement des repères traditionnels de la politique économique internationale crée une difficulté supplémentaire. Pendant longtemps, les recommandations étaient relativement claires : maîtriser les déficits, contenir l’inflation, stabiliser la monnaie. Ces objectifs demeurent importants. Mais ils ne suffisent plus.
La Tunisie découvre progressivement ce que de nombreux pays ont compris avant elle : aucune politique monétaire, aussi rigoureuse soit-elle, ne peut à elle seule produire la croissance, l’emploi et la prospérité. Le taux directeur de la Banque centrale de Tunisie peut influencer le coût du crédit. Il ne peut pas moderniser une administration. Il ne peut pas améliorer la qualité de l’enseignement. Il ne peut pas rénover les infrastructures. Il ne peut pas restaurer la confiance des investisseurs. Il ne peut pas transformer la structure productive du pays. La politique monétaire est un outil. Elle n’est pas une stratégie de développement.
Cette remise en question réactive des débats que l’on croyait clos. Les idées de John Maynard Keynes retrouvent une étonnante actualité. L’État doit-il jouer un rôle plus actif dans l’économie ? Les investissements publics peuvent-ils stimuler durablement la croissance ? Faut-il privilégier la lutte contre l’inflation ou le soutien à l’emploi ? Comment concilier discipline budgétaire et cohésion sociale ? Ces interrogations traversent aujourd’hui les grandes économies comme les pays émergents.
Elles concernent directement la Tunisie. Car derrière les indicateurs macroéconomiques se trouvent des réalités humaines. Des familles confrontées à la hausse du coût de la vie. Des entrepreneurs qui hésitent à investir. Des jeunes diplômés qui cherchent leur place dans l’économie. Des retraités dont le pouvoir d’achat s’érode. Des régions entières qui attendent encore les fruits du développement. L’économie n’est jamais uniquement une affaire de chiffres. Elle est d’abord une affaire de vies humaines.
Le physicien Max Planck affirmait que la science progresse « un enterrement à la fois ». La formule peut paraître brutale. Elle décrit pourtant un phénomène universel : les paradigmes intellectuels résistent toujours aux faits qui les contredisent. Nous assistons peut-être aujourd’hui à l’une de ces grandes transitions. Non pas à la disparition de l’économie comme science, mais à la fin d’une certaine arrogance intellectuelle. Les banques centrales, – compris la BCT – découvrent que la maîtrise de l’inflation ne résout pas tous les problèmes. Les économistes redécouvrent que l’incertitude fait partie intégrante de la réalité.
Les gouvernements – y compris le nôtre -comprennent que les marchés ne s’autorégulent pas toujours. Et les citoyens réalisent que les équations les plus sophistiquées ne remplacent jamais le bon sens. Dans un monde devenu plus complexe, plus instable et plus fragmenté, la véritable compétence n’est peut-être plus de prétendre tout savoir. Elle consiste à accepter que certaines certitudes doivent être abandonnées.
Car les grandes crises économiques ne sont pas seulement des crises de croissance, de dette ou d’inflation. Elles sont aussi des crises de pensée.
Et c’est précisément ce que nous vivons aujourd’hui : le moment rare où une génération d’économistes découvre que les cartes avec lesquelles elle a appris à naviguer ne correspondent plus au territoire. Pour la Tunisie comme pour le reste du monde, le défi n’est donc plus simplement de trouver les bonnes réponses. Il est d’abord d’avoir le courage de poser de nouvelles questions.
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* Dr. Tahar EL ALMI,
Economiste-Economètre.
Ancien Enseignant-Chercheur à l’ISG-TUNIS,
Psd-Fondateur de l’Institut Africain
D’Economie Financière (IAEF-ONG)
L’article Décryptage – Économistes au bord de la crise de nerfs : le jour où les grands prêtres de la monnaie ont perdu leurs certitudes est apparu en premier sur Leconomiste Maghrebin.
L’article Europe. L’éternel combat des immigrés pour leur liberté est apparu en premier sur lecourrierdelatlas.
Le G7 permet des échanges directs entre chefs d’Etat ou de gouvernement, dans un cadre diplomatique multilatéral assez informel (avec une administration légère et l’absence de secrétariat permanent), pour traiter de sujets globaux, pas seulement économique, comme à l’origine).
Née à la suite du premier choc pétrolier (1973), la pratique a d’abord consisté à réunir les chefs d’Etat ou de gouvernement des puissances occidentales les plus industrialisées lors de sommets annuels. Le président français d’alors, V. Giscard d’Estaing, est à l’origine de l’initiative de transformer les discussions informelles de Washington, dites G5 (Etats-Unis, France, Royaume-Uni, Allemagne, Japon), en sommet annuel sur les questions économiques et financières (1975). Celui-ci permettait de répondre aux limites du Conseil de sécurité de l’ONU, peu actif en matière économique et insuffisamment représentatif (absence de deux grandes puissances économiques mondiales, le Japon et l’Allemagne). Progressivement, le sommet s’élargit à l’Italie (G6) puis au Canada (G7), ainsi qu’au président de la Commission européenne.
