Normale Ansicht

Es gibt neue verfügbare Artikel. Klicken Sie, um die Seite zu aktualisieren.
Heute — 03. Mai 2026Haupt-Feeds

‘‘À voix basse’’ de Leyla Bouzid | La mise à nu d’un silence collectif

03. Mai 2026 um 10:26

Il n’y a pas d’éclat dans ‘‘À voix basse’’. Pas de démonstration, encore moins de rupture spectaculaire. Le troisième long métrage de Leyla Bouzid avance autrement : à pas feutrés, dans les marges, là où les familles fabriquent leurs vérités autant qu’elles les dissimulent.

Djamal Guettala

Présenté en avant-première au cinéma Le Rio, le film s’ouvre sur un retour. Celui de Lilia, installée à Paris, qui revient en Tunisie pour enterrer son oncle. Le point de départ est connu. Mais très vite, le récit bifurque. Le deuil n’est qu’un seuil. Derrière, il y a autre chose : une maison traversée de tensions, des regards qui esquivent, des paroles qui contournent.

Rien n’est frontal. Et c’est précisément là que le film trouve sa force.

Le secret circule mais ne se dit pas

Dans cet espace familial clos, la parole circule mal. Elle se fragmente, se suspend, se dérobe. La mise en scène épouse cette logique : peu de mots, peu d’effets, mais une densité constante. Chaque silence devient signifiant. Chaque geste pèse plus qu’un dialogue.

Lilia, elle, se tient à la lisière. Entre deux mondes. Entre deux vérités. À Paris, elle vit une relation amoureuse avec une femme. En Tunisie, cette réalité n’existe pas. Ou plutôt, elle ne doit pas exister. Le film ne force rien, ne souligne pas. Il laisse cette tension s’installer, presque en sourdine, comme un battement continu sous la surface du récit.

C’est dans cet écart que se joue l’essentiel. Car l’enquête sur la mort de l’oncle n’est, au fond, qu’un révélateur. En cherchant à comprendre ce qui s’est passé, Lilia met au jour une autre réalité : celle d’une famille structurée par le non-dit. Ici, les secrets ne se disent pas. Ils circulent, se devinent, se transmettent.

L’intime devient politique

Lors de la rencontre avec le public au Rio, Leyla Bouzid l’a formulé sans détour : l’amour entre femmes reste largement absent des écrans tunisiens. Une remarque simple, mais qui éclaire tout le film. ‘‘À voix basse’’ ne revendique pas, il installe. Il donne à voir sans imposer, il expose sans déclarer.

Le cinéma de Bouzid continue ainsi de travailler une ligne précise : celle où l’intime devient politique sans jamais se transformer en discours. Déjà, dans ‘‘À peine j’ouvre les yeux’’, la jeunesse affrontait l’étau social. Dans ‘‘Une histoire d’amour et de désir’’, le corps devenait un territoire de négociation. Ici, c’est le silence qui prend le relais. Un silence qui protège, mais qui enferme.

Le film ne cherche pas à résoudre ses tensions. Il les maintient. Il les laisse exister, telles quelles, dans leur complexité. C’est peut-être là son geste le plus juste : refuser la simplification.

À la sortie, rien n’est complètement dit. Mais tout a été posé. À voix basse…

L’article ‘‘À voix basse’’ de Leyla Bouzid | La mise à nu d’un silence collectif est apparu en premier sur Kapitalis.

Trump Baba ou l’Oncle pique-sous

03. Mai 2026 um 09:29

Donald Trump, ci-devant président des Etats-Unis d’Amérique, superpuissance d’antan en voie de déclin, semble avoir trouvé l’abracadabra magique pour faire débourser, pays et personnes physiques, un milliard de dollars pour obtenir la permission de siéger indéfiniment à son Conseil de paix, dont il est le président, le secrétaire général, le trésorier et le garde-chiourme. Donald va crouler sous le poids du billet vert. Sésame ouvre-toi ! (Trump en mode Ali Baba et les 40 voleurs, image générée par IA).

Mohsen Redissi *

Oncle Donald, en maître de cérémonie et profitant de sa présence à la plus grande concentration de chefs d’Etats, de têtes couronnées et d’hommes d’affaires pour faire du porte-à-porte d’un genre nouveau. Le temps lui est compté. Un coup de maître, la charte de son Conseil de la paix a été signée lors de la dernière réunion annuelle du Forum économique mondial, Davos, Suisse, 19-23 janvier 2026.

Trump a volé, tout d’abord, du temps et de la disponibilité des pays signataires de la charte, en jouant aisément au commis voyageur, lui le promoteur immobilier invétéré. Un désir pressant le pousse à faire d’une pierre deux coups : assister aux réunions et ratisser large en harcelant les plus sceptiques. Avec plus de 2500 participants, il avait l’embarras du choix. Trump n’est pas à sa première «quête».

Robin des bois, ou Arsène Lupin

Le maître des brigands, Robin des bois, aurait rougi de honte. Heureusement le Capitole veille au grain. Les parlementaires américains, très proches de leurs électeurs en situation précaire, ont vite fait d’arrêter une opération frauduleuse du locataire de la Maison blanche.

Pour tenir une promesse faite lors de la séance inaugurale du Conseil pour la paix, le 22 janvier 2026, Trump a piqué, sans vergogne et sans mettre de gants, dans les caisses et les programmes du département d’État. Il a détourné des fonds alloués aux démunis pour renflouer les caisses de son tout nouveau Conseil : $1,25 milliards initialement pour l’assistance internationale en cas de catastrophes, $200 millions pour les opérations de maintien de la paix et $50 millions réservés aux programmes d’échanges internationaux.

Trump Baba pioche, trempe dans des eaux troubles et détourne les caisses des pauvres pour renflouer les tiroirs caisses de son Conseil de paix, comme le résume très bien la sagesse populaire tunisienne «Secouer la gourde et verser dans le bassin». Une contradiction flagrante de la devise des deux maîtres brigands. Le congrès, le contre-pouvoir de l’exécutif en Amérique, veille au grain. Il ne s’est pas laissé intimider par ce vol à l’étalage. Il a aussitôt réagi à cette dérobade en gelant le transfert.  

Trump en mode Arsène Lupin, image générée par IA.

D’après la chaîne libanaise AlManar, citant Nickolay Mladenov, haut-commissaire chargé de la gestion des fonds collectés pour Gaza, les caisses sont vides. Donald Trump, président du Conseil, a fait transférer au profit d’Israël 17 milliards de dollars, initialement prévus pour l’acheminement d’aide et le lancement de chantiers pour la reconstruction de Gaza.

Notre président serait-il le Robin des Bois des temps modernes, défenseur des opprimés… israéliens ? En dépouillant les riches, il engraissait les pauvres en distribuant le butin de son larcin ? Ou serait-il alors Arsène Lupin ? Le gentleman cambrioleur, qui ne s’attaquait qu’aux plus riches ? Pour qui sonne le glas ?

Bernard l’Hermite

D.T. a jeté son dévolu sur l’U.S. Institute of Peace, temple de la réflexion, désormais rebaptisé Donald J. Trump U.S. Institute of Peace par respect à son altesse. La mégalomanie du locataire de la Maison blanche n’a aucune limite. Devenu Maître de céans, il a vite fait de virer un bon nombre du personnel et du corps enseignant, les plus réticents, ceux qui ne cadrent pas dans sa vision de la paix. Tout personnage allergique aux idées Maga en définitive, faisant ainsi de la prestigieuse institution une coquille vide.

Son nom est devenu un label et une forme de fabrique. Les doléances de la famille Kennedy sont restées sans réponse comme il a fait la sourde oreille aux interventions. Dirigé par ses proches, le conseil d’administration du John F. Kennedy Center for the Performing Arts l’a rebaptisé Trump-Kennedy Center. Une décision qui n’a pas fait que des heureux.

On a volé le marteau de Thor !

Dans un tour de passe-passe, il a fait disparaître le marteau en or massif utilisé pour annoncer l’ouverture de la première séance du Conseil de paix. Le marteau le plus cher au monde, il vaut son pesant d’or. Son larcin le plus audacieux et le plus précieux. 

A la séance de clôture, sans gêne aucune, il dit à son vice-président que le marteau lui a tapé dans l’œil et qu’il a la ferme intention de le «privatiser». D’après des sources proches de la présidence, Trump est un adorateur de tout ce qui brille, sans pour autant être un orfèvre. Il se barre avec le marteau qui n’a servi que deux fois, à l’ouverture et à la clôture du conseil. Trois coups à l’ouverture et trois coups à la clôture. Un six coups pour un ricain, c’est payer cher le carat. Il est le président, le secrétaire général, le trésorier et le garde-chiourme du Conseil de la paix.

L’article Trump Baba ou l’Oncle pique-sous est apparu en premier sur Kapitalis.

5 000 inscrits potentiels au semi-marathon de Bizerte

03. Mai 2026 um 08:28

Samedi 2 mai 2026, le comité directeur du Club Running de Bizerte a tenu une conférence de presse pour lever le voile sur les préparatifs de son prochain semi-marathon, rendez-vous sportif majeur pour la région, qui se tiendra le 10 mai.

Le Dr Mohamed Gabsi, figure emblématique des courses sportives, a souligné le dynamisme croissant de l’association, qui compte plus de 100 membres actifs, 15 000 suiveurs et plus de 5 000 inscrits potentiels pour la deuxième édition du semi-marathon de Bizerte, laquelle proposera quatre courses (1 km Kids, 5 km, 10 km et 21 km), avec 2 500 dossards disponibles — une nette progression par rapport à la première édition du 15 juin 2025, enrichie cette année par l’ajout d’une épreuve de 10 km à la demande des participants.

Ponctuant les échanges de son éloquence habituelle, Maître Mohamed Rached Sfaxi est intervenu tout au long de la conférence pour apporter des éclairages précieux et lever le voile sur les points techniques et juridiques singuliers de l’organisation

Cette édition sera dédiée à la mémoire du martyr, le sergent Ali Khaterchi, né le 20 août 1977 et assassiné le 1er janvier 2015 par des terroristes.

Cette édition se déroulera au village sportif de Sidi Salem, sur le site de l’Astrolabe, où la cérémonie débutera à 7h avec l’accueil des athlètes, suivie de l’hymne national à 7h50, avant le coup d’envoi de la première course à 8h, tandis que la distribution des prix est prévue à 9h.

Cette manifestation vise principalement à promouvoir l’hygiène et la santé, à valoriser le potentiel touristique de la région, à sensibiliser à la protection de l’environnement et à contribuer au dynamisme économique local.

Des points d’animation sont prévus tout au long du parcours afin de stimuler et d’encourager les athlètes.

Pour assurer le succès de cette édition, une véritable dynamique de solidarité s’est déployée avec la mobilisation de 120 volontaires issus d’un réseau d’associations locales engagées, parmi lesquelles figurent l’Amicale des anciens de l’armée nationale, «C’est à vous de changer Bizerte», le Croissant-Rouge, les Scouts de Tunisie (région de Bizerte), Two H Design, Radio Oxygène, Meneurs d’allure Tunisie, Les Coureurs de Cœur, Cap Ambulance et la salle de sport Joker.

Témoignant de l’attractivité croissante de la compétition, le peloton présentera cette année un caractère résolument cosmopolite, avec la participation d’athlètes venus de divers horizons, notamment d’Algérie, de Libye, du Maroc, de France, de Belgique, de Grande-Bretagne, d’Inde, d’Indonésie et du Japon.

