Le projet international de recherche et d’innovation pour la protection et la réhabilitation des ressources en eaux souterraines, et plus particulièrement par la recharge contrôlée des aquifères, est en phase avancée de traitement des eaux usées par impression 3D.
C’est ce qu’a indiqué le professeur Atef Jaouani, de l’Institut supérieur des sciences biologiques appliquées de Tunis (Issbat, Université de Tunis El Manar), dans une déclaration à l’agence Tap, en marge de l’assemblée générale annuelle du projet, qui se tient à Tunis les 21 et 22 avril 2026, ajoutant que les premiers résultats de laboratoire étaient positifs et encourageants, et confirment la possibilité d’améliorer la qualité de cette eau traitée et d’envisager ainsi sa réutilisation future pour le réapprovisionnement des réserves d’eaux souterraines.
M. Jaouani a expliqué que ce projet, lancé il y a quatre ans et dont l’achèvement est prévu pour novembre 2026, est financé par l’Union européenne (UE) à hauteur d’environ 4 millions d’euros. Il réunit 11 partenaires issus de sept pays (Tunisie, Portugal, Italie, Pays-Bas, Afrique du Sud et Lituanie). En Tunisie, il est mis en œuvre dans le cadre d’un accord de partenariat entre l’Issbat et l’Institut national de recherche en génie rural, eaux et forêts (Inrgref).
Il a ajouté que le projet est actuellement expérimenté à la station expérimentale d’Oued Souhil, dans le gouvernorat de Nabeul, et vise à développer des solutions de traitement tertiaire des eaux usées, fondées sur des approches naturelles, pour reconstituer les ressources en eaux souterraines.
Le spécialiste a souligné que les nappes phréatiques subissent une diminution constante en raison d’une forte demande et de ressources limitées, ce qui rend nécessaire la recherche de solutions durables et fondées sur la nature pour produire de l’eau traitée de haute qualité.
Il a expliqué que cette approche comprend notamment l’utilisation de zones humides artificielles et de plantes pour absorber les polluants, permettant ainsi la production d’eau traitée de haute qualité grâce à des technologies tridimensionnelles. Il a insisté sur le fait que cette approche est considérée comme l’une des solutions environnementales les plus prometteuses au monde.
Il a noté que la Tunisie avait déjà mené des expériences de traitement de l’eau et de recharge des nappes phréatiques, mais sans atteindre l’efficacité escomptée. Cependant, les résultats obtenus en laboratoire dans le cadre de ce projet sont très encourageants et laissent entrevoir un modèle plus durable et performant.
M. Jaouani a ajouté que les bassins expérimentaux de la station seront agrandis ultérieurement afin de mener à bien le processus de recharge des nappes phréatiques et d’approfondir les essais sur le terrain.
Le porte-parole officiel duConseil national de l’Ordre des médecins (Cnom), Samir Chtourou, a mis en garde contre la présentation des erreurs médicales hors de leur contexte scientifique et a critiqué la manière dont ce sujet a été récemment traité à la télévision, soulignant que les discussions sur ces questions doivent être équilibrées et impliquer toutes les parties prenantes afin d’éviter d’induire l’opinion publique en erreur.
M. Chtourou qui intervenait dans sur Diwan FM hier soir, mardi 21 avril 2026, a insisté sur le caractère sensible du sujet et la complexité des questions scientifiques qu’il soulève.
Tout en reconnaissant l’existence de cas d’erreurs médicales en Tunisie, le porte-parole de l’Ordre des médecins a précisé que leur nombre n’excède pas quelques dizaines par an. Il a, également, souligné la nécessité de pointer la responsabilité de toute personne reconnue coupable d’une erreur médicale, et éviter de stigmatiser le corps soignant dans son ensemble. D’autant plus que, selon, lui, la justice tunisienne rend systématiquement justice aux patients dans de tels cas.
«La loi relative aux droits des patients et à la responsabilité médicale a été promulguée pour remédier à ces problèmes», a souligné M. Chtourou, en assurant que le taux d’erreurs médicales en Tunisie reste faible comparé à ceux enregistrés dans de nombreux pays développés dotés de capacités avancées.
Incidence des erreurs en milieu hospitalier
En Tunisie, il n’existe pas de statistiques nationales officielles centralisées publiant un taux global annuel des erreurs médicales. Cependant, des études hospitalières et des analyses sectorielles permettent de donner un aperçu sur leur incidence en milieu hospitalier. Selon une étude dans un hôpital du centre-est a révélé une incidence d’événements indésirables graves (EIG) de 13,7 % dans les services médicaux et 8,9 % dans les services chirurgicaux.
Quant aux infections nosocomiales, elles représentent la première cause d’EIG dans l’étude citée, avec une proportion de 45 %.
S’agissant des erreurs médicamenteuses, une évaluation dans un service de réanimation a détecté un taux d’erreurs de prescription de 9 %.
D’une façon générale, et bien que des erreurs s’y produisent quotidiennement, le système de santé tunisien est reconnu comme l’un des meilleurs en Afrique, même s’il est confronté à des défis de qualité des soins, notamment dans les hôpitaux publics, en raison du manque de médecins spécialistes et d’équipements de pointe.
Une enquête du Financial Times se basant sur plus de 300 articles parus dans 12 revues et périodiques militaires iraniens au cours des cinq dernières années, a révélé qu’avant le dernier conflit avec les États-Unis et Israël, l’Iran a cherché à comprendre comment les Ukrainiens s’étaient défendus et avaient pu résister à l’offensive russe qui durait depuis plus de trois ans.
Imed Bahri
Ces articles offrent un aperçu unique et révélateur du fonctionnement opaque du pouvoir iranien, notamment de ses discussions internes, de l’évolution de ses tactiques et de ses technologies prioritaires. Ils révèlent que l’Iran a étudié de près l’Ukraine afin d’en tirer des enseignements, en particulier concernant les drones et s’est concentré sur la modernisation de ses capacités de cyberguerre. Ses dirigeants ont exprimé leur inquiétude quant à la planification proactive de leurs forces. Ils montrent également que Téhéran a suivi de près les performances de la Russie et la manière dont l’Ukraine s’est adaptée pour affronter un adversaire bien plus puissant.
Le journal rapporte que Hossein Dadvand, haut gradé de l’armée, dirige une importante académie militaire au nord de Téhéran. Il est chargé de former des milliers de soldats iraniens aux tactiques de combat et à la victoire sur le champ de bataille. Dans la période précédant la guerre de plusieurs semaines contre Israël et les États-Unis, Dadvand figurait parmi les responsables militaires iraniens qui ont tiré des enseignements stratégiques du conflit en Ukraine.
Imprimantes 3D pour produire des drones
Dans un article, il expliquait que ces enseignements couvraient un large éventail de domaines, allant de la résilience de la production de défense ukrainienne à l’utilisation d’imprimantes 3D pour produire en masse des drones à bas coût. Ses recommandations avaient été publiées il y a deux ans dans une revue de défense iranienne de renom.
Dadvand exhortait ses supérieurs à encourager l’Iran à investir dans les drones, à déployer des unités de combat plus agiles et mobiles et à moderniser ses méthodes d’entraînement et de combat. Il suggérait également l’intégration de l’intelligence artificielle dans l’arsenal militaire iranien.
Si les conclusions de Dadvand n’étaient pas surprenantes en soi, elles ont peut-être donné un premier aperçu de l’évolution de la situation en Iran. L’année dernière, lors d’une rare interview accordée dans un stand de tir récemment ouvert, il a révélé que Téhéran avait mis à jour ses manuels et ses méthodes d’entraînement pour tenir compte de l’expérience ukrainienne. «La guerre russo-ukrainienne a été l’un des cas que nous avons étudiés avec attention. Un aspect clé de ce conflit a été l’utilisation massive de petits drones et de l’intelligence artificielle. Aujourd’hui, nous assistons à l’intégration de technologies de pointe, telles que l’intelligence artificielle, la mécanique quantique et les nanotechnologies dans le domaine militaire», a déclaré Dadvand.
Le FT a noté que tous les articles analysés étaient publiés dans des revues accessibles au public, affiliées aux plus prestigieuses écoles d’état-major et instituts de formation du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) et des forces armées iraniennes régulières. Parmi leurs auteurs figurent de hauts gradés, des officiers ambitieux et des universitaires chargés d’analyser les défis stratégiques auxquels l’Iran est confronté.
Ces études offrent un éclairage fascinant sur la pensée militaire iranienne et permettent de tirer des enseignements applicables aux conflits futurs. «Ces documents sont destinés à l’apprentissage militaire», a déclaré Nicole Grajewski, spécialiste des affaires iraniennes à Sciences Po Paris, qui ajoute : «Ils servent à générer des idées et à observer les réactions, idées qui sont parfois réexaminées et modifiées».
Le journal britannique estime que l’enseignement le plus important que nous apportent ces articles réside dans la manière dont les hauts dirigeants iraniens ont évalué les vulnérabilités de leur pays, un sujet qu’ils avaient déjà abordé dans des écrits antérieurs à la guerre contre Israël et les États-Unis. Parmi ces éléments figure un article co-écrit par Kioumars Heidari et Abdolali Pourshasb, deux anciens commandants de l’armée iranienne, paru dans la revue Strategic Defense Studies. Ils y exprimaient leur inquiétude face au manque de planification proactive nécessaire pour contrer les «menaces émergentes».
En 2023, ils affirmaient que l’Iran devait accélérer le recrutement de spécialistes, réformer ses manœuvres militaires et planifier ses acquisitions d’armements en s’appuyant sur des technologies de pointe telles que les drones, les lasers et les plateformes spatiales. Ils citaient également le conflit en Ukraine comme source de «nouvelles menaces».
«Je pense que l’une des raisons pour lesquelles ils écrivent sur la guerre en Ukraine est qu’ils disposent de données sur ce conflit. Ils veulent que les étudiants soient familiarisés avec les opérations qui s’y déroulent et avec le mode opératoire des Russes», a commenté Grajewsky, ajoutant qu’écrire sur des conflits étrangers favorise une plus grande introspection.
Bien que les revues de recherche militaire iraniennes soient moins détaillées que leurs homologues russes, Grajewsky a noté qu’elles constituent un bon moyen pour les différentes branches de rivaliser pour obtenir des ressources et de l’attention.
Aziz Nasirzadeh, ancien commandant de l’armée de l’air, devenu ensuite ministre de la Défense et tué lors d’une frappe aérienne le 28 février, a co-écrit un article sur la guerre Iran-Irak qui se concluait par un appel urgent à Téhéran pour qu’il reconstruise sa flotte de chasseurs négligée en achetant des Su-35 à la Russie. Cet article a été publié dans la revue Defense Futures Studies, une publication de l’École d’état-major de l’armée iranienne.
L’acquisition des coûteux Su-35 auprès de la Russie semble être un point de discorde entre les différentes branches de l’armée iranienne. Bien que Téhéran ait confirmé son intention de procéder à l’achat de ces avions, qui n’ont pas encore été livrés, peu après la nomination de Nasirzadeh au poste de ministre de la Défense, son article est antérieur de plusieurs mois à cette nomination.
Dans cet article, Nasirzadeh recommandait également d’équiper l’armée de l’air iranienne de drones kamikazes et d’intégrer l’intelligence artificielle aux procédures de sélection des cibles. Il préconisait aussi la «rénovation des parties vétustes» des bases aériennes. Nasirzadeh avait co-écrit une étude affirmant que l’efficacité de l’armée de l’air américaine avait diminué en raison du vieillissement de ses appareils et de l’échec de ses programmes de modernisation.
Afshon Ostovar, spécialiste des affaires militaires iraniennes, a fait remarquer que ces articles figuraient parmi les rares sources d’information disponibles sur la manière dont l’Iran pourrait réagir dans certaines situations d’urgence.
Les articles analysés par le FT offrent un aperçu général de la façon dont les commandants pourraient gérer au mieux des situations telles que l’arraisonnement de navires dans le détroit d’Ormuz ou le refoulement d’un débarquement amphibie. Ces articles concluaient qu’une approche conflictuelle était préférable dans le premier cas, tandis que dans le second, ils suggéraient le minage des eaux côtières comme moyen de dissuasion.
Ostovar a déclaré : «Ces articles sont extrêmement intéressants lorsqu’ils abordent leurs propres pratiques, processus et procédures», ajoutant qu’en suivant les orientations éditoriales des revues importantes, on peut se faire une idée assez fiable des priorités de l’Iran. Il a poursuivi : «On peut se faire une idée, même imparfaite, de la manière dont elles évoluent et s’adaptent, et elles en disent souvent long par les sujets qu’elles traitent».