Ces sommets en forme de « directoire économique mondial » exercé par les pays industrialisés sont critiqués (par des Etats et des mouvements « altermondialistes » issus de la société civile) pour leur « déficit démocratique » et pour leur matrice idéologique néolibérale. En outre, plus de cinquante ans après sa création, le G7 ne correspond plus aux rapports de force mondiaux.
La crise financière de 2008-2009 (qui a surtout frappé les économies occidentales) a sapé un peu plus sa légitimité et justifié la création du G20 (en 1999) relativement plus ouvert et représentatif. Ce cadre de coordination intergouvernementale réunit puissances occidentales et puissances émergentes, d’abord au niveau des ministres des Finances et des gouverneurs des banques centrales, puis, pour la première fois, au niveau des chefs d’Etat ou de gouvernement en 2008, lors du sommet exceptionnel de Washington. Ce forum intergouvernemental représente les deux tiers de la population de la planète, 85% de son commerce et 90% de son PIB.
Ce rééquilibrage des rapports de force mondiaux correspond à une redistribution de la puissance, à la fin du monopole du récit « occidental » du monde et à un glissement du pivot des relations internationales de la zone transatlantique vers l’espace transpacifique. La force motrice de l’économie mondiale bascule en Asie, où vit plus de la moitié de la population mondiale. En trois décennies, la rivalité entre Etats-Unis et URSS a cédé la place à la compétition sino-américaine. Une reconfiguration des relations internationales nourrie par une émancipation et une montée en puissance de certains pays du Sud, auxquelles ont du mal à s’adapter les stratégies et diplomaties occidentales.
Les indices d’un déclin de l’hégémonie et les signes de contestation de sa domination (matérielle, symbolique) se multiplient. Sur le plan démographique, près de 15% seulement de la population mondiale vit en Occident. Une tendance à la régression qui se vérifie aussi sur le plan économique, comme le montrent les prévisions de croissance du FMI et l’évolution du partage du PIB mondial (en parité de pouvoir d’achat). Le poids des pays occidentaux dans la croissance mondiale et dans le PIB mondial devrait continuer à baisser.
Derrière cette désoccidentalisation du monde, il y a aussi un monde fragmenté, déséquilibré, marqué par l’effacement de toutescroyances et références communes, comme en témoigne la marginalisation du droit international. Comme si la conscience d’appartenir à un même monde déclinait, ce, au moment même où l’existence d’un intérêt commun est particulièrement manifeste et concrète. ..
L’article Le G7, un « club occidental » est apparu en premier sur Leconomiste Maghrebin.
« Une défaite stratégique », « On nous avait promis une victoire totale et nous avons un désastre total », « Benjamin Netanyahu se sera retrouvé devant le fait accompli ». Tels étaient les gros titres des médias israéliens, qu’ils soient de droite ou de gauche, pour une fois unanimes à dénoncer l’accord d’Islamabad. A savoir, un protocole d’accord avec l’Iran pour arrêter la guerre au Moyen-Orient sur tous les fronts, y compris au Liban.
C’est qu’aux yeux des Israéliens, l’accord conclu entre Washington et Téhéran est ainsi largement perçu comme une victoire de l’Iran. Pis, il renforce la République islamique tout en laissant sans réponse les exigences israéliennes.
« Le principal problème de cet accord, c’est que les questions importantes du point de vue d’Israël, celles liées au nucléaire, sont reportées à un avenir dont on ignore tout », conclut une ancienne responsable du renseignement israélien et spécialiste de l’Iran à l’Institut d’études de sécurité nationale (INSS).
Certes, il ne s’agit pas d’un accord final, mais selon les informations fuitées par la presse américaine, le texte prévoit grosso modo un cessez-le-feu de 60 jours sur « tous les fronts », y compris le Liban, ainsi que le déblocage du détroit d’Ormuz. En échange, le blocus opéré par la Navy américaine depuis le 13 avril sera levé. Un allégement des sanctions à l’encontre de l’Iran est prévu, « selon l’avancement d’un accord et l’engagement continu et de bonne foi » de l’Iran.
En effet, dans le détail, le texte fixe les grandes lignes pour la paix mais laisse en suspens des questions plus épineuses. Comme ar exemple : l’avenir du programme nucléaire iranien; le sort des stocks d’uranium hautement enrichi; la levée progressive des sanctions américaines; et le dégel ou non des milliards de dollars d’actifs iraniens qui demeurent en suspens.
Sur ce dernier point, Tel-Aviv redoute que le possible remboursement à l’Iran de quelque 24 milliards de dollars gelés à l’étranger permette au régime de financer la reconstruction des installations militaires détruites ou endommagées lors des raids américains et israéliens depuis un an.
Pour rappel, dans l’accord-cadre concernant la guerre en Liban, à aucun moment Israël n’est mentionné. C0pomme si l’allié privilégié des Américains, le pays qui aura mené des frappes contre l’Iran de concert avec l’armée américaine, était relégué au statut négligeable de sous-traitant américain.
