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A la recherche du bonheur en Tunisie

07. Oktober 2026 um 10:29

L’autre jour, en naviguant sur le Web, histoire de «tuer» le temps (une expression courante chez nous mais qui est à mon avis la plus stupide qui puisse exister puisque le temps est par définition la ressource la plus rare de la vie et que chaque heure et chaque minute que nous vivons ne se renouvelleront pas et sont perdues à jamais), je suis tombé sur une information qui m’a fait tiquer : selon le World Happiness Report 2026, publié par le Wellbeing Research Centre de l’Université d’Oxford avec Gallup et le réseau des Nations Unies, la Tunisie est classée au 105e rang sur 147 pays avec un indice global de bonheur de 4,798/10 , alors que la Finlande où l’hiver dure pourtant six mois par an avec des températures qui descendent jusqu’à-15 C° ou -30 C°, arrive au premier rang et ce depuis plusieurs années consécutives,  avec un indice global de bonheur de 7,764/10.

Dr. Sadok Zerelli *

Certes il y a des pays où les habitants se déclarent plus malheureux que nous, tels que le Maroc (112e) ou l’Égypte (139e) mais c’est une maigre consolation lorsqu’on sait qu’à côté de chez nous, l’Algérie nous surclasse de loin et arrive, on ne sait par quel miracle, à la 83e position.

Intrigué par ces résultats, j’ai poussé ma recherche plus loin pour essayer de comprendre comment cet indice du bonheur dans un pays est calculé et quelle est sa valeur scientifique si jamais il en a une.

Modalités de calcul et signification

Il s’est avéré que le rapport utilise une question appelée «Cantril Ladder» : on demande aux personnes de situer leur vie sur une échelle de 0 à 10, de la pire vie possible à la meilleure vie possible. Le classement 2026 utilise la moyenne des réponses recueillies entre 2023 et 2025. 

Pour expliquer les différences entre pays, six grands facteurs sont étudiés :

1. PIB par habitant — niveau matériel et économique;

2. soutien social — possibilité de compter sur des proches en cas de difficulté;

3. espérance de vie en bonne santé;

4. liberté de choisir sa vie;

5. générosité — notamment le fait de donner à des œuvres caritatives;

6. perception de la corruption — confiance dans les institutions et les entreprises. 

Le rapport précise une chose très importante : ces six facteurs ne sont pas additionnés pour fabriquer le classement. Le classement est directement fondé sur l’évaluation que les personnes donnent de leur propre vie. Les six facteurs servent principalement à expliquer pourquoi les évaluations diffèrent d’un pays à l’autre.

Pour la Tunisie, le chiffre 4,798/10 est assez parlant : il signifie que l’évaluation moyenne de leur vie par les Tunisiens est inférieure au milieu de l’échelle.

Mais cela ne signifie pas nécessairement que les Tunisiens sont «malheureux» au sens psychologique. Le bonheur dépend aussi de dimensions que le classement ne saisit pas complètement : famille, amitié, sentiment d’appartenance, sécurité, espoir dans l’avenir, dignité, sentiment d’être utile, liberté réelle, confiance dans l’avenir, etc.

Définition du bonheur 

Chacun(e) peut avoir sa propre définition du concept de bonheur. Pour moi, je distinguerais d’abord bonheur et satisfaction. Quelqu’un peut être très satisfait de sa vie parce qu’il possède une bonne situation, une famille, une sécurité matérielle et de bonnes institutions, tout en ressentant intérieurement un grand vide. Inversement, quelqu’un qui connaît des difficultés matérielles peut connaître de véritables moments de bonheur grâce à l’amour, à l’amitié, à la solidarité ou simplement à la beauté d’un moment.

Cette distinction étant faite, le bonheur est pour moi un état intérieur dans lequel une personne peut regarder sa vie, avec ses joies, ses pertes, ses regrets et ses incertitudes, et se dire : «Malgré tout, ma vie mérite d’être vécue.»

Il comporte, à mes yeux, plusieurs dimensions :

– le plaisir : les petits moments agréables, un repas, une musique, un paysage, un rire;

– l’amour et les liens : avoir quelqu’un avec qui partager ce que l’on ressent;

– le sens : sentir que son existence n’est pas complètement vaine;

– la liberté intérieure : pouvoir penser et choisir sans être entièrement prisonnier du regard des autres;

– la paix avec soi-même : accepter progressivement ce que l’on a été, ce que l’on n’a pas réussi à être et ce que l’on ne sera jamais;

– la gratitude : savoir encore voir ce qui est beau au milieu de ce qui ne l’est pas;

– l’espérance : avoir une raison de se lever demain, même petite.

Ma conception du bonheur rejoint celle des plus grands philosophes, tels qu’Épicure qui dit en substance : je n’ai pas besoin de beaucoup de choses pour être heureux : l’amitié, la tranquillité, quelques plaisirs simples et l’absence de souffrance peuvent suffire, ou Spinoza qui va encore plus loin : le bonheur n’est pas simplement quelque chose que nous recevons ; c’est quelque chose que nous comprenons et construisons intérieurement. Plus nous comprenons pourquoi nous sommes ce que nous sommes et pourquoi nous désirons ce que nous désirons, plus nous devenons libres.

Mon expérience du bonheur avec Karen Polenski

Pour illustrer mon propos et la définition que j’ai donnée du bonheur, je voudrais partager avec les lecteurs et lectrices l’expérience personnelle et réelle que j’ai vécue en la matière.

Lorsque j’étais enseignant-invité (Visiting Scholar) au Massashuttes Institut of Technology (MIT) à Boston aux USA, durant l’année universitaire 1983-1984, j’avais fait la connaissance, parmi d’autres enseignants, de Professor Keren Polensky, une vieille fille d’une cinquantaine d’années, qui a consacré toute sa vie à la recherche et à la publication d’un grand nombre d’articles et de livres sur les modèles de planification régionale.

Nous avions sympathisé parce qu’elle s’intéressait beaucoup à la Tunisie, un pays dont elle n’avait jamais entendu parler, et me posait beaucoup de questions sur notre modèle de planification régionale, notre stratégie de développement, notre niveau de vie, nos habitudes et traditions, etc.

Quelques mois après mon retour des USA, je l’avais invitée à venir découvrir la Tunisie, ce qu’elle accepta avec plaisir.

Je me rappelle qu’elle était arrivée à l’aéroport de Tunis-Carthage, habillée d’un vieux jean et d’une vieille veste et ayant un sac à dos comme seul bagage.

Je lui avais proposé de faire le circuit touristique classique : visite des souks de la médina, de Sidi Bou Saïd, des ruines de Carthage, du musée du Bardo, etc., ce qu’elle refusa tout net, et m’informa qu’elle était venue uniquement pour découvrir les oiseaux de la Tunisie !

En fait, il s’était avéré qu’elle était une passionnée du «bird-watching», une passion, comme la chasse ou la pêche chez nous, très en vogue parmi les intellectuels américains.

Elle m’avait demandé de la balader en voiture dans les campagnes des différentes régions de notre pays, ce que nous avions fait pendant toute la semaine de son séjour.

Je la vois encore, assise à côté de moi, un gros livre répertoriant toutes les espèces d’oiseaux dans le monde entier, avec leur nom et photo, observant le ciel avec de grosses jumelles et me criant de temps à autre subitement : «Stop, Stop, please !»

Je donnais un coup de frein sec en croyant que j’allais écraser un chien ou un chat et me mettais sur le bas-côté de la route. Elle se mettait alors à rechercher frénétiquement le nom de l’oiseau qu’elle venait de voir avec ses jumelles et, lorsqu’elle le trouvait, elle sautillait de joie comme une petite fille ou comme si elle avait obtenu le Prix Nobel d’économie !

Je me rappelle qu’après son départ, très heureuse d’avoir vu et identifié un grand nombre d’oiseaux, je m’étais donné une belle gifle en me disant : «Imbécile de Sadok, tu cherches partout le bonheur sans l’avoir jamais trouvé, alors qu’il est si facile à atteindre : il suffit de lever les yeux vers le ciel !»

Cette expérience avec Karen Polensky m’a prouvé que le bonheur n’est pas dans l’amour avec un petit «a» ou un grand «A», ni dans un compte bancaire bien garni, ni d’habiter dans une grosse villa, ni de rouler dans une voiture Mercedes, ni de porter une montre Rolex, ni de posséder un iPhone, etc. : le bonheur est en chacun de nous et il appartient à chacun de nous de le chercher au fond de lui-même et non pas dans les biens matériels ou dans la compagnie des autres.

En conclusion, je n’irais pas jusqu’à recommander aux Tunien(ne)s de devenir amateur(ce)s de «Bird-watching», car se balader seul(e))s dans les champs d’oliviers de Sfax ou de tomates du Cap Bon avec un gros livre sous le bras et des jumelles braquées sur le ciel et sauter de temps à autre de joie pour avoir reconnu une espèce d’oiseau comporte un risque très élevé de se faire embarquer dans l’Isusu du premier paysan qui passe par là et de se retrouver interné à l’hôpital Razi à Manouba !

Mais, la recherche du bonheur mérite de prendre ce risque, non ?

* Economiste universitaire, consultant d’institutions internationales.  

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Affaire Manchester City | Péril sur les investissements émiratis au Royaume-Uni

07. Oktober 2026 um 09:35

Une sentence historique contre le club de football de Manchester City -propriété de Cheikh Mansour Ben Zayed Al-Nahyan, frère de l’émir d’Abou Dhabi et président des Émirats arabes unis Mohammed ben Zayed- a mis les relations diplomatiques entre le Royaume-Uni et les Émirats sous une forte pression alors que des investissements de l’État du Golfe se chiffrant en milliards de livres sterling sont désormais menacés. Au cœur de cette tempête se trouve le puissant Khaldoon Al Mubarak, l’homme de confiance de la famille Al-Nahyan qui est à la fois président de Manchester City et président du fonds Mubadala, principal investisseur émirati au Royaume-Uni. Les enjeux sont énormes.

Imed Bahri

Bloomberg indique qu’au cours des cinq dernières années, les Émirats ont injecté plus de 30 milliards de livres sterling (39,7 milliards de dollars) dans des secteurs britanniques clés, notamment la défense, les sciences de la vie et la technologie. Si les deux pays tiennent à préserver leur partenariat financier —un sommet sur l’investissement étant d’ailleurs prévu ce mois-ci—, le sentiment de frustration s’est accru de part et d’autre en raison des retombées de l’affaire Manchester City.  

Le club britannique (communément appelé Man City) a été reconnu coupable de 114 des 115 chefs d’accusation formulés par la Premier League à son encontre, à l’issue d’une enquête de quatre ans.

Des infractions de 1,2 milliard de dollars

Selon les conclusions d’une commission indépendante publiées mardi, le club a artificiellement gonflé ses résultats financiers de plus de 900 millions de livres sterling (1,2 milliard de dollars). Les sanctions envisagées incluent un retrait de points, de lourdes amendes financières voire l’exclusion du club de la Premier League.

Ce verdict porte un coup dur à une stratégie de soft power (puissance douce) déployée sur 18 ans, pilotée au plus haut niveau par le propriétaire de Manchester City, le cheikh Mansour ben Zayed Al Nahyan, frère du président émirati. Sous la présidence de Khaldoon Al Mubarak, homme de confiance de Mansour ben Zayed, les propriétaires émiratis ont réussi à remporter huit titres de Premier League et à transformer Manchester City en une puissance footballistique mondiale.

Selon des sources proches du dossier, des responsables émiratis ont averti le gouvernement britannique que la sévérité de la sanction pourrait affecter la volonté des Émirats de s’engager dans des investissements britanniques importants à l’avenir. Ces mêmes sources, ayant requis l’anonymat en raison du caractère confidentiel des informations, ont ajouté que les responsables émiratis estiment que les mesures prises par la Premier League ont un impact sur les relations bilatérales entre les deux pays.

En revanche, des responsables du gouvernement britannique sont également frustrés par l’attitude de leurs homologues émiratis face à ce scandale, selon d’autres personnes informées de la situation.