De nombreux articles traitent de la technologie, des tactiques et des communications des drones, ainsi que d’études évaluant l’efficacité des batteries de défense aérienne iraniennes. On constate également un intérêt marqué pour le renforcement des capacités de cyberguerre, notamment l’intégration de l’intelligence artificielle dans la prise de décision et les attaques.
Les analystes ont noté que les officiers, les commandants et les responsables du renseignement rédigent parfois des articles de recherche sous pseudonyme. Ils ont souligné que les articles écrits par de hauts responsables devraient être pris beaucoup plus au sérieux que ceux écrits par des étudiants ou des universitaires.
Farzin Nadimi, chercheur principal au Washington Institute for Near East Policy, affirme que la recherche scientifique et technique tend à être plus rigoureuse que l’analyse stratégique. Ces articles de politique étrangère étaient souvent si mal documentés qu’il a qualifié leurs conclusions d’«absurdes».
Nadimi a déclaré que les services de renseignement américains auraient examiné attentivement les publications iraniennes afin d’y trouver des informations précieuses, ajoutant que Téhéran a pris des mesures pour empêcher les fuites d’informations sensibles en émettant des directives interdisant aux officiers et aux ingénieurs travaillant sur des projets de défense de trop en divulguer.
Cependant, même des recherches superficielles peuvent être utiles pour comprendre l’état d’esprit des officiers iraniens. De nombreuses études ont dépeint Washington comme une puissance faible et ont perçu des opportunités pour l’Iran de remodeler le Moyen-Orient. L’Azerbaïdjan, de par ses liens étroits avec Israël, est considéré comme une menace pour la sécurité de l’Iran.
Le FT cite Michael Connell, ancien officier du renseignement américain et expert de l’Iran au Center for Naval Analyses, qui affirme que les articles les plus pertinents sont ceux qui incluent des enquêtes menées auprès d’experts et de militaires en service actif sur des sujets moins sensibles.
Une étude analysée par le FT souligne l’importance d’empêcher les soldats d’être recrutés par des «groupes déviants». Une autre révèle des problèmes chroniques dans les hôpitaux militaires, sujets à des crises en raison d’une dépendance excessive aux fournisseurs du secteur privé et d’une négligence de leurs «missions essentielles» au profit de la rémunération de civils générateurs de revenus.
D’autres études, publiées antérieurement, ont exploré les moyens de prévenir les idées suicidaires chez les soldats ou ont constaté que les élèves des prestigieuses académies militaires iraniennes faisaient état d’une discrimination importante fondée sur la pauvreté ou l’origine ethnique de leur famille. Connell ajoute : «Cela nous donne un aperçu de la vie quotidienne dans l’armée iranienne».
Le ministre de l’Économie et de la Planification, Samir Abdelhafidh, a confirmé hier soir, mardi 21 avril 2026, au palais du Bardo, que son ministère n’intervient pas directement dans la fixation des prix, mais œuvre plutôt à améliorer l’offre et à stimuler la croissance afin d’accroître le revenu par habitant, ce qui contribue à maîtriser les prix et à améliorer le pouvoir d’achat des citoyens.
Cette clarification fait suite à une question du député Mohamed Amine Ouerghi concernant les mesures gouvernementales de contrôle des prix et d’amélioration du pouvoir d’achat, compte tenu de la hausse record des prix alimentaires, notamment de la viande et des légumes.
Le ministre a indiqué que la loi de finances 2026 prévoyait des augmentations des salaires et des pensions dans les secteurs public et privé, les pourcentages précis et les dates d’application devant être fixés par un décret ultérieur.
Il a également présenté plusieurs mesures économiques, notamment le soutien à l’investissement, l’amélioration du climat des affaires et le renforcement des programmes régionaux, ainsi qu’une réforme de l’impôt sur le revenu afin d’alléger la charge fiscale des ménages à revenus moyens et faibles.
Concernant le soutien aux groupes vulnérables, le ministre a expliqué que les transferts financiers aux familles à faibles revenus ont été augmentés, de même qu’une hausse de 7,5 % du salaire minimum garanti à partir de 2025, en plus d’autres mesures sociales, notamment celles relatives aux retraites et à la consommation d’électricité.
S’agissant de l’inflation, Abdelhafidh a déclaré que le gouvernement est parvenu à réduire progressivement le taux d’inflation de 7 % en 2024 à environ 5 % en mars 2026, grâce à un indice des prix à la consommation mis à jour à partir d’enquêtes de consommation menées par l’Institut national de la statistique (INS).
L’Italie et la Tunisie renforcent leur coopération scientifique et sanitaire avec le lancement de Biogen4Med, un projet transfrontalier financé par l’Union européenne (UE) et dédié à la médecine de précision appliquée à l’oncologie, qui a débuté officiellement lors d’une cérémonie scientifique tenue mardi 21 avril 2026 à la Faculté de médecine de Sousse.
Le projet, qui devrait durer 30 mois, dispose d’un budget total d’environ 941 200 € (soit environ 3,2 millions de dinars tunisiens), financé par le programme Interreg Next Italie-Tunisie 2021-2027. Coordonné par la Faculté de médecine de Sousse, il réunit également, côté tunisien, le CHU Sahloul de Sousse et, côté italien, la Fondation Ri.MED et l’Université de Palerme.
L’objectif affiché est de renforcer la coopération scientifique entre les deux rives de la Méditerranée dans le domaine de la médecine de précision, grâce à l’utilisation intégrée des technologies omiques avancées, notamment la génomique et la protéomique, afin d’identifier et de valider les biomarqueurs moléculaires associés aux cancers à fort impact.
Plus précisément, Biogen4Med se concentre principalement sur l’adénocarcinome pancréatique et le cancer du sein, deux domaines où la disponibilité de marqueurs plus précis pourrait favoriser une meilleure compréhension des mécanismes pathologiques, un diagnostic plus précoce et des stratégies de traitement plus personnalisées.
L’approche du projet repose sur l’analyse d’échantillons biologiques et leur intégration aux données cliniques, selon une démarche translationnelle visant à accélérer la mise en application des résultats de la recherche dans les protocoles de traitement.
La valeur politique et scientifique de cette initiative réside également dans la création d’un cadre commun entre la recherche, l’enseignement et les soins de santé.
Les partenaires soulignent que le programme ne se limite pas à la dimension laboratoire, mais inclut le renforcement des compétences locales, la formation de jeunes chercheurs et la création d’un réseau stable entre l’Italie et la Tunisie dans les domaines de la génomique, de la protéomique, de la bio-informatique et de l’innovation biomédicale.
La journée d’ouverture à Sousse, selon la Fondation Ri.MED, a été marquée par des présentations des partenaires et deux panels scientifiques consacrés aux innovations en pathologie moléculaire, du diagnostic tumoral à la biopsie liquide, ainsi qu’au rôle de la médecine de précision et de la pharmacogénomique dans la prise en charge oncologique.
Au menu aussi, la première réunion du Comité de pilotage, marquant le lancement opérationnel de la collaboration.
Pour l’Italie et la Tunisie, Biogen4Med représente une étape importante dans la diplomatie scientifique appliquée aux soins de santé : un projet qui unit universités, hôpitaux et centres de recherche autour d’un objectif concret : des diagnostics plus ciblés et des traitements du cancer plus personnalisés, dans une région méditerranéenne où la coopération, l’innovation et le transfert de technologie sont de plus en plus importants dans les politiques de santé.
Même si dans les livres d’histoire, on s’évertue à être pointilleux et rigoureux chaque fois qu’il est question du passé, les récits de voyages et les témoignages anecdotiques d’époque restent, souvent, des sources vivantes capables d’alimenter notre intelligence et de nourrir notre propre imaginaire à propos des temps révolus. Pour appréhender une période aussi mouvementée qu’est notre histoire d’avant le «Protectorat» français, Abdeljalil Karoui, professeur émérite de littérature française, choisit le parti-pris de nous faire voyager, autrement, dans le temps, à travers le regard curieux, percutant ou simplement fantasque des voyageurs venus de l’autre rive, à la découverte de la «Régence de Tunis».
Salah Gharbi *
Ainsi, avec ‘‘La Tunisie et son image dans la littérature du XIXème siècle et de la première moitié du XXème’’, un ouvrage réédité chez Arabesques éditions, l’auteur nous promène d’un texte à l’autre, alliant la rigueur de l’analyse, au souci du détail et à la pertinence du propos. Le tout est rendu dans un style à la fois précieux et limpide, l’œuvre d’un brillant francophile doublé d’un grand passionné d’histoire et d’un méticuleux chercheur chevronné.
Ecrivains, savants, missionnaires et militaires
Dans ce livre, l’auteur exhume, pour nous, à travers une pléthore de voix étrangères, tant d’aventures et d’expériences personnelles vécues sur notre sol, et nous révèle, grâce à leurs témoignages, certains aspects de la vie politique et sociale de notre pays.
Notre plaisir est encore plus grand quand on découvre que ces voix, sont portées par de grands noms de la littérature française du 19ème et du début du siècle dernier, comme Chateaubriand, Alexandre Dumas, Gustave Flaubert, Alexandre Dumas ou André Gide…, mais aussi, par des moins connues, parmi lesquels, il y a des scientifiques, des missionnaires et des militaires, mais aussi de simples curieux de passage dans notre pays.
À travers ces écrits prolifiques, on est constamment surpris, à la fois, par la variété des points de vue, la liberté de ton et la pertinence de l’analyse. Dans ces innombrables récits où les indiscrétions nous peignent la vie de l’époque, aussi bien publique que privée, montrées dans ses divers aspects, rien ne semble échapper à la curiosité de ces voyageurs, ni l’ambiance feutrée du sérail, ni l’exquise légèreté des maisons bourgeoises, ni l’univers tumultueux et débraillé des tavernes et des maisons closes.
Des regards étrangers dignes d’intérêt
Point de hiérarchie. À travers, les anecdotes et les comptes-rendus des uns et des autres, les petites histoires côtoient la grande et les scènes pittoresques de la vie quotidienne des Tunisiens de l’époque font écho aux témoignages, souvent critiques, sur la gestion des affaires de la Régence de Tunis.
Tantôt amusé, tantôt étonné, mais toujours curieux, le regard étranger, aussi étrange, impressionniste ou étriqué fût-il, reste digne d’intérêt. Du moment qu’il nous interpelle et qu’il nous éclaire sur des pans de notre histoire commune, ce regard devient instructif et édifiant.
En témoignent, à titre d’exemple, les impressions pertinentes de Flaubert, après sa visite du palais du bey au Bardo, au cours de laquelle l’écrivain français note la présence d’un mobilier («Empire» et «Restauration») avec ses pendules dorées à sujets, ses canapés et ses fauteuils en acajou avec des lithographies coloriées, ce qui, trouve-t-il, «déshonore cette merveille (faisant allusion au patio) de l’architecture arabe». D’ailleurs, au cours de son séjour, qui coïncide avec la fin de ramadan, l’auteur de ‘‘Salammbô’’, roman inspiré de l’histoire de Carthage, en assistant à la cérémonie de la fin du jeûne, organisée au Palais dont il fait un compte-rendu, ne résiste pas à mentionner, comme surpris, le rituel du «baisemain».
D’ailleurs, il est tellement frappé par la scène qu’il s’y attarde, dans ses ‘‘Notesde voyage’’ (Ed. Conard, 1910). «… un gros homme, écrit-il, habillé de rouge, portant un bâton à trois chaînettes, hurle d’une voix formidable ; le bey paraît et il s’assoie sur sa chaise en os de poisson…Chacun à la file l’un de l’autre, vient baiser l’intérieur de sa main, dont il appuie le coude sur un coussin. Presque tous donnent deux baisers : un, puis ils touchent le haut de la main avec le front, et un second pour finir…»
Dans sa riche correspondance, le ton de Flaubert apparaît un peu polisson, surtout lorsqu’il s’agit d’évoquer ses escapades à travers notre pays, ses soirées dans la banlieue de Tunis «dans des cabarets maures à entendre chanter les juifs et à voir des obscénités de Karrageuss» ou à propos de ses nuits «de débauche qu’il allait décrire en termes souvent scabreux».