« Non seulement Trump a ignoré Israël, mais il a, de fait, décidé à la place d’Israël, sans le consulter ni même le prévenir », note pour sa part Michael Horowitz, un expert sécuritaire indépendant qui évoque clairement un « déclin de l’influence d’Israël à Washington ».
Un déclin manifeste dans un contexte de tension extrême entre les deux alliés. Donald Trump n’avait-il pas hésité, lors d’une une conversation téléphonique houleuse avec Premier ministre israélien sur le bombardement israélien du Sud de Beyrouth, à le traiter comme quantité négligeable ? « T’es complètement cinglé ! Qu’est-ce que tu fous ? Tu serais en prison sans moi. Je t’ai sauvé les fesses. Tout le monde te déteste maintenant. Tout le monde déteste Israël à cause de ça », lui aurait lancé le milliardaire républicain, faisant référence au procès pour corruption visant le Premier ministre israélien depuis 2020.
Avalant la couleuvre, le Premier ministre israélien a préféré encaisser le coup en silence mais l’humiliation est totale. D’autant plus que la fin prévue des hostilités intervient à quelques mois d’élections législatives cruciales pour l’avenir politique du Premier ministre Benjamin Netanyahu ; lui, qui a fait de la lutte contre la menace iranienne un fonds de commerce électoral. Lui qui crie sur tous les toits depuis trente ans que la République islamique est à deux doigts de se doter de l’arme nucléaire.
Si Benjamin Netanyahu n’a pas encore réagi officiellement, les critiques ont fusé contre cet accord dans l’opposition. Ainsi, l’ancien Premier ministre, Naftali Bennett, principal rival de Netanyahu pour le prochain scrutin, a estimé que l’accord constituait un « tournant dangereux pour la sécurité d’Israël ».
Yaïr Golan, le chef du parti de gauche Les Démocrates, a lui affirmé que c’était « une mauvaise matinée pour Israël ». Il a déclaré que « ce matin, les citoyens israéliens se réveillent en découvrant un accord conclu entre les États-Unis et l’Iran, négocié au-dessus de la tête d’Israël, sans son consentement ni sa participation ».
Même son de cloche du côté de Yaïr Lapid, le chef officiel de l’opposition centriste. « Le régime iranien survit, les programmes sur les missiles balistiques et le nucléaire iranien se poursuivent », a-t-il constaté, en déplorant qu’Israël ait été traité « en protectorat recevant des instructions concernant sa sécurité nationale » de la part des États-Unis. Il évoque un Premier ministre « faible, malade, isolé et sans influence ».
Pauvre Bibi, un homme à terre rattrapé par sa karma de boucher de Gaza ; mais, charité chrétienne oblige, il n’est pas décent de tirer sur une ambulance.
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Comme nous l’affirmions récemment, l’un des plus grands dangers qui guettent nos structures publiques est leur propension à s’enfermer elles-mêmes dans des logiques bureaucratiques d’auto-préservation. Dans le secteur bancaire, cet enfermement prend une forme particulièrement insidieuse : celle du fétichisme de l’infrastructure. Pour s’auto-convaincre de leur modernisation, nos institutions affichent des budgets d’investissement spectaculaires : migration vers le Cloud, refonte des Core Banking Systems (CBS) ou déploiement de modules d’IA générative.
Pourtant, un examen approfondi de l’efficience opérationnelle post-intégration révèle un paradoxe flagrant. Les coûts d’exploitation augmentent, les circuits décisionnels s’allongent et la valeur ajoutée réelle peine à se matérialiser. Ce dysfonctionnement structurel démontre que l’on ne brise pas l’immobilisme en achetant simplement de la technologie « Plug-and-Play ». Superposer des couches logicielles de pointe sur des processus organisationnels obsolètes et des architectures silotées ne fait qu’automatiser la bureaucratie existante. La technologie ne crée pas de la performance par sa seule présence ; elle ne fait qu’amplifier l’efficacité (ou l’inefficacité) de la structure qui l’accueille. Prétendre que l’urgence opérationnelle ou le manque de temps nous imposent d’installer ces outils à la hâte, sans audit préalable de notre réceptivité, revient à justifier le financement à fonds perdus d’une modernisation de façade.
C’est précisément ici que se dissipe l’« illusion du rattrapage » que nous dénoncions il y a quelques jours. Vouloir enfermer le secteur financier tunisien dans une course effrénée pour combler un « retard numérique » théorique est une erreur stratégique. Cette vision pousse nos banques à acquérir des solutions exogènes standardisées à un rythme qu’elles ne peuvent absorber. Tout en occultant la seule question qui vaille : celle de notre capacité réelle d’assimilation. C’est pour rompre avec cette logique de consommation passive qu’intervient l’IMIB (Maturity Index for Banking Intelligence).
Que l’on ne s’y trompe pas : l’IMIB n’est pas une contrainte bureaucratique ou réglementaire de plus venant alourdir un secteur financier déjà sur-audité. Bien au contraire, il s’agit d’une police d’assurance contre le gaspillage de nos capitaux. Délaissant le contrôle de conformité formel pour une véritable culture de la preuve, l’IMIB est une matrice de diagnostic sectoriel qui évalue la viabilité d’une institution financière à travers quatre axes fondamentaux. A savoir :
La Maturité des Données (Data Readiness) : l’indice mesure l’intégrité, la traçabilité et la centralisation des données de la banque. Si les données sont silotées ou non qualifiées, l’IA la plus avancée ne produira que des prévisions erronées.
