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Business et sécurité dans les pays du Golfe | Le basculement !

17. März 2026 um 08:40

Face aux impacts dévastateurs de la guerre israélo-américaine contre l’Iran sur la sécurité des Etats arabes du Golfe, il est important de bien comprendre les enjeux de la stabilité de cette région riche en hydrocarbures et de sa sécurisation future sans les États-Unis, mais avec un danger permanent qui viendra principalement de l’Etat belliciste d’Israël, quels que soient ses dirigeants présents et futurs. (Photo : Le pacte entre l’Arabie saoudite et les Etats-Unis, signé le 14 février 1945 sur le croiseur USS Quincy par le roi Abdelaziz ibn Saoud, et le président Franklin Roosevelt, a-t-il encore un sens aujourd’hui ?)

Naamen Bouhamed *

Depuis le déclenchement de cette guerre, l’économie régionale est à l’arrêt.Les salons professionnels sont reportés au second semestre 2026, voire en 2027, ou tout simplement annulés. Tous les événements majeurs, forums mondiaux et championnats de F1 à Djeddah ou Bahreïn, sont annulés pour la saison 2026. Les déplacements et missions professionnels sont conditionnés à la réouverture des aéroports de Dubaï, Doha, Bahreïn, Koweït ou Bagdad, ces infrastructures étant sous la menace des drones iraniens visant des bases militaires américaines à proximité.

Impacts de la guerre dur le commerce mondial

Les exportations d’Europe, d’Asie, d’Afrique, et plus largement celles venant du monde entier, qui naviguaient vers Jebel Ali avant le déclenchement du conflit par Israël et les États-Unis, se retrouvent en situation de congestion portuaire en Inde (port de Nhava Sheva) ou au Kenya (port de Mombasa). Les armateurs comme CMA-CGM, Maersk, MSC et autres cherchent des solutions de déchargement sur des ports situés hors du détroit d’Ormuz, tels que Sohar à Oman ou Khor Fakkan, dans l’émirat de Sharjah, qui dispose d’une ouverture sur la mer d’Oman. Des pénalités, ou «primes de guerre», allant de 800 à 3000 dollars par conteneur sont facturées par les compagnies maritimes aux exportateurs ou aux importateurs.

Jebel Ali, l’un des ports les plus dynamiques du monde, se retrouve malgré lui sous le feu des hostilités.

Tout cela a un coût financier qui se chiffre en plusieurs millions de dollars de perte par jour. Il en va de même pour Emirates ou Qatar Airways, et les aéroports de Dubaï, Doha, Bahreïn ou Abou Dhabi, qui sont des hubs vers l’Asie, sont fermés depuis deux semaines sans pouvoir espérer relancer leurs activités à plein régime avant plusieurs semaines.

Nos exportations, tout comme celles des fournisseurs du monde entier, ne peuvent plus accéder à Jebel Ali, qui est le nœud névralgique de la redistribution sur toute la zone. Le port assurait des connexions quotidiennes vers les ports Hamad à Doha, Manama, Koweït, mais aussi vers l’Iran, le Pakistan, l’Afrique et l’Europe. Jebel Ali n’est pas un simple port, c’est un des axes majeurs de la connectivité maritime mondiale. Il est relié à plus de 140 ports dans le monde.

Avec une capacité de plus de 19 millions d’EVP (équivalent vingt pieds) par an, le port émirati est le plus grand et le plus fréquenté du Moyen-Orient. Il constitue un lien vital entre l’Asie, l’Europe et l’Afrique, ce qui en fait une pierre angulaire du commerce international.

L’impact pour nos exportations sur la zone du Moyen-Orient et du Golfe est majeur. Le port assurait une connectivité dense avec les pays voisins via des services de «feeders» (navires collecteurs) qui représentent 100 % du transport maritime de cette zone, à l’exception de l’Arabie Saoudite avec Djeddah, situé en mer Rouge, qui assure 80 % de ses importations de biens de consommation.

Les pertes économiques globales pour les Émirats arabes unis, suite à ces incidents, ont été estimées à plus de 5 milliards de dollars.

Impacts de la guerre sur les salons et événements

Les salons et événements B2B sont aussi l’une des facettes de l’écosystème de Dubaï, tout comme les événements sportifs de dimension mondiale (F1 à Bahreïn, Abou Dhabi ou Djeddah).