Dans son ‘‘Carnet 10’’, Flaubert nous rend compte d’une de ces soirées de débauche passée auprès de la courtisane Ra’hel : «Dans le patio, flambeaux d’argile verts au milieu, sur une table, poissons dans un bocal et de l’eau de vie. Les deux chambres ouvertes, un grand flambeau par terre, au milieu, comme un candélabre d’église : Ra’hel petite, maigre, museau allongé, les sourcils complètements rejoints par la peinture noire rouge. Dance du crapaud… Le valet de Marsen en veste rouge cumule les deux goûts…»
Observations pertinentes sur la vie politique
À côté de ces histoires anecdotiques, les observations pertinentes sur la vie politique de la Régence de Tunis, sont légion. Celles d’Henri Duveyrier, un archéologue et explorateur du Sahara, se caractérisent par la pertinence et la gravité du ton. Ainsi, dans ‘‘La Tunisie’’, un livre publié en 1881, chez Hachette, l’auteur fait un témoignage accablant contre l’administration beylicale. «Nulle règle ne préside au choix des fonctionnaires et n’assure le recrutement d’hommes capables de remplir les postes de l’administration, écrit-il. En haut, c’est le caprice du souverain qui désigne les ministres. Tant mieux si par hasard son caprice le fait tomber sur un homme droit, énergique, intelligent et dévoué tant pis si l’élu ne gravit les degrés du pouvoir que grâce aux sommes d’argent, aux chevaux de race, aux belles négresses et bien plus jolis garçons de Circassie, d’Arménie ou d’ailleurs…».
Dans le monde fermé des femmes
Alors que Duveyrier nous offre l’image d’un pays qui s’enlisait dans la morosité, dans son livre sur ‘‘LesTunisiennes’’, paru en 1937, chez Denoël, Lucie Paul-Marguerite nous introduit dans le monde fermé des femmes, sous la Régence de Tunis. À travers les portraits qu’elle y brosse des femmes, elle transporte son lecteur dans un univers plein de grâce et de volupté et où une revue féministe, telle ‘‘Leila’’, osait déclarer, déjà, la guerre au «voile assassin qui a permis à tant d’écrivains d’Europe de dire tant de mal de nous».
D’ailleurs, dans son livre, tout en s’intéressant à la condition féminine, l’auteure profite d’une rencontre impromptue avec Dr Mahmoud El Materi, qui était à l’époque le chef du Néo-Destour, pour recueillir auprès de lui des déclarations importantes aussi bien sur la tension qui mine les relations entre les membres du Parti et sur la crise politique générale à l’intérieur du Parti, mais aussi sur le moment crucial que la Régence était en train de vivre…
Après ‘‘Sortilèges d’une jeunesse’’(2020) et ‘‘Mes années parisiennes’’, (2021), parus chez Arabesques,avec cette escapade dans notre passé vu et rendu à travers les regards étrangers, Abdeljalil Karoui, vient d’offrir, aussi bien aux familiers des auteurs français du 19ème et du début du 20ème qu’aux profanes, un savoureux et fructueux périple, passé à déambuler parmi les textes racontant notre pays.
Les importations tunisiennes ont atteint 21 499,5 millions de dinars (MD) au premier trimestre 2026, en hausse de 5,5 % sur un an, tandis que les exportations se sont élevées à 16 266,8 MD, soit une progression de 6,1 %. Le déficit commercial s’est ainsi creusé à 5 232,7 MD, les exportations couvrant 75,7 % des importations.
Ce chiffre doit nous interpeller, et pour cause : le déficit commercial du pays atteignait «seulement» 8 209 MD sur toute l’année 2010, contre 5 232,7 MD pour le seul 1er trimestre 2026. On mesure ainsi l’incompétence des gouvernements qui se sont succédé à la Kasbah au cours des quinze dernières années et qui ont laissé glisser le déficit commercial, l’inflation, les déficits courants et l’endettement extérieur, dans un pays qui consomme plus qu’il ne produit et qui dépense plus qu’il ne gagne, à l’image d’une majorité de ses citoyens.
Selon les données provenant du rapport sur le commerce extérieur publié par l’Institut national de la statistique (INS), au 1er trimestre 2026, la Chine demeure le premier fournisseur (et le premier déficit commercial) de la Tunisie avec une part de marché de 12,9 %, devant la France (12,5 %), l’Italie (11,7 %), l’Allemagne (7,7 %) et l’Algérie (7,3 %).
Cependant, l’Union européenne (UE), dans son ensemble, représente à lui seul 45,2 % des importations tunisiennes, pour une valeur de 9 722,5 MD), contre 8 744,3 MD sur la même période en 2025.
Ainsi, malgré la position dominante de la Chine parmi les partenaires commerciaux nationaux, le commerce tunisien reste fortement ancré en Europe.
Concernant les principaux fournisseurs, l’analyse de l’INS met également en évidence des tendances divergentes selon les partenaires. Les importations en provenance de France ont augmenté de 21,9 % et celles en provenance d’Italie de 13,8 %.
Hors UE, les achats auprès de la Turquie ont progressé de 6,3 % et ceux en provenance d’Inde de 39,5 %.
En revanche, les importations en provenance de Russie ont chuté de 61,6 % et celles en provenance de Chine de 7,3 %, malgré le maintien de sa première place.
Ce constat confirme une double tendance. D’une part, Pékin conserve sa position de premier fournisseur de la Tunisie, devançant de peu ses partenaires européens traditionnels. D’autre part, l’UE maintient son rôle prépondérant de zone économique clé, tant en termes d’importations que d’exportations, qui représentaient 71,5 % des exportations au premier trimestre.
Dans ce contexte, la France demeure le premier client de la Tunisie, avec une part de marché de 22,7 % à l’exportation, devant l’Italie (17,5 %) et l’Allemagne (14 %). Et ce, grâce notamment aux entreprises issues de ces pays et opérant en Tunisie sous le régime de l’offshore.
La championne de tennis tunisienne Ons Jabeur (31 ans) et son époux, Karim Kamoun ont accueilli leur premier enfant dans une clinique de Dubaï, aux Émirats arabes unis, où ils dirigent une académie de tennis.
Selon les sources médiatiques qui ont relayé cette nouvelle hier soir, lundi 20 avril 2026, le couple et leur bébé auquel il a choisi le prénom d’Elian, se portent bien.
Ons Jabeur, surnommée la «Ministre du Bonheur», avait suspendu sa carrière internationale en raison de sa grossesse et avait annoncé aux médias que son retour aurait lieu fin 2026 ou début 2027.
La joueuse est 268e au classement mondial de tennis 2026, après avoir été 2e mondiale, au faîte de sa carrière, en 2024, lorsqu’elle avait joué plusieurs finales de tournois de Grand Chelem. Elle a connu un déclin significatif après une série de blessures en 2024, qui ont affecté ses performances dans de nombreux tournois, entraînant une baisse générale de ses résultats.
Des artisans marocains en Tunisie affirment que la hausse des coûts de production et la faiblesse du marché les contraignent à vendre leurs créations inachevées à des entreprises locales qui les commercialisent ensuite comme produits tunisiens.
Ces artisans, cités dans un article du journal électronique marocain Hespress, affirment conserver le savoir-faire, la main-d’œuvre et le sens du design propres à l’artisanat marocain, mais ne maîtrisent plus les dernières étapes de la production, la commercialisation et la vente.
Abdellah El Jawhari, céramiste marocain installé en Tunisie, a confié au journal que la conjoncture économique et la flambée des prix des matières premières empêchent les artisans de financer eux-mêmes l’intégralité de leurs cycles de production. Nombre d’entre eux disent céder leurs créations inachevées à des entreprises tunisiennes, qui apposent ensuite leurs propres étiquettes et les commercialisent comme des produits 100 % tunisiens.
Cette pression a déjà poussé certains artisans marocains à rentrer chez eux, tandis que d’autres sont restés en Tunisie pour des raisons familiales, notamment le mariage et les enfants, malgré la dégradation du contexte économique, rapporte Hespress. Qui cite Abdellah El Ghafi, président de l’Association pour la promotion de la communauté marocaine en Tunisie, déclarant que de nombreux artisans marocains présents sur place espéraient bénéficier de la dynamique du secteur artisanal marocain, notamment grâce aux programmes de formation et de soutien mis en place par les pouvoirs publics. Ces artisans devraient être considérés comme faisant partie intégrante de l’écosystème marocain du secteur, et non comme des travailleurs isolés du fait de leur résidence à l’étranger, souligne El Ghafi, ajoutant que l’artisanat marocain, du zellige au plâtre en passant par le cuir, la couture et le travail du bois, jouit d’une excellente réputation en Tunisie et dans le reste du Maghreb. Mais sans soutien structuré, a-t-il averti, cette reconnaissance risque de profiter davantage aux intermédiaires qu’aux artisans eux-mêmes.
El Ghafi a également plaidé pour un renforcement des partenariats maroco-tunisiens dans ce secteur, arguant que l’artisanat devrait occuper une place plus importante dans le commerce bilatéral, qui, selon lui, s’élève à environ 930 millions de dinars tunisiens.
La représentante de Scatec en Tunisie, Maha Ben Hmidane, a déclaré que la centrale solaire photovoltaïque de l’entreprise à Tozeur, d’une capacité de 60 mégawatts, inaugurée officiellement lundi 20 avril 2026, est construite sur plusieurs hectares et utilise environ 95 000 panneaux solaires.
La centrale alimentera en électricité près de 40 000 habitants et la totalité de la production sera utilisée par la Société tunisienne d’électricité et de gaz (Steg) pour renforcer le réseau national, a-t-elle expliqué, ajoutant que l’investissement est étranger, assuré par une entreprise norvégienne, à travers sa filiale en Tunisie, qui emploie environ 90 ingénieurs, techniciens et gestionnaires ayant tous contribué à la réalisation du projet et acquis une expertise dans le domaine des énergies renouvelables.
La représentante de Scatec a souligné que ce projet s’inscrit dans le cadre de la transition énergétique et de la promotion des énergies propres de la Tunisie.
Le secrétaire d’État à la Transition énergétique, Wael Chouchane, a confirmé à Mosaique FM que ce projet fait partie de la première phase des projets du système de concessions, d’une capacité totale de 500 mégawatts, indiquant que plusieurs autres projets sont en voie de mise en service, notamment la centrale de Kairouan (100 mégawatts) et celle de Mazouna (50 mégawatts) à Sidi Bouzid.
Ce projet s’inscrit dans le cadre de la mise en œuvre de la Stratégie énergétique nationale à l’horizon 2035, qui vise à porter à 35 % la part de la production d’électricité à partir de sources d’énergie renouvelable, contre environ 9 % actuellement, a souligné le responsable, ajoutant que la centrale de Tozeur va contribuer au renforcement de la sécurité et de la souveraineté énergétiques, tout en réduisant le coût de production de l’électricité, qui est actuellement en grande parte issue du gaz naturel. Elle devrait aussi générer des économies annuelles d’environ 60 millions de dinars.
Malgré la hausse des prix de l’énergie, en raison du blocage du trafic maritime au détroit d’Ormuz, la Tunisie n’a pas mis en place de tarification automatique des carburants suivant les fluctuations de leur cours sur le marché international. Or les subventions aux carburants en place dans notre pays seront affectées par les répercussions de la guerre au Moyen-Orient, et les pertes pour le budget de l’Etat pourraient atteindre 5 milliards de dinars cette année.
C’est ce qu’a déclaré Mahmoud El May, ingénieur et négociant international en hydrocarbures, qui intervenait, lundi 20 avril 2026, dans l’émission «Houna Tounes», sur Diwan FM.
L’expert a ajouté que la question la plus importante à l’heure actuelle n’est pas seulement la fermeture du détroit d’Ormuz, mais aussi l’état des installations pétrolières des pays du Golfe, qui ont subi des dégâts, suite aux récentes attaques iraniennes, sur lesquelles nous n’avons pas beaucoup d’informations.
«Tout ce que nous savons, c’est que la plus grande raffinerie de pétrole du Koweït a été entièrement détruite et a cessé ses activités sachant qu’elle raffinait jusqu’à 1 000 barils de pétrole par jour», a indiqué El May. Et d’ajouter : «Il est impossible d’établir un tableau précis et réaliste de l’évolution des prix mondiaux des carburants sans connaître l’étendue des dégâts infligés aux installations pétrolières des pays du Golfe.»
La chambre criminelle du tribunal de première instance de Tunis, spécialisée dans les affaires de corruption financière, a condamné l’activiste politique Khayam Turki à 14 ans de prison et à une amende pour fraude, blanchiment d’argent et abus de confiance aggravé.
Selon une source judiciaire citée par Diwan FM, l’affaire faisait suite à une plainte déposée par une société des Émirats arabes unis contre Turki, l’accusant de fraude dans le cadre d’un projet commercial en Afrique du Nord, après qu’il eut été chargé de l’acquisition du terrain nécessaire à ce projet.