Ces responsables estiment que certaines parties au sein de l’État du Golfe devaient nécessairement être au courant de l’ampleur des infractions commises par Manchester City, alors même qu’elles affirmaient qu’il n’y avait aucune irrégularité, selon les sources ayant requis l’anonymat pour évoquer des délibérations secrètes.

Divisions au sein du gouvernement britannique

Le scandale a également provoqué des divisions au sein même du gouvernement britannique. Les déclarations d’Andy Burnham, actuel Premier ministre et ancien maire de Manchester, remerciant les propriétaires de Manchester City pour leurs investissements ont suscité la colère de certains membres de son gouvernement qui souhaitent que la procédure reste indépendante de toute ingérence gouvernementale.

Un porte-parole du gouvernement britannique a refusé de commenter, tandis que le ministère émirati des Affaires étrangères n’a pas répondu à une demande de commentaire formulée par Bloomberg.

Cette frustration mutuelle survient à un moment charnière pour les relations entre le Royaume-Uni et les Émirats arabes unis. Le partenariat d’investissement actuel est au cœur des discussions en amont du sommet d’Abou Dabi prévu à Londres plus tard ce mois-ci alors que les responsables britanniques cherchent à obtenir davantage d’engagements d’investissement.

En vertu de l’accord initial d’une durée de cinq ans, le fonds souverain émirati Mubadala s’était engagé à investir 10 milliards de livres sterling (13,3 milliards de dollars) dans plusieurs secteurs de l’économie britannique toutefois, le montant total des investissements a atteint près de 30 milliards de livres sterling.

Cela ne représente qu’une infime partie des engagements d’investissement mondiaux d’Abou Dabi. En effet, l’émirat, qui abrite des fonds souverains gérant des actifs d’une valeur supérieure à 2 000 milliards de dollars, prévoit d’investir 1 400 milliards de dollars supplémentaires aux États-Unis et s’est également engagé à investir 46 milliards de dollars en Allemagne.

La commission a constaté que la majeure partie de la somme de 949,9 millions de livres sterling, enregistrée par Manchester City au titre d’accords de sponsoring avec des entités d’Abou Dabi entre les saisons 2009-2010 et 2017-2018, provenait du groupe Abu Dhabi United (ADUG), propriété de Mansour ben Zayed et actionnaire majoritaire de la société City Football Club qui possède Manchester City.

La coopération en matière de défense occupe une place centrale dans les pourparlers entre le Royaume-Uni et les Émirats, une nécessité accrue par les tensions persistantes entre les États-Unis et l’Iran ainsi que par l’instabilité plus large au Moyen-Orient.

Le Royaume-Uni a apporté un soutien militaire aux Émirats après que les attaques américaines et israéliennes contre la République islamique ont poussé Téhéran à riposter contre les alliés de Washington dans le Golfe. Bien que les deux parties conviennent que les discussions sur la défense sont bien plus importantes que le football, le verdict sévère contre Man City a introduit une tension politique dans les négociations.

Il subsiste également des points de friction plus anciens, notamment le rôle présumé des Émirats dans la guerre civile soudanaise et la tentative de rachat du journal britannique The Telegraph par les Émirats qui a finalement échoué.

Les responsables tentent désormais d’apaiser les tensions suscitées par cette affaire.

Dans une interview accordée la semaine dernière à un média britannique, Burnham a remercié le City Football Group, propriétaire de Manchester City, pour ses investissements dans la ville de Manchester.

Burnham a déclaré : «Je serais très inquiet si nous les perdions. Ils ont été un partenaire formidable dans la construction du Manchester moderne».

Cette relation revêt une importance particulière pour Burnham ainsi que pour d’autres personnalités politiques britanniques de premier plan. Peu après son entrée en fonction en tant que Premier ministre en juillet, Burnham s’est entretenu avec le chef de l’État des Émirats, le cheikh Mohammed ben Zayed.

La ville de Manchester a constitué l’un des points de contact entre eux, Burnham ayant été maire de la ville avant d’accéder à la tête du gouvernement.

Les investissements massifs des Émirats dans des projets de réaménagement urbain dans l’est de Manchester ont contribué à renforcer le poids politique de Burnham durant son mandat de maire.

Des responsables du gouvernement britannique ont indiqué, en privé, que les enquêtes menées par la Premier League échappent au contrôle du gouvernement, étant donné que la réglementation du sport et les questions judiciaires ne relèvent pas du pouvoir exécutif.

Manchester City a réagi au verdict : «Le club conteste les accusations portées par la Premier League et dispose d’un ensemble complet de preuves irréfutables étayant toutes ses positions».

Avis de tempête sur le football anglais  

Manchester City a été l’un des instruments les plus efficaces des Émirats pour projeter leur soft power. Depuis son rachat par cheikh Mansour, le club est sorti de l’ombre de son rival local, Manchester United, surpassant ce dernier —historiquement plus titré— pour devenir un prétendant permanent aux titres de champion.

Le club a également attiré une série de stars du football de premier plan, notamment Sergio Agüero, Kevin De Bruyne et l’actuel attaquant Erling Haaland.

La Premier League n’a pas encore précisé les sanctions envisagées mais une condamnation menace de provoquer d’importantes perturbations au sein du championnat et dans le football anglais en général.

Par ailleurs, le palmarès de Manchester City sur la période visée par l’enquête pourrait ouvrir la voie à des demandes d’indemnisation de la part de clubs rivaux voire de supporters.

Bien qu’aucune autorité de poursuite pénale ne semble actuellement envisager d’engager des poursuites au pénal, la falsification de comptes constitue une infraction en Angleterre et au Pays de Galles, passible d’une peine d’emprisonnement. Parallèlement, les auditeurs du club pourraient faire l’objet d’une enquête de la part du Financial Reporting Council*. Aucune des autorités de régulation concernées n’a répondu aux demandes de commentaire formulées par Bloomberg.

Le Royaume-Uni a toujours mis en avant ses relations d’investissement avec les Émirats. Un peu plus d’une semaine avant le verdict concernant Manchester City, Burnham a publié une vidéo à l’intention de son million d’abonnés sur TikTok, on l’y voyait au volant d’une voiture de sport McLaren, déclarant avec fierté : «Voici le son de la Grande-Bretagne qui renoue avec la fabrication».

Ces propos de Burnham coïncidaient avec l’annonce par McLaren Automotive d’un projet d’investissement de 500 millions de livres sterling au Royaume-Uni, s’inscrivant dans le cadre d’un engagement plus large de l’actionnaire de la société l’Imad Holding, un fonds souverain lié au gouvernement d’Abou Dabi.

Toutefois, les récentes déclarations du Premier ministre soutenant les propriétaires de Manchester City ont suscité le mécontentement de législateurs locaux.

On craint que ces propos ne compromettent la législation visant à garantir l’indépendance opérationnelle de l’autorité de régulation indépendante du football (Independent Football Regulator), chargée de statuer sur l’affaire impliquant Manchester City, selon Bloomberg.

Downing Street a par la suite publié un communiqué affirmant que Manchester City n’était pas «au-dessus des règles». Avis de tempête sur le football anglais…

* Financial Reporting Council (FRC) est l’organisme indépendant de régulation du Royaume-Uni chargé de superviser la gouvernance d’entreprise, l’information financière, l’audit et la profession actuarielle.

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Nouvelle de Amel Mokhtar | Le mariage m’a tuée

06. Oktober 2026 um 10:04

Originaire de Sers (Kef), née en 1964 à Makthar (Siliana), Amel Mokhtar est romancière et nouvelliste. Après des études universitaires, elle rejoint en 1985, le journalisme. Elle publie en 1993, son premier roman, «‘ala nakhabi al-hayat» (Toast à la vie) à Dar Al-Adab, à Beyrouth, suivi de «Al-korsi al-hazzaz» (La chaise à bascule), en 2003, roman censuré pour immoralité, puis finalement mis en distribution. Il révèle une écriture audacieuse, dénonçant les retors de la société, transgressant les interdits et les tabous. Son œuvre, qui compte d’autres romans, comme «Maestro», 2006 ou «La fumée du palais», 2013, ainsi que des recueils de nouvelles, est aujourd’hui largement reconnue et récompensée de différents prix et distinctions littéraires.

Traduite de l’arabe et présentée par Tahar Bekri

Je l’ai rencontré par hasard. Cela aurait pu être passager comme toute rencontre fortuite entre un homme et une femme qui se connaissent superficiellement. Sauf que le destin planifiait à sa manière et selon ses scénarios. Le destin fixa cet instant afin qu’il devienne le début d’une histoire d’une passion enflammée, puis un mariage réussi, selon les critères sociaux.

A cet instant exactement, quelqu’un m’appela au téléphone, me disant que cet homme était ton époux attendu. Peut-être m’en étais-je moquée, car j’ai cru que cela m’habitait à cause de ma mère qui insistait tout le temps et sans relâche, pour que je me dépêche de me marier, considérant qu’une fille qui dépasse la vingtaine, sans se marier est une vieille fille aux yeux de la société.

J’avais dépassé vingt-cinq ans mais je n’avais pas ressenti que j’étais une vieille fille, comme ils le disent. J’étais une fille joyeuse, allante, aimant la vie jusqu’à la folie. Le mariage n’était pas, quel que fût son prix, parmi mes objectifs. Mon premier objectif et le plus important était de réussir au travail, quant à mon second objectif, c’était de conserver au sein de l’institution du mariage, une passion folle. Je savais pertinemment que ce que je visais était parmi les équations difficiles, plutôt, impossibles dans la vie. Je considérais les expériences qui reconnaissaient la mort de la passion et de l’amour comme des expériences incomplètes ou bancales. Je m’assois sur le siège d’un spectateur roi qui a une haute confiance en lui-même et ses capacités. Je persistais alors sur le fait que je n’épouserais qu’un bel homme, de mon niveau culturel et de mes idées. Ainsi, nous échangerions une passion de légende. Après cela, il me sera possible de parier et de gagner le pari de conserver la flamme de la passion, entre moi et mon mari, jusqu’au dernier moment que durera notre mariage.

Quand le téléphone me chuchota que ce bel homme était mon époux attendu, j’ai cru que c’était une autre feinte du destin. Sauf que ce dernier, cette fois-ci, était sérieux, plutôt même, généreux envers moi et m’avait fourni tout ce que je désirais : me marier. J’ai épousé un bel homme cultivé, un artiste, je me suis mariée dans la fournaise d’une histoire vraie.

Au début du voyage-mariage, sur lequel ont passé dix ans, j’étais enthousiaste jusqu’à me vanter de mes hautes capacités, magiques, à vaincre, probablement, l’institution du mariage.

A chaque occasion et à chaque rencontre avec des amis, je me vantais et insistais sur ma réussite d’avoir conservé nos sentiments enflammés, même après le mariage. Tant que mon mari croyait en mon idée et se distinguait par sa mentalité ouverte et libre, il m’a aidée et m’aidera à gagner le pari afin que notre passion reste enfiévrée.

Puis les fatigues involontaires commencèrent. Je suis tombée enceinte, ce que nous attendions ardemment. Arrivèrent ainsi des fatigues que je ne m’imaginais absolument pas. Tout ce que nous entendons des autres passe sans signification, jusqu’à ce que nous le vivions par nous-mêmes et posions nos pieds sur la braise. A ce moment-là et c’est seulement à ce moment, que nous nous rappelons les expériences des autres et nous les comprenons.

Les fatigues de la grossesse changent le caractère, perturbent tous les sentiments clairs puis nous dépassons l’étape et nous fêtons le nouveau-né. Le mariage commence à étendre ses barreaux solides que nous avons pensés, au début, en or, J’avais cru, personnellement, que c’étaient des barreaux d’une passion enflammée qui ne s’éteindraient jamais.