L’ensemble de ces événements et rendez-vous économiques pour nos entreprises exportatrices faisait tourner l’économie de tous ces pays.

À Dubaï, mais aussi à Riyad, Bagdad ou Doha, tous les événements sont reportés, voire annulés. Stephen Carter, Ceo d’Informa (leader mondial des salons professionnels et événements B2B dans la région), avec un portefeuille de salons et d’événements (Gulf Food, Gitex, Middle East Energy, Dubai World Health Expo, Dubai Airshow, LEAP, Saudi Global Health…), qui devait générer plus de 650 millions de dollars de revenus en 2026, voit l’ensemble de ses événements reportés ou annulés.

Lors d’un point de presse, M. Carter a annoncé que le sommet mondial des transports publics, prévu du 21 au 23 avril 2026, est annulé pour cette année. La prochaine édition aura lieu à Hambourg en 2027. Token2049, initialement prévue pour avril 2026, cette conférence majeure sur les cryptomonnaies est reportée à avril 2027. Le Dubai International Boat Show, prévu pour avril 2026, est désormais reprogrammé du 25 au 29 novembre 2026. Enfin, Middle East Energy Dubai, l’exposition qui devait se tenir en avril au Dubai World Trade Centre, est reportée du 1er au 3 septembre 2026.

Pour chacun de ces événements majeurs, ce sont des milliers d’exposants et de visiteurs professionnels venus du monde entier qui ne se déplaceront pas à Dubaï, Riyad, Doha, Bagdad ou Bahreïn avant le second semestre.

Le salon Middle East Energy, c’est entre 50 000 et 70 000 personnes qui ne viendront pas, ce qui impactera les hôtels, les transports aériens et tous les services attenants.

L’ensemble des salons cumulés entre février et septembre prochain représente des centaines de milliers de voyages et de voyageurs d’affaires qui sont soit reportés, soit annulés, donc des pertes nettes qui se chiffrent en millions de dollars pour tous les acteurs économiques vivant de ces activités.

Le transport aérien en chute libre

L’activité aérienne, ce sont 6 millions de passagers touchés par les annulations de vols. Selon Cirium, expert en données sur le trafic aérien, plus de 52 000 vols ont été supprimés entre le 28 février (date du début des bombardements américano-israéliens contre l’Iran) et le vendredi 13 mars. Soit plus de la moitié des plus de 98 000 trajets prévus.

Les plateformes aéroportuaires géantes comme Dubaï et Doha tournent encore au ralenti. Il faut bien comprendre que ces «hubs» ont bâti leur modèle économique sur les passagers en correspondance sur des long-courriers, bénéficiant de leur position au carrefour des liaisons vers et depuis les Amériques, l’Europe, l’Asie et l’Océanie.

La compagnie la plus touchée sur ses programmes de vols au départ du Moyen-Orient est Qatar Airways, qui a dû annuler près de 93 % de ses liaisons, selon Cirium. Etihad, basée à Abou Dhabi, a renoncé à 81,7 % de ses vols au départ, tandis qu’Emirates a réussi à n’annuler «que» 56,5 % de ses décollages de Dubaï, malgré la fermeture de l’aéroport durant les périodes de tension où il a été pris pour cible. Les pertes pour Emirates se chiffrent déjà en centaines de millions de dollars.

La fuite des travailleurs expatriés

Si l’Arabie Saoudite n’est pas touchée par ce phénomène, les trois pays les plus impactés sont les Émirats arabes unis (Dubaï et Abou Dhabi en tête), suivis du Qatar et de Bahreïn, avec des proportions variables. Dubaï a le plus à perdre dans cette situation, tant sur le plan économique que politique. Il faut néanmoins relativiser cette fuite, car la composition de la population de ces pays joue un rôle très important. Sur les 11 millions d’habitants des Émirats, 90 % sont des étrangers, dont 70 à 80 % originaires d’Asie (Inde, Pakistan, Bangladesh, Philippines…).

Ces travailleurs, souvent seuls et envoyant 80 % de leur salaire à leur famille (un revenu vital pour leurs proches), n’ont aucun intérêt à partir, avec le risque de perdre leur «Iqama» (carte de séjour professionnelle).

Ceux qui fuient, ou qui quittent temporairement le pays, sont souvent les Européens ou les «riches» qui ont les moyens et un pied-à-terre dans leur pays d’origine, ainsi qu’un revenu ou une réserve financière de quelques mois pour assurer la sécurité de leur famille en attendant que la situation se calme, avant de revenir reprendre leur activité.