La chambre d’accusation spécialisée dans les affaires de corruption financière de la Cour d’appel de Tunis avait précédemment décidé de renvoyer Khayam Turki, alors en liberté, devant le tribunal correctionnel pour qu’il soit jugé pour abus de confiance, blanchiment d’argent et autres délits financiers.
Flash-back. Fin 2011, Khayam Turki, qui était à l’époque membre dirigeant de parti Ettakatol, avait été pressenti au poste de ministre des Finances, à l’issue des élections législatives du 23 octobre. Mais, il avait renoncé à se porter candidat après qu’un cabinet d’avocats tunisois eut ébruité une mystérieuse affaire l’opposant à son ex-employeur émirati. L’Emirates International Investment Compagny (Eiic) l’avait, en effet, accusé de gestion déloyale du temps où il siégeait à sa direction. La société a également déposé une plainte contre M. Khayam pour détournent de fonds. C’est cette plainte qui a abouti, en 2012, au gel des millions de dollars que l’intéressé détendrait dans des comptes en Suisse.
Il convient de noter que Khayam Turki, qui est détenu depuis février 2023 dans le cadre de l’affaire dite de «complot contre la sûreté de l’État», a été condamné dans cette affaire à une peine de plus de quarante ans de prison.
Fawzia Zouari est actuellement à Tunis pour une tournée de présentation de son dernier livre ‘‘Dictionnaire amoureux de la Tunisie’’ (éd. Plon, Paris, éd. Cérès, Tunis, mars 2026, 347 pages). Après une rencontre samedi 18 avril à la librairie Culturelle de Gammarth, elle sera le 26 avril à la Foire du livre de Tunis et le 7 mai à l’Institut français de Tunisie, une occasion pour ses lectrices et lecteurs de la rencontrer, de discuter de son livre et de se le faire dédicacer.
La Tunisie est un pays riche de la diversité de ses sites naturelles, où la mer, le désert, la montagne et la forêt de côtoient dans un territoire relativement réduit. Elle est riche aussi de la profondeur de son histoire trois fois millénaire, de sa position au cœur d’une Méditerranée berceau de la civilisation, de la bonté légendaire de sa population ouverte, accueillante et hospitalière.
Qui mieux que Fawzia Zouari, dont l’œuvre littéraire et les activités journalistiques ont été, quarante ans durant, marquées par l’amour des milles et une facettes de son pays, pour parler de cette richesse qui n’est pas d’argent mais de cœur et d’esprit ?
Son dernier livre est d’ailleurs une «déclaration d’amour» assumée à un pays auquel elle doit tout et qu’elle connaît sur les bouts des doigts.
Ce livre, qui lui a demandé deux ans de travail, s’ouvre sur le A d’Azzedine Alaïa, le grand couturier né à Tunis en 1935, et se referme sur le Z de la Zitouna, la grande mosquée au cœur de la médina de Tunis. Et au fil des pages, on redécouvre, sous sa belle plume, des lieux emblématiques (Carthage, Kairouan, La Goulette, Tozeur, Sidi Bou Saïd, Sfax, le musée du Bardo ou le Théâtre municipal de Tunis…), des figures historiques (Hannibal, Massinissa, Saint-Augustin, Tahar Haddad Bourguiba…), mais aussi des éléments constitutifs de la culture tunisienne dans le sens large du terme.
Imaginez : demain, un conflit éclate. Ou simplement, des tensions diplomatiques s’exacerbent. Les agents IA qui pilotent votre logistique, analysent vos renseignements ou optimisent votre réseau électrique se mettent soudain à dysfonctionner, à refuser des commandes critiques, ou pire, à divulguer des données sensibles. Ce n’est pas de la science-fiction. C’est la conséquence logique de la dépendance aux infrastructures et aux droits extraterritoriaux des États-Unis. Cet article décrypte le danger réel du droit américain, illustre les alternatives souveraines déjà déployées dans le monde, et présente les solutions concrètes comme Zetta-Spark.com en Tunisie pour reprendre le contrôle.
Héni Bouhamed *
1. Le mythe de la localisation des données
De nombreuses entreprises privés et institutions publiques (ministères & toutes autres administrations) pensent être protégées car leurs données sont hébergées sur des serveurs en Europe ou en Tunisie. C’est une illusion dangereuse. Le droit américain ne suit pas les données, il suit le prestataire.
Le paysage juridique américain en 2026 est plus menaçant que jamais pour les entités non-américaines. Deux piliers législatifs forment une tenaille mortelle :
Le Cloud Act (2018) : ce texte donne aux autorités américaines le pouvoir d’exiger d’une entreprise technologique US (Google, Microsoft, Anthropic, OpenAI) la communication de données, peu importe où elles se trouvent. Que vos serveurs soient à Francfort, à Singapour ou à Tunis, si votre fournisseur est américain, le gouvernement US peut y accéder via un mandat.
La Section 702 du Fisa : initialement conçue pour le contre-terrorisme, cette loi permet une surveillance sans mandat préalable des communications. Pire, des rapports récents montrent que ces outils de surveillance massive sont désormais utilisés pour la lutte contre l’immigration et pourraient être déployés contre des entreprises américaines elles-mêmes.
Le piège pour vos agents IA : si vous utilisez des modèles d’Anthropic, OpenAI ou Gemini, même via une interface locale, les prompts et les fragments de données sensibles voyagent vers les serveurs US. Le Cloud Act s’applique. En cas de crise, un «bouton off/on» ou une injection de biais dans les modèles n’est pas une théorie du complot, mais une possibilité technique et juridique offerte à Washington.
2- La réponse mondiale : la souveraineté numérique en action
Face à cette menace, des blocs entiers ne restent pas passifs. Un mouvement planétaire vers l’IA souveraine est en marche, où les États exigent que leurs données restent sous leur contrôle juridique et infrastructurel.
Voici des exemples concrets déjà en fonctionnement, classés par région :
Ces initiatives prouvent un basculement historique : on ne se contente plus d’acheter des services cloud américains «durcis». On construit des écosystèmes nationaux complets, de la couche physique (hardware) jusqu’aux modèles d’IA.
3. ZettaSpark Tunisie : une alternative souveraine
Dans ce mouvement, ZettaSpark Tunisie apporte une réponse adaptée aux entreprises et aux États qui possèdent déjà des infrastructures de données massives.
ZettaSpark est une plateforme logicielle complète conçue pour déployer et gérer des environnements Big Data directement au sein de l’infrastructure sur site d’une entreprise, afin de stocker des données hautement sensibles.
Historiquement expert en traitement distribué (Hadoop, Spark, Kafka), ZettaSpark Tunisie franchit un cap en intégrant l’IA générative et agentique directement dans vos clusters. Sa philosophie :«Vos données ne quittent jamais votre infrastructure».
Contrairement aux solutions cloud propriétaires, ZettaSpark Tunisie se déploie sur vos serveurs, dans votre datacenter, en Tunisie ou ailleurs. Vous bénéficiez ainsi :
de l’indépendance juridique : fin du Cloud Act. Pas de prestataire américain, pas de mandat extraterritorial ;
de la confidentialité totale : les modèles tournent en local. Vos secrets industriels, données de santé ou stratégies sensibles ne sont pas aspirés par une API étrangère ;
de la maîtrise des coûts : fini les surprises de facturation des tokens ;
d’un écosystème technique «vitaminé» par vos Big Data : ZettaSpark Tunisie ne se limite pas à un simple chatbot local. La plateforme permet à des agents intelligents d’interagir directement avec vos silos de données massives ;
de connecteurs MCP version locale : contrairement à l’utilisation standard de Claude Desktop qui envoie vos données aux US, ZettaSpark Tunisie force le MCP (Model Context Protocol) à fonctionner en local. Vos agents peuvent lire vos bases de données, vos lacs de données/Lake house (HDFS/Iceberg) et exécuter des tâches sans jamais exposer un octet à l’extérieur ;
de modèles agnostiques : utilisez Llama 4, Gemma 4, DeepSeek ou Qwen sur vos propres GPU, orchestrés par Spark ;
de sécurité renforcée : authentification Kerberos, contrôle d’accès, et chiffrement de bout en bout.
3- Une vision pour le tissu industriel
«Ne vous contentez plus d’analyser le passé. Donnez à votre entreprise les agents capables de construire le futur.»
ZettaSpark Tunisie permet à une banque de traiter ses données clients sensibles, à un ministère de la défense d’analyser du renseignement, ou à une usine d’optimiser sa maintenance prédictive, sans dépendre de la bonne volonté de Washington.
4. Le moment d’agir est maintenant
Le droit américain ne vous protégera pas. Les extensions du Fisa 702 sont votées dans l’urgence, souvent sans débat public approfondi, créant une insécurité juridique permanente pour les utilisateurs non-US.
La solution n’est pas dans la résistance isolée, mais dans l’architecture technique.
Comme l’ont compris l’Afrique de l’Est, le monde arabe ou l’Inde, la souveraineté numérique se gagne code par code, serveur par serveur.
ZettaSpark Tunisie vous donne les outils pour faire de votre infrastructure Big Data un bastion d’IA agentique indépendant.
Pour aller plus loin : découvrez comment déployer votre première flotte Big Data/Agents souverains sur ZettaSpark.
* Senior Lecturer at Sfax University, Tunisia.
Sources : National Law Review (2026), East African Community (2026), Just Security (2026), Wiley Connect (2026), Digit India (2026), AICTO (2026), Oracle Blogs (2026).
Beyrouth. Une ville où le bruit des klaxons se mêle aux souvenirs des bombardements, où chaque ruelle semble porter les cicatrices d’une histoire que l’on peine à oublier. Dans ‘‘Beyrouth Paradise’’ de David Hury, parue le 5 février 2026 aux éditions Liana Lévi, le lecteur plonge au cœur d’une capitale vibrante, fragile et impitoyable. Marwan, ancien policier devenu détective privé, est notre guide dans ce labyrinthe de béton, de mémoire et de secrets.
Djamal Guettala
L’intrigue démarre avec l’arrivée de Zoya Kostuyk, une jeune Ukrainienne déterminée à retrouver sa sœur Valentyna, disparue dans le quartier de Maameltein, au nord de Beyrouth. Le détective, méthodique et prudent, devient son unique point d’ancrage dans une ville étrangère et complexe. Entre l’exploration des night-clubs et la quête de vérité, Marwan navigue entre le passé et le présent, la mémoire des guerres et la brutalité du quotidien.
Le style de David Hury est incisif, immersif et parfois poétique. Ses phrases frappent par leur précision et leur rythme : «Ça mûrit et ça gonfle comme les nèfles orangées en été, ça tombe comme les figues gorgées de sucre et ça éclate au sol avant de se faire piétiner par des godillots. »
Résiliente, impitoyable mais toujours vivante
Le lecteur ne se contente pas de suivre une enquête : il ressent la ville, ses sons, ses odeurs, ses tensions. Chaque personnage est un reflet de Beyrouth : résilient, marqué, parfois impitoyable, mais toujours vivant.
Marwan, profondément humain, porte le poids de son passé : la perte de sa sœur Reem, les blessures d’une carrière dans la police, la violence qui l’entoure. Sa fille Maha, vivante mais exilée à Paris, reste une présence à distance, à la fois intime et fragile. Zoya, courageuse et déterminée, incarne la résilience face à la peur et à l’injustice. À travers leurs interactions, le roman explore des thèmes universels : la famille, la loyauté, le courage, mais aussi l’exil et l’incompréhension culturelle.
Le roman plonge également le lecteur dans les coulisses de la nuit beyrouthine. Le Paradise, club emblématique du récit, symbolise un monde de paraître et de danger. David Hury décrit avec minutie ce microcosme : les danseuses, les patrons, les clients, mais aussi la mécanique invisible qui protège certains et menace d’autres. Il ne s’agit pas seulement d’une enquête policière : c’est un portrait sociologique d’une ville en tension, où l’argent, le pouvoir et la survie se croisent.
Les valeurs humaines traversent le récit sans être didactiques. Le courage, l’empathie, la persévérance, la solidarité : autant de forces qui émergent dans les moments de crise. Même dans les situations les plus dangereuses, l’auteur insiste sur la dignité et la volonté de protéger ceux que l’on aime. Ce mélange d’humanité et de réalisme confère au roman une profondeur rare : le suspense ne masque jamais l’émotion ni la réflexion.