Peu à peu, le cercle des barreaux gouverne et révèle que nous sommes de vrais prisonniers de l’institution du mariage qui bénéficie de ses propres lois très spécifiques et de ses jugements excessifs envers l’homme. Souvent, les époux plongent dans les échanges d’accusations, à cause du manque de conviction, de satisfaction du choix de l’autre ou du manque de parité et l’absence de sentiments de l’un envers l’autre. Mais dans la situation que je vis, où il n’y a pas de possibilité d’accrocher les erreurs sur le porte-manteau de l’autre, dans cette situation de parité et de passion, je me demande où se trouve la faille, après avoir reconnu à moi-même, d’abord, que j’ai perdu le pari et que, ce qui reste de notre passion enflammée, ce sont des sentiments silencieux et bridés, qui n’ont pas le moindre droit de s’exprimer devant l’encombrement des sujets et des dossiers ouverts à étudier et à discuter dans le partenariat du mariage!

Avec les jours et les années, le mariage, qu’au début, tous croient un havre d’amour, se transforme en un contrat d’une vraie société, au sens économique profond du terme. Nous réglons les problèmes d’un point de vue matériel, économique, lié à la balance économique, mondialiste. Nous discutons d’affaires diverses, et quand nous nous taisons un peu, il nous traverse l’esprit d’ouvrir les pages de notre histoire et de lire ensemble des extraits de poésie, comme nous le faisions au début de notre mariage, de voir un film au cinéma ou de pousser notre analyse de l’être humain. Nous découvrons soudain que nous sommes tous deux fatigués, nous réalisons ainsi, soudainement, que nous sommes épuisés, lui, se plaint d’un torticolis et moi, de maux de tête ou de dos. Nos regards se brisent et chacun de nous s’enfuit vers lui-même et se recroqueville sur ses vraies douleurs, c’est-à-dire, l’incapacité d’irriguer la plante fanée en son profondeur, reportant cela à demain, espérant d’autres circonstances plus souples pour une telle discussion, espérant un sentiment réel de puissance et de désir. Mais le lendemain ne sera pas meilleur, le tourbillon court et tourne d’une rapidité qui ne s’arrête pas et s’il s’arrête, c’est définitivement, pour la dernière scène d’adieu

Cette nuit, alors que nous nous préparons en silence pour fêter le dixième anniversaire de notre mariage, j’ai pensé proposer à mon mari la séparation, afin que chacun de nous retrouve sa liberté humaine. Au dîner, je lui ai dit : «J’ai une proposition à l’occasion de cet heureux anniversaire», il sourit et dit : «Moi aussi, j’ai une proposition». La curiosité m’a incité à connaître sa proposition avant de présenter la mienne. Il insista pour m’entendre la première. Notre entêtement finit par reporter cela à demain. J’étais persuadée qu’il allait me proposer la même proposition à laquelle j’ai pensée

Au lit, pendant que j’étais entre sommeil et éveil, j’ai essayé pour la dernière fois de le pousser à avouer sa proposition. Sa voix enfouie dans le sommeil me parvint : «Demain, je te dirai tout».

Remerciements à l’auteure.

Copyright Tahar Bekri pour la traduction.

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Le gendre de Trump investit dans l’industrie militaire israélienne

06. Oktober 2026 um 09:22

Affinity Partners, société de capital-investissement de Jared Kushner -financier et gendre du président américain Donald Trump- est le principal actionnaire dans Phoenix Financial, une entreprise financière israélienne investissant massivement dans plusieurs secteurs de l’industrie militaire israélienne. En même temps, M. Kushner agissait comme émissaire et négociateur officieux pour le plan de paix à Gaza de son gendre le président Donald Trump.

Imed Bahri

C’est ce qu’a révélé une enquête de Allegra Goodwin, Katie Polglase et Majlie de Puy Kamp publiée par CNN le 1er octobre 2026, soulignant un conflit d’intérêts concernant le gendre de Trump, et son rôle de négociateur pour la paix à Gaza.

En effet, Kushner est le négociateur clé concernant le conflit à Gaza et en même temps, sa société de capital-investissement Affinity Partners détient une participation majoritaire dans une entreprise israélienne basée à Tel Aviv Phoenix Financial qui investit dans l’industrie militaire israélienne et qui fournit des armes et des équipements (dont des drones et engins de démolition) à l’armée israélienne notamment dans la guerre de Gaza. 

Ce qui est également révélé par CNN c’est que Kushner a échappé à tout examen minutieux de ce potentiel conflit d’intérêts en opérant en tant qu’envoyé bénévole, plutôt qu’en acceptant un poste gouvernemental qui aurait exigé la divulgation de sa situation financière. Il s’est ainsi assuré un double rôle inédit au sein de l’administration Trump conjuguant activités commerciales lucratives et politique très sensible en pleine guerre dévastatrice.

La guerre à Gaza enrichit le gendre du président US

CNN s’est appuyé sur la législation israélienne en matière de transparence financière pour retracer certains investissements de Phoenix Financial, une société basée à Tel-Aviv dont le groupe d’investissement de Kushner a doublé la participation l’année dernière, peu avant le retour de Trump à la Maison-Blanche. Kushner a par la suite qualifié Phoenix Financial de «meilleur investissement» pour Affinity.

Ces registres —qui ne couvrent qu’une infime partie des actifs de Phoenix— révèlent que la société a investi des centaines de millions de dollars dans Elbit Systems, le principal fournisseur d’armement en Israël. Selon l’enquête de CNN, Phoenix détient également des parts dans au moins huit autres entreprises fournissant à l’armée israélienne des équipements allant des drones aux navires de guerre, en passant par des engins de démolition.

L’enquête a révélé que la valeur des actions de ces neuf entreprises a connu une forte croissance l’année dernière, plusieurs d’entre elles indiquant que la guerre à Gaza avait stimulé la demande pour leurs services et leurs activités.

Bien qu’Affinity Partners ne détienne pas de parts directes dans ces sociétés, elle réalisera des bénéfices considérables à mesure que Phoenix engrangera elle-même des profits.

Depuis le printemps 2025, Kushner s’est imposé comme une voix influente dans la politique américaine au Moyen-Orient. Il a conseillé Trump, a voyagé à travers le monde pour négocier avec des dirigeants —dont le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu— et a même dévoilé des plans visant à reconstruire la bande de Gaza pour en faire un pôle touristique mondial. Kushner a joué un rôle dans l’accord de cessez-le-feu conclu l’année dernière à Gaza, bien que les raids israéliens contre la population n’aient pas cessé depuis lors.

Si l’enquête de CNN n’a trouvé aucune preuve indiquant que les actions de Kushner en tant que diplomate aient directement influencé les investissements examinés, sa société a réalisé d’importants gains grâce à son investissement dans Phoenix. Elle a vendu un quart de sa participation en juillet pour plus de 340 millions de dollars, soit un rendement supérieur à cinq fois le prix d’achat initial des actions.

Affinity, société détenue en totalité par Kushner, demeure le principal actionnaire de Phoenix avec une participation de 7,4% qui est évaluée à plus d’un milliard de dollars en juillet.

Kushner a évoqué ouvertement ses investissements et son rôle de médiateur de paix, estimant que le profit financier constitue la meilleure voie vers une paix durable.

«Peut-être y a-t-il un intérêt à mener ces guerres !»

«Lorsque l’on réunit un Arabe et un Israélien, la première chose dont ils discutent, ce sont les opportunités commerciales. Ils oublient tout le reste et réalisent alors qu’ils ont beaucoup de points communs», a déclaré Kushner dans l’émission No Priors en septembre dernier. Il a ajouté: «Les investisseurs du Moyen-Orient regardent désormais Israël en se disant: Attendez une minute, peut-être y a-t-il un intérêt à mener ces guerres !». Difficile d’être plus cynique quand on mélange business et guerre !

Toutefois, les critiques soulignent que les liens financiers de Kushner, conjugués à son rôle officieux de représentant influent de la Maison-Blanche dans une région déchirée par la guerre, soulèvent des questions quant à savoir s’il agit dans l’intérêt des contribuables ou dans son propre intérêt.

Cynthia Brown, conseillère principale en éthique auprès de l’organisation Citizens for Responsibility and Ethics (Citoyens pour la responsabilité et l’éthique) à Washington, a déclaré : «Il y a toujours des personnes qui tirent profit de la guerre ou des politiques gouvernementales, la différence est que les bénéficiaires ne devraient pas être ceux qui prennent les décisions nécessaires à l’élaboration de ces politiques or c’est précisément ce qui se passe ici !».

S’adressant à CNN, l’avocat de Kushner a affirmé que son client «n’a jamais participé aux décisions de la société d’investissement Phoenix ni ne les a orientées», ajoutant qu’il «n’a joué aucun rôle dans la décision d’acheter, de conserver ou de vendre l’une des neuf entreprises mises en lumière par CNN et qu’il n’a jamais siégé au conseil d’administration de Phoenix Financial. Toute insinuation selon laquelle le travail diplomatique de Jared aurait influencé les investissements de Phoenix dans les entreprises que vous avez mentionnées, ou inversement, est erronée».

Un très juteux «bénévolat au service de l’intérêt public»

Toutefois, Kushner a déclaré au magazine Forbes, en septembre dernier, qu’il entretenait un «dialogue très actif» avec le groupe financier israélien et qu’il rencontrait régulièrement ses dirigeants et échangeait avec eux au sujet de l’entreprise, des tendances générales du marché et des opportunités stratégiques potentielles. Il a néanmoins précisé que ses échanges avec la direction de Phoenix avaient considérablement diminué depuis qu’il s’était «davantage investi dans le bénévolat au service de l’intérêt public et dans les efforts diplomatiques».

Certaines des participations de Phoenix Financial dans des entreprises liées à l’armée israélienne existaient déjà avant que la société de Kushner n’en devienne le principal actionnaire. D’autres participations notamment dans une entreprise fabriquant des fusées électroniques pour des obus* utilisés à Gaza et dans une autre produisant des pièces détachées pour des chars israéliens ont été acquises ultérieurement. Phoenix s’est abstenue de commenter ce qui semblait être des incohérences dans la classification de certains de ses rapports publics.

Deux experts-comptables judiciaires israéliens ont examiné les registres séparément et ont conclu, malgré ces incohérences, que les dossiers analysés par CNN correspondaient bien à des actifs de Phoenix Financial. Ces actifs incluent des investissements que CNN a identifiés comme ayant été réalisés par Phoenix dans des entreprises liées à l’armée. Les experts ont souligné que les documents ne reflétaient qu’une partie du portefeuille de Phoenix, excluant les actifs détenus dans des comptes de retraite, les participations dans des entreprises via des fonds communs de placement, les obligations d’entreprises ainsi que d’autres titres financiers.

Bien que Phoenix n’ait pas commenté les conclusions de CNN, un porte-parole de l’entreprise a indiqué qu’elle était «soumise à une réglementation et que la valeur pour les actionnaires découlait principalement de la performance opérationnelle plutôt que des rendements des investissements».

En tant que société privée, Affinity Partners —tout comme Kushner— n’est pas tenue par la loi américaine de divulguer ses investissements. Kushner a révélé en mars qu’Affinity Partners avait investi dans 28 entreprises à ce jour mais l’ampleur de sa participation dans Phoenix par rapport à ses autres investissements demeure floue.

Un porte-parole de la Maison-Blanche a rejeté les inquiétudes concernant un éventuel conflit d’intérêts entre les rôles de bénévole et d’homme d’affaires de Kushner, qualifiant ces allégations de «propos vains propagés par les démocrates à l’encontre du président Trump, de sa famille et de son administration depuis une décennie».

Toutefois, les démocrates ont cherché à ouvrir de nouvelles enquêtes sur les activités de Kushner dans la région, des investigations susceptibles de s’intensifier s’ils venaient à reprendre le contrôle de la Chambre des représentants lors des élections de mi-mandat.

Dans une lettre adressée à Kushner en avril annonçant une enquête de la commission judiciaire de la Chambre, le représentant démocrate Jamie Raskin a qualifié la dualité des rôles de Kushner de «décision inconciliable et totalement contraire à l’éthique» affirmant qu’elle «plane sur la politique étrangère américaine depuis le retour du président Trump à la Maison-Blanche en 2025».

