Au matin du quatrième jour de la guerre au Moyen-Orient, les affrontements se poursuivent ce mardi 3 mars 2026 entre les États-Unis et Israël d’un côté et l’Iran de l’autre, avec des attaques de plus en plus meurtrières. Israël, pour sa part, mène des «frappes simultanées» sur Téhéran et Beyrouth, contre des objectifs militaires iraniens et du Hezbollah. Et comme ce fut le cas cette nuit pour l’ambassade américaine à Ryad, les États-Unis ont été maintes fois visés par l’Iran ces dernières heures. (Photo : Frappe aérienne israélienne, dans la banlieue sud de Beyrouth).
Ce matin, de fortes explosions ont secoué Téhéran. Les détonations ont été entendues dans le nord de la capitale et les médias locaux ont rapporté aussi des déflagrations à Karaj, à l’ouest de Téhéran, ainsi qu’à Ispahan, au centre du pays.
Dans plusieurs communiqués, le Hezbollah affirme qu’«en réponse à l’agression criminelle israélienne qui a visé des dizaines de villes et de villages libanais, y compris la banlieue sud de Beyrouth», ses combattants ont utilisé des drones pour frapper les bases aériennes de Ramat David et de Meron en Israël. La base de Nafah, dans le Golan syrien occupé, a également été ciblée.
L’armée israélienne a, pour sa part, affirmé ce matin que ses soldats étaient déployés en «plusieurs points» dans le sud du Liban, parallèlement à la campagne de frappes aériennes menée depuis la veille contre le Hezbollah. «Ce n’est pas une opération terrestre. C’est une mesure tactique (…) destinée à assurer la sécurité de notre peuple», assure le lieutenant-colonel Nadav Shoshani, porte-parole international de l’armée. «Nous avons positionné des soldats dans la zone frontalière à des points supplémentaires pour défendre nos civils et empêcher le Hezbollah de les attaquer», poursuit-il.
En parallèle, «le Premier ministre Benyamin Netanyahou et moi avons autorisé l’armée israélienne à avancer et prendre le contrôle de positions stratégiques supplémentaires au Liban, afin d’empêcher les attaques sur les localités israéliennes frontalières», a déclaré le ministre de la Défense, Israël Katz.
Etant entendu, du point de vue des Israéliens, que la paix pour eux passe par l’occupation militaire des territoires de leurs voisins et le bombardement des populations de la région qui ne se soumettent pas à leurs diktats.
Sur le plan politique, le secrétaire d’État américain, Marco Rubio, affirme que Washington n’a pas eu le choix que de s’impliquer aux côtés d’Israël dans sa guerre contre l’Iran. «Il était tout à fait clair que si l’Iran était attaqué par qui que ce soit, il riposterait et riposterait contre les États-Unis. (Or) nous savions qu’Israël allait agir», a-t-il lancé. Par conséquent, «si nous attendions que cette attaque ait lieu avant de riposter, nous aurions subi des pertes beaucoup plus importantes», confirmant la thèse que cette guerre est, d’abord, israélienne et que les Etats-Unis s’y sont laissés entraîner.
Les pays européens ont commencé à sortir de leur léthargie et à s’impliquer, eux aussi, dans le conflit, dont la France. «Lorsque ces pays doivent se défendre, (…) on répond à leurs demandes en termes de défense», affirme Alice Rufo, concernant le soutien à certains pays du Golfe, ciblés par des «attaques indiscriminées» iraniennes, attaques qui, rappelons-le, ont visé, jusque-là, des bases militaires américaines dans ces pays. Pour l’heure, précise la ministre déléguée auprès de la ministre français des Armées et des Anciens combattants, aucune décision pour un déploiement du porte-avions Charles de Gaulle dans la région n’a été prise. «Il peut se déplacer avec un très court préavis, mais c’est une décision du chef de l’État», glisse-t-elle, sur le plateau de TF1.