Une ville blessée mais vivante
Le livre frappe par sa capacité à rendre palpable l’urgence et la complexité de Beyrouth. L’écriture, rythmée, sensorielle et nerveuse, immerge le lecteur dans l’action tout en lui donnant le temps de ressentir l’histoire des lieux et des personnages. Les dialogues vifs, les descriptions détaillées et la tension constante créent une lecture à la fois captivante et émotive.
En conclusion, ‘‘Beyrouth Paradise’’ est un roman policier qui dépasse le simple suspense. David Hury signe un texte qui mêle enquête, humanité et regard sociopolitique. Une ville blessée mais vivante, des personnages fragiles mais obstinés, un récit qui questionne la mémoire et la justice : voilà ce que ce roman offre au lecteur. Une œuvre à lire pour sentir la tension et la beauté de Beyrouth, pour comprendre la complexité de ses vies et la force des individus qui choisissent de ne pas se laisser écraser par l’Histoire.
Bien que le yuan chinois reste largement distancé par le dollar dans le commerce mondial, sa demande a augmenté depuis que l’Iran a renforcé son contrôle sur le détroit d’Ormuz et a commencé à accepter des paiements en yuans en échange du passage sécurisé des navires. Ainsi, la guerre en Iran a relancé l’idée que le yuan puisse rivaliser plus efficacement avec le dollar américain.
Imed Bahri
Selon une enquête de Bloomberg, la guerre d’Iran a enclenché le débat sur le «pétroyuan», un concept initialement proposé par le président chinois Xi Jinping lors de sa visite au Moyen-Orient en 2022, sans toutefois rencontrer de succès significatif à l’époque.
Un chercheur chinois proche du gouvernement a déclaré la semaine dernière que les échanges de pétrole brut libellés en yuans avaient explosé suite au conflit, tandis que les médias d’État rapportaient que le système de paiement interbancaire transfrontalier chinois Cips (China International Payments System) avait atteint un niveau record de 1 220 milliards de yuans (179 milliards de dollars) en une seule journée, dépassant ainsi pour la première fois la barre des mille milliards de yuans.
La guerre en Iran relance le débat sur le pétroyuan
Dans une note récente, Mallika Sachdeva, stratégiste chez Deutsche Bank, a affirmé que cette guerre «pourrait jouer un rôle majeur dans l’érosion de la domination du pétrodollar et le début de l’essor du pétroyuan».
Cette analyse n’est pas l’apanage de la banque allemande. D’autres estiment qu’il est de plus en plus logique de fixer le prix du pétrole dans la monnaie du premier importateur mondial de brut.
La Chine a constamment renforcé ses liens économiques avec le Moyen-Orient, et les responsables du Parti communiste ont mis en place à Shanghai une infrastructure de négoce pétrolier incluant les contrats à terme. Ils ont également étendu le système Cips et travaillent, avec des partenaires du Moyen-Orient, au développement d’une plateforme internationale de monnaie numérique. La dynamique du yuan se heurte à la domination du dollar.
Selon les dernières données officielles, les transactions en yuans entre la Chine et le Moyen-Orient ont atteint environ 1 100 milliards de yuans en 2024, enregistrant un taux de croissance annuel moyen de 53% depuis 2020. Les transactions sur titres ont représenté la part la plus importante, contre seulement 18% pour les biens.
«Les conflits au Moyen-Orient vont inévitablement accroître l’incitation à utiliser le yuan dans le négoce pétrolier, notamment dans les pays en développement, mais ils n’entraîneront pas de bouleversement radical, car aucun concurrent n’est en mesure de détrôner le dollar dans un avenir proche», a déclaré Chi Lo, stratégiste en chef pour les marchés Asie-Pacifique chez BNP Paribas Asset Management.
Les enjeux sont considérables. Le pétrole brut représente environ un cinquième du commerce mondial libellé en dollars américains, et toute modification de ses mécanismes de prix et de règlement pourrait entraîner une fragmentation accrue, affaiblissant la domination du dollar dans le système monétaire international. Plusieurs économies émergentes ont déjà commencé à réduire leur dépendance à l’égard d’une monnaie que les États-Unis instrumentalisent de plus en plus.
Néanmoins, évaluer l’impact à long terme du conflit sur les prix du pétrole prendra du temps, et de nombreux analystes doutent de la capacité du yuan à concurrencer le dollar dans un avenir proche.
Le blocus des ports iraniens imposé par le président américain Donald Trump illustre l’ampleur des défis auxquels est confronté le pétroyuan car l’utilisation de la monnaie chinoise dans le commerce mondial du pétrole demeure limitée en dehors des pays soumis à des sanctions américaines et dépourvus d’alternatives viables.
Les défis à relever pour briser la domination du dollar
«L’administration Trump aborde avec prudence les conséquences d’une utilisation accrue du yuan dans le commerce pétrolier et ne peut se permettre que cela se produise», a déclaré Hui Feng, professeur à l’université Griffith en Australie et co-auteur de ‘‘L’essor de la Banque populaire de Chine’’. Il a ajouté : «L’issue de la guerre commerciale reste incertaine mais il est fort improbable que le yuan en profite».
L’attrait du dollar provient d’un accord conclu en 1974 entre les États-Unis et l’Arabie saoudite pour fixer le prix et le règlement du pétrole en dollars, Riyad s’engageant à investir ses recettes d’exportation dans des bons du Trésor américain. À cette époque, la Chine se remettait encore de la Révolution culturelle de Mao Zedong et n’avait pas encore réalisé son miracle économique.
Un demi-siècle plus tard, les financements en yuans continuent de se développer progressivement au même rythme que l’économie chinoise, les pays et les entreprises étrangères se tournant de plus en plus vers le marché obligataire chinois pour lever des fonds. Cependant, son volume reste limité par rapport à celui des États-Unis, ce qui explique la relative rareté, pour les pays riches en pétrole, d’actifs financiers liquides et investissables pour déployer leurs revenus.
À l’inverse, la volatilité des flux de capitaux spéculatifs inquiète les autorités chinoises, les incitant à la prudence quant au libre fonctionnement des marchés. Elles interviennent donc parfois pour restreindre les échanges, voire limiter la diffusion d’informations sur les prix, des pratiques inhabituelles sur les principaux marchés internationaux. La part des investisseurs étrangers dans les obligations d’État chinoises est tombée sous la barre des 5% en février, son niveau le plus bas depuis 2017.
Le pétroyuan entre dynamique et réalité
Bien que les transactions en yuans sur le réseau Cips atteignent des niveaux records, elles ne représentent encore qu’une faible part par rapport aux paiements quotidiens moyens en dollars transitant par le réseau Chips (Clearing House Interbank Payments System est le plus grand système privé de compensation et de règlement de paiements en dollars américains au monde), qui s’élèvent à environ 2 000 milliards de dollars.
En Arabie saoudite et dans les pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG), l’essor du yuan dans les paiements pourrait susciter un débat sur ses conséquences pour l’ancrage de cette monnaie au dollar, pilier de la stabilité monétaire depuis des décennies. Donald Trump a également déjà exprimé son opposition aux initiatives visant à s’éloigner du dollar américain.
«Le concept de pétroyuan reste peu probable quant au renforcement de la position du yuan dans les paiements internationaux», a déclaré Eswar Prasad, professeur à l’université Cornell et ancien directeur de la division Chine du Fonds monétaire international qui ajoute : «Même si certaines transactions pétrolières étaient libellées et réglées en yuans pour contourner des sanctions financières ou autres, il est peu probable que cela entraîne un bouleversement fondamental du paysage monétaire mondial».
Concernant les règlements mondiaux des matières premières, Zhu Zhaoyi, directeur exécutif de l’Institut du Moyen-Orient de la HSBC Business School de l’Université de Pékin, a prédit que la part du dollar chuterait à environ 70% au cours des cinq prochaines années, contre environ 80% actuellement, tandis que la part du yuan passerait de 4 à 5% actuellement à un niveau compris entre 8 et 10%.
Les politiques de Trump offrent une opportunité au yuan
La réticence de Pékin à autoriser la pleine circulation des capitaux demeure un frein majeur à cette progression. Les autorités continuent de gérer le yuan, n’autorisant qu’une croissance limitée des échanges offshore. Selon les données de la Banque populaire de Chine, la liquidité du yuan offshore, basée sur les dépôts, s’élevait à environ 1 600 milliards de yuans (234 milliards de dollars) en mars de l’année dernière, un niveau modeste comparé aux plus de 15 000 milliards de dollars d’actifs libellés en dollars détenus hors des États-Unis.
«L’absence d’une monnaie pleinement convertible continuera de peser sur le rendement des investissements en actifs locaux libellés en yuan en Chine», a déclaré Edward Bell, directeur de la recherche par intérim et économiste en chef d’Emirates NBD, la plus grande banque des Émirats arabes unis. Il ajoute : «Ce type de risque n’existe pas pour le dollar américain».
Les économies sous sanctions en tête du mouvement
Jusqu’à présent, l’expansion de l’utilisation du yuan sur les marchés des matières premières a été impulsée par les économies sous sanctions. La plupart des échanges bilatéraux entre la Russie et la Chine sont réglés en yuans ou en roubles, selon un responsable russe. Cela inclut les importations chinoises de combustibles fossiles, d’une valeur d’environ 563 milliards de yuans (81,8 milliards de dollars), d’après les données douanières.
Les progrès réalisés consistent principalement à régler les transactions individuelles en yuans, une étape encore loin du changement structurel du mécanisme de fixation des prix nécessaire à l’avènement d’un pétroyuan. Ce dernier supposerait en effet que les prix du pétrole s’affranchissent du dollar. Si les contrats à terme sur le pétrole libellés en yuans ont commencé à être négociés à la Bourse internationale de l’énergie de Shanghai en 2018, le volume quotidien moyen des transactions, d’environ 170 000 contrats, demeure limité comparé au million de contrats échangés pour le pétrole brut West Texas Intermediate.
La Chine perçoit néanmoins cette voie comme un pari à long terme sans échéancier précis. L’histoire montre que l’ascension d’une monnaie à la domination du système mondial prend du temps, et les effets de réseau rendent difficile toute rupture avec le système actuel. Bien que l’économie britannique soit plus petite que son homologue américaine depuis 1900, la livre sterling a conservé sa domination mondiale jusqu’aux années 1940.
La Chine jette les bases de la tarification de l’énergie en yuan
La stratégie chinoise repose sur une approche progressive, consistant à développer l’utilisation du yuan dans les échanges commerciaux parallèlement à la mise en place des infrastructures de paiement nécessaires. En 2023, la Chine a réglé pour la première fois ses importations de gaz naturel liquéfié (GNL) en yuans via la Bourse du pétrole et du gaz naturel de Shanghai, y compris des approvisionnements en provenance des Émirats arabes unis.
Cette même année a également vu la première transaction transfrontalière de pétrole brut en yuan numérique. L’année dernière, First Abu Dhabi Bank est devenue le premier participant au système Cips.
Charles Chang, directeur général de S&P Global Ratings, responsable des notations d’entreprises en Grande Chine, a déclaré : «Avant même le conflit avec l’Iran, certains États du Golfe étaient enclins à développer leur diplomatie économique en explorant des moyens de commercer dans des devises autres que le dollar». Il a ajouté : «Si le conflit en Iran renforce cette tendance, davantage d’États du Golfe pourraient se montrer de plus en plus disposés à adopter progressivement le pétroyuan».
Au titre de l’exercice 2025, COMAR Assurances confirme la solidité de son modèle économique et son engagement croissant en faveur de l’économie nationale, dans un contexte de marché de l’assurance en forte évolution.
Les primes émises ont enregistré une progression de 4,03 %, traduisant une politique commerciale sélective et une gestion prudente des risques.
Grâce à une meilleure maîtrise de la sinistralité, les charges de sinistres se sont établies à 140,954 millions de dinars contre 151,083 millions de dinars en 2024, permettant une amélioration notable du résultat technique de l’assurance non‑vie qui atteint 72,204 millions de dinars.
S’agissant de l’assurance vie, le résultat technique ressort à 5,587 millions de dinars contre 6,224 millions de dinars en 2024, dans un contexte marqué par une hausse conjoncturelle de la charge de prestations.
Les produits de placement ont progressé pour s’établir à 114,100 millions de dinars, soutenus par une gestion proactive des actifs et un environnement boursier favorable.
Par ailleurs, les placements de la Compagnie atteignent 895 millions de dinars, contre 827 millions de dinars l’année précédente, confirmant le rôle majeur de Comar dans le financement de l’économie nationale et le soutien aux investissements de long terme.