En 2023, la société Affinity Partners a décidé de réaliser son premier investissement en Israël en acquérant une participation de 15% dans Shlomo Group, une entreprise spécialisée dans la location de véhicules et le crédit, pour un montant de 150 millions de dollars. L’année suivante, Affinity Partners a acheté une participation de 4,95% dans Phoenix Financial pour 128,5 millions de dollars. Phoenix figure parmi les plus grands groupes financiers d’Israël et propose des services incluant l’assurance, les retraites et la gestion d’actifs. Affinity Partners a ensuite presque doublé sa participation dans Phoenix cinq jours avant la prestation de serment de Trump, devenant ainsi le principal actionnaire de l’entreprise. Kushner a qualifié cet investissement de pari sur la solidité de l’économie israélienne.

Le renouvellement du pari d’Affinity Partners sur Phoenix est intervenu dans un contexte d’intensification de la guerre israélienne à Gaza, conflit dans lequel Kushner a rapidement joué un rôle clé de médiateur. Toutefois, contrairement au premier mandat de Trump, durant lequel il était haut conseiller à la Maison-Blanche et avait contribué à l’élaboration d’accords majeurs tels que les Accords d’Abraham, Kushner a cette fois-ci évité d’assumer un rôle officiel.

* Une fusée électronique pour obus est un dispositif de mise à feu placé à l’avant d’une munition d’artillerie qui utilise des composants électroniques pour déclencher l’explosion de la charge.

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À propos de l’expérience carcérale d’Ahmed Néjib Chebbi

05. Oktober 2026 um 10:56

La veille de son arrestation le 4 décembre 2025, lors d’une conversation avec Meriem Zghidi — fille du militant défunt Salah Zghidi —, Ahmed Néjib Chebbi lui a dit : «J’ai commencé mon expérience carcérale avec Salah, ton père, en 1968, et je la terminerai avec Mourad, ton frère.» (D’après la page Facebook de Meriem Zghidi).

Fathi Ben Haj Yahia *

1968 – 2026 : cinquante-huit années se sont écoulées entre ces deux dates.

Le pays a traversé de longues années de crises et de bouleversements successifs, depuis la grave crise du coopérativisme qui a failli l’anéantir jusqu’à la situation actuelle — une situation telle que même le plus méchant n’oserait se réjouir de notre sort, quand bien même il s’y efforcerait.

Entre ces deux époques, au cœur de la tourmente, s’est écrite une autre histoire : celle tracée par Ahmed Néjib Chebbi, depuis sa détention à la prison de Borj Erroumi en 1968 jusqu’à son incarcération actuelle à la prison de Mornaguia, où il observe une grève de la faim. Il a peut-être même oublié le nombre de grèves de la faim qu’il a menées au cours de près de soixante années de militantisme, alors qu’il a désormais dépassé le cap des quatre-vingts ans.

Un homme qui ne s’est jamais incliné face à l’arbitraire

Il a été incarcéré en 1968, devenant ainsi témoin de la mise en place du premier tribunal de sûreté de l’État, des lieux de torture physique et morale au sein des locaux de la police politique, ainsi que d’une justice aux ordres du «Grand Combattant».

En prison, son parcours a croisé celui du groupe «Perspectives» ; il en est devenu par la suite l’une des figures de proue avant sa transformation en l’organisation clandestine «L’Ouvrier tunisien» (Al-Amil al-Tounsi), dont il fut l’un des principaux dirigeants en exil à Paris jusqu’au début des années 1980.

Il a ensuite créé le Parti démocrate progressiste (PDP) en 1983, formation qui s’est transformée en Parti républicain (Al-Joumhouri) au début de la révolution de 2011.

Au-delà de toute évaluation globale de ces expériences politiques, il faut reconnaître à cet homme qu’il n’a jamais plié l’échine face à l’autoritarisme, de l’ère Bourguiba à nos jours. Il a été de toutes les pages glorieuses de l’histoire des luttes démocratiques menées par l’opposition au cours des soixante dernières années, figurant toujours au premier rang et parmi les figures de proue de ceux qui ont brisé le mur de la peur — ce mur que les régimes successifs n’ont cessé d’ériger en entretenant une confusion délibérée entre le prestige de l’État et la crainte qu’il inspire.

Son seul tort, aujourd’hui, est d’avoir refusé de plier, en dépit de son état de santé, de la toute-puissance du pouvoir et de la dureté de la prison.

Quelque chose de Sisyphe qui force l’admiration

Son unique moyen d’action aujourd’hui est la grève de la faim, une méthode qu’il avait déjà employée lors de l’une des étapes les plus marquantes de la lutte contre Ben Ali — alors au sommet de sa puissance. C’était à l’époque où un groupe de militants de diverses obédiences politiques s’était réuni dans le cabinet de l’avocat Ayachi Hammami — lui-même emprisonné aujourd’hui — pour réclamer les libertés et la libération des prisonniers politiques. Cet événement eut lieu le 18 octobre 2005, alors que la Tunisie accueillait le Sommet mondial sur la société de l’information.

L’histoire de cet homme revêt une dimension tragique indéniable. On y décèle peut-être une part de Sisyphe qui force l’admiration et le respect, mais elle témoigne aussi, peut-être, de la métamorphose du mythe et d’une réécriture de son dénouement. N’avons-nous pas vécu la journée du 14 janvier 2011 alors que nul Tunisien ne s’attendait à une telle issue ? (À l’exception, bien entendu, des mages et des devins).

Une personne arborant un tel sourire permanent, un optimisme inébranlable et la conviction que la Tunisie mérite ce qu’il y a de plus beau, ne peut que vivre un nouveau moment marquant la fin de l’absurde !

Traduit de l’arabe.

* Militant de gauche et ancien prisonnier politique.

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Quel rôle pour la Tunisie dans la gestion de la crise en Libye ?

05. Oktober 2026 um 09:20

La nouvelle dynamique diplomatique autour de la Libye place la Tunisie devant une question qui dépasse la seule politique étrangère : comment éviter qu’une évolution extérieure ne se transforme en vulnérabilité intérieure ? (Photo: Poste frontalier de Ras Jedir).

Abdelwaheb Ben Moussa *

Les États-Unis cherchent à rapprocher les autorités de l’Est et de l’Ouest libyens, à favoriser l’unification des institutions et à ouvrir la voie à des élections nationales. La Turquie, l’Égypte et les puissances européennes poursuivent parallèlement leurs propres objectifs. Cette recomposition peut contribuer à stabiliser la Libye. Elle peut aussi modifier les équilibres sécuritaires, économiques et diplomatiques autour de la Tunisie.

Il serait toutefois réducteur de considérer cette séquence comme une simple rivalité entre puissances. Le véritable enjeu pour Tunis est de savoir si elle dispose de suffisamment de marges de manœuvre pour tirer profit d’une éventuelle stabilisation libyenne, absorber ses effets négatifs et défendre ses intérêts lorsque les décisions se prennent ailleurs.

La souveraineté ne consiste pas à ne dépendre de personne. Elle consiste à disposer de suffisamment de ressources, de partenaires, de compétences et d’instruments pour que la dépendance ne devienne pas une vulnérabilité subie. C’est à cette aune qu’il faut apprécier la nouvelle stratégie américaine en Libye.

Ne pas confondre stabilisation et solution automatique

La première réaction devrait être pragmatique. Pourquoi la Tunisie rejetterait-elle une initiative susceptible de rapprocher les Libyens et de mettre fin à une division qui nourrit l’insécurité ? Après des années d’échec, toute avancée vers l’unification des institutions et l’organisation d’élections mérite d’être encouragée. Washington dispose de canaux de discussion et d’une capacité d’influence que Tunis ne possède pas.

Mais une stabilisation annoncée ne constitue pas encore une stabilité acquise. Un accord politique peut rester fragile, une coordination sécuritaire peut demeurer incomplète et une réunification institutionnelle peut ne pas produire d’autorité effective sur l’ensemble du territoire. Les effets réels d’un règlement se mesureront moins aux déclarations qu’à la capacité des institutions libyennes à contrôler les frontières, à garantir la circulation et à prévenir les crises locales.

La Tunisie n’a donc aucun intérêt à s’opposer par principe à l’initiative américaine. Elle doit la soutenir lorsqu’elle favorise un processus inclusif, libyo-libyen et placé dans un cadre multilatéral. Mais elle doit aussi se préparer à plusieurs scénarios, y compris celui d’une transition incomplète, d’une stabilisation partielle ou d’un nouvel équilibre dominé par des acteurs extérieurs.

La souveraineté tunisienne commence ici : ne pas confondre l’espoir d’une solution avec la disparition du risque.

La frontière, premier canal de transmission du risque

Pour la Tunisie, la Libye n’est pas un dossier diplomatique lointain. Elle constitue une réalité économique, sociale et sécuritaire quotidienne. Les régions du Sud vivent au rythme des échanges transfrontaliers, des mouvements de personnes et de l’activité du poste de Ras Jedir. Chaque fermeture, chaque tension locale et chaque changement dans le rapport de force libyen se répercute immédiatement sur les familles, les commerçants et les entreprises des deux côtés de la frontière.

On pourrait considérer Ras Jedir comme un problème bilatéral et administratif, distinct des grandes négociations géopolitiques. Ce serait une erreur. La frontière est précisément le point où les arrangements politiques libyens deviennent une réalité tunisienne. Si l’unification institutionnelle ne garantit pas une autorité stable sur les postes-frontières, une chaîne de commandement identifiable et des règles commerciales prévisibles, elle restera incomplète du point de vue tunisien.

La Tunisie doit donc traiter la frontière comme une infrastructure stratégique. Cela suppose de sécuriser les accès, moderniser les procédures douanières, améliorer la traçabilité des flux et maintenir des canaux permanents avec les autorités locales libyennes.

La lutte contre les trafics doit être renforcée, mais elle ne peut pas se traduire par une fermeture indiscriminée qui pénaliserait les populations et l’économie légale.

La maîtrise du risque ne consiste pas à supprimer les échanges. Elle consiste à rendre les échanges plus transparents, plus prévisibles et moins dépendants des rapports de force locaux.

Une éventuelle stabilisation de la Libye pourrait relancer les échanges et soutenir l’économie du Sud tunisien. Mais cette opportunité ne se concrétisera pas automatiquement. Si le commerce transfrontalier reste informel, concentré sur quelques points de passage et dépendant de décisions sécuritaires imprévisibles, la Tunisie continuera à subir les crises au lieu de bénéficier de la reprise.

Il faut donc construire des amortisseurs économiques : développer des plateformes logistiques, renforcer les entreprises locales, formaliser une partie des échanges et créer des mécanismes de soutien pour les opérateurs touchés par les fermetures temporaires. La diversification des débouchés est également indispensable. Les régions frontalières ne peuvent pas dépendre d’un seul passage, d’un seul marché ou d’une seule configuration politique à Tripoli.

La question n’est pas de réduire le lien avec la Libye. Elle est de faire en sorte que ce lien devienne une force économique organisée plutôt qu’une dépendance exposée à chaque tension.

La neutralité comme capacité de choix

Tunis a raison de préserver une position équilibrée à l’égard des différents acteurs libyens. Dans un pays encore divisé, choisir prématurément un camp réduirait sa marge de manœuvre et exposerait ses intérêts à un changement de rapport de force.

Mais la neutralité n’a de valeur que si elle permet de choisir. Une neutralité passive risque de transformer la Tunisie en simple observatrice d’un processus conduit par Washington, Ankara, Le Caire et les institutions internationales. Elle conserverait ses relations avec tout le monde, mais pèserait réellement sur personne.

La réponse ne consiste pas à multiplier les déclarations de souveraineté. Elle consiste à renforcer les instruments qui donnent un contenu à cette souveraineté : expertise sur les questions frontalières, capacité de négociation, coordination interinstitutionnelle, présence diplomatique régulière en Libye et propositions concrètes sur la sécurité et le commerce.

La Tunisie ne peut pas imposer une solution. Elle peut toutefois rendre certaines solutions plus crédibles et certaines dérives plus coûteuses. Sa proximité géographique, ses relations avec l’Ouest libyen et son expérience des échanges transfrontaliers lui donnent une utilité spécifique. Encore faut-il la convertir en influence.