Côté partenariats, l’événement franchit un nouveau palier avec une mobilisation digne des plus grandes compétitions internationales : un effort de sponsoring remarquable a permis de fédérer un nombre record de partenaires, témoignant de la confiance et de l’intérêt croissant des acteurs économiques pour ce semi-marathon.

Lotfi Sahli

L’article 5 000 inscrits potentiels au semi-marathon de Bizerte est apparu en premier sur Kapitalis.

La Méditerranée, cette mer qui traduit les dieux et les langues

03. Mai 2026 um 08:28

Il y a des mers qui séparent, et d’autres qui obligent les hommes à se regarder. La Méditerranée appartient à cette seconde catégorie. Vue de loin, elle semble tracer une frontière nette entre deux rives : au nord, l’Europe chrétienne, latine, grecque, romane ; au sud et à l’est, le monde arabe, berbère, musulman, mais aussi juif, copte, syriaque, ottoman, africain. Pourtant, dès que l’on s’approche de son histoire réelle, dès que l’on quitte les cartes politiques pour entrer dans les ports, les marchés, les livres, les prières, les cuisines, les chansons et les mots de tous les jours, cette frontière se brouille. La Méditerranée n’est pas une ligne de séparation. Elle est une immense zone de frottement, de passage, de traduction et de métissage.

Zouhaïr Ben Amor *

Depuis l’Antiquité, cette mer a moins isolé les peuples qu’elle ne les a mis en relation. Elle a transporté des marchandises, bien sûr : blé, huile, vin, épices, tissus, métaux, céramiques. Mais elle a surtout transporté des croyances, des alphabets, des rites, des langues, des formes d’art, des manières de prier et de nommer le monde.

Fernand Braudel a montré que la Méditerranée n’est pas seulement un espace géographique : c’est une civilisation lente, faite de montagnes, de ports, de routes, de saisons, de mémoires superposées (Braudel, 1949). Cette lenteur explique peut-être pourquoi les religions et les langues ne s’y effacent jamais complètement. Elles s’y déposent comme des couches successives. Une mosquée peut garder le souvenir d’une basilique ; une église peut reprendre les colonnes d’un temple antique ; une langue peut porter dans sa bouche les traces d’une autre langue qu’elle croyait avoir oubliée.

La Méditerranée est donc une mer de brassage parce qu’elle a toujours mis en contact des mondes qui se pensaient différents, parfois ennemis, mais qui finissaient malgré tout par s’emprunter des mots, des techniques, des récits et des gestes. Elle est une mer paradoxale : lieu de guerre et de commerce, de conquête et d’hospitalité, de croisades et de traductions, d’exils et de retrouvailles. C’est cette complexité qui fait sa richesse. Elle n’a jamais été pure. Elle n’a jamais appartenu à une seule religion, à une seule langue, à une seule rive.

Une mer où les religions se croisent avant de s’opposer

On présente souvent la Méditerranée comme un théâtre d’affrontement religieux : Rome contre Carthage, Byzance contre l’islam, croisades chrétiennes contrepouvoirs musulmans, Reconquista ibérique, conquêtes ottomanes, colonisations européennes. Ces conflits ont existé, parfois avec une grande violence. Mais réduire la Méditerranée à ces affrontements serait oublier tout ce qui, dans le silence des jours ordinaires, a permis aux religions de cohabiter, de s’observer et parfois de s’influencer.

Prenons l’exemple de la Sicile. Cette île, située au cœur de la mer, est presque un résumé de la Méditerranée. Elle fut grecque, romaine, byzantine, arabe, normande, espagnole. À Palerme, les traces de cette histoire sont visibles dans l’architecture : la Chapelle Palatine, construite au XIIe siècle sous les rois normands, associe des mosaïques byzantines, des inscriptions arabes, des motifs islamiques et une structure chrétienne latine. On y voit une scène étonnante : un pouvoir chrétien qui fait travailler des artistes grecs et arabes, et qui assume une esthétique venue de plusieurs mondes. Ce n’est pas seulement de la décoration. C’est une manière de gouverner un espace pluriel. La Sicile normande montre que le religieux, dans la Méditerranée, n’est jamais totalement séparé du politique, de l’art et de la langue.

On peut dire la même chose d’Al-Andalus, l’Espagne musulmane médiévale. Cordoue, Tolède, Grenade furent des lieux où musulmans, chrétiens et juifs vécurent dans des rapports inégaux, parfois tendus, mais également féconds.

À Tolède, après la reconquête chrétienne de la ville en 1085, se développa un grand mouvement de traduction. Des textes grecs, arabes et hébreux furent traduits vers le latin, souvent grâce à des équipes où un savant juif ou mozarabe expliquait le texte arabe à un clerc chrétien, lequel le rendait en latin. Aristote, Galien, Ptolémée, Avicenne, Averroès passèrent ainsi d’une rive à l’autre de la pensée.

La transmission du savoir antique à l’Europe médiévale s’est donc faite en grande partie par l’intermédiaire du monde arabe et juif méditerranéen. David Abulafia rappelle que la Méditerranée a été moins un espace fermé qu’un réseau de routes où les hommes, les idées et les objets circulaient en permanence (Abulafia, 2011).

Il faut aussi évoquer les communautés juives de Méditerranée. Elles constituent l’un des plus beaux exemples de circulation religieuse et linguistique. Les juifs séfarades, expulsés d’Espagne en 1492, trouvèrent refuge dans plusieurs villes du sud et de l’est méditerranéen : Salonique, Istanbul, Tunis, Alger, Livourne, Alexandrie. Ils y apportèrent le judéo-espagnol, ou ladino, langue de mémoire et d’exil, qui conserva pendant des siècles des mots venus de l’Espagne médiévale tout en intégrant des éléments turcs, arabes, grecs, italiens. Salonique, longtemps appelée la «Jérusalem des Balkans», fut ainsi une ville où l’on pouvait entendre le grec, le turc, le ladino, l’arabe, l’italien et le français. La religion y était inséparable de la langue : prier, commercer, chanter, écrire une lettre, tout cela révélait l’appartenance à une communauté, mais aussi son ouverture aux autres.

Dans les villes du Maghreb, les voisinages religieux furent également nombreux. À Tunis, à Djerba, à Fès, à Tlemcen, les communautés musulmanes et juives ont partagé des espaces, des métiers, des musiques, des traditions culinaires, des fêtes parfois observées par les uns et les autres.

La Ghriba de Djerba, l’un des plus anciens lieux de pèlerinage juif en Afrique du Nord, existe dans un environnement majoritairement musulman. Elle témoigne de cette profondeur méditerranéenne où les lieux sacrés ne sont pas seulement des monuments : ils sont des mémoires vivantes.

Bien sûr, il ne faut pas idéaliser cette cohabitation. La Méditerranée a connu des exclusions, des massacres, des conversions forcées, des hiérarchies humiliantes. Mais même dans les périodes de domination, la rencontre continuait. Un artisan musulman pouvait travailler pour une église ; un médecin juif pouvait soigner un prince chrétien ou musulman ; un marchand chrétien pouvait parler arabe pour vendre ses tissus à Alexandrie ; un marin grec pouvait jurer dans une langue mêlée comprise de tous les ports.

Les langues, ces bateaux invisibles

Si les religions ont traversé la Méditerranée avec leurs livres et leurs rites, les langues l’ont traversée avec une souplesse encore plus grande. Elles sont les bateaux invisibles de cette mer. Elles transportent des mots sans que l’on sache toujours d’où ils viennent. Elles se glissent dans la bouche des peuples, changent d’accent, se déguisent, deviennent naturelles.

L’arabe, par exemple, a laissé une trace profonde dans les langues du nord méditerranéen, notamment en espagnol, en portugais, en sicilien et même en français. En espagnol, des mots comme aceituna pour l’olive, azúcar pour le sucre, almohada pour l’oreiller, alcalde pour le maire, ojalá venant de l’expression arabe in shâ’ Allah, rappellent la longue présence arabe en Ibérie.

En sicilien, plusieurs termes agricoles, culinaires ou administratifs proviennent de l’arabe. Cela prouve que la conquête n’est pas seulement militaire : elle devient linguistique lorsqu’elle touche la vie quotidienne. Les mots qui restent sont souvent ceux de la maison, du marché, de la terre, de la nourriture. Ils sont plus durables que les empires.

Inversement, les langues européennes ont pénétré la rive sud. En Tunisie, en Algérie, au Maroc, l’italien, l’espagnol et surtout le français ont laissé des traces considérables. Mais avant même la colonisation moderne, les ports du Maghreb vivaient déjà dans un plurilinguisme intense. À Tunis, à Alger, à Tripoli, à Alexandrie, des marchands venus de Livourne, de Marseille, de Gênes, de Malte ou de Barcelone échangeaient avec des Arabes, des Turcs, des Juifs, des Grecs, des Berbères. On parlait ce qu’il fallait parler pour vendre, acheter, négocier, survivre.

C’est dans ce contexte qu’apparaît la fameuse lingua franca méditerranéenne, langue de contact utilisée pendant plusieurs siècles dans les ports, les bagnes, les marchés et les navires. Elle mêlait principalement des éléments italiens, espagnols, provençaux, arabes, turcs et grecs. Ce n’était pas une langue de littérature, mais une langue de nécessité. Une langue sans académie, sans pureté, sans grammaire officielle. Une langue faite pour se comprendre vite. Jocelyne Dakhlia a bien montré que cette langue métisse révèle une vérité profonde : les Méditerranéens, même lorsqu’ils se combattaient, avaient besoin d’un idiome commun pour négocier, travailler, racheter des captifs ou organiser la vie portuaire (Dakhlia, 2008).

La lingua franca est peut-être l’un des plus beaux symboles de cette mer : elle naît non pas d’une identité unique, mais de l’impossibilité de vivre sans l’autre.

La Tunisie offre ici un exemple très concret. Son parler quotidien contient des mots venus de l’arabe classique, du berbère, du turc, de l’italien, du français, parfois de l’espagnol. Le mot koujina, pour la cuisine, rappelle l’italien cucina. Fattura, pour facture, vient de l’italien. Bosta, pour poste, circule entre plusieurs langues méditerranéennes. Le français, lui, a marqué les domaines de l’école, de l’administration, de la technique, de la médecine. Dans une même phrase tunisienne, on peut entendre l’arabe dialectal, un verbe français adapté, une intonation italienne, un mot turc fossilisé. Ce mélange n’est pas une pauvreté linguistique. C’est une mémoire historique en action.

La Méditerranée se lit donc aussi dans les accents. L’accent marseillais porte des traces du sud, de l’Italie, du Maghreb, de la mer. Le maltais, langue sémitique écrite en alphabet latin, est un cas exceptionnel : il descend de l’arabe siculo-maghrébin, mais il a intégré de nombreux mots italiens, siciliens, anglais et français. Malte est ainsi une île où la langue elle-même raconte l’histoire des dominations et des échanges. Elle prouve qu’une langue peut être à la fois arabe par sa structure, européenne par son écriture, catholique par son environnement religieux et méditerranéenne par son esprit.