Fidèle à ses valeurs, COMAR Assurances poursuit activement sa politique de responsabilité sociétale à travers le soutien à la culture, au sport, aux initiatives citoyennes et aux projets à impact social et environnemental, ainsi que par la promotion des meilleures pratiques de gouvernance.
Dans ce contexte, le résultat net de la Compagnie s’établit à 82,150 millions de dinars en 2025, reflétant une performance globale équilibrée et durable.
L’impôt sur les sociétés passe de 19 millions de dinars en 2024 à 27 millions de dinars en 2025
La solidité financière de COMAR est confirmée par des capitaux propres avant affectation de 390,171 millions de dinars, soutenant son développement et sa résilience à long terme.
Le projet Soumoud, qui vise à renforcer la résilience climatique urbaine dans les territoires les plus vulnérables, est mis en œuvre par Onu-Habitat dans l’archipel de Kerkennah (Sfax), l’un des territoires les plus exposés aux impacts du changement climatique en Tunisie, notamment la montée du niveau de la mer, les événements climatiques extrêmes, les inondations et les sécheresses.
Ces phénomènes exercent une pression croissante sur les infrastructures, les moyens de subsistance, les écosystèmes et les conditions socio‑économiques des communautés locales, affectant de manière marquée les populations les plus vulnérables.
À travers une approche intégrée et fondée sur des données probantes, le projet Soumoud aborde de manière transversale les enjeux de vulnérabilité climatique, d’urbanisation et de biodiversité, souvent traités de manière sectorielle.
Pour une résilience climatique viable et finançable à Kerkennah
Les principales interventions comprennent des évaluations spatiales multi-couches de la vulnérabilité, des processus de planification participatifs, ainsi que le renforcement des capacités du personnel local à Kerkennah pour la conception de projets de résilience climatique viables et finançables.
À ce jour, le projet Soumoud a permis la réalisation de deux résultats majeurs. Le rapport de diagnostic intitulé ‘Multi‑Layer Vulnerability Assessment’ (MVA)a permis d’établir une base de données géospatiale permettant d’analyser de manière intégrée les risques climatiques, urbains et environnementaux. Sur cette base, un plan d’action intitulé Urban Resilience Action Plan (URAP) définit une vision stratégique à long terme pour un développement durable et résilient de l’archipel de Kerkennah, appuyée par un portefeuille priorisé de projets concrets et opérationnels.
Le projet Soumoud a été présenté lors d’un événement le 17 avril 2026 à Tunis, en présence de représentants des autorités nationales et locales, de partenaires au développement, d’experts techniques, du monde académique, de la société civile ainsi que d’agences des Nations Unies. Il s’inscrit dans le cadre du programme Rise Up – Villes résilientes pour les populations urbaines vulnérables, mis en œuvre par Onu‑Habitat dans le gouvernorat de Sfax, et financé par l’Agence espagnole de coopération internationale au développement (Aecid).
L’événement a constitué une plateforme d’échange pour mettre en valeur les résultats, partager de bonnes pratiques et surtout explorer les opportunités de mobilisation de financements climatiques et de partenariats en faveur de la mise en œuvre des projets de résilience identifiés.
Transformer les stratégies climatiques en interventions locales tangibles
Les discussions ont focalisé sur l’importance d’une gouvernance multiniveau, d’une planification basée sur les données et de partenariats solides pour accélérer l’action climatique au niveau local.
Cette initiative s’inscrit dans les cadres politiques climatiques nationaux et internationaux, notamment les Contributions déterminées au niveau national (CDN), la Stratégie nationale de transition écologique (SNTE) les Plans nationaux d’adaptation (PNA), ainsi que le Plan stratégique 2026–2029 d’Onu-Habitat, en traduisant les engagements climatiques en actions concrètes sur le terrain.
À cette occasion, les représentants d’Onu‑Habitat ont souligné l’importance de transformer les stratégies climatiques en interventions locales tangibles, affirmant que le projet Soumoud illustre comment une planification fondée sur des données probantes et des partenariats efficaces peut générer des opportunités de développement durable dans les territoires exposés aux risques climatiques.
Cet événement marque une étape importante dans le renforcement de la résilience urbaine en Tunisie.
En reliant l’action locale aux stratégies nationales et à la coopération internationale, le projet Soumoud contribue à bâtir des territoires plus inclusifs, résilients et durables, au bénéfice des communautés actuelles et futures.
L’enseignement de l’histoire devient un outil détourné de légitimation politiqueplutôt qu’une discipline de recherche scientifique. Le débat sur l’usurpation vient souvent du fait que les frontières d’aujourd’hui ne correspondent pas aux réalités historiques durant des siècles. Une grande partie du patrimoine «numide» ou «punique» est partagée entre la Tunisie et ses voisins de l’Est comme de l’Ouest. Cependant, la Tunisie (l’ancienne Ifriqiya) a toujours été le centre névralgique, urbain et intellectuel de toute la région.
Ridha Ben Slama *
Faut-il rappeler encore à ceux qui se confinent dans une posture pathétique et feignent d’ignorer que notre pays possède une identité étatique propre, bien antérieure à la colonisation (1881), et ce contrairement à beaucoup d’autres pays ? Faut-il répéter que la Tunisie actuelle est l’aboutissement d’une longue succession de civilisations qui ont chacune contribué à son assise territoriale et culturelle ? Depuis des millénaires, elle possède l’une des identités étatiques les plus anciennes et les plus continues au monde, dépassant largement le cadre des frontières coloniales du dernier siècle.
1- La Tunisie (Ifriqiya) le centre névralgique, urbain et intellectuel de toute la région
La justesse de l’approche exige de dépasser un exercice trop contemporain, qui envisage une souveraineté territoriale définie seulement par des frontières, à savoir le «contour extérieur d’une nation pleinement consciente d’elle-même»(1).
Pratiquement, durant des siècles, l’autorité d’un État s’exerçait non sur un espace borné par des frontières identifiées, mais également sur son rayonnement culturel. Les limites de l’État enfermeraient aussi celles, mouvantes, des terrains de parcours de ces tribus vassales à un État.
Carthage (IXe-IIe siècle av. J.-C.) avait déjà structuré le territoire sous une forme étatique puissante, avec une administration, une monnaie et une diplomatie propre. Ce n’était pas seulement une cité, mais le centre d’un empire maritime thalassocratique qui comprenait la majeure partie de la Tunisie actuelle (le Zeugitane et la Byzacène). L’empire s’étendait sur toutes les côtes de la Méditerranée occidentale, de l’actuelle Libye (Tripolitaine) jusqu’au sud de l’Espagne, en passant par la Sardaigne, la Corse, la Sicile et les côtes actuellement algériennes et marocaines.
Quant à Thugga (actuelle Dougga) (2), elle est reconnue par les historiens comme l’une des premières capitales, foyer majeur du royaume Massyle au IVe siècle av. J.-C. Elle est décrite par Diodore de Sicile comme une «ville d’une belle grandeur», servant de résidence royale avant l’unification des différentes tribus. Cette dynastie était traditionnellement une alliée de Carthage. Les rois Massyles participaient grâce à ses cavaliers, réputés au combat, avec les troupes carthaginoises, notamment en Sicile ou en Espagne. Les textes des auteurs de l’antiquité soulignent que des rois comme Zelalsen (grand-père de Massinissa) ou l’ancêtre Aylimas y avaient établi leur centre de pouvoir. Le roi Gaïa, père de Massinissa, maintenait cette alliance étroite, envoyant même son fils combattre aux côtés des Carthaginois en Espagne contre Rome. La cavalerie numide, considérée comme l’une des meilleures cavaleries légères de l’Antiquité, reposait sur une organisation unique centrée sur la mobilité extrême et une symbiose parfaite entre le cavalier et sa monture.
L’influence carthaginoise à Thugga était manifeste à travers l’architecture et les inscriptions. Le célèbre Mausolée libyco-punique témoigne de ce mélange des cultures libyque et punique au sein de la noblesse massyle. Les Massyles occupaient la région entre l’Ampsaga (correspondant aujourd’hui à l’Oued el-Kebir, dont le Rhummel est le principal affluent en Algérie actuelle) et les terres carthaginoises, avec pour capitale Sarim Batim (actuelle Constantine) qui était le nom donné à la ville par les Carthaginois lorsqu’ils y ont établi un comptoir commercial, bien avant qu’elle ne devienne à une certaine époque la capitale de la Numidie.Né à Thugga, Massinissa servit d’abord dans les rangs de l’armée carthaginoise avant de s’allier à Rome en 206 av. J.-C. après avoir été évincé de son trône par Syphax (roi des Massæsyles soutenu par Carthage). Sa victoire lui avait permis d’unifier les deux royaumes.
Le revirement de Massinissa a été l’un des tournants majeurs de l’histoire antique. Ce n’était pas une défection soudaine, mais une décision stratégique dictée par la survie du royaume de ses ancêtres mais aussi pour des motifs personnels. Plusieurs facteurs avaient poussé Massinissa à abandonner l’alliance carthaginoise pour rejoindre Scipion l’Africain (Rome). À la mort de son père Gaïa, le trône massyle était disputé entre les héritiers. Les suffètes de Carthage, au lieu de soutenir Massinissa (pourtant l’un de leurs généraux en Espagne), jouèrent double jeu pour garder le contrôle sur la Numidie.
Massinissa était d’abord fiancé à la belle Sophonisbe, fille du général carthaginois Hasdrubal Gisco. Pour sceller une alliance politique plus «utile», Carthage la donna finalement en mariage à son rival, Syphax (roi des Massæsyles). Humilié et spolié de ses terres par Syphax avec l’appui de Carthage, Massinissa rompit définitivement. En combattant en Espagne, il put observer de près la puissance militaire de Rome. Il comprit que le vent tournait et que Rome était un allié plus solide pour réaliser son ambition. Après la guerre, il annexa les territoires de Syphax et unifia les tribus sous un seul sceptre, de la Moulouya jusqu’aux frontières de Carthage. Il poursuivit la sédentarisation des populations et développa l’agriculture. Les quartiers «numides» à Thugga, sous le forum romain, montrent que la ville était déjà une cité organisée et prospère sous son règne.
Après la chute de Carthage en 146 av. J.-C., les Romains conservèrent cette unité territoriale. Le nom «Africa» désignait spécifiquement la Tunisie avant de s’étendre à tout le continent. Situé au cœur de la Méditerranée, le territoire constituait une entité historique qui contrôlait des contrées s’étendant à travers l’Afrique du Nord et la Méditerranée. Cela correspondait au nord et à l’est de la Tunisie actuelle, avant de s’étendre pour inclure l’actuelle Tripolitaine (Libye) et une partie de l’Est actuellement algérien (Constantinois).
Massinissa était donc né à Dougga (Thugga). Pour les historiens, c’est un enfant du pays, à savoir la Tunisie. Pourtant, quelques faussaires prétendent que Massinissa serait «le père de l’État algérien moderne», puisqu’il avait unifié les tribus numides. Une statue lui a d’ailleurs été érigée au cœur d’Alger en 2021, ce qui a été perçu comme une tentative de «captation» d’une figure massyle, issue d’une dynastie établie à Thugga.
La seconde «captation» est celle de Saint Augustin qui était certes né à Thagaste (Souk Ahras, en Algérie actuelle). Thagaste est située à environ 240 km de Carthage, mais elle faisait partie d’une région profondément «punicisée». Saint Augustin lui-même, bien que citoyen romain de culture latine, se revendiquait fier de ses origines puniques. Car le punique était encore parlé par les populations rurales autour de Thagaste au IVe siècle apr. J.-C., soit plus de 500 ans après la chute de Carthage.
Augustin s’était formé intellectuellement à Carthage, y avait enseigné et avait passé une grande partie de sa vie dans la sphère d’influence carthaginoise. Il se définissait lui-même comme un «fils de Carthage»(3), ce qui pousse les historiens tunisiens à rappeler que son héritage philosophique et théologique appartient à l’école de pensée de l’actuelle Tunisie.
À l’époque, il se considérait comme un «Africain» au sens de la province d’Africa (Tunisie), et non selon des frontières nationales nées en 1962.
Même si ces grandes figures appartenaient à une époque où les frontières actuelles n’existaient pas formellement (la Numidie ou l’Afrique proconsulaire), leur existence résulte d’une culture et d’une civilisation punique incarnées par Carthage. Les transformer en «citoyens» d’un pays parce qu’ils auraient vécu, à un certain moment, dans des villes «recouvrées» est une incongruité.