En parallèle, la responsable ferme la porte à l’envoi de troupes au sol. «Nous avons des forces dans la région, cela ne veut pas dire mettre des troupes au sol pour une action offensive, puisque nous ne participons pas à l’action offensive américaine», indique Alice Rufo.
«La France se tient prête à défendre ses partenaires (au Moyen-Orient), à leur demande, de manière proportionnée et conformément au principe de légitime défense collective», répète Jean-Noël Barrot sur BFMTV, alors que plusieurs pays du Golfe font l’objet de frappes iraniennes. «Cela veut dire que nous avons le droit d’intervenir et que nous nous tenons prêts à le faire, nous ne nous déroberons pas», poursuit-il.
Sur le plan diplomatique, le département d’État américain a ordonné mardi le départ de tout son personnel diplomatique «non urgent» de ses ambassades en Irak, en Jordanie et au Bahreïn.
Dans un message sur X, le département d’État a dit avoir mis à jour ses avis aux voyageurs pour Bahreïn et la Jordanie «afin de refléter l’ordre donné au personnel non urgent du gouvernement américain et aux membres de leurs familles de quitter ces pays». Dans un autre avis mis à jour pour l’Irak, le ministère dit avoir «ordonné lundi au personnel non urgent du gouvernement américain de quitter l’Irak pour des raisons de sécurité».
Les Gardiens de la Révolution iraniens ont annoncé mardi avoir mené une «attaque à grande échelle» contre une base aérienne américaine à Bahreïn à l’aide de drones et de missiles.
Les forces navales des Gardiens «ont mené une attaque à grande échelle à l’aide de drones et de missiles à l’aube contre la base aérienne américaine située dans la région de Sheikh Isa, à Bahreïn», selon un communiqué cité par l’agence de presse officielle Irna, qui ajoute, sans fournir de preuve, que «20 drones et trois missiles ont atteint leurs cibles» et «détruit le principal poste de commandement de la base».
L’armée américaine a affirmé mardi avoir détruit des postes de commandement des Gardiens de la Révolution ainsi que des sites de lancement de missiles et de drones et des défenses anti-aériennes en Iran.
«Les forces américaines ont détruit les installations de commandement et de contrôle du Corps des gardiens de la révolution islamique, les capacités de défense aérienne iraniennes, les sites de lancement de missiles et de drones, ainsi que les aérodromes militaires au cours d’opérations soutenues. Nous continuerons à prendre des mesures décisives contre les menaces imminentes posées par le régime iranien», a écrit le Commandement militaire central américain (Centcom) sur X.
Concernant la sécurité au détroit d’Ormuz dont transite une partie de ses besoins en énergie, la Chine, qui était, début 2025, la première destination du pétrole transitant par cette zone a, par la voix d’une porte-parole des Affaires étrangères, Mao Ning, «enjoint à toutes les parties de mettre fin immédiatement à leurs opérations militaires, d’éviter toute nouvelle escalade des tensions, de maintenir la sécurité des voies de navigation dans le détroit d’Ormuz et d’empêcher que la situation n’ait un impact plus important sur l’économie mondiale».
Dans ce même contexte, des réservoirs de carburant au port commercial de Duqm, à Oman, ont été pris pour cible par un certain nombre de drones, et un réservoir a été touché, indique l’agence de presse omanaise, en citant une source de sécurité. Les dégâts qui en ont résulté ont été maîtrisés et aucune victime n’a été recensée, a ajouté la même source.
Le secteur aérien subit lui aussi directement les conséquences de l’embrasement du Moyen-Orient. Les opérateurs internationaux du secteur prévoient des perturbations pour les voyageurs durant plusieurs semaines au moins, certaines dessertes restant pour le moment suspendues.
Toujours sur le plan des impacts économiques du conflit, la Bourse de Séoul a clôturé mardi sur un plongeon de plus de 7 % tandis que celle de Tokyo a chuté de plus de 3 %. Dans le détail, l’indice Kospi a lâché 7,24 % à 5.791,91 points, lorsque l’indice Nikkei a abandonné 3,06 % à 56.279,05 points.
Latif Belhedi (avec agences).
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