La nouvelle architecture sécuritaire libyenne impliquera nécessairement des partenaires extérieurs. La Tunisie a besoin de coopération avec la Libye, l’Algérie, les institutions internationales et, sur certains dossiers, les États-Unis et la Turquie. Refuser cette coopération au nom d’une souveraineté abstraite serait irréaliste. Mais coopérer ne signifie pas accepter une architecture conçue ailleurs. Si les priorités sécuritaires sont définies principalement par Washington ou Ankara, Tunis pourrait se retrouver devant des décisions déjà prises concernant la surveillance des frontières, la présence étrangère, la lutte contre les trafics ou la gestion des migrations.

Il faut ici appliquer le même principe que dans les relations économiques : la diversification n’est pas le rejet d’un partenaire, mais la condition d’un partenariat plus équilibré. La Tunisie doit parler avec tous les acteurs qui comptent, éviter de dépendre d’un seul canal et faire en sorte que les engagements sécuritaires soient transparents, ciblés et compatibles avec ses intérêts propres.

La souveraineté moderne ne signifie pas l’autarcie. Elle signifie pouvoir choisir ses dépendances.

Le cadre régional : un instrument, pas un substitut à la stratégie tunisienne

La Tunisie ne dispose ni du poids militaire de la Turquie, ni de la profondeur stratégique de l’Égypte, ni des ressources diplomatiques des États-Unis. Elle peut toutefois compenser cette faiblesse relative par une diplomatie de coalition. Le mécanisme de concertation avec l’Algérie et l’Égypte doit devenir un instrument opérationnel, et non rester un cadre de déclarations générales.

Les divergences entre les trois pays sont réelles. L’Algérie regarde prioritairement vers sa profondeur sahélienne et ses impératifs de sécurité. L’Égypte est davantage attentive à l’Est libyen. La Tunisie est directement exposée à l’Ouest, à Ras Jedir et aux flux transfrontaliers. Cette différence de perspective ne condamne pas la concertation ; elle impose de lui donner un agenda limité et concret.

Sécurité des frontières, continuité des passages, lutte contre les trafics, échanges d’informations et soutien à un processus politique inclusif peuvent constituer ce socle commun. Tunis doit toutefois y défendre sa propre voix et ne pas se fondre dans une position régionale uniforme.

La Tunisie a souvent abordé le dossier libyen sous l’angle de la prévention : empêcher l’instabilité de franchir la frontière, limiter les effets économiques des crises et éviter de s’impliquer dans les rivalités libyennes. Cette prudence était compréhensible. Elle ne suffit plus dans une phase où de nouveaux équilibres sont en train de se former.

Certains objecteront que Tunis doit d’abord résoudre ses propres difficultés économiques et institutionnelles avant de prétendre jouer un rôle régional. Mais la question libyenne n’est pas un luxe diplomatique. Elle touche directement la sécurité, le commerce, l’emploi, les migrations et la stabilité des régions frontalières. Investir dans une politique libyenne plus structurée relève donc de la protection des intérêts fondamentaux du pays.

Tunis doit passer d’une diplomatie de réaction à une diplomatie d’initiative. Cela implique de proposer un agenda tunisien pour la frontière, de défendre une solution politique inclusive, de diversifier les partenariats et de faire de la stabilité de Ras Jedir un intérêt régional reconnu par tous.

La Tunisie n’a pas vocation à imposer une solution à la Libye. Elle a en revanche le devoir de ne pas laisser d’autres acteurs définir seuls un règlement qui touchera directement sa sécurité, son économie et sa cohésion sociale.

La neutralité peut rester le principe directeur de la politique tunisienne. Mais elle doit être une neutralité engagée, organisée et capable de produire des résultats. Dans la nouvelle séquence libyenne, la véritable faiblesse de la Tunisie ne serait pas de manquer de puissance. Ce serait de confondre la retenue avec l’effacement.

La souveraineté tunisienne ne se proclamera pas au moyen d’une rupture avec ses partenaires. Elle se construira par des frontières mieux administrées, des échanges mieux organisés, des alliances diversifiées et une capacité accrue à transformer la proximité géographique en influence politique et économique.

Face aux recompositions libyennes, Tunis ne doit ni choisir un protecteur ni prétendre pouvoir agir seule. Elle doit construire les marges de manœuvre qui lui permettront de dialoguer avec tous, de dépendre de plusieurs et de subir moins.

* Ingénieur informaticien, cadre de banque publique.

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Les États-Unis se retirent définitivement de l’Irak

05. Oktober 2026 um 08:38

Les États-Unis ont achevé le retrait de leurs dernières forces militaires d’Irak le mercredi 30 septembre 2026 mettant ainsi fin à une présence militaire qui avait débuté avec l’invasion de 2003 ayant renversé Saddam Hussein et s’était poursuivie pendant des années d’insurrection et de violences sectaires. 

Imed Bahri

Les forces américaines s’étaient retirées en 2011 avant de revenir en 2014 pour contribuer à la défaite du groupe État islamique (EI, Daech). Cependant, ce retrait laisse aujourd’hui les milices chiites pro-iraniennes en position de force. Le Premier ministre irakien Ali al-Zaidi souhaitait que le désarmement de ces milices soit concomitant au départ des Américains mais cela n’a pas eu lieu. Le gouvernement a reporté la date butoir d’un an à savoir le 30 septembre 2027.

Les États-Unis ont mis fin à leur présence militaire en Irak après plus de 23 ans et des dépenses s’élevant à 1 700 milliards de dollars à ce que les critiques qualifiaient de «guerre sans fin» (The Endless War) en Irak, en y fermant, mercredi 30 septembre 2026, leur dernière grande base, écrivent Jared Malsin et Sangar Khaleel dans une enquête publiée par le Wall Street Journal.

Toutefois, ce retrait américain ne signifie pas la fin des troubles. Le conflit ouvert entre les États-Unis et l’Iran expose l’Irak à davantage d’affrontements, le retrait américain laissant derrière lui un pays où l’emprise de milices pro-iraniennes lourdement armées ne cesse de se resserrer.

Selon le WSJ, ces milices avaient mené plus de 600 attaques contre des installations diplomatiques et militaires américaines en Irak au cours des deux premiers mois du conflit.

Signe de l’instabilité en Irak, l’ambassade américaine à Bagdad émet désormais des avertissements de sécurité fréquents à l’intention des Américains et d’autres ressortissants notamment deux alertes par semaine concernant le risque d’enlèvement. Une équipe du WSJ a d’ailleurs quitté Bagdad précipitamment ce mois-ci après avoir reçu des avertissements de responsables irakiens, américains et européens concernant une menace sécuritaire, des responsables américains préciseront par la suite qu’il s’agissait d’un risque d’enlèvement par une milice chiite.

Selon des responsables américains (en poste ou anciens) et des experts en défense, Téhéran continue de soutenir ces milices. Un responsable américain a indiqué que le flux d’armes légères, de drones, de missiles à courte portée et de munitions de petit diamètre en provenance d’Iran avait initialement ralenti alors que Téhéran se concentrait sur la confrontation avec les États-Unis mais qu’il a repris de l’ampleur au cours de l’été. Ce responsable a souligné que les attaques récentes impliquaient des missiles et des drones à plus longue portée, suggérant une montée en puissance préoccupante des capacités d’armement.

Désarmer les groupes armés

L’administration Trump a accueilli favorablement l’arrivée au pouvoir d’Ali al-Zaidi —qui n’avait occupé aucune fonction publique avant sa nomination au poste de Premier ministre en mai— le considérant comme un interlocuteur avec qui il est possible de travailler bien que les relations de sa famille avec les autorités américaines étaient tendues. 

Al-Zaidi appartient à une famille qui possède une banque et une compagnie d’assurance ainsi que des entreprises dans les secteurs des médias et de la construction. Le département du Trésor américain avait interdit à cette banque d’effectuer des transactions en dollars en 2024, en raison de soupçons d’implication dans le financement de l’Iran et de groupes qui lui sont affiliés, des accusations démenties par Al-Zaidi affirmant n’avoir eu aucune connaissance de telles transactions.

Aujourd’hui, l’administration Trump mise sur Al-Zaidi pour désarmer les groupes armés comptant des dizaines de milliers de membres, y compris des factions paramilitaires financées ou armées par l’Iran.

Toutefois, désarmer les milices c’est pas du tout une mince affaire. Kadhim al-Fartousi, porte-parole des Brigades Sayyid al-Shuhada, un groupe paramilitaire financé et armé par l’Iran et classé organisation terroriste par les États-Unis, a déclaré que «ces armes sont la garantie de notre souveraineté et de notre liberté».

Al-Fartoussi ajouté qu’un désarmement forcé imposé par le gouvernement n’aura pas lieu. Son groupe armé et d’autres milices occupent des postes de haut rang au sein des ministères et détiennent des dizaines de sièges au Parlement irakien où ils ont joué un rôle clé dans la désignation d’Al-Zaidi lors des négociations ayant suivi les élections de l’année dernière. «Le gouvernement est une création à laquelle nous avons contribué», rappelle Al-Fartoussi.

Report de la date butoir pour le désarmement

Al-Zaidi et ses adjoints évoquent désormais un report à l’année prochaine de la date butoir pour le désarmement, initialement fixée au mercredi 30 septembre 2026. Il souhaitait qu’elle soit concomitante au retrait définitif des troupes américaines.

Un haut responsable américain a indiqué que les États-Unis avaient souligné auprès de l’Irak l’importance de préserver sa souveraineté et d’empêcher les attaques lancées depuis son territoire par des milices soutenues par l’Iran. Par ailleurs, un responsable du Pentagone a précisé que les États-Unis s’apprêtaient à mettre fin à leurs opérations militaires officielles, tout en conservant dans la région des capacités de renseignement, de reconnaissance et autres, susceptibles d’être déployées en Irak.

Le chaos ayant suivi l’invasion américaine de 2003 a offert à l’Iran l’occasion d’étendre son influence en Irak. Le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) a contribué à tisser une toile d’araignée de milices qui ont attaqué les forces américaines dans le but de chasser les États-Unis du pays.

Après la fin de la phase principale du conflit, les États-Unis ont retiré leurs troupes en 2011. Ils sont toutefois revenus trois ans plus tard pour combattre l’organisation État islamique et y ont maintenu une présence militaire. Entre-temps, les milices soutenues par l’Iran s’étaient solidement implantées après avoir participé à la lutte contre l’État islamique, certaines d’entre elles ont été intégrées au système politique irakien et ont formé des partis politiques ayant joué un rôle dans la nomination du Premier ministre. Des membres de ces milices ont également accédé à des postes influents au sein du ministère de l’Éducation ainsi que des autorités fiscales et douanières. 

Al-Fartoussi a indiqué que son organisation et d’autres groupes armés avaient connu une montée en puissance cette année. Il a déclaré : «Les factions de la résistance ont gagné en puissance car elles sont confrontées à l’événement le plus important au monde à savoir la guerre entre les États-Unis et l’Iran. Ce sont les États-Unis qui nous ont poussés vers cette guerre». 

Le choix d’Al-Zaidi au poste de Premier ministre a constitué un compromis. En effet, Donald Trump avait menacé de couper l’aide américaine à l’Irak lorsque le nom de Nouri al-Maliki —ancien Premier ministre et homme lige de l’Iran— avait été avancé pour ce poste en janvier.

Al-Zaidi fait aujourd’hui du désarmement des milices une priorité cependant ses chances de succès sont minces. L’armée régulière irakienne est en proie à un manque de financement. Quant au service de lutte antiterroriste du pays —une force entraînée par les États-Unis—, il comptait environ 14 000 soldats en 2024, un effectif inférieur à celui des milices. Par conséquent, le rapport de force n’est pas en faveur du Premier ministre.