L’Autonomie Technologique (Vendor Lock-in Risk) : il jauge le degré de dépendance de la banque vis-à-vis des éditeurs étrangers. Une banque mature doit pouvoir auditer, paramétrer et faire évoluer ses modèles sans dépendre du bon vouloir technique ou tarifaire d’un tiers.
L’Agilité Managériale (Operational Agility) : il évalue la perméabilité des structures d’exécution. L’indice sanctionne la lourdeur des circuits de décision et valide la capacité de l’organisation à déployer des innovations en cycles courts.
La Rétention du Capital Humain (Talent Sustainability) : il audite la capacité de l’institution à intégrer, valoriser et stabiliser ses compétences critiques (Data Scientists, architectes Cloud, experts en cybersécurité) au sein de ses grilles managériales.
En mesurant ces dimensions, l’IMIB ne s’intéresse plus à ce qu’une banque dépense pour « rattraper » ses concurrents, mais à sa capacité structurelle et humaine à transformer un investissement technologique en levier de performance net.
Le cœur de la souveraineté financière nationale se joue désormais dans la couche invisible des flux de données. À l’ère de l’intelligence artificielle, se contenter d’un rattrapage de façade en externalisant aveuglément le stockage ou le traitement de ces informations critiques équivaut à une cession de souveraineté opérationnelle. Il ne s’agit pas ici de prôner une autarcie technologique ou un protectionnisme rétrograde – aucune institution au monde ne développe ses infrastructures de zéro -, mais bien de refuser une vassalisation algorithmique totale vis-vis des intégrateurs et géants de la Tech étrangers.
Si les modèles qui évaluent le risque de crédit, détectent la fraude ou modélisent le comportement des agents économiques tunisiens, sont des boîtes noires dont nous ne maîtrisons ni le code source, ni la logique décisionnelle, nos banques s’exposent à une vulnérabilité majeure. La maturité exige une maîtrise absolue de la chaîne de valeur de la donnée. L’IMIB permet d’auditer cette étanchéité en mesurant la capacité d’une banque à concevoir des modèles d’apprentissage adaptés aux spécificités de l’économie locale. Sans cette autonomie technique, le secteur financier national s’expose à un risque de subordination où les décisions de financement stratégiques seront dictées par des biais importés, totalement déconnectés des réalités de notre tissu entrepreneurial régional.
L’indicateur le plus critique de l’IMIB, et le véritable point de convergence de toutes nos analyses précédentes, reste le facteur humain. Ici surgit souvent l’objection de la prudence administrative : face à l’argent public et aux risques de fraude, les structures pyramidales et les comités pléthoriques seraient des remparts nécessaires. C’est confondre le contrôle et la paralysie. La dilution généralisée de la responsabilité à travers des comités redondants n’a jamais protégé une institution ; elle protège simplement le gestionnaire contre le risque d’exercer sa signature, tout en étouffant l’innovation.
Il existe une contradiction intenable à vouloir introduire des technologies de rupture en maintenant ces circuits paralysés par la méfiance systémique. Les experts de la Tech, les architectes Cloud et les Data Scientists exigent de l’agilité, de l’autonomie et une trajectoire d’évolution dynamique. Face à l’exode massif de cette élite vers l’Europe ou le Golfe, invoquer le fatalisme macroéconomique du différentiel salarial est une capitulation managériale commode. Le salaire est souvent le prétexte du départ, mais le manque de considération, la lourdeur des processus et le sentiment d’inutilité professionnelle en sont les déclencheurs réels. En refusant de moderniser notre gouvernance des talents sous prétexte que nous ne pouvons pas rivaliser avec les devises étrangères, nous acceptons passivement de subventionner à fonds perdus la transformation numérique de l’Occident avec l’argent du contribuable tunisien.
L’heure n’est plus aux indignations stériles sur le conservatisme des structures, ni aux investissements cosmétiques dictés par les effets de mode. Les conseils d’administration de nos institutions financières doivent urgemment intégrer la maturité technologique et algorithmique au cœur de leurs rapports de gestion annuels, non pas comme un indicateur technique secondaire, mais comme le pilier central de leur viabilité économique à long terme.
Les opinions exprimées dans cette tribune reflètent une analyse économique et technique personnelle et n’engagent que leur auteur.
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Il semble acquis que Netanyahu a échoué dans ses tentatives de maintenir en l’état les hostilités entre Washington et Téhéran. Son échec de saboter la paix que le monde entier réclame, l’a plongé dans le désespoir. Il ne peut rien faire d’autre que ruminer, la mort dans l’âme, la peine et la haine qui le rongent.
