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Peut-on continuer à faire confiance aux banques américaines ?

09. Februar 2026 um 08:14

On se demande pourquoi des États en conflit ou simplement embrouillés avec les États-Unis, ainsi que de nombreuses personnalités politiques ou hommes d’affaires, continuent de déposer leur argent dans les banques américaines en acceptant de courir le risque qu’incarne aujourd’hui la gouvernance imprévisible et parfois brutale du président Donald Trump. Le système financier des États-Unis est-il à ce point incontournable ?

Lotfi Sahli

À première vue, la situation paraît paradoxale. Comment expliquer que des pays qui dénoncent l’hégémonie américaine, voire s’y opposent ouvertement sur le plan diplomatique ou militaire, continuent d’utiliser les banques américaines et le dollar pour stocker leurs réserves ou sécuriser leurs fortunes privées ? Derrière ce paradoxe se cache une réalité plus profonde : le pouvoir américain s’exerce moins par la force que par l’architecture financière mondiale.

Le dollar, colonne vertébrale de l’économie mondiale

Le premier élément de réponse tient en un mot : le dollar. Depuis la Seconde Guerre mondiale, la monnaie américaine s’est imposée comme la référence du commerce international. Le pétrole, le gaz, les matières premières stratégiques et une grande partie des échanges mondiaux sont libellés en dollars. Pour commercer avec le reste du monde, un État — ami ou ennemi des États-Unis — a donc besoin de cette monnaie.

Cette domination confère aux États-Unis un avantage structurel : détenir des dollars ou des actifs libellés en dollars n’est pas un choix idéologique, mais une nécessité pratique. Renoncer au dollar reviendrait, pour beaucoup de pays, à s’isoler économiquement ou à accepter des coûts bien plus élevés.

Les banques américaines, refuge paradoxal

Au-delà de la monnaie, les banques américaines attirent par leur stabilité. Malgré les critiques politiques, les États-Unis restent perçus comme un État de droit solide, doté d’institutions financières robustes, de règles claires et de tribunaux capables de faire respecter les contrats.

Pour des dirigeants ou des hommes d’affaires issus de pays instables, placer leur argent à New York ou à Miami peut être vu comme une assurance contre les crises politiques, les nationalisations arbitraires ou les changements de régime.

Ainsi, même ceux qui contestent l’influence de Washington peuvent faire confiance à son système juridique et bancaire. Ils rejettent parfois la politique américaine, mais reconnaissent l’efficacité de ses institutions.

Wall Street, cœur battant de la finance mondiale

Les marchés financiers américains jouent également un rôle central. Wall Street offre une profondeur et une liquidité sans équivalent : les États-Unis peuvent absorber des flux financiers colossaux sans déséquilibrer leur économie. Les bons du Trésor américain, par exemple, sont considérés comme l’un des placements les plus sûrs au monde.

Pour les banques centrales comme pour les investisseurs privés, il n’existe aujourd’hui aucun marché capable d’offrir à la fois cette sécurité, cette taille et cette flexibilité. Là encore, le choix est moins politique qu’économique.

Un système mondial façonné par Washington

Le pouvoir financier des États-Unis ne repose pas uniquement sur leurs banques. Il s’étend à l’ensemble de l’infrastructure financière mondiale. Les systèmes de paiement internationaux, comme Swift, ainsi que les grandes institutions financières internationales — Fonds monétaire international et Banque mondiale — ont été conçus dans un cadre largement influencé par l’Occident et, en particulier, par Washington.

C’est cette architecture qui rend les sanctions américaines si efficaces. En coupant l’accès au dollar ou aux circuits financiers internationaux, les États-Unis peuvent exercer une pression considérable, même sans recourir à la force militaire.

On pourrait penser que les États en conflit avec les États-Unis chercheraient à retirer massivement leurs fonds du système américain. Mais une telle décision serait risquée. Un retrait brutal ferait chuter la valeur de leurs propres actifs, perturberait leurs échanges commerciaux et enverrait un signal de panique aux marchés. En pratique, beaucoup de pays se retrouvent dans une relation de dépendance mutuelle : ils critiquent le système, tout en continuant à l’utiliser.