Présence américaine réduite au strict minimum

Victoria Taylor, ancienne responsable de haut rang au département d’État ayant quitté ses fonctions cette année après avoir travaillé sur le dossier irakien, a affirmé que l’idée selon laquelle Al-Zaidi pourrait désarmer les milices en quelques mois relevait de l’impossible.

Alors que le retrait définitif des troupes américaines a été acté le 30 septembre, seul un contingent de Marines restera sur place pour assurer la protection des missions diplomatiques américaines ainsi de contractuels chargés de la maintenance de la flotte irakienne de chasseurs F-16 et des chars de fabrication américaine.

Par ailleurs, des responsables américains actuels et anciens ont signalé que l’armée avait déjà retiré une batterie de défense antiaérienne Patriot qui était déployée autour d’Erbil. Il est probable que les États-Unis concentrent leurs systèmes de défense aérienne restants sur la protection de l’ambassade américaine à Bagdad et du consulat à Erbil.

«Ces milices existent parce que l’Iran souhaite leur existence et y voit un intérêt constant, les utilisant comme un outil et un levier de pression contre le gouvernement irakien et les États-Unis dans la région. Cette situation perdurera même après le retrait des forces américaines», déclare Victoria Taylor.

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Il y a 41 ans | La Tunisie faisait condamner Israël à l’Onu

04. Oktober 2026 um 13:42

Il y a 41 ans, jour pour jour… Le 4 octobre 1985, le Conseil de sécurité condamna l’agression israélienne contre le siège de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) à Hammam Chott, dans la banlieue sud de Tunis. Un témoignage vécu à New York…

Noureddine Mezni * 

Le 4 octobre 1985, le Conseil de sécurité des Nations unies adoptait la résolution 573 (1985), à la suite de la plainte déposée par la Tunisie contre Israël, après l’acte d’agression commis contre sa souveraineté et son intégrité territoriale, «en violation flagrante de la Charte des Nations unies et du droit et des normes de conduite internationaux».

La résolution condamnant l’agression israélienne fut adoptée par quatorze voix, sans aucune voix contre, avec une seule abstention : celle des États-Unis.

Cette résolution revêtait une importance particulière puisqu’elle constituait la première résolution du Conseil de sécurité condamnant explicitement l’agression israélienne contre le territoire tunisien.

Je venais, à cette époque, d’être nommé Représentant adjoint de l’Organisation de la Conférence islamique (OCI) auprès de l’Onu. J’ai donc vécu cet événement historique au siège des Nations unies, à New York.

Une position américaine qui avait suscité la consternation

J’étais chargé de préparer le texte de l’intervention de mon organisation devant le Conseil de sécurité, réuni pour examiner cette agression israélienne.

Je n’oublierai jamais la fierté que j’avais ressentie en recevant les directives de l’administration centrale de l’OCI, dont le siège était alors à Jeddah, pour préparer ce texte. C’était la première tâche de cette importance qui m’était confiée dans le cadre de mes nouvelles fonctions.

Ce qui m’avait le plus choqué, en suivant de près l’extraordinaire couverture médiatique de l’agression israélienne par les chaînes de télévision américaines, était le soutien public et immédiat de la Maison-Blanche à Israël, qui avait qualifié son opération d’«acte légitime d’autodéfense», après l’assassinat, revendiqué par la Force 17, unité d’élite de l’OLP, de trois civils israéliens à bord de leur yacht, au large des côtes chypriotes.

Israël avait ainsi violé la souveraineté de la Tunisie, pourtant amie de longue date des États-Unis, et tué des dizaines de civils, Tunisiens et Palestiniens.

Le président Habib Bourguiba et plusieurs de ses alliés européens avaient alors exercé de fortes pressions sur l’administration américaine afin qu’elle reconsidère sa position initiale.

Bourguiba, ami de l’Occident et en particulier des États-Unis d’Amérique, menaça de rompre les relations diplomatiques de Tunis avec Washington au cas où le gouvernement américain opposait son veto à la résolution.

Clovis Maksoud et le «temps gagné»

Des négociations serrées se déroulaient au moment même où le Conseil de sécurité était réuni pour débattre de cette agression. La ferme condamnation de l’opération israélienne par plusieurs capitales européennes, dès les premières heures, ainsi que l’intervention de Bourguiba auprès de son homologue américain, Ronald Reagan, avaient finalement porté leurs fruits.

La délégation tunisienne présente dans la salle du Conseil de sécurité, conduite par Béji Caïd Essebsi, alors ministre des Affaires étrangères, attendait avec impatience l’issue de ces démarches.

Pendant cette attente, et afin de gagner du temps avant l’arrivée des instructions de Washington à son représentant au Conseil de sécurité, l’ambassadeur Walter Vernon, la délégation tunisienne avait demandé à l’ambassadeur de la Ligue arabe auprès de l’Onu, le professeur Clovis Maksoud, d’«allonger» au maximum le discours qu’il était en train de prononcer devant les membres du Conseil.

Le représentant de l’organisation panarabe, parfait anglophone, excella au cours de cette intervention, dont une grande partie fut improvisée pour la circonstance. Il réussit ainsi à retenir l’attention de l’ensemble des membres du Conseil jusqu’à l’arrivée de la réponse de la Maison-Blanche.

Washington avait finalement demandé à son représentant de s’abstenir, permettant ainsi l’adoption de la résolution 573 condamnant l’agression israélienne.

Une scène que je n’ai jamais oubliée

Je me souviens également d’une scène qui m’avait particulièrement marqué ce jour-là.

Benjamin Netanyahu, alors représentant permanent d’Israël auprès des Nations unies, avait, immédiatement après l’adoption de la résolution, déchiré le document portant le projet de résolution, dans un geste spectaculaire qui avait surpris la salle du Conseil de sécurité.

Cette scène est restée gravée dans ma mémoire, tant elle témoignait de la tension qui régnait autour de cette résolution historique.

Quarante et un ans plus tard, je garde encore le souvenir très précis de cette journée passée au siège des Nations unies à New York : une journée où, pour la première fois, je me retrouvais directement au cœur d’un dossier majeur porté devant le Conseil de sécurité dans le cadre de mes nouvelles fonctions internationales.

Un événement historique dans les annales du Conseil de sécurité des Nations unies, que j’ai eu le privilège de vivre de l’intérieur.

* Consultant en diplomatie publique internationale et en communication, ancien porte-parole du président de la Commission de l’UA.

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Le dialecte tunisien, mémoire vivante d’une terre façonnée par les civilisations

04. Oktober 2026 um 09:12

Lorsqu’un Tunisien parle aujourd’hui dans la rue, dans un café, dans une famille ou dans un marché, il ne prononce pas seulement des mots destinés à communiquer. Il fait résonner, souvent sans le savoir, plusieurs millénaires d’histoire. Chaque phrase du dialecte tunisien porte des traces anciennes, parfois discrètes, d’une terre qui n’a jamais été isolée du monde. La Tunisie actuelle, souvent présentée à travers sa langue arabe dominante, est en réalité le résultat d’une longue rencontre entre plusieurs civilisations, plusieurs peuples et plusieurs systèmes linguistiques. La langue du quotidien est un musée vivant de l’histoire nationale.

Zouhaïr Ben Amor *

Le dialecte tunisien, appelé communément «derja», n’est pas une simple variante populaire de l’arabe. Il est une construction historique complexe où se croisent les héritages amazighs, puniques, latins, byzantins, arabes, ottomans, andalous et méditerranéens. Il représente une mémoire collective qui a survécu aux changements politiques, aux conquêtes et aux transformations sociales.

L’histoire linguistique de la Tunisie montre que les langues ne disparaissent jamais complètement. Même lorsqu’une langue cesse d’être utilisée comme langue officielle ou administrative, elle peut continuer à vivre dans les habitudes, les noms de lieux, les expressions populaires, les sons et les structures grammaticales. Comme le rappelle Ferguson (1959) dans ses travaux sur la diglossie, les sociétés plurilingues conservent souvent plusieurs niveaux linguistiques qui coexistent et se transforment au fil du temps.

Ainsi, considérer le dialecte tunisien uniquement comme une forme simplifiée de l’arabe serait ignorer toute la profondeur historique qui l’a façonné. La derja tunisienne est plutôt une archive orale, un patrimoine vivant qui témoigne du passage des civilisations sur cette terre située au cœur de la Méditerranée.

L’héritage amazigh

Avant l’arrivée des Phéniciens et la fondation de Carthage, l’espace tunisien était principalement habité par des populations amazighes. Ces populations ont laissé une empreinte profonde dans la culture, la toponymie et probablement dans certaines caractéristiques linguistiques du parler tunisien.

Même si l’arabe tunisien appartient à la famille des dialectes arabes maghrébins, il conserve des influences provenant des langues amazighes. Ces influences apparaissent notamment dans certains noms de lieux, dans des termes liés à l’environnement naturel, à l’agriculture ou à la vie quotidienne. Plusieurs chercheurs ont montré que le contact prolongé entre l’arabe et les langues amazighes au Maghreb a produit des formes hybrides où les deux traditions linguistiques se rencontrent (Chaker, 1995).

La présence amazighe est particulièrement visible dans certaines régions montagneuses ou rurales où des communautés ont conservé jusqu’à une période récente des variétés berbères. Mais son influence dépasse largement ces zones. L’histoire linguistique fonctionne rarement comme une séparation nette entre des langues différentes ; elle fonctionne plutôt comme une circulation permanente.

Ainsi, certains sons, certaines constructions ou certains mots du parler tunisien peuvent être compris comme les traces d’une ancienne Tunisie amazighe. Cette dimension rappelle que l’identité tunisienne ne commence pas avec une période historique précise. Elle est le résultat d’une accumulation de couches successives.

Le dialecte tunisien est donc comme un paysage archéologique : sous la surface visible de la langue arabe contemporaine existent des strates plus anciennes qui continuent à influencer la manière de parler, de nommer et de penser.

Carthage et le punique

La civilisation carthaginoise constitue certainement l’un des héritages les plus importants de l’histoire tunisienne. Fondée par les Phéniciens à partir du IXe siècle avant notre ère, Carthage a développé une civilisation brillante dont la langue principale était le punique, une évolution du phénicien.

Pendant plusieurs siècles, le punique fut une langue majeure en Afrique du Nord. Après la destruction politique de Carthage par Rome en 146 avant J.-C., cette langue n’a pas disparu immédiatement. Elle a continué à être utilisée pendant plusieurs siècles dans certaines régions, comme l’attestent plusieurs inscriptions découvertes en Afrique du Nord.

L’historien Augustin d’Hippone, originaire de l’actuelle Algérie mais profondément lié au monde nord-africain antique, mentionne encore l’existence de populations parlant une langue punique à son époque. Cela montre la remarquable continuité culturelle de cette civilisation.

Aujourd’hui, il est difficile de mesurer exactement l’influence du punique sur le dialecte tunisien moderne. Cependant, plusieurs spécialistes considèrent que certains éléments lexicaux anciens ont pu survivre ou influencer les langues parlées ultérieurement dans la région. Les contacts entre langues sur plusieurs siècles laissent souvent des traces difficiles à identifier mais bien réelles.

Le Tunisien contemporain qui utilise certains mots hérités du terroir ou certaines expressions anciennes participe donc indirectement à une histoire qui remonte parfois jusqu’à Carthage. La langue quotidienne devient alors un lien invisible entre le présent et une civilisation vieille de plus de deux mille ans.

La période romaine et le latin africain

Après la chute de Carthage, la Tunisie devient une province majeure de l’Empire romain. L’Afrique romaine devient alors l’une des régions les plus prospères du monde antique. Des villes comme Carthage, Dougga, El Jem ou Bulla Regia témoignent encore aujourd’hui de cette période exceptionnelle.

La langue administrative et culturelle dominante devient progressivement le latin. L’Afrique romaine produit même certains des plus grands auteurs latins de l’Antiquité, comme Tertullien, Cyprien ou Augustin.

Mais le latin d’Afrique n’était pas exactement identique au latin de Rome. Il s’agissait d’une variété régionale appelée souvent latin africain. Cette langue a coexisté avec d’autres langues locales et a participé à la formation du paysage culturel nord-africain.