Ports, marchés, exils : la vraie géographie méditerranéenne

Pour comprendre ce brassage, il faut quitter l’idée des nations fermées et regarder les villes portuaires. La Méditerranée a été faite par ses ports : Alexandrie, Carthage, Tunis, Palerme, Naples, Marseille, Gênes, Venise, Barcelone, Smyrne, Istanbul, Beyrouth, Tripoli. Ces villes sont des seuils. Elles ne sont jamais complètement tournées vers l’intérieur du pays ni totalement livrées à la mer. Elles vivent entre deux fidélités.

Alexandrie, fondée par les Grecs en Égypte, est l’un des plus grands symboles de ce mélange. Ville hellénistique, romaine, chrétienne, arabe, ottomane, cosmopolite, elle a accueilli des Grecs, des Juifs, des Arabes, des Arméniens, des Italiens, des Français, des Maltais. Au XIXe et au début du XXe siècle, on y parlait plusieurs langues dans les rues, les cafés, les écoles, les journaux. Cavafy, poète grec d’Alexandrie, écrivait dans une ville égyptienne où la mémoire grecque survivait au milieu de l’arabe et des langues européennes. Alexandrie n’était pas une ville pure. C’était une ville-palimpeste.

Marseille, de son côté, a toujours été une ville ouverte au sud. Fondée par des Grecs venus de Phocée, elle a entretenu des liens anciens avec le Levant, l’Afrique du Nord, l’Italie, la Corse. Au XXe siècle, l’arrivée de populations arméniennes, italiennes, espagnoles, maghrébines, comoriennes, juives séfarades, a prolongé cette vocation. Marseille n’est pas seulement une ville française sur la Méditerranée ; elle est une ville méditerranéenne en France. Dans ses marchés, ses quartiers, ses cuisines, ses musiques, elle montre que la rive nord n’est jamais séparée de la rive sud. Le couscous, la pizza, la harissa, l’anchoïade, la chorba, les pâtes, les sardines grillées y composent une géographie plus profonde que les frontières politiques.

Tunis aussi est une ville de brassage. La médina, avec ses souks, ses mosquées, ses zaouïas, ses anciennes demeures, rappelle l’ancrage arabe et islamique. Mais la ville moderne, les quartiers de La Goulette, de Lafayette, de Mutuelleville, les traces italiennes, françaises, maltaises et juives, disent une autre histoire. La Goulette, en particulier, fut un espace méditerranéen exemplaire : musulmans, juifs, chrétiens, Italiens, Maltais, Français, Tunisiens y ont vécu dans une proximité faite de voisinage, de cuisine, de langues croisées, de fêtes populaires.

Là encore, il ne s’agit pas de rêver un âge d’or sans conflit, mais de reconnaître une réalité : les sociétés méditerranéennes ont longtemps su vivre dans une pluralité concrète, souvent plus souple que les idéologies modernes.

Les exils ont renforcé ce brassage. Les Andalous chassés d’Espagne ont apporté au Maghreb des savoir-faire artisanaux, des musiques, des techniques agricoles, des formes architecturales. En Tunisie, leur présence a marqué des villes comme Testour, où l’on retrouve une mémoire andalouse dans l’urbanisme, la musique et certains usages. Les Morisques ont traversé la mer avec leurs blessures, mais aussi avec leurs compétences. La Méditerranée est souvent cela : une douleur qui devient culture.

On pourrait multiplier les exemples : les Grecs d’Asie Mineure installés ailleurs après les bouleversements du XXe siècle ; les Italiens de Tunisie rentrés ou dispersés après l’indépendance ; les juifs du Maghreb partis vers la France ou Israël ; les travailleurs maghrébins venus reconstruire l’Europe d’après-guerre ; les migrants contemporains qui traversent la mer au péril de leur vie. Chaque époque a ses circulations, volontaires ou forcées. La Méditerranée n’a jamais cessé d’être un espace de départs et d’arrivées.

Ce que les mots et les rites nous apprennent encore

Aujourd’hui, on parle souvent de choc des civilisations, de frontières à protéger, d’identités menacées. La Méditerranée est parfois décrite comme une fracture entre Europe et Afrique, entre christianisme et islam, entre richesse et pauvreté, entre Nord et Sud. Cette vision contient une part de réalité politique, mais elle oublie l’histoire longue. Elle oublie que le nord et le sud de la Méditerranée se sont fabriqués mutuellement.

L’Europe médiévale a reçu par le monde arabe une partie essentielle de la philosophie grecque, des mathématiques, de la médecine et de l’astronomie. Le Maghreb moderne a reçu de l’Europe des institutions, des langues, des formes scolaires et administratives, parfois dans la violence coloniale, mais aussi dans des appropriations créatrices. Les cuisines se sont mélangées : la tomate venue des Amériques a transformé l’Italie et le Maghreb ; les pâtes ont voyagé ; le café, venu d’Orient, est devenu européen ; le sucre, les agrumes, les épices ont traversé les ports. Même les musiques racontent cette circulation : le malouf tunisien porte la mémoire andalouse ; le flamenco conserve des traces gitanes, arabes, juives et populaires ; le raï algérien a dialogué avec les sons occidentaux ; les chants napolitains et les mélodies orientales partagent parfois la même nostalgie.

Les religions elles-mêmes, malgré les dogmes qui les distinguent, partagent des paysages. Le judaïsme, le christianisme et l’islam sont nés dans un espace proche, autour de la Méditerranée orientale et du Proche-Orient. Ils ont en commun des figures, des récits, des prophètes, des lieux saints, une conception du Livre, une mémoire d’Abraham. Les pèlerinages, les tombeaux de saints, les cultes populaires montrent souvent des proximités plus fortes que les théologies officielles. Dans plusieurs régions méditerranéennes, des sanctuaires ont été fréquentés par des fidèles de religions différentes. Ce phénomène rappelle que la foi vécue par les peuples est parfois plus poreuse que la foi définie par les autorités.

S. D. Goitein, à partir des documents de la Geniza du Caire, a montré l’existence d’une société méditerranéenne médiévale traversée par des marchands, des lettres, des contrats, des familles dispersées entre Égypte, Maghreb, Sicile, Yémen, Syrie et Inde (Goitein, 1967). Ces archives révèlent une Méditerranée concrète, quotidienne, où les hommes écrivent pour demander de l’argent, organiser un mariage, régler une dette, recommander un voyageur, vendre une marchandise. Ce ne sont pas les grands discours qui parlent ici, mais la vie ordinaire. Et cette vie ordinaire est déjà mondialisée.

Voilà peut-être la grande leçon méditerranéenne : l’identité n’est pas un bloc, c’est une circulation. Être méditerranéen, ce n’est pas appartenir à une origine unique. C’est porter plusieurs héritages, parfois contradictoires. C’est savoir que le mot que l’on prononce vient peut-être d’un ancien conquérant, que le plat que l’on mange a traversé trois empires, que la musique que l’on aime contient une mémoire d’exil, que la ville que l’on habite a été priée dans plusieurs langues.

La Méditerranée nous enseigne donc une forme de modestie. Aucune rive ne peut prétendre être seule à l’origine de ce qu’elle est. Le nord doit reconnaître ce qu’il doit au sud et à l’est : les savoirs, les chiffres, les traductions, les marchandises, les récits. Le sud doit reconnaître ce qu’il a absorbé, transformé, adapté des langues et des institutions venues du nord. Entre les deux, il n’y a pas seulement domination ou dépendance ; il y a aussi création, emprunt, résistance, imitation, invention.

Dans un monde où les frontières se durcissent, cette mémoire est précieuse. Elle ne nie pas les conflits. Elle ne transforme pas l’histoire en carte postale. Elle rappelle simplement que la Méditerranée a toujours été plus forte lorsqu’elle a accepté son mélange. La pureté y est une fiction. Le brassage y est la vérité profonde.

Ma Méditerranée, si l’on peut dire ainsi, n’est donc pas seulement bleue. Elle est arabe et latine, berbère et grecque, juive et musulmane, chrétienne et laïque, française et italienne, turque et espagnole, populaire et savante. Elle parle avec plusieurs accents. Elle prie dans plusieurs directions. Elle écrit de droite à gauche et de gauche à droite. Elle chante la séparation et invente pourtant des voisinages. Elle est cette mer qui, depuis des siècles, oblige les hommes à traduire — et traduire, au fond, c’est déjà reconnaître que l’autre existe.

* Universitaire.

Bibliographie sélective

Abulafia, David. The Great Sea: A Human History of the Mediterranean. Oxford University Press, 2011.

Braudel, Fernand. La Méditerranée et le Monde méditerranéen à l’époque de Philippe II. Armand Colin, 1949.

Dakhlia, Jocelyne. Lingua franca : histoire d’une langue métisse en Méditerranée. Actes Sud, 2008.

Goitein, S. D. A Mediterranean Society: The Jewish Communities of the Arab World as Portrayed in the Documents of the Cairo Geniza. University of California Press, 1967.

L’article La Méditerranée, cette mer qui traduit les dieux et les langues est apparu en premier sur Kapitalis.

Propositions de l’Utica concernant la réforme du Code des changes

03. Mai 2026 um 07:59

Le jeudi 30 avril 2026, la Commission des finances et du budget de la Chambre des représentants a tenu une audition au siège de la Chambre avec une délégation de l’Union tunisienne de l’industrie, du commerce et de l’artisanat (Utica), concernant le projet de loi relatif à l’amendement du Code des changes, et pour discuter de la vision du secteur privé sur les réformes fondamentales proposées et leur impact sur le climat d’investissement et la compétitivité des institutions tunisiennes.

Lors de cette session, les représentants de la centrale patronale ont présenté une approche de réforme globale fondée sur une analyse critique de la législation actuelle en matière de contrôle des changes datant de 1976, qu’ils ont comparée au nouveau code des changes proposé.

Intégrer la dimension numérique

Ils ont souligné que le système actuel ne répond plus aux transformations économiques et financières mondiales. Dans ce contexte, ils ont affirmé que la philosophie législative actuelle repose sur une approche réglementaire s’appuyant sur des restrictions et une autorisation préalable, tandis que le nouveau code vise à instaurer une approche plus ouverte, fondée sur la libéralisation progressive des relations financières avec l’étranger, la simplification des procédures administratives et l’assouplissement des règles de transfert de capitaux. Selon eux, cela renforcera la compétitivité de l’économie nationale et améliorera le climat des affaires.

Les représentants de l’organisation ont également insisté sur la nécessité d’intégrer la dimension numérique au nouveau cadre juridique, soulignant que la législation actuelle ne suit pas le rythme des évolutions technologiques rapides, notamment en ce qui concerne les cryptomonnaies, les plateformes de paiement internationales et les transactions financières numériques transfrontalières.

Dans ce contexte, ils ont plaidé pour un cadre juridique clair afin d’encadrer ces activités et d’assurer leur contrôle, sans pour autant freiner l’innovation ni l’intégration de l’économie tunisienne à l’économie numérique mondiale.

Réduction des peines d’emprisonnement

Concernant l’aspect punitif, la délégation a souligné la nécessité de revoir le système pénal applicable aux infractions de change en adoptant le principe de proportionnalité entre l’infraction et la peine, et en réduisant les peines d’emprisonnement tout en renforçant l’effet dissuasif économique. L’objectif est d’atteindre un équilibre entre l’application de la loi et l’incitation au respect volontaire de celle-ci par les acteurs économiques.