En effet, les dernières informations, confirmées à Washington et Téhéran, indiquent que les deux partie sont arrivées à un Mémorandum d’accord qui sera signé le vendredi 19 juin à Genève. L’effet immédiat de ce Mémorandum sera l’arrêt de la guerre, la levée du blocus sur l’Iran et l’ouverture du détroit d’Ormuz à la navigation. Le Mémorandum prévoit également que les deux parties auront 60 jours pour arriver à un accord final concernant tous les problèmes en suspens : les sanctions contre l’Iran, les avoirs gelés de l’Iran, la question nucléaire et la paix dans la région.
Il serait instructif de passer en revue les événements qui ont précédé l’annonce officielle du Mémorandum d’accord entre les Etats-Unis et l’Iran.
La semaine dernière l’Iran a menacé de riposter contre Israël, si ce dernier s’attaque à la ‘Dhahya’. Trump, soucieux de signer un accord qui le sortirait du piège où il se débat depuis le 28 février, ordonna à Netanyahu de ne pas s’approcher de la capitale libanaise.
Mais Netanyahu ignora l’ordre de Trump et s’attaqua à la banlieue-sud de Beyrouth. L’Iran, comme il a menacé de le faire, a répliqué par une attaque directe contre Israël. Une première pour Téhéran, qui a lancé ses missiles contre Israël non pas parce que celui-ci a attaqué l’Iran, mais parce qu’il a attaqué Beyrouth.
Israël a de nouveau défié Trump et riposté contre l’Iran. Celui-ci a riposté de nouveau contre des cibles en Israël. A la suite de ces échanges, Israël a limité ses frappes au sud du Liban.
Ce cycle inédit dans la région a mis en évidence la volonté de l’Iran d’instaurer une nouvelle dynamique régionale. Le message iranien était clair : les attaques contre le Liban ne seraient plus sans conséquences pour Israël. Pour la première fois, un pays de la région tente d’imposer des contraintes militaires à Israël au-delà de ses frontières.
Sans surprise, Israël a perçu cela comme une atteinte directe à sa liberté de manœuvre imposée depuis longtemps à la région entière. Une perspective très inquiétante pour Israël qui considère la nouvelle équation que l’Iran est déterminé à mettre en place comme un danger à la pérennité de l’impunité dont ont toujours bénéficié les gouvernements successifs israéliens.
Pendant plusieurs jours, alors même que le Hezbollah et Israël continuaient d’échanger des tirs, Netanyahu s’est abstenu de frapper la banlieue sud de Beyrouth et de tester la nouvelle ligne rouge de l’Iran.
Mais dimanche 14 juin, à quelques heures seulement de« la signature électronique » par Washington et Téhéran d’un mémorandum mettant fin à la guerre et permettant le retour à la liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz, Netanyahu, pris d’hystérie face à ces développements, a tenté encore une fois de recourir au sabotage en bombardant de nouveau la banlieue-sud de Beyrouth.
Un diplomate américain impliqué dans les négociations a déclaré dimanche à Fox News : « Il s’agit d’une tentative manifeste d’Israël de saboter l’accord du président et de replonger les États-Unis dans la guerre. »
Cette « tentative manifeste » a manifestement échoué. Netanyahu qui a entrainé son ami Trump dans une guerre désastreuse, se trouve au pied du mur. Il est désormais incapable de forcer Washington à poursuivre la guerre, ni de la poursuivre tout seul.
L’Iran est le grand gagnant de la désastreuse mésaventure de Trump et Netanyahu. Sans doute, le pays a subi de grandes destructions et des milliers de morts, dont le guide Ali Khamnei. Mais il a montré aux Etats-Unis, à Israël et au monde le prix qu’aurait à payer quiconque tenterait de déstabiliser l’Iran ou de porter atteinte à sa souveraineté.
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Pouvait-il rêver d’un aussi beau cadeau pour fêter ses 80 ans ? Dimanche 14 juin, qui s’avère être le jour de son anniversaire, le président américain Donald Trump a enfin arraché à la dernière minute un accord historique avec l’Iran. Et ce, en dépit de la frappe israélienne menée sans avertissement le jour même contre un centre de commandement du Hezbollah, dans la banlieue sud de Beyrouth.
Pour les responsables iraniens, cette attaque démontre soit l’incapacité des États-Unis à contenir leur allié israélien; soit leur absence de volonté de faire respecter les engagements pris dans le cadre des discussions. Mais il est clair que le choix du timing démontre la volonté du gouvernement Netanyahou de torpiller tout rapprochement entre Washington et Téhéran sur le dos d’Israël.
Selon le site Axios, Donald Trump aurait adopté un ton sévère lors d’un entretien téléphonique avec Benjamin Netanyahou. Il aurait reproché au Premier ministre israélien son « manque de discernement » après la frappe menée à Beyrouth, estimant que cette opération avait perturbé les derniers préparatifs de l’accord en cours de négociation avec Téhéran et retardé sa signature.
C’est le Pakistan, médiateur du conflit, qui a été le premier à annoncer officiellement la nouvelle, par la voix de son Premier ministre, Shehbaz Sharif, que les États-Unis et l’Iran étaient parvenus à un « accord de paix » mettant immédiatement fin à toutes les opérations militaires au Moyen-Orient, y compris au Liban.