Après l’arrivée progressive de l’arabe au VIIe siècle, le latin africain a disparu comme langue parlée. Toutefois, son influence culturelle et certains éléments lexicaux ont pu persister dans les langues locales. Les contacts entre latin, amazigh et arabe ont créé un espace linguistique complexe.

Cette période rappelle une réalité fondamentale : une langue ne disparaît pas brutalement. Elle peut perdre son statut officiel tout en laissant des traces dans les langues qui lui succèdent. Le dialecte tunisien actuel est ainsi le résultat d’une longue transformation où chaque époque a déposé une partie de son héritage.

Les Byzantins, le grec et la Méditerranée plurielle

La période byzantine, qui succède à la domination romaine en Afrique du Nord, apporte également son influence. L’Empire byzantin utilise largement le grec comme langue culturelle et administrative, particulièrement dans ses régions orientales.

La présence grecque en Tunisie remonte cependant à des périodes encore plus anciennes, grâce aux échanges commerciaux méditerranéens. La Tunisie a toujours été un carrefour où circulaient marchandises, idées et langues.

Même si l’influence grecque directe sur le dialecte tunisien actuel reste limitée par rapport à l’arabe, au français ou à l’italien, elle fait partie de cette mémoire méditerranéenne qui caractérise l’identité tunisienne.

La Tunisie n’a jamais été une frontière fermée. Elle a toujours été un espace de rencontre entre l’Afrique, l’Europe et le Moyen-Orient. Cette position géographique explique pourquoi sa langue quotidienne possède cette richesse particulière.

L’arabe a une histoire tunisienne

L’arrivée de l’islam et de la langue arabe à partir du VIIe siècle transforme profondément le paysage linguistique tunisien. L’arabe devient progressivement la langue religieuse, administrative puis culturelle dominante.

Cependant, l’arabisation de la Tunisie n’a pas effacé instantanément les langues précédentes. Elle s’est faite par un long processus d’interaction. L’arabe tunisien n’est donc pas simplement un prolongement d’une langue venue d’ailleurs ; il est une forme locale de l’arabe, construite par des siècles de contacts avec les populations et les cultures qui existaient auparavant.

C’est précisément cette caractéristique qui fait sa singularité. L’arabe parlé en Tunisie possède une musicalité, un vocabulaire et des expressions propres. Il n’est pas identique à l’arabe parlé dans d’autres pays. Il reflète l’histoire particulière d’un territoire.

Le dialecte tunisien contient des mots provenant du français, de l’italien, du turc ottoman et de plusieurs autres influences plus anciennes. Cette capacité d’intégration n’est pas une faiblesse linguistique ; elle est au contraire la preuve d’une grande vitalité.

Une langue vivante est une langue qui accepte les rencontres. Elle évolue parce qu’elle dialogue avec le monde.

Préserver la derja tunisienne

Aujourd’hui, la question du dialecte tunisien dépasse largement la simple question linguistique. Elle touche à la mémoire collective et à la manière dont une société raconte son histoire.

Préserver la derja ne signifie pas opposer l’arabe tunisien à l’arabe classique ou aux autres langues. Il s’agit plutôt de reconnaître que chaque niveau linguistique possède une fonction et une valeur culturelle. L’arabe classique demeure une langue majeure du patrimoine religieux et intellectuel, tandis que le dialecte tunisien représente la parole quotidienne, l’humour, les chansons populaires, les proverbes, les histoires familiales et la mémoire sociale.

Une identité nationale ne se construit jamais autour d’une seule origine. Elle se construit autour d’un ensemble d’héritages accumulés. La Tunisie est amazighe par ses premières populations, punique par Carthage, latine par Rome, méditerranéenne par ses échanges, arabe et musulmane par son histoire récente, et ouverte sur le monde par sa position géographique.

Le dialecte tunisien est peut-être l’espace où toutes ces dimensions se rencontrent le plus naturellement. Il est la langue du peuple, celle qui a conservé des fragments de chaque époque.

Comme l’explique Bourdieu (1982), la langue n’est jamais seulement un outil de communication ; elle est aussi un espace de pouvoir, de représentation et d’identité sociale. La manière dont une société considère sa langue quotidienne révèle souvent la manière dont elle considère sa propre histoire.

Reconnaître la richesse du dialecte tunisien revient donc à reconnaître la profondeur historique du peuple tunisien.

La langue comme héritage et comme avenir

La Tunisie contemporaine possède une chance exceptionnelle : celle d’avoir une identité construite par la rencontre. Dans un monde où certaines sociétés cherchent parfois à réduire leur histoire à une seule origine, l’expérience tunisienne rappelle que la richesse vient souvent du mélange.

Le dialecte tunisien est le témoin sonore de cette aventure humaine. Dans une conversation ordinaire, dans une plaisanterie, dans une chanson ou dans une expression populaire, il continue à faire vivre des milliers d’années de rencontres.

Il ne s’agit pas de transformer la langue en objet figé dans un musée. Une langue vivante doit continuer à évoluer. Mais il est nécessaire de prendre conscience de sa valeur patrimoniale et de transmettre cette conscience aux générations futures.

La derja tunisienne pourrait ainsi être considérée comme une véritable mémoire nationale : une langue qui raconte les Amazighs anciens, les navigateurs phéniciens, les cités romaines, les influences byzantines, les siècles arabes et toutes les rencontres méditerranéennes.

Elle est une preuve que l’histoire n’est pas seulement écrite dans les monuments ou les livres. Elle est aussi cachée dans les mots que nous prononçons chaque jour.

* Universitaire.

Bibliographie

Bourdieu, P. (1982). Ce que parler veut dire : l’économie des échanges linguistiques. Paris : Fayard.

Chaker, S. (1995). Linguistique berbère : études de syntaxe et de diachronie. Paris : Peeters.

Ferguson, C. A. (1959). Diglossia. Word, 15(2), 325-340.

Marçais, W. (1938). Les parlers arabes. Paris : Imprimerie nationale.

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Le poème du dimanche | ‘‘Le poème m’habite’’ de Amel Ladhibi

04. Oktober 2026 um 07:24

Née en 1955 à Soliman, Tunisie, Amel Ladhibi Bent Chadhly, dite Ismahen Khan est poète et nouvelliste.

Professeur de langue et de littérature française, elle publie ses poèmes sur les réseaux sociaux, fait actuellement des recherches sur la poésie japonaise.

Depuis quarante ans, elle écrit, vers, proses et haïkus. Certains de ses textes ont paru dans des recueils collectifs ou des anthologies, comme Gyoshis, avec Taro Alzo ou Haiku Column University.

Tahar Bekri

Terre

Je suis son rivage ultime

Il est mon sol absolu

L’eau iodée

Nos refrains tressent

Nos corps en transe

Nous émergeons

Des vagues de sable

Le feu

Nous nous consumons

Nous déversons nos cendres

Au bord des récifs de corail

Nous sommes feu et flammes éphémères

L’air

Une brise printanière

Parfume nos années

Ses effluves montent en moi

Le poème notre printemps infini

Lumière

Récifs coralliens

Nous méditons

Lune plénière et éclats de lumière

L’homme

Nos cœurs

Infatigables habitacles

D’une passion infinie

Nos corps éphémères

Racontent notre histoire

A fleur de peau

Nos balades aux voûtes

Des ruelles de nos frémissements

Tremblent à chaque tournant

Le poème

Le poème m’habite

Lui mon sol absolu

Et moi sa terre choisie

Le poème nous habite

Nous sommes les fantômes de nos jours

Nous avançons

Sur le fil de l’horizon

Nous inscrivons

Avec des lettres de lumière

Nos initiales

Nos refrains

12/7/2023

(Remerciements à l’auteur)

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Le drame de Yakine ou le non confisqué

03. Oktober 2026 um 11:09

À Tunis, une adolescente, Yakine, est devenue le centre d’une enquête pour agression sexuelle présumée. Autour d’elle, versions contradictoires, arrestations, recherches et rumeurs. Mais derrière le fait divers, une question plus silencieuse apparaît : qu’apprenons-nous réellement à nos enfants lorsqu’il s’agit de leur corps, de leurs limites et du refus de l’autre ?

Manel Albouchi *

Dans une époque saturée d’images et de jugements instantanés, la retenue est déjà une responsabilité.

Depuis quelques jours, l’affaire de Yakine, une jeune fille qui a subi des violences ayant nécessité son hospitalisation, suscite une vive émotion en Tunisie. Une société entière s’est mise à regarder. Les spéculations se sont multipliées, des récits se sont construits sur des informations fragmentaires, et plusieurs se sont improvisés profilers en dressant déjà le profil psychologique de personnes dont la responsabilité n’est pas établie par la justice. Mais, l’enquête sur cette affaire délicate se poursuit et nous ne savons pas encore tout.

Entre indignation et intrusion

Regarder sans posséder. C’est ici qu’il faut tracer une frontière nette entre deux mouvements collectifs.

D’un côté, l’opposition saine : poser des balises, refuser la banalisation de la violence, exiger la vérité et protéger les droits fondamentaux.

De l’autre, l’intrusion destructrice : partager photos, prénoms, vidéos et rumeurs. La victime réelle devient alors un personnage collectif, et son intimité, une conversation nationale.

​Cette seconde pente dit quelque chose de notre lien social. Le lynchage médiatique ou virtuel est une pathologie contemporaine : une foule jetée en pâture à l’émotion brute, nourrie par le sensationnalisme, où la justice et la complexité sont étouffées par le vacarme de l’opinion.

​Une mineure victime de violences n’est pas un symbole ou le support de nos colères. Les autorités ont appelé à préserver sa vie privée. Même lorsque nous voulons nous indigner, nous devons respecter ses limites et ne pas transformer son drame en spectacle.

Avant la théorie, il y a un corps. Un corps qui peut être blessé, contraint, et dont le propriétaire devrait rester celui qui l’habite.

Le premier non de l’enfant

Toute l’éducation au consentement commence bien avant l’adolescence, dans les gestes ordinaires : entre «Donne un bisou à…» ; et «Tu veux faire un bisou ?» ; «Non.» «D’accord.»

Ces deux scènes minuscules enseignent une double évidence : mon corps m’appartient ; le corps de l’autre lui appartient.

Le premier «non» de l’enfant est rarement confortable ; l’adulte y voit parfois de l’insolence. Pourtant, respecter le refus de l’enfant ne signifie pas abolir l’autorité. La psychologie du développement distingue avec précision le soutien à l’autonomie du contrôle psychologique. Une vaste méta-analyse portant sur 238 études (Bradshaw et al., American Psychologist, 2025) confirme sur plus de 126 000 participants l’association profonde entre le soutien parental à l’autonomie et l’épanouissement des enfants, tandis que le contrôle psychologique se trouve invariablement lié aux indicateurs de mal-être, et ce, à travers toutes les cultures.

Une autorité juste («Je ne peux pas te laisser faire cela, car c’est dangereux») pose les limites nécessaires à la sécurité.

Le contrôle psychologique («Tu n’as pas le droit de vouloir autre chose que moi») étouffe le sujet.

Le deuxième non

Il existe un apprentissage symétrique, tout aussi difficile : apprendre à recevoir le non de l’autre.

«Je ne veux pas.» Cette phrase peut produire de la déception, de la frustration, parfois de la colère. Mais elle ne constitue pas nécessairement une injustice. L’autre peut ne pas vouloir, ne pas aimer ce que j’aime, refuser mon invitation, interrompre une relation ou ne pas répondre à mon désir. Et je peux souffrir de ce refus sans avoir pour autant un droit sur celui qui me refuse.

Le désir ne crée pas un droit. La frustration ne crée pas une dette chez l’autre. Le refus de l’autre n’est pas automatiquement une attaque contre moi. Mon désir n’est pas ton désir. Ma colère n’est pas ton obligation. Mon corps n’est pas ton territoire, ton corps n’est pas le mien. Je peux t’aimer et accepter ton refus. Tu peux m’aimer et refuser quelque chose.