Des alternatives encore incomplètes

Des tentatives de contournement existent. La Chine promeut le yuan, la Russie et l’Iran développent des systèmes de paiement alternatifs, et les pays des Brics évoquent régulièrement la création de nouvelles structures financières. Mais ces alternatives restent fragmentées, peu liquides ou trop contrôlées par les États pour inspirer une confiance mondiale. Quant aux cryptomonnaies, leur volatilité et leur traçabilité limitent leur usage à grande échelle.

Au final, le système financier américain n’est pas absolument incontournable en théorie. En pratique, s’en passer a un coût économique et stratégique considérable. C’est là toute l’ironie de la situation : les États-Unis peuvent exercer un pouvoir financier immense précisément parce que le reste du monde a, volontairement ou non, choisi d’adopter leur système.

Le véritable pouvoir de Washington ne réside donc pas seulement dans ses bases militaires ou ses alliances, mais dans une domination financière devenue, pour beaucoup, impossible à éviter.

(Avec le concours de Google, Gemini AI, Deepseek).

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Sécurité financière : l’Eurogroupe mise sur huit réformes

07. Februar 2026 um 09:44

Les ministres des Finances de la zone euro examineront, le 16 février 2026, une série de mesures destinées à consolider la sécurité financière de l’Europe et à renforcer le rôle international de la monnaie unique. Selon un document préparatoire élaboré par la Commission européenne publié vendredi 6 février, ces discussions porteront notamment sur l’émission de stablecoins libellés en euros et sur un recours accru à la dette commune européenne.

Cette réunion intervient dans un contexte mondial marqué par des tensions commerciales persistantes, des interrogations sur le statut du dollar comme valeur refuge et des transformations technologiques rapides dans les systèmes de paiement, rapporte Reuters.

« Face au risque d’une instrumentalisation croissante du système monétaire et financier international, l’Union européenne doit agir pour renforcer sa sécurité économique et financière et sa capacité à défendre ses propres intérêts », souligne le document.

Renforcer le statut de monnaie de réserve de l’euro

Utilisé par 21 des 27 États membres de l’UE, l’euro demeure la deuxième monnaie de réserve mondiale, représentant environ 20 % des réserves de change internationales, loin derrière le dollar américain, qui en capte près de 60 %. Pour la Commission européenne, un renforcement du rôle international de l’euro contribuerait à la stabilité financière mondiale, améliorerait les relations commerciales et financières de l’UE, consoliderait sa capacité à défendre ses valeurs et rendrait sa politique de sanctions plus efficace.

Une telle évolution permettrait également de protéger l’économie européenne contre les pressions extérieures, de réduire les coûts de financement et de limiter l’exposition des entreprises aux risques de change.

Stablecoins et actifs numériques en euros

La Commission recommande aux gouvernements européens d’envisager l’émission d’actifs numériques libellés en euros, tels que des stablecoins, des dépôts tokenisés ou encore des monnaies numériques de banque centrale (MNBC). Elle appelle aussi à mieux encadrer les risques liés aux stablecoins adossés à des devises étrangères.

À rappeler qu’actuellement, les instruments numériques libellés en euros représentent moins de 1 % d’un marché des stablecoins en forte expansion, largement dominé par les actifs en dollars. Selon des responsables européens, cette domination favorise des flux de capitaux de l’Europe vers les États-Unis, au détriment des marchés européens.

Approfondir le marché de la dette en euros

Le document plaide également pour un approfondissement du marché de la dette en euros, notamment via l’émission d’obligations communes de l’UE destinées à financer des projets à forte valeur ajoutée. Il encourage par ailleurs les entreprises et les États non membres de la zone euro à émettre davantage de dette libellée en euros.

Si les marchés devraient accueillir favorablement de nouvelles émissions de dette commune européenne – notées « AAA » –, l’Allemagne et plusieurs pays d’Europe du Nord demeurent réticents, voire opposés, à cette perspective. À ce jour, environ 1 000 milliards d’euros de dette commune de l’UE sont échangés sur les marchés mondiaux, contre près de 27 000 milliards de dollars de dette américaine, ce qui rend les titres européens moins liquides et moins attractifs pour les grands investisseurs…

Vers une intégration économique plus poussée

Le document recommande également que l’aide européenne au développement et les prêts aux pays tiers soient libellés en euros. Il invite les entreprises européennes à fixer les prix des échanges de pétrole, de gaz, de matières premières, d’équipements de défense et de transport en monnaie unique.