Les représentants syndicaux ont abordé les questions relatives à la définition du statut de «résident» et de «non-résident», soulignant que ce concept est un pilier fondamental de la régulation des relations financières avec les entités étrangères. Ils ont discuté de l’adoption d’un critère temporel (183 jours) pour déterminer le statut de résident, en soulignant ses implications pour la situation des Tunisiens de l’étranger et des investisseurs étrangers, notamment en ce qui concerne les droits de transfert de bénéfices et de gestion des devises étrangères.

Dans ce contexte, l’accent a été mis sur la nécessité de trouver un juste équilibre entre, d’une part, la garantie de la libre circulation des bénéfices et des capitaux et, d’autre part, le respect des exigences de surveillance financière et la protection des réserves de change. Cet équilibre est crucial pour assurer la stabilité du système financier sans compromettre l’attractivité des investissements.

Rétablir la confiance entre Etat et opérateurs

L’intervention de la délégation de l’Utica ne s’est pas limitée à la présentation des aspects techniques du projet de Code des changes. Elle a également proposé une vision économique globale du rôle de l’organisation en tant que partenaire clé du processus de réforme.

La délégation a souligné que le succès de toute réforme législative repose sur le rétablissement de la confiance entre l’État et les acteurs économiques. À cet égard, les présents ont insisté sur la nécessité de réduire la bureaucratie administrative, de simplifier les procédures bancaires et de garantir la clarté et la stabilité du cadre législatif. Selon eux, cela renforcerait le climat des investissements et encouragerait l’initiative privée.

Un système de change flexible et intégré

La délégation a également souligné que le contexte international actuel, marqué par des bouleversements géopolitiques, offre de réelles opportunités à la Tunisie pour attirer de nouveaux investissements, à condition de disposer d’un système de change flexible et intégré, associé à une loi incitative sur l’investissement. Ceci permettrait de tirer parti de ces évolutions au profit de l’économie nationale.

Par ailleurs, la délégation a abordé la question du financement, insistant sur le fait que l’accès limité aux prêts bancaires et les taux d’intérêt élevés figurent parmi les principaux obstacles à l’investissement, notamment dans des secteurs stratégiques tels que la transition énergétique. Cette transition requiert des ressources financières substantielles et des mécanismes de financement adaptés. Dans ce contexte, la délégation a plaidé pour le développement d’instruments de financement et un meilleur accès aux prêts afin de soutenir l’investissement et la production.

La délégation de l’Utica, conduite par le président Samir Majoul, était composée de
Hichem Elloumi et Hamadi Koôli, vice-présidents, Khaled Sellami et Slim Ghorbel, membres du Bureau exécutif national, Akram Belhaj, président de la Fédération nationale du cuir et de la chaussure, Maher Feki, directeur central des affaires économiques, et le professeur Salah Dakhlaoui.

I. B.

L’article Propositions de l’Utica concernant la réforme du Code des changes est apparu en premier sur Kapitalis.

Le poème du dimanche | ‘‘Le deuil rouge’’ de Salah Al-Hamdani

03. Mai 2026 um 07:33

Né à Bagdad en 1951, Salah Al-Hamdani, est poète, écrivain, homme de théâtre français d’origine irakienne. (Ph. Isabelle Lagny).

Ancien opposant à la dictature de Saddam Hussein, Al-Hamdani commence à écrire ses poèmes en prison, vers l’âge de 20 ans. Il choisit la France comme terre d’exil, en 1975.

Il est l’auteur de plus de soixante-dix ouvrages, en arabe et en français (poésie, nouvelles et récits), dont, certains, sont traduits de l’arabe, en collaboration avec Isabelle Lagny. Sa poésie et ses récits en français sont traduits en plusieurs langues.

Tahar Bekri

Au sommet de ma cellule, je creuse un trou

Et s’évade la lumière ailée d’espoir

de ma nostalgie tuberculeuse.

Alors le chagrin s’y précipite et enveloppe les rires.

Je sais,

ma pensée n’a plus le sens profond qui apaise l’esprit.

Et même les battements de mon cœur

ne laissent plus d’ombre sur le reflet de l’aurore

car cette lumière en deuil

crie en moi à tous les crépuscules

jusqu’à la fin du jour.

Je suis comme ce livre abandonné depuis l’enfance,

aujourd’hui moisi sur l’étagère de l’âge adulte.

Rien,

pas même une lucarne dans le mur

ne me permet d’y échapper.

Sans cesse je comble ma gorge

d’un frémissement de mots

de restes

de ténèbres nocturnes.

Sans cesse j’emplis ma gorge

de lumière matinale

et sèche mon âge sur les barbelés de cette ville.

Les choses étaient ainsi, ou bien elles n’étaient pas

ou bien encore les deux.

On pourrait dire

que les palmiers sont venus à moi

frappent aux portes de mon absence

et qu’ils somnolent

à présent sur le seuil de Bagdad l’ancienne.

Traduit par de l’arabe par l’auteur et Isabelle Lagny

Extrait de L’arrogance des jours, Ed. Al Manar, édition bilingue, Paris, 2020.

(Remerciements à l’auteur)

L’article Le poème du dimanche | ‘‘Le deuil rouge’’ de Salah Al-Hamdani est apparu en premier sur Kapitalis.

Gestern — 02. Mai 2026Haupt-Feeds

La Tunisie projette d’atteindre 100 000 hectares de colza  

02. Mai 2026 um 13:28

Mnaouar Sghaier, directeur du département de la production agricole de l’Union tunisienne de l’agriculture et de la pêche (Utap), a déclaré à Mosaique FM que le secteur agricole tunisien souffre d’un manque d’aliments pour animaux, notamment d’aliments composés, estimée à 25 % des besoins.

M. Sghaier, qui a fait cette déclaration en marge d’un symposium sur les aliments composés, organisé dans le cadre du Salon méditerranéen des productions animales et de l’élevage (Pamed), organisé du 28 avril au 1er mai 2026 à l’Expo Center Médina – Yasmine Hammamet, a expliqué que la culture du colza, introduite en Tunisie en 2014, représente la solution idéale pour pallier ce déficit, car il s’agit d’une culture fourragère riche en protéines, fournissant également des huiles végétales à haute valeur nutritionnelle.

Le responsable a souligné l’importance de développer la culture locale de fourrage dans le cadre d’un plan national visant à atteindre l’autosuffisance et à réduire les importations. Il a indiqué que la superficie actuellement cultivée atteint 15 000 hectares, produisant environ 16 000 quintaux, dont environ 7 000 quintaux sont destinés à la production d’huile végétale.

En conclusion, M. Sghaier a affirmé que l’objectif est d’atteindre 100 000 hectares de colza, soulignant que cette expansion apportera des avantages considérables au secteur, notamment en palliant la pénurie de fourrage, en préservant la fertilité des sols et en les enrichissant en matière organique grâce à un système de rotation des cultures blé-colza.

I. B.

L’article La Tunisie projette d’atteindre 100 000 hectares de colza   est apparu en premier sur Kapitalis.

Tunisie | 20 à 31 ans de prion pour des trafiquants de drogue

02. Mai 2026 um 13:06

La Chambre criminelle du Tribunal de première instance de Tunis a prononcé des peines de prison allant de 20 à 31 ans, assorties d’amendes dépassant 400 000 dinars, à l’encontre de membres d’un réseau international de trafic de stupéfiants, rapporte Mosaïque FM.

Les prévenus ont été reconnus coupables d’avoir introduit clandestinement d’importantes quantités de cocaïne et d’autres stupéfiants en provenance d’un pays européen, destinés à être distribués en Tunisie.

L’affaire a débuté lorsque les douaniers du port de La Goulette ont été intrigués par la voiture d’un expatrié tunisien de retour d’une traversée maritime. Une fouille approfondie du véhicule à l’aide d’un scanner a révélé la présence de compartiments dissimulés dans les portières et la roue de secours.

L’opération a permis la saisie d’une importante cargaison de 11 000 comprimés de stupéfiants, ainsi que de 26 sachets de cocaïne pure.

Grâce à des interrogatoires approfondis menés auprès du chauffeur et de son complice, les deux hommes ont avoué travailler pour un réseau criminel transnational. Ils ont confirmé que la cargaison était destinée à un important trafiquant résidant dans le quartier d’El Aouina, à Tunis.

En coordination avec le parquet, une embuscade a permis l’arrestation du troisième suspect à son domicile, où d’autres quantités de stupéfiants, prêtes à être distribuées, ont été saisies.

I. B.

L’article Tunisie | 20 à 31 ans de prion pour des trafiquants de drogue est apparu en premier sur Kapitalis.

Œufs de consommation | Le secteur perd 10 millions de dinars par mois

02. Mai 2026 um 12:46

Le président de la Chambre des volailles relevant de l’Utica, Wassim Boukhris, a alerté, vendredi 1er mai 2026, sur le risque de faillite imminente des petits et moyens producteurs d’œufs de consommation, en raison des pertes financières accumulées et des répercussions de l’application rétroactive de la réglementation du secteur.

Lors d’une interview radio Diwan FM, M. Boukhris a expliqué que le secteur des œufs de consommation traverse une grave crise structurelle, entraînant des pertes financières estimées à 10 millions de dinars par mois pour les producteurs. Des pertes dues, selon lui, à une surproduction et à une chute des prix de vente en dessous du coût de production réel au cours des trois derniers mois.

M. Boukhris a, également, fait valoir que l’application rétroactive des spécifications publiées en décembre 2022 excluait une grande partie des éleveurs de volailles actifs depuis des décennies, ajoutant que ces mesures, relatives aux distances légales entre les exploitations, empêchaient les éleveurs d’accéder aux financements bancaires et aux avantages fiscaux offerts par l’Agence de promotion des investissements agricoles (Apia).

Le président de la Chambre des volailles a appelé au rétablissement immédiat du système de quotas de production et à sa répartition équitable entre les éleveurs établis et les nouveaux venus. Il a également exigé la mise en œuvre des conclusions de la Stratégie de réforme du secteur avicole de 2018, qui prévoit des mécanismes clairs de contrôle de la production et l’abattage obligatoire des volailles vieillissantes.

En revanche, M. Boukhris a exclu le recours aux exportations comme solution immédiate pour absorber le surplus de production actuel. Il a attribué cette position à l’absence de stratégie gouvernementale durable dans ce domaine depuis la perte des marchés étrangers directs, notamment le marché libyen, suite aux précédentes interdictions d’exportation.

I. B.  

L’article Œufs de consommation | Le secteur perd 10 millions de dinars par mois est apparu en premier sur Kapitalis.

Tunisie | Le SNJT dénonce les restrictions imposées à l’information  

02. Mai 2026 um 12:20

A l’occasion de la Journée mondiale de la liberté de la presse, célébrée le 3 mai de chaque année, le Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT) a publié son rapport annuel sur l’état de la liberté de la presse pour la période du 1er avril 2025 au 1er avril 2026. Il met en lumière les restrictions croissantes imposées à l’espace public et le rôle de plus en plus marginal des organes intermédiaires et de la société civile. Et souligne que la crise des médias en Tunisie a dépassé son caractère sectoriel pour devenir une crise structurelle, reflet d’un déséquilibre entre l’État et la société. Cette crise menace les garanties démocratiques et les acquis de la révolution, et compromet l’avenir du journalisme.

Le rapport a recensé 154 attaques contre des journalistes durant cette période, expliquant que la baisse enregistrée par rapport aux quatre années précédentes ne reflète pas une réelle amélioration du climat des libertés, mais masque plutôt de profonds changements dans la nature des violations et une diminution de la capacité à les signaler et à les documenter dans un contexte particulièrement répressif.