Quel avenir pour la stabilité de la région ?

Mais y aura-t-il un retour à la normale ? Et l’après sera-t-il identique à l’avant ? Car il y aura un avant et un après, et c’est là que les défis de Dubaï ou de Doha vont être mis à rude épreuve.

La question que tout le monde se posera dorénavant est : à quand la prochaine guerre ? Car ce ne sont pas les États-Unis qui ont tiré les premiers, mais Israël qui souhaite la destruction totale de l’Iran. Tant que l’Iran sera debout, l’objectif des décideurs sionistes sera, à un moment ou un autre, de recommencer à bombarder l’Iran, ce qui obligera les États-Unis à intervenir, et les pays du Golfe seront de nouveau les cibles de contre-attaques.

Dans cette configuration de vie entre cessez-le-feu et reprise de la guerre, qu’adviendra-t-il de la stabilité de Dubaï, dont l’économie repose à 90 % sur les services ? Abou Dhabi a son pétrole, Doha son gaz : ils seront impactés, mais dans une moindre mesure sur le long terme.

À lire à ce sujet, l’analyse de Sheikh Khalaf al-Habtoor, l’un des plus importants hommes d’affaires des Emirats, publiée par ‘‘Business Arabia’’ et portant sur les dégâts collatéraux de cette guerre, qui a entraîné les pays du Golfe dans une guerre qui n’est pas la leur, sur les affaires et la stabilité de Dubaï.

Géopolitique de la sécurisation du Golfe  

Il est important de bien comprendre les enjeux de stabilité de cette zone, de sa sécurisation future sans les États-Unis, mais avec un danger permanent qui viendra principalement de l’Etat sioniste, quels que soient ses dirigeants présents et futurs.

Les pays du Golfe, dont l’Arabie Saoudite en priorité, vont devoir revoir toute leur stratégie de défense. L’accord de défense avec le Pakistan, signé en septembre 2025, n’est probablement qu’une étape vers un partenariat de défense plus global qui devra intégrer l’Iran et l’Irak afin de donner un sens à un avenir commun de stabilité et de paix régionale pour tous, comme le souhaite la Chine.

Dans mon ouvrage ‘Réussir l’export en Arabie Saoudite’’, je traite de la construction de l’Arabie d’Ibn Séoud, qui a su, avec intelligence, et face aux Britanniques, réunir les tribus de la péninsule arabique et bâtir le Royaume d’Arabie Saoudite. J’explique aussi le jeu des Britanniques, des Français et enfin des Américains dans cette question du contrôle des territoires depuis le 18e siècle jusqu’à l’entrée en jeu des États-Unis en 1945 et les accords du Quincy avec l’Arabie Saoudite (sécurité contre pétrole). Je reviens sur la façon dont les Britanniques ont signé des accords de protectorat dès 1892 avec les cheikhs du Koweït, de Bahreïn, du Qatar, d’Abou Dhabi, Dubaï, Charjah, Ras el-Khaïmah, Oumm al-Qaïwaïn et Fujaïrah. Le sultanat d’Oman, suite à un conflit franco-britannique, restera un territoire «neutre», même si les Britanniques ont toujours eu un privilège sur Oman.

Je citerai ce qu’a dit le futur roi Abdel Aziz Ibn Saoud, fondateur du Royaume, à Gertrude Bell, agent de liaison britannique basé à Bassora : «Je ne reconnaîtrai d’autre État arabe que celui que j’aurai bâti seul et à la pointe de mon épée…»

Le Pacte du Quincy, signé le 14 février 1945, est plus qu’une alliance, la naissance d’une puissance pétrolière mondiale.

À la fin de la Deuxième Guerre mondiale, les Américains ont pris conscience de l’importance future des gisements pétroliers d’Arabie Saoudite. Le président Franklin D. Roosevelt, de retour de la conférence interalliée de Yalta, fera escale au large de Yanbu (à la grande surprise des Britanniques) et demandera à rencontrer le roi Ibn Saoud au milieu du canal de Suez, sur le croiseur Quincy, le 14 février 1945. Cette rencontre informelle permettra, entre autres, aux compagnies pétrolières américaines de s’approprier les gisements pétroliers saoudiens et de concurrencer ainsi les Britanniques qui s’étaient accaparé les gisements pétroliers en Irak et en Iran.