L’Europe est aussi appelée à développer son propre système de paiement afin de réduire sa dépendance à Visa et Mastercard, qui dominent largement les paiements électroniques au sein de l’UE.

Enfin, pour renforcer l’attractivité économique du continent, les gouvernements européens sont encouragés à supprimer les obstacles au commerce et à l’investissement entre États membres, à harmoniser les règles juridiques, fiscales et du travail, et à faciliter la libre circulation des capitaux. Une telle harmonisation permettrait de mobiliser plus efficacement près de 10 000 milliards d’euros d’épargne actuellement détenus sur des comptes individuels.

Le document conclut en suggérant de transformer le Mécanisme européen de stabilité (MES), doté de 500 milliards d’euros, en une institution de l’UE à part entière, qui pourrait être chargée de la gestion de l’ensemble des émissions de dette européenne.

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Xi lance l’offensive du yuan contre l’hégémonie du dollar

02. Februar 2026 um 14:34

Le président chinois Xi Jinping a appelé à faire du yuan une monnaie de réserve mondiale. Livrant ainsi l’une de ses déclarations les plus explicites à ce jour sur les ambitions monétaires de Pékin. Alors que la Chine cherche à renforcer son influence au sein du système financier international.

Dans un texte publié samedi 31 janvier dans Qiushi, la principale revue idéologique du Parti communiste chinois, Xi Jinping affirme que le pays doit se doter d’une « monnaie forte », capable d’être « largement utilisée dans le commerce international, les investissements et les marchés des changes », et d’accéder au statut de monnaie de réserve.

Si les autorités chinoises œuvrent depuis longtemps à l’internationalisation du yuan, ces propos marquent une étape supplémentaire en clarifiant la vision de Xi Jinping, ainsi que les fondations financières nécessaires pour soutenir une telle ambition. Le président chinois souligne notamment la nécessité de disposer d’une « banque centrale forte », d’institutions financières compétitives à l’échelle mondiale et de centres financiers internationaux aptes à « attirer les capitaux mondiaux et à influencer les prix mondiaux ».

« La Chine ressent plus que jamais les bouleversements de l’ordre mondial », estime Kelvin Lam, économiste spécialiste de la Chine chez Pantheon Macroeconomics. Il souligne que l’insistance de Xi Jinping sur le yuan reflète « les perturbations récentes du système monétaire international ».

L’an dernier, le gouverneur de la Banque populaire de Chine, Pan Gongsheng, avait déjà évoqué l’émergence d’un nouveau système monétaire mondial. Il avait alors déclaré que le yuan serait appelé à concurrencer d’autres devises au sein d’un « système monétaire international multipolaire ».

Pour sa part, Han Xinlin, directeur du bureau Chine d’Asia Group, estime que Pékin ne cherche pas à détrôner le dollar à court terme. « L’objectif est plutôt de faire du yuan un contrepoids stratégique, capable de limiter l’influence des États-Unis dans un système financier de plus en plus fragmenté », explique-t-il.

Depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine en 2022, le yuan est devenu la deuxième monnaie la plus utilisée pour le financement du commerce mondial. Pourtant, son rôle dans les réserves officielles reste marginal. Au troisième trimestre 2025, le dollar représentait environ 57 % des réserves mondiales, contre 71 % en 2000. Tandis que l’euro en constituait près de 20 %, selon le FMI. Le yuan n’occupait que la sixième place, avec une part de 1,93 %.

De son côté, la directrice générale du FMI, Kristalina Georgieva, a appelé la Chine, fin 2025, à corriger les « déséquilibres » de son économie, notamment la déflation. Laquelle a, estime-t-elle, entraîné « une baisse significative de la valeur réelle du taux de change ».

Quant à Zhu Lan, vice-gouverneure de la Banque populaire de Chine, elle a assuré le mois dernier que Pékin n’entendait pas exploiter la faiblesse du yuan pour obtenir un avantage commercial. Les autorités ont toutefois laissé la devise s’apprécier légèrement face à un dollar en recul : le taux dépassant le seuil de 7 yuans pour un dollar; tout en continuant de se déprécier face à l’euro.