Quelques mythomanes invétérés mènent aujourd’hui une politique active de «patrimonialisation» (colloques sur Massinissa, promotion du circuit de Saint Augustin) pour assoir une profondeur historique nationale qui fait défaut dans le récit colonial. Il est indubitable que même leurs concitoyens en Algérie, qui font preuve de discernement, ne peuvent que se dissocier de leurs supercheries. Saint Augustin et Massinissa ont agi dans un cadre géographique et politique dont Tunis-Carthage était le pôle majeur.
Cette territorialisation de l’histoire, où un pays cherche par tous les moyens à construire un récit national exclusif, est un anachronisme qui sert surtout des agendas politiques douteux. L’objectif serait vraisemblablement de créer un lien fictif direct. Il y a une inexactitude géographique qui utilise les frontières actuelles, imposées par le colonialisme, pour diviser des empires (Carthage, la Numidie, la Proconsulaire).
L’enseignement de l’histoire devient un outil détourné de légitimation politique plutôt qu’une discipline de recherche scientifique. Un exemple parmi d’autres, le Haut-Commissariat à l’Amazighité en Algérie milite activement pour l’unification de ces concepts dans les manuels afin de consacrer l’image d’un État numide précurseur de l’Algérie ! Le débat sur l’usurpation vient souvent du fait que les frontières d’aujourd’hui ne correspondent pas aux réalités historiques durant des siècles. Une grande partie du patrimoine «numide» ou «punique» est partagée entre la Tunisie et ses voisins de l’Est comme de l’Ouest. Cependant, la Tunisie (l’ancienne Ifriqiya) a toujours été le centre névralgique, urbain et intellectuel de toute la région.
Une mise au point sur la situation de toutes ces figures historiques et du patrimoine, permet de distinguer les faits historiques des dynamiques de «nationalisation» de l’histoire.
Le concept d’Ifriqiya est un patrimoine centralisé à Tunis. Par contre historiquement, le terme «Algérie» est une création administrative bien plus tardive, alors que le terme Ifriqiya (dont dérive le nom Tunisie) désignait un ensemble cohérent incluant l’Est algérien actuel et la Tripolitaine. Quant à la controverse historique sur Cirta, j’ai eu l’occasion de l’aborder amplement dans un article précédent (4).
Ce procédé apocryphe appliqué à la géographie et à l’histoire sert à faire des raccourcis pour imposer une lecture biaisée. Cela s’apparente à de l’instrumentalisation ou «mésusage» de l’histoire et de la géographie. Lorsqu’on simplifie à l’extrême ou qu’on manipule ces disciplines, l’objectif est généralement de créer un récitqui semble, de premier abord, indiscutable parce qu’il s’appuie sur des «faits» — même si ces derniers sont sortis de leur contexte.
On projette arbitrairement des concepts modernes (nations, frontières…) sur des époques anciennes où ils n’existaient pas réellement sous ces formes. Le fait d’utiliser des toponymes anciens ou spécifiques pour nier l’identité actuelle d’un lieu, en modifiant légèrement le curseur, on transforme une analyse complexe en un outil de triviale propagande.
Après les guerres puniques, Carthage fut reconstruite par Rome, devenant l’une des provinces les plus prospères (Africa proconsulaire 146 av. J.-C. – 439 ap. J.-C.). Puis, elle a été envahie par les Vandales, suivie de la reconquête byzantine sous Justinien Ier en 533. L’année 698 marqua un tournant définitif avec la fin de l’influence byzantine en Afrique du Nord. La confrontation décisive opposa les armées du Hassan Ibn Numan, aux forces de l’Exarchat de Carthage. Plutôt que de reconstruire Carthage, trop exposée aux attaques maritimes de la flotte byzantine, Tunis fut choisie en tant que site plus protégé.
En 705, Kairouan devint officiellement la capitale de l’Ifriqiya et la base de rayonnement au Maghreb. Sous la dynastie Aghlabide (800–909), la Tunisie connut une prospérité immense. On lança la conquête de la Sicile, le pays devient une puissance maritime majeure. Kairouan dirigeait la Tunisie, l’Est algérien, la Tripolitaine et avait même conquis la Sicile et Malte. L’Ifrîqiya proprement dite, comprenait les anciennes Proconsulaire (ou Zeugitane) et Byzacène, séparées depuis Dioclétien, d’autre part le Zâb (une province stratégique entre le Sahara et la Méditerranée, servant de carrefour commercial majeur). On rencontre également l’expression d’«Ifrîqiya proprement dite» chez H. R. Idris qui écrit : «À l’Ifrîqiya proprement dite, ensemble de plaines où les communications sont faciles, rares les passages obligés et les massifs fermés, pays fortement organisé autour de Kairouan, s’oppose le Maghreb central, complexe de massifs montagneux, plus ou moins anarchiquement isolés les uns des autres»(5). Il retrouve là une distinction strictement géographique, voire topographique, qui rejoint implicitement des considérations plus politiques (opposition entre l’«organisation» autour de Kairouan et l’«anarchie» à l’ouest).
En 909, une nouvelle dynastie s’établit. L’Empire Fatimide avait englobé tout le Maghreb. Il fonda une nouvelle capitale sur la côte, Mahdia, avec son port militaire fortifié. Les Fatimides finirent par partir conquérir l’Égypte pour y fonder Le Caire, laissant la Tunisie sous la gestion des Zirides. Lorsque ces derniers rompirent avec le Caire, le calife fatimide envoya les tribus bédouines des Banu Hilal et des Banu Salim pour punir l’Ifriqiya. Avec les invasions hilaliennes (XIe siècle), c’était un tournant dramatique. Ces invasions entrainèrent une désorganisation immense, notamment de l’agriculture sédentaire.
Tunis devint la capitale de la Tunisie (Ifriqiya) en deux étapes majeures : elle fut d’abord promue sous les Almohades en 1159, puis son statut est définitivement scellé sous la dynastie des Hafsides en 1228. Les Almohades (1121-1269) chassaient les Normands Tunisie (qui occupaient les côtes) et unifiait le Maghreb. Au cours de cette période la notion de territoire tunisien «central» se cristallisa le mieux sous le nom d’Ifriqiya. L’empire almohade, affaibli militairement et idéologiquement, se désagrégea, perdant sa cohésion sous le règne d’Al-Ma’moun (1227-1232). C’est dans ce contexte de déclin que la Tunisie s’émancipa de fait sous la tutelle de la dynastie hafside.
En 1229, les Hafsides rejettent l’autorité des Almohades et deviennent maîtres de l’Ifriqiya. L’Empire Hafside (1229-1574) représenta l’âge d’or de l’État tunisien médiéval. À son apogée, le royaume hafside de Tunis s’étendait de Bougie (Béjaïa en Algérie actuelle) à l’ouest jusqu’à Tripoli à l’est. Tunis était alors la capitale culturelle et politique incontestée du Maghreb central et oriental. C’était sans doute la période la plus stable et la plus riche de la Tunisie médiévale. Des liens commerciaux intenses se nouèrent avec les cités italiennes (Venise, Gênes) et l’Espagne. La capitale Tunis était devenue l’une des cités les plus peuplées et les plus riches, au rayonnement intellectuelreconnu. C’est l’époque du grand historien et philosophe Ibn Khaldoun, père de la sociologie moderne.
Pour le pouvoir central de Tunis, la frontière incluait la province de Bougie, avec à sa tête un gouverneur doté de compétences élargies. Les premiers souverains hafsides maintinrent un contrôle direct sur cette région. Dès 1280 le sultan nomme son fils gouverneur de Bougie et de sa région, avec une autonomie de commandement (Ibar, VI, p. 685, Berbères, II, p. 384), reconnaissant la nécessité de donner à ce gouverneur les moyens de faire face à la menace des Abdelwadides ou des Mérinides à l’ouest. Vers 1370, le sultan de Tunis nomma à son tour à Bougie son fils aîné. Il lui céda son autorité sur les impôts et sur l’armée (Ibar, VI, p. 88, Berbères, III, p. 88.), lui donna «le commandement absolu [de sa ville et de sa province] et la permission de prendre le titre, le cérémonial et les insignes de la royauté» (Ibar, VI, p. 876, Berbères, III, p. 90.). Ces prérogatives exceptionnelles ne sont pas sans risque. On connaît le passage de la Muqaddima dans lequel Ibn Khaldûn explique que «toute dynastie est plus forte à son centre qu’à ses frontières», où se manifeste souvent en premier la perte de vitalité de la dynastie (6).
Cette situation provoqua en effet, à plusieurs reprises, des sécessions par rapport à Tunis. Néanmoins ces dernières étaient davantage motivées par les prétentions des émirs de Bougie au sultanat que par une réelle volonté d’indépendance, donc par un sentiment centrifuge. Lorsque le sultan Abû Zakariyâ’ (1228-1249) confie à son fils et héritier Abû Zakariyâ’ Yahyâ le gouvernement de Bougie, il étend la domination de ce dernier à l’ensemble des anciens territoires hammadides, avec des villes comme Alger, Constantine, Bône, et le territoire du Zâb : «il donna à son fils le gouvernement de la marche de Bougie, capitale du royaume des Banû Hammâd et lui confia l’administration de l’ensemble de sa région» (Ibar, VI, p. 619, Berbères, II, p. 329).
Ibn Khaldûn définit donc ce territoire frontière avant tout par un ensemble de villes dominées par Bougie, avec leurs arrière-pays. L’allégeance de ces villes envers le pouvoir central se manifeste par l’acceptation des gouverneurs envoyés par le souverain et par la bay‘a prononcée au moment de l’accession au trône de ce dernier, renouvelée régulièrement par la khutba prononcée en son nom.
La délimitation du territoire de cette marche occidentale repose donc sur une autre unité de base, la tribu. Mais il serait erroné de considérer ces tribus d’un point de vue purement ethnique, sans référence à l’espace(7). Outre le fait que certaines de ces tribus sont sédentaires, le nomadisme n’exclut nullement la conscience d’un territoire tribal articulé autour de points d’eau et de zones de pâturages, à l’intérieur duquel se font les déplacements saisonniers. Il n’exclut pas plus le fait que ce territoire soit perçu comme faisant partie de l’espace de souveraineté d’un pouvoir d’État auquel la tribu faisait allégeance (8).
Il s’agit de relever un fait authentifié, sous les Aghlabides, les Fatimides puis l’État Hafside qui s’étendait sur l’Ifriqiya, ce qui signifie que la Tunisie englobait des territoires allant de Bougie (Béjaïa) jusqu’aux environs de Tripoli, et incluait des zones de la Grande Kabylie notamment Alger et contrôlant des territoires jusqu’à la Grande Syrte (1228 à 1574). Le pays avait maintenu une autonomie politique forte, centrée sur Mahdia, Kairouan puis Tunis.
2- Alerte, face aux tentatives d’expropriation mémorielle
En 1574, la Tunisie fut appariée à l’Empire Ottoman, avant d’acquérir une autonomie relative à partir de 1705. Le règne de Hammouda Pacha (1782-1814) marqua l’apogée de la dynastie husseinite en Tunisie. Son autorité a été testée par plusieurs conflits armés contre la Régence d’Alger, où Mustapha Pacha a été assassiné et les chroniques mentionnent Ahmed II Pacha comme successeur, une période marquée par de forte agitation et de successions rapides. La milice des janissaires jouait un rôle prédominant dans la destitution ou l’assassinat des deys d’Alger, rendant le pouvoir instable.
Cherchant à mettre fin au tribut versé à Alger, Hammouda Pacha fit réparer les remparts de la Médina de Tunis, de la Kasbah, et fit construire de nouvelles casernes comme celle d’El Attarine. Il déclara la guerre au Dey d’Alger en 1807. Le conflit culmina lors de la bataille de Constantine, où les troupes d’Alger subirent une défaite décisive. La victoire la plus emblématique contre les Algériens (ou plutôt Algérois) a été celle de juillet 1807. Le vizir Youssouf Saheb Ettabaâ intercepta l’armée algérienne à l’Oued Sarrat et l’écrasa, l’obligeant à fuir et à abandonner son artillerie. Cette victoire permit à la Tunisie de ne plus payer le tribut annuel à Alger. Une seconde guerre éclata en 1813. Les défenses tunisiennes ont tenu bon. Les troupes algériennes ont tenté de pénétrer en Tunisie mais ont été maintenues à la frontière. Le conflit s’est achevé par un traité en décembre 1813, signé par le Dey Hadj Ali d’Alger et le Bey Hammouda Pacha de Tunis.