Les deux dirigeants conviennent d’un accord «Pétrole contre sécurité». Les États-Unis acceptent de protéger militairement le royaume saoudien en échange de son pétrole. Sans oublier que, depuis, la monnaie américaine a un statut hégémonique, en partie parce que 80 % des transactions pétrolières sont effectuées en dollars, mais aussi parce que le riyal saoudien est en parité fixe avec le dollar jusqu’à ce jour. Mais que vaut aujourd’hui cette protection en 2026 ?

Les accords d’Abraham, signés en 2020 sous l’impulsion des États-Unis de Trump, avaient pour objectif d’établir des relations diplomatiques et de renforcer la coopération économique, technologique et sécuritaire entre Israël (l’entité sioniste), les Émirats arabes unis, le Maroc, Bahreïn et le Soudan.

Aujourd’hui, ces accords sont considérés par certains comme un cheval de Troie permettant à l’entité sioniste de déstabiliser les pays arabes et voisins pour ses propres intérêts.

À écouter à ce sujet, l’interview d’un ancien membre du Saudi Shura Council, le cheikh Ahmed Altuwaijri.

L’accord entre l’Iran et l’Arabie Saoudite, signé le 10 mars 2023, à Pékin, sous l’égide de la Chine, rétablit les relations diplomatiques entre les deux pays, rompues depuis 2016. Cette médiation chinoise marque une désescalade majeure (réouverture des ambassades) et souligne l’influence croissante de Pékin au Moyen-Orient face aux États-Unis.

L’Accord stratégique de défense mutuelle (MSDA) entre l’Arabie saoudite et le Pakistan, signé le 17 septembre 2025, formalise une alliance militaire unique dans la zone. Tout acte d’agression contre l’un est considéré comme une attaque contre les deux, avec une protection nucléaire implicite du Pakistan envers Riyad, redéfinissant l’équilibre sécuritaire régional.

En attendant la suite du déroulement du conflit, nos exportations sont conditionnées à l’augmentation des primes de transport maritime et de risque, ainsi qu’à des délais de livraison qui ne sont plus garantis.

Vigilance et anticipation sont de mise, en attendant une reprise normale des affaires en toute sécurité. Mais pour combien de temps !

* Consultant, président de Alwen International.

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Les Emirats et le Monopoly de la subversion internationale

15. März 2026 um 10:01

Parmi les premiers enseignements à tirer de la guerre américano-israélienne contre l’Iran, l’effondrement des Emirats arabes unis ou tout au moins du modèle de développement et de l’image de succès de ce conglomérat d’émirats qui ont su se forger une stature de havre pour les capitaux, entrepreneurs et touristes, pour finir par perdre, dès les premiers jours des hostilités dans la région, leur image et les entrepreneurs et touristes qui ont fait leur succès fulgurant.

Elyes Kasri *

Il faut dire que cette guerre, menée sous la houlette d’une Amérique radicalement transformée par Donald Trump, se présente de plus en plus comme une accélération des bouleversements géostratégiques déjà perceptibles à la faveur des mouvements tectoniques en Europe de l’Est, en Afrique et en Asie.

Non contents d’être devenus la Suisse du Moyen-Orient, enivrés par leur succès et voulant se tailler une place dans la table des joueurs de Monopoly géostratégique, des monarchies pétrolières, lassées d’acheter des casinos, hôtels et immeubles à travers le monde, se sont mises à financer des mercenaires armés ou civils bon marché et des mouvements subversifs surtout dans des pays offrant des opportunités de sédition, comme le Yémen, le Soudan ou la Libye, aujourd’hui livrés à des conflits sans fin.

Dans ce Monopoly de la subversion internationale, les dirigeants des Emirats se sont positionnés comme les sous-traitants d’Israël et de leur appendice politico-militaire américain.

Toutefois, à la suite de l’intensification des hostilités dans la région du Golfe, les Emirats ont découvert qu’ils n’étaient qu’un comparse de second ordre et que le bouclier israélo-américain était plus une promesse qu’une réalité en situation de crise et d’urgence.

Il n’est pas excessif de penser qu’à l’instar d’une entreprise, un pays comme les Emirats aura causé sa propre perte en se trompant de positionnement et de modèle de gestion et de gouvernance internationaux.