« La priorité de la politique de change chinoise reste la stabilité du renminbi et son rôle de réserve de valeur », souligne Kelvin Lam. Zhang Jun, économiste en chef chez China Galaxy Securities, relève enfin que la relance de la croissance intérieure et le développement des technologies émergentes devraient soutenir la monnaie chinoise sur le long terme.

« Pékin est conscient que le dollar a perdu de son aura », conclut Han Xinlin. « Et il entend, progressivement, redonner de la valeur stratégique à sa propre monnaie ».

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ECLAIRAGE – L’euro fort, le dollar fragile et la Tunisie face au nouveau cycle monétaire mondial

30. Januar 2026 um 06:01

Quand la monnaie européenne franchit le seuil de 1,20 dollar, ce n’est pas seulement un indicateur de marché qui change, mais une configuration entière du système monétaire international qui se redessine. Derrière ce mouvement apparemment technique se cache une recomposition des rapports de force entre grandes puissances économiques, dont les répercussions s’étendent bien au-delà de l’Europe et des États-Unis.

Pour la Tunisie, économie ouverte, vulnérable et structurellement dépendante de ses partenaires extérieurs, l’appréciation de l’euro constitue un choc exogène aux effets multiples, parfois contradictoires, mais profondément structurants.

 

 

Un signal monétaire au cœur des tensions géopolitiques et budgétaires

La remontée de l’euro face au dollar ne peut être interprétée comme un simple signe de vigueur de l’économie européenne. Elle est d’abord le reflet d’une fragilisation relative du billet vert, nourrie par l’incertitude politique américaine, la pression exercée sur la Réserve fédérale et la perspective d’une nouvelle paralysie budgétaire à Washington. La politique économique américaine, oscillant entre protectionnisme commercial, tensions institutionnelles et pressions monétaires, a contribué à éroder la confiance des investisseurs dans la stabilité du dollar.

Dans ce contexte, l’euro apparaît comme une alternative crédible, sinon dominante, dans le paysage monétaire mondial. Sans supplanter le dollar, il gagne en attractivité, notamment comme instrument de diversification des réserves et des placements internationaux. Cette montée en puissance progressive de l’euro s’accompagne d’une dynamique paradoxale : elle renforce la position financière de l’Europe tout en fragilisant son modèle industriel fondé sur la compétitivité des exportations.

L’Europe entre désinflation importée et perte de compétitivité

L’appréciation de l’euro agit comme un levier de désinflation pour la zone euro. En réduisant le coût des importations libellées en dollars, notamment les matières premières énergétiques, elle soutient le pouvoir d’achat des ménages et atténue les pressions inflationnistes. Cette évolution ouvre la voie à une politique monétaire plus accommodante de la Banque centrale européenne, susceptible de stimuler le crédit et l’investissement.

Mais ce bénéfice monétaire a un revers. Un euro fort pénalise les exportations européennes, en particulier celles des économies industrielles comme l’Allemagne, déjà fragilisées par le ralentissement de la demande mondiale et par les tensions commerciales avec les États-Unis. Le secteur du luxe, symbole de la puissance commerciale européenne, voit également sa compétitivité érodée par la hausse du taux de change et la contraction de la demande internationale.

Cette tension entre désinflation importée et perte de compétitivité révèle une fragilité structurelle du modèle européen : une dépendance excessive à la demande externe, dans un environnement mondial de plus en plus fragmenté et protectionniste.

La Tunisie dans l’orbite de l’euro : dépendance monétaire et vulnérabilité structurelle

Pour la Tunisie, l’évolution du taux de change euro-dollar n’est pas un phénomène exogène lointain. Elle constitue un déterminant central de la dynamique macroéconomique nationale. L’Union européenne demeure le principal partenaire commercial du pays, tant pour les exportations que pour les importations. De plus, une part significative de la dette extérieure tunisienne est libellée en euro. Ce qui confère à la monnaie européenne un rôle quasi structurel dans l’équilibre macroéconomique tunisien.

Dans ce contexte, l’appréciation de l’euro renchérit le coût des importations européennes en dinars, accentuant le déficit commercial et exerçant une pression supplémentaire sur les prix internes. Les secteurs dépendants des intrants européens, notamment l’industrie manufacturière, les infrastructures et les biens d’équipement, voient leurs coûts de production augmenter. Ce qui se traduit par une transmission inflationniste vers les prix finaux.