Avec les Husseinites, la Tunisie avait agi comme un État quasi indépendant du pouvoir ottoman, avec ses propres traités internationaux et son premier texte constitutionnel en 1861 (le premier de la sphère proche orientale). Il est documenté que cette quête d’autonomie s’est manifestée par des actions symboliques, les navires tunisiens utilisaient leur propre pavillon et refusaient de se conformer strictement à l’usage des fanions ottomans, surtout lors de la période d’autonomie croissante sous Ahmed Bey I (1837-1855). Mais, avec la signature du Traité du Bardo en 1881, la Tunisie fut placée sous domination française.
À travers ce rapide périple historique, il a été possible de constater que, depuis l’antiquité et durant des siècles, le pouvoir central sur une vaste superficie était basé à Carthage-Dougga, Le Kef, Kairouan, Mahdia puis à Tunis. Par conséquent, son autorité se déployait sur des espaces territoriaux plus vaste que ceux de la Tunisie actuelle, aussi bien à l’Est qu’à l’Ouest. Des villes comme Annaba (Hippone) ou Constantine étaient administrativement et culturellement rattachées à la mouvance tunisienne. Cette antériorité historique explique pourquoi de nombreux Tunisiens perçoivent les digressions actuelles comme une tromperie et une forme d’expropriation mémorielle. Dès la fin du Moyen Age, le discours comme la pratique montrent l’émergence d’une appréhension politique de l’espace, qui se développe à l’époque moderne et contemporaine. La marche de Bougie à l’époque hafside en offre un bon exemple (9).
Depuis quelques années, de nombreux Tunisiens relèvent avec étonnement la diffusion de contrevérités instillées notamment sur les réseaux sociaux, traduisant des tentatives de captation du patrimoine tunisien par certains individus qui manquent de tact et souffrent d’une carence éducative. Cette posture fourbe touche au cœur de l’identité nationale et de la légitimité historique, elle représente une tentative de réappropriation patrimoniale. Ajoutant à ces divagations, les propos d’un ancien parlementaire algérien et expert économique, du nom de Houari Tigharsi, qui ont suscité une vive controverse. En juillet 2022 (10), lors d’une intervention télévisée, ce quidam a qualifié la Tunisie de «wilaya» (province ou gouvernorat) de l’Algérie, dans une interview accordée à la chaîne Sky News Arabia.
Bien que ces propos n’engagent pas -heureusement- l’État algérien, ils ont provoqué une vague d’indignation et ont été largement relayés par des médias comme une ébauche de velléités hégémoniques. Certains observateurs notent que ce type de discours (qualifier la Tunisie de «wilaya») circule parfois dans des cercles proches du pouvoir des voisins de l’Ouest sans être ouvertement approuvé, ce qui contribue à alimenter les critiques sur une volonté d’hégémonie régionale qui avancerait à pas de loup. Cette «maladresse» n’est pas un hasard. Elle répondrait à un besoin intériorisé de forger une identité nationale (sur le dos des autres) dans une profondeur historique mythique dépassant l’ère coloniale. Surtout, il n’y a pas eu de dénonciation officielle spécifique du gouvernement algérien concernant ces propos, alors qu’ils avaient provoqué une vive indignation en Tunisie, les autorités n’ont pas émis de condamnation publique directe à propos de ses déclarations.
Au-delà de ce personnage, la même expression est parfois utilisée de manière condescendante dans certains débats médiatiques algériens. En mai 2023, l’ambassadeur d’Algérie en Italie avait déclaré que Rome et Alger s’entendaient pour «préserver la stabilité de la Tunisie», une phrase perçue à Tunis comme une forme d’ingérence (D’aucuns diront : de quoi je me mêle).
L’absence de justifications est précisément ce qui alimente régulièrement la rancœur d’une partie importante de l’opinion tunisienne, qui n’y voit non pas un dérapage isolé, mais le reflet d’une certaine perception condescendante persistante.
L’ancien diplomate Elyes Kasri (11) a été l’une des voix les plus critiques, alertant sur ce qu’il perçoit comme une «dérive», certains observateurs allant jusqu’à évoquer ironiquement une transformation en «70e wilaya algérienne». Il a récemment remis sur le tapis la question des territoires frontaliers (environ 20 000 km²) qui ont été intégrés à l’Algérie après l’indépendance, perçus par certains Tunisiens comme une spoliation historique.
Cette perception d’une «main basse» sur le patrimoine tunisien alimente effectivement de vifs débats, où la question de l’appropriation culturelle est devenue un sujet de tension récurrent.
Le conflit le plus emblématique concerne la zone saharienne et la célèbre Borne 233 (Garet El Hamel). La Tunisie revendiquait une bande de territoire au sud-ouest, s’étendant de la borne 222 (Fort Saint) jusqu’à la borne 233. Ce territoire, riche en ressources pétrolières (gisement d’Edjelé), aurait permis à la Tunisie d’étendre sa souveraineté sur environ 20 000 km². En plein conflit de Bizerte (1961), le président Habib Bourguiba a tenté de matérialiser cette souveraineté en envoyant un commando planter le drapeau tunisien sur la borne 233. Un affrontement armé avec les troupes françaises stationnées sur place fit 13 morts côté tunisien.
Il y a lieu de souligner que la frontière tuniso-algérienne a été historiquement une zone complexe, avec des barrages érigés pendant la guerre d’Algérie et des conflits territoriaux passés (1628, 1807). Les frontières actuelles sont en partie le résultat de négociations laborieuses, notamment le traité de 1628 entre la Régence indépendante de Tunis et la Régence du Dey d’Alger, qui est resté la base jusqu’à ce que les autorités militaires françaises en Algérie ne le remettent en cause en 1845. Les frontières modernes commencent à se dessiner, souvent au prix de conflits avec la Régence d’Alger à l’ouest (appelé traité d’Es-Settara), qui mit fin à la guerre et confirma la fixation de l’Oued Serrat comme frontière ouest. Les traités successifs ont fini par fixer les limites que nous connaissons aujourd’hui, bien que les tribus frontalières aient longtemps circulé librement.
L’examen des documents cartographiques coloniaux révèle que le tracé des frontières actuelles est le produit d’une série de conventions et de décisions administratives françaises qui ont systématiquement favorisé l’Algérie (alors considérée comme un prolongement de la métropole) au détriment de la Régence de Tunis. La Convention de 1901: un procès-verbal entre le gouverneur général d’Algérie et le résident général de France en Tunisie amorce le détachement de portions territoriales au profit de l’administration algérienne.
La Convention de Tripoli (1910)signée entre le Bey de Tunis et l’Empire Ottoman (pour la Tripolitaine), délimite la frontière sud. Bien qu’elle reconnaisse la borne 233 (12) (Garet El Hamel) comme point ultime du territoire tunisien, la France refusa par la suite d’appliquer strictement ce tracé pour conserver le contrôle sur des zones qu’elle considérait comme stratégiques.
Le grignotage du Sahara s’est effectué à travers les conventions successives en 1910 et 1929 qui ont entériné un «découpage imaginaire». Avant que la France et l’Italie ne figent les frontières par des traités (comme celui de 1910 avec la Libye), les tribus et populations (comme les Werghemma) évoluaient dans un espace fluide, défiant les tentatives coloniales de fixer des limites territoriales strictes.
Il est clairement établi que la France privilégia l’unité administrative de son «département algérien», annexant de facto des zones de parcours de tribus tunisiennes (comme les Frachich) pour garantir la sécurité des colons en Algérie. Le contentieux majeur portait donc sur une étendue de près de 20 000 km² (soit la superficie d’un pays comme la Slovénie) située au sud. Ce territoire englobe des zones riches comme El Borma, Ouargla et Berkine, piliers de l’actuelle puissance pétro-gazière algérienne.
Quant à la Borne 233, elle demeure le symbole de la spoliation. La France avait juridiquement reconnu son appartenance à la Tunisie, mais a maintenu une ambiguïté pour protéger le triangle stratégique Bir Romane – Borne 233 – Fort Saint.
L’accord de 1964, lors de la conférence du Caire, représentait un arrangement entre Habib Bourguiba et Ahmed Ben Bella. Il prévoyait la restitution de ces 20 000 km² à la Tunisie. Après la chute de Ben Bella en 1965, le nouveau pouvoir algérien (Boumediene) a refusé d’honorer cet accord, s’appuyant astucieusement sur le principe de l’OUA concernant «l’intangibilité des frontières héritées du colonialisme» pour sanctuariser ces gains territoriaux.
Ces documents montrent que la cartographie n’était pas un simple relevé géographique, mais un outil de gestion des conflits et d’expansion coloniale, transformant des limites de parcours tribaux en frontières d’État rigides au profit de l’entité la plus «française» du Maghreb à l’époque.
On ne peut que constater que la Tunisie a dû faire face à des tensions territoriales significatives avec ses voisins, principalement liées au legs de l’administration coloniale française qui avait favorisé l’Algérie (considérée comme un prolongement de la métropole) au détriment de la Tunisie.
Finalement, le pouvoir tunisien abandonna ses revendications pour préserver la paix, par des accords successifs : celui de 1970 sur le tracé sud (Bir Romane – Fort Saint) et celui de 1983 sur le tracé nord (Méditerranée – Bir Romane).
En dépit de toutes ces péripéties, Tunisiens et Algériens dans leur ensemble partagent des liens profonds et sont pour une coexistence pacifique. Car la proximité n’est pas seulement géographique, elle est humaine. Les familles transfrontalières, les mariages mixtes et l’histoire commune de la lutte pour l’indépendance créent un sentiment d’appartenance commune qui dépasse les discours politiques ou les polémiques de réseaux sociaux.
Les populations des deux pays aspirent avant tout à la paix, au développement économique et à la libre circulation sans arrière-pensées hégémoniques. La coexistence paisible est perçue comme la seule voie viable pour la prospérité régionale dans un monde de plus en plus instable.
Pourtant, ces «fauteurs de troubles» qui cherchent à semer la discorde, bénéficient souvent d’une visibilité disproportionnée sur internet, mais ils ne représentent pas la volonté des millions de Tunisiens et d’Algériens qui cultivent le respect et l’amitié au quotidien. Cette notion grotesque de «grand frère» est souvent perçue comme paternaliste et ne correspond pas aux aspirations des sociétés modernes qui privilégient le partenariat et l’égalité.
Une logique de respect mutuel est essentielle pour plusieurs raisons. Chaque nation a son propre parcours, ses défis et sa souveraineté à protéger. Le respect de ces spécificités est la base de toute relation saine et durable, c’est le meilleur rempart contre les malentendus. En se traitant d’égal à égal, la coopération devient plus efficace. Il ne s’agit pas de «donner des leçons», mais de partager des solutions. Les termes de supériorité ou les tentatives d’ingérence sont souvent ceux qui alimentent les réactions de rejet. Toute tentative perçue comme hégémonique risque de compromettre les relations en brisant la confiance et en créant un déséquilibre qui génère inévitablement résistance et conflits. Ce qui crée un terrain propice aux blocages de communication, nuisant à la relation sur le long terme.
En somme, la force de la relation entre deux États souverains et ses citoyens réside dans cette capacité à se considérer comme des partenaires stratégiques, sans qu’une tutelle morale ou politique ne vienne entacher cette amitié. À bon entendeur, salut !
* Ecrivain.
Notes :
1- Lucien Febvre, “Frontières : le mot et la notion”, Bulletin du Centre International de Synthèse, XLV, 1928, repris dans Pour une histoire à entière, Paris, 1962, p. 17-18.
2- Dougga (Thugga). Études épigraphiques – Sous la direction de Mustapha Khanoussi et Louis Maurin, Ausonius Éditions,1997, 278 pages.
3- Saint Augustin, numide universel, La Vie, 16/04/2026.
4- Carthage, la Tunisienne (1-2), Nos ancêtres les Massyles, Kapitalis, 5 et 6 juillet 2025.
5– Hady-Roger Idris, La Berbérie orientale sous les Zirides, Xème-XIIème siècle, Paris, 1962, p. 409.
6- Ibn Khaldûn, Discours sur l’Histoire universelle. Al-Muqaddima, trad. Vincent Monteil, Paris, 1967-8, p. 318.
7- Voir notamment les réflexions de Laroussi Amri, et sa critique des thèses d’É.-F. Gautier, Pour une sociologie 8 – des ruptures. La tribu au Maghreb médiéval, Tunis, 1997, p. 189 sqq.
8- Sur ce rapport entre allégeance et territoire, voir notamment Vincent Geisser, Rapport préliminaire à l’atelier «formes d’allégeances et territorialisation», Villes et territoires au Maghreb, op.cit., p. 115-117.
9 – Cf. Dominique Valérian, Bougie, port maghrébin à la fin du Moyen Age, thèse d’université, Université Paris I, décembre 2000.