« Maintenant que l’accord est conclu, les médiateurs faciliteront une série de réunions cette semaine. Ces discussions préalables à la mise en œuvre de l’accord jetteront les bases des pourparlers techniques et de la cérémonie officielle de signature ». Laquelle se tiendra selon lui à Genève, en Suisse, le 19 juin.
Pour sa part, le vice-ministre iranien des Affaires étrangères, Kazem Gharibabadi, a déclaré dans la nuit de dimanche à lundi que l’accord avec les Etats-Unis mettait « fin immédiatement et définitivement à la guerre et aux opérations militaires sur les différents fronts, y compris au Liban ».
Quelques minutes plus tard, Trump confirma sur son réseau Truth Social que « L’accord avec la République islamique d’Iran est désormais finalisé. J’autorise pleinement la réouverture du détroit d’Ormuz sans droits de passage et, parallèlement, la levée immédiate du blocus naval américain. Navires du monde entier, mettez les moteurs en marche. Que le pétrole coule à flots ! », a ajouté le président américain, euphorique.
Mais que contient le protocole d’accord ou le « mémorandum d’entente » qui porte le nom de « déclaration d’Islamabad », un geste de reconnaissance envers le Pakistan, pays médiateur du conflit entre les deux pays et dont la signature se tiendra à Genève le 19 juin à 45 kilomètres d’Evian-les-Bains en France, ville où se déroulera un sommet du G7 en présence de Donald Trump et d’une délégation américaine du 15 au 17 juin ?
Selon la chaine américaine CNN, ce sera le vice-président américain, JD Vance, qui représentera les États-Unis et qui signera le texte. Lequel prévoit un cessez-le-feu de 60 jours sur « tous les fronts », y compris le Liban, le déblocage du détroit d’Ormuz « sans que l’Iran ne demande des taxes de passage » aux navires empruntant le corridor.
En échange, le blocus opéré par la Navy américaine depuis le 13 avril sera levé. Un allégement des sanctions à l’encontre de l’Iran est prévu, « selon l’avancement d’un accord et l’engagement continu et de bonne foi » de l’Iran.
Sur le sujet du nucléaire, l’accord devra « satisfaire toutes les exigences américaines ». Toujours selon CNN, Téhéran devra donc s’engager à ne pas chercher à obtenir l’arme nucléaire. Il devrait également renoncer à son stock d’uranium enrichi.
Reste la question du dégel ou non des milliards de dollars d’actifs iraniens qui demeurent en suspens. Toutefois, un haut responsable américain cité par l’agence de presse britannique Reuters a affirmé que l’accord en élaboration est « fondé sur les résultats ». Téhéran ne récupérerait pas ses avoirs gelés s’il ne remplit pas sa part de l’accord.
Au final, faut-il se réjouir de la conclusion de cet accord qui mettra fin à un conflit déclenché par les États-Unis et Israël le 28 février et qui a déjà fait plus de 7 000 morts, fragilisé les alliances régionales et porté un coup dur à l’économie mondiale ?
La réponse est suggérée par la BBC qui souligne que des questions subsistent sur plusieurs “points cruciaux, notamment la nature des restrictions imposées à l’enrichissement et le sort à réserver au stock d’uranium hautement enrichi que détient actuellement l’Iran.
« Certains de ces aspects seront sans doute réglés lors de négociations ultérieures et de discussions “techniques” menées durant la prolongation de 60 jours de la trêve actuelle. Mais s’il est une chose qui ressort clairement de décennies d’efforts pour tenter d’amadouer l’Iran et le contraindre à renoncer à ses ambitions nucléaires, c’est qu’il n’existe aucune garantie, n’en déplaise aux États-Unis », conclut le média britannique.
Des garanties pour prouver sa bonne foi ? « Le meilleur moyen de savoir si vous pouvez faire confiance à quelqu’un, c’est de lui faire confiance », dixit Ernest Hemingway.
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L’inflation, dans les manuels d’économie, est un phénomène monétaire et macroéconomique. Dans la vraie vie, elle est une facture qui augmente, un panier de courses qui se vide, un salaire qui perd de sa valeur, une retraite qui s’effrite et une angoisse qui s’installe. Elle n’a rien d’un objet d’amour. Personne n’aime payer son pain plus cher. Personne n’aime voir le prix du logement s’envoler. Personne n’aime découvrir que ses économies valent moins aujourd’hui qu’hier. Mais il faut croire que certains responsables politiques contemplent l’inflation depuis les hauteurs climatisées des tours de verre, là où les hausses de prix ressemblent davantage à une ligne sur un graphique qu’à une épreuve quotidienne.
Cette déclaration possède quelque chose d’extraordinairement révélateur. Elle rappelle ces aristocrates d’un autre temps qui observaient les mauvaises récoltes depuis leurs salons dorés sans jamais apercevoir les visages de ceux qui souffraient de la faim. L’inflation est une taxe invisible qui frappe d’abord les plus modestes. Les ménages aisés peuvent absorber une hausse des prix. Les classes populaires, elles, la subissent de plein fouet. Dire que l’on « adore » l’inflation revient donc à déclarer son affection pour l’érosion silencieuse du pouvoir d’achat.