Le syndicat a affirmé que la profession est aujourd’hui confrontée à des défis existentiels qui menacent son indépendance et sa capacité à exercer son rôle de contrôle et de critique, en raison du déclin des mécanismes de régulation, des restrictions croissantes imposées au droit d’accès à l’information et d’un climat caractérisé par des pressions politiques et sécuritaires et un contrôle centralisé sur des aspects clés du paysage médiatique, ce qui a d’ailleurs valu à la Tunisie de reculer de 8 places en an dans le classement mondial de la liberté de la presse de Reporters Sans Frontières (RSF) à, passant de la 129e place en 2025 à la 137e en 2026.

Le syndicat a formulé des recommandations urgentes à l’intention des institutions étatiques, appelant la Présidence de la République à revoir sa politique de communication et à y inscrire les principes de transparence et de diffusion proactive de l’information.

Il a exhorté l’Assemblée des représentants du peuple à accélérer la modification du décret 54 afin d’empêcher l’imposition de peines d’emprisonnement dans les affaires liées à la presse, et à ratifier la loi portant création d’une Haute autorité indépendante de la communication audiovisuelle (Haica) et la loi sur l’éducation aux médias. Il a également exhorté le cabinet du Premier ministre à dialoguer avec tous les médias sur un pied d’égalité, à abroger les circulaires entravant le droit d’accès à l’information, à reprendre l’octroi de licences aux médias internationaux et à mettre en place un mécanisme national indépendant de contrôle des violations.

Le rapport a souligné le rôle du pouvoir judiciaire, appelant à ne plus déférer les journalistes en vertu du décret 54 et des textes punitifs généraux, et à adopter le décret 115 comme cadre exclusif pour les affaires relatives à la presse, tout en garantissant le droit à la couverture médiatique au sein des tribunaux et en respectant les normes d’un procès équitable.

Le syndicat a exhorté le ministère de l’Intérieur à assurer une protection efficace aux journalistes de terrain, à traduire en justice les auteurs de violences à leur encontre et à activer la cellule de crise conjointe.

Il a également demandé au ministère de la Culture d’enquêter sur les violations commises contre les journalistes lors des manifestations qu’elle organise.

En conclusion, le syndicat a appelé les médias à garantir l’indépendance des rédactions et à activer les comités de rédaction, et a appelé les forces politiques et civiles à s’unir pour défendre la liberté de la presse, pilier fondamental du processus démocratique et de l’espace public.

I. B.

Lire rapport en arabe.

L’article Tunisie | Le SNJT dénonce les restrictions imposées à l’information   est apparu en premier sur Kapitalis.

Cinq mesures pour préserver l’économie tunisienne

02. Mai 2026 um 10:49

La Tunisie fait partie intégrante de l’économie mondiale et des accords de Bretton Woods. Elle doit collaborer avec les institutions internationales et ne peut s’isoler du système financier et monétaire mondial. Si le président Kaïs Saïed avait accepté, en 2023, le prêt du FMI d’un montant de 1,9 milliard de dollars US assorti d’un taux d’intérêt de 3 %, l’économie tunisienne serait aujourd’hui en meilleure situation et nos entreprises auraient disposé des fonds nécessaires à la réalisation des cinq projets d’énergie solaire récemment attribués à des entreprises étrangères. Et la notation de la Tunisie par Fitch Rating se serait considérablement améliorée pour atteindre, aujourd’hui, BBB-.

Larbi Benbouhali *

Le président Kaïs Saïed aurait pu prendre cinq mesures pour préserver l’économie tunisienne dans le contexte économique mondial incertain et se préparer aux conséquences de la guerre Iran-États-Unis et aux pénuries de pétrole et de produits alimentaires. Ces mesures, présentées ci-dessous, je les avais proposées depuis 2023. Mais elles n’ont pas retenu l’attention des décideurs.

Le gouvernement tunisien aurait pu prendre cinq mesures pour aider les entreprises tunisiennes à investir dans des projets d’envergure, réduire le déficit énergétique, générer davantage de devises étrangères et créer des milliers d’emplois.

Mesure 1 : si le président Kaïs Saïed avait collaboré avec le FMI, le gouvernement tunisien aurait pu verser 300 millions de dollars US à Steg pour la construction des centrales solaires de 600 MW, conservé tous les bénéfices en Tunisie, réduit la dette de Steg et le déficit énergétique tunisien.

Mesure 2 : si le président Kaïs Saïed avait collaboré avec le FMI, le gouvernement tunisien aurait pu accorder 300 millions de dollars US à l’Etap pour l’exploration de pétrole brut et de gaz naturel en Algérie et en Libye, puis vendu ce pétrole brut et ce gaz naturel sur les marchés mondiaux, et rapatrié les bénéfices en devises étrangères (dollars américains) au Trésor tunisien.

La Tunisie n’aurait besoin que de 5 puits de pétrole brut en Algérie ou en Libye pour produire 80 000 barils par jour (la consommation quotidienne de la Tunisie est de 110 000 barils par jour, et sa production n’est que de 30 000 barils par jour).

Mesure 3 : si le président Kaïs Saïed avait collaboré avec le FMI, le gouvernement tunisien aurait pu accorder 500 millions de dollars US à la CPG pour l’acquisition de nouveaux équipements, permettant ainsi une production de 8 millions de tonnes et la génération de bénéfices en dollars américains. Ces bénéfices seraient restés intégralement en Tunisie, réduisant ainsi la dette de CPG et portant les réserves de change à 150 jours d’importation.

Mesure 4 : si le président Kaïs Saïed avait collaboré avec le FMI, le gouvernement tunisien aurait pu accorder 300 millions de dollars US à Tunisair pour la location de trois nouveaux avions et pour couvrir les coûts supplémentaires liés au kérosène. Ceci aurait permis d’attirer davantage de touristes en Tunisie, d’accroître les réserves de change, de réduire la dette de Tunisair et de conserver l’intégralité des bénéfices en Tunisie.

Mesure 5 : si le président Kaïs Saïed avait collaboré avec le FMI, le gouvernement tunisien aurait pu accorder 500 millions de dollars US à la BNA et à la STB afin de leur permettre d’octroyer davantage de prêts au secteur privé et de stimuler la croissance économique. Les prêts et les investissements du secteur privé auraient permis d’accroître la capacité de production, d’augmenter le produit intérieur brut et de réduire la dette publique.

* Expert financier.

L’article Cinq mesures pour préserver l’économie tunisienne est apparu en premier sur Kapitalis.

Un pont vert entre Murgia (Italie) et Semmama (Italie)

02. Mai 2026 um 10:13

Un pont de coopération territoriale se dessine entre le sud de l’Italie et le centre de la Tunisie, entre Murgia et Semmama, commune du gouvernorat de Kasserine, située dans les collines du centre-ouest de la Tunisie.

Selon l’agence de presse Tap, cette initiative est portée par le collectif italien Avrusc, né d’une collaboration artistique et territoriale et désormais engagé dans un dialogue permanent avec la communauté tunisienne locale.

Le projet vise à relier deux régions rurales méditerranéennes unies par des économies fondées sur l’agriculture, le pastoralisme, l’artisanat et la valorisation du patrimoine local.

Fondé par sept jeunes Italiens – Angela, Anna, Claudio, Fedeliano, Mariantonietta, Michele et Rosalba – Avrusc se présente comme une expérience de «résilience territoriale» qui entremêle pratiques agricoles, création artistique, savoir-faire artisanal et développement communautaire.

La Murgia, plateau rural du sud de l’Italie, et le Semmama, massif montagneux du centre-ouest tunisien, sont décrits par les promoteurs comme des territoires «jumeaux» : des zones à faible densité de population, marquées par leur situation périphérique par rapport aux grands centres nationaux, mais dotées d’un riche capital social et culturel.

Dans les deux cas, la marginalisation géographique et économique s’accompagne de formes de solidarité communautaire et de la mise en œuvre de modèles de développement durable fondés sur les ressources locales.

Le nom Avrusc s’inspire de l’asphodèle, plante robuste originaire des terres arides de la Murgia, choisie comme symbole de renaissance et de continuité.

Selon les promoteurs, l’accueil chaleureux des habitants du Semmama a transformé une première visite en un projet de coopération à long terme, ouvrant la voie à des échanges culturels, sociaux et économiques entre les deux rives de la Méditerranée.

Cette initiative s’inscrit dans un cadre plus large de coopération italo-tunisienne en faveur du développement durable.

Dans ce contexte, le projet Semmama-Murgia revêt une importance essentiellement symbolique et territoriale, illustrant une forme de diplomatie participative qui place les communautés rurales et les savoirs locaux au cœur des préoccupations.

Pour la Tunisie, ce partenariat met en lumière une région souvent associée à la marginalisation économique et sociale.

Pour l’Italie, il représente un exemple de coopération méditerranéenne, ancrée dans la communauté, l’environnement, l’artisanat et la culture.

I. B.  

L’article Un pont vert entre Murgia (Italie) et Semmama (Italie) est apparu en premier sur Kapitalis.

‘‘Round 13’’ | Helmi Dridi primé à Annaba

02. Mai 2026 um 08:53

Le film ‘‘Round 13’’ de Mohamed Ali Nahdi poursuit une trajectoire remarquée sur la scène des festivals internationaux, confirmant la reconnaissance croissante de ses interprétations principales. La distinction la plus récente revient à Helmi Dridi, couronné du prix du meilleur acteur lors du Festival du film méditerranéen d’Annaba. Une récompense qui vient saluer une performance intense, habitée, construite dans une logique de justesse et de retenue, loin de toute démonstration excessive.

Cette consécration s’ajoute à celle obtenue par Afef Ben Mahmoud, distinguée pour la meilleure interprétation féminine au Festival international du film du Caire.

Ensemble, ces distinctions dessinent un parcours cohérent qui met en lumière la solidité du travail d’interprétation au sein du film.

Au-delà des prix individuels, ces récompenses soulignent un engagement artistique global, fondé sur une exigence de jeu, une précision dans l’incarnation des personnages et une recherche constante de vérité à l’écran. Le travail des comédiens s’inscrit dans une approche épurée, privilégiant la sincérité et la densité émotionnelle plutôt que l’effet spectaculaire.

Le choix de réunir ces deux interprètes apparaît aujourd’hui comme un pari pleinement assumé, porté notamment par le travail de direction artistique et de casting de Rahma Zoghlami, dont la contribution s’est révélée déterminante dans la construction de cette distribution.

Enfin, au-delà de la reconnaissance professionnelle, le film porte également une dimension humaine et mémorielle, inscrite dans une démarche de sens et de dédicace.

Actuellement projeté en France et en Tunisie, ‘‘Round 13’’ confirme ainsi son positionnement dans un cinéma d’exigence, attentif à l’humain et à la vérité des trajectoires.

Djamal Guettala 

L’article ‘‘Round 13’’ | Helmi Dridi primé à Annaba est apparu en premier sur Kapitalis.