Cette séparation n’est pas une rupture du lien : elle en est la condition. Car si l’autre doit vouloir ce que je veux pour rester proche de moi, il n’est jamais véritablement autre : il devient une extension de mon désir.

La confiscation du non

​Lorsqu’un enfant apprend de manière répétée à renoncer à ses propres limites (parce que sa colère est systématiquement invalidée ou son refus qualifié d’insolence), il risque d’intégrer que la volonté du plus fort l’emporte toujours.

​Bien entendu, cela ne désigne en rien une fatalité et ne jette le discrédit ni sur les familles ni sur les victimes. Sur le plan clinique, ces contextes de confiscation précoce constituent toutefois un terrain propice où certaines difficultés risquent de se déployer au fil des âges.

A l’adolescence : la vulnérabilité face aux emprises. Faute d’avoir pu expérimenter la valeur de son «non» dans un cadre sécurisant, le jeune adulte en devenir peut se retrouver plus désarmé face aux pressions extérieures, s’exposant plus facilement à des influences ou à des dynamiques d’emprise.

​En couple : les tourments de la dépendance affective. Plus tard, l’adulte risque de s’oublier dans ses relations amoureuses par peur panique du rejet. Par un mouvement symétrique, l’absence d’exposition au «non» de l’autre rend parfois la frustration intolérable, faisant basculer la relation entre angoisse fusionnelle et besoin de contrôle.

Au travail : l’épuisement et le faux-self. Cette incapacité à poser des limites peut mener à une suradaptation chronique. L’adulte endosse alors un «faux-self », ce masque social et protecteur façonné pour plaire et répondre aux attentes de la performance, au risque de s’épuiser, voire de glisser vers le burn-out par peur de l’exclusion.

​Dans la relation parentale : l’enfant comme extension. C’est parfois là que la boucle se boucle. Un parent lui-même carencé dans son histoire personnelle peut tisser un lien fusionnel où l’enfant est inconsciemment perçu comme une extension de soi. Le moindre «non» de l’enfant est alors vécu non comme une saine étape d’individuation, mais comme une menace existentielle.

​Du foyer à la société

​Ce qui se tisse dans l’intimité du foyer résonne inévitablement au-delà de ses murs. Une éducation qui confisque la nuance et le refus cultive insensiblement un terreau de docilité, où l’obéissance finit par l’emporter sur l’esprit critique. Le pli pris face à l’injonction absolue («parce que je l’ai dit») prépare le terrain à d’autres formes de soumission face au dogme ou à l’arbitraire.

​De même, à plus grande échelle, les structures pyramidales ou les climats sous tension partagent parfois cette même allergie à la contradiction : lorsque le désaccord est reçu non comme un dialogue, mais comme une insubordination, c’est toute la vitalité démocratique qui s’étiole. L’intolérance au «non» (qu’elle s’exerce à l’échelle d’une maison ou dans les rouages du pouvoir obéit toujours à la même grammaire de l’emprise.

​Qu’apprenons-nous à nos enfants lorsqu’ils disent non ?

​L’enjeu éducatif n’est ni de supprimer l’autorité ni de fabriquer des enfants qui disent non à tout, mais de construire une relation où l’enfant comprend que son non compte, que celui de l’autre compte aussi, et qu’il peut être frustré sans être victime d’une injustice.

​C’est là que l’autonomie rencontre l’empathie. Alors, la véritable question que nous laisse l’affaire de Yakine n’est pas seulement «comment en sommes-nous arrivés là ?», mais plus profondément : qu’apprenons-nous à nos enfants lorsqu’ils disent non ?

​Car un enfant à qui l’on apprend que son non a une valeur comprend aussi que celui de l’autre compte. Et la culture du consentement commence exactement là : dans la façon dont un adulte, face à un enfant qui refuse, sait répondre simplement : «D’accord. J’ai entendu.»

 * Psychothérapeute.

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Desert Voyages | Le Sahara tunisien comme lieu méditation

03. Oktober 2026 um 09:32

Dans le Sahara tunisien, le yoga quitte les salles de sport pour s’inscrire dans une nouvelle forme de tourisme expérientiel, privilégiant les petits groupes, le silence, la marche et l’immersion dans le désert.

Dérouler son tapis sur le sable encore frais de l’aube, caler sa respiration sur le pas lent d’une caravane, s’arrêter lorsque le soleil impose sa loi et reprendre sa route au crépuscule, alors que les dunes changent de couleur. Desert Voyages associe pratique du yoga, marche, méditation et vie nomade sous les étoiles.

Il s’agit d’une offre de niche qui s’inscrit dans la volonté plus large de la Tunisie de proposer une alternative au traditionnel séjour balnéaire. Le gouvernement a lui-même fait de la diversification vers le tourisme écologique, saharien, sportif et culturel une priorité, tandis que la stratégie nationale vise des modèles plus durables, capables de répartir les retombées économiques jusque dans les régions de l’intérieur.

C’est dans cette optique que s’inscrit la proposition de Desert Voyages : du 23 au 29 novembre 2026, l’agence organise un séjour de six jours dans le Sahara tunisien consacré au yoga, encadré par l’enseignant Thibault Paquin. Baptisée de manière évocatrice «Entre sable et étoiles», cette expérience débute et s’achève à Djerba ; elle comprend un transfert en 4×4 vers un campement dans le désert, de courtes marches accompagnées de dromadaires et des nuitées sous tente ou, pour ceux qui le souhaitent, à la belle étoile, sous le ciel saharien.

Au coucher du soleil, le rythme du voyage ralentit encore davantage.

Yoga sur les dunes

Le programme ne présente pas le yoga comme une parenthèse déconnectée du voyage, mais cherche au contraire à l’adapter aux rythmes naturels du désert. Des séances facultatives de Hatha ou de Vinyasa sont prévues à l’aube sur les dunes, incluant la Salutation au Soleil et un travail sur la respiration.

Aux heures les plus chaudes, lorsque la chaleur incite à faire une pause, place au repos, à la lecture et au Yoga Nidra, une pratique méditative qui s’effectue en position allongée.

Au coucher du soleil, le rythme ralentit encore davantage avec le Yin Yoga, tandis que la soirée peut s’achever par des mouvements inspirés de la Salutation à la Lune et des moments de méditation autour du feu.

Il ne s’agit pas seulement de la beauté du paysage ; la littérature scientifique attribue à la pratique régulière du yoga des effets potentiellement bénéfiques sur la gestion du stress, le sommeil, l’équilibre et, plus généralement, le bien-être psychophysique.

Le yoga adapte le voyage aux rythmes naturels du désert.

Réduire le stress

Le National Center for Complementary and Integrative Health (États-Unis) souligne toutefois que ces effets varient selon le type de yoga pratiqué et la qualité des études disponibles. Une récente synthèse d’essais randomisés a mis en évidence une réduction du stress perçu, tout en qualifiant de faible la qualité d’une partie des preuves scientifiques. À cela s’ajoute le facteur environnemental.

Plusieurs études associent également l’exposition à la nature à de meilleurs indicateurs de bien-être et à une réduction du stress, bien qu’il soit difficile de dissocier l’effet du paysage de ceux de l’activité physique, de la rupture avec la routine quotidienne et de la dimension sociale du voyage.

La «marche afghane»

Dans le désert, cependant, la théorie laisse place à l’expérience vécue. Desert Voyages propose également de s’essayer à la «marche afghane», fondée sur la synchronisation de la respiration et des pas. Plus qu’une simple astuce pour limiter la fatigue, c’est une manière de transformer la randonnée en un exercice d’attention au corps et au rythme, tandis que les bagages et une partie de la logistique sont pris en charge par la caravane.

La journée saharienne est aussi rythmée par la cuisine et la culture locales : pain cuit dans le sable, huile d’olive, dattes, miel et bsissa au petit-déjeuner ; thé à la menthe, plats tunisiens et couscous autour du feu le soir. Il s’agit d’un élément clé d’un modèle touristique qui, pour être véritablement durable, doit impliquer les guides, chameliers, cuisiniers et communautés locales, tout en limitant l’impact sur des écosystèmes extrêmement fragiles.

Le voyage de novembre s’inscrit dans une offre plus large de séjours thématiques proposés par l’agence ; outre le yoga, celle-ci inclut le Qi Gong, la méditation, l’astronomie, la calligraphie, la peinture, la cuisine, la danse et d’autres disciplines. Le fil conducteur consiste à utiliser le Sahara non seulement comme un décor à photographier, mais comme une partie intégrante de l’expérience. Et c’est peut-être là toute la force du yoga dans le désert : sur les dunes, il n’y a ni murs, ni miroirs, ni musique de fond. Pour retrouver l’équilibre, il ne reste que le corps. Et, bien sûr, le sable, qui rend difficile même la posture de l’arbre.

Traduit de l’italien.

Source : Ansa.

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États-Unis | L’état-major privé de la guerre «superintelligente»

03. Oktober 2026 um 08:43

La décision du secrétaire à la Défense américain Pete Hegseth de confier la conception de la guerre de demain à des figures civiles du capitalisme algorithmique marque un tournant historique dans la gestion de la violence d’État.  

Mahjoub Lotfi Belhedi *

À travers le Projet Meridian et la création d’un Commandement de la guerre autonome (Autowarcom), l’administration américaine ne cherche plus simplement à moderniser ses armées : elle acte le passage de la simple intelligence artificielle à ce que Donald Trump, qui affectionne les superlatifs, formalise désormais par décret sous l’appellation de «superintelligence».

Ce glissement sémantique et politique valide une course aux armements où la supériorité militaire absolue exige une force de calcul supérieure, affranchie des limites cognitives humaines.

Un duopole technologique au service de la guerre

Dans cette reconfiguration, les rôles sont soigneusement distribués pour capitaliser sur l’expérience directe des conflits contemporains.

Elon Musk, fort de l’infrastructure globale de Starlink et des capacités génératives de xAI, est mandaté pour identifier et structurer les technologies de rupture indispensables aux futurs conflits. Son implication s’enracine dans la réalité des guerres actuelles, où la constellation Starlink est devenue la colonne vertébrale indispensable des communications militaires et du ciblage en temps réel sur les fronts les plus critiques, à l’instar de l’Ukraine où il a déjà fait ses preuves. 

À ses côtés, Palmer Luckey, fondateur d’Anduril Industries, apporte l’expertise opérationnelle d’une start-up militaire nativement conçue pour la guerre automatisée. Loin de la théorie, les systèmes d’Anduril sont déjà activement déployés sur les théâtres d’opérations modernes : ses drones intercepteurs autonomes, ses missiles à longue portée comme le Barracuda-500M, ainsi que sa participation au programme Titan – un système mobile de renseignement par IA qui fusionne les données de multiples capteurs pour accélérer l’identification des cibles – redéfinissent déjà la vitesse d’exécution des frappes.

Un conflit d’intérêts systémique

Ensemble, les deux technologues transforment le Pentagone en incubateur, où la planification stratégique de la nation s’aligne directement sur les intérêts de firmes privées.

Cette hybridation institutionnalise un conflit d’intérêts systémique, transformant ces deux entrepreneurs en juges et parties de la défense nationale. En laissant des industriels rédiger eux-mêmes la doctrine de la superintelligence militaire, l’État abdique sa fonction de régulateur neutre pour devenir le client captif d’un duopole technologique. 

Dès lors, la dynamique des conflits mondiaux n’obéira plus seulement aux équilibres diplomatiques traditionnels, elle sera dictée par le rythme d’optimisation des algorithmes de combat et par l’obligation, pour ces multinationales, de valider la puissance de leur modèle sur des théâtres d’opérations en constante extension. 

Confrontée à cette course effrénée où la décision ultime est transférée à des entités computationnelles qui dépassent notre entendement, une question fondamentale demeure : en abdiquant notre propre discernement face à cette superintelligence pour l’armer et la rendre souveraine, n’avons-nous pas initié un mécanisme d’escalade irréversible où l’humanité, devenue obsolète sur le champ de bataille, ne sera plus que le spectateur impuissant et la victime collatérale de sa propre destitution ?

* Stratège en réflexion IA.

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