On peut adorer un paysage, une œuvre d’art, un enfant, un idéal ou un pays. Mais adorer l’inflation relève d’une étrange passion. C’est un peu comme si un médecin déclarait son amour pour les épidémies ou un pompier son admiration pour les incendies.
Le plus fascinant demeure cependant la logique qui sous-tend cette affirmation. Dans certains cercles financiers, l’inflation est parfois perçue comme un allié. Elle peut réduire le poids réel des dettes, soutenir certains actifs financiers et gonfler artificiellement les revenus nominaux des entreprises. Les marchés boursiers peuvent même, pendant un temps, s’en accommoder. Mais ce qui est bénéfique pour un portefeuille n’est pas forcément bénéfique pour une société.
Le drame de notre époque réside précisément dans cette confusion permanente entre la prospérité financière et le bien-être collectif. Lorsque Wall Street sourit, Main Street n’est pas toujours heureuse. Les indices boursiers peuvent battre des records pendant que les ménages comptent les centimes.
L’inflation est d’ailleurs une « créature » particulièrement ironique. Elle enrichit certains tout en appauvrissant d’autres. Elle récompense souvent ceux qui possèdent déjà des actifs et pénalise ceux qui vivent uniquement de leur travail. Elle agit comme une gigantesque machine de redistribution inversée, aspirant une partie de la richesse des plus vulnérables vers ceux qui sont les mieux protégés. Dans ce contexte, proclamer son amour pour l’inflation ressemble moins à une analyse économique qu’à une déclaration de classe.
Et pourtant, cette phrase s’inscrit parfaitement dans l’air du temps. Nous vivons dans une époque où l’outrance est devenue une stratégie de communication. L’objectif n’est plus de convaincre mais de provoquer. Il ne s’agit plus de construire un raisonnement mais de produire un choc médiatique. Chaque déclaration est conçue comme une grenade lancée dans l’espace public. Le problème est que les grenades verbales finissent parfois par exploser dans les mains de ceux qui les lancent.
Car l’inflation n’est pas une abstraction académique. Elle est un facteur de déstabilisation sociale. L’histoire économique regorge d’exemples montrant que les flambées de prix nourrissent la colère, l’instabilité et les fractures politiques. Les citoyens acceptent difficilement que leur niveau de vie recule pendant qu’on leur explique que tout va bien.
L’inflation possède un pouvoir corrosif que les statistiques peinent à mesurer. Elle détruit progressivement la confiance. Elle sape le contrat social. Elle crée le sentiment que les efforts ne paient plus. Elle nourrit l’impression que le système fonctionne pour quelques-uns et contre le plus grand nombre. Or une société peut survivre à un ralentissement économique. Elle peut traverser une récession. Elle peut même supporter un chômage temporairement élevé. Mais elle survit beaucoup plus difficilement à la disparition de la confiance.
C’est pourquoi cette déclaration dépasse largement la personne de Donald Trump. Elle révèle une dérive plus profonde : celle d’une élite politique mondiale qui parle de plus en plus souvent la langue des indicateurs et de moins en moins celle des citoyens.
Les prix augmentent ? On parle de statistiques.
Les ménages souffrent ? On évoque des ajustements.
Le pouvoir d’achat s’effondre ? On répond par des modèles économiques.
Et lorsque la colère monte, on produit une nouvelle formule choc destinée à occuper l’espace médiatique.
Pendant ce temps, les réalités demeurent têtues.
La mère de famille qui remplit son chariot ne se nourrit pas de slogans.
Le retraité qui voit sa pension perdre de sa valeur ne vit pas dans un tableau Excel.
Le salarié dont le revenu réel diminue ne consulte pas les indices boursiers avant de payer ses factures.
L’économie réelle possède cette particularité désagréable : elle finit toujours par rappeler aux théoriciens, aux financiers et aux communicants qu’elle concerne avant tout des êtres humains. Au fond, la phrase « J’adore l’inflation » restera peut-être comme l’une de ces petites formules qui résument une grande époque. Une époque où les responsables politiques rivalisent d’excentricité verbale pendant que les populations réclament simplement davantage de stabilité, de visibilité et de dignité économique.
L’histoire retiendra peut-être moins la provocation elle-même que ce qu’elle révèle : une inquiétante déconnexion entre ceux qui parlent de l’économie et ceux qui la vivent. Car lorsqu’un dirigeant en vient à déclarer son amour pour l’inflation, ce n’est peut-être pas l’inflation qui constitue le principal problème. C’est le regard qu’il porte sur ceux qui la subissent.
* Dr. Tahar EL ALMI,
Economiste-Economètre.