Le siècle des «impuissances» ou le nouvel Atlas

02. Mai 2026 um 08:29

Après l’échec américain en Iran, le monde entre dans une ère de recomposition et d’instabilité où les grandes puissances conservent la capacité de détruire, mais perdent celle d’ordonner. Il y eut un temps où la puissance était capable d’engendrer l’ordre par la seule menace de sa force. Puis vint un temps plus impérial, où elle devint architecte, bâtissant des systèmes stables sur les ruines des vaincus. Nous entrons désormais dans un troisième âge, celui des puissances du désordre, qui excellent à détruire, à sanctionner, à paralyser le monde —incapables de produire autre chose que l’incertitude et le chaos. La force demeure ; l’autorité s’est évaporée. Et dans ce vide, l’Histoire ne s’arrête pas, elle redevient imprévisible et conflictuelle.

Yahya Ould Amar *

La puissance n’est pas l’autorité. La puissance contraint ; l’autorité fait consentir. La puissance impose un comportement ; l’autorité fonde une durée. Pendant longtemps, l’Occident a confondu les deux parce que sa supériorité matérielle semblait produire naturellement de la légitimité. Cette illusion est morte. Ce qui s’effondre aujourd’hui est la croyance selon laquelle la victoire militaire peut encore se transformer en obéissance politique.

Ce n’est plus la puissance qui ordonne le chaos ; c’est le chaos qui révèle l’impuissance souveraine de la puissance. Nous assistons à l’usure intérieure de l’empire américain, plus une grande puissance dépense d’énergie pour imposer son ordre, plus cet ordre se dissout en désordre.

Le nouvel Atlas est un monde sans puissance capable de le porter sur ses épaules. Les États-Unis ne soutiennent plus l’ordre qu’ils prétendent défendre ; ils le déchirent. La Chine ne veut pas encore porter ce fardeau ; elle préfère en observer l’usure. La Russie n’a ni les moyens ni le désir de stabiliser. Le monde entre dans un âge où personne ne veut payer le prix de le gouverner.

Entre Iran et États-Unis, aucun des belligérants n’a été battu au sens classique du terme. Les guerres contemporaines ne se gagnent que rarement. L’échec est ailleurs, dans l’écart devenu béant entre la performance tactique et le résultat stratégique. Washington et ses alliés peuvent dégrader des capacités militaires, imposer des coûts ; mais ils ne peuvent ni fabriquer un ordre régional accepté, ni garantir la docilité d’un État, ni empêcher un adversaire affaibli de rendre la victoire politiquement toxique.

Ormuz ou la revanche de la vulnérabilité

L’Iran a montré qu’il pouvait imposer des coûts durables aux marchés énergétiques mondiaux par des moyens limités — drones, mines, missiles — tandis que les États-Unis se retrouvent pris dans une forme de «piège de crédibilité», soit escalader au risque d’enlisement, soit temporiser au risque d’apparaître impuissants.

En poursuivant le blocus, les Etats-Unis exercent bien plus de pression sur leur propre économie que sur l’Iran qui a prouvé qu’il pouvait endurer la douleur économique — il le fait depuis 47 ans. Alors que les familles américaines n’ont qu’environ 40 secondes de patience pour de l’essence aujourd’hui à 6 $ le gallon.

Ormuz est le symbole d’une démocratisation de la vulnérabilité. Un État moyen, sans flotte, sans armée de haute technologie, peut désormais tenir en otage l’économie planétaire avec quelques drones et un savoir-faire asymétrique.

La globalisation, qui devait être l’arme ultime des puissants, s’est retournée contre eux, elle a multiplié les points de pression que les faibles peuvent actionner. En fait, la vraie dissuasion est logistique et temporelle.

La mondialisation a multiplié les points de strangulation. Elle a rendu le monde plus intégré, donc plus exposé et moins résilient. L’ancien monde craignait l’invasion de ses frontières. Le nouveau craint l’interruption de ses flux. Ce qui fait la souveraineté aujourd’hui, ce sont les câbles, les ports, les détroits, les satellites, les semi-conducteurs, les assurances maritimes, les marchés de l’énergie. La géopolitique devient l’art d’interrompre la circulation.

La dissuasion change de camp

La première conséquence de l’impuissance souveraine des puissances sera le changement de camp de la dissuasion. La leçon à retenir est qu’il n’est pas nécessaire de vaincre les États-Unis ; il suffit de rendre leur victoire trop chère et trop longue. C’est la revanche du politique sur le militaire.

La nouveauté est que les faibles peuvent rendre la victoire des forts inutilisable. Ils n’ont pas besoin de conquérir ; il leur suffit de contaminer le sens de la victoire. Une victoire qui ruine les finances, fracture les alliances, épuise les opinions publiques et ne produit aucun ordre stable cesse d’être une victoire. Elle devient un événement militaire sans traduction historique.

États affaiblis, autonomies de fait et fédéralisations contraintes

La deuxième conséquence sera territoriale. L’impuissance souveraine des puissances ne produit pas immédiatement l’éclatement généralisé des États ; elle produit d’abord leur délitement intérieur – cas de l’Irak, la Syrie, le Liban, le Yémen ou la Lybie.

Demain, cette logique peut s’étendre. En Iran même, le scénario le plus probable n’est pas une indépendance immédiate des minorités kurdes, baloutches, arabes ou azéries. Le nationalisme iranien reste profond et ancien. Mais le durcissement du régime, la crise économique, la militarisation de la société et l’affaiblissement du centre peuvent ouvrir la voie à des autonomies de fait. L’éclatement juridique est peu probable à court terme ; la fédéralisation de facto l’est davantage.

Ce modèle de transformation en fédération pourrait devenir la forme dominante de la crise étatique au XXIe siècle. Le Pakistan, l’Irak, la Syrie résiduelle, la Libye, le Soudan, le Liban, le Yémen, certains pays africains, voire demain des États plus solides mais ethniquement ou régionalement tendus, peuvent connaître cette évolution : une capitale, un drapeau, un siège à l’Onu — et, sous cette surface, des souverainetés négociées, armées, concurrentes.

Ce seront des États spectraux, visibles dans les institutions internationales, absents dans une partie de leur propre territoire ; souverains en droit, partagés en fait ; reconnus à l’extérieur, contestés à l’intérieur. Le XXIe siècle ne verra peut-être pas seulement la multiplication des nouveaux États, mais la prolifération d’États diminués, survivant par leur façade juridique alors que leur substance politique se disperse entre milices, régions, clans, partis armés, puissances étrangères et économies parallèles.

La troisième conséquence sera la montée des autonomies sans indépendance. Car l’indépendance coûte cher. Elle suppose une reconnaissance internationale, une monnaie, des frontières défendables, des parrains extérieurs. L’autonomie, elle, peut être conquise sans proclamation. Le Kurdistan irakien l’a compris depuis longtemps. Les entités kurdes de Syrie l’ont pratiqué. Des pouvoirs locaux au Yémen, en Libye ou au Soudan le démontrent chaque jour.

Dans un monde où les grandes puissances ne peuvent plus imposer de règlements définitifs, les acteurs locaux n’attendent plus la permission de l’histoire.

Pendant longtemps, les grandes puissances se sont arrogé le monopole de l’avenir, elles décidaient quels États devaient survivre, quels régimes devaient tomber, quelles frontières devaient être intangibles, quelles révolutions étaient légitimes. Ce monopole est terminé. L’avenir se localise. Il se fabrique désormais dans des périphéries armées, des provinces oubliées, des ports secondaires, des montagnes, des déserts.

Il faut donc s’attendre à moins de traités de paix et à plus d’arrangements, moins de frontières nouvelles et plus de frontières intérieures.

L’Occident exposé, la Russie attentive, la Chine calculatrice

La quatrième conséquence sera la crise de l’alliance occidentale. L’Europe a subi les impacts économiques d’un conflit qu’elle n’avait ni initié ni souhaité, tandis que la fermeture d’Ormuz et la hausse des prix de l’énergie ravivent sa dépendance stratégique. L’Europe reste divisée sur la légalité de l’opération et la perspective d’une «coalition de volontaires» pour l’ouverture du détroit d’Ormuz.

L’autonomie stratégique européenne devient une question de survie politique. Si l’Europe suit l’Amérique, elle paie des guerres qu’elle n’a pas décidées. Si elle s’en sépare, elle découvre l’insuffisance de ses moyens militaires. Si elle tergiverse, elle devient un théâtre secondaire où les autres puissances testent leurs rapports de force. L’impuissance souveraine américaine ne libère pas automatiquement l’Europe ; elle l’expose.

L’Europe découvre ainsi sa propre contradiction. Elle a voulu être une puissance normative, elle a cru que le droit pouvait remplacer la force, que le commerce pouvait désarmer la géographie, que l’interdépendance pouvait abolir les tragédies. L’Europe n’est pas faible parce qu’elle manque seulement d’armes. Elle est faible parce qu’elle peine encore à penser politiquement l’usage de la force.

La cinquième conséquence concerne la Russie et la Chine. Moscou n’a pas besoin que l’Iran triomphe ; il lui suffit que les États-Unis s’usent. La Russie cherche à exploiter le chaos, à pousser Washington à disperser ses ressources et à observer les méthodes militaires américaines pour en tirer des leçons. La guerre d’Iran devient ainsi une annexe indirecte de la guerre d’Ukraine, dans la mesure où elle disperse l’attention, les ressources et la volonté stratégique de l’Occident.

Quant à la Chine, elle ne souhaite pas l’effondrement complet des pays du Golfe, dont elle dépend économiquement, mais elle étudie la fatigue américaine, la réaction des alliés, la vulnérabilité énergétique de Taïwan, le comportement des marchés et la solidité des bases américaines. Pékin peut tirer des bénéfices de court terme de la diversion américaine, tout en redoutant les conséquences économiques d’une crise prolongée au Moyen-Orient.

La Chine pratique une stratégie de la patience prédatrice. Elle n’a pas besoin de provoquer chaque crise ; il lui suffit d’apprendre de celles que l’Amérique s’inflige ou ne parvient plus à résoudre. Là où Washington consume de la crédibilité, Pékin accumule des observations dans la durée. La puissance chinoise se mesure à ce qu’elle laisse les autres s’auto-affaiblir eux-mêmes.

C’est là toute la nouveauté, les rivaux des États-Unis, au lieu de les affronter, préfèrent les regarder échouer dans des guerres qu’ils ont encore les moyens de commencer, mais plus toujours les moyens de conclure.

Le siècle des guerres ingagnables

La sixième conséquence sera intérieure. Les guerres modernes se perdent dans les stations-service, les supermarchés, les sondages, les parlements – pas seulement sur le champ de bataille. Les conséquences économiques, politiques et géopolitiques de la guerre d’Iran pourraient durer plusieurs années, notamment par le choc énergétique, l’inflation et leurs effets électoraux dans les démocraties.

L’impuissance souveraine des puissances est aussi démocratique. Les opinions publiques occidentales ne croient plus aux guerres pour défendre un quelconque droit des peuples. Elles rejettent l’engagement long, coûteux, ambigu. Or les adversaires l’ont compris. Ils ne visent plus seulement les bases militaires ; ils visent le consentement social. Ils frappent l’énergie, les chaînes logistiques, les infrastructures, l’attention médiatique.

Les régimes autoritaires ont compris que la faiblesse des démocraties est leur vulnérabilité au temps. Une démocratie supporte mal les coûts diffus, prolongés. Ses citoyens demandent une justification, ses marchés exigent une visibilité, ses élections imposent une échéance, ses médias transforment la durée en usure. Les adversaires des démocraties cherchent plus à survivre jusqu’à ce que la patience démocratique se défasse.

Que faut-il donc attendre ? Trois scénarios se dessinent.