Cependant, cette pression inflationniste est partiellement compensée par la faiblesse relative du dollar, qui réduit le coût des importations énergétiques et des matières premières. La Tunisie se trouve ainsi confrontée à un choc monétaire asymétrique, où les effets de l’euro fort et du dollar faible se superposent, créant une dynamique complexe et difficile à maîtriser pour la politique économique.

Compétitivité externe : opportunité conjoncturelle ou illusion structurelle ?

Sur le plan des exportations, l’appréciation de l’euro peut offrir à la Tunisie une opportunité relative. Les produits tunisiens destinés au marché européen peuvent bénéficier d’un pouvoir d’achat renforcé des consommateurs européens. Tandis que leur compétitivité relative sur les marchés libellés en dollars peut être améliorée par la faiblesse du billet vert.

Dans les secteurs du textile, des composants automobiles, de l’agroalimentaire et du tourisme, cette évolution pourrait stimuler la demande extérieure. Mais cette opportunité reste largement conditionnée par la capacité de l’économie tunisienne à répondre à la demande, tant en termes de qualité que de volume. Or, la faiblesse de la productivité, la dépendance aux intrants importés et la fragilité financière des entreprises limitent fortement la capacité d’absorption de ce choc positif potentiel.

Ainsi, l’euro fort risque davantage de renforcer la dépendance de la Tunisie aux importations européennes que de stimuler durablement ses exportations.

Dette extérieure et contraintes budgétaires : l’effet pervers de l’euro fort

L’un des effets les plus sensibles de l’appréciation de l’euro concerne la dette extérieure tunisienne. La hausse de la valeur de l’euro alourdit mécaniquement le service de la dette libellée dans cette monnaie, accentuant la pression sur les finances publiques. Dans un contexte de déficit budgétaire persistant et de contraintes de financement accrues, cette évolution réduit encore la marge de manœuvre de l’État tunisien.

Par ailleurs, si l’euro gagne en attractivité comme monnaie de financement international, les États européens pourraient bénéficier d’un coût d’endettement plus faible, accentuant l’écart entre les conditions de financement des économies centrales et celles des économies périphériques. Pour la Tunisie, cette divergence renforce le risque de marginalisation financière et de dépendance accrue à l’égard de sources de financement coûteuses.

Vers une recomposition silencieuse de l’ordre monétaire international

Au-delà des effets conjoncturels, la remontée de l’euro face au dollar s’inscrit dans une transformation plus profonde du système monétaire international. La fragilisation relative du leadership américain, la montée des tensions géopolitiques et la diversification progressive des monnaies de réserve traduisent un mouvement de multipolarisation monétaire.

Dans ce nouvel environnement, la Tunisie se trouve confrontée à un dilemme stratégique. Soit elle subit passivement les fluctuations des grandes monnaies, au prix d’une vulnérabilité macroéconomique accrue. Soit elle engage une réflexion stratégique sur son modèle d’insertion internationale, en diversifiant ses partenaires, en renforçant sa souveraineté productive et en réduisant sa dépendance aux importations.

L’euro fort comme révélateur des fragilités tunisiennes

En définitive, le franchissement du seuil de 1,20 dollar par l’euro n’est pas un simple événement financier. Il agit comme un révélateur des fragilités structurelles de l’économie tunisienne. Il met en lumière la dépendance excessive aux importations européennes, la vulnérabilité de la balance des paiements, la sensibilité de la dette extérieure aux fluctuations de change et la faiblesse de la compétitivité productive.

Mais il révèle aussi, en creux, les potentialités d’une stratégie économique alternative. Dans un monde où les équilibres monétaires se recomposent, la Tunisie ne peut plus se contenter d’une adaptation passive. Elle est appelée à repenser son positionnement dans l’économie mondiale, à transformer la contrainte monétaire en levier de réforme et à faire du choc externe non pas un facteur de fragilisation, mais un catalyseur de souveraineté économique.

 

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* Dr. Tahar EL ALMI,

Economiste-Economètre.

Ancien Enseignant-Chercheur à l’ISG-TUNIS,

Psd-Fondateur de l’Institut Africain D’Economie Financière (IAEF-ONG)

 

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