Ancien Enseignant-Chercheur à l’ISG-TUNIS,
Psd-Fondateur de l’Institut Africain
D’Economie Financière (IAEF-ONG)
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Est-ce pour sauver son Mondial 2026 co-organisé avec le Canada et le Mexique et dont un certain nombre de rencontres se déroule sur le sol américain avec des couacs à n’en plus finir, que, dans un ultime revirement de situation qui rappelle la volte-face spectaculaire opérée par le milliardaire républicain le 7 avril – quand il avait menacé (le matin) d’anéantir la « civilisation » iranienne tout entière, pour finalement annoncer le soir un cessez-le-feu – que le président américain Donald Trump annula enfin les frappes prévues contre l’Iran, évoquant la finalisation de points d’accord et la signature imminente d’un protocole de paix ?
Un « accord-cadre » dont on ignore le contenu exact. Et ce, d’autant plus que pour l’heure, aucune décision finale n’a été entérinée par Téhéran. Ainsi, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères iranien, Esmaeil Baqaei, a déclaré aux médias d’État iraniens que, « jusqu’à présent, l’Iran n’a pas encore abouti à une conclusion définitive concernant l’accord ».
« Aucun texte n’a été approuvé pour un protocole d’accord initial avec les Etats-Unis », a renchéri l’agence de presse officielle Fars, citant une source présentée comme bien informée et proche de l’équipe de négociation iranienne.
En effet, à la surprise générale, et alors que le Moyen-Orient retenait son souffle dans l’attente du déluge de feu américain, Trump ayant menacé jeudi de frapper « très fort » l’Iran et de prendre le contrôle d’infrastructures pétrolières du pays, dont son principal terminal, l’île de Kharg qui abrite le plus grand terminal pétrolier de l’Iran, assurant environ 90 % de ses exportations de brut, il a pris, jeudi 11 juin, la décision d’annuler les frappes américaines prévues le jour même contre l’Iran avant d’assurer qu’un « très bon accord » avait été trouvé, évoquant même une possible signature en Europe dès « ce week-end ».
Le locataire de la Maison Blanche a également révélé que le guide suprême iranien, Mojtaba Khamenei – que l’on croyait mort ou défiguré selon les versions des uns et des autres -, avait validé ce qu’il aura qualifié « d’accord-cadre très solide » et « très détaillé » avec les États-Unis. « Les discussions et les derniers points ont été, sur le principe et dans les détails, approuvés par toutes les parties prenantes y compris les États-Unis, Israël, l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, le Qatar, la Turquie, le Pakistan, Bahreïn, le Koweït, la Jordanie, l’Égypte et d’autres », a-t-il poursuivi, ajoutant que le blocus des ports iraniens resterait en place jusqu’à ce que la « transaction soit finalisée ».
« Nous venons de trouver un très bon accord pour mettre fin à la guerre avec l’Iran, et une fois les documents finalisés, ce qui devrait être fait dans les prochains jours, nous aurons probablement une signature, peut-être en Europe », a-t-il assuré en indiquant qu’il n’assisterait pas à cette signature, mais qu’elle aurait lieu en présence du vice-président J.D. Vance.
Toutefois, notent les observateurs, le président américain n’a donné aucun détail sur le contenu de ce compromis. Sinon d’assurer que le détroit d’Ormuz sera immédiatement rouvert après la signature, et de marteler à maintes reprises que l’Iran ne se dotera jamais de l’arme nucléaire.
Et que penser des 450 kilogrammes d’uranium enrichi à 60 % qui pourraient avoir été déplacés ou dispersés pour empêcher leur localisation exacte ? Les déclarations de Donald Trump sur le stock d’uranium iranien sont multiples et parfois contradictoires. Il a affirmé que ce stock restait enfoui sous des tonnes de gravats, tout en soutenant que les États-Unis finiraient par le récupérer et le détruire.
Rappelons à cet égard que l’annonce surprise de Donald Trump concernant un accord imminent avec l’Iran a provoqué la stupeur à Tel-Aviv. Selon la chaîne israélienne N12, les autorités israéliennes n’avaient pas été informées par Washington de ce revirement diplomatique, alors que le président américain venait encore de menacer Téhéran de nouvelles frappes quelques heures auparavant.
D’après plusieurs médias israéliens et des sources citées par CNN, le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, a appris les déclarations de Donald Trump alors qu’il participait à une réunion de sécurité. Des responsables israéliens ont indiqué qu’ils n’avaient connaissance ni d’un accord imminent avec l’Iran ni d’une approbation iranienne d’un quelconque texte en négociation.
En effet, Israël reste par ailleurs méfiant à l’égard de toute entente entre Washington et Téhéran. Les dirigeants israéliens répètent à l’envie qu’un éventuel accord devra inclure « le démantèlement des capacités d’enrichissement nucléaire iraniennes, des restrictions sur le programme balistique de la République islamique ainsi que la fin de son soutien aux groupes armés alliés dans la région ».
Les Israéliens sont-ils pour autant rassurés ? En dépit des déclarations de l’administration américaine promettant de détruire l’uranium enrichi iranien, les responsables israéliens doutent de la portée réelle et de la fiabilité de ces promesses. Ils redoutent surtout que Donald Trump ne privilégie un accord rapide avec Téhéran, quitte à sacrifier certains intérêts stratégiques d’Israël.
Après tout, comme le rappelait avec ironie Jacques Chirac, un orfèvre en la matière, « les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent ».
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