Le premier est celui de la restauration autoritaire des États fragiles. Face au désordre, des pouvoirs centraux durcis — en Iran, en Égypte, en Turquie, dans le Golfe, au Sahel — peuvent renforcer leur appareil sécuritaire et neutraliser toute revendication autonomiste. Ce scénario ne produit pas la paix et repousse les fractures sans les résoudre.

Le deuxième est celui de la fédéralisation contrainte. Des États officiellement unitaires pourraient être forcés d’accepter des autonomies pour survivre avec un partage des revenus, un contrôle local de la sécurité, une reconnaissance communautaire, des administrations parallèles. Ce scénario est le plus réaliste dans plusieurs pays fragmentés. Il évite l’éclatement, mais institutionnalise la faiblesse.

Le troisième est celui de la sécession par effondrement. Il reste moins probable, mais plus dangereux. Il suppose la combinaison de trois facteurs : faillite économique du centre, militarisation des périphéries, parrainage extérieur. Là où ces trois conditions se réuniront, des indépendances pourront émerger — comme sous-produit d’une incapacité générale à gouverner au sens large.

Le paradoxe est que les grandes puissances redoutent l’éclatement des États tout en l’alimentant par leurs propres impasses. Elles sanctionnent, bombardent, financent des alliés locaux, puis appellent à l’intégrité territoriale. Elles dénoncent les milices après avoir sous-traité la sécurité. Elles invoquent l’ordre international quand elles ne peuvent plus le faire respecter.

L’échec américain en Iran n’annonce donc pas simplement le déclin des États-Unis. Ce serait une lecture trop courte. Il révèle que la force demeure, mais elle ne fonde plus l’autorité.

Notre monde sera polycentrique, transactionnel, travaillé par des souverainetés incomplètes et des conflits sans conclusion.

Car la grande inversion est accomplie, les puissants n’écrivent plus l’Histoire, ce sont ceux qui ont compris que la seule force réelle est la résilience existentielle. Les arsenaux grossissent, les empires s’essoufflent, et l’Histoire de mépris et d’humiliation, ironique, se met à sourire à ceux qui n’ont jamais cru qu’elle avait une fin.

C’est peut-être là la vraie leçon iranienne, la puissance ne sait plus produire la paix. Or, lorsque la force ne parvient plus à engendrer l’ordre, l’histoire cesse d’obéir à ceux qui frappent le plus fort ; elle se déplace vers ceux qui savent durer dans le désordre.

* Economiste, banquier et financier.

L’article Le siècle des «impuissances» ou le nouvel Atlas est apparu en premier sur Kapitalis.

La diplomatie tunisienne doit s’affranchir du poids de la routine

02. Mai 2026 um 07:50

Le ministère des Affaires étrangères célèbre, le 3 mai 2026, le 70e anniversaire de sa réhabilitation au lendemain de l’indépendance de la Tunisie, le 20 mars 1956. Les Tunisiens lui sont gré de ses contributions importantes, souvent méconnues, dans l’essor du pays. Ses diplomates ont toujours représenté dignement le pays à l’étranger. 

Raouf Chatty *

Ce département occupe une place centrale au sein de l’appareil de l’Etat. Il assume, sous l’autorité du Président de la République, la responsabilité de la mise en œuvre de la politique internationale du pays.

Favorisée par son emplacement au cœur de la Méditerranée, la Tunisie s’est toujours construite à travers son histoire depuis l’antiquité dans les brassages humains et les échanges culturels et a toujours été ouverte sur l’extérieur. 

Notre diplomatie a toujours poursuivi les objectifs suivants, souvent rappelés par le Président de la République : la défense de la souveraineté nationale et la consolidation de son invulnérabilité, la défense de la légalité internationale, de la paix dans le monde et des causes justes, le rejet de toute ingérence dans les affaires intérieures des États, le renforcement des capacités du pays et de sa sécurité globale, l’accompagnement intelligent de la communauté tunisienne à l’étranger et la contribution à la stabilité régionale.

La fidélité à ces objectifs a valu à la Tunisie le respect de la communauté internationale. Elle a toujours été perçue de l’extérieur à raison comme un pôle de stabilité dans son environnement géopolitique souvent mouvementé.

L’obligation de s’adapter

Secteur fondamental dans la vie et la pérennité de l’État, pilier majeur dans l’œuvre de développement, notre diplomatie, tout en conservant ses constantes, a besoin aujourd’hui de s’auto-auditer pour lire lucidement ses forces et ses faiblesses, mesurer ses réalisations, identifier de manière claire ses choix, fixer ses priorités et réajuster le tir compte tenu des contraintes qui pèsent sur elle et de l’environnement régional et international très mouvementé dans lequel elle évolue.

Sa mission et sa responsabilité sont d’autant plus grandes que le pays évolue aujourd’hui dans un environnement intérieur complexe et dans un contexte international tendue et exigeant caractérisé par une grande confusion et où chaque pays cherche sa voie et revoit ses alliances pour se positionner sur le nouvel échiquier politique mondial de manière à pouvoir défendre au mieux ses intérêts dans un monde très compétitif.  

Face à un monde en cours de recomposition, impulsée par l’extraordinaire révolution scientifique et technologique en cours, l’impitoyable compétition entre les grandes puissances, l’augmentation des angoisses, la multiplication des tensions, des guerres et des contraintes, la multiplication des défis en tous genres, le bouleversement de tous les repères et la naissance difficile de nouveaux paramètres, il pèse sur notre diplomatie l’obligation de s’adapter.

Il lui faudra donc lire de façon approfondie et lucide les nouvelles tendances, affiner ses moyens, mieux identifier ses espaces géopolitiques d’appartenance et mieux cibler et coordonner ses actions.

Des dossiers majeurs méritent d’être réexaminés de manière objective et approfondie : ceux relatifs à la sécurité des frontières, à l’entrée des migrants illégaux, subsahariens et autres, aux relations avec les pays voisins, à la place et au statut des colonies tunisiennes à l’étranger, à la migration des compétences nationales, aux rapports avec nos partenaires traditionnels, notamment les Etats-Unis et l’Europe (le sort de l’Aleca, dossier relégué aux oubliettes), aux difficultés rencontrées par les Tunisiens dans l’obtention des visas, aux relations avec nos partenaires arabes et africains, à la Chine, ainsi qu’avec les institutions financières internationales… Autant de dossiers stratégiques sur lesquels le ministère des Affaires étrangères doit dire son mot.

Redéfinir les priorités

Sur tous ces dossiers, la diplomatie tunisienne doit s’affranchir de la routine du quotidien, redessiner une vision globale, redéfinir ses priorités, engager nos missions diplomatiques et consulaires à faire preuve d’imagination, à mieux rentabiliser nos relations avec les pays d’accréditation, actionner davantage les leviers de la diplomatie économique et culturelle, drainer davantage de projets de développement…

Le ministère des Affaires étrangères, fort de ses nombreuses compétences, pourra s’acquitter brillamment de toutes ces missions. 

L’Académie diplomatique, en coopération avec l’Institut tunisien des études stratégiques (Ites), pourra apporter sa contribution à l’étude de tous ces dossiers…

Il faudra également penser à réhabiliter le rôle du ministère des Affaires étrangères en tant qu’autorité responsable de la coordination de l’activité de tous les intervenants officiels en relation avec l’étranger notamment dans les dossiers stratégiques et engager tous les autres intervenants à respecter cette règle.

Tous les ministères des Affaires étrangères dans les grands pays travaillent de la sorte. Cela évitera les doubles emplois et les mauvaises surprises et fera gagner à notre pays du temps et de l’argent tout en renforçant sa crédibilité sur le plan international.   

* Ancien ambassadeur.

L’article La diplomatie tunisienne doit s’affranchir du poids de la routine est apparu en premier sur Kapitalis.

Ältere BeiträgeHaupt-Feeds

Selmi réaffirme le rôle de l’UGTT dans la défense des travailleurs

01. Mai 2026 um 12:45

Dans un discours prononcé le 1er mai 2026, à l’occasion de la Journée internationale des travailleurs, le secrétaire général de l’Union générale tunisienne du travail (UGTT), Slaheddine Selmi, a affirmé que cette date coïncidait avec le début d’un nouveau mandat, qui a débuté à la suite du 26e Congrès de la centrale syndicale, tenu fin mars à Monastir. Il a également souligné l’importance de renforcer l’indépendance financière du syndicat afin d’assurer la continuité de ses activités et le versement des salaires de ses employés, en toute indépendance administrative et financière.

Latif Belhedi

M. Selmi a remercié les délégués du Congrès pour la confiance qu’ils lui ont témoignée, estimant que l’élection d’une nouvelle direction renforce la tradition de rotation au sein de l’UGTT et redonne espoir en l’avenir de l’action syndicale dans le pays.

Tout en exprimant l’espoir que la Fête des travailleurs de cette année marque le début d’une nouvelle ère, caractérisée par la solidarité et la réconciliation entre les différentes composantes de l’UGTT, ainsi qu’entre les différentes générations de membres, les structures organisationnelles et les militants de base, M. Selmi a appelé à dépasser les différends passés et à tourner la page des rivalités étriquées et des exclusions.

Cette réconciliation, recommandée par le dernier congrès, devait être globale et inclusive, englobant tous ceux qui adhèrent aux principes et aux valeurs fondamentales du syndicat, a indiqué le SG de l’UGTT, tout en soulignant son engagement à mettre en œuvre au plus vite cette réconciliation.

Le syndicat n’a jamais cherché à conquérir le pouvoir, qui demeure du ressort des partis et des acteurs politiques, a assuré M. Selmi, en réponse à aux critiques souvent lancées par les adversaires de l’organisation, lui reprochant de trop s’immiscer dans les affaires politiques du pays. Il a cependant souligné le rôle de l’UGTT en tant que partenaire social, tel que garanti par la Constitution et la loi, et rejeté les tentatives visant à restreindre ce rôle ou à empêcher l’organisation de défendre les intérêts des travailleurs.

M. Selmi a également insisté sur le fait que le syndicat continuera d’exprimer son point de vue sur les différentes politiques ayant un impact économique et social, d’une manière qui serve les intérêts de ses membres en particulier et réponde aux aspirations du grand public en général.

Concernant la volonté de renouer le dialogue rompu avec les autorités, M. Selmi a nié que les appels en ce sens soient liés à une tentative de rétablir le système de retenue sur les salaires des travailleurs pour payer les cotisations syndicales, en vigueur depuis des décennies et auquel l’Etat a récemment mis en fin, tout en exhortant les instances de l’organisation à compter davantage sur leurs propres ressources pour gérer leurs affaires, grâce notamment à la collecte des cotisations et au développement des ressources.

Le SG de l’UGTT a également souligné l’importance de renforcer l’indépendance financière du syndicat afin d’assurer la continuité de ses activités et le versement des salaires de ses employés, en toute indépendance administrative et financière.

L’article Selmi réaffirme le rôle de l’UGTT dans la défense des travailleurs est apparu en premier sur Kapitalis.

Souveraineté énergétique | Epargne citoyenne pour une Tunisie souveraine

01. Mai 2026 um 11:13

Alors que le marché mondial des hydrocarbures bascule dans une ère d’incertitudes majeures et que l’approvisionnement extérieur de la Tunisie, qui doit importer plus de la moitié de ses besoins énergétiques, commence à prendre l’allure d’une hypothèque sur sa souveraineté nationale, il est temps pour les Tunisiens de briser les chaînes de leur asservissement en faisant preuve de patriotisme financier. (Photo : Centrale solaire photovoltaïque de Metbasta, Kairouan).