Quand on veut attirer les touristes et les investisseurs étrangers en se présentant comme un havre de stabilité, il devient suicidaire de s’incruster dans les querelles des autres et de se mettre sous la coupe de qui que ce soit même si c’est la première puissance mondiale, car l’heure de vérité finit toujours par arriver avec son lot de chacun pour soi et de lâchage sur un ton de prière du mort.

A bon entendeur salut !

* Ancien diplomate.

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Un homme d’affaires des Emirats | «Nous ne servirons pas de chair à canon dans les guerres d’autrui»

15. März 2026 um 08:08

Nous publions ci-dessous la traduction d’un message publié ces derniers jours en arabe sur la plateforme de médias sociaux X par l’un des plus importants hommes d’affaires des Emirats arabes unis avant d’être retiré de la Toile peu de temps après sa publication, sans doute à la demande des hautes autorités du pays. Nous le publions parce qu’il traduit le vrai sentiment actuel des dirigeants des monarchies du Golfe qui ont été impliquées à l’insu de leur plein gré dans la guerre israélo-américaine contre l’Iran et qui, face aux destructions qu’ils subissent, se sentent pris en tenailles entre leurs engagements anciens aux côtés de Washington et de Tel Aviv, leur désarroi actuel et la colère (encore contenue) de leurs peuples. (Photo: Un panache de fumée s’élève du port de Jebel Ali à Dubaï.)

J’ai entendu les déclarations du sénateur américain Lindsey Graham, qui a appelé les pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG) à se joindre à ce conflit, affirmant que nous sommes nous aussi attaqués et que nous devons prendre part au combat. Je lui dis clairement : nous savons parfaitement pourquoi nous sommes attaqués, et nous savons aussi qui a entraîné toute la région dans cette dangereuse escalade sans consulter ceux qu’il appelle ses «alliés» dans la région.

Nous remercions Dieu que les Émirats arabes unis et les pays du CCG soient en sécurité, et nous n’avons besoin de personne qui prétend être venu au Moyen-Orient pour nous sauver. La vérité est que ce sont les décisions hâtives des États-Unis qui ont plongé la région dans une guerre décidée sans le consentement de ses populations, et pour laquelle ils n’ont pas consulté leurs alliés avant de la déclencher.

Nous ne nions pas la menace iranienne qui pèse sur la région, et cela est devenu flagrant ces derniers jours. Nous ne faisons pas confiance à l’Iran. Mais il s’agit d’un jeu pernicieux où plusieurs puissances rivalisent d’influence au détriment de notre région, un jeu dénué d’honneur et de transparence. Dans ce contexte, l’Iran, Israël et les États-Unis agissent tous dans leur propre intérêt, et non dans celui des peuples des États arabes du Moyen-Orient.

Par conséquent, nous l’affirmons clairement : nous n’entrerons pas en guerre pour servir les intérêts d’autrui et nous ne sacrifierons pas nos enfants dans un conflit qui aurait pu être évité par la diplomatie et des solutions politiques. Nous chérissons la vie de nos enfants et nous ne la considérons pas comme un «dommage collatéral», contrairement à certains. Rien au monde n’est plus précieux que la vie de nos enfants et aucune alliance avec aucun pays ne justifie de les mettre en danger. Si le président Donald Trump et le sénateur Graham sont prêts à risquer leur pays et la vie d’Américains pour défendre les intérêts d’Israël, c’est leur choix. Nous n’en ferons pas autant.

Le sénateur Graham affirme qu’ils sont «les alliés des Arabes» et que nous avons besoin de la protection américaine, dont nous tirons profit. Je lui réponds : nous n’avons pas besoin de votre protection. Nous vous demandons simplement de ne pas nous nuire.

Il ajoute : «Nous vous vendons des armes.» Comme si c’était une faveur que les États-Unis nous rendent ! En réalité, il ne s’agit pas d’une faveur. Nous investissons dans notre sécurité et payons des milliards de dollars pour ces armes. C’est un commerce et une industrie colossaux qui reposent sur ces contrats. D’ailleurs, les États-Unis eux-mêmes se tournent désormais vers l’Ukraine pour acheter des armes afin d’approvisionner leurs alliés dans d’autres conflits. C’est une industrie qui prospère grâce aux guerres et aux ventes d’armes, et non grâce à la charité.