Elyes Kasri *

La Tunisie traverse une heure de vérité. Son indépendance, acquise au prix de sacrifices historiques, fait face aujourd’hui à une menace silencieuse mais implacable : la dépendance énergétique avec ses facettes économique, politique et diplomatique.

Les récents accords avec des investisseurs étrangers soulignent douloureusement l’incapacité de la Tunisie de mobiliser les ressources nécessaires pour assurer sa souveraineté énergétique et la pleine exploitation de son soleil sans avoir à dépendre d’investisseurs étrangers selon des modalités sujettes à polémique, à tort ou à raison.

Alors que le marché mondial des hydrocarbures bascule dans une ère d’incertitudes majeures et que notre approvisionnement extérieur commence à prendre à prendre l’allure d’une hypothèque sur la souveraineté nationale, la Tunisie ne peut plus se permettre d’être la spectatrice passive de son asservissement.

Il est temps de briser les chaînes en mobilisant la ressource la plus précieuse de notre pays : le patriotisme financier des Tunisiens.

L’hypothèque de la dépendance

Aujourd’hui, l’électricité qui éclaire nos foyers et fait tourner nos usines dépend en grande partie d’un gaz que nous ne maîtrisons pas.

Cette vulnérabilité n’est pas seulement un fardeau budgétaire ou un gouffre pour nos réserves de devises ; elle est une érosion de notre dignité, notre souveraineté et notre droit de choisir notre gouvernance et nos partenaires.

Il faut avoir le courage de nommer la réalité : notre dépendance massive nous place dans un tête-à-tête asymétrique et inconfortable avec nos fournisseurs.

L’énergie tend à devenir un levier de «domestication» politique. Dépendre du gaz d’autrui, c’est accepter que notre souveraineté s’arrête là où commence le robinet du voisin.

Un acte de libération nationale

Face à l’essoufflement du financement public et du coût prohibitif des crédits bancaires, il serait judicieux d’envisager la création du Plan d’épargne pour la souveraineté énergétique (Pese).

Contrairement aux outils classiques de placement, le Pese n’est pas une spéculation, c’est une construction. Il propose de transformer l’épargne des citoyens résidents, des entreprises et de notre diaspora (TRE) en un bouclier contre la dépendance.

L’idée est simple : substituer le gaz importé par le soleil tunisien. Chaque dinar investi dans le Pese est un millimètre de liberté regagné. Chaque panneau solaire installé sur notre sol est un maillon brisé de la chaîne de notre subordination.

Transformer l’épargne en bouclier

Le Pese répond à l’épuisement des capacités de financement de l’État et des entreprises :

– Défense du Dinar : en produisant notre énergie, nous cessons de brûler nos réserves de devises. Le Pese est une machine à stabiliser notre monnaie.

– Énergie contre inflation : contrairement au Pea (Plan d’épargne actions), tourné vers la spéculation boursière, le Pese investit dans le réel. Il offre un rendement indexé sur l’efficacité énergétique, protégeant l’épargnant contre la hausse inéluctable du coût de la vie.

– Survie industrielle : face aux futures taxes carbones européennes, le Pese garantit à nos entreprises une énergie propre, condition de leur survie à l’export.

Mécanismes et incitations

Pour mobiliser l’épargne des résidents, des entreprises et de la diaspora (TRE), le Pese pourrait proposer des avantages inédits :

– Le bouclier fiscal total : déduction d’impôt (IRPP/IS) allant jusqu’à 100% des sommes investies. L’État préfère voir l’impôt financer nos centrales solaires plutôt que le gouffre de la dette.

– La garantie diaspora ou bonus TRE : souscription en devises avec garantie de rapatriement au cours initial pour protéger nos concitoyens contre le risque de change.

– Le dividende énergétique : possibilité de lier l’investissement à des tarifs préférentiels sur la facture Steg personnelle.

Gouvernance et transparence

Pour garantir que chaque dinar sert exclusivement à l’autonomie énergétique :

– Conseil de gouvernance citoyen : composé d’experts indépendants, à l’abri de toute instrumentalisation bureaucratique ou politicienne, pour superviser l’allocation des fonds.

– Traçabilité numérique : une plateforme Open Data permettant de suivre en temps réel les projets financés et le «Compteur de Souveraineté» (gaz économisé).

– Sanctuarisation légale : une loi de programmation érigeant les actifs du Pese en Patrimoine national intouchable, juridiquement séparé du budget de l’État.

Le contrat de fierté

Le Pese est la réponse tunisienne aux crises du siècle. Il propose de passer d’une économie de soumission à une économie de production.

La souveraineté de la Tunisie commence là où finit sa dépendance au gaz et au bon vouloir d’autrui.

Le Pese est la réponse d’un peuple qui refuse la fatalité et le chantage énergétique.

En unissant leurs forces financières, les Tunisiens ne feront pas qu’installer des mégawatts : ils rachètent, pièce par pièce, panneau par panneau, leur droit de choisir leur destin.

Le soleil tunisien est une mine d’or à ciel ouvert. Il est temps de lui donner les moyens d’éclairer la voie de la souveraineté du progrès et de l’invulnérabilité de la Tunisie et de tous les tunisiens sans exception.

* Ancien ambassadeur.

L’article Souveraineté énergétique | Epargne citoyenne pour une Tunisie souveraine est apparu en premier sur Kapitalis.

L’Italie et la Tunisie renforcent leur coopération navale

01. Mai 2026 um 10:31

Le ministre de la Défense, Khaled Sehili, a rencontré, mercredi 29 avril 2026, au siège de son ministère à Tunis, le chef d’état-major de la Marine italienne, l’amiral Giuseppe Berutti Bergotto, chargé des missions spéciales, lors d’une réunion consacrée au renforcement de la coopération navale italo-tunisienne et à la sécurité en Méditerranée centrale, en présence de l’ambassadeur d’Italie à Tunis et du chef d’état-major de la Marine tunisienne.

Selon un communiqué du ministère de la Défense, M. Sehili a souligné la solidité des relations historiques entre les deux pays et le niveau de coordination entre leurs marines respectives, insistant notamment sur l’échange d’expertise, la formation de plongeurs, les activités sous-marines et l’hydrographie, éléments essentiels à la sécurité de la navigation.

Parmi les domaines évoqués figurent les échanges d’officiers observateurs lors des exercices navals organisés conjointement.

M. Sehili s’est félicité du bon déroulement des travaux de la Commission militaire mixte italo-tunisienne et des résultats de sa 27e session, organisée par la Tunisie en mars dernier. Il a exprimé l’espoir que la coopération puisse évoluer vers un «partenariat stratégique» fondé sur la confiance, le respect mutuel et une vision partagée de la sécurité régionale.

La réunion a également mis en lumière la contribution de l’Italie à plusieurs projets intégrés dans les zones désertiques et le sud de la Tunisie, notamment les expériences de Rjim Maatoug et d’El Mahdeth, dans le gouvernorat de Kebili, ainsi que le soutien logistique apporté à l’Institut de formation professionnelle de plongée de Zarzis.

M. Sehili a décrit la Tunisie comme un acteur clé de la sécurité et de la stabilité dans la région, citant la criminalité organisée transfrontalière, la sécurité énergétique, les opérations de recherche et de sauvetage, les migrations irrégulières et la traite des êtres humains parmi les défis communs. M. Berutti Bergotto a réaffirmé, de son côté, la volonté de Rome de poursuivre le développement de la coopération bilatérale, afin de renforcer les capacités opérationnelles des deux marines et de contribuer à la stabilité en Méditerranée.

Cette visite coïncide avec la présence, au port de La Goulette à Tunis, de la frégate Federico Martinengo, une unité FREMM de la Marine italienne. La Martinengo est le septième navire FREMM italien et le troisième en configuration polyvalente.

Selon la fiche technique officielle de la Marine italienne, elle a été lancée en 2017 et possède des capacités antiaériennes, antinavires et multirôles, avec la possibilité d’embarquer des hélicoptères Sh90, NH90 ou EH101.

I. B. (avec Ansamed).

L’article L’Italie et la Tunisie renforcent leur coopération navale est apparu en premier sur Kapitalis.

A Kebili | L’expérience théâtrale au Sahara

01. Mai 2026 um 10:09

L’Italie est l’invitée d’honneur de la sixième édition du Festival international de théâtre du Sahara, qui se tient du 29 avril au 3 mai 2026 à El Golaa, dans la région de Douz Nord, dans le gouvernorat tunisien de Kebili, avec une prolongation le 5 mai à l’Opéra de Tunis.

Cet événement, organisé en partenariat avec l’Institut culturel italien de Tunis, est consacrée cette année à l’anthropologie théâtrale et vise à créer un espace de dialogue artistique au cœur du Sahara.

Parmi les protagonistes figurent Eugenio Barba, fondateur de l’Odin Teatret et figure majeure du théâtre contemporain, et Julia Varley, comédienne, metteuse en scène et écrivaine associée à cette compagnie historique. Un hommage leur sera rendu et ils animeront un atelier intensif les 2 et 3 mai à l’Espace culturel du Sahara. Le 5 mai, Barba, Varley et le professeur Jean-Marie Pradier animeront une masterclass à l’Opéra de Tunis.

Le festival, qui a été créé dans le but de réduire l’isolement culturel des régions de Nefzaoua en proposant des spectacles nationaux et internationaux, des camps de jeunes, des ateliers de formation et une exposition de produits artisanaux et transformés du Maghreb, confirme ainsi sa vocation d’atelier itinérant, capable de porter le théâtre au-delà de ses lieux de représentation traditionnels.

La présence italienne se caractérisera également par une forte dimension performative. La compagnie Oplas, Centre régional de danse d’Ombrie, participe au projet Co-CreART Boarding Pass Plus, qui comprend des ateliers de danse contemporaine, une résidence artistique et une performance liée au ‘‘Sacre du Printemps’’. Ce projet aboutira à une production finale prévue en Italie en 2027.

Les activités tunisiennes sont notamment menées par Luca Bruni, Mario Ferrari et Luana Rossetti. Outre la dimension performative, l’édition 2026 renforce le festival en tant que plateforme éducative et scientifique.

Daniela Giordano assurera la programmation des activités performatives destinées aux professionnels et aux acteurs des secteurs de l’éducation, de la culture et du social, tandis que Pradier se chargera du travail théorique et de la formation.

La documentation photographique confiée à Annalisa Gonnella permettra de transformer l’expérience théâtrale dans le désert en un souvenir visuel de l’événement.

Pour les organisateurs, le choix d’El Golaa comme lieu d’accueil renforce l’identité de l’événement : dunes, oasis et grands espaces forment un décor naturel, tandis que la communauté locale s’intègre pleinement à la programmation culturelle du festival.

L’événement est décrit comme une plateforme d’échange entre les peuples et les pratiques artistiques, avec l’Italie au cœur d’une programmation mettant en vedette des artistes de renommée internationale.

Le Festival international de théâtre du Sahara se présente ainsi non seulement comme un événement artistique, mais aussi comme une initiative de diplomatie culturelle entre l’Italie et la Tunisie.

I. B. (avec Ansamed).

L’article A Kebili | L’expérience théâtrale au Sahara est apparu en premier sur Kapitalis.

❌
❌