L’exemple le plus révélateur est ce qu’a déclaré le sénateur Graham lui-même au sujet du pétrole. Il a affirmé que l’Iran et le Venezuela détenaient à eux deux 31 % des réserves mondiales de pétrole et que les États-Unis pourraient s’associer à cette part du marché mondial, ce qui serait un véritable cauchemar pour la Chine. Il a même ajouté que si le régime iranien changeait, un «nouveau Moyen-Orient» verrait le jour et que les États-Unis en tireraient d’énormes profits.

C’est seulement à partir de là que le tableau se clarifie. C’est seulement à partir de là que nous comprenons pourquoi ils veulent cette guerre.

Enfin, je dis au sénateur Graham : vous êtes peut-être membre du Sénat américain, mais quiconque entend vos déclarations pourrait vous prendre pour un membre de la Knesset israélienne, car vous défendez davantage les intérêts d’Israël que ceux du peuple américain.
Les peuples de notre région ont le droit de vivre en paix et en stabilité, à l’abri des guerres d’autrui. Nous avons également le droit de décider comment protéger nos intérêts et notre sécurité, et de surmonter les crises que nous n’avons pas provoquées, mais qui nous ont été imposées par les conflits entre puissances en quête d’influence dans cette région.

Nous voulons la paix et la stabilité. Nous n’accepterons pas qu’on nous impose la voie de la guerre, ni de servir de chair à canon dans les conflits d’autrui.

Traduit de l’arabe.

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Yémen : le Sud à l’épreuve, quand la rupture saoudo-émiratie s’affiche

02. Januar 2026 um 15:07

Les affrontements en cours dans le sud du Yémen marquent une inflexion stratégique majeure. À Hadramout, le conflit dépasse le cadre local et met au jour une fracture régionale longtemps contenue, tandis que le Conseil de transition du Sud avance désormais à visage découvert vers son objectif historique : la séparation.

Hadramout, d’arrière-cour à front stratégique

Longtemps restée en marge des principales lignes de front, la province de Hadramout s’impose aujourd’hui comme le nouveau centre de gravité du conflit yéménite. Frontalière de l’Arabie saoudite, cette région est devenue le théâtre d’affrontements directs entre les forces loyales au gouvernement reconnu et le Southern Transitional Council (STC), qui y a renforcé sa présence militaire ces dernières semaines.

Selon des responsables du STC, au moins sept personnes ont été tuées et plus de vingt blessées lors de frappes aériennes attribuées à la coalition dirigée par l’Arabie saoudite, notamment contre un camp militaire dans la région d’al-Khasah. Ces chiffres n’ont pas été confirmés de manière indépendante. L’opération annoncée par les autorités locales pour reprendre des positions contrôlées par le STC s’est ainsi rapidement transformée en épisode d’escalade ouverte.

Le projet sudiste, désormais assumé

Créé en 2017, le STC n’a jamais renoncé à son ambition de restaurer un État sud-yéménite indépendant, tel qu’il existait avant l’unification de 1990. Jusqu’ici, cette revendication restait contenue par des accords politiques fragiles et par la nécessité de préserver les équilibres régionaux.

Aujourd’hui, le mouvement estime que le moment est favorable. Fort de son contrôle sur Aden et d’autres zones clés, il multiplie les signaux politiques : fermeture annoncée de l’aéroport d’Aden, accusations de blocus aérien, remise en cause ouverte du Conseil présidentiel et de la coalition arabe. Le séparatisme sudiste ne se limite plus à une revendication identitaire ; il s’affirme comme un projet de pouvoir.

Riyad, Abou Dhabi et l’effet Gaza

Abou Dhabi, sans s’exprimer officiellement sur les derniers affrontements, continue de privilégier une approche fondée sur ses relais locaux dans le sud du Yémen, misant sur la stabilité sécuritaire et le contrôle des axes stratégiques plutôt que sur les équilibres institutionnels promus par Arabie saoudite.

Derrière l’affrontement local se dessine une fracture régionale plus large. Riyad accuse implicitement les Émirats arabes unis d’encourager et d’armer le Conseil de transition du Sud, exposant au grand jour une rivalité longtemps contenue au nom de l’unité du Golfe.

Cette évolution s’inscrit dans un contexte régional profondément bouleversé par la guerre à Gaza, qui a redéfini les perceptions de sécurité et affaibli les cadres collectifs arabes. Dans ce climat de fragmentation, le Sud yéménite apparaît comme l’un des laboratoires les plus visibles des recompositions en cours, faisant planer la perspective d’une partition durable du pays.

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